PROVOQUER
DES VERTIGES ?

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PROVOQUER

Le podcast de Cerveau & Psycho en partenariat avec l’Institut du Cerveau Alzheimer : l’IA au service du diagnostic
www.cerveauetpsycho.fr/sr/braincast/ 10ème épisode





10ème épisode avec Dr Ninon Burgos interviewée par Sébastien Bohler












Chercheuse en imagerie médicale


N° 147

p. 12-14
Thomas Similowski
Pneumologue et directeur de l’unité de recherche Neurophysiologie respiratoire expérimentale et clinique (Inserm-Sorbonne Université), il nous présente une étude fascinante sur l’impact de la respiration yogique sur le cerveau.

p. 34-45
Jérôme Palazzolo
Médecin psychiatre à Nice, il est spécialisé en psychopharmacologie et en thérapie cognitivocomportementale. Il est aussi professeur de psychologie clinique et médicale à l’université internationale de la langue française de Senghor, à Alexandrie, et chercheur au laboratoire Lapcos de l’université Côte-d’Azur.

p. 54-59
Alexis Bourla
Psychiatre, praticien hospitalier contractuel dans le service de psychiatrie de l’hôpital Saint-Antoine, à Paris, il est spécialiste des troubles mentaux « résistants » et de la neurostimulation. Il a également, entre autres, fondé la start-up Cline Research, qui œuvre pour démocratiser la recherche clinique.

p. 86-91
Doreen Huppert
Neurologue au Centre du vertige et de l’équilibre de Munich, elle consulte spécifiquement pour les formes de vertiges inexpliqués, liés au stress et à des conduites d’évitement de type phobique.

Rédacteur en chef
En 1975, le psychologue américain Martin Seligman plaça une souris dans un tube à essai rempli d’eau. La souris essaya de nager et de s’accrocher aux parois pour survivre. Mais la paroi était lisse et tous ses efforts furent vains. L’ayant compris, elle finit par se laisser aller, résignée. Seligman appela ce comportement « désespérance apprise » et en fit un modèle pour expliquer de nombreuses formes de dépression : quand les circonstances sont trop dures, on finit par « lâcher » mentalement et par cesser de lutter, sombrant dans l’apathie et l’abattement.
Les parois de notre monde offrent peu d’aspérités. Épidémie de Covid, guerre en Europe, inflation galopante, sécheresse et menaces sur les rendements agricoles, catastrophe climatique en ligne de mire : il y a bien longtemps que nous ne nous étions pas à ce point sentis comme des petites souris abandonnées dans un tube.
Mais Seligman n’avait pas dit son dernier mot. Pour échapper au syndrome du tube, il inventa la psychologie positive. Un ensemble de pratiques destinées à favoriser les émotions qui protègent contre le renoncement, comme la joie, la gratitude et l’amour. Dans le dossier central de ce numéro, les spécialistes de ces bonnes pratiques expliquent que prendre soin de soi, passer du temps avec ses amis, former des projets sont autant d’attitudes au quotidien qui aident à rester dans la zone claire de l’existence, même dans un monde qui s’assombrit. Une « espérance apprise », en somme, en forme de pied de nez aux maux du temps présent. £

p. 6 ACTUALITÉS
Je parle trop ?
Jardiner contre l’anxiété !
S’ennuyer, est-ce si terrible que cela ?
Vers un implant antidouleur ?
Un langage bébé universel ?
La patience, ça s’apprend !
p. 12 NEUROSCIENCES
Yoga : la respiration qui détoxifie le cerveau
En stimulant la circulation du liquide céphalorachidien, la respiration yogique réalise un nettoyage cérébral profond… Thomas Similowski
p. 16 NEUROSCIENCES
Synapses : la force de la décroissance
C’est en éliminant des synapses que votre cerveau acquiert de nouvelles capacités. Frank Luerweg




Scarification : l’apaisement dans la douleur
Nina a 14 ans et se provoque de profondes blessures aux bras. Que cherche-t-elle à travers cela ?
p. 34 PSYCHOLOGIE POSITIVE 7 CLÉS POUR PRÉVENIR LA DÉPRESSION
Manque d’entrain, fatigue… il faut redresser la barre. Des pratiques issues de la psychologie positive se révèlent salutaires.
Jérôme Palazzolo
p. 42 MÉDECINE SUIS-JE DÉPRESSIF ?
Apprendre à faire la différence entre coup de blues et vraie dépression est indispensable pour ne pas sombrer.
Jérôme Palazzolo
p. 46 NEUROPLASTICITÉ GUÉRIR GRÂCE À LA PLASTICITÉ CÉRÉBRALE
La capacité des neurones à se remodeler est un facteur déterminant de la guérison.
Claus Normann et Stefan Vestring
p. 54 INTERVIEW LES CAUSES SONT PARFOIS BIOLOGIQUES
Certaines dépressions sont en réalité causées par une maladie… du corps.
Ce numéro comporte un courrier de réabonnement, posé sur le magazine, sur une sélection d’abonnés. En couverture : © Klaus Vedfelt/Gettyimages
Alexis Bourla

p. 60-73


p. 74-91


p. 92-97

p. 60 PSYCHOLOGIE SOCIALE
Le pouvoir change-t-il le cerveau ?
Dès qu’un individu se hisse au-dessus des autres, son cerveau se transforme.
Theodor Schaarschmidt
p. 68 L’ENVERS DU DÉVELOPPEMENT PERSONNEL

YVES-ALEXANDRE THALMANN
Rêve lucide : est-ce bien réel ?
Se rendre compte que l’on rêve, oui – mais en maîtriser le déroulement, voire !
p. 72 RAISON ET DÉRAISON

NICOLAS GAUVRIT
Variole du singe : quand l’esprit refuse
le hasard
Les adeptes des théories du complot sur la variole du singe semblent avoir une puissante aversion pour le hasard.
p. 74 BIEN-ÊTRE
Sentir son corps de l’intérieur
La perception des organes internes joue un rôle clé dans nos émotions et nos décisions. Frank Luerweg
p. 80 L’ÉCOLE DES CERVEAUX

