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The Red Bulletin – National League – Spécial hockey sur glace 2026/27

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SUISSE / HORS-SÉRIE HOCKEY SUR GLACE ABONNE-TOI DÈS MAINTENANT getredbulletin.ch

HORS DU COMMUN

P O K R C D PU L

, GUE 202 S A N E L A F L A S SUR LE N AT I O N LUMIÈRE L A SAISON DE S ET ES HÉRO

6/ 2 7


365 JOURS D’ACTION 1 domaine — 4 saisons d’émotions

Réserver

CHAMPÉRY CHAMPOUSSIN LES CROSETS MORGINS TROISTORRENTS VA L - D ’ IL L IE Z


ÉDITORIAL & CONTRIBUTIONS

Arunas Kacinskas L’illustrateur lituanien a collaboré avec Google, la NBA, Samsung et le New York Times. Pour ce magazine, il a imaginé quinze couvertures différentes pour une seule et même édition. Une première, pour nous comme pour lui.

Werner Jessner

ARUNAS KACINSKAS (COUVERTURE)

Journaliste indépendant, Werner Jessner a interviewé les légendes du hockey sur glace Wayne Gretzky et ­Vladislav Tretiak. Grand passionné de ce sport, il a pris beaucoup de plaisir à concevoir, rédiger et coordonner ce magazine.

Norman Konrad De Berlin à Porrentruy, dans le canton du Jura : le photographe allemand n’avait encore jamais visité cette région. Sa mission ? Mettre en lumière les frères Vauclair du HC  Ajoie. Le r ­ ésultat ? Aussi surprenant que réussi. Page 58

Le

3

hockey, c’est de ­l’intensité, de la compétition, de la joie et de la douleur. Mais quoi qu’il se passe sur la glace, le match se termine ­toujours par une poignée de main. Car le hockey, c’est aussi le fair-play, le ­respect mutuel et le plaisir de jouer. C’est pour cette raison que nous avons conçu ce numéro hors-série de The Red Bulletin, le magazine de Red Bull : afin de fédérer les passions, au-delà des rivalités entre les quatorze équipes de ­National League. Comme l’analyse Klaus Zaugg page 96, la Suisse est passé d’une place en milieu de tableau au sommet de la scène internationale. Cette ­ascension est aussi portée par des personnalités engagées comme Chrige Nyfeler, la speakerine de l­ ’Emmental, page 28, ou comme les frères ­Vauclair, figures emblématiques du Jura, page 58. Ce qui rassemble, c’est un amour ­profond du sport. Car le hockey est un sport qui appartient à chacun. Bonne lecture ! La rédaction

THE RED BULLETIN


4

CONTENUS Ce magazine fait honneur au hockey sur glace en Suisse. Ci-contre, les SCRJ Lakers.

Leadership

Patrick Geering 30 Comment le capitaine des ZSC Lions gère son rôle en coulisses et sur la glace. Pictorial

Le meilleur en images

38

Les visages de National League – et les plus belles images de la saison passée. Zone de but

38

De Lugano à la NHL : Elvis Merzlikins, un gardien pas comme les autres. Les outsiders

Trio gagnant Inspiration

Geoffrey, Julien et Tristan Vauclair : une vie dédiée au HC Ajoie. Rencontre.

Le fan de la première heure d’Ambrí-Piotta

À domicile

Eros Wagner 24 Aurélien Omer 26 L’intendant du GSHC

Chrige Nyfeler 28 La voix de l’Emmental

84 Quiz 86 Surfaceuse 87 Vaches maigres 88 Gastronomie 94 Intersaison 96 Chronique 98 Playlist

THE RED BULLETIN

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Sous la voûte de Davos

58

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Visite de la plus belle patinoire de National League – voire d’Europe. État des lieux

La relève Qui sont les joueurs qui font et feront l’essor du hockey suisse ? Enquête.

72

APA-IMAGES

6 Galerie 12 L’additon SVP ! 14 Objet de valeur 16 La bosse des maths 19 Serre les dents 20 Lève la main si tu as la réponse 22 Entretien

Calling Elvis


LES UNES

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Nos héros de une

Un pour tous, tous pour un Quatorze clubs évoluent en National League. Chacun d’eux méritait de faire la couverture du The Red ­Bulletin. C’est de cette idée qu’est né notre projet. Résultat : quinze unes différentes, pour chacun des quatorze clubs, auxquelles s’ajoute une édition spéciale les réunissant tous. 1. GENÈVE-­ SERVETTE HC Noah Rod

ARUNAS KACINSKAS

8

7. EHC BIELBIENNE Gaëtan Haas

2. FRIBOURG-­ GOTTÉRON Christoph Bertschy 3. LAUSANNE HC Damien Riat

7

10

10. SCL TIGERS Samuel Erni

8. HC LUGANO Luca Fazzini

11. ZSC LIONS Patrick ­Geering

9. HC DAVOS Enzo Corvi

12. EHC KLOTEN Dario Meyer

4

11

9

12

1

5

13

2

6

14

4. H C AJOIE Anttoni Honka

13. EV ZOUG Lino ­Martschini

5. SC RAPPERSWIL-­ JONA LAKERS Tyler Moy

14. HC AMBRÌ-PIOTTA Inti Pestoni

6. CP BERNE Tristan ­Scherwey

15. NATIONAL LEAGUE La une ­commmune

3

15

THE RED BULLETIN


6

Davos, zondacrypto-Arena

Efforts payants

Quand les gants et les casques volent, que les joueurs et le staff envahissent la ­patinoire, que deux douzaines d’hommes se tombent dans les bras, jubilent et pleurent de joie, que le trophée est décerné et que la bière commence à couler, on peut le dire : ça en valait vraiment la peine ! Ces heures passées à la salle de sport, les kilomètres dans le bus de l’équipe, les mises en échec, les bleus, les matchs, etc. C’est d’autant plus exceptionnel qu’il s’agit du tout premier titre de champion de l’histoire de FribourgGottéron. ­Félicitations !!! THE RED BULLETIN


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APA-IMAGES

WERNER JESSNER

GALERIE

THE RED BULLETIN


8

THE RED BULLETIN


GALERIE

9

Zoug, OYM hall

Knock-Out

APA-IMAGES

WERNER JESSNER

La saison dernière n’a pas été une partie de plaisir pour les géants de National League. Alors que l’EV Zoug a réussi à se hisser en quarts de finale (avant de se faire éliminer par le HC Davos en cinq matchs), le CP Berne a connu une saison catastrophique. Les Ours ont terminé leur saison une place derrière les Zougois et ont été éliminés lors des play-in par les Rapperswil-Jona Lakers. Les deux clubs vont devoir faire comme ­Victor Ejdsell après la mise en échec par David ­Sklenička : se relever, se secouer, continuer.

THE RED BULLETIN


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GALERIE

Zurich, Swiss Life Arena

Toujours plus

Il n’y a rien de plus beau qu’un match de hockey sur glace. Et il y a des matchs qui sont encore plus beaux que ça. Plus prenants. Plus émouvants. Plus disputés. La National League en compte toute une série : le derby du Léman, le derby ­tessinois, le derby des Zähringen, le petit et le grand derby bernois – et, bien sûr, le derby zurichois entre les ZSC Lions et l’EHC Kloten, ici en photo avec Šimon Hrubec, le gardien des ZSC, en pleine ­action. Et quand un derby file en prolongations, c’est encore mieux ! D’ailleurs, à partir de cette saison, cela s’appellera le Red Bull Overtime.

THE RED BULLETIN


APA-IMAGES

WERNER JESSNER

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THE RED BULLETIN


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L’ADDITION S’IL VOUS PLAÎT !

Boom ! La saison 2025/26 a été l’une des plus réussies de l’histoire de la National League : voici neuf chiffres remarquables.

64 000 000 de contacts : c’est le nombre atteint par la National League la saison dernière sur les réseaux sociaux – soit une hausse de 50 % par rapport à l’année précédente.

11

pays se sont assuré les droits de diffusion en streaming de la National League : l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Tchéquie, la ­Slovaquie, la Hongrie, la Finlande, la Suède, l’Ukraine, la Russie et l’Autriche.

50

66

ans ont passé depuis que le premier Suisse a été sélectionné par la NHL. Il s’agissait de Jacques Soguel, en 1976. Il ne s’est pourtant jamais rendu à Saint-Louis, mais est resté fidèle à son club d’origine, le HC Davos.

le pourcentage de joueurs ayant une licence suisse. Parmi les 34 % de joueurs étrangers, la Finlande arrive en tête (9,2 %) devant la Suède (8,7 %), le Canada (5,8 %) et la Tchéquie (2,4 %).

39

kilos : c’est la différence de poids entre le joueur le plus léger (Lino Martschini, EV Zoug, 66 kilos) et le plus lourd (Dave Sutter, GenèveServette, 105 kg). Et pourtant, tous les deux sont des piliers de leur club, ce qui prouve bien que le hockey est ouvert à tous !

THE RED BULLETIN

3 080 043 15 000 000

le nombre de spectateurs et spectatrices sur les différentes plateformes – soit une hausse impressionnante de 34 % ou 4 millions par rapport à la saison passée. À lui seul, l’acte 7 entre Fribourg-­Gottéron et Davos a été suivi en direct par plus d’un demi-million de personnes.

spectateurs l’année dernière : en moyenne, plus d’un Suisse sur trois (!) a assisté en direct à un match de National League dans une patinoire. Le taux de remplissage moyen des stades s’élevait à plus de 90 %.

nationalleague.ch

WERNER JESSNER

Suisses ont été draftés par la NHL. L’année 2015 a été exceptionnelle, avec la sélection de cinq joueurs de haut niveau : Timo Meier, Jonas Siegenthaler, Denis Malgin, Joren van ­Pottelberghe et Tyler Moy.

APA-IMAGES, KEYSTONE, GETTY IMAGES

supporters se sont rués dans la PostFinance Arena la saison dernière. Le CP Berne est ainsi resté attractif pour le public, malgré une année difficile.

TIM MARRS

82

433  328


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SHOW STOPPER Comme les générations avant lui : Leonardo Genoni, 39 ans, est le dernier gardien à jouer avec une crosse en bois. Il nous explique ici pourquoi.

LEANDER BAUMBERGER/EVZ, EVZ; APA-IMAGES

Marque : Brian’s Modèle : Zero G Nombre : deux exemplaires pour la saison 2025/26 Bâtons d’entraînement : 7 la saison dernière, jusqu’à 30 par le passé

WERNER JESSNER

Texte Werner Jessner Photo Valentin Studerus

THE RED BULLETIN


OBJET DE VALEUR

15

L’objet « Je joue avec une Brian’s Zero G en bois. Elle est plus lourde que les crosses en carbone, aussi parce que j’y applique un rouleau entier de ruban adhésif pour pouvoir bien la tenir. L’usine d’où venait cette crosse a fermé il y a quatre ans, je ne peux donc plus m’en acheter de nouvelles. Un dernier site de production en Europe en fabrique encore en bois. C’est là que j’achète mes cannes d’entraînement. J’ai sept nouvelles Brians en stock. Je les garde comme un trésor. »

LEONARDO GENONI se mue en grand conservateur lorsqu’il s’agit de son équipement.

PLUS DE SENSATIONS Genoni a grandi avec les crosses en bois. La flexibilité de celles en carbone ne lui apporte aucun avantage, déclare le gardien de l’EV Zoug.

THE RED BULLETIN


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AU CORDEAU Pas de zone d’ombre : la dernière saison de National League en chiffres et en superlatifs – et quelques comparaisons assez étonnantes qui vous surprendront et vous émerveilleront.

La société d’analyse de données 49ing, fondée par Andreas Hänni, ancien défenseur professionnel de longue date, âgé de 47 ans, et son frère Michael, développeur, recueille, suit et met en contexte tous les matchs de National League. Leur logiciel est utilisé par des clubs et des ligues du monde entier et est considéré comme l’un des plus avancés, des plus précis et des plus faciles à utiliser. Ce n’est pas un hasard si les données de National League sont parfois considérées comme les plus fiables. Pourquoi Hänni a-t-il fondé 49ing (le nom de l’entreprise fait référence à son numéro de maillot) ? « Par amour du sport. » 49ing.ai

TIRS BLOQUÉS

2,65

HC Davos

3,15

3,12

Fribourg-Gottéron

3,10

2,81

Genève-Servette HC

2,94

2,61

Lausanne HC

2,85

2,63

HC Lugano

2,85

2,81

SC Rapperswil-Jona Lakers

2,79

2,61

ZSC Lions

1,96

Occasions de but empêchées par les joueurs

AJO

17,71

ZSC

16,00

EVZ

15,51

LHC

15,49

HCAP

15,31

SCRJ

15,22

SCL

15,13

FRI

14,67

EHCK

13,80

HCL

13,80

SCB

13,59

GSHC

13,57

HCD

12,98

EHCB

12,13

THE RED BULLETIN

3,62

HC Ajoie

1,95

2,17

2,70

CP Berne

2,25

2,37

EHC Kloten

2,38

2,16

EV Zoug

2,67

2,70

SCL Tigers

2,62

2,70

EHC Biel-Bienne

2,42

2,72

HC Ambrì-Piotta

COMMENT LIRE LE GRAPHIQUE À gauche (en rouge) : moyenne des buts effectivement marqués par match. À droite (en bleu) : moyenne des tirs effectués par match. Au milieu (en jaune) : le potentiel offensif extrapolé sur la base d’occasions de but de grande qualité, selon la méthode Trex perfectionnée par 49ing (ligne zéro à l’extrême gauche). Tirs au but Potentiel offensif (Trex) Buts

ADOBE STOCK, 49ING

Des stats ou rien


LA BOSSE DES MATHS

17

LES JOUEURS LES PLUS ZÉLÉS Temps sur la glace par match (en minutes)

ATTAQUANTS

28,77 28,56

30,35

30,10

30,00

30,12

29,96

22,81

1

Fabio Hofer

EHCB

19,61

2

Waltteri Merelä

SCB

19,50

3

Tyler Moy

SCRJ

19,20

4

Austin Czarnik

LHC

18,95

5

Jesper Frödén

ZSC

18,49

6

Robert Leino

EHCK

18,45

7

Jesse Puljujärvi

GSHC

18,42

8

Sandro Schmid

FRI

18,35

9

Zach Sanford

HCL

18,22

10

Chris DiDomenico

HCAP

18,09

11

Dominik Kubalík

EVZ

18,06

12

Jeremy Wick

AJO

17,44

13

Dario Rohrbach

SCL

17,22

14

Simon Ryfors

HCD

16,35

DÉFENSEURS

30,25

27,06

25,23

29,37

30,00

27,60

1

Tim Heed

HCAP

24,02

2

Jesse Virtanen

HCAP

23,96

3

Anttoni Honka

AJO

23,23

4

Jacob Larsson

SCRJ

22,84

5

Erik Brännström

LHC

22,53

6

Mikko Lehtonen

ZSC

22,35

7

David Sklenička

EVZ

22,24

8

Linus Hultström

EHCB

21,87

LES PLUS GROSSES SURPRISES

9

Sami Niku

LHC

21,76

10

Max Lindroth

EHCK

21,56

HC Davos : neuvième pour les tirs, premier pour les buts. L’attaque la plus efficace.

11

Michael Kapla

FRI

20,74

12

Tobias Geisser

EVZ

20,60

13

Vili Saarijärvi

GSHC

20,37

14

Phil Baltisberger

SCL

20,34

Fribourg-Gottéron : le plus grand potentiel offensif de la ligue, mais « seulement » 2e pour les buts. CP Berne : deuxième pour les tirs, mais seulement treizième (!) pour les buts marqués.

THE RED BULLETIN


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LA BOSSE DES MATHS

CHAUD : LA ZONE DU BUT D’où viennent les buts ? La heat map révèle que les contacts décisifs avec le puck se produisent directement devant le gardien. La zone dangereuse commence dans la « maison » (entre les cercles d’engagement). Les tirs frappés (slapshots) réussis depuis la ligne bleue restent rares. Tout au fond : les buts en cage vide.

La plus grande distance totale des passes en un match

2 005 buts marqués au total

Le plus grand nombre de shifts

273,4

par les attaquants du HC Lugano

3 218 m

Fribourg-Gottéron (à domicile)

Tirs les plus efficaces (statistiquement parlant)

44,17 % Tir du poignet de Lausanne (à domicile)

Temps le plus long… en possession du palet (en minutes)

10,19

ZSC (à domicile)

… en infériorité numérique (en minutes)

282,81 ADOBE STOCK

GSHC

THE RED BULLETIN


1Zo5ug

SERRE LES DENTS

3Lug0ano

Bienne

ì r b m SCL Tigers A

e v è n Ge ervette S

e i o j A Klot en g r u o Frib

14

9

19

Berne

Sur la glace, Derek Grant des ZSC Lions ne lâche rien !

os v a D

ZSC Lions

PAS DE PITIÉ

15

Lausan ne

ADOBE STOCK, APA IMAGES

WERNER JESSNER

Le hockey sur glace est un sport qui marque, et laisse des trous parfois aussi flagrants que le nez au milieu de la figure. À quelle équipe de National League manque-t-il le plus de dents ? Après un sondage auprès des médecins d’équipe, des soignants et des managers de la Ligue, il s’avère que tout le monde n’affiche pas ses chicots de manière aussi souveraine et provocante que Derek Grant, des ZSC Lions, au point qu’ils sont même devenus sa marque de fabrique. Les dentistes sont très sollicités dans le monde du hockey sur glace et réparent les dégâts causés par des pucks mal envoyés ou des crosses mal dirigées. Le Bernois Tristan Scherwey a perdu pas moins de trois dents en 2018 à cause du patin d’un adversaire – dont l’une qu’il a extraite lui-

même sur le banc des joueurs, lors d’une scène devenue célèbre d ­ epuis. Henrik Borgström, du nouveau champion Fribourg-­ Gottéron, est arrivé du HV71 en Suisse dès 2025 sans sa dent de devant. Et pour de ­nombreux cracks comme Yannick Frehner, de Davos, cette dent manquante symbolise leur style de jeu : « Ils laissent tout sur la glace », dit-on outre-Atlantique à propos des joueurs qui se donnent à fond et s­ acrifient tout pour leur équipe – même leur propre ­dentition. Le rendez-vous chez le d ­ entiste, c’est pour après la carrière.

THE RED BULLETIN


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Avec quelle force un tir frappé atteint-il le gardien ? Le monde est régi par les lois de la physique : difficile d’imaginer les forces qui s’exercent sur un gardien lorsqu’il fait bien le job (et dans le cas contraire, c’est carrément brutal).

