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Intervention ESPE - IRSMOI Histoires, théories et concepts de l’apprentissage Philippe Clauzard MCF Université de la Réunion – ESPE Janvier 2016 L’histoire, les grands courants, théories, concepts et principes fondamentaux Théories des principes pédagogiques et d’apprentissage : cadre de lecture et courants de pensées Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


D’abord de quoi va-t-on parler ? •  De l’apprentissage à définir, •  Du désir d’apprendre et du métier de faire apprendre, le métier du professeur, •  De l’histoire de l’apprentissage et de la formation •  Des théories de l’apprentissage pour enseigner •  Des grands courants pédagogiques qui appartiennent au patrimoine du « faire apprendre »

Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


Qu’est-ce qu’apprendre ? •  Apprendre est une activité naturelle : on apprend tous les jours, de toutes choses, à tout âge. Apprendre s’effectue en de nombreuses occasions de la vie quotidienne, apprendre accompagne toute activité. On dit « apprendre sur le tas ». On apprend dans des situations dites non didactiques (sur la flore et la faune lors d’une randonnée) et aussi dans des situations didactiques où l’enseignant va mettre en scène des apprentissages. Il y a parfois obligation à apprendre selon les circonstances (par exemple: passer le permis de conduire). On apprend par imitation, immersion, association, répétition, essais-erreurs… •  De manière générale, on apprend donc en milieu naturel spontanément ou en milieu scolaire organisé. La différence se situe bien dans la dimension organisationnelle de l’apprentissage scolaire : un apprentissage volontaire, ciblé, structuré, évalué, transférable, un apprentissage aux finalités affirmées. •  Le milieu scolaire organise l’apprentissage: il s’agit alors de lier apprendre à enseigner. On peut d’abord dire que l’enseignement accompagne l’apprendre. •  L’acte d’enseigner se préoccupe avant tout de faire apprendre à un public des savoirs reconnus par une communauté. Nous verrons que, quelle que soit la méthode d’enseignement choisie, il y a volonté de faire apprendre, de provoquer un changement dans les représentations des personnes enseignées. •  Apprendre, c’est transformer la personne humaine. Tout apprentissage suppose un changement local ou global de l’individu qui apprend. Un changement local avec l’intégration de savoir ou savoir-faire nouveaux. Un changement global de la personne affecte son rapport au monde, sa personnalité tout entière. •  Ces changements impliquent un enrichissement cognitif de par les expériences, les interactions avec l’environnement physique et social. Il se produit une réélaboration interne des acquisitions conduisant à une structuration mentale inédite. •  On peut dire que l’apprentissage est un processus anthropologique qui est fondamental chez les humains. C’est une dimension singulière et propre à l’humain. •  Pour résumer, apprendre modifie le rapport au monde et aux objets chez l’apprenant, l’apprentissage influence la personnalité tout entière. Apprendre transforme la personne humaine. Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


Comprendre l’apprentissage ? •  Pour certains, apprendre correspond à l’image d’un cerveau d’élève dans lequel on va empiler des briques de connaissances à partir d’un lien direct avec le cerveau du professeur. •  Pour d’autres, apprendre est un « feu à allumer », une étincelle dit Philippe Meirieu. •  Nous savons, grâce aux recherches en sciences de l’éducation et en psychologie de l’apprentissage et de l’éducation, qu’apprendre n’est pas un processus cumulatif et linéaire. Apprendre est un processus dynamique: la connaissance se restructure, elle n’est pas accumulative. •  Apprendre, c’est tâtonner, expérimenter, déduire, échanger, évaluer. Apprendre, c’est rompre avec des certitudes. Apprendre, c’est transformer le réel et se transformer soi-même. •  Le psychologue suisse Jean Piaget a bien souligné la dynamique d’appropriation des savoirs par les individus, au moyen des procédures d’assimilation (produisant un enrichissement de ce que l’individu sait déjà, grâce aux interactions avec un environnement nouveau) et des procédures d’accommodation où la nouveauté du savoir oblige à des réélaborations internes des acquisitions, de ce qu’on savait déjà) •  Dans tous les cas, les procédures d’apprentissage et de conceptualisation entraînent chez les apprenants des structurations mentales inédites, à partir de ce qu’ils savaient déjà. Ne jamais oublier qu’un apprenant est déjà un sachant. •  Apprendre, c’est en définitive conceptualiser, c’est-à-dire former des concepts.

Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


D'où vient le désir d'apprendre ? •  « Tous les hommes ont un désir naturel de savoir » : Aristote le dit dès la première phrase de sa Métaphysique. Pour le philosophe, le désir d’apprendre est naturel et commence par le simple fait de tourner les yeux pour s’intéresser à ce qui se passe. J’entends un cri, je vois un attroupement, je veux savoir. Telle est pour Aristote la base de la curiosité naturelle. •  Quelques siècles plus tard, Saint-Augustin fera aussi du désir de savoir (libido sciendi) l’une des pulsions fondamentales des humains aux côtés du désir sensuel (libido sentiendi) et du désir de dominer (libido dominandi). •  Qui pense libido pense à Sigmund Freud. Le fondateur de la psychanalyse nommait « épistémophilie » ce désir de connaître. Pour lui, ce serait l’expression sublimée de la pulsion sexuelle.

Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


Apprendre, est-il déstabilisant ? •  Oui, apprendre peut s’avérer effectivement déstabilisant. C’est pourquoi l’apprentissage est difficile et parfois improbable. •  Apprendre est déstabilisant, car c’est transformer ses représentations, rompre avec des certitudes, réaménager ce que l’on jugeait savoir. •  Apprendre résulte de transformations successives, de confrontations personnelles à des poches de résistances cognitives ou à des ruptures épistémologiques. •  Apprenant en restructurant ses connaissances personnelles, la mise en relation du nouveau et de l’ancien devient une opération mentale essentielle. Et délicate à encadrer. •  Assimiler de nouvelles connaissances nécessite la plupart du temps d’ébranler un savoir ancien avec beaucoup de tâtonnements et d’erreurs, bien sûr. Ceci est souvent une épreuve difficilement soutenable pour l’individu, une expérience frustrante, douloureuse, voire anxiogène. Penser connaître des choses et s’entendre dire qu’on fait fausse route, que nos conceptions sont erronées ou trop partielles est difficile à accepter: c’est aussi une question narcissique d’estime de soi. •  De nos jours, il est apparu une nouvelle forme de pédagogie où l’on considère maintenant l’erreur comme outil pour enseigner. On part des erreurs pour faciliter le passage vers un apprendre, déterminer le chemin didactique le plus favorable. •  On apprend en faisant des erreurs: en les analysant et en recommençant une procédure. •  L’apprentissage par l’erreur permet de s’intéresser aux opérations effectuées, aux stratégies mobilisées par l’apprenant. Il s’agit de conduire l’élève à comprendre et rectifier son erreur de raisonnement. C’est un nouveau paradigme pour l’apprentissage qui consiste à privilégier des cerveaux réflexifs à des cerveaux essentiellement bien remplis. •  La réflexivité est un nouvel enjeu d’un apprentissage tout au long de la vie ! Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


Apprendre tout au long de la vie… •  Nous sommes des millions à apprendre tout au long de la vie, chacun à sa manière, par plaisir ou par nécessité… « Se former tout au long de la vie » est même devenu un véritable slogan des sociétés contemporaines, appelées à répondre aux exigences d’une économie fondée sur l’innovation et une concurrence de plus en plus mondialisée. •  Le monde du travail, en pleine évolution, requiert des salariés capables de s’adapter à des environnements changeants. Le secteur de la formation professionnelle est devenu une préoccupation majeure des démocraties, censées apporter à tous les possibilités de son évolution. •  Apprendre, se former, c’est aussi se transformer. •  Les pratiques d’autoformation se démultiplient, facilitées par l’usage des technologies numériques. •  Se fixer des objectifs bien particuliers, changer de métier, ou même de vie peut être issus de choix personnel correspondant à une quête de soi. Et engendrer des bifurcations professionnelles, dessinant des parcours inattendus, des histoires de vie originales… •  Dates récentes essentielles : 2009 Accord National Interprofessionnel sur le développement de la formation professionnelle tout au long de la vie (7 janvier 2009) Loi du 24 novembre 2009 sur la formation et l’orientation professionnelle tout au long de la vie + 2015 : création du compte personnel de formation professionnelle (www.moncompteformation.gouv.fr/ : Si vous avez eu une activité salariée dans une entreprise de droit privé en 2015, vos heures CPF seront automatiquement reportées et sauvegardées dans votre compte personnel de formation, sans démarches de votre part, à la fin du premier trimestre 2016.)

Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


Les étapes de la formation en 3T

•  T1: 19e-20e siècle : la promotion sociale par le savoir : Dans son rapport intitulé L’Organisation générale de l’instruction publique (1792), Condorcet plaidait pour une éducation populaire, qui garantirait l’égalité des citoyens et devrait se dérouler à tous les âges de la vie. •  En 1794, le Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), fondé par l’abbé Grégoire, est destiné (avec l’école polytechnique) à former des ingénieurs pour « perfectionner l’industrie nationale ». •  L’idée d’éducation populaire et de promotion sociale par l’éducation fait son chemin et s’organise au cours du 20e siècle, en prenant son essor grâce à différents mouvements. Elle est portée notamment par Joffre Dumazedier, ardent militant de la formation pour les adultes. •  T2 : Années 1970 : la formation professionnelle continue instituée: Entre les deux guerres, apparaissent des actions de « perfectionnement professionnel » pour l’encadrement. Elles viennent d’institutions créées pour diffuser l’organisation scientifique du travail, comme le Cnam, ou le Comité d’études générales de l’organisation scientifique (Cegos), fondé en 1932. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les grandes entreprises développent des actions de formation pour leur personnel (Renault, Snecma…). •  La loi du 16 juillet 1971 organise la formation professionnelle continue des adultes en instituant son financement par les entreprises. Les organismes de formation continue se développent : Cnam, Greta (groupements d’établissements du second degré de l’éducation nationale), Afpa, première organisation de formation continue d’importance dans la société française créée par le ministère du Travail. •  T3 : Années 2000 : le life long learning; à la fin des années 1970, est avancé un concept humaniste de l’apprentissage tout au long de la vie qui va devenir le socle des politiques nationales et internationales. Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


Les étapes de la formation en 3T •  L’Unesco considère que le stock des connaissances se renouvelle désormais tous les sept ou huit ans, bien plus vite que le renouvellement des générations. D’où la nécessité de préparer les populations à se former en permanence. Jacques Delors, président de la Commission internationale sur l’éducation pour le 21e siècle déclare que « le concept d’éducation tout au long de la vie est une clé d’entrée dans le 21e siècle » (Unesco 1996). •  Le slogan « life long learning » est lancé par la Communauté européenne en 1995. Il exprime l’ambition de favoriser l’employabilité des salariés au cours de leur carrière professionnelle et l’adaptation des citoyens à la société de l’information. Ainsi se profile la vision d’une société éducative qui dépasse la distinction traditionnelle entre éducation première et éducation permanente, où tout peut être occasion d’apprendre et de s’épanouir. •  En 2000, le Conseil européen, réuni à Lisbonne, décide de promouvoir dans l’Union européenne, « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale ». •  Cette stratégie a échoué et été recentrée dès 2005 sur l’emploi. •  En 2010, un nouveau projet vise une « croissance intelligente, durable et inclusive » •  Le concept d’inclusion fait récemment son apparition dans le champ des sciences de l’éducation. L’école inclusive vise l’adaptation aux apprenants, quelles que soient leurs particularités. C’est une structure qui n’exclut personne et qui met en place des dispositifs adaptés pour tous selon les besoins de chacun. C’est un lieu d’échanges qui permet la prise en compte des différences de chacun… C’est une école qui tient compte des difficultés d’apprentissage de chacun, qui adapte son enseignement à chacun, une école ouverte à la différence. L’école inclusive est une nouvelle approche de l’enseignement, une nouvelle philosophie de l’éducation. Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


