

L’OPTIMISME, ÇA SE TRAVAILLE JÜRGEN KLOPP ?
Un entretien sur le pouvoir de la confiance en soi et sur l’avenir du foot

/
PLUS EMMA / DANIELA RYF / TIMOTHÉE CHALAMET
LIV BRODER / PHILIPPE LAMON / YUNGBLUD / ELLA RUMPF


Tobias Moorstedt
Les domaines de prédilection de l’auteur allemand
(Die Zeit, Süddeutsche Zeitung) sont l’innovation, la société et le sport.
Pour nous, il a interviewé
Jürgen Klopp au nouveau siège du RB Leipzig.
L’entretien complet à lire en page 34

Mariam Schaghaghi
Autrice, intervieweuse et animatrice, la journaliste allemande évolue entre pop culture, médias et société. Pour nous, elle dresse le portrait des stars de ciné Timothée Chalamet et Ella Rumpf. Pages 16 et 20

Philippe Lamon
« Je l’avoue : la proposition d’écrire ce texte m’a fait sourire. » À 47 ans, l’écrivain romand primé a relevé le défi de notre rubrique On A Positive Note avec humour et autodérision. Le résultat ? À lire en page 98
Une portion d’optimisme, c’est comme un compliment, ça ne se refuse pas… C’est pourquoi nous explorons différentes manières de le cultiver. Il y a celle de Jürgen Klopp, notamment, à découvrir page 34 : fais preuve de courage, entoure-toi des bonnes personnes. Et tout peut devenir possible ! Il y a aussi celle du duo de riders, page 46, Liv Broder, en skate, et Emiglio Pargätzi, en fauteuil roulant – une leçon d’audace et de persévérance : tomber, se relever, repartir… cela fait partie du jeu. Leur enthousiasme communicatif donne envie de (re)commencer l’entraînement en douceur, sans forcer, à l’image des conseils prodigués par Daniela Ryf à la jeune Emma, page 58. Le tout rythmé par les beats de la nouvelle star du rock, le bien nommé Yungblud, page 64.
Bonne lecture ! La Rédaction

En prévision du Wings for Life World Run, Daniela Ryf (dr.) joue la coach pour Emma.
De ville en ville
Elias Gieselbrecht est photographe et athlète de parkour. Petit tour du monde de ses meilleurs clichés.
Jürgen Klopp revient sur les moments marquants de sa vie, et sur ceux qui restent à venir.
Skate
Lignes parallèles
La talentueuse skateuse
Liv Broder et le rider WCMX Emiglio Pargätzi comparent leur passion pour le ride. Fitness
Séance coaching de running en douceur avec la triathlète
Daniela Ryf, et Emma.
Yungblud est le digne héritier d’une longue lignée de figures mythiques du genre.
Breaking/Gaming
Si on fusionne le gaming et le breaking, on obtient un événement complètement fou dans deux réalités.

Le jeune britannique Yungblud n’a pas perdu de temps : le voilà sur scène, à côtoyer ses idoles.

Yosemite, Californie, USA
Le jour se lève
Au point du jour, dans le parc national de Yosemite, le soleil drape l’El Capitan et ses grimpeurs et grimpeuses d’un halo doré. Comme ce soir de novembre, après 9 jours à affronter la neige, la pluie et des rafales allant jusqu’à 80 km/h, l’Américaine Sasha DiGiulian persévère et progresse sur la paroi. Il lui faudra 23 jours pour devenir la première femme à gravir l’itinéraire de 39 longueurs de corde du Platinum Wall. redbull.com



Dubaï, EAU
La règle de trois
Le basket autrement : 3 contre 3, un seul panier, 10 minutes ou 21 points – voici le Red Bull Half Court. La finale mondiale en novembre dernier à Dubaï a départagé les 20 meilleures joueurs et joueuses parmi plus de 8 000 participant·e·s. L’extraordinaire joueur égyptien Ehab Amin avait déjà la victoire en vue sur cette photo : son équipe a gagné. Chez les femmes, ce sont les Japonaises qui ont remporté le trophée. @ehab.amin

Nazaré, Portugal
Du sel et du swell
Grâce à un canyon sous-marin, des vagues pouvant atteindre 30 mètres de haut se forment et déferlent à Nazaré, au Portugal. Ceux et celles qui osent s’aventurer dans ces eaux appartiennent à l’élite du surf de grosses vagues. Leur rendez-vous incontournable ? La TUDOR Big Wave Challenge, qui se déroule jusqu’au 31 mars. On y retrouvera le Britannique Andrew Cotton (43 ans), ici lors d’un entraînement à l’automne dernier. Instagram: @andrew_cotty

À toute berzingue
Nouvelles règles, visages frais, anciens héros, records éternels : les chifres étonnants qui accompagnent le lancement de la saison 2026 de Formule 1.
350
kW (environ 475 ch) proviennent de la propulsion électrique ; le reste du moteur thermique ne doit fonctionner qu’avec du biocarburant. 2026 marque ainsi l’arrivée de la génération de moteurs les plus écolos de l’Histoire.
5
constructeurs motoristes présents cette année : aux grands noms Ferrari, Honda, Mercedes, Ford (en partenariat avec Red Bull Powertrains) et Audi, vient s’ajouter celui de Cadillac.
22
pilotes sur la grille en 2026, soit deux de plus grâce à la nouvelle équipe Cadillac. Avec Arvid Lindblad (Racing Bulls), on ne compte toutefois qu’un seul débutant.
42
9 500

% des amateurs de F1 sont des amatrices, selon les chiffres officiels. Autrement dit, la fan base n’est plus un bastion masculin. Depuis 2018, pas moins de 43 millions de femmes se sont découvert une passion pour la F1.
jours séparent la date de naissance du plus jeune pilote, Arvid Lindblad, de celle du plus expérimenté, Fernando Alonso — soit 26 ans et 10 jours.
12
pilotes au départ peuvent se targuer d’avoir remporté un GP, dont Lewis Hamilton en tête (105 victoires), Max Verstappen (71) et Fernando Alonso (32).
30
kilos en moins pour le poids minimum des monoplaces en 2026, qui passe de 798 à 768. Les voitures seront 10 cm plus étroites et l’empattement raccourci de 20 cm.
11
records de piste ont été pulvérisés en 2025 après l’introduction d’un nouveau règlement technique : quatre par Verstappen et Piastri chacun, deux par Norris et un par Russell.
630
millions de dollars ont été engrangés par F1 The Movie, avec Brad Pitt dans le rôle principal. Ce longmétrage est ainsi considéré comme l’un des films sportifs les plus lucratifs de tous les temps.

EN EXCLUSIVITÉ CHEZ

DES AIIILES
POUR LE RETOUR DU GOÛT GLACIAL.


COMMANDER MAINTENANT
Goût glacial

STIMULE LE CORPS ET L‘ESPRIT.
Là où tout se joue
Cette chaise de gaming suit les mouvements du joueur. Le testeur tech Kirafn s’installe déjà pour l’essayer.
L’objet
Le Roto VR Explorer tourne en fonction des mouvements de tête du joueur ou de la joueuse. Cela est rendu possible grâce à un capteur sur le casque VR et à un moteur dans le socle. L’objectif : offrir une sensation de mouvement fluide et prévenir le phénomène de motion sickness.
Le buzz
Kirafin de son vrai nom Jonas Willbold, 31 ans, divertit son 1,3 million d’abonné·e·s sur TikTok avec des formats humoristiques. En parallèle, il vit sa passion pour les tendances tech. Pour nous, il passe les hypes actuels au crible.



L’avis
Les vidéos sont rares, car l’appareil est trop encombrant pour du contenu en ligne. Mais le post TikTok de UFD Tech a cumulé 1,3 million de vues et 103 000 likes.
Surtout intéressant pour les fans de VR hardcore qui n’ont pas de place pour un tapis VR ou dont la mobilité est limitée. Idéal pour les simulations de course. Le prix (à partir d’environ 700 euros) reste correct. Cela demeure toutefois un produit plutôt de niche.
BILAN
À recommander… … aux passionné·e·s de VR qui veulent rester en mouvement même en demeurant assis.
À éviter… … aux passionné·e·s de VR qui préfèrent transpirer en bougeant – bonjour le tapis VR !

Timothée Chalamet
Dans Marty Supreme, l’acteur francoaméricain campe un pongiste prêt à tout pour conquérir le monde. Il s’est entraîné six ans durant afin de devenir un as du ping-pong et du sport en général.
Texte Mariam Schaghaghi
Un vrai pongiste, qui sautille autour de la table, les yeux rivés sur la balle, qui renvoie avec une nonchalance déconcertante les coups les plus rapides de son adversaire, balles hautes et autres fips, rien ne lui échappe – on dirait qu’il a fait ça toute sa vie. Une performance qui est efectivement le fruit d’années de préparation : pour incarner Marty Supreme, Timothée Chalamet a dû tâter de la raquette. Pour le flm, l’acteur américain n’a pas tenu à se faire doubler : son dernier flm, sorti au mois de février, est inspiré de l’histoire vraie de Marty Reisman, un « artiste atypique » comme il se défnissait luimême, un hurluberlu au destin inclassable, né à New York et devenu fgure légendaire du tennis de table dans les années 50. Surnommé « l’Aiguille » pour son côté gringalet, il a voulu convaincre le monde entier qu’il était un roi – le roi des pongistes. Un athlète qui n’avait vraiment pas l’air d’en être un – jusqu’à ce qu’on le voie à l’œuvre. Sa raquette en main, il devenait invincible. On a voulu savoir comment Chalamet a fait pour devenir Marty le sportif.
« Ça a été un boulot de dingue, avoue l’acteur lors d’une conférence de presse. Sans compter toutes les fois où je devais apprendre des coups ou un échange de balle par cœur. » Six ans au total, dont cinq avec des gourous de la discipline comme le Suisse Diego Schaaf, qui avait déjà entraîné Tom Hanks pour ses scènes de ping-pong dans Forrest Gump. Quant à l’aspect historique et technique, les enchaînements et autres détails, c’est auprès de l’épouse de Schaaf, Wei Wang – une
Focus
Naissance en 1995, à New York Fan de l’équipe de football AS Saint-Étienne 1 Golden Globe 2026 du meilleur acteur dans une comédie et pressenti pour un Oscar le 15 mars Star TV Dans la série Homeland, il joue le fils du vice-président des États-Unis
ancienne championne olympique – qu’il a étudié. Un seul objectif : faire rentrer le tennis de table dans son quotidien. Même sur les tournages de Wonka et de Dune 2, chez lui, à Los Angeles ou en déplacement : il devait toujours y avoir une table à disposition pour s’entraîner.
Itinéraire d’un enfant borné Depuis le flm qui l’a révélé au grand public en 2017, Call Me by Your Name, Timothée Chalamet a enchaîné tellement de succès qu’on serait tenté de croire qu’il possède une espèce de don inné, un talent inexplicable qui lui permettrait de jouer n’importe quoi sans aucun efort. Grosse erreur : l’acteur franco-américain est au contraire un forcené de boulot, un adepte du travail d’acteur « à l’ancienne ». Pour Call Me by Your Name, il s’est mis à l’italien, au piano et à la guitare ; pour Dune, il a travaillé à fond sur sa forme physique. Et pour camper le chanteur folk Bob Dylan dans Un parfait inconnu, il a pris des cours de chant et d’harmonica. Son succès à l’écran, il le doit à cette volonté de maîtriser un jeu à la perfection, au point que tout semble couler de source, où l’acteur disparaît derrière le génie qu’il incarne.
Timmy Chalamet arrive ce jour-là à la conférence de presse avec son nouveau look : exit les bouclettes et le regard de braise, c’est en vrai nerd – cheveux courts et binocles démodées, chemise proprette et cravate, sans oublier la petite moustache clairsemée de post-ado – que celui qui incarne Marty à l’écran se présente devant le parterre de journalistes. Petite correction : il s’agit là de son ancien look de Dune 3, explique-t-il en riant. Concernant sa popularité aussi internationale qu’inattendue, l’acteur a une réponse aussi courte que pertinente : « Je le dis sans ironie, j’étais exactement comme Marty au début de ma carrière. » Depuis qu’il a 10 ans, ce NewYorkais d’origine savait qu’il voulait devenir acteur et s’est accroché à son rêve, enchaînant les castings jusqu’à ce qu’il décroche, à 18 ans, son premier rôle important dans Interstellar de Christopher Nolan. Il a toujours su où il allait : « Je n’ai jamais accepté un non comme réponse – et ce dans un secteur où l’on se prend tellement de portes dans la fgure. »
Learning by doing
Après neuf ans passés sous les feux de la rampe, Chalamet a non seulement fait preuve de ténacité, mais a surtout prouvé qu’il était capable de tout jouer. Plus jeune acteur à être nominé pour l’Oscar du premier rôle (Call Me by Your Name), il est ensuite nominé en 2025 pour son rôle de Bob Dylan. Avec Marty Supreme, Chalamet est de nouveau pressenti pour les Oscars. Son « Marty » lui a déjà valu son premier Golden Globe du meilleur acteur – qui sait s’il remportera la statuette dorée le 15 mars prochain ? Ce serait la consécration ultime d’un jeune acteur qui vient de fêter ses 30 ans.
Chalamet a désormais pris l’habitude, lors d’un tournage, d’éliminer tout ce qui peut le distraire, même son smartphone, parce qu’il veut « incarner le personnage pendant deux mois. Avoir la chance de jouer à ce niveau, c’est le plus beau cadeau de ma vie. »
Atteindre un tel niveau de crédibilité peut être comparé à la ténacité de Marty lorsqu’il a voulu forcer son destin. Pour lui, ce flm est bien plus qu’un simple projet « de plus », c’est une révélation : celle d’un cinéma qui célèbre l’efort et la volonté.
Instagram : @tchalamet

« Dans un secteur où le rejet est permanent, je ne me suis jamais satisfait d’un non comme réponse. »
À 10 ans, il savait déjà qu’il voulait être acteur. Timothée a aujourd’hui 30 ans.
Soe Gschwind
est comme un couteau suisse : polyvalente. La présentatrice, animatrice et commentatrice de jeux vidéo bouscule la scène de l’e-sport et secoue la « culture bro ».
Texte Pauline Krätzig Photo Armon Ruetz
Les nerds ont toujours été très cool. La preuve avec Soe Gschwind, 37 ans. Gamine, elle dessinait des personnages de Dragon Ball et de Pokémon, lisait des BD et des livres de fantasy, apprenait des langues en autodidacte et jouait aux jeux vidéo en cachette. « C’était une forme d’évasion. Un autre monde dans lequel je pouvais me réfugier. »
Soe et son frère ont grandi dans un foyer pour enfants. Les week-ends et les vacances, ils vont souvent chez leurs grands-parents qui leur ofrent un Game Boy. « Ce sacré machin en plastique gris. Je devais le partager avec mon frère qui était plus grand et plus fort que moi, alors je jouais la nuit, quand il dormait. » Soe était accro. La journée, elle cachait la console sous son matelas. « Mon frère et moi avons bricolé un PC tout pourri à partir de vieilles pièces détachées, qui fonctionnaient à moitié. » Soit la première d’une longue série de fois où Soe a décidé de prendre les choses en main.
La communauté jamais bien loin
Armée de son PC et du jeu World of Warcraft, Soe s’évade virtuellement, noue des contacts – qui perdurent jusqu’à aujourd’hui – et passe des nuits entières à explorer un univers numérique sous les traits d’une magicienne mort-vivante. Quand on lui demande ce qui la fascine et ce qu’elle apprécie dans le jeu vidéo, elle ne cite pas de classement de jeux, mais parle avec tendresse d’une communauté qui, surtout à ses débuts, ressemblait à une petite famille. « Ce qu’il y a de plus beau dans le gaming, c’est que tu rencontres beaucoup de gens avec lesquels tu partages une passion commune mais à qui tu n’aurais peut-être jamais adressé la parole autrement. La première
Focus
Son vrai nom Salome GschwindRepp Née à Bâle, elle vit aujourd’hui à Los Angeles Elle rêvait de devenir dessinatrice de BD ou interprète
Elle a tatoué les animaux totems de sa famille sur la peau Elle sait dessiner, peindre, jouer du ukulélé, et parle six langues
fois qu’on s’est rencontrées avec celle qui allait devenir ma toute première meilleure amie, on a ouvert les yeux sur un truc de taille… » Soe marque une pause avant de s’esclafer : « … C’était une goth hardcore et moi j’étais hip-hop à fond. »
Dans l’univers du virtuel, cela n’a aucune importance. « Origine, âge, handicaps physiques : dans le gaming, il y en a pour tout le monde et chacun décide comment il veut vivre les jeux vidéo. Il n’y a ni bien ni mal. »
Embrasser le succès Mais ce que Soe préfère par-dessus tout, c’est regarder les autres jouer. « Ça m’emballait et, en même temps, ça me calmait complètement. » Il est donc logique qu’elle en ait fait son métier aujourd’hui. Observer, poser des questions, commenter, animer, divertir : Soe le fait déjà très bien dans les premiers chats en ligne. À l’époque, une web-radio remarque la jeune femme de 19 ans et l’invite à participer à une émission. Pourquoi elle ? « Mes commentaires étaient sans doute particulièrement drôles », dit-elle (en ayant l’air de s’interroger). Mais voir Soe en action ne laisse pas de place au doute. Pas étonnant qu’elle soit repérée de nouveau peu après puis recrutée par la start-up berlinoise de gaming Freaks 4U en 2007. « Et puis je me suis retrouvée à animer la Games Convention à Leipzig. C’était dingue ! »
Freaks 4U, c’est une poignée de passionné·e·s qui commencent à produire du contenu gaming de manière pro, à organiser des tournois multijoueurs en ligne, le tout difusé en streaming audio. Ce sont donc des pionniers et pionnières de l’esport germanophone. « Freaks était minuscule. Nous étions dix en tout, nous courions d’un événement à l’autre, je devais littéralement construire les scènes sur lesquelles je me tenais ensuite. En parallèle, j’ai suivi une formation de graphiste média, parce que personne ne savait tout ce que cela allait devenir. »
Voir plus grand
Quand le développeur de jeux, Blizzard
Entertainment, un poids lourd du secteur avec des franchises telles World of Warcraft, Diablo, StarCraft et Overwatch, la débauche, elle a passé près de dix ans chez Freaks 4U, et elle qualife le virage de « plus beau jour de [s]a vie ». En 2016, Soe déménage alors en France et travaille dans leurs bureaux à Versailles comme responsable adjointe de l’e-sport et animatrice. Un an plus tard, elle vit aux ÉtatUnis et ne se consacre plus qu’à une chose : l’Overwatch League de Blizzard, une ligue professionnelle d’e-sport pour le jeu Overwatch
« J’ai participé à la création de la ligue, je pouvais me concentrer sur une seule chose, c’était un rêve. » En 2024, la septième année fatidique, toute sa vie vole en éclat quand la ligue est dissoute pour des raisons fnancières. Soe se met à son compte pour la première fois de sa vie. Mais une femme qui sait s’imposer dans un milieu saturé de testostérone n’a pas peur de s’afranchir.
Tournée vers l’avenir
Dans les années 90, époque à laquelle Soe fait ses débuts dans le milieu, le boy’s club est à son apogée. Depuis près de vingt ans, la boss bitch répond aux clichés sexistes par un « maintenant plus que jamais ! » ou un “fuck of”. « Encore aujourd’hui , les potes et les bros sont plus facilement engagés et encensés, même s’ils ne sont pas meilleurs que les femmes dans le même domaine. » Depuis son licenciement, Soe a reçu beaucoup d’ofres. Et se consacre à la personne auprès de laquelle elle est le plus demandée : sa flle, avec laquelle elle joue… aux Lego !
Instagram : @soe.gschwind

