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The Red Bulletin CF 04/26

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SUISSE 3,80 CHF – 4/2026 ABONNE-TOI DÈS MAINTENANT getredbulletin.ch

HORS DU COMMUN

PLUS ARDA SAATÇI / CAMILLE LOSSERAND / GILLIAN ANDERSON / LE MAILLE / PATRICK VON KÄNEL / SARAH GYSLER

LE GRAND RETOUR PLUS DE FLOW MOINS DE DOUTE PLACE À STEFAN KÜNG


a frontière est fine entre le succès et l’échec. On pourrait aussi parler de chance ou de malchance. Mais ce m ­ oment g ­ lorifié d’une performance e ­ xceptionnelle est le plus souvent le fruit d’années de travail acharné. Voici le fil rouge des sujets de ce numéro. Arda Saatçi a ­traversé la Vallée de la Mort jusqu’à la jetée de Santa Monica, p. 38, porté par sa détermination et sa communuauté. La kitesurfeuse Camille ­Losserand, elle, ose et pose une figure qu’aucune femme n’avait encore ­jamais tentée en compétition, p. 70. Quant à Stefan Küng, p. 58, il se ­remet en selle au sein d’une nouvelle équipe, sublimant les séquelles d’un accident survenu en février. La route est semée d’embûches, car personne n’a jamais dit que la vie était facile ; mais elle peut être passionnante ! Tout dépend de la façon dont on choisit de réagir aux événements… la tête haute, par exemple ! Bonne lecture ! La rédaction THE RED BULLETIN

ÉDITORIAL & CONTRIBUTIONS

Gianfranco Tripodo Le photographe documentaire multiprimé vit à Madrid. Il a travaillé pour le New York Times et Der Spiegel, ainsi que pour de nombreuses grandes marques. Pour The Red Bulletin, il a ­accompagné Stefan Küng à Tenerife. Page 58

Sarah Gysler L’écrivaine et voyageuse suisse nous entraîne dans une autre forme d’exploration : celle du cinéma noir et blanc, de ses acteurs disparus, dialogues cultes et vieux films qui peuvent encore bouleverser. P. 96

Matt Ray Le photographe et auteur britannique s’est rendu en Suède pour nous : « Dans ce pays empreint de légendes, les trolls s’éveillent sous les a ­ urores boréales et les elfes dansent dans la brume matinale. » Page 83

GIANFRANCO TRIPODO (COUVERTURE)

L 4


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CONTENUS Le kitesurf, ça s’apprend aussi en Suisse ! Preuve en est avec la jeune championne Camille Losserand.

Portfolio

Sous l’océan

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Alex Voyer et Marianne Aventurier plongent, appareil photo au poing, pour rendre visible la beauté sous-marine. Ultrarunning

Arda Saatçi

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La marathonien allemand puise sa force dans son mental, dans son équipe, et dans sa communauté. Témoignage. Fitness

Active tes superpouvoirs

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« Un esprit sain dans un corps sain »… Mais sais-tu seulement ce que cela signifie concrètement ? Cyclisme sur route

Galerie Dataverse Hype check

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Voyage Playlist Énigme Agenda On a Positive Note Clap de fin

Héros & héroïnes

Gillian Anderson 18 Comédienne engagée

Le Maille 20 Artiste zootrope

Adrien Wagner 22 Réalisateur

Une chance sur dix Le coureur suisse et liechtensteinois Stefan Küng se livre, entre flow et endurance. Kitesurf

Jamais sans son aile C’est sur le lac Léman que Camille Losserand a commencé à faire des prouesses avec son kitesurf. Depuis, elle surfe les mers du monde.

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70 SAMU CÁRDENAS

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THE RED BULLETIN


GALERIE

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Águeda, Portugal

En tête

SAMO VIDIC/RED BULL CONTENT POOL

ANNA MAYUMI KERBER

Trois pilotes d’usine HRC aguerris – Tom Vialle, Rubén Fernández et Jeffrey H ­ erlings – se collent aux basques de Lucas Coenen, 19 ans. Pourtant, lors de la première des deux courses sur le circuit international de motocross d’Águeda, personne n’a réussi à rattraper le jeune Belge. Lors de la seconde course, c’est le pilote Honda Herlings, 31 ans, qui l’a emporté. Il domine le motocross ­depuis plusieurs années et détient le record de victoires en MX. Deuxième Lucas Coenen – logique ! redbull.com

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Temps de vol

Patrick von Känel cherche des lignes ­aériennes inexistantes. Sur le viaduc de Landwasser à Filisur, ce pilote professionnel suisse de parapente a réalisé une manœuvre inouïe : avec une voile spécialement conçue pour ça, il a slalomé avec précision entre les piliers de l’édifice. Cela a nécessité des conditions de vent parfaites, une coordination étroite avec le Chemin de fer rhétique et de nombreux vols d’entraînement. Après quatre tentatives, tout s’est aligné pour réussir ce vol plus que spectaculaire. redbull.com THE RED BULLETIN

GABRIELE SEGHIZZI/RED BULL CONTENT POOL

Viaduc de Landwasser, Suisse

ANNA MAYUMI KERBER

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GALERIE

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THE RED BULLETIN


ROMINA AMATO/RED BULL CONTENT POOL

STEPHAN HILPOLD

12 GALERIE

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Bali, Indonésie

Avant-première Un terrain inexploré pour les athlètes : pour la première fois, les Red Bull Cliff Diving World Series ont fait escale à Bali. Le cadre est spectaculaire : la côte escarpée de Broken Beach, sur l’île de Nusa Penida au sud de Bali, est dominée par des falaises d’où les ­plongeuses s’élancent de 22 mètres et les ­plongeurs de 27 mètres, dans une mer agitée. Le consensus parmi les participants·es ? Un nouveau lieu de prédilection ! Sur la photo (et sur tous les smartphones) : l’Américaine Lisa ­Faulkner. redbull.com THE RED BULLETIN


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DATAVERSE

Stream come true

1.

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Made in Switzerland

Cette année, la plateforme Twitch a 15 ans. L’occasion d'établir un bilan chiffré.

3.

En 2025, personne n’a captivé le pays plus longtemps que ces trois-là. 1. Elquaria Sam 1 512 673 heures

Texte Tin Fischer Illustration Tobias Wanders

2. AdiTotoro Adrian Vogt 424 554 heures 3. ML Gamer

Qu’est-ce qui fait son succès ?

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2025 2024 2023 2022

Twitch a connu une forte croissance pendant la pandémie. Depuis, les heures de visionnage ont un peu baissé, ­notamment à cause de l’arrivée de concurrents comme Kick. Le game streaming est bien ­entré dans les mœurs.

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Ce que l’on regarde et pour quelle raison 29

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Heures de visionnage (en milliards)

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Passer le temps

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18 , 0 96 2 ,83 2 1,3 2 2 ,4 7 4 3 18 ,3 , 2 1 1 52 9 ,01 , 6 39 ,5 5 6 , 4 30 ,7 2 3 ,9 1, 8 7 0 6 ,3 0

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Tchater Faire son propre gameplay

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femmes hommes

People of Twitch

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Regarder un gameplay

1 20

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L’objectif principal reste de suivre du gameplay. Pour la moitié des utilisateurs et utilisatrices interrogés, discuter et tchater est tout aussi important – sans contrainte, juste pour le plaisir.

La majorité des personnes derrière l'écran sont des hommes. Les femmes, elles, ne jouent pas de la même façon : elles privilégient les quiz, les puzzles ou les jeux éducatifs, tout au long de la journée. Twitch, en revanche, est plutôt synonyme de détente, de discussion et de papotage.

DAN CERMAK, MIRIAM LOTTES/RED BULL CONTENT POOL, SASI SUBRAMANIAM STREAMERS : SULLYGNOME (2025), RAISONS : SWR-BEFRAGUNG UNTER 883 TWITCH-NUTZENDEN (2021), DÉVELOPPEMENT : TWITCHTRACKER VIA STATISTA, GENRE : SIMILARWEB VIA STATISTA SOWIE BITKOM-STUDIE (2025)

Max Lysser 2 432 heures


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HYPE CHECK

Kirafin

Les lunettes de plongée Form Smart te livrent toutes les données relatives à tes performances aquatiques, en affichage tête haute. L’avis de notre expert Kirafin.

L’objet Les capteurs de cette paire de lunettes de natation ­intelligentes permettent de mesurer la vitesse, la distance parcourue, la cadence et le rythme cardiaque. Un écran de réalité augmentée projette les données en temps réel. Le buzz Elle crée l’engouement sur TikTok et lors d’événements sportifs. La vidéo la plus populaire, celle d’Aneesha, THE RED BULLETIN

compte déjà plus de 640 000 vues. L’avis C’est un vrai gamechanger de recevoir ses données, dans l’eau, en temps réel, sans regarder sa smartwatch. Le prix reste correct pour un gadget sportif de geek (env. 230 CHF). BILAN

Le capteur qui mesure la fréquence cardiaque et les boutons de commande se trouvent sur le côté.

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Vision fisheye

Jonas Willbold à la ville, 32 ans, divertit sa communauté TikTok (1,3 million de followers) avec des formats décalés. En marge des réseaux sociaux, il voue une passion aux objets hi-tech et scrute les tendances à la loupe avant d’en rendre compte ici.


THE ALPS. STILL SURFING.

KEEP THE SEASON GOING WITH WORLD-CLASS WAVES IN THE ALPS.

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HÉROS & HÉROÏNES

Gillian Anderson Révélée dans les années 90 par la série X-Files, l’actrice a profité de son succès pour le mettre au service d’un engagement humanitaire et féministe. Exemplaire ! Texte Rüdiger Sturm Photo Paola Kudacki  /  Trunk Archive

L’épanouissement sexuel : voilà un thème qui revient souvent dans les dernières apparitions de l’actrice américaine Gillian Anderson, avec notamment son rôle dans la série Sex Education, dans laquelle elle campe une sexothérapeute de renom, incapable pourtant d’aborder ce sujet avec son propre fils. Diffusée sur Netflix de 2019 à 2023, la série a rencontré un immense succès. En 2024, l’actrice publie Nos Désirs (aux éditions Denoël), un livre qui rassemble des lettres anonymes et des témoignages de femmes du monde entier sur leurs désirs et fantasmes sexuels. Un thème que l’on retrouve évidemment dans son dernier film, Teenage Sex and Death in Camp Miasma, un slasher horrifique dans lequel Anderson interprète une actrice célèbre plus âgée qui aide une jeune réalisatrice timide et inhibée à vivre sa libération sexuelle. Grâce à son rôle de l’agent Scully dans la série culte X-Files : Aux frontières du réel, le public associait Gillian Anderson davantage aux extraterrestres qu’à ces considérations beaucoup plus humaines. Pourtant, l’actrice a toujours fait preuve d’une polymorphie significative : il suffit de penser à son interprétation de ­Margaret Thatcher dans la quatrième saison de The Crown, un rôle qui lui a valu son deuxième Golden Globe après celui remporté pour son rôle dans X-Files. Mais revenons à la question de la sexualité : selon l’actrice, quel est le secret d’une sexualité épanouissante ? « Nous devons, autant que possible, éliminer la honte et la peur que l’on associe au sexe », déclare cette mère de trois enfants. Comment y parvenir ? « En démystifiant le sujet et en en parlant avec franchise, sans préjugés. » Elle explique avoir personnellement tiré profit de cette­

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Focus

Naissance le 9 août 1968, à Chicago (USA) Elle n’a jamais souhaité jouer dans des séries TV Collectionneuse d’art Romancière Elle a publié trois romans de science-fiction entre 2014 et 2016

­approche, tout en estimant que la sexualité doit faire partie du débat public : « Je suis déterminée à apporter ma contribution. C’est tellement important d’en parler davantage. » C’est précisément pour cette raison qu’elle a voulu dresser, avec son livre, un état des lieux de la sexualité féminine à travers les témoignages de femmes du monde entier qui lui ont confié leurs expériences.

Habituée à briser les codes

Le fait que l’actrice, installée à Londres depuis 2002 et aujourd’hui en couple avec le célèbre scénariste Peter Morgan, aime sortir des normes et de la bienséance était déjà évident dans sa jeunesse. Dans son lycée, elle était considérée comme « la personne ayant le plus de chances d’être arrêtée un jour, raconte-t-elle en souriant. Et c’était vrai ! Ça m’est effectivement arrivé plusieurs fois ». Ado, elle entre un jour par effraction dans son lycée pour mettre de la colle dans les serrures. « À l’époque, j’étais extrême ! Je vivais comme une jeune punk qui ­adorait se mettre dans des ­situations compliquées. Mes camarades n’étaient pas du tout sur la même longueur d’onde que moi : pour eux, j’étais juste une fille à ­problèmes. » Si ce petit côté « tête brûlée » existe toujours en elle, Gillian Anderson a dépassé la provocation pure et met aujourd’hui cette énergie ­rebelle au service de ses idées : « J’essaie d’avoir une

­ limentation saine, de faire preuve de a compassion, et de prendre mes responsabilités, notamment envers mes enfants. » Féministe revendiquée, A ­ nderson soutient de nombreuses ONG. Son engagement couvre des domaines très variés, allant des droits de l’enfant à l’aide aux réfugiés, en passant par la défense des peuples autochtones. En 2017, elle publie, avec l’autrice britannique Jennifer Nadel, un livre intitulé We, présenté comme « un manifeste pour les femmes du monde entier ». « L’ouvrage repose sur neuf principes permettant aux femmes de relever les défis de la vie. Ils sont étroitement liés au courage, à l’honnêteté et à la bienveillance. Il est vital que les femmes s’unissent pour faire bouger les choses. »

Une question de compassion

Pour Gillian Anderson, le changement social ne passe pas nécessairement par la confrontation : « De nombreuses femmes dépassent les limites que la société leur impose et transforment ainsi la perception du public. Le problème, c’est que les modèles féminins que nous avons actuellement n’incarnent pas toujours les valeurs qui comptent vraiment : la compassion et l’intérêt pour le genre humain. » Les modèles préoccupants ne manquent pas aujourd’hui, estime-t-elle, en particulier sur les réseaux sociaux. « On y promeut une perfection physique absurde, fondée sur des images manipulées. C’est effrayant. Comment peut-on accorder autant d’importance à cela ? » L’actrice ajoute : « Je suis vraiment heureuse de ne pas avoir eu à vivre cela pendant mon adolescence. » Gillian Anderson souhaite donner du pouvoir aux jeunes femmes. Et elle possède les outils pour le faire : grâce à son rôle de l’agent Scully, elle est devenue une figure d’inspiration dans les années 90. « À l’époque, plusieurs études scientifiques parlaient de “l’effet Scully”, c’està-dire le fait que de nombreuses jeunes filles ont été encouragées par la série à entreprendre des études scientifiques. » Un impact positif que l’actrice est déterminée à réitérer.

Instagram : @gilliana


« Il est vital que les femmes s’unissent pour faire bouger les choses. » L’actrice Gillian Anderson a rédigé un manifeste pour les femmes.

