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Bilan 2022 - Entre Chien et Loup

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En 2022 le programme Entre Chien et Loup est entré dans sa deuxième année d’actions menées avec nos bénévoles et éleveurs partenaires, que nous remercions chaleureusement. 2022 aura été une année phare et aura mobilisé au total 47 bénévoles pour près de 505 h de bénévolat sur 2 missions principales : la sensibilisation des utilisateurs de la montagne et l’aide au gardiennage des troupeaux. Nous sommes heureux d’avoir réussi à doubler les effectifs de bénévoles mobilisés, comparé à la première année de lancement, en 2021. La mission d’aide au gardiennage des troupeaux ayant été lancée pour la première fois en 2022, elle aura porté ses fruits et vient officiellement s’ajouter à notre portefeuille d’actions en faveur de la cohabitation Humain-loup, que nous sommes ravis de vous détailler ci-dessous.

Vidéo sur la mission « sensibilisation des utilisateurs de la montagne » : https://www.youtube.com/watch?v=8SQGK0Twq1s

Vidéo sur la mission “aide au gardiennage des troupeaux” : Bientôt sur la page internet Entre Chien et Loup

Le WWF est convaincu que la conservation des grands carnivores ne pourra se faire sans une acceptation par la profession agricole et les populations rurales concernées. Cela fait plus d’une trentaine d’années que le loup a fait son retour sur le territoire français et il représente souvent un handicap supplémentaire pour des professions qui font déjà face à un certain nombre de difficultés techniques et économiques, à fortiori en zones de montagne. En sortie de l’hiver 2022, la population de loups était estimée à 921 (+/- 95). Avec une concentration majeure dans l’arc alpin.

Entre 2017 et 2022, le WWF s'est engagé dans le programme LIFE Euro Large Carnivores (https://www.eurolargecarnivores.eu/fr/), qui visait à améliorer la coexistence avec les grands carnivores. Il nous a conduit à mener différents travaux et ateliers de formation et d'échanges pratiques avec les parties prenantes en particulier sur les méthodes de protection des troupeaux dans les zones de présence des grands carnivores.

Le programme Entre Chien et Loup est un terrain d'application du programme LIFE, et a pour objectif d’aider les éleveurs et les bergers face à la prédation du loup dans le massif du MontBlanc. Depuis 2022, nous intervenons également dans le Chablais.

A travers ce programme, le WWF souhaite instaurer une politique de dialogue et de concertation avec le monde de l’élevage, considérant les éleveurs et bergers comme des partenaires pour une recherche commune de solutions partagées et durables. Le territoire du Mont-Blanc a été choisi car le WWF France y est investi depuis de nombreuses années sur la thématique générale de protection du massif et parce qu’il constitue un des fronts de colonisation de la population lupine. Pour ce qui est du Chablais, c’est grâce à la mobilisation et à la volonté de plusieurs éleveurs que des actions d’aide à la protection des troupeaux ont pu être lancées.

1 Office français de la biodiversité

À travers Entre Chien et Loup, l’objectif est de promouvoir et faciliter la coexistence entre les activités humaines et le loup en complétant et en renforçant les dispositifs déjà en place et en développant de nouvelles initiatives.

Ces initiatives, nous souhaitons les construire avec les éleveurs, car ce sont bien eux qui doivent faire face à la prédation du loup et ce sont eux qui connaissent le mieux les façons de travailler avec leur troupeau. Nous envisageons ce programme sur le long terme afin de pouvoir améliorer les moyens mis en place après chaque saison d’alpage.

Ce programme a vu le jour grâce au don et à la motivation de Philippe Poncin et de sa fondation Alpes Sauvages. Passionné de nature et notamment du loup, Philippe est venu à nous pour travailler sur la cohabitation louppastoralisme. Conscient que le retour de ce prédateur, bien qu’étant une très bonne nouvelle pour la nature, est une réelle contrainte pour les éleveurs qui ont besoin de soutien pour continuer sereinement leur activité.

Le don de Philippe Poncin nous a permis de lancer le programme en 2021 et de déployer les 2 premières saisons d’actions avec nos bénévoles. Avec l’aide de sa fondation, Philippe va continuer d’accompagner l’essor du programme pendant quelques années. Nous chercherons progressivement de nouveaux financements en vue de sa pérennisation.

Philippe Poncin (Fondation Alpes Sauvages) Montagne de Pormenaz Servoz

Le retour du loup sur le territoire français concerne avant tout les éleveurs qui en subissent les conséquences au quotidien et qui voient ainsi leur métier évoluer, notamment en ce qui concerne les moyens mis en œuvre pour la protection de leurs troupeaux. En effet, le retour du loup signifie le retour des chiens de protection des troupeaux. Ce sont notamment les fameux « patous » (Montagne des Pyrénées), ces gros chiens sélectionnés et éduqués pour assurer une protection des troupeaux 24h sur 24 en totale autonomie, notamment pendant la saison d’alpage qui se déroule durant 3 à 4 mois chaque été. D’autres races de chiens de protection des troupeaux tels que les Bergers d’Anatolie, les Bergers Portugais, etc… font également leur apparition sur les alpages.

