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Cerveau & Psycho n°186 - avril 2026 - La neurodiversité

Page 1


Autisme, TDAH, trouble dys, HPI, hypersensibilité…

Pourquoi nous n’avons pas tous le même cerveau

DÉVELOPPEMENT

PERSONNEL

Quand le coach se transforme

NEUROSCIENCES

Une IA a réussi à déchiffrer nos pensées !

SANTÉ MENTALE

Les psychédéliques, une révolution dans le traitement de la dépression

CRIMINALITÉ

Les psychopathes au pouvoir dans l’affaire Epstein

BRAINCAST Le podcast de Cerveau & Psycho

BRAINCAST explore les sciences qui expliquent nos comportements, nos émotions et nos troubles : neurosciences, psychologie, psychiatrie…

Au fil de ce voyage dans votre cerveau, la rédaction de Cerveau & Psycho vous propose des rencontres et des échanges avec des scientifiques reconnu.e.s.

Ils évoqueront leurs parcours, leurs découvertes marquantes et les grandes questions en suspens qui stimulent la recherche.

Un moment pour mieux comprendre le cerveau et découvrir ce qui se cache dans leur tête… et dans la vôtre !

Disponible sur www.cerveauetpsycho.fr/sr/braincast/ ainsi que sur toutes les plateformes de podcast

Aédito

Tous neurodivers ?

utisme, TDAH, troubles dys, bipolarité… la constellation des troubles psychiques est vaste. Changement de programme : il s’agit de ne plus les considérer comme des troubles, mais comme des modes de fonctionnement alternatifs du cerveau. Selon la neurodiversité, un individu TDAH ne souffre pas d’un déficit : c’est son environnement qui n’est pas adapté à son style cognitif. Il aurait besoin d’un cadre plus propice à la créativité, moins ancré sur des procédures répétitives, avec des périodes de concentration plus brèves.

C’est une inversion complète des rapports entre cerveau et environnement. Pendant des millénaires le cerveau humain s’est façonné selon la loi de l’évolution qui veut que les individus doivent s’adapter à leur environnement pour survivre. Or ici, c’est à l’environnement de s’adapter. Autrement dit, un bouleversement total.

Ils ont contribué à ce numéro

p. 16

Mohamed Baha Ben Ticha chercheur postdoctoral à l’institut des neurosciences de Grenoble, il s’intéresse aux interfaces cerveaumachine pour connecter nos neurones à l’IA.

p. 28

Brigitte Chamak historienne et sociologue des sciences, elle explore l’émergence du concept de neurodiversité, à travers l’évolution des représentations de l’autisme.

Concrètement, comment faire ?

Aujourd’hui, l’environnement de nos cerveaux est la société et ses normes : pour être opérationnel, il faut savoir s’exprimer, échanger, se concentrer, supporter le bruit, le stress. Une majorité de personnes y parviennent – on les appelle « neurotypiques ». Les « neurodivers » sont moins en phase avec cette exigence. Il faudrait donc créer un environnement social qui soit lui-même plus multiforme ; une société aux normes moins homogènes, qui ménage des niches spécifiques à chaque frange de neurodiversité dotée de ses besoins propres. Un diable de projet, convenons-en. La fin de la loi darwinienne de la compétition, et le début d’une utopie du collectif au service de la différence. Pour ceux qui veulent changer la société, voilà un sacré défi à relever !  £

p. 60

David Dunning psychologue à l’université du Michigan, aux ÉtatsUnis, il est le codécouvreur de l’effet Dunning-Kruger, qui révèle nos failles de raisonnement.

p. 78

Lucie Berkovich chercheuse au GHU de Paris, à l’hôpital SainteAnne, elle étudie les effets thérapeutiques des psychédéliques sur les dépressions résistantes.

sommaire

l’actualité des sciences cognitives

p. 6 Combien de fois peut-on tomber passionnément amoureux ?

p. 8 Bébés et écrans : un développement cognitif perturbé

p. 10 Le cancer protège-t-il d’Alzheimer ?

p. 12 Pour bien mémoriser, respirez !

P. 14 L’IMAGE DU MOIS Des neurones ébouriffants

Albane Clavere

P. 16 FOCUS

Une IA a réussi à déchiffrer nos pensées !

Mohamed Baha Ben Ticha

cerveau & société

P. 34 DERRIÈRE L’INFO, LA PSYCHO

Iran : la psychologie de l’effondrement

Nicolas Gauvrit

P. 38 LES CLÉS DE L’HISTOIRE

Terre plate : on nous aurait menti ?

Sebastian Dieguez

P. 42 UN PSY AU CINÉMA

« Gourou » : les dérives sectaires du développement personnel

Laurent Bègue-Shankland

P. 48 À MÉDITER

À quoi bon procréer ?

Christophe André

Ce numéro comporte un encart d’abonnement Cerveau & Psycho, broché en cahier intérieur, sur toute la diffusion kiosque en France métropolitaine. Il comporte également un courrier de réabonnement, posé sur le magazine, sur une sélection d’abonnés. En couverture : © Studio_G/Shutterstock

à la une

Neurodiversité

Pourquoi nous n’avons pas tous le même cerveau

Le terme « neurodiversité » a envahi la sphère publique, dans les médias comme sur les réseaux sociaux. Mais qui est réellement concerné ? Que signifie ce concept ?

p. 20 Neurodiversité : ce que la science dit de nos différences cérébrales

Albane Clavere

p. 28 « Derrière la neurodiversité, il y a aussi de la souffrance »

Entretien avec Brigitte Chamak 19

Testez vos connaissances en neurosciences

santé & bien-être

P. 50 NEUROBIOLOGIE

Quand le muscle fait du bien au cerveau

Frank Luerweg

P. 56 CORPS & ESPRIT

Comment faire durer les moments de bonheur

Nathalie Rapoport-Hubschman

P. 58 L’ENVERS DU DÉVELOPPEMENT PERSONNEL

Éduquer sans punir ?

Yves-Alexandre Thalmann

neurosciences & psychiatrie

P. 78 L’INTERVIEW DES LABOS

« Les psychédéliques sont une révolution dans le traitement de la dépression »

Entretien avec Lucie Berkovitch

P. 82 LE CAS CLINIQUE

Élise et la cigarette imaginaire

Laurent Vercueil

P. 60 MÉTACOGNITION

« L’effet Dunning-Kruger nous touche tous un jour ou l’autre »

Entretien avec David Dunning

P. 66 PSYCHOPATHOLOGIE

Affaire Epstein : sommes-nous gouvernés par des psychopathes ?

Jean-Philippe Lachaux psycho

Laurent Bègue-Shankland

P. 72 COMPLOTISME

Epstein & friends : comment distinguer la réalité du fantasme ?

Pascal Wagner-Egger

P. 74 MON CERVEAU & MOI

Comment bien négocier son salaire ?

l’actualité des sciences cognitives

PSYCHOLOGIE

Combien de fois peut-on tomber passionnément amoureux ?

Juliette aurait-elle pu avoir un deuxième Roméo ? Aurait-il pu s’éprendre d’une autre ? Aux yeux de certains, l’amour est passionnel lorsqu’il est unique ; pour d’autres, cet éclair fusionnel peut frapper plusieurs fois. Que dit la science ? En s’intéressant à un panel de plus de 10 000 adultes, une équipe de chercheurs de l’université de l’Indiana vient d’apporter un précieux élément de réponse : en moyenne, nous connaîtrions deux relations passionnelles au cours d’une vie. Par relation passionnelle, on entend ici un état d’activation émotionnelle et physiologique intense, marqué par le désir, l’idéalisation du partenaire et une forte focalisation cognitive sur l’être

« Le grand amour n’arrive qu’une fois », « on tombe trois fois amoureux »… En interrogeant plus de 10 000 personnes, des chercheurs ont enfin trouvé une réponse – statistique, du moins.

aimé, tel que l’a défini le psychologue américain Robert Sternberg dans les années 1980. Et cet état, donc, ne surviendrait statistiquement que deux fois au cours d’une vie. Du moins, en moyenne. Car ce sont surtout les détails de ces résultats qui apportent des enseignements majeurs.

