SOCIAUX ?
NOTRE CERVEAU NOUS TROMPE… POUR NOTRE
BIEN !
Les avantages cachés des biais cognitifs



bienGrand vous fasse !
ALI REBEIHI


10H / 11H


DE LA PSYCHO DU QUOTIDIEN DU SOURIRE

N° 149
NOS CONTRIBUTEURS

p. 26-30
Douglas Fields
Professeur adjoint à l’université du Maryland, à College Park, aux États-Unis, chef de la section du développement et de la plasticité du système nerveux à l’Institut américain de la santé de l’enfant et du développement humain, il a enquêté sur le rôle des molécules de sucre dans la plasticité cérébrale.

p. 44-50
Stefano Palminteri
Directeur de recherches au Laboratoire de neurosciences cognitives et computationnelles de l’École normale supérieure à Paris, il a découvert comment notre cerveau biaise notre vision du monde en favorisant les bonnes nouvelles au détriment des mauvaises.

p. 60-64
Hugo Mercier
Chercheur en sciences cognitives à l’institut JeanNicod (CNRS-ENS-PSL), spécialiste du raisonnement et de la communication, il explore les aspects positifs de certains biais cognitifs comme le biais de confirmation.

p. 80-85
Christopher Osterhaus
Professeur de psychologie du développement à l’université de Vechta, en Allemagne, il mène des recherches sur la façon dont les enfants apprennent à se représenter les états mentaux des autres.
ÉDITORIAL

SÉBASTIEN BOHLER
Rédacteur en chef
Optimisme d’État
Alors que je bouclais ce numéro, je suis tombé sur une chronique du journaliste Pierre Haski consacrée au diplomate russe Boris Bondarev, qui vient de quitter son poste à Genève. Dans un long article publié dans la revue américaine Foreign Affairs, Bondarev dépeint une singulière distorsion mentale collective qui aurait lieu dans les cercles du pouvoir du Kremlin. Tout au long des vingt ans de pouvoir exercé par Poutine, les conseillers de ce dernier auraient progressivement appris à ne lui dire que ce qu’il voulait entendre. De sorte que si Poutine a cru que l’invasion de l’Ukraine serait chose aisée, c’est parce que des rapports honnêtes sur la situation militaire et sur les prises de position internationales ne lui auraient jamais été remis.
Notre cerveau souffre d’un syndrome analogue : dans l’article que le neuroscientifique Stefano Palminteri consacre à ses travaux sur le biais d’optimisme en psychologie, travaux récompensés ce mois-ci par le prix Ribot de psychologie scientifique, dont Cerveau & Psycho est partenaire, on lit que notre cerveau renforce le poids des informations encourageantes et atténue celui des données déplaisantes ou négatives. Les circuits de neurones précis responsables de ce biais ont même été identifiés : ils consolident les synapses qui véhiculent des bonnes nouvelles et affaiblissent celles qui en apportent de moins bonnes. C’est vraiment ce qui s’appelle tirer sur le messager. Mais ces neurones existeraient probablement parce qu’ils apportent certains avantages, comme la capacité à ne pas se décourager dans la poursuite d’un but difficile. Reste à espérer que le régime poutinien, lui, se décourage… £
SOMMAIRE
N° 149 DÉCEMBRE 2022

6-41
DÉCOUVERTES
p. 6 ACTUALITÉS
Le dilemme du procrastinateur
Un minicerveau humain greffé dans un cerveau de rat
Entend-on quand on est inconscient ?
C’était moins bien avant !
Dépression : quand la kétamine chasse les idées noires
p. 12 FOCUS
Maladie de Huntington : enfin l’espoir d’un traitement ?
Corriger les atteintes aux neurones dès la naissance pourrait empêcher l’apparition des symptômes à l’âge adulte…
Bénédicte Salthun-Lassalle
p. 16 CAS CLINIQUE

GRÉGORY MICHEL
Le bovarysme, selon Emmy
Emmy préfère les romans à la réalité, au point de détester sa vie et de vouloir mourir. Quel traitement la sauvera ?
p. 26 NEUROBIOLOGIE
Ces sucres qui emprisonnent
nos neurones
De fins réseaux de molécules de sucre enveloppent des neurones de notre cerveau. Les retirer stimulerait la plasticité neuronale. Douglas Fields
p. 32 SOMMEIL
Figé de terreur en pleine nuit
Visions infernales, poids étouffant sur la poitrine... La paralysie du sommeil est aujourd’hui mieux comprise.
Janosch Deeg
p. 40 SOMMEIL
Il existe
des moyens de soulager la peur des patients
On peut diminuer l’impact des paralysies du sommeil par des prises en charge appropriées.
Entretien avec Eric Hüttmann
Ce numéro comporte un encart d’abonnement Cerveau & Psycho, broché en cahier intérieur, sur toute la diffusion kiosque en France métropolitaine. Il comporte également un courrier de réabonnement, posé sur le magazine, sur une sélection d’abonnés. En couverture : © Jolygon/Shutterstock
p. 43-64
Dossier
NOTRE CERVEAU
NOUS TROMPE… POUR NOTRE BIEN !
p. 44 NEUROSCIENCES L’OPTIMISME, UNE ERREUR UTILE ?
Notre cerveau serait optimiste, en enjolivant systématiquement la réalité. Ce qui peut avoir certains avantages...
Stefano Palminteri
p. 52 SCIENCES COGNITIVES CES BIAIS QUI VOUS TROMPENT… POUR VOTRE BIEN !
Des erreurs de raisonnement apparemment importunes pourraient nous rendre des services cachés.
André Didierjean
p. 60 PSYCHOLOGIE UN MANQUE D’OBJECTIVITÉ AIDE
PARFOIS À MIEUX DÉCIDER
Certains biais cognitifs individuels semblent paradoxalement produire de meilleures décisions collectives. Entretien avec Hugo Mercier


p. 66-78

p. 80-91


p. 92-97

ÉCLAIRAGES VIE QUOTIDIENNE LIVRES
p. 66 PSYCHIATRIE
Les conduites suicidaires sont en hausse chez les jeunes depuis le Covid-19
Le décryptage et les conseils de prévention du psychiatre Charly Crespe.
Entretien avec Charly Crespe
p. 72 L’ENVERS DU DÉVELOPPEMENT PERSONNEL

YVES-ALEXANDRE THALMANN
Pour le droit au vagabondage
Non, donner libre cours à ses pensées n’est pas problématique. L es recherches en prouvent même les bienfaits !
p. 76 RAISON ET DÉRAISON

NICOLAS GAUVRIT
Pourquoi se tape-t-on dessus sur Twitter ?
Une illusion psychologique contribuerait à la polarisation des échanges sur Twitter.
p. 80 PSYCHOLOGIE À quoi tu penses ?
La capacité à imaginer ce que pensent les autres se développe graduellement chez l’enfant et joue un rôle clé en société. Christopher Osterhaus
p. 86 L’ÉCOLE DES CERVEAUX

