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POUR LA SCIENCE - AVRIL 2024

Page 1

Mathématiques LE DESSOUS DES CARTES DU RULPIDON

MĂ©decine UN MICROBIOTE CONTRE LA SCLÉROSE EN PLAQUES

Physique LE SKYRMION, BULLE MAGNÉTIQUE SOUS CONTRÔLE

Quelles perspectives pour la ïŹn du siĂšcle ?

04/24

ASTRONOMIE Comment Herschel a réformé la science
L 13256558 SF: 7,50 €RD BEL./LUX. 9,00 €CH 12,70 FSPORT. CONT. 9,00 €DOM : 9,00 €MAR. : 81 DHTOM : 1 150 XPFCAN. 13,99 $CA Édition française de ScientiïŹc American –Avril 2024n° 558 POUR LA SCIENCE
Le récit de Stephen Case historien des sciences

MENSUEL POUR LA SCIENCE

Rédacteur en chef : François Lassagne

Rédacteurs en chef adjoints : Loïc Mangin, Marie-Neige Cordonnier

Rédacteurs : François Savatier, Sean Bailly

HORS-SÉRIE POUR LA SCIENCE

Rédacteur en chef adjoint : Loïc Mangin

Développement numérique : Philippe Ribeau-Gésippe

Directeur marketing et développement : Frédéric-Alexandre Talec

Chef de produit marketing : Ferdinand Moncaut

Directrice artistique : Céline Lapert

Maquette : Pauline Bilbault, Raphaël Queruel, Ingrid Leroy, Ingrid Lhande

Réviseuses : Anne-Rozenn Jouble, Maud BruguiÚre, Isabelle Bouchery et Camille Fontaine

Assistante administrative : Finoana Andriamialisoa

Directrice des ressources humaines : Olivia Le Prévost

Fabrication : Marianne Sigogne et Stéphanie Ho

Directeur de la publication et gérant : Nicolas Bréon

Ont également participé à ce numéro :

Patrice Bouchet, Quentin Chesnais, Nicolas ClaidiÚre, Guillaume Le Hir, Clémentine Laurens, Florian Moreau, Miria Ricchetti, Pierre Sepulchre, Bernard Zalc

PUBLICITÉ France

stephanie.jullien@pourlascience.fr

ABONNEMENTS

www.boutique.groupepourlascience.fr

Courriel : serviceclients@groupepourlascience.fr

Tél. : 01 86 70 01 76

Du lundi au vendredi de 8 h 30 Ă  12 h 30 et de 13 h 30 Ă  16 h 30

Adresse postale :

Service abonnement groupe Pour la Science 20 rue Rouget-de-Lisle

92130 Issy-les-Moulineaux.

Tarifs d’abonnement 1 an (12 numĂ©ros)

France mĂ©tropolitaine : 59 euros – Europe : 71 euros

Reste du monde : 85,25 euros

DIFFUSION

Contact kiosques : À Juste Titres ; Alicia Abadie

Tél. 04 88 15 12 47

Information/modiïŹcation de service/rĂ©assort : www.direct-editeurs.fr

DISTRIBUTION

MLP

ISSN 0 153-4092

Commission paritaire n° 0927K82079

DĂ©pĂŽt lĂ©gal : 5636 – Avril 2024

N° d’édition : M0770558-01

www.pourlascience.fr

170 bis boulevard du Montparnasse – 75 014 Paris

Tél. 01 55 42 84 00

SCIENTIFIC AMERICAN

Editor in chief : Laura Helmuth

President : Kimberly Lau

2024, ScientiïŹc American, une division de Springer Nature America, Inc Soumis aux lois et traitĂ©s nationaux et internationaux sur la propriĂ©tĂ© intellectuelle Tous droits rĂ©servĂ©s UtilisĂ© sous licence Aucune partie de ce numĂ©ro ne peut ĂȘtre reproduite par un procĂ©dĂ© mĂ©canique, photographique ou Ă©lectronique, ou sous la forme d’un enregistrement audio, ni stockĂ©e dans un systĂšme d’extraction, transmise ou copiĂ©e d’une autre maniĂšre pour un usage public ou privĂ© sans l’autorisation Ă©crite de l’éditeur La marque et le nom commercial «ScientiïŹc American» sont la propriĂ©tĂ© de ScientiïŹc American, Inc Licence accordĂ©e Ă  «Pour la Science SARL» © Pour la Science SARL, 170 bis bd du Montparnasse, 75014 Paris En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intĂ©gralement ou partiellement la prĂ©sente revue sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français de l’exploitation du droit de copie (20 rue des Grands-Augustins, 75006 Paris).

Origine du papier : Autriche

Taux de ïŹbres recyclĂ©es : 30 %

« Eutrophisation » ou « Impact sur l’eau » : Ptot 0,007 kg/tonne

Imprimé en France

Maury Imprimeur SA Malesherbes

N° d’imprimeur : 276 814

François Lassagne Rédacteur en chef

ALERTE BLANCHE

Les glaciers fondent. Le rĂ©chauïŹ€ement climatique est Ă  l’Ɠuvre. Ne le sait-on pas dĂ©jĂ  ? Ne le sait-on que trop bien ? Il est devenu diïŹƒcile d’échapper aux gros titres des journaux, qui alertent rĂ©guliĂšrement sur tel Ă©pisode caniculaire, telle sĂ©cheresse qui se prolonge – dĂ©but mars, en Espagne, la Catalogne enregistrait son quarantiĂšme mois de pluviomĂ©trie en dessous des normales saisonniĂšres. Et pourtant nous y revenons, encore : oui, les glaciers fondent, dans toutes les rĂ©gions du monde.

Le bilan des vingt annĂ©es passĂ©es, Ă©tabli pour les glaciers continentaux, hors inlandsis du Groenland et de l’Antarctique, est Ă©diïŹant. Et les projections pour la ïŹn du siĂšcle le sont davantage : en 2100, la moitiĂ© des glaciers de la planĂšte auront disparu. Pourquoi insister sur ce constat de transformation profonde et rapide de l’environnement, provoquĂ© par le changement climatique ? Parce qu’il aura des consĂ©quences importantes pour des centaines de millions de personnes. Et parce que la science, patiemment, prĂ©cisĂ©ment, nous aide Ă  comprendre de quoi sera fait notre futur. Les familiers de la montagne ont dĂ©jĂ  un pied dans cet avenir plus chaud : le retrait des glaciers se voit, Ă  l’Ɠil nu, d’annĂ©e en annĂ©e.

Faut-il faire le deuil des gĂ©ants blancs ? Pour certains d’entre eux, oui. Surtout, au-delĂ  du deuil de certaines provinces du royaume des glaces, c’est celui d’un futur qui se contenterait de rĂ©pĂ©ter le passĂ© qui se proïŹle. Une Terre Ă  la tempĂ©rature moyenne s’élevant de 2 °C ou plus est une autre Terre. La perspective de passer de l’une Ă  l’autre suscite des rĂ©actions que la psychologie du deuil aide Ă  comprendre.

Le deuil s’accompagne souvent du dĂ©ni, de la colĂšre, de la dĂ©pression. VoilĂ  qui peut faire Ă©cho au climatoscepticisme et au mirage des solutions technologiques, aux rĂ©actions vĂ©hĂ©mentes contre « l’écoterrorisme », ou encore Ă  l’écoanxiĂ©tĂ©. Le chemin du deuil se prolonge usuellement, in ïŹne, par l’acceptation. L’acceptation, ici, d’un avenir diïŹ€Ă©rent
 Il est plus que temps de s’engager dans cette phase, si l’on veut se donner la chance d’aller le plus lentement possible vers cet avenir et y entrer sans heurts. C’est le message que nous envoient les glaciers, aujourd’hui, depuis leurs avant-postes dans le futur climatique. Il n’est pas trop tard pour l’écouter. n

POUR LA SCIENCE N° 558 / AVRIL 2024 / 3
É
DITO

OMMAIRE s

N° 558 / Avril 2024

ACTUALITÉS GRANDS FORMATS

P. 6

ÉCHOS DES LABOS

‱ Fumer perturbe notre immunitĂ©, pour longtemps

‱ Un impact à l’origine de la Terre boule de neige ?

‱ L’extinction du Cambrien n’en Ă©tait pas une

‱ Des « organoĂŻdes » cĂ©rĂ©braux amĂ©liorĂ©s

‱ Dans quel sens pivote l’arroseur de Feynman ?

‱ La thĂ©orie des cordes aurignaciennes

P. 18

LES LIVRES DU MOIS P. 20

DISPUTES ENVIRONNEMENTALES

Nouveaux OGM et vieilles recettes

Catherine Aubertin

P. 22

LES SCIENCES À LA LOUPE

Le prix des preuves

P. 44

MATHÉMATIQUES LE DESSOUS DES CARTES DU RULPIDON

Sylvie Benzoni-Gavage et Rémi Coulon

P. 58

PHYSIQUE LE SKYRMION : UNE BULLE MAGNÉTIQUE SOUS CONTRÔLE

CAHIER PARTENAIRE

PAGES I À III (APRÈS LA P. 67)

Stockage géologique de déchets radioactifs

Parrainé par

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Yves Gingras

En couverture : © composition : Pour la Science ; Warming stripes: © Ed Hawkins / Wikimedia commons (CC BY-SA 4.0 Deed)

Les portraits des contributeurs sont de Seb Jarnot Ce numĂ©ro comporte un courrier de rĂ©abonnement posĂ© sur le magazine sur une sĂ©lection d’abonnĂ©s.

L’étude des surfaces mathĂ©matiques trouĂ©es constitue un dĂ©ïŹ de taille. Pour apprĂ©hender le rulpidon, ïŹgure emblĂ©matique Ă  trois trous, on s’interroge sur la possibilitĂ© de le « cartographier » en respectant certaines contraintes

Charles-Élie Fillion et HĂ©lĂšne BĂ©a

Dans certains matĂ©riaux, des ensembles d’atomes sont susceptibles de former des « skyrmions » Ces structures magnĂ©tiques ont le potentiel de devenir un support de mĂ©moire pour l’électronique

P. 52

IMMUNOLOGIE

UN « BON » MICROBIOTE CONTRE LA SCLÉROSE EN PLAQUES ?

Anne-Katrin Pröbstel et Lena Siewert

Dans la sclĂ©rose en plaques, le systĂšme immunitaire se retourne contre son propre organisme et dĂ©truit des neurones Mais un acteur inattendu pourrait bloquer cette attaque : le systĂšme digestif et sa ïŹ‚ore intestinale.

P. 66

PHYSIQUE

QUAND LES SKYRMIONS PASSENT EN 3D

Sean Bailly

Les skyrmions sont des structures magnĂ©tiques aux propriĂ©tĂ©s Ă©tonnantes Leur gĂ©omĂ©trie, restreinte Ă  deux dimensions, a lancĂ© les physiciens sur les traces de leurs alter ego en trois dimensions, les hopïŹons.

4 / POUR LA SCIENCE N° 558 / AVRIL 2024
ASTRONOMIE Comment Herschel rĂ©formĂ© science SOUS CONTRÔLE04/24 Stephen Chase Quelles perspectives pour la ïŹn du siĂšcle ?

P. 72

HISTOIRE DES SCIENCES

L’ASTRONOME QUI RÉFORMA LA SCIENCE

Stephen Case

Au début du xixe siÚcle, le savant John Herschel contribua à libérer la science du rÚgne aristocratique en Grande-Bretagne et à la moderniser dans le monde entier

P. 24

GLACIOLOGIE

GLACIERS EN SURSIS

P. 25

« D’ICI À 2100, LA MOITIÉ DES GLACIERS AURONT DISPARU »

Entretien avec Romain Hugonnet et Étienne Berthier

Partout dans le monde, la fonte des glaciers continentaux s’intensiïŹe En cartes, les perspectives pour la ïŹn du siĂšcle

P. 31

« NOUS DEVONS COMPRENDRE CE QUI BRISE LES PLATEFORMES GLACIAIRES »

Entretien avec Richard Alley

RENDEZ-VOUS

P. 80

LOGIQUE & CALCUL DES PREMIERS AUX PSEUDO-PREMIERS

Jean-Paul Delahaye

Les nombres premiers suscitent des travaux foisonnants Leur quĂȘte par des tests probabilistes a ouvert un riche terrain de jeu

P. 86

ART & SCIENCE

Prendre le bouleau du bon cÎté Loïc Mangin

P. 88

IDÉES DE PHYSIQUE

Tirer la nappe sous les couverts

Jean-Michel Courty et Édouard Kierlik

P. 92

CHRONIQUES DE L’ÉVOLUTION

Le plus ancien eucaryote pluricellulaire Hervé Le Guyader

Si les plateformes glaciaires gĂ©antes de l’Antarctique se dĂ©tachaient, le niveau des mers s’élĂšverait de plusieurs mĂštres

P. 36

MINÉS PAR LE FOND

Giovanni Baccolo et Cristian Ferrari

Les glaciers alpins reculent désormais nettement chaque année, fragilisés par des mécanismes de fonte inédits

P. 96

SCIENCE & GASTRONOMIE Des souïŹ„Ă©s de bonne tenue HervĂ© This

P. 98 À PICORER

POUR LA SCIENCE N° 558 / AVRIL 2024 / 5

LES EXOPLANÈTES GLACÉES GROSSISSENT EN S’ÉVAPORANT

Sur les milliers d’exoplanĂštes observĂ©es, celles ayant un rayon compris entre 1,6 et 2,2 fois celui de la Terre sont quasi absentes. Une explication se dessine.

Àce jour, plus de 5 000 exoplanĂštes ont Ă©tĂ© dĂ©couvertes. Et certaines brillent par leur absence : les exoplanĂštes ayant un rayon d’environ deux fois celui de la Terre sont bien moins courantes. De part et d’autre de cet intervalle, les super-Terres, plus petites que deux fois notre monde, et les mini-Neptunes, plus grandes, abondent. Comment donc expliquer ce « rift subneptunien » ? GrĂące Ă  de nouvelles simulations numĂ©riques, Remo Burn, astrophysicien Ă  l’institut Max-Planck, Ă  Heidelberg, en Allemagne, et ses collĂšgues ont montrĂ© qu’il pouvait ĂȘtre Ă©clairci par la migration de planĂštes recouvertes d’un ocĂ©an glacĂ©. Les planĂštes se forment par accrĂ©tion dans le disque de gaz et de poussiĂšres qui entoure une jeune Ă©toile. Plus elles naissent proches de cette protoĂ©toile, plus elles sont rocheuses et sĂšches. La faute au rayonnement de l’astre , qui fait s’évaporer l’eau du corps des planĂštes

Le rayonnement a aussi une inïŹ‚uence sur leur atmosphĂšre : au cours du temps, le gaz est arrachĂ© Ă  l’attraction de la planĂšte et dispersĂ© dans l’espace Ainsi, puisqu’elles perdent de l’atmosphĂšre, ces planĂštes « rĂ©trĂ©cissent », au point que leur rayon atteint diïŹƒcilement deux fois celui de la Terre Ce sont les super-Terres, l’une des classes d’exoplanĂštes les plus communes. Un autre type d’exoplanĂštes souvent rencontrĂ© dans les observations sont les miniNeptunes Comme ces mondes n’existent pas dans le SystĂšme solaire , les spĂ©cialistes connaissent trĂšs mal leur structure et leur Ă©volution, mais ils pensent qu’ils sont recouverts d’une atmosphĂšre d’hydrogĂšne et d’hĂ©lium, plus de deux fois plus Ă©paisse que celle de la Terre Et entre les super-Terres et les miniNeptunes ? Rien. Ou trĂšs peu.

Pour Remo Burn, la solution est Ă  trouver dans deux paramĂštres longtemps omis dans les simulations numĂ©riques : l’eau et la migration des planĂštes. D’abord, si l’accrĂ©tion des planĂštes s’eïŹ€ectue au-delĂ  de la ligne des glaces, c’est-Ă dire assez loin de l’étoile pour que l’eau subsiste, alors elles sont fortement hydratĂ©es « L’eau sur Terre ne reprĂ©sente que 0,1 % de sa masse. Ici, on parle de planĂštes dont la moitiĂ© de la masse pourrait ĂȘtre constituĂ©e d’eau glacĂ©e », compare

le chercheur Ensuite, de nombreux indices tendent Ă  montrer que les planĂštes ne restent pas lĂ  oĂč elles ont Ă©tĂ© formĂ©es Par consĂ©quent, si ces planĂštes gelĂ©es migrent vers leur Ă©toile, alors la glace fond jusqu’à crĂ©er une Ă©paisse atmosphĂšre de vapeur d’eau Elles deviennent ainsi plus grosses que des super-Terres, pour atteindre des tailles comparables aux grandes mini-Neptunes. « Ces planĂštes ne seraient donc pas seulement recouvertes d’hydrogĂšne et d’hĂ©lium comme on le pensait, mais aussi d’une forte portion d’eau », complĂšte Remo Burn Ainsi , d’aprĂšs les simulations des chercheurs, les planĂštes glacĂ©es qui migrent vers leur Ă©toile voient leur eau se transformer en vapeur et elles augmentent en taille Elles s’accumulent vers 2,4 rayons terrestres. À l’inverse, les planĂštes nĂ©es prĂšs de leur Ă©toile perdent progressivement leur atmosphĂšre et diminuent en taille Elles s’accumulent vers 1,4 rayon terrestre. Ces deux eïŹ€ets conjoints creuseraient le rift subneptunien n

Évrard-Ouicem Eljaouhari

16 / POUR LA SCIENCE N° 558 / AVRIL 2024 ÉCHOS DES LABOS
R. Burn et al., Nature Astronomy, 2024.
ASTROPHYSIQUE
Vue d’artiste d’une exoplanĂšte dont la glace d’eau se vaporise Ă  mesure que la planĂšte migre vers la partie centrale du systĂšme stellaire. ©
Thomas MĂŒller (MPIA)

EN BREF

Pourquoi la myrtille est bleue

Si on vous demande de citer un fruit bleu, la myrtille vient spontanĂ©ment Ă  l’esprit. Pourtant, elle ne contient pas de pigment bleu. Rox Middleton, de l’universitĂ© de Bristol, au Royaume-Uni, et ses collĂšgues se sont intĂ©ressĂ©s Ă  la cire qui recouvre la surface de ces baies. Ce matĂ©riau transparent est composĂ© de structures nanomĂ©triques cristallines toutes de mĂȘme forme, mais c’est leur distribution dĂ©sordonnĂ©e qui interagit avec la lumiĂšre et di use prĂ©fĂ©rentiellement dans le bleu et l’ultraviolet. Les chercheurs ont ensuite montrĂ© comment extraire la cire et la recristalliser de façon contrĂŽlĂ©e pour crĂ©er des surfaces bleues. Science

QUAND UN VIRUS DONNE DES AILES

Les cicadelles brunes sont d’importants vecteurs de virus des plantes. L’espĂšce Laodelphax striatellus, en particulier, fait partie des insectes les plus nuisibles pour les cultures de riz, car elle vĂ©hicule le virus de la rayure du riz (RSV). Or, rĂ©cemment, l’équipe de Feng Cui, de l’AcadĂ©mie chinoise des sciences, Ă  PĂ©kin, a montrĂ© que le virus inïŹ‚uait sur la longueur des ailes de l’insecte. Dans une expĂ©rience contrĂŽlĂ©e, les chercheurs ont observĂ© que le taux de mĂąles Ă  ailes longues Ă©tait deux fois plus important chez les spĂ©cimens porteurs du virus (79 %) que chez les spĂ©cimens sains (37 %), tandis que toutes les femelles prĂ©sentaient des ailes courtes.

