Phonétique et Phonologie Auteur du cours: Fabián Santiago
Phonétique et Phonologie Unidad 2 Les sons du français
À la fin de cette unité, l’étudiant sera capable de:
caractériser les propriétés phonologiques des consonnes et des voyelles du français standard ; comprendre les propriétés articulatoires, acoustiques et perceptives du système sonore du français standard ; faire une analyse contrastive entre le système phonologique en français et en espagnol du Mexique.
Description et classement des consonnes françaises Lorsque qu’on parle de la langue française, il faut toujours préciser la variété dont on fait allusion. Dans la plupart des ouvrages en phonétique, le français standard fait allusion au français parisien, o bien, au français parlé par les journalistes des médias français. Il faut, cependant, se rappeler que le français parisien est une variété comme le sont le français québécois, suisse, belge, d’Afrique noir, etc. Dans ce cours, nous allons faire une courte description des consonnes du français standard. Les consonnes françaises sont classées, dans la plupart de la littérature, avec des critères articulatoires. Bien que des critères acoustiques ou perceptifs puissent être utilisés, nous préférons employer les termes de la phonétique articulatoire classique, vu que ce cours est une initiation à la phonétique/phonologie du français. Le nombre de consonnes du français, strictement, s’élève à 22. Le tableau suivant résume les 22 consonnes du français par rapport à leurs propriétés articulatoires, et nous rajoutons les trois segments semi-consonantiques (ou semivocaliques) : Le phonème /ŋ/ correspond à des emprunts en anglais comme dans le mot parking. Quand au phonème /ɲ/, il est très souvent analysé comme la suite de /n/ + /j/. Le phonème /ʁ/ peut être réalisé de plusieurs manières:
[ʁ]: uvulaire ou fricative voisé (français parisien) [ʀ]: uvulaire à plusieurs battements (R grasseyé) [r]: apical à plusieurs battements (comme la erre en espagnol dans le mot carro) [ɾ]: apical simple (comme la ere en espagnol dans le mot caro) [χ]: uvulaire, fricatif, non voisé, cette dernière par assimilation (comme la jota en espagnol dans le mot caja) [ɻ]: apicale, approximante, retroflèxe (similaire à l’anglais dans les variantes du Québec)
Quelques critères des plus importantes pour classifier les consonnes sont le mode de l’activation des plis vocaux [±sonore], le degré de constriction [±occlusif, ±fricatif…], le lieu d’articulation et la nasalité. Les consonnes affriquées comportent une première étape occlusive et une seconde constrictive au même lieu d’articulation. Dans certaines langues, les affriquées sont fréquentes :
Espagnol : chorizo [t͡ʃoɾiso], muchacho [mut͡ʃat͡ʃo], nicho [nit͡ʃo]… Anlglais: jeans [d͡ʒen], bridge [brɪd͡ʒ], chip [t͡ʃɪp], bachelor [bæt͡ʃəlr] Italien: cadenza [kadent͡za], ragazzo [raɡat͡zo], Firenze [fiɾent͡ze]
Le système du français standard ne comprend pas de consonnes affriquées, cependant, on peut trouver l’articulation du [t͡ʃ] dans les mots chèque, caoutchouc… et dans le parler de banlieue et certaines régions de France. L’articulation de [t͡ʃ] et de [d͡ʒ] est observe dans la variété du Québec:
[t͡ʃ]: tyranie, tube, nation… [d͡ʒ]: durer, dicotomie, dédié…
En français, on peut trouver plusieurs phénomènes d’assimilation affectant les consonnes. Certaines consonnes peuvent adopter le trait /+nasale/ si celles-ci sont précédées par une voyelle nasale et suivies d’une consonne obstruante ou si elles se trouvent enfin de mot. Dans les exemples suivants, /d/, /b/ et /ɡ/ deviennent [n], [m] et [ŋ]:
ronde /ʁɔ̃d/ est prononcé [ʁɔ̃n] bombe /bɔ̃b/ est prononcé [bom] une gamine /ynɡamin/ est prononcé [yŋamin]
Dans d’autres cas, les consonnes peuvent adopter le trait du /+voisement/ ou /-voisement/. Ces aspects ont lieu par assimilation régressive. Ainsi, dans les exemples ci-dessous, les consonnes /s/ et /ʁ/ adoptent le trait de /+sonorité/ et /-sonorité/ respectivement:
