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L’Express



Avec elle, la découverte du corps humain devient un vrai plaisir et une jolie leçon de vie.


France Inter
Elle n’avait pas tout dit des merveilleux secrets du corps humain !
Le Monde

C’est absolument passionnant !



Un livre tout en délicatesse, humour… et rigueur scienti que.
La Tribune














Un voyage drôle et pointu au cœur de notre être.
Le Nouvel Obs
























LLa frustration, ça a du bon !
SÉBASTIEN BOHLER rédacteur en chef.
a prochaine fois que vous aurez envie d'un bon carré de chocolat, posez la tablette devant vous, attendez cinq minutes – sans y toucher –puis remettez-la dans le placard. Ensuite, préparez-vous à regarder votre série favorite. Installez-vous confortablement, lancez le générique… et interrompez tout. Vous sentez cette sensation ? C’est la frustration.
La frustration est édifiante. Elle renforce notre pouvoir de résistance, notre capacité à patienter, notre aptitude à trouver des compromis. Par exemple, si nous étions plus tolérants à cette sensation, nous ne serions pas aussi polarisés dans nos opinions (voir l’article de Nicolas Gauvrit, page 34), et nous pourrions patienter longtemps chez le médecin ou au guichet sans nous énerver (voir la chronique de Christophe André, page 48). Certains se frustrent exprès pour retrouver la saveur des choses,
Ils ont contribué à ce numéro

p. 30
Hugo Baup
Psychiatre au sein du centre hospitalier de Périgueux, il aide les patients à se repérer dans l’univers des thérapies.

p. 50
Sybille Buloup
Journaliste scientifique, elle fait la lumière sur les bénéfices allégués d’une pratique en vogue : la « dopamine détox ».
tels les partisans de la « dopamine détox » (voir page 50). Et selon la docteure Nathalie Rapoport-Hubschman, se forcer à prendre des douches froides, à manger moins ou à dormir sur un lit dur stimule nos défenses immunitaires et augmente notre bien-être psychologique (voir page 58). Selon le professeur de psychologie Laurent Bègue-Shankland, il faudrait même proposer un entraînement à la frustration pour les individus en manque de relations sexuelles (voir page 60), car leur état de privation est associé à une augmentation statistique du risque d’agression sexuelle. La frustration peut donc se révéler dangereuse, tant qu’elle n’est pas apprivoisée. Alors, prenez donc un carré de chocolat. Quedis-je ! Posez la tablette devant vous et respirez profondément. £

p. 60
Laurent Bègue-Shankland
Professeur de psychologie sociale, il est l’auteur d’une vaste étude sur les liens entre frustration sexuelle et agression.

p. 78
Delphine Oudiette
Directrice de recherche à l’Institut du cerveau, elle renouvelle notre conception des frontières entre le sommeil et l’éveil.

l’actualité des sciences cognitives
p. 6 Comment produire des neurones toute sa vie
p. 7 Comment notre cerveau forme des images mentales
p. 8 Plus vous coopérez avec un ado, moins il vous le rendra !
p. 9 Une stimulation cérébrale accélérée traite la dépression en cinq jours
P. 12 L’IMAGE DU MOIS Le cerveau dévoilé par le rayonnement synchrotron
Albane Clavere
P. 14 FOCUS
« Tu as tout à fait raison » Quand l’IA nous cire les bottes
Allison Parshall

cerveau & société
P. 34 DERRIÈRE L’INFO, LA PSYCHO
Polarisation : la psychologie de la discorde
Nicolas Gauvrit
P. 38 LES CLÉS DE L’HISTOIRE
« Moi, Pierre Rivière… »
Premier tueur masculiniste
Sebastian Dieguez
P. 42 UN PSY AU CINÉMA
« Alter ego » : le cauchemar de la comparaison
Laurent Bègue-Shankland
P. 48 À MÉDITER
Pourquoi tant d’impatience ?
Christophe André

Ce numéro comporte un courrier de réabonnement posé sur le magazine, diffusé à une sélection d’abonnés et un encart « First Voyage » posé sur le magazine, diffusé à l’ensemble des abonnés. En couverture : © Sandrine Martin

Les évaluations des experts sur les prises en charge validées… et les autres
L’offre de psychothérapies est si foisonnante qu’on s’y perd. Apprenez à faire la différence entre TCC, EMDR, hypnose ou approche systémique. Mais aussi entre un psychologue, un psychiatre ou un psychothérapeute…
p. 18 Psychothérapies : comment faire le bon choix ?
Hugo Baup, Margot Brunet et Albane Clavere
p. 30 « Personne ne devrait stresser en allant voir un psy »
Entretien avec David Masson
neurosciences & psychiatrie
P. 70 NEUROBIOLOGIE
Lavage de cerveau : cycle en cours !
Iris Proff
P. 78 L’INTERVIEW DES LABOS
« Nous sommes en train de redéfinir les frontières du sommeil et de l’éveil »
Entretien avec Delphine Oudiette
P. 82 LE CAS CLINIQUE
L’énigme des femmes thermomètres
Laurent Vercueil
santé & bien-être
P. 50 COMPORTEMENTS
« Dopamine détox » : vraiment un bon moyen de se ressourcer ?
Sybille Buloup
P. 56 L’ENVERS DU DÉVELOPPEMENT PERSONNEL Moi, mourir ? Jamais ! Yves-Alexandre Thalmann
P. 58 CORPS & ESPRIT Moins de confort, plus de bien-être !
Nathalie Rapoport-Hubschman

P. 60 ÉMOTIONS
La frustration sexuelle, ferment de l’agression
Laurent Bègue-Shankland
P. 66 MON CERVEAU & MOI
Collègues bruyants : comment rester concentré ? Jean-Philippe Lachaux psycho