Temps de réaction = distance d vitesse v

t

Le puck

APA-IMAGES

WERNER JESSNER

Il fait 170 g, 2,54 cm d’épaisseur et 7,62 cm de diamètre.

THE RED BULLETIN


LÈVE LA MAIN SI TU AS LA RÉPONSE

21 Cas de figure

Power-play, un défenseur a une vue ­dégagée et décoche un tir frappé à pleine puissance depuis l’extérieur du cercle d’engagement. La distance par rapport au but est de 9 mètres, le puck atteint une vitesse maximale de 150 km/h (en NHL, on a déjà enregistré des vitesses allant jusqu’à 175 km/h). Supposons donc que notre gardien ­attrape parfaitement le puck de 170 g (m) avec son gant. Dans ce cas, on suppose une distance de freinage de 30 cm, qui ­résulte d’une part du rembourrage du gant lui-même et, d’autre part, de la souplesse naturelle du bras qui réceptionne le puck. Pour calculer la force de freinage, on doit d’abord déterminer l’énergie ­cinétique à l’aide de la formule suivante : Ec = –¹₂ · m · v². Dans notre cas de figure (on convertit les km/h en m/s en les divisant par 3,6) : Ec = –¹₂ · 0,17 kg · (41,67 m/s)², ce qui donne une énergie cinétique de 147,59 joules.

La distance de freinage est décisive

Le goal

Davide Fadani (EHC Kloten) en action. Durant la saison 2026/27, il partage la cage avec Reto Berra.

La force de freinage (Ff ) désormais nécessaire pour compenser cette énergie cinétique dépend de la distance de freinage. Divisons donc nos 147,59 joules par 0,3 mètre, ce qui donne une force de freinage impressionnante de 491,97 newtons. Convertie en force ­pondérale, cela équivaut à une force de 50,2 kg exercée sur le gant. Ça, c’est le scénario idéal. Mais de combien de temps de réaction (t) le gardien dispose-t-il réellement pour se mettre en position ? Reprenons le même exemple : un tir frappé à 150 km/h (v) depuis une distance de 9 mètres (d). Comme t est égal à d divisé par v, on ­obtient un temps de ­réaction de 22 centièmes de seconde. Il faut y penser quand on parle d’arrêts ­faciles au motif que le gardien avait une vue ­dégagée sur le puck.

En plein dans le casque

Plus la distance de freinage est courte, plus la force de freinage est élevée. ­Supposons donc que le gardien ait raté ces 22 centièmes de seconde et qu’il n’ait pas attrapé le puck correctement avec son gant, mais qu’il l’ait reçu de plein fouet sur son casque. Dans ce cas-là, on suppose une distance de freinage de seulement 10 centimètres. Sans grande surprise, la valeur triple, et ce puck, qui ne pèse que 170 g, exerce une force de 150 kg – en pleine tête. Et il y en qui se demandent encore qui sont les plus durs à cuire dans notre sport préféré ?

THE RED BULLETIN


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ENTRETIEN

Les Rochette : une affaire de famille

Théo, le fils, a joué trois saisons à L­ ausanne et s’apprête à faire le grand saut en NHL ; Stéphane le père, ex-arbitre, est le consultant phare de la chaîne qui retransmet les matchs. Rencontre avec un duo complice. Texte David Pietronigro

2 Quels sont les bons côtés de vos jobs ? théo : Je vis de ma passion. J’ai grandi avec cette envie d’être un jour joueur pro. J’ai beaucoup travaillé pour y parvenir, je me suis donné les moyens d’en arriver là où je suis. Je ne me verrais pas faire autre chose. stéphane : Je m’amuse, je suis payé pour ­regarder des matchs et les analyser. Que demander de mieux ! J’ai appris à vulgariser ce sport et à le rendre accessible à tous et toutes.

the red bulletin : Messieurs, ça vous fait bizarre de travailler dans le même milieu ? théo : Aujourd’hui, je peux vous répondre que cela ne me fait rien. Mais avant mes premiers matchs, je ne dis pas que ça me stressait, mais j’avais hâte de voir ce que cela allait donner et des retours que j’aurais. Car au final, je ne ­regarde pas trop ses émissions. stéphane : C’est compliqué pour moi de trouver le bon équilibre, surtout quand mon fils est victime d’une charge ou s’il sort un grand match. Never too high, never too low. Avec le temps, cela se fait ­naturellement et je pense que les téléspectateurs apprécient ça. THE RED BULLETIN

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Et les désavantages ? théo : Les sacrifices. Je dois performer. J’adore mon statut, mais j’aimerais que les supporters se rendent compte de ce que ça ­représente pour y parvenir… et y rester ! stéphane : Quand on devient une personnalité publique, on doit apprendre à faire face aux critiques. Les supporters sont exigeants avec les performances de leur brigade favorite. Ils peuvent avoir des mots durs. Et ils n’aiment pas quand j’égratigne le jeu de leur équipe en expliquant pourquoi elle a perdu…

4 Quels sont les ingrédients d’un bon match de hockey ? théo : De la vitesse, de l’intensité et … des erreurs. Car elles font parties du jeu, provoquent des chances de marquer, donnent la force pour step up et jouer ­encore mieux. stéphane : Des émotions. Et de l’enjeu ! Le match à ne pas perdre : un match 7 en finale de play-offs ! Celui que tout le monde veut voir ou disputer une fois dans sa vie.

5

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans le championnat de National League ? théo : La différence de niveau entre les équipes n’est pas grande et la Ligue est compétitive. L’engouement pour le hockey ne cesse de grandir. Il n’y a qu’à voir l’effervescence dans la ville de Lausanne suite à nos deux finales perdues. stéphane : La passion des gens pour ce sport. Les fans en Suisse sont au-dessus du lot. Ils s’identifient à leur équipe, la suivent partout. L’ambiance dans les p ­ atinoires en Suisse est incomparable et dépasse même celle qu'on peut trouver en Amérique du Nord. Il faut venir le voir pour le croire.

6

Si tu pouvais changer un aspect du hockey en Suisse, lequel serait-ce ? théo : Le calendrier. Il faudrait plus de cohérence et d’uniformité dans nos semaines. stéphane : Les arbitres ! (rires) Dans toutes les ligues du monde, on veut jeter les arbitres.


23

7 Qu’est-ce qui fait un bon arbitre ? théo : Quand il est ouvert à la communication, explique ses décisions et admet ses erreurs. On est humain. La relation avec les joueurs est donc très importante. stéphane : Un bon arbitre a du feeling, possède un bon game ­management. Le chef des arbitres Reto Bertolotti expliquait qu’il désamorçait les grosses colères des GM en leur disant qu’il avait des arbitres pour évoluer en 1re ligne, et d’autres en 4e bloc. C’est toujours d’actualité !

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Une règle d’arbitrage à changer ? théo : Les face-offs ! C’est trop ­réglementé ici. En Amérique du Nord, une fois le puck descendu, on fait ce qu’on veut : le prendre avec le patin, le bloquer ou pousser le gars pour qu’un coéquipier le récupère. stéphane : Entièrement d’accord !

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Qu’est-ce qui fait un bon joueur de hockey sur glace ? théo : Avoir de bonnes mains, de la vitesse et être physique dans son jeu. Le shoot ? C’est un bonus, mais pas le plus important. Tu dois pouvoir lire le jeu avant tout le monde, trouver les bonnes lignes de passes, ou savoir te démarquer. stéphane : On dit souvent que pour faire carrière, tu dois avoir 2 ou 3 qualités dominantes et pas juste être moyen dans tout. Si tu es béni des dieux, tu as tout, et tu es le prochain Connor McDavid.

Théo Rochette 24 ans, futur joueur des Detroit Red Wings. Il est revenu dans son pays natal pour jouer trois ans sous les couleurs du Lausanne HC. Jeune talent du hockey, il connaît un grand succès sur la glace et est le chouchou des ­supporters et supportrices du LHC. Stéphane Rochette 58 ans. Il arrive du Canada en 1991, d’abord comme joueur, puis entraîneur à Neuchâtel. C’est grâce à son rôle d’arbitre de 1997 à 2014 qu’il se fait connaître. Plus de mille matchs sifflés et une reconversion professionnelle plus tard, le désormais consultant-vedette de la chaîne de télévision MySports décortique et analyse tous les matchs de National League.

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Que pensez-vous de vos carrière respectives ? théo : Plus jeune, j’entendais le public insulter mon père. Je ne l’ai pas bien vécu. Mais au fond de moi, je savais qu’il était un bon arbitre, mu par la passion du sport. C’est lui qui m’a transmis l’amour du jeu. Je ne peux que le remercier. stéphane : Beaucoup de fierté. Le talent il l’a toujours eu, et on lui a donné l’environnement. Mais le talent ne suffit pas. Il faut travailler et avoir le sens du sacrifice, même à l’adolescence. Il est mieux fait que moi car il arrive facilement à se relever après les épreuves. Il vit vraiment au jour-le-jour, alors que moi je m’inquiète, je cogite, je repense chaque décision. Il a la mémoire courte qui le rend plus fort. Et un mental qui va l’aider pour la suite. THE RED BULLETIN


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INSPIRATION

Eros Wagner est une légende parmi les supporters d’Ambrì-Piotta, mais plus encore : avec son charme et ses anecdotes inoubliables, il i­ncarne l’histoire de ce club de village ­éternel – avec tous ses hauts et ses bas. Texte Werner Jessner Photo Gabriele Seghizzi

Quand Eros Wagner, né en 1948, entreprend en 1967 le trajet, encore difficile à l’époque, entre son domicile à Giubiasco et Ambrí, pour assister à son premier match des Biancoblù, il ne se doute pas que cette expérience marquera le début d’une passion pérenne. L’ambiance unique qui règne à la patinoire de la Valascia le séduit instantanément : gardiens sans masque, joueurs sans casque, crosses en bois, vent glacial – quel sport ! À l’époque, la saison de Ligue ­nationale B est courte et les matchs se jouent exclusivement le dimanche. Chaque fois qu’il neige – ce qui arrive souvent à l’époque –, des hommes jeunes et costauds armés de pelles et de panneaux en bois déneigent la patinoire. Tout le monde s’y met. Eros, impressionné par cet état d’esprit, se porte alors volontaire. Avant même de s’en rendre compte, il fait partie du « club du village » – un titre fièrement revendiqué à Ambrí.

Un tournant décisif

Au cours des décennies suivantes, il ­assumera toutes sortes de tâches. Il s’occupera des vestiaires, peindra les bandes en bois, arrosera la patinoire avec des tuyaux ou vissera les sièges dans la nouvelle arène. Il veille désormais à ce que les personnes à mobilité réduite se sentent à l’aise dans la patinoire et puissent s’y ­déplacer facilement. Le hockey sur glace a façonné sa vie : c’est à la ­patinoire qu’il a rencontré sa femme, qui a t­ ravaillé à la billetterie pendant dix ans. Sa petite-fille Melodie est aussi une grande fan d’Ambrí. La vie d’Eros est ponctuée d’épisodes illustrant sa passion pour le hockey. Il raconte n’avoir manqué que trois matchs toutes ces années, contre Berne, Zoug et

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Focus

Originaire de Giubiasco, au Tessin, qui fait aujourd’hui partie de Bellinzone Âgé de 78 ans A assisté aux matchs à domicile à la patinoire de la Valascia, qui est restée non couverte jusqu’en 1979 Outre le titre de champion manqué de peu, son plus grand moment sportif a été la victoire à la Coupe Spengler en 2022.

Lugano. Résultat : Ambrì a remporté les trois matchs en son absence… Anecdote sur Lugano, l’ennemi juré : un jour, dans l’ancien stade, les supporters visiteurs refusaient de rentrer chez eux. Alors, Eros, sur une suggestion d’un de ses collègues, a attrapé un tuyau d’arrosage et les a aspergés. Très efficace. Ou sur les premiers essais de fabrication de glace à la manière moderne : au lieu de 2,5 cm, la couche de glace faisait plus de 6 cm d’épaisseur, mais ce problème a lui aussi été résolu. Le septuagénaire a une autre anecdote en réserve, celle du premier match disputé dans l’arène rénovée, et couverte : l’équipe adverse de Zoug n’avait pas de maillots aux couleurs assorties, les visiteurs ont donc dû, dans l’urgence, enfiler des tenues rouges d’Ambrì portant l’inscription « OK Gruppo Ambrì Piotta ». Des histoires de ce genre, Eros en a des dizaines. Quand les grands moments ont tourné au cauchemar (comme cette finale perdue contre Lugano en 1999 et la crise existentielle qui a suivi), il était présent, comme lors des luttes régulières contre la relégation. Un souvenir émouvant : « Le but ­marqué par Joey Isabella contre Viège en 2011, qui nous a permis

de rester en N ­ ational League et a garanti notre présence ininterrompue dans l’élite depuis 1985 : rien que d’y penser, j’en ai les larmes aux yeux. »

Un témoin historique

Au fil des décennies, il a noué de nombreuses amitiés – notamment parce qu’il faisait souvent le voyage en train avec l’équipe pour se rendre aux matchs à l’extérieur. Parmi tous ces noms, une légende des années 1980 se distingue : Dale McCourt, avec qui il entretenait une relation particulièrement étroite. Mais la liste pourrait être bien plus longue lorsqu’il se plonge dans ses souvenirs. Parmi les joueurs actuels, ­nombreux sont ceux qui sont déjà venus déguster une fondue chez Eros, à l’image de Luca Cereda, Paolo Duca ou Luca Viganò, ainsi que des joueurs étrangers tels que Jesse Virtanen et Janne Juvonen. Il se dit que, dans le grotto privé d’Eros, ce qui commence à 14 heures peut facilement se terminer après 22 heures. Quand Eros a dû subir une opération de la hanche à la fin des années 1990, Oleg Petrov, le meilleur buteur russe d’Ambrì, est venu lui rendre visite à l’hôpital. Son cadeau de bon rétablissement : une barre en métal. « Il avait entendu dire que je manquais de fer et m’a conseillé de la lécher pour me remettre sur pied », raconte Eros Wagner en riant. L’humour parfois un peu brut des pros a également séduit ce supporter de longue date, dont les objectifs sont les mêmes depuis des ­années : « Venir à la patinoire jusqu’à mes 80 ans et assister en direct à mille matchs de mon club. » L’ambiance exceptionnelle qui régnait lors de notre séance photo donne à penser que le plus célèbre des supporters d’Ambrì y parviendra haut la main. Seul le titre tant attendu manque encore à Wagner (pour l’instant), mais il voit les choses avec réalisme : « Nous sommes un petit club. Dans les grands clubs, c’est le président qui compense les pertes. Quand Ambrì est à court d’argent, comme lors des années décisives de 1999 ou 2011, on organise des collectes et ­chacun donne selon ses moyens. C’est ça, ­l’esprit d’Ambrí. »


« Quand le club est à court d’argent, on organise des collectes. C’est ça l’esprit d’Ambrí. » Un club soudé, envers et contre tout : c’est ce qui compte pour Eros Wagner.

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INSPIRATION

est devenu chef matériel à l’âge de 13 ans. Depuis 25 ans, il est l’âme du vestiaire du Genève-Servette HC. Paradoxalement, c’est grâce à une porte fermée que la carrière de « Jimmy » a commencé. Texte Karin Wenger Photo Cyril Zingaro

« Cé qu’è lainô, le Maitre dé bataille, Que se moqué et se ri dé canaille, A bin fai vi, pè on desande nai, Qu’il étivé patron dé Genevuoai. » (« Celui du haut, le Maître des batailles, Qui se moque et se rit des canailles, A bien fait voir, par une nuit de samedi, Qu’il était patron des Genevois. ») Depuis plus de vingt ans, Aurélien Omer chante l’hymne dans l’ancien patois ­genevois avant chaque match à domicile à la patinoire. « C’est un peu comme la Marseillaise», dit-il. On ne connaît que les strophes qu’on chante. » Il connaît les deux premières. Rares sont les personnes à savoir qui est Aurélien à la patinoire des Vernets. On l’appelle Jimmy. Et Jimmy, tout le monde connaît. D ­ epuis 2002, il est chef matériel du ­Genève-Servette Hockey Club. Sans lui, l’équipe ne pourrait pas aller sur la glace : il s’occupe des patins, de l’affûtage des lames, des gants, des crosses, des visières, des chewing-gums, du gel pour les cheveux. À l’instar de l’aigle qui apporte le puck dans le cercle d’engagement lors des matchs à domicile, Jimmy Omer fait lui aussi partie intégrante de l’ADN du club.