L’équipe a ensuite dĂ©terminĂ© le mĂ©canisme en jeu : dans les testicules de l’insecte, le virus active l’expression d’un gĂšne (dont le rĂŽle Ă©tait jusque-lĂ  inconnu). Cela engendre une cascade de rĂ©actions molĂ©culaires qui interviennent dĂšs les premiers stades du dĂ©veloppement larvaire des cicadelles brunes et se traduisent, in ïŹne,

Exposition jusqu’au 20 mai 2024

Place du Trocadéro

Paris 16e

Réservation conseillée

Le virus de la rayure du riz déclenche une cascade de réactions moléculaires chez son hÎte qui conduisent ce dernier à arborer des ailes plus longues (en haut) que chez un insecte non porteur du virus (en bas)

par des ailes plus longues Avec cet avantage morphologique, ces insectes voleraient plus longtemps, et donc plus loin, ce qui favoriserait la dispersion du virus de la rayure du riz sur une zone plus large n

W. R.-P.

À l’occasion de l’exposition, dĂ©couvrez le programme culturel du MusĂ©e de l’Homme

En mars et avril , profitez d’une exceptionnelle expĂ©rience musicale ! Deux instrumentistes guident la visite de PrĂ©histomania , interprĂ©tant des Ɠuvres contemporaines directement inspirĂ©es des relevĂ©s d’art prĂ©historique.

Les mercredis aprĂšs-midi , les chercheurs du MusĂ©um prĂ©sentent aux visiteurs « leur » Galerie de l’Homme dans un tĂȘte-Ă -tĂȘte privilĂ©giĂ© : primatologues, dĂ©mographes, anthropologues et prĂ©historiens partagent en direct leurs savoirs, leurs expĂ©riences et leurs dĂ©couvertes.

Retrouvez tout le programme et réservez vos visites et ateliers en famille sur museedelhomme.fr

MNHN 2023 © Institut Frobenius, Francfort-sur-le-Main MNHN Service collections

POUR LA SCIENCE N° 558 / AVRIL 2024 / 17
Advances, 7 février 2024.
BIOLOGIE
© Jinting Yu
240124_PREHISTO_PLS_170x120.indd 1 23/01/2024 18:20
J. Yu et al., PNAS, 2024.
« Notre lien aux autres vivants est si intime qu’il nous altĂšre »

InterpellĂ© par les idĂ©es reçues et trompeuses qui pullulent sur l’évolution biologique ou culturelle et sur nos liens aux autres espĂšces vivantes, le biologiste Marc-AndrĂ© Selosse en explique les tenants et aboutissants. Stupeur et biologie : c’est fascinant !

Pourquoi avez-vous écrit ce livre ?

Dans mes confĂ©rences, je devine ou j’entends souvent, en Ă©changeant avec le public, des conceptions du vivant biaisĂ©es ou erronĂ©es, de mon point de vue de biologiste J’ai voulu renverser les idĂ©es reçues sur la nature et les réécrire en y inscrivant l’humain, qui se croit trop aïŹ€ranchi du reste du vivant Je revisite notre posture dans les Ă©cosystĂšmes et l’évolution Celle-ci nous amĂšne Ă  Ă©viter certaines pratiques de consommation ou de gestion des milieux, mais elle oïŹ€re aussi des perspectives insoupçonnĂ©es d’action : basĂ© sur des histoires naturelles, ce livre apporte de bonnes nouvelles pour la santĂ©, l’alimentation, le lien entre les sexes


Dans l’évolution, y a-t-il plus de gagnants que de perdants dans la lutte pour la survie ?

On voit les gagnants, adaptĂ©s et capables de se reproduire : la nature semble « bien faite ». Pourtant, non seulement personne ne l’a « faite », mais il y a des perdants dans la sĂ©lection naturelle Elle produit un charnier invisible d’individus ou d’espĂšces qui se sont moins reproduits et n’ont pas laissĂ© de descendants. C’est plutĂŽt mal

fait pour eux
 Cela joue pour les humains : sous les tropiques, une carnation noire évite des cancers de la peau grùce à la mélanine qui protÚge des UV ; aux latitudes élevées, la peau claire laisse passer les UV, moins abondants, mais vitaux pour fabriquer la vitamine D Sous les tropiques, les individus à peaux claires ont disparu sans descendance, tandis que ceux à peaux sombres étaient éliminés aux hautes latitudes


Les cultures sélectionnent-elles des traits biologiques ?

Oui ! Une spĂ©ciïŹcitĂ© de l’homme est son Ă©volution culturelle, qui ressemble d’ailleurs fort Ă  l’évolution biologique par ses mĂ©canismes et son caractĂšre perpĂ©tuel. Elle interagit avec l’évolution biologique : par exemple, partout oĂč l’on Ă©lĂšve des vaches pour les traire, la digestion du lactose a Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ©e Ă  l’ñge adulte ; dans les populations qui cultivent des cĂ©rĂ©ales, les gĂšnes de l’amylase salivaire, une enzyme attaquant l’amidon des graines, sont plus actifs Nous sommes Ă  la conïŹ‚uence de deux Ă©volutions, culturelle et biologique – sans toujours le comprendre ni vouloir les maĂźtriser

Sommes-nous encore liés aux autres espÚces vivantes ?

Nous sommes soumis Ă  une rĂšgle des Ă©cosystĂšmes : les espĂšces ont des liens de dĂ©pendance. Pensez Ă  celles que vous mangez (mĂ©ditez cela devant votre frigo, avant d’en faire votre propre chair au repas suivant) ou Ă  celles qui vous habillent (devant votre armoire
 peut-ĂȘtre en bois !). Imaginez tous les organismes qui ont Ă©tĂ© nĂ©cessaires Ă  ces espĂšces-lĂ  et qui donc vous servent indirectement
 L’autonomie est un mythe et notre lien aux autres vivants est si fort et intime qu’il peut nous altĂ©rer. Prenons l’exemple du cadmium, un mĂ©tal toxique qui contamine les engrais phosphatĂ©s fournis aux plantes : par leur biais, il passe dans nos assiettes et surcontamine la moitiĂ© des Français, exposĂ©e Ă  un surcroĂźt de problĂšmes rĂ©naux et osseux ou de cancers !

Biologiquement, a-t-on toujours besoin d’un plus petit que soi ?

Oui, c’est notre dĂ©pendance interne au vivant : nous sommes habitĂ©s d’un microbiote fait de bactĂ©ries et de levures aussi nombreuses que nos cellules humaines. Il nous maintient en bonne santĂ©, et aujourd’hui sa baisse de diversitĂ© est une des causes

LES LIVRES DU MOIS 18 / POUR LA SCIENCE N° 558 / AVRIL 2024

Marc-AndrĂ© Selosse, professeur de biologie au MusĂ©um national d’histoire naturelle, est responsable de l’équipe Interactions et Ă©volution vĂ©gĂ©tale et fongique de l’Institut de systĂ©matique, Ă©volution, biodiversitĂ©, un laboratoire commun CNRS/MNHN/ Sorbonne UniversitĂ©/EPHE/ UniversitĂ© des Antilles.

Nature et préjugés, Acte Sud, 2024 448 pages, 25 euros

de l’explosion moderne des maladies du mĂ©tabolisme (obĂ©sitĂ©, diabĂšte), du systĂšme immunitaire (asthme, allergie
) et du systĂšme nerveux (Parkinson, autisme
). Notre mode de vie occidental, excessivement hygiĂ©nique, aïŹ€ecte la biodiversitĂ© du microbiote et ses fonctions Mon livre, au rebours, explore des gestes salvateurs, comme manger des vĂ©gĂ©taux riches en ïŹbres nourrissant le microbiote ou Ă©viter les savons et les aliments riches en conservateurs ou en Ă©mulsiïŹants
 Cette dĂ©pendance-lĂ , nous pouvons la gĂ©rer au quotidien !

Sommes-nous les seuls animaux qui produisent des déchets ?

Non, pas du tout ! L’air que nous respirons est un dĂ©chet de plantes, les forĂȘts sont pleines de feuilles mortes
 Mais ces dĂ©chets, produits depuis longtemps, ont sĂ©lectionnĂ© des espĂšces qui les consomment. Les nouvelles molĂ©cules de l’industrie chimique (plus de 5 000 par an !) et nos plastiques (aux deux tiers non recyclĂ©s), eux, sont trop rĂ©cents pour ĂȘtre dĂ©gradĂ©s Ils engendrent des perturbateurs endocriniens et des cancĂ©rigĂšnes, toxiques pour les Ă©cosystĂšmes et pour nous


CĂŽtĂ© dĂ©chets positifs, nous devons retrouver le rĂŽle d’engrais de nos poubelles de table et
 de notre urine : fertiliser, c’est aussi notre lien au vivant ! Les Français urinent chaque annĂ©e le tiers des besoins en azote et en phosphore de leur agriculture, mais ils le dispersent dans des stations d’épuration Retrouvons le sens biologique de nos dĂ©chets !

D’un point de vue biologique, avons-nous une conception dangereuse de l’égalitĂ© homme-femme ? Oui, mon ouvrage aborde cette facette du biologique en nous : la diïŹ€Ă©rence entre les sexes, que nous gĂ©rons plutĂŽt mal Un exemple d’égalitĂ© dangereuse, c’est la notice unisexe des mĂ©dicaments : comme ceux-ci sont testĂ©s sur des hommes, les surdosages et les eïŹ€ets indĂ©sirables sont deux fois plus frĂ©quents pour les femmes ! Nous mĂ©connaissons ce qui a dessinĂ© les sexes et leur comportement chez l’humain, et nous allons jusqu’à nier parfois cet hĂ©ritage biologique. Par exemple, les hommes harcĂšlent souvent les femmes, mais les mĂąles des dauphins ou des moineaux ne font pas autrement avec leurs femelles : lutter contre ces dĂ©rives intolĂ©rables chez nous passe par la comprĂ©hension de leurs racines, non seulement culturelles, mais surtout biologiques. C’est Ă  ce prix qu’on construira une Ă©quitĂ© entre hommes et femmes.

Qui est Arnaud Rafaelian, qui a illustrĂ© votre livre avec un humour aussi dĂ©capant que dĂ©sopilant ? D’abord un ami ! Mais aussi un dessinateur qui aide Ă  prendre du recul face au texte en souriant ou
 en raillant Il appuie le propos tout en l’allĂ©geant


ET AUSSI

METAVERTIGO

Emmanuel Grimaud

La Découverte, 2024 320 pages, 22 euros

La croyance en la rĂ©incarnation est toujours prĂ©gnante dans la civilisation indienne. Un anthropologue a suivi les sĂ©ances d’une psychothĂ©rapeute qui emploie la transe hypnotique pour diriger des transformations psychiques par « rĂ©gression » dans une « vie antĂ©rieure ». Il nous invite par ces sĂ©ances de « cinĂ©ma mental » dans une fascinante exploration du psychisme et, par lĂ , de la civilisation de l’Inde. À quand celle de l’onirisme europĂ©en par un anthropologue indien ?

LA TYRANNIE DE LA REPRODUCTION

René Frydman

Odile Jacob, 2024

208 pages, 21,90 euros

L’un de ceux qui ont le plus aidĂ© les personnes en mal d’enfants lance une alerte quant Ă  l’avĂšnement d’un « marchĂ© de la reproduction ». Par-delĂ  la FIV, dont il est l’un des pĂšres, il explique la GPA, la gre e d’utĂ©rus, la spermatogenĂšse artiïŹcielle, le clonage, la possible mise au point d’utĂ©rus artiïŹciels
 et discute de ces possibles « aberrations biologiques ». Nous prenons conscience alors qu’en voulant apporter une aide, notre sociĂ©tĂ© est passĂ©e Ă  la « production de grossesses » et Ă  ses risques.

LES RYTHMES DU VIVANT

Helen Pilcher

Delachaux & Niestlé, 2024 208 pages, 24,90 euros

Propos recueillis par François

La nature est régie par des cycles. Ainsi, il y a certains rythmes dans la façon dont les espÚces se remplacent, dans les extinctions de masse, mais aussi dans les migrations animales, dans le fonctionnement des écosystÚmes, la croissance de leurs agents, dans leurs horloges biologiques, leur reproduction, etc. Ce livre plaisant, aux nombreux schémas et illustrations particuliÚrement intelligentes et e caces, en fait prendre conscience.

POUR LA SCIENCE N° 558 / AVRIL 2024 / 19 © Quentin Houdas/Leetrax

Glaciers en sursis N

En 2022, pour la premiĂšre fois, la chaleur de l’étĂ© a provoquĂ© l'amincissement des glaciers au sommet du massif du Mont-Blanc. Partout dans le monde, la fonte des glaciers continentaux s’intensiïŹe. En jeu : l’élĂ©vation du niveau des mers, et la dĂ©stabilisation des ressources en eau douce.

otre planĂšte abrite de l’ordre de 300 000 glaciers continentaux On les classe usuellement en deux grandes catĂ©gories : les glaciers, Ă  proprement parler, et les calottes polaires Ces derniĂšres se limitent Ă  l’Antarctique et au Groenland, et se distinguent par leur taille (respectivement 13 millions et 2 millions de kilomĂštres carrĂ©s environ). Le plus grand glacier, ensuite, ne s’étend « que » sur 20 000  Ă  30 000 kilomĂštres carrĂ©s À titre de comparaison, la surface du glacier d’Aletsch, le plus grand des Alpes europĂ©ennes, occupe un peu moins de 100 kilomĂštres carrĂ©s. Ces monstres de glace prĂ©sentent des morphologies trĂšs variĂ©es : glaciers de chaĂźnes de montagnes sculptant de typiques vallĂ©es « en U », mini-calottes crĂ©ant leur propre topographie sur le continent , comme celle de l’Eyjafjallajökull, en Islande ; champs de glace, comme en Alaska, oĂč des pointes rocheuses Ă©maillent une couche de glace Ă©pousant la topographie


Si la masse des glaciers est modeste, au regard des calottes polaires, ils fondent si vite qu’ils contribuent fortement Ă  la hausse du niveau de la mer. Entre 2000 et 2019, les glaciers d’Europe centrale ont ainsi perdu le tiers de leur masse, d’aprĂšs l’atlas mondial Ă©tabli en 2021 par

L’ESSENTIEL

> Entre 2000 et 2019, les glaciers continentaux, Ă  l’échelle mondiale, ont perdu 4,5 % de leur masse. Cette perte a atteint 33 % en Europe centrale.

> L’exploitation des donnĂ©es d’instruments embarquĂ©s sur certains satellites rĂ©vĂšle d’importantes variations rĂ©gionales, et une tendance globale : le rĂ©chau ement a ecte l’ensemble des massifs glaciaires.

> De rĂ©centes projections prĂ©voient que d’ici Ă  2100, selon le niveau de rĂ©chau ement envisagĂ©, les glaciers continentaux auront perdu 26 Ă  41 % en masse, a ectant des centaines de millions de personnes, dĂ©pendant de ces ressources en eau ou vivant dans des zones inondables en raison de la hausse du niveau des mers.

une Ă©quipe constituĂ©e autour de Romain Hugonnet, glaciologue alors au Laboratoire d’études en gĂ©ophysiques et ocĂ©anographie spatiales (Legos), Ă  Toulouse, aujourd’hui Ă  l’universitĂ© de Washington À l’échelle globale, les glaciers ont perdu, sur cette pĂ©riode, 267 gigatonnes de glace par an C’est comme s’il fondait, chaque annĂ©e, une couche de glace de 50 centimĂštres d’épaisseur recouvrant toute la France mĂ©tropolitaine Et Ă  l’avenir ? À l’échelle globale, encore, les glaciers devraient perdre entre 26 et 41 % de leur masse d’ici à 2100, par rapport à 2015, selon l’augmentation de la tempĂ©rature moyenne mondiale, entre 1,5 °C et 4 °C Cela correspond Ă  une hausse de 90 Ă  154 millimĂštres du niveau marin, et Ă  la disparition de 49 Ă  83 % des glaciers de la planĂšte, selon les projections publiĂ©es par une Ă©quipe menĂ©e par David Rounce, de l’universitĂ© de Fairbanks, en Alaska, en janvier 2023.

La contribution de la fonte des glaciers Ă  la hausse du niveau de la mer peut sembler modeste. Elle ne doit pas masquer un autre enjeu essentiel de cette disparition annoncĂ©e : le rĂŽle de chĂąteau d’eau jouĂ© par les glaciers. Dans les Andes ou dans l’Himalaya, en particulier, ceux-ci sont situĂ©s Ă  la tĂȘte de bassins-versants de grands ïŹ‚euves, qui viennent alimenter des rĂ©gions fortement peuplĂ©es, oĂč l’irrigation

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GLACIOLOGIE
François Lassagne

Dans l’ouest canadien, au sein de la chaĂźne Saint-Élie, les glaciers Stairway (Ă  gauche) et Kaskawulsh (Ă  droite) se rejoignent. Dans cette rĂ©gion du monde, les glaciers ont perdu 9,1 % de leur masse ces vingt derniĂšres annĂ©es.

joue un rĂŽle clĂ© Or les glaciers stockent l’eau sous forme solide pendant les saisons humides et froides, et la restituent pendant les saisons sĂšches. La perte des glaciers menace ces grands Ă©quilibres
 Y compris en Europe En moyenne annuelle , dans les Alpes , les glaciers n’inïŹ‚uencent pratiquement pas le dĂ©bit du RhĂŽne ou du Rhin Cependant , lors d’évĂ©nements extrĂȘmes ponctuels – canicules, grandes sĂ©cheresses –, comme les canicules de  2003 ou de 2022, ils sont susceptibles de jouer un rĂŽle important, soutenant les dĂ©bits des ïŹ‚euves En 2003, il a Ă©tĂ© estimĂ© que la fonte des glaciers, en aoĂ»t, correspondait Ă  environ 40 % du dĂ©bit du RhĂŽne prĂšs de son embouchure . Qu’est-ce qui inïŹ‚ue sur le devenir des glaciers ? Certaines rĂ©gions, parmi celles qui accueillent ces chĂąteaux d’eau englacĂ©s, sont-elles particuliĂšrement impactĂ©es par le rĂ©chauïŹ€ement climatique ? Comment les calottes polaires, et leurs immenses glaciers avançant sur l’eau, se comporteront-elles Ă  l’avenir ? Les glaciologues, exploitant donnĂ©es satellites et mesures de terrain, s’emploient Ă  rĂ©pondre Ă  ces questions
 brĂ»lantes. n

ROMAIN HUGONNET glaciologue Ă  l’universitĂ© de Washington, spĂ©cialiste de l’analyse des donnĂ©es gĂ©ospatiales

ÉTIENNE BERTHIER glaciologue au Laboratoire d’études en gĂ©ophysiques et ocĂ©anographie spatiales (Legos, Toulouse), spĂ©cialiste de la rĂ©ponse des glaciers au changement climatique

D’ici Ă  2100, la moitiĂ© des glaciers auront disparu

Pourquoi est-il indispensable de disposer d’un atlas prĂ©cis de la dynamique des glaciers dans le monde ?