A partir de fin mai, les troupeaux montent en estive et se déplacent au rythme de la pousse de l’herbe, jusqu’au mois d’octobre, période à laquelle ils retournent en bas de vallée. Grâce aux paysages somptueux et aux nombreuses activités qu’elles offrent, les montagnes de HauteSavoie sont particulièrement convoitées à cette période et se transforment en support d’un tourisme intensif de montagne où se mêlent de multiples activités. Ainsi doivent cohabiter sur un même territoire des vacanciers, des habitants locaux, des troupeaux et leurs chiens, ainsi que la faune sauvage.

C’est pour répondre à cette problématique que la mission de sensibilisation a vu le jour en 2021. Avec l’aide des bénévoles Entre Chien et Loup, elle consiste à aller à la rencontre des utilisateurs de la montagne afin de les informer sur le retour du loup, les pratiques pastorales et les moyens de protection mis en œuvre par les éleveurs, notamment les chiens de protection.

L’engagement des bénévoles pour cette mission est structuré en 2 temps : les bénévoles suivent tout d’abord une formation qui a lieu en mai ou juin. Ils effectueront ensuite leur mission en juillet ou en août.

Alpage des chalets de Chailloux
Les Houches

Cette année, 2 types de formation ont été mis en place : la formation classique se déroulant sur place ; et pour la première fois, un dispositif de formation en ligne a été testé.

Formation en présentiel

 3 jours de formation sur place, logés dans un gîte du village de Servoz, situé dans la vallée de Chamonix Mont-Blanc.

 Plusieurs thématiques abordées : le pastoralisme, le loup (écologie, prédation, comportement, suivi scientifique), les techniques de protection des troupeaux, les chiens de protection des troupeaux, des visites d’exploitations ovines et caprines, les techniques de sensibilisation, le fonctionnement des réserves naturelles.

 2 intervenants WWF + 9 intervenants extérieurs que nous remercions chaleureusement : Anne Gascoin et Marc Ouvrir-Buffet, éleveurs ovins et bovins à Servoz, Claire et Jérôme Garcin, éleveurs caprins et bovins à Passy et aux Houches, Alex Bruneau et Armand Courrioux, animateurs nature de la Communauté de Communes de la Vallée de ChamonixMont-Blanc (CCVCMB), Léna Durbecker et François Finance de la Société d’Économie Alpestre (SEA 74), Marion Guitteny du Conservatoire d’Espaces Naturels de Haute-Savoie (ASTERS-CEN Haute-Savoie), Jean-Luc Borelli de l’Institut pour la Promotion et la Recherche sur les Animaux de protection - Fondation Jean-Marc-Landry (IPRA-FJML).

Cette formation a été l’occasion de partager de très beaux moments de vie commune et d’échanges. Les bénévoles étaient d’horizons et d’âges très différents (20 à 65 ans) et venant de toute la France. Les échanges ont été riches et les moments de convivialité nombreux. Les repas ont bien sûr été l’occasion de goûter les produits de terroirs locaux, tartiflette et croziflette ont été à l’honneur !

Formation des bénévoles sensibilisation, visite d’une exploitation Servoz

Formation des bénévoles sensibilisation par les animateurs nature de la CCVCMB

Formation sensibilisation, visite de l’exploitation de

Claire et Jérôme
Garcin
Passy
© WWF France
Servoz
© WWF France

De début juillet à début septembre, les équipes de bénévoles ont parcouru différents alpages ainsi que des lieux touristiques afin de sensibiliser les utilisateurs de la montagne sur le pastoralisme, le loup, la prédation et les moyens de protection. La mission s’est déroulée sur les mois de juillet et août, principalement sur les deux communautés de communes de la Vallée de Chamonix Mont-Blanc et du Pays du Mont-Blanc. Nous sommes également intervenus sur l’alpage de Sommand, pour la première fois cette année. La nouveauté de 2022 est d’avoir pu mener des actions de sensibilisation en vallée, aux abords des télécabines et dans 2 offices de tourisme.

La spécificité de la Haute-Savoie et plus particulièrement du pays du Mont-Blanc est sa très grande attractivité touristique. Les grands flux de touristes sur les zones pastorales sont source de conflits : parcs de pâturage non fermés, perturbation du travail des bergers, problématique des chiens de protection. La diversification des loisirs de montagne (trail, VTT, parapente, …) augmente encore plus les sources de litiges. Le public parcourant la montagne est de plus en plus varié, avec des personnes parfois peu connaisseuses des spécificités de ce milieu et des activités qui s’y pratiquent. En effet, se retrouver face à un chien de protection n’est pas une situation familière pour bon nombre de personnes et peut être source de stress et de peur pour certains. Il y a un grand besoin de communication auprès des touristes sur la réalité du monde pastoral, le quotidien du métier de berger et le rôle des chiens de protection. Grâce aux bénévoles, 2600 personnes ont été sensibilisées sur tout l’été, soit 2 fois plus qu’en 2021 !

Format de la mission :

 Équipes de 3 ou 4 bénévoles se relayant chaque semaine, du lundi au vendredi

 Alpages visités :

 Vallée de Chamonix : Chalets de Chailloux

 Pays du Mont Blanc : Désert de Platé, Petit et Grand Croisse Baulet, Mont Joly

 Vallée du Giffre : Sommand

 La nouveauté cette année : en plus des alpages, nous sommes allés à la rencontre du grand public et notamment aux Offices de tourisme de Chamonix, des Houches ainsi qu’aux remontées mécaniques de Saint-Gervais-les-Bains Bettex-Mont d’Arbois.