« Nous avons bricolé un PC tout pourri à partir de vieilles pièces détachées. »
En 2026, Soe sera de nouveau animatrice du Red Bull Wololo, à Londres. Les meilleur·e·s gamers et gameuses s’y affronteront sur Age of Empires
Ella Rumpf
est une actrice franco-suisse au joli palmarès, avec des films tournés aux côtés d’Angelina Jolie ou de Noémie Lvovsky. Son secret ? Une intensité émotionnelle qui ne laisse personne indifférent.
Texte
Mariam Schaghaghi Photo Thomas Laisné
« Ella est là ! » annonce-t-on lorsqu’Ella Rumpf fait son entrée : cheveux longs, visage pâle anguleux – et un regard vert qui marque les esprits. Ce genre de jeux de mots autour de son prénom, l’actrice les entend souvent, elle qui est née à Paris et a grandi à Zurich dans un environnement bilingue. Réputée pour l’engagement presque excessif dont elle fait preuve pour chacun de ses rôles, elle brille notamment dans la production française d’Alice Douard, Des preuves d’amour, sorti l’an dernier et primé, depuis, dans de nombreux festivals. Ella y incarne Céline, qui partage sa vie avec sa compagne, enceinte. Les deux femmes vont devenir mères, mais c’est à Céline d’adopter ofciellement l’enfant : il va lui falloir récolter quinze preuves d’amour, quinze témoignages de son entourage attestant de sa capacité à s’occuper d’un enfant. Jusqu’en 2021, c’était ce que la loi française exigeait.
Ella sourit en racontant ses hésitations lorsque la réalisatrice Alice Douard lui a proposé le rôle (aux côtés de Monia Chokri et Noémie Lvovsky). « À 27 ans, je me suis demandé si c’était vraiment le moment de jouer les mères à l’écran. » Mais le caractère autobiographique du projet fnit par la séduire : dix ans plus tôt, Alice Douard a elle-même traversé cette situation lorsqu’elle a voulu devenir mère avec sa compagne. « J’ai dû me familiariser avec l’idée de ce que signife vouloir être mère, assumer la responsabilité d’un être et ressentir ce désir aussi profondément, explique l’actrice franco-suisse. Mais aussi l’idée que ton amour est remis en question juridiquement : tu dois demander à des hétérosexuels s’ils te jugent apte. C’est une atteinte à la dignité humaine ! » Ayant grandi dans un envi-
Focus
Née en 1995 à Paris Fille d’une enseignante française et d’un thérapeute suisse Révélation Grave, dont la réalisatrice, Julia Ducournau, remportera plus tard la Palme d’or pour Titane Elle protège farouchement sa vie privée
ronnement ouvert, entourée de personnes queer, Ella s’est investie corps et âme dans le rôle, en suivant notamment des cours de DJ – son métier dans le flm.
Un diamant brut
Lorsqu’Ella s’exprime, elle cherche souvent ses mots, comme si elle découpait ses phrases directement dans sa pensée. C’est cette approche directe et sensible, cette façon unique de vivre ses mots, qui la distingue. Un côté brut qui n’a pas échappé à des cinéastes comme Julia Ducournau, Jakob Lass ou Marvin Kren : ce dernier lui a ainsi confé le rôle principal féminin dans la série télévisée Freud, et Alice Douard a avoué vouloir travailler avec l’actrice depuis qu’elle l’avait vue en 2016 dans le flm d’horreur Grave. « Ella a un regard d’une profondeur exceptionnelle, soulève la réalisatrice française. Par moments, j’avais l’impression de flmer son âme. »
Cette profondeur d’âme, il semblerait qu’Ella l’ait toujours eue, à 14 ans déjà, lorsque son école monte la pièce de Shakespeare, Roméo et Juliette, et qu’elle est choisie pour y incarner Juliette. « C’est là que j’ai compris à quel point je me sentais bien en jouant. Devant la caméra ou sur scène, quelque chose se passe encore aujourd’hui en moi, quelque chose de nouveau. » À 18 ans, c’est l’épreuve du feu : pour le long-métrage suisse Chrieg,
on lui demande de se raser la tête. « Je savais que pour réussir dans ce métier, je devais me donner à fond. Je me suis demandé si c’était vraiment ce que je voulais. Ce fut une expérience déterminante. »
Douze ans ont passé et ses cheveux ont repoussé depuis longtemps. À 31 ans, Ella peut se targuer d’un palmarès éclectique brillant, avec des rôles tantôt violents, tantôt sensibles, et toujours marquants. « Depuis cinq ans, il m’arrive encore de me demander ce que je fais ici ! »
Figure modèle
Il y a un an, l’actrice est récompensée par le César du meilleur espoir féminin pour son rôle de mathématicienne dans Le théorème de Marguerite, flm d’Anna Novion. Ont suivi huit mois de tournage à Tokyo pour la série HBO Tokyo Vice « J’étais tellement heureuse, c’était incroyable, je ne pensais pas que quelque chose de plus grand pouvait m’arriver ! » Et pourtant : avec Couture – qui raconte la tragédie d’une créatrice de mode lors de la Fashion Week – sorti en 2025, Ella n’en revient pas : un rôle proposé sans casting, sans audition, sans essai caméra... aux côtés d’Angelina Jolie. « On m’a appelée et proposé de jouer aux côtés d’Angelina Jolie. C’était… complètement dingue ! » Angie lui a fait une très forte impression : « C’est une femme bouleversante. Elle a vécu beaucoup de choses, pris des risques, lutté pour sa dignité. » Les deux actrices ont eu « des conversations brèves mais profondes » sur leurs visions du monde et leur manière de traverser les expériences. « Sa vie ne doit pas être simple. J’admire les femmes comme elle qui osent passer à l’action, créer quelque chose. » Et toujours en mouvement.
La question qui préoccupe Ella en ce moment est : où poser ses valises ?Après avoir vécu à Berlin, Londres, Paris, Tokyo et Prague, elle ressent le besoin de trouver un port d’attache au sein d’une vie d’artiste qui l’emmène toujours par monts et par vaux. Mais « il y a tant de choses à faire dans une vie : rester curieuse, comprendre notre monde et trouver des projets qui nous y incitent. » Une chose est sûre : l’ennui n’aura jamais sa place dans le monde d’Ella.
Instagram : @ella_rumpf

« Il y a tant à faire : rester curieuse et comprendre dans quel monde nous vivons. »
Ella Rumpf admire les actrices pour leur engagement et leur activisme.

Sans mobile
Elias Giselbrecht est photographe et athlète de parkour. Avec ses potes, l’Autrichien explore les villes à la recherche de son prochain exploit… pour la beauté du mouvement.
Texte Simon Schreyer
Photos Elias Giselbrecht

Un saut au cordeau
Cette photo a été prise alors qu’Elias avait à peine 18 ans et voyageait en Espagne avec des amis : « On me voit en train d’effectuer un saut de précision vers la rambarde inférieure de la Pasarela Pedro Arrupe Zubia, à Bilbao. »

Superman Break, parkour ou danse contemporaine ? Difficile de trancher parfois, surtout dans le cas du Français Charles Auguste. Elias : « Ce passement d’obstacle de Charles sur une main vient du break et illustre parfaitement son style très singulier. » Cette photo a été prise en 2024 sur la SkylightBubble d’un parking près du Prater, à Vienne. Du pain béni pour l’objectif d’Elias.

Ville de lumière
Le quartier parisien de La Défense est bien connu de la communauté de parkour. En 2018, Elias a eu le coup de foudre pour cette grue et s’est associé à la freerunneuse et grimpeuse Denise Pirnbacher, de Salzbourg. « Pour ce genre d’escalade, je choisis les moments où la ville dort. »
Vu de l’extérieur, le parkour pourrait faire penser à une manière de fuir en toute élégance. Mais pour Elias
Giselbrecht, c’est un art du mouvement… et une source inépuisable de photos à couper le souffle, bien entendu. Développé par le soldat Raymond Belle dans les forêts autour de Paris, le parkour a été transposé à l’environnement urbain des banlieues dans les années 90 par son fils, David Belle. « Je m’entraîne en salle pour maîtriser mes tricks et runs, afin de les exécuter ensuite en plein air avec le plus de réalisme et d’engagement possible », précise Elias.
Même pas peur
L’ordre règne en maître dans le centre-ville de la capitale autrichienne. Mais quand ils arrivent en ville, Elias et ses amis envoient valser les codes, comme l’illustre ce cliché de 2024 mettant à l’honneur le traceur Dennis K, originaire de Mannheim (Allemagne) et éternel complice d’Elias. Sa devise ? Le trottoir, c’est surfait.


Rondement mené L’immense fenêtre circulaire du bâtiment Marie-ElisabethLüders, à Berlin, forme un motif très prisé des photographes de sports urbains. « Je voulais l’aborder sous un angle un peu moins classique, explique Elias. J’aime beaucoup la perspective inclinée et l’ombre projetée de Daniel Heinzl, mon meilleur ami et un athlète exceptionnel. » Ce cliché est allé en demi-finale du concours Red Bull Illume 2023.
Né en 1998, Elias Giselbrecht a grandi dans le quartier viennois d’Ottakring. Passionné de gym, il découvre le parkour à l’âge de 14 ans. Avec son crew, le Revo Cult, il s’entraîne d’abord en salle avant d’investir les rues de Vienne (Autriche). Il fait ses premiers pas dans la photo avec le reflex numérique de son père. Aujourd’hui, il utilise un Sony Alpha 7 IV. Son père, architecte, lui a transmis cette capacité à voir les bâtiments remarquables et les structures qui sortent de l’ordinaire. Elias travaille sans relâche pour son art : « Pour le montage, il m’arrive souvent de passer des nuits entières devant mes écrans avec du hip-hop instru bien lourd dans les oreilles. Je me perds dans un tunnel sans fond mais, quand j’en ressors, il y a souvent ce moment magique où les couleurs sont parfaites et la composition totalement équilibrée. En bref, c’est ma vision devenue réalité. »

Le photographe Elias a passé plusieurs étés à travailler comme berger dans des alpages du Vorarlberg, la région la plus à l’ouest de l’Autriche : « Là-bas, les gens font beaucoup avec peu et apprécient les petites choses. Depuis, je suis minimaliste. » eliasgiselbrecht.com


Moralité
Pour capturer cette image de 2024, Elias a dû attendre vingt minutes qu’un fiacre vienne à passer. Pendant ce temps, les traceurs Dennis K. (à gauche) et Amir K. étaient bloqués sur les toits de Vienne. Elias : « Pour bien me préparer, j’analyse précisément comment tombe la lumière et où se trouvent les meilleures ombres. » Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage.

Moment de détente
Grand ami d’Elias, Simon Weger est réputé pour ses figures mêlant parkour et bloc, à grand renfort de magnésie sur les mains. Lors du Steel City Jam de 2022 (un événement de parkour), il a trouvé un défi à sa (dé-)mesure sur la place de l’hôtel de ville de Linz : sauter du bord d’une arcade à l’autre, ce qui requiert une puissance et une force de préhension exceptionnelles. « La photo capture sa première tentative ; il ne réussira qu’au second essai. »
« Je ne réalise que des figures dont je me sens pleinement capable. »
Chat perché
Souple comme un chat, Amir K. a escaladé ce lampadaire près de la cathédrale SaintÉtienne (Vienne) en 2014. « On a d’abord dû tester la solidité de la partie recourbée pour éviter, primo, de la casser et deuxio, de se blesser en tombant », raconte Elias. Une phase de préparation essentielle au parkour. Si tu en doutes, la photo est bien réelle. Elias refuse de faire appel à l’IA : « Cela fausserait la valeur de la performance. »


En tant que Head of Global Soccer, Jürgen Klopp, 58 ans, développe le foot au sein de Red Bull depuis 2025.
« JE ME DIS TOUJOURS QUE ÇA VA BIEN SE TERMINER »
De la montée en première division de Mayence à la victoire en Ligue des Champions avec Liverpool, Jürgen Klopp a permis aux joueurs, aux fans et à des villes entières de croire en elleux-mêmes. Aujourd’hui, il nous parle des défaites qui changent une vie, du pouvoir d’un sourire et de l’aspect salutaire de, parfois, tout remettre en jeu.
Texte Tobias Moorstedt & Jakob Schrenk
Photos Norman Konrad
ON DIT QUE
les gens sont plus petits en vrai qu’à la télé. Avec son 1,90 m, sa silhouette élancée, sa voix puissante et sa poignée de main ferme, Jürgen Klopp ne confirme pas la règle. Il est aussi imposant en chair et en os. « Appelez-moi Jürgen. » On ne compare pas une séance photos avec une réunion dans les vestiaires avant une finale, mais même sans être juché sur un podium, Klopp aimante les regards. Pas besoin de loge VIP, il se change sur le plateau. Sympathique, avenant, bouillonnant d’énergie.
the red bulletin : Actuellement, seule la moitié des Européen·ne·s ont foi en l’avenir. Et toi ? jürgen klopp : Je suis bourré d’optimisme, et je ne conçois pas d’autre manière d’aborder l’avenir. Après, je ne dis pas que cela s’applique à tous les aspects de notre vie ou à l’actualité mondiale. Tout change. De nombreuses ressources longtemps considérées comme infnies sont, pour une raison ou pour une autre, de plus en plus rares et de plus en plus chères. Et beaucoup de choses échappent tout simplement à notre contrôle. Et c’est là où je veux en venir : je suis optimiste en ce qui concerne les choses que je peux contrôler, et j’essaie de vivre et de m’en sortir malgré tous les événements et toutes les tendances actuelles.
Facile à dire.
Complètement. Je sais bien que j’ai une position privilégiée par rapport à beaucoup d’autres qui ont des problèmes bien plus graves. J’en suis très conscient. Je suis là avec vous, à 58 ans passés, et j’ai vécu une vie dont je n’aurais jamais osé rêver dans ma jeunesse. Beaucoup de choses se sont vraiment très, très bien passées. Mais quarante ans plus tôt, j’étais le même type, avec les mêmes valeurs. Appelle-ça de l’optimisme béat si tu veux, mais j’ai toujours été convaincu que ça allait bien se terminer.
Peut-être qu’optimisme et sport de haut niveau sont indissociables ? Tu as grandi en province, dans la Forêt-Noire, un parmi tant d’autres jeunes allemands qui rêvaient de faire une grande carrière de footballeur. Les chances pour que ça marche sont malheureusement infimes. J’aimais énormément le jeu et j’étais aussi l’un des meilleurs de la région. Mais comme je suis très réaliste, j’avais déjà compris que je n’étais pas assez bon. Je me suis peut-être un peu trop sous-estimé et j’ai eu une carrière professionnelle très, très moyenne, mais qui a rendu possible tout ce qui est arrivé par la suite. Je ne serais certainement pas devenu un tel entraîneur si je ne m’étais pas torturé 325 fois dans des stades de deuxième division allemande. Pour réaliser ses rêves, faire preuve d’optimisme permet de mieux