Un sentiment universel

Tout d’abord, seuls 14,2 % des participants à cette étude n’avaient jamais connu ce sentiment. Et dans la réalité, ce chiffre est probablement encore plus faible, car les chercheurs n’ont interrogé que des célibataires (pour éviter divers biais méthodologiques). En y incluant les personnes en couple, le pourcentage

d’individus n’ayant pas connu la « passion amoureuse » aurait pu être plus faible encore. Celle-ci apparaît donc très répandue. Ce qui valide la théorie triangulaire de l’amour développée par Robert Sternberg, qui reste l’un des modèles les plus répandus : il repose sur l’idée que l’amour résulterait de l’équilibre entre trois composantes – l’intimité, l’engagement et la passion, chacune étant essentielle au commencement d’une relation stable. C’est parce que la passion est essentielle à cet équilibre qu’elle est aussi commune.

Alors, pourquoi ne vit-on pas un seul grand amour, mais potentiellement plusieurs ? Dans le détail, les résultats américains

montrent que 27,8 % ont connu ce sentiment une fois, 30,3 % deux fois, 16,8 % trois fois et 10,9 % quatre fois ou plus. Autrement dit : plus d’une personne sur deux a ressenti cet élan au moins deux fois. Cela pourrait avoir un avantage adaptatif, en nous permettant de favoriser le bonheur et la satisfaction de relations futures malgré nos ruptures antérieures. La passion n’est pas unique, la fin de celle-ci n’empêche pas qu’elle revienne avec un ou une autre partenaire, avec qui nous pourrons de nouveau établir une relation.

Là encore, les auteurs considèrent que cela correspond à la définition de la passion de Robert Sternberg : en plus d’une excitation physiologique accrue, elle se caractériserait par un état volatil et fugace. Aussi intense que passagère, comme des éclats instantanés. Elle nous permet alors de commencer une nouvelle relation, de la prolonger jusqu’à avoir peut-être des enfants, sans nous empêcher d’entamer une nouvelle liaison si d’aventure celle-ci prenait fin. De fait, dans cette nouvelle étude, le nombre d’expériences passionnelles ne s’accumule que faiblement avec l’âge, ce qui suggère que celles-ci surviennent surtout dans nos jeunes années. La passion serait donc le tremplin qui permet d’amorcer une relation… Mais pas forcément le secret de sa longévité. £

Margot Brunet

A. N. Gesselman et al., Twice in a lifetime : Quantifying passionate love in U.S. single adults, Interpersona : An International Journal on Personal Relationships, 2026

ERGONOMIE

Travailleur indépendant : un job

stressant…

Liberté ou sécurité ? Autonomie ou travail de groupe ? Depuis le début des années 2010, la part des travailleurs indépendants est en forte hausse – l’Urssaf en dénombrait 4,8 millions fin 2024, contre 3 millions dix ans plus tôt. Côté avantages, la liberté et des projets auxquels on croit et qu’on a choisis. Côté inconvénients, des journées à rallonge, des limites plus floues entre les sphères privée et professionnelle et des revenus fluctuants. De quel côté penche la balance ? Des chercheurs britanniques ont comparé les niveaux de stress de personnes salariées ou indépendantes, à la fois en évaluant le stress déclaré et le taux de cortisol (l’hormone qui lui est associée) mesuré matin, midi et soir pendant quatre jours. Et pour être sûrs que les différences étaient dues à la condition de salarié ou d’indépendant, ils les ont étudiées sur des jumeaux – même patrimoine génétique, donc mêmes chances au départ.

Résultat : la situation de travailleur indépendant est

associée à un surcroît de stress aussi bien subjectif que physiologique. Et ce, indépendamment de l’influence des facteurs génétiques et éducatifs, puisqu’il s’agit de jumeaux. En fait, le stress grimpe quand on passe du salariat à l’entrepreneuriat. Et chez les indépendants, les niveaux de cortisol montent tout particulièrement avant le coucher, un signe connu de mode de vie stressant. La cause ? Pour les chercheurs, principalement la durée des journées de travail. De fait, les travailleurs indépendants évoluent souvent dans des domaines concurrentiels qui les poussent à une productivité accrue. D’autant plus qu’ils exercent généralement à domicile, ce qui estompe la frontière entre les moments professionnels et privés. Autant de facteurs qui font du stress la rançon de l’autonomie pour les entrepreneurs. £ M. B.

V. Souitaris et al., Does self-employment increase stress ? A co-twin control analysis of Finnish and US twins, Journal of Business Venturing, 2026.

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NEUROBIOLOGIE

Des neurones ébouriffants

Dix mille cellules agrégées en un point minuscule, à peine plus grand qu’un grain de poussière. Dix mille neurones sensoriels capables de détecter la lumière, la température ou encore la douleur. Cet amas de cellules nerveuses, appelé « neurosphère », a été cultivé en laboratoire et immortalisé par la chercheuse Stella Whittaker et son équipe à l’Institut national de la santé de Bethesda, dans le Maryland. Les points roses sont des protéines d’actine, et les verts et les bleus représentent de la tubuline : ces deux types de protéines constituent la charpente des neurones.

Le but de l’équipe ? Observer ce qui se passe si l’on « coupe » certains des prolongements neuronaux (il s’agit d’axones) qui entourent la neurosphère. Ce qui permettra de tester leur capacité de régénération. Ces neurones sensoriels pourraient en effet avoir la capacité de repousser, de reconstruire leurs prolongements et de rétablir des connexions avec leurs voisins. Dans ce cas, les chercheurs pourraient tester diverses molécules ayant le pouvoir de stimuler la croissance des neurones. L’espoir étant de reconstruire les voies nerveuses chez des personnes ayant subi des lésions nerveuses après un accident. £

S. A. Whittaker et al., à paraître

S. A. Whittaker et al., A system for high-throughput axonal imaging of induced pluripotent stem cell-derived human i3, Molecular Biology of the Cell, 2025

Stella Whittaker, Institut national des troubles neurologiques et des accidents vasculaires, Maryland, États-Unis.

à la une

p. 20 Neurodiversité : ce que la science dit de nos différences cérébrales

p. 28 Interview « Derrière la neurodiversité, il y a aussi de la souffrance »

Neurodiversité :

pourquoi nous n’avons pas tous le même cerveau

Autisme, TDAH, trouble bipolaire, troubles dys : longtemps abordés sous l’angle du déficit, ces troubles seraient en fait des façons différentes, pour le cerveau, de fonctionner. Tel est le sens du concept de neurodiversité, devenu central dans le débat public, les médias ou sur les réseaux sociaux.

Mais qu’entend-on exactement par là ? Qu’est-ce qui définit la différence, le trouble et la normalité ? Qui est concerné ? À travers la parole de psychiatres et de neuroscientifiques, ce dossier propose d’éclairer les contours d’un concept parfois polémique, et dont l’objectif initial est avant tout de déstigmatiser. Déstigmatiser, oui, mais sans banaliser, alerte Brigitte Chamak, docteure en neurobiologie et en sociologie des sciences. Car c’est bien le risque : englober sous une même appellation des patients atteints de handicaps lourds et des personnes autodiagnostiquées TDAH, dys ou bipolaires au hasard des réseaux sociaux. Et faire passer le message, auprès de patients et de familles confrontées à une véritable souffrance, que finalement tout va bien dans le grand concert de la diversité. Plus que jamais, la recherche d’un juste équilibre est indispensable. Elle nécessite d’abord de bien saisir la réalité scientifique sous-jacente. Ce en quoi ce dossier, nous l’espérons, vous aidera.