Étienne Berthier : Jusqu’au quatriĂšme rapport du Giec, les estimations de perte de masse des glaciers venaient uniquement de l’extrapolation des mesures de terrain Ce qui limitait le champ couvert Ă  une cinquantaine de glaciers environ – aujourd’hui, de l’ordre d’une centaine – Ă  travers le monde ; des glaciers mal rĂ©partis, et surtout limitĂ©s aux massifs accessibles (dans les Alpes, en AmĂ©rique du Nord
), mĂȘme si des Ă©quipes Ă©mergent dans les pays comme l’Inde ou la Chine, notamment, ce qui augure d’une couverture un peu plus reprĂ©sentative En 2013, un article de recherche versĂ© au cinquiĂšme rapport du Giec, appuyĂ© sur des mĂ©thodes de mesure par satellite, a mis en lumiĂšre le fait que les glaciers suivis sur le terrain n’étaient pas vraiment reprĂ©sentatifs , rĂ©gion par rĂ©gion Il devenait clair que chaque glacier ayant son comportement propre, on ne pouvait pas se limiter Ă  quelques glaciers tĂ©moins Il fallait Ă©tablir une cartographie exhaustive Romain Hugonnet : C’est ce qu’on s’est attachĂ© Ă  faire, il y a une dizaine d’annĂ©es, cet eïŹ€ort aboutissant Ă  l’article issu de ma thĂšse, en 2021, prĂ©sentant un atlas global de l’évolution de la masse des glaciers de 2000 à 2019 (voir page 28) On a commencĂ© par valider la mĂ©thodologie, dans le massif du Mont-Blanc. Puis on l’a appliquĂ©e Ă  des grandes rĂ©gions Ă  fort enjeu, qui nous intĂ©ressaient tout particuliĂšrement : les hautes montagnes d’Asie, trĂšs peuplĂ©es ; les Andes, pour lesquelles on se posait pas mal de questions
 avant de passer Ă  l’échelle globale.

Qu’est-ce qui a rendu possible l’établissement d’atlas globaux ? R. H. : Il faut partir de l’idĂ©e qu’on produit, Ă  partir des donnĂ©es acquises par satellites, des modĂšles numĂ©riques de terrain.

© Tomas Pavelka/Shutterstock
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Non pas des modĂšles physiques, avec des Ă©quations de mĂ©canismes physiques, mais plutĂŽt des modĂšles topographiques , qui estiment l’altitude de la surface terrestre.

Le principal ingrĂ©dient de nos modĂšles, ce sont les archives de l’instrument Aster, embarquĂ© Ă  bord du satellite Terra, de la Nasa, qui est en orbite depuis 1999, acquiert des images rĂ©guliĂšrement et dont l’archive est devenue libre de droit autour de 2015. La mise Ă  disposition d’outils open source a rendu possible d’automatiser considĂ©rablement les procĂ©dures de traitement de ces archives ; c’est indispensable, car pour arriver Ă  notre atlas global, il faut traiter de l’ordre de 500 000 couples stĂ©rĂ©ographiques Cela passe par une mise en cohĂ©rence : dĂšs qu’on a une image (un couple stĂ©rĂ©ographique), on dĂ©duit une topographie du glacier. Pour chaque point Ă  la surface d’un glacier quelque part dans le monde, nous avons abouti Ă  une quarantaine de ces topographies entre  2000 et  2019, dont il a fallu corriger les biais Ă©ventuels, les dĂ©calages
 Les donnĂ©es Ă©taient lĂ  depuis longtemps, mais il a fallu dĂ©velopper les « briques » technologiques Ă  mĂȘme de les exploiter de maniĂšre massive et complĂšte.

Si on voulait poursuivre le mĂȘme exercice, et mettre Ă  jour l’atlas, aurait-on les donnĂ©es satellites nĂ©cessaires ?

R. H. : Aster devrait rester en orbite jusqu’en 2025. On prĂ©voit, avec Étienne, une mise Ă  jour en 2026. Cela n’a pas de sens de le faire tous les ans, parce que les donnĂ©es ne sont pas acquises si rĂ©guliĂšrement La rĂ©solution temporelle de notre estimation est plutĂŽt de quatre ou cinq ans Aster observe un glacier, en moyenne , deux fois par an Mais c’est trĂšs variable La requĂȘte de l’archive elle-mĂȘme est chronophage Nous allons attendre que ce soit vraiment pertinent, pour ajouter une pĂ©riode de cinq ans aux quatre pĂ©riodes de cinq ans Ă©tudiĂ©es, couvrant les vingt derniĂšres annĂ©es. AprĂšs la ïŹn de l’exploitation d’Aster s’ouvre une grande incertitude pour nous : il n’y aura pas de continuitĂ© des donnĂ©es, car aucun autre satellite de mĂȘmes capacitĂ©s d’observation n’est prĂ©vu par les agences spatiales En revanche , on dispose aujourd’hui d’instruments spatiaux Ă  trĂšs haute rĂ©solution, notamment Ă  bord des satellites PlĂ©iades, du Cnes, trĂšs utilisĂ©s pour des Ă©tudes trĂšs dĂ©taillĂ©es La rĂ©solution, de l’ordre d’une cinquantaine de centimĂštres , produit des topographies extrĂȘmement prĂ©cises. Pour l’étude d’un processus particulier, pour suivre quelques glaciers, c’est trĂšs intĂ©ressant.

E. B. : C’est ainsi que nous avons Ă©tudiĂ© l’impact de la canicule de 2022 sur les glaciers du massif du Mont-Blanc GrĂące Ă  ces instruments, nous avons vu que l’amincissement a

Ă©tĂ© exceptionnel et s’est propagĂ© jusqu’au sommet des glaciers Pour qualiïŹer de tels Ă©vĂ©nements extrĂȘmes , c’est trĂšs bien . Mais cela ne permet pas une couverture globale et rĂ©guliĂšre. Ces satellites acquiĂšrent des images Ă  la demande , ils ne construisent pas d’archives complĂštes.

Qu’est-ce qu’apportera une mise à jour de l’atlas ?

EN CHIFFRES

49 % la proportion de glaciers en moins dans le monde d’ici Ă  2100 (rĂ©chau ement de 1,5 °C)

33 m par jour la vitesse d’écoulement du glacier Jakobshavn, dans la calotte groenlandaise

4,5 % perte mondiale de masse des glaciers, entre 2000 et 2019

1 kg de CO2 émis provoquent la fonte de 15 kg de glace

R. H. : Le fait qu’on ait constatĂ© d’importantes variations spatiales et temporelles, en soi, justiïŹe de vouloir continuer Ă  Ă©tudier les glaciers Ă  l’échelle globale Par exemple, la perte de masse des glaciers islandais a ralenti aprĂšs 2010. On se demande combien de temps ça va durer et quand la perte de masse est susceptible d’accĂ©lĂ©rer Ă  nouveau. À l’inverse, en Nouvelle - ZĂ©lande , nous avons observĂ© une vĂ©ritable dĂ©gringolade : des glaciers presque stables entre 2000 et 2004, puis des bilans de masse complĂštement nĂ©gatifs ces 10 derniĂšres annĂ©es
 Dans quelle mesure cette plongĂ©e estelle susceptible de se poursuivre ? Ces rĂ©sultats surprenants appellent d’autres observations Quels sont les rĂ©sultats qui vous ont surpris en constituant votre atlas ?

E. B. : L’étude du massif du Mont- Blanc nous a complĂštement sidĂ©rĂ©s. Jusqu’à prĂ©sent, nous observions des amincissements des langues glaciaires, dans les parties basses, de l’ordre de 5 mĂštres, parfois jusqu’à 15 mĂštres par an , alors que les parties hautes Ă©taient

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GLACIOLOGIE « D’ICI À 2100, LA MOITIÉ DES GLACIERS AURONT DISPARU »
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Il y a environ 300 000 glaciers dans le monde, et ils fondent tous

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plutĂŽt stables, pratiquement sans amincissement Avec la canicule de 2022, il est apparu que les parties hautes aussi Ă©taient directement attaquĂ©es, sur 2 Ă  3 mĂštres, au sommet du mont Blanc, au dĂŽme du GoĂ»ter, au-dessus de 4 000 mĂštres Depuis les premiĂšres mesures de Joseph Vallot, en 1905, jusqu’en 2010 environ, il n’y avait presque pas de variations On savait que ces glaces trĂšs froides se rĂ©chauffaient Mais dĂ©sormais on voit que se produisent aussi des tassements trĂšs forts du manteau neigeux , de la fonte sĂ»rement , du regel, qui produisent une rĂ©duction de l’épaisseur Il convient de comprendre dans quelle mesure c’est localisĂ© dans certaines rĂ©gions, ou si c’est quelque chose qui se produit partout, et quelles vont ĂȘtre les rĂ©troactions possibles liĂ©es au fait que ces parties hautes commencent Ă  s’amenuiser

Avez-vous observĂ© d’autres comportements inattendus ?

E. B. : Nous avons observĂ© , in situ , des effondrements de glaciers : des fractions entiĂšres de se sĂ©parent du reste, et tombent dans les vallĂ©es. Typiquement, en 2016, sur le plateau du Tibet, ce phĂ©nomĂšne a aïŹ€ectĂ© deux glaciers, chacun de 5 Ă  6 kilomĂštres carrĂ©s. Ils ont perdu 40 % de leur volume en l’espace de quelques secondes. Cela a produit des avalanches monstrueuses, atteignant des volumes de 70 Ă  80  millions de mĂštres cubes. Ça s’est produit dans d’autres rĂ©gions Il est diïŹƒcile, pour l’heure , de l’attribuer au changement

climatique Seul un suivi rĂ©gulier donnera des Ă©lĂ©ments tangibles pour comprendre ce qui provoque ces eïŹ€ondrements

Comment passe-t-on de votre atlas global, rĂ©capitulant vingt ans d’évolution des glaciers, aux projections du devenir des glaciers Ă  la ïŹn du siĂšcle, selon les diffĂ©rents scĂ©narios de rĂ©chauffement identiïŹĂ©s dans les rapports du Giec ?

R. H. : Il est possible de faire des projections sans cet atlas. Mais il permet de les contraindre fortement, grĂące aux observations L’idĂ©e est de construire un modĂšle physique, s’appuyant sur des Ă©quations, pour reprĂ©senter le bilan de masse des glaciers Ce modĂšle va pouvoir convertir les donnĂ©es des rĂ©analyses climatiques (passĂ©) et des projections climatiques (futur), donc essentiellement des donnĂ©es de tempĂ©rature et de prĂ©cipitations en dynamique de changement de masse des glaciers.

Vitesse par an

Dans les zones apparaissant en rouge sur cette carte de vitesse d’écoulement du glacier du Mont-Cook, en NouvelleZĂ©lande, la glace, en surface, parcourt plus de 500 mĂštres par an.

Sont notamment modĂ©lisĂ©s les liens entre fonte et tempĂ©rature, et entre prĂ©cipitations et accumulation Les prĂ©cipitations Ă©tant souvent assez mal contraintes et rĂ©solues, c’est en s’appuyant sur les donnĂ©es de notre atlas que l’on va pouvoir obtenir un modĂšle plus rĂ©aliste, et ainsi de meilleures projections Avec un plus : notre atlas donne la possibilitĂ© de faire des calibrations glacier par glacier, ce qui est intĂ©ressant , car ils rĂ©pondent diffĂ©remment au rĂ©chauïŹ€ement Si par exemple on prend deux glaciers cĂŽte Ă  cĂŽte dans le massif du Mont-Blanc, la perte de masse peut varier d’un facteur 1 Ă  3, voire 4, selon la taille, la distribution en altitude Prenons le glacier des Bossons, qui part presque du sommet du mont Blanc. Il est trĂšs pentu, avec une trĂšs grande zone d’accumulation Son amincissement sur les dix derniĂšres annĂ©es est trois Ă  quatre fois moindre que celui de la mer de Glace ou du glacier d’ArgentiĂšre, qui ont de grandes langues glaciaires Ă  basse altitude

DE LA VITESSE D’ÉCOULEMENT AU VOLUME DES GLACIERS

Pour dĂ©terminer la vitesse Ă  laquelle la glace s’écoule, on utilise des mĂ©thodes de corrĂ©lation appliquĂ©es Ă  des sĂ©ries d’images satellites des glaciers. Ces mĂ©thodes permettent de quantiïŹer directement le dĂ©placement des motifs en surface, comme les crevasses. En combinant ces observations avec des donnĂ©es sur la pente d’un glacier, et par des hypothĂšses sur la dĂ©formation de la glace et les conditions Ă  la base du glacier, on peut estimer l’épaisseur et donc le volume des glaciers. ConnaĂźtre prĂ©cisĂ©ment le volume et la distribution des Ă©paisseurs des glaciers est essentiel pour a ner les estimations de leur Ă©volution future et Ă©valuer le potentiel d’élĂ©vation du niveau des mers ainsi que les changements de la ressource en eau glaciaire.

ROMAIN MILLAN, ANTOINE RABATEL Institut des gĂ©osciences de l’environnement, Grenoble

POUR LA SCIENCE N° 558 / AVRIL 2024 / 27 © Romain Millan et Jean Baptiste Barré
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L’ESSENTIEL

> Pour comprendre les surfaces trouées au-delà de leur seule topologie, une approche consiste à dessiner des cartes sur ces objets.

> Cartographier des surfaces mathématiques « trouées » amÚne à convoquer des outils mathématiques variés : topologie mais aussi théorie

des graphes, théorie des groupes


> Sur le rulpidon, neuf couleurs sont su santes pour colorier n’importe quelle carte. Mais inutile d’espĂ©rer y dessiner une carte symĂ©trique Ă  neuf rĂ©gions : c’est impossible.

LES AUTEURS

SYLVIE BENZONIGAVAGE professeuse Ă  l’universitĂ© Claude-Bernard Lyon 1

RÉMI COULON directeur de recherche, CNRS, universitĂ© de Bourgogne

Le dessous des cartes du rulpidon

L’étude des surfaces mathĂ©matiques trouĂ©es constitue un dĂ©ïŹ de taille. Pour apprĂ©hender le rulpidon, ïŹgure emblĂ©matique Ă  trois trous, on s’interroge sur la possibilitĂ© de le « cartographier » en respectant certaines contraintes.

Le rulpidon (voir ci-contre) est un drĂŽle d’objet. Il est l’emblĂšme d’un tout nouveau musĂ©e des mathĂ©matiques : la maison PoincarĂ©, attachĂ©e Ă  l’institut Henri-PoincarĂ©, Sorbonne UniversitĂ© et CNRS, qui a ouvert ses portes en septembre Ă  Paris – une sculpture monumentale de cet objet, signĂ©e Ulysse Lacoste, trĂŽne d’ailleurs dans le jardin du musĂ©e Cette forme gĂ©omĂ©trique trouĂ©e, qu’on voit ronde ou carrĂ©e en fonction de l’angle depuis lequel on la contemple, n’est pas facile Ă  apprĂ©hender – par exemple, en dĂ©pit des apparences, elle n’a que trois trous, et non quatre (voir la rubrique « Art et science » dans Pour la Science n° 553 et S Benzoni-Gavage, Le rulpidon sous toutes les coutures, Dunod, 2024). Pour tenter de l’apprĂ©hender, une bonne approche consiste Ă  sortir ses crayons de couleur pour essayer de dessiner des cartes sur sa surface Ce faisant, c’est tout un voyage mathĂ©matique qui se proïŹle, qui amĂšnera Ă  emprunter des chemins aussi riches qu’inattendus. Et qui permettront, en dĂ©ïŹnitive, de mieux saisir la richesse et l’intĂ©rĂȘt de cette forme trouĂ©e

Tout le monde a dĂ©jĂ  travaillĂ© sur un fond de carte en gĂ©ographie. Sur une carte reprĂ©sentant des pays ou des rĂ©gions dĂ©limitĂ©es par des frontiĂšres, l’une des premiĂšres tĂąches peut consister Ă  colorier chaque rĂ©gion de sorte que deux rĂ©gions frontaliĂšres quelconques soient de couleurs diïŹ€Ă©rentes, pour bien les distinguer Une question naturelle, d’un point de vue mathĂ©matique, est de savoir combien de couleurs sont nĂ©cessaires pour colorier de cette maniĂšre n’importe quelle carte. La rĂ©ponse est apportĂ©e par le thĂ©orĂšme des quatre couleurs, dont l’origine remonte au xix e siĂšcle mais dont la preuve formelle date seulement de quelques dizaines d’annĂ©es : pour colorier une carte plane, ou un globe terrestre, il suïŹƒt d’au plus quatre couleurs.

Le thĂ©orĂšme dit que quatre couleurs sufïŹsent toujours : il ne dit pas qu’elles sont nĂ©cessaires pour colorier une carte donnĂ©e Il existe en eïŹ€et des cartes plus simples, qui nĂ©cessitent moins de couleurs C’est le cas d’un damier, seulement bicolore. Il a ceci de particulier que toutes les rĂ©gions (les carrĂ©s du damier) se rencontrent en des « points quadruples » (c’est-Ă -dire des

Pour aborder les problĂšmes de coloriage de cartes sur des surfaces trouĂ©es (Ă  droite, le rulpidon), on fait appel Ă  des rĂ©sultats sur les graphes complets, comme celui Ă  neuf sommets reprĂ©sentĂ© ici, qui ne peut ĂȘtre dessinĂ© que sur une surface comportant au moins trois trous. Pour cette raison, on doit rĂ©pĂ©ter des sommets quand on le dessine Ă  plat, si l’on veut Ă©viter que des arĂȘtes s’intersectent.

