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Cerveau & Psycho n°190 - septembre 2026 - Respirer, une porte d'entrée vers nos émotions

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Cerveau & Psycho

Cerveau & Psycho

n° 190 septembre 2026

septembre 2026

190

RESPIRER • Apprendre

• Développer

à apaiser son stress

L 13252 - 190 H - F: 7,50 € - RD

sa connexion corps-cerveau DOM : 9,00 € – BEL./LUX. : 9,00 € – C.H. : 12,70 CHF – CAN. : 13,99 $CA – D. : 9,50 € – PORT. : 9,00 € – MAR. : 86,00 MAD – N.-CAL. : 1 150 XPF – TUN. : 15,70 TND

Respirer Une porte d’entrée vers nos émotions

Une porte d’entrée vers nos émotions

THÉRAPIES

Comment mieux vivre avec des acouphènes ?

PSYCHOLOGIE

L’amitié au travail, entre soutien émotionnel et conflits potentiels

NEUROSCIENCES La douleur chronique enfin localisée dans le cerveau

ÉMOTIONS

Cultivez le « kama muta », la nouvelle émotion qui renforce nos liens


© Radio France / Christophe Abramowitz.

Nos ancêtres ont encore beaucoup à nous dire.

Albin Michel


n° 190 - septembre 2026

édito T’es matrixé, ou quoi ? SÉBASTIEN BOHLER rédacteur en chef

L’

autre jour, une de mes filles m’a dit : « Tu es matrixé, ou quoi ? » Étant né au XXe siècle, j’ai aussitôt pensé au film Matrix, qui imaginait en 1999 que le monde que nous voyons est une simulation créée par des machines, l’essentiel restant caché pour nos yeux. Je ne m’étais pas complètement trompé, puisque l’expression « être matrixé » signifie qu’on a été conditionné et influencé au point de ne plus voir les choses clairement. J’ai répondu à ma fille que de toute façon, nous étions tous matrixés par notre propre cerveau. En effet, celui-ci simule le monde en permanence : quand nous percevons un son, il produit d’abord une simulation de son en fonction du contexte, puis la compare aux signaux acoustiques réels présents dans son environnement. Au prix de rapides calculs, il ajuste ce modèle interne aux données entrantes et « perçoit » alors un son. Mais cette perception n’est rien d’autre qu’une hallucination qui colle plus ou moins à la réalité. Le bon vieil encéphale nous a matrixés.

Dans certains cas, l’hallucination part en roue libre. Cela arrive généralement quand le cerveau manque de données entrantes. Il brode, affabule, invente. Cela peut se passer quand nous dormons (les rêves), quand nous n’entendons plus certaines fréquences (auquel cas le cerveau produit des acouphènes, voir notre article page 54), ou quand nous cherchons à nous remémorer le passé : nous le reconstruisons alors d’une manière qui nous arrange, donnant lieu à des souvenirs distordus (voir l’article page 42 sur les mémoires flash) ou à de la nostalgie. C’est tout le sujet du film Juste une illusion, qu’analyse le psychologue Laurent Bègue dans sa chronique en page 46. Dans ce cas, nous sommes victimes d’une hallucination collective : nous sommes tous matrixés par l’idée que c’était mieux avant. Et le matrixage va parfois jusqu’à croire que l’on peut remporter une coupe du monde de football avec des pierres bleues magiques (voir l’article page 38). Vite, quelqu’un a-t-il une pilule rouge pour réveiller notre cerveau ? £

Ils ont contribué à ce numéro

p. 18 Anna von Hopffgarten Biologiste et directrice de la section « Recherche en neurosciences » de la revue Gehirn & Geist, elle décrypte les effets de la respiration sur notre cerveau.

p. 54 Jean-Luc Puel Professeur à l’université de Montpellier, il explore les mécanismes de l’audition et a mis au jour des mécanismes clés des acouphènes.

p. 66 Didier Truchot Professeur émérite en psychologie sociale à l’université Marie-etLouis-Pasteur de Besançon, il étudie les facteurs de la qualité de vie au travail.

p. 76 Guillaume Airagnes Addictologue, directeur de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), il analyse les évolutions des comportements addictifs.

3

Cerveau & Psycho n° 190 - septembre 2026 / 3


n° 190 - septembre 2026

sommaire l’actualité

des sciences cognitives

p. 6

9

Parents sur leur téléphone, ados insécures ! p. 7 Et si l’homme était finalement bon ? p. 8 TDAH : un cerveau endormi ? p. 9 Le soi, au carrefour du corps et de l’esprit p. 10 Traiter la dépression par les yeux

P. 12 L’IMAGE DU MOIS

Les étranges pouvoirs de l’axolotl Albane Clavere

P. 14 FOCUS

Douleur : gardez la bonne, oubliez la mauvaise ! Didier Bouhassira

cerveau & société

P. 38 DERRIÈRE L’INFO, LA PSYCHO

Foot, politique et pierres magiques Nicolas Gauvrit

P. 42 LES CLÉS DE L’HISTOIRE

Explosion de « Challenger » : la mémoire flash Sebastian Dieguez

P. 46 UN PSY AU CINÉMA

« Juste une illusion » : les mirages de la nostalgie Laurent Bègue-Shankland

P. 52 LA SANTÉ MENTALE AU QUOTIDIEN

L’hypocrisie de la « grande cause nationale » David Masson

Ce numéro comporte un courrier de réabonnement posé sur le magazine, diffusé à une sélection d’abonnés et un encart « First Voyage » posé sur le magazine, diffusé à l’ensemble des abonnés. En couverture : © BRKH-STUDIO/Shutterstock

4 / Cerveau & Psycho n° 190 - septembre 2026

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p. 88

à la une Respirer

Testez vos connaissances

Une porte d’entrée vers nos émotions

76

Les recherches en neurosciences révèlent la manière dont le souffle agit sur nos neurones, notre cognition et nos émotions : un levier d’action pour mieux vivre au quotidien.

p. 18 Comment le souffle relie

notre corps et notre cerveau Anna von Hopffgarten

neurosciences & psychiatrie

p. 28 « Le contrôle de la respiration

17

P. 76 L'INTERVIEW DES LABOS

a été un déclic dans l’histoire de l’humanité »

« De plus en plus de gens se droguent simplement pour tenir le coup »

Entretien avec Thomas Similowski

Entretien avec Guillaume Airagnes

p. 32 Respirer pour modifier

P. 80 LE CAS CLINIQUE

sa conscience

Agnès, la femme toupie Laurent Vercueil

Iris Proff

santé & bien-être

P. 54 AUDITION

Acouphènes : comment en finir ?

