xxxce artistique et multidisciplinary designer basée à Paris, son travail mêle photogr chez Sheep Esports. Passé aphie, vidéo, images de synthèse et motion design. Elle signe pour ce numéro notre cover dédiée à Faker. Page 26
Yulen Calleja
Le photographe belge basé à Paris est passionné d’outdoor et d’interactions authentiques avec ses semblables. Son rôle auprès d’Oriane : documenter son quotidien en voyage, entre sessions d’entraînement et moments complices. Page 48
Tobias Moorstedt
Le rédacteur allemand (entre autres pour Die Zeit, Süddeutsche Zeitung) se concentre sur des sujets sportifs, d’innovation, de société. Pour nous, il a interviewé Jürgen Klopp dans les nouveaux locaux du RB Leipzig Page 38
Àla croisée du sport, de la musique et du lifestyle, The Red Bulletin continue de se singulariser, avec sa 151e édition.
Portées par deux couvertures coriaces, avec l’Alsacien Victor Hoffer, machine de fitness fonctionnel, et Jürgen Klopp, coach iconique et patron mondial du foot chez Red Bull, ces pages vous plongent aussi dans l’univers des sound-systems transformés en œuvres d’art et « réseaux sociaux » par Matéo Garcia.
On file ensuite au Japon avec la grimpeuse Oriane Bertone, qui prend l’air loin de la pression des compétitions, avant de tendre l’oreille vers Ino Casablanca, rappeur au riche background, à suivre de très près.
Et cerise sur l’édito, Timothée Chalamet, tout juste à l’affiche de Marty Supreme, s’invite dans votre magazine et signe une apparition aussi rare que mémorable.
Bonne lecture !
Jürgen Klopp s’est imposé comme une icône du foot mondial avec un regard optimiste.
Un détour japonais pour la pépite française de la grimpe Oriane Bertone.
Pour Matéo, il s’agit bien plus que de rassembler des gens autour d’enceintes.
Breaking/Gaming
Ce que donne Victor Hoffer pour être le plus fit.
Breaking et gaming au clash dans un temple du sumo.
Inspiration
T. Chalamet 20
C’est bien Timothée !
Amy Plant 22
Décoder la tech
Glitter 55 24
Sons et convictions
Klopp le dit : quoi qu’il arrive, pas de pression. Fitness
Quand l’autre devient votre meilleure motivation.
Rap, raï, zouk, musiques latines... Cet artiste hybride veut aller loin.
87 Voyage
92 Homme vs cheval
94 Vélo maison
96 Ours
98 First Move
B-Girl Syssy lors de la Red Bull BC One World Final en nov. 2025. Le breaking y a clashé le gaming.
Southwark, Londres En mode tunnel
Guest de la cover du Red Bulletin de mars 2024 avec Manon Loschi, Max Palm sort des sentiers battus. En novembre dernier, à l’occasion du lancement de sa première collection capsule pour les spécialistes du skiwear Peak Performance, le freeskieur suédois a invité les meilleurs riders au monde à tester une installation sur mesure au skatepark White Grounds. Pas l’ambiance de sa station de cœur, Chamonix, mais quelle action ! IG : @maxx_palm
Paris, France
Afrolov’ power
Red Bull Symphonic mêle musique urbaine et classique, pour des performances uniques à travers le monde. Le 10 novembre dernier, c’est dans ce cadre que Tayc a enflammé le Théâtre des Champs-Élysées dans une alchimie parfaite : le maître de l’AFROLOV’, un orchestre d’exception (l’Orchestre Lamoureux dirigé par Quentin Hindley), des guests français & internationaux (Esther Abrami, Oxlade, Barack Adama, N’Faly Kouyaté) et un public conquis. À voir sur la chaîne YouTube de l’artiste, et prochainement sur Red Bull TV. redbull.com
Courchevel, France
Wake up !
Cet action shot illustre le dernier projet, bien audacieux, du wakeboarder français Jules Charraud, dans les Alpes. Tiré par un winch, il transforme les montagnes en un immense cable park naturel, explorant lacs gelés, pistes enneigées et boardercross. Une vidéo (version longue sur YouTube) qui met en valeur la créativité et la maîtrise de l’athlète, pour une performance visuelle unique. Encore une fois, Jules vient bousculer les codes du wake et faire plaisir aux yeux. redbull.com
Musique
Sonic streaming en copropriété
Alors que les utilisateurs cherchent des moyens plus éthiques de consommer de la musique, de nouvelles plateformes se posent en alternatives morales aux géants du streaming.
En 2025, la crispation envers le modèle actuel du streaming musical s’est intensifiée. Elle ne vient pas de nulle part – au cours de l’année, plusieurs scandales ont remis de l’huile sur le feu qui brûle aux pieds de Spotify. La prolifération apparemment débridée des musiques générées par IA sur la plateforme et le financement de l’investiture de Donald Trump se sont ajoutés à une liste en constante expansion de griefs, qui commencent avec la minuscule rémunération des artistes, un problème chez le géant suédois comme chez ses concurrents. Chez les critiques du streaming tel
qu’il est aujourd’hui, une petite musique se fait de plus en plus entendre : il est grand temps de créer des alternatives, et peut-être de changer de modèle.
Par le passé, Bandcamp était une oasis pour les auditeurs cherchant un moyen de rémunérer directement les créateurs, et pour les artistes/ labels qui souhaitent gérer leur boutique en ligne, comprenant catalogue digital, sorties physiques et merch. En 2020, le Los Angeles Times surnommait ce marché alternatif « l’anti Spotify ». Cinq ans plus tard, le capital l’a absorbé. Racheté par Epic Games en 2022 puis par
Songtradr en 2023, la réputation de Bandcamp a pris quelques coups. Chez les utilisateurs, on parle de trahison, de la fin d’un rêve, et aussi d’une réalisation : un site comme Bandcamp était destiné à être racheté par le plus offrant. En réponse, ce qu’il faut construire, ce n’est pas juste un nouveau recoin cool d’Internet ou une nouvelle marque, mais un nouveau modèle.
C’est ce que cherche à faire Subvert, qui se pose dans son tweet de lancement comme « un successeur de Bandcamp détenu collectivement. Pionnier d’un nouveau modèle de propriété partagée ». L’annonce a été accueillie positivement et à ce jour, Subvert est soutenu – à ce jour – par 13 319 artistes, 2 145 labels, et 1 939 personnes qui ne correspondent pas aux deux premières catégories et doivent donc soutenir la plateforme à hauteur de 100 dollars pour en devenir membre. Subvert espère recruter des milliers d’autres adeptes et joue la carte de la transparence pour les convaincre.
Vous pouvez télécharger sur leur site un document de plus de 130 pages (aussi disponible à l’achat sous forme de fanzine), qui détaille le plan d’action du projet, après un manifeste contenant un
état des lieux du marché de la musique en ligne, et un plaidoyer pour l’action collective. Il révèle aussi le détail de leur modèle hybride qui compte deux structures. La première est une coopérative, possédée par des membres –artistes, labels et les « supporters » dont les dons participent au financement du projet. C’est cette partie qui s’occupe de l’organisation de Subvert, en élisant un bureau de direction qui arbitre et vote sur les sujets majeurs. L’autre entité, c’est la corporation, qui n’interviendrait pas dans la prise de décision, et dont la propriété est partagée entre les membres de la coopérative et de potentiels investisseurs extérieurs qui pourraient acheter des actions, et donc lever des sommes importantes.
Penser autrement
Le modèle est séduisant, mais pour qu’il fonctionne, il faudrait d’abord que suffisamment de personnes croient en la possibilité de créer une alternative. Dans les pages de leur fanzine, les têtes pensantes de Subvert ironisent : selon eux, leur principal obstacle n’est pas la concurrence mais le cynisme des utilisateurs devenus incapables d’imaginer un autre modèle que celui qui a « toujours été là » – même si en
Subvert a mis à disposition, via son digital zine, l’intégralité de son modèle : Plan for the Artist-Owned Internet (trad. Projet pour un Internet appartenant aux artistes).
Austin Robey, fondateur de Subvert, s’interroge sur la manière de créer des plateformes viables et détenues collectivement. MUTEK Forum, 2025.
réalité, le streaming légal n’a pas encore vingt ans. Austin Robey, fondateur de Subvert – qui a déjà exploré par le passé des modèles alternatifs en co-fondant Ampled, une sorte de Patreon (financement participatif) pour la musique, fermé en 2023 – se montre optimiste. Enfin, pour convaincre les utilisateurs, en dehors de ceux qui ont eu accès au site en phase de test, il faudra du temps après l’ouverture au public (prévue pour la fin 2025) et peut-être s’assurer que les fonctionnalités d’écoute en ligne sont à la hauteur d’une audience habituée au confort des plateformes comme Bandcamp. Avoir accès à un catalogue inépuisable et pouvoir synchroniser sa bibliothèque pour y avoir accès sur son ordinateur comme sur son téléphone sont des éléments indispensables.
Pas tout seul
Subvert n’est pas seul dans la course à la succession de Bandcamp et à la création d’une alternative aux plateformes de streaming classiques. En France, l’année 2025 a vu l’arrivée de Carbon Music, une appli mobile (en anglais) qui offre un catalogue centré uniquement sur les musiques électroniques et permet d’envoyer des « tips » (de 0,99 à 9,99 €) aux
À ce jour, 13 319 artistes, 2 145 labels et 1 939 soutiens ont rejoint la plateforme, dont la version alpha est dispo pour les tests réservés aux membres.
artistes, d’acheter des tracks, ou de s’abonner pour 2,99 € et ainsi avoir accès à 50 téléchargements par mois. De son côté, Soundcloud, qui part avec l’avantage d’être un royaume souterrain du partage de musique en ligne depuis 2007, permet d’uploader un nombre illimité de fichiers audio et de les monétiser avec Soundcloud for Artists. Depuis novembre, le programme propose également aux abonnés de distribuer des titres sur les autres plateformes de streaming comme, sans céder une part de leurs revenus générés, ce qui était jusqu’ici l’usage. Il permet aussi de créer et d’attacher un stand de merch virtuel à son profil, et de presser sur vinyle ses titres, à la demande. Comme pour Subvert, ces projets sont lancés depuis trop peu de temps pour que l’on puisse vraiment se prononcer sur leur efficacité et leur viabilité. Ils montrent cependant une chose : le marché des déçus du streaming est toujours en expansion.
Carbon souhaite redéfinir le streaming des musiques électroniques.
Blu Samu
Les maux blu
“I make songs”, dit cette artiste belgo-portugaise qui raconte quatre tracks qui l’ont marquée.
Quatre ans après la sortie de son très remarqué EP 7, la Bruxelloise de 31 ans revient avec un premier album intense, (K)NOT, tissé de puissance et de fragilité. Habituée depuis quelques années à squatter les Red Bull Music Studios, elle s’est associée au producteur Sam Tiba pour concevoir un projet aux multiples facettes. Il suffit d’écouter le titre I Hate Myself pour y retrouver une rage et une énergie presque punk. À l’inverse, dans Deep In The Sea sa voix soul se pose avec délicatesse sur un beat drum’n’bass. Avec (K)NOT, Blu Samu nous invite dans sa propre introspection, où chaque morceau est comme la page d’un carnet secret mise en musique : des confessions multilingues à voix haute, parfois brûlantes, parfois murmurées, mais toujours honnêtes. Elle nous partage les quatre sons qui ont façonné son univers à la fois pluriel et singulier.
L’album (K)NOT de Blu Samu est dispo sur l’ensemble des plateformes.
Missy Elliott
Work It (2002)
« Ce morceau de cette rappeuse américaine m’accompagne depuis mes 12 ans. C’est la chanson que je mets pour nettoyer mon appartement. À l’époque, le titre était d’une créativité folle et ça sonne toujours aussi bien aujourd’hui ! Missy Elliott est une reine à mes yeux. »
Saya Gray
Dizzy PPL Become Blurry (2023)
« J’aime la manière dont ce morceau se transforme au fil de l’écoute, notamment à travers le piano. On croit d’abord à une construction classique, puis la montée s’opère, tout se déconstruit et bascule. C’est une chanson aux multiples facettes et en perpétuel mouvement. »
Ab-Soul
The Book of Soul (2012)
« L’artiste Ab-Soul a été dans le collectif de Kendrick Lamar, Black Hippy. Ce morceau, d’une profondeur rare, m’a fait comprendre ce qu’est vraiment le hip-hop. À la première écoute, j’ai saisi toute la beauté du genre : écriture intime, storytelling puissant et sincérité bouleversante. »
Amy Winehouse
You Know I’m No Good (2006)
« Je la chante tout le temps au karaoké. Je la connais par cœur, jusque dans les moindres inflexions de voix. Chez Amy Winehouse, il y a cette alliance fascinante entre vulnérabilité et force brute. Ce titre résonne particulièrement avec une période précise de ma vie. »
Retrouvez toutes les stations autorisant le Yooner sur : www.tsloutdoor.com/fr-fr/pratiquer-le-yooner
Recréer du lien à travers la lecture
En pleine croissance depuis la pandémie, les Book Clubs offrent un espace intimiste pour échanger autour de lectures en toute sécurité. Rencontre avec trois porteuses de projets parisiennes.
Se retrouver à plusieurs autour d’un livre pour échanger sur ses idées n’est pas nouveau, les salons littéraires existent depuis le XVIIe siècle et rassemblaient des personnes de la haute société. Aujourd’hui, pas de privilège de classe pour participer à
un club de lecture, il suffit de s’ancrer dans ses valeurs. Démocratisées aux États-Unis grâce aux librairies, les initiatives de ce genre se sont multipliées ces dernières années en France. Le Conseil national du livre a même publié un mémo des bonnes pratiques pour lancer son propre book club. Si la majorité des livres sont écrits et critiqués par des hommes, ce sont les femmes qui lisent le plus ; ce sont donc elles qui lancent et participent aux clubs en masse. Des plus généralistes aux plus radicaux, de la romance à l’essai politique, les book clubs créent du lien et de la réflexion collective. Trois jeunes femmes reviennent avec nous sur le club littéraire qu’elles ont créé.
Overbookées
En 2021, à 26 ans, Déli met un point final à ses études supérieures et aux lectures scolaires imposées, puis renoue avec une lecture-plaisir développée plus jeune . Durant le
Déli a créé Overbookées, une plateforme littéraire féministe et antiraciste, qui met en lumière les récits invisibilisés.
Book Clubs
Overbookées se décline en book club, en format Instagram, podcast et en un festival qui en est à sa troisième édition.
Covid, elle découvre de nouveaux horizons, grâce aux comptes @decolonisonsnous et @histoires_crepues. « Des gens ont pensé le monde et ces gens me ressemblent ! Il faut absolument que je les lise ! », se dit-elle. @overbookees se crée sur Instagram et le book club se lance autour de la bande dessinée Tropiques toxiques, traitant du scandale du chlordécone. « Je ne voulais pas un book club trop littéraire, mais plus historique, sociologique, politique, où le livre devient un support pour parler de divers sujets », explique Déli. Rapidement, les auteurs se sont joints à la rencontre des lecteurs : À la découverte du Paris noir de Kévi Donat et Écrire avant l’aube de Laura Nsafou réunissent une trentaine de personnes : « Le book club est comme un cercle de parole pour que les gens se sentent à l’aise d’évoquer leur vécu », dit Déli. « Chez Overbookées, ils y aiment les lectures, le partage, mais aussi les outils dispensés pour mieux parler d’antiracisme et de féminisme. »
Cami’s Book Club
C’est en voyant sa mère dévorer les romans à l’eau-de-rose Harlequin que Camélia El Badia a développé une véritable passion pour la lecture. « Elle avait toujours un livre avec elle et nous emmenait
avec mes sœurs en acheter », raconte-t-elle. Créatrice de contenu (1 M de followers sur @mimabycami), Cami partage ses lectures avec son audience URL et IRL lorsqu’elle se rend à la librairie anglophone parisienne Smith&Son. Cami’s Book Club naît en
Entre romances et thrillers, Camélia fédère une communauté autour d’échanges sincères sur l’amour, les relations et le rapport à soi.
octobre 2024 autour de Twisted Lies d’Anna Huang, puis Binding Thirteen de Chloé Walsh, La Femme de ménage de Freida McFadden et Just For The Summer d’Abby Jimenez. Camélia ne jure que par les versions originales des romances et des thrillers depuis le Covid : « Certaines phrases et traits d’humour sont intraduisibles, et les dialogues sont meilleurs en anglais. » À chaque session, elle met les petits plats dans les grands pour mettre à l’aise
Cami’s Book Club est un espace chaleureux et décomplexé, pour se rencontrer et échanger.
la quinzaine de personnes présentes. « Je sors toujours avec le sourire aux lèvres du book club », confie-t-elle, heureuse de son format. Car en tant que grande lectrice, la trentenaire avait besoin d’un espace pour échanger sur ses lectures, sans jugement.
Mady explore les intersections entre la musique, les cultures populaires et les questions de représentation, via une approche engagée.
Noname Book Club Paris
Lancé en septembre 2025, le Noname Book Club Paris est le chapitre français du book club de la rappeuse américaine Noname : un projet appartenant à des personnes noires, qui met en relation des membres de la communauté partageant des idées radicales autour de livres enga-
gés. Depuis 2019, plus de vingt clubs de lecture ont été créés aux États-Unis et beaucoup se développent à l’international. À Paris, c’est la journaliste Yasmine Mady qui en est le relais : « Dans chaque club, il y a un facilitateur. Je me suis proposée auprès de Noname pour lancer le chapitre parisien et elle a accepté », explique-t-elle. Londres, Lagos, Dakar ou Abidjan sont d’autres sections organisant des rencontres autour des mêmes livres. Les trois dernières sessions de 2025 ont porté sur Sister Outsider d’Audrey Lorde, l’autobiographie d’Assata Shakur et Homegoing de Yaa Gyasi. « Les gens du book club cherchent une élévation et une guérison collective en décentrant la blanchité », explique Yasmine. Le book club étasunien a conjointement été pensé avec un lieu : La Radical Hood, et à Paris, c’est à la librairie Transplantation que se déroule le club, restant ainsi aligné avec les valeurs originelles. Enfin, une partie importante du projet est la distribution de 1500 livres aux membres incarcérés du club, participant à l’émancipation de la communauté à travers l’éducation politique.
Noname Book Club fondé par la journaliste spécialisée en musique et culture, Yasmine Mady.
Yasmine
Red Bull Tetris
Qlex et son costume ; Julien Giron vs Jean Bertrand en huitièmes de finale ; les Creators Alice Bruns et Gartin ; tout à droite : la BNF en mode Tetris.
Le gaming illumine la BNF
La finale française de Red Bull Tetris s’est tenue à Paris. Dans ce cadre, deux des quatre tours de la Bibliothèque nationale de France sont devenues écrans géants.
Le samedi 29 novembre 2025 dernier, après une compétition acharnée, c’est lors de cette compétition exceptionnelle que Merlin Marchand s’est imposé, décrochant son ticket pour la Red Bull Tetris World Final, qui s’est tenue le 13 décembre à Dubaï, où plus de 2 000 drones ont illuminé le ciel en recréant les célèbres pièces de Tetris. Red Bull Tetris revisite le jeu emblématique avec des mécaniques inédites. Parmi elles : des bonus pour maximiser les points, un « Tetromino d’or » et des parties chronométrées de trois minutes. Ces innovations intensifient la compétition, où stratégie et réflexes sont essentiels.
Merlin Marchand vs. Louis Bruneteau en demi-finale ; Kiana Milan ; Merlin de nouveau, le gagnant de la finale France ; Le site de la BNF.