Des octogénaires avec une mémoire de jeune adulte et des neurones d’enfant. Telle est la spectaculaire découverte faite par une équipe américaine : notre cerveau peut produire des neurones à tout âge. Ce qui renforce l’hypothèse selon laquelle le processus de neurogenèse n’est pas réservé à l’enfance ni à l’adolescence. Ce vieux dogme avait commencé à céder depuis quelques années, mais ce coup pourrait lui être fatal. D’autant que cette étude va plus loin encore : elle établit un lien entre la formation de nouveaux neurones et les capacités cognitives.
En effet, les scientifiques ont mis en relation deux types de données : les résultats à des tests cognitifs
Les superséniors, ces octogénaires à la mémoire exceptionnelle, montrent que l’on peut former de nouveaux neurones à tout âge. Reste à s’inspirer de leur exemple pour mettre en pratique quelques règles de vie simples…
et l’analyse des neurones de l’hippocampe, une région cérébrale clé pour la mémoire et l’apprentissage. Ils ont effectué leurs mesures auprès de plusieurs groupes de personnes : des jeunes adultes, des personnes âgées ayant un fonctionnement cognitif normal et d’autres présentant des lésions caractéristiques de la maladie d’Alzheimer. Les analyses anatomiques ont été réalisées post mortem, seule possibilité d’accès direct aux échantillons cérébraux.
Les chercheurs se sont tout particulièrement concentrés sur un groupe précis : des séniors de plus de 80 ans ayant une mémoire exceptionnelle… Ceux qu’on appelle les super agers, ou « superséniors ».
Ces derniers avaient obtenu des résultats égaux ou supérieurs à la moyenne de personnes de 50 à 60 ans dans les divers tests cognitifs. Or l’analyse de leurs échantillons cérébraux a montré que leurs hippocampes comportaient deux fois plus de neurones immatures que ceux des autres groupes. La formation de nouveaux neurones serait ainsi associée à de meilleures capacités cognitives, alors qu’à l’inverse les individus atteints de déclin cognitif dans cette étude possédaient moins de ces cellules.
D’où la question cruciale : comment être un super ager ? Y est-on prédéterminé par la génétique, ou est-il possible de forcer le destin et d’intégrer ce club par un certain nombre de
bonnes pratiques ? Tous ces super agers présentent la même caractéristique : un environnement moléculaire cérébral particulièrement favorable à la neurogenèse et à la plasticité cérébrale. Certains gènes, impliqués dans la croissance neurale, sont surexprimés ; la présence de facteurs associés à la neuroplasticité, comme la protéine BDNF, qui favorise la croissance des connexions neuronales, est accrue ; et des astrocytes, ces cellules qui assurent la protection des neurones, semblent spécialement actifs. Or de telles caractéristiques biologiques peuvent être influencées par nos gènes comme par notre environnement, ce que l’étude ne permet pas de distinguer, ne quantifiant donc pas la part d’héritabilité.
Mais bonne nouvelle : elle suggère également une implication importante de l’hygiène et du mode de vie, notamment en mettant en évidence des marqueurs épigénétiques, qui traduisent l’influence de facteurs non génétiques. D’autant plus que des recherches antérieures ont d’ores et déjà montré que plusieurs bonnes habitudes contribuent à préserver la plasticité cérébrale et la neurogenèse : une activité physique régulière, un sommeil de qualité, une stimulation intellectuelle soutenue, comme la lecture, l’apprentissage d’un instrument de musique, ou encore l’entretien de relations sociales… Vos capacités cognitives futures dépendent donc en grande partie de la façon dont vous vivez et prenez soin de votre cerveau aujourd’hui ! £
Margot Brunet
A. Disouky et al., Human hippocampal neurogenesis in adulthood, ageing and Alzheimer’s disease, Nature, 2026.
Un saxophone est un objet oblong, recourbé, doré, muni de dizaines de clés et de touches rutilantes. En lisant cette description, vous avez imaginé l’instrument et avez forgé une image mentale comme si vous l’aviez sous les yeux. Et pour cause : d’après des chercheurs de l’institut de technologie de Californie, qui viennent de faire paraître leurs résultats dans la revue Science, les neurones actifs lorsqu’on voit un objet sont en grande partie les mêmes qui se réactivent lorsqu’on s’imagine ce même objet dans notre tête.
Pour le démontrer, les scientifiques ont invité des volontaires à regarder des objets comme un saxophone ou une tasse avant de leur demander de se les imaginer. Pendant ces tâches, l’activité des neurones du cortex temporal ventral, une région nécessaire à la reconnaissance visuelle d’objets, a été enregistrée grâce à des électrodes implantées dans le cerveau des participants. De cette manière, les chercheurs ont pu comparer l’activité de ces neurones lors des deux tâches.
Résultat : de nombreux neurones s’activent à la fois lorsque nous voyons un objet et quand nous en formons des images
mentales. Surtout, leurs décharges électriques sont semblables dans les deux cas. Ainsi, lorsque vous observez un ballon de foot, un neurone particulier va être sensible à la forme ronde de ce dernier, et émettre de puissantes décharges. Eh bien, le même neurone va de nouveau émettre ces mêmes puissantes décharges quand vous vous représenterez mentalement le ballon, car… le ballon fictif est rond.
La formation d’images mentales et la vision partagent donc un code neuronal commun. L’imagerie mentale serait ainsi une réactivation partielle du système visuel… Mais le recouvrement n’est que partiel, et il existe des neurones dans le cortex temporal ventral qui n’interviennent que dans les vraies perceptions, et d’autres uniquement pour les représentations imaginaires. £
Albane Clavere
V. S. Wadia et al., A shared code for perceiving and imagining objects in human ventral temporal cortex, Science, 2026.
toutes
L’IMAGE DU MOIS
Au fond d’un souterrain dans les environs de Grenoble, un cerveau humain trône sur un piédestal, baigné dans un cylindre rempli de liquide translucide. Le but de cette expérience ? Le bombarder d’électrons propulsés à une vitesse proche de celle de la lumière.
Ces électrons émettent un rayonnement intense appelé « rayons X synchrotron ». Concentrés en un faisceau qui traverse le cerveau sur leur passage, ils livrent ensuite des informations cruciales sur sa structure intime.
L’exploit des chercheurs du synchrotron de Grenoble (ESRF) est d’avoir ainsi pu obtenir des images en trois dimensions de l’ensemble d’un cerveau humain, avec une précision de l’ordre de 2 micromètres, et ce sans avoir à le découper, ce que nécessitaient les techniques usuelles.
Autrement dit, un niveau de résolution comparable à celui de la microscopie optique, dont on peut voir un échantillon en haut à droite de l’image, révélant notamment les replis du cortex occipital au voisinage du cervelet.
Dès lors, il est possible de se promener à l’intérieur de notre encéphale comme dans un environnement de réalité virtuelle. La technique peut être également appliquée à la visualisation d’autres organes comme le cœur ou les poumons, offrant une vue privilégiée sur leurs structures internes et un outil de choix pour la recherche biomédicale. £
Albane Clavere
C. L. Walsh et al., The human organ atlas, Science Advances, 2026. © ESRF/vuedici






































