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Pour la Science n°506 - Décembre 2019

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PHYSIQUE

POURQUOI

LES TRICOTS SONT

SI ÉLASTIQUES

NEUROSCIENCES NE DORMIR

QUE D’UN

DEMI-CERVEAU

ASTROPHYSIQUE

KAGRA, QUATRIÈME

DÉTECTEUR D’ONDES

GRAVITATIONNELLES

DENISOVA L’HOMME DE

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Stagiaire : Lucas Gierczak

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Fabrication : Marianne Sigogne et Séléna Berteloot

Directeur de la publication et gérant : Frédéric Mériot

Anciens directeurs de la rédaction : Françoise Pétry et Philippe Boulanger

Conseiller scientifique : Hervé This

Ont également participé à ce numéro : Rodolphe Barrangou, Céline Bon, André Brack, Régis de la Bretèche, Maud Bruguière, Pierre Charollois, Pauline Colinet, Audrey Dussutour, David Holcman, Astrid Lamberts, Paul-Antoine Libourel, Olivier Minazzoli, Laurent Naudon, Jérôme Novak, Christophe Pichon, Romain Pirrachio, François Rouyer, Jean Vannier

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Rédacteur en chef

UN e PHALANG e D e V e NU e

L é GION ?

Pour les paléoanthropologues, l’année 2010 restera dans les annales en raison de deux événements majeurs. Tout d’abord, elle a vu le décryptage du génome de l’homme de Néandertal, cette espèce sœur de la nôtre, Homo sapiens, et que l’on a longtemps considérée à tort comme une sous-espèce – y compris dans le sens péjoratif du terme. L’autre événement paléogénétique majeur de cette année-là a été le décryptage de l’ADN contenu dans un tout petit bout d’os, un fragment de phalange vieux de plus de 50 000 ans découvert dans la grotte de Denisova, en Sibérie. Or cette analyse a révélé que cette phalange humaine n’appartenait ni à un Homo sapiens ni à un Néandertalien : cela signait la découverte d’une troisième espèce humaine, sœur et contemporaine des deux autres – l’homme de Denisova.

C’est cette épopée de la paléoanthropologie que nous raconte dans ce numéro l’un de ses principaux acteurs, Jean-Jacques Hublin (voir pages 28 à 36). Et cela jusqu’à ses développements les plus récents, car l’homme de Denisova ne se résume plus à l’ADN d’une phalange. Depuis 2010, d’autres vestiges mis au jour renseignent sur la répartition géographique des Dénisoviens, leurs sous-populations, voire leur apparence physique… Et ces études ne font sans doute que commencer : dans les collections paléontologiques de la Chine, les fossiles non encore analysés et dont l’appartenance dénisovienne est vraisemblable semblent légion. n

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ACTUALITÉS GRANDS FORMATS

P. 6

ÉCHOS DES LABOS

• Modifier le génome sans introduire trop d’erreurs

• La prévalence des maladies rares évaluée

• Nombres premiers jumeaux : la conjecture avance

• Des trilobites qui se suivent en file indienne

• De l’ARN formé dans une soupe primordiale ?

• Un graviton massif ?

• Le gène du petit dormeur

• Une nécropole domestique à Narbonne

• Des magnétars nés de la fusion d’étoiles ?

• Pas de bouchons chez les fourmis

P. 18

LES LIVRES DU MOIS

P. 22

AGENDA

P. 24

HOMO SAPIENS INFORMATICUS

La hotte virtuelle du père Noël

Gilles Dowek

P. 26

QUESTIONS DE CONFIANCE

Un cache-sexe qui brise les conventions Virginie Tournay

P. 38

PHYSIQUE

ÉLASTIQUE

COMME UN TRICOT

Samuel Poincloux

Un réseau de mailles présente des propriétés mécaniques singulières. Leur étude révèle des connexions étonnantes avec les séismes. Et inspire aussi la conception de robots souples.

P. 44

NUTRITION

LES EFFETS PERVERS DU COMMERCE DU POISSON

Daniel Pauly

L’essentiel du poisson pêché dans les pays en voie de développement est expédié à l’étranger, alors qu’en consommer une fraction sur place suffirait à réduire les carences nutritionnelles dont souffrent les populations locales.

P. 50

ASTROPHYSIQUE

KAGRA, L’ÉVEIL DU GÉANT SOUS LA MONTAGNE

Lee Billings

La mise en fonction du premier instrument de détection d’ondes gravitationnelles installé sous terre, au Japon, est imminente.

P. 56

BIOLOGIE

QUAND LES BRANCHES DE L’ARBRE DU VIVANT

S’ENTREMÊLENT

Éric Tannier, Bastien Boussau et Vincent Daubin

Par divers mécanismes, de multiples gènes passent d’un organisme à un autre sans qu’ils soient parents directs. Si l’on ne peut plus s’appuyer sur ces gènes pour retracer l’histoire du vivant, serait-ce la fin des arbres de parenté ? Bien au contraire…

P. 66

NEUROSCIENCES

NE DORMIR QUE D’UN DEMI-CERVEAU

Gian Gastone Mascetti

Dauphins et phoques partagent avec d’autres animaux une remarquable capacité : dormir avec un seul hémisphère de leur cerveau, tandis que l’autre reste éveillé. Un demi-sommeil qui présente bien des avantages.

P. 72

HISTOIRE DES SCIENCES

À LA POURSUITE DU DRAGON DE KOMODO

Benoît Grison

En 1927, William Burden, un jeune explorateur américain, relata son expédition dans un « monde perdu » des îles hollandaises où régnaient de mystérieux « dragons ». Il n’en fallut pas plus pour transformer le grand varan de Komodo en superstar…

P. 28

PALÉOANTHROPOLOGIE

DENISOVA, NOTRE COUSIN D’ASIE SORT

DE L’OMBRE

Jean-Jacques Hublin

Il y a dix ans, des paléogénéticiens ont découvert une nouvelle espèce humaine fossile, l’homme de Denisova, uniquement grâce à de l’ADN ancien conservé dans une phalange retrouvée dans l’Altaï. Mais pourquoi ce cousin n’avait-il pas laissé de fossiles plus imposants ? En fait, ils étaient sous nos yeux…

RENDEZ-VOUS

P. 80

LOGIQUE & CALCUL

LA PHYSIQUE A-T-ELLE BESOIN DES NOMBRES RÉELS ?

Jean-Paul Delahaye

L’usage des nombres réels pour représenter des grandeurs physiques semble aller de soi. Pourtant, ces nombres ne sont pas aussi réels que le suggère leur nom, et ils engendrent parfois illusions et faux espoirs.

P. 86

ART & SCIENCE

Nous aurons des coquelicots

Loïc Mangin

P. 88

IDÉES DE PHYSIQUE

Des volants pleins d’énergie

Jean-Michel Courty et Édouard Kierlik

P. 92

CHRONIQUES DE L’ÉVOLUTION

L’impénétrable venin du serpent à sonnettes

Hervé Le Guyader

P. 96

SCIENCE & GASTRONOMIE

Une nouvelle sauce : les jaunes au beurre

Hervé This

P. 98 À PICORER

P. 6 Échos des labos

P. 18 Livres du mois

P. 22 Agenda

P. 24 Homo sapiens informaticus

P. 26 Questions de confiance

La nouvelle génération d’outils d’édition de l’ADN repose sur la technique CRISPR-Cas9, mais avec une précision améliorée et moins de défauts.

GÉNÉTIQUE

mODIFIer

Le GéNOme SANS INTrODUIre TrOP D’erreUrS

Une nouvelle technique de modification de l’ADN, le « prime editing », améliore l’outil CRISPR-Cas9 en offrant plus de fiabilité et de polyvalence.

En 2012, Emmanuelle Charpentier, alors à l’université d’Umeå, en Suède, et Jennifer Doudna, de l’université de Californie à Berkeley, déclenchaient une révolution dans le domaine de la génétique. Avec leurs collègues, elles ont développé un outil simple, peu coûteux et efficace, nommé CRISPR-Cas9, capable d’« éditer » une séquence d’ADN quasi à volonté (voir PLS n° 456). Les perspectives de traiter certaines maladies par cette approche étaient très encourageantes. Cependant,

même si cette technique fait maintenant partie de la boîte à outils des généticiens, elle souffre de quelques défauts. David Liu, de l’Institut Broad (associé au MIT et à l’université Harvard), aux États-Unis, et ses collègues viennent d’améliorer la technique, en la rendant plus fiable et plus polyvalente. Pour mettre au point CRISPR-Cas9, Emmanuelle Charpentier, Jennifer Doudna et leurs collègues s’étaient inspirés d’un mécanisme de défense que l’on trouve chez des bactéries. Celui-ci agit un peu comme un système immunitaire : il

reconnaît l’ADN d’un virus qui aurait déjà tenté par le passé d’infecter la bactérie. Comment cela fonctionne-t-il ? Lors d’une première attaque virale, la bactérie récupère une séquence de l’ADN du virus et la conserve dans une région de son propre génome, nommée CRISPR et faisant office de bibliothèque. Quand le même virus envahit de nouveau la bactérie, l’enzyme bactérienne Cas9, guidée par deux ARN, reconnaît l’ADN viral et le rend inopérant en le coupant de façon spécifique.