Vocation

Tout commence à Reims, en France. Comme chaque semaine, sa mère le dépose à la piscine. Aurélien a 13 ans. Un jour, ce message est accroché sur la porte : « Piscine fermée pour cause de nettoyage ». Sa mère est déjà repartie. Pour passer le temps, il se rend à la patinoire juste à côté. Le chef matériel du HC Reims le voit et lui demande de l’aider. Quand Aurélien ­repasse à la patinoire quelques semaines

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Focus

Il n’a lui-même jamais joué au hockey sur glace Point fort Il a un odorat très développé : il r ­ econnaît l’équipement du ­Genève-Servette à son odeur Son secret Il n’a encore ­jamais assisté à un match de hockey ­depuis les tribunes.

plus tard, le chef matériel lui dit : « Où étais-tu passé ? Je t’ai cherché partout ! » À force de donner des coups de main, à 14 ans, Aurélien est déjà seul responsable de l’équipe. La journée, il va à l’école, le soir, à la patinoire. Lors des trajets des matchs à l’extérieur, les joueurs révisent les verbes irréguliers anglais avec lui. Plus tard, il travaille pour l’équipe de France, dans laquelle évolue alors le capitaine du Genève-Servette HC, Philippe Bozon. C’est ce dernier qui lui proposera un job, et c’est ainsi qu’Omer atterrit à ­Genève en 2002. Le timing est parfait : c’est la première ­année du club après sa promotion dans la plus haute ligue. À l’époque, le hockey sur glace n’est pas encore ce qu’il est. Il n’y a que très peu de crosses en carbone, presque aucun joueur ne porte de visière, et les patins ne sont pas encore faits sur mesure. Aujourd’hui, Jimmy se rend chaque année aux ÉtatsUnis pour tester le nouveau matériel présenté par les entreprises locales. Il partage ensuite ses découvertes avec les joueurs. « J’essaie de les conseiller de manière à ce qu’ils soient le mieux protégés possible. » Pour Omer, une journée réussie, c’est : rien d’oublié, personne de blessé. « C’est déjà une victoire ! »

Blindtest

Un jour, ses joueurs lui ont bandé les yeux et lui ont mis leurs patins dans les mains. Il les a tous reconnus, à leur forme et à leur affûtage. Lui-même n’a jamais joué au hockey, et lorsqu’il a regardé un match pour la première fois, il travaillait déjà pour le HC Reims en France. Aujourd’hui, l’un de ses fils joue au hockey sur glace. Avec lui, il revit ce qu’il connaît déjà avec les pros. La superstition, par exemple. Comme ce gardien de but qui ne pouvait rentrer sur la glace qu’après avoir tapé dans la main de Jimmy en lui disant en ­italien « Dai, zio, dai » (« Allez, tonton, ­allez ! ») – cela a duré quatre ans. Un autre, qui avait décroché une place en NHL, lui avait demandé de lui envoyer du tape ­depuis G ­ enève jusqu’aux États-Unis – tape qui provenait de la même usine que celle qui fournissait le GSHC. Une chose que Jimmy Omer a remarquée au fil des ans, c’est un sentiment qui, d’après lui, est typique du club genevois : le « tout le monde est contre nous ». Même son fils le dit : « Ils ne nous aiment pas de toute façon, donc on va gagner. » Un peu comme les irréductibles Gaulois, pas tout à fait suisses, toujours un peu à part. Le Genève-Servette HC a été le premier club à adopter deux couleurs de casque, l’une pour les matchs à domicile, l’autre pour les matchs à l’extérieur. Parfois, quand il va faire ses courses à Genève, Jimmy tombe sur un fan qu’il connaît de la patinoire. « C’est pas toi, l’imbécile qui a été interdit de match pendant deux ans pour t’être battu ? », lui arrive-t-il alors de demander. Pour lui, le grand rival, ce n’est pas Lausanne, c’est Berne. Pas une seule victoire en play-off en 25 ans. Il préfère se souvenir de la première fois où son équipe a remporté le titre de champion de Suisse, en 2023. Il prend son travail très au sérieux, et ce depuis des décennies, rentrant parfois chez lui à 3 heures du matin après un match à l’extérieur et se retrouvant de ­nouveau à la patinoire après seulement quelques heures de sommeil. Mais quand il entend parler de la pression que ­subissent les joueurs de la part des parents, des entraîneurs, des supporters et des ­caméras, il se dit : « Ce n’est que du sport. On ne cherche pas un vaccin contre le cancer. » Alors il dit aux joueurs : « N’oubliez pas, vous êtes des artistes. »

GSHC/KEYSTONE

Aurélien Omer


Rien d’oublié, personne de blessé : « C’est déjà une victoire ! » Véritable pilier du club, Jimmy remet les joueurs sur la bonne voie.

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INSPIRATION

Chrige Nyfeler est la voix de l’Emmental depuis 1992. La dernière fois qu’elle a manqué un match des SCL Tigers, c’était en 1981. Première femme à occuper ce poste, elle considère le club comme sa famille, et ne compte pas raccrocher. Texte Werner Jessner Photo Muriel Florence Rieben

Sa première fois dans une patinoire ? C’était en n ­ ovembre 1981, se souvient Christine, mieux connue sous le nom de « Chrige » dans le monde du hockey. Membre du club depuis 1982, elle a pris le micro pour la première fois en 1992 – devenant ainsi la première femme à le faire dans le monde du hockey suisse, avant que d’autres ne suivent son exemple à ­Genève et Ajoie. Mais elle n’a jamais eu de mal à se faire accepter, même en tant que jeune femme dans le monde très masculin du hockey sur glace. « C’est assez étonnant, finalement », souligne-t-elle aujourd’hui. Le sport occupe une place centrale dans la vie de cette Bernoise née en 1964 et ce, depuis son adolescence ; une passion qui transparaissait parfois dans son quotidien : « Je travaille à temps plein à la Poste. Il y avait des jours où je portais mon maillot derrière le comptoir. »

Tout pour le club

Concilier un emploi à temps plein avec un travail en soirée dans la patinoire ­emmentaloise, cela n’est pas de tout repos. Mais dans le cas de Chrige, ce n’est qu’une p ­ artie de la vérité, puisqu’elle est également présente dans les vestiaires lors des matchs des jeunes. Elle estime à « environ 200 » le nombre de matchs auxquels elle assiste en direct, par saison. Si l’on ajoute à cela les rencontres auxquelles elle a ­assisté auparavant, alors qu’elle n’était que spectatrice dans les ­tribunes, on arrive à un total d’environ 7 000. C’est cette expérience qui, selon la légende, lui a valu d’être présentée lors d’une formation ­d’arbitres comme « celle qui a toujours raison ».

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Originaire de Langnau (canton de Berne) Âge 62 ans Elle a pris le micro environ 100 000 fois dans sa vie L’été elle en profite pour se détendre Elle aime manger des frites avant un match

Aucun match manqué en tant que s­ peakerine, vraiment aucun, même pas pour cause de maladie ? Quand elle a la voix ­enrouée, on prend toujours bien soin d’elle, explique-t-elle, avec des boissons chaudes et des pastilles pour la toux. « Le dernier match des SCL que j’ai manqué ­remonte à 1981, quand je n’étais ­encore que supportrice. Mais il y a eu quelques fois où ça a été un peu tendu », admet-elle. Surtout lors des matchs des jeunes, qui sont programmés en fin d’après-midi, et pour cause : « La Poste est ouverte jusqu’à 18 heures. » Si elle parvient à concilier les deux, c’est uniquement grâce à un employeur compréhensif qui lui accorde des heures de congé, ce dont elle lui est extrêmement reconnaissante. Le charme rural de ­Langnau : on croise aussi des joueurs, leurs proches et, plus généralement, des membres du club à la Poste. Et ces dernières années, les joueurs étrangers ont eux aussi appris à apprécier davantage le charme et la tranquillité des lieux et se sont installés sur place, ce qui a facilité les échanges. Pour les supporters des SCL Tigers, il serait inconcevable de se rendre à la ­patinoire et d’entendre une autre voix que celle de Chrige, avec son accent ­bernois reconnaissable entre mille.

Voilà d ­ ésormais trois générations qu’elle officie, aujourd’hui auprès des petits-­ enfants des joueurs qui ont autrefois ­évolué ici – ce qui ne l’empêche pas d’être toujours aussi nerveuse avant un match. Pour autant, en tant que speakerine, Chrige Nyfeler s’efforce d’être aussi objective que possible, « mais c’est sûr que je suis aussi supportrice ». Elle tient à ­rester neutre, précise-t-elle : même si elle n’est pas d’accord avec une sanction ou d’autres décisions arbitrales, les supporters ne doivent pas le deviner au ton de sa voix.

Les SCL Tigers : une vraie famille

Quand on passe autant de temps qu’elle à la patinoire, le club finit par devenir une vraie famille. Pour Chrige, qui n’est pas mariée, les joueurs sont comme ses fils, ainsi qu’elle le dit elle-même. Et si l’un d’entre eux part à l’étranger ou rejoint un autre club plus riche, elle doit l’accepter, à l’image d’une mère dont l’enfant quitte le nid. « Nous sommes un club formateur », déclare-t-elle en évaluant la situation à Langnau avec réalisme. Tout en espérant que l’amélioration des infra­structures et le nouveau campus permettront, d’une part, de soutenir les jeunes t­ alents et, d’autre part, de faciliter le r­ etour de ses « fils » après une carrière ­passée ailleurs. Pendant des décennies, Todd Elik a été son joueur préféré, ce Canadien charismatique dont le numéro 12 n’a plus été attribué chez les Tigers depuis décembre 2011 : « Parce qu’il se battait pour les autres et qu’il acceptait les sanctions infligées pour ses récriminations. » Chaque départ est douloureux, dit-elle, qu’il s’agisse, comme la saison dernière, du ­capitaine de longue date Harri ­Pesonen ou d’un jeune qui souhaite ­tenter sa chance ailleurs. À chaque fois, Chrige doit laisser partir un membre de sa famille. À l’aube de la saison 2026/27, l’irremplaçable Chrige a bien l’intention de rester encore longtemps avec les SCL Tigers, « plus longtemps qu’à la Poste », précise-telle avec un petit clin d’œil. Si elle devait donner un conseil un jour à celui ou celle qui lui succédera, ce serait : « Rester neutre, prendre du plaisir à le faire et ne jamais faire preuve de condescendance. »


« Je n’ai jamais eu de mal à me faire accepter dans le monde très masculin du hockey sur glace. » Chrige n’avait que 28 ans lorsqu’elle est devenue speakerine à la patinoire des SCL Tigers.

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Ô capitaine !

Il n’a jamais joué pour un autre club que les ZSC Lions et en est le capitaine depuis neuf saisons. On a demandé à Patrick Geering ce que ça fait de porter le « C » en National League. Entretien Werner Jessner Photos Dan Cermak

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LEADERSHIP THEMA

Patrick Geering Né en 1990, il joue pour les ZSC Lions depuis l’âge de 12 ans, et a déjà disputé plus de mille matchs en National League. Ce défenseur est capitaine depuis la saison 2017/2018.

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T

the red bulletin : Te souviens-tu du premier jour où tu as joué en National League ? patrick geering : Ah, c’est une histoire marrante ! Je venais de l’équipe junior et je voulais entrer dans les vestiaires, mais la porte ne s’ouvrait pas. Alors je l’ai secouée, trois, quatre fois. Ce que je ne savais pas, c’est que je m’étais trompé dans l’horaire, derrière la porte, il y avait toute l’équipe réunie avec Sean Simpson, l’entraîneur, qui était en train de leur parler. Une parfaite entrée en matière pour un jeune joueur de 18 ans ! À l’époque, le capitaine du Zett était Mathias Seger, le seul capitaine que tu aies eu sur le millier de matchs auxquels tu as participé. Comment le considérais-tu à l’époque ? Comme un exemple à suivre. Un homme avec du charisme, de la personnalité, une aura. En tant que jeune joueur, j’éprouvais un profond respect envers lui, et aussi envers les joueurs plus âgés. Intégrer le vestiaire de l’équipe première, c’était à mille lieues de tout ce que j’avais connu auparavant. Du respect envers les autres joueurs, ou envers le jeu lui-même ? La conviction de faire partie des grands ? (Pause) Peut-être… peut-être les deux. Selon toi, comment les jeunes joueurs te voient-ils aujourd’hui quand ils entrent pour la première fois dans les vestiaires ? Comme un coéquipier lambda, je pense. Mais quand je discute avec eux, je me rends compte du fossé entre les générations : d’un côté les jeunes, de l’autre, nous, qui avons déjà fait notre chemin. Ils n’ont pas encore 20 ans, nous, on en a plus de 30. Il y a une différence, même si elle n’est plus aussi marquée qu’avant. Quel rôle jouent les jeunes joueurs au sein d’une équipe ? Ils doivent pousser leurs aînés dans leurs retranchements à l’entraînement. Et pendant les matchs, il ne faut pas qu’ils réfléchissent trop, mais qu’ils apportent de l’énergie en se donnant à fond. THE RED BULLETIN

Patinoire à sec : nous avons retrouvé Patrick Geering en plein été pour une séance photo à la Swiss Life Arena.


LEADERSHIP

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L’âge du joueur qui te met au défi, ça fait une différence pour toi ? (Il hésite.) Dans le jeu lui-même, pas vraiment. C’est vrai que, quand c’est un jeune joueur, c’est plus agaçant, mais c’est aussi une bonne chose. Il ne faut pas que les jeunes aient l’impression qu’ils n’ont pas le droit d’oser, bien au contraire. Quand une erreur a lieu pendant un match, à quel moment interviens-tu ? Quand un joueur se plante, il est le premier à s’en rendre compte. Ce qui fait la différence, c’est le score et la situation dans laquelle l’équipe se trouve au ­moment où les erreurs sont commises.

Un exemple : un jeune joueur tente un trick près de la ligne bleue et il s’en tire bien. Il n’empêche qu’après coup, je vais quand même le prendre à part et lui dire : « Dans cette situation, si tu n’avais pas tenté ce trick et que tu avais joué simplement, personne ne serait venu te faire des reproches après. En revanche, si tu avais raté ton coup, on t’aurait demandé pourquoi tu avais pris un tel risque. » D’un côté, il faut oser, mais il faut aussi garder une vue d’ensemble. Comme le dit Martin S ­ t-Louis, l’entraîneur des Canadiens de Montréal : “Never too high, never too low” ? THE RED BULLETIN


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À domicile

C’est en 2008 que Geering a mis les pieds pour la première fois dans le vestiaire des ZSC Lions. Depuis, il a été sacré champion de Suisse à cinq reprises, et a remporté la Champions Hockey League en 2024/2025. THE RED BULLETIN


LEADERSHIP

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Exactement. On peut aussi parler de rapport bénéfice/risque. Tes coéquipiers disent que tu abordes volontiers les questions qui fâchent. Quels sont les sujets sensibles qui reviennent dans les vestiaires ? J’essaie d’aborder tout ce que je remarque. Ce qui est bien, c’est que, la plupart du temps, je ne suis pas seul contre tous car les autres joueurs l’ont remarqué aussi. Mais c’est souvent moi qui finis par mettre les pieds dans le plat. C’est désagréable, mais je ne voudrais pas avoir à me reprocher d’avoir laissé passer quoi que ce soit. Devient-on capitaine parce qu’on dit les choses, ou dit-on les choses parce qu’on est capitaine ? On les dit parce qu’on est capitaine, et on est capitaine parce qu’on les dit. Les deux sont indissociables. J’ai toujours été un joueur communicatif, c’est dans ma nature. En apparence, c’est le capitaine qui occupe le devant de la scène, mais en interne, il y a toujours plusieurs joueurs qui forment le noyau dur. Certains ne parlent pas beaucoup, mais quand ils prennent la parole, cela a d’autant plus d’impact. Es-tu un capitaine plutôt tranquille ou plutôt actif ? Actif. Mais pas parce qu’il le faut, parce que j’en ai besoin. J’ai besoin de m’impliquer. En NHL, les joueurs vedettes sont souvent nommés capitaines ou assistants dès leur plus jeune âge. Auston ­Matthews, qui a joué pendant un an aux ZSC Lions avant sa majorité, est un bon exemple : dans sa quatrième saison, il est devenu assistant-capitaine des Maple Leafs de Toronto, dans l’une des villes les plus passionnées de hockey au monde. Comment l’as-tu vécu ? La culture là-bas veut que l’on attribue le « C » aux meilleurs joueurs, ce qui en fait les figures de proue de leur club. Je commence à comprendre : quand on porte le « C » sur son maillot dès le plus jeune âge, on bénéficie du soutien des autres joueurs dans les vestiaires. Matthews est le porte-parole officiel, mais au sein de l’équipe, la répartition du pouvoir est sans doute plus large. C’est tout un groupe qui échange avec le staff technique, et pas juste un joueur en particulier. Les joueurs avec une lettre sur leur maillot ne font-ils pas le lien entre le staff technique et l’équipe ?

L’humour fait aussi partie de la panoplie du leader. Patrick décrit son style de ­management comme ouvert et communicatif.

Ils représentent l’équipe, à 100 %. Le plus important, c’est de former un groupe uni dans les vestiaires. Il existe une distance salutaire entre le staff technique et le vestiaire – même si on est tous dans le même bateau et qu’on poursuit les mêmes objectifs.

joueurs n’en font qu’à leur tête, il n’y a plus grand-chose à espérer. Mais cela ne veut pas dire pour autant que l’ambiance doit être toujours être au beau fixe entre l’entraîneur et son équipe. Pour moi, les frictions sont tout à fait acceptables et même souhaitables.

Les joueurs qui se tirent du pétrin tout seul, qui passent outre les consignes des entraîneurs et qui remportent des victoires grâce à la seule force du groupe… … c’est une vision romantique et obsolète qui n’a plus rien à voir avec le présent. Quand on en arrive au point où les

Mettons-nous dans la peau d’un nouvel entraîneur : il entre dans le vestiaire, où tu es installé en tant que capitaine, avec plus de mille matchs à ton actif pour ton club, et lui, c’est le petit nouveau. Pas facile non plus. C’est le nouveau chef, et le nouveau chef a de nouvelles idées. En gros, son THE RED BULLETIN


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LEADERSHIP

job, c’est de faire passer son message de manière à ce que tout le monde y adhère et que tout le monde soit sur la même longueur d’onde. Mais au sein d’une équipe, on ne peut pas toujours être tous d’accord, et c’est alors aux dirigeants de veiller à maintenir la cohésion. La vérité, c’est qu’en général, en National League, les entraîneurs sont tellement bons qu’en tant que joueur, on a aucun mal à adhérer à leur système, à leur vision du jeu et à leurs idées. Imaginons qu’un joueur de 17 ans entre pour la première fois dans les vestiaires des ZSC Lions, comment peut-il savoir que Patrick Geering est le capitaine ? Au début, il ne s’en rendra peut-être pas compte. Il me verra probablement comme un joueur expérimenté et communicatif, où règne un bel esprit d’équipe. Dans ce groupe, tout le monde pourrait porter le « C » sur son maillot. Ce groupe est tellement bon qu’aucun joueur ne sort réellement du lot. Il réalisera que je suis le capitaine quand les choses iront moins bien, car c’est moi qui prendrai la parole. Comment décrirais-tu ton style de leadership ? Je parlerais plutôt d’un « style de capitaine » : direct, énergique, clair et communicatif. Avec une touche d’humour ? Cela dépend de la situation. Comment éviter la formation de clans au sein d’une équipe ? Qu’il y ait des petits groupes qui se forment, c’est tout à fait normal. L’important, c’est qu’on puisse tous communiquer les uns avec les autres, et qu’on le fasse. C’est quelque chose qui fait partie de ma mission. Pour moi, ce n’est pas forcément une mauvaise chose que des clans se forment. Tant que tout le monde travaille à la poursuite de l’objectif commun, chacun peut bien faire les choses comme il l’entend. C’est une erreur de penser que, pour réussir ensemble, il faut que tous soient des meilleurs amis. Un club de hockey sur glace, ce n’est pas un country club. Quels sont les avantages d’être capitaine ? Est-ce que tu as une meilleure place dans le bus, par exemple ? Malheureusement non. (rires) Mais tu es le premier à brandir le trophée quand ton club remporte le championnat. C’est exactement de cela qu’il s’agit. THE RED BULLETIN

« C’est une erreur de penser que, pour réussir ensemble, il faut que tous soient des meilleurs amis. Un club de hockey sur glace, ce n’est pas un country club. » Patrick Geering

Et ­simplement de cela. C’est ce privilège pour lequel nous travaillons tous sans relâche tout au long de l’année. Mais d’un autre côté, être capitaine, ça a aussi ses inconvénients. Je donne beaucoup plus d’interviews après une défaite qu’après une victoire par exemple. Un bon capitaine se définit-il par sa loyauté ? Question purement hypothétique : pourrais-tu aussi être capitaine à Genève, à Berne ou à Davos ? Par rapport à ma personnalité, je dirais que oui. Quand je fais partie d’un groupe, je m’implique. Ça se fait tout naturellement. Mais la vérité, c’est qu’avec mon historique, le fait que le Zett a été le club de ma jeunesse, et tout le reste, la situation est vraiment très particulière. Tout s’est si bien passé ici pendant toutes ces années et toutes ces décennies, tant du côté du club que de ma famille et d’un point de vue personnel, c’est une vraie chance et j’en suis extrêmement reconnaissant. Et non, très clairement, pour moi, ce serait tout simplement impensable de jouer pour un autre club suisse, et encore moins d’en être le capitaine. Quel effet cela te fait-il de voir un autre joueur avec le « C » sur son maillot, par exemple Roman Josi dans la Nati ? Ça me fait plaisir ! J’ai eu la chance d’apprendre auprès de Mathias Seger, le meilleur capitaine qui soit. Chacun fait les choses à sa manière. L’important, c’est d’être authentique. Il n’y a pas une seule et unique façon d’être un bon capitaine. D’après ton expérience, un bon capitaine est-il forcément un bon père ? Question intéressante. Je fais vraiment tout mon possible pour être un bon père pour mon petit garçon, mais je ne pense pas qu’il faille faire de lien avec le rôle de capitaine d’un club de hockey sur glace.

