Comment sortir du brouillard mental ?

PSYCHOLOGIE
Quand les sosies numériques des morts rendent le deuil impossible
NEUROSCIENCES
Le cerveau de nos ancêtres reconstitué par les paléontologues
BIEN-ÊTRE
Si le plus sûr moyen d’être heureux était d’arrêter d’y penser ?
SANTÉ MENTALE
Le traumatisme vicariant, ou la contamination par la détresse d’autrui

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Aédito

Pleins feux dans le brouillard
SÉBASTIEN
BOHLER rédacteur en chef
vez-vous déjà eu ce sentiment de perdre votre esprit ? De vous dissoudre dans du coton, de ne plus trouver vos mots et vos pensées ? Cette sensation s’appelle « brouillard cérébral ». Selon les spécialistes, ce syndrome toucherait presque une personne sur quatre. Il serait dû à une foule de facteurs : fatigue causée par le surmenage, conséquences d’une infection au Covid, chimiothérapie, allergies, intolérances, voire une ménopause délicate… Alors, comment dissiper cette brume de l’esprit ? Dans ce numéro, nos spécialistes vous livrent des solutions (voir page 30)
Le brouillard, c’est aussi une frontière de plus en plus indistincte entre la vie et la mort. Depuis peu, des entreprises proposent aux familles ayant perdu un proche d’en faire un double numérique, pour continuer à lui parler
Ils ont contribué à ce numéro

p. 16
Lucie Rose, docteure en psychologie spécialisée en neuropsychologie à l’université Lyon 2, elle s’intéresse aux mécanismes cognitifs de l’altruisme et de l’entraide.

p. 22
Pierre-Marie Lledo, neurobiologiste, directeur de recherche à l’institut Pasteur, ses recherches nous éclairent sur les mécanismes du brouillard mental.
(voir page 34). Question : pourra-t-on encore faire son deuil dans ces conditions ?
Les contours s’estompent aussi entre bien-être et frustration : c’est le paradoxe du bonheur, un phénomène intrigant qui fait que l’on est d’autant moins heureux que l’on cherche à l’être. Alors, comment retrouver un cap dans cette nébuleuse émotionnelle ?
Nous vous l’expliquons en page 50.
Mais parfois, c’est la frénésie de notre temps qui fait tourner la tête : la mode du speed watching (voir page 60), qui consiste à regarder ou à écouter les contenus du web en accéléré, finit par éroder nos capacités de focalisation et nous plonge dans le flou. Devant une réalité qui se dérobe sous nos pieds, prenez donc le temps d’une lecture à vitesse normale : installé dans votre fauteuil, ouvrez votre journal… et allumez vos feux antibrouillard ! £

p. 70
Paolo Bartolomeo, neurologue et directeur de recherche à l’Institut du cerveau à Paris (ICM), il décrypte les bases neuronales de la conscience et de la perception.

p. 76
Antoine Balzeau, paléoanthropologue au Muséum national d’histoire naturelle, il cherche à reconstituer le cerveau d’espèces humaines disparues.
sommaire
l’actualité des sciences cognitives
p. 6 Anticiper des plaisirs booste le système immunitaire !
p. 8 Alzheimer, une défense du cerveau face aux microbes ?
p. 9 Dans le cerveau des modestes
p. 10 Les méduses dévoilent les origines de notre sommeil
p. 13 ChatGPT a besoin d’un psy !
P. 14 L’IMAGE DU MOIS
L’anneau du pouvoir
Albane Clavere
P. 16 FOCUS
Pourquoi il est important de parler de ses bonnes actions
Lucie Rose

cerveau & société
P. 34 DERRIÈRE L’INFO, LA PSYCHO
Quand l’IA rend le deuil impossible
Nicolas Gauvrit
P. 38 LES CLÉS DE L’HISTOIRE
Le « Rhinocéros » de Dürer : premier mème de l’histoire ?
Sebastian Dieguez
P. 42 UN PSY AU CINÉMA
« Les Rêveurs » : l’adolescent face au suicide
Laurent Bègue-Shankland
P. 48 À MÉDITER
Tu me frustres ? Je t’agresse !
Christophe André
Ce numéro comporte un encart d’abonnement Cerveau & Psycho, broché en cahier intérieur, sur toute la diffusion kiosque en France métropolitaine. Il comporte également un courrier de réabonnement, posé sur le magazine, sur une sélection d’abonnés. En couverture : © Rytis Bernotas/Shutterstock

mental ?
à la une Comment sortir du brouillard
Pertes de concentration, trous de mémoire, épuisement : sachez repérer les symptômes pour agir à temps.
Pour des millions de personnes, le brouillard mental est synonyme de désorientation et de découragement. Les recherches sur le cerveau livrent des premières explications et voies de sortie.
p. 20 Avis de brouillard généralisé
Margot Brunet
p. 22 Quand le cerveau s’embrume
Pierre-Marie Lledo et Margot Brunet
p. 30 « Des solutions existent pour réapprendre à se concentrer »
Entretien avec Véronique Gérat-Muller 19
santé & bien-être
P. 50 PSYCHOLOGIE
Faut-il encore chercher le bonheur ?
Frank Luerweg
P. 56 L’ENVERS DU DÉVELOPPEMENT PERSONNEL
Pour vivre plus longtemps, mangez des yaourts !
Yves-Alexandre Thalmann
P. 58 CORPS & ESPRIT
Sourire : la force de la rétroaction faciale
Nathalie Rapoport-Hubschman

neurosciences & psychiatrie
P. 70 NEUROSCIENCES
Voyons-nous tous les couleurs de la même façon ?
Paolo Bartolomeo
P. 76 L’INTERVIEW DES LABOS
« Nous reconstituons le cerveau des humains du passé »
Entretien avec Antoine Balzeau
P. 80 LE CAS CLINIQUE
Garance et le trauma vicariant
Grégory Michel

P. 60 COGNITION
« Speed watching » : devenons-nous tous accros à la vitesse sur internet ?
Anne Crochon
P. 66 MON CERVEAU & MOI
Comment se passionner pour la guitare, les maths ou le crochet
Jean-Philippe Lachaux psycho
l’actualité des sciences cognitives


NEUROSCIENCES
Anticiper des plaisirs booste le système immunitaire !
En plein hiver, quand vos proches et vos collègues de bureau tombent malades les uns après les autres, comment échapper aux rhumes, grippes et autres bronchites ? En évitant tout contact physique, en portant un masque en permanence ? Une meilleure méthode vient d’être identifiée scientifiquement : entraîner son cerveau pour activer un groupe de neurones appelé « système de la récompense ». Selon une récente étude parue dans Nature Medicine, cela renforcera votre système immunitaire.
Dans leurs expériences, le chercheur en psychologie Nitzan Lubianiker, de l’université Yale, à New Haven, et ses collègues de l’université de Tel-Aviv, en Israël, ont appris à des volontaires
En pensant à quelque chose d’agréable qui va se réaliser, on active une zone de notre cerveau qui stimule le système immunitaire... et on tombe moins malade !
à renforcer délibérément l’activité de leur système de la récompense, un circuit neuronal qui intervient lorsque nous anticipons un plaisir prochain. Leur hypothèse : en augmentant cette activité cérébrale, le système immunitaire pourrait être boosté par l’optimisme et l’énergie dégagés.
Pour cela, ils ont utilisé une méthode appelée neurofeedback Le principe ? Visualiser en temps réel l’activité de son propre cerveau. Ainsi, 85 volontaires âgés de 18 à 45 ans ont observé l’activité de deux zones clés de leur système de la récompense, l’aire tegmentale ventrale ou le noyau accumbens. Une jauge, affichée à l’écran, reflétait le degré d’activation de ces aires, et ils devaient tenter
de faire grimper son niveau le plus haut possible, uniquement par la pensée.
C’est ici que l’histoire devient intéressante. Car comment fait-on monter le niveau d’activité de son système de la récompense ? Dans l’expérience, chacun était bien sûr libre d’utiliser la stratégie cognitive de son choix, comme se remémorer un souvenir heureux, ressentir une émotion positive, se projeter dans un succès futur, ou même se concentrer sur un problème mathématique abstrait. Plus ils pensaient à un événement futur agréable, plus ils voyaient leur aire tegmentale ventrale, et donc leur système de la récompense, s’activer en temps réel. Puis, à l’issue de cet entraînement, ils ont reçu une injection