Les généticiens ont détourné ce système de façon astucieuse. Un seul ARN, molécule facile à synthétiser en laboratoire, sert de guide à l’enzyme Cas9. Il est conçu pour identifier la région du génome à modifier ; Cas9 se fixe alors à l’ADN et coupe ses deux brins à l’endroit

visé. Si, par exemple, une séquence d’ADN appropriée est introduite dans le milieu, elle s’insère au niveau de la coupure. La cellule répare elle-même les jonctions coupées.

Cependant, la technique, bien que précise, n’est pas parfaite. Par exemple, elle n’est pas adaptée quand il s’agit de remplacer une unique base (constituant de l’ADN) par une autre dans un gène. Or de nombreuses maladies génétiques sont dues à une mutation sur une unique base. Autre inconvénient de la technique, lorsque la cellule répare les jonctions (quand les deux brins de l’ADN ont été coupés), il arrive que des bases s’y insèrent ou disparaissent de façon aléatoire. Enfin, des études ont aussi montré que l’enzyme Cas9 confond parfois différentes zones de l’ADN et opère des modifications non désirées.

Est-il possible de développer une méthode plus fiable et plus polyvalente que CRISPR-Cas9 ? Celle mise au point par David Liu et ses collègues, nommée « prime editing », s’appuie sur une version améliorée de l’enzyme Cas9, associée à une seconde enzyme, une transcriptase inverse (comme on en trouve dans les rétrovirus) et à un brin d’ARN. Ce dernier sert toujours de guide pour repérer la zone d’intérêt sur l’ADN, mais il a une seconde fonction : il porte la séquence à insérer. Dans cette technique, l’enzyme Cas9 modifiée réalise une incise sur un seul brin au lieu de deux. La transcriptase inverse se charge alors d’incorporer dans l’ADN la séquence à insérer. Avec quelques étapes supplémentaires assez simples, on obtient un ADN modifié de façon programmable et prévisible.

L’équipe de David Liu a testé la méthode de différentes façons sur des cellules humaines et des neurones de souris. Elle a montré qu’il était possible de réaliser toutes les mutations possibles d’une base unique, des insertions et des suppressions de séquences. L’efficacité de l’outil (le taux de modifications réussies dans une population de cellules) se révèle supérieure à celle de CRISPR-Cas9 dans la plupart des cas. Et le taux de modifications involontaires est réduit. Une technique prometteuse, même si le chemin est encore long avant une éventuelle utilisation thérapeutique. n

A. V. Anzalone et al., Nature, en ligne le 21 octobre 2019

MÉDECINE

La prévalence des maladies rares évaluée

Près de 300 millions de personnes dans le monde souffrent d’une maladie rare. Des chercheurs, notamment de l’Inserm, ont utilisé la base de données Orphanet pour estimer cette prévalence. Ana Rath, qui a dirigé l’étude, nous explique les enjeux de ces travaux.

Quelle est la définition d’une maladie rare ?

Une maladie rare, telle que la sclérodermie systémique ou la polyglobulie de Vaquez, ne touche qu’une faible part de la population. En Europe, dans sa définition réglementaire, une maladie est dite « rare » si elle touche moins de 5 personnes sur 10 000. Afin de mieux étudier ces maladies, l’Inserm a créé en 1997 le portail Orphanet, qui rassemble les informations provenant des publications scientifiques. Aujourd’hui, 38 pays participent à Orphanet et près de 6 200 maladies rares y sont recensées, dont 72 % sont d’origine génétique et 70 % se déclarent dès l’enfance. C’est la base de données la plus complète sur le sujet.

Ces maladies sont rares, mais combien de personnes touchent-elles ?

À partir de la base Orphanet, nous avons estimé la prévalence des maladies rares dans la population mondiale. Cela a nécessité de normaliser toutes les données et de voir celles que nous pouvions extrapoler de façon fiable à l’échelle du globe. Nous avons ainsi montré qu’au moins 300 millions de personnes souffrent d’une maladie rare, soit 4 % de la population mondiale ! Par ailleurs, parmi celles prises en compte dans l’étude, 149 pathologies sont responsables à elles seules de 80 % des cas de maladies rares. La conclusion importante de notre étude est que, si chacune de ces maladies est rare, ensemble, elles touchent une grande part de la population. Il est donc impératif de mieux les diagnostiquer.

Quels sont les obstacles ?

Ces maladies sont nombreuses et on ne peut pas demander aux professionnels de santé de toutes les connaître. Dès lors,

leur diagnostic et leur prise en charge sont difficiles. Cela engendre beaucoup de souffrance pour les patients et leurs familles. En outre, seules 5 % de ces maladies ont un traitement adapté.

Quelles sont les solutions ?

Il y a plusieurs modes d’action. La France a été pionnière pour organiser l’expertise (les spécialistes sont eux-mêmes peu nombreux) grâce aux centres de référence répartis sur le territoire. Ils facilitent le rapprochement entre les patients, les professionnels de santé et les experts des maladies rares. Un malade peut ainsi être facilement orienté vers le bon interlocuteur pour un meilleur suivi. Ce système est en train de s’exporter et de s’étendre à l’échelle européenne avec une dimension transfrontalière. Ainsi, si une personne souffre d’une certaine maladie et qu’il n’y a pas d’expert dans son pays, on peut la rediriger vers un pays voisin.

Autre approche : en 2018, l’État français a lancé son troisième plan pour les maladies rares. Doté d’un budget de près de 780 millions d’euros sur cinq ans, il intervient à tous les niveaux : diagnostic, traitement, qualité de vie des malades, etc. Un objectif particulier du plan est de s’attaquer à l’errance de diagnostic afin de comprendre pourquoi certaines personnes mettent des années avant de recevoir un bon diagnostic.

Enfin, il est essentiel d’avoir des données fiables sur ces maladies rares. Les pouvoirs publics, les patients et les associations de patients sont demandeurs de tels chiffres. D’ailleurs, Eurordis, une alliance d’associations de malades, a participé à notre étude. Pour faciliter cette démarche, Orphanet propose une nomenclature standardisée qui commence à être implémentée en France et d’autres pays. Grâce à elle, nous pourrons homogénéiser nos informations et gagner en efficacité. n

S. Nguengang Wakap et al., Euro. J. Hum. Genet., en ligne le 16 septembre 2019

ANA RATH directrice de l’US14Orphanet de l’Inserm
Propos recueillis par SEAN BAILLY

ENVIRONNEMENT

IMPACT

Alex MacLean

La Découverte, 2019 336 pages, 55 euros

Le changement climatique ne cesse d’être évoqué, mais pas la montée des eaux. Parce qu’elle est encore relativement peu perceptible sans doute… Toutefois, l’auteur de ce beau livre, pilote d’avion, photographe et passionné d’environnement, s’est donné pour but de la montrer non par des courbes, des chiffres et des cartes, mais directement, par des vues aériennes. La préface a été écrite par Bill Mckibben, journaliste primé et militant de l’environnement. Les zones survolées sont situées sur 3 300 kilomètres de la côte est américaine (du Maine à la Floride) et sur 2 600 kilomètres du golfe du Mexique (de la Floride au Texas), mais les phénomènes sont identiques sur le littoral atlantique ou méditerranéen de la France. Les prises de vues ont été réalisées avant ou après des catastrophes climatiques, comme l’ouragan Sandy, pour bien visualiser les risques puis les dégâts.