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HÉROS & HÉROÏNES

Le Maille change de disque comme de chemise. En quelques années, le Lausannois est ­devenu une référence en matière de vinyles dit « animés ». Portrait d’un a ­ rtiste visuel singulier qui creuse son sillon. Texte François Graz

Un zootrope est un jouet optique qui donne l’illusion du mouvement d’un ­personnage ­dessiné. C’est à partir de ce terme un brin alambiqué que s’articule l’univers créatif de Quentin Maillard, connu sous son nom d’artiste : Le Maille. Interactive Media Designer de formation, l’Helvète se passionne pour l’animation en parallèle de son job de monteur à la RTS, désireux de donner une nouvelle dimension aux dessins qu’il gribouille depuis l’enfance. Un médium qui montre malgré tout rapidement ses limites : « Quand j’ai commencé l’animation, j’étais un peu frustré car le résultat final s’apparente surtout à un fichier stocké au sein d’un serveur, la dimension physique me manquait. » En 2018, Quentin tombe fortuitement sur un tutoriel du designer américain Drew Tetz, spécialisé dans la conception de zootropes. Pour rappel, la pratique consiste à agencer des dessins sous forme de cercle, de façon à ce qu’ils semblent prendre vie une fois ajustés sur un vinyle en rotation, le tout filmé pour que la caméra synchronise l’animation invisible à l’œil nu. Une aubaine pour le Lausannois, qui s’exerce dans la foulée au gré de son inspiration : « J’ai commencé à en faire de temps en temps, je les imprimais simplement sur du papier pour les poser sur ma platine puis je postais ça sur les réseaux sociaux. En 2023, quelquesunes de mes vidéos sont devenues virales, si bien que j’ai reçu énormément de demandes de la part d’artistes et de labels. » Après un an à jongler entre son job et ses mandats, Le Maille finit par se consacrer pleinement au corps de métier qui le caractérise.

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Focus

Naissance le 2 août 1995, à Monthey A bossé avec Eminem et Linkin Park Ses albums de chevet Illmatic (1994) de Nas, Mm.. Food (2004) de MF DOOM et Alligator Bites Never Heal (2024) de Doechii

Collaborations internationales

Un coup de mirette à son site internet le démontre aisément ; l’artiste de 30 ans n’a eu de cesse de multiplier les collaborations depuis deux ans. Outre les grands noms de la scène musicale internationale que sont Eminem, Linkin Park, ABBA, Larry June, Anderson .Paak, Bon entendeur ou encore Aminé, des marques prestigieuses telles que Porsche et Audemars Piguet l’ont également sollicité. Voici, dans les grandes lignes, son modus operandi : « Ce qui est cool avec le fait d’être spécialisé dans un domaine de niche aussi spécifique, c’est l’expertise que je peux apporter aux clients. La plupart ne savent pas forcément comment fonctionne un zootrope ni comment on le réalise, donc ça fait partie de mon job de les accompagner et de leur proposer des idées qui collent à la pochette du vinyle en question, tout en y ajoutant ma patte graphique. Concernant l’aspect technique, je modélise et anime les dessins dans le logiciel 3D Blender, et je m’occupe des différents effets et textures sur After Effects. C’est une balance complexe à maîtriser, il faut que l’animation soit cool et lisible, sans que le vinyle final ne semble surchargé et brouillon. » Paradoxalement, sa toute première commande fut également l’une des plus emblématiques : celle de la réédition de The Slim Shady, LP d’Eminem. De son

propre aveu, le mail envoyé par le label américain Interscope Records a failli finir à la corbeille tant la proposition lui ­semblait surréaliste. Quant au mandat ­relatif à Linkin Park, Le Maille a appris la ­reformation du groupe lors de la conception du vinyle : « Quand je bossais dessus au début, on m’avait juste informé que le projet se destinait à Mike Shinoda, j’ai assez vite capté l’info quand j’ai reçu les visuels avec le logo du groupe et j’étais comme un fou. Les premiers CD que j’ai eu étant gamin étaient Live In Texas et ­Meteora, donc c’était vraiment une collaboration de rêve ! »

Talent tangible

Comme tout créatif, Quentin Maillard a été confronté à l’avènement de l’intelligence artificielle. L’intéressé ne mâche pas ses mots lorsqu’il s’agit d’évoquer cet outil résolument clivant, ses dérives ainsi que son impact sur le milieu artistique : « Au début, j’ai été curieux, puis, j’ai vite déchanté. Je ne comprends pas que l’on puisse considérer le produit d’une IA comme de l’art. Ce que je fais aujourd’hui, j’étais incapable de le faire il y a quelques années, et c’est parce que j’y ai investi du temps et de la passion. Alors quand je vois des commentaires qui soupçonnent mon travail d’être de l’IA, c’est pénible. » Plus que jamais attaché au savoir-faire, Le Maille confie par ailleurs refuser de collaborer avec des artistes musicaux qui utilisent l’intelligence artificielle : « J’ai pris une position radicale par rapport à ça dans le sens où, un des plaisirs qui découle de l’art, c’est le processus ; tester, rater, recommencer, apprendre. Avec l’IA, on éclipse ces étapes d’apprentissage essentielles qui nous rendent humains. » Celui qui vit désormais de sa virtuosité du microsillon compte poursuivre sur sa lancée, tout en étant pragmatique : « J’ai acquis une notoriété en ligne qui me permet de faire de beaux projets, mais mon quotidien n’a pas forcément changé. Quand on me demande ce que je fais dans la vie, je trouve ça assez marrant de répondre : “Je designe des vinyles !” » Le zootrope réalisé pour Linkin Park à voir en scannant le code ci-contre. Instagram : @le_maille ;

@LEMAILLE

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« Avec l’IA, on éclipse les étapes d’apprentissage essentielles. » Le Maille, 30 ans, s’est progressivement imposé comme pointure du vinyle animé.

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HÉROS & HÉROÏNES

Adrien Wagner n’en finit plus de marquer les esprits avec des réalisations impactantes tout autour du globe. Itinéraire d’un amoureux des images qui s’évertue à sublimer la beauté. Texte François Graz Photo Louis Slavic

Emmanuel Macron, Louis Vuitton, Kylian Mbappé, Lionel Messi, Fortnite, Jungkook, Hublot, Emilia Clarke, Audemars Piguet, The Kid Laroi... Personnalités comme marques prestigieuses, toutes ont un point commun : être apparues devant la caméra du jeune réalisateur Adrien Wagner. Avec un CV pareil, on aurait ­tendance à oublier que l’artiste, qui a grandi a Nyon (VD), n’a que 26 ans, lui qui s’est passionné très jeune pour la vidéo : « Depuis mes 8 ans, je consacre mon temps libre à filmer les choses du quotidien. Le déclic, je l’ai eu lorsqu’on a commencé à utiliser une caméra avec mon frère et ma cousine. On jouait du théâtre d’impro et cet objet nous a permis de pleinement nous exprimer artistiquement. » Puis Adrien participe aux Ateliers du Cinéma à Aubonne et se forme aux ficelles du métier durant quatre ans ; écrire, jouer, tourner et monter un film n’a ainsi plus de secret pour lui. En 2022, il soumet deux œuvres au festival Visions du Réel et récolte trois récompenses, un sacré gain de visibilité qui lui permet de se connecter avec une scène hip-hop genevoise alors en pleine ébullition : Di-Meh, Slimka, et DeWolph du collectif SuperWak Clique lui proposent de clipper leurs morceaux. Happé par le milieu musical, Adrien contacte le Paléo Festival et The Beat Festival afin de poursuivre son expérimentation visuelle.

Ascension autodidacte

Au sein de cette succession d’opportunités, une en particulier va s’avérer déterminante pour sa jeune carrière : la rencontre avec Rilès. « Sur les réseaux, je vois passer une story de Rilès où il précise qu’il cherche quelqu’un pour filmer son concert à Solidays. Je tente ma chance

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Focus

Les réalisateurs qui l’inspirent Terrence Malick, Damien Chazelle, Stanley Kubrick, Paul T. ­Anderson Dans sa playlist Surfing on a Rocket,de Air, côtoie Stop This Train de John Mayer 475 millions de vues sur YT pour Dreamers, le clip officiel de la Coupe du Monde 2022 qu’il a réalisé avec Jung Kook

sans trop y croire puis, il me répond trois jours avant le show : “T’es chaud [de] partir demain à Rouen ? Je t’offre tes billets de train et tu filmes l’after-movie devant 60 000 personnes !”» Ce qui devait initialement se dérouler sur une seule date s’est prolongé sur toute la période estivale du rappeur français tant l’alchimie entre ce dernier et son compatriote a été immédiate : « Rilès est quelqu’un de formidable, aussi bien artistiquement qu’humainement. Je me souviens avoir été hyper productif car il fallait que les vidéos sortent 24 heures après chaque concert. Je bossais donc sur mon ordi jusqu’à 5 heures du matin dans le tour bus une fois le show terminé. C’est une aventure humaine qui m’a beaucoup marqué. » S’en est suivie une nouvelle tournée des zéniths, le clip Queen tourné au Maroc ainsi qu’une collaboration avec la marque Puma à Los Angeles. Repéré par la boîte de production parisienne Adeus Films, Adrien Wagner a pu s’entourer d’une équipe de quarante personnes lors de la conception du clip Incassable des pointures du rap français Lefa et Leto. Rebelotte via 911 de Damso, œuvre ­résolument cinématographique qui a su ­insuffler un vent nouveau au sein d’un panorama rap encore très codifié. Un changement de cap pour celui qui s’est évertué à bosser en solo de manière

­ utodidacte : « Dans ce métier, le travail a d’équipe est primordial. De l’extérieur, on ne se rend pas compte du nombre de personnes qui peuvent être impliquées sur un clip. On doit se coordonner pour que ça marche, partager la même énergie. »

Explorateur visuel

Oscillant entre clips et collabs commerciales au fil de ses nombreux mandats, Adrien accorde une importance toute particulière à la création : « Le critère le plus important à mes yeux, c’est de pouvoir pousser le curseur de la créativité et de l’émotion à son maximum. Développer une certaine poésie des images également. En termes d’approche, c’est différent car le clip se base sur un script à partir d’un extrait musical tandis que la publicité s’avère être une réflexion autour de l’identité de marque. Dans tous les cas, le processus implique un dialogue main dans la main avec le client pour l’emmener là où il n’a pas encore été. » Ayant eu en majorité carte blanche, Adrien Wagner n’est pas avare lorsqu’il s’agit de confier des anecdotes de tournage. Comme lorsqu’il est resté un mois en Ukraine avec le rappeur Damso et son équipe afin de repérer des lieux, ou lorsqu’il a appris la veille par le magazine Elle qu’il était convié à filmer... Emmanuel Macron à l’Élysée en vue panoramique à 360 degrés ! Plus que jamais animé à l’idée d’explorer de nouveaux horizons, Adrien Wagner a récemment travaillé comme réalisateur et directeur artistique avec l’Office des Nations Unies à Genève sur l’expérience immersive Together, initiative d’Ivan Pictet produite par Downtown Studio, hébergée au sein du bâtiment Le Portail des Nations, destiné à accueillir plus de 200 000 curieux·ses par an. Si l’envie de s’atteler au sacro-saint long métrage lui trotte dans la tête, le réalisateur fait preuve de patience, fier du chemin parcouru tout en gardant l’état d’esprit de ses débuts : « Mon principe de vie, c’est de percevoir de la beauté partout. Filmer me permet de capturer cette beauté. Je me cultive du passé et du présent tout en gardant une certaine distance avec ces deux axes afin de proposer quelque chose d’unique. » adrienwagner.com


« Mon critère, c’est de pousser le curseur de la créativité et de l’émotion à son max. » Adrien Wagner, 26 ans, met un point d’orgue à sublimer le pouvoir des images.

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DANS LE BLEU DES YEUX Alex Voyer est photographe et adepte de la nage en eau libre – deux passions qu’il conjugue avec bonheur pour nous faire découvrir la beauté infinie de l’univers sous-marin. Texte Saskia Jungnikl-Gossy Photos Alex Voyer

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PORTFOLIO

Une histoire à deux

Sur cette photo, Marianne Aventurier, épouse d’Alex, nage aux côtés d’une tortue verte, sur la carapace de laquelle s’est collé un rémora, un poisson ventouse. « Notre passion commune pour toutes les formes de vie dans l’océan a grandi au fur et à mesure de nos escapades sous-marines », explique Alex. THE RED BULLETIN


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PORTFOLIO

« Pas besoin de chercher des extraterrestres : il suffit de plonger sous la mer. » THE RED BULLETIN


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D’abord apnéiste, puis photographe, Alex Voyer, 45 ans, promène son appareil sous l’eau pour capturer ce qui n’est visible que l’espace d’un instant : la lumière, le mouvement, la proximité ou la distance… Lorsqu’il commence l’apnée en eau libre, il y a une vingtaine d’années, il a une fascination pour les grandes créatures marines. C’est avec respect et en intervenant le moins possible dans le milieu naturel qu’il réalise ses photos.

En immersion

En naviguant sur son voilier D ­ iatomée le long de la côte est du Mexique, Alex Voyer d ­ écouvre des lieux où l’eau, la roche et la lumière composent une véritable scène naturelle. Sous l’eau, le corps se fait léger, l’espace est vaste et obscur. Les images naissent à la frontière entre le naturel et le surnaturel. THE RED BULLETIN


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PORTFOLIO

Mise en scène

Les cénotes, puits naturels d’eau douce, comptent parmi les lieux les plus impressionnants pour la photo en apnée. Avec leurs eaux cristallines, les rayons du soleil qui transpercent la surface et le silence qui règne sous l’eau, ils ressemblent à un studio, terrain de jeu rêvé pour l’artiste.

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Bulles de lumière

Marianne Aventurier et Alex Voyer ont consacré une journée entière au tournage d’une vidéo dans un cénote. La l­ umière, les bulles d’air et l’obscurité des profondeurs ­illustrent ce qui les fascine dans ces lieux : sous l’eau, même un cliché immobile semble onirique.

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Cela fait environ quinze ans qu’Alex Voyer et Marianne Aventurier documentent leurs excursions sous-marines aux quatre coins du monde. À l’époque, plonger en apnée au milieu des créatures de l’océan était bien moins répandu qu’aujourd’hui, et les photos qui montraient des apnéistes nageant avec des requins, des baleines ou des tortues suscitaient toujours une certaine fascination. Mais l’arrivée des caméras d’action et l’essor des réseaux sociaux ont changé la donne pour faire du spectaculaire – le plus rapidement possible. En 2018, ils quittent l’Europe à bord d’un voilier de 18 mètres pour rejoindre les Caraïbes à leur rythme. Depuis, le couple sillonne les mers du Sud et les différentes îles de Polynésie à un rythme lent, propice à l’observation et à la découverte. Pour Alex, si la photo est importante, le chemin qui y mène l’est tout autant.

Le photographe et l’apnéiste Né en France, Alex Voyer est apnéiste et photographe. Avec sa femme Marianne Aventurier, il vit et voyage à bord de leur v ­ oilier Diatomée. Instagram : @alexvoyer_78 THE RED BULLETIN


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Éloge de la lenteur

« La façon de photographier est aussi importante que la photo en soi. »

À bord de leur maison-voilier, Alex et Marianne parcourent les mers du globe à la découverte d’îles isolées et de sites de plongée plus reculés. La lenteur du voyage est une composante essentielle du projet, leur imposant toute la patience requise pour apprivoiser la faune sauvage.

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« Sous l’eau, tout devient possible. » THE RED BULLETIN


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Un décor naturel

Marianne flotte au-dessus des herbiers marins et des bandes de sable clair du fond de l’océan. Cette image révèle une facette plus paisible du travail d’Alex, et cette sensation d’être, l­ ’espace d’un instant, dans un autre monde.