Jean-Luc Puel et Margot Brunet

72

P. 62 L’ENVERS DU

DÉVELOPPEMENT PERSONNEL

Douter de ses doutes pour ne plus hésiter ! Yves-Alexandre Thalmann

P. 64 CORPS & ESPRIT

« Kama muta » : la nouvelle émotion qui nous transcende Nathalie Rapoport-Hubschman

62

psycho

P. 66 PSYCHOLOGIE SOCIALE Faut-il vraiment se faire des amis au travail ? Didier Truchot

P. 72 MON CERVEAU & MOI

Lecture rapide : jusqu’où peut aller votre cerveau ? Jean-Philippe Lachaux

Cerveau & Psycho n° 190 - septembre 2026 / 5


l’actualité

des sciences cognitives

C

Parents sur leur téléphone, ados insécures ! Menée auprès de 600 adolescents, une étude récente montre que lorsque des parents sont souvent absorbés par leur smartphone, leur adolescent a tendance à développer une plus grande insécurité affective.

ette fois, ce n’est vraiment pas de leur faute ! Si les preuves des effets néfastes des écrans pour les jeunes ne manquent pas – les smartphones empiètent sur leur sommeil et leur activité physique, exacerbent leur stress… –, ce que l’on sait moins en revanche, c’est que d’autres téléphones peuvent leur causer bien du tort : ceux de leurs parents ! Ainsi, une nouvelle étude édifiante, menée par le chercheur en psychologie Don Grant, au Newport Healthcare, aux États-Unis, montre que lorsqu’ils sentent que leurs parents sont régulièrement happés par leur téléphone, les adolescents sont plus à risque de développer une insécurité relationnelle !

6 / Cerveau & Psycho n° 190 - septembre 2026

Les mêmes auteurs, dans une précédente étude, avaient déjà validé une échelle mesurant la relation entre l’utilisation du téléphone par une personne s’occupant d’un ado, et le ressenti émotionnel du jeune face à cette situation. Plus le score était élevé, plus le jeune présentait les signes d’un attachement insécure : anxiété, peur de l’abandon, dépendance affective ou peur de l’intimité… Les chercheurs ont utilisé cet outil de mesure sur 600 adolescents de 12 à 17 ans qui devaient répondre d’abord à des questions sur le comportement de leurs parents avec leur téléphone – « Mon parent répond à des notifications pendant nos conversations », par exemple –, mais aussi leur ressenti. Résultat : plus les enfants

perçoivent leurs parents comme rivés sur leurs écrans, plus ils développent un profil d’attachement insécure, marqué par un manque de confiance dans la relation à l’autre. Et l’utilisation parentale des écrans était annonciatrice des niveaux d’anxiété et d’évitement émotionnel des adolescents… Si ces travaux ne révèlent pas le pourcentage de jeunes concernés, celui-ci pourrait bien être massif. Environ 70 % d’entre eux estiment que leur principale figure de référence est, au moins partiellement, distraite ou peu disponible en raison de son téléphone. D’autres travaux montrent que plus des deux tiers de parents reconnaissent être parfois indisponibles à cause de leur smartphone ; dans un rapport du Pew

© Just dance/Shutterstock

PSYCHOLOGIE


Research Center de 2020, 56 % des parents déclarent consacrer trop de temps à leur téléphone, et près de 7 sur 10 admettent être parfois distraits par leur appareil quand ils sont avec leurs enfants. Or pour un jeune, voir son parent indisponible n’est pas seulement vexant, mais anxiogène. D’après la théorie de l’attachement formulée par le psychiatre John Bowlby dans les années 1960, en grandissant, nous construisons notre sentiment de protection et notre capacité à réguler nos émotions en fonction de la réciprocité que nous trouvons chez nos adultes référents. Si un jeune bénéficie d’une attention réactive et sensible, il apprend à faire confiance à ses proches, ce qui va de pair, à l’âge adulte, avec un plus grand bien-être, de meilleures compétences interpersonnelles, une satisfaction de vie plus élevée… Et, à l’inverse, lorsque le parent est indisponible, l’attachement devient insécure. Le risque de dépression et d’anxiété augmente, ainsi que celui de développer une dépendance affective excessive ou un évitement émotionnel. Utiliser son téléphone portable en présence d’autrui relève d’un comportement appelé « phubbing », qui est de plus en plus documenté. En 2019, le spécialiste des relations familiales Brandon McDaniel montrait que ce phénomène (nommé « technoférence ») prédit une baisse de la satisfaction au sein des couples et un risque de conflit accru. Alors, si vous ne pouvez vous empêcher de scroller ou de consulter vos notifications, réfléchissez : cela vaut-il vraiment le coup d’endommager votre relation avec vos proches ? £

PSYCHOLOGIE SOCIALE

Et si l’homme était finalement bon ?

S

i les temps que nous traversons vous font désespérer de l’espèce humaine, voilà qui devrait vous redonner espoir. Des expériences réalisées par des scientifiques allemands ont révélé que nous sommes bien plus coopératifs que ce que nous suspectons. Les chercheurs ont offert deux options à des volontaires : recevoir 100 euros, ou seulement 70 – auquel cas 400 euros seraient reversés à une association de lutte contre le réchauffement climatique. Mais pour cela, il fallait qu’un autre participant inconnu (avec qui ils étaient en binôme) fasse le même choix altruiste. Autrement dit, que les deux coopèrent. Cette situation comporte donc le risque, pour un individu, de ne gagner que 70 euros sans que cela profite à une cause si d’aventure l’autre ne coopère pas. Il faut par conséquent prendre un risque en croyant en la réciprocité de l’autre.

Or 69 % des participants ont choisi l’option de coopérer. Et ce dans 125 pays, sur 100 000 personnes testées. Partout à travers le monde, les participants ont sous-estimé la coopération d’autrui et pensaient que seulement 47 % auraient ce comportement. Une part non négligeable d’entre eux se sont risqués à collaborer sans être sûrs que leur partenaire en fasse autant. L’être humain semble donc majoritairement coopératif, et pourtant, pourtant… les nations s’entredéchirent, comme on le voit un peu partout. C’est qu’il suffit de 31 % de noncoopérants placés à des postes de pouvoir et d’influence pour ruiner l’entente majoritaire. Ah ! « Si tous les gens du monde voulaient s’donner la main », comme disait Paul Fort… £ M. B. P. André et al., Homo cooperans : Understanding the nature of human cooperation, Science, 2026.

Margot Brunet

Retrouvez toutes les actualités sur

CERVEAU&PSYCHO.FR

© Login/Shutterstock

D. Grant et al., “Mommy, do you love your phone more than me ?” : Parental device use and the adolescent-caregiver attachment bond, Frontiers in Psychology, 2026.