de vaccin contre l’hépatite B. Leurs niveaux d’anticorps ont été mesurés avant la vaccination, puis deux et quatre semaines après. Le système immunitaire avait-il réagi plus fort après l’entraînement ?
Affirmatif ! Les chercheurs ont vu se dessiner un lien clair : plus l’activité de l’aire tegmentale ventrale augmentait pendant le neurofeedback, plus la réponse immunitaire au vaccin était forte. Autrement dit, les participants dont le système de la récompense était le plus actif développaient davantage d’anticorps…
Existe-t-il une stratégie mentale particulièrement efficace pour renforcer l’activité de son aire tegmentale ventrale ? En fait, une seule s’est véritablement distinguée : l’anticipation positive. Autrement dit, un état mental consistant à se projeter avec optimisme dans l’avenir, ou à ressentir une excitation agréable face à ce qui nous attend – par exemple, se réjouir de retrouver la personne aimée…
Voilà donc un lien fort établi entre l’optimisme, l’attente d’événements plaisants et la vigueur du système immunitaire. Ce qui n’est pas sans rappeler l’effet placebo, où l’on résiste mieux aux maladies quand on croit avoir reçu un médicament efficace qui crée des attentes positives susceptibles d’activer le système de la récompense. D’où un conseil concret pour ne pas tomber malade : pensez à vos prochaines vacances, au bon repas que vous allez faire ce soir ou à tout autre événement que vous désirez intensément. À présent, de plus amples essais cliniques doivent encore confirmer ces conclusions à grande échelle… On attend leur résultat avec impatience ! £
Albane Clavere
Nitzan Lubianiker et al., Upregulation of reward mesolimbic activity via fMRI-neurofeedback improves vaccination efficiency in humans, Nature Medicine, 2025
NEUROBIOLOGIE
Pourquoi s’isole-t-on dans sa chambre quand on est malade ?
Grippé, on préfère généralement rester sous la couette et ne voir personne. Parce qu’on est fatigué, certes, mais pas seulement. Ce réflexe de retrait serait en réalité commandé par le cerveau. C’est ce que viennent de démontrer des chercheurs de l’institut de technologie du Massachusetts. Selon eux, en cas d’infection, des molécules inflammatoires modifient le fonctionnement d’aires cérébrales qui régulent notre comportement social.
Le neurobiologiste Liu Yang et son équipe ont injecté à des souris une molécule qui reproduit les effets d’une infection bactérienne ; ils ont alors constaté que les rongeurs s’éloignaient de leurs congénères, comme les humains. Suspectant certaines molécules libérées par le système immunitaire en cas d’infection (les cytokines) de provoquer ce comportement de retrait social, ils ont alors injecté une série de cytokines à des souris et observé qu’une d’entre elles, IL1β,
provoquait effectivement un comportement de repli sur soi. Le rôle de cette molécule ? Elle se fixe sur des neurones d’une zone clé impliquée dans la régulation des interactions sociales, le noyau du raphé dorsal. En les activant, elle enclenche un réflexe d’isolement. En stimulant les neurones concernés par des méthodes de modification génétique, les chercheurs ont montré que les animaux allaient effectivement se blottir dans un coin, à distance de leurs congénères. Au contraire, quand ils les bloquaient, les souris recommençaient à se mêler au groupe, même lorsqu’elles étaient malades. Vous pouvez donc remercier votre noyau du raphé dorsal quand vous vous blottissez sous la couette : ce réflexe a probablement pour effet de limiter la propagation du virus dans votre famille et au-delà. £
A. C.
L. Yang et al., IL1R1-positive dorsal raphe neurons drive self-imposed social withdrawal in sickness, Cell, 2025.

NEUROBIOLOGIE
L’anneau du pouvoir
Sur ce cliché, un anneau paré d’or entoure un globe piqueté d’étoiles. Si vous êtes familier de l’univers de Tolkien, vous connaissez le pouvoir attribué aux anneaux, pouvoir aussi immense que diabolique puisqu’il finit par détruire son possesseur. Celui que vous voyez n’est pas fait de métal, mais d’un alliage de milliers de petites protéines appelées « alpha-synucléines » (en jaune) qui s’agglutinent les unes aux autres et forment des agrégats toxiques que les chercheurs étudient sur des cerveaux en culture de la taille d’une tête d’épingle, les organoïdes cérébraux.
Ici, deux organoïdes sont couplés : le plus gros, sur la droite, est l’équivalent in vitro d’une zone du cerveau humain appelée « striatum », et son compagnon plus petit (à gauche), correspond à une autre région cérébrale, la substance noire. Les neurones (violets) aperçus sur la photo sont essentiels au bon fonctionnement de ces deux régions et leur permettent de communiquer grâce à un neuromédiateur, la dopamine.
Les corps des neurones sont dans l’organoïde de substance noire à gauche, et leurs prolongements – leurs axones – s’étendent vers le striatum à droite. Quant aux agrégats de protéines alpha-synucléines (l’anneau jaune), leur effet est dévastateur : ils attaquent les axones au niveau du striatum. Dans un cerveau humain réel, les conséquences sont tout aussi dramatiques, car les neurones à dopamine, essentiels au contrôle des mouvements, meurent, ce qui provoque les symptômes de la maladie de Parkinson : tremblements, rigidité musculaire, douleurs… En reproduisant l’anneau paralysant in vitro, Martin Lévesque et son équipe de l’université Laval à Québec vont pouvoir à présent mieux étudier le développement de la maladie et tester différents traitements. £
Albane Clavere


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à la une
p. 20
Avis de brouillard généralisé
p. 22
Quand le cerveau s’embrume
p. 30
Interview « Des solutions existent pour réapprendre à se concentrer »
Comment sortir du brouillard mental ?
Il paraît que ce qu’on ne voit pas ne peut pas nous faire de mal ; la souffrance vient pourtant parfois de l’invisible. Une impression de ne pas être vraiment là, d’oublier, de ne pas réussir à s’organiser. Que tout est flou, de nos envies aux projets qu’on ne parvient plus à mener puisque le début des phrases s’évapore avant qu’on ne les ait terminées. Les conversations les plus simples deviennent des efforts pesants, l’isolement s’installe, l’angoisse paralyse. Le brouillard cérébral ne se voit pas, il se ressent, souvent sans que l’on sache ce dont il s’agit. Aurélie ne connaissait pas ce trouble lorsqu’il a fini par apparaître aux yeux de son fils, puis par lui faire oublier l’existence du frein à main de sa voiture. Son histoire est celle de milliers, peut-être de millions de Français, puisque le brain fog est associé à des pathologies aussi différentes que le Covid long, la ménopause ou certaines allergies. Aujourd’hui, la recherche commence enfin à comprendre ce trouble cognitif. Au fil de ce dossier, vous découvrirez les mécanismes cérébraux suspectés et les thérapies efficaces. Il rend ainsi ce brouillard visible pour mieux le dissiper. £
Margot Brunet
à
la une
SANTÉ
Avis de brouillard
Initialement utilisé pour décrire les troubles cognitifs liés aux traitements anticancéreux, le concept de brouillard cérébral (ou mental) s’est étendu à de multiples autres situations, du Covid-19 aux maladies auto-immunes en passant par le burn-out.
Margot Brunet

COVID LONG
Dans les mois et années qui suivent la déferlante du Covid-19, quantité de personnes se plaignent – même une fois guéries – de fatigue mentale et de difficultés cognitives comme des problèmes de mémorisation ou de concentration.
D’après une métaanalyse réalisée en 2022 et regroupant 18 études et 10 530 patients en Europe, en Australie et aux États-Unis, 32 % des individus souffrant encore de symptômes trois mois après avoir contracté la maladie sont pris dans un brouillard cérébral. Une autre synthèse de recherche d’une équipe brésilienne, parue dans Frontiers in Public Health en 2024, détaille ces symptômes cognitifs dont souffrent les sujets atteints d’un Covid long : 23,7 % d’entre eux rapportent des troubles de la concentration, 21 % des troubles de la mémoire, 25,3 % une confusion mentale…
BURN-OUT
Brouillard cognitif rime souvent avec surmenage : fatigue cérébrale, difficultés de concentration, incapacité à effectuer des tâches professionnelles sont souvent observées quand la charge de travail devient ingérable. Plusieurs études ont mis en avant une baisse des performances cognitives dans le burn-out. Mais le lien étroit entre brouillard, états anxiodépressifs et burn-out rend parfois encore plus complexe l’établissement d’un diagnostic clair.
CERTAINS CANCERS ET TRAITEMENTS ANTICANCÉREUX
D’après la Ligue contre le cancer, 50 % des personnes ayant reçu un diagnostic de cancer se plaignent, à un moment de leur prise en charge, d’un phénomène appelé oncobrain. Autrefois appelée chemobrain en référence à la chimiothérapie, cette affection se caractérise par des pertes de mémoire et de cohérence dans la parole et dans la pensée, des difficultés de concentration et une lenteur générale. Dans les années 1980, la plainte cognitive de patientes souffrant d’un cancer du sein a poussé les neuroscientifiques à incriminer la chimio, qui altère notamment la substance blanche cérébrale. Mais on sait désormais que d’autres types de thérapies anticancéreuses, et parfois la maladie elle-même, peuvent aussi affecter le fonctionnement du cerveau.
généralisé
FIBROMYALGIE
Altération de la clarté de la pensée, de l’attention, de la mémoire… Ce flou cérébral fait partie du quotidien de la très grande majorité – jusqu’à 83 %, selon les travaux –des patients atteints de fibromyalgie, affection chronique caractérisée par des douleurs persistantes. Là encore, ce sont surtout les fonctions exécutives, soit les processus cognitifs qui nous permettent d’adapter volontairement nos pensées et comportements à une situation, qui sont affectés.
CERTAINES ALLERGIES
La gorge qui démange et les yeux qui picotent : avec le retour du printemps, beaucoup vont retrouver les désagréments du pollen, parmi lesquels peut figurer le brouillard. En 2016, une étude autrichienne parue dans Frontiers in Neurosciences, menée sur des souris, montrait que l’inflammation allergique influait sur l’hippocampe, siège de la mémoire et du contrôle des émotions. Des rongeurs sensibilisés au pollen voyaient leur population de microglies, cellules protectrices du cerveau, diminuer lorsque l’allergène leur était présenté. Les personnes souffrant de sensibilité au gluten seraient aussi concernées : en 2020, 48 % des 125 volontaires interrogés par des chercheurs britanniques dans le cadre d’une étude sur la sensibilité au gluten se disaient concernés par le brouillard cognitif.
MÉNOPAUSE
En 2025, l’étude Climatère sur la ménopause livre ses premiers résultats. Sur 60 000 femmes interrogées, 27 % déclarent ressentir un brouillard cérébral quotidien. À la clé, difficultés à maintenir le fil de ses pensées, à passer d’une tâche à l’autre, distractabilité accrue. Suspects principaux : les déséquilibres hormonaux qui bouleverseraient le fonctionnement du cerveau…
MALADIES AUTO-IMMUNES
Chez les personnes souffrant de sclérose en plaques, le brouillard cognitif constitue parfois un des symptômes les plus handicapants. Des témoignages similaires sont fréquents dans d’autres affections du système immunitaire : lupus érythémateux systémique, hypothyroïdie auto-immune, sclérodermie… Le lien entre brouillard cérébral et maladies auto-immunes laisse supposer qu’une inflammation du système nerveux serait responsable du phénomène.
LES TRAUMATISMES CRÂNIENS
D’après une revue parue en 2025 dans Trends in Neurosciences, 65 % des personnes se disent enveloppées d’un brouillard après un traumatisme crânien. Celui-ci est alors fréquemment associé à une importante fatigue. Si ce brouillard est parfois lié à des dommages structurels du cerveau observables en imagerie par résonance magnétique, ce n’est pas toujours le cas : des modifications fonctionnelles subtiles, provoquées généralement par la neuro-inflammation, seraient alors en jeu.