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« Les règles sont simples : on ne poursuit, ni ne nourrit, ni ne touche les animaux. » THE RED BULLETIN


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Entre amis

Sur cette photo prise aux B ­ ahamas, Marianne évolue au milieu des dauphins tachetés de l’Atlantique et des grands dauphins, qui nagent autour d’elle en jouant. Cette scène illustre une rencontre respectueuse entre l’être humain et l’animal : faire preuve de patience, laisser les animaux venir d’eux-mêmes… alors seulement, on peut tenter de prendre une photo.

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Photo de groupe

Un banc de barracudas au large de Malpelo, une île isolée du Pacifique. Alex décrit cet endroit comme étant sombre et sauvage, où les poissons forment un immense corps argenté en perpétuelle métamorphose. En bas : Marianne avec sa monopalme près d’une île isolée.

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En apesanteur

Pour Alex Voyer, l’eau est « l’alliée magique du photographe ». Elle abolit la gravité, transforme les ­perspectives et fait flotter les corps. Ici, d ­ evant des rochers et une g ­ igantesque éponge-baril, ­Marianne devient une s­ ilhouette presque en apesanteur. THE RED BULLETIN


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JE SUIS UN TEAM Son ultramarathon de la Vallée de la Mort au Santa ­Monica Pier a inspiré toute une génération. Ce qui fait la force d ­ u coureur allemand Arda Saatçi ? Une volonté de fer… et le soutien de celles et ceux qui croient en lui. Texte Tobias Moorstedt Photos Murat Aslan THE RED BULLETIN

Recordman au grand cœur : Arda Saatçi se lance des défis pour atteindre de nouveaux paliers et inspirer ses fans à exploiter pleinement leur potentiel.


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rda Saatçi veut envoyer un message aux millions d’internautes qui suivent ses défis extrêmes sur YouTube et Twitch : on ne bat pas de tels records tout seul ! Dans cet article, le Team Cyborg et lui nous expliquent comment s’entraîner pour réaliser l’impossible.

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Échappée belle : Arda a parcouru 604,6 km de la Vallée de la Mort à la ­jetée de Santa Monica (à Los  Angeles) pour la Red Bull Cyborg Season – Ultra 600.

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La solitude du Cyborg

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Par-delà les montagnes : dans le désert californien, Arda a dû affronter non seulement des températures jusqu’à 50 °C, mais aussi un dénivelé de près de 6 00 m.

Le réseau social

C

yborg Season, kilomètre 300. Livré à lui-même depuis plus de 50 heures sur une longue ligne droite qui traverse le désert infini, Arda entend soudain des pas derrière lui. Un vrai concert de chaussures. C’est Anil, son manager, Gzim, son physiothérapeute, Ardit, son monteur vidéo, et le reste de son groupe de potes. Ils ont senti qu’il commençait à flancher et se sont joint à lui l’espace de quelques kilomètres, même les moins sportifs, même ceux qui n’avaient presque pas dormi non plus depuis deux jours. Oui, il lui reste encore 300 kilomètres, mais il n’a plus à les parcourir tout seul. Cela fait près de dix mois que le Team Cyborg est sur la route. Arda, qui a longtemps rêvé d’une grande carrière dans le foot, croit dur comme fer à la fameuse formule de Sepp Herberger selon laquelle

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n stade athlétique à l’ouest de ­Berlin, dans cette partie de la ville qui semble être restée figée dans les années 1960 et où les hipsters ne s’aventurent guère. Autour de la piste en tartan, des moutons à la toison épaisse broutent paisiblement, peu impressionnés par l’athlète baraqué qui cavale inlassablement sur la piste rouge comme le lapin de la pub. Dix heures du matin. Alors que la plupart d’entre nous en seraient à leur deuxième café, Arda Saatçi, lui, a déjà couru 30 km. Petit échauffement de routine. Il partage la piste avec deux autres coureurs : l’un, quinquagénaire, progresse lentement le long de la ligne droite ; l’autre, papa tout en muscles, tire son fiston dans une poussette de running. Les tribunes en béton sont désertes, les moutons ruminent, chacun son rythme, chacun son chemin. Le Cyborg. C’est ainsi que les internautes surnomment ce jeune homme de 28 ans qui redéfinit constamment les limites du possible, comme au printemps dernier où, dans le cadre de la Red Bull Cyborg Season – Ultra 600, il a parcouru plus de 600 kilomètres entre la Vallée de la Mort et l’océan en ne s’arrêtant que pour dormir un peu. « C’est un sacré compliment », approuve Arda. Mi-homme, mi-machine. Un être du futur qui ne connaît ni la peur ni la fatigue. Mais dans les romans de science-fiction, le cyborg est éternellement condamné à la solitude. Ni tout à fait robot, ni tout à fait humain, il est dépourvu d’émotions, froid, étranger. « Ma maman n’apprécie pas trop le surnom », précise Arda dans un rire chaleureux qui illumine ses yeux noisette et nous fait comprendre qu’il ne faut pas s’en faire pour lui. À chaque pause, un cercle se forme ­autour de lui. Les six jeunes gens, d’environ le même âge, forment un groupe très uni. Bras dessus, bras dessous, ils prennent la pose pour une accolade collective avant d’éclater de rire. Au milieu, Arda. Doté d’un tel réseau social, et soutenu par toute une équipe, ce cyborg est peut-être réellement invincible.


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Arda et son équipe (de g. à dr.) : Daniel, photographe ; Paul, ­ réateur vidéo ; Vincent, assistant personnel ; Anil, ­manager ; c Gzim, responsable performance ; Ardit, monteur vidéo.

« Avec moi, l’équipe en voit de toutes les couleurs. Souffrance, bonheur. Les montagnes russes émotionnelles nous soudent. »

il n’y a pas de bonne équipe sans de vraies amitiés. « On est tout le temps ensemble et on passe par des moments extrêmes, donc il vaut mieux que la sauce prenne. » Chimie de groupe, good vibes, appelez ça comme vous voudrez. Avec les succès et la popularité grandissante, l’équipe a continué de s’étoffer. Mais pas selon le processus de recrutement classique avec CV et entretien d’embauche. Quand on leur demande comment ils ont rejoint Arda, c’est toujours la même réponse qui fuse : « On avait un ami commun, on s’est rencontrés et ça a collé. » Anil, son manager, a connu Arda grâce à des contacts dans les milieux du foot et des créateurs de contenu berlinois, puis a déniché à son tour des monteurs vidéo et des photographes qui, outre leurs qualifications, allaient devoir bien s’entendre avec le reste du groupe. « Chez nous, pas de batailles d’ego, on est juste animés par la même passion », explique-t-il. Au fil de la conversation, on voit bien que ce ne sont pas des paroles en l’air : à la manière dont il raconte que leurs grand-pères respectifs se connaissaient déjà dans les années 1970, on le sent porté par le souffle du destin. À chaque Cyborg Season, de nouveaux membres arrivent et de nouvelles amitiés naissent. « En dix semaines dans un camping-car, on se rapproche plus qu’en dix ans dans la vie ordinaire », rajoute Daniel, le photographe. Arda acquiesce : « Avec moi, ils vivent des moments très intenses. Ils me côtoient dans mes moments de souffrance, de fatigue et de bonheur. Les montagnes russes émotionnelles, ça soude. » Une garde rapprochée qui ne compte pas encore onze membres, mais s’agrandit à chaque saison. Et tout comme dans une équipe de foot, les rôles sont clairement définis : Arda est le moteur, le capitaine qui montre le chemin. On trouve aussi le légionnaire endurci, la figure ­paternelle et le touche-à-tout. L’un des mantras d’Arda est You vs. You. Pour lui, ça veut dire qu’il ne faut pas se laisser ­influencer par les pressions extérieures, qu’il faut se fixer ses propres objectifs et suivre sa propre voie. Mais ça ne veut pas dire qu’il faut le faire tout seul. Il peut compter sur Vincent, Daniel, Anil et les autres. You vs. You, c’est pas mal. We vs. Me, c’est encore mieux. THE RED BULLETIN


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« Chacun peut proposer ses idées. J’adore cette liberté créative. Elle nous rend encore meilleurs. »

« Passer deux mois les uns sur les autres, ça remplace dix années d’amitié. Les espaces ­confinés et la p ­ ression ­extrême créent des liens indéfectibles. »

ARDIT TERMKOLLI

Fonction : Montage vidéo Entrée dans l’équipe : 2023 Rôle dans le groupe : « C’est une âme pure, explique Arda. Et c’est le dernier à voir tout en noir. » Facteur Cyborg : ­élevé. Il adore courir 18 km et enchaîner sur une partie de foot – « sinon je me sens mal ».

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« On est une bande de potes sans problème d’ego ni de discours macho. On met le respect et la dignité au premier plan. »

ANIL BECERIK

DANIEL GRACANIN

Fonction : Photographe et responsable des réseaux sociaux Entrée dans l’équipe : 2024 Rôle dans le groupe : « Dani fait preuve d’une grande flexibilité », souligne Arda. Lui-même préfère se décrire comme « calme et équilibré ». Facteur Cyborg : en hausse. « Arda a une énergie terriblement contagieuse », précise Daniel.

Fonction : Manager et stratège Entrée dans l’équipe : 2023, après avoir rencontré Arda par l’intermédiaire d’un autre créateur de contenu. Rôle dans le groupe : « Anil a toujours deux coups d’avance », dit Arda. « Ce qui compte pour moi, c’est d’être à la hauteur du projet », rajoute Anil. Facteur Cyborg : en développement. Il a déjà perdu 20 kilos et ne compte pas s’arrêter là.


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Âpre bitume : ses itinéraires obligent souvent Arda à traverser les jungles urbaines. Photo prise près du parc des expositions de Berlin, à Charlottenburg.

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Le Big Bang ­originel

C’

est à18 ans qu’Arda a compris qu’il ne deviendrait jamais un footballeur professionnel. Non pas à cause de cette fichue blessure au genou qui a brisé tant de rêves, mais, comme il l’avoue très honnêtement : « Je n’avais tout simplement pas le niveau, je n’ai pas su exploiter tout mon potentiel. » Un immense revers, un big bang qui allait tout changer. Adieu les sports collectifs, il se tourne vers la boxe. « Je cherchais un sport dans lequel je n’aurais plus aucune excuse, explique-t-il. Au foot, on peut toujours rejeter la faute sur les mauvais contrôles de ses coéquipiers, mais en boxe, si je reçois un uppercut, je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. » Personne ne court à ta place. À toi d’assurer. Arda se met à la muscu et à la course de fond, se lève à 4 heures du matin pour courir 30 km avant ses cours de gestion d’entreprise. C’est à cette époque qu’il fait la connaissance d’un streamer, Elias ­Nerlich, qui se charge de sa promotion sportive et personnelle. Il devient coach privé et fait de la création de contenu pour un match de boxe entre célébrités. C’est là qu’il rencontre le vidéaste Paul Schalles, qui lui propose de l’héberger dans sa coloc à Hambourg. « C’est devenu évident qu’il fallait raconter son histoire, se souvient Paul. Je me suis dit qu’il fallait le faire connaître au monde. » C’est dans la cuisine de cette coloc que le duo concocte sa stratégie YouTube. L’idée de Paul est simple : « Il n’a pas un visage pour la caméra et un autre pour la vie privée. Il est juste lui-même. Il suffit donc de le filmer et de capturer les moments authentiques. » Depuis, les chiffres de followers n’ont cessé d’augmenter, passant de quelques centaines à plusieurs millions, et les défis de se diversifier. Pourtant, tous les membres de son équipe sont d’accord sur un point : si la courbe est exponentielle, Arda, lui, n’a jamais changé, comme le confirme Vincent, son ami de toujours. THE RED BULLETIN

On recharge les batteries : (en haut) dans la vallée de la Mort, Arda ôte son tee-shirt trempé de sueur ; pause fraîcheur lors d’une séance photo sur le terrain de sport de Wilmersdorf.


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« Arda n’a que 28 ans. Il va continuer à gagner en expérience. Sans exagérer, on ne sait pas où se ­situe son plafond. »

« La première fois que je l’ai rencontré, j’ai été impressionné par sa discipline et l’énergie qu’il dégageait. J’ai tout de suite vu qu’il était plus du genre à agir que parler. Et sa plus grosse perf, c’est d’être resté le même, en plus fort. »

GZIM FERIZI

PAUL SCHALLES

VINCENT GRAL

Fonction : Assistant personnel et meilleur ami Entrée dans l’équipe : 2016, sur les bancs de la fac. Rôle dans le groupe : « C’est le mur qui supporte mon dos », déclare Arda. « Je suis là pour l’équipe 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 », ajoute Vincent. Facteur Cyborg : en ­développement, Vincent fait de la boxe de temps en temps.

Fonction : Directeur créatif vidéo Entrée dans l’équipe : 2022 Rôle dans le groupe : « Paul, c’est Monsieur Équilibre », précise Arda. Paul confirme : « Je suis assez posé et je ne perds jamais mon sang-froid dans les moments compliqués. » Facteur Cyborg : excellent. Il fait régulièrement ses 30 km et s’entraîne pour son premier Ironman.

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Fonction : Responsable de la performance et physiothérapeute Entrée dans l’équipe : 2023. « Il a débarqué dans mon cabinet sur la recommandation d’un de mes clients qui était footballeur professionnel. On a tout de suite accroché. » Rôle dans le groupe : « C’est à la fois le papa et le grand frère », ­commente Arda. Facteur Cyborg : énorme. Gzim pratique lui-même le triathlon, le trail et les ultramarathons depuis 2009. Cet été, il s’est lancé à l’assaut du Grossglockner, le plus haut sommet d’Autriche.

