RESSOURCER SON CERVEAU EN ÉTÉ
activités plaisir pour renforcer ses capacités cognitives

THÉRAPIES
Guérir
Un
10H-11H





![]()
activités plaisir pour renforcer ses capacités cognitives

THÉRAPIES
Guérir
Un












SÉBASTIEN BOHLER rédacteur en chef.
son chef-d’œuvre, 2001 : L’Odyssée de l’espace, Stanley Kubrick montre le passage du singe à l’homme. C’est la scène mémorable où un préhominidé poilu et voûté voit soudain se dresser devant lui un bloc de pierre rectangulaire noir, parfaitement lisse et surgi de nulle part. Sous son influence, le singe devient humain.
Dans un récent ouvrage intitulé Le Rectangle de Lascaux, le neuroscientifique Stanislas Dehaene attire notre attention sur un tracé rectangulaire dans la fameuse grotte de Dordogne, et développe une longue démonstration qui aboutit à la conclusion que nous sommes devenus humains au moment où nous avons acquis la capacité de nous représenter des formes géométriques abstraites, des centaines de milliers d’années avant de parler (voir page 76).
Kubrick et son parallélépipède noir avaientils connaissance, en 1968, du rectangle de la
Ils ont contribué à ce numéro

p. 28
Sylvie Chokron Neuropsychologue, directrice de recherche au CNRS, elle révèle les nombreux bénéfices de la lecture pour notre cerveau.

p. 32
Grégoire Borst Professeur de psychologie du développement et de neurosciences cognitives de l’éducation, il explore les bienfaits cognitifs des jeux.
grotte de Lascaux ? Il serait passionnant de le savoir. Car si ce n’était pas le cas, le cinéaste a eu l’intuition de ce qu’a démontré Stanislas Dehaene. Par une ellipse géniale, le réalisateur nous emmène ensuite de la savane du paléolithique à la conquête spatiale. Homo sapiens a construit des fusées comme la mission Artémis et se retrouve à voir sa planète depuis l’espace, vivant alors un effet de sidération appelé overview effect, que décrit Nicolas Gauvrit en page 38. Et là, il constate que son emprise a commencé à détruire sa planète. Son talent pour les concepts l’a amené jusqu’aux étoiles, mais lui a aussi conféré un pouvoir de destruction qui était présent en germe dès les origines. C’est ce que montre Kubrick : juste après avoir vu le rectangle noir, l’hominidé se découvre une passion pour les armes et détruit tout. Un résumé du drame qui caractérise notre espèce. Puissent cinéastes et neuroscientifiques éveiller nos consciences et nous montrer un autre chemin ! £

p. 68
Marla Broadfoot Docteure en biologie moléculaire, journaliste scientifique, elle a enquêté sur le développement de nouveaux traitements de la dépression post-partum.

p. 76
Stanislas Dehaene Neuroscientifique, professeur au Collège de France, il révèle l’existence d’un langage de la pensée qui serait antérieur à l’apparition du langage.

p. 6

l’actualité des sciences cognitives
Pourquoi les rayures horizontales amincissent plus que les verticales
p. 7 Les circuits de l’effet placebo antidouleur identifiés
p. 8 Ados accros aux IA : la réalité qui inquiète
p. 9 Que signifie « être en bonne santé mentale » ?
P. 12 L’IMAGE DU MOIS
La carte des odeurs dans le nez de la souris
Albane Clavere
P. 14 FOCUS
Un cerveau comme une éponge ! Sébastien Bohler

cerveau & société
P. 38 DERRIÈRE L’INFO, LA PSYCHO
« Hello, World » : psychologie de l’« overview effect »
Nicolas Gauvrit
P. 42 UN PSY AU CINÉMA
« Plus fort que moi » : le fabuleux destin du syndrome de La Tourette
Laurent Bègue-Shankland
P. 48 LA SANTÉ MENTALE AU QUOTIDIEN
Faire de son TDAH une force, vraiment ?
David Masson

Ce numéro comporte un courrier de réabonnement posé sur le magazine, diffusé à une sélection d’abonnés et un encart « First Voyage » posé sur le magazine, diffusé à l’ensemble des abonnés. En couverture : © DEEPOL by plainpicture/Malte Mueller

Ressourcer son cerveau en été
6 activités plaisir pour renforcer ses capacités cognitives
Les vacances sont une occasion unique de prendre soin de soi, de souffler un bon coup et de se ressourcer. Mais aussi, avec un peu d’astuce, de se renforcer cognitivement pour acquérir un calme et une résilience durables.
p. 18 Dormir, enfin !
Isabelle Poirot
p. 20 Cuisiner à la carte pour ses neurones
Jean-Michel Lecerf et Nathalie Negro
p. 24 Bouger pour muscler son cerveau
Olivier Dupuy
p. 28 Lire, l’atout matière grise
Sylvie Chokron
p. 32 Jouer : joindre l’agréable au cérébral !
Grégoire Borst
p. 36 Stimuler sa curiosité… et sa neuroplasticité !
Hélène Sauzéon
santé & bien-être
P. 50 THÉRAPIE
La « walking therapy » : marcher pour guérir
Anne Crochon
P. 56 CORPS & ESPRIT
La confiance, c’est avant tout une affaire d’émotions !
Nathalie Rapoport-Hubschman
P. 58 L’ENVERS DU DÉVELOPPEMENT PERSONNEL Devenir soi-même, quelle arnaque !
Yves-Alexandre Thalmann

psycho
P. 60 SCIENCES AFFECTIVES Comment se pardonner à soi-même ?
Corinna Hartmann
P. 64 MON CERVEAU & MOI Comment se motiver pour faire le ménage
Jean-Philippe Lachaux
neurosciences & psychiatrie
P. 68 TROUBLES DE L’HUMEUR Dépression post-partum : enfin un traitement ?
Marla Broadfoot
P. 76 L'INTERVIEW DES LABOS « La géométrie est peut-être apparue avant le langage »
Entretien avec Stanislas Dehaene
P. 82 LE CAS CLINIQUE
Agathe, ou quand se gratter devient une maladie
Grégory Michel
Testez vos connaissances en neurosciences p. 88