En France, le tournoi a rassemblé 11 500 joueurs et joueuses autour d’une version modernisée du jeu culte, qui, ensemble, ont joué plus de 217 000 parties pendant les qualifications, témoignant de l’engouement toujours présent pour ce classique intemporel.
Un défi technique
Inès Mergny, Directrice Générale Opérationnelle et Associée de l’agence Ubi, chargée de la production de l’événement à Paris, explique : « Le principal défi résidait dans le caractère totalement inédit du projet. Il s’agissait de la première projection vidéo dynamique sur les tours de la BNF, où seules des projections d’images fixes avaient été autorisées auparavant. Cette première a nécessité un long travail en amont, afin de valider sa faisabilité technique et patrimoniale. »
Le dispositif reposait sur une projection live synchronisée avec les actions des joueurs. « Nous avons utilisé 18 vidéoprojecteurs de 50 000 lumens, capables d’atteindre les façades de deux tours tout en garantissant une qualité d’image optimale, malgré la distance et l’échelle monumentale. Au total, 1 856 m² ont été projetés sur 13 étages et 572 fenêtres. »
Cette première technique s’inscrit dans une démarche culturelle forte. « La BNF conserve également le patrimoine des jeux vidéo, ce qui confère une cohérence symbolique au projet », souligne Mme Mergny.
Immersion totale
Grâce à AMD, partenaire majeur de l’événement, les projections ont sublimé les parties des seize finalistes, offrant une immersion totale dans l’univers coloré et rythmé de Tetris. Et malgré la pluie, Paris fut le lieu d’un show inédit mêlant jeu vidéo, architecture et technologie. Pour découvrir les temps forts de la compétition, rendez-vous sur redbulltetris.com
Hollywood tient son champion
Dans Marty Supreme, Timothée
Chalamet campe un pongiste prêt à tout pour conquérir le monde. Il s’est entraîné pendant six ans pour devenir un as du ping-pong – et du sport en général.
Texte Mariam Schaghaghi
Un vrai pongiste, qui sautille autour de la table, les yeux rivés sur la balle, qui renvoie avec une nonchalance déconcertante les coups les plus rapides de son adversaire, balles hautes et autres flips, rien ne lui échappe – on dirait qu’il a fait ça toute sa vie. Une performance qui est effectivement le fruit d’années de préparation : pour incarner Marty Supreme, Timothée Chalamet a dû tâter de la raquette. Pour le film, l’acteur américain n’a pas tenu à se faire doubler : son dernier film, sorti au mois de février dernier, est inspiré de l’histoire vraie de Marty Reisman, un « artiste atypique » comme il se définissait lui-même, un hurluberlu au destin inclassable, né à New York et devenu figure légendaire du tennis de table dans les années 50. Surnommé « l’Aiguille » pour son côté gringalet, il a voulu convaincre le monde entier qu’il était un roi – le roi des pongistes. Un athlète qui n’avait vraiment pas l’air d’en être un – jusqu’à ce qu’on le voie à l’œuvre. Sa raquette en main, il devenait invincible. On a voulu savoir comment Chalamet a fait pour devenir Marty le sportif.
« Ça a été un boulot de dingue, avoue l’acteur lors d’une conférence de presse. Sans compter toutes les fois où je devais apprendre des coups ou un échange de balle par cœur. » Six ans au total, dont cinq avec des gourous de la discipline comme le Suisse Diego Schaaf, qui avait déjà entraîné Tom Hanks pour ses scènes de ping-pong dans Forrest Gump. Quant à l’aspect historique et technique, les enchaînements et autres détails, c’est auprès de l’épouse de Schaaf, Wei Wang – une
Focus
Naissance en 1995, à New York City 2 passeports français et américain 1 Golden Globe 2026 du meilleur acteur dans une comédie et pressenti pour un Oscar le 15 mars prochain Star TV Dans la série Homeland, il joue le fils du vice-président des États-Unis
ancienne championne olympique – qu’il a étudié. Un seul objectif : faire rentrer le tennis de table dans son quotidien. Même sur les tournages de Wonka et de Dune 2, chez lui, à Los Angeles ou en déplacement : il devait toujours y avoir une table à disposition pour s’entraîner.
Itinéraire d’un enfant borné
Depuis le film qui l’a révélé au grand public en 2017, Call Me by Your Name, Timothée Chalamet a enchaîné tellement de succès qu’on serait tenté de croire qu’il possède une espèce de don inné, un talent inexplicable qui lui permettrait de jouer n’importe quoi sans aucun effort. Grosse erreur : l’acteur franco-américain est au contraire un forcené de boulot, un adepte du travail d’acteur « à l’ancienne ».
Pour Call Me by Your Name, il s’est mis à l’italien, au piano et à la guitare ; pour Dune, il a travaillé à fond sur sa forme physique. Et pour camper le chanteur folk Bob Dylan dans Un parfait inconnu, il a pris des cours de chant et d’harmonica. Son succès à l’écran, il le doit à cette volonté de maîtriser un jeu à la perfection, au point que tout semble couler de source, où l’acteur disparaît derrière le génie qu’il incarne.
Timmy Chalamet arrive ce jour-là à la conférence de presse avec son nouveau look : exit les bouclettes et le regard de braise, c’est en vrai nerd – cheveux courts et binocles démodées, chemise proprette et cravate, sans oublier la petite moustache clairsemée de post-ado – que celui qui incarne Marty à l’écran se présente devant le parterre de journalistes. Petite correction : il s’agit là de son ancien look de Dune 3, explique-t-il en riant. Concernant sa popularité aussi internationale qu’inattendue, l’acteur a une réponse aussi courte que pertinente : « Je le dis sans ironie, j’étais exactement comme Marty au début de ma carrière. » Depuis qu’il a dix ans, ce New-Yorkais d’origine savait qu’il voulait devenir acteur et s’est accroché à son rêve, enchaînant les castings jusqu’à ce qu’il décroche, à 18 ans, son premier rôle important dans Interstellar de Christopher Nolan. Il a toujours su où il allait : « Je n’ai jamais accepté un non comme réponse – et ce dans un secteur où l’on se prend tellement de portes dans la figure. »
Learning by doing Après neuf ans passés sous les feux de la rampe, Chalamet a non seulement fait preuve de ténacité, mais a surtout prouvé qu’il était capable de tout jouer. Plus jeune acteur à être nominé pour l’Oscar du premier rôle (Call Me by Your Name), il est de nouveau nominé en 2025 pour son rôle de Bob Dylan. Avec Marty Supreme, Chalamet est de nouveau pressenti pour les Oscars. Son « Marty » lui a déjà valu son premier Golden Globe du meilleur acteur – qui sait s’il remportera la statuette dorée le 15 mars prochain ? Ce serait la consécration ultime d’un jeune acteur qui vient de fêter ses trente ans.
Chalamet a désormais pris l’habitude, lors d’un tournage, d’éliminer tout ce qui peut le distraire, même son smartphone, parce qu’il veut « incarner le personnage pendant deux mois. Avoir la chance de jouer à ce niveau, c’est le plus beau cadeau de ma vie. »
Atteindre un tel niveau de crédibilité, peut être comparé à la ténacité de Marty lorsqu’il a voulu forcer son destin. Pour lui, ce film est bien plus qu’un simple projet « de plus », c’est une révélation : celle d’un cinéma qui célèbre l’effort et la volonté.
IG : @tchalamet
« Dans un secteur où le rejet est permanent, je ne me suis jamais satisfait d’un non comme réponse. »
À 10 ans, il savait déjà qu’il voulait être acteur. Timothée a tout juste 30 ans.
Dans la matrice
Amy Plant, de son vrai nom Emma, évolue au sein de la matrice numérique. Sur YouTube, elle code, décortique et détourne les nouvelles technologies comme un jeu d’enfants.
Texte
Hugues Pascot Photo Eva Lopez
« Allô la Terre, ici Amy Plant ! » C’est par cette accroche ultra-catchy qu’Amy ouvre ses vidéos, comme un signal envoyé depuis l’espace. Sauf que son centre de gravité ne flotte pas en orbite mais à Marseille, où elle réside. À 27 ans, la créatrice de contenus cumule plus de 241 000 followers sur YouTube, un terrain de jeu où elle explore, et révèle les arcanes de la tech. Son CV de crack ? Hacker une caméra, recoder intégralement le jeu vidéo Minecraft, ou encore infiltrer l’ordinateur de son crush. Des exploits numériques qui la mèneront jusqu’à interviewer Pandu Nayak, vice-président et cerveau de Google Search. The Red Bulletin est parti à la rencontre de cette cool-geek pour qui le codage n’a presque plus de secrets.
Plan A / Plan B
La passion d’Amy pour la tech naît tôt. Très tôt même. Dès le collège, elle bidouille l’informatique. « Je faisais des montages de mes séjours en colonies de vacances. J’étais la meuf qui filmait et montait la vidéo sur Windows Movie Maker », se souvient-elle en souriant. Pourtant, à l’origine, ce n’est pas la tech qui l’appelle, mais l’art. Bac option arts plastiques en poche, Amy avait en tête un plan A bien tracé qui s’est heurté rapidement à la réalité familiale. « À la base, je voulais faire une école d’art, mais ma mère ne voulait pas. C’était vraiment mon plan de vie numéro un. » Elle active alors le plan B, plus classique et rassurant. Direction une licence d’Humanités, un cursus généraliste. Mais ce qui va agir comme un catalyseur dans son parcours, c’est son entrée à l’École 42 qui propose
Focus
L’évolution d’Amy Plant en quatre dates clefs Nov. 2019 Publication de sa première vidéo YouTube Août 2021 1,6 million de vues de sa vidéo Je hack une webcam Août 2022 Interview de Pandu Nayak, vice-président de Google Search Nov. 2024 Elle court son premier marathon Nice-Cannes
l’évolution technologique. Dans l’une de ses récentes démonstrations, elle prouve qu’avec une simple paire de lunettes connectées et quelques lignes de code, la reconnaissance faciale devient un outil accessible et redoutable. On peut en effet identifier un visage, exhumer des données et tout savoir, ou presque, sur un inconnu croisé dans la rue. De quoi donner des frissons, non ? Et pourtant. Amy fait partie de cette génération lucide mais résolument enthousiaste, convaincue que la technologie, aussi inquiétante soit-elle, reste avant tout un formidable terrain d’expérimentation et de progrès. « Le commun des mortels ne sait pas à quel point tout ce qui se passe, c’est une dinguerie ! Aujourd’hui, de plus en plus de monde peut coder. S’approprier les technologies, c’est une source de pouvoir. Savoir coder permet d’avoir une vision plus fidèle du monde qui nous entoure. »
The Speed Project
une formation en informatique sans profs ni cours magistraux, où l’apprentissage se fait en complète autonomie. « Je me suis totalement retrouvée dans cet univers, qui te permet aussi de rencontrer des personnalités extrêmement atypiques », confie-t-elle. C’est là qu’Amy pose ses fondations. Elle apprend les bases du code, affine sa compréhension des systèmes et plonge tête la première dans la culture tech. Mais une idée continue de lui tourner dans la tête : celle de créer ses propres vidéos. Alors, le 27 novembre 2019, elle publie sa première vidéo où elle y raconte son expérience de « La Piscine », le nom donné à l’épreuve d’immersion intense qui fait office de sas d’entrée à l’École 42. À partir de là, Amy plante son décor.
Amy is watching you!
Via les vidéos qu’elle partage sur sa chaîne, Amy affûte ses lignes de codage. Elle explique par exemple, comment créer un codage permet de devenir imbattable sur des jeux tels que Puissance 4 ou Snake. Mais sa passion dépasse largement le simple divertissement. Elle conçoit aussi des vidéos pour alerter sur les dérives possibles de
Si, de prime abord, on pourrait assimiler Amy à ces personnes qui s’enferment dans leur chambre et ne se nourrissent que de lignes de code à longueur de journée, il suffit de parcourir son compte Instagram pour balayer ce cliché d’un revers de la main. On y découvre une passionnée de dessin et de course à pied. En août dernier, elle a d’ailleurs bouclé son premier Speed Project : une course en relais de 460 km et 4 500 m de D+, de Chamonix à Marseille. « On était un groupe de huit filles qui se relayaient. J’ai couru un peu plus de 60 km et on a fini au bout de 39 heures. » Plus que la performance, Amy court après l’émotion. « Ce que je kiffe dans le running, ce n’est pas tant performer que vivre des moments forts avec des gens. J’aime aussi le dépassement de soi. C’est peutêtre cliché, mais on peut mourir à tout moment, alors autant vivre à fond et tenter des expériences de fou. » Et ce n’est visiblement qu’un début : déjà en préparation pour un nouveau défi sportif en avril, Amy Plant voit encore plus loin. « Parmi mes objectifs pour 2026, j’aimerais me lancer dans les combats de robots humanoïdes », conclutelle. Rendez-vous est pris.
IG : @iciamyplant
« S’approprier les technologies, c’est une source de pouvoir. »
À propos de sa pratique du codage et des perspectives qu’il lui offre.
Jouer et militer
À l’heure où l’engagement public peut
coûter une carrière, la DJ et productrice Glitter55 choisit de ne pas se taire.
Texte
Chloé Sarraméa Photo François Khoutornaia
En 2022, Glitter55 a décidé de changer de nom. La DJ et productrice originaire du Maroc, arrivée en France pour ses études et devenue artiste après avoir aidé au développement de la carrière des autres. Elle met enfin un terme à des années de massacre orthographique. Elle avait accolé à son nom de scène la transcription du nombre 55 en chiffres arabes orientaux, une célèbre incantation au Maroc pour se protéger du mauvais œil, qui se retrouvait saccagée par les graphistes de presque tous les festivals européens. Par respect pour ses parents, elle a préféré la retirer. Sur son compte Instagram, Manar, de son vrai nom, partage des images de vacances, des récaps de concerts, des affiches de soirées où elle s’est produite récemment. Son feed pourrait ressembler à celui de n’importe quel artiste de musique électronique qui joue un peu partout en France et ailleurs. Sauf qu’elle utilise aussi cette plateforme et ses dix mille abonnés pour communiquer sur des causes qui lui sont chères, organisant des soirées appelées Fissa pour permettre à des DJs sans visa de venir se produire en Europe, et commentant les conflits en cours et la crise migratoire à travers, notamment, des événements de soutien où elle joue, presque toujours gratuitement, pour reverser les fonds à des ONG. Glitter55 est de ces artistes qui refusent de garder le silence sur les conflits mondiaux et optent, dans un monde de la culture et des médias qui a tendance à invisibiliser les prises de position militantes, pour le soin et la lutte. The Red Bulletin est allé à sa rencontre afin de comprendre les raisons de ce choix.
the red bulletin : Tu es DJ, productrice et vocaliste. De quelle manière tes engagements s’illustrent-ils ? glitter55 : La musique et les dancefloors sont politiques. Quand je suis arrivée en
Focus
Engagement et actions
SOS Méditerranée, soirée de solidarité pour le Liban (2024), Artists Against Apartheid (2023), solidarité avec la Palestine via Root radio (2021)
France, j’ai fréquenté des soirées où l’on passait du raï ou du chaâbi (musique populaire marocaine, ndlr) sans rien y comprendre, sans faire attention à l’histoire de ces musiques et à leur culture. Il m’est impensable de jouer [Haja El] Hamdaouia, l’une des plus grandes militantes marocaines, sans contextualiser et prendre le temps de communiquer sur ce qu’elle a fait. Je mets aussi en avant des artistes qui ont le même engagement que moi. Je peux mixer un texte d’El Grande Toto avec un track de musique électro produit par Abadir, par exemple, qui manifestent tous les deux pour la Palestine depuis toujours. C’est le rôle du DJ : un médiateur entre la musique et le public.
Te sens-tu libre de tout dire sur les réseaux sociaux, ou de t’en détacher ? Dans le contexte actuel, j’estime que c’est à moi de prendre la parole pour ceux qui sont dans l’impossibilité de le faire, pour ceux qui sont en train de perdre leur famille… C’est à nous d’être là, d’être solidaires, que ce soit dans le monde arabe ou ailleurs. À l’inverse, je n’arrive pas à me forcer à raconter ma vie pour l’algorithme. J’ai entendu dire que certains promoteurs refuseraient de booker des artistes trop engagés sur les réseaux pour jouer lors de soirées « purement festives »… Et puis il y a les messages d’insulte, le shadow ban, ceux qui te reprochent d’utiliser tes engagements pour être plus visible, etc. Mais si tu restes dans le superficiel et que tu fais cinq TikTok par jour, tu rayonneras. Tu feras des main stages à coup sûr !
En 2026, être artiste et militant, est-ce que c’est risquer sa carrière ?
On a vu pas mal d’artistes se retirer de la scène électronique car il devenait trop difficile pour eux de défendre leur projet dans un monde où l’on doit constamment être visible ou marketé. En 2024, j’ai accepté de jouer pour Boiler Room et pour Hör. J’ai ensuite demandé que tous les contenus ou vidéos de moi soient supprimés de ces plateformes. Peu importe les opportunités de booking ou la visibilité à la clé, je ne peux pas me contredire. Je suis convaincue que si l’on reste honnête avec soi-même, les efforts finiront par aboutir et une communauté fidèle va se créer, pour longtemps.
Existe-t-il une pression à l’engagement public des artistes ?
Quand j’aime un artiste, je lis ses interventions dans les médias pour décider de le jouer en soirée ou pas. Avoir de la visibilité, c’est avoir du pouvoir. Je comprends que les fans aient envie de savoir car les artistes deviennent les porte-parole de leur communauté. Ils sont plus écoutés que n’importe quel politicien ! Par exemple, il y a beaucoup plus de dons et d’engagement pour SOS Méditerranée lorsque les artistes sont présents aux événements. Les réactions sont plus significatives qu’à la diffusion d’une vidéo tournée sur le terrain.
De nos jours, comment concilier survie économique et éthique artistique ? Être DJ est un travail : on ne peut pas tout le temps jouer gratuitement pour toutes les ONG. Lors du Congrès de musique arabe électronique à Tunis, on s’est demandés si l’on ne pouvait pas, sur le long terme, penser à un fonds pour les artistes militants, ou pour nos amis artistes basés en Palestine qui ne peuvent pas tourner ailleurs, qui permettrait de les rémunérer lorsqu’ils acceptent de jouer gratuitement grâce à un système de cotisation mensuelle. Ce serait une manière de rester honnête envers ses engagements et de ne pas se retrouver dans une précarité financière. Mais c’est un casse-tête. En plus de monter sur scène, de diffuser de la musique, c’est important de savoir pour qui l’on joue. De la même façon qu’il ne faut pas aller jusqu’à se dégoûter du métier si l’on n’est jamais rémunéré. Un DJ aussi doit payer son loyer…
IG : @glitter 55
« Peu importe la visibilité à la clé, je ne peux pas me contredire. »
Glitter55 à propos de son positionnement et engagement personnel.
PLUS FORT QUE LUI-MÊME
Il passe 6 jours sur 7 dans une « box » de fitness fonctionnel à soulever, faire des push-ups, projeter des balls, ou dehors, à couriréventuellement à se familiariser avec le paddle ou la natation en eau vive. Barbant ? Inspirant ! Pour Victor Hoffer, 22 ans, l’objectif est passion, et clair : s’améliorer au max pour incarner la définition du fit.
Texte PH Camy Photos Carlos Suárez
L’Alsacien Victor Hoffer, 22 ans, photographié pour The Red Bulletin à Paris, da ns la salle R2 Vendôme.
VVictor Hoffer, c’est le gars qui enchaîne les WOD (Work Of the Day) comme d’autres binge-watchent des séries Netflix. Athlète de fitness fonctionnel, il mixe force, cardio et technique avec un style bien à lui. Toujours à fond, et soucieux de ne pas décevoir, il partage son quotidien d’entraînement sur son compte IG et montre qu’avec de la régularité, du fun et un mental solide, on peut repousser ses limites et viser plus haut.
