MATHÉMATIQUES
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TRANSCENDANTS
ARCHÉOLOGIE
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MATHÉMATIQUES
À LA DÉCOUVERTE
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Licence 1

Formation en présentiel ou à distance
Cours magistraux filmés et retransmis en direct
Acquérir un panorama des connaissances actuelles en astronomie et astrophysique auprès d’astronomes professionnels
Niveau
Suivi
Licence 1 à Master 1

Formation en ligne
Tutorat personnel et individualisé
Cours thématiques avec de nombreux exercices




Objectifs
Cours et TD (Mécanique Céleste, Ondes et Instruments, Soleil, Cosmologie, Galaxies etc.)
Stage pratique d’une semaine à l’Observatoire de Meudon (optionnel et sous conditions)
Stage d’observation à l’Observatoire de Haute Provence (optionnel et sous conditions)



Contenu


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EXPLORER ET COMPRENDRE L’UNIVERS LUMIERES SUR L’UNIVERS Dates limites d’inscription 3 septembre



Acquérir des bases solides en astrophysique à travers les parcours thématiques proposés
Se spécialiser grâce aux exercices suivis et corrigés à distance par un astronome professionnel




Des parcours thématiques adaptés à tous :
• Des étoiles aux planètes (L1-L2)
• Cosmologie et Galaxies (L2)
• Mécanique céleste (L3)
• Sciences planétaires (L3)
• Fondamentaux pour l’astrophysique (L3)
• Fenêtres sur L’Univers (M1)
• Instrumentation (M1)
Plusieurs centaines d’exercices corrigés individuellement







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Origine du papier : Autriche Taux de fibres recyclées : 30 % « Eutrophisation » ou « Impact sur l’eau » : Ptot 0,007 kg/tonne

MAURICE MASHAAL
Rédacteur en chef
Qu’y a-t-il dans l’espace lointain ? Tout ce que nous savons des étoiles, exoplanètes, galaxies et autres objets astrophysiques repose en très grande partie sur une entité physique qui paraît d’une grande banalité tant on la côtoie au quotidien : la lumière. Et cela pas juste en observant le ciel à l’œil nu ou en le scrutant visuellement à travers un télescope. C’est en effet grâce à la spectroscopie, c’est-à-dire l’analyse fine du rayonnement lumineux (et plus généralement électromagnétique), que l’on recueille des informations précises sur la matière présente dans le cosmos et les phénomènes qui s’y déroulent.
La découverte récente que l’astrochimiste Ryan Fortenberry relate dans ce numéro (voir pages 22 à 30) ne fait pas exception, et illustre même de façon éclatante le rôle capital de la spectroscopie en astronomie. Il s’agit de la mise en évidence de l’ion d’hydrure d’hélium, HeH+, dans une lointaine nébuleuse. La découverte est d’importance. En effet, depuis plusieurs décennies, les théoriciens supposent avec de bonnes raisons que cet ion inexistant sur Terre, très instable et quelque peu exotique – il comporte un atome d’hélium, élément chimiquement inerte qui ne réagit qu’exceptionnellement avec d’autres – a été la première molécule formée dans l’Univers peu après le Big Bang. Et que cette molécule a favorisé certains processus chimiques qui se sont déroulés ensuite, orientant donc la cosmochimie.
L’hydrure d’hélium s’ajoute ainsi aux quelque 200 autres molécules identifiées dans l’espace. Et offre à Ryan Fortenberry l’occasion de nous expliquer que parmi ces molécules, certaines, repérées assez récemment, éclaircissent une énigme tenace de l’astrophysique, celle des « bandes interstellaires diffuses ». Encore une histoire de spectres !
D’autres sujets passionnants vous attendent dans ce numéro : les nombres transcendants, le pourquoi des problèmes de dents, le rôle du hasard dans le vivant, un mélangeur inventé grâce à la géophysique… De quoi penser à autre chose que les questions relatives au Covid-19, une actualité sur laquelle Pour la Science vous propose depuis le mois de mars de nombreux articles en ligne et en accès libre (sur www.pourlascience.fr). n
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ÉCHOS DES LABOS
• Rétablissement de l’ozone : des effets sur le climat
• Une nouvelle enzyme recycle les bouteilles PET
• L’exotisme des anyons se confirme
• Comment la fleur évite la polyspermie
• Des traces de dinosaures au plafond
• Un arsenal de gènes métaboliques dans les virus géants
• L’aversion au risque de la fourmi
• Quand Homo erectus côtoyait les paranthropes
• La pluie impliquée dans une éruption ?
P. 16
LES LIVRES DU MOIS
P. 18
HOMO SAPIENS INFORMATICUS
L’école aux prises avec la fracture numérique

P. 36
ÉVOLUTION
AUX RACINES DE NOS PROBLÈMES
DENTAIRES
Peter Ungar
Dans les populations humaines d’aujourd’hui, les dents sont souvent cariées, mal alignées et à l’étroit dans les mâchoires. Principal suspect : l’alimentation moderne.

P. 50
BIOLOGIE
CE QUE LE VIVANT DOIT AU HASARD
Hervé Le Guyader
Quelle est la place du hasard en biologie ? Soulevée dès l’aube de la biologie moléculaire, cette question reçoit depuis quelques années de nouvelles réponses à toutes les échelles du vivant.
COVID-19 RETROUVEZ TOUS NOS ARTICLES RELATIFS À LA PANDÉMIE DE COVID-19 EN ACCÈS LIBRE SUR NOTRE SITE INTERNET : WWW. POURLASCIENCE.FR/ TAGS/COVID-19

Gilles Dowek
P. 20
QUESTIONS DE CONFIANCE
Covid-19 : confusion entre politique et science Virginie Tournay

P. 44
TECHNOLOGIE

En couverture : © Mondolithic Studios
Les portraits des contributeurs sont de Seb Jarnot
Ce numéro comporte un encart d’abonnement Pour la Science, jeté en cahier intérieur, sur toute la diffusion kiosque en France métropolitaine. Il comporte également un courrier de réabonnement, posé sur le magazine, sur une sélection d’abonnés.
MÉLANGER EN S’INSPIRANT DU MOUVEMENT DE LA TERRE
Patrice Meunier
Comment mélanger un liquide avec efficacité ? À partir de leurs recherches fondamentales, des géophysiciens ont breveté un procédé étonnamment simple : faire tourner le récipient sur lui-même en l’inclinant légèrement !

P. 58
NEUROSCIENCES
DANS LES ROUAGES CÉRÉBRAUX DE L’AGRESSIVITÉ
R. Douglas Fields
Au-delà de la morale, toute action violente présente un risque pour l’individu. Quels mécanismes neuronaux peuvent alors la déclencher ? Les chercheurs ont des pistes.
RENDEZ-VOUS

P. 68
ARCHÉOLOGIE
LIRE DES PAPYRUS CARBONISÉS ?
Hannes Hoffmann
Au xviiie siècle, la fouille d’une villa d’Herculanum a livré quelque 1 800 rouleaux de papyrus carbonisés datant de l’Antiquité. Les tentatives de les dérouler en ont détruit beaucoup. Mais avec le développement de méthodes d’imagerie non destructives, l’espoir de les lire renaît.