7 Cerveau & Psycho n° 190 - septembre 2026 / 7


BRAINCAST Le podcast de Cerveau & Psycho BRAINCAST explore les sciences qui

expliquent nos comportements, nos émotions et nos troubles : neurosciences, psychologie, psychiatrie… Au fil de ce voyage dans votre cerveau, la rédaction de Cerveau & Psycho vous propose des rencontres et des échanges avec des scientifiques reconnu.e.s. Ils évoqueront leurs parcours, leurs découvertes marquantes et les grandes questions en suspens qui stimulent la recherche. Un moment pour mieux comprendre le cerveau et découvrir ce qui se cache dans leur tête… et dans la vôtre !

Disponible sur www.cerveauetpsycho.fr/sr/braincast/ ainsi que sur toutes les plateformes de podcast


à la une

Respirer : une porte d’entrée vers nos émotions p. 18 Comment le souffle relie notre corps et notre cerveau p. 28 Interview « Le contrôle de la respiration a été un déclic dans l’histoire de l’humanité » p. 32 Respirer pour modifier sa conscience

Maîtriser ses propres émotions. Ralentir son cœur. Apaiser son stress. Qui ne rêverait pas d’un tel pouvoir ? Ce pouvoir est en vous. Comme l’explique dans ce dossier le spécialiste de la respiration Thomas Similowski, grâce à son cerveau surpuissant l’humain a la capacité de prendre le contrôle de sa respiration et des structures nerveuses profondes qui lui sont connectées. Autrement dit, il peut agir sur ses poumons, son système nerveux autonome et ses propres émotions. La totalité de la chaîne corps-cerveau-affect. Comment y parvenir ? Le premier article de ce dossier permet de mieux comprendre comment fonctionnent les différents maillons de cette chaîne psychophysique. Puis, chacun peut s’essayer à la pratique. En activant son système parasympathique, en pratiquant la cohérence cardiaque, en libérant son souffle, comme l’explique avec pédagogie Thomas Similowski. Enfin, pour ceux qui souhaitent aller plus loin, bienvenue dans le monde de la recherche sur la respiration. Ici, on explore les moyens de modifier ses états de conscience par des techniques de ventilation spécifiques. Jusqu’à estomper les frontières entre le monde et soi. Un des axes de recherche les plus fascinants aujourd’hui… £ Sébastien Bohler

17 Cerveau & Psycho n° 190 - septembre 2026 / 17


à la une

© seb_ra/iStock

NEUROSCIENCES

18 / Cerveau & Psycho n° 190 - septembre 2026


Anna von Hopffgarten biologiste, directrice de la section Recherche en neurosciences de la revue Gehirn & Geist.

Comment le souffle relie notre corps et notre cerveau Les recherches en neurosciences mettent en évidence les connexions omniprésentes entre nos poumons et notre cerveau. Un canal puissant pour retrouver l’équilibre et réguler nos émotions par le souffle.

en bref £ Cerveau et poumons sont en communication permanente par l’intermédiaire de réseaux de nerfs qui traversent l’ensemble de notre corps.

£ En respirant lentement et profondément, on synchronise les différentes parties de son cerveau, améliorant ainsi sa mémoire et sa concentration.

£ Des techniques de respiration consciente ont fait leurs preuves pour réguler les émotions et atténuer les états de stress, voire accompagner des troubles psychiques.

19

Cerveau & Psycho n° 190 - septembre 2026 / 19


à la une NEUROSCIENCES

Thomas Similowski professeur de pneumologie à la faculté de santé à Sorbonne Université, coordinateur médical du département Respiration, réanimation, réadaptation respiratoire, sommeil à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière.

Le contrôle de la respiration a été un déclic dans l’histoire de l’humanité Selon Thomas Similowski, la capacité à maîtriser sa respiration a probablement été cruciale dans l’apparition du langage. Aujourd’hui, cette capacité de contrôle offre un moyen inespéré d’agir sur nos propres émotions et ressentis… Propos recueillis par Sébastien Bohler

28 / Cerveau & Psycho n° 190 - septembre 2026


Quand avez-vous commencé à étudier les liens entre la respiration et le cerveau ?

Thomas Similowski Depuis toujours ! Je me souviens que déjà pendant mes études de médecine la respiration me fascinait, à cause de son aspect double : d’un côté c’est une fonction vitale – si vous arrêtez, vous êtes mort – et de l’autre on en fait ce qu’on veut. On peut l’arrêter, la retenir, l’amplifier. Avec d’autres organes, c’est impossible. Vous ne pouvez pas arrêter votre cœur. Mais avec la respiration, il y a une double régulation : un mécanisme automatique, et un volontaire. Comment expliquer cette dualité ?

© Fagreia/Shutterstock

T. S. La respiration est la seule fonction vitale dont l’organe est commandé de l’extérieur. Le cœur ou l’intestin ont tous deux leur propre système de stimulation interne, autonome. Mais les poumons sont commandés par un centre nerveux externe situé dans le tronc cérébral, à la base du cerveau. Ce centre nerveux était présent bien avant l’apparition des poumons au cours de l’évolution, de sorte qu’il a pris le contrôle de ces derniers quand ceux-ci sont apparus. Chez la lamproie, par exemple, un vertébré aquatique qu’on considère comme un animal préhistorique (qui vivait déjà il y a 360 millions d’années !), se trouve un générateur automatique de rythme respiratoire, localisé dans le tronc cérébral, et qui fait bouger les branchies. Il s’est conservé au fil de l’évolution et se retrouve aujourd’hui dans le tronc cérébral des mammifères. Quand les poumons sont apparus chez des vertébrés terrestres, il en a pris en quelque sorte le contrôle. Si la respiration est commandée de façon automatique, comment peut-on la maîtriser ?

T. S. C’est dû à l’évolution des mammifères. Depuis la préhistoire, leur

cerveau a évolué et s’est progressivement doté d’un cortex plus gros et plus puissant. Et ce cortex cérébral a commencé à se connecter à des neurones moteurs de la moelle épinière capables de contracter les muscles thoraciques et d’agir volontairement sur la respiration. Il a ainsi acquis un contrôle sur ces motoneurones de la moelle épinière, de sorte qu’on en fait maintenant ce qu’on veut. Quand vous nagez et mettez la tête sous l’eau, vous pouvez bloquer votre respiration grâce à ce contrôle du cortex. C’est donc notre cortex qui prend l’ascendant sur les centres de régulation automatique du tronc cérébral ?

T. S. Exactement. Quand vous décidez de retenir votre respiration, vous utilisez des connexions nerveuses qui partent de votre cortex (là se forme votre volonté) et se relient au tronc cérébral. Et ces connexions, dites « corticobulbaires » (le

bulbe rachidien est la partie inférieure du tronc cérébral), sont inhibitrices : en clair, votre cortex met le tronc cérébral (où se trouve le générateur respiratoire automatique) hors circuit. Il prend la main sur le système, comme un pilote d’avion déconnecte le pilote automatique quand il veut exécuter une manœuvre d’atterrissage. Pourquoi avons-nous développé cette capacité de contrôle ?