« Ce n’est pas un one-man-show. On a plusieurs cordes à notre arc et on peut compter les uns sur les autres. Burn-out ? Connais pas. »

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Le moment de ­bascule

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uand on emprunte une nouvelle voie pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, il n’existe ni feuille de route, ni ­recette du succès. Il faut faire preuve de créativité. Arda avait un objectif : courir 600 km en 96 heures à travers le désert. « Pour me préparer, je me suis entouré d’experts. ». Mais comment s’habituer au désert en plein hiver berlinois ? Pour supporter la monotonie, il a couru 100 km autour du pâté de maisons, repassant sans cesse devant la boutique de la boulangère du lever au baisser du ­rideau. Pour simuler les effets de la chaleur, il a enfilé quatre pulls. Et enfin, il a couru huit heures sur un tapis de course, face au mur, sans musique, seul. Quand on demande à Gzim, son physio­thérapeute, de nous expliquer quels sont les superpouvoirs d’Arda, ce dernier, qui connaît le corps de son patient mieux que personne, enchaîne les superlatifs : « Arda ? C’est un taureau, il est extrêmement résilient. Il chope une crampe et court le lendemain comme si de rien n’était. » Mais selon lui, ce qui le fait ­ressortir du lot est cette capacité à supporter la monotonie. « Là, il est imbattable. J’ignore quelle porte il ouvre dans sa tête, ou ce qu’il y trouve de l’autre côté. » Arda suggère une piste : dans les moments décisifs, le sportif de haut niveau est seul, comme le footballeur au moment du penalty ou l’alpiniste dans la zone de la mort. « C’est le moment où tu dois être ton propre fan », raconte-t-il. ­Finies les ­caméras. « Tu es fort. Ne t’inquiète pas. Continue, continue. » Arda dit qu’il pourrait courir « jusqu’à s’effondrer », et admet qu’il a du mal à lâcher prise. Mais il est bien conscient que tout a ses limites. Pendant la course, Gzim suit ses paramètres vitaux en direct sur un écran. On peut calculer beaucoup de données. Apport nutritionnel sans élévation du ­niveau de stress, 90 grammes de glucides par ci, un litre d’eau ou un gramme de sel par là, quelques bonbons véganes. Mais, soudain, son rythme cardiaque se met à ­grimper plus vite que les audiences du live-­stream. 130. 140. 153. Pour la plupart des sportifs, ça va encore, c’est plus ou moins la zone 3. « Mais là on parle d’Arda, THE RED BULLETIN

Toujours radieux. Le menu quotidien d’Arda : une bonne séance d’entraînement pour son corps et une grosse dose de bonne humeur pour son équipe.

e­ xplique Gzim. Du Cyborg qui reste à 130 même après 70 km. » Il comprend que quelque chose cloche. Victime d’un coup de chaleur, Arda commence à avoir des hallucinations. Les cactus flottent dans les airs et les lignes sur la route brillent de toutes les couleurs. Et surtout, Arda craint qu’on le mette hors-course, qu’il soit obligé de jeter l’éponge. Il est brûlant de fièvre, « complètement livide ». Son manager, Anil, appelle la mère d’Arda, à qui il avait promis de faire rentrer son fils sain et sauf. Entre-temps, Gzim élabore un protocole d’urgence avec le médecin du Red Bull Athlete Performance Center, en Californie. « Comment se sent-il ? » Il marque une pause. « Ces gars-là sont faits d’un autre bois. » L’attente, la température qui baisse, Arda peut finalement repartir. « J’ai toujours su qu’il irait jusqu’au bout », déclare Gzim.

« Je veux qu’en regardant nos vidéos, on se dise : c’est comme ça que tout le monde devrait se comporter. » Scanne le code et vis l’expérience de la Red Bull Cyborg Season – Ultra 600 d’Arda.


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Arda au plus près des fans : après avoir franchi la ligne d’arrivée sur la jetée de Santa Monica, il remercie celles et ceux qui ont cru en lui.

Et après ?

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F Stylisme Soo-Hi Song Coiffure et maquillage Nadin Wagner

an du Beşiktaş Istanbul, Arda sait que les performances sportives ont des conséquences directes sur la santé mentale des supporteurs· rices. « Beşiktaş est vraiment nul », lâche-t-il avec un sourire amer. Son club de foot favori n’a plus remporté le championnat depuis cinq ans. C’est peut-être pour cette raison qu’il était si dépité après avoir atteint l’arrivée sans avoir pu respecter la fenêtre des 96 heures. « Tout le monde avait travaillé si dur pour moi, dit-il. J’avais l’impression de les avoir déçus. » Un sentiment de courte durée.

Les réactions des internautes et de son équipe lui confirment qu’il reste une source d’inspiration et d’énergie pour les autres. Alors qu’il quitte le stade, des automobilistes klaxonnent sur son passage. Il répond par un signe de la main, fait des selfies, il est là pour tout le monde. Le football a ses classements, le sprint ses listes de vainqueurs. Arda Saatçi, qui évolue dans sa propre ligue, ne peut se mesurer qu’à lui-même. « Moi, mon but, c’est de battre l’Arda d’hier », souligne-t-il. Le Classico se joue quotidiennement dans sa tête. En fait, la vie est d’une simplicité extrême : « Si tu veux atteindre ton but, lance-toi, sinon, retourne te coucher. » Lui, en tout cas, n’est pas près de s’arrêter. Il faire partie des personnalités sportives les plus influentes au monde. Un athlète connu et reconnu de tous·tes. Son rêve ? Se retrouver à la même table que ses idoles : CR7, qu’il admire pour son ambition dévorante. Khabib, la légende du MMA, qu’il respecte pour son humilité. Muhammad Ali, qui a changé la s­ ociété. « Il ne s’agit pas de battre des r­ ecords, dit-il, mais de célébrer l’humanité. » Et c’est justement là que l’équipe reprend toute son importance. « Je veux qu’en regardant nos vidéos, on se dise : c’est comme ça que tout le monde devrait se comporter », souligne Arda Saatçi. ­Respect. Reconnaissance. Camaraderie. Complicité. Chaleur humaine. Honnêteté. Lors des streamings, on voit l’équipe en plein travail et on constate que ses amis ne dorment pas beaucoup non plus. « Quand on prend un hôtel, les femmes de chambre n’ont pas besoin de changer les draps », confirme Anil. Sur YouTube, cette franche camaraderie transpire de l’écran. C’est la source de leur succès et de toutes ces performances extraordinaires. Comme le résume si bien Vincent : « On n’a pas l’impression de travailler. C’est un vrai plaisir de vivre cette aventure tous ensemble. » L’aventure continue. L’idée du prochain projet naît souvent lors de la dernière phase de celui en cours. « J’ai besoin de ces moments de frisson, de sentir que je vais sortir de ma zone de confort et passer au niveau supérieur. » La suite, seuls Arda et ses amis la connaissent. Et en ce moment même, ils sont certainement en train de se creuser la tête pour préparer Arda au mieux. Puis l’un d’eux lancera une mauvaise vanne, et tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes. THE RED BULLETIN


Texte Michael Moorstedt Illustrations Fries Vansevenant

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On court, on soulève, on saute, on pédale… mais qu’est-ce que ça active vraiment en nous ? Et que faire pour en décupler les effets ? Voyage au cœur de la plus fascinante machine de l’univers : le corps humain.

UN COUP DE BOOST POUR LE CERVEAU D’accord, le cerveau n’est pas un muscle. Pourtant, c’est là que les sessions d’entraînement commencent. Avant même de soulever des haltères, l’organe de la pensée configure le corps en mode performance et en profite pour se reconfigurer lui-même. L’activité neuronale quitte le cortex frontal, zone qui nous permet de penser, planifier, contrôler. Une réinitialisation de la mémoire tampon s’opère. De fait, si on a l’impression d’avoir les idées plus claires après le sport, c’est parce que c’est réellement le cas. Au tour du cortex moteur, responsable des mouvements complexes, de prendre les commandes. Les neurones s’activent, les glandes surrénales abreuvent le sang d’adrénaline, de noradrénaline et de cortisol, ces fameuses hormones du stress mal-aimées mais ô combien nécessaires. On connaît l’effet produit, ce moment lors d’un sprint où l’on finit par ­oublier la faim, la douleur, etc. Suppression des données, le corps lance un programme THE RED BULLETIN

­ rchaïque pour produire tempoa rairement des perfs maximales. En se plongeant régulièrement dans ce bain hormonal, on entraîne autant les muscles que le système nerveux. La résistance n’est pas un trait de la personnalité mais découle directement de nos séances d’entraînement. En bonus, le cerveau libère de la d ­ opamine et des endorphines, anti­douleurs naturels qui expliquent cette sensation de voir la vie en rose après le sport. Comment pirater son système Quand on repousse ses limites, le corps réserve une surprise : les endocannabinoïdes, des ­lipides produits naturellement et dont la composition chimique ressemble au principe actif du cannabis. C’est probablement ce qui explique le fameux runner’s high. Pour en ressentir les effets, il faut s’entraîner au moins 30 à 45 minutes à 70 à 80 % de la fréquence cardiaque maximale – on peut encore parler, mais c’est contraignant.


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L’effet afterburn permet de brûler des calories sans s’entraîner jusqu’à 38 heures après chaque séance.

MÉTABO­LISME EN MODE TURBO Même au repos, le corps brûle constamment de l’énergie. Un métabolisme de base qui ­permet d’assurer des fonctions vitales telles que la respiration, la température corporelle, les battements du cœur ou l’activité cérébrale. L’énergie absorbée en excédent va venir se stocker au niveau des hanches : une personne de poids normal transporte jusqu’à 100 000 kilocalories sous forme de couches graisseuses. C’est notre réservoir, et ce n’est qu’en y puisant que la machine corporelle passe du mode stockage au mode consommation. Une réaction en chaîne s’ensuit alors : chaque contraction musculaire nécessite au préalable un transporteur d’énergie, l’adénosine triphosphate (ATP). Le problème, c’est que l’ATP n’est présente qu’en infimes quantités dans les ­cellules et s’épuise après quelques secondes. Il faut donc constamment régénérer l’ATP au moyen des graisses et des glucides. Le corps fera appel à différentes réserves selon le type d’entraînement. Pour des séances courtes et intensives, il brûlera principalement du glycogène, rapidement disponible. Pour des courses plus longues à un rythme plus modéré, il ira puiser dans les graisses. À ce propos, suivre un régime pendant une phase d’entraînement peut être contre-productif. « Comment voulez-­vous que le corps fasse du muscle s’il se trouve en déficit calorique ? », explique le professeur Stephan Geisler, enseignant à l’Institut d’études IST de Düsseldorf. Ce déficit ne d ­ evrait pas dépasser 300 calories.

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Comment pirater son système Brûler des calories sans s’entraîner, c’est possible ? C’est l’action de l’effet post-combustion, ou afterburn (Excess Post-exercise ­Oxygen Consumption / EPOC), jusqu’à 38 heures après la séance. À effort égal, un entraînement anaérobie à haute intensité comme le HIIT produira un effet post-combustion nettement plus important qu’une séance aérobie.


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UPDATE TON CŒUR Tout moteur produit de la chaleur. Pendant l’entraînement, la température du corps peut ­atteindre 39 °C, « mais comme la machine est réglée pour maintenir une température de 37 °C », précise Geisler, la clim se met en marche : environ deux millions de glandes sudoripares sécrètent une substance salée dont l’évaporation sur la peau refroidit le corps. Un sportif amateur perd ainsi un litre d’eau par heure en moyenne. ­Parallèlement, le système nerveux parasympathique réduit l’activité des organes internes.

­ stomac, intestins, tout ce E qui n’est pas immédiatement ­vital fonctionne au ralenti, car un phénomène extrême est en marche : jusqu’à 90 % du sang pompé par le cœur est dirigé vers les muscles squelettiques. Les capillaires alimentent les tissus de l’organisme en oxygène et en énergie. Plus l’on s’entraîne régulièrement, plus ce réseau va se densifier : le corps construit de nouvelles voies d’approvisionnement. Faire des efforts permet également d’entraîner notre muscle numéro un, le cœur. Celui d’un sportif d’endurance pourra pomper jusqu’à 35 litres de sang par minute à travers le corps, contre 20 litres maximum pour une personne lambda. Outre cette augmentation de nos performances, le sang se modifie aussi avec une concentration accrue de HDL, une lipoprotéine qui élimine le cholestérol excédentaire des artères. Résultat : une nette diminution du risque de maladies vasculaires. Comment pirater son système Les athlètes ont tendance à trop s’hydrater, notamment pour les sports d’endurance, ce qui dérègle l’équilibre électrolytique. La règle d’or : ne pas compenser plus de 80 % de la perte sudorale.

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MUSCLES ET ESPRIT D’ÉQUIPE Troisième série de squats, les cuisses sont en feu. Une véritable prouesse d’ingénierie s’enclenche : plus de 650 muscles se mettent à travailler de concert dans le corps, chaque mouvement comme un ballet entre agoniste et antagoniste. Quand on fait un curl, le biceps tire le bras tandis que le triceps cède de manière contrôlée. La première fois que l’on soulève une barre, les fuseaux neuromusculaires explosent, on a

l’impression que quelque chose cloche. C’est le muscle qui ­apprend. « Le système nerveux s’applique à optimiser le mouvement, c’est ce qui explique les premiers effets de l’entraînement », explique Geisler. De plus en plus de muscles vont être sollicités de manière ­synchrone, ils se mettent à travailler ensemble, on gagne en force même si le muscle n’a pas encore commencé à grossir. Quelques mois plus tard apparaissent les premières frustrations : plus rien ne se développe alors que l’on s’entraîne aussi dur qu’au départ. Car la progression n’est pas linéaire. Le corps s’est adapté et ne voit aucune raison de continuer à se développer. Le plus efficace est d’apporter de la variété ; surprendre le corps en diversifiant les exercices, en augmentant le poids, en variant les répétitions. Il est normal que l’entraînement laisse des traces. Les crampes sont dues à de minuscules lésions musculaires dans les tissus. L’acide lactique s’accumule au niveau des muscles lors d’efforts intenses, de là cette fameuse sensation de brûlure. Souffrir un peu est normal, mais en cas de grosse douleur, c’est le moment de faire une pause. Comment pirater son système Le surentraînement n’est pas une excuse de feignants mais un syndrome réel similaire à un burn-out neurophysiologique. Faire des pauses est essentiel pour éviter que le corps sollicite les protéines musculaires pour produire de l’énergie.

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Conséquence : baisse des performances malgré un entraînement intensif.

RECHARGER SON SYSTÈME Le lendemain, on comate sur le canapé, les jambes lourdes, le corps immobile. Et c’est très bien, car ce moment est décisif : aucun programme d’entraînement digne de ce nom ne devrait se passer d’une journée de repos. La machine continue de fonctionner, le corps passe d’un état catabolique à un état anabolique, il répare les déchirures des tissus musculaires et les muscles se renforcent. Ces derniers produisent aussi des myokines, des substances « messagères » qui réduisent les inflammations. Les réserves de glycogène sont rechargées, le cortisol diminue, les niveaux de testostérone et d’hormone de croissance HGH augmentent. On a l’impression que rien ne passe, mais en fait la machine tourne à plein régime. C’est là qu’on commence à lui fournir tout ce que les posts IG nous suggèrent, shakes protéinés, BCAA, créatine, ­magnésium, etc. L’industrie des compléments alimentaires promet des raccourcis pour tout. Mais la vérité est plus simple. Privilégier une alimentation équilibrée permet de couvrir l’essentiel de nos besoins. « Environ 90 % des effets de l’entraînement proviennent de l’activité physique et des stimulations mécaniques des muscles », dit Geisler. La créatine est l’une des rares substances dont l’efficacité est véri-

tablement prouvée. Les suppléments protéinés peuvent être utiles si l’on a du mal à atteindre les besoins de 1,6 à 2,2 grammes par kilo de poids corporel. Mais ces fameux BCAA sont inutiles si notre apport en protéines est suffisant. Le meilleur investissement après l’entraînement ? Une bonne nuit de sommeil, une alimentation n ­ aturelle et de la patience. Comment pirater son système En général, on recommande de prévoir 48 à 72 heures de pause entre séances à haute intensité. Le timing est essentiel : pendant la phase dite de supercompensation, le corps est plus que prêt à supporter de nouvelles charges, c’est là qu’il va se renforcer. ­Reprendre trop tôt, c’est empêcher une bonne adaptation. Attendre trop longtemps, c’est risquer de laisser passer cette fenêtre. THE RED BULLETIN


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LE DIXIÈME JOUR Texte Christof Gertsch Photos Gianfranco Tripodo

Stefan Küng a tout ce qu’il faut pour remporter de très grandes victoires. Après son changement d’équipe et sa grave chute, son moment est-il enfin arrivé ? THE RED BULLETIN


CYCLISME SUR ROUTE

Stefan Küng, ici lors d’un entraînement en altitude sur le Teide, est l’un des meilleurs cyclistes sur route au monde. THE RED BULLETIN


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Il a le talent, l’ambition et la puissance : ­Stefan Küng n’a jamais abandonné une course.