Vidéo sur la mission de sensibilisation : https://www.youtube.com/watch?v=8SQGK0Twq1s

Sensibilisation des utilisateurs de la montagne

Alpage des chalets de Chailloux, Les Houches

Sensibilisation des utilisateurs de la montagne devant l’office de tourisme de

Sensibilisation des utilisateurs de la montagne à l’office de tourisme de Chamonix

Mont-Blanc

Chamonix
Mont-Blanc lors de l’UTMB
© WWF France
© WWF France

 Un public très diversifié :

Toutes tranches d’âges, des tout petits aux plus grands ! Un public âgé de 3 à 70 ans environ. Une quinzaine de nationalités, certains connaisseurs de la montagne, d’autres moins.

 Les échanges étaient très riches dans l’ensemble et le public sensibilisé était, dans la plupart des cas, preneur et demandeur d’informations.

 Très peu de réticences et au contraire, un intérêt marqué pour nos actions.

 Un bon tiers de personnes effrayées par les chiens de protection et que nous avons ainsi pu rassurer et accompagner pour que leur excursion en montagne se passe plus sereinement.

 Des familles avec enfants rassurées et reconnaissantes de croiser notre route.

 Encore beaucoup de personnes mal informées sur les chiens de protection. Il nous a fallu à de nombreuses reprises rectifier certaines fausses informations dont disposaient les personnes.

 Une des questions la plus fréquemment posée cette année par le grand public sur le loup : peut-il attaquer l’humain ? Nous apportons quelques réponses dans l’article cidessous.

Bénévoles sensibilisation

Mont d’Arbois

Saint-Gervaisles-Bains

En conclusion, nous estimons que cette mission est fondamentale : elle permet à beaucoup de personnes de parcourir la montagne en étant mieux informées et plus à même de croiser un troupeau et ses chiens, sans difficultés. Par ailleurs, le sujet du loup effraie et interroge bon nombre de personnes. Il est donc utile de pouvoir apporter un maximum d’éclaircissements.

Bénévoles sensibilisation (de gauche à droite) : François-Xavier Di Meglio, Marc Terrail, Claire Chatelet

Historiquement, selon les documents d’archives, le loup était présent dans toutes les campagnes françaises. Il a disparu de France pendant près de 60 ans, soit plus d’une génération, notamment à cause de la chasse intensive que l’humain lui menait. Les individus restants se terraient donc dans les derniers endroits reculés, plus “sauvages”, loin de la présence humaine. Nous avons probablement façonné et nous nous sommes ainsi construit une représentation d’une espèce farouche, voire agressive, et nous avons perdu l’habitude de l’apercevoir et plus généralement d’observer sa présence à nos côtés.

Cette représentation est aujourd’hui bousculée par la multiplication des observations et vidéos de loups à proximité des activités humaines. Ces situations nous paraissent donc inhabituelles et anormales. C’est tout l’inverse. Nos voisins italiens par exemple, dans la région des Abruzzes, dont le loup n’a jamais disparu, pourraient en témoigner.

Dans la mesure où nous partageons le même territoire, il s’agit en fait d’un comportement normal chez le loup, très opportuniste et très mobile surtout en période hivernale : les loups suivent leurs proies (cerfs, chevreuils, sangliers) qui descendent en fond de vallée à cause de la neige et se retrouvent donc plus proches des habitations. De plus, il est beaucoup plus facile pour le loup de se déplacer sur les voies de communication humaines (chemins, routes, pistes de ski désertes la nuit) que sur la neige fraîche et profonde.

Ensuite, cette recrudescence de rencontres humain/loups s’explique par un effet “mécanique”. Le loup est de retour en France avec une population d’environ 921 individus qui continue de croître. Dans le même temps, ces 15 dernières années ont vu le développement et la multiplication des caméras, des téléphones, ou encore des webcams sur les pistes de ski. Plus il y a de loups, plus les chances de l'apercevoir augmentent, et plus il y a de caméras, plus les possibilités d’immortaliser sa présence augmentent. Ajoutons à cela la possibilité de diffuser ces images sur les réseaux sociaux, et chacun peut voir le loup à sa porte.

Le loup est un grand prédateur, capable de chasser des animaux bien plus grands et plus lourds que lui. Pourtant, l’humain n'est pas une véritable proie pour le loup. Là aussi, nous nous sommes construit un imaginaire collectif très différent de la réalité

Le Rapport Linnell1 , une étude de 18 scientifiques européens et de biologistes de l'Institut norvégien "Norsk" financée par le ministère de l’Environnement norvégien et publiée en 2002, fait un état des lieux des données connues de prédation de loups sur l’humain dans l’histoire et en dresse les principales caractéristiques. Cette étude nous livre trois grands enseignements : (1) D’abord, la majorité des attaques mortelles l’ont été par des loups enragés. Cette maladie provoque un changement de comportements et une agressivité anormale, notamment chez les loups, qui les poussent à mordre et à attaquer.

1Linnell, J.D.C., L¸e, J., Okarma, H., Blancos, J.C., Andersone, Þ., Valdmann, H., Balèiauskas, L., Promberger, C., Brainerd, S., Wabakken, P., Kojola, I., Andersen, R., Liberg, O., Sand, H., Solberg, E.J., Pedersen, H.C., Boitani, L. and Breitenmoser, U. 2002. The fear of wolves: A review of wolf attacks on humans. Norwegian Institute for Nature Research Oppdragsmelding.

