ISSN 0997 6922
N°190 - 1,50 ⏠Décembre 2007
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Les casseurs de vie rĂ©coltent la rĂ©volte Villiers-le-Bel -25 nov- Moushin et Larami â15 et 16 ansâ meurent, moto contre voiture de police. Dans cette ville populaire, comme en 2005, la braise de la rĂ©volte couvant sous la cendre des humiliations sâenflamme. En plus violent, les mĂȘmes causes engendrent les mĂȘmes effets : sitĂŽt lâaccident, on accuse les victimes : pas de casques. Que les blessĂ©s nâaient pas Ă©tĂ© secourus en mĂȘme temps que les flics, peu importe ! Que la moto ait Ă©tĂ© traĂźnĂ©e sur plus de 20 m, aucune importance puisque la version officielle assĂšne que les policiers roulaient Ă 40 km/h! Mais, Ă ces demi vĂ©ritĂ©s tendancieuses, il faut encore ajouter un mensonge officiel : des jeunes auraient matraquĂ© Ă coups de barres de fer la voiture de police⊠Emotion populaire, premiers affrontements et câest le siĂšge : plus de 1 000 policiers investissent les quartiers survolĂ©s par des hĂ©licos aux puissants projecteurs. Sâinstaure une vĂ©ritable guĂ©rilla : aux grenades lacrymo, matraques et flash balls rĂ©pondent pierres, barres, incendies et, pour la premiĂšre fois, fusils Ă plomb et Ă grenaille. Les anciens descendent des immeubles et, lorsque les Robocops approchent des immeubles, câest le caillassage. Les journalistes sont pris Ă partie, identifiĂ©s comme supplĂ©tifs du pouvoir. Sarko rĂ©pond «aux voyous destructurĂ©s prĂȘts Ă tout» en promettant la rĂ©clusion Ă perpĂ©tuitĂ©. Au petit matin, les flics appellent, par tracts, Ă Le dernier service public dans les banlieues : le la dĂ©lation. Guerre civile psychologique. PĂšre NoĂ«l A Villiers, le taux de chĂŽmage est de 19 %, 30 Ă 40 % dans les quartiers, ni ANPE, ni CAF, pas mĂȘme un lycĂ©e. La casse des services publics est, ici, dĂ©jĂ accomplie. Le cynisme de Sarko « colorant » le sommet de lâEtat, son «travailler plus pour gagner plus», sa «tolĂ©rance zĂ©ro pour la glandouille», ici, sont insupportables. Le pouvoir le sait. Ne lui reste quâĂ dresser les moins pauvres qui risquent de perdre leur vie Ă la gagner contre ceux qui nâont plus rien Ă perdre. Arrogance et brutalitĂ© ne rĂ©soudront pas la p au p Ă©risat io n d es f amilles, la ghettoĂŻsation de la misĂšre. Doute et inquiĂ©tude rongent lâoligarchie rĂ©gnante : et si les couches populaires surmontaient leurs propres divisions face Ă la baisse du pouvoir dâachat, lâallongement de la durĂ©e de travail et du chĂŽmage ? La guerre entre les « bons » Français et la « racaille » pourrait tourner court. DĂ©jĂ Sarko sâen inquiĂ©tait lors des manifs anti CPE « Sâil y avait connexion entre les Ă©tudiants et les banlieues, tout serait possible y compris une explosion gĂ©nĂ©ralisĂ©e et une fin de quinquennat Ă©pouvantable ». AprĂšs les PrĂ©sidentielles, le Figaro sâĂ©pouvantait : «La mĂȘme rage anti Sarko a rĂ©uni dans de brĂšves manifestations, des militants radicaux, des jeunes Ă©tudiants et des jeunes de banlieues». Nous reviendrons dans notre prochain numĂ©ro sur la signification et les limites de ces rĂ©voltes.