JEAN-PHILIPPE LACHAUX
Attentif sans effort !
En entraînant son attention à se porter régulièrement au bon endroit, le procédé, devient naturel.
p. 84 LA QUESTION DU MOIS
L’intelligence dépend-elle de la taille du cerveau ?
Jakob Pietschnig
p. 86 PATHOLOGIE
Vertiges inexpliqués : et si c’était phobique ?
Le vertige phobique, sans cause organique précise, se soigne heureusement assez bien.
Doreen Huppert
p. 92 SÉLECTION DE LIVRES
Votre anxiété est un superpouvoir
La Psychologie de l’enfant en trente questions
L’Effet Werther
Paul Valéry, amoureux de son cerveau
Libérons-nous de la douleur Mes hormones et moi
p. 94 NEUROSCIENCES ET LITTÉRATURE

SEBASTIAN DIEGUEZ
Désert des Tartares : quand nos habitudes nous enferment
Le chef-d’œuvre de Dino Buzzati montre bien comment notre cerveau nous conforte dans nos repères stables, mais ne prend pas forcément en compte nos aspirations profondes.
p. 12 Focus p. 16 Synapses, la force de la décroissance p. 24 Scarification, l’apaisement dans la douleur
Par la rédaction
PSYCHOLOGIE SOCIALE
Mener une conversation roulante pour faire bonne impression, ou rester discret pour ne pas raser ses hôtes ?
La réponse n’est peut-être pas celle que l’on croit.
Q. Hirschi et al., Speak Up ! Mistaken Beliefs About How Much to Talk in Conversations, Personality and Social Psychology Bulletin, juillet 2022.
Imaginez rencontrer pour la première fois un collègue, un client ou un potentiel flirt. La question se pose inévitablement : faut-il parler beaucoup, modérément, ou rester sur sa réserve ? Une attitude discrète montrera votre disponibilité et votre capacité d’écoute – qualités fort prisées ! Mais, à l’inverse, se montrer prolixe éveillera peut-être l’intérêt de votre interlocuteur et véhiculera une image à la fois chaleureuse et distrayante.
De l’avis d’une majorité de personnes, il est préférable d’être à l’écoute et ne pas trop envahir l’espace sonore. Ce serait la méthode la plus sûre pour renvoyer à la fois une image de courtoisie, de profondeur et de respect. Nous le savons bien : rien de plus insupportable que ces m’as-tu-vu qui pérorent sans jamais laisser leurs voisins glisser un seul mot dans toute la conversation...
La prédominance de cette idée a été vérifiée par une équipe de chercheurs de l’université de Virginie, sous
la houlette de la psychologue sociale
Quinn Hirschi. Dans cette expérience, les chercheurs demandaient à des participants de s’imaginer dans une conversation avec un individu, prénommé Taylor. Au cours de cette conversation, ils étaient chargés de répartir les temps de parole selon leur convenance : par exemple 30 % du temps pour eux-mêmes et 70 % pour Taylor, ou 50-50, ou encore 70-30.
Cette estimation devait être réalisée en poursuivant, selon le cas, deux objectifs différents : soit paraître intéressant, soit être apprécié de Taylor. Eh bien, cette première phase de l’étude a montré que les gens pensent en moyenne que pour être intéressant il faut parler plus que son interlocuteur. Mais en revanche, pour être apprécié, il faut parler moins.
Or voilà typiquement une croyance démentie par les faits. En effet, la suite de l’étude a consisté à plonger les participants dans une vraie conversation avec Taylor. Et là, les choses ont été bien différentes : il s’avère que les individus sont plus appréciés quand ils parlent davantage que leur interlocuteur : l’optimum se situe aux alentours de 60 %.
La stratégie la plus sûre consisterait ainsi à parler un peu plus que la moitié du temps (entre 50 % et 60 %, cela représente la zone de sécurité, car au-delà le bénéfice diminue assez clairement). Quant à l’intérêt maximal que l’on suscite chez son vis-à-vis, il
RETROUVEZ NOUS SUR
culmine pour un temps de parole médian. C’est donc l’inverse de ce qu’on a tendance à croire a priori
La cause de cette distorsion serait double. Tout d’abord, un biais dit de réticence, tendance à penser qu’une bonne sociabilité suppose un comportement légèrement en retrait – alors qu’il n’y a rien de mieux qu’un bon art de la conversation pour mettre tout le monde à l’aise. Le deuxième facteur serait l’ignorance, par les participants, d’un autre biais – cette fois à l’œuvre chez leur interlocuteur : l’effet de halo. L’effet de halo est une tendance générale à associer entre elles les différentes caractéristiques des personnes que nous rencontrons : par exemple, nous avons tendance à croire qu’une personne belle est également intelligente, ou qu’un individu laid est plutôt dangereux ou méchant, etc. Cet effet de halo aurait pour conséquence d’éveiller notre sympathie pour les personnes au discours chatoyant. C’est probablement parce qu’ils ignorent cet effet que les participants ont peur de sembler antipathiques s’ils parlent plus que leur interlocuteur.
Moralité : à moins d’être un moulin à paroles pathologique, vous pouvez probablement vous autoriser à donner des ailes à votre conversation. Mais gardez à l’esprit la limite des 60 %... £ Sébastien Bohler

Élaguer des arbres, retourner la terre, planter des graines, ramasser des fruits et légumes… Jardiner est ludique – et utile, mais ce ne sont pas ses seuls avantages. Mêlant activité physique, apprentissage, planification de tâches, créativité et connexion à la nature, la pratique du jardinage a aussi des effets positifs sur la santé non seulement physique mais aussi mentale. Plusieurs études l’ont déjà révélé chez des individus malades, par exemple atteints de dépression. Mais qu’en estil chez des sujets en bonne santé ?
Pour le déterminer, Raymond Odeh, du département d’horticulture environnementale à l’université de Floride, et ses collègues ont comparé cette pratique à une autre, mettant en œuvre les mêmes facultés : l’activité artistique. Dans un premier temps, ils ont proposé à trente femmes (en raison de différences de perception des espaces naturels entre hommes et femmes), âgées de 26 à 49 ans, toutes en bonne santé, soit de réaliser des séances de jardinage, deux heures par semaine pendant un mois, soit des ateliers artistiques. Résultat : au fil des semaines, les deux types d’activité ont engendré des améliorations de l’anxiété, des symptômes dépressifs, du stress, des troubles de l’humeur – dans des proportions similaires –, chez toutes les participantes. Mais le jardinage serait un peu plus efficace que l’art pour diminuer l’anxiété.
Reste maintenant à déterminer si la pratique du jardinage a les mêmes effets chez les hommes. £ Bénédicte Salthun-Lassalle