(2) Ensuite, la provocation et l’agression que peuvent constituer le piégeage, un chasseur qui entre dans la tanière, ou un berger qui attaque un loup pour défendre son troupeau, constituent un autre facteur à l’origine d’attaques sur l’humain. Ces dernières ne sont en revanche jamais mortelles dans les cas répertoriés dans l’étude.

(3) Enfin, l’attaque de loup non enragé et non provoqué/agressé est très rare, mais elle existe bel et bien, sans pour autant pouvoir considérer que nous sommes une proie naturelle du loup. Ces attaques, parfois mortelles, ont souvent lieu dans un contexte particulier : quand le loup est trop habitué à l’humain (capturé et relâché) ou quand les facteurs environnementaux sont particulièrement modifiés. Par exemple, avant le 20e siècle, la majorité des attaques se sont ainsi passées dans des milieux naturels très impactés par l’humain, avec une très faible abondance de proies sauvages due à la très forte pression de chasse, avec de faibles couverts forestiers et avec des troupeaux gardés par des personnes vulnérables, enfant ou vieillard.

De nos jours, les effectifs de proies sauvages ont fortement augmenté car nous ne chassons plus pour notre subsistance, le couvert forestier s’est lui aussi étendu avec la déprise rurale, le nombre de loups est très inférieur à ce qu’il a été et la rage est en fort recul particulièrement en Europe occidentale.

Durant les 50 dernières années, on recense 5 attaques mortelles de loups en Europe (pour une population de loups estimée entre 10 000 et 20 000 individus). La dernière attaque recensée d’un loup sur l’humain en France date de 1918, et le loup avait la rage. A titre de comparaison, une étude publiée en 2011 de l’Institut National de Veille Sanitaire recense 200 000 morsures et 33 décès par des chiens domestiques en France sur les 20 dernières années. Le risque n’est donc pas nul mais fortement improbable.

Si l’animal peut impressionner, notamment en meute, et si la menace qu’il représente pour le bétail peut inquiéter, la peur du loup relève plus du ressort d’un imaginaire collectif que de la réalité d’un danger pour l’humain. Cela a été et est alimenté par notre peur et méconnaissance du monde sauvage en général, de la nuit et par l’image supposée d’une bête maléfique et sanguinaire véhiculée dans le temps par nos fables, nos contes, nos religions et notre mythologie.

La peur du loup mangeur d’humain apparaît comme infiniment supérieure au risque réel d’attaque. Celuici existe, mais est à relativiser et à mettre en perspective avec les autres risques naturels. Nous avons beaucoup de mal à hiérarchiser le danger et tendance à surestimer certains risques fortement ancrés dans l’imaginaire collectif. Le parallèle avec l’ours est intéressant : si le risque d’attaque par un ours reste très faible, il est néanmoins supérieur à celui d’un loup. Pourtant, l’image de l’ours auprès du grand public est bien meilleure : nous avons tous eu un ourson en peluche et nous avons tous regardé Winnie l’ourson.

Enfin, il est intéressant de renverser la perspective : c’est plutôt le loup qui craindrait l’humain. Le biologiste Douglas Pimlott explique que l’humain a le langage corporel d’un prédateur et que les loups savent très bien reconnaître cela. Nous avons été pendant des milliers d'années des chasseurs et non des proies. De plus, selon D. Mech2, la crainte des animaux se déplaçant sur deux jambes semble fortement ancrée dans les gènes du loup. L’ours, un autre animal partiellement bipède, est perçu par le loup comme un concurrent, voire un prédateur, comme l’humain.

Quoiqu’il en soit, si vous habitez en zones en loup, il n’est pas exceptionnel d’en croiser. Aussi curieux que peureux, n’attendez pas qu’il(s) détale(nt). Vous le(s) verrez probablement s’éloigner tranquillement en faisant des pauses pour vous observer. Le loup reste néanmoins une espèce sauvage pouvant avoir des réactions agressives s'il se sent en danger : individus acculés sans possibilité de s’enfuir ou bien blessés, en train de se nourrir ou avec des petits. Il faut ainsi, comme avec n’importe quel animal sauvage, garder ses distances, reculer tranquillement et ne pas le fixer dans les yeux.

2Mech L.D., Boitani L. 2003. Wolves: Behavior, Ecology, and Conservation. University of Chicago Press.

Avec le programme Entre Chien et Loup, nous souhaitons soutenir les éleveurs qui sont confrontés à la prédation du loup et aller toujours plus loin dans les solutions que nous pouvons leur apporter. Après une première saison 2021 ayant porté ses fruits dans le cadre la mission de sensibilisation, nous avons lancé une série de discussions avec les différentes parties prenantes avec lesquelles nous collaborons (éleveurs, collectivités, associations, services de l’état), nous amenant ainsi à identifier un besoin auquel nous avons la capacité de répondre : aider les éleveurs à assurer une présence humaine continue au troupeau. En effet, depuis le retour du loup, une présence humaine est désormais indispensable et doit être assurée durant toute la saison d’alpage, 24h sur 24. Cette tâche est difficile voire impossible pour le berger qui la plupart du temps garde le troupeau seul durant toute la saison.