Jürgen Klopp (au centre) sous le maillot extérieur du 1. FSV Mayence, à la lutte de la tête contre Hanovre 96 le 19 septembre 1992. Résultat : 3–1 pour les visiteurs.
aborder le moment où on concrétise ses rêves, pour garder les pieds sur Terre. Il faut savoir rester réaliste, savoir où sont ses talents et comment on peut sortir du lot. Le pessimisme seul ne m’intéresse pas.
Pourquoi ?
Le pessimisme vient des expériences qui n’ont pas fonctionné comme on le voulait dans le passé et qui amènent à ne plus se sentir capable d’afronter ce qui pourrait arriver à l’avenir. Pour moi, il faut considérer ce qui n’a pas fonctionné dans le passé comme une simple information, pour se rappeler que ça n’a pas marché. Je n’ai jamais permis que ces échecs passés viennent entraver mon avenir.
Depuis Franz Beckenbauer, personne dans le football allemand n’a autant fait l’unanimité. Entraîneur le plus titré de ces dernières années, maintes fois lauréat de récompenses télé, omniprésent dans les spots publicitaires. Dans l’un d’eux, il est tour à tour boulanger, dentiste et pasteur, et parvient à nous convaincre qu’il aurait excellé dans tous ces emplois. Les supporteurs et supportrices n’admirent pas que l’homme et ses trophées, mais aussi celui qui chante avec Campino (du groupe de punk rock Die Toten Hosen) après cette finale malchanceuse contre Madrid : “Madrid had all the fucking luck. We swear we keep on being cool. We’ll bring it back to Liverpool.” Un an plus tard, ils ont effectivement remporté le trophée. Comment fait-il pour rester aussi cool et pour mettre le feu à une équipe, un club et toute une ville ? C’est quoi son truc ?
jürgen klopp : Tristesse, colère, réfexion… il y a un temps pour tout. Mes pires défaites ont été les montées en première division manquées du FSV Mayence. On était enfn sur le point de monter en Bundesliga avec ce petit club et on a échoué pour un point lors de la dernière rencontre (en 2001/02, ndlr). À l’époque,
« AVEC

Avant que Jürgen Klopp ne décide de tout miser sur le football, il a fait ses comptes avec sa femme Ulla.
« JE POURRAIS ÉCRIRE UN BOUQUIN SUR LA PRESSION PUBLIQUE. CE SERAIT LA MÊME PHRASE SUR
200 PAGES : “IGNORE-LA”, POINT BARRE. »
c’était la pire journée de ma vie. Je n’avais plus aucune foi en l’avenir. Après une nuit bien arrosée, je voyais déjà les choses d’un autre œil. « Dormir dessus » est vraiment le meilleur conseil que je pourrais donner avant de prendre une grosse décision.
Ça a changé quoi ?
Dès le lendemain, je me suis dit qu’on était tellement forts, tellement près du but, qu’il sufsait de peaufner un peu et que ça marcherait l’année prochaine. Et on a de nouveau échoué, à cause d’un but cette fois-ci (en 2002/03, ndlr). Là, j’ai vraiment cru que les dieux du foot étaient contre moi. Mais ce sont des défaites qui changent une vie. Je savais que si j’échouais une troisième fois, je pouvais tirer un trait sur ma grande carrière d’entraîneur. Et puis on y est arrivés. Et ça m’a sauvé. Les fnales en Ligue des Champions que j’ai perdues par la suite n’ont pas été agréables non plus, mais je savais que ça n’allait plus changer ma vie. C’était des problèmes de luxe. Un trophée en plus ou en moins sur la cheminée, ça ne change pas grand-chose. Celles qui m’ont défnitivement marqué, ce sont ces premières défaites.
La plupart des gens seraient allés s’enterrer au fond d’un trou.
On ne peut pas se le permettre en tant qu’entraîneur. Les joueurs ne voient pas plus loin que le prochain entraînement ou le prochain match. Ce n’est pas un reproche, attention, j’étais pareil. Mais quelqu’un doit montrer la voie, insufer l’idée que l’objectif est à portée de main. Après le second revers avec Mayence, je suis monté sur une estrade et j’ai expliqué que c’était comme si les dieux du foot voulaient nous tester pour voir si l’on pouvait tomber et se relever une, deux ou trois fois et revenir encore plus fort malgré tout. Puis j’ai ajouté : « Aucun club ni aucune ville ne sont mieux placés que Mayence pour réussir ce test. À ce moment-là, tout le monde y a cru, des 25 joueurs aux 20 000 personnes devant l’estrade. À la reprise, 10 000 sont venues assister à l’entraînement et nous motiver pour la saison à venir. En soi, l’optimisme c’est déjà bien, mais partagez-le avec plusieurs personnes et ça donne une force incroyable.
Restons encore un peu à Mayence. En 2001 (un lundi de carnaval pour la petite anecdote), Christian Heidel, directeur sportif de l’époque, t’appelle pour te demander si tu veux reprendre le poste d’entraîneur. Tu as aussitôt relevé le défi. Où es-tu allé puiser une telle confiance en toi ?

Après avoir échoué de justesse les deux années précédentes, les joueurs de Mayence réalisent leur rêve de montée grâce à une troisième place lors de la saison 2003/04.
On pourrait appeler cela « la folle insouciance de la jeunesse ». J’avais 33 ans, j’avais certes terminé des études de sport, mais je n’avais aucune expérience. La question n’était pas si je pouvais le faire pour le reste de la saison mais si je pouvais préparer l’équipe pour mercredi. Et je me suis dit que je pouvais le faire. Par la suite, on a gagné six de nos sept premiers matches. C’était un bon début.
Donc penser par petites étapes au lieu de se dire « bon sang, c’est un pas de géant » ?
Exactement. Dans le foot, les journalistes n’aiment pas qu’on dise : « Je pense match après match. » Mais c’est pourtant le cas. Il n’y a pas d’alternative. On se fxe un grand objectif en se préparant à franchir chaque petite étape l’une après l’autre. C’est le seul moyen d’y arriver.
Des scientifiques ont tenté de saisir pourquoi le degré d’optimisme variait tant selon les gens. 30 % sont imputables à l’ADN, plus précisément à la vitesse de dégradation des neurotransmetteurs. 20 % proviennent du bien-être, d’expériences positives auto-stimulantes. Une large moitié provient d’un environnement favorable qui permet de s’en imprégner. Pourquoi es-tu si optimiste ?
Oui, je suppose que ce sont des facteurs déterminants. On est forcément très infuencé par la famille dans laquelle on grandit. J’étais le troisième enfant, le cadet de cinq ans. Enfn un héritier pour le trône après deux flles. J’aurais pu devenir un gros abruti, ils m’ont gâté jusqu’au bout. Mais ça m’a également donné une confance absolue envers mes semblables. Sérieusement, je n’ai absolument aucun préjugé.
Mon rapport aux autres est très positif, je donne toute ma confance et si l’on me déçoit, je laisse ça de côté pour plus tard.
Ce sont tes parents qui t’ont transmis ces valeurs ? Mon père appartient à la génération d’avant-guerre. C’était quelqu’un de très exigeant. Il ne me disait pas constamment qu’il m’aimait mais il me le faisait sentir. Il voyait en moi quelqu’un capable d’atteindre tout ce qui lui n’a pas pu atteindre. Et il m’encourageait. Je ne sais pas si c’est une histoire d’éducation, d’ADN ou de décision consciente, mais l’important, c’est cette volonté que j’ai de traverser la vie bourré d’optimisme et d’apporter quelque chose à ceux qui croisent mon chemin. Mon bien-être seul n’est pas sufsant. Cela vient de ma foi chrétienne, de mon éducation. Tout n’a pas toujours été rose et à certains moments, on aurait pu s’écarter du chemin…
Par exemple ?
Je suis devenu père très jeune, et à l’époque, je ne me suis pas dit : « Ah, c’est formidable. » Aujourd’hui, je considère que c’est la meilleure chose qui me soit arrivé. Mon fls et celui de ma femme Ulla sont devenus nos meilleurs amis. Pour moi, c’est comme une mission, il s’agit de tirer le meilleur de la vie que nous menons ici-bas. C’est tout.

5 mai 2012, 34e journée, Signal Iduna Park, Dortmund : le Borussia Dortmund est de nouveau champion d’Allemagne ; l’entraîneur Jürgen Klopp célèbre le titre avec le trophée du championnat.
Steven Gerrard, joueur légendaire de Liverpool, a déclaré un jour : « Quand il rentrait dans les vestiaires, Jürgen Klopp avait toujours le sourire aux lèvres. » C’est vrai ? Et est-ce que c’était quelque chose que tu faisais consciemment avant d’ouvrir la porte ? Non, ce n’était pas volontaire, mais forcément, quand tu rentres dans les vestiaires, tu veux préparer ton équipe au mieux avant le match. Il faut que tes gars soient encore plus forts après ton speech. J’exige beaucoup d’eux : du courage, de la créativité, de l’unité. Le sourire est sans doute la seule expression faciale qui rende cela possible.
Tu as déclaré un jour : « Si l’on pouvait mettre en bouteille ce que je ressens avant un match, ce serait interdit à la vente. » Qu’est-ce qui serait écrit sur l’étiquette ?
« Envie de gagner », « envie de se battre », « envie de jouer », « envie de ce que l’on peut infuencer ». Cite-moi un seul truc dans cette vie qui fonctionne mieux quand on fait la gueule.
Ton conseil pour éviter cela ?
Difcile de donner des conseils à des gens que je ne connais pas, mais je pourrais le formuler ainsi : même si je n’ai pas gagné tous mes matches, j’ai eu une
« TOUT DONNER NE SIGNIFIE PAS QUE TU
carrière incroyable. Certains disent : « Il a tout de même perdu trois fnales en Ligue des Champions. » D’accord. Mais il faudrait que je sois le dernier des imbéciles pour ne voir que cela. Je ne suis pas en train de rejouer constamment le flm des buts improbables que le Real nous a mis, ni de penser chaque jour à ces moments où j’ai soulevé le trophée. C’est à moi qu’il appartient de décider comment composer avec les événements de ma vie. Si tu perds un match, tu peux te dire : « L’idée de jeu était mauvaise. On repart de zéro. » Ou bien tu te dis : « L’idée était bonne, mais l’exécution, le timing et la précision n’était pas optimales. » Là, tu te donnes la chance de faire mieux la prochaine fois. Tout donner ne signife pas tout obtenir, mais c’est le seul moyen d’obtenir quelque chose.
Il y a ce phénomène dans le sport où une équipe est soudain « en feu », déborde de confiance et balaie tout sur son passage. Comment fait-on pour allumer ce feu et qu’est-ce que ça provoque comme sensation ?
On a connu cet état de grâce à Liverpool. On n’a pas concédé plus de cinq ou six points à domicile sur plus de deux saisons et demie. C’était dingue ! Malheureusement, pendant cette période, on n’a décroché qu’un titre de champions (rires). Les observateurs pensent que tout nous réussit, que ça glisse tout seul, mais de l’intérieur, c’est une pression constante pour faire tourner la machine. Tu gagnes un match, tu te réjouis vite fait : super, on a trois points. Et puis tu observes tes efectifs : comment vont les gars ? Qui faut-il ménager ? Qui faut-il relancer ? À qui faut-il faire attention ? Trois jours jusqu’au prochain match. Tu gagnes encore. Incroyable. Et maintenant, on fait quoi ? Être dans une série de victoires est tous sauf agréable. Efort, soulagement, efort, soulagement,

« CE QUI ME FAIT VIBRER DANS CE JOB, C’EST QUE
JE PEUX ENFIN ASSOUVIR
MA SOIF DE CURIOSITÉ
SUR LE MONDE. »
constamment, et plus la série dure, plus la pression monte. Ce qui dominait, c’était un sentiment de soulagement immense, tel que j’avais presque du mal à tenir sur mes jambes. Okay, le sifet retentit, on continue, et on continue, encore et encore.
Ça a l’air franchement stressant. Connais-tu des périodes aussi extrêmes dans ton nouveau boulot ?
Soyons clair : l’adrénaline ne me manque pas une seconde. Et si je reste évidemment en étroit contact avec le jeu sur le principe, c’est sous une forme plus atténuée. Je ne suis plus directement au bord du terrain. Après, je vibre forcément avec les équipes et les entraîneurs, mais je ne suis plus le conducteur, plutôt un passager. J’observe la situation et je suis heureux quand on arrive à destination. J’adore mon job, tous ces contacts avec des gens aux fonctions diverses et variées aux quatre coins du monde et ces échanges constants. J’en apprends tous les jours, et ça me fait vraiment vibrer. Je peux enfn assouvir ma soif de curiosité sur le monde.
Jürgen Klopp se trouve dans le tout nouveau siège du RB Leipzig, inauguré fin 2025. Vaste espace ouvert, escalier montant sur quatre étages, large, accueillant, comme une tribune. Il flotte une odeur de bois dans cet espace de plus de 2 500 mètres cubes où tout est ouvert, clair, transparent, même au beau milieu de l’hiver. Dans les espaces de travail, peu de cloisons fixes, tous les bureaux peuvent être agrandis si besoin. Même au niveau de la direction, il n’y a qu’un seul îlot de bureaux central. Klopp ne porte pas un regard nostalgique sur le gazon au dehors. Il a déjà tout accompli en tant qu’entraîneur, et plutôt que de défendre son trône, il a choisi de monter encore plus haut, de partir pour de nouvelles aventures. En tant que Head of Global Soccer, il est responsable des lignes directrices sportives pour huit clubs sur quatre continents. New York, Leipzig, Brésil, Japon. Quelles choses ont changées (ou pas) avec cette nouvelle casquette ?
jürgen klopp : Les vestiaires ne me manquent pas, j’ai sufsamment donné, et franchement, l’odeur ne me manque pas non plus. Ma première année chez Red Bull était super dense. On a lancé beaucoup de projets, brisé de nombreux schémas. Mais comme dans mes clubs précédents, je n’ai pas déboulé ici en expliquant à tout le monde dès le premier jour ce qu’ils devaient changer. Je veux d’abord comprendre à qui j’ai afaire, ce qui est fait et pourquoi. Après seulement on peut commencer à parler de changements et d’améliorations.
Ce poste de directeur mondial est un peu l’antithèse des vestiaires, non ? On règle beaucoup de choses par visioconférence ou sur Slack, à distance, pendant que certains sont pris par

Liverpool remporte la Ligue des Champions en 2019. Les joueurs célèbrent leur entraîneur Jürgen Klopp après la victoire 2–0 contre Tottenham.
d’autres tâches. Comment fais-tu pour créer de la proximité et motiver tes pairs ?
Tout est question d’état d’esprit : ne faire que des visioconférences, sans aucun contact personnel, c’est compliqué. Mais j’ai rencontré chaque personne au moins deux fois et ensuite ça a accroché. À toi d’en faire quelque chose de plus personnel. Le matin, je me lève et je passe cinq appels, on aborde les thèmes les plus importants, et je me rends régulièrement sur place pour m’imprégner de l’atmosphère.
Le job d’un entraîneur, c’est clair, on comprend tous. Mais que fait un Head of Global Soccer ?
Il est un partenaire qui n’existe nulle part ailleurs dans le foot actuel. Un atout que personne, à part les entraîneurs du RB, ne possède. Dans le football professionnel moderne, l’entraîneur principal n’a personne vers qui se tourner dans le club en cas de doute, puisqu’il est censé tout savoir mieux que quiconque. Si l’un de nos entraîneurs a un problème, il peut m’appeler et j’aurais peut-être une solution pour lui parce que j’ai déjà été à sa place.
Bref, tu es également un partenaire d’entraînement. Qu’est-ce que les entraîneurs te demandent avant ou le jour du match ?
Je suis en contact constant avec eux pour développer une base de dialogue et apporter de nouvelles idées
« JE VEUX ÊTRE UN PARTENAIRE QUI N’EXISTE