p. 18
Psychothérapies : comment faire le bon choix ?
p. 30
Interview
« Personne ne devrait stresser en allant voir un psy »
EMDR, thérapies cognitivo-comportementales, approche systémique, hypnose ? Les options sont nombreuses, difficilement distinguables, comme autant de voies dans lesquelles s’engager sans savoir laquelle mène à une sortie. Un vrai labyrinthe. Sans compter qu’il faut aussi décider avec qui pénétrer dans ces couloirs sinueux : psychiatre, psychologue, psychothérapeute ? Ce dossier est un guide pour ne plus avancer à tâtons, éviter les impasses ou les retours à la case départ. Un fil d’Ariane que déroule le psychiatre Hugo Baup, en désignant les praticiens vers qui s’orienter, mais aussi en signalant les pratiques et les acteurs qui doivent inciter à la prudence, sans oublier de présenter les différentes psychothérapies qui fonctionnent. Pourtant, même une fois le chemin balisé, subsiste parfois une appréhension. Des craintes au moment de pousser la porte d’un « psy ». Sur ce point, le psychiatre David Masson se veut rassurant : le plus important est de laisser de côté ses doutes et d’y aller sans pression. La consultation est un espace d’échange avec un professionnel de confiance. Et qui, dans la grande majorité des cas, ouvre la porte à la guérison. £
Albane Clavere

Margot Brunet et Albane Clavere journalistes à Cerveau & Psycho
Hugo Baup psychiatre au centre hospitalier de Périgueux et auprès d’établissements médico-sociaux.
Thérapies cognitivo-comportementales, systémique, psychodynamique : pour s’y retrouver dans une telle jungle, quelques réflexes sont essentiels. Le premier étant de savoir que chaque thérapie possède son propre champ d’action, et que tous les thérapeutes ne se valent pas.
en bref
£ Ces dernières années, les indicateurs de santé mentale se sont dégradés en France, si bien que la santé mentale est déclarée depuis 2025 grande cause nationale.
£ En parallèle, l’offre s’est diversifiée, avec de bons et de mauvais côtés : des pseudo-thérapeutes s’autoproclament spécialistes, sans formation reconnue.
£ Pour éviter les déconvenues, on ne saurait trop conseiller de se renseigner sur les différents types d’approches existantes, et sur les acteurs du domaine…
David Masson
psychiatre au centre psychothérapique de Nancy, chef de service du département de réhabilitation psychosociale du pôle hospitalouniversitaire de psychiatrie d’adultes du Grand Nancy et du centre référent CURe Grand-Est.

« Qu’est-ce que cette personne va penser de moi ?
Que dois-je lui raconter ? Vais-je devoir prendre des médicaments ? » Le psychiatre David Masson dénonce ces idées reçues sur la première consultation : ce n’est qu’une discussion avec quelqu’un de confiance, à vivre sans pression. Et pour cela, il livre quelques clés essentielles.
Propos recueillis par Albane Clavere et Margot Brunet
À quel moment sait-on qu’il devient nécessaire de consulter un psychologue ou un psychiatre ?
David Masson C’est l’intensité de la souffrance psychique qui doit alerter. Chacun ressent parfois de l’anxiété, de la tristesse, des ruminations, des difficultés dans ses relations avec autrui. Pour autant, il n’est pas nécessaire d’aller consulter immédiatement. Le cap critique, c’est lorsque ces situations s’installent dans le temps et ont un impact constatable sur la vie quotidienne – le travail, la vie sociale, familiale, la capacité à accomplir des actes quotidiens comme s’habiller, se laver, manger ou sortir… En somme, c’est le sentiment d’être en rupture avec son état habituel. Souvent, le signe révélateur est la présence d’une irritabilité forte et constante. Quand on est sans cesse à fleur de peau, qu’on réagit trop vite ou de manière excessive, que le monde est perçu uniquement sous un prisme négatif, cela peut révéler un état de mal-être. Tout comme l’omniprésence de schémas de pensée cyniques ou désabusés – le fait de se demander souvent : « À quoi tout cela sert-il ? » – ou des difficultés à se projeter dans l’avenir et à trouver du sens à ce que l’on fait. À ne pas négliger non plus : la dissociation,
lorsqu’on accomplit les gestes quotidiens de manière automatique sans se sentir pleinement présent, mais aussi l’apparition de troubles du sommeil marqués, d’une perte de plaisir ou d’intérêt, et même des symptômes physiques comme des douleurs inexpliquées ou des troubles digestifs. C’est l’ensemble de ces signes, mis bout à bout, et le fait qu’ils persistent durant plusieurs jours ou semaines, qui peuvent indiquer qu’il serait pertinent de solliciter un avis professionnel avant que la situation ne devienne critique. Il faut éviter de tomber au plus bas avant de consulter. Et en cas d’idées suicidaires, il est essentiel de consulter immédiatement en sollicitant les services d’urgence, comme le 3114 ou le 15.
Pourquoi a-t-on parfois peur de franchir le pas et de contacter un psy ?
D. M. La consultation psy est encore entourée de nombreux tabous – surtout quand elle se fait avec un psychiatre. Certaines craintes reviennent de manière récurrente : vais-je être hospitalisé ? Va-t-on me prescrire des médicaments à tout prix ? Est-ce que je risque d’entrer dans un engrenage dont je ne pourrai plus sortir ? Mais il faut se souvenir d’une
chose : le rôle du professionnel est avant tout de comprendre ce que son patient traverse. Il n’est pas là pour vous juger, ni pour poser un verdict. Fondamentalement, la première consultation est un espace d’échange. Cela surprend d’ailleurs les patients, car ils s’en font une montagne et constatent qu’en fait cela se passe de manière simple et naturelle. Mon conseil est donc, si vous avez des appréhensions, d’y aller sans pression. Personne ne devrait stresser avant d’aller voir un psy. Il faut s’y rendre naturellement, comme à un rendez-vous avec quelqu’un de confiance qui va vous écouter sans vous juger, et en s’ôtant de la tête que l’on souffre de tel ou tel trouble psy. Il n’y a rien à préparer : ce n’est pas un examen. Et surtout, il ne faut pas se faire de mauvais films : nul ne peut être entraîné dans un processus thérapeutique dont il ne veut pas. Nul n’est
La polarisation semble partout : en politique, mais aussi sur les réseaux sociaux et dans la rue.