C’est ainsi qu’est née la mission d’aide au gardiennage des troupeaux. L’objectif : assurer une surveillance continue du troupeau la nuit (ou la journée si l’éleveur le demande) et permettre ainsi au berger de se reposer. En constituant des équipes de bénévoles qui collaborent avec les éleveurs et les bergers, nous créons ainsi des espaces de dialogue et contribuons à favoriser une meilleure coexistence entre le loup et les activités humaines. Cette mission a également pour but d’améliorer la connaissance scientifique sur les interactions entre le loup et les troupeaux, en particulier grâce à l’utilisation de caméras thermiques.

De fin juin à mi-septembre, pour la première année de lancement de cette mission, 28 bénévoles ont été mobilisés pour garder 2 troupeaux. Les bénévoles ont tout d’abord suivi une formation de 5 jours en présentiel au mois de mai. Ils sont ensuite revenus en été pour réaliser leur mission.

Bénévoles sensibilisation et aide au gardiennage

Alpage du Mont Joly

Saint-Gervais-lesBains

Durant 5 jours, les bénévoles ont suivi une formation pratique, logés sur un campement au cœur de l’exploitation ovine de Damien Tirel dans le Chablais. Nous le remercions chaleureusement. L’objectif étant de permettre aux bénévoles une immersion complète dans le quotidien d’un éleveur ovin confronté à la prédation du loup. Les bénévoles ont été formés sur 2 sessions de 5 jours.

La formation était structurée en différents modules :

 Théorie : le pastoralisme, le loup (écologie, prédation, comportement, suivi scientifique), les techniques de protection des troupeaux, les chiens de protection des troupeaux.

 Pratique : visite de l’exploitation, immersion dans le quotidien d’un éleveur ovin, installation de parc mobile, visite d’un alpage et contribution à la préparation de la saison d’alpage et à la gestion des chiens de protection, utilisation du matériel de surveillance et d’effarouchement.

 Immersion dans une nuit type de la mission d’aide à la surveillance : chaque nuit, les bénévoles se relayaient par équipes de 2 ou 3 et gardaient le troupeau de l’éleveur. L’objectif étant de découvrir pas à pas la mission, cela en équipe, en pleine nuit donc sur des horaires difficiles, de tester l’utilisation du matériel de surveillance et d’effarouchement, et de s’initier également à la garde d’un troupeau en présence de plusieurs chiens de protection.

Formation des bénévoles aide au gardiennage chez un éleveur

Haute-Savoie

Formation des bénévoles aide au gardiennage

Montée de croquettes en alpage pour les chiens de protection de troupeau

des

de

en

© WWF
Formation
bénévoles aide au gardiennage
Montée
croquettes
alpage pour les chiens de protection de troupeau
Haute-Savoie
© WWF France
Haute-Savoie
© WWF France

Formation des bénévoles aide au gardiennage chez un éleveur, pose de filets, Haute-Savoie

© Corinne Denis
© Corinne Denis
© WWF France
© WWF France

Pour la première saison de cette mission, les équipes de bénévoles ont été mobilisées pour assurer la surveillance nocturne de 2 troupeaux.

Les bénévoles se sont relayés chaque semaine pour assurer une surveillance du troupeau chaque jour, de la tombée de la nuit jusqu’au lever du jour. Installés dans un campement à proximité du troupeau, ils ont vécu avec le berger et ses bêtes. Des moments riches en enseignements et en émotions, les loups leur ayant rendu visite à de nombreuses reprises.

Les bénévoles étaient par équipes de 2 ou 3. Chaque équipe définissait son rythme de surveillance. Certaines se relayaient toutes les 2 heures, d’autres faisaient des quarts de 4h, et d’autres encore assuraient la garde ensemble. Les bénévoles étaient équipés de manière à pouvoir observer le troupeau la nuit et pouvoir effaroucher les loups en cas de besoin. Pour cela, ils étaient munis du matériel suivant : lampes de chasse, caméra thermique, sifflets et fox lights. Ils étaient installés sur un campement autonome, avec cuisine et panneaux solaires pour recharger le matériel.

Moutons observés à la caméra thermique par les bénévoles
© WWF France

approchant le troupeau avant d’être effarouché par les bénévoles à l’aide de sifflet

Joly

Saint-Gervais-lesBains

Loup à proximité du troupeau

Piège photographique

Mont Joly

Saint-Gervais-les-Bains

© WWF France
Loup
Mont
© WWF France

Alpage communal de Saint-Gervais-les-Bains, sur le Mont Joly - Éleveur Bruno Marcelo - Berger Adrien Guenier : Surveillance nocturne assurée en continu du 27 juin au 12 septembre 2022

Troupeau de Bruno Marcelo

Campement des bénévoles

Alpage du Mont Joly

Saint-Gervaisles-Bains

Le troupeau : 600 brebis allaitantes et leurs agneaux, gardées par 1 berger et son chien de conduite ainsi que 2 chiens de protection de la race Montagne des Pyrénées. Cela fait 6 ans que l’éleveur fait pâturer son troupeau sur le Mont Joly durant la saison estivale. Ayant subi des attaques les années précédentes (9 en 2021), il a souhaité renforcer la sécurité de son troupeau et nous le remercions de nous avoir fait confiance pour le soutenir dans ce sens.