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MATHÉMATIQUES
Sauf mention contraire © Pour la Science, d’aprĂšs Sylvie Benzoni-Gavage
POUR LA SCIENCE N° 558 / AVRIL 2024 / 45 © Printables.com/@adesir

et les routes, les arĂȘtes Colorier un graphe revient Ă  attribuer une couleur Ă  chaque sommet de sorte que deux sommets quelconques reliĂ©s par (au moins) une arĂȘte soient de couleurs diffĂ©rentes De maniĂšre gĂ©nĂ©rale , le coloriage de graphes est un sujet de recherche actif en informatique thĂ©orique, qui a Ă©galement de multiples applications pratiques, des emplois du temps aux plans de table en passant par le sudoku.

COLORIAGE DE GRAPHES

En reprĂ©sentant chaque rĂ©gion d’une carte par un sommet d’un graphe, et en reliant deux sommets de ce graphe si et seulement si les rĂ©gions correspondantes sont frontaliĂšres sur la carte, on ramĂšne un problĂšme de coloriage de carte Ă  un problĂšme de coloriage de graphe.

points oĂč quatre carrĂ©s se rejoignent). Pour une carte qui ne contient que des points « triples » (oĂč trois rĂ©gions se rejoignent), on peut penser Ă  un maillage en nid d’abeilles, constituĂ© d’hexagones, que l’on peut colorier avec trois couleurs (mais pas deux). En s’évadant du plan, on peut aussi colorier de trois couleurs seulement les faces d’un cube

Dans l’univers inïŹni des cartes, certaines nĂ©cessitent pourtant vraiment quatre couleurs Ainsi, quatre rĂ©gions toutes frontaliĂšres les unes des autres, dessinĂ©es dans le plan ou sur la sphĂšre, nĂ©cessitent d’emblĂ©e quatre couleurs On appelle « carte complĂšte » une telle carte, constituĂ©e de rĂ©gions toutes frontaliĂšres les unes des autres

Peut-on trouver une carte complĂšte Ă  plus de quatre rĂ©gions ? Dans le plan ou sur la sphĂšre, non ! Car si nous avions n rĂ©gions, toutes frontaliĂšres des n – 1  autres, nous aurions besoin de n couleurs diïŹ€Ă©rentes pour les colorier Avec n > 4, cela mettrait en dĂ©faut le thĂ©orĂšme des quatre couleurs – qui assure que quatre couleurs sont toujours suïŹƒsantes. Il en va autrement si l’on cherche Ă  dessiner des cartes sur des surfaces plus compliquĂ©es, par exemple des surfaces trouĂ©es, comme une bouĂ©e, un bretzel
 ou un rulpidon. Il s’avĂšre en eïŹ€et qu’il existe une inïŹnitĂ© de thĂ©orĂšmes de coloriage sur les surfaces Ă  trous, le nombre de couleurs nĂ©cessaires croissant avec le nombre de trous.

Avant d’en arriver au coloriage de telles surfaces trouĂ©es, nous devons faire le lien entre les cartes et un autre objet mathĂ©matique important : les graphes. Un graphe se dĂ©finit grosso modo comme un ensemble de points, appelĂ©s « sommets », reliĂ©s par des arĂȘtes. Il peut par exemple reprĂ©senter un rĂ©seau de routes entre des villes, ces derniĂšres Ă©tant les sommets

Les questions de coloriage de cartes et de graphes sont Ă©troitement liĂ©es. En e ïŹ€ et , la forme des rĂ©gions n’a aucune importance pour trouver comment colorier une carte : ce qui compte, c’est de savoir quelles rĂ©gions sont frontaliĂšres En choisissant un point par rĂ©gion et en reliant deux Ă  deux les points correspondant Ă  des rĂ©gions frontaliĂšres, on obtient un rĂ©seau de routes imaginaires : c’est un graphe, mathĂ©matiquement parlant (voir la ïŹgure cicontre). Colorier la carte revient alors Ă  colorier le graphe On peut dessiner puis colorier des graphes dans le plan, sur la sphĂšre
 ou sur des surfaces trouĂ©es

La surface trouĂ©e la plus simple est la bouĂ©e, dont le nom mathĂ©matique est le « tore » On peut la dessiner comme un objet en 3D, ou bien l’ouvrir mentalement Ă  plat La ïŹgure plane ainsi obtenue est comme l’écran dans lequel se baladait Pac -Man : en sortant d’un cĂŽtĂ© on rentre par l’autre au mĂȘme niveau !

La représentation à plat du tore est commode pour dessiner des graphes. Le graphe sur la page ci-contre est à cinq couleurs Tous ses

On peut dessiner des graphes dans le plan, sur la sphÚre, ou sur des surfaces trouées £

sommets sont connectĂ©s deux Ă  deux : on dit que c’est un graphe complet Ă  cinq sommets

Le coloriage d’un graphe complet Ă  n sommets nĂ©cessite (exactement) n couleurs Comment est-il donc possible d’avoir un graphe complet Ă  cinq sommets, alors que le thĂ©orĂšme des quatre couleurs semble assurer que cinq couleurs ne sont jamais nĂ©cessaires pour colorier une carte (et donc un graphe) ? Justement

46 / POUR LA SCIENCE N° 558 / AVRIL 2024 MATHÉMATIQUES LE DESSOUS DES CARTES DU RULPIDON © Anna Marin N/Shutterstock

parce que le tore n’est ni le plan, ni la sphĂšre : c’est une surface trouĂ©e. Bien sĂ»r, on peut dessiner dans le plan cinq sommets et les relier deux Ă  deux par des arĂȘtes. Mais on observera toujours au moins deux arĂȘtes qui se croisent, signe que le graphe n’est pas planaire : un graphe planaire se reconnaĂźt au fait que dessinĂ© sur le plan, ses arĂȘtes ne s’intersectent pas

Pour dessiner un graphe non planaire et y voir clair, sans que les arĂȘtes s’intersectent, on peut rĂ©pĂ©ter des sommets et des arĂȘtes, comme c’est le cas dans la ïŹgure ci-contre. On peut en fait dessiner des graphes plus compliquĂ©s , par exemple celui qui est reprĂ©sentĂ© sur la page 48. Sur cette ïŹgure il faut imaginer que l’on recolle chaque paire d’arĂȘtes rĂ©pĂ©tĂ©es, en l’occurrence les arĂȘtes 3-4, 3-5, 3-7, 4-5 et 4-7. MĂȘme si ce n’est pas Ă©vident Ă  premiĂšre vue, ce graphe est tracĂ© sur le tore, et correspond au coloriage Ă©galement reprĂ©sentĂ© sur la page 48.

On constate de plus que chacun de ses sept sommets est connectĂ© aux six autres : c’est un graphe complet Un graphe complet Ă  sept sommets est le maximum qu’on puisse faire sur le tore.

Sur une surface donnĂ©e, l’existence d’un graphe complet Ă  n sommets Ă©quivaut Ă  l’existence d’une carte complĂšte Ă  n rĂ©gions Dans le plan ou sur la sphĂšre, le nombre n maximal pour lequel il existe un graphe complet Ă  n sommets est donc de quatre, Ă  nouveau en raison du thĂ©orĂšme des quatre couleurs Qu’en est-il sur les surfaces Ă  trous ? On a vu que ce nombre maximal est au moins Ă©gal Ă  sept sur le tore Comment passe-t-on de quatre dans le plan Ă  sept sur le tore ? Cela dĂ©pend en fait d’une donnĂ©e caractĂ©ristique de la surface : son genre

GRAPHES ET NOMBRE CHROMATIQUE

Le genre d’une surface est le terme mathĂ©matique dĂ©crivant son « nombre de trous ». C’est une notion de topologie La sphĂšre n’a pas de trou : on dit qu’elle est de genre 0. Le tore est le modĂšle de surface Ă  un trou, de genre 1, donc.

En recollant deux tores comme pour faire une bouĂ©e Ă  deux places, on obtient une surface de genre 2. Plus gĂ©nĂ©ralement, en recollant g tores, on obtient une surface de genre g. C’est ainsi que l’on obtient toutes les surfaces « sans bord » (contrairement Ă  un disque, dont le bord est un cercle, ou encore Ă  une paille, qui a un bord en deux morceaux : un cercle Ă  chacune de ses extrĂ©mitĂ©s), « compactes » (qui tiennent dans une boĂźte ïŹnie) et « orientables » (avec deux faces, contrairement au ruban de Möbius, qui n’en a qu’une).

Certaines surfaces trouées, sans bord, compactes et orientables, ne ressemblent pas à des

tores recollĂ©s On peut pourtant dĂ©terminer leur genre en imaginant qu’on les dĂ©forme comme de la pĂąte Ă  modeler, sans rien dĂ©chirer ni recoller, pour se ramener Ă  cette forme de collage de tores Par exemple le rulpidon peut se dĂ©former en un triple tore : il est de genre 3. Une maniĂšre de s’en convaincre est d’imaginer qu’on met la tĂȘte dans le rulpidon. Si c’était un bol, on ne verrait aucune sortie. Dans le rulpidon, en tournant la tĂȘte de part et d’autre, on en voit trois : l’une Ă  gauche, une deuxiĂšme droit devant, et la derniĂšre Ă  droite Il y a donc exactement trois trous Pour aborder notre question sur l’existence d’un graphe complet Ă  n sommets ( ou d’une carte complĂšte Ă  n rĂ©gions) sur une surface donnĂ©e, dĂ©ïŹnissons une autre notion mathĂ©matique qui nous sera utile : le nombre chromatique d’une surface. Il est dĂ©ïŹni comme le plus petit nombre de couleurs permettant de colorier n’importe quel graphe tracĂ© sur cette surface On ne s’intĂ©resse qu’à des tracĂ©s de graphes sans intersections d’arĂȘtes – sinon le nombre chromatique ne serait pas bien dĂ©ïŹni.

Gerhard Ringel a dĂ©montrĂ© en 1954 que le nombre chromatique d’une surface orientable est aussi le nombre n maximal pour lequel il existe un graphe complet Ă  n sommets tracĂ© sur cette surface Ce rĂ©sultat Ă©tait en fait connu pour les surfaces de genre g ≀ 6 depuis les travaux de Lothar HeïŹ€ter en 1891.

Le nombre chromatique d’une surface est donnĂ© en fonction de son genre par la « formule de Heawood » Cette formule est vraie pour tout genre , mais sa dĂ©monstration pour le genre 0 (Appel et Haken, 1978), qui donne le thĂ©orĂšme des quatre couleurs, est ultĂ©rieure Ă  la dĂ©monstration pour un genre non nul (Ringel et Youngs, 1968). Et encore, la premiĂšre est assistĂ©e par ordinateur alors que la dĂ©monstration pour g ≄ 1 repose sur des arguments que l’on peut entiĂšrement expliciter Ă  la main. Pour les surfaces de genre 0, le nombre chromatique donnĂ© par la formule de Heawood est 4. Pour le genre 1, il est bien de 7, comme Ă©voquĂ© prĂ©cĂ©demment Pour le genre 3 (cas du rulpidon), il est de 9.

SYMÉTRIES

La surface trouĂ©e la plus simple est le tore, de genre 1. On peut le dessiner comme un objet en 3D, ou « l’ouvrir » Ă  plat. La ïŹgure plane est comme l’écran dans lequel se baladait Pac-Man : en sortant d’un cĂŽtĂ©, on rentre par l’autre, au mĂȘme niveau. Cette reprĂ©sentation est commode pour dessiner des graphes, comme le graphe complet Ă  cinq sommets reprĂ©sentĂ© ici.

Revenons Ă  nos surfaces trouĂ©es ellesmĂȘmes. Il y a diverses maniĂšres de reprĂ©senter une surface de genre donnĂ© On a vu , par exemple, que l’on peut reprĂ©senter le tore en 3D ou bien ouvert Ă  plat Ce sont deux reprĂ©sentations Ă©quivalentes du point de vue topologique, mais pas du point de vue gĂ©omĂ©trique, car les distances ne sont pas respectĂ©es en passant d’une reprĂ©sentation Ă  l’autre – pour ouvrir Ă  plat une bouĂ©e, il faut que le matĂ©riau

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soit Ă©lastique et qu’on l’étire Ă  certains endroits On constate aussi que le triple tore et le rulpidon ne se ressemblent guĂšre En particulier, ils n’ont pas les mĂȘmes symĂ©tries. Par « symĂ©trie d’une surface », on entend ici une transformation isomĂ©trique (c’est-Ă -dire qui respecte les distances) de notre espace Ă  trois dimensions, qui laisse la surface invariante.

L’art de dessiner des cartes, ou des graphes, sur des surfaces trouĂ©es est diïŹƒcile. Il l’est d’autant plus si l’on cherche Ă  respecter certaines symĂ©tries. Bien sĂ»r on peut penser aux cartes symĂ©triques que constituent certains pavages, comme ceux de l’Alhambra, Ă  Grenade. Mais ces pavages , au mĂȘme titre que les damiers ou les nids d’abeille , sont loin de la quĂȘte qui nous intĂ©resse ici : celle de cartes symĂ©triques complĂštes

La carte complĂšte sur la ïŹgure ci-contre est tracĂ©e sur le tore avec les symĂ©tries de l’heptagone. Si cela semble presque naturel, il n’est pas Ă©vident, Ă  partir de la figure du graphe Ă  plat, de se convaincre qu’il peut ĂȘtre tracĂ© sur le tore avec ces symĂ©tries ! Ce que l’on peut vĂ©riïŹer directement sur un tel graphe Ă  plat, en revanche, c’est le genre de la surface sur laquelle on peut le tracer. Cette vĂ©riïŹcation repose sur une Ă©galitĂ© appelĂ©e « formule d’Euler », qui indique que pour un polyĂšdre Ă  s sommets, f faces et a arĂȘtes, tracĂ© sur une surface de genre g , on a : s +  f – a = 2 – 2g. Sur notre exemple, on constate qu’il y a f = 14 triangles, s = 7 sommets, et a = 21  arĂȘtes (attention Ă  ne pas oublier que celles du bord de la ïŹgure sont rĂ©pĂ©tĂ©es deux Ă  deux), de sorte que s + f – a = 0 : ceci est la signature d’un polyĂšdre tracĂ© sur une surface de genre 1 (le tore, donc).

La question qui nous intĂ©resse est de tracer des graphes complets ( ou des cartes complĂštes) le plus symĂ©triques possible, ou du moins d’une maniĂšre qui respecte les symĂ©tries de l’objet gĂ©omĂ©trique choisi pour reprĂ©senter la surface Pour un triple tore, on voudrait respecter les symĂ©tries du triangle. Pour un rulpidon, on voudrait au minimum respecter les symĂ©tries du carrĂ©.

TABLEAUX D’ADJACENCE

On se doute que le problĂšme est diïŹ€Ă©rent d’un cas Ă  l’autre, mĂȘme si le graphe est le mĂȘme du point de vue topologique Mais encore faut-il, au prĂ©alable, connaĂźtre un tel graphe ! La suite explique comment en obtenir

L’article de HeïŹ€ter en 1891, dans lequel il Ă©tudie le nombre chromatique pour les surfaces de genre g ≀ 6, comporte trĂšs peu de dessins En revanche, il contient des « tableaux d’adjacence » fournissant de quoi tracer Ă  plat

Ce graphe complet Ă  sept sommets ne peut ĂȘtre dessinĂ© que sur une surface de genre supĂ©rieur ou Ă©gal Ă  1 : dans une reprĂ©sentation Ă  plat, on rĂ©pĂšte les sommets pour Ă©viter que les arĂȘtes ne s’intersectent.

(sans croisements mais avec rĂ©pĂ©titions de sommets et d’arĂȘtes) des graphes complets jusqu’à douze sommets

Étant donnĂ© un graphe dont les sommets sont numĂ©rotĂ©s de maniĂšre unique, un tableau d’adjacence est un tableau de nombres qui dĂ©crit tous les voisins de chaque sommet Chaque ligne commence par le numĂ©ro du sommet dont on observe les voisins, puis donne la liste des numĂ©ros des voisins dans l’ordre oĂč on les rencontre, en tournant autour du sommet dans un sens ïŹxĂ© Ă  l’avance et identique pour tous – c’est lĂ  oĂč le fait que l’on se concentre sur les surfaces orientables est important On peut commencer n’importe oĂč autour du sommet, pourvu qu’on en fasse le tour complet À titre d’exemple, le tableau d’adjacence du graphe complet Ă  sept sommets est prĂ©sentĂ© ci-contre (en bas).

On constate sur le tableau qu’il est bien complet , puisque chacun des sept numĂ©ros est prĂ©sent une fois (et une seule) sur chaque ligne : chaque sommet est reliĂ© par une arĂȘte (et une seule) Ă  chacun des six autres.

Cette carte complĂšte tracĂ©e sur le tore correspond au graphe ci-dessus. Elle respecte les symĂ©tries de l’heptagone. Dans le tableau d’adjacence (ci-dessous) du graphe complet prĂ©cĂ©dent, chaque ligne correspond Ă  un sommet et donne la liste de ses voisins. À partir de ce seul tableau, on peut retrouver le graphe.

Plus le nombre de sommets augmente, plus il est diïŹƒcile de trouver un tableau d’adjacence correspondant Ă  un graphe complet La combinatoire (c’est-Ă dire le nombre de conïŹgurations possibles pour les voisins d’un sommet) augmente trĂšs vite avec le nombre total de sommets Il y a en eïŹ€et (n – 2) ! permutations circulaires de (n – 1) voisins, donc si l’on essayait au hasard les configurations de voisins de n sommets il faudrait tester jusqu’à n (n – 2) ! tableaux Ce fut un tour de force de HeïŹ€ter, par des arguments arithmĂ©tiques, de rĂ©soudre le problĂšme jusqu’à n = 12.

S’il est facile, bien qu’un peu fastidieux, de dĂ©duire un tableau d’adjacence Ă  partir d’un graphe tel que celui ci - contre , l’opĂ©ration inverse est plus dĂ©licate Avec « seulement » sept sommets, le dessin est assez facile, car on peut juxtaposer des hexagones entourant les sommets tout en respectant les rĂšgles d’adjacence, puisque les hexagones pavent le plan. Un tel dessin est d’ailleurs l’un des rares que l’on trouve dans l’article de HeïŹ€ter Mais si l’on essaie de procĂ©der de la mĂȘme maniĂšre pour tracer un graphe Ă  plus de sept sommets, le dessin devient rapidement inextricable, car on ne peut pas juxtaposer des polygones Ă  sept cĂŽtĂ©s ou plus sans que les angles entre les arĂȘtes autour de chaque sommet soient trop Ă©crasĂ©s.