SCIENCES COGNITIVES

Neurodiversité

Ce que la science dit de nos différences cérébrales

Selon le terme « neurodiversité », l’autisme, le TDAH ou les troubles dys ne seraient pas des troubles, mais des modes de fonctionnement différents du cerveau. Mais nos cerveaux diffèrent-ils vraiment ? Qui est concerné ? Et ou placer la frontière entre déstigmatisation et banalisation ?

en bref

£ Le terme « neurodiversité », apparu il y a une trentaine d’années, s’est définitivement imposé auprès du public. Il désigne un fonctionnement cognitif – et potentiellement cérébral – différent de la moyenne des individus.

£ En valorisant la différence plus que les déficits, ce concept contribue à déstigmatiser les troubles, mais il risque aussi de minimiser les symptômes et les souffrances de certaines personnes.

£ L’enjeu est donc de trouver le juste équilibre, en reconnaissant l’unicité de chacun, ses difficultés, mais aussi ses capacités et ses besoins spécifiques pour mieux s’épanouir.

Albane Clavere journaliste à Cerveau & Psycho.

A«vec ce terme de neurodiversité, je me sens mieux car on accepte qu’il n’y ait pas une norme mais une diversité neurologique, explique Thaïs, atteinte d’un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, ou TDAH. Anne, elle, a reçu le double diagnostic de TDAH et de trouble du spectre de l’autisme. Elle déclare : « J’aime ce terme de “neurodiversité”, parce qu’il me donne un sentiment de communauté et d’être quelque peu validée. » Être différent, se sentir reconnu et en même temps faire partie d’une communauté : a priori, la neurodiversité n’a que du bon. Sauf que sur les réseaux sociaux, tout le mon n’est pas du même avis : « Avec la neurodiversité, j’ai l’impression que mes diagnostics ne sont pas pris au sérieux », oppose Lucas.

Qu’est-ce que la neurodiversité ?

Le concept de neurodiversité ne correspond pas à une catégorie diagnostique. Et, soyons honnêtes, elle ne fait pas l’objet d’une définition médicale officielle. Selon Nicolas Gauvrit, chercheur en sciences cognitives à l’université de Lille, il s’agit avant tout d’un terme « pour affirmer ses différences ». Une vision partagée par la psychologue Hana Lévy-Soussan, membre de La Maison Perchée et elle-même concernée par un trouble bipolaire : « C’est une façon de penser différemment. » Pour Cédric Galéra, pédopsychiatre au CHU de Bordeaux, la neurodiversité renvoie à « des variations naturelles dans le fonctionnement du cerveau, associées à la fois à des difficultés et à des avantages ». L’idée centrale derrière ce mot est que les différences neurologiques font partie intégrante de la variabilité humaine. Elles constituent une composante normale de la diversité de l’espèce, au même titre que les variations génétiques, culturelles ou ethniques.

Le concept de neurodiversité est ainsi étroitement associé aux troubles du neurodéveloppement, définis comme des affections liées à un développement atypique du cerveau dès l’enfance, tels que le TDAH, les troubles du spectre de l’autisme (TSA) ou encore les troubles spécifiques des apprentissages (dys). Selon les estimations, les personnes concernées par un trouble du neurodéveloppement représenteraient entre 5 à 15 % de la population mondiale. S’il est encore aujourd’hui

difficile d’affirmer avec certitude qu’il existe un profil cérébral unique par trouble, certains résultats livrés par l’imagerie cérébrale fonctionnelle esquissent des scénarios hypothétiques, détaillés dans les différents encadrés de cet article. Le terme peut aussi être étendu à des troubles psychiatriques comme les troubles bipolaires ou la schizophrénie. « Je m’y reconnais », confie Hana Lévy-Soussan, même si elle y rattache davantage la notion aux troubles du neurodéveloppement.

Du normal au pathologique…

En fait, l’idée même de neurodiversité, en évoquant un fonctionnement cérébral différent, interroge : différent de quoi ? En creux, la question de la norme : que signifie le fait d’avoir un cerveau « normal », ou « typique », adjectif de plus en plus employé ?

La norme, fondamentalement, n’est que la moyenne. Autrement dit, le fonctionnement mental le plus répandu. Si l’on prend une caractéristique cognitive comme la capacité à maintenir son attention de manière prolongée, cette faculté sera très développée chez quelques individus, moyennement développée chez beaucoup, et moins développée chez quelques-uns (notamment atteints de TDAH). Exactement comme la taille corporelle dans la population : de nombreuses personnes sont de taille moyenne, peu sont très grandes, et peu, très petites. Il n’y a pas de rupture nette d’une catégorie à l’autre. Si bien que certaines personnes considèrent qu’il n’existe pas de frontière clairement repérables entre une personne ayant un TDAH et une autre.

La question délicate qui se pose alors est : y a-t-il un seuil à partir duquel une caractéristique cognitive devient un trouble ? Autrement dit, quand faut-il parler de simple différence, et à quel moment bascule-t-on vers la pathologie, le trouble ou la maladie mentale ? Où se situe la frontière ?

En fait, chacun de nous se place sur un continuum : il n’existe pas de seuil clair permettant de délimiter objectivement le normal de l’anormal. Toute déviation par rapport à la norme n’est pas, en soi, un trouble ou une maladie. La version 5 du DSM, le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, définit un trouble mental comme « un syndrome caractérisé par une perturbation clinique significative de la cognition, de la régulation

Neurodiversité : ce que la science dit de nos différences cérébrales

émotionnelle ou du comportement d’un individu, qui reflète un dysfonctionnement dans les processus psychologiques, biologiques ou développementaux sous-jacents au fonctionnement mental ». Le chercheur en sciences cognitives Franck Ramus, directeur de recherche au CNRS, insiste sur l’importance de la « perturbation clinique significative ». On peut dysfonctionner sans être malade : si un dysfonctionnement n’entraîne pas de souffrance, pour soi ou pour les autres, alors un diagnostic ne se justifie pas. Prenons l’exemple d’une personne à qui sa mémoire fait régulièrement défaut. Si elle utilise des stratégies simples, comme poser systématiquement certains objets au même endroit ou noter ses rendez-vous dans un agenda, et que cela ne perturbe ni son quotidien ni son bien-être, aucun diagnostic n’est nécessaire. « Pour qu’un trouble soit diagnostiqué, il doit exister un

Trouble du spectre de l’autisme

retentissement négatif sur la vie quotidienne », affirme quant à lui le pédopsychiatre Cédric Galéra. Lorsque c’est le cas, ces extrêmes peuvent poser problème. En revanche, pour des dimensions associées à la performance, comme les capacités cognitives ou la force musculaire, un des extrêmes de la distribution peut constituer un avantage plutôt qu’un handicap. Dans cette perspective, la neurodivergence peut être comprise non seulement comme un écart à la norme, mais aussi comme une variation potentiellement utile à l’échelle de l’espèce.

Faire de ses différences un atout ?

Le mouvement de la neurodiversité s’est justement construit comme une manière de ne pas réduire une personne à son trouble ou à ses déficits. Il reconnaît

L’activité de l’aire fusiforme des visages, impliquée dans la perception de ces derniers, est réduite devant des expressions faciales d’émotions.

Hélène Vulser psychiatre et responsable du centre du neurodéveloppement adulte à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière.