Victor Hoffer, né le 28 mars 2003 à Colmar, tombe dans le sport à 3 ans en suivant les cours de gym de sa grande sœur. Gros coup de cœur : il s’y met à fond. Poussé par sa famille, il enchaîne
les entraînements au club de la Munstérienne, puis rejoint à 12 ans le centre Espoir de Gymnastique de La Madeleine près de Lille. Compètes régionales, championnats de France, podiums… sa technique et sa mobilité font la diff. En 2019, retour en Alsace et nouveau crush : le CrossTraining. Sa famille, déjà accro, l’emmène tester un WOD à la box CrossTraining Grillen de Colmar. Son premier METCON (abréviation de METabolic CONditioning, séance – ou blocs de séance – conçue pour améliorer le conditionnement métabolique) est loin d’être parfait, mais le déclic est là.
Volontaire : conscient que son projet sera très exigeant, Victor l’aborde avec de l’engagement et de la positivité.
Depuis, le jeune Alsacien enchaîne les barres et les compètes. Grâce à une rigueur béton et un mental solide, celui qui est doté d’un Baccalauréat sciences et technologies de l’industrie et du développement durable, ainsi que d’un Brevet professionnel de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport spécialité Éducateur sportif (il a coaché des sportifs un an durant, avant de passer pro), s’est fait une place dans le game du fitness, en France et à l’international (voir notre encadré sur son palmarès et ses objectifs)
Rencontre lors de notre shooting au R2 Vendôme, à Paris, début janvier.
« Je ne veux pas me décevoir moi-même, par rapport à tout ce que j’ai construit sportivement depuis très jeune. En vérité, ce sont peut-être mes parents que je ne souhaite pas décevoir, même si je sais qu’ils seront toujours heureux pour moi.
J’ai envie de leur rendre quelque chose, pour tout ce qu’ils ont investi en moi, que ce soit émotionnellement ou financièrement. »
Victor Hoffer
The red bulletin : Bonjour Victor Hoffer… Qui est Victor Hoffer ?
victor hoffer : J ’ai 22 ans, je suis né à Colmar dans l’est de la France. J’ai commencé ma carrière de sportif par de la gymnastique à l’âge de 3 ans avec de la baby gym. Suite à ça, je suis parti au Pôle Espoir de La Madeleine, dans le nord de la France, à côté de Lille. Un centre spécial de gymnastique. Et à 16 ans, je suis revenu à Colmar, là où j’ai commencé le fitness fonctionnel car toute ma famille en faisait.
Dans l’un de tes posts Instagram, on peut lire “Brick by brick”. Quels sont les challenges majeurs qui t’attendent pour devenir le meilleur mondial dans ta discipline ? Ton objectif affiché et assumé ?
J’avance par étapes à l’entraînement, et au niveau mental. Je travaille aussi ma course. Côté mental, j’apprends comment réagir correctement aux situations auxquelles je ne suis pas préparé. Car il y a ce que tu peux anticiper et exercer à l’entraînement et la réalité de la compétition. C’est ce que j’ai compris au fil des années. Comme je suis assez jeune dans la discipline, chaque expérience me permet de gagner en maturité. C’est pourquoi je multiplie les challenges : plus de compétitions, plus d’entraînements sur le run.
Pour les besoins de notre shooting, Victor soulèvera ces haltères hexagonaux des dizaines de fois. Sans sourciller.
À l’exemple d’une autre athlète de la sphère Red Bull, la spécialiste du parkour, Lilou Ruel, tu pratiques la visualisation, de la projection mentale sur des situations pour les appréhender avec assurance lorsqu’elles arrivent finalement, voire pour les provoquer – la victoire par exemple…
C’est cela ?
Pour ma part, ça peut être de visualiser la manière dont je dois faire un mouvement de la meilleure façon possible. Si je prends un lift, qui est un mouvement à risques, je vais imaginer tous les détails qui pourraient venir sur mon chemin dès le moment où je marche vers la barre d’haltérophilie, jusqu’au moment où j’établis mon mouvement. Ça va m’aider, le jour J, à me focus pour mettre ce lift en place et ne pas me blesser, ne pas avoir à penser à ce qui passe à côté ni à ce que je dois faire pour réussir cette barre. L’idée, c’est de se mettre dans une bulle et d’oublier tout ce qu’il se passe autour. Pour moi, ça marche très bien dans ces moments-là.
Est-ce dangereux de soulever une barre d’haltérophilie ?
Oui, l’an dernier, je me suis fait une rupture partielle du ligament croisé en faisant un mouvement d’épaulé.
Comment cela ?
En gros, on part du sol et on va venir mettre la barre sur les épaules. C’est risqué dans le sens où, on peut se faire de petites entorses au poignet si on le place mal, voire même se casser le poignet. On peut se blesser aux coudes.
« C’est la discipline qui m’aide à revenir tous les jours à l’entraînement. »
Qu’est-ce qui est arrivé dans ton cas ? J’ai mal placé mes pieds, mon genou est parti sur l’extérieur et je me suis fait une rupture partielle des ligaments croisés.
Tu devais soulever combien à ce moment-là ?
166 kilos…
Quelle fut ta pire blessure à date ? Une double fracture de fatigue sur deux vertèbres lombaires. Ça vient progressivement jusqu’à ce que ça pète. J’ai dû mettre un corset pendant 6 semaines et je n’ai pas pu lifter de barre d’haltérophilie pendant près de quatre mois. Ensuite, j’ai eu deux années très compliquées à cause des douleurs au dos. C’était en 2019.
Combien d’heures passes-tu dans une salle chaque semaine ?
Environ 20 à 25 heures, voire plus. Ça n’est pas que de l’entraînement pur, il y a l’installation du matériel, il faut s’échauffer, il y a les transitions… Tout ça prend du temps.
Combien de jours par semaine ? Je m’entraîne tous les jours du lundi au samedi. Et le dimanche, c’est repos complet.
Comment se motive-t-on 6 jours sur 7 à se rendre à la salle pour s’entraîner ? C’est de la discipline. C’est elle qui m’aide à revenir tous les jours à l’entraînement. Quand je faisais de la gymnastique, plus jeune, on n’avait pas forcément le choix. Aujourd’hui, j’ai la chance d’avoir le choix de vouloir aller à la salle de sport ou pas. En fait, c’est cette dureté que j’ai appris très jeune, et aujourd’hui, je n’ai pas envie de me décevoir, de décevoir le jeune Victor. C’est une liberté de pouvoir me dire que je veux aller à la salle.
Tous les jeunes de 22 ans n’ont pas la même notion de la liberté, beaucoup pensent aux loisirs, à s’amuser… Si je compare ma vie à un autre adolescent qui va sortir en boîte, se coucher tard le week-end… C’est vrai que toutes ces choses-là, je ne les fais plus… J’ai appris à être plus discipliné et à faire sans, et avec le temps, j’aime ça.
COSTAUD !
LA ROUTINE DE VICTOR
SUR 6 JOURS D’ENTRAÎNEMENT PAR SEMAINE.
COURSE À PIED
• 2 séances par semaine
• Environ 5 à 8 km par sortie
CARDIO SUR MACHINES (endurance)
• 4 séances par semaine
• Durée : jusqu’à 1h30 par séance
• Outils : vélo, rameur, ski-erg
• Soit en mono-focus (par ex. que du vélo), soit en mix de machines
• Mouvements de fitness fonctionnel (skills de gym)
« Le fitness fonctionnel a été créé dans les années 70 par un Américain qui a voulu développer une activité physique pour préparer les militaires, les pompiers et les policiers. »
Pause énergisante pour Victor, ici représenté dans sa multiplicité : un athlète complet, dévoué au fitness fonctionnel.
LE SOMMEIL : L’ALLIÉ DE VOTRE PERFORMANCE
VICTOR HOFFER VOUS TRANSMET SON APPROCHE RAISONNABLE DU SOMMEIL, QUE VOUS SOYEZ ATHLÈTE OU NON. SANS TÉLÉPHONE.
« Je l’ai compris assez tard, mais le sommeil est un des piliers les plus importants de la performance. Pour bien dormir, j’essaie de couper mon téléphone à 22 heures, voire un peu avant. Mon but ultime, c’est de dormir de 22 heures à 8 heures straight, non-stop, tous les jours. Quand j’ai enchaîné pour la première fois trois semaines de 10 heures de sommeil par nuit, j’ai eu l’impression de découvrir une nouvelle version de moi-même, de pousser mes batteries à 150 %. Cela peut faire peur, mais je vous recommande d’essayer. Pour vous aider, commencez par vous coucher un peu plus tôt que d’habitude, 20 minutes, peut-être, puis encore 20 minutes plus tôt, etc. jusqu’à arriver au créneau qui vous convient. Et surtout, n’oubliez pas de couper votre téléphone, 45 minutes, voire une heure avant de vous coucher. »
Ton quotidien est-il celui de quelqu’un de solitaire ?
Je m’entraîne souvent seul, j’aime bien. Et c’est dur de trouver des partenaires d’entraînement au même niveau, même si j’ai, bien sûr, des training partners. Au-delà de la pratique pure, j’ai un gros team derrière moi, qui m’accompagne dans cette aventure et qui m’aide à me pousser. Je pense notamment à mon coach, qui vit près de Copenhague et qui a un immense lieu d’entraînement où il invite souvent des athlètes. Ce coach programme tous les jours ce que je vais faire à l’entraînement, ce qui est super important. C’est toujours bon d’aller à l’entraînement et de savoir qu’il a la vision, et d’être 100 % d’accord avec lui, de ne pas y penser. J’ai également ma manageuse, Lucile, qui est avec nous aujourd’hui. Elle m’aide sur des projets comme ce shooting et cette interview avec le The Red Bulletin, dans mes projets avec Red Bull ou cette relation qui se met en place avec Nike… Il y a aussi ma copine, Maja, qui m’aide énormément, et avec laquelle je partage la même passion. Je pense aussi à mes parents qui me soutiennent, notamment en m’ayant toujours chez eux à la maison.
Le fitness fonctionnel que tu pratiques, ça vient d’où ? Et que sont les CrossFit Games ? Une sorte de championnats du monde de ta discipline ?
Le CrossFit a été formalisé à l’aube des années 2000 par Greg Glassman, bien que ses racines méthodologiques remontent à ses expérimentations des années 70. L’objectif n’était pas initialement de créer un programme militaire, mais de maximiser la capacité de travail physique sur de larges domaines de temps et de modes. La discipline a pris son essor en hybridant de manière inédite l’haltérophilie, la gymnastique et les sports d’endurance (comme la course ou l’aviron). Ce qui était au départ une approche d’entraînement pour des clients privés s’est avéré si efficace que les unités d’élite et les premiers répondants l’ont rapidement adopté comme standard. Aujourd’hui, via les CrossFit Games, nous testons cette polyvalence pour définir l’athlète le plus complet au monde.
« Je m’entraîne souvent seul, j’aime bien. »
Il semble que les CrossFit Games, intègrent des disciplines complémentaires au fitness fonctionnel, mais parfois inattendues…
C’est vrai que les CrossFit Games aiment bien nous surprendre avec des disciplines un peu hors norme qui sortent du pur fitness fonctionnel. On a déjà vu passer du paddle, des parcours de franchissement avec des échelles ou des pegboards, et pas mal de gymnastique technique qui demande une agilité folle.
Il faut donc savoir tout faire ?!
J’ai participé à une compétition, les Dubai Championships, en amont de laquelle certains annonçaient qu’il y aurait une épreuve de natation en eau libre. Du coup, j’ai intégré des séances avec des coaches en natation à mon entraînement préparatoire. Pour une autre compète, à Marseille, on a eu du paddle board, à genou. Sur ce coup-là, je me suis rapproché d’un club près de chez moi, en Alsace, pour leur demander de me former. Et voilà.
Plus communément, beaucoup de nos lecteurs et lectrices se sont passionnés ces dernières années pour des pratiques de fitness, ou pour l’Hyrox. Pour celles et ceux qui voudraient basculer sur le cross training, quelles seraient tes recommandations et éviter de se faire mal et d’en être dégoûté trop vite ? Je dirais de commencer à travailler dans une box affiliée où on propose de l’entraînement dédié. Et de ne pas hésiter à poser des questions aux coachs. Aussi, en général, il vaut mieux se fixer des objectifs réalistes et à court terme, et ne pas se lancer à 150 %. Comme on disait avant, “Brick by brick”. Atteindre son premier objectif à court terme, sans pression, sans vouloir en faire des tonnes, en allant doucement.
« Il y a ce que tu peux préparer à l’entraînement et la réalité de la compétition, c’est ce que j’ai compris avec les années. »
Jour après jour : le jeune Français s’est imposé une routine, et doit s’y tenir, s’il veut remporter les CrossFit Games.
Focus : Après des années de gym, Victor a trouvé dans le fitness fonctionnel un vecteur complet pour sa passion.
Perso, j’ai fait l’inverse, je suis allé à fond tout de suite ! (Rires)
De loin, on a l’impression que le fitness fonctionnel est une discipline inclusive et ouverte aux femmes. C’est le cas ?
Bien sûr, il y a énormément de femmes dans la compétition. Sur les inscriptions aux opens, les chiffres sont énormes.
C’est un aspect super intéressant, et ce n’est pas un sport où on va forcément avantager les hommes. Personnellement, ça me permet aussi de ne pas forcément avoir des training partners hommes, et de pouvoir échanger aussi avec des femmes. C’est bien de se frotter à des mentalités et approches différentes de l’entraînement. C’est même vraiment important.
Tu es très présent sur IG où tu partages la réalité de ta routine et ton quotidien dans l’entraînement et la compétition. Cela doit prendre un certain temps. Comment préserves-tu un équilibre entre l’entraînement, t’améliorer, et produire des contenus qui font sens ? Je ne veux vraiment pas minimiser la performance, et j’essaie de faire de mon mieux, mais c’est dur de produire du contenu sans s’y perdre. Pour moi, la performance prime : je m’entraîne, je cale mon téléphone sur une perche sur le côté, c’est facile. Mais j’essaie toujours de me dire : « Est-ce que le contenu que je produis est en train d’affecter ou de perturber ma performance ? » Si la réponse est non, alors je continue à le faire. Si à un moment ça empiète trop sur ce terrain-là, je vais me calmer, mais pour l’instant ça n’est pas le sujet. C’est une question très intéressante que j’aimerais développer avec des personnes qui gèrent ça bien, car je m’occupe de mes réseaux seul.
J’ai remarqué du PNL sur l’une de tes vidéos Insta… Alors, pourquoi PNL ? C’est quand j’ai commencé la gymnastique dans le nord de la France que j’ai découvert ces rappeurs. Ça m’a suivi toute ma carrière sportive. Quand je vis des moments difficiles, j’écoute souvent du PNL pour me rappeler d’où je pars.
IG : @victor.hfr
VICTOR HOFFER : DEVENIR L’HOMME
LE PLUS FIT AU MONDE
À 22 ANS, VICTOR HOFFER EST DÉJÀ L’UN DES VISAGES QUI COMPTENT DANS LE PAYSAGE MONDIAL DU FITNESS FONCTIONNEL. DOUBLE CHAMPION DE FRANCE, VAINQUEUR DES WODAPALOOZA 2022 CHEZ LES 16–18 ANS ET PLUS JEUNE ATHLÈTE MASCULIN QUALIFIÉ AUX CROSSFIT GAMES 2024, LE MUNSTERIEN S’EST IMPOSÉ EN QUELQUES SAISONS COMME LA FIGURE MONTANTE DE LA DISCIPLINE EN EUROPE.
UN PALMARÈS PRÉCOCE MAIS DÉJÀ SOLIDE
Formé très tôt à la culture de la compétition, Victor frappe un grand coup en 2022 en remportant les Wodapalooza à Miami dans la catégorie 16–18 ans en team, l’une des compétitions internationales les plus relevées hors CrossFit Games, où se retrouvent régulièrement plusieurs athlètes du top 10 mondial.
Sur la scène nationale, il domine également son sujet : deux titres de champion de France de fitness fonctionnel viennent déjà étoffer un palmarès qui contraste avec son jeune âge. En 2024, il franchit un cap historique : à seulement 21 ans, il devient l’athlète masculin le plus jeune à se qualifier pour l’édition 2024 des CrossFit Games, la référence absolue de ce sport.
2026 : VISER LE TRÈS HAUT NIVEAU MONDIAL
Pour 2026, Victor affiche des objectifs clairs aux Games :
• Top 15 mondial : un objectif annoncé, qu’il considérerait déjà comme une belle réussite.
• Top 10 mondial : « le graal », la confirmation qu’il fait partie de l’élite planétaire.
• Gagner au moins un WOD aux Games : un exploit rarissime. Remporter un event aux Games, c’est, le temps d’un workout, devenir officiellement le meilleur athlète au monde sur ce format précis.
Le contexte est d’autant plus exigeant que le format se resserre : la qualification aux Games ne laisse place qu’aux 30 meilleurs athlètes au monde (contre 40 en 2024).
LE CHEMIN VERS LES GAMES : UN PARCOURS À ÉLIMINATION
La route vers les Games 2026 passera par plusieurs filtres impitoyables : Open (online), 1/4 de finales (online), 1/2 finales européennes : Paris et Madrid. Pour décrocher définitivement son ticket, il doit donc finir premier ou deuxième à Paris (ou à Madrid), ou passer par une dernière chance online.
L’objectif ultime est devenir champion des Games. Au-delà de 2026, Victor inscrit son projet dans le temps long. Sa cible : remporter les CrossFit Games entre 25 et 28 ans.
D’ici là, chaque Open, chaque demi-finale, chaque WOD gagné et chaque podium continental sont autant d’étapes vers ce but : faire passer un Français du statut de grande promesse à celui de champion du monde de fitness fonctionnel, et ainsi pouvoir devenir « l’homme le plus fit au monde ».
Pas mal de hauts : parmi ses victoires avec le Borussia Dortmund, Jürgen Klopp a remporté le Championnat d’Allemagne à deux reprises, avant de gagner la Champions League avec Liverpool.
« JE ME DIS TOUJOURS Q UE ÇA VA BIEN SE TERMINER »
De la montée en première division de Mayence à la victoire en Ligue des Champions avec Liverpool, Jürgen Klopp a permis aux joueurs, aux supporteurs et à des villes entières de croire en eux-mêmes. Aujourd’hui, il nous parle de ces défaites qui changent une vie, du pouvoir d’un sourire dans les vestiaires et de l’aspect salutaire de parfois tout remettre en jeu.
Texte
Tobias Moorstedt & Jakob Schrenk
Photos Norman Konrad
On dit souvent que les gens sont plus petits en vrai qu’à la télé. Avec son mètre 90, sa silhouette élancée, sa voix puissante et sa poignée de main ferme, Jürgen Klopp ne confirme pas la règle. Il est aussi imposant en chair et en os. « Appelez-moi Jürgen. » Pas M. Klopp. On ne peut pas comparer une séance photos avec une réunion dans les vestiaires avant la finale d’un match, évidemment, mais même sans être juché sur un podium, Klopp aimante les regards. Pas besoin de loge VIP, il se change en toute simplicité sur le plateau. Sympathique, avenant, bouillonnant d’énergie.
the red bulletin : Jürgen, actuellement, seule la moitié des Européens ont foi en l’avenir. Et toi ? jürgen klopp : Je suis bourré d’optimisme, et je ne conçois pas d’autre manière d’aborder l’avenir. Après, je ne dis pas que cela s’applique à tous les aspects de notre vie ou à l’actualité mondiale. Tout change. De nombreuses ressources longtemps considérées comme infinies sont, pour une raison ou pour une autre, de plus en plus rares et de plus en plus chères. Et beaucoup de choses échappent tout simplement à notre contrôle. Et c’est là où je veux en venir : je suis optimiste en ce qui concerne les choses que je peux contrôler, et j’essaie de vivre et de m’en sortir malgré tous les événements et toutes les tendances actuelles.