P. 76
HISTOIRE DES SCIENCES DU FLAIR DE WATERTON À L’ODORAT DES OISEAUX
Benoît Grison
Les vautours repèrent-ils les carcasses à l’odeur ? En 1826, cette question fut le point de départ d’une controverse qui ne trouva son dénouement que ces dernières années.

P. 22
ASTROCHIMIE
Ryan C. Fortenberry
Depuis longtemps, les chercheurs pensaient que l’ion d’hydrure d’hélium, HeH+, avait été la première molécule à se former dans le cosmos. Mais cet ion restait impossible à détecter dans l’espace. Jusqu’à tout récemment...
P. 82
LOGIQUE & CALCUL À LA RECHERCHE DES NOMBRES TRANSCENDANTS
Jean-Paul Delahaye
Les nombres irrationnels, qu’ils soient algébriques ou transcendants, se laissent approcher plus ou moins difficilement par des suites de nombres rationnels. La mesure de cette difficulté permet de les classer.
P. 88
IDÉES DE PHYSIQUE
Comment volent les insectes
Jean-Michel Courty et Édouard Kierlik

P. 92
CHRONIQUES DE L’ÉVOLUTION
Sur les traces des poissons des glaces
Hervé Le Guyader
P. 96
SCIENCE & GASTRONOMIE
Un bon goût de fraises
Hervé This
P. 98 À PICORER
CAHIER PARTENAIRE
Commandité par Fukushima
Que devient le césium radioactif dans les forêts ?
pages I à III
P. 6 Échos des labos
P. 16 Livres du mois
P. 18 Homo sapiens informaticus
P. 20 Questions de confiance
Le trou dans la couche d’ozone au-dessus de l’Antarctique tel qu’il était le 8 septembre 2019. Il se résorbe lentement avec les années.
CLIMATOLOGIE

L’appauvrissement de la couche d’ozone atmosphérique avait altéré le climat de l’hémisphère Sud. Mais avec le rétablissement de cette couche, le phénomène marque une pause.
Les émissions de chlorofluocarbures (CFC) et autres espèces chimiques qui détruisent le trioxygène (ou ozone, O3) ont aminci la couche d’ozone dans l’atmosphère. Au point qu’au début des années 1980, on a découvert dans cette couche stratosphérique un trou au-dessus de l’Antarctique. En 1987, un accord multilatéral, le protocole de Montréal, a banni l’usage des composés qui détruisent le trioxygène et, progressivement, des signes de rétablissement
de la couche d’ozone sont apparus. Toutefois, le trou d’ozone au-dessus de l’Antarctique a eu d’autres conséquences : il a modifié toute la circulation atmosphérique de l’hémisphère Sud, en resserrant autour du pôle Sud le vortex polaire – un grand courant circumpolaire troposphérique (donc sous la stratosphère), aussi nommé jet-stream. Or Antara Banerjee, de l’université du Colorado, et ses collègues viennent d’extraire des données une information encourageante : depuis 2000, les
modifications de la circulation atmosphérique de l’hémisphère Sud, dont le resserrement du jet-stream autour du pôle, marquent une pause – ce qui est la conséquence des décisions du protocole de Montréal !
Le fait qu’un changement dans la stratosphère perturbe des vents troposphériques est surprenant. En effet, la stratosphère ne représentant que 15 % de la masse atmosphérique, ses mouvements ont une capacité d’entraînement moindre que ceux de la troposphère qui est en dessous. Pour autant, tant les modèles que les observations confirment la sensibilité du vortex polaire à l’évolution des vents stratosphériques due aux effets thermiques de la raréfaction de l’ozone.
Afin d’étudier les tendances à l’origine de ces phénomènes, Antara Banerjee et ses collègues ont compilé les mesures de trois grandeurs depuis 1980 : la position de deux courants atmosphériques des latitudes moyennes ; la position du vortex polaire ; la latitude du bord sud de la cellule climatique tropicale. En déterminant les moyennes de ces grandeurs très variables, ils ont dégagé leurs tendances et mis en évidence une pause depuis 2000.
Toutefois, de multiples facteurs agissent simultanément sur la circulation atmosphérique. Afin de démêler cet écheveau, l’équipe américaine a procédé à de nombreuses simulations informatiques à l’aide de puissants programmes : d’une part, le CanESM2 (Canadian Earth system model version 2), un modèle climatique à base physique, d’autre part, des modèles de type CCM (Chemistry climate models), qui allient chimie et physique de l’atmosphère. Les chercheurs ont d’abord simulé le changement climatique observé en tenant compte de tous les facteurs connus : augmentation des concentrations de gaz à effet de serre, changement des niveaux atmosphériques d’ozone et des composés qui la détruisent, éruptions volcaniques…
Ces simulations reproduisent fidèlement les variations climatiques observées, y compris le resserrement du jet-stream autour du pôle, puis l’arrêt de ce phénomène. Les chercheurs ont ensuite repris ce travail de simulation en n’introduisant qu’un seul, ou seulement quelques-uns, des facteurs à prendre en compte. Il en ressort que seules les simulations tenant compte de l’évolution des concentrations en gaz néfastes à l’ozone reproduisent correctement l’évolution de la circulation atmosphérique.
Ces résultats montrent qu’au cours des vingt dernières années, la reconstitution de l’ozone a agi suffisamment sur la circulation troposphérique pour surmonter l’influence contraire que l’augmentation des gaz à effet de serre a sur elle. Rien ne garantit toutefois que cela se poursuivra, car, à mesure que les niveaux d’ozone continueront à se rétablir, leur influence sur le climat deviendra plus faible que celle des gaz à effet de serre, lesquels domineront de plus en plus les changements futurs de la troposphère… n
A. Banerjee et al., Nature, vol. 579, pp. 544-548, 2020
Avec une production annuelle mondiale de 70 millions de tonnes, le recyclage du plastique PET est un enjeu environnemental majeur. Une équipe de chercheurs industriels et académiques a développé une nouvelle enzyme avec une efficacité inégalée. Vincent Tournier, de la société Carbios, nous présente ce résultat.