T. S. Le contrôle volontaire de la respiration ne nous est pas propre, mais il est particulièrement sophistiqué chez nous. Pourquoi ? On n’en sait en réalité rien, mais ce qui est sûr c’est qu’il a été

29 Cerveau & Psycho n° 190 - septembre 2026 / 29


à la une NEUROSCIENCES

Iris Proff psychologue cognitiviste et journaliste scientifique.

Respirer pour modifier sa conscience

© Benjavisa Ruangvaree Art/Shutterstock

Grâce à des techniques spécifiques, on peut moduler l’activité de son cerveau et effacer la frontière entre le monde extérieur et soi. Une dissolution de l’ego habituellement induite par des substances psychédéliques.

en bref £ Certaines techniques respiratoires induisent des changements physiologiques dans certaines aires cérébrales, notamment l’insula, l’hippocampe et l’amygdale.

£ Un de ces effets est l’effacement progressif de la frontière entre le corps et le monde extérieur, produisant un sentiment de fusion avec l’univers.

32 / Cerveau & Psycho n° 190 - septembre 2026

£ Ces modifications ont fait à ce jour l’objet d’études préliminaires qui doivent être confirmées, surtout dans la perspective d’applications thérapeutiques.


33 Cerveau & Psycho n° 190 - septembre 2026 / 33


cerveau & société DERRIÈRE L’INFO, LA PSYCHO

Le 2 juin 2026, la ministre des Sports Marina Ferrari (en bas à droite) offrait à Kylian Mbappé et à ses coéquipiers des pierres aux « pouvoirs magiques »…

38 / Cerveau & Psycho n° 190 - septembre 2026


NICOLAS GAUVRIT psychologue du développement et enseignant-chercheur en sciences cognitives à l’université de Lille.

Foot, politique et pierres magiques Quand une ministre offre des pierres aux pouvoirs extraordinaires à des footballeurs pour leur porter chance, on s’interroge : l’irrationnel a-t-il franchi les portes de nos institutions ?

© Thomas Padilla / POOL / AFP

L

e 2 juin 2026, en visite au château de Clairefontaine, la ministre des Sports Marina Ferrari a glissé aux joueurs de l’équipe de France deux minéraux : un jaspe bleu, censé « donner la force d’atteindre ses objectifs », et un cristal de roche, supposé « réduire le stress et l’anxiété ». Révélée par Le Canard enchaîné, l’information a suscité interrogations et parfois stupéfaction. Devant les députés, la ministre a assumé ce « petit geste d’amitié pour leur porter chance ». Mais les moqueries n’ont pas tardé.

39 Cerveau & Psycho n° 190 - septembre 2026 / 39


cerveau & société

LES CLÉS DE L’HISTOIRE

Le 28 janvier 1986, la navette spatiale Challenger explose sous les yeux de spectateurs médusés. Dans les semaines qui suivent, on découvre que les gens ont retenu non seulement l’accident, mais les circonstances où ils se trouvaient à ce moment.

C

’est un étrange nuage de fumée, formant comme un long serpent à cornes, qui se détache sur un ciel bleu profond. Une image qui a marqué à jamais les esprits de toute une génération, celle de l’explosion de la navette spatiale Challenger. Nous sommes le 28 janvier 1986, 73 secondes après le décollage décidé à 11 h 38 sur le centre spatial Kennedy, en Floride. L’accident terrifiant fait 7 victimes et marquera au fer rouge l’histoire du vol spatial.

42 / Cerveau & Psycho n° 190 - septembre 2026


Sebastian Dieguez docteur en neurosciences, auteur, enseignant et chercheur à l’université de Fribourg, en Suisse.

Explosion de « Challenger » La mémoire flash

© NASA - NASA Human Space Flight

Tous ceux qui étaient devant leur télévision ce jour-là s’en souviennent. La catastrophe de « Challenger » en 1986 a lancé un vaste courant de recherche en psychologie. Le résultat : le concept nouveau de « mémoire flash »…

43 Cerveau & Psycho n° 190 - septembre 2026 / 43


cerveau & société

UN PSY AU CINÉMA

LAURENT BÈGUE-SHANKLAND professeur de psychologie sociale à l’université Grenoble-Alpes et membre de l’Institut universitaire de France, directeur de la maison des sciences humaines Alpes.

Juste une illusion

Les mirages de la nostalgie Qualifié de « film doudou », le dernier opus d’Olivier Nakache et Éric Toledano joue sur la fibre de la nostalgie. Une émotion qui stimule les circuits du plaisir dans notre cerveau… et nous fait croire que tout était mieux avant !

U À VOIR

Juste une illusion Depuis le 15 avril 2026

46 / Cerveau & Psycho n° 190 - septembre 2026

ne aberration devenue esthétique. En optique cinématographique, le lens flare désigne le reflet provoqué par une source lumineuse qui pénètre l’objectif et ricoche sur ses lentilles intérieures, formant tantôt des cercles, tantôt des traits lumineux. Longtemps, les techniciens ont pourchassé ces halos parasites, jusqu’à ce qu’ils soient prisés pour l’atmosphère rétro qu’ils instillent. Cette technique fait partie de l’arsenal

nostalgisant de Juste une illusion, dernier film d’Olivier Nakache et Éric Toledano. À travers la routine d’une famille parisienne, il nous immerge dans un dédale d’objets cultes et de références aux années 1980. Les walkmans, la France de Mitterrand, les voitures Renault à l’ancienne, le groupe Téléphone qui chante son rêve « d’un autre monde » à la grande soirée de SOS Racisme place de la Concorde, à Paris, en juin 1985.


© Photo Manuel Moutier 2026

Yves, Sandrine et leurs deux enfants forment une famille classique de la banlieue parisienne dans les années 1980. Le père, commercial, est depuis peu au chômage, alors que la mère, secrétaire, s’apprête à voir sa carrière décoller…

On aurait pourtant pu saturer, tant le film accumule parfois à l’excès les objets fétiches de la décennie. Le volumineux poste de télévision marron bombé flanqué du logo de TF1, les tapisseries murales géométriques ou les tables en formica devenues presque mythologiques. On revit l’amitié franco-allemande, la poignée de main historique entre François Mitterrand et Helmut Kohl en 1984 à l’ossuaire de Douaumont, l’élan de fraternité de la célèbre main jaune de la génération « Touche pas à mon

pote », ou encore les prémices d’une Europe pacifiée à l’aube de la chute du mur de Berlin. Et pourtant, fait rare dans la critique cinématographique, malgré des désaccords sur le rythme des scènes ou l’originalité du scénario, tous les observateurs s’accordent sur un point : ce film, en nous ramenant quarante ans en arrière, nous fait tout simplement du bien. Une « bulle vintage, pleine de drôlerie et de tendresse » pour le Nouvel Obs, qui « fait l’effet d’un gros câlin » pour Télérama, alors que de France Inter au Point, on