NICOLAS GAUVRIT
psychologue du développement et enseignant-chercheur en sciences cognitives à l’université de Lille.
La scène politique s’est transformée en une arène où l’on s’étripe sans pitié. Cette « polarisation » sape les fondements de la démocratie, à tel point qu’en démonter les rouages est devenu une urgence absolue.
© Miguel MEDINA-Quentin de Groeve / Hans Lucas / Hans Lucas / AFP
Si la guerre en Iran nous a montré une chose, en dehors de l’angoisse palpable autour d’une extension du conflit et d’une crise des hydrocarbures, c’est l’écart grandissant dans l’opinion entre les soutiens aux bombardements pour faire chuter le régime d’un côté, et les opposants à la politique des États-Unis et d’Israël de l’autre.

Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère… C’est ainsi que commence un incroyable document daté de 1835, dont l’incipit a été rendu célèbre par la publication, sous ce même titre, d’un livre édité par le philosophe Michel Foucault en 1973, et de deux adaptations cinématographiques peu après. Pierre Rivière, un jeune paysan qui vient d’avoir 20 ans, est donc célèbre pour un effroyable triple meurtre, caractérisé de « parricide » dans la loi de son époque, et surtout pour le compte rendu détaillé qu’il a rédigé sur son « acte », à la demande de la justice, qui nous plonge dans ses tourments et ses motivations.

Sebastian Dieguez docteur en neurosciences, auteur, enseignant et chercheur à l’université de Fribourg, en Suisse.
En 1835, un jeune Normand massacre sa famille et laisse derrière lui une longue note expliquant son geste. Il accable sa mère qui ne respectait pas l’autorité de son époux, et avec elle, toutes les femmes, coupables selon lui de vouloir renverser le pouvoir des hommes.

LAURENT
BÈGUE-SHANKLAND
professeur de psychologie sociale à l’université Grenoble-Alpes et membre de l’Institut universitaire de France, directeur de la maison des sciences humaines Alpes.
Quand Alex voit emménager à côté de chez lui un individu
qui est sa copie conforme mais fait tout mieux que lui, il entre dans une crise existentielle terrible. Un film qui met en lumière la tyrannie de nos comparaisons
sociales...

Alex échange un sourire entendu avec son reflet dans le miroir. Pour ce quinquagénaire au crâne lisse, l’existence ressemble fort à un fleuve tranquille. Accroché au mur, un cadre porte en effet une inscription rassurante : « Dans cette maison on s’adore, on est une famille. » Satisfait de sa routine conjugale et de sa carrière linéaire, il incarne l’idéal standardisé d’une existence petite-bourgeoise paisible. Mais un beau matin, le destin bascule. Un voisin vient d’emménager juste à côté de chez lui. Et ce voisin est son
sosie parfait. Détail ultime, il s’appelle Axel – l’anagramme d’Alex. Le voilà qui installe joyeusement ses meubles chics dans ce pavillon quasi identique au sien, situé juste à côté. Et pour couronner le tout, il vient d’être embauché dans la même entreprise qu’Alex… où son bureau se trouve pile face au sien. L’histoire pourrait s’arrêter là. Mais le reflet n’est pas identique en tout point. Alors qu’Alex est chauve et un brin taciturne, Axel a le cheveu abondant, arbore une forme athlétique et se montre ultrasociable. En un mot : c’est Alex… mais en mieux ! Comme personne d’autre ne semble remarquer leur stupéfiante


«Papa, c’est quand qu’on arrive ? », « Maman, c’est bientôt Noël ? ». L’impatience peut avoir un visage touchant, notamment chez les enfants. Elle peut aussi avoir un côté agaçant : la personne qui vous envoie un SMS, s’irrite de ne pas obtenir de réponse immédiate, et vous en renvoie un autre cinq minutes plus tard ; le malpoli qui resquille dans les files d’attente… Son côté amusant ou déplaisant dépend aussi de la susceptibilité de chacun : personnellement, je n’aime pas recevoir de message se terminant par « à très vite », car j’y vois une pression exercée sur moi (comme un « prière de répondre rapidement »), là où d’autres y perçoivent juste un désir chaleureux d’avoir des nouvelles.
Qu’est-ce que l’impatience ? C’est le ressenti d’inconfort ou de désagrément lié à une attente obligée. Bien qu’à ma connaissance, elle n’ait pas encore été explorée en neurobiologie, elle repose sans doute sur un bras de fer entre le cortex préfrontal (« prends patience… ») et le circuit de la récompense (« vite, ma