Le TSA est un trouble du neurodéveloppement qui apparaît dès l’enfance et résulte de particularités du développement cérébral précoce conduisant à un fonctionnement cognitif différent. Les études en neuro-imagerie montrent par exemple que le système de la récompense (incluant le striatum et le cortex préfrontal ventral) réagit différemment : chez les personnes autistes, il s’active plus fortement en réponse à leurs intérêts spécifiques, tandis qu’il répond moins intensément

aux récompenses sociales ou monétaires, par comparaison avec des personnes non autistes. D’autres travaux ont également montré que l’activité de l’aire fusiforme des visages, une région cérébrale impliquée dans la perception des expressions faciales, est réduite chez des personnes autistes lors de l’observation de visages manifestant des émotions, ce qui peut contribuer aux difficultés d’interaction sociale. Ces dernières années, les études de génétique ont montré que l’autisme ne résulte pas d’un unique gène, mais de multiples variants génétiques dont certains modulent la formation des synapses et les processus de plasticité cérébrale et qui interagissent entre eux et

avec l’environnement précoce, expliquant la grande diversité des profils autistiques. De nombreuses informations simplifiées ou inexactes sur le TSA sont relayées sur les réseaux sociaux, de sorte que certaines personnes croient appartenir au spectre autistique parce qu’elles pensent avoir décelé chez elles-mêmes l’un ou l’autre signe caractéristique. Mais se reconnaître dans certains traits comme une difficulté de socialisation, un besoin de respecter cer taines routines ou une forme de sensibilité exacerbée ne suffit pas pour relever de ce spectre. En réalité, confondre de telles situations avec l’autisme invisibilise au contraire les personnes réellement concernées.

Aire fusiforme des visages
Système de la récompense

Brigitte Chamak

docteure en neurobiologie, docteure en épistémologie, histoire et sociologie des sciences, chercheuse associéeau Cermes3

à la une

HISTOIRE DES SCIENCES

Derrière

la neurodiversité, il y a aussi de la souffrance

En quelques années, le terme « neurodiversité » s’est imposé dans l’espace public. S’il contribue à déstigmatiser les troubles psychiques, il pourrait aussi banaliser des situations de handicap, comme l’explique la sociologue et historienne des sciences Brigitte Chamak.

Propos recueillis par Albane Clavere

Comment définiriez-vous le terme « neurodiversité » ?

Brigitte Chamak : La neurodiversité renvoie à l’idée que la cognition humaine est essentiellement diverse, et qu’il existe parmi la population une large variété de fonctionnements mentaux et cérébraux. Selon cette perspective, ce que l’on considère parfois comme des troubles (l’autisme, le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité – TDAH –, les troubles dys) ne sont en réalité que des facettes différentes du fonctionnement cérébral humain. Cette notion permet à de nombreuses personnes de relire leurs difficultés psychologiques d’une manière différente. Au lieu de subir une étiquette stigmatisante, elles peuvent réinterpréter leurs difficultés en se disant : « D’accord, je suis différent des autres, voilà tout. » La neurodiversité offre donc la possibilité de considérer des troubles non plus uniquement sous l’angle du déficit ou de la pathologie, mais comme une simple différence. Elle peut alors constituer une forme de ressource expressive, permettant de faire face à une détresse psychologique. Le terme se veut en effet moins stigmatisant que des diagnostics psychiatriques tels que la schizophrénie, la bipolarité ou l’autisme.

D’où vient ce terme ?

B. C. : C’est la sociologue et chercheuse australienne Judy Singer qui l’a introduit pour la première fois à la fin des années 1990. Elle s’intéressait alors à la sociologie du handicap, et plus particulièrement aux concepts issus des disability studies, un courant proposant de redéfinir le handicap non pas comme un enjeu individuel ou médical, mais comme un problème de stigmatisation sociale, en mettant l’accent sur les droits civiques à l’image des mouvements pour les droits des personnes noires, des femmes ou des personnes homosexuelles (et plus largement LGBTQIA +). C’est sur ce modèle que s’est construit le concept de neurodiversité, en lien avec les revendications des individus autistes.

Comment Judy Singer en est-elle arrivée à cette réflexion ?

B. C. : Son parcours personnel est révélateur. Enfant, elle percevait sa mère comme « bizarre » et demandait à son père : « Tu ne peux pas faire quelque chose pour maman ? Elle est vraiment trop bizarre, on ne peut pas aller voir un psychiatre ? » Et son père lui répondait : « Tu sais, chacun est différent, il faut accepter la différence. » Plus tard, elle eut à son tour une fille – et nota

chez elle des difficultés et comportements qu’elle qualifia de « bizarreries », lui rappelant celles de sa mère. Mais elle refusa l’idée d’un diagnostic d’autisme, un terme encore fortement stigmatisant à l’époque, pour envisager plutôt une hyperactivité. À l’âge de 7 ans, la fillette reçut néanmoins celui de syndrome d’Asperger.

À la même époque, Judy Singer s’inscrivit dans un cursus universitaire en sociologie et consacra son travail de recherche à la question de la différence. Elle relia alors les histoires de sa mère, d’elle-même et de sa fille, et c’est dans ce cadre qu’elle utilisa le terme « neurodiversité ». Peu après, en 1997, en donnant des interviews sur ce sujet dans le New York Times et dans The Atlantic , elle assura la large diffusion du concept avant même la publication officielle de ses propres travaux, dans un chapitre consacré à la neurodiversité en 1999.

DERRIÈRE L’INFO, LA PSYCHO

NICOLAS GAUVRIT

psychologue du développement et enseignant-chercheur en sciences cognitives à l’université de Lille.

Iran : la psychologie de l’effondrement

Les régimes autocratiques chutent quand les cercles proches du pouvoir prennent peur et abandonnent leur leader. Ce mécanisme, baptisé « théorie de la défection des élites », va-t-il s’appliquer à l’Iran ?

Depuis le début de l’année 2026, une onde de choc sans précédent secoue l’Iran. Ce qui n’était à l’origine qu’une frustration économique alimentée par une inflation galopante et l’effondrement du rial (la monnaie locale) s’est métamorphosé en un défi frontal à l’autorité. Cette révolte, née dans l’asphyxie des milieux commerçants et la paupérisation des classes populaires, a dépassé une nouvelle limite en janvier : celle qui sépare la revendication sociale de la contestation politique radicale. Un cap psychologique semble avoir été franchi. La peur, ciment psychologique et social qui maintenait l’ordre, a changé de camp.

Des métropoles aux villes moyennes, le mouvement mobilisait dès la fin de l’année 2025 des profils sociologiques hétérogènes : ouvriers, étudiants et classes moyennes appauvries défilent aux côtés des commerçants du Bazar, pourtant historiquement réputés pour leur prudence, et même leur allégeance aux gouvernants. Cette diversité marque une rupture dans la psychologie collective iranienne. Les slogans ne demandent plus de réformes, mais visent le cœur du système : l’autorité du Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei. Face à cette menace que le pouvoir perçoit comme existentielle, la réponse sécuritaire

Les connexions au plus haut niveau du pouvoir déterminent en grande partie la stabilité du régime. Ici, l’ayatollah Ali Khamenei participant à une cérémonie militaire en 2022.

LES CLÉS DE L’HISTOIRE

Illustration tirée de l’ouvrage Zetetic Astronomy: Earth Not a Globe, de Samuel Rowbotham, en 1881.

Pour discréditer les capacités intellectuelles d’un rival, peu d’accusations sont plus dénigrantes que celle de platiste. Jusqu’à une époque récente, la croyance que la Terre est plate était invariablement frappée du sceau de l’infamie intellectuelle. C’était quelque chose dont on ne se vantait pas publiquement.