bibliographie
L. Premraj et al., Mid and long-term neurological and neuropsychiatric manifestations of post-COVID-19 syndrome : A meta-analysis, Journal of the Neurological Sciences, 2022.
P. Denno et al., Defining brain fog across medical conditions, Trends in Neuroscience, 2025.

à la une
NEUROSCIENCES
Pierre-Marie
Lledo chercheur en neurosciences à l’institut Pasteur et au CNRS.
Margot Brunet journaliste scientifique à Cerveau & Psycho.
Quand le cerveau s’embrume
Impression de perdre le fil de ses idées, d’avoir du mal à se concentrer, de ne pas être présent à ce qu’on fait : jusqu’à une personne sur quatre serait affectée par un brouillard cérébral. Les recherches font émerger des premières pistes d’explication.
en bref
£ Covid long, maladies auto-immunes, burn-out, traumatismes crâniens légers, chimiothérapies, voire allergies, sont autant de causes possibles de brouillard cérébral.
£ Dans de nombreux cas, les difficultés cognitives seraient provoquées par une inflammation du cerveau.
£ Toutefois, la diversité des situations rencontrées laisse penser que des mécanismes distincts seraient à l’œuvre, selon les cas.
C«’est venu très sournoisement… », raconte Aurélie. Au début, c’était une difficulté à trouver ses mots, à se souvenir d’un rendez-vous. En février 2020, alors qu’elle a 45 ans, on lui diagnostique un cancer du sein. Les séances de chimio- et radiothérapie commencent en avril, les oublis le mois suivant. Le même été, elle a de plus en plus de mal à lire et à se concentrer. Malgré la levée du premier confinement, la prise en charge de son cancer reste dégradée par le contexte épidémique. « Je n’ai pas eu de soins de support, d’accès à un suivi psychologique », regrette-telle. Inquiète, elle parle à ses médecins de ses difficultés cognitives, tente de leur expliquer que le simple fait d’exprimer ses pensées par des mots devient ardu. Sans que cela ne suscite la moindre réaction.
Pendant des mois, ce sera donc son fils de 7 ans qui fera office de soutien. « Il a appris à finir mes phrases », se souvient-elle. À lui rappeler ce qu’elle oubliait. « Dans un magasin de bricolage, un jour que je cherchais un outil, j’ai été incapable de le nommer au vendeur afin qu’il m’emmène vers le bon rayon. » Elle lui a alors dessiné un cadenas, en pleurs.
Le point de bascule arrive peu après. Au volant de sa nouvelle voiture, elle oublie d’actionner le frein à main sur une route en pente. Le véhicule part en arrière. « Tout s’est bien terminé, mais j’ai compris que ce n’était plus possible. » C’est là qu’Aurélie cherche des explications sur internet, et finit par mettre un nom sur sa détresse : le « brouillard mental », ou « brouillard ». Cette désagréable sensation de n’être pas vraiment à ce que l’on fait, d’oublier, l’impression que le réel s’est écarté, juste
un peu, juste assez pour que l’on puisse affirmer qu’il est là, mais sans vraiment le saisir. Se sentir fatigué, bête. S’entendre dire que c’est dans la tête. Un phénomène diffus, impalpable, inquantifiable… Et donc, malheureusement, souvent incompris et ignoré.
Sauf de la part d’autres personnes ayant traversé ces mêmes impressions d’un esprit comme ouaté, recouvert d’un voile qui en émousse les capacités et gêne son fonctionnement habituel. Des individus atteints comme elle de trous de mémoire, de difficultés à se concentrer, de confusion ou de désorientation… C’est notamment le cas de femmes ayant atteint l’âge de la ménopause, selon un rapport paru en 2025 et coordonné par la députée Stéphanie Rist, devenue depuis ministre de la Santé. L’une d’elles témoigne : « Le brouillard mental, je n’en avais jamais entendu parler, mais c’est le symptôme le plus handicapant, cela nous empêche de fonctionner pleinement et de soutenir nos enfants et nos parents en même temps. » Une autre confie : « Je craignais que ce soit une démence précoce. » Outre la ménopause et certains cancers, ce phénomène est fréquemment rapporté dans plus d’une douzaine de maladies : le syndrome de fatigue chronique, la fibromyalgie, les troubles du sommeil, la ménopause, l’hypothyroïdie, les allergies, les traumatismes crâniens, le lupus érythémateux disséminé ou encore le burn-out.
Mais depuis la pandémie de Covid-19, l’expression est surtout employée par les malades atteints de Covid long. « Vous savez ce que vous voulez dire, mais vous ne trouvez pas le mot, parce qu’il ne vient pas au premier plan de votre esprit », racontait en 2022 un patient atteint de la maladie dans une étude sur le sujet.
Comment y voir plus clair dans le brouillard ?
Pour l’instant, aucun diagnostic officiel. Mais que ce soient les patients, les cliniciens ou les chercheurs, tous utilisent désormais le terme de « brouillard cérébral » (ou brouillard mental, ou brouillard cognitif) pour désigner un ensemble disparate de troubles cognitifs qui se manifestent au gré de pathologies aussi diverses les unes que les autres. Problème : les études qui s’y rapportent sont souvent menées sur de petits échantillons de patients qui se disent concernés, et qui doivent répondre par « oui » ou « non » à la question « souffrez-vous de tel symptôme ? ». Un biais déclaratif qui rend le trouble d’autant plus complexe à caractériser. L’objectif des recherches désormais intensives sur ce sujet est donc de faire émerger des symptômes communs et précis, et, dans la mesure du possible, des mécanismes neuronaux partagés.
Peu à peu, la définition s’affine. Pour les neuroscientifiques, le terme de « brouillard mental » sert d’étiquette à un vaste faisceau de symptômes se recouvrant partiellement, et touchant trois grandes dimensions de l’activité psychique : la cognition (en particulier l’attention, la mémoire et le langage), la sphère affective et la fatigue mentale. L’intensité des symptômes varie d’un individu à l’autre, mais aussi d’un moment à l’autre. Dans ses formes les plus sévères, cet état nébuleux s’accompagne d’accès d’anxiété, de troubles du sommeil et, par ricochet, d’une profonde fatigue physique.
En matière de manifestation clinique, on considère qu’il y a brouillard lorsque les difficultés cognitives sont clairement associées à une fatigue et un état anxiodépressif qui entraînent de fortes répercussions sur les aptitudes professionnelles et sociales de l’individu. D’ailleurs, les personnes souffrant d’un burn-out rapportent très fréquemment un brouillard mental. De fait, les manifestations de ces deux pathologies se recoupent grandement, avec des troubles de l’attention, de la mémoire… Autrement dit, le brouillard mental n’est pas uniquement une fatigue ou un flou passager :
c’est un trouble durable qui vous handicape au quotidien et vous donne l’impression de « perdre la tête ». Au niveau cérébral, la vitesse de traitement de l’information (comprendre ce qu’on vous dit, effectuer une tâche professionnelle, réagir à des signaux en conduisant) et la mémoire de travail, qui stocke les informations à court terme (tenir un raisonnement en gardant à l’esprit les informations qu’on vous a données), sont affectées. C’est en partie ce qui différencie un brouillard cérébral d’une démence : dans ce dernier cas, la mémoire épisodique, celle des événements personnellement vécus, est davantage atteinte.
Le cerveau enflammé
Sur le plan biologique, plusieurs modèles mécanistiques se dessinent. Le principal d’entre eux repose sur la neuro-inflammation. D’ordinaire, cette dernière permet d’initier des réactions immunitaires pour combattre différentes agressions telles que les infections ou les chocs crâniens. Mais cette mécanique peut s’enrayer et devenir dangereuse en s’attaquant aux cellules nerveuses. Divers travaux ont ainsi déjà établi un lien
« Dans un magasin de bricolage, je cherchais un outil, mais j’ai été incapable de dire lequel au vendeur pour qu’il m’emmène au bon rayon. J’ai été obligée de le lui dessiner – j’en pleurais ! »
Véronique
Gérat-Muller
docteure en psychologie clinique et psychopathologie. Fondatrice et directrice de la recherche et du développement d’Oncogite.
à la une
THÉRAPIE

Des solutions existent pour réapprendre à se concentrer
Sortir du brouillard ne se fait pas de manière improvisée. Pour récupérer sa capacité à penser clairement, il faut suivre un parcours rigoureux.
Véronique Gérat-Muller anime des ateliers par groupes où les patients s'approprient cette méthode.