Facile à dire.
Complètement. Je sais bien que j’ai une position privilégiée par rapport à beaucoup d’autres qui ont des problèmes bien plus graves. J’en suis très conscient. Je suis là avec vous, à 58 ans passés, et j’ai vécu une vie dont je n’aurais jamais osé rêver dans ma jeunesse. Beaucoup de choses se sont vraiment très, très bien passées. Mais quarante ans plus tôt, j’étais le même type, avec les mêmes valeurs. Appelle-ça de l’optimisme béat si tu veux, mais j’ai toujours été convaincu que ça allait bien se terminer.
Peut-être qu’optimisme et sport de haut niveau sont indissociables ? Tu as grandi en province, dans la Forêt-Noire, un parmi tant d’autres jeunes allemands qui rêvaient de faire une grande carrière de footballeur. Les chances pour que ça marche sont malheureusement infimes.
J’aimais énormément le jeu et j’étais aussi l’un des meilleurs de la région. Mais comme je suis très réaliste, j’avais déjà compris que je n’étais pas assez bon. Je me suis peut-être un peu trop sous-estimé et j’ai eu une carrière professionnelle très, très moyenne,
Avec le club allemand du FSV Mayence, Jürgen Klopp a joué 340 matches (pour 56 buts). Il effectue ici une tête contre le Hanovre 96, le 19 septembre 1992.
mais qui a rendu possible tout ce qui est arrivé par la suite. Je ne serais certainement pas devenu un tel entraîneur si je ne m’étais pas torturé 325 fois dans des stades de deuxième division allemande. Pour réaliser ses rêves, il faut nécessairement faire preuve d’optimisme, ça permet de mieux aborder l’époque pendant laquelle on réalise ses rêves. Mais il faut rester réaliste, savoir où sont ses talents et comment on peut sortir du lot. Le pessimisme seul ne m’intéresse pas.
Pourquoi ?
Le pessimisme vient des expériences qui n’ont pas fonctionné comme on le voulait dans le passé et qui amènent à ne plus se sentir capable d’affronter ce qui pourrait arriver à l’avenir. Pour moi, il faut considérer ce qui n’a pas fonctionné dans le passé comme une simple information, pour se rappeler que ça n’a pas marché. Je n’ai jamais permis que ces échecs passés ne viennent entraver mon avenir.
Depuis Franz Beckenbauer, personne dans le football allemand n’a autant fait l’unanimité. Entraîneur le plus titré de ces dernières années, maintes fois lauréat de récompenses télé, omniprésent dans les spots publicitaires. Dans l’un d’eux, il est tour à tour boulanger, dentiste et pasteur, et parvient à nous convaincre qu’il aurait excellé dans tous ces emplois. Les supporteurs n’admirent pas seulement l’homme et ses trophées, mais également celui qui chante en duo avec Campino (du groupe de punk rock Die Toten Hosen) après cette finale malchanceuse contre Madrid : “Madrid had all the fucking luck. We swear we keep on being cool. We’ll bring it back to Liverpool.” Un an plus tard, ils ont effectivement remporté le trophée. Comment fait-il pour rester aussi cool et pour mettre le feu à une équipe, un club et toute une ville ? C’est quoi son truc ?
jürgen klopp : Tristesse, colère, réflexion… il y a un temps pour tout. Mes pires défaites ont été les montées en première division manquées du FSV Mayence. On était enfin sur le point de monter en Bundesliga avec ce petit club et on a échoué pour un point lors de la dernière rencontre (en 2001/02, ndlr). À l’époque, c’était la pire journée de ma vie. Je n’avais plus aucune foi en l’avenir. Après une nuit bien arrosée, je voyais déjà les choses d’un autre œil. « Dormir dessus » est vraiment le meilleur conseil que je pourrais donner avant de prendre une grosse décision.
Ça a changé quoi ?
Dès le lendemain, je me suis dit qu’on était tellement forts, tellement près du but, qu’il suffisait de peaufiner un peu et que ça marcherait l’année prochaine. Et on a de nouveau échoué, à cause d’un but cette fois-ci (en 2002/03, ndlr). Là, j’ai vraiment cru que les dieux du foot étaient contre moi. Mais ce sont des défaites qui changent une vie. Je savais que si j’échouais une troisième fois, je pouvais tirer un trait sur ma grande carrière d’entraîneur. Et puis on y est arrivés. Et ça m’a sauvé. Les finales en Ligue des Champions que j’ai perdues par la suite n’ont pas été agréables non plus, mais je savais que ça n’allait plus changer ma vie. C’était des problèmes de luxe. Un trophée en plus ou en moins sur la cheminée, ça ne change pas grand-chose. Celles qui m’ont définitivement marqué, ce sont ces premières défaites.
23 mai 2004, l’entraîneur Jürgen Klopp est en larmes. Son club du FSV Mayence (FSV Mainz 05) est promu en Bundesliga allemande. Il y a joué onze saisons avant de le coacher.
La plupart des gens seraient allés s’enterrer au fond d’un trou. On ne peut pas se le permettre en tant qu’entraîneur. Les joueurs ne voient pas plus loin que le prochain entraînement ou le prochain match. Ce n’est pas un reproche, attention, j’étais pareil. Mais quelqu’un doit montrer la voie, insuffler l’idée que l’objectif est à portée de main. Après le second revers avec Mayence, je suis monté sur une estrade et j’ai expliqué que c’était comme si les dieux du foot voulaient nous tester pour voir si l’on pouvait tomber et se relever une, deux ou trois fois et revenir encore plus fort malgré tout. Puis j’ai ajouté : « Aucun club ni aucune ville ne sont mieux placés que Mayence pour décrocher ce test. À ce moment-là, tout le monde y a cru, des 25 joueurs aux 20 000 personnes devant l’estrade. À la reprise, 10 000 sont venues assister à l’entraînement et nous motiver pour la saison à venir. En soi, l’optimisme c’est déjà bien, mais partagez-le avec plusieurs personnes et ça donne une force incroyable.
Restons encore un peu à Mayence. En 2001 (un lundi de carnaval pour la petite anecdote), Christian Heidel, directeur sportif de l’époque, t’appelle pour te demander si tu veux reprendre le poste d’entraîneur. Tu as aussitôt relevé le défi. Où as-tu puisé une telle confiance en toi ?
On pourrait appeler cela « la folle insouciance de la jeunesse ». J’avais 33 ans, j’avais certes terminé des études de sport, mais je n’avais aucune expérience. La question n’était pas si je pouvais le faire pour le reste de la saison mais si je pouvais préparer l’équipe pour mercredi. Et je me suis dit que je pouvais le faire. Par la suite, on a gagné six de nos sept premiers matches. C’était un bon début.
Donc penser par petites étapes au lieu de se dire « bon sang, c’est un pas de géant » ?
Exactement. Dans le foot, les journalistes n’aiment pas qu’on dise : « Je pense match après match. » Mais c’est pourtant le cas. Il n’y a pas d’alternative. On se fixe un grand objectif en se préparant à franchir chaque petite étape l’une après l’autre. C’est le seul moyen d’y arriver.
Des scientifiques ont tenté de saisir pourquoi le degré d’optimisme variait tant selon les gens. 30 % sont imputables à l’ADN, plus précisément à la vitesse de dégradation des neurotransmetteurs. 20 % provient du bien-être, d’expériences positives auto-stimulantes. Une large moitié provient d’un environnement favorable qui permet de s’en imprégner. Et toi, pourquoi es-tu si optimiste ? Oui, je suppose que ce sont des facteurs déterminants. On est forcément très influencé par la famille dans laquelle on grandit. J’étais le troisième enfant, le cadet de cinq ans. Enfin un héritier pour le trône après deux filles. J’aurais pu devenir un gros abruti, ils m’ont gâté jusqu’au bout. Mais ça m’a également
À la fin de la saison 2011-2012, Jürgen Klopp offre au club du Borussia Dortmund son premier doublé (championnat-coupe nationale).
donné une confiance absolue envers mes semblables. Sérieusement, je n’ai absolument aucun préjugé. Mon rapport aux autres est très positif, je donne toute ma confiance et si l’on me déçoit, je laisse ça de côté pour plus tard.
Ce sont tes parents qui t’ont transmis ces valeurs ? Mon père appartient à la génération d’avant-guerre. C’était lui aussi quelqu’un de très exigeant. Il ne me disait pas constamment qu’il m’aimait mais il me le faisait sentir. Il voyait en moi quelqu’un capable d’atteindre tout ce qui lui n’avait jamais pu atteindre. Et il m’encourageait. Je ne sais pas si c’est une histoire d’éducation, d’ADN ou de décision consciente, mais l’important, c’est cette volonté que j’ai de traverser la vie bourré d’optimisme et d’apporter quelque chose à ceux qui croisent mon chemin. Mon bien-être seul n’est pas suffisant. Cela vient de ma foi chrétienne, de mon éducation. Tout n’a pas toujours été rose et à certains moments, on aurait pu s’écarter du chemin…
Par exemple ?
Je suis devenu père très jeune, et à l’époque, je ne me suis pas dit : « Ah, c’est formidable. » Aujourd’hui, je considère que c’est la meilleure chose qui me soit arrivé. Mon fils et celui de ma femme Ulla sont devenus nos meilleurs amis. Pour moi, c’est comme une mission, il s’agit de tirer le meilleur de cette situation, c’est-à-dire de la vie que nous menons ici-bas. C’est tout.
Steven Gerrard, joueur légendaire de Liverpool, a déclaré un jour : « Quand il rentrait dans les vestiaires, Jürgen Klopp avait toujours le sourire aux lèvres. » C’est vrai ? Et est-ce que c’était quelque chose que tu faisais consciemment avant d’ouvrir la porte ?
Non, ce n’était pas volontaire, mais forcément, quand tu rentres dans les vestiaires, tu veux préparer ton équipe au mieux avant le match. Il faut que tes gars soient encore plus forts après ton speech. J’exige beaucoup d’eux : du courage, de la créativité, de l’unité. Le sourire est sans doute la seule expression faciale qui rende cela possible.
Tu as déclaré un jour : « Si l’on pouvait mettre en bouteille ce que je ressens avant un match, ce serait interdit à la vente. » Qu’est-ce qui serait écrit sur l’étiquette ?
« Envie de gagner », « envie de se battre », « envie de jouer », « envie de ce que l’on peut influencer ». Citemoi un seul truc dans cette vie qui fonctionne mieux quand on fait la gueule.
Ton conseil pour éviter cela ?
Difficile de donner des conseils à des gens que je ne connais pas, mais je pourrais le formuler ainsi : même si je n’ai pas gagné tous mes matches, j’ai eu une carrière incroyable. Certains disent : « Il a tout de même perdu trois finales en Ligue des Champions. » D’accord. Mais il faudrait que je sois le dernier des imbéciles pour ne voir que cela. Je ne suis pas en train de rejouer constamment le film des buts improbables que le Real nous a mis, ni de penser chaque jour à ces moments où j’ai soulevé le trophée. C’est à moi qu’il appartient de décider comment composer avec les événements de ma vie. Si tu perds un match, tu peux te dire : « L’idée de jeu était mauvaise. On repart de zéro. » Ou bien tu te dis : « L’idée était bonne, mais l’exécution, le timing et la précision n’était pas optimales. » Là, tu te donnes la chance de faire mieux la prochaine fois. Tout donner ne signifie pas tout obtenir, mais c’est le seul moyen d’obtenir quelque chose.
Il y a ce phénomène dans le sport où une équipe est soudain « en feu », déborde de confiance et balaie tout sur son passage. Comment fait-on pour allumer ce feu et qu’est-ce que ça provoque comme sensation ?
On a connu cet état de grâce à Liverpool. On n’a pas concédé plus de cinq ou six points à domicile sur plus de deux saisons et demie. C’était dingue ! Malheureusement, pendant cette période, on n’a décroché qu’un titre de champions (rires). Les observateurs pensent que tout nous réussit, que ça glisse tout seul, mais de l’intérieur, c’est une pression constante pour faire tourner la machine. Tu gagnes un match, tu te réjouis vite fait : super, on a trois points. Et puis tu observes tes effectifs : comment vont les gars ? Qui faut-il ménager ? Qui faut-il relancer ? À qui faut-il faire attention ? Trois jours jusqu’au prochain match. Tu gagnes encore. Incroyable. Et maintenant, on fait quoi ? Être dans une série de victoires est tous sauf agréable. Effort, soulagement, effort, soulagement, constamment, et plus la série dure, plus la pression monte. Ce qui dominait, c’était un sentiment de soulagement immense, tel que j’avais presque du mal à tenir sur mes jambes. Okay, le sifflet retentit, on continue, et on continue, encore et encore.
« JE POURRAIS ÉCRIRE UN BOUQUIN SUR LA PRESSION PUBLIQUE. CE SERAIT LA MÊME PHRASE SUR
200 PAGES : “ IGNORE-LA”, POINT BARRE. »
Jürgen Klopp est une légende du football. Ambiance, humour et talent : avec lui, c’est du spectacle sur et hors du terrain !
Ça a l’air franchement stressant. Connais-tu des périodes aussi extrêmes dans ton nouveau boulot ? Soyons clair : l’adrénaline ne me manque pas une seconde. Et si je reste évidemment en étroit contact avec le jeu sur le principe, c’est sous une forme plus atténuée. Je ne suis plus directement au bord du terrain. Après, je vibre forcément avec les équipes et les entraîneurs, mais je ne suis plus le conducteur, plutôt un passager. J’observe la situation et je suis heureux quand on arrive à destination. J’adore mon job, tous ces contacts avec des gens aux fonctions diverses et variées aux quatre coins du monde et ces échanges constants. J’en apprends tous les jours, et ça me fait vraiment vibrer. Je peux enfin assouvir ma soif de curiosité sur le monde.
Jürgen Klopp se trouve dans le tout nouveau siège du RB Leipzig, inauguré fin 2025. Vaste espace ouvert, escalier montant sur quatre étages, large, accueillant, comme une tribune. Il flotte une odeur de bois dans cet espace de plus de 2 500 mètres cubes où tout est ouvert, clair, transparent, même au beau milieu de l’hiver. Dans les espaces de travail, peu de cloisons fixes, tous les bureaux peuvent être agrandis si besoin. Même au niveau de la direction, il n’y a qu’un seul îlot de bureaux central. Klopp ne porte pas un regard nostalgique sur le gazon au dehors. Il a déjà tout accompli en tant qu’entraîneur, et plutôt que de défendre son trône, il a choisi de monter encore plus haut, de partir pour de nouvelles aventures. Il est Head of Global Soccer (Directeur du football mondial), responsable des lignes directrices sportives pour huit clubs sur quatre continents. New York, Leipzig, Brésil, Japon. Quelles choses ont changées (ou pas) avec cette nouvelle casquette ?
jürgen klopp : Les vestiaires ne me manquent pas, j’ai suffisamment donné, et franchement, l’odeur ne me manque pas non plus. Ma première année chez Red Bull était super dense. On a lancé beaucoup de projets, brisé de nombreux schémas. Mais comme dans mes clubs précédents, je n’ai pas déboulé ici en expliquant à tout le monde dès le premier jour ce qu’ils devaient changer. Je veux d’abord comprendre à qui j’ai affaire, ce qui est fait et pourquoi. Après seulement on peut commencer à parler de changements et d’améliorations.
Ce poste de directeur mondial est un peu l’antithèse des vestiaires, non ? On règle beaucoup de choses par visioconférence ou sur Slack,
« CE QUI ME FAIT VIBRER DANS CE NOUVEAU JOB, C’EST
Klopp, entraîneur de Liverpool, prend l’air après avoir remporté la finale de la Champions League contre Tottenham en juin 2019 à Madrid.
à distance, pendant que certains sont pris par d’autres tâches. Comment fais-tu pour créer de la proximité et motiver tes pairs ?
Tout est question d’état d’esprit : ne faire que des visioconférences, sans aucun contact personnel, c’est compliqué. Mais j’ai rencontré chaque personne au moins deux fois et ensuite ça a accroché. À toi d’en faire quelque chose de plus personnel. Le matin, je me lève et je passe cinq appels, on aborde les thèmes les plus importants, et je me rends régulièrement sur place pour m’imprégner de l’atmosphère.
Le job d’un entraîneur, c’est clair, on comprend tous. Mais que fait un Head of Global Soccer ?
Il est un partenaire qui n’existe nulle part ailleurs dans le foot actuel. Un atout que personne, à part les entraîneurs du RB, ne possède. Dans le football professionnel moderne, l’entraîneur principal n’a personne vers qui se tourner dans le club en cas de doute, puisqu’il est censé tout savoir mieux que quiconque. Si l’un de nos entraîneurs a un problème, il peut m’appeler et j’aurais peut-être une solution pour lui parce que j’ai déjà été à sa place.
Bref, tu es également un partenaire d’entraînement. Qu’est-ce que les entraîneurs te demandent avant ou le jour du match ?
Je suis en contact constant avec eux pour développer une base de dialogue et apporter de nouvelles idées auxquelles on n’avait pas encore pensé. La question qui revient souvent, c’est de savoir comment évaluer les choses. Je m’explique : le plus grand moteur dans le sport, c’est la pression publique. Comment fait-on pour gérer cela ? Je pourrais écrire un bouquin làdessus, et ce serait la même phrase sur 200 pages : « Ignore-là, point barre. » Les entraîneurs se mettent déjà assez la pression tous seuls. Comment réagir à un débat public ? En n’y participant pas. C’est une de mes leçons principales. Notre but, c’est de jouer un football
aussi bon que possible et de remplir notre cahier des charges. Pas d’être dirigés de l’extérieur. On n’est pas là pour faire parler de nous, mais pour trouver des solutions nouvelles et inédites et pour aider les gens à être et rester courageux. C’est une mission exaltante.
Au cours de ta carrière, tu t’es souvent retrouvé dans des clubs où il fallait repartir de zéro, à Mayence comme à Dortmund et à Liverpool. Et maintenant, c’est au tour du RB Leipzig après les grands bouleversements en fin d’année. Comment rester optimiste et être sûr que ça va fonctionner ? En voyant la crise comme source d’opportunité. Une fois les impressions négatives passées, il faut agir aussitôt. Le RB s’était habitué aux victoires et s’était vite imposé dans ce rôle de nouveau venu en Ligue des Champions, le genre de success story assez rare en Europe. C’est un club jeune, plein de vivacité, mais la sauce ne prenait plus trop. Compteurs à zéro, nouveau départ. C’est exactement ce que l’on a fait avec le club : injecter du sang neuf dans un système qui fonctionne et se retrouver avec l’effectif le plus jeune de la ligue. Après, sur le plan footballistique, il y a encore du pain sur la planche, mais c’est logique.