JEAN-PHILIPPE LACHAUX
La protention : penser avec un temps d’avance
En s’entraînant à visualiser ce qui va se passer dans une fraction de seconde, on démultiplie ses capacités d’apprentissage.
p. 90 LA QUESTION DU MOIS Pourrons-nous un jour télécharger nos souvenirs ?
Pour cela, il faudrait déjà commencer par savoir où ils se trouvent.
Moritz Helmstaedter
p. 92 SÉLECTION DE LIVRES
Les Racines de la violence
Le Syndrome de l’imposteur
Apologie de la discrétion
Renards, les mal-aimés
Les Fils tressés de nos sentiments
Les Illusions de la psychogénéalogie
p. 94 NEUROSCIENCES ET LITTÉRATURE

SEBASTIAN DIEGUEZ
La Promesse de l’aube, ou l’omniprésence de la mère
Le personnage de la mère de Romain Gary décrit dans ce roman se rapproche de deux styles de parentalité : le parent hélicoptère et le parent tigre. Pas de tout repos pour l’enfant !
p. 12 Focus p. 16
DÉCOUVERTES
Le bovarysme, selon Emmy p. 26 Ces sucres qui emprisonnent nos neurones p. 32 Figé de terreur en pleine nuit
Actualités
Par la rédaction
NEUROSCIENCES
Cesserons-nous enfin un jour de procrastiner ?
Des chercheurs viennent d’identifier les mécanismes cérébraux mis à l’œuvre dans la procrastination, ouvrant la voie à des stratégies individuelles pour y faire face.
R. Le Bouc & M. Pessiglione, Nature Communications, 2022.
«Je remplirai ma déclaration d’impôts demain », « Encore une vidéo et je révise mon partiel », « J’arrête de fumer à la fin du mois »… Si ces situations vous rappellent quelque chose, alors vous avez déjà procrastiné, comme 20 % des adultes et environ 70 % des étudiants ! Comme son étymologie latine le suggère – crastinus signifiant « demain » –, la procrastination consiste à repousser à plus tard ce qui pourrait être accompli maintenant. Les psychologues définissent plus précisément la procrastination comme la fâcheuse tendance à retarder inutilement mais volontairement une tâche, qu’elle soit imposée comme voulue, malgré les conséquences néfastes potentielles… même si elles sont connues ! Et pourtant, qui aurait envie de se retrouver débordé de cours à réviser la veille de son partiel ou de recevoir une lettre de relance des impôts ?
Selon une étude menée conjointement par l’Inserm, le CNRS, Sorbonne Université et l’AP-HP au sein de l’Institut du cerveau à Paris, c’est la résultante de deux effets qui

RETROUVEZ NOUS SUR
pousse certains à procrastiner davantage que d’autres. Il y a tout d’abord la valeur que l’on attribue à une récompense (eh oui, ça fait du bien quand la déclaration fiscale est terminée), et la perception de l’effort nécessaire pour l’obtenir. Les personnes qui trouvent qu’une gratification garde la même valeur entre aujourd’hui et demain, mais qui perçoivent l’aspect pénible bien plus fort aujourd’hui que demain, vont évidemment être portées à procrastiner… Ce sera moins le cas, à l’inverse, de celles pour qui une récompense perd grandement de sa valeur au cours du temps, alors que le désagrément d’une tâche reste important le jour d’après.
LA DÉVALUATION DE L’EFFORT
Dans leurs expériences, Raphaël Le Bouc et Mathias Pessiglione, de l’Institut du cerveau à Paris, ont demandé à des volontaires d’indiquer leur préférence entre obtenir une petite récompense rapidement ou une grande récompense ultérieurement (cinq sushis tout de suite ou dix dans une semaine, par exemple). De la même façon, ils leur ont demandé de noter leur préférence entre une tâche légèrement ennuyeuse à faire immédiatement et un travail très pénible une semaine plus tard. Ce type de questionnaire permet de mesurer ce qu’on appelle la « dévaluation temporelle des récompenses (dans le premier cas) et des efforts (dans le second) » : quand une personne dit préférer une petite récompense tout de suite à une plus grande dans une semaine, c’est qu’elle déprécie fortement les plaisirs avec le temps. Et quelqu’un qui préfère une tâche très pénible dans longtemps à une petite corvée tout de suite déprecie très fortement l’effort avec le temps. La dépréciation des récompenses et des efforts peut ainsi être mesurée sous forme d’une courbe de
décroissance qu’on appelle « courbe de dévaluation temporelle ».
Dans un second temps, tous les participants ont dû faire un choix très simple concentrant ces deux influences : exécuter une tâche cognitive fatigante (effort) en échange d’un cadeau (récompense), soit immédiatement, soit le lendemain. En comparant le résultat de ce choix avec les courbes de décroissance temporelle des récompenses et des efforts préalablement établies, les chercheurs ont constaté que la tendance à procratisner provenait principalement de la dévaluation des efforts. La dévaluation des récompenses jouerait un rôle moindre. Puis, en réalisant ces tests de choix sous IRM, ils ont observé que la perception de la pénibilité de l’effort et l’atténuation de cette pénibilité avec le temps sont prises en charge par une zone du cerveau appelée « cortex préfrontal dorsomédian ». Finalement, en prenant en compte à la fois l’activité du cortex préfrontal dorsomédian des volontaires et leur vitesse d’atténuation de l’effort avec le temps, Raphaël Le Bouc et Mathias Pessiglione ont été capables de prédire au bout de combien de jours les participants de l’expérience, une fois rentrés chez eux, renverraient les formulaires administratifs nécessaires afin de toucher leur indemnisation pour avoir participé à cette étude… Selon les auteurs, ces recherches pourraient aider à développer des stratégies individuelles pour éviter la procrastination et ainsi prévenir les conséquences néfastes qui en découlent. En attendant, n’ayez donc crainte : vous n’êtes pas forcément fainéant, c’est votre cerveau qui vous joue un mauvais tour. Pas de quoi toutefois abuser de cet argument auprès de votre patron – ou de l’administration fiscale – si vous souhaitez vous éviter quelques problèmes relationnels ou financiers. £ Tanguy Sourd
PSYCHOLOGIE SOCIALE
J’ose pas demander !

Vous est-il déjà arrivé de ne pas oser demander de l’aide à un passant pour trouver votre chemin, ou pour porter un paquet trop lourd ? Dans ce cas, rassurez-vous : vous n’êtes pas le seul. La plupart des gens agissent de la même façon, la faute à un biais qui nous porte à sous-estimer la volonté des personnes à prêter main-forte à leurs semblables. Sur un échantillon de 2 117 individus, des psychologues de l’université de Stanford ont découvert que les gens sont persuadés de gêner les autres en leur demandant de l’aide, alors que ceux à qui ce service est demandé acceptent généralement avec plaisir. Comment surmonter ce malentendu ? En vous rappelant les situations où un inconnu vous a demandé de l’aide, et où vous avez été ravi de pouvoir rendre service. £ Sébastien Bohler
ET MOI J’OSE PAS FAIRE DE COMPLIMENTS !
Le même phénomène semble toucher les compliments. En 2020, une étude similaire de l’université de Pennsylvanie mettait en évidence le biais de sous-estimation des compliments, par lequel une majorité de personnes pensent que faire un compliment serait déplacé, alors que l’effet réel est presque toujours positif. Là encore, souvenez-vous de ce que vous avez ressenti la dernière fois qu’on vous a adressé des félicitations… £ S. B.
Leselonbovarysme, Emmy
DÉCOUVERTES Cas clinique