Petite histoire de la formation continue professionnelle •  1792 : Projet Condorcet : formation poursuivie pendant toute la durée de la vie, égalité devant l’instruction, des •  •  •  •  •  •  •  •  •  •  •  •  •  •  •

contenus en liaison avec l’évolution des sciences et des techniques, formation civique du citoyen ; 19e siècle Création du Conservatoire National des Arts et Métiers, Création des écoles d’ingénieurs (Polytechnique, Ponts et chaussée, Mines) 1945-1946 : Deux mouvements éducatifs apparaissent : L’éducation populaire (besoins sociaux) & la formation professionnelle accélérée (besoins professionnels) Développement de méthode pour adultes (méthode Carrard, entraînement mental…) 1946-1950 Développement des progressions pédagogiques Apparition d’un troisième courant : la Formation en entreprise (TWI) Création de la FPA (1946) Création de Léo Lagrange (1950) 1950-1955 « Cousinage » entre éducation populaire et formation en entreprise ; Apparition d’un quatrième courant : la promotion sociale (besoin d’encadrement) ; Création des centres régionaux du CNAM (1952) ; Création du CESI ; Joffre Dumazedier fonde le Groupe d'études des loisirs et de la culture populaire (1954) 1955-1956 Apparition de la notion d’éducation permanente 1959 La formation continue devient l’école de la seconde chance ; 1ére loi de la promotion sociale (De Gaulle et Debré, juillet 59) ; Création de la Délégation générale de la promotion sociale (1961) 1960-1961 Promotion de l’Éducation Populaire qui aborde la formation des adultes 1963-1964 Apparition du concept de promotion professionnelle (pour les ouvriers) ; Apparition du concept de promotion supérieur du travail (pour les cadres) ; 1968-1972 Premières négociations syndicales sur la formation professionnelle (1968) ; L’éducation permanente absorbe la Formation professionnelle ; Loi de 1971 sur la formation professionnelle dans le cadre de l’éducation permanente ; Création de la Délégation à la Formation Professionnelle ; Création des GRETA (1972) 1972-1985 Montée du chômage ; Scission de la formation en deux courants : la formation professionnelle en entreprise et le développement des actions pour les chômeurs ; Création des stages Barre ; Création des missions locales 1989-1998 Publication du livre blanc sur l’éducation et la formation de Jacques Delors (1996) ; Apparition du concept de « formation tout au long de la vie », de société cognitive, etc... Rapport à l’Unesco de la Commission internationale sur l’éducation pour le XXIème siècle,… 1998-2002 Montée en puissance des Technologies de l’information et de la communication Apparition des concepts de FOAD, de e-learning, de Knowledge Management ; Colloques sur l’autoformation 2004 Loi relative à la formation professionnelle et au dialogue social (4 mai 2004) ; Transformation de la VAP en VAE ; Création du DIF (DROIT INDIVIDUEL A LA FORMATION) 2009 Accord National Interprofessionnel sur le développement de la formation professionnelle tout au long de la vie (7 janvier 2009) Loi du 24 novembre 2009 sur la formation et l’orientation professionnelle tout au long de la vie 2015 : création du compte personnel de formation professionnelle (www.moncompteformation.gouv.fr/) Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


Brève histoire de l’apprentissage •  Toutes les théories pédagogiques, modélisant plus ou moins l’acte d’enseigner, qui se succédèrent au fil du temps, furent toutes issues de valeurs fondées sur une philosophie particulière. •  Chaque théorie est étayée sur une idée que l’on se fait de l’humain, de sa place dans l’univers, de son humanisation. La question des finalités fait de l’éducation une affaire de philosophes. La plupart des grands professeurs de Sciences de l’Éducation furent des philosophes avant d’œuvrer dans des départements universitaires encore récents. •  Les réponses données aux questionnements sur les finalités de l’éducation relèvent toujours de la philosophie. Qui doit enseigner ? A qui doit-on enseigner ? Que faut-il enseigner ? Comment faut-il enseigner ? C’est une théorie de l’humain, une vision de la personne humaine qui donne réponse à ces interrogations fondamentales. •  Ce sont les sophistes qui posent, les premiers, ces questions au Ve siècle av. J.-C. dans la Grèce Antique. Ils sont "professeurs de sagesse" et apprennent aux jeunes gens à se conformer aux règles sociales par la maîtrise de soi. •  Platon préfère le développement d’une affirmation de soi, conformément à la force de la nature. Pour Platon comme pour Aristote, toute éducation vise à obtenir l’harmonie du corps et de l’âme de l’individu. On parvient à cet équilibre sous l’autorité de la raison. Il s’agit de sortir l’enfant de sa violence individuelle, socialement inadaptée, à la maîtrise de soi sans laquelle il ne peut se développer de vie sociale. C’est une opération de socialisation gouvernée par l’État. •  Socrate est un enseignant qui n’a rien écrit, mais dont on sait qu’il développa (470-399 av. J.C..) une méthode pédagogique : la maïeutique ou l’art d’accoucher. L’approche maïeutique qui est au cœur de la philosophie socratique. En effet, elle se définit comme l’accouchement des esprits. Par le biais de questionnements, l’esprit du questionné parvient à trouver en lui-même les vérités. La maïeutique est donc l’art d’accoucher les esprits, de leur faire enfanter la vérité. Socrate en philosophe affirme que chacun porte en lui le savoir, sans en avoir conscience. Le questionnement vise à faire ressouvenir, c’est la fameuse théorie de la réminiscence. Ceci est bien sûr fondé sur la thèse de l’immortalité de l’âme. Puisque l’âme est immortelle, elle détient déjà tous les savoirs. Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


Brève histoire de l’apprentissage •  Socrate expliquait : "Je suis fils d’une accoucheuse (...) j’exerce le même art..." (Théétète 149a) "Mon art de maïeutique a mêmes attributions générales que le leur (celui des accoucheuses) la différence est qu’il délivre les hommes et non les femmes et que c’est les âmes qu’il surveille en leur travail d’enfantement, non point les corps"(150b) "(...) le fait est pourtant clair qu’ils (ceux qui viennent à mon commerce) n’ont jamais rien appris de moi et qu’eux seuls ont, dans leur propre sein, conçu cette richesse de beaux pensers qu’ils découvrent et mettent au jour. De leur délivrance, par contre, le dieu et moi sommes les auteurs" (150d) "Le disciple saura donc sans avoir eu de maître, grâce à de simples interrogations, ayant retrouvé de lui-même en lui la science" (Mémon 85d) •  Socrate voyait en cet art le meilleur moyen de révéler à l’élève l’être véritable qui est en lui. La maïeutique est aujourd’hui devenue une technique d’enseignement suscitant chez l’apprenant la mobilisation de savoirs précédemment enseignés, de représentations personnelles, et de réflexion dans une forme dialoguée: on l’appelle le cours dialogué, très en vogue dans les établissements scolaires de formation initiale. Le professeur fait ainsi naître dans l’esprit des élèves des réponses par des interrogations habiles. •  Les anciens discutent aussi du « type d’homme » que l’on veut former, des méthodes d’apprentissage (Platon, Le Ménon) : « comment peut-on faire ce qu’on ne sait pas faire, précisément pour apprendre à le faire? » •  Au Moyen-Âge, ce genre de question ne se pose plus. L’époque est influencée par un christianisme qui dicte qu’apprendre c’est finalement retrouver Dieu en nous. L’éducation médiévale s’avère une pratique sans théorie. Il sera développé l’enseignement magistral et verbal où apprendre sera avant tout retenir après avoir appris par cœur. Cette pédagogie est relativement « aride » et « rigide », elle fait référence à la scolastique qui prône un apprentissage fondé sur la mémorisation mécanique de savoirs limités et la soumission à l’autorité des anciens, des maîtres et de la Bible. •  Au XVIe siècle, la représentation de l’univers fut bouleversée: c’est l’époque de la Renaissance. On pense l’univers en termes d’infini. On redéfinit la place de l’Homme et par conséquent son éducation. Même s’il reste imprégné de religion, le savoir transmis est repris en grande partie aux sources de l’Antiquité. C’est le même mouvement que dans les Arts, l’architecture ou la peinture . À noter, le savoir fonde sa vérité dans l’expérience, la preuve ou la démonstration. Non plus sur l’argument d’autorité. Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016

Brève histoire de l’apprentissage

•  C’est l’époque des projets humanistes utopiques : avec Thomas More et son île "Utopie" (1516) où l’éducation est douce, persuasive, ouverte aux arts et aux sciences, mais aussi aux loisirs ; avec le "Gargantua" de Rabelais (1534) boulimique de connaissances ; avec, enfin, Campanella et la "Cité du Soleil" (1602) qui souligne que l’éducation ne doit entraver le désir d’apprendre de tout un chacun. Les projets éducatifs d’alors sont éminemment modernes. Sont promues les méthodes actives, l’alternance d’activité intellectuelle et d’activité physique, les conversations et les voyages... •  Afin de réduire les contradictions auxquelles la pédagogie est confrontée, les imaginaires de Comenius (Le Labyrinthe du Monde), Rousseau, ou du socialiste Illitch (une société sans école) ont contribué à proposer d’autres modèles éducatifs qualifiables d’utopiques. Le dernier avatar est celui de Neill avec son école de Summerhill où il a mis en œuvre une pédagogie fondée sur le "self government", exempte de tout interdit. Une réponse opératoire en terme pédagogique de la théorie psychanalytique de Freud qui concluait à l’impossibilité de l’éducation. •  Pour Erasme, l’éducabilité définit complètement l’essence de l’espèce humaine. Il s’associe à Montaigne pour dénoncer la violence et la brutalité comme principe éducatif à l’égard des enfants. Ils prônent le recours au précepteur. Le développement du corps leur paraît aussi important que celui de l’esprit et de l’âme. Le précepteur doit constamment veiller à la qualité de la relation nécessaire avec son élève pour une éducation efficiente. Pour Érasme "la justesse de l’expression fait la justesse de la pensée". Il vise le développement d’êtres capables de jugement. Il défend un enseignement basé sur la rhétorique et dénonce avec Montaigne la scolastique médiévale fondée sur la terreur et l’exigence de civilité. •  Comenius (1592-1670) fut à la fois un directeur d’école et un philosophe de l’éducation. L’école est "son atelier d’humanité" dont le projet est de "faire l’union et le bonheur de tous". Son école fut son terrain d’étude, son laboratoire de recherches théoriques. Sa pensée sur la finalité de l’éducation est liée à la métaphysique et au religieux, marquée par un fort optimisme que l’on retrouve dans sa méthode systématique et universelle exerçant les "sens (...) puis la mémoire, ensuite l’intellect, enfin le jugement". Il fait une large place à l’autonomie de l’élève, préconise l’aide mutuelle entre élèves, développe une formation des maîtres axée sur la connaissance du développement cognitif de l’enfant et la juste correspondance entre son mode d’appréhension du monde et l’ordre des connaissances que l’on se propose d’enseigner. Précurseur, il souhaite une école ouverte à tous (garçons, filles, pauvres, riches, esprits doués ou faibles...) car nécessaire à l’humanisation de tous.


Brève histoire de l’apprentissage

•  Au XVIIe siècle, il apparaît un véritable souci de formation des maîtres avec les jésuites et Jean-Baptiste de la Salle, il s’agit de faire partager à tous les bonnes recettes pédagogiques des maîtres chevronnés. D’où l’extraordinaire succès que les collèges des Jésuites connaîtront. •  Dès le XVe siècle, on passera de l’enseignement en face à face à un enseignement simultané entraînant la répartition des élèves par niveau, la définition d’une progression, l’institution d’emploi du temps et de récréation. Le français remplacera le latin. Cependant, les filles doivent aller dans des établissements différents où est développé un apprentissage des tâches domestiques. On prépare les filles à devenir des femmes agréables à leurs maris capables d’élever chrétiennement leurs enfants. Nous sommes loin de tous projets de parité homme-femme. La théorie implicite est que les femmes ne doivent pas égaler les hommes. •  De tous les ouvrages pédagogiques écrits pendant le siècle des Lumières (XVIIIe siècle) l’Émile de Rousseau (1762) exercera une influence majeure pour l’avenir de l’éducation. Il demeure une référence incontournable pour la pédagogie moderne. Non dogmatique, il cherche à faire réfléchir le lecteur qui n’aura qu’à adapter les principes proposés selon l’environnement et les circonstances particuliers. L’éducation d’Émile a pour objectif de former un homme libre, agent d’une société meilleure. Rousseau assume toutes les contradictions de son projet en développant la notion d’anticipation. Sa méthode est de prévoir et organiser des situations éducatives en fonction du but qu’on se propose. En outre, l’Émile suggère l’amour et le respect des enfants ; il promeut une meilleure connaissance du développement de l’enfant. Il propose de faire de l’apprenant le centre de la pédagogie, de recourir à l’expérience concrète, de développer la curiosité d’apprendre et le désir d’une autoformation (l’apprendre par soi-même), prendre en compte la sensibilité, le travail manuel et l’exercice physique. •  Deux pédagogues expérimentèrent l’ idée "grande" de l’Émile : Pestalozzi (1746-1827) et Fröbel (1782-1852). Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


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Brève histoire de l’apprentissage