CHRISTOPHE ANDRÉ médecin psychiatre et psychothérapeute.
satisfaction ! »). Des différences interpersonnelles entrent aussi en jeu : les traits d’impulsivité ou, à l’opposé, de conscienciosité (tels que définis par le questionnaire de personnalité dit « des Big Five »). Il y a enfin des influences culturelles, qui méritent que l’on s’y arrête un peu.
Tout le monde connaît aujourd’hui la célèbre « expérience des chamallows » : on teste la capacité des enfants à résister à la tentation de manger un bonbon tout de suite, ou d’attendre un quart d’heure pour en obtenir deux. Dans un intéressant entretien, Walter Mischel, le père de cette étude, parle des influences culturelles sur ses travaux. Les premiers furent effectués sur des enfants des îles de Trinité-et-Tobago, dans les Caraïbes. La population y est composée de communautés d’origine africaine ou indienne, clairement séparées. Les enfants de chaque communauté, âgés de 11 à 14 ans, recevaient soit un morceau de chocolat tout de suite soit deux plus
tard. Les jeunes Trinidadiens d’origine africaine privilégiaient le plus souvent la récompense immédiate, alors que ceux d’origine indienne préféraient attendre. Mais en examinant la situation de plus près, Mischel comprit pourquoi : les enfants d’origine africaine vivaient le plus souvent sans père, ce qui était très rarement le cas de ceux d’origine indienne. Ils n’avaient pas d’expérience d’un homme tenant ses promesses et ne croyaient pas que Mischel reviendrait plus tard pour leur donner une récompense double ! Quand on prenait en compte les enfants dont le père vivait sous le toit familial, il n’y avait plus de différence entre les Africains et les Indiens…
Pour d’autres raisons, notre époque semble engendrer elle-même une culture de l’impatience : tout temps d’attente est considéré comme du temps perdu. Par les particuliers, mais aussi par les entreprises : les moments d’attente sont des moments où on ne produit rien et où
on ne consomme rien ! D’où l’apparition de ce qu’on pourrait appeler un « marché de l’impatience », qui vend… le privilège de ne plus attendre : files d’embarquement réservées aux passagers de première classe, et autres systèmes comme Amazon Prime promettant, contre abonnement payant, de recevoir toutes ses commandes en vingt-quatre heures. Notre société de consommation, basée sur la rapidité, nous influence aussi inconsciemment. Plusieurs études ont montré que la présence d’enseignes de restauration rapide dans l’environnement des volontaires que l’on testait les poussait à davantage d’impatience financière : cela diminuait leur envie d’épargner et les amenait au contraire à dépenser plus vite leur argent. Notre époque répond volontiers à l’impatience en l’éradiquant : en voiture, on calme les enfants par des perfusions d’écrans. De même pour les adultes, la démangeaison de l’impatience n’est plus tolérée, et cette dernière s’est transformée en
exigence : d’action, de distraction, d’accélération. Par conséquent, le grand recours à toutes nos petites attentes du quotidien est devenu l’écran de nos portables. Attendre un ami à la terrasse d’un café ? Attendre dans une file devant un cinéma ? Attendre chez le dentiste ? Vite, scroller pour effacer l’inconfort de l’impatience !
Et si nous y répondions autrement ? En la considérant par exemple comme un signal pour plus d’introspection ; en prenant l’attente comme une occasion de détente. En accueillant sa démangeaison comme une incitation non pas à précipiter le futur, mais à habiter le présent. À savourer notre vie, tout de suite ; et pas seulement à attendre qu’elle soit plus savoureuse. Car l’inverse de l’impatience, qui est de prendre patience, ce n’est pas se résigner à subir l’inconfort de la frustration, mais choisir de vivre l’instant présent… £
Il y a d’autres façons de répondre à l’impatience. Nous pouvons l’utiliser pour faire preuve d’introspection, ou mieux habiter le moment présent.
bibliographie
S. E. DeVoe et al., Fast food and financial impatience : A socioecological approach, Journal of Personality and Social Psychology, 2013. W. Mischel, La maîtrise de soi s’apprend, Cerveau & Psycho, n° 73, 2015.

Sybille Buloup journaliste scientifique.
Neurotransmetteur essentiel à notre fonctionnement, la dopamine est devenue en quelques années la coupable désignée de tous nos excès. Mais que cache vraiment le concept séduisant de « dopamine détox » ?
£ Assaillis de stimulations en tous genres (malbouffe, écrans, publicités), nous sommes de plus en plus nombreux à vouloir lever le pied pour pouvoir goûter à nouveau les choses simples.

£ Au cœur de notre cerveau, un ensemble de neurones appelé « système de récompense » est activé en boucle, libérant une molécule : la dopamine. D’où l’idée de limiter les activités qui provoquent sa libération. C’est la « dopamine détox ».
£ Mais la dopamine a aussi d’autres fonctions, et les scientifiques ne sont pas unanimes quant à l’idée de la restreindre. L’équilibre des stimulations serait préférable à un « jeûne dopaminergique ».

e chantre du transhumanisme Laurent Alexandre commence une de ses conférences les plus visionnées sur Youtube par ces mots : « Certains dans cette salle ne le savent pas encore, mais ils vivront mille ans. » Les progrès fulgurants de la médecine, prophétise-t-il, relégueront bientôt la mort au rang de mauvais souvenir.
Inutile de dire que ce type de discours, malgré son côté totalement irréaliste, connaît un franc succès. Le déni de la mort est si profondément enraciné en nous, que nous évitons presque toujours d’en parler. J’en ai eu une illustration lors d’une fête donnée en l’honneur des 90 ans d’un ami, dont la santé était vacillante. J’étais le plus jeune de l’assemblée et ne m’étonnais pas d’entendre des discussions à propos des maux endurés dans le grand âge, ainsi que des maladies qui diminuent inexorablement les capacités à se mouvoir et à penser. Alors qu’un sujet avait pourtant largement sa place, il n’a jamais été abordé, si ce n’est pour
professeur de psychologie au collège Saint-Michel, collaborateur scientifique à l’université de Fribourg, en Suisse.
l’évoquer chez les autres : la mort. Pareil déni m’a interpellé, alors que c’était peut-être la dernière fois que nous étions tous réunis autour de notre ami.
D’aucuns ont même plaisanté sur son centième anniversaire. Notre finitude est sans conteste un sujet tabou, et pas uniquement en ce qui concerne le développement personnel. Au point que l’on peut se demander si notre cerveau lui-même ne disposerait pas d’un mécanisme le protégeant contre cette idée trop dure à intégrer…
Se représenter la mort, oui, mais pas la sienne ! On peut déjà constater que notre esprit s’y entend pour mettre à distance la pensée de sa fin ultime. Dans son livre Oser vivre, oser mourir, le psychiatre Gérard Apfeldorfer propose une analyse éclairante à cet égard. La mort, à la première personne du singulier, la nôtre, ne peut que difficilement, voire pas du tout, se concevoir. C’est un paradoxe que de tenter s’imaginer ne plus être : on aurait plutôt tendance à se représenter flotter dans un néant froid et sombre…
Plus évidente est l’expérience du décès à la deuxième personne : constater la disparition de l’étincelle de vie chez un proche. Évidente, mais surtout éprouvante, avec le plus souvent beaucoup de tristesse. Pour apprivoiser ces émotions douloureuses, notre esprit tente alors d’abstraire la mort pour en faire un concept intellectuel. On devient ainsi capable de philosopher sur cette notion cantonnée au monde des idées. En parler de manière générale plutôt que de s’effrayer à l’idée de la sienne propre… pas bête ! Une sorte de déni élaboré.
Et du point de vue cérébral ? Il semble que des mécanismes spécifiques contribuent à tenir à distance l’idée de sa disparition ultime. C’est en tout cas ce que suggère une étude publiée dans la revue NeuroImage, sous la plume de trois chercheurs. Les professeurs Yair Dor-Ziderman et Abraham Goldstein, à l’université Bar-Ilan en Israël,