GRÉGORY MICHEL
Professeur de psychologie clinique et de psychopathologie à l’université de Bordeaux, chercheur à l’Institut des sciences criminelles et de la justice, psychologue et psychothérapeute en cabinet libéral, et expert auprès des tribunaux.
Emmy passe sa vie dans des romans et trouve la réalité insipide, au point qu’elle perd goût à tout et veut mourir. La ressemblance avec Emma Bovary inspirera au psychothérapeute un diagnostic salvateur…
Un soir d’automne, je reçois ma dernière patiente à la demande de l’un de mes collègues psychiatres. Il s’agit d’Emmy. Au téléphone, quelques jours auparavant, elle était restée assez énigmatique sur les raisons de la consultation. Elle avait juste évoqué une souffrance ancienne assortie de symptômes dépressifs… Ce jour-là, je découvre une jeune femme qui doit avoir une trentaine d’années, assise sur le fauteuil près de la bibliothèque, une tasse de rooibos à la main et un livre d’art sur la peinture italienne sur les genoux. Esquissant un sourire superficiel, elle se redresse mollement et se déplace avec lourdeur jusqu’à mon cabinet. Je suis frappé par son absence visible d’énergie, la lenteur de sa démarche et l’abattement général de son être.
Après s’être assise de façon indolente face à moi, elle semble à présent pétrifiée de stupeur : l’engourdissement visible de son corps semble atteindre son esprit. Comme au téléphone, son
EN BREF
£ Très jeune, Emmy se rêve différente et ne vit que dans son imaginaire. Puis elle enchaîne les déceptions amoureuses au point de déprimer et de tenter de se suicider…
£ Mais elle n’est ni dépressive ni bipolaire. Juste une éternelle insatisfaite. Une façon de fonctionner qui fait désormais partie de sa personnalité : on parle de « bovarysme ».
£ Pour s’en sortir, elle devra accepter le fait qu’elle n’est pas malade et qu’elle peut donner un sens à la vie de diverses manières.
discours est impénétrable, le ton monocorde de sa voix montre à quel point elle est en retrait, ailleurs. Peu de mots, et des mots lents, comme prononcés à regret… Et cette voix blanche qui laisse transparaître une perte complète de plaisir, qu’on appelle en jargon psychiatrique « anhédonie ».
BRADYKINÉSIE, ATONIE, ANHÉDONIE
Côté apparence, elle fait dans le classique. Veste grise sur un chemisier blanc ivoire et jupe noire – un air aussi légèrement austère. Toutefois, ses petites bottines basses à lacets associés à sa broche dorée en forme de fleur lui donnent une note élégante et romantique. Son maquillage, ainsi que ses quelques bijoux, composés de bagues, d’un collier et de boucles d’oreilles, confirment qu’elle est attentive à son image, mais de façon discrète. Seule sa montre de forme ronde de style vintage, de coloris or et avec un bracelet en cuir vieilli, attire davantage mon
Ces sucres qui emprisonnent nos neurones
DÉCOUVERTES Neurobiologie
De fins réseaux de molécules de sucre, enveloppant certains neurones de notre cerveau, figeraient certains comportements, déclenchant addictions ou douleurs chroniques. En les retirant, on pourrait redonner au cerveau une seconde jeunesse…
EN BREF
£ De nombreuses recherches ont porté, ces dernières années, sur les réseaux périneuronaux, des structures rigides qui fixent l’activité de certains neurones.
£ Elles ont révélé le rôle de ces réseaux dans le contrôle de la plasticité neuronale en verrouillant la croissance et la connectivité de certains neurones.
£ Des études récentes ont montré leur implication inattendue dans le contrôle de la douleur chronique, et ouvrent la voie à un nouveau traitement.
Par Douglas Fields, professeur adjoint à l’université du Maryland, aux États-Unis.
Comment expliquer qu’une douleur puisse apparaître et persister longtemps après une lésion nerveuse ? Cette question, comme bien d’autres, nous hanterait encore si des équipes de recherche n’avaient eu l’idée, il y a quelques années, d’ouvrir le champ d’investigation de leurs microscopes au-delà des seuls neurones – ces cellules très « médiatiques » capables de communiquer par impulsions électriques – pour s’intéresser à ce maillage visqueux tapi dans l’ombre des cellules stars. Moins glamour que ces dernières, comparable au cartilage de notre nez et de nos articulations, celui-ci est connu sous le nom de réseau périneuronal (RPN), en hommage à ses longues chaînes de molécules de sucres arrimées à un échafaudage protéique qui s’enroulent autour de nos neurones, les fixent en l’état, empêchant ainsi leur croissance et l’établissement de nouvelles connexions. Ce réseau n’a pas fini de nous étonner.
Sensation d’un poids sur la poitrine, angoisse et visions infernales : tous les ingrédients de la paralysie du sommeil sont représentés sur cette toile de Johann Heinrich Füssli (1741-1825), intitulée Le Cauchemar.

DÉCOUVERTES Sommeil
Figé de terreur en pleine nuit
Vous dormez profondément. Soudain, vous vous réveillez, entièrement paralysé, incapable du moindre mouvement, des ombres effrayantes tournoyant autour de vous. Jamais vous n’avez eu aussi peur. Vous venez de faire une paralysie du sommeil. Un phénomène plus répandu qu’on ne l’imagine.
Je suis allongé dans mon lit, incapable de bouger. Les yeux fermés, j’ai du mal à respirer. Des bruits étranges parviennent à mes oreilles : des bourdonnements, un brouhaha de voix. Soudain, j’ai l’impression d’être enterré vivant. Mon cœur s’emballe. J’essaie désespérément de bouger, de crier. Rien. La peur m’envahit. C’est alors seulement qu’au prix d’un effort extrême, je parviens à soulever légèrement les paupières. Et après ce qui me semble être une éternité, je réussis très progressivement à bouger une main. Puis la tête. Puis le reste de mon corps ! Une fois revenu à la réalité, seule me reste cette question : que s’est-il passé ?
Ce que je viens de décrire était ma première expérience de paralysie du sommeil. « Normalement, cette absence de tonus musculaire, ou atonie, ne se produit que pendant le
EN BREF
£ Lors d’une paralysie du sommeil, on se réveille et prend soudainement conscience que son corps est paralysé, ce qui a lieu normalement lors du sommeil paradoxal. Une sensation souvent accompagnée d’angoisses et d’hallucinations.
£ Il s’agirait d’un stade intermédiaire, en général de courte durée, entre l’état de sommeil et l’état de veille. Certaines personnes souffrant de paralysie du sommeil font aussi beaucoup de rêves lucides.
£ Rien de grave en soi, mais si la personne concernée souffre de troubles du sommeil et d’anxiété, il est préférable de consulter un spécialiste.
sommeil paradoxal, encore appelé “sommeil REM”, car il est caractérisé par de rapides mouvements des yeux (rapid eye movements, en anglais) sous les paupières, ainsi que par les rêves. C’est la dernière phase d’un cycle de sommeil, qui intervient après les phases de sommeil lent léger et profond, aussi nommé “nonREM” », explique la neurologue et spécialiste du sommeil Anna Heidbreder, de la faculté de médecine d’Innsbruck, en Autriche.
DES MUSCLES TOUT MOUS…
En fait, l’activité électrique de nombreux neurones du cerveau lors du sommeil paradoxal ressemble beaucoup à celle de l’état de veille… De sorte que les actions que nous effectuons pendant le sommeil paradoxal – ou plutôt que nous effectuerions si nous n’étions pas paralysés – sont vives et complexes, presque comme si nous les exécutions pour de vrai… « L’atonie nous protège donc contre le fait de vivre nos rêves pour de vrai, en bougeant et en nous levant, ce qui comporterait le risque de nous blesser », explique Anna Heidbreder. Pour ce faire, le cortex moteur du cerveau, qui commande les muscles de tout l’organisme, est partiellement mis en sourdine. Les