25 mai 2025 : une fresque murale représentant Jürgen Klopp avant le match de Premier League entre Liverpool et Crystal Palace, au stade d’Anfield à Liverpool.
auxquelles on n’avait pas encore pensé. La question qui revient souvent, c’est de savoir comment évaluer les choses. Je m’explique : le plus grand moteur dans le sport, c’est la pression publique. Comment fait-on pour gérer cela ? Je pourrais écrire un bouquin làdessus, et ce serait la même phrase sur 200 pages : « Ignore-la, point barre. » Les entraîneurs se mettent déjà assez la pression tout seuls. Comment réagir à un débat public ? En n’y participant pas. C’est une de mes leçons principales. Notre but, c’est de jouer un football aussi bon que possible et de remplir notre cahier des charges. Pas d’être dirigés de l’extérieur. On n’est pas là pour faire parler de nous, mais pour trouver des solutions nouvelles et inédites et pour aider les gens à être et rester courageux. C’est une mission exaltante.
Au cours de ta carrière, tu t’es souvent retrouvé dans des clubs où il fallait repartir de zéro, à Mayence comme à Dortmund et à Liverpool. Et maintenant, c’est au tour du RB Leipzig après les grands bouleversements en fin d’année. Comment rester optimiste et être sûr que ça va fonctionner ? En voyant la crise comme source d’opportunité. Une fois les impressions négatives passées, il faut agir aussitôt. Le RB s’était habitué aux victoires et s’était vite imposé dans ce rôle de nouveau venu en Ligue des Champions, le genre de success story assez rare en Europe. C’est un club jeune, plein de vivacité, mais la sauce ne prenait plus trop. Compteurs à zéro, nouveau départ. C’est exactement ce que l’on a fait avec le club : injecter du sang neuf dans un système qui fonctionne et se retrouver avec l’efectif le plus jeune de la ligue. Après, sur le plan footballistique, il y a encore du pain sur la planche, mais c’est logique.
Tu as été très longtemps en Bundesliga, puis en Premier League, et maintenant, tu es dans plusieurs ligues professionnelles en même temps. Ça t’apprend quoi sur le foot ?
« LES VESTIAIRES NE ME MANQUENT PAS, J’AI SUFFISAMMENT DONNÉ. ET FRANCHEMENT, L’ODEUR NE ME MANQUE PAS NON PLUS. »
Niveau intensité, il n’y a rien au-dessus de la Premier League. Les meilleurs joueurs au monde, parfaitement entraînés, engagés à 100 %. Deux coupes en lice au niveau national et une ligue internationale. C’est énorme. La France, c’est la ligue des jeunes talents. Le Japon, c’est une autre histoire, très intéressante aussi, avec une structure complètement diférente parce que les talents sont encore à la fac et n’arrivent en ligue qu’à 23 ans. Ils sont plus matures. Bref, diférents systèmes aussi passionnants les uns que les autres, ce qui fait qu’il est impossible d’appliquer un moule Bundesliga ou Premier League partout. Il faut trouver la meilleure voie pour faire ressortir les meilleurs aspects du jeu en fonction des diférentes conditions culturelles.
Tu nous parlais de l’impatience du public. Comment faire pour assurer un développement durable malgré tout ? Forcément, il faut s’attaquer en priorité aux problèmes immédiats. Mais quel que soit le poste que j’occupais, je suis toujours parti du principe que j’étais là pour durer, non pas parce que je considère mes chances avec tellement d’optimisme, mais parce que c’est ma manière de voir les choses. Je ne brûle pas les étapes. Je veux apprendre à connaître les gens, comprendre tous les aspects, faire peser mon infuence et ensuite, si possible, avoir du succès. Un développement prend du temps. C’est ce que l’on a commencé à faire avec le RB et on verra bien combien de temps ça prendra. Peu importe si c’est sept, dix, ou douze ans.
Voilà 25 ans que tu as fait tes premiers pas en tant qu’entraîneur. Quand on regarde des matches des années 2000 aujourd’hui, on a l’impression d’avoir appuyé sur le ralenti. Qu’est-ce qui va transformer le foot dans les années à venir ? Quand j’étais pro dans les années 90, on nous donnait des comprimés de sel avant l’entraînement avec interdiction de boire. On était complètement déshydratés. Depuis, ça a beaucoup évolué, que ce soit sur le plan tactique ou dans les méthodes d’entraînement. Mon métier a énormément changé. Au début, à Mayence, j’enfonçais un clou dans un mur. À Liverpool, je pilotais un vaisseau spatial. Mais il y a des limites, notamment biomécaniques. Les distances parcourues sont passées de 100 à 150 kilomètres ces dernières années. À partir du moment où tu donnes à tes joueurs le temps de performer, de récupérer et de s’entraîner, tu rends possible un nouvel essor dans le football.

« CE N’EST QU’EN PARTAGEANT L’OPTIMISME QU’IL DÉPLOIE UN EFFET VRAIMENT


Même dans son nouveau rôle, Jürgen Klopp continue de développer les talents. Le RB Leipzig possède l’effectif le plus jeune de la Ligue.
Voilà longtemps que l’Allemagne n’est plus championne du monde des exportations. Mais depuis l’époque de Klopp en Angleterre, les entraîneurs allemands sont très convoités. Gestion humaine, précision tactique… en tant que Head of Global Soccer, le marché mondial est son nouveau bac à sable. Que pense-t-il de l’ambiance générale dans son pays ?
jürgen klopp : J’habite à Mayence. Je ne fais pas de sondages, mais je voyage et j’écoute. Je vois bien que l’ambiance n’est pas au beau fxe. Mais on a toujours eu des problèmes, c’est juste qu’on les oublie vite. Ceux du moment sont plus complexes et plus difciles à régler, et on assiste à des situations inédites et improbables, comme la guerre aux portes de l’Europe ou le fait que certaines opinions politiques que je ne partage pas gagnent en popularité. Je n’envie pas les femmes et les hommes politiques.
« J’AIMERAIS BIEN FAIRE COMME SI, À CHAQUE CARREFOUR OU À CHAQUE CRISE, J’AVAIS SU QUEL ÉTAIT LE BON CHEMIN. MAIS CE N’ÉTAIT PAS LE CAS. »
Pourquoi ?
On ne peut jamais faire l’unanimité. Qu’importe les décisions, il y aura toujours une faction pour s’écrier : « Vous avez perdu la tête ou quoi ? » J’ai beaucoup de respect pour celles et ceux qui s’engagent malgré tout et bravent les tempêtes. Tant que je vois quelqu’un qui fait au moins l’efort de poursuivre une cause juste, j’évite de critiquer, car faire constamment ce qui est juste est quasiment impossible. Je suis un grand défenseur du bon sens : expliquer les choses encore et encore, ne jamais cesser de s’interroger. Et c’est là que j’en reviens à l’optimisme : avoir foi en l’avenir permet de s’imaginer ce à quoi les choses pourraient ressembler dans le meilleur des mondes. Et c’est ce qui nous donne l’envie de tout mettre en œuvre pour que cela se réalise.
Peut-on travailler son optimisme ? Existe-t-il un programme d’entraînement ?
Ma philosophie de vie repose sur les réfexions que je me fais par rapport aux événements qui ont émaillé ma vie. On ne m’a jamais dit quoi faire pour me sortir des coups durs et des défaites. C’était ma décision. Si je regarde d’où je viens et où cela m’a mené, je me dis que ça n’aurait pas été possible. J’aimerais bien désormais prétendre qu’à chaque carrefour ou chaque crise, j’ai su quel chemin choisir. Mais ce n’était pas le cas. J’espérais avoir pris la bonne décision, et j’étais de nouveau prêt à tout risquer au prochain coup.
Que préconises-tu concrètement ?
Tenue : AlphaTauri Coiffure et maquillage : Stefanie Szekies
Je ne veux pas donner de solution toute faite aux jeunes. Je peux seulement dire que pour moi, ça a marché. Ma vie professionnelle a été environ cent mille fois mieux que ce que j’aurais pu m’imaginer, mais j’ai aussi connu des moments où l’on s’est posés avec ma femme Ulla pour faire le bilan : est-ce qu’on pouvait vraiment se permettre de tout miser sur le foot ? On savait que si ça capotait, on deviendrait chaufeurs de taxis. Et puis on a mis les bouchées doubles et ça a marché, fnalement. C’était un beau chemin et beaucoup nous ont tendu la main en cours de route. C’est peut-être ça, le message : armez-vous de courage, entourez-vous des bonnes personnes, et ça devrait bien se passer.

LA MEILLEURE FAÇON DE ROULER
Un duo de talents hors norme : elle, la meilleure skateuse suisse de sa génération ; lui, l’un des meilleurs riders de wheelchair motocross. Liv Broder et Emiglio Pargätzi nous parlent de la liberté de faire ce que l’on veut.
Texte Pauline Krätzig
Photos Jan Cadosch

Liv Broder, 18 ans, et Emiglio Pargätzi, 22 ans, partagent une même passion : le skate. À la Freestyle Academy de LAAX, ils nous montrent ce qu’ils ont dans le ventre.
aLscène du skate s’est toujours voulue ouverte et éclectique. De fait, aujourd’hui, elle est plus inclusive et plus diversifiée que jamais, à l’international. L’origine, le genre, le statut social ne comptent pas vraiment, ce qui importe, c’est ce que l’on fait et qui l’on est à l’instant T. Le style, la créativité et le développement personnel pèsent plus lourd dans la balance que les compétitions officielles et les parcours pro classiques. Les générations précédentes voyaient dans le skate un moyen d’échapper à la réalité et de se rebeller, tandis que la Gen Z
y recherche des espaces (de liberté) et du sens, une identité basée sur la mise en scène de soi et la visibilité – le skate fonctionne très bien sur les réseaux.
La skateuse suisse Liv Broder et l’athlète de WCMX Emiglio Pargätzi s’y adonnent avec passion. Les deux talents suisses font connaissance à la Freestyle Academy de Laax. Deux jeunes gens qui aiment, vivent et incarnent le même sport de manières distinctes.

À 18 ans, Liv Broder est la seule femme de l’équipe de Suisse de skateboard. La Zurichoise collectionne les podiums lors des compétitions internationales.
« LA
SENSATION DE LIBERTÉ EN SKATE EST INCOMPARABLE. SANS MA PLANCHE, J’AI L’IMPRESSION QU’IL ME
MANQUE QUELQUE CHOSE. »
LIV BRODER

Le frontside bluntslide, l’un des tricks fétiches de Liv. « Seules quelques nanas sont capables de le réaliser. »
« On est peu nombreux à maîtriser le handplant en WCMX, explique Emiglio. Et ça rapporte beaucoup de points. »

« DANS LE MONDE DU SKATE, TOUT LE MONDE SE RETROUVE DANS LE MÊME PARK, AVEC TOUTES LES
CONFIGURATIONS DE ROUES POSSIBLES. »
EMIGLIO PARGÄTZI

the red bulletin : Disons-le franchement : aucun de vous n’était réellement parti pour faire du skate au départ. liv broder : C’est en tant que petite sœur que je suis tombée dedans. Mon grand frère Fin m’emmenait avec lui au skatepark quand j’avais 6 ans. Au début, je me contentais d’observer, mais au bout d’un moment, j’ai voulu lui montrer de quoi j’étais capable. À 9 ans, j’ai créé mon propre crew avec deux ou trois autres flles et je me suis même essayée à quelques tricks. J’ai tout de suite adoré. Je suis la seule du crew à avoir continué. emiglio pargätzi : J’ai grandi à Lüen, un village de 80 personnes. Pour moi, c’était tout ou rien. La cata. Donc à 17 ans, j’ai déménagé à Nottwil. C’est là que se trouve le plus grand centre de rééducation d’Europe pour les personnes en fauteuil roulant, qui les aide à vivre de la manière la plus autonome possible. Un jour, ma kiné m’a montré comment descendre les escaliers vers l’avant. Normalement, en fauteuil, on les prend doucement en marche arrière. À partir de là, j’ai osé de plus en plus de choses avec mon fauteuil et je me suis rendu compte que ce n’était pas seulement un moyen de transport, c’était aussi un équipement sportif. Au même moment, le WCMX a commencé à s’imposer en Suisse, et bien sûr, j’étais de la partie.
Qu’est-ce qui vous plaît particulièrement dans le skate ?
liv : Quand j’ai eu l’opportunité d’aller en section sport en tant que skateuse, je n’ai pas eu besoin de réféchir longtemps. La sensation de liberté en skate est incomparable. Quand je suis sans ma planche, j’ai l’impression qu’il me manque quelque chose. Dans cette discipline, tu deviens vraiment bonne quand tes pieds ne font plus qu’un avec la planche. Pour moi, les meilleures baskets pour faire du skate, ce sont les Dunks de Nike : large semelle plate, grande surface d’appui, bonne sensation de planche.
emiglio : Avant, j’étais très timide, je parlais à peine. Le WCMX m’a donné une vraie liberté et m’a permis de remporter des succès. Ça m’a beaucoup aidé à renforcer ma confance et mon estime de moi. Ce que je trouve génial dans ce sport, c’est qu’il n’est pas catalogué comme « handisport ». Dans le monde du skate, tout le

Pas possible ? « Mais si ! »
Pour Emiglio, le fauteuil roulant est devenu un véritable équipement sportif.
EMIGLIO PARGÄTZI BOSS DU HANDPLANT
Signature : Handplant « Pour poser cette figure, je monte sur une rampe en équilibre sur une seule main. Cela demande énormément de technique, le mouvement doit être automatisé : quand tu arrives en haut, tu es déjà de nouveau en bas. En WCMX, à part moi, seules trois personnes savent le faire. Ça rend super bien visuellement et ça rapporte énormément de points en compétition. »
Emiglio Pargätzi a appris très tôt à redéfinir les limites. Ce Grison de 22 ans est né avec un spina-bifida, une malformation de la colonne vertébrale. Depuis son enfance, il se déplace en fauteuil roulant. En 2020, au Centre suisse des paraplégiques de Nottwil, à Lucerne (une clinique spécialisée dans les lésions de la moelle épinière),
il rencontre son entraîneur Marco Bruni et découvre une discipline inventée au début des années 2000 par l’Américain Aaron « Wheelz » Fotheringham : le wheelchair motocross (WCMX). Il s’agit de figures issues du skate et du BMX, réalisées en fauteuil.
Sur le plan sportif, Emiglio progresse rapidement : en 2023, il est récompensé pour ses performances en tant que sportif handicapé grison de l’année. La même année, il se classe dans le top 6 aux Championnats du monde de WCMX en Californie. Lors de la World WCMX Series 2024 à Bulle, il manque de peu la première place. L’année suivante, il termine quatrième.
Actif comme coach WCMX pour Rollstuhlsport Schweiz, Emiglio ouvre de nouvelles perspectives aux personnes en fauteuil roulant.
Insta : @emigliopargaetzi

« DANS CE MILIEU, L’ACCEPTATION ET L’INCLUSION SONT BEAUCOUP PLUS DÉVELOPPÉES QU’AILLEURS. »
EMIGLIO PARGÄTZI
À la Freestyle Academy de LAAX, Liv et Emiglio partagent le bowl, et ont en commun l’ambition et la persévérance.

