KEY TAKE -AWAYS INNOVATION & TECHNOLOGY
A GLIMPSE OF PREMIÈRE VISION PARIS PITCH & TALK SESSIONS. SEPTEMBER 2026
Les grandes idées méritent d’aller plus loin. Nouvelles perspectives, innovations émergentes, expériences inspirantes : les talks et pitches de Première Vision Paris ont fait résonner les transformations qui façonnent déjà la mode de demain. Au cœur de cette édition, Innovation & Technology a ouvert le dialogue, confronté les points de vue et fait émerger de nouvelles pistes. Nous en avons sélectionné les idées fortes, les expériences et les enseignements à retenir. Un digest éditorial pour garder une trace de ce qui s’est partagé, prolonger les échanges et nourrir les réflexions à venir.
TALK
A glimpse of Première Vision Paris talk sessions
La Décennie Digitale : anticiper l’avenir de la mode Intervenants: | Carla Buzasi, CEO de WGSN Group | Ben Hanson, rédacteur en chef de The Interline
« Un choix opérationnel, c’est : l’an prochain, je dois améliorer ma marge ou diversifier mes sources de matières. Un choix stratégique, c’est : quel type d’entreprise, quel type de marque sommes-nous ? Il faut appliquer la même logique avant de choisir une technologie aujourd’hui. » Ben Hanson, rédacteur en chef de The Interline
Pour ouvrir le programme Innovation & Technology, Première Vision Paris a réuni deux observateurs de longue date dans un format inédit de co-interview : Carla Buzasi, à la tête de WGSN, qui accompagne 51 000 clients dans 94 pays, des grandes mutations de consommation jusqu’aux « ingrédients » du produit, et Ben Hanson, qui analyse depuis seize ans les liens entre mode et technologie, avec The Interline. Subir la technologie ou la piloter Pour Ben Hanson, le rapport à la technologie est générationnel. Ceux qui ont grandi avant Internet y voient une révolution et une force positive ; les
plus jeunes, nés avec un smartphone en main, sont plus ambivalents, entre banalisation d’une tech omniprésente et méfiance lorsqu’elle menace les valeurs et les emplois. La sensation d’être dépassé transcende les générations, tant l’évolution est rapide. Pour lutter contre ce sentiment, les experts préconisent de trouver un domaine où être un early adopter, pour conduire le changement plutôt que le subir. Dans la mode, il peut s’agir d’un nouveau logiciel de design ou de génération d’images. Carla Buzasi observe cependant que la mode, contrairement à d’autres industries, aime prendre son temps pour adopter les nouveaux outils, auxquels elle reste fidèle par la suite... Et selon WGSN, elle est loin d’être à la page sur l’IA. Faire le tri entre modes et tendances Les tendances n’accélèrent pas, estime Carla, mais elles deviennent plus visibles. TikTok regorge d’engouements passagers, les « fad », qui ne durent que s’ils répondent à un vrai besoin. Mais si les outils peuvent être l’objet de tendances sur les réseaux, l’usage de l’IA est structurel, « il ne va nulle part et ne fera que croître ». Ben Hanson appuie son propos en rappelant la leçon de 2020, la différence avec la bulle des NFT/du métavers. Si Meta pariait sur leur essor, elles n’étaient pas structurantes pour d’autres secteurs. Cela les distingue radicalement du changement durable amené par l’IA, que les marques doivent intégrer dès aujourd’hui. L’IA en voie d’adoption par les marques, en commençant par les deux extrémités de la chaîne de valeur Une enquête de The Interline auprès d’une centaine de professionnels de mode montre que l’IA s’immisce au début (analyse de marché, moodboards, briefs, visualisation de concepts) et à la fin du parcours produit (présentation au consommateur, e-commerce). Au cœur du développement, pour le patronage et l’ingénierie technique, la confiance manque encore.
Côté consommateurs, la transparence prime : WGSN signale ses images générées par IA depuis bien avant que Meta ne l’impose. Le luxe, lui, séduit en remettant l’artisanat en avant. Dans le mass market, l’efficacité est bien accueillie quand elle simplifie la vie, comme les recommandations de taille de Zara. IA ou pas, le savoir-faire et la réputation restent essentiels, en témoigne le tableau de bord des défilés lancé le même jour par WGSN, pour aider acheteurs et merchandisers à décider. Ce travail accéléré grâce à l’IA repose sur trente ans d’images étiquetées par des experts. « Les humains au début, l’IA au milieu, les humains à la fin », résume Carla Buzasi. Qu’attendre à l’horizon 2030 ? Ben Hanson anticipe la disparition progressive des tableurs et logiciels. Carla Buzasi parie sur le retour des communautés, dans un monde encore marqué par la Covid. L’IA permettra aussi à des marques de trois personnes de fonctionner comme des grandes structures. La créativité et le goût resteront l’apanage de l’humain. Côté marchés, viser l’international, c’est regarder désormais vers la Chine, Singapour ou la Thaïlande, et ce mouvement « East-East » impose de connaître spécifiquement chaque consommateur local. Enfin, aux marques qui cherchent par où commencer, Ben Hanson conseille de réfléchir aux outils IA par usage, de définir clairement le ROI attendu, plutôt que de vouloir « mettre de l’IA » partout.