PSYCHOLOGIE
On dit que pour paraître plus mince, il faut porter des habits à rayures verticales. Les horizontales seraient à éviter, car elles donneraient l’illusion d’un corps plus élargi. Fait attesté ou une simple croyance ? Pour en avoir le cœur net, des chercheurs de l’université de Yunlin, à Taïwan, ont fait passer des tests à 241 étudiants en leur demandant d’évaluer la minceur de plusieurs silhouettes de femmes, en fonction du type d’habit porté. Contre toute attente, ils ont conclu que ce sont les lignes horizontales qui produisent la plus forte illusion de minceur.
Dans cette expérience, les participants devaient observer des
Une étude taïwanaise explique ce phénomène qui va à l’encontre des idées reçues : il serait dû à un effet d’optique appelé illusion d’Helmholtz.
photographies de femmes vêtues de différentes robes. Certaines portaient des motifs de lignes verticales noires et blanches, les lignes blanches pouvant être soit de même largeur que les noires, soit 2 fois, voire 5 fois plus larges. D’autres arboraient des lignes horizontales, dont les largeurs relatives variaient suivant les mêmes rapports. Les volontaires, devant chaque série de silhouettes, devaient simplement indiquer laquelle leur semblait la plus mince.
Résultat : le plus fort effet amincissant a été mesuré pour des habits possédant des rayures horizontales blanches deux fois plus larges que les noires. Un effet amincissant s’observe aussi pour
les rayures verticales – de même largeur – mais il est moins puissant que celui que produisent les rayures horizontales.
Comment expliquer cet effet d’optique ? Celui-ci est le résultat d’une illusion dite « de Helmholtz », du nom du physiologiste et physicien Hermann Helmholtz (1821-1894), qui l’a identifiée pour la première fois. Cette illusion nous conduit à voir un carré constitué de lignes horizontales comme plus étroit que le même carré constitué de lignes verticales (voir la figure en haut à droite). En 2023, une explication de cet effet déformant a été apportée par des chercheurs de l’université de Würzburg, en Allemagne. Ils ont montré que lorsque

nous voyons des lignes horizontales, notre attention se répartit tout le long de chaque ligne : notre cerveau alloue alors moins de neurones à la perception de la direction horizontale. Par comparaison, il en consacre davantage à la perception de la dimension verticale de cette même figure. Du fait que les neurones sont répartis de façon homogène à la surface du cortex visuel, lorsque davantage de neurones sont activés, cela implique aussi que des neurones plus éloignés les uns des autres participent à cette perception. Si l’on devait dessiner à la surface du cortex visuel les neurones impliqués, on verrait alors apparaître une ligne plus étendue, ce qui entraîne également une perception subjective étirée dans cette direction.
La morphine est un des plus puissants analgésiques. Si on vous en donne, votre douleur s’estompera. Mais si on vous fait croire qu’on vous en administre alors que vous recevez de l’eau, cela marchera aussi. C’est ce qu’on appelle l’« effet placebo » : le simple fait d’y croire produit un effet. À l’université de Californie à San Diego, la chercheuse Giulia Livrizzi a montré que, dans ce cas, la croyance active à elle seule les circuits cérébraux ciblés par la morphine. Dans cette expérience, la chercheuse et son équipe ont placé une souris dans une cage et lui ont injecté de la morphine avant de lui infliger une douleur modérée par contact avec une plaque chauffante (52 °C, pas 200 °C !). L’animal a alors associé le fait de recevoir une piqûre dans cette cage à l’absence de douleur. Si bien que, piqué ensuite dans cette même cage avec une simple solution aqueuse, il ne ressent pas la douleur de la plaque chauffante. Il se « croit »
protégé contre la douleur par la piqûre, ce qui produisait un réel effet analgésique. Un effet placebo, version souris. Mais comment la croyance est-elle convertie en réel effet antalgique ? Les chercheurs ont observé que chez ces souris, des neurones s’activaient dans le tronc cérébral, et plus particulièrement dans une région qui réagit habituellement quand on reçoit de la morphine : la partie ventrale de la substance grise périaqueducale. Or les neurones en question ont la particularité de mimer l’effet de la morphine en relâchant leur propre morphine endogène : les molécules opioïdes. Comment s’activent-ils par simple « croyance » ? Ils sont reliés au cortex, où s’ancrent nos prédictions sur ce qui va arriver. Ainsi, quand on s’attend à avoir moins mal, on active automatiquement ces neurones et on souffre moins. £
Albane Clavere
G. Livrizzi et al., Neuron, 2026.
Bohler
La façon dont notre cerveau distribue son attention le long de lignes parallèles expliquerait ainsi l’effet amincissant des lignes horizontales. Mais l’étude taïwanaise précise aussi que les femmes préfèrent souvent des lignes plus épaisses qui mettent mieux en valeur les courbes du corps. Entre minceur et volumes, c’est donc un délicat équilibre qu’il s’agit de trouver. Un nouveau domaine d’étude – la « neuromode » – qui pourrait se pencher à l’avenir sur l’étonnant dialogue entre notre cerveau et les attributs vestimentaires. £ Sébastien
L.




