disgrace /disɡʁas/ est prononcé [dizɡʁas] porte /pɔʁt/ est prononcé [pɔʁ̥t] ou même [pɔχt]
Quelques aspects acoustiques sont importants pour la caractérisation des consonnes. L’analyse des spectrogrammes de la parole peut nous donner des informations acoustiques pertinentes pour différencier les sons voisés de non voisés. Dans la fig. 1, on observe que les tronçons de parole correspondant aux consonnes /p, t, k, s/ ne présentent pas la barre de voisement dans les très basses fréquences. Dans la figure 2, on observe que les tronçons de parole correspondant aux consonnes /b, d, ɡ, z/ présentent la barre de voisement dans les basses fréquences. Le spectrogramme nous permet également de différencier les consonnes occlusives /p, t, k, b, d, g…/ des fricatives /s, f, v, ʃ, z, v…]. Dans les figures 1 et 2, les occlusives [p, t, k, b, d, ɡ] ne présentent pas d’énergie dans les hautes fréquences, mais une barre d’explosion est observable avant la formation de la voyelle “a”. En revanche, les consonnes fricatives /s et z/ représentent un bruit continue: une répartition d’énergie est observable dans les hautes fréquences. Les sons vocaliques se différencient des consonantiques grace au repérage des formants dans les basses et les hautes fréquences. Les voyelles présentent toujours une barre de voisement, sauf s’il y a une dévoisement dû à une assimilation. Dans la figure 3, on peut repérer les voyelles grâce aux formants signalées par les points rouges absents dans les tronçons de parole correspondant aux consonnes. Les consonnes sonantes, c.-à.-d. [l, m, n, ʁ] peuvent présenter des formants, mais ils sont plus faibles: Pour approfondir vos connaissances sur les propriétés acoustiques du français, veuillez visualiser la présentation cidessous: Description et classement des voyelles françaises Les systèmes vocaliques dans les langues comprennent normalement entre 5 à 7 voyelles. Cependant, on peut trouver des systèmes à trois voyelles dans les langues scandinaves ou du pacifique. Le français est un système à 16 voyelles qui exploite plusieurs dimensions pour les différencier. D’une part, le trait /±arrondi/ permet de différencier /i, e, ɛ,/ de /y, ø, œ/. D’autre part, le trait /±nasal/ permet de différencier les orales /ɛ̃, ɔ̃, ɑ̃, œ̃/ de /E, O, A et œ/. La langue joue un rôle important pour l’articulation des voyelles. Si la langue est positionnée vers l’avant, on parle des voyelles antérieures; alors que si elle est positionnée vers l’arrière, on parle des voyelles postérieures. Si la cavité buccale se rétrécit par l’approchement de la mâchoire inférieure vers la supérieure, on parle des voyelles fermées ou hautes.
Au contraire, si la cavité buccale s’agrandit par un écart entre les deux mâchoires, on parle des voyelles ouvertes ou basses. La dynamique des lèvres permet de différencier certains phonèmes en français. Si les lèvres sont écartées, on articule les voyelles /i, e, ɛ, a/, alors que si les lèvres sont arrondies, on articule les voyelles /y, ø, œ, ɑ/. Un voyelles centrale, dite aussi, schwa, s’articule avec une aperture moyenne, sans arrondir ni écarter les lèvres : [ə]. Les voyelles en français présentent un allongement (elles présentent une durée plus importante) devant les consonnes dites allogeantes: /z, v, ʒ, ʁ/. Cette durée est transcrite avec le symbole “ː”:
case: [kaːz] fève: [fɛːv] case: [kaːʒ] père: [pɛːʁ]
Les voyelles françaises sont plus longues en syllabe ouverte, alors qu’en syllabe fermée, elles ont tendance à être plus courtes. Les voyelles mi-fermées [e, ø, o] sont articulées plutôt en syllabe ouverte, alors que les voyelles mi-ouvertes [ɛ, œ, ɔ] sont articulées en syllabe fermée. Certaines oppositions sont dites faibles: les locuteurs ne font plus la distinction entre deux segments pour différencier deux mots. En français, les oppositions ci-dessous sont faibles, car le nombre de paires minimales sont rares et les locuteurs prononcent indistinctement les voyelles en question: 1. 2. 3. 4. 5.