Dans quel contexte s’inscrit la production de PET ?
On estime la production mondiale de plastique à 359 millions de tonnes par an, dont 70 millions de tonnes de PET (polyéthylène téréphtalate). Ce dernier sert à la fabrication d’emballages, de bouteilles (500 milliards chaque année) et à la confection de fibres textiles (on parle alors de polyester). Le plastique PET est l’un des mieux collectés : on en récupère 70 % à l’échelle mondiale, mais on n’en recycle que 10 %. Le reste est enfoui, incinéré ou finit dans la nature. Il n’y a cependant pas de dégradation naturelle : le PET est broyé et réduit en toutes petites particules, mais il ne disparaît pas complètement. C’est un plastique non biodégradable, extrêmement résistant et stable.
En quoi consiste actuellement son recyclage ?
Une approche thermomécanique consiste à refondre le plastique, mais le matériau se dégrade à chaque cycle et perd en qualités mécaniques. On est davantage dans une logique de prolongement de vie que dans un vrai recyclage. On connaît aussi des enzymes capables de dégrader le PET, mais leur efficacité est relativement faible et insuffisante pour une application commerciale.
Nous nous sommes donc intéressés à une nouvelle enzyme, une cutinase nommée « LCC », découverte en 2012 par une équipe japonaise dans un compost de feuilles. Cette enzyme s’attaque à la cutine, un biopolymère lipidique intégré à la cuticule protégeant la surface des feuilles végétales, en coupant des liaisons ester. Or le PET est un polyester et nous avons constaté lors d’une évaluation comparative que la LCC est la plus efficace de toutes les enzymes connues pour dépolymériser le PET.
Quelles améliorations avez-vous réalisées ?
Grâce à la collaboration entre la société Carbios, à Clermont-Ferrand, et le Toulouse Biotechnology Institute (unité mixte de recherche sous la tutelle de l’Insa Toulouse, de Inrae et du CNRS), nous avons modifié la séquence d’acides aminés de l’enzyme LCC pour adapter au mieux la forme tridimensionnelle du site actif de l’enzyme au PET. Nous avons identifié 11 cibles potentiellement intéressantes dans la séquence et avons testé les 209 variantes possibles. Puis nous avons combiné les solutions les plus efficaces. La protéine LCC résultante se fixe alors plus efficacement aux molécules du plastique et a un pouvoir de coupure plus rapide, ce qui se traduit par un gain de vitesse de la réaction. Nous avons aussi amélioré la stabilité thermique de l’enzyme pour qu’elle soit efficace et stable à plus haute température (72 °C), quand les chaînes de PET sont plus mobiles et donc plus accessibles à l’enzyme. Cette enzyme est 100 fois plus efficace que les autres, et dépolymérise 90 % de déchets de PET en seulement 10 heures. Elle décompose le PET en ses deux monomères de base, l’acide téréphtalique et le monoéthylène-glycol. Nous avons ensuite utilisé l’acide téréphtalique obtenu pour refabriquer des bouteilles en PET : ses propriétés sont équivalentes à une production de novo. Ce qui montre la possibilité d’établir une économie circulaire dans le secteur du plastique PET. Êtes-vous proches d’une application industrielle ?
Nous avons conçu le procédé complet avec, comme unité de base, un réacteur pilote de 1 mètre cube avec lequel nous avons obtenu ces résultats. Nous sommes en train de travailler sur un démonstrateur 20 fois plus grand pour améliorer les performances du procédé en conditions industrielles réelles. L’objectif est de commercialiser la licence pour des usines dès 2022. n
PALÉOANTHROPOLOGIE
Nous sous-estimons depuis toujours la biodiversité passée des hominidés. Avec des collègues, Andy Herries, de l’université La Trobe, en Australie, a obtenu la preuve directe qu’Homo erectus était déjà apparu avant la disparition des australopithèques.
Entre 2015 et 2018, les chercheurs ont mis au jour dans une strate nommée DMQ (Drimolen main quarry) de la carrière de Drimolen, en Afrique du Sud, les crânes fossiles d’un jeune H. erectus et d’un Paranthropus robustus . Les paranthropes – dont le nom signifie « autour de l’humain », et que l’on appelait autrefois « australopithèques robustes » – étaient spécialisés dans les nourritures végétales coriaces.
Les chercheurs ont utilisé un mélange de datations radiométriques (uranium/plomb appliqué à un plancher stalagmitique), par résonance paramagnétique électronique des dents et par le paléomagnétisme pour établir que la strate DMQ s’est constituée très vite entre 2,05 et 1,95 million d’années. Or cette période précède de très peu l’âge du fossile d’Australopithecus sediba, que son découvreur, Lee Berger, de l’université du Witwatersrand,
MICROBIOLOGIE
En étudiant des roches issues de forages réalisés dans l’océan Indien, entre 10 et 750 mètres sous le plancher océanique, Jiangtao Li, de l’université Tongji, en Chine, et ses collègues ont observé des formes de vie microbienne et étudié leurs stratégies de survie. Leur nombre s’élevait entre 130 et 1 660 organismes par centimètre cube de roche. C’est très peu par rapport aux habitats classiques comme l’eau de mer ou le sol. Mais la présence de ces êtres vivants est remarquable vu les conditions extrêmes qui règnent à cet endroit : la pression subie par les roches s’élève jusqu’à 300 atmosphères environ. Les chercheurs ont montré que ces microorganismes se sont adaptés pour utiliser au maximum le peu de molécules organiques qui leur parviennent. L’apport énergétique est donc très faible, avec comme conséquence un train de vie

Ce fossile est la calotte crânienne d’un jeune Homo erectus de 2 à 3 ans.
présenta en 2010 comme un possible ancêtre d’Homo… Conclusion sans appel : Homo n’est pas issu d’A. sediba et le site de Drimolen étend d’au moins 100 000 ans vers le passé l’existence d’ H. erectus , une forme humaine très évoluée (capacité crânienne de 900 à 1 200 centimètres cubes), qui foulait déjà l’Afrique avant le déclin des australopithèques et des paranthropes. n
F. S.
A. Herries et al., Science, vol. 368, eaaw7293, 2020 ; S. Antón, ibid., pp. 34-35

C’est dans des veines semblables à celle-ci que les chercheurs ont découvert des microorganismes : bactéries, champignons, archées.
pour le moins frugal, et un métabolisme extrêmement lent. De ce fait, la longévité de ces organismes pourrait atteindre des centaines, voire des milliers d’années… n
LUCAS GIERCZAK
J. Li et al., Nature, vol. 579, pp. 250-225, 2020

LA FICELLE DE NÉANDERTAL
L’équipe de Marie-Hélène Moncel, du Muséum de Paris, a mis au jour une curieuse torsade dans l’abri néandertalien du Maras, en Ardèche. L’examen au microscope de ce cordage vieux de plus de 40 000 ans – le plus ancien connu –a révélé que trois faisceaux de fibres ont d’abord été filés selon une torsion horaire, puis torsadés ensemble dans le sens antihoraire. Un tel tressage est encore pratiqué de nos jours, parce qu’il accroît la résistance des cordes. Scientific Reports, 9 avril 2020