THE RED BULLETIN


CYCLISME SUR ROUTE

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T

out arrive trop vite. On est au milieu d’un peloton lancé à 50, 55 km/h. Pavés mouillés, virages serrés, un coureur chute, effet domino, on se retrouve à terre. On tente de se dégager d’un enchevêtrement de cinq ou six coureurs et autant de vélos. On veut se relever, se remettre en selle, mais on ne peut plus bouger. Alors on reste là, allongé sur le bitume, à se demander si on s’est cassé un truc et surtout, si c’est grave. On a envie de jurer, de pleurer, ou les deux à la fois. Voilà ce qui s’est passé lors de l’Omloop Het Nieuwsblad, en Belgique, le 28 février dernier. Première grande course de Stefan Küng sous les couleurs de Tudor Pro Cycling, nouveau départ dans une nouvelle équipe, nouveau projet pour lequel il se préparait depuis décembre, de camp d’entraînement en camp d’entraînement, de soufflerie en soufflerie.

L’entraînement en altitude fait partie du cyclisme professionnel. Pour Stefan Küng, s’entraîner à Tenerife, sur le Teide, va au-delà : il adore ce paysage. THE RED BULLETIN


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CYCLISME SUR ROUTE

Il n’avait passé que deux semaines en famille entre le 7 décembre et cette journée f­ atidique. Grande Canarie, Majorque, Tenerife, retour à Majorque. Tout était en place, le moindre détail optimisé. Le 28 février, il se sentait prêt. Jusqu’à cette chute.

À

l’hôpital de Gand, le verdict du scanner est sans appel : fracture du grand trochanter, une saillie osseuse à l’extrémité supérieure du fémur où s’insèrent trois muscles majeurs, moyen fessier, petit fessier et piriforme, tous indispensables au bon maintien du bassin et des jambes et, par extension, à tout cycliste professionnel. Après l’opération, Küng devra marcher avec des béquilles pendant six semaines et attendre douze ­semaines avant de pouvoir retrouver totalement l’usage de sa jambe. Il n’est pas le seul à atterrir à l’hôpital de Gand ce funeste samedi qui marque le week-end d’ouverture de la saison des classiques belges. La file d’attente est longue. Fractures de la clavicule, du bassin, commotions cérébrales… Les cyclistes professionnels arrivent à la pelle. Du haut de ses 32 ans, Küng observe cet incessant manège en se demandant à quoi rime

tout cela. Et surtout, à quoi bon continuer ? N’a-t-il pas déjà tout donné ? Tant de sacrifices, tant de privations, tant de fois à remonter en selle en dépit des chutes, des blessures et des frustrations ? Retour quelques semaines plus tôt sur le Teide, point culminant de l’île de Tenerife, dans les Canaries. Stefan Küng participe à un stage d’entraînement en altitude. Il adore ce coin, cette nature austère, ce mélange de solitude et d’intense concentration que lui procure ce volcan à 2 000 mètres d’altitude. Làhaut, sur son vélo, uniquement accompagné par le ­léger bourdonnement de la chaîne, il se recentre totalement sur lui-même. « Ici, je ne pense à rien, dit-il au retour d’une grosse sortie. Je suis dans l’instant présent. » Bye-bye déclarations d’impôts, entretiens médiatiques ou prochain vol à prendre. Sur le Teide, il est seul avec son souffle raccourci par l’altitude. À l’école, ses deux matières préférées étaient la géo et la biologie. Heureux présage ? Le cyclisme ­réunit les deux : paysages fluctuants au fil des kilomètres, corps qui s’adapte au rythme des saisons et que l’on pousse à ses limites. « L’un des plus grands privilèges de ce sport, c’est qu’on le pratique en pleinair », explique-t-il. Il se sent presque coupable quand il rentre chez lui après cinq heures de vélo, reposé mentalement et bien plus en forme que sa femme, qui, de son côté, a passé la journée au bureau ou avec les enfants. « Je n’ai pas l’impression d’avoir travaillé. » En début de saison, beaucoup de cyclistes

Après cinq heures à vélo, Stefan se sent mentalement régénéré : « Être dehors est un privilège dans le cyclisme. » THE RED BULLETIN


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Küng a déjà remporté de nombreux succès : champion d’Europe, médaille d’argent aux Mondiaux du contrela-montre et 3e place au monument pavé Paris-Roubaix. THE RED BULLETIN


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Même en déplacement, les équipes techniques de Tudor Pro Cycling continuent d’optimiser ses performances, grâce à un mannequin sur mesure issu d’une imprimante 3D.

professionnels se retrouvent sur le Teide, comme le Belge Remco Evenepoel, champion olympique et champion du monde. Sur un vélo, il est capable des prouesses que peu d’autres peuvent égaler. Il ­suffit de l’observer pour le constater, et Küng ne s’en prive pas. Il analyse constamment l’évolution de ses pairs et connaît les résultats des courses des années passées sur le bout des doigts. Il sait de quoi est capable Evenepoel, de quoi Mathieu van der Poel est capable, de quoi Tadej Pogačar est capable. « Ils peuvent me battre neuf fois sur dix », lâche ­sobrement Küng sans amertume, avant de rajouter : « Mais la dixième fois, je suis prêt à frapper. » Une phrase qui englobe parfaitement le parcours profesTHE RED BULLETIN

sionnel de Stefan Küng, l’un des plus grands rouleurs au monde, mais dont la carrière, hélas, ­coïncide avec celle des extraterrestres que sont ­Evenepoel, Van der Poel ou Pogačar. Küng possède tout l’arsenal pour remporter de grandes courses : qualités techniques, ambition, gros moteur. Avec son mètre 93 et ses 83 kilos, il est taillé pour les grandes classiques d’un jour, pour des batailles à l’usure sur les pavés ou sous la pluie, pour ces courses où l’acharnement compte plus que l’explosivité. Et il ne manque pas de niaque, lui qui n’a jamais abandonné une course, sauf sur chute. Il a déjà un joli palmarès à son actif : champion d’Europe et vice-champion du monde de contre-lamontre, troisième du mythique Paris-Roubaix.


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Autrefois solitaire, Stefan Küng a trouvé sa place au sein d’une jeune équipe affamée de victoires.

Le physique de Küng est taillé pour les courses où la résistance prime sur l’explosivité. Il lui manque juste cette grande victoire qui le f­ erait changer de statut. « C’est pour ça que le public me voit comme un éternel second, dit-il. On peut toujours rêver de devenir champion olympique ou champion du monde. Mais quand on sait que statistiquement, on n’a qu’une chance sur dix, la vraie question est de savoir si on saura répondre présent au moment où cette occasion se présentera : si un favori est dans un mauvais jour ou qu’un autre a un ennui mécanique, je dois être prêt à attaquer. » C’est sa philosophie, celle d’un sportif qui a su accepter la réalité telle qu’elle est sans pour autant se laisser assommer. C’est pour se préparer à cette dixième fois qu’il a décidé de tout changer au cours de l’hiver. Après sept années marquées par de solides résultats et une bonne stabilité au sein de la Groupama FDJ, Küng, toujours en quête de cette grande victoire qui lui échappe encore, a quitté la formation française pour intégrer Tudor Pro Cycling, une équipe plus jeune, plus petite et peut-être aussi plus affamée, fondée et dirigée par Fabian Cancellara, l’un des plus grands cyclistes suisses. Certains y ont vu l’aveu d’un déclin,

une sorte de préretraite financièrement confortable au crépuscule de sa carrière. Mais il n’en est rien. Pour Küng, ce changement est la preuve qu’il est ­encore prêt à tout tenter pour gagner. Cancellara et lui se sont entretenus plusieurs fois durant les six mois qui ont précédé la signature du contrat. Pour la star suisse, Küng donnait l’impression de fonctionner en solitaire au sein de la formation française, comme une équipe dans l’équipe. Küng ne l’a pas contredit. Il s’était effectivement créé une bulle, persuadé que c’était la seule manière pour lui de fonctionner à un tel niveau. Une stratégie efficace mais terriblement éreintante : il portait bien trop de responsabilités sur ses épaules. Les JO de Tokyo 2021 illustrent parfaitement ce paradigme poussé jusqu’à l’absurde : au cours de la nuit précédant le contre-la-montre, son mécanicien s’était levé quatre fois pour vérifier son vélo, s’assurer que rien n’avait bougé, que tous les réglages étaient au poil. Et Küng était lui-même repassé derrière pour tout vérifier plusieurs fois. « C’était complètement dingue », s’en amuse-t-il aujourd’hui, même si à l’époque, il n’y avait pas de quoi rire : lors du contrela-montre, Küng, qui faisait partie des favoris, loupera la troisième marche du podium pour 0,4 seconde au terme d’un effort de plus de cinquante minutes. La plus grosse déception de sa carrière. Les choses sont différentes chez Tudor. Le responsable de l’innovation dispose d’une équipe de sept ­experts, chacun spécialisé dans un domaine précis : aérodynamique, nutrition, matériel, vêtement, aucune question ne demeure sans réponse. L’équipe ­dispose même de son propre bureau dans la soufflerie de Silverstone, pas dans le grand tunnel pour les automobiles mais dans un autre à basse THE RED BULLETIN


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Le paysage aride du Teide l’aide à se concentrer.

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Les bénéfices de l’entraînement en altitude

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LE COUP DE L’OXYGÈNE

L’oxygène ne se raréfie pas en altitude, mais le corps en assimile moins en raison de la pression atmosphérique réduite. Les reins sécrètent ainsi davantage d’EPO, l’hormone qui stimule la production de g ­ lobules rouges. Plus de globules rouges, c’est un meilleur apport d’oxygène au niveau des muscles, ce qui décuple aussi les performances. Simple, efficace : le corps se renforce pour se sauver lui-même.

COUP DE TURBO EN BASSE ALTITUDE

Après environ trois semaines en altitude, l’athlète redescend boosté par ce dopage sanguin naturel. Mieux alimentés en oxygène, les muscles sont capables de rouler plus longtemps et plus fort. Un gain de performance assez conséquent et dont les effets peuvent, paraît-il, durer plusieurs mois.

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VIE ASCÉTIQUE

En altitude aussi, on entraîne son corps comme son esprit. Loin des obli­ gations médiatiques, des compétitions et du stress quotidien, les journées se résument à l’essentiel : s’entraîner, manger, dor­ mir… et regarder un peu la télé.

SUR LE FIL

Quand un coureur développe une puissance de 200 watts à 2 000 mètres d’altitude, son cœur bat 20 fois de plus par minute qu’au niveau de la mer. La moindre erreur de dosage (trop d’entraînement, pas assez de récup) et l’organisme s’effondre au lieu de se renforcer.

LIVE HIGH, TRAIN LOW

Dans ces conditions, il est presque impossible d’effectuer des séances à très haute intensité. La solution ? Vivre en haut, s’entraîner en bas. Les pros dorment et vivent à plus de 2 000 mètres d’altitude, et redescendent vers la côte pour les sessions à intervalles les plus exigeants.

UNE PRATIQUE DEVENUE LA NORME

L’entraînement en altitude n’est plus un secret dans le cyclisme moderne. Les pros effectuent plusieurs stages d’environ trois semaines en altitude par an. « Plus personne ne fait l’impasse dessus », affirme Stefan Küng.

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CYCLISME SUR ROUTE

Perfectionniste et passionné de données : Küng optimise son corps et son matériel avec une précision méticuleuse.

v­ itesse spécialement conçu pour le cyclisme. Ils sont parfaitement autonomes, avec leurs propres techniciens et leur propre analyste. Cette dernière a même fabriqué un mannequin aux mensurations exactes de Küng grâce à un scanner 3D, mannequin qui, monté sur un vélo BMC, passe des tests en soufflerie lorsque Küng est absent, ce qui arrive souvent quand la saison bat son plein. « Ils n’ont pas besoin de m’attendre pour poursuivre leurs recherches », précise Küng. Voilà ce qu’il veut dire quand il explique qu’il n’est plus seul, ici. Oui, au printemps 2026, son équipe et lui n’avaient rien laissé de côté. Tout était prêt, optimisé. Mais il y a eu cette chute, Küng a fini à l’hôpital et s’est dit : à quoi bon continuer ? La réponse est venue plus vite que prévue. En fait, elle est venue sur ce lit d’hôpital, à Gand. Peu importe tous les tenants et les aboutissants de cette question, il savait qu’il allait continuer, car il aime son sport, non seulement pour les courses, les podiums ou cette microseconde où tout se décide, mais aussi pour toute cette préparation en amont, ces heures sur le vélo, cette solitude sur le Teide, les ­paysages, les saisons. Quelques semaines après sa chute, chez lui, à Frauenfeld (TG), Küng empoigne ses béquilles, se ­dirige vers la cuisine, se sert un café, puis retourne s’asseoir sur le canapé, jambe surélevée. Rien ne laisse imaginer qu’ici, dans le salon de cette maison simple et joliment décorée en bordure de ville, vit l’un des plus grands cyclistes du monde. Ici, c’est ­l’espace du mari et du père de famille, pas celui du ­cycliste professionnel. Le royaume du rouleur commence un étage plus bas, au sous-sol, qui abrite un atelier, une salle de fitness, une douche et une immense ­armoire remplie de cuissards et de maillots. Le seul o ­ bjet qui a eu droit à sa place au salon, à la demande express de sa femme, est un pavé sobrement posé sur une étagère, récompense pour sa troisième place à Paris-Roubaix en 2022. « J’aimerais bien obtenir son grand-frère un jour », souffle Küng après un bref regard vers l’étagère. Il s’agirait de ce fameux dixième jour. Et pourquoi pas déjà à Montréal au mois de septembre ? Küng sait bien que ce qui lui barre encore la route (hormis les extraterrestres cités plus haut) est quelque chose de beaucoup plus subtil. Quelque

« Je ne fais pas assez confiance à mon instinct. Mais dans le flow, tout fonctionne. Sans qu’on sache vraiment pourquoi. » THE RED BULLETIN

chose qui ne lui sort pas de la tête. « Je suis beaucoup trop rationnel et calculateur, je ne me vide pas assez à 100% », analyse-t-il. Il évoque les championnats du monde de contrela-montre de Wollongong, en Australie, en 2022. Au dernier point intermédiaire, il possédait une sérieuse avance, mais au lieu de lisser son effort, il s’est mis à se triturer le cerveau, à vouloir limiter les risques, à se brider inconsciemment. Et au final, Tobias Foss, parti juste après lui, a été plus rapide. « C’est mon plus gros point faible, à mon avis. Je ne roule pas ­assez à l’instinct. »

Il a tout misé. Et il a gagné.