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Cerveau & Psycho n° 190 - septembre 2026 / 47


cerveau & société

LA SANTÉ MENTALE AU QUOTIDIEN

L’hypocrisie de la « grande cause nationale »

J

e suis psychiatre pour adultes en secteur public. J’ai commencé à baigner dans la santé mentale il y a plus de vingt ans, à une époque où le sujet ne suscitait qu’une vague indifférence de la part des médias. Avec la crise du Covid, on a enfin commencé à s’inquiéter, en particulier à propos des potentiels effets psychologiques des mesures sanitaires sur les jeunes. Finalement, en octobre 2024 le Premier ministre Michel Barnier déclare la santé mentale « grande cause nationale 2025 », reconduite en 2026. Victoire ! Deux années pour déstigmatiser les troubles psychiques, changer le regard porté sur les maladies mentales, développer la prévention et le repérage précoce, améliorer l’accès aux soins, accompagner les personnes concernées… Que de grandes ambitions. Pourtant, depuis 2025, peu d’améliorations notables de la situation ont été constatées, du moins dans le quotidien du psychiatre que

52 / Cerveau & Psycho n° 190 - septembre 2026

DAVID MASSON psychiatre au centre psychothérapique de Nancy, chef de service au pôle hospitalouniversitaire de psychiatrie d’adultes du Grand Nancy.

je suis et dans celui des patients que j’accompagne. Alors évidemment la question brûle les lèvres : tout cela n’était-il que de la poudre aux yeux ?

Plus assez de psychiatres ! Commençons par le point crucial, l’accès aux soins. La seule mesure notable apparue depuis la grande cause est le dispositif Mon soutien psy, qui offre douze séances annuelles chez un psychologue. Rarement une durée suffisante pour une psychothérapie, en dehors des troubles les moins graves. Pire, les places sont comptées, peu de psychologues ayant adhéré au dispositif. Trouver un rendez-vous chez un psychiatre n’est guère plus aisé. Alors que le nombre de patients pris en charge en ambulatoire dépasse aujourd’hui les 2 millions, près de la moitié des postes en psychiatrie sont inoccupés. De fait, cette spécialité reste dans le peloton de queue de celles que choisissent les étudiants en médecine à l’internat. Donner envie de s’engager

en psychiatrie en limitant l’inflation des démarches administratives, en renforçant les équipes et leurs compétences, en prenant en compte les spécificités de l’exercice psychiatrique – en bref, en donnant du sens à une discipline encore mal-aimée – aurait dû être le cheval de bataille de la grande cause nationale. L’accès aux médicaments est le deuxième angle mort de l’action gouvernementale. Plus d’une dizaine de psychotropes, comme le lithium, utilisé dans le traitement de la bipolarité, sont fréquemment en tension d’approvisionnement. « Docteur, il ne me reste qu’un mois de quétiapine [utilisée dans la schizophrénie et le trouble bipolaire, ndlr]. Ma pharmacie n’en a plus. Comment vais-je faire ? » Ce genre de phrase a nourri le quotidien de patients inquiets et de leurs prescripteurs, essayant tant bien que mal d’anticiper avec des alternatives… qui restent hélas incomplètes. D’autres médicaments, tels que le brexpiprazole ou la cariprazine, prescrits dans les


troubles psychotiques, sont restés bloqués à la frontière. La faute à un approvisionnement tributaire de chaînes de production mondialisées et donc des choix et des fragilités de pays étrangers. Pour une grande cause nationale, accélérer la relocalisation de la production de ces traitements ou imposer la constitution de stocks suffisants aurait pu être une bonne idée.

Déstigmatiser ne suffit pas Tentons malgré tout de voir le verre à moitié plein : la santé mentale est désormais plus présente dans les médias, sur les réseaux sociaux et dans les débats de société. Cette prise de conscience de l’importance de la santé mentale est une victoire. On en parle entre collègues, mais aussi avec les patients. Son hashtag sur Instagram totalisait 651 000 publications début

juin 2026. Sur ce point, la mise en avant a atteint son but… Mais avec un revers de médaille. Sur les réseaux sociaux se mêlent indistinctement témoignages, marketing, vulgarisation scientifique, conseils plus ou moins sérieux de développement personnel et informations approximatives, voire erronées. Noyées dans ce flux permanent, les campagnes officielles comme Parlons santé mentale ! manquent leur objectif de déstigmatisation. Pourtant, un précédent montrait les écueils à éviter : le programme anglais Time to Change, dans lequel le gouvernement britannique a dépensé des dizaines de millions de livres pour lutter contre la stigmatisation et la discrimination en santé mentale de 2011 à 2021… pour un résultat mitigé. Aucune étude n’a noté d’amélioration du taux d’emploi des personnes ayant des troubles

psychiques. Il est désormais établi que ce genre d’initiatives larges et non ciblées peinent à modifier durablement les comportements. La déstigmatisation, elle aussi, doit être repensée : à quand le développement de ce qui marche, comme les témoignages auprès de publics ciblés ? On pense aux « livres vivants », ces personnes ayant un trouble psychique que le grand public peut rencontrer pour mieux comprendre leurs épreuves. Le problème est que la prise en charge en santé mentale souffre d’un manque de considération politique et donc de financement. L’accès au logement, au travail et parfois aux loisirs, mais surtout, très souvent, aux soins, reste un parcours du combattant. La santé mentale n’a pas besoin de deux années de communication, mais d’une décennie d’investissement et de volonté politique. £

bibliographie M. Worms-Ehrminger, Communiquer en santé mentale. Repères pour de nouvelles stratégies et pratiques, Presses de l’EHESP, 2026. A. Ronaldson et C. Henderson, Mental illness stigma in England : What happened after the Time to Change Programme to reduce stigma and discrimination ?, à paraître.

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santé & bien-être AUDITION

Jean-Luc Puel Professeur Unité de Recherche Inserm 1298/Université de Montpellier

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Jean-Luc Puel

Margot Brunet

professeur de neurosciences à l’université de Montpellier-Inserm et directeur de Montpellier Audiocampus.

journaliste à Cerveau & Psycho.

Acouphènes Comment en finir ? Pour 7 millions de Français, les acouphènes sont une réalité quotidienne. En comprenant mieux comment notre cerveau produit ces sons sans cause extérieure objective, on développe de nouvelles approches pour les guérir.

© privetik/iStock

en bref £ Les acouphènes sont des sons produits par le nerf auditif ou par le cerveau, soit après avoir été exposé à des volumes sonores trop élevés, soit à cause d’une perte auditive liée à l’âge.

£ Les lésions de l’oreille interne qui découlent de ces situations amènent le cerveau à vouloir combler le vide sonore de certaines fréquences. Problème : cela engendre des sons parasites.