•  Pestalozzi fonda quatre écoles en Suisse. Son institut d’Yverdon devint entre 1805 et 1825 le laboratoire pédagogique de l’Europe. Sa méthode avait pour but d’éduquer la tête, le coeur et la main. Les apprentissages passent par les sens et s’ancrent dans le vécu enfantin à chaque stade de son développement. L’enfant doit participer activement aux activités d’apprentissage et ainsi élaborer par lui-même sa propre autonomie. Une très sérieuse et complète formation des maîtres est indispensable. •  Son disciple Fröbel fonda plusieurs écoles en Allemagne et en Suisse. Le jeu est au centre de sa pédagogie. Les activités ludiques permettent la structuration cognitive de l’enfant. Il créa aussi les premiers jardins d’enfants ( les Kindergarten) avec un matériel pédagogique spécifiquement adapté pour instruire l’enfant sur le monde et ses propres capacités. •  Les socialistes Fourier, Saint-Simon, Proudhon donnèrent une place prépondérante à l’éducation dans leurs systèmes. Leurs idées se font l’écho de l’Émile de Rousseau. Il s’agit d’une éducation dite globale comprenant celle du corps, des mains avec des "classes-ateliers« … •  La pédagogie participa à l’avènement de la pensée positive (le positivisme) dans un siècle où la raison était une valeur absolue. Le développement des nouvelles disciplines (la psychologie de l’enfant et la sociologie) donnera un soubassement scientifique à la pédagogie. On pense alors qu’il convient d’enseigner à tous le minimum indispensable afin de rendre chacun capable de penser par lui-même. Le XIXe siècle fut passionné d’éducation et crut en l’école comme libératrice. C’est ainsi que purent apparaître les lois scolaires de Jules Ferry à la fin du siècle, avec le projet d’alphabétiser tous les petits Français. •  Le XXe siècle voit l’avènement de l’éducation nouvelle à l’encontre d’un enseignement fondé sur la mémoire et les exercices réglés. On dénonce un apprentissage mécanique dont on


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Brève histoire de l’apprentissage

•  Le début du XXe siècle est marqué par un nouvel et fort intérêt de la psychologie du développement des enfants, qui influencera les objectifs et méthodes d’éducation. La psychologie s’intéresse au développement de l’intelligence. On étudie l’enfant débile ou retardé pour mieux comprendre le fonctionnement des autres enfants. À Paris, Binet (1857-1911) est le fondateur de la psychopédagogie et de la recherche pédagogique, de la docimologie et avec Simon, des tests d’intelligence qui sont utilisés dans les classes de perfectionnement pour les enfants inadaptés. •  Claparède, médecin et biologiste suisse, est le créateur en 1912 de l’Institut J.J. Rousseau, un institut de sciences de l’éducation, tenant de l’ "éducation fonctionnelle" centrée sur les intérêts de l’enfant à chaque étape de son développement. L’activité ludique y est importante. •  Jean Piaget (1896-1980), biologiste et psychologue suisse et Henri Wallon (1879-1962), médecin, psychologue participent aux projets de la psychologie descriptive et génétique, en observant et décrivant les stades de développement avec rigueur selon la méthode expérimentale. •  Pour Piaget, les méthodes pédagogiques peuvent favoriser le développement de l’enfant. Il convient qu’elles s’ajustent aux capacités d’assimilation propres à chaque stade d’élaboration des structures cognitives. Pour Wallon le développement enfantin repose sur le biologique (maturation du système nerveux) et le social ( lié à l’environnement physique et humain). L’éducation doit offrir à l’enfant une stimulation à l’apprendre, associer l’affectif, le technique et l’intellectuel, accepter ce qui appartient au conflit et aux crises qui sont formateurs. •  John Dewey (1859-1952) fondateur et directeur de l’Ecole-Laboratoire de l’Université de Chicago lie sa théorie éducative à la démocratisation des sociétés. Il défend un modèle de vie associative, formant des citoyens responsables et éclairés, et une pédagogie fondée sur l’intérêt de l’élève et ses expérimentations : le learning by doing…


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Brève histoire de l’apprentissage

•  L’innovation pédagogique est alors bouillonnante. L’histoire retient des personnalités qui défendirent des pratiques pédagogiques originales. •  Le Suisse A. Ferrière (1870-1960), coordonnateur et théoricien de l’École active, favorise "l’élan vital spirituel" et organise l’autonomie des élèves. •  Maria Montessori (1870-1952) postulant que les idées sont issues des sensations reprend et perfectionne le matériel sensoriel des écoles grâce auquel l’enfant emmagasine expériences et vocabulaire. •  O. Decroly (1871-1932) défend " l’éducation par la vie pour la vie". Il souhaite que l’école s’ajuste à la réalité psychologique enfantine et satisfaire les besoins des élèves. Il promeut la pédagogie des centres d’intérêt avec une triple démarche méthodologique : "observation-expressionassociation" . •  R. Cousinet (1881-1973), pionnier français de l’Éducation nouvelle, préfère l’apprentissage sur l’enseignement. Il écrit : "l’éducation est l’œuvre de l’enfant". Il expérimente et théorise la méthode de travail libre par groupes. •  Que reste-t-il de ce foisonnement pédagogique ? L’école nouvelle fut finalement davantage pourvoyeuse de méthodes pédagogiques, de techniques pour faire la classe, complètement séparées de la philosophie les sous-tendant. Les techniques actives furent récupérées et introduites par les autorités scolaires dans divers pays, mais assez vite abandonnées. Les pays ne changèrent pas en effet l’esprit présidant à l’organisation et à la programmation scolaires. En France, les "classes nouvelles" et "les activités d’éveil" n’ont pas fait long feu à l’école primaire. Il reste donc des techniques, et un idéal de ces mouvements de l’école nouvelle dont la philosophie est toujours actuelle. L’Institut Coopératif de l’Ecole Moderne, les CRAP (Cercles de recherches et d’action pédagogiques), le Groupe Français d’Éducation Nouvelle (GFEN) sont encore des structures très dynamiques. Le GFEN développa une méthode pédagogique amenant les enfants à redécouvrir des notions élémentaires selon une démarche (très piagétienne) d’auto-socio-construction du savoir.


Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016

Petite histoire des théories de l’apprentissage •  À la suite d’une histoire de l’apprentissage au fil des temps, voyons celle des théories de l’apprentissage, qui prirent appui sur le développement social et scientifique de l’époque d’alors. •  Le contexte du XVIIe et XVIIIe siècle est celui d’un essor de la scolarisation, pour les couches aisées de la population au sein de congrégations religieuses -> avec des questionnements sur la formation des connaissances et de la conduite humaine. •  Pour les empiristes, les idées naissent de l’expérience. Autrement dit, l’empirisme conçoit la genèse du psychisme comme l’action de la réalité sensible sur un esprit malléable et initialement vierge. •  Quant aux rationalistes, ils sont en revanche innéistes. En effet, ils affirment que les idées sont dans l’esprit avant toute expérience. Ils expliquent que ces idées règlent les acquisitions plutôt qu’elles n’en découlent. Ils insistent sur le rôle actif du sujet pour connaître, mais ils nient ou sous-estiment l’apport de l’expérience subie au contact de la réalité objective. •  3 œuvres des empiristes Locke et Hume et du rationaliste Leibnitz… Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


Les empiristes Locke et Hume v John Locke : La réfutation des thèses innéistes le conduit à adopter un point de vue génétique. Les enfants font la démonstration de l’origine acquise des idées. L’état premier de notre esprit, à la naissance, peut être comparé à une « table rase » sur laquelle s’impriment les idées, à partir des impressions fournies par la perception et l’expérience. Le passage des idées particulières aux générales peut se faire lorsque l’enfant connaît les mots nécessaires pour ces dernières. v Locke oppose alors une théorie épigénétique de la connaissance au rationalisme classique et à une tradition aprioriste remontant à Platon. En ce sens, il annonce une conception du développement psychique qui n’est plus accroissement quantitatif d’une forme préexistante, cependant il ne voit pas pour autant le principe d’un développement psychique au moyen d’une succession de structures qualitativement distinctes … v Pour David Hume, la connaissance humaine repose sur l’expérience, c’està-dire sur l’accumulation habituelle de conjonctions entre les faits. La raison n’intervenant qu’à la suite de ce processus fondamental. Par exemple, il suffit que l’enfant se brûle une fois à une chandelle pour que désormais il s’en écarte. S’il ne dispose pas de la raison, il n’est pas moins capable d’apprentissage. En cela, à l’image de l’enfant, Hume soutient que l’humanité connaît son univers que pragmatiquement sans jamais en saisir l’essence... Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


Le rationaliste Leibnitz •  Pour Leibnitz, les apports de l’expérience et de l’éducation sont admis. Selon lui, l’esprit à la naissance ne peut être comparé à une table rase. Leibnitz préfère l’image d’un marbre veiné, dont la taille (équivalente de l’expérience) montrera a posteriori les veines, les acquisitions… •  La théorie leibnizienne de l’inconscient et des petites perceptions répond à l’objection de Locke sur l’impossibilité pour une idée d’être à la fois dans l’esprit et non perçue. •  Leibnitz soutient que la pensée va du confus au précis. Tandis que Locke pense que l’enfant reconnaît d’abord sa mère comme objet électif particulier et familier avant d’accéder à une connaissance plus large et plus générale de son entourage, Leibnitz rappelle que le jeune enfant confond d’abord facilement sa mère avec une personne étrangère. Ses premières perceptions viseraient d’abord un être humain générique avant de se particulariser. •  Pour Leibnitz, les idées générales constituent la clé de voûte et le moyen d’organiser les connaissances dans l’enseignement comme la recherche, contrairement à Locke qui préconise de s’appuyer sur les faits, le concret pour aboutir aux idées générales. •  Il se joue ici la dialectique bien connue entre la méthode déductive « top down » et la méthode inductive « bottom up ». Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


Débats entre empiristes et rationalistes •  Locke souligne l’importance des associations entre les idées, certaines associations même arbitraires peuvent s’avérer utiles, tout particulièrement celles qui s’établissent entre les idées et les mots. •  Hume place au centre de sa théorie le rôle de la connexion des idées. Il en précise les lois : la ressemblance, la contiguïté temporelle ou spatiale, la relation de cause à effet. Les connexions entre les idées constituent la base réelle des concepts abstraits, dont la stabilité et la généralité affirmées doivent être évaluées, n’étant qu’extensions d’impressions particulières… •  Leibnitz distingue les consécutions (s’attendre de nouveau à ce qui était joint autrefois) qu’il observe comme des « ombres de raisonnement », des connexions d’imagination, liées en mémoire; et les raisonnements : la raison est seule capable d’établir des règles sûres grâce à des « principes internes de vérités nécessaires ». C’est par la pensée active que sont saisis les rapports nécessaires internes à la réalité, rapports à partir desquels il devient possible d’appréhender le changement aussi bien que la permanence. •  Ces philosophes ouvrirent la voie aux travaux de Piaget et quelques autres penseurs de l’apprentissage, de la psychologie du développement et de l’éducation… Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


De ROUSSEAU à ITARD •  Il y a 39 années qui séparent la publication d’Émile ou de l’éducation par Jean-Jacques Rousseau en 1762 et celle du Mémoire sur les premiers développements de Victor de l’Aveyron en 1801 par Jean Itard, suivi en 1806 du Rapport sur les nouveaux développements de Victor de l'Aveyron. Ces deux auteurs abordent le processus éducatif dans un strict rapport personnel entre un précepteur et un apprenant. Les autres éléments sociaux extérieurs ne sont pas pris en compte. Ses deux auteurs se rallient fondamentalement à l’empirisme avec toutefois quelques concessions à la position adverse. Ainsi Rousseau semble se rallier à Descartes pour qui la raison est présente chez l’enfant, mais encore voilée tant que le doute systématique n’aura pas fait son œuvre. Jean Itard affirme que l’éducation implique un exercice continuel de l’attention, de la mémoire, du jugement, c’est-à-dire de facultés qui se superposent aux facultés des sens et que l’on doit donc penser préexistantes ou coexistantes à ces dernières. •  Avec cet enfant imaginaire appelé Émile, Rousseau explicite son principe éducatif de base consistant à s’appuyer sur les activités et leurs fonctions dans leur état naturel. Au contraire Itard recherche à sortir son élève de l’état de sauvagerie animale où se trouve enfoncé Victor. •  Rousseau défend l’idée d’une éducation « naturelle » fondée sur des activités non encore viciées par la société, ses préjugés, ses mœurs factices et ses opinions erronées. La pédagogie de Rousseau se méfie de l’appel au raisonnement, Il préfère l’expérimentation naturelle. Pour lui, il est ainsi inutile de faire appel au raisonnement de l’enfant en le prévenant par exemple des dangers du feu dans la mesure qu’il suffit d’une seule expérience douloureuse pour que l’enfant apprenne à ne plus s’en approcher. •  En revanche, Itard privilégie une démarche hypothético-déductive. Il s’interroge sur le développement des fonctions intellectuelles de son petit Victor. Il observe ces conduites, ce qui le conduit à des hypothèses qu’il vérifie par des expériences dont les résultats à leur tour conduisent à se poser de nouvelles questions, à leur tour mises à l’épreuve par des nouvelles expérimentations adéquates. Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