Pour s’aïŹ€ranchir de cette diïŹƒcultĂ©, une mĂ©thode consiste Ă  repĂ©rer dans le tableau tous les triplets de sommets reliĂ©s deux Ă  deux, formant un triangle dans le graphe On peut alors

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dessiner et juxtaposer ces triangles sans problĂšme. On repĂšre aussi, pour les dessiner avec les triangles, les polygones du graphe Ă©ventuellement associĂ©s Ă  des points multiples (quadruples ou plus) dans la carte En l’occurrence, ce ou ces polygones sont explicitement mentionnĂ©s par He ïŹ€ ter en complĂ©ment de ses tableaux d’adjacence Des cartes complĂštes correspondant aux graphes de He ïŹ€ ter sont dessinĂ©es sur le triple tore et sur le rulpidon dans le livre de Sylvie Benzoni-Gavage prĂ©citĂ©. Toutefois, la mĂ©thode adoptĂ©e ne permet pas d’obtenir des symĂ©tries sur le rulpidon – elle est au contraire extrĂȘmement tortueuse On en voit ci-dessus quatre projections.

Une autre approche est celle de l’informaticien Ă  l’universitĂ© de Californie Ă  Berkeley Carlo SĂ©quin, qui conçoit ses propres graphes complets et cartes complĂštes dans une quĂȘte de symĂ©trie formulĂ©e ainsi : « Trouver la carte complĂšte le plus symĂ©trique possible sur une surface de genre minimal » Il a en particulier trouvĂ© sur le triple tore une belle carte complĂšte Ă  neuf rĂ©gions, trĂšs symĂ©trique Parmi ses symĂ©tries, on trouve la rotation d’angle 120° autour d’un axe perpendiculaire au plan de symĂ©trie horizontal et passant par le centre du triple tore, ainsi que la rotation d’angle 180° autour d’un axe horizontal passant par le centre d’un trou et au milieu des deux autres. Ces symĂ©tries n’ont pas d’équivalent sur le rulpidon, aussi la carte transposĂ©e sur ce dernier n’est-elle pas trĂšs symĂ©trique, mĂȘme si elle l’est d’une certaine maniĂšre plus que la prĂ©cĂ©dente (voir le patron de rulpidon coloriĂ© page 50)

UNE CARTE SYMÉTRIQUE SUR LE RULPIDON ?

La formule de Heawood assure qu’en tant que surface de genre 3, le rulpidon admet des cartes complĂštes avec neuf rĂ©gions Peut-on, cependant, produire une telle carte qui respecte les symĂ©tries de la forme, ou au moins certaines d’entre elles ?

Des surfaces de genre plus petit admettent des cartes complÚtes bien symétriques. Sur la sphÚre , par exemple , on peut tracer un tétraÚdre et donc aussi une carte complÚte à quatre régions ayant naturellement les symétries du tétraÚdre. On a aussi vu une carte

Ces quatre projections de la carte complĂšte Ă  neuf rĂ©gions que l’on peut dessiner sur le rulpidon, construite Ă  partir du tableau d’adjacence de Lothar Heffter, ont Ă©tĂ© obtenues grĂące Ă  la mĂ©thode de Sylvie Benzoni-Gavage. Le rĂ©sultat n’est pas symĂ©trique.

complĂšte Ă  sept rĂ©gions sur le tore qui a les symĂ©tries de l’heptagone. Dans le cas du rulpidon, la situation se complique Rappelons que par « symĂ©trie » on entend ici une transformation de l’espace qui laisse globalement le rulpidon invariant, qui ne le dĂ©forme pas : on parle plus prĂ©cisĂ©ment d’« isomĂ©tries » Parmi elles, on trouve : – les symĂ©tries du carrĂ© (si on regarde le rulpidon par le dessus) – par exemple la rotation ρ d’angle 90° autour de l’axe vertical ; – la rĂ©flexion σ par rapport au plan horizontal. On notera que deux isomĂ©tries peuvent ĂȘtre composĂ©es : si on applique une isomĂ©trie Îł1 puis une isomĂ©trie Îł2 laissant toutes les deux le rulpidon invariant, la composition Îł2 ○ Îł1 laissera aussi le rulpidon invariant L’une de ces symĂ©tries joue un rĂŽle trĂšs particulier : l’isomĂ©trie qui laisse tous les points Ă  leur place On l’appelle l’« identitĂ© ». Si on compose l’identitĂ© avec n’importe quelle autre symĂ©trie Îł, le rĂ©sultat sera toujours Îł. Par ailleurs il existe toujours une isomĂ©trie qui « dĂ©fait » ce que Îł a fait Cet inverse, notĂ© Îł – 1 , est tel que Îł – 1 ○ Îł est en fait l’identitĂ© MathĂ©matiquement on dit que l’ensemble de toutes ces symĂ©tries , que l’on notera Γ, forme un « groupe »

À force d’observations et de raisonnement, on se convainc que Γ contient exactement seize isomĂ©tries Certaines d’entre elles ne sautent pas tout de suite aux yeux – par exemple, la composition ρ ○ σ

Revenons donc aux cartes, et plus particuliĂšrement aux cartes complĂštes symĂ©triques Par carte symĂ©trique sur le rulpidon, on entend une carte que n’importe quelle symĂ©trie du rulpidon envoie sur elle-mĂȘme (avant coloriage). ConsidĂ©rons une carte complĂšte Ă  neuf rĂ©gions sur le rulpidon , et tĂąchons de comprendre quelles sont ses propriĂ©tĂ©s On va voir que 9 et 16 (le nombre de ses symĂ©tries) sont deux nombres qui ne font pas bon mĂ©nage Ils imposent en fait des contraintes trĂšs fortes.

Chaque symĂ©trie du rulpidon doit nĂ©cessairement envoyer une rĂ©gion de cette carte sur une autre rĂ©gion (Ă©ventuellement la mĂȘme). Dit autrement, elle « permute » les rĂ©gions de la carte Dans un premier temps, nous allons donc complĂštement oublier quelles pourraient

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ĂȘtre les formes de ces rĂ©gions, comment elles s’enroulent sur le rulpidon, etc., pour ne retenir que le fait suivant : on veut faire en sorte que ses seize symĂ©tries permutent les Ă©lĂ©ments d’une collection de neuf objets (les neuf rĂ©gions de la carte). Cette approche va permettre d’exploiter des notions de thĂ©orie des groupes Celle-ci oïŹ€re un cadre abstrait permettant d’étudier des problĂšmes d’origines trĂšs variĂ©es (gĂ©omĂ©trie, combinatoire, algĂšbre, etc.).

THÉORIE DES GROUPES

Pour aborder ce problĂšme, on peut classer les rĂ©gions par « orbites » : deux rĂ©gions r et r’ sont dans une mĂȘme orbite, notĂ©e o, s’il existe une symĂ©trie qui envoie r sur r’. Le « stabilisateur » d’une rĂ©gion r est l’ensemble des symĂ©tries dans Γ qui laissent cette rĂ©gion Ă  sa place. La thĂ©orie des groupes permet de montrer les deux faits importants suivants : – le nombre de symĂ©tries dans le stabilisateur d’une rĂ©gion r divise le nombre de symĂ©tries dans Γ ; – le nombre ne dĂ©pend en fait que de l’orbite o de r Autrement dit, si r et r’ sont deux rĂ©gions dans une mĂȘme orbite, alors leurs stabilisateurs ont le mĂȘme nombre d’élĂ©ments On notera ce nombre co. Rappelons-nous que Γ contient seize symĂ©tries. Ainsi les valeurs possibles pour co sont 1,

Patron de rulpidon sur lequel est dessinĂ©e la carte complĂšte Ă  neuf rĂ©gions de l’informaticien Carlo SĂ©quin. On n’y retrouve pas les symĂ©tries qui seraient prĂ©sentes si cette mĂȘme carte Ă©tait dessinĂ©e sur le triple tore.

2, 4, 8, et 16 (les diviseurs de 16). La « formule des classes » – une formule importante en thĂ©orie des groupes – a pour consĂ©quence la relation suivante :

∣R∣ =∑ ∣Г ∣ c0 o∈O

oĂč | R |  est le nombre d’objets permutĂ©s par Γ (ici, les rĂ©gions de la carte), O l’ensemble des orbites et |Γ| le nombre d’élĂ©ments dans Γ (ici, le nombre de symĂ©tries de la surface). Dans notre cas prĂ©cis, on a donc :

9 =∑16

c0 o∈O

Puisque 9 est impair, l’une des valeurs du rapport 16/co doit ĂȘtre impaire Or on a vu que les valeurs possibles de co sont 1, 2, 4, 8, et 16. La seule pour laquelle 16/co est impair est co = 16 : il existe donc nĂ©cessairement une orbite o telle que co = 16. Par dĂ©ïŹnition, cela signiïŹe que n’importe quelle rĂ©gion r dans cette orbite est ïŹxĂ©e par les seize Ă©lĂ©ments de Γ Ceci signiïŹe donc que cette orbite ne contient qu’une seule rĂ©gion r, car, par dĂ©ïŹnition, toute rĂ©gion dans cette orbite est l’image de r par un Ă©lĂ©ment de Γ
 et que les Ă©lĂ©ments de Γ laissent tous r invariante

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Comme annoncĂ©, nous n’avons pas utilisĂ© ici le fait que nous travaillions avec des rĂ©gions du rulpidon. On a en fait montrĂ© cet Ă©noncĂ© gĂ©nĂ©ral : si un groupe Ă  seize Ă©lĂ©ments permute une collection de neuf objets, alors l’un d’eux est nĂ©cessairement ïŹxĂ© par tous les Ă©lĂ©ments du groupe

GRAPHES ET CARTES SYMÉTRIQUES

Pour tenter de dessiner une carte complĂšte Ă  neuf rĂ©gions Ă  la surface du rulpidon, le raisonnement que nous avons dĂ©roulĂ© plus haut invite Ă  tenter d’abord d’y tracer un graphe complet Ă  neuf sommets Car si nous pouvions tracer un tel graphe en respectant les symĂ©tries du rulpidon, alors nous serions en mesure de crĂ©er une carte complĂšte symĂ©trique. Mais il s’avĂšre que c’est impossible

Supposons en eïŹ€et qu’il existe un graphe complet Ă  neuf sommets et symĂ©trique sur le rulpidon . En particulier, les symĂ©tries du groupe Γ doivent permuter ces neuf sommets Au vu de la discussion prĂ©cĂ©dente , l’un des sommets doit ĂȘtre ïŹxĂ© par toutes les symĂ©tries de Γ. Or il n’existe pas de point Ă  la surface du rulpidon ïŹxĂ© par toutes ses symĂ©tries Pour s’en convaincre il suïŹƒt de regarder la rotation de 180° autour de l’axe qui traverse le rulpidon horizontalement Ă  travers l’un de ses

BIBLIOGRAPHIE

trous Les seuls points ïŹxes de cette rotation sont justement le long cet axe, qui n’intersecte pas le rulpidon : il n’y a donc aucun point du rulpidon ïŹxĂ© par cette symĂ©trie. Ce raisonnement par l’absurde dĂ©montre donc qu’il n’existe pas de graphe complet symĂ©trique Ă  neuf sommets sur le rulpidon

Est- ce Ă  dire qu’il n’existe pas de carte complĂšte symĂ©trique Ă  la surface du rulpidon ? La conclusion n’est pas aussi rapide. En eïŹ€et, regardons une conïŹguration simpliïŹĂ©e Ă  l’extrĂȘme : essayons de dessiner une carte symĂ©trique complĂšte
 avec une seule rĂ©gion Une telle carte est associĂ©e Ă  un graphe rĂ©duit Ă  un unique sommet et sans arĂȘte Si un tel graphe pouvait ĂȘtre dessinĂ© sur le rulpidon en respectant toutes ses symĂ©tries, son unique sommet devrait ĂȘtre ïŹxĂ© par toutes les symĂ©tries, ce qui n’est pas possible comme on vient de le faire remarquer Cependant, il existe bien une carte symĂ©trique Ă  une seule rĂ©gion : il suïŹƒt de prendre pour cette derniĂšre tout le rulpidon ! Exclure l’existence d’un graphe complet symĂ©trique ne permet donc pas d’exclure l’existence d’une carte complĂšte symĂ©trique. Il faut pour cela un autre argument

Les cartes qui nous intĂ©ressent vĂ©riïŹent une contrainte supplĂ©mentaire : les rĂ©gions ne comportent pas de « trous », elles ressemblent Ă  des disques dĂ©formĂ©s C’est en particulier le cas de la rĂ©gion supposĂ©ment laissĂ©e invariante par toutes les symĂ©tries du rulpidon, en supposant qu’une carte symĂ©trique complĂšte Ă  neuf rĂ©gions existe Or un thĂ©orĂšme de topologie des annĂ©es 1940 dĂ» Ă  Paul Althaus Smith stipule que si un groupe Γ Ă  seize Ă©lĂ©ments prĂ©serve une ïŹgure ayant la forme d’un disque, il doit nĂ©cessairement ïŹxer un point sur ce disque Pour le problĂšme qui nous intĂ©resse, ce rĂ©sultat implique que non seulement il existe une rĂ©gion de la carte laissĂ©e invariante par toutes les symĂ©tries dans Γ, mais qu’un point de cette rĂ©gion doit lui aussi ĂȘtre ïŹxĂ© Ce qui n’est pas possible comme on l’a vu. Ainsi il n’existe pas de carte complĂšte Ă  neuf rĂ©gions qui respecte toutes les symĂ©tries du rulpidon.

Puisqu’une carte complĂšte totalement symĂ©trique ne peut exister, il est naturel de se demander quelles symĂ©tries peuvent ĂȘtre « sauvĂ©es » : existe-t-il une carte complĂšte qui respecte une partie seulement des symĂ©tries du rulpidon ? En rĂ©alitĂ©, des arguments similaires Ă  ceux qui prĂ©cĂšdent montrent qu’il est impossible de dessiner sur le rulpidon un graphe complet Ă  neuf sommets qui respecte la moindre de ses symĂ©tries (Ă  part, bien sĂ»r, l’identitĂ©).

P.

Du cĂŽtĂ© des cartes, la situation n’est guĂšre meilleure. Autant dire qu’il faut abandonner l’idĂ©e de dessiner des cartes complĂštes Ă  neuf rĂ©gions qui soient symĂ©triques Place, donc, Ă  la crĂ©ativitĂ© des artistes pour dessiner des cartes dont l’asymĂ©trie n’a d’égale que la beautĂ© ! n

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S. Benzoni-Gavage, Le Rulpidon sous toutes ses coutures, Dunod, 2024. C. SĂ©quin, Easy-tounderstand visualization models of complete maps, Proceedings of Bridges 2023 : Mathematics, Art, Music, Architecture, Culture, 2023. G. Ringel, Farbensatz fĂŒr orientierbare FlĂ€chen vom Geschlechte p > 0, Journal fĂŒr die reine und angewandte Mathematik, 1954. A. Smith, Fixed-point theorems for periodic transformations, American Journal of Mathematics, 1941.
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Quand les skyrmions passent en 3D

Les skyrmions sont des structures magnĂ©tiques aux propriĂ©tĂ©s Ă©tonnantes. Leur gĂ©omĂ©trie, restreinte Ă  deux dimensions, a lancĂ© les physiciens sur les traces de leurs alter ego en trois dimensions, les hopïŹons.

Dans les disques durs, l’information est conservĂ©e en exploitant la direction du moment magnĂ©tique des atomes « spin » Des conïŹgurations plus complexes reposant sur un groupe de spins, oïŹ€rent des possibilitĂ©s plus intĂ©ressantes, avec des densi tĂ©s de stockage plus Ă©levĂ©es. Les skyrmions sont une piste attractive, notamment parce que leur structure topologique les rend trĂšs stables (voir l’article page 58) L’organisation des spins qui composent un skyrmion est bidimensionnelle, voire quasi tridimensionnelle dans la mesure oĂč les skyrmions peuvent s’empiler en formant une colonne, mais cette dimension ne contient pas d’information pertinente. L’idĂ©e des skyrmions peut ĂȘtre gĂ©nĂ©ralisĂ©e Ă  une structure vĂ©ritablement tridimensionnelle, on parle d’« hopïŹons » (en hommage au mathĂ©maticien Heinz Hopf). Alors que les premiers skyrmions ont Ă©tĂ© observĂ©s en 2009, les hopïŹons manquaient Ă  l’appel. Or, en 2023, Filipp Rybakov, de l’universitĂ© d’Uppsala, et ses collĂšgues en ont mis en Ă©vidence, par l’expĂ©rience n

DU SKYRMION À L’HOPFION

Les chercheurs ont travaillĂ© avec un matĂ©riau magnĂ©tique composĂ© de fer et de germanium dans lequel ils parviennent Ă  produire des colonnes de skyrmions. En manipulant avec minutie un champ magnĂ©tique externe, ils ont rĂ©ussi Ă  crĂ©er un hopïŹon autour de la colonne d’un skyrmion (ci-dessus). Avec un microscope Ă©lectronique sensible Ă  l’aimantation du matĂ©riau (ci-contre), ils voient un point (la colonne du skyrmion vue du dessus) entourĂ© d’un anneau, l’hopïŹon.

PHYSIQUE
66 / POUR LA SCIENCE N° 558 / AVRIL 2024 © Nikolai Kiselev/Centre de recherche de JĂŒlich
Sean Bailly

UN TORE DE SPINS

L’hopïŹon prend la forme d’un tore dans lequel les spins ont un comportement collectif et pivotent progressivement. À l’instar de la structure topologique du skyrmion,

CC BY 4.0 Deed (en bas)

UN ZOO DE CONFIGURATIONS

En changeant les paramĂštres de l’expĂ©rience, les chercheurs ont observĂ© de nombreuses conïŹgurations diffĂ©rentes : avec un hopïŹon s’enroulant une ou plusieurs fois autour de la colonne du skyrmion ; ou s’enroulant autour de plusieurs colonnes, comme ci-dessus avec un total de onze colonnes.

POUR LA SCIENCE N° 558 / AVRIL 2024 / 67 Philipp Rybakov/ UniversitĂ© d’Uppsala
haut
https
doi.org/10.1038/s41586-023-06658-5,
F. Zheng et al., HopïŹon rings in a cubic chiral magnet, Nature, 2023.
(en
et au milieu) ; Fengshan Zheng et al., Nature, 2023,
://

Stockage géologique de

déchets radioactifs

Comment s’assurer de la tenue Ă  trĂšs long terme des bĂ©tons ?

[CONTEXTE]

De nombreux pays ont opté pour le stockage des déchets radioactifs les plus nocifs dans des couches géologiques profondes.

La France a optĂ© pour un enfouissement Ă  500 mĂštres dans une couche d’argile de 130 mĂštres d’épaisseur. Elle est censĂ©e assurer l’isolement de la radioactivitĂ© pendant plusieurs centaines de milliers d’annĂ©es.