« JE SUIS LA SEULE FILLE DE MON GROUPE, ET ÇA NE GÊNE PERSONNE. CE QUI COMPTE, C’EST D’ÊTRE CRÉATIVE. »
LIV BRODER
monde se retrouve dans le même park, avec toutes les confgurations de roues possibles. Il n’y a pas d’endroit ni de statut spécial pour moi. Si je tombe, quelqu’un vient me voir : « Hey, tout va bien ? » –« Oui, nickel. » – « Cool, à plus. » Dans ce milieu, l’acceptation et l’inclusion sont bien plus développées qu’ailleurs. Je peux oublier tout le reste. Et quand je suis à fond, j’oublie aussi souvent de me mettre à l’ombre. L’année dernière, je me suis pris une belle insolation.
Liv, ça te parle cette sensation de sortir de soi et de se laisser porter ?
liv : Le fow ? Totalement ! Et le sentiment d’appartenance à la communauté aussi. La communauté du skate est très ouverte. Dans mon groupe d’entraînement, je suis la seule flle et ça ne dérange personne. Ce qui compte vraiment, c’est ce que tu sais faire sur le terrain, ta créativité. On n’a même pas forcément besoin de se parler pour se comprendre.
Comment te décrirais-tu toi-même et ton style de skate, en trois émojis ?
liv :

emiglio :

Maintenant en trois mots ?
liv : Tranquille, street, intrépide.
emiglio : Imprévisible (ça dérape un peu parfois), capable d’autodérision (je sais rire de mes échecs et de moi-même), concentré (quand il faut y aller, je suis pleinement présent), obstiné (je ne lâche rien jusqu’à ce que ça passe).
Quand t’es-tu dit : « C’est plus qu’un loisir, c’est ma passion. Ça pourrait devenir énorme » ?
emiglio : Le WCMX n’est une discipline sportive ofcielle que depuis 2020 en
Suisse. Et c’est pour cela que ça a vite pris un tour pro pour moi, vu que j’étais l’un des rares athlètes de la discipline. C’est quand je me suis retrouvé en compétition et que j’ai fni avec de super classements que je m’en suis vraiment rendu compte. liv : Quand tu maîtrises ton skate, tu le sens. La communauté réagit tout de suite. Je suis assez ambitieuse et, un jour, je me suis dit que faire un peu de skate à côté de l’école, ça ne me sufsait plus. C’est pour ça que je suis allée dans un lycée où on peut allier études et sport de haut niveau. Et c’est grâce à ça qu’à 14 ans, je suis devenue championne de Suisse.
Vous avez tous les deux du succès. Et l’échec ? Comment le gérez-vous ? emiglio : Il y a ce truc chez moi : quand quelqu’un me dit : « Ça ne va pas marcher », je réponds : « Si. » Mais avec le temps, je me connais de mieux en mieux. Au début par exemple, les compétitions à l’étranger, je les prenais un peu à la légère. Aux championnats du monde en Alabama (USA), le temps était glacial, 5 °C, un terrain inconnu, ça a été un vrai fasco. J’étais beaucoup trop lent et je n’ai terminé qu’à la septième place. Mais je sais bien aussi que je vais avoir du mal à passer devant le Britannique qui a remporté les championnats du monde ces trois dernières années. Il est tout simplement mieux armé que moi sur le plan physique et donc les tricks lui viennent mieux et plus facilement. liv : Je suis une très mauvaise perdante. C’est de famille (elle jette un regard à son père, ndlr). Mais mon objectif n’est pas forcément de fnir première, je veux juste être contente de moi. Quand je ne donne pas le meilleur de moi-même ou que je me plante, ça m’énerve, mais c’est à moi que j’en veux le plus. emiglio :Pareil pour moi. Aux championnats du monde de WCMX à Bulle en 2025, j’étais super content de ma quatrième place, parce qu’avant ça, il y avait un rail super haut qui me faisait vraiment fipper, mais pendant la compétition, je l’ai passé quatre fois.
« APPRENDRE À SKATER, ÇA SIGNIFIE APPRENDRE À TOMBER, ET À SE RELEVER. »
LIV BRODER
Quelle est la leçon la plus difcile que le sport vous ait apprise ?
liv : En 2022, je me suis fait une rupture du ligament croisé pendant une compétition à Paris, et j’ai laissé courir pendant trois mois jusqu’à ce que mon corps fnisse par lâcher. Quand ça fait mal, il ne faut pas prendre ça à la légère. En plus, c’était la première fois que je me retrouvais complètement sur le carreau. Physiquement, je m’en suis bien remise, mais le plus compliqué, ça a été de retrouver l’assurance que tout irait bien.
emiglio : Ma hauteur de chute est inférieure à celle des personnes qui ne sont pas en fauteuil. Jusqu’à maintenant, je ne me suis fait que des contusions. Donc : merci le Voltarène. C’est ça, le sport.
Vous en avez déjà encaissé pas mal. Mais Liv, tu ne portes pas de casque. liv : Depuis mes 18 ans, je ne suis plus obligée. Le casque, ce n’est pas bon pour la street cred.
emiglio : Je ride avec un fauteuil spécial équipé d’un système de suspension et je porte toujours des genouillères et un casque. J’en ai un qui a rendu l’âme un jour. J’avais essayé de rentrer un trick dans une pente à un mètre de hauteur. Résultat : des vertiges pendant trois semaines. Ça m’a remis les idées en place.
À quoi ressemblent vos montures respectives ?
liv : Rien d’incroyable. Des roues blanches, des autocollants de sponsors, assez petite, comme moi. Mon rêve, ce serait d’avoir mon propre skate, conçu spécialement pour moi par ma marque… emiglio : Mon fauteuil roulant est peint dans la même couleur que mon break Subaru aménagé : orange.
Vous ne cachez pas vos chutes, vous les partagez même dans vos reels sur les réseaux.
liv : Pour apprendre à faire du skate, il faut apprendre à tomber – et à se relever. emiglio : Exact. Du moment que je sais que j’arriverai à me relever, ça ne me gêne pas de me casser la fgure. Pour beaucoup, tomber en fauteuil roulant, c’est le pire qui
puisse leur arriver. Parce qu’ils ne savent pas comment se relever. Chez le kiné, on apprend plutôt à éviter de tomber. Mais si tu oublies ta peur de tomber, tu tomberas forcément moins.
Comment vous entraînez-vous pour le skate ? Programme nutritionnel ?
Coaching mental ?
Liv et son père Sven échangent un sourire. Emiglio engloutit une pizza au prosciutto. liv : Tous les jours, avant et après l’école, je vais dans des skateparks et dans des salles de freestyle. De la muscu, je n’en fais qu’une ou deux fois par mois. Et je ne mange pas très bien non plus. J’adore le chocolat aux noisettes ! Tu connais le Ragusa ? Je ne veux pas trop me mettre la pression. Et heureusement, personne ne me la met non plus. Le fait de savoir que ma famille sera toujours là pour moi si j’en ai besoin, ça m’aide aussi beaucoup. Mon père m’accompagne à chaque déplacement de skate, et mon frère vient souvent. Ma mère moins, ça l’angoisse trop. emiglio : Je m’entraîne au skate deux fois par semaine, et trois fois par semaine, je travaille le haut du corps et le tronc, et aussi mon endurance en handbike. Depuis octobre, j’ai un soutien psychologique. Ces trois dernières années, j’ai suivi une formation de technicien automobile, ce qui m’a laissé peu de temps pour m’entraîner. Mais le sport, j’en ai besoin pour être bien dans ma tête. C’était vraiment très stressant psychiquement. Ce n’est pas facile pour moi de demander et d’accepter de l’aide. Mon état d’esprit, c’est de faire mes preuves, pour moi et pour les autres. Ça m’a fait oublier que j’avais le droit de demander de l’aide.
Une compétition, ce n’est rien de plus qu’un instantané. Est-ce une manière vraiment juste d’évaluer vos talents ? liv : Sur un contest, j’ai deux runs de 45 secondes chacun, pendant lesquels il faut que je rentre le plus de tricks spectaculaires possible. Je n’ai pas droit à l’erreur. (Liv vérife sur son smartphone.) Actuellement, je suis 22E au classement







Ça bouge quand Liv et Emiglio s’activent au skatepark de la Freestyle Academy de LAAX. Liv s’entraîne deux fois par jour ; Emiglio, lui, skate et réalise trois séances de renforcement musculaire et d’endurance par semaine.

mondial. Mais les compétitions et les victoires ne sont pas toutes prises en compte. La plupart du temps, quand je skate, je ne me produis pas devant des juges. Ça ne veut donc pas dire grand-chose.
Les classements évoluent. L’amour du skate reste intact. Qu’est-ce que vous répondez quand on vous dit que le skate n’est pas un sport ?
liv : Chacun a le droit d’avoir son opinion. emiglio : Je leur donne un peu raison quand même. Le skate est clairement un sport de haut niveau, mais c’est surtout un art. On fait des vidéos cool et esthétiques, et pas besoin d’avoir une maîtrise parfaite des tricks pour ça. Beaucoup arrivent à vivre des vidéos qu’ils publient sur Thrasher. C’est un site de skate où on peut se faire remarquer par des sponsors. Je vais m’y mettre cette année.
C’est toujours compliqué de planifer les choses quand on est dans le skate. Souvent, on ne sait même pas si les grosses compétitions seront maintenues, notamment en raison du manque de sponsors. Quels sont vos projets concrets à court terme ?
emiglio : Essayer tout ce qu’on ne peut soi-disant pas faire en fauteuil roulant : descendre des pistes en VTT, faire du wakeboard, du freeski, du surf. Je veux aider les personnes en fauteuil qui ont perdu espoir en leur montrant que leur vie n’est pas fnie, qu’elle a seulement changé. Et qu’il y a des tas de possibilités. Qu’on peut en faire bien plus que de se rendre d’un point A à un point B en roulant tout droit. Le fauteuil roulant est un engin qui permet de vivre pleinement sa vie. liv : Après mon diplôme l’an prochain, j’irai peut-être à l’uni pour devenir enseignante. Mais pour l’instant, je me concentre sur ma pratique sportive. Le skate, c’est toute ma vie. Mon objectif principal, c’est de réussir à en vivre un jour. Mais sans mes parents, je n’aurais jamais pu en arriver là. Tous les voyages et les hôtels pour les qualifcations, les compétitions et les événements, il faut les payer soi-même en général. Ce serait bien que le skate et les athlètes comme moi soient enfn traités avec le respect qui leur est dû. Et pas que quand on a déjà remporté des titres. Mais parce qu’on accomplit quelque chose sur le plan sportif, tout en faisant preuve de créativité et d’originalité.

Pour l’instant, Liv Broder mise tout sur le skate. Et la suite ? « Après mon diplôme l’an prochain, j’irai peut-être à l’uni. »
LIV BRODER CHASSEUSE DE LIGNES
Signature : le Frontside Feeble « Une figure cool, très exigeante et qui demande beaucoup d’équilibre. Au début, peu de femmes savaient la faire. Mon frère me l’a apprise très tôt. »
Liv Broder est une exception parmi les talents d’exception. Cette Zurichoise de 18 ans est considérée comme la meilleure skateuse suisse de sa génération et elle est actuellement la seule femme à faire partie de l’équipe nationale de skate.
Le terrain de jeu de Liv, c’est la rue : elle saute des escaliers, des rampes, des modules, des plans inclinés, glisse de préférence sur des rails, etc. le tout de la manière la plus spectacu-
laire possible. Elle est soutenue par la Freestyle Academy de Zurich, avec la légende du skate Sven Kilchenmann comme coach, et elle est épaulée par son père qui est aussi son manager.
Pour les qualifications et les compétitions, Liv sillonne le monde en avion : elle a déjà présenté ses tricks à Paris, Rome, Prague, Dubaï, Tokyo et Los Angeles. Elle a roulé aux X Games, atteint les finales du Festival olympique de la jeunesse européenne et raflé des podiums lors d’événements internationaux de skate.
En Suisse, elle est la championne en titre.
Insta : @liv.broder

« CE SERAIT BIEN QUE LE SKATE ET LES ATHLÈTES COMME MOI SOIENT
ENFIN TRAITÉS AVEC LE RESPECT QUI LEUR EST DÛ. »
LIV BRODER
Le street, c’est le truc de Liv. Elle ajoute :
« Le skate, c’est toute ma vie.»

La championne du monde de triathlon Daniela Ryf prépare l’influenceuse Emma aka @wemmse à son premier Wings for Life World Run. Enseignement capital : qui veut courir mieux doit s’entraîner malin.
Top départ
Texte Saskia Jungnikl-Gossy
Photos Muriel Florence Rieben

La triathlète Daniela Ryf, 38 ans, qui a participé par deux fois aux JO, prodigue de précieux conseils à Emma, 22 ans (à gauche), pour le Wings for Life World Run.
D
epuis qu’elle a pris sa retraite du sport de haut niveau en 2024, Daniela Ryf peut enfn vivre pleinement et librement sa passion pour le sport. Quintuple championne du monde des épreuves Ironman et Ironman 70.3, la Soleuroise de 38 ans a désormais le temps de se consacrer aux événements sportifs où participer est plus important que gagner. En tant qu’ambassadrice du Wings for Life World Run, elle n’hésite pas à faire profter son expérience au plus grand nombre.
« Je participe à cette course depuis la toute première édition à Zoug en 2014, raconte Ryf. Ça a énormément évolué depuis, mais l’esprit est resté le même. » Peu importe qui est la plus rapide ou qui est le plus endurant, l’essentiel est de courir ensemble pour toutes celles et ceux qui n’en ont pas la possibilité. « C’est un format unique et très fédérateur : tout le monde peut participer. Comme c’est la ligne d’arrivée qui vient à toi, peu importe ton style, course jogging ou marche, tu toucheras forcément au but. »
Une première pour Wemmse
C’est peut-être justement pour cette raison que Daniela n’envisage pas le Wings for Life World Run en termes de performance : « Je viens pour le plaisir d’en être, chaque année apporte son lot de surprises. » Comme l’édition passée où elle pensait ne courir que cinq ou six kilomètres aux côtés du skieur professionnel Franjo von Allmen et qu’elle s’est retrouvée à faire un semi-marathon. « Quand la bonne humeur est au rendez-vous, on est souvent plus fort qu’on ne le pense. » Daniela Ryf est convaincue que la plupart des participant·e·s viennent pour s’amuser. Il est donc logique, selon elle, que cet
LE TRAINING
événement attire aussi les personnes qui aiment la marche : « Ma maman sera là. Sans stress. » Certaines personnes vont courir quatre kilomètres, d’autres vont se mettre à marcher, tout est permis, selon les capacités de chacun·e. « Ce qui est génial, c’est que tu n’as pas besoin de courir… mais tu peux quand même. »
Une excellente nouvelle pour celles et ceux qui n’afectionnent pas particulièrement la course ou qui courent pour des raisons professionnelles, à l’instar d’Emma. Plus connue sous le pseudonyme de Wemmse, la Suissesse compte des centaines de milliers de followers sur Insta et TikTok et son podcast Losemmal faire partie des plus écoutés du pays. La jeune femme de 22 ans a notamment remporté le Swiss Podcast Award en 2024, ainsi que le Swiss Infuencer Award dans la catégorie Lifestyle la même année.
Jamais à court d’objectifs, Emma tient absolument à prendre le départ du Wings for Life World Run cette année. Pour s’y préparer au mieux, Daniela Ryf lui a concocté un programme d’entraînement simple et accessible.
Tour de chauffe
Échauffer ses muscles avant l’effort, un must à réaliser tout en douceur.
10 minutes de jogging à ton rythme. « Trop lent ? Connais pas », commente Ryf. On évite les pulsations élevée, mieux vaut courir au ralenti que sous pression, l’objectif étant de trouver son équilibre dans la course, et d’entrer dans le flow. Après, on enchaîne avec les exercices ci-dessous :
Technique : ajouter de la tension. Deux reprises d’environ 30 secondes par exercice.
1. Twister
Déplacement des bras de gauche à droite. Les rotations latérales créent de la tension au niveau des abdos, ouvrent les épaules, la poitrine et les poumons. En course, on se déplace surtout vers l’avant, ces exercices sont donc destinés à apporter plus de mobilité.
2. Petits sauts
Trois à droite puis trois à gauche. Cela permet d’échauffer les chevilles, les hanches et les muscles latéraux, l’important étant de conserver une bonne tension corporelle et un tronc stable.
3. Talons-fesses
Posture droite légèrement penchée vers l’avant. Après un bref contact au sol, le talon remonte rapidement vers les fesses pour signaler au corps qu’on passe en mode course.



Plat de résistance
Court, dynamique, varié
4. La mise en course 5 séries de 30 secondes rapides, entrecoupées de 30 secondes lentes, puis 2 minutes de marche ou de jogging tranquille au choix, l’essentiel étant de faire retomber le pouls. 2 à 3 séries selon le niveau.
« Vite ne
signifie pas à bloc », précise Daniela. Un rythme soutenu, d’accord, mais tout en contrôle. Pendant la pause, les débutantes peuvent marcher, les plus avancées vont jogger sans forcer. 4

Récupération
On redescend !

Footing 5 à 10 minutes de marche ou de footing léger pour permettre au corps d’éliminer les acides lactiques.
5. Quid des étirements ?
Ryf préfère les faire le soir pour s’endormir plus détendue. Mais peu importe l’heure de la journée, l’important est de s’accorder un moment pour le faire. Pareil pour le fait de bouger : « Je me dépense presque tous les jours, parfois seulement 30 minutes et parfois plus longtemps, mais toujours dans le but de me sentir bien. »
Conseil pour qui hésiterait encore
Demande à un ou une amie de s’inscrire aussi et lancez-vous ensemble. Il ne faut pas s’en faire une montagne : il ne s’agit ni d’être au top, ni de faire le meilleur chrono. « Le Wings for Life World Run, c’est avant tout une expérience. Le fait de participer vaut bien plus que la performance en soi. » Autrement dit : enfile tes baskets, le reste suivra.
WINGS FOR LIFE WORLD RUN
La 13 e édition du Wings for Life World Run se déroulera le 10 mai prochain. Toutes les participantes et tous les participants s’élanceront en même temps dans le monde entier, pour la bonne cause. L’intégralité des frais d’inscription seront reversés à la recherche sur la moelle épinière pour guérir la paralysie médullaire. Il ne reste plus de places pour le Flagship Run de Zoug, mais il est possible de participer via l’application partout en Suisse. Comment ça se passe ? Tu cours ou tu marches jusqu’à être rattrapé par la voiture balai virtuelle. Et tu peux même choisir l’option où Daniela t’accompagne pendant ton run via un audio. Plus d’infos via le code ci-contre.


Partout où il passe, ce rocker passionné de ballet fait salle comble.
Rencontre avec Yungblud, dont les messages d’amour et de respect ont ouvert la voie du changement.
Texte
Marcel Anders
Yungblud, 28 ans, lors de sa tournée Idols à Berlin, en octobre 2025.

CE SOIR, IL VOUS MET LE FEU !
Le rêve ultime ? « Me produire dans un stade. Depuis toujours », lâche Yungblud alors qu’il s’apprête à monter sur la scène du Zenith, une salle de concert de Munich. Si Dominic Harrison avait prononcé ces mots sept ans plus tôt, personne ne l’aurait pris au sérieux.
Désormais, à 28 ans, sa première performance dans un stade n’est plus qu’une question de temps : après tout, il est monté sur scène l’an dernier aux côtés d’Aerosmith, et d’un supergroupe à l’initiative de Black Sabbath pour un hommage au défunt Ozzy Osbourne, avant de s’accorder un repos bien mérité. Ici, Yungblud nous parle de body positivity, de son attitude face aux critiques, et de la liberté d’expression artistique.