Les nouveaux départs ne concernent pas seulement Leipzig mais également Paris où Red Bull apporte son expertise au Paris FC en première division et le soutient sur le plan sportif. Paris n’a pas été en première division pendant 56 ans et a besoin de temps. Mais dans le foot, personne ne vous laisse le temps, ni vos adversaires sur le terrain, ni le public. La première année, il faut se consolider et veiller à rester dans la ligue. On monte avec une équipe de deuxième division, mais en première division, il faut une équipe de première division. Il faut donc recruter des joueurs. Certains des joueurs de
« JE VEUX ÊTRE
UN PARTENAIRE QUI N’EXISTE NULLE PART AILLEURS DANS LE FOOTBALL ACTUEL. »
deuxième division ont le niveau, d’autres non, on le constate au cours de la saison. Mais c’est un projet passionnant dans un environnement très intéressant. J’ai beaucoup appris. Il faut prendre la bonne décision et ne pas courir après la mauvaise chose. Si un joueur est trop cher, on se dit : « Désolé, ça ne va pas être possible. Nous avons d’autres idées en tête. »
Red Bull détient une participation minoritaire au Paris FC. Comment se passe la collaboration ? Nous sommes là pour aider à mettre en place les structures, trouver les bonnes personnes et aussi les bons joueurs. Ce n’est pas toujours simple. Mais au bout du compte, ça reste une histoire d’expertise. Je ne veux pas avoir le pouvoir d’imposer des choses complètement absurdes. Mon but est de convaincre, car au final, la direction locale est responsable. Sur place, on compte sur des personnes qu’on a fait venir pour créer la bonne synergie, et on sait que le moment venu, elles feront appel à nous.
Tu as été très longtemps en Bundesliga, puis en Premier League, et maintenant, tu es dans plusieurs ligues professionnelles en même temps. Ça t’apprend quoi sur le foot ? Niveau intensité, il n’y a rien au-dessus de la Premier League. Les meilleurs joueurs au monde, parfaitement entraînés, engagés à 100 %. Deux coupes en lice au niveau national et une ligue internationale. C’est énorme. La France, c’est la ligue des jeunes talents. Le Japon, c’est une autre histoire, très intéressante aussi, avec une structure complètement différente parce que les talents sont encore à la fac et n’arrivent en ligue qu’à 23 ans. Ils sont plus matures. Brefs, différents systèmes aussi passionnants les uns que les autres, ce qui fait qu’il est impossible d’appliquer un moule Bundesliga ou Premier League partout. Il faut trouver la meilleure voie pour faire ressortir les meilleurs aspects du jeu en fonction des différentes conditions culturelles.
Tu nous parlais de l’impatience du public. Comment faire pour assurer un développement durable malgré tout ?
Forcément, il faut s’attaquer en priorité aux problèmes immédiats. Mais quel que soit le poste que j’occupais, je suis toujours parti du principe que j’étais là pour durer, non pas parce que je considère mes chances avec tellement d’optimisme, mais parce que c’est ma manière de voir les choses. Je ne brûle pas les étapes. Je veux apprendre à connaître les gens, comprendre tous les aspects, faire peser mon influence et ensuite, si possible, avoir du succès. Un développement prend du temps. C’est ce que l’on a commencé à faire avec le RB et on verra bien combien de temps ça prendra. Peu importe si c’est sept, dix, ou douze ans.
Cette fresque représentant l’ex-coach de Liverpool l’associe au club anglais de la ville des Beatles pour la postérité.
« J’AI BEAUCOUP DE RESPECT POUR CELLES ET CEUX QUI BRAVENT LES TEMPÊTES. »
Tenue : Alpha Tauri Coiffure et maquillage : Stefanie Szekies
Voilà 25 ans que tu as fait tes premiers pas en tant qu’entraîneur. Quand on regarde des matches des années 2000 aujourd’hui, on a l’impression d’avoir appuyé sur le ralenti. Qu’est-ce qui va transformer le foot dans les années à venir ? Quand j’étais pro dans les années 90, on nous donnait des comprimés de sel avant l’entraînement avec interdiction de boire. On était complètement déshydratés. Depuis, ça a beaucoup évolué, que ce soit sur le plan tactique ou dans les méthodes d’entraînement. Mon métier a énormément changé. Au début, à Mayence, j’enfonçais un clou dans un mur. À Liverpool, je pilotais un vaisseau spatial. Mais il y a des limites, notamment biomécaniques. Les distances parcourues ne sont passées de 100 à 150 kilomètres ces dernières années. À partir du moment où tu donnes à tes joueurs le temps de performer, de récupérer et de s’entraîner, tu rends possible un nouvel essor dans le football.
Ça fait longtemps que l’Allemagne n’est plus championne du monde des exportations. Mais depuis l’époque de Klopp en Angleterre, les entraîneurs allemands sont très convoités. Gestion humaine, précision tactique… en tant que Head of Global Soccer, le marché mondial est son nouveau bac à sable. Il connaît les aéroports par cœur, passe énormément de temps aux États-Unis, au Japon, au Brésil et dans les pays de l’UE. Que pense-t-il de l’ambiance générale dans son pays natal ?
jürgen klopp : J’habite à Mayence. Je ne fais pas de sondages, mais je voyage et j’écoute. Je vois bien
« LES VESTIAIRES NE ME MANQUENT PAS, J’AI SUFFISAMMENT DONNÉ. ET FRANCHEMENT, L’ODEUR NE ME MANQUE PAS NON PLUS. »
que l’ambiance n’est pas au beau fixe. Mais on a toujours eu des problèmes, c’est juste qu’on les oublie vite. Ceux du moment sont plus complexes et plus difficiles à régler, et on assiste à des situations inédites et improbables, comme la guerre aux portes de l’Europe ou le fait que certaines opinions politiques que je ne partage pas gagnent en popularité. Je n’envie pas les femmes et les hommes politiques.
Pourquoi ?
On ne peut jamais faire l’unanimité. Qu’importe les décisions, il y aura toujours une faction pour s’écrier : « Vous avez perdu la tête ou quoi ? » J’ai beaucoup de respect pour celles et eux qui s’engagent malgré tout et bravent les tempêtes. Tant que je vois que quelqu’un qui fait au moins l’effort de poursuivre une cause juste, j’évite de critiquer, car faire constamment ce qui est juste est quasiment impossible. Je suis un grand défenseur du bon sens : expliquer les choses encore et encore, ne jamais cesser de s’interroger. Et c’est là que j’en reviens à l’optimisme : avoir foi en l’avenir permet de s’imaginer ce à quoi les choses pourraient ressembler dans le meilleur des mondes. Et c’est ce qui nous donne l’envie de tout mettre en œuvre pour que cela se réalise.
Peut-on travailler son optimisme ? Existe-t-il un programme d’entraînement ?
Ma philosophie de vie repose sur les réflexions que je me fais par rapport aux événements qui ont émaillé ma vie. On ne m’a jamais dit quoi faire pour me sortir des coups durs et des défaites. C’était ma décision. Si je regarde d’où je viens et où cela m’a mené, je me dis que ça n’aurait pas été possible. J’aimerais bien désormais prétendre qu’à chaque carrefour ou chaque crise, j’ai su quel chemin choisir. Mais ce n’était pas le cas. J’espérais avoir pris la bonne décision, et j’étais de nouveau prêt à tout risquer au prochain coup.
Que préconises-tu concrètement ?
Je ne veux pas donner de solution toute faite aux jeunes. Je peux seulement dire que pour moi, ça a marché. Ma vie professionnelle a été environ cent mille fois mieux que ce que j’aurais pu m’imaginer, mais j’ai aussi connu des moments où l’on s’est posés avec ma femme Ulla pour faire le bilan : est-ce qu’on pouvait vraiment se permettre de tout miser sur le foot ? On savait que si ça capotait, on deviendrait chauffeurs de taxis. Et puis on a mis les bouchées doubles et ça a marché, finalement. C’était un beau chemin et beaucoup nous ont tendu la main en cours de route. C’est peut-être ça, le message : armez-vous de courage, entourez-vous des bonnes personnes, et ça devrait bien se passer.
Jürgen Klopp a rejoint l’aventure Red Bull en tant que directeur du football, où la marque s’investit à l’international et dans le projet du Paris FC.
L’Asie d’Oriane
Fin septembre dernier, après son titre de vice-championne du monde de bloc obtenu à Séoul, la star française de l’escalade, Oriane Bertone, a prolongé son séjour et s’est offert une virée entre Corée et Japon. Une parenthèse enchantée, jamais trop loin d’une salle de bloc, faite de découvertes culturelles, culinaires, et d’inoubliables rencontres.
Propos recueillis
par Patricia Oudit Photos Yullen Calleja
Oriane Bertone lors des Championnats du monde IFSC à Séoul, en Corée du Sud, en septembre 2025.
« À chaque fois que je suis allée en Asie, j’étais trop concentrée sur la compétition, impossible de jouer les touristes. Or la culture japonaise, les mangas et les animés, m’ont toujours intéressée depuis l'enfance. Cette fois, j’avais du temps après les mondiaux, l’opportunité était trop belle. Après Séoul, et le nord de la Corée où nous sommes restés quelques jours avec Adrien Lemaire, mon compagnon, membre de l’équipe de France d’escalade, on a filé au Japon une bonne partie d’octobre. Parcours classique : Tokyo, Kyoto, Osaka. Outre l’architecture, les paysages, j’ai particulièrement apprécié l'art culinaire ; quelle leçon, moi qui adore cuisiner ! J’ai aussi essayé les Onsen (bains chauds où l’on est nu, ndlr), une expérience assez spéciale quand on est très pudique... Ce fut aussi l’occasion de découvrir une autre façon de grimper, dans les nombreuses salles de bloc du pays, avec un style très physique, à l’opposé du mien, et ça, c’est toujours enrichissant ! Ces semaines de dépaysement total m’ont fait un bien fou. Déconnecter de la routine d’entraînement et du circuit de compétition : exactement ce qu’il me fallait pour revenir en 2026 plus motivée que jamais et arriver en forme pour les Championnats d’Europe l’été prochain ! »
« J’avais entendu parler des fripes stores japonais, où de très belles pièces de seconde main sont vendues à des prix dérisoires. Et comme je suis fan des friperies... Là, je me trouve dans un shop de Tokyo, un paradis du vintage, j’essaie cette veste, que j’adore, elle est dingue. Mais, trop petite, hélas, je ne l'ai pas achetée. Le photographe Yulen Calleja a tenu à immortaliser la scène quand même. Beau souvenir ! »
« Jouer les touristes, grimper pour le plaisir, faire des rencontres : ce trip en Asie a été une bulle d’oxygène, une parenthèse magique. »
« Juste après mon titre de vicechampionne du monde, j’ai passé quelques jours à Séoul où j’ai pu apprécier la gastronomie, notamment les fameux barbecues. Ici, je suis dans un magasin qu’on ne trouve qu’en Asie : extravagant, coloré, plein de bibelots un peu kistch. J’ai toujours aimé cette esthétique enfantine… La rencontre avec le chat, c’est à Osaka. À droite, balade à Kamakura, au sud de Tokyo. »
« J’ai été enthousiasmée par l’accueil de la communauté grimpe sur place : des gens discrets, humbles, d’une générosité incroyable. »
« La météo pluvieuse ne nous a pas permis de tenter les blocs mythiques du mont Mizugaki à trois heures de route de Tokyo : quel meilleur prétexte que celui-là pour revenir ? »
« L’expérience grimpe nippone a été incroyablement positive. Notamment chez Push The Limit, à Kyoto, au Japon, pays qui regorge de salles de bloc. J’y ai fait des rencontres exceptionnelles. On a été transcendés par la gentillesse et l’altruisme des locaux. La meilleure expérience de ma vie. À un moment, tout le monde s’est arrêté de grimper et on a fait une photo de groupe. Inoubliable. »
Force et bonheur
Complicité, entraide, complémentarité, bonnes tranches de rigolade : hyroxer à deux, c’est toujours mieux. C’est ce que nous disent en substance le team Emilie Detre et Noémie Hanse et la doublette Sacha Borg et Marceau Alayrac avant de tous se retrouver sur le prochain Red Bull training camp à la mi-janvier.
Texte Patricia Oudit Photos @120_production / Vincent Sorin
Douce sortie pour duos de choc : (de gauche à droite) Sacha, Marceau, Emilie et Noémie montent en température à La Rosière.
Noémie & Emilie
Quand l’une est là, l’autre le sera. Et vice-versa. Engagées parfois en duo mixte, elles s’encouragent, s’entraident, s’échangent un gel, une accolade. Et même quand elles sont en solo, elles font le même temps ! Noémie et Emilie, c’est une histoire d’amitié, presque de gémellité qui s’est fortifiée avec l’Hyrox en l’espace d’un an et demi et à raison de deux à trois compétitions par an. « On travaillait dans la même salle de sport, retrace Emilie, mais l’Hyrox et le fait d’être dans le team Red Bull a renforcé nos liens. De connaissances professionnelles, on est devenues meilleures amies ! Et on se connait tellement bien qu’on sait exactement quand l’une a besoin de l’autre. » Noémie confirme : « On se complète super bien, car même si on a des personnalités différentes, nos sensibilités se rejoignent et nos points forts et faibles sont ultra complémentaires. Chacune inspire l’autre, la motive, à deux on va chercher plus loin dans ses limites. » Ainsi quand Emilie cartonne aux ateliers de force comme les wall balls, Noémie, d’un plus petit gabarit – plus adapté selon elle aux burpees – fait moins de répétitions !
« Mon tout premier Hyrox était avec Noémie, et pendant toute la compétition, c’est elle qui m’a poussée, ce qui m’a boostée aussi pour être meilleure tout au long de l’année : je ne voulais pas être son point faible. On s’est entraînées ensemble en ce sens : dans le but de se surprendre l’une l’autre, être là l’une pour l’autre. » Un équilibre qui fonctionne : « À Gand (Belgique), en décembre 2025, lors de notre dernière compétition de l’année c’est Emilie qui m’a pris la main pour aller plus vite, car sur la compétition, il faut courir ensemble, savoir accorder nos rythmes. On a fait 1 h 06 dans notre catégorie des 25/30 ans, un pic d’adrénaline qu’on n’oubliera
Côté
filles :
solidarité, amitié, sororité. Côté garçons : complicité, vannes et second degré. Deux salles deux ambiances. Mais une même façon d’envisager la performance. À deux.
jamais, renforcé parce qu’on l’a vécu à deux ! »
Pour parvenir à cette alchimie, le team s’entraîne une fois par semaine. « On est coaches de sport toutes les deux, mais c’est Noémie qui prépare la séance, ce qui me permet de kiffer mon moment, sans avoir besoin d’être la leadeuse ! » Confiance et altruisme : ces deux mots semblent sceller une relation quasi-fusionnelle, extrêmement bienveillante. « Être à deux, ça aide à encaisser les coups durs aussi, assure Emilie. Suite à une grosse blessure en CrossFit®, l’Hyrox m’a aidée à me remettre au sport, car, sans être une promenade de santé, c’est une discipline accessible, sans jugement. Et bien sûr, Noémie était là pour moi. C’était plus facile avec elle. »
Et puis, il y a les bonnes tranches de rigolade : pas forcément sur les compétitions quand on se donne à fond. « Là, ça ne plaisante pas ! » plaide Emilie. « Quoique : quand je peux récupérer sur une station où Noémie passe, ça m’arrive de danser pour décharger le stress. » Deux fois par an, le team participe au Red Bull training camp. « Pour le coup, là, on s’amuse vraiment ! insiste Noémie. C’est assez intense comme week-end, on se prépare pour des compétitions Hyrox, on simule même une épreuve, mais il y a plein d’extra super fun : à Reims, on a découvert les vignobles à vélo, et on en profite toujours pour tester d’autres sports, comme là, à La Rosière (station de Savoie) où on va skier tous ensemble. Finalement, si on fait tout ça, c’est avant tout pour tous ces moments passés ensemble… Le vrai kif, c’est de tout partager. »
Mini CV Noémie Hanse & Emilie Detre
23 ans (Noémie), 32 ans (Emilie), Lille, coaches de sport (certifiées Hyrox) et créatrices de contenus. Un peu plus de deux ans d’Hyrox. Meilleur solo pour Emilie : 1 h 14 et 1 h 03 en duo mixte ; meilleur solo pour Noémie : 1 h 14. Meilleur duo ensemble : 1 h 06. Points forts (Emilie) : « Les stations en général avec une préférence pour les fentes et wall balls, les ergs. » Point faible : « La course à pied, mais je m’améliore ! » Points forts (Noémie) : « Souffrir avec le smile. » Points faibles :
« Toutes les stations qui nécessitent d’être grande pour être avantagée ! » Devise (Emilie) : « Tu veux, tu peux ! » ; Noémie : « Good things take time. » Objectifs perf 2026 (Emilie) : « Faire un solo en dessous des 1 h 10 et me qualifier au championnat en duo double femme pro. » Noémie : idem un sub 70 avant la fin de l’année « tout en me préparant pour un marathon ».
Réunies par Red Bull pour un training camp en montagne, Emilie et Noémie célèbrent ici une performance avec Alizée Bois (visible sur la droite).
« Training camp (ou une colo je sais plus) à la neige. » C’est ainsi que Sacha a résumé quatre jours de performances durant lesquels il n’a pas ménagé ses efforts. Ni son sens de l’humour.
Un duo inséparable où Marceau le discret et Sacha l’expansif se sont trouvés.
Sacha & Marceau
Qui a vu leurs vidéos sur les réseaux sociaux a bien compris que ces deux-là étaient à mille lieux de se prendre au sérieux. Que ce soit quand ils testent de la danse classique, de la boxe ou du rallye, leur mode d’expression favori : l’humour second degré, un brin de lose et de gentils tacles car on a bien saisi aussi que la paire, qui se connaît depuis 2012 et le collège est aujourd’hui en coloc, et plus que jamais solidaire. « On se considère comme des amis avant tout, pas comme des partenaires, confirme Marceau. On fait des tas de sports ensemble, du padel, de la course à pied, du tennis, j’ai déjà fait trois marathons, et bien sûr il y a l’Hyrox. On est
habitués à se pousser, à se challenger, on se tire la bourre, ça chambre ! Sauf quand l’autre n’est pas bien, alors là, on switche et on s’encourage.»
Un duo inséparable où Marceau le discret et Sacha l’expansif se sont trouvés, où chacun prend sa part : « Comme Marceau est meilleur en course que moi, il gère cette partie, précise Sacha. Je suis plus efficace sur les exercices de force, où il faut pousser et tirer. C’est vrai qu’à deux, c’est plus cool, parce que s’entraîner ou courir tout seul, faut avouer, ce n’est pas très marrant… Et l’effort est divisé par deux, donc moins dur. Bon, là on est plus du 60 %-40 %. Non, je plaisante. On se
Sacha soutient Marceau dans un exercice cher à ce duo aussi sympathique que très très engagé physiquement : l’Hyrox.
C’est désormais à Sacha Borg de tout donner, motivé par son partenaire de fitness favori, qui n’est autre que son coloc.
Mini CV Sacha Borg & Marceau Alayrac
Marceau, 28 ans, Toulouse, créateur de contenus, un an d’Hyrox. Premier solo en 1 h 58 : « Un temps ultra-nul, mais je me suis pointé sans rien savoir de ce qu’il fallait faire, énorme marge de progression donc ! » Meilleur solo pour Sacha, 32 ans, en 1 h 43 ; 1 h 21 en duo avec Marceau. Point fort de Marceau : le mental. « Je préfère plutôt me poser que d’abandonner. » Point faible : les wall balls, « la station la plus horrible, en fin d’épreuve ». Point fort (Sacha) : les sleds, « je kiffe ça, pousser et tirer ! »
Point faible : la course à pied et les burpees (« pas du tout stylé, cet atelier ! »)
Devise commune : Bigger than life. « On le répète tout le temps » ! Objectifs perf 2026 : aller ensemble sous la barre des 1 h15.