Une sélection d’articles rédigés par des chercheurs et des experts










P/19/

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SOMMAIRE
p. 44
L’optimisme, une erreur utile ?
p. 52
Ces biais qui vous trompent… pour votre bien !
NOTRE CERVEAU NOUS TROMPE… POUR NOTRE BIEN !
p. 60 Interview
« Un manque d’objectivité aide parfois à mieux décider »
Nous prenons des décisions tous les jours, pour nos achats, nos destinations de vacances, nos choix professionnels, et évidemment pour voter. En lisant ce dossier, vous verrez vite qu’aucune de ces décisions n’est vraiment rationnelle. Elles sont le plus souvent orientées par des facteurs extérieurs (combien de fois on nous a montré le visage de ce candidat à la télévision, ou de cette influenceuse sur les réseaux sociaux…) mais aussi par des mécanismes internes à notre cerveau, et qui dévient parfois fortement de la raison : on les nomme « biais de confirmation », « d’optimisme », « de disponibilité », « de simple exposition », et bien d’autres encore. Vous les découvrirez dans ce dossier, l’intérêt étant d’en prendre conscience, car longtemps considérés comme néfastes à la prise de décision, on commence à leur découvrir quelques avantages, comme celui de décider plus vite en situation, ou de nous encourager à poursuivre nos efforts quand les difficultés s’accumulent. C’est notamment ce que suggèrent les recherches couronnées cette année par le prix Ribot de psychologie scientifique, dont Cerveau & Psycho est partenaire. De quoi poser un regard plus compréhensif sur nos petits travers !
Sébastien Bohler
L’OPTIMISME, UNE ERREUR UTILE ?

Ces travaux ont été récemment récompensés par le prix Théodule-Ribot, attribué par le Comité national français de psychologie scientifique
En partenariat avec

Selon des recherches récentes récompensées par le prix Ribot de psychologie scientifique, notre cerveau privilégierait les informations positives par rapport aux négatives pour décider comment agir. Une erreur qui, dans certains cas, se révélerait avantageuse.
Par Stefano
Palminteri, directeur de recherches au Laboratoire de neurosciences cognitives et computationnelles de l’École normale supérieure – Paris Sciences et Lettres, et de l’Inserm.
EN BREF
£ En moyenne, nous avons tendance à tenir compte des informations positives plus que des informations négatives pour ajuster nos comportements.
£ Ce biais d’optimisme va souvent de pair avec un autre biais dit « de confirmation », où l’on tient compte davantage des informations qui confirment nos croyances préalables que de celles qui les contredisent.
£ Les recherches de l’auteur ont montré que ces biais résultent de mécanismes d’apprentissage asymétrique au niveau le plus fondamental de notre cerveau.
£ Les neurones dopaminergiques du striatum, sous le cortex cérébral, biaiseraient la prise d’information en faveur des éléments encourageants. Cette asymétrie aurait pu remplir une fonction adaptative dans l’évolution humaine.
Les bonnes décisions, pense-t-on, se doivent de reposer avant tout sur une analyse rationnelle et objective de la réalité. Et nous savons combien c’est vrai… Un créateur d’entreprise a tout intérêt à analyser le plus justement possible l’état du marché auquel il s’attaque, pour ne pas se retrouver rapidement en faillite. Quand un lycéen choisit son orientation future, il a intérêt à bien identifier ses points forts, et éviter de choisir une filière dans laquelle il aura des difficultés. À un échelon plus large, il nous faut être le mieux informés possible pour prendre des décisions en tant que citoyens. Prenez l’exemple du Covid-19 : pour lutter contre cette pandémie, il était extrêmement important de comprendre comment elle était apparue, de cerner les voies de transmission du virus, ainsi que les avantages et inconvénients des vaccins.
Sur le papier, nous sommes dotés d’un cerveau capable de s’informer de manière objective pour prendre les meilleures décisions. Mais, en réalité, les choses sont un peu différentes. On ne compte plus les jeunes entrepreneurs qui ont surestimé le marché de leur produit génial, les étudiants qui se leurrent sur leurs forces et leurs faiblesses, et les croyances fantaisistes sur le Covid.
Cet exemple est éclairant : au cours de la pandémie, l’analyse objective des faits s’est révélée parfois difficile. Ainsi, une partie de la population a réagi à la montée du Covid-19 en supposant son origine intentionnelle dans des théories

CES BIAIS QUI VOUS TROMPENT… POUR VOTRE BIEN !
Des erreurs de raisonnement ou de jugement que nous commettons à notre insu seraient l’œuvre de « biais cognitifs », dont il faudrait se méfier… En fait, ils ne sont que le revers de raccourcis cérébraux la plupart du temps très efficaces et utiles au quotidien.
Par André Didierjean, professeur des universités en psychologie à l’université de Franche-Comté de Besançon.
EN BREF
£ Les biais cognitifs ne sont que le côté indésirable de raccourcis mentaux, nommés « heuristiques », en général très efficaces au quotidien pour raisonner et interagir dans son environnement.
£ Biais d’appariement, de disponibilité, de formulation, d’exposition… Ils sont très nombreux et, dans certaines situations, nous induisent en erreur.
£ Le fait de savoir quand ils interviennent permet parfois de mieux raisonner.
Que sont les biais cognitifs ?
Et pourquoi existent-ils ?
En 1955, le psychologue américain Herbert Simon – le premier psychologue qui recevra un prix Nobel d’économie, en 1978 – écrit que l’être humain dispose d’une « rationalité limitée ». En effet, comme vous devez facilement vous en rendre compte, lorsque vous réfléchissez ou raisonnez, le nombre d’informations que vous arrivez à maintenir dans votre esprit en même temps est très limité, et vous êtes incapable de résoudre des problèmes complexes comme le ferait un ordinateur.
HEURISTIQUES : RACCOURCIS MENTAUX TRÈS EFFICACES
Pourtant, malgré cette triste réalité, nous – êtres humains – interagissons de façon très satisfaisante avec notre environnement au quotidien ; nous savons être créatifs, imaginatifs, actifs et résolvons souvent très vite la plupart des difficultés que nous rencontrons. Herbert Simon puis, dans la lignée de ses travaux, les psychologues Daniel Kahneman et Amos Tversky (le premier ayant aussi eu le prix Nobel d’économie, en 2002, pour ses travaux avec le second qui, quant à lui, ne l’a pas reçu, car il était déjà décédé
en 2002…) ont donc analysé, lors de nombreuses expériences, « pourquoi » il existe une forme d’irrationalité dans nos choix et « comment » l’on parvient malgré tout à être performant.
Ainsi, les chercheurs ont proposé l’idée suivante : pour pallier notre faible aptitude au raisonnement « pur », on utilise une autre méthode pour réfléchir, à savoir le recours à des raccourcis mentaux très efficaces nommés « heuristiques », c’est-à-dire des opérations mentales rapides, automatiques et intuitives, peu coûteuses en attention. Sélectionnées au cours de l’évolution, ces règles approximatives compensent le fait que l’on ne soit pas capable de prendre en compte tous les paramètres des problèmes en même temps. Mais si ces heuristiques fonctionnent très bien la plupart du temps, elles conduisent aussi parfois à des erreurs…
C’est donc dans ces moments-là que se manifestent les « biais cognitifs » et que l’on conçoit alors leur existence. En d’autres termes, les biais cognitifs sont le « côté obscur » d’heuristiques efficaces et nécessaires à nos performances cognitives, et se révèlent dans des situations pièges, comme celles que vous allez découvrir dans cet article. Avec les célèbres biais de confirmation et d’ancrage présentés page 44 dans l’article « L’optimisme, une erreur utile ? », ils sont les plus fréquents de notre quotidien – mais il en existe bien d’autres que ceux proposés ici. Le fait de les connaître vous permettra de comprendre comment l’on raisonne parfois si bien, presque sans réfléchir, alors que, d’autres fois, on est trompé par ces raccourcis mentaux. Un moyen, donc, de s’en méfier et de peut-être s’en prémunir les prochaines fois où l’on se retrouvera dans ces situations, afin de ne plus être « biaisé »… £