TOMBE ÉTRUSQUE D’EXCEPTION
La fouille par l’Inrap de la deuxième grande nécropole de la capitale étrusque de la Corse – la nécropole d’AlériaLamajone – reste spectaculaire, puisqu’une sépulture féminine vient d’y livrer 200 objets. Outre ses bijoux, la défunte était entourée d’une quarantaine de céramiques (gobelets, cruche, œnochoés…), dont certaines peintes en Étrurie au ive siècle avant notre ère. Pour éviter des erreurs, les chercheurs ont tomographié le contenu de 22 de ces objets avant de les fouiller.
www.inrap.fr
Pour Jason Röhr et ses collègues, de l’université de New York, certaines cellules photovoltaïques sont aujourd’hui mûres pour servir de principale source d’énergie à des véhicules sous-marins. Pourtant, leur utilisation sous l’eau se heurte à un problème majeur : l’eau arrête ou diffuse le rayonnement rouge et infrarouge exploité par les cellules en silicium. D’après les chercheurs, certains composés cristallins du gallium ou des semiconducteurs organiques de type polymère, constitués essentiellement de carbone, fonctionneraient jusqu’à 50 mètres de profondeur. Ces panneaux solaires sous-marins produiraient environ 5 milliwatts par centimètre carré, assez pour alimenter un véhicule évoluant sous l’eau. n
J. R. Röhr et al., Joule, vol. 4(4), pp. 840-849, 2020
Découvert dans une carrière de calcaire près de la frontière belgo-néerlandaise, le fossile d’oiseau moderne surnommé « Wonderchicken », un crâne en presque parfait état de conservation, se démarque par son ancienneté : il date d’il y a 66,7 millions d’années, soit 1 million d’années avant l’extinction des dinosaures, survenue à la fin du Crétacé. Daniel Field, de l’université de Cambridge, au Royaume-Uni, et ses collègues ont analysé la morphologie du crâne. Il réunit des caractères distinctifs de plusieurs groupes d’oiseaux modernes ; d’abord des galliformes, comme les poules actuelles, mais aussi des ansériformes, comme les canards actuels avec, entre autres, une projection vers l’avant du relief osseux situé au-dessus des orbites. Ces observations indiquent que l’espèce à laquelle appartient ce fossile était très proche, sur le plan évolutif, de l’ancêtre commun de ces oiseaux. n
W. R.-P.
D. J. Field et al., Nature, vol. 579, pp. 397-401, 2020

Le 3 mai 2018, dans l’archipel d’Hawaï, le Kīlauea, l’un des volcans les plus actifs de la planète, est entré en forte éruption. Jamie Farquharson et Falk Amelung, de l’université de Miami, suggèrent que cet événement a été déclenché par les précipitations exceptionnelles qui ont eu lieu durant les mois précédents. En s’infiltrant à travers le massif de basalte, les pluies auraient augmenté la pression de l’eau dans les pores de la roche et diminué de ce fait certaines contraintes : le magma aurait alors pu s’infiltrer plus facilement dans des fractures pour remonter à la surface. Grâce à des données de pluviométrie enregistrées au sol et depuis l’espace par satellite, Jamie Farquharson et Falk Amelung ont élaboré un modèle qui reproduit la pression de l’eau dans les pores de la roche. Ils ont conclu que cette pression n’avait jamais été aussi élevée depuis quarantesept ans en raison des fortes précipitations.
Mais les variations de pression en jeu sont extrêmement faibles et il est difficile de vérifier ce mécanisme, faute de données sur la pression de l’eau en profondeur. Pour appuyer leur scénario, Jamie Farquharson et Falk Amelung ont étudié l’historique des éruptions du Kīlauea depuis 1790, et ont montré que 60 % des éruptions se sont déroulées pendant la saison des pluies.
Les précipitations, déjà connues pour être un facteur de déclenchement de séismes, seraient donc peut-être aussi à l’origine d’éruptions volcaniques. Ce résultat plaide pour un meilleur suivi des propriétés hydrogéologiques autour des systèmes volcaniques. D’autant plus qu’avec le réchauffement climatique, certaines régions ayant déjà une activité volcanique importante pourraient aussi subir une hausse de la pluviométrie. n
S. B.
J. I. Farquharson et F. Amelung, Nature, vol. 580, pp. 491-495, 2020