Les photographies sont spectaculaires et le texte rare, le message étant évident. Les magnifiques maisons en bord de mer, les marinas, les immeubles trop proches des plages sont manifestement condamnés à brève échéance. Les barrières de sable ou les brise-lames qui sont mis en place s’avéreront dérisoires contre les éléments naturels déchaînés et la montée prévisible des eaux. On réalise les pertes énormes à prévoir dans l’immobilier, mais aussi dans les infrastructures publiques comme les routes, les voies ferrées, les stations d’assainissement, sans parler des rêves brisés de ceux qui sont contraints d’abandonner leurs maisons. Et pourtant, il ne s’agit peut-être que d’un préambule, puisque les dernières simulations envisagent non plus quelques millimètres ou centimètres d’augmentation du niveau des océans, mais 2 à 3 mètres à la fin du siècle… PIERRE JOUVENTIN éthologue émérite au cnrs

SCIENCE ET LITTÉRATURE

TOLKIEN ET LES SCIENCES

Roland Lehoucq, Loïc Mangin et Jean-Sébastien Steyer (dir.)

Belin, 2019 384 pages, 35 euros

Le livre est beau et soigneusement édité et relié. En couverture, son titre fait la part belle à l’anthroponyme du célèbre auteur du Hobbit et du Seigneur des anneaux, décédé il y a près d’un demi-siècle. Mais l’originalité de l’ouvrage repose explicitement sur le « … et les sciences ». Sous la direction de trois savants passionnés par le romancier britannique, près de quarante chercheurs, tous attachés à son œuvre romanesque, tirent de son univers des thèmes qui concernent de grands sujets des sciences humaines, naturelles ou physiques. Cette démarche singulière n’était pas sans risques. Le lecteur pouvait craindre que, sous le prétexte de vulgariser leur discipline, des fans nous entraînent vers du scientisme ou loin de l’univers féerique de Tolkien. Il n’en est rien : la démarche est maîtrisée de façon aussi rigoureuse qu’agréable et l’entreprise structurée. Organisés en six thématiques, les chapitres regroupent une quarantaine de sujets aux titres attractifs pour l’amateur du Seigneur des anneaux, mais lisibles pour le curieux attiré par l’originalité de cette entreprise éditoriale : « Langage et évolution », « Vestiges archéologiques et cités enfouies », « Le climat en Terre du milieu » ou un séduisant « Tolkien, cet ornithologue »… In fine, il serait injuste de ne pas saluer la beauté des illustrations d’Arnaud Rafaelian (dessins au trait) et, même si l’on est emporté par des songes ou une réflexion scientifique, de négliger la bibliographie thématique. Un beau cadeau en perspective, puisque Noël approche.

DOMINIQUE GARCIA président de l’inrap, paris

ETHNOLOGIE

LES DERNIERS PEUPLES

DES GLACES

Francis Latreille Gallimard, 2019 232 pages, 35 euros

Vivre autour du cercle polaire, quelle drôle d’idée ! Allez-y pourtant, et vous pourrez rencontrer, de l’est vers l’ouest et du nord au sud : les Nénètses, les Sâmes, les Inuits, les Inuits du Nunavut, les Koriaks, les Yakoutes et les Dolganes. C’est ce qu’a fait le photographe Francis Latreille, pendant plus de trente ans.

Les lecteurs de Jules Verne, de Jean Malaurie, les admirateurs de Jean-Baptiste Charcot, de Robert Peary et de Paul-Émile Victor, comme Erik Orsenna, qui préface ce livre, retrouveront leurs sensations d’aventuriers devant les magnifiques paysages qui s’étalent en double page, les chamans dansants et les os de baleine plantés dans le sol. Mais ils seront vite dégrisés devant les portraits d’Inuits montés sur leurs quads, cigarette au bec, ou en découvrant ce Yakoute en admiration devant le portrait de Lénine. Déconcertés, ils apprendront que les jeunes Koriaks ont tous un smartphone, et que les petits Inuits vont à l’école avec leurs tablettes. C’est que le temps a passé, et que nous avons tout abîmé. Le réchauffement climatique fait resurgir les momies desséchées de mammouths, comme celui de ce jeune qui fascine cette enfant Nénètse, dans une photo sublime. Leur monde s’écroule, leurs enfants refusent de mener la vie rude et pleine de sacrifices de leurs anciens. Et pourtant, ils sourient. Ils dansent, ils font la fête, cajolent leurs rennes. Ils sauront s’adapter, comme les Inuits du Groenland, dont l’anthropologue Karen Hoffmann-Schickel, l’une des scientifiques dont Francis Latreille sollicite l’avis en fin de volume, nous raconte l’inébranlable optimisme. Ce livre n’est donc pas un livre pour rêver sur un Grand Nord qui n’a jamais existé que dans notre imagination. C’est aussi une leçon de vie et d’espoir.

archéologue associé au creaah, université de rennes 1

HISTOIRE DES SCIENCES

L’EXPÉDITION LAPÉROUSE

Bernard Jimenez

Glénat, 2019

208 pages, 35 euros

L’auteur a refait le voyage de Lapérouse ! Revivre l’extraordinaire aventure de l’expédition Lapérouse devient possible en lisant ce livre, depuis sa préparation jusqu’à la disparition des deux vaisseaux à Vanikoro, dans le Pacifique Sud. L’auteur nous introduit auprès des 220 marins et savants embarqués pour cartographier, observer hommes, plantes et animaux, découvrir, expérimenter. D’escale en escale, on rencontre avec eux d’autres lieux, d’autres hommes, et on se sent comme partie prenante de leur communauté : aventure humaine, d’abord, comme l’indique le sous-titre. Départ pour de longs mois vers des destinations comportant beaucoup d’inconnues.

Même si les deux frégates étaient chargées de matériel scientifique de pointe, on a peine à imaginer aujourd’hui cette projection dans un monde à découvrir, à l’initiative du roi (Louis XVI), quand le premier courrier met 26 mois à parvenir à l’expédition. Cependant, en dépit des difficultés de communication, tout n’a pas été perdu lors du naufrage : beaucoup de résultats ont heureusement pu être transmis et exploités. Ainsi, le jeune Barthélemy de Lesseps, quittant l’expédition au Kamtchatka, a mis un an à traverser la Russie et à rentrer à Paris…

L’auteur nous fait assister à ces multiples découvertes en exploitant de nombreux documents d’époque et de nombreuses photos contemporaines. Il nous replonge ainsi sur les lieux mêmes où s’est enregistrée la mémoire de ce fabuleux périple, jusqu’aux enquêtes des années 2000 qui ont fait, en partie seulement, la lumière sur le naufrage. Bref, n’hésitez pas à embarquer !

LA BIBLE DES CODES SECRETS

Hervé Lehning

Flammarion, 2019

464 pages, 25 euros

R SA, Vigenère, code de César, des Templiers, par substitution, par chiffrement mécanique, quantique…

L’histoire des codes est aussi vieille que les guerres, le commerce au long cours ou le commerce… amoureux ! Cette bible des codes secrets permet de se cultiver facilement sur cet aspect très mathématique de la ruse humaine. On y lit beaucoup d’anecdotes historiques édifiantes, on y apprend les fondements de nombreuses méthodes de codage ainsi que celui de la sécurité – à savoir qu’il est illusoire de dissimuler l’algorithme de codage, et que c’est juste la clé qu’il faut savoir protéger.

LA LICORNE ET LES FIGURES

INSOLITES DE LASCAUX

Denis Tauxe

Tautem, 2019

84 pages, 15 euros

L a grotte de Lascaux contient plusieurs figurations animales et une représentation humaine énigmatiques, dont les plus célèbres sont la licorne et la scène du Puits. Préhistorien spécialiste de Lascaux rattaché au Muséum national d’histoire naturelle, l’auteur fait le point sur les faits et les interprétations multiples qui ont été évoquées. De quoi ordonner ses doutes et mettre de l’ordre dans les impressions fortes et contradictoires que suscitent ces œuvres.

CE QUI EST SANS ÊTRE TOUT À FAIT

Étienne Klein

Actes Sud, 2019

176 pages, 18 euros

Alladine, une vieille voisine d’Étienne Klein, à la mémoire de qui est dédié cet élégant essai, l’invita un jour à « faire le vide ». Un conseil qui rejeta le physicien dans les arcanes d’une vieille rêverie sur toutes les facettes de cette riche notion, tant en physique et en philosophie que dans le langage courant. Ces facettes sont nombreuses, contradictoires et leur nombre a empêché Étienne Klein de faire tout à fait le vide, du moins dans sa tête, au moment où, à la fin de l’ouvrage, il nous abandonne à l’« effervescence sommeillante du vide quantique » !