INTERVIEW
MERCIER HUGO
CHERCHEUR EN SCIENCES COGNITIVES, À L’INSTITUT
JEAN-NICOD (CNRS-ENS-PSL), ET SPÉCIALISTE DU RAISONNEMENT ET DE LA COMMUNICATION.
UN MANQUE D’OBJECTIVITÉ AIDE PARFOIS À MIEUX DÉCIDER
Les biais cognitifs sont très critiqués en ce moment, accusés d’accroître les fractures, de polariser les débats, de fausser notre raisonnement…
Vous prenez le contrepied de ces critiques et affirmez qu’ils sont utiles. Pourquoi ?
Dès les premières recherches sur le sujet, menées notamment par les psychologues Daniel Kahneman et Amos Tversky, il y avait cette idée de quelque chose de positif : les biais sont intimement liés à ce qu’on
appelle les « heuristiques », des raccourcis cognitifs qui fonctionnent bien dans la majorité des cas, mais conduisent parfois à se tromper. Prenez par exemple l’heuristique de disponibilité : les éléments qui nous viennent plus facilement à l’esprit nous paraissent plus vrais ou plus probables. Cette heuristique nous permet de nous forger une opinion et de prendre des décisions rapidement, mais les recherches ont montré qu’elle entraîne un certain nombre d’erreurs (voir l’article d’André Didierjean, page 52). Ainsi, comme vous trouverez plus vite des exemples de mots qui commencent par la lettre « r » que de mots dont la troisième lettre est « r », vous aurez tendance à croire que les premiers sont plus fréquents que les seconds – ce qui est faux, du moins en anglais, langue dans laquelle l’étude a été menée.
Les biais représenteraient donc le mauvais côté des heuristiques qui nous conduit à nous tromper ? Où est le positif là-dedans ?
En réalité, la frontière entre une heuristique positive et un biais néfaste n’est pas toujours facile à tracer. Prenez par exemple la tendance à confirmer ses opinions préexistantes, en maximisant l’importance des informations qui vont dans leur sens et en minimisant celle des données qui les contredisent : on parle souvent de « biais de confirmation », mais aussi parfois d’« heuristique de confirmation », car les conséquences ne sont pas systématiquement négatives. Pour le comprendre, imaginez que vous ayez une opinion très favorable de votre collègue Jean. Si quelqu’un vous dit qu’il a mal agi, vous serez sceptique. Mais cela n’a rien d’irrationnel : en procédant de la sorte, vous ne faites qu’utiliser vos connaissances et croyances préalables. Serait-il vraiment logique de remettre en cause des années d’expériences accumulées avec Jean en raison d’un seul contreargument ? De même, si quelqu’un
Le biais de confirmation nous pousse à chercher de meilleurs arguments, ce qui stimule la réflexion de groupe.
vous soutient qu’il a croisé un troupeau d’éléphants au milieu de Paris, vous ne le croirez probablement pas et aurez besoin de preuves sacrément solides pour changer d’avis. Au passage, le biais de confirmation porte mal son nom…
C’est-à-dire ? Comment faudrait-il l’appeler ?
Je préfère parler de « biais vers son côté », car nous avons une tendance instinctive à défendre notre position, mais pas à confirmer tout ce qu’on nous dit – quand nous ne sommes pas d’accord, notre premier réflexe est plutôt de rechercher des contre-arguments. Étonnamment, les conséquences sont positives pour la prise de décision : quand un groupe d’individus se demande quel restaurant choisir pour passer la soirée, chacun argumente de façon biaisée en faveur de sa propre opinion, mais les autres sont souvent réceptifs, de sorte qu’une solution satisfaisante l’emporte.
Vraiment ? On a du mal à croire que les gens soient si réceptifs aux arguments des autres…
Cela a pourtant été démontré dans des contextes nombreux et variés. Mes propres travaux se fondent sur
des problèmes logiques ou mathématiques « pièges » : ces problèmes sont conçus de telle sorte que l’immense majorité des personnes (jusqu’à 95 %) se trompent tout en étant sûrs d’avoir raison. Or quand nous réunissons les participants en les laissant libres d’échanger, il suffit qu’une seule personne ait la bonne solution pour que celle-ci s’impose presque à tous les coups. Nous sommes donc bien plus réceptifs à l’argumentation et à la discussion que ce qu’on pourrait croire.
Vous parlez de problèmes très abstraits, où il y a peu d’affect et où il existe une solution claire et démontrable. Qu’en est-il dans les situations que nous rencontrons dans la vie de tous les jours ?
Plus on va vers des domaines où les « bonnes réponses » sont difficiles à trancher, plus le poids de l’argumentation diminue, mais cela ne signifie pas que ce poids devient négligeable. De nombreux politologues l’ont montré lors d’études sur la démocratie délibérative, au cours desquelles ils réunissaient des citoyens représentatifs de l’échiquier politique et leur proposaient d’échanger autour de problématiques concrètes – l’âge de la retraite, le déficit de la Sécurité
ÉCLAIRAGES
p. 72 Pour le droit au vagabondage p. 76 Pourquoi se tape-t-on dessus sur Twitter ?
Charly Crespe Psychiatre au CHU de Nîmes, spécialiste de la prévention du suicide.