Par Frank Luerweg, journaliste scientifique.
Pour acquérir de nouvelles aptitudes cognitives, le cerveau doit diminuer le nombre de ses connexions neuronales, les fameuses synapses. Une décroissance neuronale au cœur du développement de l’individu.
P£ Au cours de l’enfance et de l’adolescence, le cerveau élimine un grand nombre de connexions nerveuses, ou synapses – un processus qualifié d’« élagage synaptique ».
£ Ce nettoyage concerne spécifiquement les connexions peu actives, celles qui sont utiles étant en revanche renforcées.
£ Un élagage défectueux favoriserait les maladies psychiques : ainsi, le cerveau des personnes autistes ne supprime pas assez de synapses, tandis que celui des patients schizophrènes en élimine trop. EN BREF
eter Huttenlocher, pédiatre et neurologue de son état, était un homme persévérant. Dans les années 1970, il collectait des échantillons de tissus cérébraux, qu’il prélevait sur des personnes décédées – des nouveau-nés n’ayant pas survécu, des motards accidentés, des cancéreux et des vieillards… Il sectionnait de petits blocs de cortex et les découpait en tranches ultrafines, qu’il photographiait au microscope électronique. Il réalisait ainsi 20 à 30 tirages par bloc de tissu, chacun à partir d’une fine coupe différente. Puis il se mettait à compter. Que comptait-il exactement ? En fait, il ne s’intéressait pas tant aux cellules nerveuses ellesmêmes qu’aux connexions qui les relient, les synapses. Celles-ci comprennent notamment une « fente synaptique », minuscule espace séparant les neurones et à travers lequel ils communiquent. Ce sont ces fentes que le neurologue a méthodiquement traquées, passant au crible les clichés agrandis 17 000 fois. Échantillon par échantillon, il a numéroté chacune de ses découvertes,
d’abord pour 21 cerveaux, puis pour un nombre de plus en plus grand d’entre eux.
Grâce à ce travail de fourmi, Peter Huttenlocher a identifié des dizaines de milliers de synapses. Et il a observé un phénomène qui allait l’occuper durant toute sa vie de chercheur : pendant l’adolescence, l’être humain perd une bonne partie de ses connexions nerveuses – environ un tiers, selon les calculs du neurologue. Si, sur les photos, les enfants de 2 ans avaient encore 1,6 milliard de synapses par millimètre cube de tissu cérébral, les jeunes de 15 à 20 ans n’en avaient plus que 1,1 milliard. Ce nombre restait à peu près constant jusqu’à un âge avancé, avant de baisser de nouveau.
Peter Huttenlocher a ensuite affiné ce constat, en s’intéressant à d’autres régions du cerveau que le cortex (qui n’en est que la couche la plus superficielle). Il a observé que pendant la grossesse et


Professeur de psychologie clinique et de psychopathologie à l’université de Bordeaux, chercheur à l’Institut des sciences criminelles et de la justice, psychologue et psychothérapeute en cabinet libéral, et expert auprès des tribunaux.

Il y a quelques mois, Ambre commence à s’infliger de longues blessures aux bras, pour se calmer en cas de stress. Nina, elle, fait de même et se brûle aussi avec des cigarettes pour avoir le sentiment d’exister. Peut-on devenir accro à l’automutilation ? Comment sortir les jeunes de ces situations infernales ?
£ Ambre et Nina, deux adolescentes âgées de 14 ans, sont en échec scolaire et se scarifient depuis plusieurs mois, au point d’alerter leurs parents.
£ Mais Ambre ne présente pas d’autres automutilations et exhibe ses cicatrices, tandis que Nina se blesse profondément de diverses manières, en cachette…
£ Les pratiques d’automutilations non suicidaires (ANS), comme on les nomme, peuvent être l’expression de différents troubles psychologiques qu’il convient de bien identifier pour que le traitement soit efficace.
Un mardi matin, une mère m’appelle dans un état de confusion et d’affolement : « Ma fille va très mal. Ses résultats scolaires s’effondrent et j’ai vu des coupures et des égratignures sur ses avant-bras ! » Cet appel provoque un déclic dans mon esprit. J’ai reçu le même, presque mot pour mot, d’une autre maman il y a quelques années. Là encore, mêmes symptômes, mêmes comportements, mêmes cicatrices. Bien sûr, je fixe un rendez-vous à la maman et sa fille le plus vite possible.
DEUX BELLES JEUNES FILLES
AU LOOK VINTAGE
Dans la salle d’attente, l’air renfrogné, Ambre, 14 ans, assise face à sa mère, consulte de façon hypnotique son smartphone. Jolie, brune aux yeux verts, de taille moyenne, elle porte, comme beaucoup d’adolescents, un style streetwear très étudié, jean bleu, sweat à capuche trop grand pour elle, baskets à épaisses semelles, qui lui donnent un look vintage des années 1990. Lorsque je lui demande de me suivre, elle précède sans difficulté