accompagné de leur collègue Antoine Lutz, à l’université de Lyon, ont imaginé un protocole fort ingénieux pour explorer notre rapport à la finitude. Pour cela, ils ont exploité le paradigme de l’amorçage (priming), qui consiste à analyser les réactions des participants après qu’un concept a été activé dans leur esprit. Il est en effet solidement établi qu’un mot présenté aux sujets va influencer leurs comportements directement après. Par exemple, le mot « vieillesse » peut amener les sujets à marcher un peu moins vite dans les minutes qui suivent l’amorçage.
Dans l’expérience dont il est question, les chercheurs analysent les réactions et l’activité cérébrale de vingt-quatre sujets amorcés avec différents mots, dont « mort ». Leur tâche consiste à reconnaître un visage, le leur, celui d’un inconnu, ou d’une chimère composée à moitié de leurs propres traits et de ceux de quelqu’un d’autre. Les résultats sont éloquents : lorsque l’amorçage est le thème de la mort, et uniquement celui-ci, les participants reconnaissent moins vite et moins facilement leur propre visage, notamment dans la composition hybride. En clair, l’idée de la mortalité
les amène à moins s’identifier à ce qu’ils voient, alors même que la moitié des traits représentés sont clairement les leurs.
En parallèle, l’activité cérébrale des sujets est enregistrée grâce à un magnétoencéphalographe : la réponse d’inadéquation visuelle (visual mismatch response, ou vMMR), un signal mesurable dans le cerveau lorsque celui-ci détecte une inadéquation entre ce qu’il perçoit et ses attentes, était sensiblement atténuée lorsque portant sur soi-même, comme si le cerveau rencontrait des difficultés à traiter les informations relatives à soi, mais pas aux autres, sous la menace de la mort. Au-delà des subtilités de l’étude et pour le dire plus simplement : le visage de la mort, pour notre cerveau, ça ne peut pas être le nôtre.
Il semblerait ainsi que notre difficulté à appréhender notre propre mortalité repose sur un soubassement cérébral, comme si la nature avait fait en sorte de nous prémunir un tant soit peu contre cette menace existentielle. Une astuce permettant à mes amis âgés de fêter un anniversaire en toute insouciance, comme s’il y allait en avoir encore beaucoup d’autres… £
Confronté à l’idée de la mort, le cerveau a du mal à traiter les informations relatives à soi, et nous avons des difficultés à reconnaître notre propre visage...
bibliographie
Y. Dor-Ziderman et al., Prediction-based neural mechanisms for shielding the self from existential threat, NeuroImage, 2019. G. Apfeldorfer, Oser vivre, oser mourir, Odile Jacob, 2021.
Laurent Bègue-Shankland
professeur de psychologie sociale à l’université Grenoble-Alpes, membre de l’institut universitaire de France, directeur de la maison des sciences humaines Alpes.
C’est maintenant établi : le manque de relations sexuelles, la difficulté à rencontrer des partenaires et les expériences de rejet augmentent la probabilité d’agression. Une étude menée en France sur près de 55 000 jeunes hommes.
bref
Les chiffres des agressions sexuelles en France sont en augmentation depuis plusieurs années.
£ L’essentilel u soleil, mais aussi les éclairages puissants comme les panneaux LED, stimulent notre cerveau via des cellules spéciales récemment découvertes dans notre rétine.
£ Des données récentes confirment que l’incapacité à avoir des relations, les expériences de refus ou de moquerie augmentent le risque de passage à l’acte.
£ Une fois ces cellules activées, notre organisme sécrète du cortisol et de l’orexine, qui renforcent l’attention, et un facteur de croissance qui stimule la formation de nouveaux neurones.
£ Ces mesures s’expliqueraient par la théorie de la tension : la sexualité serait une motivation fondamentale dont l’échec accroît le risque criminogène.
£ Le plus efficace est de s’exposer très tôt à la lumière le matin, mais en en limitant les sources lumineuses – comme les écrans – à la nuit essentiel.
£ Ce constat n’exonère pas les agresseurs. Il souligne l’importance d’apprendre à gérer la frustration, notamment par des stratégies de « refroidissement ».
MON CERVEAU & MOI

JEAN-PHILIPPE
LACHAUX
directeur de recherche à l’Inserm, au Centre de recherche en neurosciences de Lyon.
Il y a des jours où travailler semble impossible bruits omniprésents, allées et venues, conversations incessantes… La clé ? Prendre enfin en main son attention, pour ne plus se laisser distraire.
Quand je donne des conférences sur le fonctionnement de notre attention, une des questions le plus souvent posées concerne les open spaces : peut-on vraiment se concentrer dans ce type d’environnement de travail ? Chacun de nous est familier de ce type de situations : à côté de vous, un collègue raconte à un autre son weekend en Normandie, pendant que d’autres commentent le dernier mail des ressources humaines, puis c’est au tour de Marc et Christophe de pester contre la photocopieuse en panne. Insupportable. C’est plus fort que vous, vous ne pouvez vous empêcher d’écouter, et le mal est fait, vous avez décroché de ce à quoi vous étiez occupé.
La capture attentionnelle est un phénomène bien connu en neurosciences cognitives : c’est une brève réorientation de l’attention vers un stimulus présent dans l’environnement, que ce soit un son ou un mouvement inattendu. Un objet tombe au sol ; immédiatement, le bruit de sa chute capte votre attention. Dans notre cerveau, les cortex visuel et auditif, ainsi qu’une zone appelée sillon intrapariétal capture. Le temps de constater que ce n’est qu’un livre qui a glissé du bureau. Mais cet événement est si bref, qu’il ne vous déconcentre pas réelle ment. Vous pouvez donc aisément revenir à ce que vous étiez en train de faire.