POUR LYCÉENS ET AU-DELÀ

TU MOURRAS MOINS BÊTE… TOME 5

QUAND Y EN A PLUS, Y EN A ENCORE

Marion Montaigne Delcourt, 2019 256 pages, 19,99 euros

Marion Montaigne, l’autrice du blog du même nom, Tu mourras moins bête… Mais tu mourras quand même !, décliné en albums (et en série animée diffusée sur Arte), compte de nombreux admirateurs dont, avouons-le, les journalistes de Pour la Science . Voici donc le dernier tome de la collection qui met en scène, comme d’habitude, l’inénarrable Professeur Moustache et son assistant Nathanaël, répondant aux questions posées via carte postale par de pseudolecteurs. L’éventail est large : À quand l’homme bionique ? Les jeux vidéo rendent-ils violents ? Pourquoi les insectes sont-ils autant poilus ? Skynet est-elle une intelligence artificielle stupide ? Mais aussi, c’est fichu comment, un clitoris ? Les réponses sont à la fois fort bien documentées (une partie des références est donnée en fin d’ouvrage) et très drôles. L’impertinence du ton et les multiples références à l’actualité générale plairont surtout aux adolescents dégourdis qui, à n’en pas douter, mourront de rire (et moins bêtes). n

DÈS 9 ANS

LE JOURNAL DE LÉONARD DE VINCI

Viviane Koenig et Benoît Perroud Belin Jeunesse, 2019 80 pages, 13,90 euros

Un journal écrit à la première personne pour entrer dans la vie du célèbre Léonard. On suit sa vie d’artiste peintre, sculpteur, orfèvre, architecte… Mais surtout on perçoit l’inextinguible soif de comprendre qui anima toujours ce touche-à-tout génial qui « inventa » la brouette-compteur, l’ornithoptère et le char d’assaut ; qui s’intéressa à la géologie, à l’astronomie, à la météorologie… Et à l’anatomie, quitte à enfreindre la loi en pratiquant la dissection de cadavres pour tenter de découvrir le fonctionnement des muscles. Un éloge de la curiosité. n

À PARTIR DE 7 ANS

COQUILLAGES

Eva Bensard

Ill. : Anne-Hélène Dubray La Martinière Jeunesse, 2019 64 pages, 16,90 euros

Les coquillages ?

Des animaux tout mous, les mollusques, qui se protègent avec un squelette externe : leur coquille. Il en existe de minuscules et d’énormes comme le tricdane géant, qui peut afficher 250 kg sur la balance et mesurer plus d’un mètre de long ! Il y a des brouteurs d’algues et des gloutons qui avalent tout rond des poissons entiers en quelques secondes. Certains nagent avec leur pied, d’autres ont des dizaines d’yeux. De leur coquille nacrée, tigrée, plissée, on fait des couteaux, des boutons, des sifflets, des bijoux. Et même de la monnaie. Bref une passionnante histoire aux multiples héros à découvrir dès que l’on sait lire. n

DÈS 8 ANS

LES DINOSAURES EN BANDE DESSINÉE. TOME 5. Plumeri et Bloz Bamboo, 2019 48 pages, 10,95 euros

On ne se lasse pas des dinosaures. Arnaud Plumeri, scénariste féru de paléontologie depuis sa tendre enfance suit de près toutes les découvertes sur les terribles lézards : le cou de cygne du Halszkaraptor, la momie de Borealopelta, les plumes du Yutyrannus… Puis avec la complicité du dessinateur Bloz, il les met en scène dans une série de gags désopilants qui rendent attachants ces fascinants rois du Mésozoïque. Comme le fameux T-Rex, qui ne faisait pas de bisous parce qu’il n’avait pas de lèvres… n

À PARTIR DE 12 ANS

DANS LE SECRET DES LABOS

Jean-Yves Duhoo Dupuis, 2019 192 pages, 23 euros

Les enquêtes aventureuses de Jean-Yves Duhoo, illustrateur passionné de sciences, dans quarante-cinq laboratoires de France mais aussi de Belgique et de Suisse. Avec ces reportages pleins d’humour, il s’agit moins de tout savoir sur les trous noirs, le temps atomique, le cerveau virtuel, les voitures écologiques ou les secrets de la musique contemporaine que de comprendre comment travaillent les chercheurs et quelles questions ils se posent. Visiter avec Jean-Yves le LHC, au Cern, Tara, le navire océanographique, la graineterie du Jardin des plantes tout comme les coulisses de l’opéra Bastille et les égouts de Paris… devrait susciter quelques vocations. n

À PARTIR DE 14 ANS

HOMO SAPIENS

Antoine Balzeau

Ill. : Pierre Bailly

Le Lombard, 2019 88 pages, 10 euros

Qui sommesnous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Le paléoanthropologue Antoine Balzeau et le dessinateur Pierre Bailly répondent avec humour et rigueur à ces éternelles questions sur lesquelles les sciences ont beaucoup à dire. Du rôle du hasard dans l’évolution aux gènes de Néandertalien qui survivent en nous, en passant par la couleur de peau de nos ancêtres… les auteurs brossent une passionnante histoire de notre espèce. Sans écarter les questions ouvertes. Par exemple, pourquoi Homo sapiens est-il le seul homme à posséder un menton ? Eh bien on n’en sait toujours rien ! n

DÈS 6 ANS

ANIMAUX

SAUVAGES.

LES AVENTURIERS DE L’HIVER

Ill. : Jana K. Kudrnova

Quatre Fleuves, 2019 38 pages, 15,90 euros

De grandes et jolies cartes dépliables pour repérer où vivent le grand hamster, la tortue des steppes, le béluga ou le lagopède des saules. Et de petits textes truffés d’anecdotes étonnantes à commenter avec ses parents : comment la taupe de nos jardins paralyse les vers de terre, comment le porc-épic d’Amérique séduit sa belle, comment l’escargot de Bourgogne résiste à des froids de – 40 °C, comment le pic épeiche casse les noix pour se nourrir… À lire au chaud pendant les longues soirées d’hiver. n

POUR TOUTE LA FAMILLE

L’ODYSSÉE DU RENARD

François Moutou, Laurent Geslin Salamandre, 2019 144 pages, 29 euros

Voici d’incroyables et magnifiques images de renards prises avec patience et passion par le photographe naturaliste Laurent Geslin. La vie de goupil au poil rouquin et au regard doré est racontée par le vétérinaire François Moutou, grand connaisseur de cet animal, de ses particularités et de son mode de vie, qui l’amène aujourd’hui de la forêt vers la ville. Un livre à parcourir en famille : petits et grands tomberont sous le charme. n

LES AVENTURIERS AU JARDIN BIO EXPLORENT LES SCIENCES

Frédéric Lisak, Agathe Moreau Terre Vivante et Plume de Carotte, 2019 108 pages, 14 euros

Voici une version fort sympathique du livre d’expériences. Un peu de matériel plutôt facile à trouver : écumoire, filtre à café, coton-tige, seau, marteau, ciseaux, boîte à chaussures… L’aide d’un adulte pour ne pas se blesser, et c’est parti pour toute une série de manips : mesurer la vitesse du vent, créer du brouillard, faire transpirer les plantes, fabriquer du plastique de pomme de terre, ou une pile avec un citron… Et même construire un composteur. Certaines de ces expériences sont faisables en appartement ou en classe. Mais ce livre sera surtout utile aux chercheurs en herbe ayant un jardin.

PLANÈTE

TERRE

Ill. : Bomboland

Quatre Fleuves, 2019 30 pages, 16,90 euros

Unbeau livre-objet composé de pages sculptées en relief et de volets à soulever pour explorer notre planète en trois dimensions. Et ainsi suivre les plaques tectoniques, plonger au fond des cavernes, escalader les montagnes, découvrir les fonds marins, descendre les rivières, flotter sur les nuages, affronter les orages… Il y a même un glossaire pour rafraîchir la mémoire des parents.

APOLLO. L’HISTOIRE VISUELLE DE LA PLUS GRANDE AVENTURE HUMAINE

Zack Scott

Parenthèses, 2019 160 pages, 26 euros

Tout, tout, les jeunes lecteurs sauront tout sur le programme Apollo. Ses 17 missions, ses 6 alunissages, ses 380,01 kg de roches lunaires rapportées sur Terre… De multiples cartes, schémas, plans, infographies racontent par le menu les caractéristiques de la fusée Saturn V, l’âge et le poids des astronautes, les 400 000 employés de la Nasa ou la consommation en carburant du crawler-transporter. Une entrée amusante et pédagogique dans le monde de la conquête spatiale. ET AUSSI

JUSQU’AU 9 AOÛT 2020

Cité des sciences et de l’industrie www.cite-sciences.fr

Espions

En quoi consiste, au-delà des clichés et des fantasmes, le métier du renseignement et de ses agents, ou « officiers traitants » ?