Te considères-tu plutôt comme un père ou comme un grand frère pour les jeunes joueurs ? Comme un père, certainement pas. (Il marque une pause.) Mais peut-être bien comme une sorte de grand frère pour certains. À vrai dire, je trouve ce parallèle un peu bizarre. Bon, on peut peut-être quand même dire ça comme ça, parce que les jeunes veulent se mesurer à moi et que je les encourage, tant verbalement que sur la glace. Mais dès qu’il s’agit de joueurs du même âge que moi, ce qualificatif ne tient plus la route. Peut-on repérer, au sein d’un groupe, celui qui a l’étoffe d’un futur capitaine ? Au fil des ans, certains se distinguent comme ayant les capacités nécessaires – et l’envie aussi. D’autres, en revanche, feraient d’excellents capitaines, mais préfèrent rester en retrait. Dans notre équipe, justement, il y a pas mal de leaders qui n’ont pas de rôle officiel. Quel impact le « C » sur le maillot a-til sur la personnalité de celui qui le porte ? Il faut évoluer avec. Aujourd’hui, je ne suis plus le même qu’il y a neuf ans, quand j’ai pris la relève de Mathias Seger. Mes erreurs m’ont marqué tout autant que nos succès. Quelles erreurs ? Pas de grosses erreurs, mais de ce dont j’ai déjà parlé : il faut appeler les choses par leur nom. Je me suis fait une promesse : je ne veux plus jamais, jamais, que l’on me reproche de ne pas avoir abordé un sujet. C’est la leçon la plus importante que j’ai apprise au fil du temps.


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Avec une dix-­ neuvième saison à venir en National League, Patrick Geering s’apprête à égaler son prédécesseur au poste de capitaine, Mathias Seger.

Quid quassit, vent que sunt, to occus di aliti officia quuntur resti officil intintin culparunt, THE RED BULLETIN


PAR AMOUR 38

Le tout est plus grand que la somme de ses parties : sur le plan sportif, la National League n’a pas son équivalent en Europe – et a pourtant su préserver son essence. Grâce, notamment, aux personnes qui la constituent. THE RED BULLETIN

GETTY IMAGES

Texte Werner Jessner


PICTORIAL

À gauche, à droite, au centre ?

Erik Brännström, du Lausanne HC, surgit devant Melvin Nyffeler, des SCRJ Lakers. Dans ce duel, les nerfs sont mis à rude épreuve – des deux côtés.

DU HOCKEY

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PICTORIAL

Mikko Kaukokari a été un joueur actif jusqu’au niveau des moins de 20 ans dans l’équipe nationale ­finlandaise.

compliment ! Le jeu est plus naturel et intéressant. Il y a un bon rythme, beaucoup d’allers-retours. En combinaison avec les qualités techniques des meilleurs joueurs locaux et des joueurs étrangers, c’est la garantie d’un hockey divertissant. Les influences extérieures ­améliorent-elles le niveau en National League ? Les influences extérieures doivent être constantes et toujours de qualité, sinon elles ne te font pas avancer. Au sein de notre groupe d’arbitres, j’essaie de contribuer avec mon expérience et mes idées, qui pourraient aider mes collègues dans leur travail.

« NUMÉRO UN » Mikko Kaukokari

Ce Finlandais de 46 ans a arbitré des matchs dans son pays natal, aux Jeux olympiques, au Championnat du monde junior et dans la Champions Hockey League. En 2018, il a arbitré son premier match en Suisse en tant qu’arbitre d’échange ; depuis l’avant-­ dernière saison, la National League est son foyer sportif.

THE RED BULLETIN

the red bulletin : En quoi ton travail en National League est-il différent de celui que tu fais dans d’autres matchs ? mikko kaukokari : L’interprétation des règles et des sanctions est la même partout. Le défi en ­National League, c’est la grande qualité des matchs et leur rythme soutenu. À cela s’ajoute l’intensité émotionnelle des joueurs, des entraîneurs et des supporters. Cela rend parfois la gestion du match difficile pour nous, les arbitres. Comment décrirais-tu le style de jeu suisse ? Il n’est pas particulièrement ­tactique – et je le dis comme un

Dans un classement mondial de toutes les ligues : où se place la National League ? Je vais laisser de côté les ligues nord-américaines. À mon avis, il y a en Europe deux ligues qui sont au-dessus des autres : la National League et la Svenska Hockeyligan. Toutes deux jouent un hockey ­rapide, structuré et d’un haut ­niveau technique. Si tu m’obliges à choisir entre les deux, je dirais que la National League est la ­numéro un.

IMAGO, APA IMAGES, GETTY IMAGES

L’arbitre

En quoi l’ambiance et l’intensité en National League diffèrentelles de celles des autres matchs ? À mon avis, l’ambiance en NL est la meilleure en Europe. Quoi qu’il arrive, les supporters chantent sans interruption. C’est incroyable, je n’ai jamais vécu ça ­ailleurs. Même si les émotions peuvent parfois déborder et que l’ambiance devient un peu rude, cela fait partie du jeu et c’est ce qui rend la National League si particulière.


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Dans un espace réduit

Une feinte de corps, une feinte de tir, un crochet, puis une avancée vers le but. Andreas Wingerli, de Zoug, échappe ici à son compatriote Max Lindroth, de l’EHC Kloten.

Pour la bonne cause

Il pleut des peluches ­pendant le match ­Lausanne HC-CP Berne. Elles seront d ­ istribuées à des a ­ ssociations caritatives. Standing ovation à la Vaudoise aréna !

THE RED BULLETIN


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Située au bord du lac de Zurich, la St. Galler Kantonalbank Arena est ­considérée comme la patinoire offrant la plus belle vue. Sous le Zeppelin qui ­survole la glace, Rappi a même ­remarquablement monopolisé la tête du classement p ­ endant un temps. THE RED BULLETIN

THOMAS OSWALD

De belles perspectives


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Le pilote du Zeppelin

ANDREAS MURER

SC Rapperswil-Jona Lakers

Depuis douze ans, il est l’un des six pilotes du groupe de modélisme de Rapperswil-Jona qui font voler l’emblématique ­Zeppelin dans la St. Galler ­Kantonalbank Arena – le seul de ­National League.

« Quand le Zeppelin ne vole pas, il manque quelque chose au stade. Il y a quelque chose de magique à voir les enfants le suivre des yeux. La curiosité les pousse à nous ­demander comment on le pilote. » Andreas Murer THE RED BULLETIN


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Un début prometteur

Jonah Neuenschwander, de l’EHC Biel-Bienne, est vu comme une future star (voir p. 81). Ici, le jeune hockeyeur de 17 ans se bat pour le puck contre le défenseur Santtu Kinnunen, des SCL Tigers, de dix ans son aîné. THE RED BULLETIN


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Le maestro du planning

L’HOMME QUI PRÉVOIT TOUT

APA-IMAGES, DAN SCHIUMARINI/STAX SPORTS/NATIONAL LEAGUE

Willi Vögtlin a été arbitre de haut niveau entre 1972 et 1990 et a officié lors de toutes les grandes compétitions. Il a ensuite rejoint la direction du CP Berne pendant deux ­saisons. Depuis des décennies, il élabore les calendriers de National League et de Sky Swiss League.

« Il y a deux dates fixes : la première et la dernière journée du championnat. C’est entre ces deux dates que se déroule notre travail. Je dois tenir compte de nombreux paramètres : les trêves internationales, la Coupe Spengler, la Champions Hockey League, et aussi des périodes pendant lesquelles les patinoires ne sont pas disponibles parce qu’elles sont réservées à d’autres événements. Cela réduit notre marge de manœuvre. Un exemple extrême : Zoug ne pourra disputer son premier match à domicile que le 23 octobre – plus d’un mois après le début de la saison ! L’équité est un modèle mathématique, car les matchs du mardi et ceux du week-end doivent être équilibrés, tout comme le nombre de matchs disputés en peu de temps ; les trajets doivent être courts ; les équipes souhaitent disputer des matchs à domicile lucratifs contre certains adversaires lors de journées attractives. En un mot : chacun veut profiter de la ­situation. Pour résoudre au mieux ce casse-tête, j’ai fait appel à un mathématicien, il y a déjà vingtcinq ans. Depuis, nous nous aidons aussi de l’intelligence artificielle. Mais c’est bien un être humain qui finalise le calendrier. Les clubs ne sont jamais satisfaits à 100 %. L’objectif est de se rapprocher autant que possible d’une solution qui convienne à tous. Il y a quelques années, j’ai déclaré que j’offrirais des vacances à Hawaï à qui serait capable de ­proposer un meilleur planning. L’offre tient toujours… »

Irremplaçable

Willi Vögtlin a été le dernier arbitre à être dispensé du port obligatoire du casque. De plus, ce négociant en vins est connu pour être, lors des play-offs, le responsable du trophée. THE RED BULLETIN


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Lors de sa victoire en Coupe Stanley en 2001, David Aebischer a partagé la tâche avec Patrick Roy – et a réalisé un meilleur pourcentage d’arrêts que la légende canadienne.

international ou en NHL. Cette tendance a été identifiée par la ­fédération et les clubs il y a plusieurs années déjà. Suite à cela, des mesures ciblées ont été prises pour améliorer la formation des gardiens. Ceci inclut notamment le recrutement d’entraîneurs ­spécialisés, du temps de glace supplémentaire pour les jeunes gardiens, ainsi que le développement de programmes de formation spéciaux. L’objectif à long terme est de former une nouvelle génération de gardiens suisses, compétitifs au niveau international, et capables de faire perdurer la tradition helvétique des gardiens de but.

DAVID AEBISCHER Fribourg-Gottéron

Ce gardien exemplaire, âgé de 48 ans, a remporté la Coupe Stanley avec l’Avalanche du Colorado en 2001 et a disputé 271 matchs en National League. Depuis 2015, il entraîne les gardiens de son club d’origine, Fribourg-Gottéron. La saison dernière a marqué le premier titre des Dragons, avec Reto Berra.

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the red bulletin : Au cours des dernières décennies, la Suisse a formé de nombreux gardiens de très haut n ­ iveau. Le mérite du système, ou un hasard ? david aebischer : Au niveau international, la Suisse ne dispose actuellement pas d’un vivier de gardiens de haut niveau aussi riche que par le passé. Avec Leonardo Genoni et Reto Berra, il y a toutefois encore deux gardiens qui, malgré leur âge, comptent parmi les meilleurs du pays et savent également convaincre au niveau international. À mon avis, la Suisse a actuellement du mal à former des gardiens capables de s’imposer durablement au niveau

Quel conseil donnerais-tu à un jeune qui rêve de devenir gardien de hockey ? Aimer le hockey sur glace et plus particulièrement le poste de gardien de but ! À mon avis, l’enthousiasme pour ce sport est la base d’une évolution réussie. Celui qui s’entraîne avec passion et plaisir est également prêt à affronter les défis supplémentaires liés au poste de gardien.

APA-IMAGES, GETTY IMAGES

L’entraîneur des gardiens

Quelles sont les qualités qui ­caractérisent un bon gardien, dont un joueur de championnat n’a pas autant besoin ? La force mentale et la capacité de concentration sont certainement importantes. Le gardien est constamment au centre de l’attention et peut faire basculer le match par une erreur ou un arrêt décisif. Il doit maîtriser ses émotions. À cela s’ajoutent la rapidité de réaction, la patience, le sangfroid, la capacité d’anticipation, ainsi que la capacité à identifier rapidement les situations de jeu et à les évaluer correctement.


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Hélas, non

Numéro 1B, gardien remplaçant : le rôle d ­ errière le gardien titulaire est aussi i­ ngrat qu’indispensable. Chaque équipe a besoin d’un duo solide, chaque arrêt compte. Ici, Gilles Senn réalise un arrêt d ­ écisif lors de l’une de ses seulement 26 apparitions la saison dernière.

Légende bernoise

L’attaquant Tristan Scherwey, ici face à l’EV Zoug, a déjà disputé 921 matchs de National League. S’il reste épargné par les blessures, il pourrait, cette saison, intégrer le très prestigieux club des joueurs ayant atteint le cap des mille matchs.

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Une première

Jesse P ­ uljujärvi a joué pendant des années aux côtés de Connor McDavid chez les Edmonton Oilers ; la saison dernière, il a porté pour la première fois les couleurs du G ­ SHC. 52 matchs, 52 points : Mahtava*, Jesse !

*Génial.

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Retraite

Après 19 saisons sous le maillot de l’EHC ­Kloten, dont 8 en tant que capitaine, Steve Kellenberger tire sa révérence après plus de mille matchs. Mais le joueur record reste fidèle à son EHC ­Kloten – en tant qu’entraîneur de l’équipe des moins de 18 ans.

Le fan inconditionnel

MARCO LÜTSCHG GSHC, APA-IMAGES, PRIVAT

EHC Kloten, « quoi qu’il arrive »

Marco a 44 ans. C’est à l’âge de 10 ans qu’il assiste à son premier match de hockey sur glace : un match à domicile du EHC Kloten. Depuis, il est un fan inconditionnel et ne rate pratiquement aucun match. La plus grande pièce de sa maison est réservée aux objets de culte liés au hockey. Même s’il considère Kloten comme sa famille : son véritable amour, c’est le hockey sur glace.

« Pour moi, on pourrait diffuser du hockey sur glace H24. J’ai assisté à cinquante matchs de NHL en direct et j’ai vu du ­hockey dans trente stades aux États-Unis et au Canada. Mais ma passion, mon cœur et mon âme, c’est l’EHC Kloten. Chaque jour, chaque semaine, chaque ­minute, je pense au club. La situation mondiale est grave en ce moment, mais le hockey sur glace dégage tellement d’ondes positives. On peut tirer beaucoup de ce sport. C’est d’ailleurs dans les ­tribunes debout que j’ai rencontré ma femme. Ce n’est pas toujours facile d’être supporter de Kloten. Nous sommes un ­petit club, avec un grand aéroport juste à côté. L’année 2012 a été particulièrement difficile, on a frôlé la ­faillite. À l’époque, j’ai vraiment cru que l’EHCK n’y survivrait pas. J’ai alors essayé de tout vendre chez moi, j’ai réuni trois ou quatre mille francs et je les ai donnés à l’EHC Kloten. Je ne suis pas riche, mais si je l’étais, le club se porterait très bien. L’EHC Kloten nous enseigne à ne ­jamais abandonner. On finit toujours par trouver une solution. Il suffit d’y croire et de chercher une façon d’avancer. Je resterai au Schluefweg, quoi qu’il arrive. » THE RED BULLETIN


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Elvis fait le show : le masque de Merzlikins arbore une image de son homonyme.

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ZONE DE BUT Ohio, terre ­d’accueil : débuts avec les Blue Jackets de Columbus.

Nous rendons visite aux Columbus Blue Jackets, où Elvis Merzlikins garde les buts depuis sept ans. Mais l’Ohio ne devrait pas être la dernière étape de la légende de Lugano : si cela ne tenait qu’à lui, sa carrière prendrait fin là où elle a commencé. Entretien Werner Jessner THE RED BULLETIN


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Lettonie, Lugano, Columbus : où es-tu chez toi ? Sans hésiter, à Lugano. L’été dernier, nous avons vendu l’appartement de ma femme et acheté une maison là-bas, que nous avons fait rénover et réaménager. Je nous vois clairement faire notre vie à Lugano quand ma carrière sera terminée. Mon cœur est ici. As-tu encore des liens avec la Lettonie ? J’ai de la famille là-bas. Ce que je suis ­aujourd’hui, mon parcours jusqu’au poste de gardien en NHL, c’est grâce à la Suisse, tout ça, et plus précisément grâce au HCL. Tu apportes un soutien financier ­considérable au centre de formation du HCL, pourquoi ? Quand je suis arrivé ici, on n’avait pas beaucoup d’argent. Mon père est mort quand j’avais trois ans. Ma mère ne pouvait pas se permettre de faire des folies. Et pourtant, elle nous a permis, à mon frère aîné et à moi, de poursuivre nos rêves. Mon équipement de gardien de but représentait une dépense considérable pour elle. C’est là que le HC Lugano est intervenu, ainsi que la famille Mantegazza, avec toute son énergie et toute sa passion pour le sport, mais aussi sur le plan financier. Ce que je suis aujourd’hui, c’est à elle et au HCL que je le dois. Je voudrais rendre un peu la pareille. Comment étais-tu quand tu étais ado à Lugano ? Fou ! À un moment donné, ils ont bien failli me mettre à la porte, et à juste titre. Mais le club a fait preuve d’une patience infinie à mon égard et a permis au jeune Letton fou que j’étais de voir sa vie basculer et de réaliser son rêve. Je me rappelle comme si c’était hier de mon premier contact avec la Fondazione Academy ­Hockey Club Lugano, qui apporte un soutien financier aux enfants de la section junior : j’étais en train de déjeuner avec ma femme quand le téléphone a sonné. Il n’y a même pas eu de discussion. Feu vert, zéro hésitation. Je suis sûr qu’il y a à Lugano des enfants comme moi à l’époque, qui ont besoin d’aide pour ­pouvoir continuer à pratiquer le hockey. THE RED BULLETIN

J’ai eu l’impression de revenir plusieurs années en arrière avec cet appel de ­Lugano. Il est inacceptable de perdre des talents par simple manque d’argent. Si je peux contribuer à ce que des jeunes Suisses, en particulier ceux du HCL, ­réussissent à percer en NHL, c’est une évidence. Tu as été sélectionné par les Blue Jackets de Columbus au repêchage, mais tu n’en as pas profité parce que tu es passé titulaire et que le public t’a adopté en National League. Quelques années plus tard, tu as quand même ­rejoint la NHL, à Columbus justement, alors que tu aurais pu choisir n’importe quel club. La loyauté est-elle si importante que cela pour toi ? Tout à fait. Dans l’absolu, j’aurais pu aller dans n’importe quel club pour réaliser mon rêve de jouer en NHL. Mais je n’ai ­jamais perdu le contact avec Columbus. Ils avaient cru en moi à l’époque, quand ­ je n’avais que 18 ans. Le respect était réciproque. Voilà pourquoi j’ai rejoint les Blue Jackets, même si les deux premières années aux États-Unis allaient se révéler incroyablement difficiles. Mais Columbus n’a pas cessé de croire en moi, le vent a tourné, et on m’a proposé une très belle prolongation de contrat, que j’ai signée avec grand plaisir.