Iris Proff journaliste scientifique.
Lorsque nous pensons, notre cerveau produit des déchets. Alors, pour être toujours propre et prêt à l’emploi, il doit se soumettre chaque nuit à un lavage en bonne et due forme. De sorte que nous sommes frais et dispos le matin.
£ L’activité cérébrale consomme du glucose et sécrète diverses toxines et fragments de protéines qui risquent d’encombrer nos neurones.
£ L’essentilel u soleil, mais aussi les éclairages puissants comme les panneaux LED, stimulent notre cerveau via des cellules spéciales récemment découvertes dans notre rétine.
£ Pendant la nuit, un système de canalisations presque indétectables évacue ces ordures, et, parmi elles, des protéines susceptibles de provoquer la maladie d’Alzheimer.
£ Une fois ces cellules activées, notre organisme sécrète du cortisol et de l’orexine, qui renforcent l’attention, et un facteur de croissance qui stimule la formation de nouveaux neurones.
£ Le plus efficace est de s’exposer très tôt à la lumière le matin, mais en en limitant les sources lumineuses – comme les écrans – à la nuit essentiel.
£ L’efficacité de ces égouts cérébraux est évidemment essentielle à une bonne santé mentale. Le meilleur moyen d’assurer leur bon fonctionnement reste aujourd’hui de… bien dormir.
Pour tous, la conscience s’éteint quand on s’endort. Et se rallume au réveil. Mais cette vision pourrait être dépassée, comme le montrent les recherches de l’équipe de Delphine Oudiette, à l’Institut du cerveau, à Paris. Même endormis, nous garderions des fenêtres de conscience sur le monde extérieur. Notre
sommeil pourrait bien être notre nouvelle « terra incognita »…
Il paraît évident à chacun d’entre nous qu’une fois endormi nous nous coupons complètement du monde. Comment vos travaux remettent-ils en question ce paradigme ?
Delphine Oudiette Dans notre équipe, nous avons voulu savoir si des rêveurs lucides, qui ont la particularité de se rendre compte qu’ils rêvent, étaient capables de percevoir leur environnement extérieur pendant qu’ils dormaient. Nous leur avons demandé de réagir à un mot que l’on prononçait
près d’eux pendant leur sommeil : s’il existait en français, ils devaient esquisser un sourire ; sinon, froncer les sourcils. La différence entre ces deux mimiques était mesurée à l’aide d’électrodes placées sur leur visage. Les résultats furent impressionnants : quand nous pouvions dialoguer avec ces dormeurs, ce qui était le cas une fois sur cinq environ, ils étaient capables de percevoir des sons produits dans la pièce et d’y répondre physiquement. Et ils y parvenaient non seulement en sommeil paradoxal, mais aussi dans tous les autres stades de sommeil qui ne sont
traditionnellement pas associés aux rêves lucides. C’est la preuve que la connexion à l’environnement est un phénomène large, non restreint au sommeil paradoxal. Ensuite, nous avons testé ce protocole sur un autre groupe de participants. Cette fois, il s’agissait de personnes « normales », et plus seulement de rêveurs lucides. Or ces individus ont également été capables de réagir à nos sollicitations, là encore dans plusieurs stades de sommeil et non seulement en sommeil paradoxal. Leurs échanges étaient plus intermittents, moins fréquents qu’avec les rêveurs lucides,

DELPHINE OUDIETTE
chercheuse en neurosciences cognitives à l’Institut du cerveau, à Paris.