La crĂ©ation d’une telle installation prĂšs de Bure, en Meuse - HauteMarne, est en cours d’instruction. BaptisĂ©e CigĂ©o, elle accueillerait les premiers dĂ©chets dans plusieurs dĂ©cennies.

Une fois les dĂ©chets stockĂ©s, il est nĂ©cessaire de sceller dĂ©ïŹnitivement les puits Ă  l’aide de « bouchons » d’argile gonïŹ‚ante. Pour qu’ils soient efïŹcaces, leur gonïŹ‚ement doit ĂȘtre contraint par des structures en bĂ©ton. Mais comment s’assurer que la dĂ©gradation du bĂ©ton ne compromette pas ce conïŹnement mĂ©canique sur une durĂ©e d’isolement de plusieurs centaines de milliers d’annĂ©es ?

Nous sommes dans l’Aveyron, Ă  Tournemire, Ă  250 mĂštres sous terre, dans un ancien tunnel ferroviaire. L’eau, provenant d’un aquifĂšre calcaire, suinte des parois. Dans un recoin, elle coule Ă  travers un bac au fond duquel sont plongĂ©s une centaine de petits cylindres de 3 centimĂštres de diamĂštre sur 1 centimĂštre de hauteur. Ces Ă©chantillons apparemment insignifiants sont des pĂątes de ciment et des bĂ©tons. En 2010, c’est grĂące Ă  eux que les chercheurs et chercheuses de l’IRSN ont rĂ©vĂ©lĂ© un phĂ©nomĂšne peu Ă©tudiĂ© par la communautĂ© scientifique : la prĂ©cipitation de phases appelĂ©es «magnĂ©siennes» dans les bĂ©tons dits «bas pH». « Nous testions deux formulations de ces bĂ©tons envisagĂ©es pour CigĂ©o en plus du bĂ©ton Portland, classiquement utilisĂ© dans le gĂ©nie civil, raconte Alexandre DauzĂšres, responsable du Laboratoire d’étude et de recherche sur les transferts et les interactions dans les sous-sols (LETIS) Ă  l’IRSN. En caractĂ©risant les Ă©chantillons afin d’estimer leur Ă©volution chimique et mĂ©canique, nous avons dĂ©couvert ces prĂ©cipitĂ©s magnĂ©siens. » ProblĂšme : dans certaines conditions, ils produisent un endommagement des Ă©chantillons en quelques mois seulement.

Le laboratoire souterrain oĂč ont Ă©tĂ© menĂ©es ces expĂ©rimentations est installĂ© dans un ancien tunnel ferroviaire acquis par l’IRSN en 1992. Long de 1 885 mĂštres, il dispose de six galeries creusĂ©es dans une formation argileuse similaire Ă  celle oĂč l’Andra (Agence nationale pour la gestion des dĂ©chets radioactifs) prĂ©voit de construire CigĂ©o. « Depuis trente ans, nous y scrutons l’évolution de l’argile exposĂ©e Ă  des environnements de stockage sur les plans minĂ©ralogiques, chimiques, mĂ©caniques, ainsi que le transfert de l’eau et des Ă©lĂ©ments en solution, poursuit le chercheur. Ces Ă©tudes sont trĂšs complexes du fait de la multitude de mĂ©canismes impliquĂ©s et des interactions Ă  caractĂ©riser puis Ă  modĂ©liser sur des millĂ©naires entre des matĂ©riaux pour lesquels les connaissances sur ces durĂ©es sont limitĂ©es. » Les recherches actuelles portent, d’une part, sur la dĂ©gradation chimique, mĂ©canique, hydrique et thermique des composants et, d’autre part, sur les outils de surveillance utilisĂ©s durant les cent cinquante ans d’exploitation de CigĂ©o, le temps prĂ©vu pour construire le stockage et y dĂ©poser les dĂ©chets.

CAHIER PARTENAIRE
I / POUR LA SCIENCE
Image MEB d’un mortier hydraulique romain, premier bĂ©ton bas pH de l’histoire.

La sûreté des systÚmes de fermeture

Le projet CigĂ©o concerne les dĂ©chets radioactifs les plus nocifs, les rĂ©sidus du traitement et du recyclage du combustible nuclĂ©aire pour l’essentiel, soit 3 % de nos dĂ©chets nuclĂ©aires. Actuellement, ils sont entreposĂ©s dans des installations de surface Ă  La Hague, Cadarache ou Marcoule. L’intĂ©rĂȘt de la roche argileuse est qu’elle est trĂšs peu permĂ©able : l’eau, piĂ©gĂ©e dans sa microstructure au cours des temps gĂ©ologiques, s’y dĂ©place de quelques centimĂštres par million d’annĂ©es. Le risque de voir la radioactivitĂ© migrer jusqu’à la surface ou atteindre les aquifĂšres, principalement liĂ© Ă  la diffusion des radionuclĂ©ides contenus dans l’eau, est faible. CigĂ©o comporte un rĂ©seau de puits, descenderies et galeries tapissĂ©s de bĂ©ton armĂ©. Ces infrastructures doivent ĂȘtre opĂ©rationnelles tout au long de la phase d’exploitation, le stockage devant rester rĂ©versible. Si ces bĂ©tons ne rĂ©sistent guĂšre plus de cent ans, leurs fissures seraient rĂ©parables tant que les ouvrages restent accessibles. AprĂšs la fermeture du stockage, les infrastructures, remplies de dĂ©blais issus des creusements, seraient immergĂ©es d’eau en quelques millĂ©naires, les ouvrages se dĂ©gradant alors sans affecter la sĂ»retĂ©. Il est toutefois capital d’assurer la performance des systĂšmes de fermeture du stockage Ă  l’issue de l’exploitation.

À ce jour, l’Andra prĂ©voit des scellements constituĂ©s d’un bouchon de 35 mĂštres de long sur 10 mĂštres de diamĂštre dans une argile particuliĂšrement gonflante qui peut gagner dix fois son volume en se rĂ©hydratant. Elle aurait alors les mĂȘmes propriĂ©tĂ©s que la roche. BaptisĂ©e « bentonite », cette argile est couramment utilisĂ©e pour

l’étanchĂ©itĂ© d’édifices, la construction de digues ou le comblement de carriĂšres. Son gonflement s’opĂ©rerait avec le retour de l’eau dans les puits et descenderie, provenant de l’aquifĂšre calcaire prĂ©sent au-dessus du stockage. Cette dĂ©formation serait contenue de part et d’autre par un ouvrage en bĂ©ton (un « massif d’appui ») d’une dizaine de mĂštres de long conçu pour rĂ©sister pendant plusieurs centaines de milliers d’annĂ©es Ă  la contrainte mĂ©canique engendrĂ©e.

Des bétons bas pH

Une des options considĂ©rĂ©e Ă  ce stade de dĂ©veloppement de CigĂ©o pour ces scellements est une nouvelle formulation cimentaire, dĂ©veloppĂ©e spĂ©cifiquement. Car couler de tels gros blocs de bĂ©ton peut poser problĂšme quant Ă  leur de tenue Ă  long terme en raison d’une montĂ©e en tempĂ©rature trop importante Ă  cƓur. Rappelons que le bĂ©ton est fabriquĂ© Ă  partir de ciment, une poudre minĂ©rale sĂšche Ă  base de calcaire et d’argile qui durcit quand on la mĂ©lange avec de l’eau : cela produit un liant appelĂ© C-S-H (silicate de calcium hydratĂ©). Cette hydratation entraĂźne une rĂ©action exothermique liĂ©e Ă  la quantitĂ© de ciment. Pour la limiter, des bĂ©tons contenant moins de ciment ont Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©s depuis les annĂ©es 2000 par les diffĂ©rents organismes en charge du stockage gĂ©ologique des dĂ©chets radioactifs.

Dans ces nouvelles formulations, nommĂ©es « bĂ©tons bas pH », prĂšs des deux tiers du ciment est remplacĂ© par des matĂ©riaux pouzzolaniques, Ă  haute teneur en silice, de type cendres volantes ou fumĂ©e de silice. Ceux-ci font baisser le pH de l’eau qui subsiste dans les micropores du bĂ©ton. Dans le cas du bĂ©ton Portland, cette eau est trĂšs alcaline (pH 13 Ă  13,5) en raison de la potasse caustique (KOH)

LE PROJET DE STOCKAGE CIGÉO

LE PROJET DE STOCKAGE CIGÉO

ZONE DESCENDERIE

ZONE PUITS

Structure du site et ses infrastructures

Le projet Cigéo comporte des puits pour la circulation du personnel et du matériel, une double descenderie, long tunnel incliné de 5 kilomÚtres pour acheminer les colis de déchets, et des galeries menant aux alvéoles pour stocker ces colis.

POUR LA SCIENCE / II
www.irsn.fr Cahier partenaire réalisé avec ©Andra
ZONE DE STOCKAGE MA-VL ZONE DE STOCKAGE HA
DESCENDERIE Zone de soutien aux travaux Zone de réception, contrÎle et préparation des colis PUITS
SOUTERRAIN
DOUBLE
LABORATOIRE
Ribeaucourt Saudron Bure
Mandres-en-Barrois

COMMENT RÉAGIT LE BÉTON BAS PH EXPOSÉ À L’EAU ARGILEUSE

RevĂȘtement dĂ©posĂ©

Remblai Massif d’appui en bĂ©ton bas pH

RevĂȘtement

Enrichissement en calcium

Croute de calcite

Noyau gonïŹ‚ant mis en place au toit de l’unitĂ© silto-carbonatĂ©e (USC)

Enrichissement en magnésium

Zone saine

et de la soude (NaOH) provenant du ciment. Le pH se limite à 11,5 dans le cas des bétons bas pH.

La surprise de l’attaque magnĂ©sienne

« Depuis 2008, nous testons en laboratoire la tenue des bĂ©tons bas pH lorsqu’ils sont exposĂ©s Ă  l’eau argileuse, prĂ©cise Alexandre DauzĂšres. Cette eau, dont le pH est neutre, est multi-ionique : elle contient des carbonates, du magnĂ©sium, des sulfates... Cela produit trois grands types de perturbations chimiques : la lixiviation, qui conduit Ă  la dissolution de certains minĂ©raux du bĂ©ton, la carbonatation (liĂ©e Ă  la prĂ©sence de CO2) qui crĂ©e des microfissurations, et l’attaque magnĂ©sienne, qui provoque la formation de silicates de magnĂ©sium hydratĂ©s (ou M-S-H) Ă  l’interface avec l’argile. » Depuis la dĂ©couverte du phĂ©nomĂšne, trois thĂšses ont Ă©tĂ© menĂ©es Ă  l’IRSN sur ce prĂ©cipitĂ© magnĂ©sien. Ses impacts mĂ©ritent en effet d’ĂȘtre Ă©tudiĂ©s avec soin. Car les M-S-H formĂ©s remplacent totalement ou partiellement la matrice cimentaire Ă  base de C-S-H. « Or ils ont des propriĂ©tĂ©s moins cohĂ©sives, poursuit-il. Cela explique le vieillissement prĂ©maturĂ© que nous avons observĂ©, avec des fissures importantes apparues en seulement quatre mois. »

Les rĂ©sultats obtenus par l’IRSN ont permis de mettre Ă  jour les bases de donnĂ©es thermodynamiques internationales qui recensent les prĂ©cipitĂ©s et les rĂ©actions chimiques, sur lesquelles reposent les modĂ©lisations de tenue Ă  long terme du bĂ©ton. GrĂące Ă  ces derniĂšres, on peut vĂ©rifier le comportement du bĂ©ton aux Ă©chelles micro et macroscopique dans n’importe quel environnement aqueux.

« Notre code de calcul est fondĂ© sur ces bases de donnĂ©es, enrichies de nos propres rĂ©sultats, sur des lois thermodynamiques et sur un modĂšle de transport rĂ©actif, souligne le chercheur. Aujourd’hui, grĂące Ă  la prise en compte de l’attaque magnĂ©sienne, nos modĂ©lisations sont en parfait accord avec les rĂ©sultats de nos expĂ©rimentations Ă  l’échĂ©ance de cinq Ă  six ans. » Et pour s’assurer que les prĂ©visions de vieillissement du bĂ©ton sont valides et permettent de simuler l’évolution Ă  long terme, le code de calcul sera testĂ© sur des analogues archĂ©ologiques de bĂ©ton pouzzolaniques dans le cadre d’une nouvelle thĂšse. Les modĂ©lisations auront lieu, d’une part, sur des Ă©chantillons prĂ©levĂ©s sur des piles d’un pont romain construit il y a deux mille ans, aujourd’hui immergĂ©es dans la baie de Naples (Italie), et, d’autre part, sur un bĂ©ton similaire reconstituĂ© par une Ă©quipe d’archĂ©ologues et plongĂ© depuis vingt ans dans la mer au large de Brindisi, ce qui fournit une donnĂ©e Ă  moyen terme. Et pour avoir en outre des rĂ©fĂ©rences Ă  trĂšs court terme, l’IRSN fabrique ces mĂȘmes bĂ©tons et les fera tremper dans de l’eau de mer pour pouvoir les comparer aux Ă©chantillons prĂ©cĂ©dents, sachant que les principes de chimie thermodynamique sont les mĂȘmes qu’en eau douce.

« Si nos rĂ©sultats sont en bonne adĂ©quation sur un bĂ©ton immergĂ© quelques mois, vingt ans ou deux millĂ©naires, nous pourrons avoir confiance dans notre base de donnĂ©es et dans nos modĂšles, conclut Alexandre DauzĂšres. D’autant plus que l’environnement de CigĂ©o, moins salin, est chimiquement moins complexe Ă  modĂ©liser. »

SchĂ©ma d’un scellement de descenderie dans CigĂ©o d’aprĂšs l’Andra (dossier de DAC - 2023)

Illustration des mécanismes de dégradation dans un béton bas pH

Comme l’attestent les analyses des restes de piles de pont Ă  Pouzzoles, prĂšs de Naples (Italie), les Romains avaient inventĂ© et utilisaient dĂ©jĂ  des formulations de bĂ©tons trĂšs proches des bĂ©tons bas pH quant Ă  leur composition.

III / POUR LA SCIENCE CAHIER PARTENAIRE

☐ N° 557 (mars. 24)

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☐ N° 556 (fev. 24)

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L’AUTEUR

LOÏC MANGIN

rédacteur en chef adjoint à Pour la Science

PRENDRE LE BOULEAU DU BON CÔTÉ

Fruits de nombreuses collaborations avec les scientiïŹques, les Ɠuvres de Karine Bonneval invitent Ă  renouer les liens avec le vĂ©gĂ©tal, et notamment avec le bouleau, cet injustement mal-aimĂ©.

Le printemps pointe le bout de son nez, et avec lui, certes le soleil, la chaleur, le rĂ©veil de la nature
 mais aussi certains dĂ©sagrĂ©ments , car c’est aussi la saison des allergies ! Et parmi les plantes les plus redoutĂ©es ïŹgure en bonne place, avec les graminĂ©es, l’armoise
 le bouleau. Toutes sont des espĂšces anĂ©mophiles, c’est-Ă -dire dont la fĂ©condation est assurĂ©e par le vent, et non par exemple par des insectes : aussi pour ĂȘtre transportĂ©s les grains de pollen sont-ils minuscules et donc particuliĂšrement aptes Ă  envahir les muqueuses nasales et y dĂ©clencher des rĂ©actions inïŹ‚ammatoires. Les phĂ©nomĂšnes d’allergie allant s’amplifiant , il n’est pas Ă©tonnant que le bouleau n’ait pas bonne presse et soit le plus souvent associĂ© aux Ă©ternuements, au nez qui coule, aux yeux

qui dĂ©mangent
 Et c’est bien dommage
 L’artiste Karine Bonneval s’est lancĂ©e dans la rĂ©habilitation de cette essence, et bien plus encore.

En eïŹ€et, ses Ɠuvres, dont de nombreuses font l’objet d’une grande exposition carte blanche conçue avec l’association Siana au Domaine de Chamarande, dans l’Essonne, sont pour la plupart nĂ©es d’une rĂ©ïŹ‚exion sur ce que l’humain a de commun avec les plantes. Sculptures et installations invitent Ă  se mettre Ă  la place de ces derniĂšres, Ă  bouger, respirer avec elles et mĂȘme Ă  les Ă©couter. Pour la plupart, elles ont Ă©tĂ© conçues en collaboration Ă©troite avec des scientiïŹques.

Ainsi, Écouter la terre, qui consiste en douze piĂšces de cĂ©ramique (Ă©laborĂ©es avec Charlotte Poulsen) ïŹchĂ©es dans du

terreau, donne Ă  entendre les sons liĂ©s Ă  l’activitĂ© de la faune du sol. Ils ont Ă©tĂ© enregistrĂ©s grĂące Ă  un capteur fabriquĂ© pour l’occasion avec Fanny Rybak, bioacousticienne Ă  l’universitĂ© Paris-Saclay. Autre exemple, DendromitĂ©, respirer avec l’arbre est un film, rĂ©alisĂ© avec Claire Damesin, Ă©cophysiologue de l’arbre Ă  l’universitĂ© Paris-Saclay, qui rĂ©vĂšle par le biais d’une camĂ©ra infrarouge Ă  objectif refroidi les Ă©missions tĂ©nues de CO2 des troncs.

Quant au bouleau, il est au cƓur de plusieurs Ɠuvres conçues avec Nicolas Visez, aĂ©robiologiste au Laboratoire avancĂ© de spectroscopie pour les interactions, la rĂ©activitĂ© et l’environnement (Lasire), de l’universitĂ© de Lille. Ainsi, Berkanan (voir la photographie ci-dessus) est constituĂ© d’une fontaine Ă  sĂšve de bouleau (un ïŹ‚uide parĂ© de nombreuses

86 / POUR LA SCIENCE N° 558 / AVRIL 2024 ART & SCIENCE
© CD 91 J. Figea

vertus mĂ©dicinales), en cĂ©ramique Ă  nouveau, dont les vasques reprennent la forme des Ă©cailles des chatons de l’arbre, ces inïŹ‚orescences d’oĂč s’échappent les grains de pollen par millions au printemps. L’ensemble est disposĂ© au milieu de plusieurs troncs blancs du vĂ©gĂ©tal dans lesquels on doit voir autant d’individus. Et c’est l’un des apports de Karine Bonneval aux travaux du Lasire aprĂšs deux ans d’échanges avec les scientiïŹques qui y travaillent. Dans quelle mesure l’emplacement d’un bouleau, pris isolĂ©ment, et les conditions qui y rĂšgnent, notamment de pollution, inïŹ‚uent-ils sur la quantitĂ© de pollen et son pouvoir allergisant ? C’est l’objet d’une thĂšse en cours au laboratoire lillois, oĂč plusieurs arbres sont suivis de prĂšs en ville, sur un ancien terril, sur le campus


Murmures du bouleau, une sculpture en vannerie associĂ©e Ă  un tapis, est ornĂ©e de larmes de savon au pollen de bouleau et de « portraits » de ces grains produits au Lasire. Il s’agit de chromatographies sur papier d’extraits de pollen : les divers composĂ©s migrent diïŹ€Ă©remment dans le support et sont de la sorte sĂ©parĂ©s. En les confectionnant, les Ă©quipes du Lasire ont dĂ©tectĂ© un composĂ© intriguant, du fer. Ce mĂ©tal, qui sort rapidement du grain quand l’humiditĂ© est importante (c’est le cas dans les muqueuses), jouerait-il un rĂŽle dans les rĂ©actions inïŹ‚ammatoires liĂ©es aux allergies ? Des travaux sont en cours pour rĂ©pondre.