Pourtant, il sait ce qui arrive quand il se fie à son ­instinct : lors du contre-la-montre final du Tour d’Espagne 2024, il a décidé de se vider.« Soit ça passe, soit j’explose, mais au moins, j’aurai essayé. » Parti comme une fusée, il a fait le meilleur temps. « Quand on rentre dans le flow, tout colle, et on ne sait même pas pourquoi. » Une phrase en forme d’évidence banale pour certains, mais pour ce coureur perfectionniste obsédé par les données en tous genres, toujours en train d’optimiser son physique et son matos au millimètre près, c’est une mini-révolution. Revenons à Montréal. Championnats du monde, nouveau contre-la-montre, son épreuve de prédilection. Impossible de se débarrasser des extraterrestres à coups de calculs de données ou d’optimisations. Si Evenepoel s’aligne sur la course et qu’il est dans un bon jour, il gagnera. C’est la réalité. Mais Küng sait également que ce dixième jour viendra et qu’il aura sa chance. Pour se motiver, il pense aux autres coureurs ­revenus cette année sur les courses après de longues périodes de convalescence. Ils ont aussitôt retrouvé leur meilleur niveau et ont parfois même été plus performants qu’avant. Certains ont remporté de grandes courses dès leur reprise. Küng se dit que cet arrêt forcé a peut-être offert à son corps un vrai repos, ce qui arrive rarement lors d’une saison pro. Juste quatre à cinq semaines de pause hivernale et il faut repartir sur les chapeaux de roue. Une remise à zéro, en somme. Son grand retour a eu lieu en juin sur les championnats de Suisse. En juillet, il a fait trois semaines d’entraînement en altitude à Tignes avant d’aller ­tester sa forme sur les routes du Tour de Pologne en août. Neuf fois sur dix, les autres sont plus forts. Mais le dixième jour, c’est un autre Stefan Küng qui prendra le départ. Un Stefan Küng qui ne vérifiera pas dix fois son matos. Un Stefan Küng qui se fiera à son instinct. Instagram : @stefankueng ; @tudorprocycling


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« À la dixième tentative, je veux frapper fort. » Stefan Küng a appris à attendre le bon moment. C’est sa philosophie.

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La kitesurfeuse Camille Losserand, 22 ans, est devenue championne du monde de Big Air grâce à un trick historique et à une force mentale exceptionnelle. Rencontre.

ELLE A LE VENT

EN POUPE THE RED BULLETIN


KITESURF Sur le spot de Arte Vida à Tarifa, la kitesurfeuse suisse e ­ xploite le ­Poniente, un vent d’ouest, pour ses sauts en Big Air.

Texte Samuel Waldis Photos Samu Cárdenas THE RED BULLETIN


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KITESURF

2 juin 2023, Tarifa, pointe sud de l’Espagne. Camille Losserand est assise sur la plage et écoute Let It ­Happen de Tame Impala, casque vissé sur la tête. Ce morceau calme, presque méditatif, aide sans doute la kitesurfeuse, alors âgée de 19 ans, à faire retomber la pression et à se concentrer pleinement sur la suite. “Maybe I was ready all along“, entonne le chanteur, phrase hautement prophétique.

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Planche sous le bras, la jeune athlète se dirige vers sa prochaine ­session.

lles ne sont plus que quatre en lice pour le titre mondial. Le second tour de la finale, celui qui départagera ­définitivement les concurrentes, s’apprête à commencer. Face à Camille, cette mer au-delà de laquelle on aperçoit les côtes marocaines par temps clair ; dans son dos, une première manche qui lui a permis de prendre la tête. Mais rien n’est encore gagné. Elle n’a pas encore de stratégie, mais une petite idée commence à germer dans son esprit. Elle veut tenter un Frontroll Rodeo Contra Loop, une figure qu’elle n’a encore jamais posée. Le concept ? On cale la planche entre ses jambes et on effectue une rotation à 360 degrés tout en faisant tourner son aile à 360 degrés dans le sens inverse. Jusqu’à présent, aucune femme n’a réussi cette prouesse en compétition. Camille ôte ses écouteurs juste à temps pour entendre son entraîneur lui dire : « Tente-le, tu n’as rien à perdre », enclenche le mousqueton qui relie l’aile au harnais autour de sa taille, saisit sa planche et commence à fendre l’eau. Le vent souffle à 25 nœuds, la crête des vagues forme une ligne d’écume à la surface de la mer. ­Camille s’élance, exécute cette figure inédite à la perfection et remporte ainsi son tout premier championnat du monde de Big Air. Quand elle y repense, elle se souvient qu’elle « tremblait de tous ses membres. » THE RED BULLETIN


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« Essaie ! Tu n’as rien à perdre. » Le trick qui lui a valu le titre mondial n’avait jamais été réalisé en compétition par une femme avant elle. THE RED BULLETIN


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the red bulletin : Camille, comment fait-on pour réussir une figure pour la première fois au moment le plus décisif de la compétition ? camille losserand : J’avais déjà assimilé une partie de la rotation, donc je connaissais plus ou moins la marche à suivre. Mais j’avançais quand même en terrain inconnu, je ne m’attendais pas à ce que ça marche vraiment. Je pense que le fait d’avoir visualisé cette figure a été un facteur déterminant. Quelle est ta méthode de visualisation ? J’imagine la figure étape par étape dans ma tête, je me vois au moment de la rotation et de l’atterrissage. Utilisée avec précision, c’est une méthode très efficace pour surmonter les barrières mentales et réaliser l’impossible. Est-ce que tu mets cette méthode à profit dans d’autres domaines de ta vie ? Je crois surtout au concept de la manifestation. Si je pense à quelque chose et que je mets toute mon énergie dedans, je sais que je peux y arriver. La visualisation, c’est un concept que j’utilise plutôt pour le sport, quand je surfe sur les vagues ou que je veux réussir des figures.

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e jour-là, en finale, Camille s’impose face à trois concurrentes originaires de pays ­côtiers : une Américaine, une Italienne et une Française. Camille, elle, est née et a grandi à Lausanne, certes au bord d’un lac, mais très loin de la mer. Ici, en Suisse, le vent ne souffle jamais de manière constante. Pas vraiment les meilleures conditions pour pratiquer le kitesurf à un niveau ­professionnel. Et pourtant, elle est devenue l’une des meilleures au monde dans sa discipline, avec un palmarès impressionnant : championnat du monde

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Une question de mental : avant de tenter une nouvelle figure, Camille la visualise.

de Big Air en 2023, troisième place au classement mondial de kitesurf en 2024 et plusieurs victoires aux championnats d’Espagne. Le kitesurf est un sport à la croisée du surf, de la voile et du parapente, où l’on est debout sur une planche, les pieds calés dans des straps, avec un harnais autour de la taille ­relié à une aile que l’on dirige à l’aide de la barre de contrôle. Il y a deux types de disciplines : la vitesse, discipline olympique, et le freestyle, le côté plus ­créatif du kitesurf. C’est sur celle-ci que Camille a jeté son dévolu. Elle n’est pas devenue cette immense championne par hasard, mais grâce à une décision très consciente de sa part alors qu’elle était encore très jeune, celle de partir vivre en Espagne.


TOPIC

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Environ la moitié de l’année, la jeune athlète est en d ­ éplacement. Car en Suisse, les ­conditions pour pratiquer le kitesurf sont loin d’être idéales. THE RED BULLETIN


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L’aile transforme le vent en force de traction et propulse Camille au-dessus des vagues.

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uste avant la pandémie, les ­Losserand partent un an à Malaga et se rendent tous les week-ends à Tarifa. Camille, alors âgée de 17 ans, passe sa vie sur l’eau et participe très vite à ses premières compétitions, d’abord contre les ­garçons, car peu de filles pratiquent le kitesurf. Plus tard, elle commence à gagner chez les femmes et à croire sérieusement en ses chances de passer au ­niveau professionnel. Après la pandémie, elle comprend que retourner en Suisse serait contre-productif. Il n’y a pas assez de vent sur le lac Léman, sans parler de l’absence de ­vagues. Camille entame alors des études en ligne et se met à voyager en Égypte, à Tarifa, et partout où les conditions sont optimales. Aujourd’hui, elle passe près de la moitié de l’année hors de Suisse, principalement à Tarifa. Le virus du kitesurf a touché toute la famille Losserand qui a fini par acheter une maison à Tarifa, assez proche de la plage quoique plus haut dans les montagnes. Tout près de la mer mais pas trop près, histoire de pouvoir, de temps en temps, ­penser à autre chose qu’au kitesurf. Pour Camille, Tarifa est autant un centre d’entraînement qu’un lieu de vie et un point de rencontre : nombreux sont les adeptes de kitesurf, hommes et femmes, à passer plusieurs mois ici à s’entraîner et ­partager leur quotidien. Ainsi, Camille est passée en quelques années du statut de kitesurfeuse passionnée à celui de championne du monde.

ROMINA AMATO

the red bulletin : Cette évolution éclair a-t-elle toujours suivi une courbe ascendante ? camille losserand : Non. Il y a trois ans environ, je me suis retrouvée dans une situation assez compliquée avec une autre kitesurfeuse. Elle me faisait pas mal de coups tordus et essayait de me déstabiliser mentalement. Il se passait plein de trucs en même temps et j’ai dû ­apprendre à gérer la situation. Comment t’en es-tu sortie ? J’ai fait appel à une coach mentale, ce qui m’a énormément aidée. Elle est d’origine suisse, et elle en connaît un rayon en kitesurf. J’ai vraiment pu échanger à cœur ouvert avec elle, et dans ma langue maternelle.

Ayant grandi à Lausanne, elle reste attirée par les lacs suisses, comme celui des QuatreCantons. Aujourd’hui, elle vit et s’entraîne à Tarifa, en Espagne.

Ça a changé quoi ? Je me suis recentrée sur moi et sur la raison pour laquelle je pratique le kitesurf : par passion. Si une compétition tourne au vinaigre, la prochaine sera une nouvelle opportunité. J’ai redécouvert à quel point j’avais de la chance de passer tant de temps sur l’eau.

Tous les membres de la famille de Camille partagent la même passion pour le kitesurf. Leur maison se situe à dix minutes de la plage. THE RED BULLETIN


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INSTANTANÉS

Sur son IG @camille_losserand, la kitsurfeuse égrène les moments marquants de sa vie. Pour nous, elle en a sélectionné cinq.

Portée par le vent

Freestyle

« Dans le nord de l’Allemagne, juste avant une étape du World Tour. C’est la seule étape où nous avons du freestyle, ma discipline préférée. »

Temps en famille

« On était tous en famille à New York au début de l’année 2025. C’était un voyage qu’on rêvait de faire depuis longtemps. Je me souviens que juste après ce séjour, j’allais recevoir ma toute ­première casquette Red Bull. J’étais heureuse. »

THE RED BULLETIN

Camille en février, sur la plage d’Arte Vida, à Tarifa. Le photographe Samu Cárdenas s’en souvient parfaitement : « C’était une journée particulièrement mouvementée, avec un vent violent, de la pluie, un ciel bas et des vagues de plusieurs mètres. Des conditions idéales pour créer une atmosphère dramatique. »


AVEC L’AIMABLE AUTORISATION DE CAMILLE LOSSERAND, SAMU CÁRDENAS

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Grand froid en Islande

« Un voyage très spécial qui restera gravé dans mon cœur. Pouvoir ­kiter là-bas et découvrir ce pays a été une expérience absolument ­incroyable. Il faisait bien froid quand même ah ah ! »

Tarifa, ma deuxième maison « Cette photo a été prise à Tarifa avec mes chiennes. Je revenais tout juste de Suisse avec mes toutes premières casquettes Red Bull. C’est l’une de mes photos ­préférées. »

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« L’eau, c’est la liberté. Et le vent, c’est l’énergie, celle dont j’ai besoin pour m’envoler. » THE RED BULLETIN


KITESURF

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D’autres titres mondiaux ? C’est l’objectif de Camille. Mais tout aussi important pour elle : profiter de l’instant et conserver le plaisir du sport.

the red bulletin : Qu’aimerais-tu encore accomplir en tant que sportive ? camille losserand : J’ai plusieurs objectifs. L’un d’eux est de redevenir championne du monde. Mais je ne veux pas me focaliser uniquement sur ce genre de résultats. J’ai aussi envie de continuer à progresser en wave kite. Et j’aimerais découvrir des spots où très peu de personnes ont navigué, voire où personne n’a encore ridé.

L

e but de la coach de Camille n’est donc pas de l’endurcir afin de surmonter des barrières mentales, mais au contraire de l’aider à prendre de la hauteur par rapport aux résultats et à ces situations d’opposition pour retrouver cet état d’esprit qui lui a fait aimer le kitesurf. Un retour au vent, un retour à la mer. Pour Camille, l’eau représente la liberté. Quand elle est mal lunée, l’eau l’apaise, parfois même en ­piquant une tête, tout simplement. C’est un élément qui lui permet de se nettoyer les idées. Pour Camille, le vent représente l’énergie. Elle en a besoin pour s’élever et réaliser ses figures librement dans les airs. L’eau et le vent, la liberté et l’énergie. Les deux éléments de Camille, la sportive. Bon nombre de jeunes gens exceptionnellement doués ne demanderaient rien de plus pour être heureux. Mais pas ­Camille. Elle vise plus haut.

Pourquoi l’envie de découvrir est-elle si importante pour toi ? J’aimerais inspirer les kitesurfeuses et kitesurfeurs à sortir, à naviguer, à explorer de nouveaux endroits, à passer du temps sur l’eau et à prendre du plaisir. Et qu’aimerais-tu accomplir sur le plan personnel ? J’ai envie d’être pleinement présente et de profiter de ce que je fais. Je veux passer du temps avec ma famille, garder les pieds sur terre, en restant ancrée dans le présent. Mais le kitesurf demeure au centre de ma vie. Au fond, c’est ce que j’aime le plus. Chaque fois que je fais une petite pause, je m’en rends compte : j’ai besoin de retourner sur l’eau rapidement. C’est une véritable nécessité. IG : @camille_losserand THE RED BULLETIN


AIIILES

AVEC ET SANS SUCRE.


CHRISTOPHER LANAWAY

PERSPECTIVES

Voyage / Énigme / Playlist /Agenda

INTO THE WILD

Bikepacking en gravel bike dans le Småland, en Suède THE RED BULLETIN


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VOYAGE/

FORGER LE CARACTÈRE 200 kilomètres en 48 heures : le journaliste de voyage Matt Ray traverse le Småland (Suède) en gravel bike. La nature lui procure ses vivres en eau et en nourriture, ce qui peut prendre la forme d’un défi de taille.

Les feuilles mortes craquent sous mes roues, je vacille sur ma selle, la tête me tourne et les jambes me pèsent à cause de la faim. Mon gravel chargé à bloc et le trail sinueux ont eu raison de mes forces mentales et physiques. Après douze heures à me sustenter uniquement d’eau purifiée et de flocons d’avoine, même les couleurs flamboyantes de l’automne dans le Småland ne parviennent pas à me remonter le moral. Mes tentatives de pêche se sont révélées infructueuses. J’ai encore 115 km de terrain vallonné à parcourir et je m’apprête à passer une nuit à la belle étoile. Je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. Je me suis en effet imposé un sacré défi : parcourir 200 km à vélo en 48 heures, en autosuffisance. Je teste les techniques de survie : à part quelques flocons d’avoine en réserve, je dois trouver ma nourriture et mon eau dans la nature, allumer des feux et faire du camping sauvage au bord de lacs scintillants. Mon terrain d’exploration : les forêts de pins et les lacs du Småland (près de 5 000 !), dans le sud-est de la Suède. Les cerfs, élans et autres loups sont ici chez eux. Associés aux règles de libre circulation en Suède, cette région offre des conditions idéales pour le ­gravel. Alors que je quitte la ville d’Eksjö pour m’enfoncer dans la forêt, une douce lumière dorée baigne la route.