ARCHÉOLOGIE DE LA SANTÉ, ANTHROPOLOGIE DU SOIN
Alain Froment et Hervé Guy La Découverte, 2019 336 pages, 23 euros
Que savons-nous des soins du corps dans la préhistoire ? En s’appuyant sur l’étude des traces des traumatismes et des malformations sur les ossements, deux anthropologues biologistes – les directeurs de cet ouvrage collectif – partent de l’hypothèse que la survie des invalides s’explique par une protection de l’entourage. Dès lors, la compassion pour ses semblables a dû exister dans le passé. Il devient alors vraisemblable que des individus différents des autres n’aient pas toujours entraîné le rejet. Du reste, la notion de monstre a fluctué au cours des millénaires, longtemps avant que des religieux hésitent à baptiser les bébés nouveau-nés mal formés ou encore les débats de Valladolid (1550) sur la présence d’une âme chez les Indiens.
Les auteurs appréhendent les pathologies propres à chaque stade évolutif d’Homo sapiens, qui étaient liées à de nouveaux modes de vie et d’alimentation, et se reflétaient par exemple dans la stature ou la denture (par des caries par exemple). Ils réévaluent l’histoire des grandes épidémies, qui seraient apparues depuis plus longtemps qu’admis. Un dossier passionnant qui apporte beaucoup, grâce aux recherches génétiques sur l’ADN des microbes et des individus, et à l’étude des anticorps et des microbiotes. Il donne la mesure des chantiers de fouilles en cours dans les nécropoles du monde entier, ouvrant une fenêtre sur la façon dont les hommes se sont adaptés de tout temps en essayant d’échapper aux contraintes de la sélection darwinienne. Point bienvenu, l’ouvrage rappelle l’importance des opérations de sauvetage archéologique lors des travaux sur un site se révélant archéologique. On le ferme avec des doutes lancinants sur l’irréversibilité du progrès moral de l’humanité inauguré dans la préhistoire, sans cesse nié par tant d’atrocités qui continuent sous nos yeux.
ANNE-MARIE MOULIN laboratoire sphere, paris
DE LA BIOLOGIE À LA MÉDECINE PERSONNALISÉE
Béatrice Desvergne
Rue D’Ulm, 2019 184 pages, 14 euros
Un constat s’impose : la pure biologie moléculaire, sur laquelle se sont surtout fondés les progrès de la médecine des dernières décennies, atteint des limites. Face à l’extrême complexité des pathologies, une médecine plus efficace, plus préventive et prenant mieux en compte la spécificité de l’individu est souhaitable. L’autrice, médecin et biologiste, spécialiste de génomique, nous propose une analyse pertinente de la transition majeure que traversent actuellement la recherche médicale et ses applications : associés aux données massives et à l’intelligence artificielle, les nouveaux outils puissants d’exploration du génome changent la stratégie thérapeutique. Leurs usages ont fait émerger de nouveaux concepts, permis l’essor de la biologie des systèmes et la modélisation du vivant. Même si elles sont encore balbutiantes, ces techniques ouvrent des perspectives vertigineuses.
Toutefois, entre promesses et leurres, espoir et risques de « Big Brother », les problèmes philosophiques et légaux de la médecine personnalisée sont immenses : consentement éclairé et restitution des résultats au patient, partage et confidentialité des données (assurances), intrusion des opérateurs de l’internet dans la santé… Si les avancées sont inéluctables, une réflexion éthique et sociétale doit accompagner ce changement de paradigme. Ce livre nous aide à comprendre ces enjeux, à mesurer les risques et, finalement, à fonder un espoir raisonnable dans ces nouvelles technologies.
BERNARD SCHMITT cernh, lorient
PROSPECTIVE
COLLAPSUS
Laurent Testot et Laurent Aillet (dir.)
Albin Michel, 2020, 352 pages, 19,90 euros
Depuis Rousseau, les progressistes se moquent des prophètes de malheur qui s’inquiètent de l’avenir des sociétés : ils les confondent avec les millénaristes qui, depuis la nuit des temps, annoncent la fin du monde. Le réchauffement climatique, la chute de la biodiversité, les méga-incendies australiens, la fonte des glaces jusqu’en Antarctique, les inondations et cyclones croissants, les pollutions diverses, maintenant les maladies émergentes (dues à des déplacements d’espèces sauvages avec leurs parasites), font moins sourire. Mieux que les alertes scientifiques, les canicules répétées et extrêmes sont en train de convaincre les climatosceptiques… Le succès international du livre Effondrement (NRF, 2006) du biologiste et géographe Jared Diamond puis, chez nous, des « collapsologues » Pablo Servigne et Raphaël Stevens (Comment tout peut s’effondrer, Seuil, 2015) montre que la société s’intéresse au sujet et parfois même est saisie d’inquiétude.
Ce gros livre, qui se présente comme la première synthèse sur le danger d’effondrement de notre civilisation, réunit sous la tutelle d’un journaliste connaissant bien le sujet et d’un expert en risques une collection stimulante d’articles et entretiens avec 42 écologistes… mais aucun écologue, c’est-à-dire de professionnel de l’écologie scientifique ! Ce n’est pas une erreur éditoriale, mais la preuve de la confusion actuelle dans les médias entre les deux écologies. Rappelons que l’écologie scientifique, qui étudie les lois régissant l’ensemble des êtres vivants, a précédé d’un siècle l’écologie politique, qui s’interroge sur notre espèce. Bien qu’anthropocentrée, cette somme impressionnante de témoignages variés n’en reste pas moins utile pour faire le point sur une inquiétude réactualisée.
PIERRE JOUVENTIN directeur de recherche émérite au cnrs
Patrice Debré
Odile Jacob, 2020 304 pages, 22,90 euros
En quelques dizaines d’années, la biologie a effectué des progrès si considérables qu’ils menacent la condition même de l’espèce humaine. Les avancées permanentes et vertigineuses de la génétique laissent envisager des modifications du capital génétique humain, en bien comme en mal. Les chimères humain-animal posent des questions sur les limites mêmes de l’espèce. Et, à titre d’exemples, les greffes d’organes effectuées à partir de donneurs en état de mort cérébrale, ou parfois à partir de patients pauvres qui vendent leurs organes, voire, à leur insu, à partir de condamnés à mort, conduisent à de nombreuses interrogations éthiques.
L’homme peut se transformer directement lui-même. Il peut aussi le faire en bouleversant l’environnement naturel auquel il est profondément lié. Il peut aussi se fourvoyer dans un développement du numérique qui viendrait concurrencer, voire remplacer, le vivant : « Par hybridation entre biologie et numérique, les transhumanistes proposent d’augmenter nos capacités conscientes et inconscientes. » L’évolution technologique humaine va « plus vite que l’homme », au risque de provoquer de dangereux dérapages.
Les réponses à tous ces enjeux ne peuvent se trouver, selon l’auteur, que dans la parfaite compréhension, par tous, des processus biologiques impliqués, et c’est justement le but et le grand mérite de ce livre : faire clairement comprendre, au lecteur non averti, ce que permet de nos jours la biologie qui, finalement « requiert le débat public ». Avec rigueur et souci pédagogique, Patrice Debré, immunologiste et membre de l’Académie nationale de médecine, expose le détail des divers travaux scientifiques et les conséquences précises qu’ils pourraient avoir sur l’espèce humaine.
GEORGES CHAPOUTHIER directeur de recherche émérite au cnrs
ET AUSSI



LA MATHÉMATIQUE, UNE VOCATION PROBLÉMATIQUE
Michael Harris
Cassini, 2020
520 pages, 23 euros
C haque voile que l’on soulève ne fait jamais qu’en révéler un autre. Ce livre tend vers cette constatation, celle que l’on fait d’après l’auteur après avoir mené la « vie trouble » d’un mathématicien. D’un haut niveau de culture mathématique, alternant anecdotes et réflexions personnelles avec des morceaux de vulgarisation mathématique (le titre d’un chapitre est : « Comment expliquer la théorie des nombres dans un dîner en ville »), cet ouvrage d’un très français mathématicien américain sera un régal pour ceux qu’animent les mathématiques… euh, non, pardon, la mathématique !
LE TRÉSOR DES ONDES GRAVITATIONNELLES
Pierre Spagnou
CNRS, 2020
216 pages, 25 euros
Avez-vous déjà entendu parler de GW150914 ? La première détection d’une onde gravitationnelle est un événement scientifique considérable, car elle a ouvert une nouvelle fenêtre sur l’Univers. Professeur de physique dans une école d’ingénieurs, l’auteur, qui a déjà une œuvre considérable de vulgarisation, explique ici dans un style clair les mille et une facettes du « trésor » scientifique que représentent ces ondes prédites par Einstein il y a environ un siècle.
LE PARFUM DU ROUGE ET LA COULEUR DU Z
Laurent Cohen
Odile Jacob, 2020 240 pages, 20,90 euros
Les histoires vraies, racontées et commentées ici par un neurologue de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, sont spectaculaires, car elles traduisent les effets de troubles du cerveau. Leur auteur les conte dans un style léger et efficace, ce qui les rend particulièrement faciles à appréhender, et en profite pour nous renseigner sur les « rouages » du cerveau qui sont perturbés. Ainsi ce Monsieur O qu’une rupture d’anévrisme a transformé en voleur compulsif de voitures, ou cette vieille dame qui, à 90 ans, révèle sa synesthésie à ses proches…
ASTROCHiMiE