SOMMAIRE
p. 34
7 clés pour prévenir la dépression
p. 42
Suis-je dépressif ?
p. 46
Guérir grâce à la plasticité cérébrale
p. 54 Interview
Les causes sont parfois biologiques
« Je suis fatigué, à bout, déprimé… » Il est naturel de se trouver un jour confronté à des difficultés de la vie, petites ou grandes. Mais il faut se méfier : une petite déprime se transforme parfois en vraie dépression, un état où l’on n’est plus vraiment soi-même, où il est difficile de se motiver pour quoi que ce soit. Selon l’OMS, 5 % des adultes dans le monde souffrent de cette maladie psychiatrique. De fait, il est fort probable que le lecteur de ces lignes ait soit fait une dépression dans sa vie, soit connu une personne en étant atteinte. Or si ce trouble n’est pas traité, le risque de désinsertion sociale, de problèmes familiaux, voire de suicide, augmente. Heureusement, aujourd’hui, on peut guérir d’une dépression. Voire la prévenir quand on sent qu’on est « à bout ». Comment ? Avec des choses simples, mais agréables, qui contrebalancent les difficultés : passer un moment entre amis, prévoir un projet, prêter main-forte à un proche, changer d’environnement… Et bien d’autres petites choses que les spécialistes de la dépression vous livrent dans ce dossier. Ils vous montrent aussi comment reconnaître la maladie chez soi ou autour de soi, et comment la soigner. Car la prise en charge de la dépression évolue beaucoup en ce moment, et nous vous proposons ici les dernières clés pour tenter d’éviter ce mal mental, ou de s’en remettre. Le plus dur étant, souvent, d’accepter qu’on est malade, avant d’en déterminer les causes. Bénédicte Salthun-Lassalle
Impression d’être fatigué(e), usé(e), incapable de vous motiver le matin ? Pour éviter que cela ne se transforme en état dépressif, il faut redresser la barre.
À cet effet, 7 bonnes pratiques inspirées de la psychologie positive vous aideront à rester en zone sûre.
Vous sentez que la vie a un goût amer en ce moment, que rien ne va, que vous enchaînez les difficultés, et que vous commencez à en avoir assez ? Peut-être même avez-vous du mal à vous motiver le matin pour aller travailler, ou le soir, pour sortir avec des amis. Une petite déprime, en bref. Pas une dépression, ou pas encore. Mais gare ! Si ces coups de blues n’ont, en soi, pas grand-chose à voir avec une vraie dépression, ils peuvent y conduire si on ne réagit pas à temps. En la matière, comme ailleurs, mieux vaut prévenir que guérir. Et la bonne nouvelle, c’est qu’il existe des solutions simples pour se protéger d’un éventuel effondrement thymique, ou trouble de l’humeur quasi incontrôlable.
Pour éviter de sombrer dans les affres des idées noires, la clé est d’établir un certain équilibre entre les divers aspects de son quotidien, c’est-à-dire les dimensions sociale, physique, psychique, économique, spirituelle et émotionnelle. Les périodes de

DOSSIER COMMENT ÉVITER LA DÉPRESSION ?

Moments d’abattement, difficulté à se motiver, sensation de flottement… La question affleure : est-ce une dépression ? Heureusement, il existe des moyens de ne pas se tromper, pour soi ou pour ses proches.
Par Jérôme Palazzolo, psychiatre et psychothérapeute à Nice, ainsi que professeur de psychologie clinique et médicale à Alexandrie.
Déprime, coup de blues, dépression, mélancolie, cafard : nous sommes tellement habitués à trouver ces termes mêlés au langage courant qu’on ne sait plus faire la part des choses. Les médias livrent à ce sujet des informations si contradictoires qu’à peu près tout le monde peut se demander, à un moment ou à un autre, s’il n’a pas dans son entourage une personne dépressive. Alors, comment faire la différence ? Ce dernier point est absolument crucial pour éviter des conséquences lourdes, et c’est pourquoi cet article propose des repères fiables en ce sens.
15 %
£ On admet rarement souffrir d’une dépression et il n’est pas facile de se rendre compte qu’un proche est dépressif.
£ Malgré cette difficulté, cinq signes avant-coureurs aident à y voir plus clair.
£ Une fois la suspicion établie, il faut avoir le réflexe de consulter un spécialiste, car les conseils « de bon sens » ne fonctionnent pas avec cette maladie. EN BREF
La dépression est une des maladies psychologiques les plus répandues : on compte environ 15 % de dépressifs dans la population française, dont près d’un tiers ne sont pas pris en charge médicalement. D’après le baromètre de Santé publique France 2022, presque une personne sur dix, âgée de 18 à 75 ans, a connu un épisode dépressif au cours des douze derniers mois. Sur une vie, une femme sur cinq et un homme sur dix seront touchés, et il est important de souligner que si cette maladie atteint principalement les adultes, sont aussi parfois concernés les enfants, et plus fréquemment les adolescents. On estime aujourd’hui qu’environ 8 % des jeunes âgés de 12 à 18 ans souffriraient d’une dépression.
Alors, comment savoir si soi-même ou un proche se trouve dans cette situation ? D’abord, tous les sentiments de peine ne relèvent pas forcément d’une dépression. Cette pathologie mentale se distingue de la simple tristesse par le fait que la personne concernée est incapable de se réjouir de quoi que ce soit et éprouve de grandes difficultés à prendre une décision. Ainsi, tôt le matin, par exemple, elle ne sait pas si elle doit se lever ou rester couchée. Et demeure parfois plusieurs heures au lit, tout éveillée, angoissée, incapable d’affronter la journée qui commence.
Cette distinction entre tristesse et dépression s’observe facilement lors d’un enterrement, lorsqu’on y participe en étant soi-même relativement peu

EN BREF
£ Être dépressif, ce n’est pas être triste en permanence. Il s’agit plutôt d’un vide affectif, où plus rien n’a de saveur… Car le cerveau analyse moins bien les stimuli internes et externes, et la concentration et la mémorisation diminuent.
£ En cause, le plus souvent : un stress prolongé, qui diminue la plasticité neuronale.
£ Alors que les antidépresseurs redonnent au cerveau sa plasticité – la capacité à s’adapter –, un environnement favorable, compréhensif et encourageant doit être instauré pour favoriser la guérison.