Colère ou joie, les émotions du jeune Elvis se lisaient ­toujours sur son visage.

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the red bulletin : Tu es né à Riga, en Lettonie. Quand es-tu arrivé à Lugano ? elvis merzlikins : Ma mère s’y est ­mariée quand j’étais enfant. C’est à ­Lugano que j’ai commencé à jouer au ­hockey, à l’âge de sept ou huit ans. Cette ville et ce club m’ont énormément apporté : l’école, les entraînements, mais surtout la possibilité de m’épanouir.


ZONE DE BUT

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Elvis, le petit gars de ­ ugano, a conquis le cœur L des fans avec son style et son côté un peu déjanté.

C’est grâce au club et à la famille Mantegazza qu’Elvis est devenu ce qu’il est aujourd’hui.

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Avec un prénom pareil, le style bling-bling est presque de rigueur (du moins, ça va bien avec).

Petit aperçu du ­dressing recherché d’Elvis, aux États-Unis.

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Il y avait sans doute 5 400 000 raisons par an, mais tu aurais sûrement aussi pu obtenir ce salaire dans beaucoup d’autres villes. Comme je l’ai déjà dit, je suis quelqu’un de très loyal et je ne fais pas facilement confiance aux gens, même dans ma vie privée. Mais les personnes qui font partie de mon cercle intime, elles y restent. Si je retourne en Suisse un jour, je ne jouerai certainement pas pour Berne, par exemple. Non pas que j’aie quoi que ce soit contre le CP Berne, mais c’est Lugano qui m’a donné ma chance à l’époque, qui m’a guidé et formé. C’est pour ça que c’est mon équipe. Peut-on comparer le monde du hockey à Lugano et à Columbus ? La NHL, c’est un autre monde. Depuis sept ans, le vestiaire des Blue Jackets est ma deuxième maison. Quand je suis assis à ma place aujourd’hui et que je regarde les plaques nominatives, je n’en vois plus que deux qui étaient déjà là à l’époque. Un jour, tu es heureux, tu fais partie de l’équipe, et le lendemain, tu dois partir, parce tu as été vendu à une autre équipe comme un vulgaire morceau de viande.

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À ce point-là ? C’est un business. Mon contrat avec ­Columbus se termine à la fin de l’année. Jouer en NHL, ça n’a rien à voir avec la belle vie tranquille qu’on peut mener en Suisse. Demain, si mon téléphone sonne et que c’est notre directeur général qui m’appelle, ça peut vouloir dire que je suis transféré et que je vais devoir partir dans une autre ville, dans un autre club. C’est un monde bizarre, souvent brutal. En tant que membre d’une équipe, tu rencontres beaucoup de monde – sur la glace, et aussi au sein de l’organisation. Des gens bien dont tu te rapproches et qui deviennent des amis. Et puis vient un jour où les chemins se séparent et où l’on devient adversaires. Dans le hockey sur glace en Europe, la pression vient principalement des tribunes, des supporters. D’où vientelle en NHL ? De partout ! (rires) C’est très simple : la NHL est la meilleure ligue du monde, elle rassemble les meilleurs joueurs.

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« Il a eu une grande influence sur ma personnalité. Torts est l’un des meilleurs entraîneurs que j’aie jamais eus. » Elvis à propos de John Tortorella

Du moins, c’est ainsi qu’ils se perçoivent. Tout le monde veut prendre ta place. Mais en Europe, il y en a aussi beaucoup qui pourraient jouer sans problème en NHL. La seule différence, c’est qu’ils n’ont jamais eu l’occasion de montrer leur talent sur la plus grande scène du monde. Les cartes n’ont pas été distribuées équitablement. Prends Luca Fazzini par exemple : son tir ? Sur les petites patinoires nordaméricaines, il ferait des ravages, à mon avis. Qu’est-ce qui fait la différence pour réussir à jouer aux États-Unis ? Tout le monde se fiche de savoir comment tu te prépares, comment tu vis en dehors de la patinoire ou si tu t’entraînes à la salle. Tu es responsable de tout de A à Z. Si tu es assez bon, tu joues. Sinon, tu ne joues pas. En NHL, il n’y a personne pour te tenir la main, et tous les joueurs qui parviennent à percer ici le captent assez vite. À cela s’ajoute le facteur fatigue, que l’on ne connaît pas vraiment en National League : le calendrier chargé, les déplacements incessants. On est constamment sous pression.

Quand on est à Ambrì, on met 45 minutes pour rentrer à Lugano. C’est exactement de ça que je parle. En Amérique du Nord, il faut prendre l’avion pour tout. Tu atterris à 2 heures du matin, tu rentres, tu te couches à 3 heures, plein d’adrénaline, et tu essaies de dormir. Un entraînement est prévu dans la matinée, et le prochain match a lieu le jour d’après. Pendant la saison, il y a régulièrement des périodes pendant lesquelles tu enchaînes dix matchs en 17 jours, et la moindre ­erreur ne pardonne pas, surtout quand tu es dans les cages. Tu me demandais pour la pression ? En voilà, de la pression. J’imagine que c’est surtout difficile sur le plan mental. C’est vrai, mais tout est lié. Si tu es fatigué physiquement, ton esprit est au ralenti aussi, sauf que tu ne peux pas te le permettre. Parce que si ton esprit est au ­ralenti, tu ne peux pas te donner à fond et dans ce cas-là, tu es fini. C’est aussi simple que cela ici. Dès qu’on n’est pas performant, on tombe dans cette spirale. Pourquoi est-ce que ça a tout de suite marché pour toi quand tu es passé de Lugano à Columbus ? Dans toute ta ­carrière, tu as dû disputer à peine deux matchs en AHL, la ligue de niveau inférieur. La National League t’a-t-elle bien préparé à l’Amérique du Nord ? Pour y arriver, c’était une question de ­caractère. Au fil des années, j’ai entendu beaucoup de choses à mon sujet, le plus souvent, on me dit arrogant, prétentieux et têtu. Et c’est vrai, je le suis, et je ne changerai pas. Dans mon enfance déjà, je n’étais pas comme les autres – et j’en étais fier. Quand j’étais ado, mes potes faisaient la fête à Lugano et sortaient avec des filles. Heureusement pour moi, je n’avais pas les moyens d’en faire autant. Mais je pouvais aller à la patinoire, ça ne coûtait rien. C’est là que j’ai rencontré l’amour de ma vie : mon sport. Attends un peu, tu es marié et tu as deux enfants… J’allais y venir justement. J’ai dû apprendre par moi-même qu’il existait un autre amour en dehors du hockey. J’aime toujours autant le hockey, mais THE RED BULLETIN


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­ ujourd’hui, ma femme et mes deux ena fants ont leur place. Eux aussi sont les amours de ma vie. Mais pour cela, il a d’abord fallu que je devienne adulte. Ne l’étais-tu pas déjà quand tu es parti dans l’Ohio à 25 ans ? J’étais différent. Têtu – mais réaliste. Je savais que je n’avais pas envie de passer trois ou quatre ans en AHL dans l’espoir d’avoir un jour ma chance en NHL. Mon plan, c’était de jouer le tout pour le tout. La raison de tous ces efforts, c’était la NHL, rien d’autre. Avant de monter dans l’avion, je me suis donné deux scénarios possibles : soit j’y arrivais, soit je rentrais. Je n’allais pas perdre mon temps en AHL. La NHL attendait-elle Elvis ? Personne n’en avait rien à foutre de savoir qui j’étais ! Bienvenue dans la réalité. Ça passe ou ça casse. J’ai décidé que ça allait passer, quoi qu’il arrive. La première personne qui a réussi à avoir une petite influence sur mon attitude arrogante et impulsive du genre « Je suis qui, moi ? Et toi, tu es qui ?! », c’était mon entraîneur de l’époque, John Tortorella. Lui, vraiment ? Cet entraîneur de la vieille école, craint pour sa sévérité ? Au début, il m’a descendu en flammes parce que je n’avais pas l’expérience d’AHL qu’on était en droit d’attendre d’un jeune joueur. C’est le genre de personne qui te provoque, qui te fait sortir de ta zone de confort, qui veut te voir réagir. J’ai toujours bien réussi à gérer la pression. « Torts » (­Tortorella, ndlr) t’inculque le respect du jeu et du fonctionnement de la ligue. Ma première année, j’ai filé un bon coup de crosse dans le creux des genoux de ­Sidney Crosby, toute star qu’il était… Pardon ? Tu as fait quoi ? Eh bien, c’était mon territoire et lui, c’était mon adversaire, il fallait bien que je me débarrasse de lui. J’étais un rookie, alors que lui, il avait déjà tout gagné. ­Tortorella m’a expliqué qu’il fallait se faire respecter dans la ligue avant de pouvoir se permettre ce genre d’action. Tu te fais tester en NHL. Les gens veulent voir de quel bois tu es fait. Moi aussi, j’ai dû passer ces tests. Est-ce que c’est agréable ? THE RED BULLETIN

« Ma première année, j’ai filé un coup de crosse dans le creux des genoux de S ­ idney Crosby, toute star qu’il était. » Elvis à propos de Sidney Crosby

Non. Est-ce que tu as le choix ? Non plus. Alors tu t’accroches. Torts est l’un des meilleurs entraîneurs que j’aie jamais eus. Ton style de jeu reflète-t-il ta personnalité extravertie ? J’adore les émotions. Les patinoires bruyantes, les sifflets, y compris à mon encontre. C’est de là que je tire mon ­énergie. On est en infériorité numérique ? Le monde entier est contre nous ? Parfait ! C’est ce qui me donne de la force. Et j’adore aussi mettre le feu au match. Après tout, c’est moi le gardien. (Il sourit.) Bien sûr, il m’arrive de bousculer des adversaires ou de leur lancer quelques mots bien sentis. Mes gardes du corps sur la glace sont là pour me protéger. Ça fonctionne très bien en NHL : tes coéquipiers sont là pour toi, quoi que tu fasses. Tout à coup, le match ­s’enflamme. C’est ce qui rend ce sport si particulier. Est-ce que c’est ce qui a fait de toi le chouchou des supporters à Lugano ? Ma personnalité a sans doute beaucoup joué en plus de mes résultats. Quand j’y repense, je me revois, après le coup de

s­ ifflet final, plonger en vol plané façon ­Superman en direction de la Curva Nord. (Il rit.) Aujourd’hui, j’ai 32 ans et je me demande bien ce que le jeune Elvis avait dans la tête à cette époque. (Il rit encore plus.) Lugano m’a vu grandir, passer de l’enfant à l’homme qui a réussi aux ÉtatsUnis. Lugano, c’est ma famille. J’aime beaucoup les gens d’ici. Du conducteur de Zamboni au personnel d’entretien, en passant par le propriétaire du restaurant, tout le monde me connaît sous le nom de « petit Elvis » et tout le monde est fier quand je passe à la patinoire avec mes enfants l’été. La patinoire de Lugano, j’y suis vraiment comme chez moi. Quand je suis en ville, j’y passe toujours plus de temps que dans mon vrai chez-moi. Ferme les yeux et repense à un moment que tu as vécu avec le HCL : que vois-tu ? La finale de 2018 contre Zurich. Le septième match, au cours duquel j’ai encaissé un seul but, marqué par Patrick Geering côté mitaine. Un tir inoffensif en soi, mais qui a été dévié de manière imparable par notre défenseur, Thomas Wellinger. De l’autre côté, le gardien de Zurich, qui n’avait pas particulièrement fait des étincelles pendant toute la série, a réalisé un arrêt incroyable face à Maxim Lapierre, notre joueur de centre. Et c’est comme ça qu’on a perdu le titre. Donc le souvenir qui t’a le plus marqué à Lugano, c’est un but que tu as encaissé, et non pas l’un de tes nombreux ­arrêts ? Qu’est-ce que cela dit de ta personnalité ? Le but, c’était de gagner. Que Lugano soit champion. Ce rêve n’est pas fini, il est simplement en stand-by. Ce que je veux pour l’instant, c’est jouer en NHL, rien d’autre. Mais une fois ma carrière terminée, ça représenterait vraiment beaucoup pour moi de réaliser ce rêve à Lugano. Je ne dis pas que j’ai une dette envers le ­Hockey Club de Lugano pour tout ce qu’ils ont fait pour moi. Mais ce serait la moindre des choses que je pourrais faire pour remercier ce club incroyable. C’est un running gag entre la présidente du HCL, Vicky Mantegazza, et moi. On verra bien si ça se fait.

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Impressionnant : tel Superman, il fait un plongeon en vol plané en direction des tribunes, pour le plus grand bonheur des supporters de la Curva Nord.

Elvis Merzlikins adore « mettre le feu au match », comme il le dit lui-même.

Ses arrêts ont la réputation d’être parfois un peu plus spectaculaires que nécessaire.

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Trois hommes et une passion THE RED BULLETIN


LES OUTSIDERS Séance photo sous le signe de la bonne humeur : les frères Vauclair, Julien (à g.), T ­ ristan (au milieu) et Geoffrey (à dr.), à la piscine de ­Porrentruy.

Aucune famille n’a autant marqué l’histoire du HC Ajoie que les frères Vauclair : avant de se lancer dans leurs carrières respectives, Geoffrey, Julien et Tristan ont tous trois joué pour le club jurassien, et à présent, ils comptent bien le faire rayonner en National League. Texte Nicola Berger Photos Norman Konrad THE RED BULLETIN


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eoffrey, Julien et Tristan Vauclair se trouvent à la piscine municipale de ­Porrentruy. Les frères posent patiemment pour le photographe, tout en égrenant les ­souvenirs que leur évoque ce lieu, qui a beaucoup compté dans leur vie. Notre mission : parler le plus longtemps possible de tout sauf de hockey sur glace. Mais très vite, on se rend compte que cela n’a rien de compliqué. Ils ont beau avoir fait carrière dans ce sport, leurs horizons s’étendent bien au-delà de ces présentations accrocheuses : Geoffrey, 49 ans, le puissant attaquant qui a disputé un championnat du monde avec la Suisse en 1999 et qui travaille aujourd’hui comme consultant pour la télévision suisse ­romande. Julien, 46 ans, l’un des meilleurs défenseurs que le pays ait jamais connus. Celui qui a réussi à percer en NHL et qui occupe depuis 2022 le poste de directeur sportif au HC Ajoie. Et Tristan, 41 ans, qui a joué pendant quinze ans en National League et qui est désormais à la tête de la section jeunes du HC Ajoie. Le regard des trois frères se perd audelà de la piscine, là où se trouve la HCA Academy Arena. « Ça, dit Julien, c’était un terrain de camping avant. On y a vécu dans deux caravanes pendant deux ans. De nos jours, on retirerait probablement aux parents la garde des enfants. Il n’empêche qu’on adorait ça, même si ce n’était pas très agréable d’aller aux toilettes par − 5 °C. À part ça, c’était le bonheur. Juste à côté de la piscine et de la patinoire… Que demander de plus ? »

Il y aurait un livre, très drôle, à écrire sur l’histoire de la famille V ­ auclair, qu’on pourrait résumer ainsi : les trois frères ont quatre autres frères et sœurs, dont deux sœurs que leurs parents ont adoptées au Sri Lanka. Ils avaient si peu d’argent que, comme Geoffrey le raconte : « Il y avait des repas où notre père ne mangeait rien pour qu’il en reste assez pour tout le monde. »

Leur rebelle de père a passé trois semaines en prison

« On a vécu en caravane pendant deux ans. De nos jours, on leur retirerait la garde des enfants. » Julien Vauclair THE RED BULLETIN

Daniel subvenait aux besoins de toute la famille grâce à son salaire de mécanicien de précision – et incarnait à lui seul l’esprit du canton du Jura : rebelle, indomptable, travailleur, social. Dans sa jeunesse, il ­f­aisait partie des Béliers, un groupe de ­séparatistes jurassiens militants qui luttaient pour l’indépendance du Jura vis-à-vis du canton de Berne. Lors des ­manifestations dans la capitale, il avait pour habitude de mettre à son bouvier bernois un foulard avec les armoiries du Jura, la provocation ultime. Vauclair

GEOFFREY VAUCLAIR (49 ans)

Le plus âgé des trois a remporté le titre de champion avec Lugano en 1999, puis a été capitaine de Gottéron, avant de terminer sa carrière au HC Ajoie en 2014. Il est désormais consultant pour la chaîne de télévision publique RTS.


LES OUTSIDERS

senior a même passé trois semaines en ­prison à un moment donné. Le conflit a fait rage des années 1960 aux années 1980. Et le monde du hockey sur glace n’a pas été épargné : lors du Championnat du monde de 1971 à l’Allmend de Berne, des Béliers ont perturbé le match du deuxième tour opposant la Suède à la Tchécoslovaquie, en envahissant la glace. L’incident a été retransmis en d ­ irect à la ­télévision dans tout le pays. Parallèlement à son engagement politique et à son métier, le père Vauclair a ­rénové lui-même la maison familiale. Au départ, il n’y avait ni chauffage, ni WC. Faute d’alternative, ils avaient tout de même emménagé dans ces conditions. « Nous avons beaucoup appris sur la vie pendant notre enfance. Le luxe continue de me laisser indifférent aujourd’hui », ­déclare Geoffrey. C’est grâce au hockey sur glace que les trois frères vont pouvoir

61 TRISTAN ­VAUCLAIR (41 ans)

En tant que joueur, c’était un ailier au ­physique imposant, qui intimidait ses adversaires, principalement sous les ­couleurs de ­Gottéron et de Lugano. Coach personnel diplômé. Responsable du centre de ­formation du HC Ajoie depuis 2022.