Cette exposition, qui a bénéficié du concours des services de renseignement français, permet de s’en faire une idée. En partenariat avec les producteurs de la série télévisée Le Bureau des légendes, la Cité des sciences et de l’industrie a conçu un parcours où le public entre dans la peau d’un officier traitant chargé d’une mission, à la suite de la détection d’un essai nucléaire de faible intensité effectué par un pays étranger – mission dont l’aboutissement consiste à fournir au président de la République une note de renseignement sous 48 heures. Des dispositifs audiovisuels guident le public et lui expliquent les étapes et les stratégies à suivre pour mener à bien la mission. Ce faisant, les diverses activités liées au renseignement sont mises en scène : surveillance des phénomènes sismiques suspects, écoutes téléphoniques, filatures par le contre-espionnage, interrogatoires, collectes de données à l’étranger, etc.

Des entretiens inédits avec des agents français (anonymes) en activité viennent décrire différents métiers, les contraintes et les répercussions qu’ils ont sur la vie de la personne…

SÉRIGNAN

JUSQU’AU 19 AVRIL 2020

Musée régional d’art contemporain http ://mrac.laregion.fr/

La Mesure du monde

Dessins, peintures, vidéos, sculptures, installations : des œuvres d’environ vingt-cinq artistes de divers pays posent un regard poétique sur la nature, ses mesures, ses textures, ses transformations… Une sorte d’inventaire, forcément partiel et subjectif, des matériaux et phénomènes naturels, du monde vivant, du corps humain. n

Parallèlement, deux fresques expliquent la nature des six services de renseignement français (DGSE, DRSD, DRM, DGSI, DNRED, Tracfin) et leurs homologues aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Russie, en Israël et en Chine, éléments factuels et chiffres à l’appui. n

LIÈGE (BELGIQUE)

JUSQU’AU 2 FÉVRIER 2020

La Cité Miroir www.citemiroir.be

Darwin, l’original

Qui était Charles Darwin et quel a été son itinéraire intellectuel ?

Le visiteur l’exposition pourra le découvrir à travers un parcours pluridisciplinaire et interactif. Il y apprendra notamment que le père de la théorie de l’évolution était aussi un humaniste, un antiesclavagiste et un pionnier de l’éthologie animale et humaine. n

Du 2 au 8 décembre

Le Mans www.lemans.fr/sonore

LE MANS SONORE

Le Mans organise sa première biennale internationale du son, avec expositions, colloques, concerts, performances, etc.

La ville, pôle scientifique et technologique en acoustique, ambitionne de se hisser au rang de capitale du son.

Mardi 10 décembre, 19 h Muséum de Nantes http://museum. nantesmetropole.fr

ÉPICES ET PARFUMS

Une conférence d’Annick

Le Guérer, anthropologue, philosophe et historienne, qui raconte l’histoire des épices et des parfums depuis l’Antiquité.

Jeudi 19 décembre, 12 h 30 Université Paul-Sabatier, Toulouse www.univ-tlse3.fr

LE BLOB, OVNI DE LA BIOLOGIE

La biologiste Audrey Dussutour présente le « blob », alias Physarum polycephalum, organisme unicellulaire pouvant mesurer plusieurs mètres carrés et aux capacités étonnantes, découvertes récemment.

Jusqu’au 19 janvier 2020

Grilles du jardin du Luxembourg, Paris https://bit.ly/2Vpak7b

UN VOYAGE

DANS L’UNIVERS

Un ensemble de 80 grandes et belles photographies capte l’attention des passants et leur fait découvrir les programmes d’exploration spatiale passés, présents et futurs.

Jusqu’au 19 janvier 2020

Jardin des Plantes, Paris www.mnhn.fr

OCÉAN EN VOIE

D’ILLUMINATION

Après Espèces en voie d’illumination l’hiver dernier, c’est au tour du monde marin de s’exhiber sous la forme de monumentales structures lumineuses, conférant une féerie nocturne à ce beau jardin parisien.

PARIS ÉPINAL

DU 4 DÉCEMBRE 2019 AU 14 FÉVRIER 2020

Maison européenne de la photographie

www.mep-fr.org

L’Amazonie vue par Tommaso Protti

Le 10e prix Carmignac du photojournalisme, en 2019, était consacré à l’Amazonie et aux enjeux liés à sa déforestation, sujet malheureusement rattrapé par l’actualité brésilienne. Le prix a été décerné à l’Italien Tommaso Protti, qui vit et travaille au Brésil. Entre janvier et juillet 2019, ce photographe a parcouru, en compagnie du journaliste britannique Sam Cowie, des milliers de kilomètres à travers l’Amazonie brésilienne. Ses clichés illustrent et dénoncent les crises sociales et humanitaires qui frappent la région, ainsi que la destruction de la forêt – des phénomènes interdépendants. n

PARIS

JUSQU’AU 1ER JUIN 2020

Musée de l’homme

www.museedelhomme.fr

Se nourrir est une activité quotidienne et vitale, qui de ce fait occupe une grande place dans notre univers physique, mental, social et culturel. À l’heure où les traditions alimentaires sont bousculées partout dans le monde, le musée de l’homme propose une exposition ambitieuse, qui vise à embrasser le thème de l’alimentation dans toutes ses dimensions ou presque. Le visiteur sera notamment confronté aux aspects religieux, identitaires, politiques et artistiques de l’alimentation. Par exemple, on découvrira ce que mangeaient les hommes préhistoriques, on

DU 30 NOVEMBRE 2019

AU 31 MAI 2020

Musée de l’image

www.museedelimage.fr

Loup ! Qui es-tu ?

Le loup fait un retour dans nos contrées depuis les années 1990, ce qui suscite des débats parfois violents. Une violence probablement due en partie à la place singulière qu’occupe cet animal dans la culture et l’inconscient collectif en Europe. Au travers de plus de 300 œuvres, essentiellement des estampes françaises des XVIIIe et XIXe siècles, l’exposition fait découvrir comment le mythe du loup s’est construit et sur quelles bases la « peur du loup » s’est installée. n

apprendra que le gavage des femmes a existé et qu’il est encore pratiqué par certaines sociétés en Mauritanie, que les ignames représentent la chair des ancêtres chez les Abelams de Papouasie-Nouvelle-Guinée… Et comme il se doit, tout un volet de l’exposition est consacré aux enjeux éthiques, nutritionnels et environnementaux de la production alimentaire actuelle et future. n

SORTIES DE TERRAIN

Samedi 7 décembre

Balloy (Seine-et-Marne) www.anvl.fr

Tél. 01 64 22 61 17

ORNITHOLOGIE EN BASSÉE

Une journée ou une demi-journée d’observation des oiseaux en divers sites (plans d’eau, marais…) de la Bassée, région riche en boisements et zones humides.

Dimanche 8 décembre, 15 h

Domaine des Vaseix, Verneuil-sur-Vienne http://lne-asso.fr

Tél. 05 55 48 07 88 LA CLÉ DES SOLS

Beaucoup d’animaux vivent dans le sol et leur diversité est grande. Ils assurent notamment la qualité des sols agricoles. Il est proposé de les découvrir.

Vendredi 13 décembre, 20 h 30 Iffendic (Ille-et-Vilaine) www.cpie-broceliande.fr

Tél. 02 97 22 74 62 CIEL D’HIVER

Deux heures de cheminement sur les hauteurs de la lande, pour ressentir la magie de la nuit, contempler le ciel, écouter des contes et légendes sur les constellations…

Samedi 14 décembre, 9 h

Château-Bernard (Isère) www.fne-aura.org/isere

Tél. 04 76 42 64 08 LE BOUQUETIN DES ALPES

Une demi-journée de randonnée pour bons marcheurs à la rencontre des bouquetins, dont c’est la saison des amours.

Samedi 14 décembre, 14 h Prades-le-Lez (Hérault) www.euziere.org

Tél. 04 67 59 54 62

STRATÉGIES VÉGÉTALES

Une balade d’une d’après-midi pour observer de nombreux exemples, parfois étranges, d’adaptation de la flore à l’environnement où elle pousse.

Denisova notre cousin d’Asie sort de l’ombre

Il y a dix ans, des paléogénéticiens ont découvert une nouvelle espèce humaine fossile, l’homme de Denisova, uniquement grâce à de l’ADN ancien conservé dans une phalange retrouvée dans l’Altaï. Mais pourquoi ce cousin n’avait-il pas laissé de fossiles plus imposants ? En fait, ils étaient sous nos yeux…

L’ESSENTIEL

> En 2010, l’analyse génétique d’un morceau de phalange retrouvé dans une grotte de l’Altaï a montré qu’il existait une troisième espèce humaine en Eurasie au Paléolithique : l’homme de Denisova.