« Les consommateurs sont intelligents. Traitez-les comme tels, et ils vous récompenseront. Traitez-les comme des idiots, et ils iront acheter ailleurs. » Carla Buzasi, CEO de WGSN Group
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Concilier performance et responsabilité Intervenante: | Gabriele Verikaite, responsable du développement commercial de Solena Materials Modérateur: | Ben Hanson, rédacteur en chef de The Interline
« Souvenez-vous de votre première crêpe. Elle était ratée tandis que votre grandmère enchaînait les siennes sans effort. L’innovation, c’est pareil. La première n’est jamais brillante, il faut l’accepter et procéder par itération, avec résilience et humilité.» Gabriele Verikaite, responsable du développement commercial de Solena Materials
Éternel dilemme pour les marques : réduire l’impact sans sacrifier la performance économique, avec un objectif de rentabilité toujours plus élevé. Mais la durabilité, systématiquement perçue comme une dépense, peut-elle être un investissement dans l’avenir ? Ben Hanson a posé la question à Gabriele Verikaite, de Solena Materials, start-up biotech londonienne qui conçoit par IA des fibres textiles à base de protéines. Performantes, sans pétrole et biodégradables, elles sont présentées comme une alternative au polyester et au nylon, écologiquement et économiquement vertueuses pour les marques. La sustainability, « Nice to have » éjectable ou pilier fondateur d’une marque ? Pour Gabriele Verikaite, les marques ont schématiquement deux approches du développement durable. La majorité la considère comme une contrainte réglementaire et une opportunité marketing, adoptant un discours de façade et allouant des budgets évanescents en temps de crise. De rares marques, où la conviction vient généralement de la direction, en font un pilier fondamental indissociable de leur activité. Elle cite Stella McCartney, qui réunit design, conformité et durabilité en un seul « organisme vivant » depuis
le début. Elle accepte, par exemple, de payer des droits de douane plus élevés en exportant d’Italie vers les États-Unis un altercuir végétal plutôt qu’un cuir animal, illustrant précisément le facteur bloquant le passage à l’échelle des actions vertueuses : la « green tax ». Les matières et produits éco-conçus coûtent cher et le « green premium » ne paye pas, les consommateurs ne sont pas prêts à débourser davantage pour ça. D’une innovation technique à une innovation technico-écolo-nomique L’innovation a largement servi les performances économiques des marques et la polyvalence des produits. En chef de file, le polyester, dont Ben Hanson rappelle volontiers le caractère révolutionnaire. Pendant des décennies, les synthétiques ont démocratisé l’uniforme scolaire ou le maillot de sport, jusqu’à ce que l’on mesure l’impact des microplastiques sur notre santé, les conséquences environnementales de l’extraction et de la transformation de la matière... « Nous avons innové très vite, c’était formidable, mais nous sommes aujourd’hui face à un mur », résume Gabriele Verikaite. Depuis la pandémie, il s’agit d’« innover mieux » : les nouveaux venus doivent intégrer dès le départ l’analyse technico-économique et celle du cycle de vie : eau, énergie, carbone, fin de vie. Se replier sur les fibres naturelles n’est pas un raccourci magique : elles restent exposées aux aléas climatiques et à la volatilité des matières premières, comme en témoignent les dizaines de millions d’euros investis par les groupes de luxe dans la régénération des sols pour sécuriser leurs filières. Inverser le processus créatif et concevoir la matière pour le produit Là où les marques choisissent un tissu sur la foi des prévisions de tendances, avant d’y adapter un produit, Solena inverse la logique. Issue il y a quatre ans de l’Imperial College de Londres, cofondée par le Dr James MacDonald, la start-up conçoit de nouvelles fibres textiles à partir de protéines modélisées par informatique. Son premier partenaire, une grande marque, cumulait deux difficultés : beaucoup de synthétiques, difficiles à recycler, et aucune matière naturelle testée en dix ans qui concilie ses exigences de performance et de prix. Solena a co-développé la matière en exécutant avec succès le cahier des charges, incluant biodégradabilité, gestion de l’humidité et contrôle des odeurs.