JULIEN VAUCLAIR (46 ans)

Il a été l’un des défenseurs suisses les plus intelligents, les plus élégants et les plus talentueux de sa génération. Douze participations aux Championnats du monde, un match en NHL sous les couleurs d’Ottawa, et son maillot est accroché sous le toit de la patinoire de Lugano. Directeur sportif du HC Ajoie depuis 2022.

quitter le Jura. La ­dynastie des Vauclair a commencé avec Geoffrey. Il raconte : « Il y avait un prospectus dans la boîte aux lettres, une invitation à un entraînement d’essai. Et comme je passais mon temps assis devant la télé à regarder des dessins animés, mes parents m’ont traîné là-bas. Au départ, contre ma volonté. Mais j’ai très vite accroché. » Son équipement a ensuite été transmis à Julien, puis à Tristan. Geoffrey était considéré comme un grand talent. À 20 ans, pratiquement toutes les équipes de la ligue se battaient pour l’avoir. C’est le HC Lugano qui l’emporte.

La prime de champion permet de financer un nouveau toit

Les modalités du contrat sont discutées pendant le dîner. Les Luganesi proposent 70 000 francs. Le père, Daniel, lève les yeux et dit : « Vous trouvez ça normal que mon fils gagne plus que moi ? » C’était en 1997, bien avant les salaires excessifs d’aujourd’hui, qui ont conduit à ajouter trois chiffres à cette somme pour les plus THE RED BULLETIN


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LES OUTSIDERS

« Ajoie mérite sa place en National League. Une relégation serait catastrophique. » Geoffrey Vauclair

grands noms. Mais l’argent seul ne suffit pas. La condition essentielle fut que ­Lugano a proposé un contrat au cadet,­ ­Julien, âgé alors de 17 ans. Il explique : « Je pensais que je serais de retour en ­apprentissage au bout de trois mois parce que je ne serais pas assez bon. » Il ne pouvait pas être plus loin de la vérité : Julien fait rapidement ses débuts en LNA et s’impose, jusqu’à sa retraite en 2020, comme l’un des défenseurs emblématiques de la riche histoire du club de Lugano. En 1999, il remporte le titre de champion de Suisse avec Geoffrey. La prime remportée pour ce titre, les frères l’envoient chez eux pour que leur père puisse rénover le toit. Tristan jouera également pour Lugano de 2005 à 2011. Mais ils rentreront finalement tous chez eux à la fin de leur carrière. Dans le Jura, ce havre de paix, où l’on a parfois l’impression que le temps s’est arrêté. Ce qui semble être d’ailleurs réellement le cas à la piscine. Une affiche publicitaire décolorée par le soleil vante une offre spéciale : des jetons pour se procurer le journal Le Matin Dimanche au distributeur automatique, « valable uniquement jusqu’au 31 août 2014 ». Ce lieu où ils ont grandi, que représente-t-il pour les trois frères ? « C’est chez moi, les gens sont unis par des liens très forts ici, explique Tristan. Les ­Jurassiens ont le même syndrome que les Corses : ils veulent sans cesse prouver qu’on a tort de les sous-estimer. Ce sont des gens passionnés et sincères, auxquels je m’identifie », déclare Geoffrey. Et Julien d’ajouter : « Je suis parti pendant 25 ans et j’ai longtemps vécu au Tessin. Mais chez moi, c’est ici. Tout le monde se connaît. J’ai b ­ eaucoup d’amis à Lugano, mais ils viennent tous du milieu du hockey. Ici, THE RED BULLETIN

c’est différent. Tu peux ne pas voir un vieux copain pendant deux décennies. Mais ça reste ton pote. » Ce à quoi Tristan rétorque : « Mes frères sont mes meilleurs amis au monde, ça ne fait aucun doute. » Julien et Tristan ont été chargés de remettre le HC Ajoie sur les rails sur le plan sportif. Depuis sa promotion en 2021, le club a toujours été lanterne rouge du classement de National League, le plus souvent avec un retard considérable. Le club a tout tenté : le Finlandais Ville Peltonen, fraîchement recruté, est le cinquième entraîneur depuis la promotion. Parmi ceux qui ont échoué, on peut citer notamment Filip Pešán, qui vient de remporter le titre de champion de Tchéquie avec Pardubice. Rien d’étonnant à cela : même le système le plus efficace et appliqué avec la plus grande rigueur ne peut masquer le manque de talents au sein d’une équipe. Le HC Ajoie dispose du budget le plus modeste de la ligue ; pour la grande majorité des joueurs, Porrentruy marque la toute dernière étape de leur carrière. Même avec des offres de contrat compétitives, le Jura reste une région sous-estimée, subversive, mais presque oubliée dans la conscience nationale, et en proie à des difficultés structurelles. Les personnes qui ne la connaissent pas ne sont probablement pas conscientes de sa beauté et de ses charmes. « Ce n’est pas évident de convaincre des joueurs de venir chez nous. C’est parfois frustrant, mais nous donnons tout pour faire avancer le club », déclare Julien, dont le contrat court jusqu’en 2027. Il serait donc d’autant plus important que le club puisse intégrer des joueurs ­issus de son propre centre de formation au sein de l’équipe première. À l’heure

­ ctuelle, il n’y en a qu’une poignée – et a cela n’a pas été une mince affaire, car jusqu’à la promotion, le centre de formation était plutôt axé sur le sport amateur et n’employait pratiquement pas d’entraîneurs professionnels. « Nous avons fait d’énormes progrès ces dernières années », déclare Tristan, responsable technique de l’Ajoie Academy. Il en est de même pour les finances du club. Le budget a été progressivement augmenté depuis 2021. Avec 14 millions de francs, il a presque été multiplié par trois depuis. « Pour nous, c’est une somme énorme, chaque franc est durement ­gagné. Mais les meilleures équipes disposent de trois, quatre, voire cinq fois plus de fonds. J’aimerais qu’il y ait une vraie prise de conscience par rapport à cette situation », déclare Tristan. Et puis, il y a cette question qui n’a cessé d’être posée ces dernières années : le HC Ajoie ne serait-il pas plus à sa place en division inférieure ? La série de défaites a laissé des traces, y compris parmi les supporters qui, malgré toute leur ferveur locale, commencent à se lasser peu à peu de ces échecs. La moyenne de 4 278 spectateurs est la plus faible de la ligue, même si elle reste tout de même remarquable compte tenu du nombre d’habitants de Porrentruy, qui avoisine les 7 000. Vaut-il mieux gagner contre Olten et Viège, ou bien se faire surclasser par Davos et ­Zurich ? Avant même que la question ne soit formulée jusqu’au bout, Geoffrey intervient : « N’y pense même pas ! En cas de relégation, tout le travail de formation des jeunes partirait en fumée. Ce serait une catastrophe. Ce qui me dérange aussi, c’est la façon dont on parle du club. Ajoie mérite sa place en National League. Et le club l’a défendue pendant cinq saisons sur le plan sportif, ça se respecte. » On voit bien tout l’attachement que les frères portent à ce club, à leur petit monde, à cet « amour fou ». « Je ne peux pas imaginer de meilleur endroit pour élever mes enfants », déclare Tristan. Sa fille Maëlia, 16 ans, joue dans la première équipe féminine du HC Ajoie. Chez les jeunes, on dirait bien que c’est à elle qu’il revient de perpétuer la fière tradition ­familiale des Vauclair.


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Chaque saison est comme un nouveau Cervin à gravir : Tristan, Geoffrey et Julien Vauclair (de gauche à droite).

« Mes frères sont mes meilleurs amis au monde, ça ne fait aucun doute. » Tristan Vauclair

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ONE NIGHT Texte Nicola Berger Photos Jan Cadosch

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À DOMICILE

IN DAVOS

Elle pourrait figurer au patrimoine culturel mondial : ­rendez-vous pour les play-offs dans ce qui est – sans l’ombre d’un doute – la plus belle patinoire de Suisse. THE RED BULLETIN


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À DOMICILE

Se recentrer avant l’échauffement : les joueurs du HC Davos se préparent pour le match.

Un

son sourd résonne depuis les vestiaires : c’est Schrei der Liebe – à ne pas confondre avec le vieux tube punk du groupe allemand Die Ärzte qui porte presque le même titre. Davyd Barandun, le DJ des vestiaires, fait résonner dans les enceintes les tubes techno allemands du moment. Les voix qui s’élèvent des vestiaires se font de plus en plus fortes : 22 gladiateurs des temps modernes dans leur tenue de combat, prêts pour la bataille. Matěj Stránský ouvre la porte vitrée avec fracas. Le capitaine du HC Davos et ses coéquipiers trépignent d’impatience, tels des étalons sur le point de sortir de l’écurie pour aller s’ébattre dans les prés. On se tape dans les mains, on se boxe l’épaule, et aussitôt retentit le premier cri d’encouragement, l’incontournable et sempiternel «Let’s Go Boys!»

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Nous sommes samedi soir à Davos, le HCD, club le plus titré, accueille les ZSC Lions, tenants du titre, pour le premier match de la série des demi-finales des play-offs. Dehors, le public se presse : les ultras, avec leur démarche affairée caractéristique, leur regard scrutateur et leurs lunettes noires, alors même que le soleil a disparu à l’horizon. Les parieurs, qui remplissent leurs bulletins de jeu à la station-service. Les supporters de l’Unterland, qui descendent en masse des cars. Un petit garçon vêtu d’un maillot bien trop grand d’Andres Ambühl, figure emblématique qui a pris sa retraite en 2025, dit à son père : « Si tout se passe bien, on va gagner. » Ah, la naïveté des jeunes fans qui aiment leur équipe avec une ferveur sans faille et qui n’ont pas encore dû faire face aux épreuves que représenteront inévitablement les décennies de revers et de coups durs qui s’ensuivront.

« Les plus beaux 300 mètres »

Pour descendre à la patinoire depuis la Promenade, il y a un chemin à propos duquel l’entraîneur canadien Doug Shedden, ancien joueur du HCD, a déclaré un jour : « Ces 300 mètres sont le plus beau des trajets qui mènent au monde du hockey sur glace. De la neige partout, des gens heureux, l’odeur des ­saucisses


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La structure en bois de la patinoire se démarque du design standardisé des autres enceintes dédiées au hockey sur glace. Tout aussi remarquable, le ­tunnel des joueurs, en forme de bouquetin géant.

Ce soir-là, les supporters davosiens sont concentrés sur le puck, prêts à encourager les leurs vers la victoire. THE RED BULLETIN


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grillées. Et puis, on se retrouve face à cette cathédrale du hockey sur glace. Grandiose. » En effet, la patinoire de Davos a quelque chose de majestueux et est empreinte d’une aura exceptionnelle. Sous ce soleil, les façades vitrées rappellent les vitraux artistiquement travaillés des églises. La visite de ces lieux devrait figurer sur la bucket list de toute personne ayant des affinités avec le hockey sur glace, car la patinoire fait partie du patrimoine culturel mondial de ce sport. Avec son architecture unique et ses incroyables structures en bois, elle se démarque du design standardisé des autres enceintes modernes, grises et austères, qui ressemblent à des aéroports. Le site est à l’image du club dans son ensemble, ce club de village qui, même en 2026, parvient encore miraculeusement à rivaliser avec les équipes des centres urbains, dont certaines sont financées par des mécènes riches de plusieurs milliards. Avant le match, Sandro A ­ eschlimann est assis sur la bande vers le banc des joueurs. Il a apporté sa crosse de gardien et la balance dans ses mains. C’est sa manière à lui de se vider la tête. « Il ne faut pas trop réfléchir, sinon on est trop nerveux », dit-il. La patinoire est vide, mais à quelques mètres de là se tient Gery Büsser, le légendaire médecin des ZSC Lions. Le premier s’exclame : « Mon médecin préféré ! » À la fin de la conversation, Büsser laisse échapper un lapsus révélateur : « Il faut toujours que vous ayez u ­ n but THE RED BULLETIN

d’avance sur nous ! » Aeschlimann de répondre joyeusement : « On fait comme ça ! » Quand il lève la tête, il embrasse d’un regard toute la richesse de l’histoire de son club. Le HCD a remporté 31 titres de champion, 18 maillots sont accrochés sous le toit de la patinoire, ainsi que de nombreuses bannières commémorant ses exploits, dont ses victoires en Coupe Spengler. Davos veille précieusement sur son passé, comme peu d’autres organisations sportives en Suisse. Mais quand on a la chance de posséder un tel palmarès, il faut veiller à ne pas se laisser envahir par une nostalgie réconfortante et à ne pas vivre uniquement dans le passé. Dans les vestiaires, l’entraîneur, Josh Holden, ­encourage ses joueurs avant ce premier affrontement contre le tenant du titre, les ZSC Lions. Les journalistes ne sont pas autorisés à assister à ces moments collectifs, a fortiori pendant les play-offs, mais ­Holden dira plus tard qu’il n’a pas eu besoin de grands discours ni ­d’astuces pour motiver ses joueurs : « Ce sont les play-offs, le meilleur moment de l’année ! Les gars, il faut plus les freiner qu’autre chose. » Sur la glace, juste avant le premier engagement, le meilleur buteur, Stránský, utilise un remède miracle adopté par de nombreux joueurs : les sels. ­Büsser, le médecin du ZSC, est très clair au sujet des ampoules d’ammoniaque : « L’effet ne dure qu’une ou deux secondes. Mais là, on passe de 0 à 100,


À DOMICILE

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Des affrontements éclatent régulièrement sur la glace (page de gauche et ci-dessous), mais le juge de ligne, Fabrizio Bachelut (ci-contre) parvient à les maîtriser. En bas à gauche, l ­ ’entraîneur Josh Holden

la concentration est immédiate. » Stránský pousse un cri, mais personne ne l’entend tant le bruit est assourdissant dans la patinoire. Dans les tribunes règne un mélange d’impatience nerveuse, d’euphorie alimentée par la bière et d’excitation fiévreuse, qui n’a rien à voir avec ce que l’on peut ressentir dans un stade.

6 306 bières en une soirée

« Les play-offs, c’est le meilleur moment de l’année. Les gars, il faut plus les freiner qu’autre chose. » JOSH HOLDEN

Stránský ouvre le score dès le début du match d’un tir du poignet sans contrôle, déclenchant une liesse générale. Cela fait longtemps que le HCD n’a plus ­disputé de finale de play-offs, la dernière remonte à 2015. Les attentes du public sont telles que la moindre séquence de jeu, aussi anodine soit-elle, ­suscite les espoirs. Ou laisse craindre une catastrophe. Les murmures font place aux frissons et aux applaudissements fébriles. Puis, très vite, aux jurons et aux plaintes : les ZSC Lions reviennent temporairement au score en marquant deux buts en 179 secondes. Le jeu commence à se durcir sur la glace, les propos virulents fusent, le trash-talking fait partie du code des play-offs. C’est presque comme si les deux équipes s’étaient fait une règle de cette maxime attribué à Thomas Mann : «Wer immer nur geliebt wird, ist ein Trottel» (trad. Ceux qui ne sont qu’aimés THE RED BULLETIN


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À DOMICILE

Un samedi soir de folie : Filip Zadina, du HC Davos, célèbre son but qui porte le score à 2-0.

sont des imbéciles). C’est à Davos que ce grand ­écrivain ­allemand a écrit son œuvre majeure, La Montagne magique. Le sanatorium Schatzalp, où il a séjourné, est aujourd’hui un hôtel de la Belle Époque au charme désuet – et figure en tant que sponsor sur les bandes de la patinoire. Sur la glace, les coups pleuvent lors des affrontements, tandis que dans les tribunes, des bières volent ici et là. Le soulagement n’est pas loin : le deuxième but de Stránský de la soirée assure une victoire salutaire au HCD. Ovations, embrassades, poings levés. C’est un samedi soir de folie : 6 306 bières vendues. Des cris de joie sur le chemin des vestiaires, la certitude que tout est possible ce printemps. Et à peine quelques instants plus tard, on les retrouve, non plus en train de bomber le torse, mais plutôt de jouer la carte de la modestie en interview : ce n’est qu’une victoire, l’adversaire est fort et, bien sûr, rien n’est ­encore gagné. Le but étant de ne pas donner de grain à moudre à l’adversaire : le moindre soupçon d’arrogance pourrait s’avérer fatal en phase finale. La patinoire se vide peu à peu. À l’extérieur, cinq policiers veillent au départ en bon ordre des supporters visiteurs. « Bonnes vacances ! », lance malicieusement un groupe aux Zurichois battus. Et on se rend compte que le petit garçon n’avait pas tort. Malgré tout THE RED BULLETIN

le caractère imprévisible de ce sport et le suspense ­haletant de trois tiers-temps aussi intenses qu’un tour de montagnes russes, la soirée s’est finalement ­déroulée comme prévu, avec la victoire du favori. La force ­incontestable du HCD à domicile s’explique sans doute par l’énergie de la ville la plus haute des Alpes, et se mesure en chiffres : en qualification, l’équipe a remporté 23 des 26 matchs disputés à la zondacrypto-Arena, elle est également restée invaincue lors des play-offs contre Zoug et les ZSC Lions. Un bilan impressionnant, avec un bémol toutefois : Davos n’a pas fait le poids en finale face à Gottéron. L’équipe a perdu trois de ses quatre matchs à domicile, toujours sur le score de 2-3, y compris le match décisif. Ce ne serait pas étonnant que le mode opératoire du champion, Fribourg, fasse des émules : arriver la veille pour s’acclimater à la différence d’altitude de plus de mille mètres et loger à Coire. Gottéron a eu la chance de son côté lors de la finale et s’est révélé être la kryptonite du HCD. Il leur faudra donc attendre encore un peu avant de célébrer un 32e titre de champion. Mais au vu de la saison 2025/26, il est certain que de nouvelles occasions se présenteront pour le détenteur du record – tout comme d’autres soirées inoubliables dans ce temple du hockey au pied des montagnes des Grisons.


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« C’est une cathédrale du hockey sur glace. Grandiose ! » L’ENTRAÎNEUR CANADIEN, DOUG SHEDDEN, QUI A AUTREFOIS JOUÉ À DAVOS

Euphorie collective : les joueurs du HC Davos et leurs fidèles supporters.