/a/~/ɑ/: pate vs. patte /ø/~/ə/: ceux vs. ce /e/~/ɛ/: les vs. lait /o/~/ɔ/: rauque vs. roc /ɛ̃/~/œ̃/ : brin vs. brun
Une place particulière occupent les voyelles glissantes [j, ɥ, w], ou appelées aussi semi-consonnes ou approximantes. Ces segments sont des variantes consonantiques des voyelles [i, y, u] respectivement. Elles apparaissent :
devant voyelle : huit [ɥit], ciel [sjɛl], oui [wi] (pour [ɥ], elle apparait seulement si la voyelle suivante est [i]. après consonne: nuit [nɥi], pie [pje], noir [nwaʁ] (pour [w], elle apparait seulement si la voyelle suivante est [a] après voyelle: ail [aj], fille [fij]
La figure suivante récapitule les voyelles françaises (les orales y sont exclues): Le e caduc —aussi appelé schwa français— est une voyelle parfois prononcé comme [ø], parfois comme [œ]. Cette voyelle représente parfois une grande difficulté aux apprenants étrangers dû à deux raisons : (i) sa instabilité dans la chaine parlée —il n’y a pas de règles stables indiquant les contextes où il faut la prononcer ou pas— et (ii) sa diversité acoustique —une grande difficulté pour la discriminer perceptivement. Certaines généralités peuvent être évoquées par rapport à sa distribution (Cfr. http://www.projet-pfc.net/index.php): 1. Règle du contexte droit : si le e caduc est suivi d’une voyelle ou se trouve en fin de mot, il n'est pas prononcé (par exemple : bonne idée), sauf s'il est suivi d’un h aspiré (ex : le hibou), il est systématiquement réalisé. 2. Règle des trois consonnes :si un e caduc est précédé d’au moins deux consonnes et suivi d’au moins une consonne [...], il est normalement prononcé ; sinon, il n'est pas réalisé. Quelques exemples des contextes où le e caduc peut apparaitre (la graphie est soulignée) ou disparaitre (la graphie est entre parenthèses) sont expliqués ci-dessous (Cfr. Santiago, à apparaitre): 1. En fin de mot:
s’il est suivi d’une voyelle, il n’est pas prononcé: ma fill(e) a déménagé au mois de juillet, gross(e) erreur... ; s’il est précédé de deux consonnes et suivi d’une voyelle, il n’est pas prononcé: êtr(e) inconnue, la montée du matérialism(e) aussi... ; s'il est précédé d'au moins deux consonnes à gauche et suivi d'au moins une consonne à droite, il est réalisé : notre liberté, analyste financier, quelques précisions ... 2. Au milieu d’un mot: en général, il n’est pas prononcé lorsqu’il est précédé d’une seule consonne et suivi d’une consonne: dév(e)lopp(e)ment, arrondiss(e)ment, clair(e)ment... ; s’il est précédé de deux consonnes et suivi d’une consonne, il est réalisé: le gouvernement, directement, justement... 3. Dans la première syllabe d’un mot polysyllabique: s’il est précédé d’une seule consonne, il n’est en général pas prononcé : à la r(e)traite, puis après elle est v(e)nue, essayer de les r(e)trouver... s’il est précédé de deux consonnes, le e caduc est généralement réalisé.ell(e) devait, treiz(e) petits-enfants, cett(e) semaine, mon père est breton. Quelques processus phonologiques affectant les sons vocaliques sont les suivantes :
Neutralisation des phonèmes /e/~/ɛ/ en position de syllabe fermée dont le résultat est l’archiphonème /E/. Ansi, les mots père, mer, sel… sont transcrites phonologiquement /pEʁ/, /mEʁ/ et /sEl/. La prononciation du [ɛ] dans ces positions est la plus observée. Neutralisation des phonèmes /o/~/ɔ/ devant la consonne /z/, en syllabe ouverte finale et en syllabe entravée par /ʁ/. Le résultat est l’archiphonème /O/. Ainsi, les mots rose, maux, et or sont transcrits phonologiquement /ʁOz/, /mO/ et /Oʁ/ respectivement. La prononciation la plus observée pour ces mots est [ʁoz] ou [ʁɔz], [mo] et [ɔʁ].
Quelques processus phonétiques peuvent affecter le timbre des voyelles, dont la palatisation et la vélarisation sont les plus importantes. Pour voir des exemples sur ces changements, regardez la vidéo suivante : Bibliographie :
Béchade, H-D. (1992). Phonétique et morphologie du français contemporain. Paris : Presses Universitaires de France. Benveniste, E. (1966). Problèmes de linguistique générale I. Paris, Gallimard. Carton, F. (1974). Introduction à la phonétique du français. Paris, Bordas Études 303. Chomsky, N. et M. Halle. (1968). The sound pattern of English. New York: Harper & Row. Collims, B. et M. MEES. (2006). Practical Phonetics and Phonology. New York : Routledge. Hidalgo, A. et M. Quilis. (2012). La voz del lenguaje: fonética y fonología del español. Valencia, Tirant Humanidades. Jakobson, R. G. Fant et M. Halle (1952). Preliminaries to Speech Analysis. Cambridge: MIT Press, Jetchev, G. (2003). La variabilité du “schwa français” vue à travers une approche syllabique. In E. DelaisRoussarie & J. Durand [Eds]. Corpus et variation en phonologie du français. Toulouse: Presses Universitaires du Mirail. Johnsons, K. (2003) [2è éd.]. Acoustic & Auditory Phonetics.Oxford, Blackwell Publishing. Ladefoged, P. et I. Maddieson. (1995), The Sounds of the World’s Languages, Oxford, Blackwell Publisher. Llisteri, J. (1996). Los sonidos del habla. In C. Martín (éd.). Elementos de lingüística. 67-128. Barcelona, Octaedro. Quilis, A. (1998). Principios de fonología y fonética españolas. Madrid, Arco Libros. Quilis, A. (1981). Fonética acústica de la lengua española. Madrid, Gredos. Rocca, I. et W. Johnson. (2005). A cours in phonology. Oxford, Blackwell. Saussure, F. (1995). Cours de linguistique générale. Paris, Payot et Rivages. Vaissière, J. (2011). [2e éd.]. La phonétique. Paris, PUF.