L’ESSENTIEL
> Avec des conditions de température et de pression très différentes de celles régnant sur Terre, il se forme dans l’espace des molécules inconnues des chimistes, ou qui n’ont été synthétisées qu’en laboratoire.
> L’étude des débuts de l’Univers suggérait aux astrochimistes que l’ion d’hydrure d’hélium HeH+ a probablement été la première molécule à se former dans le cosmos.
> Ce n’est que récemment, grâce à de nombreux progrès dans l’analyse du rayonnement émis par des objets astrophysiques, que les chercheurs ont découvert HeH+ dans le milieu interstellaire.
> Les scientifiques ont aussi éclairci l’énigme des « bandes interstellaires diffuses » en mettant en évidence d’autres molécules présentes dans ce milieu.
L’AUTEUR

RYAN C. FORTENBERRY
maître de conférences de chimie physique à l’université du Mississippi, aux États-Unis
Depuis longtemps, les chercheurs pensaient que l’ion d’hydrure d’hélium, HeH+, avait été la première molécule à se former dans le cosmos. Mais cet ion restait impossible à détecter dans l’espace. Jusqu’à tout récemment...
Lors de la naissance de l’Univers, le Big Bang a libéré une quantité considérable d’énergie qui s’est transformée en une soupe extrêmement chaude de particules fondamentales, notamment les électrons, les photons et les constituants élémentaires des noyaux atomiques, les quarks. Ce milieu a évolué rapidement, mais l’apparition des atomes et des molécules a été plus tardive. Si l’histoire de la formation des atomes est bien comprise et confirmée aujourd’hui par diverses observations, celle des premières molécules est plus incertaine. Quelle molécule s’est formée en premier ? Pour les astrochimistes, il est très probable que ce fût l’hydrure d’hélium, composé d’un atome d’hydrogène et d’un autre d’hélium. Mais pour confirmer cette hypothèse, il était nécessaire de retrouver cette molécule dans le milieu interstellaire. Cette quête n’a abouti que très récemment. Pour comprendre pourquoi l’hydrure d’hélium s’est formé en premier, il faut se replonger dans la soupe primordiale de l’Univers. Dès sa naissance, le cosmos était animé d’une dynamique d’expansion spatiale entraînant une
baisse rapide de sa température. Ce refroidissement a permis la formation de nouveaux édifices. En moins d’une microseconde après le Big Bang, les quarks se sont associés grâce à l’interaction forte pour donner naissance aux protons et aux neutrons. Et dans les minutes qui ont suivi, ces protons et neutrons ont commencé à se combiner et former les noyaux atomiques les plus simples : ceux d’hydrogène (un simple proton), de deutérium (un proton et un neutron), d’hélium (deux protons et deux neutrons) et plus rarement de lithium (trois protons et trois ou quatre neutrons).
En s’appariant avec autant d’électrons qu’ils ne contiennent de protons, les noyaux forment des atomes, électriquement neutres. Mais parce que la température de la soupe était encore trop élevée, les photons très énergétiques arrachaient instantanément les électrons de ces associations. La soupe est restée un plasma de constituants électriquement chargés, des noyaux et des électrons, pendant des centaines de milliers d’années. Les photons, en interaction permanente avec ces particules chargées, ne pouvaient pas se propager librement sur de longues distances. Conséquence : l’Univers est resté opaque pendant près de 380 000 ans. Puis,

L’ESSENTIEL
> Contrairement aux autres animaux vertébrés et à nos ancêtres, nous souffrons souvent de maux de dents.
> Un appareil de mastication efficace et précise est le résultat de centaines de millions d’années d’évolution.

> Les dents humaines ont évolué dans des environnements buccaux très différents de celui que produit l’alimentation moderne. C’est là l’origine de la plupart de nos problèmes dentaires.
L’AUTEUR

PETER UNGAR
paléontologue et anthropologue dentaire à l’université de l’Arkansas, aux États-Unis
Dans les populations humaines d’aujourd’hui, les dents sont souvent cariées, mal alignées et à l’étroit dans les mâchoires. Principal suspect : l’alimentation moderne.
Assis dans la salle d’attente d’un chirurgien-dentiste, j’attends ma fille. Autour de moi, des patients qui semblent tous être venus, résignés, pour se faire enlever leurs dents de sagesse à la chaîne, comme dans une usine. Je les vois un à un repartir la tête entourée d’un pansement spécialement conçu pour intégrer des poches de glace, et bardés d’un T-shirt offert, d’un imprimé décrivant les soins nécessaires à domicile et, naturellement, de généreuses prescriptions d’antibiotiques et d’antalgiques.
Aux États-Unis aujourd’hui, l’extraction des troisièmes molaires ou dents de sagesse chez les jeunes adultes ressemble à un rite de passage. De mon point de vue, c’est là une mauvaise tradition. Anthropologue dentaire et biologiste évolutionniste, j’ai passé les trente dernières années à étudier les dents humaines actuelles et fossiles et celles de nombreuses autres espèces, et j’en ai conclu une chose : nos problèmes dentaires n’ont rien de normal !
La plupart des autres vertébrés n’ont pas les mêmes problèmes dentaires. Ils ont rarement des dents de travers ou des caries. Quant à nos ancêtres fossiles, ils n’avaient pas de
dents de sagesse abîmées, et il semble que leurs gencives étaient la plupart du temps saines.
La dentition des humains modernes est une profonde contradiction en soi. Parties les plus dures de notre corps, les dents sont cependant très fragiles. Alors que celles des fossiles restent préservées pendant des millions d’années, les nôtres semblent ne pas pouvoir tenir à l’intérieur de la bouche plus de quelques dizaines d’années ! Les dents ont permis à nos ancêtres mammifères de dominer la nature, mais pour garder les nôtres, il nous faut les entretenir quotidiennement.
Cette contradiction est nouvelle : elle concerne avant tout les populations de l’ère industrielle. Elle s’explique par la différence entre les régimes alimentaires actuels et ceux en fonction desquels nos dents ont évolué. Les paléontologues ont depuis longtemps compris que nos dents sont profondément enracinées dans notre histoire évolutive. Les cliniciens et les dentistes commencent à s’en rendre compte aussi…
Les biologistes de l’évolution soulignent souvent la merveille que constituent les yeux, mais, pour moi, ces organes ne le cèdent en >

L’ESSENTIEL
> De nombreux secteurs d’activité ont besoin d’appareils mélangeurs efficaces.
> Il y a une trentaine d’années, des mélangeurs sans pales ou hélices sont apparus sur le marché.
> Inspiré par des travaux de géophysique, l’auteur
a proposé un nouveau concept de mélangeur sans pales, bien plus simple que les dispositifs existants.
> Ce mélangeur a plusieurs avantages qui le rendent intéressant pour, notamment, des applications aux biotechnologies.
L’AUTEUR