Des théories de l’apprentissage à des lois du développement humain •  Les théories de l’apprentissage tendent de nos jours à laisser place à des théories du développement humain. On parle plutôt de développement que d’apprentissage, car un changement de focale s’est produit. On s’intéresse plus seulement à l’apprentissage des enfants, également à celui des adultes, tant la formation professionnelle et continue, tant l’apprentissage, tout au long de la vie, est devenu un nouvel enjeu sociétal de grande importance. •  L’enseignement comme la formation est un processus de transmission culturelle qui engendre le développement de capacités mentales, non encore maîtrisées. Les apprenants construisent ces capacités mentales par un apprentissage d’outils spécifiques qui sont constitutifs des œuvres humaines. Ces outils sont littéraires, scientifiques, artistiques… •  L’instrument psychologique qu’est le langage est essentiel au développement de la pensée. L’appropriation du langage permet le développement mental, transforme l’individu. •  Si pour Piaget, il ne peut avoir d’apprentissage que si un niveau de développement est atteint, si est une maturité intellectuelle est suffisante, pour Vygotski, c’est l’apprentissage qui entraîne du développement. Et non l’inverse. •  Selon P. Pastré, développement et apprentissage vont de pair, ils sont en quelque sorte simultanés. On apprend de son action passée bien plus que lorsqu’on réfléchit dans le feu de l’action. Cela étant, cet apprentissage produit du développement professionnel ou personnel, il transforme l’individu qui n’agira plus de la même manière après un débriefing d’action. Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


6 options psychologiques dans le champ de la psychologie de l’éducation •  La psychologie a été dominée pendant plusieurs décennies par le modèle behavioriste qui s’intéresse essentiellement aux comportements d’apprentissage observables. Mais l’approche cognitiviste qui, à l’inverse, étudie les processus mentaux, a progressivement gagné du terrain, jusqu’à devenir le modèle triomphant de cette fin de siècle. Voyons 6 types de psychologie ayant marqué le siècle dernier. •  •  •  •  •  •

La psychologie behavioriste La psychologie de la forme La psychologie cognitiviste La psychologie sociale La psychologie du développement La psychologie culturelle Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


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La psychologie behavioriste •  Le behaviorisme a largement dominé les recherches en psychologie, de la Première Guerre mondiale à la fin de la Seconde. •  Le béhaviorisme ou comportementalisme est une approche psychologique qui consiste avant tout à se concentrer sur le comportement observable déterminé par l'environnement et l'histoire des interactions de l'individu avec son milieu. •  L'apprentissage y est décrit comme une modification du comportement observable, provoqué par les stimuli venant de l’environnement, une modification en réponse associée à des stimuli extérieurs (environnement externe) ou à des stimuli intérieurs (environnement interne) sur l'organisme. •  Selon cette approche, l’apprentissage est une modification du comportement. •  C’est surtout le psychologue américain Burrhus F. Skinner (1904- 1990) qui a développé cette approche et en a tiré une pratique pédagogique. •  L’apprentissage peut être obtenu par l’utilisation de récompenses appelées « renforcements positifs » (ex. : nourriture chez le rat de laboratoire, bonnes notes chez l’élève) et de punitions appelées « renforcements négatifs » (ex. : choc électrique chez le rat, mauvaises notes chez l’élève). •  L’individu adopte un comportement lui permettant d’éviter les renforcements négatifs et d’augmenter la probabilité de survenue de renforcements positifs. •  Cette procédure s’appelle « conditionnement opérant ». Skinner a critiqué le mode d’enseignement traditionnel, essentiellement fondé sur des renforcements négatifs, et a proposé de remplacer ceux-ci par des renforcements positifs. Sa théorie est à l’origine de l’« enseignement programmé ».

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La psychologie de la forme

•  Au cours de la période 1930-1960, les théoriciens de la psychologie de la forme (ou gestaltistes) se sont radicalement opposés aux behavioristes. •  Des expériences effectuées avec des singes mettent en évidence que la résolution d’un problème ne résulte pas de simples conditionnements, mais suppose également la compréhension de schèmes d’action complexes articulés entre eux. •  Par exemple, Wolfang Köhler a observé comment les chimpanzés apprenaient à attraper des bananes situées à l’extérieur de leur cage, grâce à un bâton. C’était le fruit d’une période de tâtonnements, d’une phase très courte de réflexion, puis d’une soudaine compréhension (insight) de la solution. •  Max Wertheimer a expliqué que les apprentissages proposés aux élèves dans les écoles sont ennuyeux et ne font pas assez appel à la compréhension par insight et donc à une pensée véritablement créatrice. •  L a p s y c h o l o g i e d e l a f o r m e o u g e s t a l t i s m e e s t u n e théorie psychologique, philosophique et biologique, selon laquelle les processus de la perception et de la représentation mentale traitent spontanément les phénomènes comme des ensembles structurés (les formes) et non comme une simple addition ou juxtaposition d'éléments. •  La théorie gestaltiste, proposée au début du XXe siècle notamment par Christian von Ehrenfels, se base sur trois postulats. Premièrement, les activités psychiques ont lieu dans un système complexe et ouvert, dans lequel chaque système partiel est déterminé par sa relation à ses méta-systèmes. Deuxièmement, la théorie gestaltiste définit un système comme une unité dynamique à partir des relations entre ses éléments psychologiques. Troisièmement, à la suite de certains amendements théoriques sur le dynamisme mental, on postule qu'un système montre la tendance vers une harmonie entre toutes ses qualités pour permettre une perception ou conception concise et claire, la « bonne forme ». •  Le gestaltisme est considéré comme une forme précoce et l'une des principales sources, avec la linguistique saussurienne, du courant intellectuel structuraliste qui se généralise au milieu du XXe siècle. Ils partagent pour l'essentiel les mêmes principes méthodologiques : holisme, intérêt pour les relations entre unités élémentaires, caractère non conscient du modèle théorique.


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La psychologie cognitive •  La psychologie cognitive, qui s’est développée à partir des années 1960, a progressivement détrôné la théorie behavioriste. Les psychologues cognitivistes tentent de comprendre ce qui se passe dans la « boîte noire » du psychisme humain. Le sujet ne se contente pas d’assimiler des données brutes ; il les sélectionne et les met en forme. Des spécialistes de diverses disciplines (neuro sciences, intelligence artificielle, linguistique…) s’associent dans ce programme de recherche. •  Nombreux sont les domaines explorés par la psychologie cognitive •  1. La perception : le cerveau fait un tri parmi la masse considérable de données issues de l’information. Ce filtre est nécessaire, il marque la différence entre voir et regarder, entendre et écouter. •  2. La mémoire : les travaux de psychologie cognitive ont mis en évidence que la mémoire comporte de multiples facettes. On a ainsi juxtaposé mémoire à court terme (utile, par exemple, pour se souvenir du numéro de téléphone que l’on doit composer) et mémoire à long terme. La mémoire à court terme, initialement considérée comme un réceptacle passif, est en fait assez complexe et a donc été nommée mémoire de travail. On distingue également la mémoire lexicale (qui se rattache au « par cœur ») et la mémoire sémantique (qui concerne le sens des mots) •  3. Les représentations : nous nous forgeons, au il des ans, une représentation du monde environnant, parfois éloignée de la réalité. Ce courant de recherche rejoint la psychologie de l’apprentissage. En effet, certains auteurs considèrent que l’enseignant doit tenir compte des représentations de l’élève afin de confronter judicieusement ce dernier avec des informations nouvelles en vue d’un changement de conceptions. •  4. La résolution de problèmes : la psychologie cognitive a montré que deux types de stratégies peuvent être utilisés pour résoudre un problème. Dans l’un, le sujet part du but à atteindre et le décompose en sous-buts successifs. Dans l’autre, le sujet déduit (en général par analogie avec une situation connue) un plan d’action, puis s’approche de la solution par corrections successives.

•  Depuis les années 1990, la psychologie cognitive s’élargit et se complexifie à la faveur des découvertes des neurosciences, à tous les domaines touchant la pensée, la connaissance.


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La psychologie cognitive •  Jean Piaget (1896-1980) affirme qu’au cours de son développement intellectuel, l’enfant passe par différents stades : •  – l’intelligence sensori-motrice (de la naissance à deux ans), caractérisée par la découverte de l’espace, des objets et des êtres, à travers la perception et le mouvement ; •  – l’intelligence prélogique ou symbolique (deux ans à sept-huit ans), avec laquelle l’enfant commence à élaborer des représentations mentales. Il peut jouer à des jeux de fiction (par exemple la dînette avec des herbes comme aliments) ; •  – l’intelligence opératoire concrète (sept-huit ans à onze-douze ans) ; au cours de ce stade, l’enfant acquiert la notion fondamentale de conservation (de poids, de volume) : il comprend qu’un liquide garde la même quantité si on le transvase d’un verre large dans un autre plus étroit (alors que dans ce dernier cas, le niveau est plus élevé) ; •  – l’intelligence opératoire ou formelle (à partir de douze ans), qui consacre l’accès véritable à l’abstraction ; l’enfant est capable de raisonner sur un problème en posant des hypothèses a priori. •  Selon Piaget, cette séquence est à la fois déterminée génétiquement et dépendante de l’activité du sujet sur son environnement. •  L’intelligence se construit grâce au processus d’équilibration des structures cognitives, en réponse aux sollicitations et aux contraintes de l’environnement. •  Deux actions y contribuent, l’assimilation et l’accommodation. L’assimilation est l’action de l’individu sur les objets qui l’entourent, en fonction des connaissances et des aptitudes acquises par le sujet. •  Mais il y a inversement une action du milieu sur l’organisme, appelée accommodation, qui déclenche des ajustements actifs chez ce dernier. •  On appelle « constructivisme » cette approche basée sur l’inter action sujetenvironnement.


Le modèle de l’apprentissage •  Le développement se caractérise par le passage d’une structure à une autre par le processus d’équilibration. •  L’adaptation est la recherche d’un équilibre entre le sujet et le milieu. •  L’adaptation s’effectue par assimilation ou accommodation.


Mécanique d’appren/ssage

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2 modèles intégra/f / Piaget

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La psychologie sociale

•  Le psychologue Albert Bandura est à l’origine de la théorie de l’« apprentissage social », processus qui n’est pas confiné au cadre scolaire, mais concerne de multiples situations de la vie quotidienne. Le terme d’apprentissage social désigne trois procédures d’acquisition qui ont leur source dans l’entourage de l’individu : •  – l’apprentissage imitatif ou « vicariant » résulte de l’observation d’un congénère qui exécute le comportement à acquérir. Bandura s’est particulièrement intéressé à l’agression. Selon lui, une bonne part des comportements agressifs sont appris par imitation de modèles tels que les parents et les pairs. Il a mené de nombreuses expériences dans lesquelles des enfants frappent une poupée en tissu s’ils ont auparavant vu un petit film dans lequel un enfant agit ainsi sans être ensuite réprimandé ; •  – la facilitation sociale désigne l’amélioration de la performance de l’individu sous l’effet de la présence d’un ou plusieurs observateurs ; •  – l’anticipation cognitive est l’intégration d’une réponse par raisonnement à partir de situations similaires. •  La psychologie sociale est l'étude scientifique de la façon dont les pensées, les sentiments et les comportements des gens sont influencés par la présence réelle, imaginaire ou implicite des autres. Dans cette définition « scientifique » se réfère à la méthode empirique de l'enquête. Les termes de pensées, de sentiments et de comportements comprennent toutes les variables psychologiques qui sont mesurables chez un être humain. •  L'affirmation selon laquelle la présence d'autrui peut-être imaginée ou implicite suggère que nous sommes enclins à l'influence sociale, même lorsque nous sommes seuls, comme lorsqu'on regarde la télévision ou par l’intermédiaire de normes culturelles intériorisées. •  Les psychologues sociaux expliquent généralement les comportements humains par l'interaction entre les états mentaux et les situations sociales immédiates. •  En général, les psychologues sociaux ont une préférence pour les résultats empiriques de laboratoire. Les théories de psychologie sociale ont tendance à être spécifiques et ciblées, plutôt que globales et générales.