Les choses ont commencé à changer à partir des années 2010, où cette idée saugrenue est devenue une tendance. Certes minoritaire, mais constante au sein des communautés que l’on qualifie de « complotistes ». Qu’est-ce qui a favorisé ce changement ?

Pour beaucoup d’entre nous, la vision de la Terre plate est associée au Moyen Âge, avant la découverte des

Terre plate On nous aurait menti ?

En réalité, cette croyance n’a rien de moyenâgeux. Elle ne remonte même pas à l’Antiquité. C’est un obscur charlatan du XIXe siècle qui aurait lancé cette théorie sans trop y croire, surtout pour se faire un nom en vitupérant les élites.

UN PSY AU CINÉMA

LAURENT BÈGUE-SHANKLAND

professeur de psychologie sociale à l’université Grenoble-Alpes et membre de l’Institut universitaire de France, directeur de la maison des sciences humaines Alpes.

Gourou

les dérives sectaires du développement personnel

Quand un coach superstar étend son emprise sur ses adeptes à coups d’arguments pseudo-scientifiques, l’ombre de la secte plane. Un risque de dérive dénoncé de plus plusieurs années par les institutions.

L«À VOIR

Gourou de Yann Gozlan, sorti le 28 janvier 2026.

evez-vous ! Épaules droites. Vous aidez votre système hormonal, vous doublez votre testostérone. » Matthieu Vasseur (Pierre Niney), numéro un français des coachs en développement personnel, électrise une salle pleine à craquer, qui scande son mantra : « Ce que tu veux, c’est ce que tu es. » Tonique, oreillettes en place, micro façon Madonna collé au visage, il quitte la scène, fend la foule et s’arrête net devant Julien, petite barbe et sourire tendu. En une seconde, le participant invisible, aussitôt projeté sur un écran immense par l’équipe de régie, devient le point focal d’une salle bondée,

suspendue à ses lèvres. « Coach Matt » l’interpelle, fouille son histoire, diagnostique un système limbique dysfonctionnel, puis l’amène à mettre des mots sur un traumatisme d’enfance. L’aveu d’un viol propulse l’anonyme au centre du récit, presque au rang de héros. « Ta volonté est plus forte que ta mémoire », exulte le coach. La salle s’embrase : musique, clameurs, ferveur collective. La foule le soulève, les larmes cèdent à l’euphorie. « Je ne vais pas te lâcher », assène le coach, maître absolu de la transe collective. Mais il en sera tout autrement. La dégringolade tragique de Julien,

À MÉDITER

À quoi bon procréer ?

CHRISTOPHE ANDRÉ médecin psychiatre et psychothérapeute.

I«l y a des jours où le manque d’ogres se fait cruellement sentir. » Alphonse Allais, écrivain de la Belle Époque, était agacé par les enfants. Sans doute aurait-il soutenu l’idée récente de la SNCF d’offrir aux voyageurs soucieux de calme un wagon garanti sans marmaille. Mais peut-être n’aurons-nous bientôt plus besoin des ogres pour nous débarrasser des enfants turbulents : et s’ils étaient une espèce en voie de disparition ?

Comme dans tous les pays européens, la fécondité en France est passée de 2 enfants par femme en 2014 à 1,6 en 2025 ; insuffisant, donc, pour le renouvellement des générations. La tendance s’amplifie et se généralise au niveau mondial. Ce phénomène semble être la conséquence d’une baisse du désir d’enfant, et dans ce désir d’enfant, d’une baisse de ce qui paraît être le nombre d’enfants idéal. Entre 1998 et 2025, dans notre pays, ce nombre est passé pour les femmes de 2,5 enfants souhaités à 1,9.

La liste des explications à ce mouvement de fond est fort longue. À commencer par les difficultés matérielles faisant obstacle au désir

d’enfant : manque de logements et de places en crèche, coût financier de la parentalité… Mais aussi les évolutions des styles de vie : dans nos sociétés des loisirs et de la consommation, les « bons parents » font place aux joyeux consommateurs, soucieux de qualité de  vie personnelle plutôt que de « réarmement démographique ». Comment ne pas parler des progrès législatifs et de la disparition du devoir conjugal, ainsi que la nécessité (légitime) d’un consentement mutuel pour un échange sexuel, même dans un cadre marital ? Ou des progrès de la contraception, qui ont dissocié la sexualité de la procréation ?

Et puis, il y a bien sûr les changements sociaux : autrefois les enfants étaient une forme d’assurance retraite, que l’État prend aujourd’hui en charge. Les parents ont maintenant la pression : leur métier est devenu compliqué… Il fut un temps où, après avoir mis des enfants au monde, il s’agissait tout juste de les nourrir. Puis, à partir du XIX e siècle, il a fallu leur assurer une éducation correcte – et à partir du XX e siècle, il faut s’occuper de leur bonheur, de leur estime de soi et

leur épanouissement. Nourrir, éduquer, épanouir : trop de responsabilités, finalement dissuasives ?

Mais surtout, quand on parle d’enfants, on regarde forcément vers l’avenir. Or celui-ci est chargé d’inquiétudes. Écoanxiété, crainte du retour des guerres, incertitude face aux changements de nos sociétés… Les sujets de préoccupation voire d’angoisse ne manquent pas. Et on sait à quel point les personnes les plus anxieuses sont moins tournées vers le désir d’enfant : seuls 35 % des 25-39 ans très inquiets de l’avenir comptent avoir un enfant, contre 46 % des moins inquiets.

Plus d’écrans, moins de câlins

Nous passons, enfin, de moins en moins de temps ensemble… ce qui est en général nécessaire pour faire des petits. Les bouleversements technologiques touchant nos modes de vie, l’activité sexuelle est aujourd’hui concurrencée par les activités numériques (télévision, réseaux sociaux, jeux vidéo). Lorsqu’on interroge les jeunes de moins de 35 ans vivant en couple sous le même toit,

50 % des hommes et 42 % des femmes reconnaissent avoir déjà évité un rapport sexuel pour regarder une série ou un film.

De fait, la proportion des Français ayant eu un rapport au cours des 12 derniers mois n’a jamais été aussi faible en cinquante ans : 76 % en moyenne, soit une baisse de 15 points depuis 2006. Et ce n’est pas dû qu’au vieillissement de la population ; en effet, cette montée de l’inactivité sexuelle affecte particulièrement les jeunes : 28 % des 18-24 ans initiés sexuellement disent ne pas avoir eu de rapport en un an, soit cinq fois plus qu’en 2006 (où ils n’étaient que 5 %). On peut noter au passage que l’étude Ifop sur cette sex recession dont nous citons les chiffres ici a été commandée par une société fabriquant des sex-toys ; le développement de ce marché ne va évidemment pas arranger, lui non plus, la question démographique !

Dans quelques mois, les jeunes âgés d’au moins 29 ans recevront une lettre du gouvernement les enjoignant à faire des enfants… Apparemment, ce qui était autrefois une évidence et une nécessité de survie pour les groupes

humains – faire des enfants pour assurer l’avenir – s’est transformé en option, puis en contrainte. Nous l’avons vu, les raisons à ce phénomène sont complexes et nombreuses. Et les solutions relèveront de la même multiplicité et de la même complexité : augmenter le nombre de places en crèche ne suffira pas. Bon courage à nos politiques !