PATRICE MEUNIER directeur de recherche du CNRS à l’Institut de recherche sur les phénomènes hors équilibre (Irphé), Aix-Marseille Université-CNRS-École centrale de Marseille
Comment mélanger avec efficacité une préparation liquide, par exemple un colorant dans un pot de peinture ? À partir de leurs recherches fondamentales, des géophysiciens ont breveté un procédé étonnamment simple : faire tourner le récipient sur lui-même en l’inclinant légèrement !
De nombreux secteurs industriels ont besoin d’équipements et de procédés permettant de mélanger rapidement et efficacement des poudres, des liquides, des pâtes ou des matériaux granulaires. On peut penser au secteur du bâtiment, avec les peintures, les ciments ou le béton, à l’industrie chimique ou pharmaceutique, à l’industrie agroalimentaire… Le plus souvent, les mélangeurs ou malaxeurs sont des appareils qui accomplissent leur tâche grâce à des pales ou des hélices en mouvement au sein du matériau à homogénéiser. Ces systèmes à intrusion souffrent de plusieurs inconvénients, notamment la nécessité d’ouvrir le récipient et de
nettoyer les pales après usage, opération souvent longue et fastidieuse – comme l’a constaté toute personne qui a mélangé un colorant dans un pot de peinture !
Depuis le début des années 1990, plusieurs fabricants ont développé des malaxeurs qui s’affranchissent de pales ou d’hélices. Le principe est simple, bien que techniquement délicat : faire tourner autour de lui-même le récipient contenant le matériau à mélanger, l’axe de cette rotation subissant lui-même un mouvement de rotation afin d’éviter la mise en place d’un écoulement régulier. Dans les appareils commercialisés (voir la photo page 47) , le récipient cylindrique, dont la
>
Les procédés usuels pour mélanger des liquides font appel à des pales ou une hélice en mouvement dans le fluide. L’un des principaux inconvénients réside dans le long nettoyage du dispositif introduit. Il existe aujourd’hui des mélangeurs sans pales ; celui conçu par l’auteur repose sur un mouvement particulièrement simple du récipient.


Chez la drosophile, chaque unité de ses yeux à facettes contient des cellules photoréceptrices sensibles à différentes gammes de longueurs d’onde. Un événement aléatoire – l’expression ou non d’un gène lors de la différenciation de ces cellules – détermine à quelle gamme elles seront sensibles.
L’ESSENTIEL
> Au milieu du xxe siècle, on s’est aperçu que le hasard joue un rôle clé dans la régulation de l’expression des gènes.
> Toutefois, les techniques d’observation manquaient pour préciser son rôle à l’échelle d’une molécule dans une cellule unique.

L’AUTEUR
> De telles observations sont désormais possibles et révèlent que si le hasard est inhérent à la biologie, les régulations qu’il engendre le masquent très souvent.

HERVÉ LE GUYADER professeur émérite de biologie évolutive à Sorbonne Université, à Paris
Quelle est la place du hasard en biologie ?
Soulevée dès l’aube de la biologie moléculaire, cette question reçoit depuis quelques années de nouvelles réponses à toutes les échelles du vivant.
Hasard et mutation, hasard et sélection, hasard et peuplement : impossible de comprendre la dynamique de la biodiversité dans l’espace et le temps sans s’interroger sur la place et le rôle de l’aléatoire dans ses principaux moteurs. Aussi affronte-t-on ces questions depuis plus d’un siècle. Mais à mesure de l’avancée de la génétique, de la biochimie et de la biologie cellulaire, l’importance du hasard à l’intérieur même de la cellule a commencé à poser question : comment les molécules se rencontrent-elles dans le cytoplasme ? Comment se passe l’intime des rencontres avec des macromolécules, linéaires comme les acides nucléiques (l’ADN, par exemple) ou en pelote comme les protéines ? Et, surtout, l’aléatoire a-t-il une importance biologique ou ne doit-on le considérer que comme un processus strictement physicochimique peu pertinent pour la discipline ?
Depuis une vingtaine d’années, nombre de laboratoires se sont penchés sur le sujet, interrogeant l’aléatoire dans tous les mécanismes moléculaires mis en œuvre lors de l’expression du gène – plus de 700 articles référencés en 2019 ! Impossible, bien sûr, de résumer l’ensemble de ces travaux. Néanmoins, un fait essentiel émerge de cette littérature : le modèle le plus pertinent pour comprendre le jeu de l’aléatoire dans le vivant reste l’opéron lactose, celui-là même qui a permis aux biologistes
L’ESSENTIEL
> Les humains et les autres animaux recourent parfois à la violence pour, notamment, obtenir de la nourriture ou se protéger.
> Une action violente présente un risque. La décision de l’entreprendre implique des circuits cérébraux particuliers.

> Des voies distinctes traitent les menaces immédiates et celles qui nécessitent une réflexion avant de réagir.
> Des anomalies cérébrales apparaissent plus souvent chez les délinquants violents que chez ceux n’ayant pas d’antécédents de violence.
L’AUTEUR

R. DOUGLAS FIELDS
professeur adjoint à l’université du Maryland, aux États-Unis, et chef de section à l’Institut américain de la santé de l’enfant et du développement humain, à Bethesda
Au-delà de la morale, toute action violente présente un risque pour l’individu. Quels mécanismes neuronaux peuvent alors la déclencher ? Les chercheurs ont des pistes.
En 2017, depuis une position embusquée au 32e étage de l’hôtel Mandalay Bay à Las Vegas, aux États-Unis, un homme isolé a tiré avec de puissantes armes un millier de balles sur une foule de gens allant assister à un concert, tuant 58 personnes et en blessant 869 autres. Après le suicide du meurtrier sur la scène du crime, le cerveau de cet homme a été envoyé à l’université Stanford pour rechercher une éventuelle explication biologique à ce drame.
Qu’espéraient trouver les scientifiques lors d’une telle inspection ? Aucun test génétique de prédisposition à un comportement de tueur n’est en vue, mais ce type de recherche pourrait aider à mieux comprendre comment le cerveau contrôle la violence. Par ailleurs, en utilisant les mêmes méthodes expérimentales qui ont permis d’identifier des circuits cérébraux responsables d’autres activités humaines complexes, comme la marche, la parole ou la lecture, les neuroscientifiques sont maintenant en mesure de repérer les voies qui soustendent les comportements agressifs.
Ces nouvelles découvertes aident à mettre au jour les mécanismes sous-jacents à l’œuvre dans les actes d’extrême violence, comme le massacre de Las Vegas, mais aussi à expliquer l’agressivité au volant, plus courante, et même la réaction instantanée d’une mère à toute menace dirigée vers son enfant.
Dans la nature, la violence physique, parfois mortelle, est au cœur de la lutte pour la survie, et tous les animaux ont acquis une circuiterie neuronale dévolue au comportement agressif.
Lors d’expériences pionnières sur des chats entamées à la fin des années 1920, le physiologiste suisse Walter Hess a découvert au plus profond de l’hypothalamus une région qui, excitée, déclenche une agression violente. Il s’avère que c’est la même région où d’autres pulsions et comportements instinctifs puissants, comme manger, boire ou s’accoupler, sont activés. Lorsque Hess a stimulé cet ensemble de neurones à l’aide d’une électrode insérée dans le cerveau d’un chat docile, le félin s’est instantanément mis dans une grande colère, et a attaqué et tué un autre animal présent dans sa cage.