Le cerveau d’une personne dépressive ne parvient plus à s’adapter à son environnement : il perd de sa « plasticité ». Les antidépresseurs permettent souvent de réamorcer le processus et un environnement positif, par exemple avec l’aide d’une psychothérapie, facilite la guérison.
Par Claus Normann, chef de clinique, et Stefan Vestring, médecin dans le département de psychiatrie et de psychothérapie de la clinique universitaire de Fribourg, en Allemagne.
«Tu te rends compte, il n’a pas ouvert la bouche de la soirée, ni même souri… Sa situation n’est pas si horrible, pourtant ! Cela fait plus de six mois que sa femme l’a quitté et qu’il a changé de travail, il devrait être moins stressé maintenant… On va peut-être prendre nos distances avec lui, comme cela, il se rendra peut-être compte qu’il ne fait que s’isoler davantage en s’enfonçant dans sa tristesse. » Voilà la conversation d’un couple qui rentre d’une fête surprise organisée pour leur ami dépressif. Une réaction peut-être en partie compréhensible – se confronter à la tristesse des gens n’est jamais agréable… Mais est-elle vraiment productive ?
1 FEMME SUR 5 ET 1 HOMME SUR 10 DÉPRIMENT
Selon une étude de l’Institut international de statistiques de santé Global Burden of Disease (GBD), en 2017, une femme sur cinq et un homme sur dix dans le monde connaissent un épisode dépressif au moins une fois dans leur vie. La dépression est donc une maladie fréquente. Pourtant, les connaissances de la plupart des gens à son sujet sont très limitées. Bien souvent, on refuse d’admettre le problème, on a du mal à le reconnaître chez ses proches et c’est peut-être ce qui entraîne une difficulté à trouver la bonne attitude avec les personnes malades. Alors comment réagir et agir de façon optimale dans une telle situation ? Comment aider les individus concernés ? Quel est le rôle des antidépresseurs ? Avant de répondre à ces questions, tournons-nous d’abord sur les causes de la dépression…
On croit en général que la maladie est due à une pression intense et à un stress permanent. De nombreuses études scientifiques soutiennent cette idée. Toutefois, plusieurs aspects de la dépression ne sont étudiés, en laboratoire, qu’avec des cellules nerveuses ou des coupes de cerveaux provenant d’animaux, et non chez des personnes en chair et en os. Pour ce faire, d’ailleurs, il est nécessaire de disposer de « volontaires déprimés » et, en général, on préfère pratiquer des expérimentations sur des souris ou des

PSYCHIATRE DANS LE SERVICE DE PSYCHIATRIE ET DE PSYCHOLOGIE MÉDICALE, À L’HÔPITAL
SAINT-ANTOINE, À PARIS.
Quand une personne souffre de dépression, on incrimine aussitôt une perte d’emploi, des difficultés familiales ou un stress chronique. Autrement dit, le trouble de l’humeur est attribué à des facteurs psychiques ou sociaux. Mais il existe aussi de nombreux cas où les causes sont biologiques, et c’est ce que vous vous attachez à mettre en évidence. De quoi parle-t-on au juste ?
Parfois, on se retrouve face à des dépressions dites « résistantes ». À savoir qui résistent à au moins deux lignes de traitements médicamenteux (notamment les antidépresseurs) et aux psychothérapies. Par exemple, il y a quelques années, nous avons reçu une jeune patiente atteinte de dépression dite « sévère » mélancoliforme, c’est-à-dire qu’elle était extrêmement abattue et presque catatonique – incapable de se mouvoir ni de penser. Pourtant, elle était prise en charge depuis plusieurs mois, avec des médicaments et des psychothérapies, mais son état ne s’améliorait pas du tout… Nous avons alors essayé un autre traitement contre la dépression : la sismothérapie (aussi appelée « électroconvulsivothérapie »), une stimulation électrique du cerveau, sous anesthésie générale (qui se révèle habituellement très efficace chez des patients atteints de dépression résistante).
Après chaque séance, ses symptômes dépressifs s’atténuaient bien. Mais ils revenaient très vite… Donc rien ne semblait la soulager.
Pourquoi était-elle dans cet état ?
De façon schématique, toute maladie psychiatrique, quelle qu’elle soit, présente trois dimensions : une dimension psychologique, une environnementale et une biologique. C’est le principe des interactions entre le corps et l’esprit : un élément psychologique influe parfois sur la biologie (comme la « chimie » du cerveau) ; et inversement, un facteur biologique (par exemple la génétique) influe sur la psychologie. Quant au contexte environnemental, par exemple des facteurs de stress extérieurs, il peut aussi jouer sur la biologie et la psychologie… C’est pourquoi il importe de s’intéresser à toutes ces dimensions et de n’en négliger aucune. Dans le cas de notre jeune patiente, beaucoup d’hypothèses psychologiques et environnementales avaient déjà été explorées… En vain. Mais face au caractère très atypique de sa dépression (avec
les symptômes catatoniques et la résistance à la sismothérapie), l’une de mes collègues a proposé de pratiquer une ponction lombaire pour aller plus loin dans les explorations biologiques (la jeune patiente ayant au préalable subi de nombreux tests biologiques, sans qu’aucune anomalie n’ait été détectée).
C’est là que nous avons mis en évidence, dans son système nerveux
Mais d’où venaient ces anticorps ? La patiente s’en est-elle sortie ?
Aucun symptôme physique (ou strictement neurologique) n’était apparent pour nous aider à comprendre. Mais afin de déterminer l’origine des anticorps, nous lui avons pratiqué un scanner de tout l’abdomen et du pelvis et avons alors découvert… une tumeur de l’ovaire. C’est elle qui était
ne les traite pas, il y a peu de chances
central, des anticorps dits « antiNMDA », c’est-à-dire qui bloquent les récepteurs neuronaux sur lesquels se fixent le NMDA et le glutamate, deux importants neuromédiateurs excitateurs du cerveau. Il s’agissait donc d’une pathologie nommée « encéphalite limbique », qui correspond à une inflammation dans une région particulière du cerveau. D’où les symptômes psychologiques de la patiente, car toute inflammation (de l’organisme en entier et a fortiori du cerveau), parfois même minime, peut engendrer des signes dépressifs !
C’est l’un des premiers cas d’encéphalite limbique que nous avons diagnostiqué et traité dans notre service, à une époque où la maladie était encore très peu connue.
à l’origine de la production des anticorps ! Nous avons donc opéré la jeune femme pour retirer le cancer, puis avons traité l’inflammation en quelques jours à l’hôpital. Peu de temps après, elle allait bien et était totalement guérie de sa dépression.
Une dépression a donc parfois des causes biologiques ?
Oui, même si ce n’est qu’une dimension à côté des deux autres, psychologique et environnementale, comme je l’ai déjà dit. Mais, dans certains cas, une véritable maladie organique provoque une dépression et si on ne traite pas les causes biologiques, il y a peu de chances que les symptômes psychologiques disparaissent… Quand on parle de la biologie de la
p. 68 Rêve lucide : est-ce bien réel ? p. 72 Quand l’esprit refuse le hasard
Par Theodor Schaarschmidt, psychologue et journaliste scientifique