Noémie et Emilie, c’est une histoire d’amitié, presque de gémellité, que l’Hyrox a fortifiée.
complète bien ! Mais sans donner dans le gnan-gnan : je préfère qu’il me dise qu’il va m’éclater plutôt que de finir l’épreuve en se donnant la main ! J’aime bien l’image « guerrier» que ce sport renvoie… Nous tout suant, congestionnés, bon un peu narcissique peut-être ? »
Humbles dans leur approche, puisqu’ils ont juste fait un Hyrox ensemble en 2025 à Paris, « parce qu’en solo c’est horrible » précise Sacha. « On n’est pas très bons, dans le team Red Bull, on est un peu les « fraudes » du groupe ! plaisante-t-il. Sacha vient du foot, Marceau a un peu touché à tout, escalade comprise. Pour eux, l’Hyrox est une façon très fun et très motivante de s’améliorer. Sacha : « Comme on a les statistiques sur chaque station, ça nous pousse à faire mieux à chaque fois, c’est assez addictif d’ailleurs ! » Branchés sports ludiques, les quasi trentenaires ont quand même l’air de prendre plaisir à se dépasser, à en baver. « Sur les Red Bull training camps, où comme l’a dit Sacha, on est clairement les plus nuls, on est carbo à chaque fois, complètement cuits, alors que les autres sont super frais, même ils en redemandent ! Mais on doit aimer ça au fond de nous, se faire mal…»
Devenu central dans leur métier puisqu’ils sont tous deux créateurs de contenus, le sport en général et l’Hyrox en particulier les a encore davantage soudés. Jusque dans la vie de tous les jours ? « On est ensemble, jusque dans les plans galère. Mais je ne vais pas vous mentir : quand on se rend à une compétition de sport et qu’on crève en pleine nuit, je ne pense pas à l’Hyrox ! Ou alors très inconsciemment ! » rigole Sacha qui reconnaît qu’avant l’Hyrox, il n’avait jamais connu ces sensations d’épuisement total. « Ce qui est sûr, c’est que ça forge le mental et que ça rejaillit dans notre façon d’être dans la vie », ajoute Marceau. Quand les retrouvera-t-on ? « Au Grand Palais », répond Sacha. « Ah bon ?, fait Marceau, visiblement pas au courant. Mais, okay, go, on y va ! »
L’ASCENSION D’INO CASABLANCA
SON NOM ÉTAIT SUR TOUTES LES LÈVRES
EN 2025. EN L’ESPACE D’UN AN, LE RAPPEUR ET PRODUCTEUR S’EST IMPOSÉ DANS LE PAYSAGE MUSICAL FRANÇAIS GRÂCE À UNE ESTHÉTIQUE AUX FRONTIÈRES BROUILLÉES, MÊLANT RAÏ, ZOUK ET MUSIQUES LATINES. ET IL COMPTE BIEN Y RESTER.
Né à Barcelone d’une famille marocaine, vivant à Toulouse, Ino Casablanca veut être une superstar.
Imaginez la scène : d’abord, un gymnase vide. Un groupe y pénètre, de grosses enceintes sur les épaules. Des tables sont dressées, des verres de bissap – cette boisson à base d’hibiscus – sont siphonnés. Les haut-parleurs crachent des cuivres et des percussions qui font bouger automatiquement les corps. Ino pose sur les mélodies de manière simple. Et autour, une fête de quartier bat son plein. Voici le décor de Bissap du 20ème, l’un des singles d’Ino Casablanca. Il aura fallu quelques jours pour que le morceau devienne un hit, et le rappeur avec.
« Mais Ino Casa, qui l’arrête? » C’est la question que se pose le vingtenaire dans le morceau d’ouverture de son dernier projet, EXTASIA. Et c’est une bonne question. En l’espace d’un an, le rookie de 2025 – et sans « bouger le p’tit doigt », c’est ce qu’il dit dans DIMA RAVE – a foutu une claque à la scène musicale française. Deux EPs entêtants, Tamara (janvier 2025) et EXTASIA (octobre 2025), auront suffi pour mettre d’accord un demi-million d’utilisateurs sur Spotify. Sa recette est peaufinée à l’excès : un son percussif qui fait la place belle aux instruments classiques, des mélodies aux accents caribéens et nord-africains, et des textes drôles et décalés. Le tout forme un univers qui incarne parfaitement l’année passée.
C’est que le natif de Barcelone s’ancre dans un mouvement global de modernisation et d’hybridation de samples traditionnels, où aucune frontière ne s’applique à la musique. Comme Rosalía ou Bad Bunny, qu’il cite volontiers en inspiration. « Il n’y a pas de démarches délibérées de ma part. Ce sont des rythmiques, une esthétique que j’aime, confiet-il d’emblée lors de notre interview. Je suis le fruit de mon époque, alors forcément ce que je raconte, les techniques de production que j’utilise viennent naturellement bousculer les codes. »
« JE SUIS LE FRUIT DE MON ÉPOQUE. ALORS CE QUE JE RACONTE, LES TECHNIQUES DE PRODUCTION QUE
Ino Casablanca veut vous faire danser. Et ce n’est pas près de s’arrêter : l’année 2026 s’annonce encore plus grandiose. Marsatac, Solidays, Golden Coast… Le Toulousain fait figure de tête d’affiche aux quatre coins du pays. Pour un gars qui aime la scène, c’est tout trouvé. « Il y a un plaisir immédiat, là où, au studio, tu te prends la tête sur une multitude d’éléments, concède-t-il. En concert, tu t’amuses et c’est tout. »
LA CLAQUE DU RAP FRANÇAIS
La musique chez Ino, c’est inné. « Dans une famille, il y a toujours un petit qui tape du pied et danse dès qu’il entend de la musique. C’était moi, raconte-t-il. C’est un truc instinctif, quasi animal. » Dans sa famille d’origine marocaine, les lecteurs CD diffusent de la musique arabe – la diva libanaise Faïrouz et l’Égyptien Abdel Halim Hafez en tête – mais aussi des mélodies reggae de Bob Marley et du flamenco de son pays natal, l’Espagne. Ses parents comprennent la fibre artistique qui l’habite et l’inscrivent au violon. À ses 12 ans, la petite famille déménage dans le sud de la France, la crise économique espagnole oblige. Un nouveau genre musical s’ajoute à ce medley explosif : le rap français. « Je me prends une claque, se souvient-il. En 2015, comment passer à côté ? Je me suis pris dans la tête toute une scène de malade : les Booba, PNL, etc. J’ai kiffé direct. » Il prend la musique au sérieux et continue d’aiguiser son art au fil des années. « Ça a toujours été ma priorité. J’ai fait le reste par survie. » Le « reste », c’est l’école. « J’ai toujours détesté ça. Mais tu le fais parce que c’est obligatoire, parce que tu n’as pas envie d’être fauché, d’être encore plus à la marge. » Avant d’ajouter : « Rien que d’être immigré, de devoir apprendre une langue… Si j’avais lâché avant, j’aurais été un cas social au sens strict du terme. » Alors, pendant un moment, Ino s’y est tenu par « manque de courage », par « peur de décevoir les parents ». Jusqu’au jour où cette « vie normale » ne lui convient plus. Il envoie tout balader pour se consacrer à sa vraie passion, malgré les réticences de sa mère. « Ma patience a trop été testée. Un jour je me suis réveillé et je me suis dit plus jamais. Tout est parti de là. » Il sort un premier EP timide, Demna, à des années-lumière de son millésime 2025. Le projet reste dans les clous de ce qu’on attend de la scène rap française, alors qu’il cherche à se forger une identité. « Je l’ai sorti car je me trouvais trop d’excuses pour ne pas avancer. Je me suis forcé. » Il ne s’arrête pas là.
RIEN À INTELLECTUALISER
On le comprend avec Ino, tout n’est que réflexion. Commence une période d’introspection pour « se trouver pleinement ». « J’ai travaillé sur moi pour être le plus entier possible dans mon rap. J’ai grandi en compétences, mais surtout en courage. » Le déclic arrive avec un son : Fuck Larr. Percussions marquées, sample de Nour El Ein, d’Amr Diab… Les bases du style Ino sont posées. « J’ai senti que je tenais enfin un truc. Il fallait que je me prouve que j’étais capable de continuer sur cette lancée », reconnaît-il.
À l’aube de la sortie de son projet EXTASIA, en octobre 2025, Ino Casablanca dévoile une vidéo introductive sur Instagram. On y voit l’artiste accompagné d’un ami qui l’interroge sur ce nouveau projet. Il lui
« JE ME TROUVAIS TROP D’EXCUSES POUR
NE PAS AVANCER. JE ME SUIS FORCÉ. »
répond: « Y’a rien à intellectualiser. […] Tu danses et ferme ta gueule. » C’est qu’Ino craint « qu’on ne parle que de ses influences » et que l’on « s’attarde uniquement sur les connotations ». « J’avais peur que ma musique soit désignée comme pseudo-intellectuelle, qu’on m’impose une grille de lecture que je n’ai pas. Mon intention, c’est juste de kiffer. Je viens sans aucune prétention, sans aucun calcul. »
Ino rejette les catégorisations hâtives. Il est lucide. Avec ce genre de proposition musicale, on peut vite être étiqueté « musique de niche ». Lui exclut complètement cette appellation. De toute façon, il a d’autres ambitions : « être une superstar ». « On marginalise ces musiques jusqu’à ce que le public s’en empare, maintient-il. Il n’y a pas de son mainstream prédéfini. Pour moi, aucune musique n’est destinée à vivre dans les marges. Ce sont les gens qui choisissent. »
POINTU ET DRÔLE
Ce qui fait la force d’Ino Casablanca, c’est son style d’écriture, sa voix posée qui effleure presque les mélodies. « Ce n’est pas une volonté artistique, c’est juste que je suis timide. J’ai encore du mal à pousser ma voix. » Ino rap comme il pense. Il suffit juste de prêter attention à ses paroles. Elles sont, finalement, un flux de pensées continu. Ce qui est dans sa tête finit par rouler sur sa langue. De manière simple. Sans artifice.
Ino Casablanca vit pour la joie, l’extase et le désir de faire danser les gens, encore et encore.
Mais avec beaucoup de réflexion. « J’essaye d’enlever le maximum de filtres que je peux avoir pour raconter tout ce qui me traverse par la tête. » Sa touche est marquée par un humour prononcé, en décalage presque avec la tonalité de la chanson. Et ça, « il aime bien » : « C’est à l’image de ce que je suis. Je peux être très sérieux, parler de choses graves avec mes potes, et je glisserai toujours une blague. Et si c’est drôle, tant mieux. » Il est là pour prouver qu’on peut faire les deux : « Être un artiste drôle et pointu. »
« Les gens te cantonnent à des codes. Si t’es drôle, tu fais forcément du Lorenzo. Et si t’es sérieux, du Adele. J’ai envie de prouver que ce sont des conneries. » Entre des déclarations d’amour et des diatribes contre les traîtres qui l’entourent, il y ajoute une critique sociale. Ses « cauchemars sur Macron » (CLUBMASTER), les « gosses qui ne mangent pas la nuit » (PARAMOUR), les « bleus » sur qui « on ne peut pas compter » (KITLÉ)… Les références sont multiples. « Il n’y a pas de réflexion poussée derrière. Je me dis pas : “Et si je me politisais aujourd’hui?”, ironise-t-il. Ce sont des choses que je pense. Et je mets tout ce que je pense dans ma musique. »
Après avoir gâté son public en 2025, à quand l’album ? L’intéressé nous ménage. « J’attends le bon moment, quand je me sentirai prêt. Je tiens énormément à ce format. Je ne veux pas faire un album éclaté.» Alors, d’ici là, Ino Casablanca écumera la France avec sa première tournée. Il n’est pas prêt de s’arrêter en si bon chemin. De toute manière dans Paraplui, il l’annonçait : « Fuck la musique de niche, je veux être une superstar. » C’est bien parti !
Prochains concerts : le 18 mars à Istres , le 24 mai à SaintBrieuc , le 12 juin à Marseille. IG : @inocasablanca
BATTLE L’ULTIME
Réunir l’élite du break et du jeu Street Fighter dans un tournoi hybride unique au monde, il fallait y penser ! Voici Break Fighter, le premier tournoi mondial de breaking/gaming qui s’est tenu au Japon en novembre.
Texte TOM GUISE
BREAKING/GAMING
8 novembre 2025, Harajuku, Tokyo : en amont de la très attendue B-Boy World Final du lendemain, les spectateurs du Red Bull BC One Camp ont assisté à des compétitions alternatives.
À Tokyo, tout le monde connaît le Ryōgoku Kokugikan : ce lieu emblématique est, depuis sa construction il y a quarante ans, indissociable des tournois de sumo au Japon. Le premier d’entre eux, organisé en janvier 1985, avait attiré l’empereur du Japon en personne, venu assister à l’exploit de l’un des plus grands yokozuna de tous les temps, Chiyonofuji Mitsugu, qui y réalisa un zenshō, un score parfait. Mais l’arène n’a pas accueilli que du sumo : de la boxe lors des Jeux olympiques de 2020, des combats de catch de la WWE et, un dimanche de novembre 2025, la plus grande compétition de breaking au monde : Red Bull BC One World Final.
Tout au long de la semaine précédente, l’élite des B-Boys et B-Girls a afflué vers la capitale nippone. D’autres grands noms étaient également annoncés : le rappeur de la côte Est américaine Redman, ainsi que le producteur hip-hop Knxwledge, fraîchement rentré d’une tournée de six semaines avec son pote Anderson .Paak. Ce jour de novembre 2025, la scène principale du Kokugikan est en pleine métamorphose : le dohyō, le ring de sumo, est transformé en un cypher, tandis que les traditionnels sièges en loges masuseki sont réaménagés pour accueillir 20 000 personnes. Partout dans la salle, bannières et écrans géants décorent le lieu. On y voit notamment la B-Girl japonaise et médaillée d’or olympique 2024 Ami Yuasa face à Ryu, le personnage principal du jeu
vidéo Street Fighter. La présence d’Ami est logique, puisque c’est elle qui a remporté la BC One World Final en 2018 et 2023 – mais le lien avec Street Fighter mérite quelques explications.
Le Japon est bien sûr le berceau du jeu Street Fighter, dont l’éditeur Capcom est basé à Osaka. Mais en 1992, un an après la sortie de Street Fighter 2 dans les salles d’arcade, où il a conquis le monde et fixé le modèle immuable du combat « un contre un », Capcom a organisé le tout premier
tournoi officiel du jeu… ici même, au Ryōgoku Kokugikan. Et c’est évidemment dans cette même enceinte, en mars 2025, que l’entreprise a accueilli la onzième édition de la Capcom Cup, une compétition de Street Fighter 6 dotée d’un prix d’un million de dollars.
Street Fighter et Ryōgoku partagent donc bien une histoire commune, mais quel est le lien qui les relie au Red Bull BC One ? Pour le savoir, il faut se rendre à l’autre bout de la ville…
Nouveau format
Nous sommes à la veille de l’événement principal et, à l’intérieur du bâtiment Yodobashi J6 à Harajuku, le Red Bull BC One Camp bat son plein. Deux breakers échangent des mouvements, encouragés par une foule en délire. La scène est familière : un battle traditionnel entre deux B-Boys, que trois juges observent attentivement avant de rendre leur verdict, désignant Lil-H, venu de Shanghai. Mais au lieu d’exploser de joie, celui-ci file aussitôt vers un écran installé à l’écart de la piste, talonné de près par son adversaire, T-Jie. « Ils sont à bout de souffle », commente le MC, tandis que les deux choisissent leur personnage pour une manche de Street Fighter 6. Lil-H opte pour la ninja japonaise Mai, tandis que T-Jie joue Blanka, sorte de Hulk brésilien à la légendaire tignasse orange. Leurs choix s’illuminent sur l’immense mur d’écrans sous les acclamations du public. À mesure que le combat se déroule, chaque breaker est coaché par son coéquipier, un gamer de compétition qui, quelques minutes plus tôt, affrontait lui aussi son homologue sur Street Fighter. Si vous n’y comprenez rien, rassurez-vous : vous êtes exactement au bon endroit.
Voici Break Fighter, un nouveau format de compétition qui brouille les frontières entre deux disciplines. Chaque équipe se
Chaque breaker est coaché par un teammate venu de l’esport.
Le main event de la Red Bull BC One World Final Tokyo au fameux Ryōgoku Kokugikan.
Toucher de Midas : certains participants de Break Fighter sont venus avec leurs propres pads. Ci-dessous : une manche de Street Fighter sur écran géant.
Vue du ring : la célèbre arène de
a été transformée pour le breaking. Des indices de son historique se voient dans les loges.
sumo de Tokyo
En haut : Claudio (à g.) et Sydney s’affrontent. En bas : B-Boy Lil-H et la playeuse Merrymore qui l’a guidé vers la victoire.
compose d’un breaker et d’un gamer : le premier livre son combat sur la piste, le second sur Street Fighter 6. En cas d’égalité, ce sont les breakers eux-mêmes qui doivent trancher… manette en main.
La coéquipière de Lil-H est une gameuse japonaise, Merrymore. « Je ne pouvais communiquer avec lui qu’en anglais basique, donc ce n’était pas simple, explique-t-elle, précisant qu’elle lui a conseillé de choisir Mai pour l’affrontement. Même si c’était sa première fois, il a gagné en plaçant de très bons coups ! »
Une nation du breaking
En observant ces deux univers se côtoyer, on se rend compte à quel point ils ont en commun. Les breakers apportent leur personnalité unique sur la piste, avec des moves et des attitudes dignes des jeux de combat. Les gamers s’expriment à travers un style de jeu très personnel, incarné par leur personnage à l’écran. Même en dehors des parties, une forme de spectacle flotte dans l’air. Beaucoup sont venus avec leurs propres manettes professionnelles. Shimiso, joueur local de 26 ans, transporte un stick Varmilo Kassai doré valant plusieurs centaines de dollars. Il a même remplacé le joystick par un globe sur-mesure qui semble taillé dans du cristal.
« Franchement, je ne connaissais rien au break, admet Shimiso juste après s’être qualifié pour la finale avec son partenaire Dragon Wrist. Je suis venu aujourd’hui pour le gaming, mais après avoir regardé, c’est vraiment génial. C’est une superbe occasion pour ces deux disciplines d’apprendre l’une de l’autre. »
Le break est arrivé au Japon au début des années 1980 avec la sortie du film culte Wild Style, qui a également introduit le rap et le graffiti dans l’archipel. Le film était accompagné d’une tournée des NewYorkais The Rock Steady Crew, pionniers
du genre que l’on retrouve dans le film. Dès lors, de plus en plus de Japonais se sont pris de passion pour le break, se retrouvant notamment dans le parc Yoyogi de Tokyo – à deux pas de l’endroit où se déroule aujourd’hui le tournoi Break Fighter.
« On voit à quel point ils sont passionnés, confie le DJ allemand Just-A-Kid en regardant les qualifications. Quand on comprend les racines du hip-hop comme eux, on peut devenir très bon. Ils comprennent la culture. Les bases sont solides. »
La rencontre de ces scènes culturelles révèle l’étendue de leurs points communs.
On a un match !
Quant aux jeux de combat, les compétitions ont commencé une décennie plus tôt, lorsque des entreprises comme Sega ont organisé les premiers tournois dans les années 1970. Mais c’est l’arrivée de Street Fighter II qui a véritablement révélé le potentiel du jeu de combat. Les personnages y ont largement contribué : « Chacun est fascinant à sa manière, explique Merrymore. Tout le monde connaît Ryu et Ken. » Mais avec près de trente personnages dans Street Fighter 6, les maîtriser est devenu plus complexe qu’autrefois.