Laurent Vercueil
neurologue au CHU de Grenoble-Alpes, au laboratoire de psychologie et neurocognition de Grenoble au sein de l’équipe Commet – Conscience, mémoire et métacognition.
Deux femmes qui perdent subitement la parole.
Deux femmes qui savent encore dire un mot, un seul : « thermomètre ». Il n’en faut pas plus pour mettre sens dessus dessous le service de neurologie de l’hôpital de Grenoble…
£ Elles se sont présentées toutes les deux, à deux semaines d’intervalle, au service de neurologie, ayant perdu la parole.
£ Le seul mot qu’elles savent dire, pour désigner tout objet qu’on leur montre, est « thermomètre ». À part cela, rien ne les relie.
£ Dans leur cerveau, on note une activité anormale des zones du langage. Mais le mystère persiste…
£ La solution, finalement, sera trouvée en étudiant l’effet du contexte – ici, l’hôpital – sur la façon dont le cerveau trouve ses mots.
Savez-vous pourquoi il est difficile de se concentrer dans un environnement bruyant ? Connaissez-vous le rire de performance ? Si vous avez lu ce numéro, cela n’a pas dû vous échapper. Vérifiez si votre cerveau a bien retenu la leçon.
Selon le principe d’hormèse, notre corps enclenche des processus vertueux (par exemple, une meilleure activité immunitaire) quand il est soumis à de légers stress ou inconforts. Se priver de temps en temps de nourriture ou prendre des douches froides serait plus bénéfique que de vivre dans un appartement thermostaté et de manger toujours à sa faim. Biologiquement, les animaux ont évolué dans une situation d’adversité et de manque qui n’est pas toujours aussi défavorable qu’on le croit !
b)
c) Des recherches récentes montrent que ChatGPT est une IA « complaisante » qui va le plus souvent dans le sens de l’utilisateur. Habitué à s'entendre dire qu’il a raison, celui-ci a de plus en plus de difficulté à accepter la contradiction, et refuse de s’excuser en cas de différend. Précisons que cette réponse n’exclut pas les réponses a) et b).
(Référence : article page 14)
( Référence : article page 58 )
Selon la théorie générale de la tension, l’activité sexuelle est un besoin humain qui, s’il est durablement entravé, engendrerait un état de tension interne qui se traduit par un surcroît de comportements criminels. Elle n’est pas incompatible avec la théorie de la frustration-agression, qui stipule que lorsque nos désirs sont contrariés de manière générale, la tendance à réagir par l’agression augmente. (Référence : article page 60)
a)
c) La cognition motivée est un biais par lequel nous avons tendance à arranger nos arguments en sachant déjà où nous voulons arriver. Par exemple, des personnes qui ne croient pas à l’existence du réchauffement climatique développent des arguments sur les cycles du soleil pour tenter de justifier les changements de température autrement que par l’action humaine.
(Référence : article page 34)
a) Les bruits ou les conversations intempestives peuvent vous extraire momentanément de votre travail : vous subissez alors une capture attentionnelle, sans conséquence si vous revenez à votre tâche initiale. En revanche, si vous restez attentif à la conversation, vous êtes sujet à une « captivation » : celle-ci dure plus longtemps et a un impact négatif sur votre concentration et votre travail. La capture est momentanée, la captivation est durable. (Référence : article page 66)
Pierre Rivière était un jeune homme qui massacra sa famille parce qu’il était furieux de voir l’autorité de son père bafouée par sa mère. Il se disait désespéré de constater que son pays cédait le pouvoir aux femmes et remettait en question la masculinité. Dans la lettre qu’il laissa derrière lui, il justifia son geste en disant que si Napoléon avait causé la mort de milliers d’humains pour un « vain caprice », alors il était bien en droit d’en tuer trois, pour laver l’honneur de son père. (Référence : article page 38. * Précision importante : l’information se trouve dans la figure de la page 40.)
Qu’arrive-t-il aux gens qui utilisent trop ChatGPT ?
a) Ils mémorisent moins bien les réponses.
b) Leurs capacités de raisonnement déclinent.
c) Ils ne supportent plus d’être contredits.
Que dit la théorie de l’hormèse ?
a) Une synapse non utilisée est éliminée.
b) L’inconfort est favorable au bien-être.
c) Un comportement récompensé est renforcé.
Qu’est-ce que la cognition motivée ?
a) La capacité à réfléchir longtemps.
b) Le besoin compulsif de résoudre des énigmes.
c) Le fait de raisonner en fonction du but à atteindre.
Selon quelle théorie une sexualité entravée favoriset-elle les agressions ?
a) La théorie générale de la tension.
b) La théorie de la frustration-agression.
c) Le refoulement des pulsions.
c) Découvert en 2014 par la neuroscientifique Maiken Nedergaard, le système glymphatique est constitué de minuscules canaux qui entourent les vaisseaux sanguins du cerveau et évacuent du liquide céphalorachidien chargé de déchets moléculaires produits par l’activité des neurones. Cette évacuation est essentielle pour éviter leur accumulation et le risque de démence au fil des ans. Elle se fait principalement pendant notre sommeil.
(Référence : article page 70)
a) Le rire de performance désigne le fait de rire pour se faire remarquer, ou pour atténuer la différence de pouvoir vis-à-vis d’un supérieur hiérarchique. Dans ce cas, le rire permet de défier subtilement l’autorité du supérieur, mais d’une manière qui reste socialement acceptable, car prétendument détendue, ce qui évite les confrontations trop flagrantes. ( Référence : article page 42 )
En 1835, le tueur Pierre Rivière a évoqué la mémoire de Napoléon. Pourquoi ? *
* Question difficile
Si vous n’arrivez pas à vous concentrer dans un milieu bruyant, vous êtes victime de :
a) Captivation attentionnelle.
b) Captation attentionnelle.
c) Capture attentionnelle.
a) Baudelaire ne disait plus qu’un seul mot à la fin de sa vie : « Crénom ! ». Il était victime d’aphasie. D’abord atteint de syphilis à l’âge de 20 ans, il développa au fil des ans une forme neurologique appelée « neurosyphilis », qui fragilise les artères cérébrales et provoqua probablement au célèbre écrivain un AVC dans l’hémisphère gauche qui le priva de la parole, à l’exception de cette unique interjection qu’il prononçait en boucle.
(Référence : article page 82)
a) Walter Mischel a mis au point l’expérience du chamallow, qui consiste à donner le choix à un enfant entre manger une sucrerie tout de suite ou patienter cinq minutes pour en obtenir deux. Ce test mesure la capacité de maîtrise de soi, qui permet de ne pas céder à ses impulsions et à différer les plaisirs. Les enfants qui le réussissent se révèlent ultérieurement plus épanouis dans leur vie d’adultes.
(Référence : article page 48)
Qu’est-ce que le rire de performance ?
a) Le fait de rire pour s’imposer en société.
b) Un numéro de stand-up sur scène.
c) L’effet stimulant du rire sur la performance physique.
Qu’est-ce que le système glymphatique ?
a) Une branche du système nerveux sympathique.
b) Le réseau de nerfs consacré à la déglutition.
c) Un système d’évacuation des toxines du cerveau.
Quelle expérience célèbre a inventé le psychologue Walter Mischel ?
a) L’expérience du chamallow.
b) L’expérience des chocs électriques.
c) L’expérience du tramway.
Que disait Baudelaire à la fin de sa vie ?
a) « Crénom ! ».
b) « Tan ».
c) « Enivrez-vous ! ».
ERRATUM
Le mois dernier, en page 9 de la section d'actualités du magazine, il manquait la réponse à la question sur les visages naturels ou générés par IA. C'est bien le portrait de gauche qui a été généré par une IA.

La vraie question n’est pas de savoir si les machines pensent, mais si les humains le font.
Burrhus F. Skinner
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Burrhus Frederic Skinner (1904-1990) était un psychologue, philosophe et inventeur américain, figure de proue du courant béhavioriste des années 1950. Il considérait nos comportements comme entièrement déterminés par les stimuli environnementaux et les renforcements (positifs ou négatifs), sans recours à des processus mentaux internes comme la pensée ou la conscience. Ses recherches permirent de mieux comprendre les lois du renforcement du comportement et de l’apprentissage, et aboutirent à la mise au point de protocoles qui restent largement utilisés de nos jours. Certains neuroscientifiques considèrent sa position comme valide, en estimant que la conscience n’intervient pas réellement dans nos actions.





















Voyons-nous tous les couleurs de la même façon ?