Vous recevez, dans le cadre d’ateliers, des personnes souffrant de brouillard mental, ou brouillard cognitif. Mettent-elles du temps avant de venir vous consulter ?
Véronique Gérat-Muller Oui ! Beaucoup ont honte car elles pensent sincèrement être devenues stupides, ou s’imaginent en dépression. D’ailleurs, durant de très nombreuses années, ces symptômes cognitifs ont été mis sur le compte de troubles anxiodépressifs, d’une fatigue persistante… S’ils survenaient après un traitement anticancéreux et une rémission, certains professionnels de santé expliquaient simplement aux patients qu’il fallait tourner la page ou aller de l’avant. Bien sûr, le brouillard cognitif peut interagir avec d’autres perturbations, en s’alimentant mutuellement. Mais il n’empêche qu’il s’agit d’une pathologie à part entière. En avoir conscience et le reconnaître est essentiel, sans quoi le patient risque de s’enfermer dans l’incompréhension de ses propres symptômes, et de sombrer dans l’angoisse. Certains finissent même par perdre leur vie sociale : il peut être extrêmement compliqué de maintenir des relations quand vous ne parvenez pas à suivre le fil d’une conversation.
Comment faites-vous, dans un premier temps, pour poser un diagnostic ?
V. G.-M. C’est une des grandes difficultés. Parfois, il n’y a rien de visible à l’IRM –ou alors, peut-être que l’on ne cherche pas à mesurer le bon facteur sur les imageries. Ensuite, il y a différents niveaux de gêne, particulièrement complexes à situer sur une échelle. Des tests neuropsychologiques permettent d’évaluer les capacités cognitives. Mais pour plusieurs raisons, au sein de l’association Oncogite, qui aide les patients atteints de cancer à faire face aux troubles cognitifs post-traitement, nous avons décidé de nous en passer : je

considère que le fait d’être prêt à suivre un parcours de prise en charge sur plusieurs mois à raison d’une séance hebdomadaire exigeante tient lieu à lui seul de diagnostic clinique. En tant que cliniciens, notre rôle est de légitimer le trouble et donc le patient : dans ce contexte, les évaluations seraient lourdes et inutiles.
Quels traitements peut-on proposer ?
V. G.-M. Des médicaments ont été essayés pour réduire les symptômes du brouillard, notamment ceux indiqués dans le traitement du TDAH (le trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité), comme la ritaline, puisqu’ils aident à la concentration, ou encore des molécules prescrites pour la narcolepsie, une maladie caractérisée par de brusques endormissements. Mais les uns comme les autres n’ont pas donné de francs résultats. Disons qu’ils peuvent être bénéfiques lorsque le patient en
exprime un besoin fort, et que cela paraît nécessaire à son quotidien. Mais le but de notre accompagnement est d’aider les individus touchés à mettre en place une autre façon de s’organiser et de vivre au quotidien. On va donc commencer par des séances d’éducation thérapeutique.
Je suppose qu’il s’agit d’explications délivrées aux patients sur ce qui provoque leurs difficultés cognitives, et sur le type de thérapies envisageables ?
V. G.-M. Exactement. Mais les premières séances restent délicates à mettre en œuvre, car l’attention des sujets
DERRIÈRE L’INFO, LA PSYCHO

NICOLAS GAUVRIT
psychologue du développement et enseignant-chercheur en sciences cognitives à l’université de Lille.
Quand l’IA rend le deuil impossible
Que feriez-vous si vous aviez la possibilité de parler avec votre proche décédé ?
Certaines start-up proposent d’ores et déjà de créer un double numérique du défunt. Au risque de ne plus pouvoir faire son deuil.
Cofondée par l’acteur canadien Calum Worthy, la start-up 2wai a récemment lancé une application d’intelligence artificielle (IA) permettant de créer des avatars numériques interactifs à partir d’un court enregistrement vidéo et audio. L’entreprise qualifie ces créations de « HoloAvatars », et les présente comme des jumeaux numériques capables de parler, de bouger et de simuler des conversations réalistes. Une publicité, en particulier, a déclenché la polémique. Alors que la société 2wai entendait au départ permettre aux internautes de s’entretenir avec des célébrités, ce spot met en scène une femme enceinte conversant avec… l’avatar IA de
sa mère défunte. C’est ainsi que la grand-mère virtuelle accompagne sa famille à travers les années, lisant des histoires à son petit-fils puis répondant à ses questions de jeune adulte. Un virage dans le positionnement de la marque que certains observateurs décrivent, moqueurs, comme un « projet de résurrection des grands-mères ».
Histoires à mourir debout
Les critiques des internautes portent notamment sur l’éthique, la protection des données privées et la commercialisation du chagrin. Le concept est pointé du doigt comme immoral, voire démoniaque. Côté données personnelles,
Certaines personnes se sont déjà abonné es à des plateformes qui leur proposent de cr é er un double de leur proche dé c é dé

Le Rhinocéros de Dürer Premier mème de l’histoire ?
En 1515, le peintre allemand Albrecht Dürer veut représenter un rhinocéros. Problème : il n’en a jamais vu. Alors il invente, d’après des descriptions. Le résultat est une image peu véridique mais qui va s’implanter durablement dans les esprits...
S’il y a une constante dans l’histoire de l’art, c’est bien l’infatigable volonté humaine de rendre compte de la réalité en usant des produits de l’imagination. C’est un paradoxe bien connu : pour être au plus proche du réel, il faut souvent le déformer. Les meilleurs portraits ne sont pas forcément les plus fidèles au modèle, de même que les caricatures les plus drôles, les films les plus captivants, les sculptures les plus réussies… C’est que les artistes, de tout temps, ont compris que le cerveau humain est friand de raccourcis : il condense l’information, établit des schémas, tire des inférences, remplit les absences et corrige les incohérences, et ce spontanément. Au point que, parfois, des représentations ostensiblement fausses semblent « plus vraies que nature ».


Sebastian Dieguez docteur en neurosciences, auteur, enseignant et chercheur à l’université de Fribourg, en Suisse.

UN PSY AU CINÉMA

LAURENT
BÈGUE-SHANKLAND
professeur de psychologie sociale à l’université Grenoble-Alpes et membre de l’Institut universitaire de France, directeur de la maison des sciences humaines Alpes.


Les Rêveurs L’adolescent face au suicide
À 14 ans, Élisabeth est internée en hôpital psychiatrique parce qu’elle a tenté de mettre fin à ses jours. Entre fragilité psychologique, défaillances familiales et chocs de l’existence, ce film parvient à évoquer avec justesse le thème du suicide chez les jeunes.
Tout commence par un aveu d’échec : « J’allais pas assez vite. » Semée par son père en plein footing dans un parc parisien, Élisabeth, 14 ans, croise un ami de son frère qui feint de s’intéresser à elle. S’ensuit une triste mécanique : l’illusion d’une rencontre amoureuse, la candeur d’une première fois, puis la déflagration. Le garçon avoue froidement n’avoir agi que par défi : « J’ai fait le pari que je t’aurais facilement. » Pour la jeune fille, dont l’équilibre familial vacille déjà dangereusement, cette trahison est la blessure de trop. Incapable de supporter ce vide soudain, elle avale le contenu de l’armoire à pharmacie et s’éveille, brisée, dans une chambre de l’hôpital Necker.
Cette histoire retrace une étape de la vie de l’actrice Isabelle Carré, cette fois-ci
derrière la caméra pour l’adaptation au cinéma de son livre Les Rêveurs, huis clos psychiatrique qui reflète la vie de milliers d’adolescents – et plus encore d’adolescentes. En France, près de 1 décès sur 7 chez les 15-24 ans est dû à un suicide, et dans la plupart des pays du monde, il s’agit de la deuxième cause de décès dans cette classe d’âge après les accidents corporels tels que les accidents de la route, les chutes ou les noyades. Comme pour Élisabeth, la première tentative se produit le plus souvent entre 12 et 14 ans. En France, à 17 ans, 5 % des filles et 2 % des garçons ont déjà commis une tentative de suicide avec hospitalisation. Pour près de 8 ados sur 10, il s’agit, comme pour Élisabeth, d’une intoxication aux médicaments. © Christine Tamalet/Pan Distribution