p. 18
Dormir, enfin !
p. 20
Cuisiner à la carte pour ses neurones
p. 24
Bouger pour muscler son cerveau
p. 28
Lire, l’atout matière grise
p. 32
Jouer : joindre l’agréable au cérébral !
p. 36
Stimuler sa curiosité… et sa neuroplasticité !
L’année vous a fatigués. Le boulot, le métro, le bus, les tâches administratives, les écrans jusqu’au bout de la nuit, les chamailleries des enfants, tout cela use, et pas seulement le corps : le cerveau aussi en prend un coup. Les dendrites de vos neurones se sont probablement rabougries sous l’effet du stress et de la routine.
Voilà les vacances. L’odeur des pins, le contact du sable sous vos pieds, les rires des amis autour du barbecue. Votre âme respire. Tout s’ouvre devant vous. Dans ce numéro, nous avons voulu montrer à quel point cette période de l’année est un bol d’oxygène pour votre cerveau. Ce n’est pas seulement le corps qui se délasse, mais l’esprit qui se sent à nouveau pousser des ailes.
Encore faut-il ne pas gâcher cette occasion. Dormir, se préparer de bons petits plats, faire du sport, visiter des lieux étonnants, jouer à des jeux de société et se plonger dans un roman palpitant : tout cela peut être soit un simple passe-temps soit du temps bien passé. La nuance ? Elle réside dans un fin réglage neuronal que nous enseignent ici les spécialistes de la psychologie et des neurosciences. Pour que ce moment soit vraiment le meilleur de l’année, et qu’il vous remplisse d’énergie positive pour les mois à venir. £
Sébastien Bohler
Jean-Michel Lecerf et Nathalie Negro
En été, on peut enfin prendre le temps de préparer de bons petits plats. Et de redonner une nouvelle vie à ses neurones. Le secret ? Sélectionner les nutriments dont le bénéfice a été validé par les experts.

S’il y a bien un moment où on peut prendre le temps de cuisiner, c’est en été, saison par excellence des repas entre amis et en famille. Mais ce que l’on dit moins souvent, c’est que c’est également l’occasion de faire du bien à son cerveau et de stimuler ses capacités cognitives. Car la nutrition est un des leviers les plus efficaces que l’on peut actionner pour améliorer ses performances cognitives et contrer le déclin lié à l’âge. Grâce à une alimentation saine, il est en effet possible de lutter contre deux grands processus qui menacent la bonne santé du cerveau : le stress oxydatif et l’inflammation de bas grade. Le tout en faisant le plein de nutriments essentiels pour les performances cognitives.
Qu’est-ce que le stress oxydatif ? Un ensemble de réactions biochimiques qui se jouent dans nos cellules quand notre corps est exposé à diverses agressions du quotidien : consommation de tabac, exposition au soleil, excès de sport, etc. Dans ces circonstances, nos cellules produisent ce qu’on appelle des « radicaux libres », à savoir des molécules instables qui les endommagent. Le stress va ainsi modifier le fonctionnement de notre cerveau et la transmission de l’information nerveuse entre neurones, avec pour conséquence un ralentissement de notre activité cérébrale et de moins bonnes capacités d’attention et de mémorisation. Heureusement, certains aliments renferment des micronutriments protecteurs, dotés d’un pouvoir antioxydant : c’est le cas du zinc, des caroténoïdes et des polyphénols, des molécules présentes dans les végétaux qui confèrent de nombreux bienfaits à notre cognition.
Au menu, donc : féculents complets riches en zinc, tels les pâtes ou le riz complets (ou semi-complets pour commencer). Et pour les recettes nécessitant de la farine, celle du blé dite « T110 » (la signalétique est sur l’emballage) est à privilégier pour les mets salés, et la « T80 »

Jean-Michel Lecerf est médecin nutritionniste, responsable du service Nutrition et activité physique de l’institut Pasteur de Lille.

Nathalie Negro est diététicienne, responsable du centre nutritionnel les Thermes, à Brides-les-Bains.
pour les plats sucrés. Pour varier, on pourra également mettre au menu des légumes secs (lentilles, haricots secs, pois chiches) au moins deux fois par semaine, à la place des autres féculents. Autre avantage des féculents complets : garantir un apport en glucides et en prébiotiques, indispensables au bon fonctionnement de notre microbiote intestinal. Et assurer une bonne régulation de l’humeur : en 2021, une synthèse de treize études a établi qu’un apport en zinc plus élevé était associé à une réduction de 28 % du risque de dépression !
Quels aliments protègent le cerveau ?
Pour les caroténoïdes, on ciblera la salade, le maïs, les épinards, les œufs ou encore le chou chinois riches en lutéine, un caroténoïde essentiel. L’avantage : booster le développement du langage. En effet, une étude menée en 2019 par des chercheurs de l’université de Géorgie, aux États-Unis, a montré qu’une prise de lutéine durant six mois était associée à une meilleure mémoire verbale ainsi qu’à une attention plus soutenue.
Enfin, les polyphénols seront trouvés dans les produits végétaux comme les fruits et légumes, les céréales, le thé ou le cacao, mais aussi les huiles vierges (de noix,
Olivier Dupuy
Footing pour développer sa mémoire et son attention, beach-volley ou paddle pour la flexibilité mentale : les neurosciences confirment les bénéfices du sport pour nos neurones. Voici les meilleurs programmes issus des labos.
Enfin en vacances. À nous le sable fin qui glisse entre les orteils ! À moins de préférer l’air frais des montagnes – ou simplement de se reposer ou de flâner dans le quartier. Mais il y a une chose qu’on peut faire dans tous les cas : bouger son corps. Et cette décision-là sera l’une des meilleures que vous pourrez prendre pour votre cerveau. Depuis plusieurs années, en effet, les données scientifiques montrent qu’il existe un lien positif entre le mode de vie actif et la bonne santé de nos fonctions cognitives.
Un des sports les plus pratiqués en vacances est le running. Que ce soit sur la plage ou au parc, c’est une activité dite « d’endurance », ou encore un « exercice aérobie ou cardiovasculaire ». Sa caractéristique : nécessiter un apport progressif et important d’oxygène pour les muscles, avec un effet secondaire extrêmement positif pour nos neurones.
Ainsi, en 2010, le neuroscientifique Patrick Smith et ses collègues, du centre médical de l’université Duke, aux États-Unis, ont analysé 29 publications
scientifiques parues entre 1966 et 2009 ayant examiné l’effet des exercices aérobies sur les performances cognitives. Résultat : l’attention s’accroît – on reste plus longtemps et plus facilement concentré –, la vitesse de traitement de l’information augmente – les tâches mentales semblent plus faciles et on commet moins d’erreurs – et la mémoire se trouve renforcée.
La cause ? Une augmentation du débit sanguin cérébral et de l’oxygénation des neurones, tout particulièrement dans les régions frontales et préfrontales du cerveau, impliquées dans le contrôle cognitif, c’est-à-dire la capacité à sélectionner les comportements ou stratégies mentales les plus adaptés à une situation, et à surveiller leur mise en œuvre et leur efficacité.
Le sport favorise aussi la libération de facteurs de croissance neuronale (BDNF), des molécules qui stimulent la formation et le développement des neurones ainsi que la formation de nouvelles synapses. Il en résulte une meilleure capacité de flexibilité, de plasticité et d’adaptation à notre environnement, sans compter un bien-être accru. En effet, le BDNF, dont la libération est influencée par les myokines, molécules elles-mêmes sécrétées lors de la contraction des fibres musculaires,