L’ESSENTIEL
> En 79 de notre ère, l’éruption du Vésuve a enterré les villes de Pompéi et d’Herculanum, faisant disparaître sous des boues volcaniques brûlantes la bibliothèque de papyrus que contenait une riche villa.
> Les rouleaux de papyrus, découverts il y a longtemps,
sont très carbonisés. On ne peut les ouvrir sans les détruire.
> À l’aide de diverses techniques modernes d’imagerie par rayons X et d’intelligence artificielle, les spécialistes espèrent pouvoir les lire enfin.
L’AUTEUR
HANNES HOFFMANN journaliste scientifique indépendant, basé à Berlin

Au XVIIIe siècle, la fouille d’une villa d’Herculanum a livré quelque 1 800 rouleaux de papyrus carbonisés datant de l’Antiquité. Les tentatives de les dérouler en ont détruit beaucoup. Mais avec le développement de méthodes d’imagerie non destructives, l’espoir de les lire renaît.

L’utilisation de lumière laser aiderait à lire les rouleaux de papyrus carbonisés sans risquer de les détruire.


L’urubu à tête rouge Cathartes aura, tel que le voyait Jean-Jacques Audubon dans The Birds of America (1840). Ce vautour fut au cœur de la controverse autour de l’odorat des oiseaux qui opposa l’ornithologue à l’explorateur Charles Waterton.
L’ESSENTIEL
> Si Aristote et Pline l’Ancien pensaient que les oiseaux ont un odorat, les naturalistes du xixe siècle étaient beaucoup plus sceptiques.
> Il fallut attendre 1964 pour qu’un ornithologue prouve que l’urubu à tête rouge repère bien les cadavres à l’odeur…
> … Et encore plusieurs dizaines d’années pour découvrir que certains oiseaux sont même capables de retrouver leur nid à des centaines de kilomètres grâce à leur odorat.
L’AUTEUR

BENOÎT GRISON
enseignant-chercheur de l’UFR Sciences et techniques, à l’université d’Orléans
Les vautours repèrent-ils les carcasses à l’odeur ? En 1826, cette question fut le point de départ d’une controverse qui ne trouva son dénouement que ces dernières années.

AArticle publié avec l’aimable autorisation de la revue Espèces, après parution dans son n° 29, pp. 58-63, en septembre 2018, https://especes.org.
u début de son film Les Neiges du Kilimandjaro (1952), classique hollywoodien adapté de Hemingway, Henry King met en scène Gregory Peck dans le rôle d’un écrivain désabusé, grand amoureux de l’Afrique. Victime d’un accident de safari, ce dernier est bloqué dans un camp de brousse, dans l’attente d’un avion qui tarde à venir. Sa jambe blessée risquant de se gangrener, il croit bien sa dernière heure venue… Et de contempler d’un œil impavide les vautours rôdant à proximité de sa tente, tout en s’adressant à sa compagne (Susan Hayward) : « Les sales bêtes ! Je me demande s’ils sont guidés par leur odorat ou par leurs yeux. »
C’est cette même interrogation qui a tracassé – quoique dans un contexte moins dramatique – les naturalistes puis les biologistes du comportement durant quelque deux cents ans. Si cette controverse est en train de se dénouer aujourd’hui, elle en dit long sur les présupposés et biais cognitifs de certains chercheurs qui font parfois obstacle à des avancées scientifiques.
De fait, la majorité des ornithologues a tenu durablement les oiseaux pour des créatures
dépourvues de tout odorat, « anosmiques » ou presque. Mais ces dernières décennies, des découvertes étonnantes ont démontré que beaucoup d’espèces aviennes ont « du nez », cette capacité perceptive jouant même un rôle crucial dans maints aspects de leur biologie.
D’AUDUBON À DARWIN
Durant la première moitié du xxe siècle, les manuels de zoologie enseignaient avec constance que la vision et l’audition étaient les deux sens prédominants des oiseaux. En fait, leur acuité visuelle peut être sans égale parmi les vertébrés : certaines espèces possèdent deux fovéas et leur aptitude à discerner les couleurs est remarquable. Par ailleurs, l’oreille de beaucoup d’oiseaux est à même de détecter les infrasons. Enfin, des rapaces nocturnes peuvent, grâce à des neurones « bimodaux », traitant de façon intégrée à la fois les stimulations auditives et visuelles, localiser avec rapidité et précision des proies mouvantes. Toujours est-il que pendant longtemps, la seule exception notable concédée à la règle de l’« absence de flair » avienne était celle du kiwi, aptère (sans ailes) de Nouvelle-Zélande, animal nocturne et fouisseur, friand de lombrics
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Selon une étude de l’Insee, 43 % des personnes de 16 à 74 ans en France ont une capacité numérique « nulle » ou « faible ».
hez la plupart des insectes, les ailes effectuent un mouvement d’avant en arrière. Mais pour que la portance compense le poids, l’angle entre le plan de l’aile et la direction de son déplacement doit toujours être dans le même sens. L’inclinaison de l’aile bascule brutalement lorsque le mouvement change de sens. On parle de « supination » quand l’aile tourne à l’avant, de « pronation » quand elle tourne à l’arrière.
La prise en compte des données de la science est un impératif moral, voire constitutionnel, des gouvernants, mais l’élaboration des politiques publiques ne s’y réduit pas
Depuis leur
découverte en 2003, on a isolé une centaine de virus géants. Ces virus de la taille d’une bactérie vivent principalement dans les océans.
es dents n’ont pas la place de pousser correctement lorsque la mâchoire est trop petite, ce qui est le cas lorsque les enfants sont nourris d’aliments plus faciles à mâcher que ceux de nos ancêtres.
Cet oiseau migrateur est capable de retrouver son nid à plusieurs centaines de kilomètres grâce à son odorat. Rendu temporairement anosmique, il perd cette capacité et tend à s’égarer.
On connaît 374 espèces de poissons vivant sous le cercle polaire antarctique, dans une eau à une température comprise entre – 1 °C et 4 °C. Un tiers de ces animaux produisent dans leur sang des protéines antigel. Les autres maintiennent leur température au-dessus de 0 °C en nageant.