« La plupart d’entre nous n’ont pas vraiment le temps de jouer », confie le B-Boy Jose Cardenas. Lui et son partenaire gamer Sydney ont remporté leur voyage à Tokyo lors des qualifications américaines de Break Fighter à Denver. Cardenas attribue leur présence ici au talent de gamer de
KNXWLEDGE
Le jeu de la création
Pour animer l’after du Red Bull BC One World Final aux accents de Street Fighter, un nom de DJ s’est imposé : Knxwledge, un passionné de breaking, fin connaisseur des musiques de jeux vidéo et producteur de renommée mondiale.
Situé dans le quartier tokyoïte de Shibuya, le Club Harlem est en transe ce soir-là, tandis que Knxwledge déroule un set difficile à cerner. C’est l’after-party de la Red Bull BC One World Final, et le producteur-DJ navigue avec aisance entre hip-hop des années 1990, relectures oniriques de J-pop et morceaux funk rétro. Le tout est traversé de remixes de musiques de jeux vidéo, revisitées à la sauce hip-hop, qui plongent la foule dans l’euphorie.
« ’Musique de jeux vidéo’, c’est trop réducteur. Car cette musique englobe littéralement tous les genres possibles, explique Knxwledge, de son vrai nom Glen Boothe. Il y a des créations qui ne ressemblent pas à de la musique de jeux vidéo, notamment parce que les compositeurs sont influencés par les mêmes musiques que nous – et ça, c’est bon ! »
Cette musique façonne l’instinct créatif de Knxwledge depuis l’enfance. À mesure qu’il se forgeait une réputation, les bandes originales de toutes les époques du jeu vidéo sur console devenaient une matière première pour l’expérimentation. Sa vaste série de beat-tapes VGM (Video Game Music), est actuellement au volume 41. Cette immersion profonde dans la culture gaming a fini par attirer l’attention du développeur japonais Capcom, qui l’a sollicité pour retravailler des morceaux pour sa série Capcom Fighting Collection.
Figure incontournable du hip-hop contemporain, cet artiste US a produit des beats pour Kendrick Lamar, Action Bronson, Westside Gunn et bien d’autres. Aux côtés d’Anderson .Paak, il forme la moitié du duo NxWorries, lauréat grâce à Why Lawd? du Grammy Award 2025 pour le meilleur album de R&B progressif.
Pourtant, sa plus grande réussite en 2025, selon lui, a été de passer la majeure partie de l’année à vivre au Japon. The Red Bulletin a rencontré Knxwledge pour évoquer sa passion du gaming et comment il l’inspire.
THE RED BULLETIN : Te souviens-tu de ton premier jeu vidéo ?
KNXWLEDGE : Je suis presque sûr que la Nintendo originale a été mon premier contact avec le jeu vidéo. Pas de cartes mémoire, il fallait finir le jeu avant de devoir aller à l’église
« Sans m’en rendre compte, j’ai remixé des musiques de jeux vidéo toute ma carrière. »
ou autre chose. Karate, Excitebike, Mario, Contra… tous les classiques. Ensuite, il y a eu Sega, qui est passé du huit-bit au polyphonique, avec de très bons rythmes et une bien meilleure carte son. La musique est devenue beaucoup plus sophistiquée. Je dirais que c’est à l’arrivée des consoles Super Nintendo et Sega que je me suis dit inconsciemment : « Ces boucles sont parfaites. Cette musique est incroyable. » Je suis un peu un otaku (au Japon, un passionné limite obsessionnel, ndlr) des jeux de combat. Je me souviens avoir été fasciné par les mélodies de chaque personnage et chaque thème de niveau, puis de les avoir mémorisés.
Quand le lien entre gaming et musique s’est vraiment cristallisé ?
Avec la Dreamcast de Sega, que j’ai eue en 1999, il y avait tellement de titres, certains que je découvre encore. C’est la musique la plus intemporelle que j’aie jamais rencontrée.
Beaucoup de gens partagent cette expérience avec la Dreamcast. Oui. Même sur mes streams, il m’arrive de faire des beats et des samples directement à partir de la cartouche, depuis le menu de test sonore. Ces deux dernières années, j’ai récupéré tous les jeux Dreamcast sortis au Japon et je les ai parcourus un par un. Même si près de 30 ans se sont écoulés depuis sa sortie, il y a tellement de titres que ça me durera probablement toute une vie.
Qu’est-ce qui te lie à Street Fighter ?
Ma tante avait cinq garçons et j’étais tout le temps fourré chez elle. C’est là que j’ai découvert la Super Nintendo. On se battait sur Street Fighter II sans rien comprendre aux mécaniques du jeu, juste pour le fun : « Sauter, coup de pied fort, balayage. » J’adore tout dans ce jeu : l’esthétique globale, le son, les personnages, les tenues.
Quel enseignement as-tu retenu des musiques de gaming ?
L’idée de la boucle parfaite. La plupart de ces jeux avaient des contraintes énormes : le temps, le nombre d’instruments, les possibilités techniques. Le fait de pouvoir créer quelque chose d’aussi beau à partir de ressources aussi limitées m’a profondément marqué.
Sydney, mais lors de leur premier match, ils ont dû passer par un tie-break, obligeant Cardenas à prendre le stick. « J’ai un peu d’expérience old school en arcade et j’ai pu enchaîner les low-kicks jusqu’à la victoire », dit-il en riant.
Après sept manches, Cardenas et Sydney accèdent à la finale, contre la B-Girl locale Kona et son partenaire gamer Tantanmen, qualifiés grâce à leur victoire au Tokyo Game Show deux mois plus tôt. La tâche s’annonce difficile pour le duo U.S., mais lorsque Sydney remporte la première manche gaming et que Cardenas obtient une décision unanime lors du premier battle de breaking, un sweep semble jouable. Lors de la manche gaming suivante, Sydney, incarnant le lutteur russe Zangief, semble prêt à s’imposer une seconde fois. Mais Tantanmen en décide autrement. Son personnage, Jamie Siu, connu pour
ses coups de boxe « façon ivrogne », est un adepte de break et de kung fu. Après quelques coups spectaculaires, Tantanmen terrasse Sydney dans un retournement de situation où le public, surexcité, manque d’envahir la piste. Le DJ lance un beat et les breakers repartent aussitôt à l’assaut, Kona donnant tout pour provoquer un tie-break.
« On a un match ! », hurle le MC. Les adversaires sont au coude à coude, mais Kona tente le tout pour le tout… En vain –Cardenas l’emporte finalement de justesse et les Américains décrochent le titre.
« C’est une excellente façon de rassembler les gens », confie Cardenas en brandissant le tout premier trophée Red Bull BC One Break Fighter World Final.
« Beaucoup de moments forts dans les deux disciplines. Le public, si l’on en juge par les cris qu’on a entendus, a adoré ! »
Jose Cardenas sort le grand jeu face à Kona sur la finale mondiale de Break Fighter.
LE SON & LA FÊTE COMME ŒUVRE D’ART
Et si le son était une matière à sculpter, un outil pour reprogrammer nos manières d’habiter l’espace et de faire société ? À la croisée du design, de l’ingénierie acoustique et de la culture club, Matéo Garcia développe une approche radicale de l’écoute, où chaque dispositif sonore devient un acte esthétique autant qu’un geste social. Le son n’est jamais neutre.
Matéo Garcia conçoit des « objets à usage potentiel » à la croisée du design et de la sculpture.
« Une bonne écoute t’arrache à la réalité visuelle, elle te transporte dans une autre dimension. C’est une bascule mentale. »
Dans le métro, à la maison, en club, dans la voiture, en magasin, à la plage et même à vélo, la musique nous accompagne. Notre écoute est parfois active et pour beaucoup passive, car le son fait partie d’un tout et s’inscrit dans un ensemble dont nous sommes aussi les acteurs, si nous le souhaitons. Nos appareils audio sont aussi légers que portables, parfois beaux mais avec un son bien cracra, parfois moche mais vraiment puissant.
Pour comprendre ce qu’il se cache dans nos systèmes sons, nos enceintes et système hifi, The Red Bulletin est allé à la rencontre de Matéo Garcia, designer et fondateur de Matéo Garcia Audio, une structure dédiée à la conception, à la sonorisation, et à la création d’espace, de conception d’enceintes haut de gamme et assez sculpturale. Non pas pour qu’on se mette respectivement des tunnels entre audiophiles mais, pour vous expliquer son cheminement et vous exposer ses œuvres et son art, accessibles à tous dès lors que l’on s’intéresse à la question du son, via des objets ou des expériences de fête.
Passionné par le son et les esthétiques brutalistes, les enceintes design de Matéo sont aussi merveilleuses à regarder qu’à écouter. Elles sont l’expression d’un souci du détail, d’une qualité et d’une histoire parfois composée de mille vies.
De son agence, créée en 2014, dans le douzième arrondissement de Paris, à son atelier à Ivry-sur-Seine, pour Matéo Garcia, le son n’est jamais une simple
donnée technique : c’est une matière première, un terrain de jeu, un vecteur de sensations. Designer formé à bousculer les formats, passé par l’ENSCI-Les Ateliers à Paris, par les collectifs artistiques qui ont marqué une génération d’expérimentateurs, il conçoit la fête comme un espace total – une œuvre d’art immersive où l’énergie d’un public, l’architecture d’un lieu et la vibration d’un système son
Séances d’écoute à la Maison Kenzo Tange à Paris, octobre 2025.
ne font plus qu’un. Longtemps façonnées dans l’urgence des squats, ses premières installations exploraient déjà cette frontière fine entre chaos et transcendance, dérision et précision, naïveté et rigueur. Aujourd’hui, son travail a gagné en ampleur et en exigence : collaborations avec un acousticien, résidences dédiées à l’enceinte comme sculpture, projets monumentaux pour des marques (Nike, Boiler Room, Kenzo) ou des institutions culturelles (Bourse de Commerce).
Mais derrière les pavillons chromés, les formes organiques en céramique ou avec du goudron et la puissance de diffusion qui aimante les foules, persiste une
obsession : comment écouter autrement ?
Comment redonner au son – et aux objets qui le transportent – la capacité de transformer un espace, un corps, une mémoire ? Ici, le pavillon n’est pas une maison, mais une sorte de transformateur acoustique, qui sert à amplifier le son et à améliorer l’efficacité du couplage entre le haut-parleur et l’air. Le pavillon peut prendre plusieurs formes, et peut être fabriqué à partir de divers matériaux : béton, bois, argile, aluminium, etc. Dans cet entretien, celui qu’on surnommait au lycée « Mister System » parce qu’il fabriquait toujours des petits objets transportables pour écouter du son au parc,
voulait créer des événements comme des œuvres d’art. »
retrace son parcours, éclaire sa manière singulière de penser le design sonore et interroge, en filigrane, les systèmes culturels qui déterminent qui a accès – ou non – à des expériences d’écoute véritablement émancipatrices.
the red bulletin : Tu racontes souvent que tes premières fêtes étaient pensées comme des œuvres d’art. Qu’est-ce que ça recouvre concrètement ? Qu’est-ce que ça change dans la manière de fabriquer une fête ? matéo garcia : En 2009, juste après mon bac, j’ai rejoint un groupe d’amis pour créer un collectif, Manifart. On venait tous d’horizons différents : écoles d’art, d’architecture, Arts déco de Strasbourg, même quelques personnes des États-Unis. Ce mélange a créé une dynamique très forte : chacun avait une approche différente de la création et sa manière de regarder le monde. On ne voulait pas reproduire des formats existants. On voulait créer des événements comme des œuvres d’art, quelque chose qui génère une
Système audio sculptural à trois voies en aluminium et bois pour le concept store Vitruta, Londres 2024.
« Notre job était de canaliser cette énergie, pas de la restreindre. C’était comme si on devait se préparer à chaque fois à des attaques de zombies. »
transformation intime pour ceux qui y participent. On réfléchissait énormément avant chaque projet : quel lieu ? quel contexte ? quelle expérience sensorielle ? quelle dramaturgie ? Comment faire en sorte que la personne qui entre dans cet espace ressente autre chose qu’un simple « moment de fête » ?
Ce mot « œuvre » revient beaucoup. En quoi une fête peut-elle devenir une œuvre d’art ?
On repensait la notion même d’exposition parce qu’on s’y ennuyait. On repensait la fête parce qu’on refusait l’idée du public passif. On voulait que les gens deviennent acteurs – voire interprètes – de l’événement. Et puis il y avait le rapport aux lieux. On travaillait souvent dans des endroits alternatifs, non destinés au public : des terrains vagues, des squats, des bâtiments à réinventer. Comme personne ne nous imposait de contraintes
« institutionnelles », on avait une marge de manœuvre immense pour transformer l’espace. Mais cette liberté impliquait aussi une logistique considérable. Aucun système de sécurité préexistant : la sécurité, c’était nous. La vigilance collective était la seule structure.
C’est-à-dire que tu devais alors compenser la liberté par une forme de rigueur ?
Exactement. Et cette rigueur créait parfois des situations absurdes, presque comiques : on parlait souvent d’architecture de guerre. Par exemple, notre bar est devenu de plus en plus haut au fil des événements, parce qu’on s’était déjà fait voler des boissons. Les gens arrivaient dans un état de lâcher-prise total. Ce n’était pas un public sage, et tant mieux : notre job était de canaliser cette énergie, pas de la restreindre. C’était comme si on devait se préparer à chaque fois à des
attaques de zombies. On a tout vécu : des vols de fûts de bière, des casses, des effondrements accidentels de scénographies. Mais plutôt que de juger ces comportements, on voulait comprendre : comment accueillir des publics intenses, parfois marginaux, parfois drogués, parfois très alcoolisés, sans brider ce qu’ils venaient chercher ? Comment transformer cette intensité en expérience mémorable, et non en chaos destructeur ? C’est là que j’ai compris que le design, c’est surtout une manière d’accueillir des corps et des comportements.
LE SON DEVIENT CENTRAL
Quand on t’écoute, on comprend que l’espace et la scénographie dominaient. À quel moment le son est devenu un médium fondamental pour toi ? matéo garcia : Le son était déjà présent dans tous nos projets, même quand on ne le conceptualisait pas. Dans une exposition d’art numérique qu’on avait montée, on avait invité plein d’écoles françaises. Et naturellement, ça regroupait des gens déjà actifs dans la musique. Il y en avait de Salut C’est Cool, des membres du collectif expérimental sin~ dont certaines personnes sont devenues connues comme Flavien Berger. Chaque installation ou presque comportait du son : bruitage, musique, dispositifs réactifs… On avait même un atelier de circuit bending, où les visiteurs pouvaient transformer des objets puis les tester sur une machine à fumée réagissant au son. L’exposition était déjà un espace d’écoute active.
Et dans les fêtes, est-ce que cette dimension sonore prenait une place plus centrale ?
Oui. On aimait ouvrir des pièces secrètes dans les squats. On murait une porte, on perçait un trou, et derrière, quelqu’un tombait sur une salle parallèle où un drone continu immense vibrait grâce à des amplis gigantesques. Il fallait être un peu aventureux, c’est vrai. C’était un autre monde sonore. Les gens issus du graffiti ou de l’exploration urbaine adoraient ça : ils cherchaient les failles, les passages clandestins, les zones de découverte. Mais j’étais encore loin d’être un spécialiste du son. Je savais juste ce que je voulais ressentir : de la rondeur, de la puissance, quelque chose d’enveloppant, pas un son sec ou propre. Le son était une énergie, pas encore un domaine technique. Ce qui était pointu, c’était la programmation, les dispositifs qu’on créait dans l’espace, pas le dispositif sonore, du moins pas encore à ce moment-là.
Paris, 2025 : l’installation Tour de Contrôle, où Lucien Nicou a intégré des hauts-parleurs de Matéo Garcia pour une série de performances.
LA BASCULE
Qu’est-ce qui t’a fait basculer dans une vraie obsession du son, dans la précision plus que dans l’énergie brute ? C’est un mélange d’enfance, de bricolage et… d’hôpital. Chez mes parents – une famille très modeste – l’objet le plus précieux, c’était les enceintes Ditton 33 et un petit ampli NAD 3020. Tout le reste était bricolé ; mais le son, c’était sacré. En même temps, j’ai retrouvé récemment des photos de mon adolescence : j’avais démonté mes enceintes, fixé les haut-parleurs dans du polystyrène scotché… C’était moche, ça devait sonner affreusement mal, mais je cherchais déjà à transformer l’objet. Et puis il y a eu mes problèmes de tympan, à cause de mes otites. Enfant, je passais des tests auditifs où on me faisait écouter des sons presque inaudibles, parfois extrêmement aigus. Je devais me concentrer comme un fou. J’essaye de répondre juste afin qu’on me laisse tranquille. J’imagine que ça m’a appris la précision. Ça m’a marqué.
Dirais-tu que ton rapport au son est aussi lié à l’intensité, au corps ?
Oui. Mon père jouait de la percussion très fort. Ça nous faisait presque peur –mais une peur excitante. Et puis, très jeunes, on écoutait des sound systems dans des péniches du 93. Et puis, il a aussi ramené à la maison la culture dancehall et sound system, parce qu’il écoutait Lord Zeljko sur Radio Nova. Le corps est façonné par ces expériences.
Aujourd’hui, je cherche à retrouver cette intensité, à la sublimer.
QUALITÉ D’ÉCOUTE
Pour toi, qu’est-ce que représente une bonne écoute ?
Une bonne écoute, c’est celle qui t’arrache à la réalité visuelle, qui te transporte dans une autre dimension. C’est une bascule mentale. Mais c’est aussi un contexte. J’ai vécu des écoutes sublimes sur des sound systems objectivement horribles, mais dans une fête underground où le son qui crache épousait parfaitement l’énergie du moment. À l’inverse, je peux prendre extrêmement de plaisir à écouter sur un fauteuil hyper confortable, un petit jazz sur des enceintes très précises et performantes parce que je suis à la recherche de la petite cymbale, du détail, du truc. Chaque dispositif sonore est associé à une expérience, un public, des gens avec qui on le vit, un contexte, à ce qu’on vient chercher, au fait de se faire surprendre. C’est là qu’on se rend compte que c’est encore mieux que ce qu’on avait espéré, parce qu’il y a eu de la découverte. Une bonne écoute n’est jamais isolée, elle est liée à un écosystème.
TECHNIQUE ET SENSIBILITÉ
Beaucoup te voient comme un sound designer, mais ce n’est pas tout à fait le cas, tu travailles avec des ingénieurs, des acousticiens, des musiciens… Comment se répartissent les rôles ?
Le monde du son est un écosystème. Il y a ceux qui composent, ceux qui enregistrent, ceux qui masterisent, ceux qui conçoivent les haut-parleurs… et ceux qui pensent l’espace d’écoute. Avec l’acousticien Hugo Wey, on a un dialogue extrêmement riche. Il m’a appris la physique du son : membranes, aimants, châssis, caissons, diffusion, spatialisation… Chaque détail compte. Certains acousticiens veulent une diffusion homogène. D’autres veulent un sweet spot. Tout dépend du contexte, de l’usage, du public.
« Mon père a ramené la culture dancehall et sound system à la maison, parce qu’il écoutait Lord Zeljko
Sound system pour Theo Parrish, Bourse de Commerce, Paris, avril 2025.
« Chaque dispositif sonore est associé à une expérience, un public, des gens avec qui on le vit, un contexte, à ce qu’on vient chercher, au fait de se faire surprendre. »
d’enceintes sculpturales pour
Conception
l’événement Nike Boiler Room. Fête de la musique, Paris, 2023.