Olivier Dupuy est chercheur au laboratoire Move, Mobilité vieillissement et exercice, de l’université de Poitiers.

NICOLAS GAUVRIT
psychologue du développement et enseignant-chercheur en sciences cognitives à l’université de Lille.
En voyant la Terre depuis l’espace, les astronautes de la mission « Artemis » ont vu les dégâts subis par notre planète en cinquante ans. Bouleversés, certains ont décidé de changer leurs habitudes pour tenter de la préserver.
Le 3 avril 2026, la Nasa publie la première image prise par les astronautes d’Artemis II depuis le vaisseau Orion, en route vers la Lune. On y découvre la Terre entière, baignée dans la lueur sélénique, flottant dans l’obscurité. Baptisée « Hello, World », cette photographie est la première image prise par un être humain montrant la Terre comme une sphère complète depuis The Blue Marble, captée par l’équipage d’Apollo 17 en 1972 – il y a plus d’un demi-siècle.
L’émotion suscitée par ce cliché a été immédiate. « À l’exception de nos quatre amis, nous sommes tous représentés dans cette image »,
a résumé Lakiesha Hawkins, de la Nasa, paraphrasant son lointain prédécesseur Michael Collins qui décrivait ainsi sa photo du module Eagle lors de la mission Apollo 11. Victor Glover, astronaute d’Artemis II, décrit cette vue comme celle d’une oasis flottante au milieu du vide. « D’ici, vous ressemblez à une seule chose. Homo sapiens, c’est chacun d’entre nous, peu importe d’où l’on vient ou à quoi on ressemble. »
Ce que Glover décrit par ces mots, les psychologues l’étudient depuis près de quarante ans sous le nom d’overview effect — littéralement « effet de vue d’ensemble ». Un terme forgé en 1987
L’astronaute Christina Koch observe la planète bleue le 4 avril 2026 depuis la mission Artemis II. Elle fait alors l’expérience de l’overview effect


BÈGUE-SHANKLAND
professeur de psychologie sociale à l’université Grenoble-Alpes et membre de l’Institut universitaire de France, directeur de la maison des sciences humaines Alpes.
Quand John Davidson hurle : « Fuck the Queen ! » en présence de la reine d’Angleterre, cet écart lui est pardonné parce qu’on connaît le syndrome dont il souffre. Mais que de luttes pour en arriver là !

C’est un jour solennel au palais de Holyrood, à Édimbourg, en Écosse. Pour récompenser l’engagement d’une vie au service des malades atteints du syndrome de Gilles de La Tourette, John Davidson va être promu membre de l’ordre de l’Empire britannique. Nous sommes en 2019. Remise par la reine Élisabeth II, cette distinction honorifique s’accompagne d’une cérémonie pendant laquelle le moindre geste est régi par un protocole millimétré. Pour John, lui-même atteint de ce syndrome qui se traduit par des tics et d’incontrôlables insanités, c’est un accomplissement, mais aussi un défi.
Hélas, la pression de l’événement va agir comme un déclencheur et l’irrépressible insulte retentit dans la salle comble : « Fuck the Queen ! »
Cette scène est une des plus mémorables du film de Kirk Jones, Plus fort que moi , consacré à l’histoire véridique de John Davidson, jeune Écossais atteint du syndrome de La Tourette dans les années 1980. Plus fort que moi, parce que les gesticulations, tics et insultes proférées par le héros échappent totalement à sa volonté. Il est atteint d’une maladie neurodéveloppementale que personne ne connaît alors, et qui provoque des comportements

À la fin du film, John Davidson est honoré par la reine d’Angleterre et commet alors un grave impair... dû à un dysfonctionnement intempestif de ses neurones.