£ Aujourd’hui, des thérapies cognitivo-comportementales aident à ne pas se focaliser sur ces sons, ce qui les rend plus supportables. De nouveaux traitements sont à l’étude.

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santé & bien-être

L’ENVERS DU DÉVELOPPEMENT PERSONNEL

Douter de ses doutes pour ne plus hésiter ! YVES-ALEXANDRE THALMANN

L

a confiance en soi est une qualité phare du développement personnel. De nombreux ouvrages sont consacrés à son accroissement avec comme point de mire les doutes à éradiquer. Leur credo : faire fi de l’incertitude et des tergiversations ! En avant vers le succès, sans se laisser freiner par des hésitations et remises en question malvenues et stériles… N’y aurait-il vraiment aucune vertu aux doutes ? Se pourrait-il, contre toute attente, qu’ils contribuent à nous motiver à atteindre nos objectifs, donnant tort aux coachs de la détermination à toute épreuve ? Une recherche publiée récemment semble aller dans ce sens. Patrick Carroll, professeur de psychologie à l’université d’État de l’Ohio, s’intéresse à des moments particuliers de la vie où l’on se sent paralysé, submergé de doutes quant à ce qu’il faut faire. Ces « crises d’action », comme il les nomme, découlent d’une réévaluation d’objectifs à long terme :

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professeur de psychologie au collège Saint-Michel, collaborateur scientifique à l’université de Fribourg, en Suisse.

serai-je capable de décrocher cet emploi, d’obtenir ce diplôme, de mener cette équipe à la victoire ? Dois-je persévérer ou changer de direction ? De tels moments de remise en cause surviennent souvent lorsque des obstacles se dressent sur notre route. Mais surtout, au niveau cognitif, ils s’accompagnent de doutes profonds qui sapent la motivation et amorcent ainsi un cercle vicieux.

Suis-je vraiment sûr de douter ? La particularité du professeur Carroll est de se focaliser non pas sur les doutes, mais davantage sur les métadoutes, c’est-à-dire les doutes à propos de ses propres doutes. Ou, plus simplement : lorsque vous doutez du chemin à suivre, êtes-vous sûr de vos doutes ? Une première étude a porté sur 267 personnes qui ont commencé par répondre à un questionnaire sur des crises d’action qu’elles avaient rencontrées. Elles devaient ainsi

décrire des situations où elles avaient eu des réserves quant à leur capacité à atteindre leur objectif. Puis, dans un deuxième temps, la moitié d’entre elles ont dû écrire un court texte relatant une situation où elles avaient confiance en leur réflexion, alors que l’autre moitié des participants devaient écrire un texte retraçant un épisode où ils s’étaient défiés de leurs propres pensées et raisonnements. Résultat : ceux qui avaient des doutes par rapport à leur objectif et qui ont relaté un épisode de confiance en leur propre réflexion ont par la suite révélé un moindre degré d’engagement dans leurs actions futures. L’exercice d’écriture les avait rendus plus confiants envers leurs doutes, et donc moins engagés dans leur projet ! Au contraire, ceux qui se sont remémoré un souvenir lié à des pensées incertaines se sont montrés ensuite plus engagés dans la poursuite de leur objectif. Grâce à cet exercice d’introspection un peu spécial, ils


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Les métadoutes sont des doutes à propos de nos propres doutes. Quand on sait les manier, les chances de réussite repartent à la hausse…

© Matyo

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faisaient moins confiance à leurs doutes, ce qui restaurait en eux une forme de foi en l’avenir. Dans une seconde étude menée sur 130 lycéens, le doute a été distillé de manière physique : les jeunes devaient remplir le questionnaire avec leur main non dominante (par exemple, la main gauche pour un droitier). Des recherches antérieures ont en effet révélé qu’écrire avec sa main non dominante induisait des doutes quant au texte que l’on rédige, comme si une écriture chancelante et brouillonne ne pouvait transmettre un message net et assuré. Dans ces conditions, mettre par écrit une crise d’action d’une main incertaine neutralise en partie ce manque de confiance et raffermit la poursuite d’objectifs ultérieurs. Un effet similaire a été identifié avec les mouvements de tête : prononcer une phrase en tournant la tête de droite et de gauche, signe non verbal de désaccord et de refus, amène celui qui l’énonce à douter davantage de ce qu’il dit.

Ainsi, nos doutes peuvent jouer en faveur de notre engagement pour des objectifs importants. À condition qu’ils portent sur nos doutes quant au fait d’y arriver. Quand vous n’êtes plus sûr d’atteindre votre objectif, remettez en question vos propres hésitations. Demandez-vous sur quoi elles reposent objectivement. Douter de ses doutes, voilà une belle leçon de métacognition. Et pourquoi pas les coucher sur le papier avec notre main non dominante pour les relativiser ? En faisant du mauvais esprit, j’irais même plus loin en vous conseillant de lire les ouvrages de développement personnel en pivotant la tête de droite et de gauche… £

bibliographie P. Carroll, Increasing identity goal commitment by inducing doubt in goal doubts, Self and Identity, 2025. P. Briñol et al., Overt head movements and persuasion : A selfvalidation analysis, Journal of Personality and Social Psychology, 2003.

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psycho

Dans l’émission « Catherine et Liliane » (diffusée sur Canal+ de 2012 à 2019), deux secrétaires combinent adroitement amitié et travail, non sans quelques situations problématiques...

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© Augustin Detienne/CANAL+ © Crédit/crédit

PSYCHOLOGIE SOCIALE


Didier Truchot professeur émérite de psychologie à l’université Marie-et-Louis-Pasteur.

Faut-il vraiment se faire des amis au travail ? Quand on passe plusieurs heures par jour avec une personne, cela crée inévitablement des liens. Mais faut-il vraiment mélanger le privé et le professionnel ? De préférence, pas avant d’avoir lu le résultat des études psychologiques sur la question !

en bref

£ L’essentilel u soleil, mais aussi les éclairages puissants comme £ Les études à grande échelle les panneaux LED, stimulent montrent que l’amitié travail notre cerveau via desau cellules apporte réconfort, spécialessouvent récemment solidarité, ainsi qu’une plus découvertes dans notre rétine. forte envie d’aller au bureau.

£ Le plus efficace £ Une fois ces cellules activées, est de s’exposer très tôt notre organisme sécrète £duMais il y aetaussi des effetsqui trouver le juste milieu, à£laPour lumière le matin, cortisol de l’orexine, indésirables, comme et l’épuisement quelques règles doivent être mais en en limitant les sources renforcent l’attention, un émotionnel ou le risque observées, notamment – comme les un objectif facteur de croissance quid’un conflit lumineuses entre l’amitié et les de impératifs de de transparence et d’honnêteté écrans – à la nuit essentiel. stimule la formation l’entreprise. qui évitera le mélange des genres. nouveaux neurones.