> De nouveaux indices génétiques et des fossiles – la plupart négligés jusqu’à présent – commencent à donner figure à ces Dénisoviens.

> Il semble qu’une même espèce ancestrale paneurasienne a conduit à deux espèces sœurs anatomiquement proches : les Néandertaliens à l’ouest et les Dénisoviens à l’est.

L’AUTEUR

JEAN-JACQUES HUBLIN dirige le département Évolution humaine de l’institut Max-Planck d’anthropologie évolutionnaire, à Leipzig. Depuis 2014, il est professeur invité au Collège de France.

Cette Dénisovienne a les traits qu’une équipe de généticiens de l’université hébraïque de Jérusalem a tenté de déduire du génome des Dénisoviens.

L’ESSENTIEL

> Grâce à leur structure en mailles, les tricots sont des objets très élastiques.

> De ce fait, le principe du tricot intéresse les industriels, par exemple pour consolider des matériaux composites ou pour concevoir des robots souples.

> L’étude de la force nécessaire pour étirer un tricot fait apparaître une loi statistique universelle, que l’on retrouve par exemple dans les séismes.

L’AUTEUR

SAMUEL POINCLOUX chercheur postdoctorant à l’École polytechnique fédérale de Lausanne, en Suisse

Élastique comme un tricot

Un réseau de mailles présente des propriétés mécaniques singulières. Leur étude révèle des connexions étonnantes avec les séismes. Et inspire aussi la conception de robots souples.

En général, quand un étudiant démarre une thèse de doctorat en physique, il doit d’abord assimiler l’état de l’art de son domaine de recherche (en lisant beaucoup d’articles), apprendre à utiliser l’équipement du laboratoire et peut-être effectuer quelques expériences préliminaires. Dans mon cas, il en a été tout autrement : j’ai commencé par regarder des vidéos sur Youtube afin d’améliorer ma technique de tricotage ! En effet, ma thèse avait pour sujet les propriétés mécaniques des étoffes tricotées et leur comportement quand on les étire. Mon étude avait deux facettes, l’une théorique, dans laquelle je devais déterminer les équations qui décrivent au mieux le système, et l’autre expérimentale, pour laquelle je devais tester mécaniquement de véritables tricots afin de guider et valider mes équations théoriques. J’avais cependant un petit problème : au moment

où j’ai accepté ce sujet de thèse, je savais à peine ce qu’était un tricot, et encore moins tricoter. J’ai rapidement appris qu’il existe des différences à la fois structurelles et mécaniques entre un matériau tricoté (tel qu’un pull-over, une écharpe ou un bonnet) et une étoffe tissée (telle qu’une nappe, une chemise ou un jean). Ces différences sont faciles à mettre en évidence. Si vous tirez sur votre jean, le tissu se déforme à peine. En revanche, si vous tirez sur un pull en tricot, vous en augmentez facilement la longueur (jusqu’à la doubler) dans cette direction. L’élasticité d’un tricot apparaît aussi au grand jour si vous enveloppez un objet avec le textile : en s’étirant localement, un tricot s’adapte à des formes complexes et épouse parfaitement les surfaces. À l’inverse, un tissu qu’on essaye de plaquer sur une surface sphérique, par exemple, fera des plis.

Cette différence de comportements ne s’explique pas par la nature des fils utilisés ; un

tricot et un tissu fabriqués avec le même type de fils présenteront aussi des propriétés opposées. En fait, le comportement mécanique est essentiellement dicté par les entrelacements des fils qui sous-tendent la structure du matériau. Ainsi, un textile tissé est constitué de deux groupes de fils qui s’entrecroisent à angle droit (voir la figure page 40). Quand on tire sur un tissu, l’effet est presque le même que si on tirait sur le fil lui-même. L’élasticité du tissu est alors celle du fil.

En revanche, les textiles tricotés sont généralement constitués d’un unique fil formant un réseau de boucles, qui constituent

les mailles du tricot. Tirer sur un tricot a donc pour effet de déformer les boucles, et non de tirer sur le fil lui-même. C’est cette structure d’entrelacs qui confère toute son élasticité au tricot, et cela même si le fil lui-même n’est pas élastique.

Bien évidemment, avec mes directeurs de thèse Mokhtar Adda-Bedia et Frédéric Lechenault, à l’École normale supérieure, à Paris, nous n’étions pas les premiers à nous interroger sur les déformations du tricot. Quiconque s’adonne au tricot a une certaine connaissance empirique de la structure et de la mécanique du tricot. L’industrie, et pas seulement dans le

Dans de nombreux pays tropicaux en développement, la majeure partie du poisson pêché est soit exportée pour la consommation, soit transformée localement pour produire de la farine de poisson, laquelle est ensuite exportée et utilisée pour nourrir les poissons d’élevage. C’est ce qui attend ces sardinelles dans une usine de Nouadhibou, le port principal de Mauritanie.

L’ESSENTIEL

> Dans les pays tropicaux en développement, le poisson constitue la principale source de micronutriments pour la majorité des gens.

> Néanmoins, ces populations souffrent de carences alimentaires sévères.

> Pourtant, dans certains de ces pays, les prises de pêche seraient suffisantes pour répondre à leurs besoins, si elles n’étaient pas exportées…

L’AUTEUR

DANIEL PAULY professeur à l’Institut pour les océans et la pêche de l’université de la Colombie-Britannique, à Vancouver, au Canada

Les effets pervers du commerce du poisson

L’essentiel du poisson pêché dans les pays en voie de développement est expédié à l’étranger, alors qu’en consommer une fraction sur place suffirait à réduire les carences nutritionnelles dont souffrent les populations locales.

ASTROPHYSIQUE

L’ESSENTIEL

> L’étude des ondes gravitationnelles, grâce à trois observatoires, révolutionne l’étude des trous noirs et des étoiles à neutrons.

> Un quatrième observatoire gravitationnel, Kagra, au Japon, devrait entrer en fonction d’ici à la fin avril 2020.

> Il sera le premier observatoire de ce type à être installé sous terre et maintenu à très basse température. Certaines des techniques mises en œuvre seront réutilisées pour la génération suivante d’observatoires.

L’AUTEUR

LEE BILLINGS

Kagra, l’éveil du géant sous la montagne

La mise en fonction du premier instrument de détection d’ondes gravitationnelles installé sous terre, au Japon, est imminente.

Les ondes gravitationnelles – ces vibrations de l’espace-temps produites par une coalescence de trous noirs, une collision d’étoiles à neutrons, une explosion de supernovæ, etc. – ont déclenché une révolution dans le domaine de la recherche en astrophysique. Observées pour la première fois en 2015, un siècle après avoir été prédites par Albert Einstein, ces discrètes ondulations ont déjà révélé de nombreux détails sur les objets exotiques qui les produisent. Par exemple, l’étude des ondes gravitationnelles a fourni la première preuve directe de l’existence des trous noirs, a conduit à une nouvelle estimation de la vitesse d’expansion de l’Univers et a montré que les étoiles à neutrons sont la source principale de l’or, du platine et de divers autres éléments lourds dans l’Univers.

Grâce à ces vibrations de l’espace-temps, les chercheurs espèrent un jour sonder les premiers instants après le Big Bang d’une façon tout à fait unique. Mais avant d’atteindre un tel objectif, la prochaine étape dans la traque des ondes gravitationnelles se cache dans les tunnels sombres d’un complexe souterrain, à plus de 200 mètres sous le mont Ikenoyama dans la préfecture de Gifu, au centre du Japon. Une équipe internationale de scientifiques, d’ingénieurs et de techniciens met actuellement la dernière main à un projet qui a démarré il y a près de dix ans : le détecteur d’ondes gravitationnelles de

rédacteur senior à Scientific American pour la physique et le spatial >

DANS LES TUYAUX

À l’abri dans leur tube en acier inoxydable, les deux bras de l’interféromètre Kagra s’étendent chacun sur trois kilomètres de long. Le tube abrite une chambre à vide qui contient un système complexe de lasers et de miroirs. L’interféromètre est conçu pour détecter une onde gravitationnelle d’amplitude suffisante. Sous le mont Ikenoyama, au Japon, Kagra est à l’abri de certaines vibrations parasites présentes en surface. Avec un inconvénient, cependant : le tunnel est creusé dans de la roche saturée en eau, d’où une humidité ambiante élevée et des fuites qui risquent de perturber l’instrument très sensible.