D’autant qu’un des éléments dont nous n’avons pas encore parlé a peutêtre été cerné par Edmond et Jules de Goncourt, quand ils écrivaient dans leur Journal : « L’enfant n’est que lui, ne voit que lui, n’aime que lui, et ne souffre que de lui : c’est le plus énorme, le plus innocent et le plus angélique des égoïstes. » Pour certains observateurs à l’œil sombre, nous sommes devenus une société d’enfants gâtés : égoïstes, ne voyant que nous, n’aimant que nous. Alors, pourquoi nous encombrer en mettant au monde des enfants, qui vont concurrencer et entraver notre narcissisme et notre autosuffisance ? £ ££

Écoanxiété, crainte du retour des guerres, incertitude face aux changements de nos sociétés : l’inquiétude liée à l’avenir est peu propice au désir d’enfant.

bibliographie

H. Thélot, Bilan démographique 2024, Insee première, n° 2033, 2025.

Ifop pour LELO, La “sex recession” : les Français font-ils moins l’amour ?, étude réalisée par questionnaire autoadministré en ligne du 29 décembre 2023 au 2 janvier 2024 auprès d’un échantillon de 1 911 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

La contraction des fibres musculaires libérerait plus de 600 types de molécules différentes aux effets stimulants pour nos neurones, et anti-inflammatoires.

santé & bien-être

NEUROBIOLOGIE

en bref

£ Les recherches récentes en biologie cellulaire identifient les myokines, des molécules produites par les muscles et bénéfiques pour le cerveau.

Quand le muscle fait du bien au cerveau

Libérées durant l’effort, les myokines sont des molécules bienfaitrices qui stimulent nos neurones, apportant une protection contre la dépression et le déclin cérébral. Le point sur les recherches permettant d’obtenir un effet optimal.

£ Ces composés seraient efficaces pour stimuler la mémoire, éviter la dépression, voire la maladie de Parkinson.

£ La pratique d’un sport d’endurance ou de renforcement musculaire (voire les deux) protégerait idéalement le cerveau dès l’adolescence.

L’ENVERS DU DÉVELOPPEMENT PERSONNEL

Éduquer sans punir ?

Que de mal n’a-t-on pas dit au sujet de la punition… Surtout aujourd’hui, où les pédagogies humanistes et libertaires reviennent sur le devant de la scène éducative. Sous l’influence de la pédagogie positive, son usage est régulièrement décrié, voire diabolisé : certains affirment même qu’elle abîmerait le cerveau ! Mais c’est mal connaître notre boîte à neurones que d’affirmer de telles inepties. En réalité, c’est une application inadéquate de la punition qui est problématique ; mise en œuvre dans les règles de l’art, elle relèverait au contraire de la bienveillance, et constituerait un outil de changement indispensable et efficace.

Plaisir et souffrance

Revenons aux origines, pour comprendre le mécanisme de la punition. Survivre : telle est la mission première du cerveau. À cette fin, il est doté de différents circuits, dont deux inscrits dans les couches profondes et archaïques de l’encéphale : le circuit de la récompense impliquant notamment l’aire tegmentale ventrale et le noyau accumbens, et un autre

YVES-ALEXANDRE THALMANN

professeur de psychologie au collège Saint-Michel, collaborateur scientifique à l’université de Fribourg, en Suisse.

activant particulièrement l’amygdale et l’hypothalamus lors d’expériences désagréables, provoquant des réponses de fuite ou de lutte. Le premier procure du plaisir afin que l’organisme cherche à reproduire le comportement qui lui est bénéfique, alors que le second joue avec le désagrément et la souffrance afin d’éviter les comportements nuisibles à l’avenir. La nature est indiscutablement punisseuse : c’est le moyen qui a été mis au point pour que les êtres vivants évitent les actions dangereuses ou nocives pour eux.

Avant même l’identification de ces circuits neuronaux, le psychologue américain Burrhus Frederic Skinner, énonça le principe de conditionnement opérant, selon lequel tout agissement récompensé voit sa probabilité d’être reconduit augmentée, alors que ceux qui sont suivis d’une conséquence désagréable, une punition, ont tendance à moins se reproduire.

Le conditionnement opérant obéit à des règles très précises, mais est souvent mal compris. Certains pédagogues clament ainsi qu’en matière d’éducation, la récompense est préférable à la

punition. C’est un peu comme asséner que le moteur est préférable aux freins dans un véhicule : essayez donc de lâcher les gaz pour voir la distance nécessaire pour vous arrêter ! N’oublions pas que les deux mécanismes visent des fins distinctes et non interchangeables : le renforcement vise à favoriser les agissements souhaitables, alors que la punition cherche au contraire à éteindre les velléités d’actions jugées indésirables. Par exemple, il est impératif qu’un enfant qui s’apprête à courir sur une route fréquentée pour récupérer son ballon soit stoppé net dans son élan et qu’il ne réitère plus ce geste dans l’avenir.

Alors, où est le problème ? Il vient du fait que la punition est souvent mal dispensée. Prenons le cas de parents qui tentent de préserver une belle image d’eux-mêmes et se font un point d’honneur à ne pas punir leurs enfants. Petit souci, à la suite de désobéissances répétées par leurs enfants, ils s’énervent, élèvent le ton et finissent par céder à la colère. Ils punissent alors de manière incontrôlée et irréfléchie, parfois même brutale – rappelons que

la fessée a été officiellement interdite en France en 2019. Ensuite, pris de remords, ils s’en veulent et lèvent la punition : la privation d’écran ou de sortie d’un mois est alors réduite à quelques jours, voire quelques heures.

La clé : des règles fiables

Or, qu’apprend un enfant lorsqu’un parent s’emporte, crie et énonce une menace qu’il ne met pas à exécution ? Que l’adulte n’est pas cohérent et surtout que lui-même n’a aucune raison de changer de comportement. Tout l’inverse d’une règle de comportement édictée de manière claire, avec des sanctions connues à l’avance et tenues en cas de transgression.

Nul doute qu’une punition associée à des mauvais traitements, des humiliations, châtiments corporels et autres brimades, occasionne des dégâts (les recherches le confirment). Pour les comportementalistes, en revanche, il s’agit de l’application d’une loi naturelle pour induire un changement. Aucune violence ne lui est inhérente, mais une logique tout à fait compatible avec le respect et la bienveillance,

du moment qu’elle est mise en œuvre de manière adéquate.

Les circuits cérébraux impliqués dans la punition ont été façonnés en des temps immémoriaux, alors que les dangers qu’il fallait combattre et éviter étaient ceux, plutôt élémentaires, provenant d’une nature hostile. Dans la complexité du monde actuel, il est illusoire de faire toutes les expériences nécessaires pour apprendre à éviter les comportements problématiques. C’est là qu’intervient la bienveillance parentale : imaginons un enfant qui souhaiterait se nourrir uniquement de sucreries. Devrait-on le laisser faire ?

Et attendre qu’il paie le prix au niveau de sa santé ou de sa dentition ?

Au contraire, en mettant en place un système de renforcement et de punition (pas de dessert si pas de légumes durant le repas, par exemple), les parents agissent clairement pour le bien de l’enfant, donnant raison au poète perse Saadi (~ 1210-1291) : « Celui qui n’a pas subi les sévérités d’un maître subira les sévérités de la vie. » £

La psychologie positive a beaucoup décrié les punitions. Mais c’est mal connaître le fonctionnement de nos neurones...

bibliographie

J. Choi et al., Preliminary evidence for white matter tract abnormalities in young adults exposed to parental verbal abuse, Biol. Psychiatry, 2009.

M. Frank et al., By carrot or by stick : Cognitive reinforcement learning in parkinsonism, Science, 2004.

A. Naouri, Éduquer ses enfants, l’urgence aujourd’hui, Odile Jacob, 2008.

David Dunning

chercheur en psychologie sociale à l’Université du Michigan et codécouvreur de l’effet Dunning-Kruger.