Le monde du rock a parfois du mal à accepter le changement et la nouveauté. Yungblud, lui, n’hésite pas à bousculer l’ordre établi, il a ça dans le sang. Son mot d’ordre ? Rassembler les générations.

Tthe red bulletin : Tu es actuellement en tournée mondiale. Es-tu déjà un pro de la vie sur la route, avec un hôtel différent toutes les nuits ?
yungblud : Les hôtels ? Hors de question, ça me rend marteau ! Je vis dans mon bus de tournée, ou plus précisément, dans une pièce tout au fond du bus que j’ai aménagée avec tout le nécessaire : un lit, une PlayStation, des guitares, des bougies, de l’encens. Mais le truc le plus génial dans cette vie de nomade, c’est d’avoir une équipe composée de mes meilleurs potes. Et ensemble, on est prêts à conquérir le monde.
Ça a l’air plutôt bien parti à en juger par les classements musicaux et les ventes de billets. Quel est le secret de ton succès ?
Ce qui fait l’ADN de Yungblud, ce sont les fans qui l’ont décidé dès le départ. Que ce soit Billie Eilish, Lil Peep, Mac Miller ou encore Lil Nas X, tous font partie d’une génération qui a compris l’énorme influence des smartphones et autres X, Instagram et TikTok, pour le pire comme le meilleur. On a grandi avec cette idée que tout le monde avait une voix. Avant, les artistes mesuraient leur popularité par rapport à leur présence sur les ondes ou à leur nombre de ventes d’albums ou de streams. Nous, dès le départ, on s’est intéressé à la communauté, sa culture, son identité, au point même qu’au début, on avait l’impression que la communauté était plus importante que la musique elle-même. Ce n’est que maintenant, à 28 ans, que l’art, la musique et la créativité sont devenus essentiels pour moi.
Tu as déclaré que les générations plus âgées pouvaient tout aussi bien s’identifier à ton dernier album, Idols, que la génération Z. Tout à fait. J’ai vécu une période assez noire après la sortie de mon troisième album (Yungblud, 2022, ndlr), parce que je m’étais laissé influencer par les opinions du label, des médias, des fans. J’avais l’impression que tout le monde avait un avis sur ce que je faisais et sur la manière dont je le faisais. C’était horrible. Alors c’est génial de voir que depuis, nos concerts attirent un public toutes générations confondues.
Mais tu savais que étais une star ; tu te doutais donc bien qu’on t’attendait au tournant…
C’est clair, mais à 18 ans, on n’imagine pas que ça puisse devenir aussi énorme. On en rêve évidemment, mais sans vraiment y croire. À 18 ans, j’étais un p’tit gars du nord de l’Angleterre, très politique, provocateur et grande gueule. Ensuite, il y a eu l’époque où j’ai commencé à détester mon nom. Je me suis mis à douter de moi à force de lire tous ces commentaires en ligne au sujet de ma musique, de mon authenticité, de mon corps. C’est un truc de malade de grandir sous les yeux du public. Et ça fausse les perceptions : Yungblud était numéro un dans sept pays, et je n’étais même pas satisfait ! Mais de ces moments difficiles, on a quand même tiré énormément de positif, puisque c’est ce qui m’a amené à composer Idols. J’ai à nouveau les pieds sur terre, je suis content de moi. En un mot, je suis comblé. Aujourd’hui, à 29 ans, j’ai beaucoup changé par rapport à mes débuts.
Tu as suivi des cours d’art, tu as joué la comédie dans des séries. Pourquoi avoir choisi la musique, et persisté dans cette voie ?
J’aime toutes les formes d’expression artistique : théâtre, pantomime, danse, ballet, etc. Parfois, ça se retourne contre moi, surtout dans le monde du rock :
« Comment un mec qui fait du théâtre peut-il prétendre être une star du rock ? » Mais prends des artistes comme Iggy Pop, Lou Reed, David Bowie ou Freddie Mercury : ils puisaient leurs racines et leurs influences dans toutes sortes de disciplines artistiques. Mettre un frein à la liberté d’expression artistique, c’est le truc le moins rock’n’roll qui existe. Être rock’n’roll, c’est créer un espace dans lequel tu peux vivre tes fantasmes.
Es-tu un fer de lance du rock classique ou plutôt un précurseur d’un nouveau genre de rock ?
Je suis le produit de mes idoles, tout comme mes idoles étaient le produit des leurs. On a longtemps considéré le rock classique comme un courant un peu ringard et réchauffé. Faux et archifaux ! Je veux servir de modèle aux jeunes talents pour qu’ils s’inspirent à leur tour de Queen, Led Zeppelin, Oasis, Joy Division, The Cure, The Who, The Allman Brothers Band, mais
« Je ne suis pas
FESTIVAL de questions
Indispensable en tournée ?
Bière, inhalateur, chaussettes roses.
Playlist du moment ?
Du rock classique des années 1970, de la country outlaw (Hank Williams, Johnny Cash, Led Zeppelin, The Allman Brothers Band) et du rock des années 1980 (Guns N’ Roses).
Combien de tatouages ?
Aucune idée.
Onze ? Douze ? J’adore me faire tatouer parce que le corps n’est plus jamais le même après. C’est comme une renaissance : ça fait super mal, mais on est quelqu’un de nouveau ensuite.
Une légende du rock, morte ou vivante, que tu aimerais rencontrer ?
David Bowie. J’aimerais parler avec lui de chacune de ses phases de vie et des changements qu’elles ont provoqué chez lui.


Sang neuf : Yungblud est sur scène comme un poisson dans l’eau.

Le trac ?
Au contraire. Je ne suis jamais aussi heureux que sur scène.
Qu’est-ce qui rend les gens attirants ?
Le fait d’être soi-même. Il n’y a rien de plus sexy que d’être authentique.
Quel rôle pourrait te faire retourner devant les caméras ?
Un rôle complexe, dans lequel je pourrais m’investir à fond.
Un film de Tim Burton ou de l’univers des superhéros.

« Être rock’n’roll, c’est créer un espace dans lequel tu peux vivre tes fantasmes. »
dans un style frais. Au final, c’est à nous de décider de ce qui va marcher. En même temps, c’est évident que certains trucs d’autrefois sont complètement hasbeen : « Je vais torcher combien de litres ? », « Je vais emmener combien de nanas en tournée ? » Tous ces trucs sont morts avec les années quatre-vingt. Aujourd’hui, on parle d’amour, de liberté, de solidarité, ou encore de liberté d’opinion et de positivité.
L’amour, la solidarité et la liberté comme piliers d’une nouvelle ère du rock ? Pour moi, à 100 %, oui ! Repousser les limites, c’est mon kif. Je me suis lâché dans mon nouvel album, en explorant ma sexualité et mon rapport au corps. Je fais beaucoup de sport, je suis en pleine forme physiquement. Ado, j’avais pas mal de problèmes avec mon image corporelle. Aujourd’hui, j’ai découvert une facette sexuelle de ma personnalité, je l’assume et c’est extrêmement libérateur. C’est la conséquence directe de cette nouvelle attitude, en opposition au vieux cliché du rockeur qui sort avec des femmes beaucoup trop jeunes pour lui. C’est de là que vient ce sentiment de libération. Je crois qu’on est entrés dans une nouvelle ère faite d’amour, de body positivity et de respect. Même dans le rock. Surtout dans le rock, en fait.
Est-ce que tu penses que les jeunes ont plus besoin de soutien qu’avant, notamment face à Internet ? Internet occupe une place assez étrange dans nos vies. On se et nous comparent sans arrêt à de complets inconnus. Gare à toi si tu exposes une opinion personnelle sur certains sujets ! Internet nous oblige à redéfinir notre mode de coexistence. On doit apprendre à considérer les divergences d’opinion comme quelque chose de positif, d’enrichissant. Je regrette cette époque où l’on s’asseyait autour d’une table avec des personnes aux opinions politiques complètement opposées. Alors que ça devrait être normal, puisque c’est justement cela, la démocratie ! On doit également réapprendre à appréhender les choses dans toute leur complexité. Internet simplifie tout, mais rien n’est simple dans la vie. Ce que j’essaie de faire, c’est de me servir d’Internet pour expliquer au gens qu’ils devraient se déconnecter de temps en temps.
Tu abordes tes problèmes de manière très ouverte dans tes chansons et en filigrane, tes mélodies sont super motivantes et positives. Comment arrives-tu à concilier ces deux aspects intérieurement ?
De l’extérieur, j’ai l’air complètement survolté et extraverti. Mais j’ai un côté très sombre en moi. Dans ce que je crée, notamment dans Idols, je décris cette recherche de la lumière qui me permettra de vaincre l’obscurité. On ne peut pas passer son temps à se concentrer uniquement sur la souffrance et la dépression. Il faut les regarder droit dans les yeux et dire :

Un saut dans le passé : quand il s’agite sur scène, Yungblud s’inspire volontiers des légendes du rock. Coucou, Van Halen !
« Fuck off, vous ne m’aurez pas. » Prendre conscience que respirer, sortir de chez soi, pouvoir marcher sur ses deux jambes, que tout cela, ce sont des cadeaux du ciel. Notre vie entière est un immense cadeau. C’est le message au cœur de Idols : voilà ce qui arrive quand on se complaît dans les ténèbres en oubliant la lumière qui nous entoure.
D’où vient le titre de l’album ?
C’est un concept ultra zarbi de traiter des gens tout à fait ordinaires en idoles. On divinise des personnes uniquement parce que l’on n’ose pas s’assumer soimême : sa propre histoire, sa propre survie, son propre chemin. Cet album est une sorte de tournant dans ma vie, parce que j’ai laissé tomber mes modèles pour me mettre à croire en moi. Avec des conséquences incroyables : d’un coup, mes anciennes idoles sont devenues mes nouveaux collaborateurs artistiques. Comme si une porte s’était ouverte toute seule. Ces derniers mois ont vraiment été dingues.
Il paraît que tu prévois d’autres collaborations comme celle, récemment, avec Aerosmith ?
Tout à fait. J’aime plus que jamais ce que je fais. Écrire mes chansons, aller en studio avec ces types incroyables. Tout se déroule naturellement, je déborde d’inspiration, le rock est de nouveau mainstream et, cerise sur le gâteau, j’ai presque terminé la deuxième partie de Idols. Je n’ai jamais eu autant d’énergie !
Instagram : @yungblud
Les rockers aussi sont parfois fatigués. Yungblud a annulé ses derniers concerts de l’année 2025 pour refaire le plein d’énergie avant ses prochains shows de folie.

« On est entrés dans une nouvelle ère faite d’amour, de body positivity et de respect. Même dans le rock. »

BATTLE APRÈS BATTLE
D’abord le break, après le gaming : en marge de la finale mondiale de Red Bull BC One à Tokyo, une nouvelle compétition, Break Fighter, a été inaugurée !
Texte Patrick St. Michel& Marc Baumann

Des powermoves un jour avant la plus grande et la plus importante manifestation mondiale de breaking : la finale mondiale de Red Bull BC One.

L’événement principal de la finale mondiale du Red Bull BC One se déroule devant un public de 7 700 personnes dans l’arène du Ryōgoku Kokugikan à Tokyo.
Le BFF d’un B-Boy ou d’une
B-Girl ? Le DJ, croyait-on. Du moins avant que les e-athlètes entrent en jeu.
Désormais, des équipes mixtes de stars du break et du pixel s’affrontent. Ça sonne fou ? Ça l’est.
Combat totalement inégal : à gauche, Ryu, adversaire massif, véritable paquet de muscle au regard sombre. À droite, Ami Yuasa, danseuse aérienne au physique frêle et tout sourire. Tous deux face à face sur le ring, entourés de milliers de personnes surexcitées. La suite ? Celles et ceux qui s’y connaissent un peu en jeux vidéo ou en breakdance la connaissent : Ryu, sans doute le personnage le plus emblématique de la légendaire série de jeux vidéo Street Fighter et Ami Yuasa, la B-Girl la plus célèbre du Japon sacrée championne olympique. Mister Pixels et Miss chair et os prêts à en découdre. En fusionnant e-sport et danse sportive, Red Bull a donné naissance à un événement totalement inédit, présenté pour la première fois devant 7 700 personnes lors du Red Bull BC One World Final à Tokyo fin 2025. Sur tous les murs, des posters de Ryu et Ami Yuasa, les deux stars

De nombreux e-athlètes viennent à Break Fighter avec leurs propres manettes. En bas : sur le grand écran, une partie de Street Fighter est diffusée.


La règle : un breaker et un gamer forment une équipe. Et ensuite, c’est le battle.
D’abord sur le floor. Puis à l’écran.
japonaises, deux univers enfin réunis pour la première fois. Les règles de ce combat virtuel-réel ?
Une équipe formée d’un breaker ou une breakeuse et d’un gamer ou une gameuse, et c’est parti pour le battle, d’abord sur le floor, où B-Boys et B-Girls présentent leurs toprocks, footwork, freezes et autres powermoves, sous le regard du jury et du public qui désignent l’équipe gagnante. Puis la compétition se déplace sur les écrans, où les deux joueurs ou joueuses de chaque équipe s’affrontent sur Street Fighter 6 version PlayStation.
Quand le score est à égalité, c’est là que le fun commence : les breakers prennent la manette et l’issue d’une partie se joue alors pendant une manche de Street Fighter. Sauf en finale : là, les
La célèbre arène de sumo de Tokyo, le Ryōgoku Kokugikan, est un lieu sacré : pour la finale de Red Bull BC One, elle a été entièrement réaménagée.
breakers ne jouent à Street Fighter que si le score est de trois partout. Il a été décidé d’épargner aux e-sportifs de se mesurer les uns aux autres lors d’un battle de break, ce qui aurait pourtant été assez tordant à regarder.
Pour le public de la Red Bull BC One World Final (le plus grand événement de breakdance en 2025) présent à Harajuku, un quartier branché de Tokyo, les similitudes entre l’univers du breaking et du gaming sautent aux yeux : danseurs et danseuses apportent leur style et leur touche uniques, faisant parfois des clins d’œil aux jeux de combat. Sur l’écran, gamers et gameuses ont eux aussi leur style de jeu particulier, leur personnage fétiche et leur passion du décorum : certains viennent avec leurs propres joystick, on aperçoit par exemple sur la scène une manette dorée Kassai de la marque Varmilo coté à plusieurs centaines de dollars. (Précisons que le joystick a fait place à une boule fabriquée sur mesure taillée comme du cristal.) Son propriétaire, Shimiso, est très impressionné par l’événement : « Je ne connaissais rien au breaking avant, avoue-t-il peu après sa qualification pour la finale avec son partenaire Dragon Wrist. Je suis venu ici pour le gaming, mais ce que je vois est hyper impressionnant. »
Une fusion insolite entre sport réel et virtuel fonctionne étonnamment bien, ce qui n’est pas toujours le cas de ces expériences crossover : quiconque a déjà assisté à un match de chessboxing (si si, ça existe), où, après chaque round sur le ring, le combat continue sur l’échiquier, s’aperçoit rapidement que commotions cérébrales et sports de réflexion ne font pas bon ménage. Il en va autrement pour le gaming et le breaking. Cela pourrait surprendre, car comme l’explique Jose Cardenas, venu des États-Unis avec son
Égalité 1-1.
Cela signifie : le breaker doit
lui-même
prendre
la
manette. Là, ça devient vraiment amusant.
partenaire gamer Sydney après s’être qualifié lors des sélections américaines à Denver : « La plupart d’entre nous, les B-Boys, n’ont pas le temps de jouer aux jeux vidéo. Sydney est un gamer super doué, c’est grâce à lui qu’on est là. » Mais dès le premier match à Tokyo, le score est de 3 partout. Autrement dit, Cardenas lui-même devra s’emparer des manettes et finira par arracher le quatrième point décisif. « Heureusement, j’avais encore quelques restes du temps où je jouais aux jeux d’arcade, rit-il. J’ai enchaîné les low-kicks pour battre mon adversaire. »
Cardenas et Sydney se retrouvent en finale face à Kona, fameuse breakeuse locale et son partenaire gamer Tantanmen, qui ont décroché leur place en septembre lors du Tokyo Game Show. Les voilà désormais dans un lieu sacré, le Ryōgoku Kokugikan, l’arène japonaise des plus grands duels. Les honbasho, les tournois les plus importants du sumo professionnel, ont lieu chaque année ici en janvier, mai et septembre devant 11 000 spectateurs. Issu de danses rituelles et de combats parfois mortels, ce sport vieux de 1 500 ans par lequel les Japonais·es imploraient des récoltes généreuses était destiné à divertir les dieux. Bien plus jeunes, mais déjà riches d’une longue tradition au Japon, le breakdance et les jeux vidéo ont eux aussi marqué cette nation, touchant tous deux un immense public dès leur apparition dans les années 1980. Le Japon, c’est bien connu, est la Mecque des jeux vidéos : Mario, Zelda, Nintendo, Sony, la liste est longue. Quant à leur amour du break, il est longtemps resté méconnu en Europe jusqu’à ce que des B-Boys japonais super talentueux, suivis par des B-Girls


De l’autre côté
de la ville, dans le bâtiment Yodobashi-J6, Claudio (à gauche) et Sydney s’affrontent dans une intense partie de Break Fighter.