ORGANE D’ÉCOUTE
Comment en arrives-tu à vouloir fabriquer des enceintes en céramique ? Ce matériau est inhabituel dans le son. En 2023, en résidence chez Rhizome, j’ai voulu repenser l’enceinte domestique – cet objet souvent très technique, souvent très laid – comme une sculpture silencieuse, qui a du sens même lorsqu’elle ne diffuse rien. La céramique m’a séduit pour sa dimension cristalline. Elle résonne, elle sonne. Mais pour éviter la distorsion, j’ai choisi de la travailler avec une grande épaisseur. L’objectif était que la forme influence le son sans le dégrader. Cette liberté formelle m’a permis de créer des objets presque organiques, inspirés des recherches d’Elipson dans les années 50 : des objets qui ressemblent à des oreilles, des organes de captation. On a envie de les écouter rien qu’en les regardant.
Tu parles souvent d’aberrations acoustiques...
C’est quand un système sonne mal alors qu’il paraît impressionnant. On croit souvent que « plus c’est gros, mieux ça sonne ».
« On croit souvent que “plus c’est gros, mieux ça sonne“. C’est faux. »
C’est faux. J’ai commis ces erreurs au début. Par exemple : deux haut-parleurs mal positionnés qui s’annulent, des médiums trop présents à un endroit et absents ailleurs, des aigus bloqués par une grille décorative, un caisson trop puissant qui écrase tout. Or, la sculpture doit se mettre au service de la diffusion, pas l’inverse – sauf en contexte artistique assumé où le défaut devient langage.
ARCHITECTURE SONORE
Pour la fête de la musique de 2023, tu as conçu une structure monumentale pour Nike et Boiler Room. Comment a-t-elle été pensée ?
C’est le projet où j’ai le plus poussé la fusion entre sculpture et ingénierie. Je voulais des références audiophiles historiques, notamment le pavillon JBL 2360A. J’en ai fait une version géante, chromée, presque Anish Kapoor. Mais tout devait rester fonctionnel : impossible de bloquer les aigus, impossible de cacher certaines sorties. On a donc composé une microarchitecture avec des éléments visibles (les pavillons), des éléments dissimulés (les subwoofers) et des ouvertures obligatoires pour la diffusion et une logique esthétique sculpturale assumée. Le challenge était d’obtenir un système capable de couvrir 1 500 à 2 000 personnes avec un budget limité, sans sacrifier la qualité.
Performance de Gaspar Claus dans une maison unique restaurée par l’architecte japonais Kengo Kuma. Paris, 2025.
ESPACE URBAIN
Installer un tel système en ville, avec du verre, du béton, du public… C’est une autre guerre, non ? Oui, complètement. Le lieu peut ruiner un système. Pour ce projet, l’angle initial envoyait toute l’énergie dans une façade vitrée… C’était catastrophique ! Deux jours avant, il a fallu tout réorienter. Ce projet m’a coûté beaucoup à l’époque, mais je tenais à ne pas faire de compromis en termes de qualité. Pourtant, il s’agissait d’un objet destiné à un événement de quelques heures seulement. Mais comme je refusais d’utiliser du matériel de médiocre qualité, il a fallu faire énormément de sacrifices pour mener ce projet à bien. Au final, c’est toujours intéressant parce que ce qui est complexe avec ces objets-là, c’est que ce ne sont jamais juste des objets, ils sont les éléments d’une chaîne. On a beau faire un sound system sublime, s’il est mis dans un endroit terrible acoustiquement, ça sonnera mal. Quand les gens diffusent du son en MP3 compressé, la qualité de l’expérience est moindre, d’autant plus si on travaille avec des dispositifs sonores dotés de hautparleurs extrêmement précis et d’amplificateurs avec peu de distorsion. Ça ne pardonne pas. Pour que l’expérience fonctionne, il faut que tous les acteurs de la chaîne mettent du zèle dans leur pratique pour qu’à la fin, ça soit vraiment excellent.
LE COÛT DU SON
Tu fabriques des objets magnifiques, mais coûteux. Est-ce que ça crée une forme d’élitisme dans l’écoute ? Si oui, comment rendre ça plus accessible ? La question est complexe. Produire du « pas cher » coûte cher ailleurs : humainement, socialement, écologiquement. J’ai longtemps organisé des fêtes gratuites dans mon atelier. Tout le monde jouait gratuitement. Mais pour que ces fêtes continuent, il fallait commencer à faire payer. Les gens râlaient pour 15 €, mais dépensaient 50 € en bières ailleurs. Ça dit quelque chose de notre culture. On retrouve ce paradoxe dans l’art : les musées rendent des œuvres à 1 million accessibles pour 10 €. Pourtant, certaines classes sociales n’y mettent jamais les pieds. Comme se fait-il que certaines classes sociales n’aient pas accès à cette culture-là ni à cette information-là, qu’elles n’aient même pas idée qu’elles peuvent se rendre là-bas, alors qu’elles en ont le droit ? Ce n’est pas une question de prix, mais de légitimité perçue. Pour le son, c’est pareil. Par ailleurs, au-delà de
ma proposition sonore, il existe d’autres structures qui font le choix de créer des dispositifs sonores assez proches de la culture sound system classique, avec des caissons en bois beaucoup plus simples, avec parfois des haut-parleurs un peu moins chers. Je pense à Tweak par exemple, et comme ils le font très bien, je n’ai pas besoin de le faire dans le sens où ils ont leur philosophie, leur manière. Il y a Slym aussi : il organise les soirées Sweet Apric∞ts. Il a remonté des Klipschorn, un modèle historique audiophile qui coûte une fortune. Il investit énormément dans son matériel, mais ce qui est génial, c’est qu’il organise des soirées à Montreuil, à l’Albatros notamment. Voilà l’important : offrir au public un paysage sonore festif varié, et donc riche. Pour beaucoup de gens, ça restera un ticket d’entrée quand même assez onéreux ; sauf pour les passionnés, car quand on en a vraiment envie, ce n’est pas grand-chose. Je ne pense pas que la vraie question, ce soit
l’argent, mais plutôt qui se sent autorisé à écouter, et où. C’est une question politique et sociale.
Aujourd’hui, quelle est ton ambition principale en tant que designer de son ? Aller le plus loin possible dans la recherche, explorer de nouvelles formes, créer des objets qui donnent envie d’écouter, et surtout : que les gens aient accès à ces expériences. Oui, mes objets coûtent cher. Mais il existe toujours des portes d’entrée : suivre les événements, réserver au bon moment, se laisser surprendre par des formats inattendus.
IG : @mateogarcia_audio ; garciamateo.com
Matéo dans son atelier d’Ivry. Pour lui, le monde du son est un écosystème.
S’équiper, optimiser et vivre la plus belle des vies
L’ÎLE NOIRE
Surfer à Tenerife, aux Canaries
VOYAGE/ TENERIFE
« Ils pagaient à l’ombre des falaises vertigineuses de Bajamar, dépassent la roche volcanique éclaboussée par les vagues, et ne sont bientôt plus que deux petits points au large. »
Les vagues de Punta del Hidalgo me prennent par surprise. On entend les déferlantes bien avant de les voir : le battement rythmique de l’eau en mouvement, ponctué par le fracas des galets du rivage que la marée aspire puis recrache sur le littoral de cette péninsule volcanique.
En ce troisième jour passé à sillonner Tenerife via des cols de montagne sinueux, au milieu d’une mosaïque de bananiers, d’avocatiers et de dragonniers jusqu’aux plages austères de sable noir du nord de l’île, toutes les conditions sont enfin réunies : les surfeurs pro Laura Coviella, une autochtone, et Ben Larg, un Écossais de passage, se précipitent à l’eau, goûtant l’instant.
Ils pagaient à l’ombre des falaises de Bajamar, dépassent des affleurements volcaniques éclaboussés par la mer, et ne sont bientôt plus que deux petits points au large, en quête de grosses vagues.
La mission du jour a commencé a l’aube. Se lever tôt fait partie du quotidien de Larg, surfeur depuis toujours, habitué à saisir le moment.
En grandissant sur l’île écossaise de Tiree, il commence à surfer les eaux froides de chez lui dès l’âge de 2 ans. À 16 ans, il affronte déjà les grosses vagues de Nazaré, village de pêcheurs portugais mondialement connu pour ses vagues de 30 mètres, générées par un canyon sous-marin profond qui canalise la houle. Aujourd’hui âgé de 21 ans, Larg partage sa vie entre des saisons d’entraînement
aux quatre coins du monde – à Lanzarote, au Portugal et bien au-delà. Mais Tenerife lui offre des eaux encore inexplorées. « Ça fait longtemps que je ne suis pas allé dans un endroit complètement nouveau », confie-t-il alors que nous nous préparons à entrer en action.
Coviella a invité Larg à découvrir la diversité des spots de l’île et, la houle aidant, ses vagues surfables. À 26 ans, elle a fait ses armes sur la plage balayée par le vent d’El Médano, à Tenerife, passant des années à s’entraîner avec des mentors de son surf shop local pour affiner sa technique avant de passer pro.
« J’ai toujours aimé l’adrénaline, souritelle en chargeant sa planche dans notre minibus de location. Quand j’ai compris que l’adrénaline et le surf pouvaient aller ensemble, j’ai dit banco ! »
Aujourd’hui installée à Lanzarote, Coviella possède une connaissance encyclopédique des nombreux spots de l’archipel. Grâce à son climat doux toute l’année, Tenerife jouit d’une réputation de vagues idéales pour les débutants ou les
EXPÉRIENCE BRUTE
Les routes escarpées du nord de Tenerife longent les spots de surf ; Coviella et Larg à table près de Los Realejos (à g.) ; inspection des conditions de surf (photo d’ouverture).
LE CÔTÉ OBSCUR Les spectaculaires roches noires de Bajamar, au nord-est de l’île, constituent l’héritage volcanique du lieu.
rameurs. Mais si cela n’arrive parfois qu’une fois par saison, l’île peut aussi offrir des houles dépassant les 6 mètres.
« Les jours de gros swell, on voit les embruns depuis le rivage », me glisse Aki, le compagnon de Coviella. Mais les grosses journées exigent des conditions précises – et c’est là que réside tout l’art de la quête. Coviella a planifié notre séjour avec une minutie extrême : étude des prévisions météo, visionnage de vidéos, écoute de messages vocaux d’amis pour décider où se rendre. Les prévisions peuvent être capricieuses, et savoir profiter des temps morts lorsqu’on chasse les vagues est presque aussi important que le surf lui-même, comme flâner dans les rues de l’une des villes coloniales de l’île, s’est révélée être une manière idéale d’occuper les accalmies ou déguster poulpe grillé et moules nappées du mojo typique de Tenerife (une sauce à l’ail et au poivron vert) dans un guachinche –ces auberges rustiques traditionnelles. La quête de surf nous a aussi permis de découvrir les contrastes de Tenerife. L’héritage volcanique de l’île s’est d’abord imposé à nous dans le sud, où les strates
L’île
aux trésors
La plus grande des îles Canaries, Tenerife, se situe à environ 300 km au large de la côte ouest du Maroc. L’île dispose de deux aéroports –Tenerife Nord et Sud . Si l’adrénaline est votre moteur mais pas le surf, profitez des nombreuses activités alternatives qu’offre l’île : parapente, randonnées sur l’impressionnant réseau de sentiers montagneux, ou encore kayak en mer. Celles et ceux en quête de détente pourront découvrir le site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO de San Cristóbal de La Laguna, ou participer à une soirée d’observation des étoiles au parc national du Teide. webtenerife.com
« Tenerife est dingue, c’est exactement mon genre d’endroit. »
Ben Larg, surfeur professionnel de grosses vagues
de roche s’empilent pour former des cônes volcaniques complexes. Dans le nord, on pourrait se croire dans un tout autre pays : plantes grasses, fougères et arbres jaillissent des falaises abruptes et des digues, tandis que les nuages enveloppent les sommets anguleux de l’île. La beauté brute de Tenerife, m’explique Coviella, est la raison pour laquelle elle aime toujours autant rentrer chez elle.
« Je ne savais pas à quoi m’attendre en venant ici, mais c’est tellement varié, ajoute Larg, après deux jours passés à parcourir l’île en tous sens. On peut être en montagne à un moment, et vingt minutes plus tard dans l’eau, en train de surfer. C’est assez dingue – exactement mon genre d’endroit. »
Notre impatience grandit depuis la veille, lorsque Coviella a reçu des informations annonçant des conditions prometteuses au nord. Larg s’est préparé comme il le fait avant chaque session. « La veille, j’essaie de visualiser de bonnes vagues pour le lendemain. Je pense aux lignes que je veux tracer, à la façon dont je veux surfer chaque vague. »
Lorsque l’Atlantique apparaît au-delà des falaises spectaculaires de Punta del Hidalgo, il est clair que la visualisation de Larg et l’analyse méticuleuse de Coviella ont porté leurs fruits. À présent, tandis que j’attends sur le promontoire volcanique fouetté par les embruns, j’observe Larg plonger et replonger sous les vagues, de retour dans son élément, pour profiter au maximum de ce que la journée a à offrir. Une vague arrive : il rame de toutes ses forces, se redresse, disparaît un instant dans un tube d’un mètre de haut, avant d’en ressortir, triomphant.
Quelques instants plus tard, il sort de l’eau. « T’as vu ce tube ? », lance-t-il en riant, un sourire malicieux en coin. Même si ce ne sera pas la plus grosse session de sa vie, la satisfaction est totale.
« Parfois, ce sont ces sessions-là qui sont les plus gratifiantes, résume-t-il. Celles où tu as l’impression d’avoir trouvé et surfé les meilleures vagues possibles, d’avoir assemblé toutes les bonnes pièces du puzzle. »
Amy Woodyatt est journaliste spécialisée dans les sports d’aventure aux quatre coins du monde toute l’année ; amywoodyatt.com
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COMMENT/
COURIR, C’EST SON DADA
Dan Connolly, 4 e humain à remporter le défi gallois Man v Horse, explique comment l’emporter.
À un peu plus d’un kilomètre de la ligne d’arrivée, épuisé et ruisselant de sueur, Dan Connolly regarda par-dessus son épaule et ne vit aucun cheval, n’entendit aucun bruit de sabots. Tout ce qu’il vit, c’était le long sentier désert qu’il venait de parcourir. Les acclamations de la foule montaient de la vallée. Il comprit.
« Ça semblait presque irréel », raconte l’athlète pro d’endurance et coach en course à pied, installé dans la région du Lake District au nord de l’Angleterre. « Je savais que, dans toute l’histoire de la course annuelle Man v Horse, seules trois personnes avaient battu les chevaux. C’était une sensation incroyable. »
Quelques instants plus tard, Connolly franchissait la ligne d’arrivée en 2 h 24 min 38 sec. Mais la course n’était pas tout à fait terminée : pour éviter les risques de piétinement, la soixantaine de chevaux s’est élancée 15 min après les humains. Il a fallu attendre pour voir si l’un d’eux apparaîtrait et afficherait un meilleur temps. À 10 sec de la fin, aucun cheval en vue, la foule a explosé ; 9 min et 47 sec plus tard, un DNS Ronaldo fatigué, monté par Kate Atkinson, est arrivé au petit galop.
La toute première édition de Man v Horse s’est tenue à Llanwrtyd Wells, au pays de Galles – la plus petite ville de Grande-Bretagne – en 1980, à la suite d’une discussion dans un pub pour savoir qui était le plus rapide pour traverser un terrain vallonné. Elle s’y tient chaque été depuis lors, et en 2023, Connolly est devenu le quatrième humain à la remporter. Le parcours de 35 km commence dans le centre-ville avant de faire une boucle le long de chemins agricoles vallonnés, de
sentiers pédestres, de ruisseaux, de vallons et de landes. « C’est une course éprouvante, surtout par temps chaud, explique Connolly, 30 ans. Le jour où j’ai couru, il faisait une chaleur étouffante. Et ce fut un combat primal. Pour gagner, il faut être tactique, intrépide et agressif sur les terrains où les chevaux sont le plus vulnérables. »
Notre champion partage ses meilleurs conseils pour le camp humain…
Crevez de chaud
Dan Connolly est catégorique : « Il faut qu’il fasse très chaud. » Il y a des millions d’années, les humains ont perdu leur fourrure au profit de glandes sudoripares, ce qui leur permet d’évacuer la chaleur en courant. Les chevaux, eux, comptent sur le halètement, peu efficace au galop : « Ils ont du mal à transpirer autant, donc ils surchauffent vite. » Connolly est arrivé au pays de Galles parfaitement acclimaté à la chaleur .
Dominez le terrain
L’anatomie du cheval – des pattes puissantes mais une flexibilité limitée au niveau des chevilles – l’oblige à ralentir sur terrain technique. « La seule façon de battre un cheval, c’est d’être un excellent grimpeur et un athlète de montagne agressif. Les chemins lisses appartiennent aux chevaux ; mais quand le parcours devient raide, rocailleux ou raviné, c’est votre chance de gagner du temps. » Il exploite même ce qui effraie les chevaux : foules, flaques, portails étroits. « Plongez dans le chaos, ça va les ralentir. »
Galopez comme un humain
« Si vous tentez de sprinter par à-coups, vous jouez le jeu des chevaux – et vous perdez. » Le conseil de Dan Connolly est de rester maître de soi : « Courez comme un humain. Gérez l’allure, l’alimentation, le refroidissement. Si vous faites ça, la seconde moitié de la course commence à tourner en votre faveur. C’est la logique classique du lièvre et de la tortue. Sauf que le cheval pèse bien plus qu’un lièvre. »
Restez concentré
« J’adore les chevaux, concède Connolly, mais pas en course. Si vous vous laissez distraire en plein effort, si vous vous dites : “Waouh, quel beau cheval” – vous avez déjà levé le pied. C’est une course : restez concentré, audacieux, et ne laissez ni la vue d’un cheval ni le grondement des sabots derrière vous vous faire perdre votre rythme. »
Dan Connolly, athlète d’endurance et coach en course à pied danconnollycoaching.com
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Date de parution 5 mars 2026
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HORS DU COMMUN
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AARON BLATT / RED BULL CONTENT POOL
Profil
Fitness First move
Dans chaque édition, un membre du team fitness soutenu par Red Bull raconte son premier pas vers une vie active et sportive. À vous de jouer ?
Le mouvement a toujours fait partie de ma vie. La danse a été mon point d’entrée et m’a appris discipline, rigueur et connexion au corps.
Avec le temps, le sport est devenu un véritable repère. Mais ma relation au corps n’a pas toujours été simple. À une période de ma vie, le sport et l’alimentation ont pris une place trop importante, pas toujours pour les bonnes raisons. J’ai traversé des troubles du comportement alimentaire, ce qui m’a obligée à revoir complètement ma manière de m’entraîner pour l’Hyrox et mes objectifs.
J’ai changé de logique, passant de la restriction à la construction. Ne plus faire du sport pour corriger mon corps, mais de nouveau m’entraîner pour le renforcer, le respecter, lui faire confiance.
C’est là que l’Hyrox m’a appelée. Il repose sur l’effort, la régularité et le mental. Pas sur un don ou un physique. Aujourd’hui, je veux me sentir hybride : danse, course, training. Je n’essaie plus d’entrer dans une case. Le sport
« Le courage pour commencer et la discipline pour continuer. »
Alizée Bois, danseuse et créatrice de contenus
Alizée Bois, 23 ans, est une danseuse professionnelle basée sur la Côte d’Azur, créatrice de contenus sur YouTube et qui se dédie également à l’Hyrox.
IG et YT : @alizeebois
est un outil d’expression, un moyen de progression, aussi au niveau personnel. Ce que je construis repose sur la régularité, l’engagement et le travail au quotidien, pas sur le talent.
Pour celles et ceux qui hésitent à se lancer, le plus important est d’avoir le courage pour commencer, et la discipline pour continuer. Avancer étape par étape, écouter son corps, respecter son rythme. Le sport n’est pas une question de talent, mais de constance.