Les expériences psychologiques sont formelles : exercer un pouvoir important altère notre relation aux autres. L’individu se focalise de plus en plus sur lui-même, une spirale qui mène à perdre parfois contact avec la réalité.
L’actuel président turc, Recep Tayyip Erdoğan, a connu une ascension fulgurante. Enfant d’une famille d’immigrés géorgiens qui vivaient dans le quartier du port d’Istanbul, il vendait des beignets dans les rues, rêvait de devenir footballeur ou imam. La réalité a été très différente. En 1994, il est élu maire d’Istanbul, puis, en 2003, nommé Premier ministre de la Turquie. Les gens font alors confiance à ce fils d’un pauvre caboteur, qu’ils considèrent comme « l’un des leurs ».
Dix ans plus tard, changement de ton. Des manifestations éclatent en 2013 contre un projet de construction dans le parc Gezi d’Istanbul. L’État réagit alors avec une rare violence, envoyant des gaz lacrymogènes et des canons à eau contre la foule. La même année, Erdoğan est menacé par un

EN BREF
£ Selon des expériences de psychologie, le simple fait d’occuper une position élevée pendant un certain temps entraîne des altérations du comportement.
£ Surestimation de ses compétences, non prise en compte des points de vue d’autrui : la position de pouvoir focalise l’individu sur sa propre vision du monde.
£ Le nombre de personnes sur lesquelles on exerce un pouvoir a une importance déterminante : plus il est élevé, plus le leader s’arroge de privilèges et s’écarte de la justice.
p. 80 Attentif sans effort ! p. 84 L’intelligence est-elle liée à la taille du cerveau ? p. 86 Vertiges inexpliqués : et si c’était phobique ?
Par Frank Luerweg, biologiste et journaliste scientifique.
À tout instant, notre cerveau reçoit des messages des organes et d’autres parties de l’intérieur du corps – la plupart du temps sans que nous en soyons conscients. Une autoperception souvent perturbée en cas d’anxiété, de troubles alimentaires ou de dépression.
En décembre 1955, la revue
Brain publie un article qui fait sensation. Le neurochirurgien canadien Wilder Penfield y décrit des expériences qu’il a réalisées avec un de ses collègues sur des personnes atteintes d’épilepsie. Au cours de cette intervention risquée, les chirurgiens ont retiré du cerveau de leurs patients certaines zones nerveuses où prennent naissance les crises convulsives. Les opérations ont lieu sous anesthésie partielle, ce qui permet de délimiter le foyer des crises à l’aide de stimuli électriques appliqués directement au cerveau. Penfield y voit un avantage : noter le détail des réactions de ces personnes à la stimulation de différentes structures cérébrales.
C’est au cours d’une de ces opérations qu’un fait étrange est noté : la stimulation d’une zone particulière du cerveau ne provoque pas un
EN BREF
£ L’intéroception est la capacité à ressentir les signaux issus de l’intérieur du corps : cœur, poumons, système digestif…
£ Ce sixième sens interne est fondamental pour développer des émotions et prendre des décisions en étant à l’écoute de son corps. Dans notre cerveau, un repli du cortex appelé « cortex insulaire » est dévolu au traitement de ces messages intérieurs.
£ Des perturbations peuvent intervenir dans l’interprétation des signaux corporels : on peut alors développer des attaques de panique, des troubles alimentaires ou de l’anxiété. Différentes méthodes permettent de les apaiser.
mouvement d’une partie du corps, ni la sensation d’être touché quelque part. Au lieu de cela, les patients ressentent la stimulation à l’intérieur d’eux-mêmes. Certains signalent des sensations étranges dans l’abdomen ou des grattements dans l’estomac ; d’autres sont pris de vertiges ou de nausées ; d’autres encore, de crampes intestinales ou de ballonnements.
DU SENS CORPOREL INTERNE
Quelle est cette région du cerveau qui fait ressentir des choses à l’intérieur du corps ? On l’appelle « insula », ou « cortex insulaire ». Elle se situe en dessous de la tempe, et se trouve en partie cachée dans un pli du cortex cérébral. Elle est à peine plus grande qu’une pièce de 2 euros. Mais malgré cela, on sait aujourd’hui qu’elle assume de multiples tâches, notamment celle de traiter des signaux nerveux provenant de l’intérieur du corps. Une perception nommée « intéroception », la perception de ce qui est « au milieu » (du latin inter).
L’intéroception joue un rôle fondamental dans nos vies. Si vous avez faim, c’est grâce à elle. Si votre vessie est bien remplie et que vous pouvez aller aux toilettes à temps, c’est encore

Par Doreen Huppert, neurologue et médecin-chef au Centre allemand du vertige et de l’équilibre.
Vous avez régulièrement l’impression que tout vacille autour de vous, mais les médecins ne vous ont diagnostiqué aucun problème vestibulaire ?
Vous souffrez peut-être de ce qu’on appelle un « vertige phobique ». Un trouble qui, heureusement, se soigne plutôt bien.
EN BREF
£ Chez environ un patient sur six souffrant de vertiges, on ne trouve aucune cause organique aux symptômes ; on parle alors de vertige fonctionnel.
£ La peur de tomber joue un rôle important dans l’apparition du vertige phobique, un sous-type de ce trouble, car elle entraîne un raidissement du corps qui accroît le sentiment d’instabilité.
£ Heureusement, il existe des traitements efficaces, comme la combinaison de mesures de « psychoéducation », d’un programme d’entraînement de l’équilibre et d’une psychothérapie.
Monsieur S., 53 ans, souffre de crises de vertige depuis une quinzaine d’années. Lorsqu’il se présente au Centre du vertige et de l’équilibre, à l’université Louis-etMaximilien (LMU) de Munich, il nous explique qu’il a l’impression que tout vacille autour de lui. Ce sentiment s’accentue lorsqu’il est entouré d’autres personnes, par exemple dans un hall de gare ou un stade, ce qui le conduit à éviter nombre de ses activités favorites : fini les barbecues entre amis, les grandes fêtes ou les matchs de foot au stade. Il a aussi noté que les vertiges s’atténuent dans certaines circonstances, comme lorsqu’il fait du sport ou… boit quelques bières. Ces symptômes sont typiques de ce qu’on appelle le « vertige fonctionnel ». Une maladie qui
p. 92 Sélection de livres p. 94 Le Désert des Tartares : quand nos habitudes nous enferment
Jérôme Palazzolo