Bilan : Une seule attaque réussie, début juillet, sur une brebis que le berger n'avait pas pu rentrer dans le parc de nuit à cause du brouillard, sur une des 2 seules nuits de l'été où il y avait exceptionnellement un seul bénévole présent. Cette prédation a donné lieu à un tir de défense 2 jours plus tard où une louve a été abattue.

© Olivier Hartmann
© Baptiste Nouguier

Saint-Gervais-lesBains

Troupeau de Bruno Marcelo
Campement des bénévoles
Alpage du Mont Joly
Saint-Gervaisles-Bains
© Baptiste Nouguier
Cherchez l’intrus… mais l’est-il vraiment ?
Alpage du Mont Joly
© Maël Guyon

Eleveur Jérémy Tupin-Bron, alpage de Bernex : surveillance nocturne assurée pendant 1 semaine en juillet et pendant 3 semaines en août 2022

Le troupeau : 45 brebis allaitantes et leurs agneaux et 25 chèvres, en parc de pâturage avec 3 chiens de protection (Montagne des Pyrénées, et Berger d’Anatolie/Kangal).

L’année dernière Jérémy a été très fortement impacté par le loup. Sur 31 brebis montées, 10 ont été tuées, ainsi que 10 chèvres sur 70 et les 20 cabris du troupeau sont morts pendant l’été. A cela s'ajoutent les pertes indirectes probablement liées aux attaques, à savoir 30 chèvres pendant l’hiver et l’absence de naissances mis à part un cabri.

La saison d’alpage 2022 était donc vitale pour l’exploitation, un été comme 2021 aurait probablement poussé l’éleveur à arrêter. Fort heureusement cette année, aucune perte n’est à déplorer. Installation du

Haute Savoie

Le bilan que nous dressons ci-dessous n’est que le résultat d’une première saison et d’un travail effectué sur 2 troupeaux. Nous estimons ce bilan très positif, une seule brebis prédatée sur l'ensemble des 2 troupeaux contre plusieurs dizaines l’année dernière. Cela étant dit, il serait trop facile de nous attribuer tout le mérite. Le facteur loup est très complexe, et la pression sur un troupeau peut varier d’année en année pour diverses raisons.

Sur l’alpage du Mont Joly : nous savons que les bénévoles ont eu un rôle proactif dans la protection du troupeau, ils ont effarouché plusieurs fois les loups (vidéo en caméra thermique à l’appui). Cela a notamment été le cas le soir même où le tir de défense avait été effectué sur la louve début juillet. A 23h49, lorsque le lieutenant de louveterie a tiré et tué la louve, les loups étaient 4 en approche. A 1h30 du matin, une fois la louve abattue, 3 loups sont revenus à proximité du troupeau, et ont été effarouchés par l’équipe sur place. Ils reviendront encore plusieurs fois les nuits suivantes. La deuxième partie de la saison d’alpage, sur le mois d’août, sera quant à elle plus calme.

Chiens de protection de troupeau
Bernex
Haute Savoie
© WWF France

Sur cet épisode en particulier nous pouvons dire que notre solution d’aide au gardiennage a été plus efficace que le tir de défense. Malgré la destruction d’un individu (terme un peu barbare mais officiel) cela n’a pas dissuadé les autres de revenir moins de 2 heures après le tir. En revanche, si nous n’avions pas été là, ils auraient très bien pu tenter d’attaquer le troupeau une fois le louvetier redescendu. C’est pour nous une vraie preuve de l’efficacité de notre action et des questions que soulèvent les tirs létaux de loup.

Avec son programme Entre Chien et Loup, le WWF France n’a pas pour politique d'empêcher ou de perturber les tirs réglementaires. A ce titre les bénévoles s’engagent par écrit à ne pas intervenir lorsqu’un tir a lieu. Pour ces moments qui peuvent être délicats pour nos bénévoles (fortes émotions, sentiments d’échecs) et pour le lieutenant de louveterie (appréhension de "l'accueil" réservé par les bénévoles) nous avons choisi d’avoir un salarié sur place avec le bénévole. En revanche, nous questionnons l’utilité de ce tir. Dès le lendemain de l’attaque nous avons fait venir 3 bénévoles supplémentaires pour aider celui présent sur place. Et les nuits suivantes, un salarié et d’autres bénévoles étaient aussi sur place pour assurer une veille constante. Dans ces circonstances, le tir apparaît plus comme un choix politique qu’un choix rationnel.

Sur l’alpage de Bernex : Il n'y a pas eu d’attaque à déplorer. Il faut noter que pour cette saison d’alpage l'éleveur avait renforcé ses moyens de protection en ayant 3 chiens de protection, dont un prêté par Damien Tirel. Ces chiens ont fait un formidable travail tout l’été. Sur place, les bénévoles, quand ils étaient là, ont vu et entendu le loup à quelques reprises. Leur présence a été d’une grande aide pour l’éleveur afin de nourrir et soigner les chiens, permettant à Jérémy de ne pas avoir à monter tous les jours et d’être plus serein sachant que des personnes veillaient, en plus des chiens, sur le troupeau.