« Les conduites suicidaires sont en hausse chez les jeunes depuis le Covid-19 »
En 2022, le nombre de tentatives de suicide a connu une hausse spectaculaire chez les jeunes de moins de 25 ans. Explications sur cette tendance inquiétante avec le psychiatre Charly Crespe, qui décrit les bonnes pratiques de prévention à adopter.
Les dernières données de Santé publique France font apparaître une augmentation alarmante des tendances suicidaires chez les jeunes. Pourriez-vous nous en dire plus sur ces chiffres ?
Selon le rapport de Santé publique France publié en avril dernier, les passages aux urgences pour tentatives de suicide se sont en effet multipliés chez les moins de 25 ans : entre la première et la onzième semaine de 2022, on en a comptabilisé 6 418, contre 5 053 en 2021 sur la même période, soit une augmentation de 27 %. Ces chiffres sont le signe d’une plus grande souffrance des adolescents et des jeunes adultes aujourd’hui. C’est d’autant plus préoccupant que le suicide est la deuxième cause de mortalité pour cette tranche d’âge, après les accidents de la route. En 2017, dernière année où cette estimation a été réalisée en France, on comptait entre 300 et 350 décès chez les jeunes de moins de 25 ans, dont trois fois plus chez les garçons que les filles.
La succession de crises que nous traversons explique-t-elle cette évolution ?
Elle joue bien sûr un rôle : la crise sanitaire du Covid-19, la guerre en Ukraine ou encore les dangers liés au réchauffement climatique ont eu de fortes répercussions sur la santé mentale des jeunes. Les gestes suicidaires sont souvent liés à des facteurs socioenvironnementaux, comme l’exposition à des événements traumatiques (perte d’un parent) ou à des violences (maltraitance). Or, avec environ 150 000 morts enregistrés à ce jour, la pandémie a exposé plus d’un jeune au décès d’un proche. De même, différentes formes de violence, en particulier la violence domestique, se sont accrues pendant le Covid-19, où nous avons vécu confinés les uns sur les autres.
C’est ce qu’illustre notamment la multiplication des appels au numéro 3919, destiné aux femmes victimes de violences : leur fréquence a augmenté de 30 % lors du premier confinement, selon un rapport de la Miprof (Mission interministérielle pour la protection des femmes victimes de violences et la lutte contre la traite des êtres humains). Lors de ces appels, les femmes disent avoir peur et ne pas se sentir en sécurité.
Plus généralement, les confinements successifs ont confronté les jeunes à l’isolement forcé, ce qui a suspendu les occasions de socialiser à l’école ou à l’université. D’où un sentiment de solitude, des pensées noires, un mal-être envahissant… Sans compter qu’avec la fermeture des lieux d’enseignement, les jeunes ont eu plus de mal à se tourner vers des psychologues scolaires.
Tous ces aspects ont de forts retentissements psychiques encore aujourd’hui. S’y ajoute une difficulté à se projeter dans l’avenir, du fait d’un sentiment de décalage avec le système d’enseignement, qui offre peu de solutions face à des enjeux comme ceux du réchauffement climatique. Et la guerre en Ukraine en rajoute une couche. Au final, les jeunes se retrouvent plongés dans une atmosphère très anxiogène.
Covid-19, réchauffement climatique, guerre en Ukraine : les difficultés récentes ont été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase chez les personnes vulnérables.
Mais tous les jeunes confrontés à ces difficultés ne font pas de tentative de suicide. Pourquoi certains les supportent-ils mieux que d’autres ? Il y a bien sûr une question de vulnérabilité individuelle. Divers travaux, présentés par exemple dans les rapports de l’Observatoire national du suicide (ONS), montrent que les facteurs de vulnérabilité sont de plusieurs types. Certains sont socioéconomiques : le harcèlement scolaire ou la précarité (difficulté à boucler les fins de mois, à trouver un logement décent, etc.) constituent par exemple des facteurs de risque majeurs. Mais les gènes ont aussi une influence, car ils contribuent à modeler notre personnalité : une personne impulsive ou très sensible, voire victime d’une maladie mentale comme la dépression, aura davantage tendance à avoir des idées suicidaires en cas de difficulté. Preuve de cette héritabilité, le risque est supérieur quand il y a des antécédents de suicide dans la famille. Les difficultés récentes ont donc été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase chez les personnes vulnérables. Dans cette métaphore, n’oublions pas que le problème n’est pas seulement la goutte d’eau : pour qu’il déborde, le vase doit déjà être bien rempli !
VIE QUOTIDIENNE
p. 86 La protention : penser avec un temps d’avance p. 90
Pourrons-nous un jour télécharger nos souvenirs ?
À quoi tu penses ?
Par Christopher Osterhaus, professeur de psychologie du développement à l’université de Vechta, en Allemagne.

EN BREF
£ On appelle « théorie de l’esprit » la capacité à identifier les états mentaux d’autrui. Ce n’est qu’une fois cette compétence acquise que les jeunes enfants commencent à comprendre la notion de croyance, vers l’âge de 5 ans.
£ Entre 6 et 12 ans, les enfants apprennent que ces croyances sont récursives et que l’on peut avoir des croyances sur les croyances des autres.
£ Ils repèrent ensuite les sarcasmes, l’ironie, le bluff… et savent interpréter le langage non verbal, lire les pensées et les émotions dans le regard de l’autre.
£ De nombreuses compétences sociales et de compréhension qui se développent au cours de l’école primaire et au-delà reposent sur ces processus.

À partir de 5 ans, les enfants commencent à comprendre que les autres ont des pensées qui leur sont propres. À 7 ans, ils repèrent le sarcasme, l’ironie, le bluff – et généralement le découplage entre ce que l’on pense et ce que l’on fait. Une capacité bien utile pour réduire les conflits, notamment à l’école...
VIE QUOTIDIENNE L’école des cerveaux

JEAN-PHILIPPE
LACHAUX
Directeur de recherche à l’Inserm, au Centre de recherche en neurosciences de Lyon.
La protention Penser avec un temps d’avance
En s’entraînant à visualiser ce qui va se passer dans une fraction de seconde, on mobilise sa mémoire, son attention et sa maîtrise de soi – trois aptitudes clés de l’apprentissage.
Le concept de protention désigne, pour le philosophe allemand Edmund Husserl, une forme d’attente de l’avenir immédiat, une anticipation du moment juste après, un bref coup d’œil vers le futur. C’est un trésor à mettre entre toutes les mains des élèves comme des enseignants. En effet, on y trouve concentrés trois facteurs essentiels de l’apprentissage…
Tout d’abord, le concept de protention renferme implicitement la notion si précieuse de maîtrise de soi. Dans leur excellent article paru en 2017 sur les « neurosciences de la volonté », le neurologue américain Itzhak Fried et ses
collègues écrivaient : « Ce qui caractérise les actions volontaires, c’est qu’elles interviennent après un moment au cours duquel plusieurs actions possibles ont été envisagées pour atteindre un but, afin d’en sélectionner une, en l’absence d’incitation extérieure. » Voilà qui place donc la protention au cœur de la décision volontaire : c’est seulement quand on a anticipé ce qu’on allait faire, et qu’on l’a « accepté », qu’on a vraiment décidé d’une action, sinon… ce n’est qu’une réaction automatique. L’action volontaire est donc forcément préméditée, même si cette préméditation ne concerne que ses conséquences à court terme.
Appliquons cette idée à l’élève habitué à saisir machinalement son téléphone au beau milieu de ses devoirs : peut-être se laisserait-il moins systématiquement distraire s’il marquait une courte pause pour visualiser « ce qui va se passer juste après », et envisager d’autres actions possibles, comme reposer son téléphone. Et si la protention permettait aussi d’éviter des disputes à l’école ? Quand un élève se met soudainement à en injurier un autre, voire à le frapper, sous le coup de la colère, c’est bien souvent qu’il n’a pas envisagé d’autres actions possibles, ni anticipé les conséquences de ses paroles et ses actes… Un peu de protention lui