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psycho

MON CERVEAU & MOI

JEAN-PHILIPPE LACHAUX directeur de recherche à l’Inserm, au Centre de recherche en neurosciences de Lyon.

Lecture rapide : jusqu’où peut aller votre cerveau ?

C

ombien de temps vous faudra-t-il pour lire cette chronique ? Le traitement de texte de mon ordinateur annonce une durée de lecture silencieuse de six minutes et trente secondes. Très bien. Alors voici un défi : pourrez-vous lire cet article en… une minute trente ? Dans mes recherches, j’utilise souvent une technique appelée « électroencéphalographie intracérébrale ». Elle consiste à enregistrer l’activité du cerveau d’une personne en posant des électrodes directement sur celui-ci, juste sous l’os du crâne. C’est très précis et cela permet d’observer en détail ce qui se passe dans nos neurones quand on lit. J’ai ainsi pu constater que les régions chargées de

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comprendre, de prononcer et de mémoriser un mot sur lequel le regard vient de se poser ont besoin de plusieurs dixièmes de seconde pour effectuer leur tâche (presque une demi-seconde). D’où une première estimation théorique du temps nécessaire pour lire en silence les 1 500 mots (environ) de cette chronique : douze minutes environ ! Bien plus que la durée annoncée ci-dessus… Alors, où est l’erreur ? Elle n’est pas liée à mon traitement de texte, dont l’estimation repose sur des statistiques solides issues de milliers de lectures chronométrées. Elle découlerait plutôt de mon calcul, qui supposait que chaque mot recevait le même niveau de traitement de la part du cerveau.

© Master1305/Shutterstock

Lire un livre en quinze minutes ? C’est possible en maniant intelligemment les différentes aires de son cerveau. Mais attention : certaines tâches demeurent incompressibles !


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neurosciences & psychiatrie

L’INTERVIEW DES LABOS

GUILLAUME AIRAGNES

De plus en plus de gens se droguent simplement pour tenir le coup L’explosion de la consommation de cocaïne et de psychostimulants n’est pas le fruit du hasard, selon l’addictologue Guillaume Airagnes. Conditions de travail stressantes, difficultés de la vie et menace de la précarité poussent de plus en plus de personnes à se doper pour ne pas s’effondrer. Propos recueillis par Albane Clavere

Guillaume Airagnes Ce qui

progresse, c’est l’usage des psychostimulants chez les adultes, en particulier dans la tranche d’âge des 25-45 ans. On parle même d’augmentation exponentielle. On retrouve effectivement en haut du tableau la cocaïne, une substance issue des feuilles de coca, mais aussi l’ecstasy, une drogue de

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synthèse, connue également sous le nom de son principe actif MDMA. Pour la première, la proportion de personnes déclarant en avoir pris au moins une fois au cours des douze derniers mois est passée de 0,3 % en 2000 à 2,7 % en 2023, ce qui représente environ 1,1 million de Français. En revanche, et c’est plus rassurant, la consommation de tabac baisse, tout comme celle de l’alcool (dans une moindre mesure), tandis que la prise de cannabis se stabilise. Tout n’est donc pas négatif. À quoi est due la hausse exponentielle de la consommation de cocaïne ?

G. A. L’offre de cette drogue

s’est démultipliée ces dernières années. D’abord, la production a fortement augmenté dans les principaux pays producteurs d’Amérique du Sud (Colombie, Pérou, Bolivie). Par ailleurs, les modes d’approvisionnement ont profondément évolué et il est aujourd’hui beaucoup plus facile de s’en procurer essentiellement parce que les points de deal physiques ne représentent plus qu’une part minoritaire des achats. Il est désormais possible d’organiser une livraison à un point de rencontre fixé à l’avance, et même de se faire livrer directement à domicile.

© Guillaume Airagnes

Les addictions sont désignées comme un fléau national, avec certaines drogues comme la cocaïne dont la consommation explose. Comment analysez-vous cette situation ?


GUILLAUME AIRAGNES psychiatre addictologue, ancien responsable du centre ambulatoire d’addictologie de l’hôpital européen Georges-Pompidou, à l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris, directeur de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT).

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neurosciences & psychiatrie

LE CAS CLINIQUE

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Laurent Vercueil neurologue au CHU de Grenoble-Alpes, au laboratoire de psychologie et neurocognition de Grenoble au sein de l’équipe Commet – Conscience, mémoire et métacognition.

Agnès, la femme toupie Depuis quelque temps, Agnès a d’étranges crises. Soudain, elle se lève et se met à tourner à toute vitesse sur elle-même, perdant conscience en même temps qu’elle ravage tout sur son passage. Ce comportement est provoqué par des noyaux profonds de son cerveau, les « noyaux gris centraux ».

en bref £ Dans ses crises, Agnès perd connaissance et c’est son entourage qui lui raconte ce qu’elle fait : elle dévaste tout en tournoyant comme une toupie, et oublie tout après.

£ Les examens montrent que des crises d’épilepsie se propagent depuis son cortex cérébral jusqu’à des structures profondes de son cerveau qui contrôlent les mouvements.

£ Comme cette stimulation n’a lieu que dans l’hémisphère droit, une seule moitié de son corps se met à courir et elle tourne… En retirant la partie du cerveau d’où partent les crises, le phénomène cesse.

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88 / Cerveau & Psycho n° 190 - septembre 2026

Réponse a). Neuf mois. Les études sur la mémoire flash (flashbulb memory) mises sur pied après l’explosion de la navette Challenger en 1986 ont montré que les gens forment une mémoire extrêmement précise de tout ce qui se passe autour d’eux au moment où ils apprennent une nouvelle marquante. Mais au-delà de neuf mois de rétention, cette mémoire commence à se transformer et à s’altérer, certains détails disparaissent, remplacés par d’autres. Le même phénomène a été observé pour l’assassinat de Kennedy et les attentats du 11 septembre 2001. (Référence : article page 42)

Réponse b). L’illusion de causalité nous fait croire que lorsque deux événements se succèdent, le premier est la cause du second. Ainsi, si un footballeur met sa chaussette droite à l’envers et marque ensuite le but de la victoire, il peut se figurer que son inversion vestimentaire est la cause de son exploit sportif. Et il aura tendance à recommencer… (Référence : article page 38)

Réponse b). Le complexe de préBötzinger est un ensemble de noyaux nerveux situés dans le tronc cérébral, entre le cerveau et la moelle épinière, qui produit les impulsions nerveuses automatiques commandant les mouvements des poumons. Il pilote la respiration automatique mais peut être court-circuité par le cortex lorsque nous contrôlons volontairement notre rythme respiratoire. (Référence : article page 18)

b) Quand nous traquons un mot dans un texte (comme le mot « mémoire » ou « émotion » sur cette page), notre attention est concentrée sur un support externe (le texte), ce qui réduit au silence les zones du cerveau responsables de l’introspection ou du vagabondage mental. Ces aires cérébrales forment ce qu’on appelle le « réseau par défaut » et semblent nécessaires pour mémoriser ce qu’on vient de lire. C’est pourquoi, après une recherche de mots-clés, il faut faire des pauses pour réactiver son réseau par défaut et mémoriser ce qu’on a compris du texte. (Référence : article page 72)