ÉMOTIONS
Votre anxiété est un superpouvoir
Wendy Suzuki
Marabout, 2022, 224 pages, 19,90 €
Bien souvent, l’anxiété est considérée comme une émotion désagréable dont il est absolument nécessaire de se débarrasser. Dans cet ouvrage, la neuroscientifique Wendy Suzuki, qui dirige un laboratoire de recherche à l’université de New York, nous met en garde : le risque est de passer totalement à côté du pouvoir énergisant de cette émotion et du potentiel de transformation qu’elle recèle !
Bien sûr, quand elle devient hors de contrôle, l’anxiété est un problème : en France, selon l’Inserm, 21 % des 18-65 ans souffriront d’un trouble anxieux paralysant – crises d’angoisse à répétition, phobie, TOC, stress post-traumatique… – à un moment ou à un autre de leur vie. Mais l’« anxiété du quotidien », comme l’appelle l’autrice, est essentielle à notre survie. À l’instar d’un voilier qui a besoin de vent pour avancer, le cerveau a besoin d’une force extérieure qui le pousse à évoluer et à s’adapter. Quand il y a trop de vent, le bateau prend de la vitesse, ce qui est dangereux dans la mesure où il risque à tout moment de chavirer et de sombrer ; de même, un stress excessif nuit. A contrario, un cerveau qui n’est pas assez stimulé fait du surplace, comme un voilier privé de vent. L’anxiété nous dirait alors à quel point le niveau de stress que nous subissons est gérable et productif pour nous, tout en nous poussant à nous adapter quand il ne l’est pas. « Au lieu de subir l’anxiété, utilisons-la ! », nous exhorte Wendy Suzuki avec un enthousiasme communicatif. Son ouvrage présente alors une série de questionnaires pour autoévaluer cette émotion, ainsi qu’une boîte à outils pour la canaliser et la transformer – exercices de méditation, conseils pour mieux cerner ce qui nous angoisse, indications pour améliorer son hygiène de vie et développer un regard positif sur les événements… L’objectif : agir le plus tôt possible pour calmer son corps et son esprit, afin de renforcer son bien-être et devenir plus efficace face à la multitude de problèmes et de défis que l’on rencontre au quotidien.
Jérôme Palazzolo est psychiatre et chargé de cours à l’université de Nice-Sophia Antipolis.

PSYCHOLOGIE DE L’ENFANT La Psychologie de l’enfant en trente questions
Héloïse Lhérété (dir.) Sciences Humaines 2022, 236 pages, 12,70 €
Pourquoi un bébé pleure-t-il ? Comment favoriser l’apprentissage et l’épanouissement des enfants ? D’où leur vient le goût des histoires ? En trente questions, un collectif de spécialistes nous fait entrer dans la tête de nos chers bambins. Leur ouvrage apporte au passage de nombreux conseils pratiques, comme celui d’accompagner les larmes des tout-petits sans chercher à tout prix à les faire cesser – car les pleurs permettraient de faire baisser leur stress. Les enseignants y trouveront également de précieuses ressources pour se mettre à jour sur les résultats des sciences cognitives, à l’instar du site moncerveaualecole.fr.

L’Effet Werther Clément Guillet Éditions universitaires de Dijon 2022, 168 pages, 10 €
En moyenne, le taux de suicide au sein de la population augmente de 13 % après celui d’une star, apprend-on dans ce petit livre dense et documenté. C’est l’effet Werther, ainsi surnommé d’après le roman de Goethe, Les Souffrances du jeune Werther, un ouvrage qui provoqua une telle contagion suicidaire qu’il fut interdit dans plusieurs pays. Le psychiatre Clément Guillet nous en décrit ici les ressorts, et surtout les moyens de le prévenir. Le traitement médiatique des suicides de célébrités, en particulier, a une influence décisive. L’auteur rappelle alors les recommandations de l’OMS sur la façon d’évoquer ces passages à l’acte potentiellement contagieux.

Paul Valéry, amoureux de son cerveau
Olivier Houdé Odile Jacob 2022, 144 pages, 18,90 €
«L’univers est construit sur un plan dont la symétrie profonde est, en quelque sorte, présente dans l’intime structure de notre esprit », écrivait Paul Valéry. Le poète s’est toute sa vie durant intéressé à l’observation de la pensée humaine, en particulier celle à laquelle il avait le plus facilement accès : la sienne. À travers cette brève biographie, le psychologue Olivier Houdé nous présente ses œuvres clés en la matière, avant de proposer une mise en perspective stimulante de l’affirmation de l’écrivain sur les liens entre la structure du cerveau et celle du monde extérieur à la lumière des découvertes récentes en neurosciences.

Libérons-nous de la douleur
Marc Lévêque
Buchet Chastel 2022, 240 pages, 18,50 €
C’est par quelques vers de Sabine Sicaud, enfant poète en proie à la douleur chronique, que s’ouvre cet ouvrage. Immédiatement, on est convaincu de l’aspect éreintant et profondément envahissant de cette souffrance. Marc Lévêque, neurochirurgien spécialiste du sujet, nous en dresse alors un portrait édifiant : son impact individuel et sociétal, ses mécanismes, les traitements existants ou en développement… Il plaide en particulier pour la prise en compte de la maladie dans toutes ses dimensions : biologique, mais aussi psychologique et sociale, tant l’anxiété ou les difficultés de vie sont des facteurs de somatisation et d’aggravation des douleurs.