À MÉDITER
Tu me frustres ? Je t’agresse !
Refuser un arrêt de travail injustifié ou faire attendre certains patients trop longtemps : dangereux. Exclure un élève pour quelques jours ou ne pas le noter comme le souhaitent ses parents : risqué. Les agressions envers soignants et enseignants se multiplient ces dernières années. Mais aussi contre les pompiers, les chauffeurs de bus, les personnels d’accueil…
En langage administratif, cela s’appelle « outrage à agent public », autrement dit, une agression verbale ou physique à l’égard d’une personne chargée d’une fonction publique. Le délit d’outrage est en augmentation : l’Observatoire national de la délinquance en recensait 17 700 en 1996 contre 31 700 en 2007, soit une progression de près de 80 % en dix ans. La situation des médecins est particulièrement préoccupante, avec près de 2 000 agressions en 2025, soit une hausse de 26 % en deux ans. Même chose pour élus locaux et parlementaires : le ministère de l’Intérieur en France a enregistré 2 265 faits de violence verbale et

médecin psychiatre et psychothérapeute.
physique à leur encontre en 2022, contre 1 720 en 2021, soit une augmentation de 32 %. Le phénomène est mondial : une étude récente montre qu’au moins deux tiers des médecins en Inde subissent une ou plusieurs formes de violence durant leur carrière.
Médecins, pompiers, enseignants
Une agression, c’est un usage de la violence au-delà de ce qui est attendu et nécessaire lors d’une interaction ; et la violence décrit une intention de faire du mal, verbalement ou physiquement. Quelles hypothèses peut-on proposer pour expliquer l’augmentation de ces attaques envers les représentants de l’État ou d’une autorité ?
Elles sont souvent déclenchées à partir du refus d’une prestation (un arrêt de travail), d’une attente jugée trop longue (délai de prise en charge aux guichets d’une administration ou aux urgences d’un hôpital), d’un rappel des règlements ou des usages sociaux (disposer d’un titre de transport, ne pas faire de bruit excessif). Dans tous ces cas, il s’agit d’un refus des règles et
d’une intolérance à la frustration. Devoir attendre ou être rappelé à l’ordre entraîne agacement et irritation chez à peu près tout le monde, mais pourquoi, de plus en plus souvent, cela se transforme-t-il en agression ?
La colère, un droit pour tous ?
Première hypothèse : parce que l’intolérance à la frustration augmenterait dans la population générale. Est-elle liée à l’éducation trop permissive des enfants rois et aux mauvaises habitudes des consommateurs rois ? Les promesses marchandes (« vous aurez tout, tout de suite, sans attendre ») entraînent-elles une confusion entre services commerciaux (où le client est roi) et administratifs (« pourquoi le maire refuse-t-il mon permis de construire ? »). Une autre hypothèse pourrait être la légitimation de l’usage de la colère dans le champ public et relationnel, poussant chacun à lui laisser libre cours (« c’est le seul moyen d’être entendu »). Le problème, c’est qu’on sait aujourd’hui, et depuis longtemps,
qu’exprimer sa colère par le recours à la violence ou à l’agression ne fait que l’augmenter encore, et se traduit en retour par toute une cascade de réponses acerbes, immédiates ou différées, individuelles ou administratives. Ce dernier point est préoccupant, car les agressions sur agents de l’État provoquent une tendance légitime à les protéger davantage, en augmentant les sanctions et les rappels de la loi. Ainsi, la mise en place dans les administrations de panneaux avec ce rappel : « L’outrage commis envers un agent dépositaire de l’autorité publique est puni d’une peine de 1 an de prison et de 15 000 € d’amende ».
On voit venir le cercle vicieux. En effet, ces rappels à l’ordre sont de nature à accroître le sentiment de distance psychologique avec les agents en question, encore un facteur facilitant les agressions : on attaque moins facilement quelqu’un dont on se sent proche et pour qui on peut ressentir de l’empathie. Alors, que faire ? Bien sûr, améliorer les conditions d’exercice des professions en contact avec le public : augmentation
du personnel, de l’accueil (locaux confortables, informations sur les délais d’attente et les lois en vigueur), formation des agents à mieux communiquer, à désamorcer les conflits, etc. Mais il est vital aussi de considérer que les capacités à réguler ses émotions, à faciliter la communication, à respecter les règles communes – même si on ne les approuve pas et si elles nous desservent transitoirement –représentent des enjeux éducatifs majeurs qu’il s’agit d’apprendre et de pratiquer à l’école. Sans parler du contrôle des réseaux sociaux, où les punchlines et faits divers agressifs rapportent plus d’audience que les narratifs de courtoisie et de pédagogie…
Il y a urgence : toute société est basée sur la régulation de l’usage de la violence. Il est donc vital d’agir, sinon la remarque du philosophe des Lumières, Helvétius, s’appliquera plus que jamais : « Les hommes sont ainsi faits qu’une violence répétée finit par leur paraître un droit. » Qui a envie de cela ? £
bibliographie
M. Asif, Police legitimacy and approval of vigilante violence : The significance of anger, Theoretical Criminology, 2023.
B. J. Bushman et al., Does venting anger feed or extinguish the flame ? Catharsis, rumination, distraction, anger, and aggressive responding, Personality and Social Psychology Bulletin, 2002.
P. Jain et al., Beyond scrubs : Understanding the root causes of violence against doctors, Cureus, 2023. Notice « Outrage à agent » sur le site Service public : service-public.gouv.fr/ particuliers/vosdroits/ F33322

santé & bien-être
PSYCHOLOGIE

£ Plusieurs études de psychologie montrent que les personnes qui se préoccupent beaucoup de leur bonheur sont généralement moins heureuses.
Frank Luerweg journaliste scientifique.
Faut-il encore chercher le bonheur ?
Un paradoxe en psychologie veut que lorsqu’on souhaite trop être heureux, on est souvent frustré.
La quête du bonheur, omniprésente dans notre société, fait-elle de nous des insatisfaits ? Entre espoir et dépit, il existe heureusement un chemin.
£ Il faut distinguer le désir d’être heureux des préoccupations attachées à cet état. L’hyperfocalisation et l’angoisse de ne pas atteindre cet idéal sont des obstacles à sa réalisation.
£ Rien, toutefois, n’empêche de poursuivre une quête de bonheur. Ce qui importe avant tout, c’est d’être capable de le reconnaître quand il frappe à notre porte.
L’ENVERS DU DÉVELOPPEMENT PERSONNEL
Pour vivre plus longtemps, mangez des yaourts !

Pprofesseur de psychologie au collège Saint-Michel, collaborateur scientifique à l’université de Fribourg, en Suisse. santé
our vivre centenaire, mangez des yaourts ! C’est ce que j’ai entendu dire en citant le cas Maria Branyas Morera, une Catalane qui a vécu jusqu’à 117 ans. Le secret de sa longévité exceptionnelle ? Elle consommait au moins trois yaourts par jour (je vous déconseille cependant de l’imiter : plutôt que d’allonger votre espérance de vie, la quantité astronomique de sucre ajouté que vous allez ingérer de cette façon risque de nuire sérieusement à votre santé). Ou alors, serez-vous tenté de sauter le petit déjeuner à l’avenir, comme le préconise une nouvelle mode sur les réseaux sociaux ? D’autant plus que les influenceuses qui la relaient prétendent s’inspirer d’une étude scientifique… Las ! Un même biais cognitif se cache derrière ces fake news, qui font le succès des coachs en développement personnel : le biais de causalité illusoire. Ou comment croire qu’il y a un lien entre deux événements parce qu’ils sont concomitants. Revenons à notre centenaire espagnole. Ce n’est pas parce que deux
événements sont concomitants, ou corrélés, que l’un est forcément la cause du second. Par exemple, si un statisticien observe que la consommation de glaces est corrélée aux ventes de lunettes de soleil, cela ne signifie pas que manger des glaces provoque une irrésistible envie de s’acheter des lunettes, mais plus simplement qu’un même événement (un fort ensoleillement) fait à la fois bondir les ventes de glaces et de lunettes de soleil. Dans le cas de Maria Branyas Morera, il se peut qu’elle ait vécu dans un pays développé avec un accès à une alimentation variée et en quantité suffisante (dont des yaourts en abondance), doublé d’un système médical efficient. Plus raisonnablement (et sans sous-estimer l’effet bénéfique des probiotiques sur le microbiote intestinal, ce qui est solidement établi), on peut penser qu’une génétique favorable, une bonne hygiène de vie et surtout la chance soient impliquées dans sa longévité hors du commun. Sur la base de ce seul
cas, il est impossible d’affirmer que la consommation régulière de yaourts soit pour quelque chose dans le fait qu’elle ait atteint un âge biblique. Ni d’écarter l’hypothèse, du reste. Seule une étude scientifique rigoureuse permettrait de trancher. À cette fin, il faudrait prendre un échantillon représentatif de la population, suffisamment large, le séparer aléatoirement en deux groupes. Puis introduire le facteur yaourts chez le premier et l’ôter chez le second, en contrôlant tous les autres facteurs (toute chose égale par ailleurs, disent les chercheurs). Ne resterait alors plus qu’à laisser passer les années et attendre… On pourrait ainsi évaluer la différence imputable à l’alimentation. Un travail de longue haleine.
La légende du petit déjeuner
Encore faut-il savoir lire et interpréter correctement les conclusions de telles études, quand elles existent. C’est cette compétence qui semble faire
Sourire : la force de la rétroaction faciale