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La psychologie du développement •  Psychologue, penseur russe, contemporain de Piaget, Lev S. Vygotsky (1896-1934) est connu pour ses recherches en psychologie du développement et sa théorie historicoculturelle du psychisme. Il a élaboré une théorie interactionniste de l’apprentissage, mais qui insiste surtout sur la composante sociale. « Dans notre conception, dit-il, la vraie direction de la pensée ne va pas de l’individuel au social, mais du social à l’individuel. » •  Selon lui, la pensée et la conscience sont déterminées par les activités réalisées avec des congénères dans un environnement social déterminé. •  Il considère que chaque fonction supérieure apparaît deux fois au cours du développement de l’enfant : tout d’abord dans une activité collective soutenue par l’adulte et le groupe social ; dans un deuxième temps, lors d’une activité individuelle, et elle devient alors une propriété intériorisée de l’enfant. •  Le rôle de l’enseignant est important puisque « ce que l’enfant est en mesure de faire aujourd’hui à l’aide des adultes, il pourra l’accomplir seul demain ». La distance entre ce que l’enfant peut effectuer seul et ce qu’il peut faire avec l’aide d’un adulte est la « zone proximale de développement », espace sur lequel l’apprentissage doit s’effectuer. C’est l’espace du potentiel d’apprentissage. La ZPD est donc tout ce que l’enfant peut maîtriser quand une aide appropriée lui est donnée. •  Vygotski dit que l'intelligence se développerait grâce à certains outils psychologiques que l'enfant trouverait dans son environnement parmi lesquels le langage (outil fondamental). Ainsi, l'activité pratique serait intériorisée en activités mentales de plus en plus complexes grâce aux mots, source de la formation des concepts. •  Pour Vygotski, le langage dit « égocentrique » de l'enfant a un caractère social et se transformera ensuite en langage dit « intérieur » chez l'adulte et serait un médiateur nécessaire dans le développement et le fonctionnement de la pensée. •  Ses contributions sont estimées actuellement par les tenants du constructivisme social comme primordiales dans l'évolution de notre compréhension du développement de l'enfant.


La psychologie culturelle Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016

•  Jerome Bruner dont le travail porte en particulier sur la psychologie de l'éducation fut l’un des premiers découvreurs de « Pensée et langage » de Lev Vygotski. Les idées de Bruner se fondent sur la catégorisation, ou « comprendre comment l’homme construit son monde », partant du principe que l'homme interprète le monde en termes de ressemblances et différences. •  Pour Bruner, la médiation sociale lors des conduites d'enseignement-apprentissage (interaction de tutelle) s'exerce sur un mode communicationnel (dialogique). Il introduit deux concepts clefs rendant compte des processus de régulation dans ces interactions de tutelle, celui d'« étayage » et de « format ». •  Les interactions de tutelle entre un adulte et un enfant forment un processus grâce auquel l'adulte essaye d'amener l'enfant à résoudre un problème qu'il ne sait résoudre seul. Les processus d'étayage permettent la mise en place de formats (formes régulatrices des échanges) et l'adulte guide l'enfant pour qu'il se conforme à ces formes standardisées, à ces patterns d'échanges réguliers et ritualisés. C'est à l'intérieur de ces formes que l'enfant, grâce à l'étayage de l'adulte, pourra s'autonomiser vers des conduites de résolutions. L'étayage désigne l'ensemble des interactions d'assistance de l'adulte en direction de l’apprenant. •  C’est l’un des pères fondateurs de la psychologie cognitive. En 1956, il publie l’ouvrage A Study of thinking qui porte sur la catégorisation et l’acquisition des concepts. À une époque où domine la vision behavioriste (qui s’intéresse exclusivement aux comportements), il montre que les sujets mettent en œuvre des stratégies mentales afin de résoudre activement des problèmes. L’ouvrage bouleverse une tradition bien ancrée et ouvre de nouvelles voies de recherche, qui conduiront à l’émergence et au renouvellement de la psychologie cognitive. •  Dans L’Éducation, entrée dans la culture ; les problèmes de l’école à la lumière de la psychologie culturelle, Retz, 1996. Bruner applique à l’éducation ses réflexions sur la psychologie culturelle. Selon lui, l’éducation ne peut être réduite à un processus de traitement de l’information, mais doit aussi aider l’élève à construire du sens et lui permettre ainsi de s’intégrer à la culture dont il dépend. Pour lui le sens des choses ne se construit pas dans le cerveau, mais est donné par la culture. Il critique fortement la métaphore de l'ordinateur issue des théories du traitement de l'information et de l'intelligence artificielle. Le sens précède le message, il préexiste. Comment l'ordinateur fait-il pour traiter des mots qui ont plusieurs sens ?


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3 modèles d’apprentissages données par la psychologie de l’apprentissage •  L’histoire de l’apprentissage révèle trois modèles scientifiques relatifs aux processus individuels qui y sont impliqués , ils ramènent à certaines options psychologiques évoquées précédemment que nous allons reprendre et approfondir. •  Nous avons : •  le modèle réflexologique fondé sur les comportements observables, •  le modèle cognitiviste fondé sur le raisonnement et les processus mentaux inhérents, •  le modèle connexionniste fondé sur les mises en relation, les liaisons adéquates fondant de nouvelles configurations… Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


Le modèle réflexologique •  notion de réflexe : une unité sensori-motrice élémentaire et décomposable •  rendre compte des phénomènes d’acquisition et d’apprentissage à partir des comportements observables •  notion de comportement observable •  susceptible d’être transposée et appliquée à l’analyse des activités mentales : Pavlov, Watson, Skinner •  schéma [S → R] (Stimuli → Réponse) •  pédagogie par objectifs (PPO), enseignement assisté par ordinateur (EAO), référentiels de compétences, QCM, les fichiers mathématiques… •  apprenant considéré sous le réflexe stimuli-réponses •  apprenant =

un cerveau à remplir et automatiser


Le modèle cognitiviste •  prolonge et déborde des frontières du comportementalisme en allant voir du côté de la « boîte noire », •  en cherchant à comprendre les mécanismes internes en jeu •  considérer l’élève comme un sujet engagé activement dans la construction de ses savoirs et savoir-faire. •  non pas l’apprentissage comme une accumulation de connaissance, mais dans l’organisation et la réorganisation des connaissances •  la mobilisation de stratégies cognitives et métacognitives chez l’apprenant qui devient un sujet actif dont l’activité est organisée par un enseignant ou un formateur soucieux d’assurer une médiation favorable (cf. les situations problèmes) •  Apprenant =

cerveau à réorganiser


Le modèle connexionniste •  issu du cognitivisme, •  explore des performances humaines, supérieures à celles de la machine. •  structure de l’architecture neuronale du cerveau organisé en réseaux pour traiter des informations simultanément et en nombre élevé, contrairement à l’ordinateur •  primat donné aux interactions et en termes d’apprentissage aux liaisons adéquates, aux interdépendances et aux interconnexions que le cerveau organise •  Cf. pédagogie auto-socio-constructiviste, les interactions sociales en classe •  Apprenant = cerveau à organiser en

réseaux de savoirs


3 applications pédagogiques comparées •  Modèle transmissif : l’élève est un cerveau vide à remplir… qui renvoie au modèle magistral antique •  Modèle comportementaliste : l’élève est un être à dresser, à faire automatiser… qui renvoie au positivisme du milieu du 20e siècle •  Modèle cognitiviste – constructiviste : l’élève est un cerveau plein à organiser ou réorganiser au moyen de situation – problème… qui renvoie aux théories du traitement de l’information, de la fin du 20e siècle; s’y ajoute en complément, le modèle connexionniste : l’élève est un cerveau à organiser en réseaux de savoirs, telle une toile d’hyper liens… Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


Quelle analyse des principales applica/ons pédagogiques ? Avantages et limites ? Pédagogie transmissive

Avantages du modèle transmissif : •  modèle moins chronophage que nul autre. •  peu de moyens, prépara/on économe •  pas d’an/cipa/ons : situa/on didac/que, hypothèses d’appren/ssage, zone de proche développement. •  simplement rédiger les propos du cours •  traces dans ouvrages scolaires, Limites du modèle transmissif : •  enseignant travaille « en aveugle » •  risque d’interférence avec concep/on ini/ale inadéquate •  ce qui est dit par l’enseignant n’est pas toujours entendu de la même façon par tous les élèves. •  pas d’analyse des erreurs des élèves 42

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Pédagogie comportementaliste

Avantages du modèle comportementaliste : •  prof aLen/f aux possibilités et à l’évolu/on individuelle de l’élève, sen/ment de réussite •  proposi/on d’ac/vités bien adaptées avec des tâches très structurées, délimitées, progressives. •  progression à son rythme pour l’élève •  évalua/on facilitée, résultats clairs et précis. Limites du modèle comportementaliste : •  tâches découpées, manque de vision d’ensemble, manque des aspects synthé/ques et globaux d’appren/ssage, appren/ssage par/el •  mo/va/on par/elle : suivre le chemin du fichier •  concep/ons ini/ales pas prises en compte, suscep/bles de ressurgir face à un problème plus complexe •  transfert des connaissances dans d’autres situa/ons pas explicites. •  risque d’assimila/ons figées. •  étapes intermédiaires standardisées, •  prise en compte d’un élève lambda standard, •  conflits cogni/fs (socio-­‐cogni/fs) pas prévus… 43


Pédagogie construc4viste

Avantages du modèle construc7viste : •  confronta/on à un problème à résoudre, •  sens et mo/va/on à l’appren/ssage •  concep/ons ini/ales inadéquates détruites ou réorganisées, pas de risque de refaire surface, nouvel état d’équilibre dans la durée. Limites du modèle construc7viste : •  enseignement très coûteux en temps, •  haut niveau de compétence de l’enseignant, pour la concep/on de la situa/on didac/que que pour la ges/on des rela/ons et de la communica/on. •  difficulté à trouver des situa/ons-­‐ problèmes adéquates et suffisamment résistantes pour mobilisa/on de nouvelles compétences •  Phase de déstabilisa/on délicate chez certains, problème de main/en de l’adhésion à la tâche.

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Avantages et limites des modèles en une page •

Avantages du modèle transmissif : L’enseignement fondé sur ce modèle est moins chronophage que nul autre. Il demande peu de moyens. Sa prépara/on est aussi économe : l’enseignant n’a pas à se soucier d’une situa/on didac/que, à effectuer des hypothèses d’appren/ssage sur ses élèves, ni à envisager leur zone de proche développement. La seule condi/on est de rédiger les propos du cours. Il est conforme si les apprenants sont mo/vés et aLen/fs (cours universitaire par exemple). CeLe forme d’appren/ssage est longtemps apparue dans les ouvrages scolaires, on y trouve encore quelques traces. Il s’agissait de découvrir une règle gramma/cale ou mathéma/que à par/r d’un texte ou problème exemplaire. Puis de lire la règle canonique afférente juste d’avant d’enchaîner des exercices d’applica/on.

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Limites du modèle transmissif : L’enseignant travaille « en aveugle », sans cer/tude d’une récep/on sa/sfaisante de son cours ni relevé des écueils rencontrés chez les apprenants : si une concep/on ini/ale inadéquate existe, le danger est qu’elle ne soit pas remise en cause, et interfère avec la nouvelle connaissance. Ce qui est dit par l’enseignant n’est pas toujours entendu de la même façon par tous les élèves. Les erreurs des élèves ne font pas l’objet d’une analyse ni d’un plan d’adapta/on à ce que les élèves peuvent effectuer et assimiler.

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Avantages du modèle comportementaliste : L’enseignant est aLen/f aux possibilités et à l’évolu/on individuelle de l’élève. Il peut lui proposer des ac/vités bien adaptées avec des tâches très structurées, délimitées, progressives. L’élève peut progresser à son rythme. Du coup, l’apprenant est le plus souvent en situa/on de réussite. Les objec/fs étant définis précisément, l’évalua/on est facilitée. Les résultats obtenus sont clairs et précis.

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Limites du modèle comportementaliste : Les tâches découpées cachent la vision d’ensemble : l’élève peut réussir chacune des étapes du chemin balisé, mais être incapable, par manque de vision d’ensemble, de parcourir ce même chemin en l’absence de balises. Les aspects synthé/ques et globaux d’un appren/ssage peuvent manquer, la mo/va/on comme l’appren/ssage peuvent être par/els. Prenons l’exemple des fichiers d’appren/ssage mathéma/que de l’école. On y trouve un programme d’exercices balisé où l’élève pris en main ne tâtonne plus. Il finit par ne plus savoir poser des opéra/ons sinon selon la manière donnée dans le fichier. Les concep/ons ini/ales n’étant pas prises en compte, elles sont suscep/bles de ressurgir lorsque l’élève se trouvera devant un problème plus complexe. Le transfert des connaissances dans d’autres situa/ons n’est pas explicite. Risque d’assimila/ons figées. Les étapes intermédiaires, à par/r d’états ini/aux pas forcément évalués, sont standardisées. Elles ne correspondent qu’à un élève lambda standard qui n’est pas l’apprenant du formateur in situ. De surcroît, la concep/on ne peut prévoir tous les incidents ou conflits cogni/fs qui peuvent jaillir. Il n’y a pas de travail de réflexion, la priorité est donnée à l’automa/sa/on, il s’agit d’automa/ser des connaissances. Pensons au BLED et aux tonnes d’exercices pour automa/ser des règles orthographiques, qui risquent de tourner à vide pour l’apprenant.

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Avantages du modèle construc7viste : L’apprenant est confronté à un problème à résoudre, permeLant d’emblée de meLre du sens à son appren/ssage et de mo/ver. Les concep/ons ini/ales inadéquates ayant été détruites ou réorganisées, elles ne risquent plus de refaire surface et le nouvel état d’équilibre s’installe dans la durée.