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Héros ce jour héros Demain Notre pays s’est bâti une solide réputation dans le hockey sur glace ces dernières années ! La National League s’est imposée comme la deuxième meilleure ligue au monde derrière la NHL, tandis que l’équipe nationale fait partie de l’élite mondiale. Qui sont les talents d’aujourd’hui et les futures stars de demain ? Texte David Pietronigro

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ÉTAT DES LIEUX

Roman Josi Un jeune issu de l’école du CP Berne, destiné à devenir l’un des plus grands du hockey international : repêché au 38e rang, il a disputé plus de mille matchs en NHL.

Josi est une figure de leader absolu et le capitaine de ses Nashville Predators.

À Berne, son nu méro était le 90, co mme aujourd’hui en équipe ­nationale.

GETTY IMAGES, APA-IMAGES , ADOBE STOCK

en parcours clu son un titre Il a con r a p e u l Leag ne Nationa le CP Ber on avec 0. 01 -2 9 de cha m pi 0 0 n2 la saiso lors de

Il a fait ses débuts en National League à l’âge de 16 ans.

Engagement total : Josi fait partie, depuis des années, des défenseurs les plus prolifiques en points. THE RED BULLETIN


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Depuis ses jeunes années, « El Niño » est un pilier de l’équipe ­nationale suisse.

sont ipeg Winn NHL. e d e b n ets e clu m Les J è i inqu son c

Nino Niederreiter Son club de cœur est le HC Davos, où il a fait ses débuts à 16 ans. Lors du repêchage d’entrée de la NHL en 2010, les New York Islanders l’ont sélectionné au 5e rang, une position inégalée pour un joueur suisse.

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: il a plus Le vétéran tchs en NHL ma e de mill à ce jour. ur au co mpte


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N

ombreuses sont les équipes qui aimeraient être à sa place : finaliste malheureuse du championnat du monde en 2026. Finaliste également en 2025 et en 2024. Tout comme en 2018 et en 2013…

APA-IMAGES

L’équipe de Suisse n’a pas encore trouvé le moyen de régner sur la planète du hockey sur glace, mais avec cinq médailles d’argent, la formation de l’ancien sélectionneur, Patrick Fischer, et de l’actuel entraîneur, Jan Cadieux, a gagné le respect des autres nations et a suscité des vocations parmi les jeunes générations. Le championnat du monde en Suisse a aussi été une superbe publicité pour ce sport et l’équipe nationale. Du coup, la fédération helvétique surfe sur le haut de la vague et espère en tirer des bénéfices en préparant le « Roman Josi de demain ».

L’impact des joueurs made in NHL

Car il est clair que ce sont les stars ­d’aujourd’hui qui inspirent les jeunes ­générations. Jamais la Suisse n’a eu autant de joueurs établis en NHL. La chance est grande pour les jeunes de grandir en ayant comme modèle des Roman Josi, Nico Hischier, Nino Niederreiter ou Kevin ­Fiala. Il faut en profiter. De plus, tous ces joueurs n’hésitent pas à venir porter le maillot rouge à croix blanche dès que leur saison est terminée. En plus d’être des icônes, ce sont des joueurs exemplaires. Leur impact est énorme sur le hockey de demain.

La philosophie de Fischer

Ce qui a grandement aidé aussi en dehors de la génération dorée des joueurs NHL, c’est la vision du sélectionneur ­Patrick Fischer. Tout au long de ses onze ans de règne, il a prôné la philosophie de « voir grand, rêver grand ». Une façon de considérer les choses qui détonne dans notre pays mais qui, il faut bien l’admettre, est récompensée par de probants résultats. En bousculant la timidité habituelle et certains idéaux, il a fait franchir un pas de géant à nos couleurs sur la carte mondiale du hockey sur glace. Aux instances en place de tout faire pour que cela reste ­ainsi. De quoi préparer la table pour la ­génération suivante.

Profiter de l’instant présent

« Il y a encore de belles années devant nous. » La déclaration vient du nouveau sélectionneur de l’équipe de Suisse, Jan Cadieux. L’homme a raison : de ­nombreux joueurs NHL sont dans la fleur de l’âge et un avenir radieux leur tend les bras. « À court terme, la Suisse va avoir son mot à dire lors de chaque compétition. » Le nouvel homme fort de notre équipe nationale va pouvoir s’appuyer sur un noyau de joueurs talentueux. Jan C ­ adieux apportera sa touche THE RED BULLETIN


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Jan Cadieux sélectionneur de l’équipe nationale

« Il faut profiter de l’instant présent tout en préparant le futur. Un jour, ce seront les jeunes les modèles. »

#4 Makai Holdener #90 Théo Rochette

#7 Aurélien Marti

#33 Kevin Pasche

­ ersonnelle mais r­ estera dans la contip nuité de son prédécesseur. Et il connaît la prochaine génération qui va arriver en première équipe pour avoir coaché l’équipe de Suisse U20. « Il faut profiter de l’instant présent tout en préparant le futur. Il faut permettre aux jeunes d’aujourd’hui de jouer aux côtés des hommes d’expérience, la progression est accélérée. Ils apprennent vite. Un jour ce seront eux les modèles », renchérit Jan Cadieux. Pour que cela soit possible, la Ligue se doit d’investir encore plus de moyens dans la formation. « Nous sommes un petit pays de hockey, il est difficile de sortir chaque année des joueurs dans les premiers choix de la draft NHL. Néanmoins, il existe des exemples comme la Slovaquie qui montrent que cela est possible. À nous de nous inspirer d’eux et de mettre en place des structures qui permettent à nos jeunes de s’améliorer jusqu’au niveau international », analyse très justement Jan Cadieux. Les différents directeurs sportifs et ­responsables des mouvements juniors questionnés sur le sujet tombent d’accord sur une chose : l’amélioration est possible. Les clubs dépensent de plus en plus d’argent pour bonifier l’organisation THE RED BULLETIN

APA -IMAGES, LIONEL DERIAZ, LAUSANNE HC

Une refonte de la formation ?


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À la saison 2026/27, Ewan Huet (absent de la photo) rejoint le club, tandis que Théo Rochette part en NHL.

#67 Nathan Vouardoux

#81 Iñaki Baragaño

#28 Gaël Haas

#71 Benjamin Bougro

Lausanne HC Pas moins de dix joueurs de l’effectif de la saison dernière sont issus du centre de f­ ormation du LHC et y ont effectué tout leur parcours de f­ ormation.

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Il a l’étoffe pour devenir le prochain gardien numéro un de l’équipe de Suisse, dans la lignée de Genoni et Berra.

Pour un ga rdien, assu mer de s responsabilit és dès le plus je une âge est essent iel.

Schmid joue depuis 2024 à Las Vegas. À partir de l’automne, il jouera pour les Florida Panthers.

Akira Schmid

Le Bernois a été formé au sein des SCL Tigers avant d’être repêché en 2018 par les New Jersey Devils. Avec les Vegas Golden Knights, il a atteint la finale de la Coupe Stanley cet été.

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Langnau–Thoune–Amérique : les étapes d’une carrière encore longue !


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La méthode OYM

APA-IMAGES, REGINE GIESECKE

Le centre de haute performance OYM (On Your Marks), basé à Cham, est un petit bijou en la matière. Il réunit, sur un même lieu, le sport et la science. Il offre aux athlètes d’élite un suivi complet de leurs ­performances avec des salles d’entraînement ultra

modernes, un service dédié à la nutrition, un autre au médical et encore un autre à la recherche et au développement. Le but ? Offrir les meilleures conditions pour préparer les sportifs et les sportives aux grands événements. Ce projet est rendu

des académies et leur fournir les meilleurs entraîneurs. Le travail effectué en Suisse est remarquable. C’est plus une question de réforme complète qui devient nécessaire. Trouver un rôle à ces jeunes pour les faire progresser et qu’ils puissent réduire l’écart avec les meilleures nations. Une étude est en cours, mais cela prend du temps. Et tous l’admettent : le temps, nous ne l’avons pas. Car ce qui sera mis en place maintenant prendra plusieurs années avant de porter ses fruits. Il faut donc agir vite. Le problème se situe ainsi sur le moyen et le long terme, échéance à laquelle la Suisse prévoit un nombre restreint de talents. Cela se voit déjà aujourd’hui avec des résultats décevants dans les compétitions juniors. Le problème pour ces jeunes, c’est qu’ils ne jouent pas assez souvent ensemble. Certains sont partis à l’étranger, d’autres ont trouvé une place dans une équipe chez les adultes, et le reste est dispersé dans les différentes ­formations juniors des clubs en Suisse. Il faut donc leur trouver de la place chez les

possible depuis 2020 grâce à l’actionnaire principal et président de l’EV Zoug, Hans Peter Strebel. L’idée étant bien évidemment de convaincre les jeunes talents à rejoindre OYM afin de se ­donner une maximum de chances pour réussir leur ­carrière. L’équipe de Suisse, comme le club de Zoug, en p ­ rofite au ­quotidien. L’EV Zoug a aussi déjà décroché deux titres de champion de Suisse depuis l’ouverture du centre. Avec l’envie de connaître encore de nombreux autres ­succès à l’avenir.

pros, et vite ! Le problème ? La National League est ultra-compétitive et peu de place sont réservées aux jeunes. La Swiss League est partagée entre clubs ambitieux et ceux qui vivotent pour survivre. Personne ne fait véritablement de la ­formation sa priorité. Les premières réformes proposées n’ont pas séduit. Et en Suisse, on le sait, l’unité doit faire foi si un projet veut aboutir. Mais le temps presse, disions-nous donc…

L’exemple du LHC

Du coup, beaucoup des futurs prospects helvétiques quittent la Suisse pour terminer leurs cursus juniors à l’étranger, en rêvant de pouvoir jouer en Suède, en ­Finlande ou de goûter à l’Amérique du Nord. Néanmoins, en Suisse, plusieurs clubs tentent de concilier ambition et formation. Le Lausanne Hockey Club peut être cité à titre d’exemple. Il compte en effet près de dix joueurs formés au LHC dans le cadre élargi de sa première équipe. « Nous récoltons aujourd’hui les fruits d’un labeur mis en place il y a longtemps pour THE RED BULLETIN


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ÉTAT DES LIEUX

Qui sera la prochaine pépite ?

On vous l’a dit. La Suisse ne va pas compter beaucoup de joueurs lors des prochaines drafts NHL. Mais pour l’édition 2027, un nom devrait monopoliser l’attention. Celui de Jonah Neuenschwander. Un joueur né en 2009 qui évolue depuis ses 15 ans en première équipe du HC BielBienne en National League. Un attaquant qui apprend tellement vite et qui a toujours été surclassé durant sa formation.

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John Fust Directeur général du LHC

« Nous récoltons ­aujourd’hui les fruits d’un labeur entamé il y a longtemps, et pas ­seulement à Lausanne. »

Malgré son jeune âge, il possède déjà deux participations au Mondial Juniors U20, et a t­ erminé la dernière saison avec 5 buts et 7 assists en 32 matchs. Son grand gabarit, 1,91 mètre pour 85 kilos, lui donne un avantage. Et il pourrait bien devenir le futur visage de l’équipe de Suisse. Mais avant de devenir l’un des piliers de notre sélection, Jonah Neuenschwander suivra d’un œil très intéressé les performances des autres jeunes actuels en rouge et blanc. On évoque ici les Attilio Biasca, Théo Rochette, Simon Knak et Nicolas Baechler qui ont proposé un bel éventail de leurs capacités lors du dernier championnat du monde. Des joueurs, tous nés dans les années 2000, qui s’apprêtent à porter fièrement les couleurs de notre pays lors des prochaines sélections, les premières bases ayant désormais été posées. Cependant, ce qui doit continuer de faire la force de la Suisse dans le futur, outre les talents générationnels, sera la capacité à se forger une identité et une cohésion très forte pour aller chercher enfin ce premier titre mondial, si souvent approché mais pas encore décroché. C’est pourquoi il faut faire les bons choix maintenant, afin que le futur soit le plus prospère possible pour nos héros de demain.

APA-IMAGES,STEPHAN BOEGLI/EHC BIEL-BIENNE

unifier tous les échelons de la formation et pas que sur Lausanne, mais dans tout le canton. Nous avons su créer une forte identité parmi nos jeunes pour faire rayonner le brand LHC. » Ces mots sont ceux de John Fust. L’actuel Directeur général du club vaudois sait de quoi il parle, lui qui a été responsable du mouvement junior du Lausanne Hockey Club. « Même si nous voulons conserver tous nos meilleurs éléments, il faut parfois accepter de les voir partir. Il s’agit d’un choix courageux, qui va faire évoluer leur mentalité et leur vision. Par contre, à nous de les convaincre de revenir ici plus tard pour poursuivre leur carrière », continue de détailler John Fust. On pense notamment aux exemples de Rochette, Baragano ou Vouardoux. Un autre exemple est ­Kloten. Le club gère l’une des plus grandes ­sections de jeunes de Suisse – et avec succès, comme on peut le constater avec David ­Reinbacher, qui a été choisi en cinquième position lors du repêchage de la NHL en 2023, et désigné comme meilleur défenseur de sa génération par les Canadiens de Montréal.


81 Le grand saut a eu lieu au moment de ses débuts en National League lors de la saison 2024-2025.

Né en 20 09, Jona doit en h core po rter un e grille intégra le.

Outre sa taille (1,91 m) et sa vitesse, c’est surtout son intelligence de jeu qui le distingue.

Jonah Neuenschwander L’attaquant du EHC Biel-Bienne est considéré comme le prochain grand talent du hockey suisse. En vue du repêchage NHL 2027, plusieurs experts le voient déjà comme un choix potentiel du Top 10.

Ses premiers buts en ­National League, il les a inscrits à seulement 16 ans.


AIIILES

AVEC ET SANS SUCRE.


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Se divertir, se restaurer et jeter un œil en coulisses

À la Vaudoise aréna de Lausanne, le hockey se vit passionnément. Et ce n’est qu’un début : découvrez, au fil des pages suivantes, toute la richesse de cet univers. THE RED BULLETIN


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I U Q SUISJE KOLIN

QUIZ

?

Associe les mascottes et les noms au club correspondant ! (Pas de triche ! Les parents n’ont pas le droit de jouer… )

THE RED BULLETIN

2 AUGUSTIN

HOCKEY CLUB AJOIE, HC FRIBOURG‑GOTTÉRON, HC LUGANO, LAUSANNE HC, EVZ, SCL TIGERS, ZSC LIONS, GSHC

2

CALVIN


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1

NI TSCHOR TI G E

HC Ajoie

2 FribourgGottéron

LEO

3 GenèveServette HC

4 SCL Tigers

5 Lausanne HC

CORBAT

6 HC Lugano

IV VOU

RE

7 ZSC Lions

Z E T TLI

8 EV Zoug

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Ice Ice Baby! Une surfaceuse, ça marche comment ? Grosso modo, avec une lame, une brosse, un réservoir et un racloir. Le reste, c’est du savoir-faire. Stop aux idées reçues : toutes les surfaceuses ne sont pas des Zamboni. C’est l’Américain Frank Zamboni qui a inventé la première machine en 1949 et en a déposé le brevet. L’entreprise existe ­encore et est leader mondial du marché. Parmi les autres fabricants, citons Engo ou WM technics.

4 5 7 3

1

Raclage et collecte Une lame racle les irrégularités 1 à la surface de la glace. Le bon réglage est essentiel : ni trop haut, ni trop bas. Une vis sans fin horizontale 2 achemine la neige vers une vis sans fin verticale 3 qui la transfère à son tour dans le réservoir à neige. 4 ­ Nettoyage et récupération L’eau vient d’un réservoir 5 et alimente le conditionneur 6 qui lave la glace. L’eau sale est récupérée par un racloir, aspirée, f­ iltrée, puis repompée dans le réservoir.

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Façonnage et polissage De l’eau propre provenant d’un autre réservoir 7 est acheminée vers la glace par un tuyau et des buses de pulvérisation de précision. Une serpillière 8 placée derrière le conditionneur ­permet de lisser la surface comme un miroir.

WERNER JESSNER

2

8

IMAGE COURTESY OF GEORGE RETSECK

6


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L’attente touche enfin à sa fin : Fribourg-­ Gottéron célèbre le premier titre de l’histoire du club, au bout de 32 293 jours. Au premier plan, on voit le buteur Lucas Wallmark .

De la patience !

APA IMAGES

WERNER JESSNER

Le HCFG est enfin champion ! Ce qui semble avoir duré une éternité n’est pourtant pas une exception : voici les plus longues périodes de vaches maigres de l’histoire du hockey. Fondé dans la Basse-Ville de ­Fribourg le 1er décembre 1937, célébré le 30 avril 2026 à Davos : aucun club suisse n’a dû attendre aussi longtemps que Fribourg-Gottéron pour fêter son premier titre. Cinq fois ­perdant en finale, la dernière fois il y a treize ans : on aurait presque pu croire que ce jour n’arriverait jamais. Sur certains clubs semblent planer une malédiction. Les Canucks de Vancouver et les Sabres de Buffalo en NHL, par exemple, qui poursuivent la Coupe Stanley depuis leur création en 1970 – mais tout ce qu’ils ont à leur actif en 56 ans, ce sont des

défaites serrées en finale. Ou le club suédois Rögle BK : en activité depuis 94 ans, il n’a toujours pas remporté de titre national. Le destin des ­Augsburger Panther dans la DEL est particulièrement dramatique : fondé en 1878 sous le nom d’Augsburger EV, ce club allemand poursuit la quête de son premier titre – depuis 148 ans !

Au bout de leur peine Le club finlandais KalPa ­Kuopio existe depuis 1929, mais ses supporters (ou plutôt leurs petits-enfants) ont dû attendre jusqu’en 2025 pour fêter leur premier titre

« C’est sans aucun doute le plus beau moment de ma carrière. Je n’aurais pas pu rêver mieux. » Julien Sprunger, capitaine du HCFG

de champion : 96 ans, c’est un record international. Il a fallu 90 ans au club slovaque du HK Nitra et aux Diables Rouges de Briançon, en France, pour en faire de même. Même des clubs de tradition comme le HC Pilsen en Tchéquie (65 ans) ou le

SKA Saint-­Pétersbourg (69 ans) n’ont pas connu le succès immédiatement. Une fois le sort brisé, tout semble possible : attendre aussi longtemps pour remporter un second titre est, d’un point de vue statistique, encore plus improbable. THE RED BULLETIN


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BON APPÉTIT ! Les supporters donnent de la voix pour encourager leurs équipes favorites. Et ça leur donne faim ! Tour d’horizon des meilleurs spots et spécialités culinaires à goûter et déguster.