Lorsque vous croisez le regard d’une personne inconnue dans la rue, que faites-vous ? Soyons honnêtes, le plus souvent, en France, on a tendance à détourner les yeux, avec le sentiment d’être pris en flagrant délit d’indiscrétion. Mais ce n’est pas le cas partout. Lorsque je vivais aux États-Unis, j’ai vite découvert que mes habitudes de politesse françaises avaient leurs limites. Dans les rues de la Californie, un bref contact visuel n’est pas vécu comme dérangeant, mais plutôt comme une invitation à échanger un sourire. De tels moments, furtifs, très rapides, sont – j’en garde un souvenir précis – source de sensations agréables. On sait aujourd’hui mieux pourquoi.
Depuis les années 1960, une hypothèse scientifique appelée en anglais facial feedback hypothesis, soit l’« hypothèse de la rétroaction faciale », stipule que nos expressions du visage ne se contentent pas de refléter nos émotions : elles
directrice de l’Institut de médecine corps-esprit à Paris, médecin et psychothérapeute.
les modulent. En clair, l’activité des muscles faciaux envoie un signal au cerveau, lequel ajuste en partie ce que nous ressentons.
Heurs et malheurs du crayon entre
les dents
Dans les années 1980, une expérience devenue classique a consisté à demander à des volontaires de tenir un crayon entre les dents (ce qui actionne les muscles du sourire) ou entre les lèvres (ce qui les immobilise). Les personnes qui souriaient, fût-ce de façon artificielle, avaient ensuite tendance à trouver des dessins qu’on leur présentait plus amusants que les personnes qui ne pouvaient pas le faire. Conclusion : le simple fait de sourire se répercutait sur le ressenti émotionnel subjectif.
Mais en 2016, dix-sept centres de recherche ont tenté de reproduire cette expérience… sans succès. Fallait-il donc en conclure que sourire ne rend pas plus heureux ? Pas forcément. Pour
tenter de répondre à cette question, la Many Smiles Collaboration, dirigée par Nicholas Coles, de l’université Stanford, a réuni de nombreux chercheurs, les uns sceptiques, les autres convaincus de l’impact du sourire, puis recruté près de 4 000 participants répartis dans 19 pays. Trois manières différentes d’induire l’expression leur ont été proposées. Selon le groupe auquel ils appartenaient, ils devaient soit imiter des photos d’acteurs souriants, soit contracter volontairement les muscles du sourire (tirer les commissures vers les oreilles et relever les joues), soit encore tenir un crayon entre les dents comme dans l’expérience originale. Les deux premières conditions (l’imitation de la célébrité et la contraction volontaire des muscles) ont effectivement augmenté le niveau de bonheur mesuré chez les participants. En revanche, la technique du crayon n’a produit aucun effet fiable… Autrement dit, il faut un vrai sourire pour ressentir du bien-être. Le simple

Anne Crochon journaliste science et société.

« Speed watching » Devenons-nous tous accros à la vitesse sur internet ?
Nous sommes de plus en plus nombreux à visionner ou à écouter des contenus en accéléré. Quels effets cette pratique a-t-elle sur nos cerveaux ? Notre compréhension en sort-elle indemne ?
Ces dernières années, la pratique du visionnage ou de l’écoute accélérée a explosé.
£ Cet usage semble résulter d’une « aversion à la perte de temps ». Pour pouvoir assimiler le plus d’informations possible, on comprime le temps…
£ Le cerveau semble s’adapter, mais dans une certaine limite au-delà de laquelle il subit un excès d’informations et une baisse de performances.
MON CERVEAU & MOI

JEAN-PHILIPPE
LACHAUX
directeur de recherche à l’Inserm, au Centre de recherche en neurosciences de Lyon.
Comment se passionner pour la guitare, les maths ou le crochet
Sur le plan cérébral, la passion mobilise les circuits de l’envie et du plaisir. Or ceux-ci peuvent être activés pour pratiquement n’importe quelle activité. C’est le moment d’en profiter.
Steve Vai est un célèbre guitariste de rock américain, et un virtuose incontesté. Adolescent, il se ruait sur sa guitare électrique dès la sortie des cours pour pratiquer pendant… neuf heures. Neuf heures quotidiennes, selon un planning soigneusement réfléchi, mêlant travail de gammes, apprentissage de morceaux et improvisation. De tels volumes horaires, non rémunérés et sans contrainte extérieure, rappellent ceux que consacrent aujourd’hui certains adolescents aux loisirs numériques. Ce parallèle soulève immédiatement une question troublante : doit-on parler, dans le cas de Steve Vai, de passion – ou d’addiction comportementale ?
Passion, addiction... où est la différence ?
Ne dit-on pas d’une passion qu’elle peut être « dévorante » ? Steve Vai lui-même peine
à qualifier son rapport à la guitare, décrit tantôt comme une « passion », tantôt comme une « sorte d’addiction ». Pourtant, tout le temps qu’il a consacré à la pratique de son instrument l’a fait progresser dans un domaine central de sa vie d’alors, et crucial pour sa vie professionnelle d’aujourd’hui. À l’inverse, les addictions comportementales, comme l’addiction aux jeux d’argent ou au sexe, ne développent aucune compétence véritablement utile et tendent à se construire au détriment d’autres dimensions essentielles de l’existence. L’addiction est nuisible, la passion positive nous construit. Pour autant, au-delà de ce distinguo, toutes deux mobilisent des ressorts motivationnels communs et sollicitent des mécanismes voisins d’activation du circuit de la récompense, un ensemble de neurones qui produit du plaisir en



neurosciences & psychiatrie

Paolo Bartolomeo
neurologue et directeur de recherche à l’Inserm et à l’Institut du cerveau à Paris (ICM).
Voyons-nous tous les couleurs de la même façon ?
Deux cerveaux réagissent-ils de la même manière face à une couleur, par exemple le rouge ? Oui, ont répondu des chercheurs allemands. Une découverte qui pourrait trancher un débat vieux de plusieurs siècles.
en bref
en bref
£ Philosophes et scientifiques débattent depuis des siècles autour de la question : voyons-nous les couleurs de la même façon ?
£ Récemment, des chercheurs allemands ont mis en évidence une signature neuronale presque identique chez plusieurs personnes voyant des couleurs.
£ Il pourrait s’agir d’un argument de poids pour conclure que notre expérience subjective des teintes est similaire d’une personne à l’autre.
£ Mais pour en être certain, il faudrait voir avec les yeux et le cerveau d’autrui. Ce que ces recherches questionnent avant tout, c’est le lien entre cerveau et subjectivité.
Vous contemplez un coucher de soleil avec un ami ; vous admirez tous deux les teintes orangées qui embrasent l’horizon. Mais que voit-il réellement ? Sa perception de la scène estelle vraiment identique à la vôtre ? Ce qu’il appelle « orange » correspond-il à la même tonalité que celle dont vous faites l’expérience actuellement ?
Cette question a hanté les philosophes et les scientifiques pendant des siècles : il y a presque 400 ans, le philosophe anglais John Locke faisait observer que si la perception que telle personne a d’une violette était la même que celle que telle autre a d’un œillet d’Inde, il n’y aurait tout simplement aucun moyen de le savoir. Tant que les deux parties s’accordent à dire qu’un œillet d’Inde a une couleur orange, il n’existe aucune façon de déterminer si ce mot correspond à la même expérience subjective de part et d’autre. Il faudrait pour cela entrer dans l’esprit de chacun, ce qui est impossible.
Et pourtant, ce questionnement abyssal prend une tournure scientifique nouvelle et fascinante grâce à une récente étude des neuroscientifiques Michael Bannert et Andreas Bartels, publiée dans la revue Journal of Neuroscience au mois d’octobre dernier. Leurs recherches mettent en évidence un fait remarquable : lorsqu’un individu voit une couleur, il est possible de deviner quelle est cette couleur rien qu’en observant l’activité cérébrale de ce dernier et en la comparant à celle d’autres personnes. Ce qui semble prouver que les couleurs laissent des empreintes neuronales similaires dans tous les cerveaux humains.
L’exploit réalisé repose sur une méthodologie sophistiquée appelée « modélisation de réponse partagée » (shared response modeling, ou SRM).
Quinze participants ont d’abord visionné des damiers en mouvement, ce qui a permis de repérer précisément les aires visuelles de leurs cerveaux. Les chercheurs ont ainsi pu produire une cartographie des aires visuelles, divisée en différentes parties : V1 (aire visuelle primaire, à l’arrière du crâne), V2, V3, V4 (aires visuelles associatives)… Cette étape a permis, grâce à un logiciel, d’aligner les cerveaux entre eux, de superposer en quelque sorte leurs aires visuelles afin de mieux pouvoir comparer ce qui allait s’y passer lors de l’observation de motifs colorés. En l’occurrence, des cercles concentriques de couleur rouge, verte ou jaune, d’intensité variable.
Cette étude suggère que votre expérience du rouge pourrait être la même que celle de vos proches.
Les chercheurs ont voulu tester si un logiciel pouvait deviner la couleur vue par une personne à partir de l’activité cérébrale mesurée chez d’autres. Pour cela, ils enregistrent l’activité du sujet A lorsqu’il regarde du rouge, du vert ou du jaune, puis le logiciel apprend à reconnaître les motifs d’activité associés à chacune de ces couleurs. On présente ensuite l’une de ces couleurs à un sujet B, dont on mesure aussi l’activité cérébrale. En « traduisant » ces signaux dans un repère commun, le logiciel parvient alors à prédire quelle couleur B est en train de voir. Autrement dit, rouge, vert et jaune laissent des signatures cérébrales suffisamment similaires d’un cerveau à l’autre pour être reconnues entre individus.
Signatures universelles et expériences identiques ?
Les résultats sont parlants : dans plusieurs régions du cortex visuel – V1, V2, V3, V4 et LO1 (aire latérale occipitale 1) –, le logiciel parvient à deviner la couleur vue par un participant à partir de son activité cérébrale nettement mieux que ne le ferait le hasard. Dans V1, par exemple, il identifie la bonne couleur dans 44,7 % des essais (contre 33 % attendus si l’on tirait au sort). Cette réussite suggère que le traitement des couleurs repose sur une organisation en partie commune d’un individu à l’autre : les signaux de couleur s’inscrivent dans un code neuronal spatial partagé par les 15 participants. Dans V1, les réponses au rouge et au vert sont surtout intenses au centre du champ visuel, tandis que
le jaune ressort davantage en périphérie ; dans V3, la répartition est inversée.
Si nos cerveaux réagissent de la même manière au rouge, vivons-nous la même expérience subjective du rouge ? L’étude démontre l’existence de corrélats neuronaux partagés : le rouge active des ensembles similaires de neurones chez différentes personnes. Le fait que chacun d’entre nous semble réagir, d’un point de vue neurologique, de la même manière aux couleurs suppose que notre architecture neuronale commune impose des contraintes fortes, et donc potentiellement que nos expériences des couleurs sont similaires… Ainsi, cette étude suggère que votre rouge est le même que celui de vos proches.
Mais elle ne peut que le suggérer : un corrélat neuronal n’est pas une expérience consciente ! Il représente seulement la trace, dans nos neurones, de cette expérience. Mais cela ne prouve pas pour autant que nous « percevons » la même chose en voyant du rouge. Peut-être que nos cerveaux réagissent de la même façon au rouge sans que nous voyions pour autant la même couleur. De la même façon, on peut imaginer que deux hommes ayant les mêmes chaussures et la même pointure
laissent des traces identiques dans le sable, mais pourraient avoir des mains, un nez, une voix ou un visage différents. L’identité de la trace dans le sable n’implique pas celle, en tout point, des individus qui les laissent.
Les philosophes appellent qualia les aspects subjectifs de nos expériences sensorielles. Un quale rouge désigne ce que « cela fait » de voir du rouge. Le problème est que chacun n’a accès, comme l’avait deviné John Locke, qu’à ses propres qualia. Or, même avec des signatures cérébrales identiques comme celles qu’ont mises en évidence Michael Bannert et Andreas Bartels, les qualia associés peuvent différer. Et cela peut se produire de plusieurs façons.
Plusieurs scénarios envisagés
La première situation imaginée en ce sens par les philosophes s’appelle « l’inversion des spectres » : votre expérience du rouge pourrait, en principe, ressembler à mon expérience du vert. Dans le cas où cette inversion serait présente dès la naissance, nous aurions appris à appeler « rouge » des expériences sensorielles différentes, sans jamais nous en rendre compte.