L’efficacité des méthodes d’apprentissage dépend souvent de cette petite phase d’attente impatiente du futur immédiat, pour voir si on
a bien prédit la réponse…
ferait du bien. On voit donc que, dans bien des situations, les comportements qui nuisent à l’apprentissage ou au climat de classe ne sont que des réactions automatiques à ce qu’on perçoit, réactions qui pourraient être enrayées dès le départ par un petit coup d’œil vers le futur, à condition d’avoir appris à le faire.
LA PUISSANCE
DES DEVINETTES
Deuxième ingrédient clé de nos situations d’apprentissage : la mémoire associative, capacité à associer les uns aux autres plusieurs éléments que l’on a brièvement mémorisés : c’est grâce à
cette capacité qu’un élément suffit à rappeler les autres. On vous parle d’une vache et de la couleur de la neige, avant de vous demander ce que boit la vache et, comme tant d’autres avant vous, vous répondez « du lait ». C’est une illustration de l’efficacité de la mémoire associative : le mot « lait » est fortement associé dans votre mémoire à « vache », « boisson » et « blanc ». Cette forme de mémoire est omniprésente dans nos vies : par exemple, pour apprendre par cœur les paroles d’une chanson, j’ai besoin que chaque phrase m’évoque spontanément la suivante, et pour apprendre les tables de multiplication, j’ai besoin que « 4 × 4 »
m’évoque spontanément « 16 » (et réciproquement). Mais comment y arriver ? Grâce à la protention, pardi ! Un cadre théorique très populaire en neurosciences présente le cerveau comme une machine à prédire et à apprendre de ses erreurs de prédiction. Il s’ensuit que l’apprentissage d’associations est meilleur quand on essaie de deviner (prédire) un des éléments à partir de(s) autre(s), que lorsqu’on se contente de les percevoir ensemble de façon passive. Concrètement, cela signifie qu’en apprenant ses tables de multiplication, un enfant devrait chercher à deviner ce qui se cache sous son doigt à côté de
LIVRES
p. 92 Sélection de livres p. 94 La Promesse de l’aube ou l’omniprésence de la mère
ANALYSE SÉLECTION
Par Laurent Bègue-Shankland

CRIMINOLOGIE
Les Racines de la violence
Gwen Adshead et Eileen Horne Kero, 2022, 512 pages, 21,90 €
L’univers carcéral est un monde reclus particulièrement difficile d’accès : s’il est compliqué de s’en évader, y entrer pour rencontrer ses pensionnaires n’a rien de facile non plus. Dans ce contexte, le livre de la psychiatre britannique Gwen Adshead, qui a suivi de nombreux criminels pendant trente ans, est d’une richesse inédite. Il nous offre une plongée vertigineuse dans la pratique de la psychiatrie médicolégale, à travers une conversation approfondie avec onze femmes et hommes incarcérés dans des cellules sécurisées pour avoir fait couler le sang (et parfois l’encre de la presse à sensation). Dans cette série de dialogues poignants, Gwen Adshead nous conduit donc à la rencontre de ceux que la société considère souvent comme des monstres : un inquiétant psychopathe très courtois, un pédophile récidiviste, une harceleuse aux attachements fragiles, un psychotique addict… Peu à peu s’installe une troublante prise de conscience : les abominations qu’ils ont commises et qui en font des parias sociaux ne suffisent pas à les définir. À la lecture des trajectoires de leur vie, on découvre ainsi qu’une fine lisière distingue parfois leur destin de celui de personnes ordinaires. On pressent également que ce qui leur permet d’éclaircir, voire de surmonter, leur sinistre histoire tient pour beaucoup à la finesse et à la qualité d’écoute de leur interlocutrice. De fait, que ce soit dans des thérapies à deux ou en groupe, les liens sociaux significatifs, à commencer par celui, émancipateur, qui se crée parfois avec le thérapeute, favorisent l’abandon de la violence. La focale centrée sur l’individu n’empêche pas l’autrice de rappeler quelques éléments de contexte édifiants : dans les services de santé mentale, le soin a souvent été proposé à certains profils de patients selon des critères n’ayant rien de médical, comme leur couleur de peau. On prend conscience aussi que lorsque des réductions budgétaires insensées taillent dans les moyens de ces services psychiatriques, les patients en sont les premières victimes, mais la société tout entière finit par en payer le prix, parfois tragiquement.
Laurent Bègue-Shankland est professeur de psychologie sociale à l’université Grenoble-Alpes et membre de l’Institut universitaire de France.

PSYCHOLOGIE
Le Syndrome de l’imposteur Kévin Chassangre Mardaga 2022, 240 pages, 19,90 €
On estime que 20 % des gens souffrent du syndrome de l’imposteur : estimant ne pas mériter leurs réussites et craignant sans cesse d’être démasqués, ils souffrent souvent de détresse émotionnelle et sabordent parfois leurs propres projets, par exemple en procrastinant à outrance, tant la peur de l’échec est paralysante. Si vous vous sentez concerné, sautez sur ce livre du psychothérapeute Kevin Chassangre, auteur d’une thèse sur ce syndrome. Concret et accessible, il offre autant de clés théoriques pour comprendre les origines et la nature de ce mal-être, que d’outils pratiques pour mieux le cerner et le surmonter.

NEUROSCIENCES
Apologie de la discrétion
Lionel Naccache
Odile Jacob 2022, 336 pages, 23,90 €
Vous avez probablement l’impression que votre flux mental est continu, mais il s’agit d’une illusion. C’est en substance ce que nous explique le neurologue Lionel Naccache, grand spécialiste de la conscience. En disséquant la structure intime de celle-ci, il montre comment notre cerveau construit cette impression de continuité à partir de perceptions et d’états distincts – « discrets », au sens mathématique du terme. Une belle illustration de la façon dont la science expérimentale renouvelle et éclaire des débats anciens, longtemps réservés aux philosophes.

PSYCHOLOGIE
ANIMALE
Renards, les mal-aimés
Pierre Rigaux Delachaux et Niestlé 2022, 240 pages, 34,90 €
Saviez-vous que le renard était sensible aux ultrasons et au champ magnétique terrestre, ce qui l’aiderait à fondre avec une précision millimétrée sur les infortunés campagnols dissimulés sous la neige ? Ou que son monde est moins coloré que le nôtre, en raison d’une plus faible variété de photorécepteurs dans sa rétine ? Ce beau livre du naturaliste Pierre Rigaux, agrémenté de superbes photos, est ainsi une nouvelle illustration de la diversité de perceptions qui existent dans la nature. Au passage, il offre une plongée documentée dans le mode de vie de cet animal si présent dans l’imaginaire collectif.