Le B-Boy Jose sort le grand jeu lors du dernier battle de la finale mondiale de Break Fighter face à la B-Girl Kona.
Tout simplement heureux : le B-Boy Lil H embrasse sa coéquipière Merrymore après qu’elle l’a mené à la victoire lors d’une partie de Street Fighter

« L’événement a fait se rencontrer deux cultures et rassemblé un public enthousiaste. »
tout aussi douées, se hissent au plus haut niveau mondial. Bref, c’était l’endroit rêvé pour cette immense plateforme d’essai au carrefour de la danse et des joysticks. Mais le trophée partira à l’étranger grâce à un duo américain qui délivre une partition parfaite dès le début de la finale : Sydney remporte le premier match de gaming, puis Cardenas enchaîne le premier duel de breaking à l’unanimité. Au cours de la seconde manche de gaming, la victoire semble acquise à Sydney sous les couleurs du
lutteur russe Zangief. Mais Tantanmen contreattaque avec son personnage Jamie, et son foudroyant Drunken Fist (un style d’art martial volontairement peu orthodoxe), dont les mouvements sont inspirés du breaking. Après plusieurs contre-attaques spectaculaires, Tantanmen s’impose contre Sydney. Ce comeback est accueilli par un public en liesse qui semble prêt à envahir la scène d’une seconde à l’autre.
Le DJ monte aux platines, c’est le tour des beats et des breakers. Kona donne tout pour revenir à égalité et elle finit par y parvenir. 2-2. « On a un match ! », s’époumone le MC. Le Zangief de Sydney délivre un Suplex magistral qui met le Jamie de Tantanmen K-O. 3-2. Tout repose désormais sur Cardenas, qui s’impose de justesse dans le cercle des breakers face à une Kona qui se défend corps et âme. 4-2. La messe est dite, le premier trophée du Red Bull BC One Break Fighter World Final part aux États-Unis. Et Cardenas de conclure : « L’événement a fait se rencontrer deux cultures et rassemblé un public enthousiaste : il suffit de regarder la salle pour comprendre que tout le monde a adoré. »La suite pour très bientôt !
« CE TRUC, C’EST UNE DINGUERIE ! »
Considérer la BO de jeux vidéo comme un fond sonore est bien dommage, selon Knxwledge. Le producteur auréolé d’un Grammy évoque sa passion pour le gaming et l’art de créer de jolies choses à partir de (presque) rien.

Depuis l’enfance, Glen Earl Boothe aka Knxwledge puise son inspiration dans la musique de jeux vidéo, faisant de ces bandes-son sa matière première préférée pour expérimenter. À 37 ans, l’auteur-compositeur et producteur de hip-hop originaire du New Jersey présente, dans sa série VGM-Beat-Tape, des relectures de musiques de jeux qu’il remixe souvent en direct sur Twitch. Une immersion dans la culture gaming qui n’a pas laissé Capcom insensible. Le développeur japonais derrière Street Fighter a engagé Knxwledge pour retravailler certains morceaux de sa Fighting Collection. « Je m’y suis mis moins d’une heure après l’e-mail de confirmation, j’étais surexcité. Je n’arrivais pas à croire qu’on m’offrait un telle opportunité de travail », se remémore-t-il.
THE RED BULLETIN : Sous-estime-t-on la musique de jeux vidéo ? N’est-ce pas qu’une agréable musique d’ambiance ?
KNXWLEDGE : Ce ne serait pas lui rendre justice, parce qu’elle couvre littéralement tous les genres musicaux. Les compositeurs s’inspirent des morceaux que tout le monde aime, il y a vraiment de très bons trucs.
« Les jeux vidéo ont éduqué mon oreille à ce qu’elle est aujourd’hui.»

Te souviens-tu de ton tout premier jeu vidéo ?
Je suis presque sûr que c’était sur la NES, la Nintendo originale d’avant l’époque des cartes mémoires, quand on essayait de finir le jeu avant d’aller à la messe. Karate Champ, Excitebike, Super Mario Bros., Contra… tous les classiques y passaient. Puis est arrivé la Sega et avec elle, le passage du huit bits au son polyphonique, avec des super rythmes et une carte son plus performante permettant de développer des thèmes musicaux autrement plus complexes. C’est avec l’apparition des consoles Super Nintendo et Sega que j’ai réalisé, à un niveau plus ou moins conscient, que ces sons étaient des boucles musicales parfaites !
Quel genre de jeux vidéo préfères-tu ?
Je suis un otaku (terme japonais qui désigne une personne qui consacre tout son temps à un loisir précis, ndlr) des jeux de combat. Je pouvais passer des journées entières sur Street Fighter ou Mortal Kombat. J’étais obsédé au point de reconnaître les mélodies associées à chaque personnage et niveau. Je ne compte plus les jeux qui ont façonné mon univers musical et ont éduqué mon oreille à ce qu’elle est aujourd’hui.
Gaming et musique, même combat. À quel moment est-ce devenu une évidence pour toi ?
Je dirais au moment de la Dreamcast, la dernière console de Sega. Quand je l’ai
achetée en 1999, il y avait une quantité de titres hallucinante, au point que j’en découvre encore aujourd’hui. Ils constituent une musique intemporelle.
On parle souvent de la Dreamcast comme d’un tournant pour la musique de jeux vidéo. Tu confirmes ?
Oui. Même aujourd’hui, il m’arrive de créer des beats directement à partir du jeu. Ces deux dernières années, je me suis procuré tous les jeux Dreamcast sortis au Japon, et je m’amuse à les trier au fur et à mesure.
Quand as-tu commencé à travailler de manière systématique sur la musique de jeux vidéo ?
La série VGM remonte à l’époque du Covid, mais avec le recul, je crois que j’ai commencé bien plus tôt : je tombe parfois sur de vieux beats et je m’aperçois qu’ils viennent directement d’un jeu vidéo. C’est quelque chose qui s’est fait inconsciemment depuis mes débuts.
Justement, le jeu Street Fighter revient constamment. Pourquoi ?
J’y ai joué des centaines, voire même probablement des milliers d’heures. Ma tante avait cinq garçons, c’est eux qui m’ont fait découvrir la Super Nintendo. On faisait des duels sur Street Fighter II sans rien connaître à la mécanique du jeu mais en s’éclatant avec les jump, heavy kick, sweep. J’adorais ça.
Qu’est-ce qui te fascine aujourd’hui encore dans Street Fighter ?
C’est difficile de réduire cela à un seul élément. C’est un tout : l’esthétique du jeu, la musique, les personnages et même leurs tenues.
Quels enseignements en as-tu tirés pour ton propre travail ?
L’idée de la boucle parfaite. La plupart de ces jeux avaient des contraintes de temps, d’instruments, etc. C’est génial qu’ils aient pu créer quelque chose d’aussi beau à partir de si peu.

IT TAKES ONE IDEA TO MAKE AN IMPACT.


Red Bull partners with Microsoft & AMD to give you the AI tools, mentorship and global platform to bring your idea to life – and the wiiings to pitch it in Silicon Valley.
Submit your idea by April 10th, 2026.



Voyage / Énigme / Playlist / Montres / Agenda

PERSPECTIVES
ROCK AND ROLL
L’Islande en rollers, une première !
DES LIGNES EN ISLANDE
Laugavegur est le sentier de grande randonnée le plus réputé d’Islande : 55 kilomètres de lave et de pierres, les pieds dans l’eau et dans la boue. L´Autrichien Björn Hunger est le premier à le parcourir en rollers. Il nous relate son expérience.
Il pleut à torrent et il fait un froid glacial. Je ne sens plus mes doigts ni mes orteils depuis un bail. Le parcours d’aujourd’hui est accidenté, escarpé et glissant. Pourquoi, bon sang, ai-je décidé de déballer mes rollers ici ? Quel crétin je suis !

Depuis douze ans que je pratique avec passion le roller tout-terrain, je rêve de parcourir ces 55 kilomètres du sentier Laugavegur à la recherche des spots de roller les plus excitants. Ce trek qui traverse les hauts plateaux islandais au sud de l’île est connu pour ses paysages variés composés de montagnes de rhyolite colorées, de champs de lave, de déserts de sable noir et de glaciers, avec des défis particuliers tels que la traversée de rivières et bien sûr des conditions météorologiques changeant en un clin d’œil. Je ne voulais pas découvrir tout cela à pied, mais sur mes rollers.
La nouvelle de notre arrivée se répand rapidement parmi les randonneurs d’Afrique du Sud, des États-Unis, d’Islande et d’Israël qui empruntent le sentier en même temps que nous. Nous avons été accueillis avec curiosité, et examinés de près : nous, c’est Pascal, le type avec l’appareil photo et ses 16 batteries, et 9 batteries de drone, et Björn (moi), le fou sur des rollers avec 26 kilos de bagages sur le dos, dont une tente, de la nourriture pour sept jours et tout un tas de matériel.
Sur le volcan
Il n’existe dans le monde qu’une poignée de patineurs tout-terrain et trois marques qui fabriquent l’équipement nécessaire (dont ma favorite, une marque allemande : Powerslide). Il se compose d’une botte de roller classique à coque rigide avec un châssis en aluminium. Trois roues tout-terrain, montées sur une platine et semblables à des mini-roues de VTT, sont remplies d’air. Les patins pèsent au total 4,5 kilos. Que dire : cette aventure s’annonce assez intense ! VOYAGE/
EN QUÊTE D’AVENTURE
Le monde du roller toutterrain est petit. Björn Hunger, 28 ans, originaire de Windischgarsten en Autriche, est l’un des rares représentants.

« Ma technique de freinage est rudimentaire, mais efficace : je me jette par terre. »




QUE LA FÊTE COMMENCE
Les rollers tout-terrain spéciaux, composés d’un châssis en aluminium et de roues pneumatiques, pèsent 4,5 kilos.
Lorsque j’ai commencé à planifier mon voyage, deux spots de roller m’ont emballé : l’un près de l’imposant lac volcanique Ljótipollur, et l’autre, une crête étroite au milieu des montagnes de roche volcanique dans la région de Landmannalaugar, que je veux attaquer dès le premier jour. Les montagnes de rhyolite sont typiques de la région. Elles sont constituées d’une roche riche en silice qui se colore de tons jaunes, rouges et rose vifs et est formée de lave s’écoulant lentement. Ces montagnes sont souvent riches en soufre et en minéraux. Il n’est pas surprenant que ces trésors géologiques soient une destination recherchée.

« De vastes chaînes de montagnes et des plaines recouvertes de mousse ainsi que des déserts de cendres et de sable noir : l’Islande a vraiment tout pour plaire ! »
CUISINE MOBILE
Les repas préparés avec de l’eau chaude constituent le pain quotidien de l’équipe. Le fin du fin : du saumon frit proposé par le voisin !

Pas de freins
Mais pour l’instant, je me rends à pied jusqu’à la crête des montagnes de rhyolite, un spot de descente si raide que je dois dégonfler mes roues pour ralentir. Comme je n’ai pas encore de freins sur mes rollers, j’utilise ma méthode de freinage, qui a fait ses preuves : je pose mon sac à dos au sol à l’avance, au niveau du précipice pour avoir un repère visuel, et lorsque j’arrive là où je veux pendant la descente, je me jette par terre. Une manœuvre de freinage sale, mais réussie ! Après cette première journée, ma nervosité concernant les étapes suivantes s’est nettement apaisée. Nous continuons donc avec tous nos bagages. Notre programme quotidien standard : nous marchons jusqu’aux plus beaux endroits, puis je roule sur du gravier,
Conseils de voyage
Meilleure période
De juin à août pour les randonnées sur les hauts plateaux, car les jours sont plus longs.
Comment s’y rendre
En avion jusqu’à Reykjavík. Puis en bus pour atteindre la région de Landmannalaugar, où se trouvent un camping et des sources chaudes.
des pierres, des prairies et du sable. Voilà les repas que nous nous offrons : chips de banane, mélange de fruits secs, porridge et barres d’avoine, ainsi que curry thaï, chili et pâtes bolognaise en sachets de randonnée.
Nous atteignons enfin le lac de cratère Ljótipollur : quel défi de rouler dans le sable volcanique ! Je dois garder mon élan, sinon je m’enfonce et mes roues restent coincées. Tout cela me rappelle le ski dans la neige profonde, sauf que c´est dans le sable. Une expérience unique.
Avec le recul, nous avons pensé à beaucoup de choses et n’avons oublié que quelques détails : heureusement, nous avions emporté des masques de sommeil, car en été, il ne fait presque jamais nuit. Nous avions également pris des chaussures d’eau pour traverser les rivières et des sacs étanches. Il manquait juste un sac de couchage plus chaud et des gants imperméables qui auraient été les bienvenus.
Au bout de sept jours, nous avons finalement réussi : nous avons traîné, marché et patiné dans le brouillard, le soleil, le vent, la pluie et le froid sur un total de 73 kilomètres et 2 000 mètres de dénivelé. Un chauffeur de bus islandais m’a dit : « C’est génial. Tu es le premier rider sur les hauts plateaux d’Islande ! »
Et je pense que je vais probablement rester le seul pendant encore un bon bout de temps.

Instagram : @bjoernhunger, @pascalhurlbrink ; scanne le code pour visionner le clip de Björn, Traces of Laugavegur



TELLE EST
LA VOIE !
Bienvenue dans ce nouveau casse-tête, qui met tes petites cellules grises à l’épreuve.
Embrasse ce défi qui se résume à ce seul mot d’ordre : à droite toute !
DÉPART
LE JEU Voici un parcours un peu atypique : le point de départ est donné, le point d’arrivée aussi – mais entre les deux, tu ne peux que tourner à droite, même en suivant la route. Enfile tes baskets, on y va !

Bien arrivé ? Scanne le code ci-contre et découvre si tu as pris la bonne voie.
ARRIVÉE
DÉPART
PLAYLIST/
GOOD HAIR DAY
Pour leur 50e anniversaire de carrière, The Cure remportent deux Grammy Awards et entament une tournée européenne. Le chanteur Robert Smith nous révèle sa playlist personnelle.
Robert Smith est plus que son look gothique et ce son mélancolique. Le chanteur de 66 ans aux cheveux en bataille, aux lèvres rouge vif et aux yeux cerclés de khôl, n’est pas un rabat-joie. Au contraire : il aime le foot, la bière et le rock, comme il l’explique dans ses interviews bourrées d’humour. Les chansons de The Cure sont cultes : le groupe a vendu plus de 30 millions d’albums au cours des cinquante dernières années, enchaînant les hits comme The Lovecats, Friday I’m in Love ou Lullaby, et continue de remplir les stades. Tout au long de sa carrière, The Cure a préservé son identité artistique, à l’intérieur comme en dehors du courant mainstream. Smith : « De toutes les choses que j’ai faites, rien ne vaut mon apparition dans la série télé South Park. D’un coup, je suis devenu le tonton le plus cool de la planète ! »
Instagram : @robertsmith, @thecure

Nick Drake
Time Has Told Me
« Parmi les chansons qui m’ont le plus marqué, il y a celles de Nick Drake, et en particulier Time Has Told Me, qui m’accompagne depuis toujours. La voix, son style de jeu et la simplicité de l’interprétation semblent si légers, alors que la chanson est extrêmement difficile. Parvenir à l’exécuter même approximativement, c’est pouvoir se considérer comme un sacré bon guitariste. »


Jimi Hendrix
Purple Haze
« J’ai toujours aimé Jimi Hendrix. Quand j’étais enfant, je voulais être lui –même si je ne savais rien de sa vie, ni même qu’il était noir ou venait des États-Unis. Plus tard, son poster trônait dans la chambre de mon frère aîné. Écouter ses chansons me procurait beaucoup plus de plaisir que d’aller à l’école en uniforme râpeux. Pour moi, Purple Haze est l’un de ses meilleurs morceaux. »

David Bowie Life on Mars?
« Bowie a toujours été l’un de mes grands héros. À chaque fois que j’ai une décision à prendre, je me demande : « Que ferait Bowie ? » Life on Mars? est sans hésitation ma chanson préférée de lui. L’arrangement et l’interprétation sont parfaits. Je pense que ce que l’on écoute entre 13 et 17 ans, ça nous marque pour toujours. La musique ne peut pas être meilleure que ça ! »

Talk Talk Life’s What You Make It « J’admire ce que ce groupe a accompli – et je les ai toujours trouvés bons, même si je n’ai pas pu l’admettre pendant longtemps. Après tout, Talk Talk faisait partie de la concurrence. Alors qu’en réalité, ils étaient probablement meilleurs que nous – surtout avec ce morceau. Dans ce milieu, il est important de croire que l’on est meilleur que les autres, sinon on reste sur le carreau. »
Avec ce 14e album studio, Songs of a Lost World, The Cure ont remporté deux Grammy Awards : Meilleur album de musique alternative et Meilleure performance pour Alone
MONTRES/ COULEURS DU TEMPS
Sportives, colorées et polyvalentes : les nouvelles Swatch ESSENTIALS allient design épuré et fonctionnalités pratiques. Pour un quotidien sans prise de tête.