DAVID MASSON
psychiatre au centre psychothérapique de Nancy, chef de service au pôle hospitalouniversitaire de psychiatrie d’adultes du Grand Nancy.
En quelques années, le diagnostic de TDAH (trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité) a envahi l’espace public et médiatique. Hashtags sur les réseaux sociaux, polémiques sur les traitements, conseils pour « bien vivre avec »… Des personnalités comme la chanteuse Louane ou le présentateur Michel Cymes ont raconté leur propre parcours diagnostique, parfois difficile ou tardif. En toile de fond, un discours s’est progressivement imposé : le TDAH ne serait pas un trouble, mais un « profil différent », source de créativité et d’intuitions particulières. Autrement dit, un problème que l’on peut convertir en force. Mais une telle image est trompeuse. Le TDAH est un trouble neurodéveloppemental qu’il ne faut pas minimiser. Certes, on peut s’en accommoder et même en tirer certains avantages, mais à condition de ne pas le voir comme un don du ciel.
D’où vient la méprise ? Rappelons que le TDAH n’est pas seulement un
déficit d’attention, mais aussi une difficulté à réguler cette dernière, qui oscille alors entre deux extrêmes : forte distractibilité d’un côté, concentration maximale de l’autre. Lorsqu’une personne TDAH se livre à une activité fortement stimulante, elle peut effectivement rester intensément concentrée, au point de négliger parfois des besoins aussi élémentaires que manger ou dormir.
Cette hyperfocalisation peut se révéler avantageuse dans certains cadres professionnels (nécessitant d’approfondir un sujet exigeant et pointu), voire certaines activités quotidiennes ou récréatives (pensez aux passionnés de modèles réduits). Certains individus manifestent également une forte pensée « divergente », qui permet de produire une multitude d’idées originales. Il n’est donc pas inepte d’y voir un certain nombre d’avantages, et les travaux scientifiques vont en ce sens : une étude publiée en 2025 par Cambridge
University Press suggère que la concentration extrême, la créativité et l’humour sont plus souvent présents chez les personnes TDAH que dans le reste de la population...
Mais voir ce trouble comme une force risque de minimiser des symptômes réels : désorganisation, difficulté à planifier, prioriser, trier, mener une tâche à son terme, surtout si elle est peu stimulante… « Je suis allergique à la lecture de mes mails. Plus ils s’accumulent, plus je les évite… alors même que je sais que ça me fait perdre des clients », me rapportait une patiente. À ces oublis fréquents et ces retards répétés s’ajoute parfois une impulsivité déroutante pour l’entourage : prise de décisions hâtives, difficulté à différer une gratification, explosions de colère ou de joie, interactions sociales électriques où les mots dits sans filtre dépassent la pensée… Sans compter
une sensibilité marquée au stress et d’importantes variations de l’humeur. On le voit dès l’enfance : parcours scolaire ou professionnel chaotique, risque accru d’accidents, de consommation de substances ou encore de troubles dépressifs ou anxieux. Des effets d’autant plus marqués si le trouble n’est pas identifié précocement, exposant à des années d’errance, d’échecs et d’incompréhensions qui altèrent l’estime de soi.
Présenter simplement le TDAH comme une force est donc réducteur, voire culpabilisant. Cela peut laisser entendre que les problèmes relèveraient davantage d’un mauvais usage des capacités que d’un trouble nécessitant compréhension et accompagnement. Pour les personnes concernées, c’est
alors la double peine : devoir faire face aux manifestations du trouble tout en ayant la culpabilité de ne pas réussir à en faire un atout. Il ne s’agit donc pas de le voir comme une force – ni une faiblesse –, mais plutôt de mieux le comprendre pour en atténuer les impacts négatifs et identifier les situations où il peut devenir un allié. L’étude de Cambridge montre ainsi que lorsqu’elles ont identifié leurs propres forces et se reposent dessus, les personnes concernées ont une meilleure qualité de vie. Cela ne confère pas un avantage global ou un supposé superpouvoir, mais peut aider à mieux vivre avec. Et c’est déjà beaucoup… £
bibliographie

L. D. Hargitai et al., The role of psychological strengths in positive life outcomes in adults with ADHD, Psychological Medicine, 2025.
Y. Le Strat, Sommesnous tous TDAH ?, De Boeck Supérieur, 2026.
M. Desseilles et al., Manuel de l’hyperactivité et du déficit de l’attention. Le TDAH chez l’adulte, Eyrolles, 2020.


Anne Crochon
journaliste sciences et société.
Plutôt que de converser dans un bureau, se confier en marchant. Plutôt que de chercher ses mots, les laisser venir le long du chemin. La thérapie par la marche révèle d’étonnants bénéfices qui semblent reposer sur une augmentation de la plasticité cérébrale.
£ Venue d’outre-Atlantique, la walking therapy séduit patients et psys. Avec des résultats qui dépassent parfois l’approche classique en cabinet de psychothérapie.
£ En marchant, nous libérons aussi des molécules qui stimulent la plasticité de nos neurones. Ce qui favorise les effets bénéfiques de la thérapie... en bref
£ Le fait de marcher semble libérer la parole plus efficacement que la posture assise. Le cerveau, entraîné par le corps, active davantage ses zones du langage.
Dans la cafétéria de la bibliothèque, une jeune femme arrive avec son bébé. Elle l’installe dans une chaise haute, puis s’éloigne en direction des rayonnages. Le petit s’occupe tranquillement. Cinq puis dix minutes passent et autour de lui, personne ne s’inquiète. À Helsinki, la scène est banale. Depuis plusieurs années, la Finlande arrive en tête du « Rapport mondial sur le bonheur » (« World happiness report »). On invoque souvent le niveau de vie ou la qualité des institutions pour expliquer cette stabilité. Mais cette scène suggère l’existence d’un autre facteur essentiel : un climat de confiance suffisamment solide pour que la vigilance des individus puisse, par moments, se relâcher.
Shanshan Bi, chercheuse en sciences de l’éducation à l’université d’Utrecht, aux Pays-Bas, montre d’ailleurs dans une vaste métaanalyse portant sur plus de 2,5 millions de participants que le bien-être avance main dans la main avec la confiance.

NATHALIE RAPOPORTHUBSCHMAN
directrice de l’Institut de médecine corps-esprit à Paris, médecin et psychothérapeute.
Le lien entre eux opère dans les deux sens : la confiance favorise le bien-être, lequel renforce, en retour, la confiance. Mais celle-ci n’est ni une disposition statique ni un simple choix. Elle se construit à l’intersection de nos dispositions biologiques, de notre histoire relationnelle et du contexte dans lequel nous évoluons. Un message resté sans réponse, une remarque ambiguë, un silence… dans ces situations, chacun de nous peut réagir de deux façons : soit par la confiance (cette personne va me répondre, elle ne le fait pas tout de suite parce qu’elle est occupée), soit par la méfiance (je suis sûr qu’elle a quelque chose contre moi). Et le choix entre ces deux possibilités dépend de plusieurs facteurs, au premier rang desquels nos émotions.
Les émotions qui font et défont la confiance
En effet, comme l’a montré Maurice Schweitzer, professeur de management à la Wharton School de l’université
Comment donner plus de place
Introduire un temps court avant de juger
Face à une situation ambiguë, laisser passer quelques secondes avant d’interpréter. Les jugements immédiats sont fortement influencés par l’état émotionnel du moment.
Diminuer l’état d’alerte Ralentir légèrement la respiration ou relâcher les tensions physiques peut suffire à atténuer la réactivité et à ouvrir la perception.