L’objectif de ces collaborations est, selon l’artiste, de « refaire famille avec le bouleau » et ne plus voir en lui qu’une source de contrariĂ©tĂ©s. De fait, chez les

Celtes, pour qui Berkanan Ă©tait la rune associĂ©e au bouleau, cet arbre, le premier du calendrier, Ă©tait symbole de naissance et de renouveau. Puisse - t- il, selon les vƓux de Karine Bonneval, ĂȘtre celui d’une nouvelle attention, facilitĂ©e par la science ici portĂ©e aux plantes, et plus gĂ©nĂ©ralement aux vivants qui nous entourent. n

« Se planter – RĂ©colter le soleil et cultiver la pluie », au Domaine de Chamarande, dans l’Essonne, jusqu’au 28 avril 2024. chamarande.essonne.fr

L’auteur a publiĂ© : Pollock, Turner, Van Gogh, Vermeer et la science
 (Belin, 2018)

POUR LA SCIENCE N° 558 / AVRIL 2024 / 87
Berkanan (2022) est une fontaine en grÚs émaillé, cordes, sÚve et tronc de bouleau, conçue en collaboration avec la céramiste Charlotte Poulsen.

JEAN-MICHEL COURTY ET ÉDOUARD KIERLIK professeurs de physique Ă  Sorbonne UniversitĂ©, Ă  Paris

TIRER LA NAPPE SOUS LES COUVERTS

Comment retirer une nappe d’une table dressĂ©e sans casser de vaisselle ? Trucs et astuces pour un tour spectaculaire plus facile qu’il n’y paraĂźt.

L’une des applications de la physique, et non des moindres, est de briller dans les dĂźners en ville
 surtout si l’on s’en prend Ă  la table de ce mĂȘme dĂźner ! En eïŹ€et, l’un des plus spectaculaires « tours de physique » consiste Ă  retirer une nappe d’une table dressĂ©e en y laissant assiettes, verres, couverts
 quasiment Ă  la mĂȘme place DiïŹƒcile ? Non, cette prouesse est bien plus facile Ă  rĂ©aliser qu’il n’y paraĂźt. DĂ©couvrons les lois de la physique qui rendent possible ce tour et les astuces qui garantissent de le rĂ©ussir sans risque pour le service en cristal et la porcelaine.

Cette expĂ©rience et ses variantes sont couramment utilisĂ©es pour illustrer la notion d’inertie C’est effectivement l’inertie de tous les objets prĂ©sents sur la table qui explique qu’ils restent en place lorsqu’on tire la nappe d’un geste rapide

Elle se manifeste ici de façon nette parce que la force de frottement qu’exerce la nappe en mouvement sur la base des objets n’augmente pas avec sa vitesse.

FROTTEMENTS ET VITESSE

C’est l’une des propriĂ©tĂ©s du frottement entre solides : lors d’un glissement de l’un sur l’autre, la force de frottement entre les deux est presque constante. De plus, la valeur de cette derniĂšre ne dĂ©pend pas de la taille de l’aire de contact entre les solides Elle est proportionnelle Ă  la force qui presse un solide contre l’autre et qui, ici, n’est rien d’autre que le poids des objets disposĂ©s sur la nappe. Le coefïŹcient de proportionnalitĂ©, ou plutĂŽt le coefficient de frottement dynamique , vaut typiquement 0,3 entre une assiette et une nappe. Les amateurs de physique

Attention, un tour spectaculaire, et nĂ©anmoins facile, mais pour lequel un peu d’entraĂźnement peut s’avĂ©rer nĂ©cessaire


le vĂ©riïŹeront facilement en scotchant un smartphone sur une assiette, en faisant glisser cette derniĂšre sur la nappe et en mesurant sa dĂ©cĂ©lĂ©ration avec une application spĂ©ciïŹque, comme « phyphox » Durant toute la phase de ralentissement, la dĂ©cĂ©lĂ©ration mesurĂ©e est constante et vaut typiquement 3 mĂštres par seconde carrĂ©e (3 m s-2), soit 0,3 fois l’accĂ©lĂ©ration de la pesanteur.

C’est cette mĂȘme accĂ©lĂ©ration constante que subira l’assiette – et en fait tous les objets qui l’accompagnent sur la table –quand on tirera la nappe, quelle que soit la vitesse de cette derniĂšre Des mesures (toujours avec smartphone) faites par les auteurs montrent qu’on tire environ 50 centimĂštres de nappe en un dixiĂšme de seconde Cela signiïŹe d’abord que la vitesse de tirage est typiquement de 5 mĂštres par

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© Illustrations de Bruno Vacaro
IDÉES DE PHYSIQUE

seconde Ensuite, un objet prĂšs du bord verra l’intĂ©gralitĂ© du bout de nappe dĂ©ïŹler sous lui : il sera donc accĂ©lĂ©rĂ© Ă  3 m s-2 pendant 0,1 seconde.

Pour un physicien, c’est l’analogue d’une petite chute libre : il en dĂ©duira que la vitesse acquise par l’objet sera de 30 centimĂštres par seconde et qu’il se sera avancĂ© de 1,5 centimĂštre Attention, une fois la nappe passĂ©e , l’objet se retrouve avec une certaine vitesse sur la table nue oĂč il dĂ©cĂ©lĂšre.

Comme le coeïŹƒcient de frottement entre les objets et la table est du mĂȘme ordre que celui que l’on compte entre les objets et la nappe, il s’arrĂȘte sur une distance de 1,5 centimĂštre : cela fait un dĂ©placement total de 3 centimĂštres. C’est un maximum Les objets plus Ă©loignĂ©s du bord ont moins de surface de

UN TOUR DE FORCES

Lorsqu’on tire une nappe d’une table dressĂ©e, quelles sont les forces en prĂ©sence ? Le poids des di Ă©rents objets (en rouge), les forces de frottement (en jaune) et enïŹn la rĂ©action de la table (en bleu). PrĂ©cisons que plus la nappe va vite, plus les objets bougeront lentement, car plus la durĂ©e d’action de la force de frottement sera brĂšve.

Nappe

Vitesse

nappe qui glisse sous eux et bougent donc proportionnellement moins.

UNE VOITURE DE COURSE

Si l’on souhaite tirer plus de nappe, disons 3 mĂštres, il faut gagner en vitesse. En eïŹ€et, si on tire toujours Ă  5 mĂštres par seconde, 6 fois plus de temps est nĂ©cessaire et le dĂ©placement d’un objet sera multipliĂ© par 36, correspondant donc Ă  plus de 1 mĂštre dans l’exemple prĂ©cĂ©dent ! Pour envisager des expĂ©riences plus « grand format » comme on peut le voir sur certaines vidĂ©os, oĂč une nappe est tirĂ©e sous une grande tablĂ©e de 16  convives, mieux vaut utiliser Ă  la place des mains
 une voiture de course C’est ce qui a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© dans l’émission « Street Science » en tirant Ă  une vitesse de 160 kilomĂštres par heure la nappe accrochĂ©e par un cĂąble Ă  un tel

bolide Une astuce a toutefois Ă©tĂ© indispensable pour assurer la rĂ©ussite. AprĂšs une premiĂšre tentative infructueuse, avec verres et assiettes chamboulĂ©s, les expĂ©rimentateurs ont placĂ© des feuilles de plastique entre les objets et la nappe. Ainsi, en rĂ©duisant encore drastiquement le coeïŹƒcient de frottement, rien n’a bougĂ© Ă  la seconde tentative Sans aller dans de telles extrĂ©mitĂ©s, quelques considĂ©rations pratiques vous aideront Ă  rĂ©ussir avec une plus petite tablĂ©e D’abord le choix de la nappe est primordial ! Elle doit ĂȘtre lisse et glissante,

Les auteurs ont notamment publié : En avant la physique !, une sélection de leurs chroniques (Belin, 2017).

POUR LA SCIENCE N° 558 / AVRIL 2024 / 89
Table

donc sans broderies Pas la peine d’avoir une nappe en soie, la grande majoritĂ© des textiles synthĂ©tiques suffiront Point important, aucun ourlet n’est permis : celui-ci entraĂźnerait les objets au passage En pratique, le plus simple est de couper une nappe en deux par le milieu (que ne ferait-on pas pour Ă©pater ses amis !).

Quant aux objets Ă  dĂ©poser sur la nappe, aucune contrainte tant que l’objet n’est pas susceptible de l’accrocher ! Cela interdit pour les fourchettes, le dressage Ă  la française, c’est-Ă -dire pointes vers le bas, et impose, hĂ©las, la tradition anglaise, avec les pointes perfidement orientĂ©es vers le haut Pour plus d’effet , nous conseillons des verres Ă  pied , ça n’augmente pas le risque et c’est bien plus impressionnant. Les remplir d’un peu de boisson colorĂ©e, comme du vin, ajoute encore au spectacle.

Ensuite, il importe de bien se positionner par rapport Ă  la table. Deux choix sont possibles : de face ou de proïŹl La seconde option autorise dans la limite des contraintes exposĂ©es prĂ©cĂ©demment, de plus grandes nappes, car le corps ne gĂȘne pas Le mouvement est en revanche plus dĂ©licat Ă  maĂźtriser et nĂ©cessite beaucoup d’entraĂźnement

La position de face est quant Ă  elle plus simple Dans cette position, avec un peu de concentration, il est tout Ă  fait possible de rĂ©ussir la manipulation du premier coup sans aucun entraĂźnement. Positionnez-vous de sorte que si vous inclinez un peu le buste vers l’avant, bras tendus, vous touchiez juste le bord de la table avec le bout des doigts (80  centimĂštres environ). La longueur de nappe Ă  pouvoir passer sous les objets est alors la distance entre le corps et la table moins une trentaine de centimĂštres

BIEN SAISIR LA NAPPE

La façon de se saisir de la nappe est trĂšs importante Il est essentiel qu’aucun pli n’apparaisse sur la nappe lorsqu’on la tire Un rĂ©ïŹ‚exe commun consiste Ă  saisir la nappe avec les mains Ă©cartĂ©es puis Ă  les rapprocher l’une de l’autre Le rĂ©sultat est la formation d’une poche durant le mouvement qui entraĂźne tout ce qui se trouve sur la table. L’écartement idĂ©al des mains correspond Ă  la largeur des Ă©paules De plus une fois la nappe tenue, elle doit rester bien tendue dans le sens perpendiculaire au mouvement Ă  venir en tirant avec ses mains vers les cĂŽtĂ©s Cette tension sera maintenue jusqu’à la ïŹn de l’expĂ©rience. En ce qui concerne la longueur, prenez le bord de la nappe et froncez-le dans les

À VOS MARQUES, PRÊT, TIREZ !

De face, Ă  environ 80 centimĂštres de la table, inclinez un peu le buste vers l’avant en gardant les bras tendus. Tenez Ă©galement la nappe tendue sans crĂ©er de pli ou de poches, et, quand vous tirez, veillez Ă  garder constant l’écart entre vos bras jusqu’à la ïŹn. Et hop, le tour est jouĂ© !

mains de sorte qu’il reste une trentaine de centimĂštres de nappe entre la table et les mains Rapprochez ensuite les mains vers la table. Ces 30 centimĂštres de jeu vous permettront d’accĂ©lĂ©rer les mains avant que la nappe ne commence Ă  glisser. Lorsque ce sera le cas , sa vitesse sera presque maximale et vous minimiserez la durĂ©e du glissement sous les objets

DerniĂšre recommandation : tirer horizontalement Le plus sĂ»r et le plus simple est de penser au point d’arrivĂ©e ïŹnal des mains : la partie du corps qui est au niveau de la table, en gĂ©nĂ©ral la ceinture Vient ensuite le moment crucial oĂč il vous faut tirer le plus rapidement possible, sans hĂ©siter. En ajoutant un mouvement de rabat des poignets durant ce mouvement, vous obtiendrez une vitesse de nappe encore plus grande À vous de jouer

Avec beaucoup d’entraĂźnement, peutĂȘtre arriverez-vous mĂȘme Ă  remettre la nappe sous les couverts comme le fait Mat Ricardo dans « Tablecloth 2.0 », voire Ă  transfĂ©rer la nappe d’une table Ă  une autre, dans « Tablecloth 3.0 » TentĂ© ? Prenez alors comme lui la prĂ©caution de placer l’intĂ©gralitĂ© des objets situĂ©s sur la table sur des plateaux avec un rebord courbĂ© vers le haut : la nappe glissera mieux

Précision importante : les auteurs déclinent toute responsabilité concernant une éventuelle casse de vaisselle n

M. Françon, ExpĂ©riences de physique, Revue d’optique thĂ©orique et instrumentale, 1963.

Plusieurs vidéos

Le principe d’inertie : youtu.be/z2HxzZkCFIA

Passer une nappe d’une table à l’autre : youtu.be/o94Pm-Cty3M

Tirer une nappe avec une voiture de course : youtu.be/IB7oTNuPg_M

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L’AUTEUR

HERVÉ LE GUYADER

professeur émérite de biologie évolutive à Sorbonne Université, à Paris

LE PLUS ANCIEN EUCARYOTE PLURICELLULAIRE

Les premiers organismes comportant plusieurs cellules dotĂ©es d’un noyau sont apparus bien plus tĂŽt qu’on ne le pensait. Il s’agissait trĂšs probablement d’algues vertes.

La dĂ©couverte de fossiles trĂšs anciens constitue parfois une avancĂ©e biologique capitale. C’est ainsi que, tout rĂ©cemment, en explorant des gisements chinois dont la qualitĂ© paraĂźt de plus en plus surprenante Ă  mesure qu’on les Ă©tudie, une Ă©quipe de l’AcadĂ©mie des sciences du pays a complĂštement modiïŹĂ© l’idĂ©e que l’on avait de la chronologie d’apparition des premiers eucaryotes pluricellulaires – les organismes comportant plusieurs cellules pourvues d’un noyau, dont font partie les animaux et les plantes

Les premiĂšres cellules apparues sur Terre Ă©taient procaryotes, c’est-Ă -dire dĂ©pourvues de noyau. Divers fossiles

unicellulaires tĂ©moignent de leur existence dĂšs l’ArchĂ©en (pĂ©riode gĂ©ologique entre 4 et 2,5 milliards d’annĂ©es), plus prĂ©cisĂ©ment il y a environ 3,8 milliards d’annĂ©es. Quelque 300 millions d’annĂ©es plus tard, soit assez vite Ă  l’échelle des temps gĂ©ologiques, des ïŹlaments pluricellulaires se sont organisĂ©s, comme en tĂ©moignent les stromatolithes, des concrĂ©tions calcaires que produit aujourd’hui encore le mĂ©tabolisme de cyanobactĂ©ries, des bactĂ©ries photosynthĂ©tiques structurĂ©es en ïŹlaments.

Les stromatolithes se fossilisent trĂšs bien et les plus anciens connus remontent en eïŹ€et Ă  environ 3,5 milliards d’annĂ©es. DĂ©tecter des traces de cyanobactĂ©ries dans ces derniers n’a cependant pas Ă©tĂ© une mince aïŹ€aire. Les observations de William Schopf, de l’universitĂ© de Californie Ă  Los Angeles ont Ă©tĂ© essentielles. En 1993, il Ă©tudia avec soin des stromatolithes dans un gisement de

Urospora wormskioldii est une algue verte ïŹlamenteuse, printaniĂšre et Ă©phĂ©mĂšre, qui pousse sur des rochers plats dans les zones de balancement des marĂ©es des cĂŽtes de l’ocĂ©an PaciïŹque nord.

env. 5 mm

Les ïŹlaments comptent souvent plus de vingt cellules, toutes dotĂ©es d’un noyau, comme chez tous les eucaryotes.

:

Urospora wormskioldii

Longueur : jusqu’à 30 cm

Largeur : 0,2 Ă  2 mm

92 / POUR LA SCIENCE N° 558 / AVRIL 2024 CHRONIQUES DE L’ÉVOLUTION
wormskioldii
© Erin McKittrick, iNaturalist (CC BY 4 0 Deed) Q. magniïŹca
U.
:
© L. Miao et al., Sci. Adv.,  2024

La cellule terminale est hémisphérique, traduisant une zone de croissance.

EN CHIFFRES

278 1,635 MILLIARD

C’est le nombre de microfossiles de Qingshania magniïŹca que l’équipe chinoise a Ă©tudiĂ©s. Leur longueur atteignait parfois 860 ”m. Celle des cellules variait entre 15 et 190 ”m, et leur diamĂštre, entre 20 et 194 ”m. Certaines contenaient une endospore de 15 Ă  21 ”m de diamĂštre.

Les schistes de Chuanlinggou, dans le nord de la Chine, constituent une roche vieille de 1,635 milliard d’annĂ©es, oĂč les fossiles sont particuliĂšrement bien conservĂ©s.

l’ouest de l’Australie vieux de 3,465 milliards d’annĂ©es. Il y dĂ©tecta au microscope des « microbes ïŹlamenteux » qu’il interprĂ©ta logiquement comme des cyanobactĂ©ries.

Ces bactĂ©ries, qui rĂ©alisent une photosynthĂšse avec dĂ©gagement d’oxygĂšne, Ă©taient donc prĂ©sentes bien avant la premiĂšre Grande OxygĂ©nation, cette pĂ©riode entre 2,4 et 2 milliards d’annĂ©es durant laquelle l’atmosphĂšre terrestre s’est considĂ©rablement enrichie en oxygĂšne. Puis, tout au long de l’ArchĂ©en, et ensuite du PalĂ©oprotĂ©rozoĂŻque (entre 2,5 et 1,6 milliards d’annĂ©es), de nombreuses autres colonies bactĂ©riennes – donc procaryotes – se sont dĂ©veloppĂ©es.

Comme U. wormskioldii, le fossile de Qingshania magniïŹca, trouvĂ© dans le nord de la Chine, est constituĂ© d’une sĂ©rie de cellules cylindriques de taille variable.