On avance, c’est l’évidence

TOUJOURS PRÊT Un peu d’écorce de bouleau, de bois gras, une pierre à feu, et le tour est joué pour Matt Ray ! THE RED BULLETIN

CHRISTOPHER LANAWAY

Un vent glacial me balaie le visage. À mesure que les kilomètres défilent, je me sens pleinement immergé dans cette aventure, il n’est pas question de faire demi-tour. C’est l’une des joies exigeantes de l’autonomie. Je m’arrête au bord d’un lac dans lequel se reflète un coucher de soleil flamboyant. Là, à l’aide d’un purificateur à pompe manuelle,


PERSPECTIVES

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HUMILITÉ Lorsqu’on les parcourt à vélo, les forêts du Småland paraissent immenses. On comprend sans peine leur influence sur les œuvres de l’illustrateur John Bauer et de la romancière Astrid Lindgren.

« À mesure que les kilomètres défilent, je me sens pleinement immergé dans cette aventure , il n’est pas question de faire demi-tour. » je puise de l’eau potable, puis lance un leurre avec ma canne à pêche légère de fabrication japonaise. Le rythme des lancers et des rentrées de ligne m’apaise, mais ça ne mord pas. Mon estomac crie famine. Sans nous laisser décourager, le photographe (qui me sert de guide), Chris Lanaway, et moi-même poursuivons notre itinéraire. Alors que les rayons du soleil s’estompent, nous nous retrouvons bloqués dans une forêt dense. « Une violente tempête s’est abattue sur la région il y a quelques jours », dit Lanaway.

Stupeur et tremblements

COURAGE Dans les forêts suédoises, on côtoie les loups et les cerfs...

Nous mettons pied à terre et portons nos lourds vélos à travers un dédale d’arbres couchés et de souches éclatées. Cela m’évoque l’œuvre d’un troll déchaîné. À la merci des éléments, nous nous THE RED BULLETIN


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Terre authentique Dans les forêts de Scandinavie Avec ses innombrables routes de gravier, ses campings au bord des lacs et ses forêts profondes, la région suédoise du Småland est un véritable paradis pour le bikepacking en gravel. Depuis Göteborg, louez une voiture pour aller à Eksjö, point de départ de nombreux circuits en gravel. L’Eksjö Stadshotell propose des hébergements bien situés pour partir à la découverte des forêts. visitsmaland.se

­ ettons en quête d’un campement saum vage abrité pour passer la nuit. Aller se coucher le ventre vide, ce n’est jamais très agréable, et ici, c’est même carrément effrayant. Si je n’avais pas assez d’énergie pour continuer demain matin ? Sans compter les températures qui dégringolent à la tombée de la nuit et le froid qui me glace les os dès que je m’éloigne du feu de camp. Je finis par me glisser dans mon sac de couchage, emmitouflé dans ma doudoune.

THE RED BULLETIN

ENDURANCE On avance péniblement à travers les racines et les ornières.

MATT RAY

Le lever du soleil dissipe la brume matinale tandis que nous montons vers le point de repère forestier de Runkesten. Cet énorme bloc arrondi de dix mètres de long repose en équilibre au sommet d’une colline rocheuse, loin de toute véritable montagne. D’après la science, un glacier l’aurait transporté à cet endroit il y a 10 000 ou 12 000 ans, mais si l’on se fie aux légendes locales, c’est un géant qui l’aurait jeté ici. Après notre bref épisode gastronomique d’hier, Runkesten nous offre la seule racine comestible de fougère, dont la délicate saveur anisée se mariera à merveille avec le poisson du lac – à condition d’en attraper un… Alors que la forêt se referme autour de nous, j’ai l’impression de remonter toujours plus loin dans un passé omniprésent, sur des kilomètres de trails, ­tandis que l’acide lactique s’accumule dans mes jambes. Le Småland offre un réseau de routes de gravier fluides et bien reliées entre elles, aplanies par les

CHRISTOPHER LANAWAY

La fin du cauchemar

PATIENCE Matt Ray a la technique, mais la pêche sera-t-elle bonne ?


PERSPECTIVES

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Protéger et survivre

L’équipe experte en ­techniques de survie de All In Nature Sweden partage son savoir-faire. Priorité à la chaleur « On peut survivre trois jours sans eau, donc la première chose à faire en pleine nature, c’est d’allumer un feu et de trouver un abri, car l’hypothermie peut être fatale en quelques heures. » Ramasser du bois gras « Les souches de pins ­tombés ou abattus s’imprègnent parfois de résine et pourrissent de l’extérieur vers l’intérieur, laissant un bois de cœur extrêmement inflammable qui peut servir d’allume-­ feu naturel. » Filtrer d’abord « Il faut toujours veiller à éliminer les bactéries, virus, etc. présents dans l’eau en la filtrant, ou en la faisant bouillir avant de la consommer. Si besoin, on peut même remplir une bouteille en plastique avec de l’eau, la placer directement dans le feu et la faire bouillir : elle ne fondra pas, c’est de la physique ! » allinnature.se

« La nature est généreuse : si vous la respectez, elle vous le rendra au centuple. » camions forestiers lourdement chargés et qui invitent à parcourir de longues ­distances. Mais à présent, mes roues viennent sans cesse buter sur des ornières et des racines. De plus, même si le dénivelé reste modéré, le ­terrain n’est jamais vraiment plat, ce qui pompe le peu d’énergie qu’il me reste.

La beauté en partage

Soudain, un rayon de soleil transperce la cime des pins pour venir se poser doucement sur un rocher colossal recouvert de mousse et de fougères, dont la forme évoque les épaules carrées d’un troll voûté et endormi. « Il y a des baies par

ici ! », s’écrie Lanaway, tout joyeux. J’ai l’impression que la chance nous sourit enfin. Alors que je déguste de minuscules myrtilles, je sors de ma léthargie et me demande si mes jambes lourdes et ma faim n’étaient pas le prix à payer pour découvrir ce trésor. Les jambes reposées, le goût acidulé des baies sauvages encore dans la bouche, nous avançons à bon rythme, nous arrêtant au lac Storebro pour lancer nos lignes à l’eau, à la recherche de coins abrités où les poissons seraient plus susceptibles de mordre à l’hameçon. Ma patience est récompensée lorsque j’attrape une perche, dont les écailles

TRÉSOR Des airelles pour le dîner.

s­ cintillent telles des émeraudes au soleil. Après avoir aménagé un foyer en forme de fer à cheval à l’aide de pierres et d’un gros rocher plat – le rocher plat est essentiel car il empêche toute propagation souterraine du feu aux racines des arbres –, je découpe un morceau d’écorce de bouleau, gratte des copeaux et ajoute des éclats de bois imprégnés de résine avant de projeter des étincelles sur le tas à l’aide de mon briquet à silex. Le feu prend, et j’empile petit à petit des morceaux de bois parallèlement au côté ouvert du foyer afin de retenir la chaleur et de permettre une combustion plus longue et plus intense. Après avoir affûté un bâton, je découpe la perche en filets et la fais cuire. Le repas est aussi savoureux que réconfortant. Plus tard, je fais réduire les airelles afin de concocter une confiture à la suédoise, que je verse ensuite sur du porridge. Incroyablement nourrissante, cette collation est à des années-lumière de celle que j’ai avalée la veille. Chercher sa propre nourriture est à la fois source d’ancrage et d’inspiration. La nature est généreuse : si vous la respectez, elle vous le rendra au centuple. Preuve en est ces aurores boréales rouges et vertes qui magnifient le ciel dans la nuit glaciale. Le lendemain matin, c’est avec une joie teintée d’amertume que nous enfourchons nos vélos vers la fin de cette aventure. Journaliste spécialisé dans le tourisme d’aventure, Matt Ray est toujours en quête de sa prochaine expédition sportive en pleine nature. Insta : @adventurefella; adventurefella.com THE RED BULLETIN


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PLAYLIST/

RAP D’ORFÈVRE Dans la foulée de son magistral premier album LA FIEV paru début 2025, Mairo a confirmé son statut d’acteur majeur de la scène hip-hop suisse... et francophone.

« J’pop une ’teille à ma santé/J’ai passé des ­années à patienter », déclare Mairo sur le morceau PARC DES SOURDS issu de son nouvel album aux sonorités jazzy, BLISS, façonné avec le producteur belge neophron. Une ­punchline légitime pour celui qui, du haut de ses 31 ans, a passé plus de la moitié de son existence à affûter sa plume. Tombé dans la marmite rapologique quand il était petit, le ­genevois issu du collectif SuperWak Clique s’avère tout aussi méticuleux en studio (une dizaine de projets au compteur) qu’en live (l’anglicisme sold out est de mise lorsqu’on évoque ses concerts). Ajoutez à cela une performance remarquée de plus de 50 minutes de freestyle pour le média spécialisé Grünt et vous obtiendrez quelques clés de compréhension quant à la montée en puissance de l’artiste au sein du vivier francophone, dépassant largement les frontières helvétiques. Mairo passe ici au crible les tracks intemporelles qui trônent dans sa playlist. CHIRURGICAL Références pointues, flow tranchant et rimes aiguisées ; telle est la panoplie de Mairo lorsqu’il amorce son phrasé.

Cham

The Streets

Lil’ Kim

Earl Sweatshirt

« J’ai grandi avec ce morceau dans mes écouteurs. Je l’avais en tête avant même de vraiment savoir ce qu’était le rap et de m’y intéresser. C’est l’un des grands hits de notre enfance, un titre qui me ­ramène directement à cette époque lorsque je me penche dessus. »

« Je n’ai découvert ce titre que cette année, mais je trouve qu’il sonne toujours aussi frais aujourd’hui. The Streets était vraiment en avance sur son temps, avec une manière totalement novatrice d’aborder le rap et la production. Depuis, je l’écoute en boucle. »

« Je me souviens qu’on ­s’envoyait cette track avec mes potes à l’époque des ­téléphones mobiles Sony ­Ericsson. C’est mon frère qui m’a fait découvrir ce morceau pour la première fois. Lil’ Kim est une reine, et ce titre reste associé à beaucoup de souvenirs. »

« C’est mon morceau préféré de mon rappeur préféré ! J’ai toujours écouté l’artiste Earl Sweatshirt, mais depuis un an, je saigne vraiment toutes ses sorties. Il a cette capacité à toujours être en avance, aussi bien dans son écriture que dans ses choix artistiques. »

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It’s Too Late (2002)

Lighters Up (2006)

WELL DONE! (2025)

FRANCOIS GRAZ

Ghetto Story (2006)

LÉA ESMAILI

BLISS disponible sur toutes les plateformes de streaming depuis le 29 juin. IG : @mairoxtrm


PROMOTION

LE PLEIN DE SOLEIL Red Bull, Emil Frey Ebikon et la nouvelle Leapmotor B05 vont vous faire passer un été électrique ! Le 29 août prochain, le Lido de Lucerne sera le point de rendez-vous incontournable des amoureux de l’été et du divertissement haut de gamme. Trois partenaires de choix y sont attendus comme le messie : les Red Bull ­Navigators avec une expérience unique à la clé, Emil Frey Ebikon et la nouvelle Leapmotor B05 avec leur propre vision de l’avenir de l’automobile. Dans le monde entier, Red Bull rime avec énergie, créativité et expériences extraordinaires. Des valeurs en parfaite harmonie avec la philosophie de Leapmotor. Partenaire automobile officiel, la marque tech promet de faire vibrer les rives du lac des Quatre-­ Cantons avec la nouvelle Leapmotor B05, un modèle qui allie design progressif et performances hors-normes 100 % électriques. L’évènement est organisé de main de maître par Emil Frey Ebikon Kriens et Sihlbrugg. ­Véritable pilier local, l’entreprise familiale offre à tout le public de Suisse centrale un accès ­direct à la B05, avec service suisse, savoirfaire séculaire et vision concrète des nouvelles tendances à la clé. Un trait d’union parfait entre ancrage local et innovation globale.

© LEAPMOTOR

Un partenariat solide qui promet de régaler le public du Lido de Lucerne. Red Bull propo-

sera des divertissements de premier choix dans une ambiance détendue tandis que la Leapmotor B05 se chargera de redéfinir le confort intelligent et le mode de vie urbain. Sur place, l’équipe d’Emil Frey Ebikon vous permettra de découvrir ce tout nouveau ­modèle de très près et de remporter l’un des nombreux prix à gagner ! Rendez-vous le 29 août au Lido de Lucerne pour des divertissements de haute-volée, de nouveaux modes de vie automobiles et l’excellence de la qualité suisse. Une journée d’été qui vous permettra d’apprécier toute l’énergie qui se dégage de l’union de trois partenaires exceptionnels.

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PERSPECTIVES

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ÉNIGME/

GROS BISCOTOS Bienvenue dans ce casse-tête pour muscler tes petites cellules grises. Ton défi, si tu l’acceptes, consiste à déplacer les rochers vers un emplacement déterminé.

TA MISSION

Les deux roches grises doivent être placées chacune sur un X brun. Tu ne peux les déplacer qu’en les poussant devant toi. Impossible de les tirer en reculant ni de pousser deux pierres d’un coup. Ton personnage peut se déplacer sur toutes les cases libres, mais pas sauter par-dessus un roc.

PFEFFERMIND

BRATISLAV MILENKOVIĆ

1. FACILE

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2. MOYEN

3. DIFFICILE

Scanne le code QR ci-dessus pour voir les solutions.

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PROMOTION

MONTRES/

L’HEURE DE METTRE DES COULEURS

À l’intérieur se trouve le calibre MT5813, un mouvement de chronographe à embrayage ­vertical pour assurer un départ sans à-coup de la grande aiguille centrale des secondes au moment de lancer le chrono.

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Chronographe et montre de plongée, la Black Bay Chrono 39 Bumblebee aime les contrastes. Le cadran jaune vif fait ressortir les compteurs noirs pour une lisibilité optimale. Sur la lunette, la fonction tachymètre permet de mesurer la vitesse ; les fameuses aiguilles Snowflake caractéristiques des montres de plongée Tudor sont présentes. Gabarit sportif avec ses 39 mm de diamètre et taille de guêpe avec ses 13,1 mm d’épaisseur pour encore plus de confort au poignet. 5 500 CHF, tudorwatch.com

TUDOR

Tudor Black Bay Chrono 39 : un chronographe résolument sportif qui va vous en mettre plein les mirettes !


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PERSPECTIVES

AGENDA/

BEL HORIZON

Une nouvelle saison pour élargir son champ des possibles : du fitness au secteur tech, tout est possible !

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octobre

Bikepark Closing feat. Red Bull Une dernière session pour envoyer du flow sur les trails avant de ranger les bikes pour l’hiver, dans une ­ambiance aussi smooth qu’électrisante. Au programme : runs de fin de saison, DJ set depuis le Red Bull Event Car, grillades qui crépitent, ­riders détendus et sourires pleins de poussière (ou de boue...). Tout est réuni pour clôturer la saison comme il se doit.