Une des promesses du développement personnel – si ce n’est sa finalité ultime – est de devenir enfin soi-même, qui l’on est vraiment. Mais qu’entend-on par cette expression ? Comme s’il était possible de ne pas être soi-même… Le « soi par défaut », comme l’ont baptisé certains psychologues, se focalise sur ce qui nous rend uniques, différents et indépendants des autres. Être soi-même, ce serait alors être aux commandes de sa propre destinée, comme affranchi de l’influence d’autrui. Mais n’est-ce pas alors souscrire à l’individualisme ambiant, exacerbé par l’usage immodéré des réseaux sociaux ? Et miner les efforts collectifs nécessaires au vivre ensemble, voire à la survie de notre espèce ? Il semblerait plus judicieux, dans ce contexte, d’inviter les gens à devenir moins eux-mêmes, c’est-àdire à accorder moins d’importance à leur petit moi et davantage à ce qui nous relie les uns aux autres,
professeur de psychologie au collège Saint-Michel, collaborateur scientifique à l’université de Fribourg, en Suisse.
ce qui nous permet de faire société (comme on fait famille).
Quelques expériences prometteuses ont été menées dans ce sens – et, comme on s’en doute, pas vraiment reprises par les gourous du devenir soi-même. L’idée est de confronter les participants à quelque chose de plus vaste qu’eux-mêmes afin qu’ils se perçoivent comme un modeste élément d’un ensemble qui les dépasse. À l’instar de ce qui se produit lorsqu’on contemple un spectacle naturel grandiose et qu’on se sent tout petit.
Pour vérifier cet effet, l’équipe de Dacher Keltner, professeur de psychologie à l’université de Californie à Berkeley, a demandé à des visiteurs du parc national de Yosemite de se représenter sur un dessin et de s’y identifier avec le pronom personnel « moi ». Beaucoup de visiteurs de ce parc confient en effet éprouver un sentiment d’émerveillement face
à un paysage aussi grandiose et simultanément se sentir tout petits (émotion baptisée awe en anglais). Un groupe témoin avait reçu la même consigne, mais cette fois la sortie avait lieu dans un quartier de San Francisco. Les résultats sont éloquents : le bonhomme dessiné sur le même canevas de papier est sensiblement plus petit pour les premiers, de même que la typographie du pronom « moi ». Une même conclusion est ressortie d’expériences mettant en scène d’autres cadres que celui de la nature : des œuvres d’art, musique, peinture, etc. Parmi les commentaires des sujets reviennent souvent des phrases comme : « Je me sens petit » ou encore « Mes problèmes me paraissent insignifiants ».
Michelle Shiota, professeuse de psychologie à l’université d’État de l’Arizona, a quant à elle emmené des étudiants au Museum d’histoire naturelle pour contempler l’imposant squelette d’un Tyrannosaurus rex. Ils
Corinna Hartmann psychologue, journaliste spécialiste en sciences sociales et psychologie.
Quand on s’en veut, des années après, pour une erreur qu’on a commise, il devient urgent de tourner la page. Pouvoir se pardonner à soi-même est alors primordial. De récentes découvertes en psychologie aident à franchir ce cap.
Certaines personnes continuent, parfois pendant des années, à se reprocher certains actes passés.
£ L’essentilel u soleil, mais aussi les éclairages puissants comme les panneaux LED, stimulent notre cerveau via des cellules spéciales récemment découvertes dans notre rétine.
£ Ce qui bloque le pardon, c’est la conviction d’être le seul responsable et qu’il n’y a plus rien à faire.
£ Une fois ces cellules activées, notre organisme sécrète du cortisol et de l’orexine, qui renforcent l’attention, et un facteur de croissance qui stimule la formation de nouveaux neurones.
£ À l’inverse, quand on comprend que les faits sont le résultat d’une multitude de facteurs, on peut repartir de l’avant.
£ Le plus efficace est de s’exposer très tôt à la lumière le matin, mais en en limitant les sources lumineuses – comme les écrans – à la nuit essentiel.
£ Dans tous les cas, se confronter à ses sentiments et en parler autour de soi augmente les chances de se libérer de la culpabilité.
MON CERVEAU & MOI

LACHAUX
directeur de recherche à l’Inserm, au Centre de recherche en neurosciences de Lyon.
Au moment de sortir la poubelle ou de faire la vaisselle, nous sommes souvents pris d’un
sentiment de découragement. Comment trouver l’énergie pour passer à l’action ?
Àl’heure où l’on peut traduire un texte en polonais ou en swahili d’une simple pression sur son smartphone, certaines tâches de la vie quotidienne semblent refuser obstinément d’être déléguées aux machines : les tâches ménagères. Bien sûr, il y a désormais le lave-vaisselle, le lave-linge, les robots cuisiniers et les aspirateurs autonomes, mais, à ma connaissance, aucune machine ne débarrasse encore la table, ne range les assiettes dans le placard ni ne passe l’éponge sur la table – sans parler de descendre les poubelles ou de trier le linge sale.
Ce « reste à charge » est agaçant pour plusieurs raisons. D’abord, parce qu’il n’y a rien de particulièrement excitant à ranger des couverts, alors que nos loisirs numériques stimulent sans arrêt nos centres du plaisir : séries, applications
ou jeux sont conçus pour provoquer, avec un dosage minutieux, ces petites bouffées de dopamine qui nous rendent si accros. Quand il faut faire la vaisselle, on a conscience de rater tous ces petits plaisirs. L’effort de la tâche, même minime – on ne déploie guère d’énergie pour laver deux assiettes – nous paraît alors bien plus important qu’il ne l’est réellement. C’est ce qu’on appelle le « coût d’opportunité ». C’est le coût que l’on perçoit à consacrer du temps au ménage plutôt qu’à d’autres activités plus amusantes, et qui accentue la sensation d’effort. Les tâches ménagères, déjà pénibles, deviennent alors harassantes.
Et puis, le ménage nous oppose une résistance inhabituelle, là où le numérique se plie si complaisamment à nos désirs : les applis de nos smartphones et ordinateurs sont régulièrement