SCL TIGERS

Texte David Pietronigro

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Langnau

T’AS LA FRITE ? Les frites. Tu en trouves partout. Dans n’importe quel stade. Ce « classique » ne te laisse jamais un grand souvenir gustatif. Mais ça, c’est parce que tu n’es jamais allé voir un match des Tigres de Langnau !! Le club emmentalois est célèbre aux quatre coins de la Suisse pour ses « Golden Frites ». Ces petits morceaux allongés de

pomme de terre sont frits de manière croquante… et on y ajoute des épices qui font leur renommée légendaire. Plus de onze tonnes de Pommes sont vendues chaque saison. Même les joueurs de l’équipe adverse demandent à remonter dans le car avec leur portion. ­L’engouement est tel que les SCL Tigers se servent des frites pour faire la communication de leur club. Et le DJ de la patinoire a même créé une chanson qui leur dédiée (le lien pour l’écouter via le code QR ci-dessous). Complètement décalé, mais ce qui serait le plus fou, ça serait de ne pas y goûter. Prix : 7,50 CHF Scanne ce code et écoute la chanson qui donne la frite.

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Berne

UNE FAIM D’OURS

TRISTAN SCHERWEY est un « ours » depuis 2007. Avec les Bernois, il a été sacré champion à cinq reprises.

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plus grande patinoire de Suisse. Impossible de ­ passer à côté avec ses 32 centimètres de long, ses 140 grammes et son pain rempli de moutarde. Son nom Bäre pour ours : l’emblème du canton de Berne et surnom des joueurs du SCB. Et Zipfel pour pointe, afin de bien préciser que la saucisse va laaargement déborder des deux côtés. Pour y avoir goûter, on peut vous dire qu’elle apaise toutes les faims… et reste abordable pour tous les portes-monnaies. Ce n’est pas un hasard si le CP Berne affirme en vendre près de 70 000 par saison dans sa patinoire. Prix : 9 CHF

SCB, MÉRAT GASTRO

Celui ou celle qui assiste à un match du CP Berne à la Post­Finance Arena sans y goûter a décidément raté quelque chose. Qui ne l’a jamais ­dégustée ? La légendaire ­saucisse « BäreZipfel » (ou « BäreZipfu » pour les habitué·e·s) qui contente tous les estomacs des fans du CP Berne depuis des années. Cette saucisse XXL est le snack de référence dans la


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1 cm Échelle 1:1

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Lausanne

MADE IN TARTARE Les plus gourmets n’hésiteront pas à ­découvrir les tartines de tartare proposées par le foodtruck de L’Épis Taff, situé devant la patinoire de la Vaudoise aréna. Un met raffiné qui détonne avec les habituels ­hamburgers ou frites des patinoires. L’idée vient de son propriétaire, Alain Reist. Un ­ancien hockeyeur qui a connu une carrière longue de dix-huit saisons au plus haut niveau… et qui a su rester proche de la glace avec une reconversion professionnelle ­réussie depuis 2016. Déclinable en deux versions, 100 ou 200 grammes de viande de bœuf, à laquelle s’ajoute la fameuse sauce maison dont personne n’arrive à connaître la recette. Le tout servi sur un pain toasté pour parfaire le côté croquant de cette gourmandise. Ces produits de proximité ont conquis un large panel d’épicurien·ne·s qui n’attendent que de ­revenir à la patinoire pour s’en délecter. Prix : de 16 à 29 CHF

Fribourg-Gottéron

Impossible de ne pas manger la fondue au fromage si tu te rends à la BCF Arena. Cela vaut autant pour les fidèles que pour les amateurs et amatrices qui vont de patinoire en patinoire. Véritable institution en terre ­fribourgeoise, le club des Dragons de ­Gottéron peut se targuer de servir jusqu’à 1 200 fondues chaque soir de match. Plat convivial par excellence, la fondue « moitié-moitié » se compose de fromage fondu dans un caquelon avec 50 % de Gruyère AOP et 50 % de Vacherin fribourgeois. Ajoutes-y un peu d’ail-échalotes et de vin blanc pour la préparation. Sans oublier de te munir d’une fourchette et d’y piquer ton morceau de pain. Tu remues en 8 et surtout tu savoures cela avec tes ami·e·s. Prix : 28 CHF par personne THE RED BULLETIN

L’ÉPIS TAFF, JEY CRUNCH

FONDUE = RELIGION


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NOAH ROD, de retour au Genève-Servette HC depuis 2018, se régale avec son burger du mois.

Genève

LE BURGER DES CHAMPIONS

GSHC

Pouvoir manger le burger de son idole avant d’aller voir son match est une affaire qui roule à Genève. Le club a commercialisé, en partenariat avec le Prime’s, le restaurant jouxtant la patinoire des Vernets, un burger du mois. Le principe est simple mais efficace : un joueur-étoile de la formation des Aigles se transforme en « chef de cuisine » chaque mois. Il est

invité à venir composer et préparer à sa guise un hamburger qui lui ressemble. Le capitaine Noah Rod, ­l’attaquant Vincent Praplan ou ­encore l’ancien choix ­numéro 4 de la draft-NHL de 2016, Jesse ­Puljujärvi, se sont ­succédés. Le Finlandais avait misé sur un combo : viande de bœuf–cheddar– onion rings–salade–sauce barbecue. Un must ! Comme on dit en finnois : Hyvää ­ruokahalua! Prix : 32 CHF

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Chien sur traîneau Le gardien Joren van ­Pottelberghe (HCL) choisit la neige, même en été.

Pêche ­miraculeuse Luca Fazzini (HCL) a ferré un gros poisson, dans le lac près de chez lui.

La vague parfaite Marco Zanetti (HCL) s’essaye au surf à Fuerteventura.

Ça joue ?

Paysages de rêve Robin Grossmann (EHC Biel-Bienne) aux îles Lofoten, en Norvège.

Que font donc les joueurs de hockey quand ils ne sont pas sur la glace ? Des vacances, pardi ! Nous avons reçu quelques impressions…

THE RED BULLETIN

WERNER JESSNER

gens ordinaires qui profitent de leur temps libre avec leurs proches ou leurs meilleurs amis – parfois même au-delà des rivalités entre clubs.

Se ressourcer

Certains se marient, vont à des concerts ou de grands événements, font la fête, ­réalisent des projets qu’ils ­reportaient depuis longtemps ou disparaissent complètement de la circulation. Nous leur souhaitons à tous de profiter de chaque jour de repos. Et nous avons hâte de les ­retrouver, rechargés à bloc.

Figuration Lino Martschini et Raphael Diaz (EV Zoug) étaient aux États-Unis pour la Coupe du monde de foot. Allez la Suisse !

AVEC L’AIMABLE AUTORISATION DES JOUEURS

De mi-septembre à fin avril, les fans ont l’occasion de voir leurs stars évoluer en National League. Pourtant, pour eux, une saison de hockey dure bien plus longtemps : entraînements estivaux, Champions Hockey League, Championnat du monde… Le hockey professionnel est un sport pratiqué toute l’année. C’est pourquoi les joueurs profitent d’autant plus de ces quelques semaines de repos bien méritées, où ils peuvent enfin ranger leur équipement. Sans casque, protections ni patins, ils redeviennent des


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Bienvenue dans les magasins Ochsner Hockey Pro Shops !

Bien plus qu‘un simple conseil : un service complet dédié au hockey Ton partenaire pour la vie en hockey sur glace

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Quel a été notre parcours, et comment le hockey suisse a-t-il pu connaître un tel essor ? Une chronique.

Bienvenue dans le ­Disneyland du hockey sur glace

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key sur glace respectivement en 2023 et 2024. Éloges et récompenses, gloire et honneur sans précédent, à tous les niveaux. Du no man’s land sportif à l’élite mondiale : aucun autre pays n’a connu une ascension comparable en si peu de temps dans le monde du hockey sur glace. À première vue, un vrai miracle. Mais à bien y regarder, un miracle parfaitement logique et qui se laisse expliquer. Cette réussite est ­le fruit de décisions judicieuses, de postes clés occupés par des personnalités compétentes, de circonstances favorables et, bien sûr, d’un soupçon de chance. Le niveau sportif, la qualité de vie et les salaires sont désormais si élevés en ­National League qu’elle est devenue, après la NHL nord-américaine, la ligue la plus attractive au monde. Ceux qui ne parviennent pas à intégrer la NHL tentent leur chance en

WERNER JESSNER

Quelque 35 ans plus tard, les Suisses occupent la première place du classement mondial officiel, établi à partir des résultats des quatre dernières années. En 2026, les Eisgenossen (dérivé de l’allemand Eis – glace – et Eidgenossen – helvétiques–) atteignent pour la cinquième fois la finale des Championnats du monde à Zurich, Sven Andrighetto est sacré meilleur buteur et Leonardo Genoni est couronné meilleur gardien de but du tournoi pour la deuxième fois consécutive. La défaite dans les prolongations (0–1) contre la Finlande fait mal. Mais les feuilles de match des deux équipes finalistes comptent 27 joueurs qui gagnent leur vie en National League suisse. En dehors de l’Amérique du Nord, notre ligue la plus haute est la meilleure. Le Genève-Servette HC et les ZSC Lions ont remporté la Ligue des champions de hoc-

KORNEL STADLER

R

etour en arrière au printemps 1987 pour comprendre l’évolution spectaculaire du hockey sur glace suisse, depuis les plus bas échelons jusqu’au plus haut niveau. Championnat du monde de hockey sur glace de 1987 à Vienne. Dix matchs, dix défaites, 26 buts marqués, 71 encaissés, une relégation immédiate et une défaite écrasante 1–12 face à la Suède. À l’époque, si j’avais philosophé sur une possible future confrontation entre la Suisse et la Suède pour le titre de champion du monde et le sacre d’un Suisse élu meilleur buteur du Championnat du monde ou MVP du tournoi, les gens se seraient demandé : mais qu’est-ce que ce chroniqueur a bien pu fumer ? À l’époque, la Nati traversait les championnats du monde à tâtons, tel un randonneur sans boussole dans le brouillard et les éboulis. Elle connaissait des hauts et des bas, faisait partie du décor, mais ne jouait aucun rôle, et les victoires contre l’Italie, la France, le Japon ou les Pays-Bas étaient célébrées comme des succès. Une médaille au Championnat du monde était aussi inaccessible que la Lune pour une fusée du 1er août. Comparé à l’échelle internationale, notre plus haut niveau de compétition n’était qu’une ligue de second ordre.


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Suisse. Quelques noms et éléments de contexte nous permettent de comprendre cette évolution : le hockey sur glace jouit en Suisse d’une riche tradition qui remonte au début du siècle dernier. Jusqu’au début des années 1950, les médailles au Championnat du monde et aux Jeux olympiques étaient monnaie courante. La passion pour ce jeu imprévisible s’est transmise de génération en génération et a même survécu à des décennies d’oubli sur la scène internationale. Tout comme une graine dans le désert se met soudain à fleurir dès qu’il pleut, il fallait simplement à la Suisse les bonnes personnes, les bonnes décisions et les bonnes conditions pour provoquer l’essor du hockey sur glace. Dans les années 1990, la professionnalisation (play-offs à partir de 1986) s’accompagne d’une modernisation des infrastructures. Si l’argent a effectivement joué un rôle déterminant, c’est justement dans ce contexte, avec la construction des nouvelles patinoires de Lausanne, Ambrì, Zurich, Fribourg, ­Porrentruy, Zoug, Davos, Langnau ou Bienne. Des temples modernes du hockey sur glace, qui ouvrent de nouvelles sources de revenus aux clubs (restauration) et font de chaque match une véritable expérience. Aujourd’hui, la National League propose quelque chose qui n’existe sous cette forme dans aucune autre ligue professionnelle : la qualité de vie. Pas de trajets interminables. Après chaque match à l’extérieur, les joueurs dorment chez eux, dans leur propre lit. C’est aussi ce qui fait aujourd’hui de la Suisse une destination de rêve pour les familles de hockeyeurs. La National League est un peu le Disneyland du hockey. Au milieu des années 2010, Raeto ­Raffainer, alors directeur sportif de la fédération, lance le programme Swissness et trouve en la personne du sélectionneur national Patrick Fischer l’homme idéal pour mener ce programme à bien. En se fixant pour objectif la victoire au Championnat du monde, il élargit les horizons, libère les joueurs de tous leurs complexes historiques et provoque le big bang qui propulsera durablement le pays au sommet mondial. Depuis longtemps déjà, les Suisses ont développé un style de jeu spectaculaire et unique (le hockey « total ») en s’inspirant des différentes philosophies internationales du hockey et sont devenus des précurseurs mondiaux en matière de tactique. Ce hockey rapide et dynamique a depuis été récompensé par cinq finales au Championnat du monde (2013, 2018,

« Aucun autre pays n’a connu une ascension comparable en si peu de temps dans le monde du hockey sur glace. Un miracle qui se laisse expliquer. »

2024, 2025 et 2026). Il assure, également, soir après soir dans le championnat national, disputé de septembre à avril, un spectacle de très haut niveau, des ­tribunes combles (taux de remplissage : plus de 90 % !), des audiences télévisées élevées, et les clubs ont multiplié leur chiffre d’affaires par vingt : en 1986, le champion réalisait un chiffre d’affaires d’un peu plus de deux millions, il dépasse aujourd’hui, les 20 millions. Il n’est plus possible de faire des pronostics sur l’issue du championnat. La compétition est désormais si serrée dans cette ligue à quatorze équipes que sept d’entre elles peuvent encore remporter le titre et qu’au moins dix doivent s’attendre à passer à côté de la qualification directe pour les play-offs. Le suspense, assorti d’au moins cinq départs d’entraîneurs, est garanti. En mai 1987, les objectifs étaient encore nombreux, et tous semblaient hors de portée : jouer pour le titre au Championnat du monde, voir à nouveau une équipe suisse remporter la Coupe Spengler, voire la compétition entre clubs européens, et peut-être même voir un Suisse évoluer en NHL. Au printemps 2027, il ne restera plus qu’un seul objectif à remplir : remporter un premier titre au Championnat du monde. Tous les autres ont désormais été atteints dans le Disneyland du hockey.

KLAUS ZAUGG Voilà plus de quatre décennies qu’il écrit sur le ­hockey sur glace. Né en 1957, ce journaliste indépendant est connu pour son rôle­ de Ice Master Zaugg sur le portail d’actualités : watson.ch

The Red Bulletin Suisse ISSN 2308-5886 Hors-série Hockey sur glace 2026/27 Directeur éditorial Print & Publishing Andreas Kornhofer Directeur The Red Bulletin Andreas Rottenschlager Rédactrice en chef Suisse Anna Mayumi Kerber Rédacteur en chef Hockey sur glace Werner Jessner Country Project Management Meike Koch Senior Editor Stephan Hilpold Rédaction Christine Vitel (dir.), Valerio Mammone, David Pietronigro Directeur artistique Patrick Schrack Design éditorial Kevin Faustmann-Goll Directrice de la photo Eva Kerschbaum Production éditoriale Marion Lukas-Wildmann Managing Editor Ulrich Corazza Ventes médias & partenariats Christian Bürgi (dir.), Marcel Bannwart, Lauritz Putze, Michael Wipraechtiger Directrice Publishing Management Sara Car-Varming Service abonnement getredbulletin.com abo@ch.redbulletin.com 1 an : 6 numéros, 20 CHF Correction Hans Fleissner (dir.), Petra Hannert, Monika Hasleder, Billy Kirnbauer-Walek, Lucie Donzé, Marco Surace Traductions Maura Facchinetti, Paolo Fornaroli, Gwendolyn de Vries Production Veronika Felder (dir.), Martin Brandhofer, Walter O. Sádaba, Sabine Wessig Lithographie Clemens Ragotzky (dir.), Claudia Heis, Nenad Isailovic, Josef Mühlbacher Impression P/mint Sp. z o.o., ul. Pułtuska 120, 07-200 Wyszków, Pologne Offenlegung gemäss § 25 Medien­gesetz Informationen zum Medien­­inhaber sind ständig und unmittelbar unter folgender Web-Adresse auffindbar: redbull.com/im/de_AT Adresse de la rédaction Am Grünen Prater 3 A-1020 Wien Tel.: +43 1 90221-0 redbulletin.com Servus Media Dietmar Otti (Directeur Servus Media) Matthias Brügelmann (Directeur des contenus) Marlene Beran (Directrice des opérations) Stefan Ebner (Directeur commercial & marketing) Propriétaire médias et éditeur Red Bull Media House GmbH Oberst-Lepperdinger-Strasse 11–15 A-5071 Wals bei Salzburg FN 297115i, Landesgericht Salzburg, ATU63611700 Directeurs généraux Red Bull Media House GmbH Dietmar Otti, Marcus Weber

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OVERTIME TOPIC

Party time Quelle est la meilleure playlist ? Et qui a les meilleurs goût s: les joueurs de l’EHC Kloten ou ceux du CP Berne ? À toi de juger.

3

5

Dario Meyer

4

II

III

6

V

VI

Marco Lehmann

DJ vestiaire du EHC Kloten

DJ vestiaire du CP Berne

1. Pour se changer

ient « Là,érçaieudxe.v» ­s

I. Pour se changer

Auf gute Freunde – Böhse Onkelz 2. Pour s’échauffer

Jamming – Fisher 3. Pour la gym

7

4. Avant le match

Makina Time – Dimitri Vegas 5. Après le match

Wackelkontakt – Oimara ur 6. Pour se détendre « Paréftaeitndproe... d se pas. » Ich hass dich – ou Nina Chuba 7. Pour le retour à la maison

Mon Amour – Hecht

THE RED BULLETIN

VII

de sport « Las sDarl.lDere ? Dur. » « Focus ! » san

The Next Episode – Dr. Dre « Le Pouls à 180. »

IV

« du so Quevedo: Bzrp Music pour restnerLazetinn.o,» Sessions – Bizarrap II. Pour s’échauffer

Mr. Brightside – The Killers III. Pour la gym

Du rap allemand

« Le ra leman d est très p­ oppulalaire « de la techno pour IV. Avant le match gym du CP Berneà! la » Thank You (Not So Bad) – se motiver. » Dimitri Vegas & Like Mike V. Après le match

Düp Düp (Mallorca Version) – ­Mickie Krause « Party ! » « En mode relax. » VI. Pour se détendre Fast Car – Jonas Blue ft. Dakota « On chante en chœur. »

VII. Pour le retour à la maison

Mon Amour – Hecht

WERNER JESSNER

2

I

EHC, ADOBE STOCK, GETTY IMAGES, SCB

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