« Tout investissement dans l’innovation se fait à fonds perdus, jusqu’à ce que l’environnement extérieur change en sa faveur. C’est comme acheter un parapluie par beau temps : cela semble un mauvais investissement, jusqu’à ce qu’il pleuve. » Ben Hanson, rédacteur en chef de The Interline
2015-2025, un cimetière d’innovations textiles ? Nombreuses sont les start-ups ayant levé 50 ou 100 millions d’euros… Avant de disparaître. Leurs jalons, dictés par les levées de fonds, ignoraient les aléas de la science et le temps long dans lequel s’inscrit la R&D : « on ne peut pas demander à un microbe de fabriquer un matériau parfait ». Les alternatives au cuir, par exemple, se sont heurtées à des siècles d’optimisation de processus de tannage et de maîtrise du travail des peaux. Gabriele Verikaite insiste sur l’importance de la courbe d’apprentissage et des itérations, et du timing du marché pour faire place à l’innovation. Ben Hanson rappelle l’exemple de l’échantillonnage virtuel en 3D : gadget avant la Covid, il est devenu décisif quand les échantillons ne voyageaient plus. Tous deux conseillent aux grandes marques d’avancer si possible en silence, par souci d’intégrité plutôt que de communication. Quant aux petites marques, elles ne sont pas en reste et peuvent accéder aux nouvelles matières via des partenariats intelligents entre innovateurs et fabricants.
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Quand la technologie redessine les silhouettes : de l’impression 3D à l’artisanat des matériaux Intervenants: | Victor Clavelly, designer et invité spécial de cette édition | Mayeul Deveaux, DA - CGI Département CGI - SLASH OFFICE | Raoul Joseph, DA Département Technique - SLASH OFFICE Modérateur: | Matthieu Guinebault, journaliste chez FashionNetwork
« À une époque, je voyais l’impression comme une étape presque sacrée du processus, je passais un temps fou à peaufiner mes modèles… Aujourd’hui j’expérimente très vite, c’est comme ça qu’on apprend.» Victor Clavelly, designer et invité spécial de cette édition
Innovation parfois négligée, l’impression 3D offre la possibilité de mêler tech et artisanat pour les marques et les jeunes créateurs. Victor Clavelly, designer montant, Mayeul Deveaux et Raoul Joseph, fondateurs du studio d’impression 3D SLASH OFFICE, se penchent sur les avancées et les limites de cette méthode. Victor Clavelly ne se destinait pas au design de mode, mais plutôt au character design dans l’industrie du jeu vidéo. C’est à l’école Duperré qu’il entame un cursus mode - il y est aujourd’hui enseignant. Pour son diplôme en 2020, il n’a pas accès aux locaux du fait de la pandémie ; il décide donc de modéliser sa collection et utilise une imprimante 3D pour la matérialiser. C’est le début d’une passion qu’il va développer et partager sur les réseaux sociaux. Le buzz généré entraînera des collaborations avec Rick Owens, Beyoncé, FKA twigs, Katy Perry... Aujourd’hui, le designer partage des locaux avec SLASH OFFICE : véritable « réunion de nerds », ils expérimentent ensemble cette technologie. Quelles possibilités créatives imprimantes 3D aujourd’hui ?
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Pendant le talk, la collection Les Fragments de Victor Clavelly est diffusée à l’écran : vêtements au maillage texturé, accessoires, chaussures… Plusieurs types de produits sont réalisables, en de multiples coloris, à partir de la résine modelée par les imprimantes. « La clé, c’est de tester. Pour comprendre la déclinaison des modèles, les textures… Les machines et les logiciels sont très user-friendly de nos jours, on peut faire le développement et la prod’ avec trois mois d’expérience. », insiste Mayeul Deveaux. Seule contrainte : la taille des machines, qui impacte la possibilité de taille des designs.
Victor Clavelly n’a pas de processus créatif précis en dehors de l’expérimentation et des commandes de marques ou d’artistes. « Ce que j’aime faire, et ça me vient du character design, c’est d’imaginer la personne qui porte la tenue, dans quel univers elle vit… sinon je teste. À une époque, je voyais l’impression comme une étape presque sacrée du processus, je passais un temps fou à peaufiner mes modèles… Aujourd’hui j’expérimente très vite, c’est comme ça qu’on apprend. » À ces créations 3D, il mêle de plus en plus de matériaux comme le cuir. Peut-on structurer l’impression 3D ?
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Les trois créatifs sont clairs : ce sont les réseaux sociaux qui leur permettent de mener une veille industrielle mais aussi de faire connaître leur travail. Ce qui peut être « bizarre » pour Victor Clavelly, qui reconnaît l’étrangeté de dépendre des algorithmes mais se réjouit des opportunités qu’ils lui ont apportées. Même son de cloche chez SLASH OFFICE, qui a collaboré avec Nike ou Lacoste pour des porte-clés et des goodies. Sur la question du scaling, Victor Clavelly n’a pas de conseils à donner : il reste dans une optique artisanale et n’est pas sensible à l’idée de développer une entreprise plus classique. Cependant, rien n’empêche une marque de développer des modèles en série avec ces machines, au contraire. Certaines limites frustrent toutefois les trois invités, notamment le fait que les résines actuelles sont à base de plastique. « L’industrie travaille sur des biomatériaux qui avancent bien, mais pour le moment ça reste dur à imprimer. Il y a aussi beaucoup d’impression 3D en céramique, en métal, en silicone… » Quelles que soient les innovations, ils comptent les expérimenter, dans la mode comme dans d’autres domaines.