Corail, azur, kaki ou crème : les Swatch ESSENTIALS sont sportives, polyvalentes et s’accordent à tous les styles. Couleurs, formes et fonctions font de chaque montre un compagnon simple et pratique. Prix : de 75 à 130 CHF. swatch.com





La collection ESSENTIALS, équipée d’un mouvement à quartz précis et d’un boîtier robuste, est conçue pour offrir fiabilité au quotidien. Certaines variantes disposent de Swatch Pay, une fonction de paiement sans contact. Le paiement se fait directement avec la montre, rapidement et en toute sécurité. Le petit plus : la fonction Swatch Pay fonctionne même lorsque la batterie de la montre est vide. Pratique, simple et typiquement Swatch.
AGENDA/
ON SE SECOUE !
Que ce soit pour courir, danser ou jammer : une sélection d’événements pour accueillir le printemps dignement.

10
mai
Wings for Life World Run
Des milliers de personnes à travers le monde se mobiliseront simultanément lors de la 13 e édition de cette course mondiale ouverte à tout le monde. Le principe ? Courir pour celles et ceux qui ne le peuvent pas. Pas de ligne d’arrivée classique : la catcher car prend le départ en différé et élimine les gens qu’elle dépasse. L’intégralité des frais d’inscription est reversée à la recherche sur la moelle épinière, pour aider à guérir les paralysies médullaires. wingsforlifeworldrun.com
6
mai
Red Bull Basement
À cette occasion, les étudiant·e·s sont encouragé·e·s à résoudre des problèmes grâce à des idées innovantes. Le délai pour soumettre un projet à l’intersection de la technologie, de la durabilité et de l’impact est fixé au 10 avril. Les meilleures idées bénéficieront de mentorat, de ressources et d’une visibilité à l’internationale. La finale aura lieu le 6 mai à Lucerne. redbull.com
Musique myGroove
24 au 26 avril
Existe Festival
Ce festival associe la danse issue de la scène des battles à des représentations théâtrales. Pendant trois jours, au Théâtre du Crochetan, danseuses et danseurs, jeunes compagnies et artistes célèbres du monde entier se produisent. Au programme : compétitions, battles, ateliers et performances. Le festival sera inauguré par le groupe de danse MazelFreten. existe.ch


Apprendre un instrument avec son smartphone ? Cela semble plus facile que ça ne l’est. L’appli MyGroove propose des cours de musique interactifs et permet de jouer avec des artistes. Elle couvre tout le spectre d’un groupe : chant, clavier, guitare, basse, batterie et percussions. Nouveauté : les MyGroove Academies pour batterie, clavier, guitare et basse électrique offrent un entraînement technique structuré. Le Practice Plan indique quelles compétences doivent être améliorées. Pour un aperçu, scanne le code ci-contre.
24 et 25 mars m4music
Zurich devient le point de rencontre de la scène pop et club suisse. Le festival m4music associe concerts showcases, conférences, tables rondes et réseautage, et offre une scène aux nouveaux talents nationaux et internationaux. À l’affiche figurent notamment des artistes comme Good Neighbours, Stereo Luchs ou Kayla Shyx. Si vous voulez découvrir à quoi ressemble la musique de demain : m4music.ch


18
avril
Red Bull
BC One Cypher Switzerland
Directeur de la publication
Andreas Kornhofer
Rédacteur en chef
Andreas Rottenschlager
Direction créative
Erik Turek (dir.)
Kasimir Reimann
Maquette
Marion Bernert-Thomann
Miles English
Kevin Faustmann-Goll
Patrick Schrack
Rédaction photo
Eva Kerschbaum (dir.)
Marion Batty
Susie Forman
Matti Wulfes
Gestion de la rédaction
Marion Lukas-Wildmann
Managing editor
Ulrich Corazza
Global content
Tom Guise (dir.)
Lou Boyd
Publishing management
Sara Car-Varming (dir.)
Hope Elizabeth Frater
Design éditorial
Peter Knehtl (dir.)
Lisa Jeschko
Tino Liebmann
Matthias Preindl
Adresse de la publication
Am Grünen Prater 3, A-1020
Vienne
Téléphone : +43 1 90221-0
redbulletin.com
Servus Media
Dietmar Otti (Head of Servus Media)
Matthias Brügelmann (Head of Content)
Marlene Beran (Head of Operations)
Stefan Ebner
(Head of Commercial & Marketing)
Propriétaire médias et éditeur
Red Bull Media House GmbH
Oberst-Lepperdinger-Straße 11–15
5071 Wals bei Salzburg
Autriche FN 297115i
Landesgericht Salzburg
ATU63611700
Directeurs généraux
Dietmar Otti, Marcus Weber
THE RED BULLETIN
Suisse
ISSN 2308-5886
Rédactrice en chef Suisse
Anna Mayumi Kerber
Rédaction
Stephan Hilpold (responsable éditorial), Lisa Hechenberger, Christine Vitel
Country Project Management
Meike Koch
Traductions & correction
THE RED BULLETIN
Allemagne
ISSN 2079-4258
Rédacteur en chef Allemagne
David Mayer
Rédaction
Stephan Hilpold (responsable éditorial), Lisa Hechenberger
Country Project Management
Natascha Djodat
THE RED BULLETIN
Autriche
ISSN 1995-8838
Rédactrice en chef Autriche
Nina Kaltenböck
Rédaction
Stephan Hilpold (responsable éditorial), Lisa Hechenberger
Country Project Management
Julian Vater
France
ISSN 2225-4722
Rédacteur en chef France
Pierre-Henri Camy
Rédaction
Marie-Maxime Dricot, Christine Vitel
Country Project Management
Louise Hebbinckuys
THE RED BULLETIN
Royaume-Uni
Lausanne devient le haut lieu de la scène suisse de breaking lorsque les meilleur·e·s B-Girls et B-Boys du pays s’affrontent pour le titre, et un ticket pour la finale mondiale. La gagnante et le gagnant s’envoleront en novembre pour le Canada afin de représenter la Suisse sur la plus grande scène de breaking au monde. Toutes les B-Girls et tous les B-Boys dès 16 ans, domicilié·e·s en Suisse, peuvent s’inscrire aux City Cyphers à Neuchâtel (15 mars) et à Zurich (29 mars). redbull.ch
Sophie Weidinger
Management vente
Klaus Pleninger
Subscription
Peter Schiffer (dir.)
Marija Althajm, Viktoria Schwärzler
Yoldaş Yarar
Fabrication & production
Veronika Felder (dir.)
Martin Brandhofer
Walter O. Sádaba
Sabine Wessig
Iconographie
Clemens Ragotzky (dir.)

Claudia Heis
Nenad Isailovic
Josef Mühlbacher
Willy Bottemer, Valérie Guillouet, Claire Schieffer, Gwendolyn de Vries, Lucie Donzé (corr.)
Ventes médias & partenariats
Christian Bürgi (dir.), Marcel Bannwart, Lauritz Putze, Michael Wipraechtiger
Abonnements getredbulletin.com, abo@ch.redbulletin.com
Impression
P/mint Sp. z o.o., ul. Pułtuska 120, 07-200 Wyszków, Pologne
Publication conformément au §25 de la loi sur les médias
Les informations sur le propriétaire des médias sont disponibles directement à l’adresse suivante : redbull.com/im/de_AT
ISSN 2308-5894
Rédactrice en chef Royaume-Uni
Ruth McLeod
Country Project Management
Ollie Stretton

THE RED BULLETIN
Des talents de la littérature suisse se livrent sur des sujets qui leur tiennent à cœur, en leur donnant un twist positif.
Philippe Lamon dévoile le héros insoupçonné sous la cape de l’écrivain
Je l’avoue : j’ai l’intrépidité d’une limace. Mon exploit le plus fou ? Le semi-marathon de Lausanne. Une course terminée avec des râles d’agonie dans une foulée de pantin désarticulé en jurant qu’on ne m’y reprendrait plus. Je me suis donc résolu à mener une petite vie tranquille d’écrivain, exempte d’ultratrail et de saut à l’élastique. Une vie où les seuls vrais dangers sont ceux que je fais courir à mes personnages, assis derrière un écran d’ordinateur. Mais tout ça, c’était avant d’avoir des enfants.

L’an dernier, comme toute jeune famille dynamique, nous sommes allés à Europa-Park. Ma femme et ma flle étant comme moi peu adeptes de sensations fortes, nous avions concocté un programme plutôt soft, rempli de petits trains panoramiques et de jolis manèges inofensifs. Problème : mon fls de 9 ans n’a rien contre l’adrénaline, lui. Il aime écouter du metal et assister à des matchs de hockey musclés. Sur le mur de sa chambre, Marco Odermatt sourit à côté de Dark Vador.
Quand nous sommes arrivés au quartier islandais, ses yeux ont brillé devant les montagnes russes du Blue Fire. « On le fait, papa ? » J’aurais pu m’en sortir avec une excuse honorable. Lui servir un discours du genre tu es encore trop petit, tu le feras dans quelques années. Mais devant son regard chargé d’espoir, j’ai su que je devais me sacrifer pour la bonne cause. Après tout, ce serait un moment intense de partage père-fls, un de ces souvenirs marquants dans une vie. Et je me suis dit que ses héros Marco Odermatt et Dark Vador le feraient en sifotant, ce Blue Fire.
Ce furent les deux minutes les plus longues de ma vie.
Le départ est foudroyant : tu passes de 0 à 100 km/h en 2 secondes et demie. Puis s’enchaînent des loopings de plus de trente mètres de haut, des vrilles à 360 degrés et d’autres trucs sadiques qui m’ont fait dans l’ordre : crier, jurer, prier, pleurer. J’étais une balle de fipper folle, j’étais un slip dans une machine à laver en mode essorage. Quand le train s’est enfn immobilisé, j’ai regardé mon fls dans un état proche de l’apoplexie. Et là, dans un soupir de déception, il a lâché cette phrase dont je me souviendrai toute ma vie : « C’est déjà fni ? »
Quelques semaines plus tard, nous sommes allés à la piscine. Je pensais y lézarder tranquillement au soleil en lisant un polar. Le problème, c’est que la piscine Aquasplash de Renens n’est pas n’importe quelle piscine. Elle est connue loin à la ronde pour ses toboggans spectaculaires. Il y a notamment le redoutable « Hara Kiri » rouge. L’impressionnant « Cobra » vert. Et surtout le blanc, répondant au doux nom de « Kamikaze ». Une chute libre de 18 mètres avec une pointe à 60 km/h. Mon fls l’a dévalé avec un large sourire. Puis il m’a lancé : « À toi, papa ! » Je ne pouvais pas me défler. J’étais confant : cela semblait bien plus abordable que le Blue Fire. Mais arrivé au sommet, j’ai blêmi. C’était plus vertigineux que la Streif de Kitzbühel et la piste de l’Xtreme de Verbier réunis. Mon fls et ses copains m’encourageaient d’en bas. J’étais tétanisé. Une queue impatiente se formait derrière moi. J’ai pensé à la déception de mon fls si je ne le faisais pas. Pour un enfant de 9 ans, un père est un demi-dieu. Alors j’ai fermé les yeux et me suis élancé dans un cri qui a dû s’entendre jusqu’à Berne. Moins de 5 secondes après, j’étais en bas sous les applaudissements. Vivant. Et heureux. J’étais un héros.
Mais le héros n’était pas au bout de ses émotions. Car la piscine de Renens a aussi de beaux plongeoirs. Un mètre. Trois mètres. Cinq mètres. Et aussi – hélas – dix mètres. Mon fls a (évidemment) voulu l’essayer. Avec (évidemment) son super papa courageux pour lui montrer la voie. Porté par l’adrénaline du toboggan Kamikaze,
« J’ai pensé à la déception de mon fils si je ne le faisais pas. Pour un enfant de 9 ans, un père est un demi-dieu. Alors j’ai fermé les yeux et me suis élancé dans un cri qui a dû s’entendre jusqu’à Berne. »
j’ai grimpé inconscient les marches innombrables. Je me sentais tout-puissant. Mais au sommet de la plateforme, j’ai fait ce qu’il ne faut jamais faire en pareille circonstance : regarder en bas. Et je me suis aperçu que dix mètres, c’est vraiment haut. Une foule s’était massée au bord du bassin, avide de ne perdre aucune miette du spectacle. Des amateurs de voltige qui pensaient sans doute que j’allais les gratifer d’un triple salto carpé. Alors que mon seul but était d’oser précipiter ma grande carcasse du haut de ce satané plongeoir sans fnir à l’hôpital.
Ce que j’ai fait.
Suivi de mon fls.
Tout s’est terminé dans une accolade de ferté réciproque. Nous étions les rois du monde. À ce moment-là, j’avais 9 ans moi aussi. Et les glaces au chocolat dégustées peu après en guise de récompense avaient une saveur toute particulière.
Rétrospectivement, je me dis que ça valait la peine de sortir de ma zone de confort. Mes exploits ne fgurent peut-être pas au niveau de ceux de Kilian Jornet dans le palmarès des performances hors du commun. Mais j’ai appris pas mal de choses sur moi-même. J’ai pu éprouver ce sentiment jubilatoire d’avoir surmonté mes peurs – et surtout d’avoir rendu fer mon fls (même si mon portrait n’orne toujours pas sa chambre à côté de ceux de Marco Odermatt et de Dark Vador). Et ça, ça vaut largement une ascension de l’Annapurna en baskets.
Malgré mon étalage d’héroïsme, je suis lucide. J’ai davantage d’avenir comme romancier que comme sportif de l’extrême. Mon base-jump à moi ? Créer des histoires. Mon Ironman ? Donner vie à des personnages. Mes shoots ultimes de dopamine ? Mettre un point fnal à un roman. Voir mon livre en librairie. Échanger avec des lecteurs.
Je risque cependant de devoir à nouveau enfler ma cape de super-héros très bientôt. Car mon fls a reçu un cadeau original cette année pour son anniversaire.
Un simulateur de chute libre en souferie pour toute la famille.
Je me réjouis.

PHILIPPE LAMON a publié quatre romans chez l’éditeur Cousu Mouche. Le dernier en date, Le Match du Siècle, raconte avec humour les déboires d’un champion de tennis. Il est sorti en Suisse en 2025 et paraîtra en France en 2026.
9 questions à Emma
Personne n’explique le suisse allemand comme elle : la créatrice de contenu de 22 ans enthousiasme, sous le nom de @wemmse, plus d’un million d’abonné·e·s avec sa répartie.

À DOMICILE SUR LES RÉSEAUX Emma est enseignante et partage volontiers des aperçus de son quotidien. C’est ainsi qu’elle est devenue une star sur Instagram et TikTok : @wemmse
Le nombre de tes followers a explosé récemment. Comment ça se fait ?
Le monde semble être fasciné par le suisse allemand !
J’espère que ça a quand même aussi un peu à voir avec ma manière d’expliquer la langue – mais qui sait ?

Que pensent les gens de toi qui n’est pas vrai ?
Que je viens d’une famille riche.
En trois mots, comment décrirais-tu
ce que tu fais en ligne ?
C’est bourré d’auto-dérision, d’humour et d’authenticité.
Qui est ton un modèle ?
Je n’ai personne de précis en tête, mais je tire mon inspiration de créatrices comme Emma Chamberlain ou Madeline Argy pour leur transparence.
Quel mensonge te racontes-tu ?
« Dans 2 minutes, j’arrête de scroller. »
Quel serait le titre du chapitre de ta vie actuellement ?
« Quand tout est parti en vrille. »

Quelle friandise décrit le mieux ta personnalité ?
La réglisse ! On adore ou on déteste. Elle ne laisse personne indifférent.
Quelle petite chose peut te gâcher la journée ?
Tout ! Mon chien qui me fait honte dehors, quand je me cogne un orteil ou le coude. Les cheveux gras. Ou encore les gens qui boudent les écouteurs dans les transports publics.

La question qu’on te pose le plus souvent ?
Comment j’ai démarré sur les réseaux sociaux.
Ma réponse : Je m’ennuyais pendant le lockdown.
Tu filmes ta vidéo, tu la postes, et voilà, c’est tout bête.
LE QUATRE-HEURES ET C’EST PARTI.

RED BULL DONNE DES AIIILES.
Le progrès en action.
La nouvelle SOLTERRA 4x4 eV.

Roulez plus loin, rechargez plus vite, proftez de plus de puissance : La nouvelle SOLTERRA 4x4 SWISS EDITION. Avec jusqu’à 1 500 kg de capacité de remorquage et une garantie de 10 ans ou 200 000 km. Disponible dès maintenant ! A partir de CHF 45 990.–
subaru.ch
SOLTERRA AWD, 343 ch, 16,8 kWh/100 km, 0 g CO2/km, Cat. B.