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Limites du modèle construc7viste : L’enseignement fondé sur ce modèle est très coûteux en temps. Il nécessite un haut niveau de compétence de l’enseignant, autant pour la concep/on de la situa/on didac/que que pour la ges/on des rela/ons et de la communica/on. Un solide bagage didac/que est appelé. Il est parfois difficile de trouver des situa/ons problèmes adéquates et suffisamment résistantes afin que l’apprenant mobilise de nouvelles compétences aLendues (objet d’appren/ssage) et observe que ses capacités en la ma/ère sont obsolètes et demandent d’être corrigées, restructurées. La phase de déstabilisa/on est délicate chez certains (en par/culier ceux en grande difficulté). C’est une phrase transitoire où l’apprenant doit maintenir son adhésion à la tâche.

Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


La situation-problème •  Une situation problème est une situation d’enseignement qui s’appuie sur une conception socioconstructiviste de l’apprentissage. •  •  •  •  •  •  •

Philippe Meirieu problématisa la notion de situation problème, 2 idées fortes : à l'élève n'est pas vierge de conception (correcte ou erronée), à l'élève est le moteur de son apprentissage, il construit par lui-même Une situation problème est organisée autour du franchissement d'un obstacle par la classe, obstacle préalablement bien identifié par le formateur. L'étude s'organise autour d'une situation à caractère concret, qui permette effectivement à l‘apprenant de formuler hypothèses et conjectures. On se situe dans une forme de « démarche scientifique ».

C’est une véritable énigme à résoudre, dans laquelle les apprenants sont en mesure de s'investir. Ils ne disposent pas, au départ, des moyens de la solution en raison de l'obstacle à franchir pour y parvenir. Le Besoin de résoudre conduit l‘apprenant à élaborer ou à s'approprier collectivement les instruments intellectuels, à mobiliser les connaissances visées par le formateur, utiles pour solutionner le problème dont il est question … •  L’élève donne un sens à une connaissance que si elle apparaît comme un outil indispensable pour résoudre un problème (la situation problématique) •  Les interactions sociales entre élèves peuvent aider à l’apprentissage, car elles sont favorables au conflit sociocognitif, qui est gage d’apprentissage. Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


La zone de proche développement

•  Psychologue et pédagogue russe, Vygostski s’intéresse particulièrement aux fonctions du langage égocentrique dont Piaget fait un obstacle à la pensée opératoire. Il est décrit comme une étape de transition entre le langage avec autrui et le langage pour soi. Pour lui, le langage égocentrique est utile, si les enfants parlent tous seuls, c’est pour s’aider à accompagner et à orienter leurs pensées. Ainsi, le langage égocentrique est déjà un langage intérieur qui a pour destin de se libérer du langage oral. Vygostski qui met aussi en évidence que les fonctions psychiques supérieures se développent grâce aux outils mentaux que sont les systèmes de signes comme le langage oral ou écrit. Il s’oppose à son compatriote Pavlov qui généralise à l’homme ses expériences sur les chiens en analysant les conduites complexes en termes de composition de réflexes. •  Le même auteur considère que les apprentissages scolaires interviennent dans le développement intellectuel. Il propose une distinction entre concept quotidien et concept scientifique : les concepts quotidiens relèveraient d’une expérience spontanée, non organisée de l’enfant, tandis que les concepts scientifiques s’appuient sur le tissu conceptuel de l’enfant et sont liés au langage et au discours de l’adulte. •  L’apprentissage selon Vygostki ne peut s’effectuer qu’au travers des pratiques de coopération sociale qui règlent les échanges avec autrui. Le psychologue russe est aussi à l’origine de la zone de proche développement : cette zone se situe entre l’état de développement actuel (ce que l’enfant sait faire seul à un moment donné) et un état de développement futur. C’est la zone du potentiel des apprentissages : ce que l’enfant est capable de faire tout d’abord avec l’aide d’autrui avant de pouvoir ensuite le réaliser de manière autonome. Du coup, pour être efficaces, les interventions de l’enseignant doivent se situer dans cette zone de proche développement de l’élève. Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE


ü Le modèle réflexologique = le behaviorisme => élève dont remplir le cerveau => machine à apprendre : QCM, systématisation, mémorisation, récitation

ü Le modèle cognitiviste = traitement de l’information =>le structuralisme piagétien = construction des apprentissages => élève dont cerveau à réorganiser : la situation problème

ü Le modèle connexionniste => réseaux d’unités simples interconnectés => élève dont cerveau à organiser en réseaux de savoirs : la carte mentale, la toile…

Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


Le modèle de Houssaye •  Dans son modèle de compréhension pédagogique, Jean Houssaye définit tout acte pédagogique comme l’espace entre trois sommets d’un triangle : l’enseignant, l’étudiant, le savoir. •  Derrière le savoir se cache le contenu de la formation : la matière, le programme à enseigner. L’enseignant est celui qui a quelques enjambées d’avance sur celui qui apprend et qui transmet ou fait apprendre le savoir. •  Quant à l’étudiant, il acquiert le savoir grâce à une situation pédagogique, mais ce savoir peut être aussi du savoir-faire, du savoir-être, du savoir agir, du faire savoir… •  Les côtés du triangle sont les relations nécessaires à cet acte pédagogique : la relation didactique est le rapport qu’entretient l’enseignant avec le savoir et qui lui permet d’ENSEIGNER, la relation pédagogique est le rapport qu’entretient l’enseignant avec l’étudiant et qui permet le processus FORMER, enfin la relation d’apprentissage est le rapport que l’élève va construire avec le savoir dans sa démarche pour APPRENDRE. •  Jean Houssaye fait remarquer qu’en règle général, toute situation pédagogique privilégie la relation de deux éléments sur trois du triangle pédagogique. Alors, le troisième fait le fou ou le mort. Prenons le cas de l’enseignement traditionnel, il privilégie le savoir ou programme et le corps professoral avec ses charges de travail à respecter, les élèves ne sont pas entendus et font alors le chahut ou dorment. •  De même dans l’enseignement non directif, la relation pédagogique est primordiale et le savoir est soit inexistant, soit réinventé. Enfin dans la FOAD et les TICE, les enseignants ont peur d’être exclus/inutiles ou surchargés de travail pour les ressources pédagogiques, car c’est la relation savoir-étudiant, APPRENDRE qui est privilégiée. Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


Le triangle pédagogique avec ses 3 pôles et 3 axes, boussole de pratique

Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016

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Le triangle pédagogique •

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et les courants pédagogiques

Un modèle centré sur le savoir forme une pédagogie par objectifs déterminés par la configuration de l’objet de savoir, par des déterminantes interdisciplinaires. Un modèle centré sur l'enseignant/le formateur constitue une pédagogie transmissive, elle est centrée sur le discours du formateur. Un modèle centré sur l'élève/ l’apprenant ou formé focalise sur les capacités des élèves, leurs zones de proche développement, avec un intérêt clair pour leur manière de s’approprier un savoir; ce qui peut donner lieu à des pédagogies différenciées.

C’est une autre façon d’aborder les divers courants pédagogiques en partant de chacun des pôles du fameux triangle pédagogique de Houssaye.

Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


Pédagogie centrée sur l’objet de savoir cf. Les pédagogies dites technologiques ou de la systématisation, liées au modèle béhavioriste

à Les pédagogies dites de la systématisation de type « Bled » ne favorisent pas un apprentissage par le « faire », c’est-à-dire la manipulation, l’expérimentation, puis la confrontation au groupe à L’élève est seul face à lui-même et ses conceptions, sans motivation ni déséquilibre provoqué par un « conflit socio cognitif » • à La situation est confortable, les connaissances en stock ne sont pas remises en question à  En revanche, ces pédagogies permettent de renforcer des acquisitions expérientielles au moyen d’exercices d’entraînement qui systématisent en vue d’automatiser des procédures apprises par exemple en calcul ou en orthographe… à  Fondée sur les théories d’apprentissage comportementaliste, qui mettent en avant l’acquisition de comportements, il s’agit, ici, de graver avant tout en ENTRAINEMENT mémoire des savoirs, dans le stock interne chez l’élève. SYSTEMATISATION CONDITIONNEMENT APPRENTISSAGE (attention : éviter le 24 dressage ! ) Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


Pédagogie centrée sur l’enseignant Cf. Les pédagogies dites de la transmission liée au modèle transmissif traditionnel

à Les pédagogies dites de la transmission, de la connaissance ou de l’empreinte. Souvent appelées pédagogie traditionnelle, elles sont centrées sur la transmission des savoirs constitués. à L’acte d’enseigner implique chez les élèves le fait de recevoir un savoir déjà structuré par l’enseignant et de le transformer en réponse, performance, savoir. à  Mais pas nécessairement le fait de le construire, c’est-à-dire de se l’approprier personnellement. à  Ces pédagogies sous-estiment ainsi le rôle de l’élève et de ses processus cognitifs dans la construction de son savoir par lui-même .

26 Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


Pédagogie centrée sur l’élève Cf. Les pédagogies dites socio – constructivistes, liées au modèle (auto-socio) constructiviste/cognitiviste

à Dans les pédagogies centrées sur l’apprenant, il est mis à sa disposition des moyens d’apprendre, des moyens de réussir. à  Les pédagogues de l’apprentissage s’efforcent de mettre en place des conditions et situations d’apprentissage afin que les élèves apprennent et tentent d’être des médiateurs. (cf. le tutorat, la différenciation) à  Ici, on s’intéresse à la manière de s’approprier les savoirs: on ne s’intéresse pas seulement à l’acquisition de contenus, mais aussi aux démarches que mettent en œuvre les apprenants. à  Fondé sur les théories constructivistes, l’apprentissage implique des processus internes actifs du sujet, qui interagissent avec le milieu environnant. Ces pédagogies dites actives font du savoir le produit de l’activité de l’élève . à  L’enseignant développe un rôle de guide qui fait apprendre, aide l’apprenant dans son travail en classe , et met en œuvre des pédagogies, qui REFLEXION intègrent les processus d’apprentissage des apprenants. Ici rien ne vaut que pour le sujet, par RECHERCHE = ESSAISle sujet. On s’intéresse au fonctionnement cognitif ERREURS et affectif de l’apprenant. DECOUVERTE APPRENTISSAGE 28 STRATEGIES (attention : gérer le temps !) Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


• TEST : Au regard de ces photographies, qu’est-­‐ce qu’apprendre ? • Que pensez-­‐vous de ces photographies ? • A quels principes d’appren/ssage peuvent-­‐elles renvoyer?

Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016

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Différencier modèle pédagogique et modèle andragogique •  Le terme andragogie est utilisé comme synonyme de formation des adultes; ce néologisme est forgé sur le modèle de pédagogie, •  le mot « pédagogie » étant emprunté au grec paidagogia, composé de paidos, "enfant", et "agogos", conduire (le pédagogue étant étymologiquement l'esclave chargé de conduire un enfant à l'école). •  La pédagogie est définie comme l’art et la science d’enseigner aux enfants. •  L’andragogie est définie comme l’art et la science d’enseigner aux adultes.

Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


+ en détails pédagogie/andragogie

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Le terme andragogie est utilisé comme synonyme de formation des adultes. Ce néologisme est forgé sur le modèle de pédagogie, le mot « pédagogie » étant emprunté au grec paidagogia, composé de paidos, "enfant", et "agogos", conduire (le pédagogue étant étymologiquement l'esclave chargé de conduire un enfant à l'école). De la même façon a été inventé le terme andragogie, à l'aide de la racine anêr (andros), signifiant "l'homme", "l'être humain de sexe masculin". Cette étymologie est discutable puisqu’« andragogie » ne renverrait donc qu'à une formation de l'homme par opposition à la femme. Cette équivoque sémantique amène à souvent préférer l’expression « formation pour adulte ». Le modèle pédagogique : La pédagogie est définie comme l’art et la science d’enseigner aux enfants. Le modèle s’est développé en Europe, d’abord dans les écoles religieuses dès le VIIe siècle puis dans les écoles publiques au XIXe siècle. Tout le système pédagogique fonctionne sur un ensemble de postulats que nous pouvons énoncer de la manière suivante. Les apprenants dépendent des adultes et de programmes scolaires énoncés pour eux. Ils doivent apprendre un ensemble de choses considérées comme essentielles et incontournables pour leur classe d’âge. Les élèves ont seulement besoin de savoir qu’ils doivent apprendre, pas nécessairement pourquoi ils doivent apprendre. L’enseignant décide donc seul de ce qui sera appris, quand et comment. - La logique scolaire est fondée sur l’obligation, non pas l’adhésion volontaire. - L’expérience de l’apprenant est peu utile à l’apprentissage. - Les méthodes pédagogiques d’enseignement sont souvent classiques : cours magistraux, exercices de systématisation, travaux d’exposés… - L’enjeu principal est d’acquérir des connaissances sur un thème donné, l’apprentissage s’appuie donc sur une logique de contenu. - La motivation des apprenants n’est pas intrinsèquement liée aux contenus. Elle est stimulée par des signes extérieurs comme des notes, des évaluations, des encouragements ou des avertissements.