MÉTACOGNITION

L’effet Dunning-Kruger nous touche tous un jour ou l’autre

Découvert en 1999, l’effet Dunning-Kruger veut que moins on en sait sur un sujet, plus on se surestime.

Codécouvreur de cet effet, David Dunning revient sur ce biais de la pensée inhérent à l’espèce humaine.

Propos recueillis par Corey S. Powell, journaliste scientifique

L’effet Dunning-Kruger désigne un étrange biais cognitif qui nous affecte tous : les individus peu formés sur un sujet croient souvent le maîtriser mieux que les autres. C’est ainsi que certains n’hésitent pas à diagnostiquer leurs propres problèmes médicaux, même complexes, en se documentant sur internet, tandis que d’autres s’imaginent pouvoir résoudre facilement leurs problèmes de plomberie. Et nous cédons tous à des excès de confiance que nous avons évidemment le plus grand mal à débusquer…

Les chercheurs en psychologie sociale David Dunning, désormais à l’université du Michigan, aux États-Unis, et Justin Kruger, à l’université de New York, ont décrit cet effet dans un article de 1999, resté depuis célèbre. À la suite d’une série d’enquêtes par questionnaires d’autoévaluation et de tests, ils ont découvert que les étudiants d’une université (Cornell, aux États-Unis) qui avaient obtenu les moins bons résultats se croyaient bien mieux classés parmi leurs camarades. Le début d’une longue série de recherches pour documenter ce phénomène…

L’effet Dunning-Kruger est un terme qui ressort souvent lors des disputes, en particulier sur internet, pour prétendre qu’un adversaire ne sait pas de quoi il parle. Qu’est-ce que cela vous fait de voir vos recherches devenir une référence de la pop culture ?

David Dunning C’est étrange, parce que la célébrité auprès du grand public n’a rien à voir avec la notoriété scientifique ou académique. Je ressens probablement ce

que Jack White, chanteur et guitariste du groupe The White Stripes, ressent avec le riff de Seven Nation Army [un passage de guitare célébrissime repris dans tous les stades de football, ndlr]. Il est partout, sur toute la planète. Son auteur est ravi qu’une de ses compositions soit devenue un air populaire. Je pense la même chose de la diffusion de mes recherches, mais je regrette que les gens les utilisent pour s’insulter, car il s’agit avant tout d’introspection, de comprendre qu’il y a des choses que l’on ne sait pas. Le but n’est pas de juger autrui.

Ce texte est une traduction de l’interview David Dunning : « Overcoming Overconfidence », paru sur le site Openmindmag.org.

psycho

PSYCHOPATHOLOGIE

En 2000, Donald Trump et sa future épouse Melania posent au club de Mar-a-Lago en compagnie de Jeffrey Epstein et de sa comparse Ghislaine Maxwell, qui sera aussi impliquée dans l’affaire de réseaux pédocriminels.

© Davidoff Studios Photography

Laurent Bègue-Shankland

professeur de psychologie sociale à l’université

Grenoble-Alpes et membre de l’Institut universitaire de France, directeur de la maison des sciences humaines Alpes.

Affaire Epstein Sommes-nous gouvernés par des psychopathes ?

Ils sont riches, puissants et sans empathie. Ils méprisent la loi et la morale. Autant de caractéristiques de la psychopathie. Un constat glaçant qui pose la question du lien entre pouvoir et perversion.

en bref

en bref

£ L’affaire Epstein fait apparaître un schéma récurrent : des individus hauts placés, jouissant d’un pouvoir considérable et œuvrant en réseau.

£ L’essentilel u soleil, mais aussi les éclairages puissants comme les panneaux LED, stimulent notre cerveau via des cellules spéciales récemment découvertes dans notre rétine.

£ La connexion entre le pouvoir et la psychopathie ressort de nombreuses enquêtes psychologiques : plus on monte, plus l’air est vicié.

£ Une fois ces cellules activées, notre organisme sécrète du cortisol et de l’orexine, qui renforcent l’attention, et un facteur de croissance qui stimule la formation de nouveaux neurones.

£ Tendance narcissique, aptitude à manipuler et manque d’empathie pour ses semblables : tels sont les grands traits de la personnalité psychopathique.

£ Le plus efficace est de s’exposer très tôt à la lumière le matin, mais en en limitant les sources lumineuses – comme les écrans – à la nuit essentiel.

£ Le pouvoir transforme la personnalité. Ces mécanismes devraient être enseignés pour assurer la bonne santé de nos démocraties.

MON CERVEAU & MOI

JEAN-PHILIPPE LACHAUX

directeur de recherche à l’Inserm, au Centre de recherche en neurosciences de Lyon.

Comment bien négocier son salaire ?

Ça y est, vous êtes devant votre supérieur et devez le convaincre de vous augmenter. C’est le moment d’appliquer une technique quasi imparable pour l’amener au but souhaité. Une technique qui a fait ses preuves sur des millions d’utilisateurs de TikTok...

La dernière fois que vous vous êtes rendu sur votre réseau social préféré, vous ne vous êtes pas rendu compte du temps qui passait. Vous avez scrollé, visionné vidéo après vidéo, et une heure après vous avez constaté que la nuit était tombée. Que s’est-il passé ? Votre attention était happée par le flux, et à aucun moment vous n’avez eu de temps mort pour vous dire : « Est-ce que je veux vraiment regarder ce que je regarde ? » Ce qui s’est produit à ce moment-là dans votre cerveau est exactement ce que vous devez parvenir à recréer dans celui de votre interlocuteur lors d’une négociation. Suspendre sa pensée critique. Nous allons voir comment, sans jamais perdre de vue les limites que doivent fixer l’éthique et le sens de la morale.

Du point de vue des neurosciences, une négociation peut être envisagée comme un cheminement, au cours duquel les participants passent par une succession d’états mentaux. Par exemple, l’état où votre supérieur reconnaît que vous avez correctement accompli vos missions de l’année ; puis celui où il comprend que l’efficacité de votre service repose en grande partie sur votre action ; un peu plus tard encore, celui où il admet implicitement que d’autres opportunités professionnelles pourraient s’offrir à vous…

Votre rôle, dans une négociation salariale, consiste alors à vous assurer que chacun de ces états est atteint à un moment donné – si possible dans un ordre que vous jugerez pertinent – jusqu’à

L’INTERVIEW DES LABOS

LUCIE BERKOVITCH

Les psychédéliques sont une révolution dans le traitement de la dépression

Quand aucun traitement n’est efficace contre la dépression, une nouvelle voie thérapeutique s’ouvre : recourir à des composés hallucinogènes, ou psychédéliques. La chercheuse en neurosciences Lucie Berkovitch nous invite dans le monde fascinant du LSD, de la psilocybine et de la mescaline…

Qu’entend-on au juste par composés psychédéliques ?

Lucie Berkovitch : Ce sont les substances chimiques qui suscitent une expérience psychédélique : des modifications visuelles, parfois auditives, des changements de perception du temps et de l’espace… En se fixant sur certains récepteurs moléculaires présents à la surface de nos neurones, et plus particulièrement sur un de ceux de la sérotonine appelé « 5-HT2A ». Ce sont souvent des extraits naturels – la psilocybine est présente dans un champignon ; la diméthyltryptamine (DMT) est issue de plantes utilisées

dans le breuvage à base d’ayahuasca (décoction d’une liane d’Amérique centrale) ; la mescaline se trouve dans un cactus, le peyotl –, mais il existe aussi des produits de synthèse, notamment le LSD, obtenus en laboratoire.

Depuis quand étudie-t-on ces effets hallucinogènes ?