Marla Broadfoot docteure en biologie moléculaire et journaliste scientifique indépendante.
En France, une jeune mère sur six est touchée par une dépression post-partum. Souvent une descente aux enfers due à une modification profonde des équilibres biochimiques du cerveau. Heureusement, ces mécanismes sont aujourd’hui mieux connus et de nouveaux médicaments arrivent sur le marché.
£ Distincte du trouble dépressif majeur, la dépression post-partum résulte d’une chute brutale d’hormones neurostéroïdes après l’accouchement, qui dérégule la réponse au stress de l’organisme.

£ On sait maintenant que cette dérégulation est due à une chute des récepteurs GABA (liés à l’inhibition du système nerveux) durant la grossesse.
£ Depuis 2023, une molécule administrable par voie orale – la zuranolone – permet de soigner ce trouble chez une partie des patientes en quelques jours.
£ Un enjeu futur consistera à savoir pourquoi ce traitement échoue chez certaines femmes. Ce qui pourrait amener à distinguer plusieurs sous-types de postpartum.
Dans son dernier ouvrage, le neuroscientifique Stanislas Dehaene défend la thèse que notre cerveau aurait développé un langage mental interne avant l’apparition de la parole. Et que les premiers signes sont visibles dans des symboles géométriques ornant les parois des cavernes.
Propos recueillis par Sébastien Bohler
Dans votre dernier ouvrage, Le Rectangle de Lascaux, vous livrez les résultats de recherches fascinantes sur les origines de la géométrie. D’où vous est venu ce projet ?
Stanislas Dehaene : Le vrai thème de mon livre, en réalité, est la singularité humaine. Qu’est-ce qui fait que nous sommes des primates très différents des autres, avec des capacités linguistiques, symboliques, musicales, mathématiques ? C’est dans ce contexte que j’ai commencé à m’intéresser à la Préhistoire. Avec une question : à quel moment peut-on affirmer que l’homme
laisse des vestiges qui reflètent une organisation singulière de son cerveau ? Je me suis donc tout naturellement pris d’intérêt pour ces symboles géométriques que l’on voit, par exemple, dans la grotte de Lascaux. Il y a ce grand cerf fortement symbolisé, dont chaque bois porte deux paires de pointes ainsi qu’un groupe de cinq autres pointes, une répartition qui suggère déjà un intérêt pour l’abstraction arithmétique. Le sens qui était attribué à de tels symboles nous échappe, mais l’argument de mon livre, c’est que nous pouvons analyser leur organisation géométrique, et qu’elle implique que l’artiste qui
les a dessinés possédait déjà une grammaire des formes, un langage de la pensée capable d’assembler des éléments abstraits. La simple existence d’un rectangle est déjà en soi une marque de ce qu’on appelle « la compositionnalité », la capacité à assembler des symboles simples pour en former de plus complexes. Et je prétends dans le livre que c’est la clé de l’origine de la pensée humaine.
Lascaux remonte à 21 000 ans. Mais en tournant les pages de votre livre, on s’enfonce toujours plus profondément dans le passé de l’humanité.

STANISLAS DEHAENE professeur de psychologie cognitive au Collège de France, directeur de l’unité de neuro-imagerie cognitive Inserm-CEA, à NeuroSpin, à Saclay.