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septembre

Les Championnats d’Europe Euro Rapid Surf 2026 sont le premier championnat continental officiel de rapid surfing et réunisssent les meilleurs athlètes d’Europe. Accueilli à l’OANA d’Ebikon, près de Lucerne, et organisé par Swiss Surfing pour le compte de la Fédération européenne de surf (ESF), cet événement allie sport de haut niveau, art de vivre et esprit communautaire dans un format de compétition ­innovant sur une vague artificielle stationnaire. eurorapidsurf.org

Expérience en IT pas nécessaire : il suffit d’être curieuse, d’avoir une idée et le courage de passer à l’action. #herHACK aide les femmes qui souhaitent donner un nouvel élan à leur carrière dans la tech. Car seulement 16 % des emplois dans ce secteur en Suisse sont occupés par des femmes, alors que le pays devrait faire face à 38 700 postes non pourvus d’ici 2030. Notre mission est de faire évoluer cette réalité. En ligne et à Lausanne. herhack.ch

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SGRAIL78 Silvaplana

Hyrox

au 26 septembre

Euro Rapid Surf 2026

au 6 septembre

Un paysage montagneux à couper le souffle, des parcours exigeants et un programme d’accompagnement varié constituent la base de la deuxième édition de SGRAIL78 dans la région alpine, qui réunit natation, gravel et trail running. Un triathlon comme un week-end entre passionnés·es. Cette année, tu peux t’inscrire en équipe ! sgrail.country THE RED BULLETIN

au 11 octobre Que tu vises un nouveau record personnel ou que tu participes à ta première course, c’est l’occasion idéale de repousser tes limites, de ressentir toute l’énergie de ­l’événement et de faire partie d’une communauté inspirante. Ne manque pas l’opportunité de vivre l’expérience Let’s Go Fitness ­HYROX ­Genève : entraîne-toi avec déter­ mination et viens relever le défi ! hyrox.com

ONDREJ KOLACEK, SGRAIL

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#herHACK


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30 août

100 % Hip Hop Depuis 29 ans, 100% Hip Hop fait vibrer Lausanne au rythme de la culture urbaine. Cette journée gratuite ­rassemble le public autour de battles, de démonstrations, d’initiations, de DJ’s et de MC’s. Le jury Breaking accueillera B-Girl Carito (Argentine), invitée internationale et récente participante du prestigieux Red Bull BC One. Jusqu’à 20 heures. @jdsevents

3 septembre

Beach Sisters La nouvelle série documentaire en six épisodes Beach Sisters suit les sœurs suisses, athlètes de beach-volley, Anouk et Zoé Vergé-­Dépré. Lors de leur première saison en équipe sur la route des Jeux olympiques de 2028. Cette coproduction de Sky Suisse et de la RTS offre un regard intime sur leur ­quotidien entre sport de haut niveau, famille et grands rêves. Dès le 3 septembre sur Sky Show.

12 LITTLE SHAO, MURIEL FLORENCE RIEBEN

et 13 septembre

Groove Session

Groove Session célèbre sa dixième édition à Neuchâtel avec le plus grand ­battle de breaking de Suisse. Au programme : des battles internationaux, des performances artistiques, des animations pour les familles et un concept unique réunissant une star mondiale du breaking et un jeune prodige dans la même équipe. Un événement intergénérationnel mêlant ­excellence, transmission et partage. groovesession.ch

Directeur éditorial Print & Publishing Andreas Kornhofer Directeur The Red Bulletin Andreas Rottenschlager Éditing Stephan Hilpold Direction créative Erik Turek (dir.) Kasimir Reimann Direction artistique Marion Bernert-Thomann Miles English Kevin Faustmann-Goll Patrick Schrack Rédaction photo Eva Kerschbaum (dir.) Marion Batty (adj.) Susie Forman Matti Wulfes Production édoriale Marion Lukas-Wildmann Managing Editor Ulrich Corazza Global Content Tom Guise (dir.) Lou Boyd Publishing Management Sara Car-Varming (dir.) Hope Elizabeth Frater Création marketing Julia Schinzel (dir.) Martina Maier Florian Solly Création marketing Peter Knehtl (dir.) Lisa Jeschko Tino Liebmann Sophie Weidinger Management vente Klaus Pleninger Abonnements Peter Schiffer (dir.) Viktoria Schwärzler Yoldaş Yarar Correction Hans Fleißner (dir.) Petra Hannert Monika Hasleder Billy Kirnbauer-Walek Production Veronika Felder (dir.) Martin Brandhofer Walter O. Sádaba Sabine Wessig Lithographie Clemens Ragotzky (dir.) Claudia Heis Nenad Isailovic Josef Mühlbacher Adresse de la rédaction Am Grünen Prater 3 1020 Vienne, Autriche Tel : +43 1 90221-0 redbulletin.com Servus Media Dietmar Otti (Directeur Servus Media) Matthias Brügelmann (Directeur contenus) Marlene Beran (Directrice des opérations) Stefan Ebner (Directeur commercial et marketing) Propriétaire médias et éditeur Red Bull Media House GmbH Oberst-Lepperdinger-Straße 11–15, 5071 Wals bei Salzburg, Autriche, FN 297115i Landesgericht Salzburg ATU63611700 Directeurs généraux Red Bull Media House GmbH Dietmar Otti Marcus Weber

THE RED BULLETIN Suisse ISSN 2308-5886 Rédactrice en chef Suisse Anna Mayumi Kerber Rédaction Lisa Hechenberger Christine Vitel Country Project Management Meike Koch Ventes médias & partenariats Christian Bürgi (dir.) Marcel Bannwart Lauritz Putze Michael Wipraechtiger Traductions & correction Willy Bottemer Claire Schieffer Gwendolyn de Vries Lucie Donzé Abonnement getredbulletin.com abo@ch.redbulletin.com Prix : 20 CHF, 6 numéros Impression P/mint Sp. z o.o. ul. Pułtuska 120 07-200 Wyszków Pologne Publication conformément au §25 de la loi sur les médias Les informations sur le propriétaire des médias sont disponibles directement à l’adresse suivante : redbull.com/im/de_AT THE RED BULLETIN Allemagne ISSN 2079-4258 Rédacteur en chef Allemagne David Mayer Rédaction Lisa Hechenberger Country Project Management Natascha Djodat THE RED BULLETIN France ISSN 2225-4722 Rédacteur en chef France Pierre-Henri Camy Rédaction Marie-Maxime Dricot Christine Vitel Country project management Louise Hebbinckuys THE RED BULLETIN Royaume-Uni ISSN 2308-5894 Rédactrice en chef Royaume-Uni Ruth McLeod Country Project Management Ollie Stretton THE RED BULLETIN Autriche ISSN 1995-8838 Rédactrice en chef Autriche Nina Kaltenböck Rédaction Lisa Hechenberger Country Project Management Julian Vater

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ON A POSITIVE NOTE

Des talents de la littérature suisse se livrent sur des sujets qui leur tiennent à cœur, avec un twist positif.

Comment le ­cinéma a ­bouleversé la vie de Sarah Gysler (en bien)

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Je ne vais pas vous raconter l’histoire, je m’en souviens assez mal. Je sais seulement qu’à la fin ils se séparent, et que je n’avais jamais été aussi scandalisée par un dénouement. Je me suis retrouvée debout, tremblante, à gueuler comme un putois inculte, à manifester pour que le réalisateur (mort) rappelle le scénariste (mort) et les acteurs (tous morts), et qu’ensemble ils tournent une nouvelle fin, pour moi. L’intensité était absurde. J’ai dérangé tout le monde. C’était mon premier émoi cinématographique. J’avais vingt-quatre ans.

EMMENEZ-MOI

est par amour (non réciproque) de la voile que j’ai découvert le cinéma noir et blanc. Avec des copains, on naviguait le long de la côte marocaine pendant un été. On était partis de Camargue pour rejoindre Rabat, puis Casablanca. Pas loin du port où nous allions ­rester amarrés quelques jours, il y avait un cinéma en plein air. Un soir, Casablanca de Michael Curtiz était projeté. Casablanca à Casablanca ! C’était l’occasion. Je n’avais jamais vu de film datant d’avant les années nonante, alors de 1942… Je n’avais jamais non plus entendu parler d’Humphrey Bogart, de son ­Borsalino, ni d’Ingrid Bergman et de ses yeux mouillés. J’étais affalée dans une sorte de gros pouf ­imperméable, face à la mer. Des mouettes passaient devant l’écran. Le film était sans couleurs, mais le ciel était violet.

KORNEL STADLER

C’


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L’année suivante, c’est par amour (toujours non réciproque) pour un garçon que j’ai continué à explorer le cinéma. Il était petit et pâle et spécial et brillant. Il était passionné de cinéma. Moi je ne connaissais que Casablanca, et sa fin que je refusais toujours d’admettre. J’habitais avec mon père, qui se couchait très tôt et avait une immense télévision dans le salon. Alors tous les soirs, pour faire illusion, je regardais le film d’Arte. J’ai vu des choses pas mal, je crois. Des films où quelqu’un tombait amoureux en regardant quelqu’un fumer dans une cuisine. Et puis d’autres choses. Des documentaires sur des architectes qui avaient consacré leur vie à une seule chaise. Ou des films où même le générique était long, si long… Puis un soir, La Vérité d’Henri-Georges Clouzot est passé. Et ce film a tout changé. Depuis, je défends mes noirs et blancs comme d’autres leurs couleurs. C’est le jeu des acteurs et leurs mouvements. Les dialogues qu’on note pour les apprendre, les garder, peut-être les ressortir pour un beau mot, un jour, dans Dieu sait quel débat scabreux. Ce sont les tenues cintrées de Brigitte Bardot, ses cheveux longs, sa manière d’en baver, d’être belle et libre et parfois cruelle. C’est Sami Frey, petit, pâle, spécial, brillant, dont le portrait restera longtemps encadré dans ma salle de bains. C’est leur histoire d’amour passionnée, déséquilibrée, à contretemps et qui finira mal. C’est tragique, et ça aurait pu être le mien, de procès. C’est la lenteur de certaines scènes – pas une lenteur chiante, mais une lenteur qui tend. C’est une époque racontée – et mieux que ça, montrée : je n’ai pas connu le Paris des années soixante, je n’étais pas née, mes parents qu’à moitié, et pourtant j’y ai vécu durant deux heures… Alors j’ai su que le cinéma pouvait être autre chose qu’un divertissement ou un moyen de pécho (même si ça marche bien). Qu’on pouvait l’aimer sans forcer, avec un peu de curiosité, de patience, et en acceptant quelques navets. C’était il y a sept ans. J’ai vu un paquet de films depuis, la plupart blottie tout contre le garçon convoité. Dans ma vingtaine, j’ai parcouru l’équivalent de deux tours du monde, lu des centaines de livres, j’en ai écrit deux, j’ai connu de grandes amitiés, l’amour, le deuil, la folie, j’ai rencontré des tas de gens. Pourtant, c’est le vieux cinéma qui m’a le plus façonnée. Je crois que le peu que je sais de la vie, je l’ai découvert là. Je ne comprends les rapports humains que lorsqu’ils passent à l’écran. J’y ai appris l’indulgence, la colère et les chansons, la nécessité de porter un beau manteau même quand personne ne regarde,

« Tout avait déjà été vécu, aimé, perdu – et filmé, en noir et blanc. Dans un monde saturé de couleurs, ce noir et blanc m’apaisait. » l’espérance et les stigmates de la guerre, la technique pour attraper un cheval au lasso, la séduction et la difficulté de pardonner, l’entretien d’un Colt .45, la sensualité et la mauvaise foi, la sagesse de ne jamais commencer une dispute avec quelqu’un qui a plus d’esprit que moi, la trahison froide, l’importance de dire « bonne chance » plus souvent, et de ne pas faire confiance à un bonhomme aux phalanges tatouées. J’ai surtout compris que je n’avais rien inventé. Tout avait déjà été vécu, aimé, perdu – et filmé, en noir et blanc. Dans un monde saturé de couleurs, ce noir et blanc m’apaisait. Parfois, ce cinéma ressemble moins à une échappée qu’à une visite. J’aime bien quand celles-ci prennent un accent marseillais… Marcel Pagnol, c’est des voix avant des images, des gens qui mangent pendant qu’ils parlent, qui parlent pendant qu’ils s’aiment, et qui continuent probablement à parler après la fin du film. Chez lui, le retour d’une chatte chez son maître vaut bien le sauvetage d’un aéroport par un type en débardeur, et les repas durent plus longtemps que certaines histoires d’amour. Ses films sentent l’anis et Aubagne et La Canebière, les vieilles rancunes dont tout le monde a oublié l’origine, mais aussi une époque où le cinéma prenait le temps de jouer aux cartes. En hommage, mon petit chien s’appelle Marcel Pagnol. Il porte son nom avec sérieux… Il connaît tout le quartier, entre dans les boulangeries et circule comme s’il avait toujours vécu là. Il aime les gens avec la même intensité qu’il les emboucane, et tout ça fait du bruit. Presque tous les cinéastes que j’admire sont morts, comme leurs costumiers, leurs dialoguistes, les gens qui leur apportaient le café pendant les tournages, et la plupart de ceux qui ont aimé leurs films. Pour moi, l’exploration de cet univers a été une chasse au trésor : les cartes étaient des filmographies et des génériques en petits caractères, les indices des noms imprononçables – Zbigniew, František, Teinosuke… J’ai passé des nuits entières à enquêter sur deux légendes d’Hollywood qui se détestaient assez pour en faire une œuvre, à me demander si je me serais bien entendue avec Jean Gabin, pourquoi des hommes en gilet et des femmes en robe savaient souffrir avec plus d’élégance que nous, à me demander si je me serais bien entendue avec Marcello ­Mastroianni, et comment un film de monstres, ­interdit pendant trente ans, pouvait être plus tendre que beaucoup de productions récentes. Je ne me suis jamais demandé si je m’entendrais bien avec Timothée Chalamet.

SARAH GYSLER Dans son premier roman, Petite (Éditions des Équateurs, 2018), la Lausannoise née en 1994 ­racontait ses voyages sans argent et cette manie de partir avant d’avoir un plan. Avec Emmenez-moi (2025), elle se livre avec une vulnérabilité nouvelle.

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CLAP DE FIN

ÇA JOUE POUR MAXIME Fierté à Florence d’avoir fini le marathon en moins de 3 heures. Objectif 2026 : moins de 2 h 45. ­IG : @maxime_principe

10 questions à

Maxime Principe Le coach et influenceur suisse de 25 ans se prépare à r­ elever un challenge de taille (un de plus !) à l’automne : son premier HYROX. Rencontre avec l’homme d ­ errière l’athlète. HYROX à Genève du 9 au 11 octobre. Scanne le code ci-contre pour plus d’infos.

À quoi tient une journée réussie ?

Un bon sommeil. Une bonne nuit fait une bonne journée.

Qu’est-ce qui surprend le plus souvent chez toi ? De savoir que j’étudie la finance, ou que je viens de Suisse.

Ton credo : battre des records ou partager un bon moment à plusieurs ?

Un mix des deux, ça dépend de l’objectif. Mais dans l’ensemble, battre mes records. Une compétence HYROX qui te sert au quotidien ?

Un talent caché ?

Le cardio. Et les wall-ball (squat + lancer de la balle × 100) : ça m’a bien aidé pour grimper les 100 marches qui mènent à l’uni à Saint-Gall.

Je suis un bon cuisinier. Mon plat fétiche : les lasagnes de ma maman qui est italienne.

La première, le rowing. Tout le reste est plus qu’horrible !

Une chanson motivationnelle ?

Fortunate Son de Creedance Clearwater Revival.

Dans quel domaine es-tu complètement nul ? La souplesse.

Un plaisir coupable ? Le sucre ! (rires)

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Un conseil sportif…

En course, courir moins vite. Si tu penses que tu ne vas pas vite, alors cours encore moins vite. Et en muscu, écouter son corps. Il ne faut pas trop forcer. C’est vite dangereux, les charges.

GETTY IMAGES, CHRISTIAN PONDELLA/RED BULL CONTENT POOL

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