NEUROENDOCRINOLOGIE
Mes hormones et moi Franca Parianen
Humensciences, 2022, 480 pages, 23,90 euros
e qui conditionne la vie d’un être humain, ce ne sont pas seulement son puissant cerveau et ses performances intellectuelles. Ce sont aussi les innombrables molécules qui parcourent son corps via la circulation sanguine : les hormones, dont Franca Parianen, vulgarisatrice et docteure en neurosciences, nous offre ici une synthèse saisissante. Produites par les glandes endocrines, les hormones assurent tout d’abord le bon fonctionnement du corps, les fonctions de base sans lesquelles l’organisme ne pourrait survivre : régulation de la digestion, de l’excrétion, de la croissance, du sommeil, de la vie sexuelle, de la grossesse… Tout cela sous le contrôle d’un « Grand Maître des hormones », l’hypothalamus, situé à la base du cerveau. Mais ces substances sont aussi essentielles à notre fonctionnement psychique, l’hormone de croissance participant par exemple au développement cognitif et bon nombre de ses consœurs influant sur nos émotions. Souvent pour le meilleur, comme lorsque l’ocytocine suscite des sentiments d’amour et d’empathie, sources de l’altruisme. Mais tout est question d’équilibre au sein de ce complexe ballet, un excès de testostérone rendant à l’inverse certaines personnes trop agressives. Et de multiples facteurs dérèglent notre système hormonal : stress chronique, maladies mentales, décalage horaire… Sans oublier, bien sûr, les perturbateurs endocriniens, substances polluantes auxquelles nous devrions prêter une bien plus grande attention car elles ont nombre d’effets néfastes, contribuant notamment au développement de cancers.
L’autrice livre ici un récit à la fois didactique et teinté d’humour, agrémenté d’anecdotes savoureuses, n’hésitant pas à donner la parole aux hormones elles-mêmes. Cette amusante personnification débouche sur quelques passages truculents, par exemple lorsque les hormones se plaignent de leur mauvaise image, tous les dérèglements de notre psychisme leur étant souvent attribués : « En fait, on ne nous a jamais vraiment pardonné la puberté », soupirent-elles…
Georges Chapouthier est biologiste, philosophe et directeur de recherche émérite au CNRS.


Chercheur en neurosciences au Laboratoire de sciences cognitives et neurologiques de l’université de Fribourg, en Suisse.
Dans le roman de l’écrivain italien Dino Buzzati, le héros se laisse prendre dans une routine qui anesthésiera ses aspirations. Un mauvais tour que nous joue notre cerveau, et dont nul n’est complètement à l’abri.
Nous nous targuons souvent d’être des personnes créatives, originales, complexes et regorgeant de surprises, mais la vérité est que nous sommes prompts à nous réfugier dans la routine. Sans doute car elle apporte une forme de confort et de sécurité. Le fait est que nous sommes en partie des êtres d’habitude, et que nous avons du mal à le reconnaître, comme si c’était là un élément honteux de notre nature. De fait, quand Claude François chantait Comme d’habitude en 1967, il exprimait une complainte plutôt lugubre, où un couple, enlisé dans son morne quotidien, en vient à faire semblant de s’aimer. Les habitudes sont utiles et inévitables – permettant notamment de simplifier le quotidien et de libérer des ressources mentales que l’on peut alors consacrer à des tâches plus importantes –, mais nous les voyons négativement, comme si elles nous privaient de notre liberté et nous enkystaient, nous figeaient en une personne que nous ne souhaitons pas être.
£ Le Désert des Tartares raconte l’histoire d’un officier ambitieux qui passe sa vie dans un fort perdu, où il s’enferme dans ses habitudes.
£ Les recherches en psychologie confirment à quel point les habitudes s’installent vite et deviennent omniprésentes.
£ Pire : elles nous font perdre toute curiosité pour les comportements alternatifs, même s’ils sont plus pertinents.
Ce paradoxe presque tragique de notre existence est admirablement décrit dans Le Désert des Tartares, roman de l’écrivain italien Dino Buzzati paru en 1940. On y lit la longue usure du soldat Giovanni Drogo au fort Bastiani, étrange citadelle à laquelle il se trouve affecté à la sortie de son académie militaire. Cet endroit isolé, solitaire et difficile d’accès, supposé garder une frontière au bord d’une immense plaine désertique, n’a « jamais servi à rien ». Persuadé qu’il n’y fera qu’un bref séjour avant de demander sa mutation dans une caserne plus animée, Drogo y passera finalement trente-six ans à attendre qu’il s’y passe enfin quelque chose, espérant que ce soit un événement grandiose où il aura l’occasion de se montrer héroïque.
Dans ce roman de l’inaction, le véritable héros est le temps qui passe, impitoyablement, « engloutissant un jour après l’autre », tandis que s’érodent les espoirs. Méditation profonde sur la fuite inexorable de la vie et la vacuité des attentes, Le Désert
Dans le cerveau d’un enfant de 2 ans, une seule tête d’épingle de tissu neuronal contient 4 milliards de synapses. Il en perd ensuite 10 000 par seconde pendant quinze ans, à mesure qu’il développe de nouvelles aptitudes.
Se dit d’une maladie psychiatrique dont la cause est biologique. Ainsi, certains cancers peuvent entraîner la production d’anticorps qui se retournent contre des récepteurs neuronaux et provoquent une dépression.
Les personnes qui voient des signes dans le marc de café sont persuadées que le hasard n’existe pas. Les complotistes ont un peu le même profil, à une différence près : pour eux, s’il n’y a pas de hasard, c’est à cause d’intentions malveillantes de groupes d’individus, et non du fait de l’ordre naturel des choses.
« Dans mon rêve, j’entendais les expérimentateurs me poser des questions. Leur voix venait de partout, comme si c’était Dieu qui me parlait. » Un rêveur lucide, lors d’une expérience
des différences de QI entre deux personnes seraient dues à la différence de taille entre leurs deux cerveaux.
Il est possible d’évacuer les toxines de son cerveau en augmentant le débit du liquide interne (le liquide céphalorachidien)… en faisant du yoga. Les exercices respiratoires auraient la particularité d’augmenter la vitesse d’écoulement du liquide jusqu’à 28 %.
Dans le jeu dit « du dictateur », un individu reçoit une somme d’argent qu’il peut distribuer comme bon lui semble entre ses partenaires et lui. Résultat : plus le nombre de partenaires est élevé, plus il garde d’argent pour lui seul !
de nos actions quotidiennes seraient entièrement routinières. Ce sont des habitudes quasi automatiques, comme manger, aller au travail, s’habiller…