En marge du bilan “comptable” sur les attaques de loups, il y a des résultats moins quantifiables mais tout aussi importants pour nous. Sur place, les bénévoles ont créé de vrais liens avec les bergers et avec l'éleveur. Au Mont Joly, pour sa première saison en tant que berger, Adrien Guenier était ravi de pouvoir discuter et côtoyer des bénévoles venant de tous horizons, qui ont pendant 1 ou 2 semaines partagé sa vie de berger. A Bernex, Jeremy a emmené les bénévoles faire les foins avec lui, ils ont soigné les chiens et les brebis… C’est aussi pour ces moments de partage et d’échange que le programme existe. Il permet de faire se rencontrer des mondes qui ne se côtoient pas habituellement. Pour nos bénévoles, cette action a été une véritable expérience marquante et enrichissante. Plusieurs d’entre eux ont voulu et ont pu refaire une semaine de plus dans l’été. L’un d’eux aimerait même travailler comme berger l’été prochain.

Nous tenons à remercier chaleureusement les différents acteurs qui nous ont permis de lancer cette mission d’aide au gardiennage et qui nous ont soutenus tout l’été 2022 pour la mener à bien et pour l’améliorer : nous remercions les éleveurs Bruno Marcelo et Jérémy Tupin-Bron qui sont les premiers à nous avoir fait confiance, l’éleveur Damien Tirel pour son soutien au quotidien dans le développement du programme Entre Chien et Loup et également pour son aide précieuse sur les formations, le berger de l’alpage du Mont Joly Adrien Guenier pour son accueil chaleureux et sa bienveillance envers toutes les équipes de bénévoles qu’il a côtoyées. Nous remercions également la commune de Saint-Gervais-les-Bains (le maire Jean-Marc Peillex, le directeur de l’Office de tourisme Didier Josèphe et son équipe) qui nous ont beaucoup soutenus pour mettre en place la mission sur l’alpage du Mont Joly et qui continuent de nous soutenir pour le développement de nos missions.

Toutes les données que nous collectons dans le cadre de cette mission sont transmises à l’Office français de la biodiversité (OFB), dans le cadre de notre participation au Réseau Loup-Lynx.

Depuis 2021, et pour la deuxième année consécutive, nous participons au groupe de suivi local du loup dans la vallée de Chamonix Mont-Blanc. Nous avons 6 appareils en place répartis dans la vallée. Nous essayons de les relever régulièrement, toutes les 2/3 semaines environ. Toutes les informations “loup” sont remontées au groupe de suivi local et à l’IPRA, qui est chargé de coordonner les actions du groupe de suivi et qui s’occupe dans ce cadre là de trier et transmettre les données à l’OFB.

Par ailleurs, nous avons d’autres appareils en place sur le coteau de la commune de Passy (Pays du Mont Blanc) et nous installons aussi des appareils l'été sur les alpages où nous menons la mission d’aide au gardiennage. Le but est de pouvoir informer les bergers en cas de présence du loup à proximité. Cela permet aussi d’infirmer ou de confirmer ce que les bénévoles voient la nuit grâce aux caméras thermiques.

2 appareils ont été aussi posés avec les enfants de 2 classes de l’école du Plateau d’Assy (Passy), dans le cadre d’un programme d’éducation mené par les institutrices, sur le loup, via une démarche d’école à la forêt.

Piège photographique

Alpage du Mont Joly

Saint-Gervais-lesBains

Cette année 2022 aura été un vrai succès tant pour la mission de sensibilisation que pour le lancement de la mission d’aide au gardiennage des troupeaux. Nous avons augmenté les effectifs de bénévoles mobilisés, passant de 33 en 2021 à 47 en 2022 et en multipliant par 2 le nombre d'heures de bénévolat pour atteindre plus de 4000 h cumulées. C’est l’équivalent de 2,5 personnes à temps plein sur une année entière.

Le lancement officiel de la mission d’aide au gardiennage des troupeaux aura prouvé son efficacité. Les 2 éleveurs engagés étant pleinement satisfaits de l’aide que nous leur avons apportée et convaincus que notre action est utile et a tout son sens. Nous espérons pouvoir renouveler l’expérience avec eux ainsi qu’avec de nouveaux éleveurs en 2023.

La sensibilisation a battu son plein avec le doublement du nombre de personnes sensibilisées. Nous sommes passés de 1200 en 2021 à 2600 en 2022. Nous sommes sollicités par différentes communes et communauté de communes pour augmenter encore le périmètre d’intervention de cette mission, et nous ferons au mieux pour répondre aux différentes demandes pour l’été 2023.

Nous tenons à remercier tous les bénévoles qui se sont mobilisés à nos côtés et sans qui le programme Entre Chien et Loup n’existerait pas. Nous remercions également tous les acteurs qui nous ont soutenus et ont permis le bon déroulement des missions :

 Eleveurs et bergers : Damien Tirel, Jerémy Tupin-Bron, Bruno Marcelot, Adrien Guenier, Anne Gascoin et Marc Ouvrier-Buffet, Bertrand Muller, Jérome Garcin et Claire Cachat.