L. B. : Certaines communautés en consommaient il y a des millénaires. Mais ce n’est qu’au milieu du XXe siècle, quand les psychédéliques sont arrivés en Occident, que des scientifiques se sont intéressés à leurs effets sur le cerveau. À ce

moment, la structure moléculaire de certaines de ces substances a été identifiée. Après une période d’interdiction à partir des années 1970, les recherches n’ont pu reprendre que depuis une vingtaine d’années. Aujourd’hui, elles sont très actives, car on se rend compte que ces composés sont très efficaces pour traiter divers troubles psychiques.

Justement : quels troubles soigne-t-on avec ces molécules ?

L. B. : Pour l’instant, nous n’en sommes qu’au stade des essais

Propos recueillis par Margot Brunet

LUCIE BERKOVITCH

psychiatre, responsable des recherches sur les psychédéliques à l’hôpital Sainte-Anne, à Paris.

LE CAS CLINIQUE

neurologue au CHU de Grenoble-Alpes, au laboratoire de psychologie et neurocognition de Grenoble au sein de l’équipe Commet – Conscience, mémoire et métacognition.

Élise et la cigarette imaginaire

Admise au service de neurologie, cette femme croit fumer une cigarette alors qu’elle ne tient rien entre ses doigts. En fait, sa main a échappé à son contrôle. La conséquence d’une rupture des connexions entre ses deux hémisphères cérébraux…

en bref

£ Le comportement d’Élise est surprenant pour son entourage : elle fait le geste de fumer, sans même s’en rendre compte, et sans cigarette.

£ Les scientifiques constatent que les neurones assurant la communication entre les deux moitiés de son cerveau sont rompus.

£ Une des conséquences de ce fait est que sa main gauche agit désormais indépendamment de sa volonté… et fume quand bon lui semble.

À la fin, qu’avez-vous retenu ?

Après avoir lu une information, votre cerveau en forme une trace plus ou moins robuste qui va permettre d’y accéder de nouveau par la suite. Ce test vous aidera à évaluer la force de cette trace dans votre cerveau et à la consolider par « réencodage ». Petit indice… toutes les réponses se trouvent dans les pages de votre numéro !

La loi de l’effet qui stipule qu’un comportement est plus susceptible d’être reproduit s’il est suivi d’une satisfaction, et d’être abandonné s’il en résulte un désagrément. Les travaux de Thorndike ont inauguré le mouvement du béhaviorisme. Plus tard, les neurosciences ont montré que notre cerveau est équipé de circuits de la récompense qui renforcent le comportement en cas de succès, et de circuits de la sanction qui le rendent moins probable en cas de conséquence négative.

(référence : article page 58)

c) Principalement au XIX e  siècle. Deux charlatans professèrent alors cette thèse auprès des foules pour accroître leur notoriété et fustiger les élites. Avant eux, deux obscurs érudits du XII e  siècle avaient vainement tenté de soutenir cette idée au sein de l’Église. Les Anciens, eux, savaient depuis longtemps que la Terre était ronde. (référence : article page 38)

Les psychédéliques. LSD, psilocybine, mescaline : ces composés remodèlent les circuits du cerveau en enclenchant des mécanismes de neuroplasticité, de sorte qu’une psychothérapie devient alors très efficace. Ils stimulent aussi les aires visuelles, ce qui donne lieu à des hallucinations, dont on étudie la contribution –ou non –à l’effet thérapeutique.

(référence : article page 78)

c) Le plus souvent, le pouvoir s’effondre quand les proches du leader sentent le vent tourner et cessent de lui apporter leur soutien. Cette explication porte le nom de « théorie de la défection des élites ».

(référence : article page 34)

Le syndrome de la main étrangère. À la suite d’une rupture des connexions entre les deux hémisphères du cerveau, la main gauche obéit uniquement à l’hémisphère droit, qui ne communique plus avec les centres du langage situés dans l’hémisphère gauche. La main étrangère devient alors imperméable à toute instruction verbale.

(référence : article page 82)

Ce terme désigne les prescriptions d’optimisme qui imprègnent l’univers du coaching (environ 15 000 professionnels actifs en France). Lorsque l’injonction à rester positif devient incantatoire et déconnectée de la réalité, elle peut devenir oppressive et même nocive. « Ce qui ne te tue pas te rend plus fort », « Ton échec est une chance », « Ce que tu veux, c’est ce que tu es » : de telles phrases peuvent provoquer un effondrement émotionnel chez les personnes peu sûres d’elles.

(référence : article page 42)

La croyance que la Terre est plate remonte :

a) au Moyen Âge

b) à l’Antiquité c) au XIXe siècle

D’où vient le terme « neurodiversité » ?

Le plus souvent, la chute d’un régime autocratique est provoquée par :

a) des émeutes

b) une intervention étrangère

c) l’abandon du leader par son cercle proche

Quelle loi fondamentale du comportement énonça en 1911 le psychologue américain Edward Thorndike ?

La théorie de la dissonance cognitive. Selon cette théorie, nous éprouvons de l’inconfort lorsque nos convictions entrent en conflit avec nos actes. Nous nous arrangeons alors pour modifier les premières… ou les seconds. Festinger a montré que nous préférons souvent ajuster nos croyances que de changer nos actes (ainsi, plutôt que de cesser une activité mauvaise pour la planète, on préfère se persuader qu’elle n’est pas si néfaste). (référence : article page 90)

Il s'agit de l'effet Dunning-Kruger, identifié en 1989 par les psychologues David Dunning et Justin Kruger. Il stipule que plus on acquiert de connaissances sur un sujet, plus on prend conscience de l’étendue de ce qui reste à apprendre. À l’inverse, ignorant de tout, on reste aveugle à ce qu’il faudrait savoir…

(référence : article page 60)

Qu’est-ce que la positivité toxique ?

Quelle classe de médicaments, efficaces contre la dépression, les addictions ou l’anxiété, provoque des hallucinations visuelles ?

Quand une personne s'exprime beaucoup sur un sujet sans rien y connaître, de quel effet psychologique est-elle la victime ?

Que se passe-t-il si on demande à une personne puissante (politique, PDG, chef d’équipe) de dessiner un E sur son propre front ?

Comment appellet-on le syndrome dans lequel la main gauche agit indépendamment de la volonté de son propriétaire ? Quelle théorie a été inventée par le psychologue Leon Festinger, dans les années 1950 ?

Il l’écrit dans le sens lisible pour lui, sans se préoccuper que cela le soit pour ses interlocuteurs. Au contraire, une personne qui n’est pas en position de pouvoir l’écrit spontanément de manière inversée, de sorte que la lettre soit lisible par les autres. Elle fait l’effort de prendre en compte le point de vue d’autrui –une des caractéristiques de l’empathie cognitive. (référence : article page 66)

Il a été créé par une sociologue et chercheuse australienne, Judy Singer, dans les années 1990. Ayant eu plusieurs proches autistes, elle décida de changer la façon d’aborder ce trouble en parlant d’un fonctionnement différent au lieu d’une pathologie. (référence : article page 28)

Cerveau

Un homme mû par une conviction ne change pas facilement d’avis.
££
– Leon Festinger

Leon Festinger (1919-1989) est un psychologue américain, fondateur de la théorie de la dissonance cognitive. Il est connu pour avoir montré que lorsque les faits contredisent nos croyances, nous les réinterprétons de manière à réduire le conflit intérieur qui résulte de cette contradiction. Il infiltra notamment une secte d’adeptes persuadés que le monde allait s’écrouler à une date déterminée. Loin de laisser tomber leurs croyances face à l’échec de leur prophétie, ils expliquèrent au contraire que leurs prières avaient évité la catastrophe.

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Cerveau & Psycho n°186 - avril 2026 - La neurodiversité by Pour la Science - Issuu