© Enrico
Sacchetti

L’ESSENTIEL

> En 1928, on s’est aperçu que des gènes pouvaient passer d’une bactérie à une autre sans que l’une descende de l’autre.

> Vers les années 2000, devant l’ampleur de ce phénomène, nommé transfert horizontal, des biologistes y ont vu un sérieux obstacle

à la construction de l’arbre du vivant.

LES AUTEURS

> Pourtant, le transfert horizontal se révèle un outil précieux pour préciser cet arbre et le dater. ÉRIC TANNIER chercheur de l’Inria Grenoble Rhône-Alpes, à Villeurbanne

BASTIEN BOUSSAU chercheur du CNRS au laboratoire de biométrie et biologie évolutive, université de Lyon

VINCENT DAUBIN directeur de recherche du CNRS dans le même laboratoire

Quand les branches de l’arbre du vivant s’entremêlent

Par divers mécanismes, de multiples gènes passent d’un organisme à un autre sans qu’ils soient parents directs. Si l’on ne peut plus s’appuyer sur ces gènes pour retracer l’histoire du vivant, serait-ce la fin des arbres de parenté ? Bien au contraire…

«Darwin was wrong » – « Darwin avait tort ». Tels sont les mots que l’on a pu lire le 24 janvier 2009 en couverture du magazine britannique New Scientist, accompagnés d’un sous-titre catégorique : « Cutting down the tree of life » – « Abattre l’arbre du vivant ». En cause, le transfert horizontal de gènes, c’est-à-dire la capacité des organismes vivants d’assimiler de l’information génétique d’autres individus que leurs parents.

Découvert dans les années 1920, ce phénomène a, depuis, bouleversé la biologie de multiples façons. On s’est aperçu qu’il permet à des microorganismes de s’adapter à de nouveaux environnements, par exemple en leur fournissant des gènes de résistance aux antibiotiques ou la capacité de vivre à très haute température. Les biologistes ont aussi appris à le manipuler, ce qui leur a ouvert la possibilité de modifier des organismes vivants à leur guise. Surtout, il remet radicalement en cause le modèle de descendance avec modification, proposé par Charles Darwin en 1859 dans L’Origine des espèces, où le naturaliste britannique pose

la métaphore de l’arbre du vivant, traçant les liens généalogiques entre les espèces. Ces vingt dernières années, l’idée s’est propagée d’une incompatibilité entre l’existence du transfert horizontal et l’entreprise de construction de cet arbre du vivant – d’où le titre provocateur de New Scientist. Pourtant, aujourd’hui, nous découvrons qu’au contraire le transfert horizontal apporte à cet arbre une précision et une ampleur que la seule hérédité verticale ne permettait pas. À condition, toutefois, de disposer de méthodes capables de lui donner sa juste place…

ÉVOLUTION ET HÉRÉDITÉ, UN MARIAGE DIFFICILE

L’évolution et l’hérédité sont aujourd’hui si étroitement imbriquées, dans leur étude et dans leur enseignement, qu’on oublie facilement que leur association n’a pas toujours été évidente. Dans L’Origine des espèces, Darwin avait proposé un mécanisme d’évolution des organismes vivants par la sélection naturelle, c’est-à-dire la propagation, au fil des générations d’une population, de traits favorables à la reproduction. Mais durant des décennies, du vivant de Darwin jusqu’au début du xxe siècle,

L’arbre du vivant ressemble plus à un buisson aux innombrables ramifications, comme l’illustre cette sculpture au cœur de l’exposition permanente « Espèces, la maille du vivant », du musée des Confluences, à Lyon. Un buisson dont les branches auraient parfois des connexions, sous la forme de transferts de gènes…

> Durant le sommeil, les sens perdent le contact avec l’extérieur et les mouvements du corps s’estompent. Les activités cérébrales de base étant interrompues pendant plusieurs heures, un animal qui dort constitue une proie facile.

> Chez certains animaux, ce problème est résolu par

leur capacité à dormir avec la moitié de leur cerveau, tout en restant vigilants avec l’autre. Cet entre-deux porte le nom de sommeil unihémisphérique.

> L’étude du sommeil unihémisphérique aide à comprendre le sommeil et sa fonction, voire les troubles du sommeil humain.

GIAN GASTONE MASCETTI neurophysiologiste à l’université de Padoue, en Italie, et professeur émérite.

Ne dormir que d’un demi-cerveau

Dauphins et phoques partagent avec d’autres animaux une remarquable capacité : dormir avec un seul hémisphère de leur cerveau, tandis que l’autre reste éveillé. Un demi-sommeil qui présente bien des avantages.

L’une des caractéristiques les plus frappantes des organismes vivants, tant animaux que végétaux, est la façon dont leur physiologie et leur comportement se sont adaptés pour suivre l’alternance du jour et de la nuit. Chez les animaux, une horloge cérébrale synchronisée avec les signaux de l’environnement engendre des changements biologiques variant sur un cycle d’environ vingt-quatre heures – des rythmes circadiens (du latin circa et diem, signifiant respectivement « environ » et « un jour »).

Le cycle éveil-sommeil est un rythme circadien typique. L’éveil est caractérisé par une activité sensorielle et locomotrice ; au cours du sommeil, les sens perdent le contact avec leur environnement et les mouvements sont atténués. Cette perte périodique de conscience apparaît de façon évidente sur les enregistrements électroencéphalographiques (EEG) : le sommeil profond s’y traduit par des oscillations lentes et de grande amplitude. L’éveil, en

revanche, s’y manifeste par des oscillations rapides et de faible amplitude. Cependant, le sommeil demeure en grande partie un mystère. Pourquoi un animal se déconnecte-t-il ainsi de son environnement en interrompant ses activités sensorielles et motrices de base pendant plusieurs heures, période durant laquelle il devient plus vulnérable aux prédateurs ? La question se pose avec plus d’acuité chez les mammifères aquatiques, qui ont besoin comme les autres mammifères de respirer et de maintenir la température de leur corps durant leur sommeil. Fait remarquable, chez certains animaux ce problème a été résolu par le développement d’une capacité de dormir avec la moitié de leur cerveau tout en restant éveillés avec l’autre –un comportement connu sous le nom de sommeil unihémisphérique à ondes lentes. D’autres encore s’engagent dans un sommeil unilatéral dans certaines circonstances, mais mettent leurs deux hémisphères au repos si nécessaire. Des mammifères marins, des oiseaux et

À la poursuite du dragon de Komodo

En 1927, William Burden, un jeune explorateur américain, relata son expédition dans un « monde perdu » des îles hollandaises où régnaient de mystérieux « dragons ». Il n’en fallut pas plus pour transformer le grand varan de Komodo en superstar…

Alors qu’il survolait la mer de Florès dans son petit biplan, un aviateur hollandais perdit le contrôle de celui-ci, à la suite d’une avarie moteur. Il n’eut d’autre choix que de négocier un atterrissage forcé sur l’île de Komodo toute proche. S’extirpant du cockpit, il découvrit alors, stupéfait, un groupe de « lézards » énormes se prélassant sur le rivage… L’on était en 1912, au temps des Indes néerlandaises, et avec d’autres rumeurs, la mésaventure supposée de notre aviateur allait catalyser les énergies qui mèneraient à la découverte, par l’Occident, du varan de Komodo. Aujourd’hui, l’île est devenue un lieu prisé des touristes : chaque année, plus de 100 000 personnes foulent son sol dans l’espoir d’y observer l’un des quelque 2 448 individus de cette espèce qui y vivent encore selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Au point que l’administration provinciale des îles de la Sonde, dont fait partie Komodo, a décidé, il y a quelques mois, d’interdire l’accès de l’île au tourisme pour au moins un an à partir de janvier 2020.

Pourtant, l’engouement de l’Occident pour le varan de Komodo n’a pas été immédiat.