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- La discipline est un moyen de canaliser le manque d’appétence aux apprentissages de contenus non motivants pour les enfants.

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Le modèle andragogique : L’andragogie est définie comme l’art et la science d’enseigner aux adultes. Sur quelles hypothèses repose ce modèle ? Les adultes ont besoin de savoir pourquoi ils doivent apprendre quelque chose pour adhérer à des activités d’apprentissage proposées. Les adultes revendiquent d’être traités comme des individus capables de s’autogérer. Ils admettent difficilement qu’autrui impose sa volonté sans justification. Les adultes arrivent en cours avec une expérience propre. Cela rend de groupe très hétérogène et exige la plupart du temps une personnalisation des stratégies d’enseignement et d’apprentissage. En revanche, cela favorise les méthodes expérimentales et activités d’échange à partir des expériences, des conceptions des uns et des autres. Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


Éléments d’andragogie •  Les adultes adhèrent davantage à un apprentissage dans des situations authentiques, si les savoirs enseignés permettent d’affronter des situations réelles qui leur sont nouvelles. L’apprentissage ne peut pas être dissocié du besoin de développement personnel et professionnel de l’adulte. •  L’assimilation des adultes est d’autant plus facilitée que les connaissances, les compétences, les attitudes sont exposées dans le contexte de leur mise en application sur des situations réelles. L’aspect concret et de transférabilité des connaissances acquises est très important. •  Les adultes sont intimement motivés par le désir d’accroître leurs compétences professionnelles, leur satisfaction professionnelle, leur estime de soi... Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


Éléments d’andragogie §  L’adulte a besoin de savoir où il va pour assimiler : le sujet ou thème doit être correctement introduit, les objectifs pédagogiques rigoureusement annoncés, il convient de démontrer le lien logique entre les différentes phases de la formation ; §  L’adulte a besoin de comprendre les raisons de la formation pour être motivé : les actions doivent être justifiées et acceptées par les apprenants, elles peuvent être même en certains cas l’objet de négociation et redéfinition pour maintenir l’adhésion du groupe d’adultes apprenant ; §  L’adulte a besoin de s'appuyer sur son expérience pour maintenir sa motivation à apprendre : le savoir nouveau doit lui apparaître comme contextualisé à ce qu’il sait déjà, il doit être confronté à des situations qui vont le conduire à utiliser ou penser le savoir visé, la compétence enseignée ; l'enseignement doit être interactif au moyen de retours d’expériences, d’expérimentation, de mises en situation (des jeux de rôles à ne pas confondre avec une activité ludique), les situations didactiques doivent être « actives » dans le sens qu’une activité cognitive est sollicitée chez l’adulte en formation. Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016

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DÉFINITIONS

CE QUE FAIT L'ÉLÈVE

RÔLE DU PROFESSEUR

APPRENDRE GRACE AU CONFLIT ENTRE LE NOUVEAU ET L’ANCIEN SAVOIR CONFLIT COGNITIF LE CONFLIT COGNITIF DANS LA ZONE DE PROCHE DEVELOPPEMENT Il y a conflit, déséquilibre, face à de l'inconnu ... Il y a un problème avec les cadres de pensée habituels Fait des essais pour résoudre Crée une situation complexe adaptée aux de l’apprenant, avec ses représentations; cela pose le problème possibilités des élèves problème, crée un conflit personnelle et l'amène à Recherche des réponses à la Fait émerger les représentations décider: « Je dois faire quelquechose... »; « Il y a des situation Complexifie les situations successives choses à apprendre »; « Il y a tension entre ce que je perçois et ce que je suis- entre là où je suis et ce que je veux faire" Echange, confronte, compare CONFLIT SOCIOCOGNITIF Organise les groupes, avec d'autres. Dans une situation d'interaction sociale il y a une Veille au respect des contraintes, Réalise, avec des pairs, une confrontation des représentations avec celle des autres, Reformule les consignes, tâche commune pour prendre ce qui provoque leur modification et améliore la N'apporte pas d'information conscience qu'il y a des compétence de chacun. Il y a tension entre des Met à disposition des ressources, alternatives. représentations, il se crée des équilibres provisoires, Choisit le mode de confrontation le plus Prendre consciences de puis des restructurations… efficace. conceptions autres METACOGNITION Il s’agit de prendre conscience des méthodes de Verbalise la méthode de Aide à formuler, pensée, de sa manière d’apprendre, de ses stratégies pensée qu'il vient d'appliquer Stimule, encourage, accepte toutes les personnelles de résolution de problème afin de réguler En prend conscience et peut propositions, agir dessus. Multiplie les prises de parole. ses propres processus de pensée.

SECONDARISATION Verbalise ce qu’il a fait, C’est conduire les élèves à exercer des activités de quelles furent ses difficultés Aide à formuler pensée, à réfléchir sur leur « faire », sur la sens qui et facilités devant la tâche Stimule, encourage l’explicitation existe derrière l’effectuation de la tâche scolaire: il ne scolaire, quelles furent ses Multiplie les prises de paroles chez les s’agit pas de faire pour faire mais de faire pour stratégies pour réussir, ce « bons » élèves ET les « moins bons » théoriser, il faut sortir de la matérialité de la tâche qu’il retient-il, à quoi cela va élèves scolaire pour abstraire et former un concept. t-il lui servir ?


Schéma canonique pour faire apprendre

Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


activités cognitives pour apprendre assimila/on accomoda/on

INTEGRER RESTRUCTURER

PERCEVOIR EVALUER, SE REPRESENTER

conceptualiser raisonner

INFERER

CATEGORISER

trouver les METTRE EN reconnaitre différencier liens logiques RELATION LIER Repérer les différents RELIER DELIER comparer paramètres Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


MODELES D’APPRENTISSAGE : SYNTHESE sur les formats pédagogiques Socio-constructiviste Constructiviste Cognitiviste Béhavioriste

Enseigner c’est…

Organiser des situations Offrir des situations obstaclesPrésenter d’apprentissage propices au qui permettent l’élaboration l’information de dialogue en vue de provoquer et de de représentations adéquates façon structurée, résoudre des conflits socio-cognitifs. du monde. hiérarchique, déductive.

Apprendre c’est…

Co-construire ses connaissances en Construire et organiser ses Traiter et confrontant ses représentations à connaissances par son action emmagasiner de celles d’autrui. propre. nouvelles informations de façon organisée.

Méthodes pédagogiques appropriées

Stimuler, créer et renforcer des comportements observables appropriés.

Associer, par conditionnement, une récompense à une réponse spécifique.

Apprentissage par projets, discussions, exercices, travaux.

Apprentissage par problèmes Exposé magistral, ouverts, étude de cas. résolution de problèmes fermés.

Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016

Programme d’autoformation assistée par ordinateur.


Pour conclure cette intervention… •  De nos jours, nous savons que le processus d’apprentissage n’est en rien naturel. C’est une potentialité activée grâce aux situations scolaires qui provoquent et facilitent l’apprentissage ou par la volonté de la personne. •  C’est parfois, un apprentissage sur le tas, lors d’une randonnée, dans la fréquentation de personnes expertes en certaines matières parce que la personne apprenante le veut bien : par curiosité, par nécessité. •  On sait l’importance de la motivation et de l’accompagnement personnel sur les chemins du savoir. Ce qu’en termes savants, on appelle la zone de proche développement, l’endroit du potentiel d’apprentissage. On peut apprendre certaines choses pour peu qu’elle ne soit en deçà ou au-dessus de ce que l’on peut apprendre. •  On peut apprendre spontanément, car l’intérêt est présent comme on peut ne pas apprendre lorsque l’esprit est préoccupé par autre chose. •  Apprendre, c’est répondre à des problèmes que pose un milieu « naturel » ou « didactique » construit par un professeur, un formateur. •  Mais quelle démarche, quelle procédure d’apprentissage choisir ? Veut-on former une tête bien faite ou une tête bien pleine ? Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


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Pour conclure cette intervention…

u  Traditionnellement, 2 types de pédagogie opposés dans l’école française; et une approche issue des méthodes dites actives qui tentent de faire son chemin sous son titre de « situation problème » et inspiration piagétienne: u  Une pédagogie ancienne traditionnelle et « rigide » (issue du Moyen-Age)… faisant référence à la scolastique : mémorisation mécanique de savoirs limités et soumission à l’autorité des Anciens, des maîtres et de la Bible. u  Une pédagogie épanouissante et moderne, issue des penseurs humanistes de la Renaissance, des Philosophes des Lumières et des pédagogues modernes… fait référence à la maïeutique socratique qui est « l’art d’accoucher les esprits ». Elle repose sur le respect de l’interlocuteur et un questionnement ayant pour but d’éveiller l’intellect et l’épanouissement de l’individu, de l’élève) u  Et une troisième voie des pédagogies dites actives ou socioconstructivistes qui tentent de rendre l’activité d’apprentissage moins opaque en se donnant les moyens de faciliter à Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


Pour conclure cette intervention… •  l’appropriation des savoirs par des élèves – des apprenants réflexifs, des apprenants qui apprennent par la réflexion, c’est le sens du mot activité́, être en activité́ en apprentissage. •  C’est être en activité́ de réflexion. Pour apprendre, c’est-à-dire conceptualiser ou dit autrement pour former des concepts, il faut abstraire et pour ce faire convoquer de la réflexion et de la réflexivité; réfléchir et réfléchir à ce qu’on vient de réfléchir !

Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


Faites votre choix !!

FIN

Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


Diapos en +


Intervention sur les théories de l’apprentissage Philippe Clauzard MCF Université de la Réunion – ESPE Mars 2016 Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


Le modèle réflexologique

Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016

•  Au début du 20e siècle, certains psychologues entendent fonder une science positive. •  Ainsi, Théodule Ribot en France en 1879 et John Dewey aux États-Unis en 1896 cherchent un fondement et une méthode dans la biologie… •  Ils trouvent dans la notion de « réflexe », une unité sensori- motrice élémentaire et transposable, une référence qui est susceptible d’être transposée et appliquée à l’analyse des activités mentales. •  Le physiologiste russe Pavlov, avec ses expériences de conditionnement des chiens, avait démontré en 1903 qu’en répétant un stimulus neutre (par exemple un son de cloche) à chaque présentation d’un stimulus signifiant (par exemple la nourriture), le premier stimulus finissait par provoquer la même réaction de salivation que le second. Cette découverte du réflexe conditionné le conduisit avec ses élèves à interpréter selon le même mécanisme le psychisme humain dans son ensemble. •  En cela, appliquée au processus d’apprentissage, cette dynamique s’apparente à du « dressage ». •  Le béhaviorisme ne reconnaît que des comportements observables en termes d’apprentissage. •  Dans une démarche proche, l’américain Watson Institue en 1919 le béhaviorisme (ou science du comportement).Il observe qu’un stimulus neutre, lorsqu’il est associé à une cause de frayeur, déclenche la même réaction chez l’enfant. Tout en proclamant le fonctionnement du système nerveux et les stimulus comme essentiels, Watson se cantonne à ses observations au seul niveau des entrées et sorties de l’organisme. Se référant à la notion d’arc réflexe, il en abandonnait l’exploration puisqu’il ne se permettait d’enregistrer que les deux extrémités de cet arc, en reléguant dans la « boîte noire » ce qui les relie. •  Les auteurs néo-béhavioristes, en particulier Skinner, avec la notion de conditionnement opérant, répondent en 1957 au défaut commun des démarches de Pavlov et Watson . Ce défaut tient dans le refus d’envisager l’intériorité des sujets et de les traiter comme passivement déterminé par leur environnement. Avec le conditionnement opérant de type Skinner, c’est le sujet lui-même qui, par sa réponse, provoque activement la présentation du stimulus inconditionné : ainsi le rat de laboratoire a appris à obtenir de la nourriture en actionnant un levier.