Cette vue de dessous d’un hémisphère cérébral droit laisse entrevoir, en bleu, trois zones sensibles à la couleur, différentes de V1, V2, V3 et V4. La zone Ac, non explorée dans l’étude des chercheurs allemands, serait plus particulièrement liée à l’expérience subjective des couleurs.
L’INTERVIEW DES LABOS
ANTOINE BALZEAU
Nous reconstituons le cerveau des humains du passé
Qu’y avait-il dans la tête de Néandertal ? Parlait-il comme nous ? Était-il moins intelligent ? Avec l’équipe du projet « PaléoBrain », le paléoanthropologue Antoine Balzeau a une idée en tête : reconstituer les cerveaux d’humains aujourd’hui disparus. Et pour cela, se pencher sur la forme de leurs crânes fossilisés…
Comment étudier le cerveau de nos ancêtres, puisque celui-ci ne se fossilise pas ?
Antoine Balzeau C’est à la fois l’originalité et la complexité de notre discipline : la paléoneurologie. On n’a que des crânes. Mais ils fourmillent d’informations pour qui sait les lire ! Cerveau et boîte crânienne se développent ensemble : sur la face intérieure du crâne, l’endocrâne, se discernent de subtils reliefs, bosses ou creux. Ces marques trahissent la forme qu’avait le cerveau collé contre la paroi crânienne. Et notamment, ses sillons…
Est-ce une trace fidèle de la forme du cerveau ?
A. B. C’est la question. À quel point ce moulage reflète-t-il la morphologie du cerveau : un creux sur un endocrâne est-il forcément la trace d’une bosse sur le cerveau ? Entre l’os et l’organe lui-même s’intercalent différents tissus, du liquide céphalorachidien… Par exemple, on voit beaucoup de creux laissés par le réseau méningé, un ensemble de veines qui circulent entre l’écorce cérébrale et le crâne. Notre objectif premier est donc d’apprendre à distinguer les traces imprimées par le cerveau et celles d’autres tissus. Et il y a de quoi se tromper. Il y a trois ans, nous avons testé la capacité de différents chercheurs dans le monde à « lire » les endocrânes. Nous avons recueilli des données d’imagerie sur
des volontaires – à la fois la structure de leur boîte crânienne et celle de la surface de leur cerveau. Nous avons ensuite envoyé aux chercheurs une modélisation d’un endocrâne, et leur avons demandé ce qui, selon eux, était ou non la trace d’un sillon cérébral.
Verdict ?
A. B. Au total, quatorze chercheurs se sont prêtés au jeu – j’en faisais partie. Les résultats ont été… une petite catastrophe ! Nous avons commis des erreurs sur beaucoup de structures, et il y avait une variation gigantesque entre les chercheurs. Par exemple, les quatorze se sont trompés sur le sillon central, qui sépare les lobes
ANTOINE BALZEAU chercheur au CNRS et au Muséum national d’histoire naturelle, responsable du projet PaléoBrain.

Confrontée aux pires dossiers, l’avocate encaisse les chocs émotionnels. Son empathie est débordée et elle entre en souffrance psychique.
LE CAS CLINIQUE


Grégory Michel
professeur de psychologie clinique et de psychopathologie à l’université de Bordeaux, chercheur à l’institut des sciences criminelles et de la justice, psychologue et psychothérapeute en cabinet libéral, expert auprès des tribunaux.
Garance et le trauma vicariant
Depuis quelques mois, Garance est à la dérive. Cette avocate ne dort plus, hantée par des visions de certains de ses clients, qui ont vécu les pires horreurs. Elle est traumatisée par contagion : c’est le traumatisme vicariant.
en bref
£ À 47 ans, cette avocate souffre d’anxiété et de graves troubles du sommeil. Elle est victime d’un trauma psychique à force d’être exposée aux histoires choquantes de ses clients.
£ Le trauma vicariant toucherait en moyenne 20 % des personnels de professions d’aide et de soin. Il frappe surtout les personnes ayant une forte empathie.
£ Pour s’en sortir, l’avocate devra apprendre à trouver la distance juste entre son affect et celui de ses clients. Elle évitera ainsi de finir en état d’épuisement compassionnel.
Le jour n’est pas encore levé et Garance travaille déjà à son bureau. Son dossier est urgent, c’est une affaire de viol sur mineur qu’elle doit plaider demain au tribunal judiciaire. Alors elle en est déjà à son troisième café, à 7 heures. Plus un cocktail de vitamines. Mais même comme ça, elle n’est pas sûre de tenir.
Ces derniers temps, elle est sur la corde raide. Ça coince à tous les niveaux. Ses collègues disent qu’elle devient cynique, cassante. À la maison, son mari la trouve distante, irritable. Les disputes s’enchaînent, toujours plus violentes. La dernière a été terrible. Ils parlent de se séparer.
Alors, son amie Claire lui a conseillé de consulter un « psy ». Vous avez deviné : ce psy, c’est moi. Quand elle vient pour la première fois en consultation, elle est habillée comme pour un enterrement. Sourire de façade et sourcils froncés, maxillaires tendus et yeux grands ouverts, comme hallucinés.
« Je viens vous voir parce que je sens que je ne suis plus moi-même, commence-t-elle. Je m’énerve à la moindre occasion, et ça fait des dégâts. Mon mari n’en peut plus, il me reproche de ne pas être suffisamment présente pour lui. Et c’est vrai, je n’ai pas envie d’être avec lui ! Mais la vérité, c’est que je n’ai plus envie de grand-chose. »
Bon, c’est assez clair, je note très vite chez cette femme un état anxiodépressif, mélange d’indifférence et de lassitude. Mais bientôt d’autres détails me frappent. Garance souffre de troubles
Qu’est-ce que le traumatisme vicariant ?
Le terme « vicariant » signifie : « qui remplace quelque chose ». Selon les psychologues cliniciennes américaines spécialisées dans le trauma Laurie Anne Pearlman et Karen Saakvitne, il s’agit d’un traumatisme apparu chez une personne « contaminée » par le vécu traumatique d’une autre personne avec laquelle elle est en contact. C’est en 1990 que ces deux chercheuses ont fait pour la première fois référence aux expériences traumatiques vécues par des thérapeutes travaillant avec des survivants de violences physiques ou sexuelles. La définition s’est ensuite étendue aux personnes aidant les survivants, aux professionnels de santé (notamment en réanimation, aux urgences et en oncologie), aux psychologues intervenant en traumatologie, aux travailleurs sociaux. Les professionnels de la justice comme les avocats, magistrats, personnels engagés auprès de victimes (tribunaux, services sociaux judiciaires) sont également touchés.
Causes et symptômes
Les symptômes du traumatisme vicariant peuvent être semblables à ceux d’une réaction post-traumatique selon le manuel des maladies psychiatriques (DSM-5), avec une intensité généralement inférieure. On y retrouve des intrusions (images et pensées incontrôlables), des cauchemars, un évitement émotionnel, de l’hypervigilance, de l’irritabilité, des troubles du sommeil, une perte d’empathie, du cynisme, une altération des schémas cognitifs comme une vision du monde plus menaçante. L’exposition répétée au stimulus déclenchant (la souffrance d’autrui) modifie les schémas cognitifs du professionnel comme les croyances qu’il porte sur sa propre personne, sur les autres, voire sur le monde dans son ensemble, et favorise le développement du traumatisme vicariant. Cette exposition a aussi des conséquences cliniques et professionnelles : diminution de la qualité de l’accompagnement, erreurs, épuisement, absentéisme, répercussions sur la santé mentale, avec un risque de dépression et d’anxiété.