140

C’est le nombre de genres d’organismes pluricellulaires ïŹlamenteux connus. Onze d’entre eux sont bactĂ©riens, un est archĂ©en. Ceux qui restent sont eucaryotes.

Des eucaryotes, en revanche, point de trace avant la ïŹn du PalĂ©oprotĂ©rozoĂŻque. Les plus anciens vestiges unicellulaires connus sont vieux d’environ 1,65 milliard d’annĂ©es, ce qui suggĂšre que prĂšs de milliards d’annĂ©es se sont Ă©coulĂ©es entre leur apparition et celle des ïŹlaments de bactĂ©ries. Surtout, jusqu’à prĂ©sent, vu les fossiles connus, on pensait que les premiers ïŹlaments pluricellulaires eucaryotes s’étaient formĂ©s trĂšs tardivement. Mais Ă©tait-ce une rĂ©alitĂ© biologique ou la consĂ©quence d’un manque de fossiles ? La dĂ©couverte de l’équipe chinoise vient justement de balayer la premiĂšre option.

LE CAP DU MILLIARD D’ANNÉES

Auparavant, plusieurs Ă©quipes avaient trouvĂ© des populations relativement abondantes d’anciens eucaryotes pluricellulaires, mais ces derniĂšres remontaient toutes Ă  environ 1 milliard d’annĂ©es
 et s’apparentaient chacune Ă  une branche diffĂ©rente des eucaryotes actuels : une algue rouge, Bangiomorpha pubescens, dĂ©couverte en 2000 dans l’üle Somerset, dans l’archipel arctique canadien, et datĂ©e tout rĂ©cemment de 1,050 milliard d’annĂ©es ; une algue verte, Proterocladus antiquus , dĂ©crite en 2020 dans un gisement du nord de la Chine, dans une pĂ©ninsule proche de la CorĂ©e du Nord, vieille de 0,950 milliard d’annĂ©es ; un hypothĂ©tique champignon,

POUR LA SCIENCE N° 558 / AVRIL 2024 / 93
100 ”m

Ourasphaira giraldae, trouvĂ© en 2019 dans le nord du Canada, en face de l’üle Victoria, remontant Ă  0,890 milliard d’annĂ©es ; et enïŹn, dĂ©couvert en 2021 dans un ancien rĂ©cif fossilisĂ© du nord-ouest du Canada, prĂšs de l’Alaska, le plus ancien animal fossilisĂ© connu – une Ă©ponge datant elle aussi de 0,890 milliard d’annĂ©es.

On s’interrogeait donc : avait-il fallu plus de 600 millions d’annĂ©es aux eucaryotes pour dĂ©velopper un organisme pluricellulaire, soit deux fois plus de temps que les procaryotes ou, tout simplement, les fossiles intĂ©ressants n’avaient-ils pas encore Ă©tĂ© trouvĂ©s ? C’est alors que l’équipe de Maoyan Zhu, de l’AcadĂ©mie chinoise des sciences, en collaboration avec Andrew Knoll, le spĂ©cialiste reconnu de la palĂ©ontologie prĂ©cambrienne de l’universitĂ© Harvard, aux États-Unis, a dĂ©crit des eucaryotes multicellulaires vieux de plus de 1,6 milliard d’annĂ©es. Dans la formation Chuanlinggou, dans le nord de la Chine, elle a trouvĂ© des Ă©chantillons mieux prĂ©servĂ©s du fossile Qingshania magniïŹca, dĂ©couvert en 1989 dans ce mĂȘme gisement. À l’époque, Ă  cause de la mauvaise qualitĂ© des photographies publiĂ©es et de la diïŹƒcultĂ© d’accĂšs Ă  la publication, l’étude du fossile avait reçu peu d’attention. Maoyan Zhu et ses collĂšgues l’ont donc recommencĂ©e en examinant les nouveaux Ă©chantillons par des techniques modernes de spectroscopie.

UNE ALGUE ANCESTRALE

En macĂ©rant les schistes Ă  l’acide, ils ont libĂ©rĂ© des ïŹlaments droits ou courbĂ©s d’un maximum de vingt cellules. Certains ïŹlaments sont particuliers. Leurs cellules contiennent une structure ovoĂŻde prĂ©sentant toujours la mĂȘme taille, la mĂȘme forme, la mĂȘme transparence, la mĂȘme localisation. Bref, ce n’est pas un artefact, mais bel et bien un objet biologique que les chercheurs interprĂštent comme une endospore comparable Ă  celles que l’on trouve chez de nombreuses algues ïŹlamenteuses et qui interviennent dans leur reproduction.

Mais ne serait-ce pas une cyanobactĂ©rie ? Bien que la taille et la forme ne prĂȘchent pas pour une telle identitĂ©, les chercheurs ont voulu le vĂ©riïŹer. Pour cela, ils ont comparĂ© le spectre Raman de Q. magniïŹca avec ceux de cyanobactĂ©ries actuelles et fossiles. Les diïŹ€Ă©rences sont trĂšs nettes, et tout laisse penser qu’il s’agit d’une algue ïŹlamenteuse eucaryote ressemblant Ă  certaines algues vertes actuelles comme l’ulvophycĂ©e Urospora wormskioldii

DES FOSSILES À L’ARBRE DES EUCARYOTES

En comparant les gĂšnes des eucaryotes actuels, il est possible de reconstituer un arbre de parentĂ© de ce groupe avec une estimation des dates d’apparition des embranchements, depuis Leca (Last eukaryotic common ancestor), leur ancĂȘtre commun le plus rĂ©cent – ou le groupe de cellules qui, ensemble, prĂ©sentaient toutes ses caractĂ©ristiques –, jusqu’à aujourd’hui. On y voit que la dĂ©couverte de Qingshania magniïŹca, le plus ancien eucaryote pluricellulaire connu, vieux de 1 635 millions d’annĂ©es (Ma), comble un grand vide, puisque les autres fossiles connus d’eucaryotes pluricellulaires (les points colorĂ©s) sont bien plus rĂ©cents.

000

Paléoprotérozoïque

Leca

Les plus anciens eucaryotes unicellulaires connus (∿1 650 Ma)

538,8 750

000 Ma

Néoprotérozoïque Mésoprotérozoïque

Pha.

SAR

Haptophytes

Algues vertes

Algues rouges

Amibozoaires

Champignons

Holozoaires

Qingshania magnifica (∿1 635 Ma)

En d’autres termes, la pluricellularitĂ© est survenue trĂšs vite aprĂšs l’apparition des eucaryotes unicellulaires : en 15 millions d’annĂ©es d’aprĂšs les fossiles connus. La nouvelle sĂ©quence temporelle sur Terre s’écrit comme suit : 4,54 milliards d’annĂ©es, formation de la Terre ; 4,28 milliards d’annĂ©es, premiĂšres traces de vie ; 3,8 milliards d’annĂ©es, premiĂšres cellules procaryotes ; 3,465 milliards d’annĂ©es, premiĂšres bactĂ©ries filamenteuses ; 1,650 milliard d’annĂ©es, premiers unicellulaires eucaryotes ; 1,635 milliard d’annĂ©es, premiers eucaryotes ïŹlamenteux ; 0,890 milliard d’annĂ©es, premier animal fossilisĂ©. Puis, depuis l’explosion cambrienne d’il y a 540 millions d’annĂ©es, tout s’accĂ©lĂšre.

Sans doute trouvera-t-on des fossiles plus anciens qui viendront encore bouleverser cette chronologie, mais en attendant on peut supposer que les eucaryotes sont devenus pluricellulaires bien plus vite que les procaryotes. Ce qui soulĂšve une nouvelle question : pourquoi une telle diffĂ©rence ? Serait-ce parce que la pluricellularitĂ© existait dĂ©jĂ  chez les procaryotes et a facilitĂ© celle des eucaryotes, par transfert de gĂšnes ou autre ? Ou parce que les eucaryotes se sont vite dotĂ©s d’une matrice extracellulaire plus complexe, ce qui a favorisĂ© les interactions cellule-cellule ? Vivement le prochain fossile ancien. n

HervĂ© Le Guyader a notamment publiĂ© : Ma galerie de l’évolution (Le Pommier, 2021).

BIBLIOGRAPHIE

L. Miao et al., 1.63-billion-year-old multicellular eukaryotes from the Chuanlinggou Formation in North China, Sci. Adv., 2024.

A. H. Knoll et al., Life : The ïŹrst two billion years, Phil. Trans. R. Soc. B, 2016.

J. W. Schopf, Microfossils of the Early Archean Apex Chert : New evidence of the antiquity of life, Science, 1993.

94 / POUR LA SCIENCE N° 558 / AVRIL 2024 CHRONIQUES DE L’ÉVOLUTION
© Adapté de L. Miao et al., Sci. Adv.,  2024
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BULLETIN D’ABONNEMENT

L’AUTEUR

HERVÉ THIS physicochimiste, directeur du Centre international de gastronomie molĂ©culaire AgroParisTech-Inrae, Ă  Palaiseau

PDES SOUFFLÉS DE BONNE TENUE

Quelles proportions d’ingrĂ©dients perme ent Ă  des souïŹ„Ă©s de gonïŹ‚er et de rester ainsi ?

our faire gonïŹ‚er les souïŹ„Ă©s, il y a ces trois lois que j’ai dĂ©couvertes il y a des annĂ©es, Ă  savoir bien battre les blancs d’Ɠufs en neige ferme, faire une croĂ»te dans la partie supĂ©rieure avant la cuisson et, surtout, chauïŹ€er par le fond : si les soufïŹ‚Ă©s gonïŹ‚ent, c’est surtout parce que l’eau de la prĂ©paration, Ă©vaporĂ©e de la partie infĂ©rieure des ramequins, produit un grand volume de vapeur, qui pousse les couches vers le haut. Quand les blancs sont fermes ou quand une croĂ»te est prĂ©sente, les bulles de vapeur sont mieux retenues, ce qui contribue ainsi Ă  un gonïŹ‚ement plus prononcĂ©. En thĂ©orie, une prĂ©paration de 100 grammes de souïŹ„Ă© pourrait engendrer plus de 15 litres de souïŹ„Ă© ïŹnal.

Le gonïŹ‚ement Ă©tant obtenu, quelle est la juste proportion des ingrĂ©dients utilisĂ©s, qui fait tenir un souïŹ„Ă© ? Pour un souïŹ„Ă© au fromage, par exemple, la prĂ©paration de base est une sauce Ă©paisse, faite essentiellement de farine, de lait, de beurre, et de fromage. On y ajoute des jaunes d’Ɠufs, tandis que les blancs d’Ɠufs sont battus en neige Ă  part. Quelle est l’inïŹ‚uence relative des blancs et des jaunes ? Des souïŹ„Ă©s avec beaucoup de blanc d’Ɠuf tiendraientils mieux ou moins bien que des souïŹ„Ă©s avec beaucoup de jaune ?

Nous avons Ă©tudiĂ© expĂ©rimentalement ces questions lors du dernier sĂ©minaire de gastronomie molĂ©culaire, en divisant une mĂȘme base de soufflĂ© en trois parties Ă©gales et en comparant des souïŹ„Ă©s faits entiĂšrement avec des blancs, ou entiĂšrement avec des jaunes, ou avec des Ɠufs entiers, les jaunes Ă©tant dans la sauce tandis que les blancs Ă©taient battus en neige. Les rĂ©sultats ont Ă©tĂ© nets : pour les souïŹ„Ă©s avec beaucoup de blanc, le dĂ©veloppement est bien supĂ©rieur, mais la consistance est

PrivilĂ©gier les blancs d’Ɠufs produit un gonïŹ‚ement trĂšs marquĂ©, mais ce sont les protĂ©ines des jaunes qui assurent la bonne tenue du soufïŹ‚Ă©.

trĂšs fragile : les Ă©normes souïŹ„Ă©s que l’on rĂ©cupĂšre Ă  la sortie du four redescendent rapidement. Pour les souïŹ„Ă©s avec beaucoup de jaune d’Ɠuf, le gonïŹ‚ement est moindre, mais les souïŹ„Ă©s, bien mieux pris, se tiennent bien mieux aussi. Le rĂ©sultat est intermĂ©diaire pour les souïŹ„Ă©s avec jaunes et blancs d’Ɠufs.

Pourquoi ces diffĂ©rences ? Il y a d’abord le fait que le jaune et le blanc ont des proportions d’eau et de protĂ©ines diïŹ€Ă©rentes. Un blanc d’Ɠuf, c’est environ 35 grammes d’eau et 5 g de protĂ©ines. Ces protĂ©ines peuvent coaguler, faisant tenir le souïŹ„Ă©, mais seulement quand la tempĂ©rature est assez Ă©levĂ©e. Or dans l’intĂ©rieur d’un souïŹ„Ă©, la tempĂ©rature peut rester Ă  60 degrĂ©s quand le cƓur reste un peu moelleux. Pour les jaunes, il y a seulement 10 grammes d’eau, d’oĂč le moindre gonïŹ‚ement, mais il su ïŹƒ t de considĂ©rer un Ɠuf dur pour comprendre que la coagulation est plus forte : non seulement, le jaune contient 5 grammes de protĂ©ines mais ces protĂ©ines-lĂ  rĂ©agissent di ïŹ€ Ă©remment des protĂ©ines du blanc. Oui, rĂ©agissent : leurs protĂ©ines contiennent des rĂ©sidus de cystĂ©ine, qui portent des groupes « thiols » (un atome de soufre liĂ© Ă  un atome d’hydrogĂšne). Leur dĂ©naturation, causĂ©e par l’échauïŹ€ement, permet l’établissement de liaisons particuliĂšres nommĂ©es « ponts disulfures », qui lient les protĂ©ines : c’est la coagulation.

Finalement, comment faire nos soufïŹ‚Ă©s ? On pensera aux blancs pour avoir du gonïŹ‚ement et de la lĂ©gĂšretĂ©, mais on pensera aux jaunes si l’on prĂ©fĂšre un peu de tenue. Et, de toute façon, on appliquera les trois lois rappelĂ©es en dĂ©but d’article. n

SOUFFLÉ AU GRAND MARNIER

Dans une casserole, cuire 35 g de farine avec autant de beurre jusqu’à lĂ©gĂšre coloration blonde (« roux »).

Dans une autre casserole, chau er 250 g de lait avec une gousse de vanille fendue en deux et grattée. Retirer la gousse.

Verser ce lait vanillĂ© chaud sur le roux et cuire jusqu’à Ă©paississement.

À part, fouetter 4 jaunes d’Ɠufs et 50 g de sucre jusqu’à ce que le mĂ©lange blanchisse (« ruban »).

Ajouter les jaunes blanchis et une cuillerée de Grand Marnier à la préparation précédente.

À part, battre les 4 blancs d’Ɠufs en neige ferme. Leur ajouter 75 g de sucre, et poursuivre le battage.

Ajouter les blancs en neige sucrés à la premiÚre préparation.

Beurrer les ramequins et saupoudrer du sucre glace sur le beurre.

Verser la préparation dans les ramequins, et cuire au four à 220 °C (partie basse, chau age par le fond, si possible) pendant quinze minutes.

Saupoudrer de sucre glace.

96 / POUR LA SCIENCE N° 558 / AVRIL 2024 SCIENCE & GASTRONOMIE
© artist11/shutterstock

PICORER À

p. 24

p. 92

1,6 MILLIARD

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Durant la canicule de 2022, les langues glaciaires de ce massif se sont amincies jusqu’au sommet, au dĂŽme du GoĂ»ter, au-dessus de 4 000 mĂštres. Jusqu’alors, les parties hautes Ă©taient plutĂŽt stables et les amincissements concernaient les parties basses.

ÂŁ

p. 7

p. 44

7 MONT- BLANC

Les plus anciens vestiges connus d’eucaryotes, les organismes dont les cellules sont dotĂ©es d’un noyau, comme les animaux, les plantes et les champignons, sont vieux d’environ 1,6 milliard d’annĂ©es. Les eucaryotes sont donc probablement apparus plus de 2 milliards d’annĂ©es aprĂšs les premiĂšres cellules formĂ©es sur Terre, dĂ©pourvues de noyau, dont des fossiles tĂ©moignent de l’existence il y a environ 3,8 milliards d’annĂ©es.

Faisons davantage conïŹance au vivant pour s’adapter et acceptons que la productivitĂ© forestiĂšre diminue ÂŁ

p. 88

Pour colorier n’importe quelle carte sur un tore, il faut sept couleurs. Cela semble en contradiction avec le thĂ©orĂšme des quatre couleurs qui stipule qu’il faut quatre couleurs pour colorier n’importe quelle carte du plan
 mais le tore contient un trou et cela change tout !

p. 14

160 KILOMÈTRES PAR HEURE

C’est la vitesse Ă  laquelle la nappe d’une grande table dressĂ©e pour seize convives a Ă©tĂ© tirĂ©e sans que les objets ne bougent. Pour mener Ă  bien cette expĂ©rience, les animateurs de l’émission amĂ©ricaine « Street Science » ont placĂ© des feuilles de plastique entre les objets et la nappe aïŹn de rĂ©duire les frottements et accrochĂ© celle-ci par un long cĂąble
 Ă  une voiture de course.

RÉTROTRANSPOSON

Les rĂ©trotransposons sont des sĂ©quences d’ADN, parfois d’origine virale, qui s’insĂšrent dans le gĂ©nome de leur hĂŽte lors d’une infection et se dĂ©marquent par leur capacitĂ© Ă  s’y dĂ©placer et Ă  s’y multiplier. Chez l’humain, ils constituent environ 40 % de son gĂ©nome !

p. 66

Dans certains matĂ©riaux, en inïŹ‚uant sur les caractĂ©ristiques magnĂ©tiques d’ensembles d’atomes, il est possible de former des sortes de « bulles magnĂ©tiques » qui se dĂ©placent trĂšs vite : des « skyrmions ». Ces objets ont une structure bidimensionnelle, mais en 2023, des physiciens ont créé pour la premiĂšre fois leur pendant en trois dimensions : des « hopïŹons ».

HOPFION

Cet encart d’information est mis Ă  disposition gratuitement au titre de l’article L. 541-10-18 du code de l’environnement. Cet encart est Ă©laborĂ© par CITEO.

TRIONS SYSTÉMATIQUEMENT

LUNDI 8 AVRIL

JOURNÉE PROFESSIONNELLE À DESTINATION DES PROFESSIONNEL·LES DE LA MÉDIATION CULTURELLE, SCIENTIFIQUE ET DES RECHERCHES PARTICIPATIVES

CAEN | NORMANDIE Soutenu par Soutenu par

TOUTE LA SEMAINE

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RENCONTRES

ATELIERS CONFÉRENCES GRATUIT SUR INSCRIPTION

Science avec et pour la société UN PROJET DU LABEL turfu-festival.fr
· ATELIERS · RENCONTRES
CONFÉRENCES
Sarah PERONNET
Illustration

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