Grégory Michel
professeur de psychologie clinique et de psychopathologie à l’université de Bordeaux, chercheur à l’Institut des sciences criminelles et de la justice, psychologue et psychothérapeute en cabinet libéral, expert auprès des tribunaux.
Agathe se gratte depuis des années, s’enlevant des croûtes, des boutons et des points noirs.
C’est plus fort qu’elle, elle ne peut pas s’en empêcher. Derrière ce comportement compulsif se cache un épisode douloureux de son passé.
£ Depuis son adolescence, Agathe se gratte compulsivement et passe des heures devant son miroir à se triturer et se labourer la peau. Résultat : son épiderme ressemble à un champ de bataille.
£ Elle souffre de dermatillomanie, un trouble psychiatrique caractérisé par des grattages et triturages de la peau excessifs, répétitifs et difficiles à contrôler, entraînant des lésions cutanées.
£ Ces gestes sont pour elle une manière de gérer des émotions qu’elle peine à réguler. Un mal-être qui prend sa source dans un événement reculé de son enfance.
£ Après avoir identifié l’origine de sa souffrance, elle va apprendre à repérer ses montées d’angoisse pour les gérer autrement qu’en se lacérant la peau.
Avez-vous entendu parler de l'overview effect ? Connaissez-vous la règle qui permet de bien dormir ? Savez-vous depuis quand nos ancêtres faisaient de la géométrie ? Si vous avez lu ce numéro, cela n’a pas dû vous échapper.
Vérifiez que votre cerveau a tout bien enregistré !
Réponses a), b) et c). Quand on parle en marchant, l’activité de l’aire de Broca (aire de production de la parole) est augmentée par rapport à une conversation assise. Cela délie logiquement la parole. Et des expériences ont montré que l’on a aussi plus d’idées originales à partir d’un énoncé donné (par exemple : quels différents usages peut-on faire d’un stylo ?), ce qui relève de la pensée divergente. (Référence : article page 50)
Réponse b). Quand nous dormons, un flux de liquide céphalorachidien (le fluide qui baigne l’encéphale) circule depuis la périphérie du cerveau vers l’intérieur. Quand nous faisons de l’exercice physique, c’est l’inverse : le flux part du centre du cerveau, puis émerge au niveau de la surface. Ces deux systèmes d’évacuation, quoique de sens opposés, ont tous deux pour effet de laver le cerveau de ses déchets.
(Référence : article page 14)
Réponse c) Durant la grossesse, les fortes concentrations de neurostéroïdes chez la femme augmentent la sensibilité des récepteurs du GABA, dont la fonction est d’atténuer l’activité des neurones. L’organisme s’adapte en produisant moins de récepteurs du GABA, pour éviter une apathie et une somnolence. Après l’accouchement, les concentrations de neurostéroïdes chutent, et il faut donc que soient produits plus de récepteurs du GABA. Mais dans certains cas, cette reprise ne s’enclenche pas, ce qui entraîne le syndrome de post-partum. (Référence : article page 68)
Réponse c).
Le plus important est de maintenir un horaire de lever constant, qui cale l’horloge circadienne et assure le meilleur fonctionnement de l’organisme. En cas de soirée festive et tardive, il vaut mieux éviter les grasses matinées et plutôt compenser par une sieste, idéalement de quinze à vingt minutes. Idem le week-end.
(Référence : article page 18)
Réponse a)
Réponse a)
Dès 1,8 million d’années avant notre ère, des objets tels que des sphères quasi parfaites taillées dans la pierre trahissent la fascination des formes géométriques chez Homo erectus . Ces objets n’avaient a priori aucune autre utilité que de donner corps à une représentation mentale de l’objet géométrique « sphère ». (Référence : article page 76)
Lire des romans, en amenant à se mettre à la place des différents personnages et en adoptant leur point de vue, développe la capacité à se représenter les états mentaux (pensées, émotions ou désirs) d’autrui, ce qu’on appelle la « théorie de l’esprit ». Cela se traduit ensuite par une meilleure aptitude à déceler les pensées secrètes de ses semblables, à les comprendre plus en finesse et en profondeur. (Référence : article page 28)
Quels effets du sport sont opposés à ceux du sommeil ?
a) La libération de dopamine
b) Les flux de liquide dans le cerveau
c) Les effets sur la mémoire
Parler en marchant :
a) Délie la parole
b) Développe la pensée divergente
c) Augmente l’activité de l’aire de Broca
Quelle est la règle la plus importante pour bien dormir ?
a) Dormir beaucoup
b) Éviter les écrans
c) Se lever toujours à la même heure
La dépression post-partum est due à :
a) Un manque de motivation
b) Une baisse de sérotonine
c) Une baisse des récepteurs du GABA
Comment peut-on améliorer sa théorie de l’esprit ?
a) En lisant des romans
b) En méditant
c) En adoptant un chien
Les humains faisaient de la géométrie :
a) Il y a 1,8 million d’années
b) Il y a 21 000 ans
c) Il y a 2 600 ans
Quel jeu développe les capacités d’inhibition ?
a) Le portrait
b) Le « ni oui, ni non »
c) Tetris
Comment appellet-on le trouble qui consiste à se gratter jusqu’au sang ?
a) La dermatillomanie
b) La dermatophobie
c) La grattophilie
Qu’est-ce que l’overview effect ?
a) La vision rétinienne périphérique
b) Une bonne capacité de synthèse
c) Le fait de voir la Terre depuis l'espace
Les émotions :
a) Aident à prendre des décisions
b) Perturbent les décisions
c) Stimulent l’intelligence
Réponse a)
La dermatillomanie est un trouble de la famille des comportements répétitifs centrés sur le corps (CRCC), caractérisé par des comportements de grattage incontrôlables et provoquant des lésions parfois irréversibles. Entre 1,5 et 5 % de la population serait concernée, en priorité les femmes. Cette pathologie s’accompagne souvent d’autres troubles, par exemple un TOC, dans 15 à 30 % des cas. (Référence : article page 82)
Réponse a) Le neurologue António Damásio a montré que, contrairement à ce que l’on croyait depuis l’Antiquité, les émotions sont indispensables pour prendre des décisions efficaces et sensées. Les personnes dont le système neuronal des émotions est détruit ou endommagé conservent une faculté de raisonnement abstrait, mais leurs décisions sont comme détachées du réel et ne prennent pas en compte la complexité des rapports humains. En général, elles sont désastreuses. Toutefois, si vous avez répondu également b), vous n'avez pas entièrement tort car les émotions peuvent parfois troubler le raisonnement objectif. (Référence : article page 90)
b) Jouer à « ni oui ni non » permet de s'entraîner à bloquer un automatisme (en l'occurrence répondre par oui ou par non dans le feu d’une conversation). On utilise la capacité d’inhibition, une des grandes fonctions exécutives avec la flexibilité cognitive, la mémoire de travail et la planification. Cette activité permet de développer le cortex préfrontal et la maîtrise de soi. (Référence : article page 32)
c)
Réponse
Réponse
L’ overview effect a été décrit en 1987 par l’écrivain Franck White chez des astronautes des missions Apollo dans les années 1970. Ceux-ci, voyant la Terre depuis l’espace, décrivaient un sentiment d’émerveillement, une compréhension profonde de l’interconnexion de toute forme de vie, mais aussi un sens renouvelé de leur responsabilité envers notre planète. Cet effet a été ressenti plus récemment par les passagers de la mission Artemis à destination de la Lune. (Référence : article page 38)





















BRAINCAST explore les sciences qui expliquent nos comportements, nos émotions et nos troubles : neurosciences, psychologie, psychiatrie…

Au fil de ce voyage dans votre cerveau, la rédaction de Cerveau & Psycho vous propose des rencontres et des échanges avec des scientifiques reconnu.e.s.
Ils évoqueront leurs parcours, leurs découvertes marquantes et les grandes questions en suspens qui stimulent la recherche.

Un moment pour mieux comprendre le cerveau et découvrir ce qui se cache dans leur tête… et dans la vôtre !



Disponible sur www.cerveauetpsycho.fr/sr/braincast/ ainsi que sur toutes les plateformes de podcast