En 1912, le littoral de Komodo n’était pas fréquenté en permanence par les pêcheurs. Il a donc fallu un certain nombre de jours pour que l’écho des tribulations du pilote parvienne à Java. Qui plus est, de telles histoires de rencontres avec des monstres « antédiluviens » se heurtaient là-bas à un scepticisme certain. Seul un homme prêtait attention à ce genre de récit : il s’agissait du zoologiste Pieter Ouwens, qui dirigeait le muséum et le jardin botanique de la charmante cité de Buitenzorg (Bogor). Il faut dire que dès décembre 1910, l’un de ses correspondants, le lieutenant van Steyn van Hensbroek, administrateur colonial de la région de Komodo, l’avait informé de la présence possible d’un varan géant sur l’île en question, ainsi qu’à Florès. L’animal était dénommé par les autochtones Buaya darat (« crocodile de terre » en Indonésien), ce qui allait dans le sens d’une identification à un varanidé : en effet, depuis toujours, diverses ethnies ont assimilé les varans à des crocodiles terrestres. L’informateur d’Ouwens avait même profité d’une visite officielle à Komodo pour collecter des données supplémentaires sur l’énigmatique « reptile ». Un pêcheur de perles surtout, du nom d’Aldegon, lui fournit maints détails au sujet de l’espèce : ces animaux, qui creusaient des sortes de

L’ESSENTIEL

> L’Occident n’a découvert l’existence des varans de Komodo qu’en 1912.

> Tombés dans l’oubli pendant la Première Guerre mondiale, ces « lézards » géants sont revenus sur le devant de la scène en 1927 grâce à un jeune explorateur américain, William Burden.

> L’île de Komodo et ses monstres antédiluviens, si proches du « monde perdu » de Conan Doyle, ont alors vite suscité l’engouement jusqu’à Hollywood.

L’AUTEUR

BENOÎT GRISON enseignant-chercheur de l’UFR Sciences et Techniques, à l’université d’Orléans

Fasciné par le varan de Komodo, le zoologiste néerlandais Pieter Ouwens en fit une description précise dès 1912, à l’aide de cinq spécimens qui lui avaient été envoyés. La photographie montre l’un d’eux.

© P. A. Ouwens, On a large Varanus species from the Island of Komodo, 1912

P. 80 Logique & calcul

P. 86 Art & science

P. 88 Idées de physique

P. 92 Chroniques de l’évolution

P. 96 Science & gastronomie

P. 98 À picorer

LA PHYSIQUE A-T-ELLE BESOIN DES NOMBRES RÉELS ?

L’usage des nombres réels pour représenter des grandeurs physiques semble aller de soi. Pourtant, ces nombres ne sont pas aussi réels que le suggère leur nom, et ils engendrent parfois illusions et faux espoirs.

L’AUTEUR

JEAN-PAUL DELAHAYE professeur émérite à l’université de Lille et chercheur au laboratoire Cristal (Centre de recherche en informatique, signal et automatique de Lille)

L’usage des nombres réels en physique et plus généralement dans les sciences a pour origine la géométrie, avec sa conception idéalisée des points d’une droite, d’un plan ou de l’espace. Les nombres réels, dont la structure constitue ce qu’on dénomme « le continu », possèdent de formidables propriétés. En voici quatre. – Entre deux nombres réels x et y tels que x < y, il y a toujours le nombre réel (x + y)/2 et une infinité d’autres, dont tous ceux donnés par la formule (nx + my)/(n + m) où n et m sont deux entiers positifs :

x = (nx + mx)/(n + m)

< (nx + my)/(n + m) < (ny + my)/(n + m) = y – Si une suite de nombres réels x1, x2, x3, … est croissante et majorée (tous les xi sont inférieurs à un nombre fixé M), alors elle converge vers une limite qui est un nombre réel. Cette propriété permet de savoir qu’il existe un nombre réel  x dont le carré est 2 ; on le note √–2. Cette seconde propriété est importante, car la première propriété qu’ont aussi les nombres rationnels (les quotients de deux entiers) ne permet pas de démontrer qu’un tel nombre existe ; d’ailleurs, √–2 n’est pas un nombre rationnel.

distincts  x et  y étant donnés, l’un domine l’autre : on a soit x < y, soit y < x.

Ces propriétés ont servi de base pour le calcul différentiel et les réels constituent un outil commode pour représenter l’espace physique (chaque point est déterminé par trois nombres réels), pour décrire le temps, les masses, les vitesses, et plus généralement les grandeurs physiques : on formule les lois de la nature en utilisant les nombres réels. La plupart des physiciens utilisent ces nombres sans se poser de question. Pourtant, ils créent une situation insatisfaisante sous plusieurs aspects.

LES UNITÉS IGNORÉES

ET LA PRÉCISION LIMITÉE

Jean-Paul Delahaye a notamment publié : Les mathématiciens se plient au jeu, une sélection de ses chroniques parues dans Pour la Science (Belin, 2017).

– Les opérations d’addition et de multiplication entre nombres réels ont des propriétés simples et bien commodes, qui en font ce que les mathématiciens nomment un « corps ». On a ainsi x +  y = y + x, x(y + z) = xy + xz et bien d’autres égalités utiles.

– La relation d’ordre sur les nombres réels est totale, c’est-à-dire que deux nombres

David Ruelle, membre de l’Académie des sciences, dit que les réels du physicien sont différents de ceux du mathématicien à cause de deux points de divergence grave : « (a) Les nombres utilisés en physique ont une dimension. Cela signifie qu’ils correspondent à une mesure faite en une unité donnée, par exemple le centimètre pour une longueur, le degré Celsius ou le kelvin pour une température, le centimètre par seconde pour une vitesse, etc. [...] Une formule physique qu’un mathématicien considérerait convenable pourrait être fermement rejetée par un physicien pour une incorrection concernant les unités. (b) Les nombres utilisés en physique ne peuvent être définis qu’avec une précision limitée, car ils proviennent de mesures opérées en utilisant une unité qui n’est définie qu’avec une précision limitée et dans le cadre de théories à l’applicabilité

c E QUI N’A PAS DE SENS POUR UN PHYSI c IEN

Les nombres réels utilisés en physique ont des propriétés que les mathématiciens jugent importantes et qui, pourtant, n’ont pas vraiment de contrepartie physique. En voici quelques illustrations. On mesure les distances et les durées avec des nombres réels, alors que ceux-ci ne sont jamais connus qu’avec une précision finie (rarement plus de 10 décimales). Les autres décimales, en quelque sorte cachées, ont-elles un sens ? Ce n’est pas certain, mais alors pourquoi se référer au continu des nombres réels pour parler de distance et de durée ?

L’ensemble des nombres réels n’est pas dénombrable, de même, tout simplement, que l’intervalle des nombres réels entre 0 et 1 : on ne peut pas mettre les entiers en correspondance un à un avec ces nombres. Cette propriété des nombres réels, importante pour les mathématiciens, n’a aucune traduction en physique. L’axiome du choix indique qu’à toute collection E d’ensembles non vides, par exemple E = {{1, 2}, {a, b, c}, {z, y}},

correspond au moins un ensemble de choix C ayant un élément commun avec chaque ensemble de E. L’axiome paraît évident, mais il engendre des situations gênantes. Pour notre exemple, C = {2, b, z} convient. Cependant, à partir de l’idée que l’espace est défini par des triplets de nombres réels, on déduit de l’axiome du choix qu’une boule de rayon 1 se décompose en cinq ensembles de points, que l’on peut déplacer sans les déformer pour recomposer deux boules de rayon 1. Ce paradoxe de la multiplication miraculeuse des boules, nommé « paradoxe de Banach-Tarski » (voir www. madore.org/~david/math/ bantar.pdf), n’a évidemment aucune traduction dans le monde physique et il s’oppose à l’intuition la plus élémentaire que nous avons de l’espace et à la loi de conservation de la masse.

L’espace mathématique de la géométrie euclidienne s’étend infiniment loin, alors que les physiciens et cosmologistes n’affirment rien de définitif sur cette question pour l’espace physique.

Stefan Banach (1892-1945) était un mathématicien polonais. Ses travaux ont surtout porté sur l’analyse fonctionnelle, dont il est l’un des fondateurs.

Une représentation naïve du paradoxe de Banach-Tarski

limitée. Il s’ensuit que l’affirmation mathématique “un nombre réel est rationnel, ou irrationnel” n’a pas de sens pour un physicien. »

Ajoutons qu’un mathématicien accorde une grande importance à l’idée que l’infini des nombres réels est plus grand que l’infini dénombrable des nombres entiers et des nombres rationnels, alors que pour le physicien cela ne correspond à rien de concret.

UNE PHYSIQUE ÉLÉGANTE, MAIS INEXACTE !

Alfred Tarski (1901-1983) était un logicien et philosophe polonais. Il a vécu et travaillé aux États-Unis depuis le début de la Seconde Guerre mondiale, en 1939.

Le physicien et mathématicien Roger Penrose, professeur émérite à l’université d’Oxford, exprime aussi ses doutes : « Les nombres réels se réfèrent à une idéalisation mathématique plutôt qu’à une quantité physique objective et réelle. Le système des nombres réels a la propriété, par exemple, qu’entre deux >

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