Prévalence
Selon les études, le taux de prévalence chez les professionnels de santé varie entre 7 et 40 % en fonction des types de patients et de services. Auprès des professionnels juridiques, certaines enquêtes rapportent des taux compris entre 10 et 30 %.
Facteurs de risque
Les principaux facteurs de risque sont une prise en charge régulière de cas traumatiques, un temps et un taux d’exposition aux récits et aux éléments traumatiques des dossiers trop élevés (extraits audio, vidéos, photos, récits détaillés et auditions), une absence de supervision et de soutien lors de ces moments d’exposition, un manque de formation dans la gestion des traumatismes, ainsi que des conditions de travail précaires. D’autres facteurs sont de nature émotionnelle, comme l’absence de régulation de la charge émotionnelle liée à ces missions, l’accumulation d’effets psychiques comme un stress intense et les restructurations psychiques liées à ces phénomènes empathiques. Les facteurs liés à la personnalité même sont une forte empathie initiale, une tendance au perfectionnisme, un professionnalisme élevé et une faible autocompassion. Les personnes touchées sont généralement plus jeunes, plus souvent des femmes, selon certaines études, ou peuvent avoir un antécédent de traumatisme personnel.
du sommeil. Un problème qui dure depuis des mois, si ce n’est des années. Et dont la forme est atypique : elle retarde volontairement l’heure du coucher dans l’espoir, selon elle, de s’endormir rapidement. Résultat : elle n’a plus d’énergie ni goût à rien. L’anhédonie typique des états dépressifs... « J’ai perdu tout intérêt, me confie-t-elle. J’ai laissé tomber la natation depuis plus d’un an, et le piano, je n’en joue pratiquement plus. » Vie sociale restreinte (elle ne voit maintenant plus que Claire), appétit en berne : Garance met l’essentiel de ses problèmes sur le compte de son couple. Sauf que pour moi, c’est plus complexe. Cet alibi fait clairement écran à d’autres difficultés, qu’il me reste à découvrir.
Un sens moral exacerbé
Ensemble, nous évoquons sa situation. Garance a deux enfants : Tom, 14 ans, et Agnès, qui en a 12. Elle est mariée depuis dix-huit ans à François, ingénieur d’affaires – une relation épanouie jusqu’à récemment, quand les choses se sont dégradées. L’aînée de trois enfants, elle jouait, plus petite, le rôle de modèle dans la fratrie. Son père était juriste et sa mère largement investie dans des associations caritatives. Tous deux lui ont inculqué de profondes valeurs humanistes ainsi qu’un sens aigu de la justice et de la responsabilité.
En outre, Garance était scoute, ce qui lui a donné le goût du collectif et de l’entraide. Nulle surprise si elle décide, au sortir de l’adolescence,
Qu’ai-je finalement retenu ?
Après avoir lu une information, notre cerveau en forme une trace plus ou moins robuste qui permet d’y accéder de nouveau par la suite. Ce test vous aidera à évaluer la force de cette trace dans votre cerveau et à la consolider par « réencodage ». Petit indice… toutes les réponses se trouvent dans les pages de votre numéro !
Les accidents de la circulation. Environ 17 % des morts sur la route sont des jeunes de 18 à 24 ans, alors qu’ils ne représentent que 8 % de la population. Leur risque est donc deux fois supérieur à la moyenne. L’inexpérience au volant et la moindre perception des dangers, ainsi que l’usage de substances, sont des facteurs expliquant cette disproportion. (référence : article page 42)
Des molécules inflammatoires libérées après une infection par le Covid, ou en cas d’allergie ou de réponse immunitaire de l’organisme, dégradent un composant essentiel des neurones : la myéline. Or celle-ci assure la bonne vitesse de conduction des informations électriques le long des neurones. Sans elle, le traitement de l’information décélère et la pensée ralentit. C’est le brouillard !
(référence : article page 22)
Selon certaines études, les personnes qui accordent le plus d’importance au fait d’être heureux dans leur vie le seraient globalement moins. En réalité, cette érosion du bien-être est surtout liée au fait d’être préoccupé par la possibilité ou non d’atteindre le bonheur, au point de ne plus savoir le goûter quand il est là.
(référence : article page 50)
1) L’acceptation –se résoudre à l’idée que l’on va vivre sans la personne. 2) Le soutien social –être entouré par des personnes qui comptent, qui aident, qui réconfortent. 3) Les rituels –obsèques dignes, retrouvailles régulières, cérémonies en l’honneur de la personne défunte.
Il s’agit de la rétroaction faciale. Lorsque nous sourions, les muscles du visage envoient un message au cerveau, qui interprète ces contractions comme une émotion positive. Il existe ainsi des techniques faciles pour se remonter le moral simplement en tirant sur les commissures des lèvres, de manière à reproduire le plus fidèlement possible un sourire authentique.
(référence : article page 58)
4) La continuité symbolique –commémorations, moments de recueillement, gestes simples du quotidien visant à entretenir le souvenir (un portrait, une bougie qu’on allume…). (référence : article page 34)
Un mème est une image, une phrase ou une idée facilement identifiables, mémorisables, reproduites et transmissibles par imitation d’un individu à l’autre, au point d’être virales.
Un exemple est la réplique de Nabilla dans l’émission « Les anges de la téléréalité », devenue symbole de bêtise : « Allô, non mais allô, quoi ! » La phrase se répand, elle est reprise par tout le monde… (référence : article page 38)
Pourquoi la pensée ralentitelle en cas de brouillard cérébral ?
Quels éléments contribuent à l’évolution favorable d’un deuil ?
Le suicide est la seconde cause de décès chez les jeunes. Quelle est la première ?
Qu’est-ce que le paradoxe du bonheur ?
Qu’est-ce qu’un mème ?
Comment appelle-t-on le mécanisme par lequel l’expression du visage module nos émotions ?
Quatre facteurs amplifient la libération de dopamine et le plaisir ressenti lors d’une activité. Sauriez-vous les citer ?
Qu’est-ce qu’un quale ?
a) Une petite protéine produite par les astrocytes
b) L’aspect subjectif d’une expérience sensorielle
c) Une particule élémentaire de lumière
Il y a 35000 ans, nos ancêtres avaient-ils un cerveau a) plus petit b) plus gros que le nôtre?
Pour quelle découverte Daniel Kahneman et Amos Tversky ont-ils reçu le prix Nobel d’économie en 2002 ?
Petit commentaire ou to do
L’homme de Cro-Magnon, qui est notre ancêtre direct (déjà Homo sapiens ) avait un cerveau plus gros de 10 à 15 %. On ne sait pas s’il était plus ou moins intelligent, mais son volume cérébral plus important lui aurait permis d’effectuer des tâches plus nombreuses que les humains modernes, très spécialisés par compétences dans une société marquée par la division du travail. (référence : article page 76)
1) La nouveauté. C’est l’effet des surprises (positives) : un ami vous attend chez vous pour faire la fête, vous recevez un cadeau… Cet effet explique notre attrait pour toute nouveauté sur nos écrans, ce qui nous fait parfois scroller sans fin, presque mécaniquement. 2) L’information. Si notre environnement nous livre un enseignement exploitable, le plaisir augmente et la dopamine est libérée. Par exemple : je discute avec un collègue et il m’apprend quelque chose d’étonnant sur l’entreprise. 3) L’incertitude. Les situations incertaines provoquent un surcroît d’attention et d’excitation. Cela explique les addictions aux jeux de hasard, mais aussi certaines conduites à risque, les défis dangereux sur internet… 4) Le statut social et la compétence. Lorsque nous faisons quelque chose qui rehausse notre prestige ou notre statut, notre cerveau nous récompense par un shoot de dopamine. C’est aussi le cas lorsque nous sommes fiers de nous ou nous sentons compétents.
(référence : article page 66)
Leur découverte a notamment porté sur un phénomène appelé « aversion aux pertes » : notre cerveau est plus sensible aux pertes potentielles liées à une situation qu’aux gains qui y sont associés. Cela explique que nous trouvons plus attrayant un investissement qui a 80 % de chances de succès qu’un investissement qui a 20 % de risques d’échec, alors que ces situations sont strictement équivalentes. Un tel biais a montré que les décideurs dans le monde des affaires, de la politique ou de la finance, ne sont pas entièrement rationnels. (référence : article page 90) Cerveau &
Réponse : b). Un quale (pluriel : qualia ) est l’aspect qualitatif d’une expérience subjective. Par exemple, le quale « rouge » désigne l’expérience subjective associée au fait de voir la couleur rouge. Le quale est, selon certains philosophes, distinct de la dimension matérielle et mesurable du vécu, comme la trace neuronale de la perception du rouge dans votre cortex visuel.
(référence : article page 70)

Une opération chirurgicale présentée comme ayant 90 % de chances de succès est jugée plus favorable qu’une opération ayant 10 % de risques d’échec, bien que ces deux formulations soient strictement équivalentes.
– Daniel Kahneman
Daniel Kahneman (1934-2024) est un psychologue américano-israélien qui a reçu le prix Nobel d’économie en 2002 pour ses travaux sur les mécanismes psychologiques de la décision, conjointement avec son collègue Amos Tversky. Ils ont mis en évidence le phénomène d’aversion aux pertes, selon lequel on est plus sensible aux pertes possibles liées à une situation qu’aux gains qui y sont associés. Ce biais cognitivo-émotionnel a contribué à remettre en question la vision de l’Homo œconomicus
,
acteur supposé purement rationnel en matière financière.







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BRAINCAST explore les sciences qui expliquent nos comportements, nos émotions et nos troubles : neurosciences, psychologie, psychiatrie…

Au fil de ce voyage dans votre cerveau, la rédaction de Cerveau & Psycho vous propose des rencontres et des échanges avec des scientifiques reconnu.e.s.
Ils évoqueront leurs parcours, leurs découvertes marquantes et les grandes questions en suspens qui stimulent la recherche.

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