Le modèle réflexologique •  notion de réflexe : une unité sensori-motrice élémentaire et décomposable •  rendre compte des phénomènes d’acquisition et d’apprentissage à partir des comportements observables •  notion de comportement observable •  susceptible d’être transposée et appliquée à l’analyse des activités mentales : Pavlov, Watson, Skinner •  schéma [S → R] (Stimuli → Réponse) •  pédagogie par objectifs (PPO), enseignement assisté par ordinateur (EAO), référentiels de compétences, QCM, les fichiers mathématiques… •  apprenant considéré sous le réflexe stimuli-réponses •  apprenant =

un cerveau à remplir et automatiser


Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016

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Skinner Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016

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Le qcm ques/onnaire à choix mul/ple

Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016

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Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016

Le modèle cognitiviste •  Le développement sous le terme de sciences cognitives depuis les années 1950, d’une

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nouvelle approche des sciences de l’esprit regroupe entre autres la psychologie, la linguistique, l’anthropologie… Cette approche ne s’oppose pas entièrement avec la démarche comportementaliste en ce qu’elle retient quelques rubriques et méthodes d’observation qui ont contribué à définir une approche objective et vérifiable des activités mentales. Le cognitivisme prolonge et déborde le comportementalisme en ce qu’il franchit clairement les frontières de la « boîte noire » pour envisager les mécanismes internes en jeu dans les représentations symboliques, le raisonnement et la résolution de problèmes. Cette nouvelle préoccupation est rendue possible grâce à l’essor de l’imagerie cérébrale et d’autre part les systèmes informatiques qui constituent des dispositifs mettant en œuvre une intelligence artificielle. Le cognitivisme dispose avec le « computer » (ou ordinateur qui ordonne les choses) d’un modèle de fonctionnement à partir duquel il est possible de formuler des hypothèses et d’en vérifier la pertinence. L’approche cognitive, en pédagogie, considère les élèves comme un sujet engagé activement dans la construction de ses savoirs et savoir-faire. Ce processus dynamique ne consiste pas en l’accumulation des éléments de connaissance isolés, mais plutôt dans la mobilisation de stratégies cognitives pour organiser et réorganiser des connaissances. L’enseignement a pour tâche d’aménager des conditions favorables pour faire accomplir ce processus. L’enseignant exerce une fonction de conception et de gestion des situations didactiques assurant la médiation entre les élèves et son environnement, les élèves et le savoir. Ce processus s’intéresse aussi aux stratégies métacognitive de l’apprenant : les connaissances verbalisables et accessibles à la conscience que le sujet peut mobiliser sur sa propre activité de cognition, sur sa propre activité d’apprentissage, sur sa démarche de


Le modèle cognitiviste •  prolonge et déborde des frontières du comportementalisme en allant voir du côté de la « boîte noire », •  en cherchant à comprendre les mécanismes internes en jeu •  considérer l’élève comme un sujet engagé activement dans la construction de ses savoirs et savoir-faire. •  non pas l’apprentissage comme une accumulation de connaissance, mais dans l’organisation et la réorganisation des connaissances •  la mobilisation de stratégies cognitives et métacognitives chez l’apprenant qui devient un sujet actif dont l’activité est organisée par un enseignant ou un formateur soucieux d’assurer une médiation favorable (cf. les situations problèmes) •  Apprenant =

cerveau à réorganiser


• L’opéra/on mentale construc/viste Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016

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La situa/on problème

Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016

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Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


Dynamique de la situation problème

Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


Process de la situation problème

Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016

Le modèle connexionniste •  Le connexionnisme est issu du cognitivisme. Cette approche explore le fait que l’intelligence humaine est capable de performance supérieure à celle de la machine. •  Elle explique cela au moyen d’un modèle analogique : à savoir les caractéristiques de l’architecture neuronale du cerveau qui est organisée en réseaux dans lesquels circulent simultanément et traitées en séries temporelles parallèles, des informations en nombre élevé. Contrairement au mode de fonctionnement de la machine informatique qui relie les informations par unités séquentiellement organisées. •  Les actions humaines ne sont pas uniquement déterminées par l’application des règles formelles logique, elles sont en même temps orientées par la référence au contexte et aux acquis de l’expérience passée. Par exemple, l’esprit humain a la capacité de discerner le sens approprié d’un texte ambigu. Il peut également discriminer une forme visuelle susceptible de plusieurs interprétations. •  Pour rendre compte de ces phénomènes, il est fait appel à des modèles de traitement parallèle répartis supposant l’interaction en un nombre élevé d’unités de traitement s’adressant mutuellement des signaux excitateurs et inhibiteurs en constituant des micros structures évolutive au cours du déroulement temporel. •  Les applications de l’approche connexionniste sur la conception des processus d’apprentissage sont importantes . Elle se démarque d’une représentation de l’acquisition des connaissances en termes de stockage dans une mémoire statique. Elle assimile l’apprentissage à l’établissement de liaisons adéquates, susceptibles de se modifier en captant de nouvelles interdépendances, de se brancher sur d’autres liaisons, constituant au gré des interconnexions suscitées par la nature des buts poursuivis des « configurations d’activation ».


Le modèle connexionniste •  issu du cognitivisme, •  explore des performances humaines, supérieures à celles de la machine. •  structure de l’architecture neuronale du cerveau organisé en réseaux pour traiter des informations simultanément et en nombre élevé, contrairement à l’ordinateur •  primat donné aux interactions et en termes d’apprentissage aux liaisons adéquates, aux interdépendances et aux interconnexions que le cerveau organise •  Cf. pédagogie auto-socio-constructiviste, les interactions sociales en classe •  Apprenant = cerveau à organiser en

réseaux de savoirs


La carte mentale

Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016

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3 applications pédagogiques comparées, pour aller plus loin, pour affiner les comparaisons…

Comparaison de 3 applica/ons pédagogiques Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


Représenta7ons de l'acquisi7on du savoir

Les modèles Modèle transmissif Principe d’empreinte (typos) : on imprime des modèles ou des connaissances exemplaires sur un élève malléable et passif. Principe de remplissage: tant que ca rentre, on verse. Bachotage : plus on répète plus ca doit rentrer (condi/onnement répondant)

Modèle béhavioriste

Modèle socio-­‐ construc7viste

Principe de Principe d’oscilla/on entre décomposi/on : un savoir assimila/on et complexe serait une accommoda/on : le savoir somme d’éléments s’acquiert par un processus simples qu’il suffirait cyclique ou tantôt l‘on d‘apprendre séparément intègre de nouvelles et progressivement (pour informa/ons ne pas être bloqué par une (assimila/on) et tantôt on marche trop haute). aménage d'anciennes connaissances et cadres de Principe de pensée (accommoda/on). hiérarchisa/on : la bonne compréhension dépend de Principe de rupture l'ordre choisi par le épistémologique : formateur pour présenter apprendre c’est ces sous-­‐savoirs traverser des phases de (élabora/on d’une déstabilisa/on des savoirs, progression didac/que c’est risquer et surmonter linéaire). une restructura/on de connaissances. (


Les modèles Modèle transmissif

Modèle béhavioriste

Modèle socio-­‐ construc7viste

Pourquoi Pour devenir un apprend-­‐t-­‐ citoyen conforme et civilisé. on?

Parce que l’ac/vité pra/que à laquelle on soumet longuement l’individu laisse forcément des traces, on apprend pour automa/ser...

Pour surmonter un conflit cogni/f et social entre les connaissances / compétences disponibles et les informa/ons/tâches nouvelles.

Démarche Passer du concept à l’exercice concret, de forma7on du cadre général au

Passer d’une difficulté à l’autre (progression linéaire dans une série phénomène par/culier. d’étapes faciles à franchir). Postulat : le savoir abstrait (concepts, Postulat : un savoir no/ons) serait complexe serait un directement empilement d’éléments assimilable. simples.

Faire pressen/r ou naitre des savoirs à par/r de situa/ons-­‐problèmes ou d’études de cas. Postulat : un nouveau savoir s‘acquiert dans des aller-­‐retour avec les savoirs acquis (progression chao/que, progressivité formatrice, rupture épistémologique).


Les modèles

Modèle transmissif Modèle béhavioriste

Statut de l’erreur

Effet regreLable d‘un -­‐ Indice des défauts de -­‐ Ou/l capital : les erreurs à manque de l'élabora/on didac/que ou comprendre comme les compétence du programme de problèmes à résoudre disciplinaire du forma/on (à réviser). jus/fient et s/mulent maître (un mauvais l'appren/ssage. modèle fait de -­‐ Résultat d’une mauvaises copies) contamina/on par des -­‐ Matériau à analyser pour informa/ons viciées trouver comment et provenant des autres pourquoi celui qui ne élèves. comprend pas ne pense pas comme nous. -­‐ Elément dangereux -­‐ Ou/l de remédia/on à (risque de mémorisa/on). par/r des raisonnements non opérants des élèves

Remédia7on

-­‐ Répé//on de la même leçon (jusqu’a ce que ca rentre !). -­‐ Améliora/on de l’exposé.

-­‐ Décomposi/on encore plus fine du savoir. -­‐ Orienta/on vers un cheminement didac/que alterna/f

Modèle socio-­‐ construc7viste

Recherche de la logique de pensée qui empêche de comprendre et explique l'erreur. 89


Les modèles

Modèle transmissif Modèle béhavioriste

Représenta7ons Ignorées ou éliminées de l'apprenant

Modèle socio-­‐ construc7viste

Etudiées au début pour construire une (comme une progression didac/que mauvaise herbe sur (niveau de départ, une zone de lacunes, obstacles). culture).

U/lisées pour étayer les savoirs nouveaux ou cri/quées pour jus/fier de nouveaux cadres de pensée (rupture).

Ac7vité de l’enseignant

Faire un cours magistral : présenta/on, explica/on, argumenta/on et illustra/on d’un savoir…

C r é e r e t g é r e r d e s situa/ons-­‐problèmes: l’enseignant propose une t â c h e c o m p l e x e s u r laquelle planchent les apprenants et se met en retrait. ll les interpelle sur leurs stratégies (il leur apprend à travailler et à apprendre).

Ac7vité de l’apprenant

Ecoute aLen/ve et Suivre les consignes et Partager, débaLre ou obéissante, avec pra/quer construire au sein d’un é v e n t u e l l e m e n t individuellement le plus groupe des savoirs rela/fs quelques ques/ons à longtemps possible. à un problème à résoudre. 90 la fin.

Animer des travaux pra/ques : lorsque le programme d'enseignement est élaboré, l’enseignant guide et s/mule la pra/que par une aide individualisée, des encouragements...


Les modèles

Modèle transmissif Modèle béhavioriste

Modèle socio-­‐ construc7viste

Le primat

L’enseignant : le groupe est suspendu à ses lèvres, l’appren/ssage dépend de la qualité de son exposé.

L’apprenant: chacun a sa propre logique d'appren/ssage qu‘il convient d’apprécier et d’u/liser au mieux.

Forme d’évalua7on privilégiées

L‘évalua/on est un -­‐ Evalua/on ini/ale pour -­‐ La per/nence, Ia ou/l de pouvoir qui affecter l'apprenant dans cohérence ou l‘inven/vité s a n c / o n n e u n le cours le mieux adapté des stratégies de résultat final selon à son niveau. l'apprenant est prise en u n e n o r m e d e compte : le résultat compétence (peu de -­‐ Vérifica/on importe moins que la feedback) : permanente et démarche de résolu/on savoir ou savoir faire immédiate de la du problème. telle chose à la fin du progression (feedback cours (même sans à chaque exercice). -­‐ Développe le meilleur c o m p r e n d r e des feedback : l’auto-­‐ pourquoi). -­‐ La quan/té de pra/que évalua/on. 91 assidue devrait suffire.

Le savoir: but unique auquel tout le monde aspire, tout l'appren/ssage repose sur l’art de le bien découper.


Avantages Inconvénients

Modèle transmissif

Modèle béhavioriste

Modèle socio-­‐construc7viste

-­‐ Facile à meLre en œuvre (une fois instruit, l'apprenant devient automa/quement enseignant et propage une parole). -­‐ Censé être rapide et économique dans des condi/ons op/males.

-­‐ Economique (machines à -­‐ Modèle le plus fidèle aux modes enseigner individualisant la de construc/on individuelle et forma/on à moindre cout). sociale des savoirs complexes. -­‐ Exploite efficacement -­‐ Meilleure fixa/on et certains mécanismes transférabilité des appren/ssages d'appren/ssage -­‐ Meilleure efficacité du fait de la (condi/onnement opérant). prise en compte des -­‐ Evite certains phénomènes différences interindividuelles (des affec/fs pouvant parasiter la styles ou des stratégies rela/on pédagogique (trac...). d'appren/ssage, du rapport au savoir). -­‐ Favorise métacogni/on, secondarisa/on et autonomie.

-­‐ Totalement inefficace en -­‐ A trop les décomposer, les -­‐ Temps d’appren/ssage deçà d’un haut niveau de savoirs perdent leur sens : il extrêmement long forma/on et mo/va/on. n’en reste que des exercices -­‐ Ne vaut pas pour tous les savoirs -­‐ Faible adhésion et accessibles mais peu (p. ex. ceux issus d’une pure mo/va/on en général intéressants en soi, peu u/les conven/on arbitraire, qu'on ne -­‐ Faible transférabilité -­‐ Ignore les par/cularités des peut deviner). (savoir livresque /théorique) sujets (différentes -­‐ Peut confiner au paradoxe de -­‐ Exacerbe les inégalités et la stratégies et/ou styles l’auto-­‐forma/on (on ne peut violence dans l’accès au d'appren/ssage). découvrir par soi-­‐même tous les savoir.

savoirs).


Faites votre choix !!

FIN

Philippe Clauzard, MCF Université de la Réunion / ESPE - 2016


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