 La commune de Saint-Gervais-les-Bains ainsi que son office de tourisme et la société STBMA

 Les animateurs nature de la CCVCMB et de la CCPMB

 La commune de Chamonix-Mont Blanc ainsi que ses offices de tourisme de Chamonix et les Houches

 La Direction Départementale des Territoires

 La Société d’Economie Alpestre

 Les refuges des Chalets de Chailloux et du Mont-Joly

En 2023 nous souhaitons initier un passage à plus grande échelle et ainsi augmenter le nombre d’éleveurs et de troupeaux à soutenir dans le cadre de la mission d’aide au gardiennage des troupeaux. Nous souhaitons aussi étendre la sensibilisation à un plus grand nombre d’alpages et de lieux touristiques. Face à cela nous aurons comme défi d’augmenter le nombre de bénévoles à mobiliser ainsi que les capacités logistiques qu’il nous faudra adapter en fonction. Nous souhaitons notamment avoir plus de personnes locales qui s’engagent en tant que bénévoles. Cela nous paraît important que les personnes vivant à l’année sur place puissent s'impliquer sur cette problématique. En effet, si la cohabitation entre élevage et grands carnivores est compliquée, elle l’est parfois aussi entre élevage et résidents locaux, d’autant plus avec l’augmentation du nombre de chiens de protection dans les troupeaux. Nous sommes persuadés qu’en faisant s’impliquer les personnes et en leur permettant une immersion dans le quotidien des éleveurs, leur vision de l’élevage et des chiens de protection évoluera et les conflits d’usage diminueront.

Cette mission est primordiale à nos yeux et nous allons continuer de la développer. En 2023, nous souhaitons ajouter une deuxième équipe de bénévoles, qui restera tout l’été sur la commune de Cordon afin de faire de la sensibilisation dans le village et en alpage. Par ailleurs nous garderons une équipe de bénévoles, qui se rendra sur plusieurs alpages dans les endroits clés (remontées mécaniques, offices de tourisme). Cette équipe pourra se scinder en deux suivant les possibilités, afin d’avoir le plus d'impact possible et de couvrir le plus de territoire possible.

Après une première année très réussie, nous souhaitons augmenter le nombre d’exploitations que nous accompagnerons pour l’aide au gardiennage. Nous avons bien conscience qu'une ONG telle que le WWF peut être un frein de prime abord pour certaines personnes du monde de l’élevage, mais depuis 2 ans nous nous attelons à montrer que nous sommes là pour aider et pour les soutenir dans leur travail. En 2023 nous devrions être présents sur toute la saison d’alpage à Bernex et au Mont Joly, mais aussi sur l’alpage de Blaitière (où nous avions aidé à la construction de la bergerie en 2021) pour de l’aide au gardiennage de jour cette fois- ci. Nous souhaitons encore accompagner des éleveurs supplémentaires.

Sur la mission d’aide au gardiennage nous souhaitons pouvoir à terme analyser au mieux notre impact. Comme expliqué dans le bilan de la mission, c'est une tâche complexe car il y a de nombreuses variables influant sur la pression de prédation que subit un troupeau. S’il sera toujours difficile d’avoir des données statistiques réelles de notre impact (à cause des variables, mais aussi de la taille de l’échantillon, etc.), il est néanmoins possible de montrer et de documenter du mieux possible l’effarouchement de loups par les équipes bénévoles. Cela nécessite un protocole et une équipe dédiée, postée de manière à pouvoir filmer avec du matériel thermique de haute qualité les interactions entre l'équipe de gardiennage et les loups. Nous n’avons pour le moment pas les ressources humaines et financières pour le mettre en place mais nous espérons pouvoir le faire dans les prochaines années.

Parmi les perspectives pour les prochaines années se pose la question des chiens de protection des troupeaux. Ils sont l’élément central du système de protection d’un élevage mais ils en sont aussi une des problématiques principales pour les éleveurs (surcharge de travail, charge financière, temps nécessaire pour l’éducation, gestion des interactions avec l’Humain…). Dans le but de pouvoir aider les éleveurs dans la gestion de leurs chiens de protection, nous souhaitons prospecter pour savoir si nous pouvons avoir un rôle à jouer pour apporter une aide sur ce sujet.

Entre Chien et Loup a pour vocation à se co-construire en fonction des besoins du monde pastoral. Ainsi nous proposons aussi de l’aide ponctuelle, en saison d’alpage mais aussi en dehors de la période estivale : aide pour la montée en alpage d’un troupeau, pour l'héliportage de matériel, aide à la gestion des parcs périurbains au printemps, etc. Par ailleurs, comme nous l’avons fait en 2021, nous allons conduire à nouveau “un chantier pastoral” sur l'alpage de Blaitière afin d’aider à améliorer les conditions de travail des exploitants.

Une des visions chères au WWF est la coopération avec d’autres structures avec qui nous partageons des valeurs communes. A ce titre nous souhaitons pouvoir créer une dynamique de partage et d'entraide entre les différentes initiatives existant sur la thématique de la cohabitation grands carnivores/pastoralisme en France mais aussi dans d’autres pays de l’arc alpin tels que la Suisse et l’Italie. Nous avons déjà organisé un webinaire l’année passée réunissant différentes structures et projets similaires au nôtre (Pastoraloup de FERUS, Pasturs créé et mis en œuvre en Val d’Aoste par ELIANTE et Pastora Protect conduit par OPPAL dans le Valais et Jura suisse avec le soutien du WWF Suisse).

En 2023, nous organiserons un séminaire d’experts sur cette thématique avec ces mêmes structures et d’autres développant des missions proches de celles que nous mettons en œuvre dans le programme Entre Chien et Loup. Nous espérons à terme pouvoir développer et renforcer ce réseau de structures afin d’avoir un impact encore plus grand. Cela nous permet d'échanger et de voir ce qui est fait ailleurs, afin de s’inspirer mutuellement et ainsi d’améliorer nos actions.

©Maël Guyon

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