Réponse a). Les études menées par les psychologues Patricia Sias et Daniel Cahill ont montré que les deux principaux facteurs prédisant le développement de liens d’amitié au travail sont la propinquité (la proximité physique au travail et la réalisation d’activités ou de missions communes) et l’homophilie (le fait de partager des valeurs). (Référence : article page 66)

Réponse c). Le kama muta. Ce terme sanskrit signifie « ému par l’amour ». Il s’agit d’une émotion nouvellement explorée par les psychologues, et qui se traduit par une sensation de chaleur dans la poitrine, des larmes qui perlent aux yeux et la chair de poule. Elle se ressent généralement face à un spectacle qui nous touche particulièrement (un enfant qui court vers ses parents à la sortie de l’école, une scène de film que l’on peut revoir dix fois sans se lasser…) et elle suscite un élan de partage et de lien à autrui. (Référence : article page 64)

n° 190 - septembre 2026

Qu’avez-vous retenu ?

Savez-vous ce qui provoque les acouphènes ? Connaissez-vous l’effet de positivité ? Avez-vous entendu parler du complexe de pré-Bötzinger ? Si vous avez lu ce numéro, rien de cela ne devrait avoir de secret pour vous ! Vérifiez tout de même que votre cerveau a tout bien enregistré…


b) Un centre nerveux qui contrôle la respiration

c) Le plus grand centre de recherche en neurosciences du monde

Quelle émotion fait pleurer de joie ?

a) Le kama lumpur

b) Le kama sutra

c) Le kama muta

Réponse a). Par scintigraphie. Chez un patient qui fait des crises convulsives (d’épilepsie, typiquement), on ne peut pas utiliser l’EEG durant ses crises, car les fils de l'appareillage s’emmêlent. L’IRM est encore moins recommandée, car elle nécessite une parfaite immobilité. La scintigraphie est la solution de choix : on injecte un traceur radioactif juste avant la crise ; puis, lorsque celle-ci se déclenche, le traceur va se fixer dans les zones du cerveau les plus actives ; et enfin, une fois le patient revenu au calme, il peut s’allonger dans le scanner, qui révèle alors les zones qui étaient actives quelques minutes plus tôt, au plus fort de son agitation. (Référence : article page 80)

Réponse c). Selon l’Observatoire français des tendances addictives, la consommation d’alcool est en recul chez les jeunes, comme le tabac et le cannabis. Le protoxyde d’azote (dit aussi « gaz hilarant ») est lui en pleine explosion, de même que les poppers à l’effet euphorisant, notamment dans les pratiques sexuelles. (Référence : article page 76)

a) La conviction de ne pas avoir été un enfant désiré

Quels facteurs favorisent l’amitié au travail ?

a) La propinquité et l’homophilie

b) L’autonomie et l’autoefficacité

c) Le management horizontal

Réponse a). Avec l’âge, notre mémoire renforce la trace des souvenirs positifs, car à chaque fois qu’ils sont remémorés, ils sont consolidés par le système de récompense qui procure du plaisir. Ce mécanisme de consolidation se produit moins avec les souvenirs négatifs, qui sont alors atténués dans notre mémoire. L’effet de positivité expliquerait aussi en partie un phénomène étrange mais régulièrement constaté : on a tendance à être plus heureux en vieillissant. (Référence : article page 46)

Réponse c). La théorie périphérique stipule que les acouphènes sont causés par des lésions de l’oreille interne, causées par des bruits trop puissants. Des cellules auditives meurent, et ce faisant hyperstimulent le nerf auditif qui se reconfigure alors, émettant des signaux auditifs au cerveau. La théorie centrale soutient que le cerveau crée lui-même des sons fantômes pour combler un vide lié à une perte auditive. De fait, la fréquence de l’acouphène correspond souvent à des fréquences que l’oreille ne capte plus. (Référence : article page 54)

Qu’est-ce que le complexe de pré-Bötzinger ?

Pourquoi les sportifs portent-ils souvent des porte-bonheur ? a) À cause du biais de superstition

Combien de temps se souvient-on avec exactitude d’un événement comme les attentats du 11-Septembre ?

b) À cause de l’illusion de causalité a) 9 mois

c) À cause du paradoxe d’irrationalité c) Plus de 10 ans

b) 3 ans

Quelle partie du cerveau s’éteint quand on cherche à repérer un mot dans un texte ? a) Le cortex auditif

b) Le réseau par défaut c) Le striatum

Quelles sont les deux théories sur l’origine des acouphènes ? a) Le bruit fantôme et l’enveloppe spectrale b) Le trauma auditif et le silence inversé

c) Les théories centrale et périphérique c) Un biais d’optimisme très répandu

Quelle drogue voit sa consommation diminuer chez les jeunes ? Comment mesuret-on l’activité cérébrale d’une personne qui n’arrête pas de bouger ?

a) Le protoxyde d’azote b) Les poppers c) L’alcool

Qu’est-ce que l’effet de positivité ? a) La mémorisation sélective des faits positifs avec l’âge

b) Le prestige social lié au fait d’être positif

a) Par scintigraphie b) Par EEG c) Par IRM

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s neuroscience

& psychiatrie

lomeo Paolo Barto

r de recherche neurologue et directeu du cerveau à l’Inserm et à l’Institut à Paris (ICM).

tous Voyons-nousde les couleurs on ? la même faç manière face de la même x réagissent-ils ont répondu Deux cerveau le rouge ? Oui, par exemple rte qui pourrait à une couleur, s. Une découve and allem urs siècles. des cherche de plusieurs x vieu at déb trancher un

en bref et £ Philosophes nt scientifiques débatte depuis des siècles n : autour de la questio voyons-nous les couleur s de la même façon ?

plash © Jessica Pamp/Uns plash © Jessica Pamp/Uns

en bref

70 / Cerveau &

Psycho n° 185

des £ Récemment, ds chercheurs allemane ont mis en évidenc une signature neuronale presque identique chez es plusieur s personn s. voyant des couleur

d’un £ Il pourrait s’agir argument de poids pour conclure que notre expérience subjective des teintes est similaire d’une personne à l’autre.

être £ Mais pour en voir certain, il faudrait avec les yeux et . le cerveau d’autrui hes Ce que ces recherc questionnent avant entre tout, c’est le lien ivité. cerveau et subject

71 Cerveau & Psycho

- mars 2026

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n° 185 - mars

2026 / 71


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