NEUROSCIENCES
Les Fils tressés de nos sentiments Karl Deisseroth Dunod 2022, 288 pages, 21,90 €
Peu d’ouvrages combinent avec un tel talent les deux niveaux complémentaires de description de l’humain : le vécu subjectif et le fonctionnement du cerveau. Avec sa double casquette de psychiatre et de neuroscientifique, Karl Deisseroth dispose de toute l’expertise nécessaire pour cette double approche. Inventeur de l’optogénétique, une technique pour activer artificiellement des neurones avec un pinceau lumineux, il raconte ici les étonnantes découvertes permises par cette technique, sur un fil narratif constitué par les histoires – poignantes –de ses patients.
SPar Sebastian Dieguez

THÉRAPIE
Les Illusions de la psychogénéalogie
Nicolas Gaillard Mardaga, 2022, 224 pages, 19,90 €
i autrefois, le linge sale se lavait en famille, aujourd’hui nombre de thérapeutes prétendent vous y aider. La psychogénéalogie, en particulier, se propose d’analyser vos difficultés, votre mal-être, ou même vos symptômes, à la lumière de votre récit familial. Cela vous semble convaincant ? Après tout, chacun sait que les secrets, les non-dits, les traumatismes, les déshonneurs, les crimes et les dettes des ancêtres peuvent poursuivre durablement une famille. Mais sur la base de cette intuition, somme toute raisonnable, des pratiques plus que douteuses se sont mises en place : elles se proposent de fouiller votre généalogie à la recherche de signes et de coïncidences qui se veulent signifiantes, et qui promettent des miracles pourvu que l’on se prête au jeu. Nicolas Gaillard, dans ce livre précis et vigoureux, en détricote l’étonnante mécanique, et les dangers encore trop méconnus. Son approche se veut didactique, et s’il traite spécifiquement de la psychogénéalogie, il suit une méthode qui s’applique à n’importe quelle pratique ayant des prétentions thérapeutiques. Quelles sont les origines théoriques de la démarche ? De quelle qualité est la littérature scientifique sur le sujet – s’il y en a une ? La méthode proposée est-elle seulement logique, ou même plausible ? Quelle est la rhétorique utilisée par ses tenants, et à quelles autres théories se fient-ils ?
À toutes ces questions, Nicolas Gaillard observe que la psychogénéalogie, hélas, apporte des réponses bien peu rassurantes. Il s’agit d’une pseudoscience qui exploite nos fragilités psychologiques, en particulier notre mécompréhension du hasard et des coïncidences. Mais le pire est qu’elle présente de nombreux risques, ne serait-ce que celui de négliger un traitement alternatif véritablement efficace – par exemple pour le cancer, que la psychogénéalogie prétend expliquer et guérir ! Elle expose aussi les patients à la culpabilité, à la création de faux souvenirs et à des tensions familiales exacerbées. Dans ce contexte, Nicolas Gaillard offre un livre salutaire, à mettre entre toutes les mains : vos ancêtres et vos descendants vous remercieront.
Sebastian Dieguez est chercheur en neurosciences à l’université de Fribourg, en Suisse.


SEBASTIAN DIEGUEZ
Chercheur en neurosciences au Laboratoire de sciences cognitives et neurologiques de l’université de Fribourg, en Suisse.
La Promesse de l’aube ou l’omniprésence
de la mère
Pas facile d’élever un enfant… En tant que parents, nous voudrions bien évidemment tout mettre en œuvre pour assurer le bonheur, la sécurité et l’avenir de nos petits. Mais il faut aussi songer à les engager sur la voie de l’indépendance, afin qu’ils aient confiance en eux et apprennent à se débrouiller seuls dans la vie. Entre protection et autonomie, l’enfance prend parfois des chemins tortueux. D’autant plus que les parents eux-mêmes sont soumis à des injonctions et des modes souvent contradictoires. Faut-il imposer un cadre autoritaire et structurant, qui offre à l’enfant un environnement stable, prévisible et rassurant, ou lui accorder une totale liberté, afin que sa créativité et son imagination s’épanouissent ? Dire parfois « non » fermement, ou prendre le temps d’expliquer ? Refuser certaines gratifications
Le chef-d’œuvre de Romain Gary décrit la relation de l’auteur avec sa mère fantasque, envahissante et hyperexigeante. Un style de parentalité qu’on rapproche aujourd’hui de deux profils : la mère hélicoptère et la mère tigre. Et qui laisse habituellement peu de place aux enfants pour s’épanouir.
EN BREF
£ Le surinvestissement de la mère de Romain Gary évoque les notions de parent hélicoptère et de mère tigre.
£ Ces traits de parentalité ont sans doute joué un rôle tant dans la réussite de l’écrivain que dans ses difficultés amoureuses.
£ Toutefois, cette mère exubérante se distingue aussi de ces styles éducatifs par bien des aspects, contribuant à faire de son fils cet auteur complexe et unique.
pour forger son caractère ou le couvrir de cadeaux pour lui montrer combien on l’aime ?
UNE PRÉSENCE
MATERNELLE ÉCRASANTE
Difficile de s’y retrouver, tant les facteurs impliqués dans ce domaine de l’éducation sont complexes. Un exemple aidera à y voir plus clair. Dans son roman La Promesse de l’aube , publié en 1960, Romain Gary décrit de façon très touchante, mais aussi amusante, sa relation avec une mère particulièrement envahissante, nommée Nina. De son enfance à l’âge adulte, l’écrivain a noué une relation très forte avec elle. Malgré des origines modestes, Nina, élevant seule son enfant unique, n’a eu de cesse de se battre pour lui offrir un avenir plus que radieux. À l’entendre, il ne deviendrait rien de
À retrouver dans ce numéro
LACUNE À COMBLER PARENT HÉLICOPTÈRE
Malgré les progrès de l’imagerie cérébrale, on ignore toujours aujourd’hui s’il faut mille, cent mille ou un million de synapses pour stocker un souvenir.
BOVARYSME
La fuite éperdue dans l’imaginaire romanesque incarnée par l’héroïne de Flaubert, Emma Bovary, a été associée, à la fin du xixe siècle, à l’hystérie, voire à la dégénérescence cérébrale, avec pour symptôme principal une impuissance à s’adapter à la réalité…
Surinvesti dans la vie de son enfant, ne laissant rien au hasard et encore moins à l’initiative du jeune, il se mêle ensuite de ses examens, de ses fréquentations, veut systématiquement rencontrer les professeurs, puis les employeurs, et proteste quand on ne fait pas assez de compliments à sa progéniture. Pour le jeune, une présence étouffante qui nuit souvent à l’autonomie et à la confiance en soi.
PARALYSIE NOCTURNE
« J’ai vu une marionnette avec un haut-de-forme qui dansait dehors. Elle est entrée par la fenêtre, s’est penchée sur moi et m’a attrapée avec ses mains griffues. » Manuela, victime de paralysie du sommeil
C’est l’âge auquel les enfants comprennent la récursivité des états mentaux, comme le fait de « savoir que l’autre sait que je sais »… Cette capacité ouvre la porte au déchiffrage de l’ironie, des métaphores et du second degré.
TOUS OPTIMISTES ?
Nous aurions tous tendance à voir le monde en rose parce que notre cerveau prend en compte les informations positives et a tendance à délaisser les autres. Utile pour ne pas désespérer, mais problématique quand des signaux répétés annoncent une catastrophe en marche.
RÉSEAU
PÉRINEURONAL
Dans notre cerveau, des réseaux composés de molécules de sucre entourent les neurones une fois qu’ils ont établi leurs connexions pour sécuriser les fonctions cognitives associées. Bien pour ancrer des compétences, mais avec un risque de psychorigidité.
Les devinettes seraient un excellent outil d’apprentissage, car elles activent le circuit de la récompense, lequel renforce l’attention et stimule la mémorisation…