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Le Journal du Palais n°11. Juin - Août 2020

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N °11

JUIN

Û - AO

T 2020

ÉVÉNEMENT :

LE PALAIS VOUS ATTEND !

P.4 L’AQUARIUM TROPICAL EN TRAVAUX

P.12 EXPO CHRISTIAN LOUBOUTIN L’EXHIBITION[NISTE]

P.15 NOTRE SÉLECTION LITTÉRAIRE


01

02

LE PALAIS CONFINÉ ! 01, 03 & 06 Le PC sécurité est resté mobilisé pendant tout le confinement — 02 Prise de sang des alligators albinos — 04 La nature reprend ses droits ! — 05 Les vidéos en ligne du directeur de l’Aquarium pendant le confinement.

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PHOTOS : D.R.

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ÇA GAZOUILLE

Vos meilleures photos du Palais sur les réseaux sociaux

@nikitarogue

@julieolivi

@paulinepetiot @ericparois

@menacelamax


3 LE JOURNAL DU PALAIS

Vous le découvrirez dans ce journal, nous avons redoublé d’efforts pour vous garantir des conditions de visite optimales et pour vous donner envie de venir et revenir. Sans public, sans visite, sans émerveillement, sans savoir, point de Palais ! Passez le mot autour de vous. On vous attend !

DOSSIER

4 LES ACTUS DU PALAIS

L’Aquarium ferme pour travaux

6 DOSSIER

Le Palais vous attend !

10 PORTRAIT

François Héran

12 AGENDA 14 LE PALAIS VU PAR... Pierre-Jean Trabon

15 DU CÔTÉ DES LIVRES

Une riche année littéraire

Présidente du conseil d’administration : Mercedes Erra Président du conseil d’orientation :

François Héran Directrice générale : Hélène Orain Directeur du développement, des publics et de la communication : Benjamin Bechaux

Responsable de la communication : Thibaud Giraudeau

Le Palais croqué par Laurence Le Chau

Rédactrice : Elodie de Vreyer Maquette : Sandy Chamaillard Illustration 4e de couv : Laurence Le Chau

PHOTO : LE PALAIS DE LA PORTE DORÉE © ANNE VOLERY.

© ANNE VOLERY

LES ACTUS DU PALAIS

16 VU & ENTENDU AU PALAIS

OURS

PHOTOS : D.R.

La réouverture était attendue ! Si vous avez été très nombreux à suivre nos offres en ligne et à visiter virtuellement nos expositions (en cours ou passées), rien ne peut remplacer l’expérience in situ : se balader dans les espaces du Palais, découvrir comment l’immigration a façonné notre histoire commune, s’immerger dans le monde foisonnant de Christian Louboutin ou boire un café à l’ombre du bas-relief.

© ANNE VOLERY

Après près de trois mois de fermeture forcée, le Palais vous ouvre à nouveau grand ses portes. Ce confinement nécessaire, nous l’avons vécu comme vous, en télétravail pour beaucoup mais aussi sur place, au Palais, pour maintenir les activités essentielles liées au bien-être des animaux et à la sécurité du monument et des œuvres.

SOMMAIRE

ON VOUS ATTEND !


ACTU DU PALAIS

LE JOURNAL DU PALAIS 4

À L’AQUARIUM

© PALAIS DE LA PORTE DORÉE.

CÉTACÉS À SUCCÈS

Beau bilan pour Baleinopolis : l‘exposition a séduit 135 000 visiteurs en cinq mois. Retrouvez sur le site internet du Palais les vidéos proposées par le commissaire Olivier Adam.

PALAIS

© GUILLAUME BRUNET

POISSON LUNE, LE RETOUR !

Votre terrasse éphémère préférée au pied du monument sera ouverte tout l’été. Profitez-en pour faire le plein de soleil et de culture !

LE DÉMÉNAGEMENT DES ALLIGATORS ALBINOS

L’AQUARIUM FERME POUR TRAVAUX L’Aquarium se refait une beauté avec une fosse aux crocodiles revisitée, un espace de réalité augmentée, un confort acoustique et une accessibilité améliorés. Réouverture le 9 mars 2021. « Ma dernière nuit, je l’ai passée à trouver une solution pour sortir de larges aquariums par une porte étroite. » Depuis quelques semaines, du déménagement des animaux à la supervision des travaux qui démarrent cet été, le directeur de l’Aquarium tropical est un homme très occupé. Il a d’abord fallu organiser le départ des cinq alligators. Sous la surveillance d’un vétérinaire, ils ont été muselés puis simplement scotchés au niveau du museau, avant d’être placés dans des boîtes de transport.

Les trois alligators adultes sont partis pour le zoo d’Anvers. « Ils y resteront, ce qui laissera ici plus de place à nos deux alligators albinos, qui grandissent et ont besoin d’espace », commente Dominique Duché. Laury et Dundee, les femelles albinos, sont envoyées à Biotropica (région de Rouen) durant les neuf mois de travaux. À leur retour, un garde-corps transparent aura été installé au-dessus de leur fosse. Un dispositif bien plus pratique pour les enfants et les personnes à mobilité réduite. Ces dernières pourront enfin accéder à l’ensemble des espaces. Un élévateur permettra de circuler entre les parties haute et basse de l’Aquarium. Un ascenseur reliera directement ce dernier à l’entrée du Palais. La grande attraction de la réouverture sera un mur immersif interactif. Les mouvements des visiteurs déclencheront mouvements et réactions de cétacés virtuels. « Cela devrait être assez décoiffant ! » promet le directeur du lieu. Autre nouveauté attendue : la rénovation totale de la section dite de « La grande marine ».

Pendant les travaux de leur bassin, les poissons Napoléon, les poissons-licornes et leurs compagnons ont rejoint une salle de quarantaine, inaccessible au public. C’est ici aussi que les cinq aquariologistes ont bouturé les fragiles coraux. Après avoir repoussé, ils iront garnir les bassins rénovés. Trop gros ou assez communs, 500 poissons environ sont partis définitivement pour d’autres aquariums. Les travaux sont aussi l’occasion de revoir le plan de collection. « Nous accueillerons quelques nouvelles espèces adaptées aux écosystèmes des différents bassins et à la croissance limitée », confirme Dominique Duché. Il insiste : « Nous ne sommes pas à la recherche de l’animal rare mais de celui qui correspond le mieux à nos messages pédagogiques. » Plus techniques, les derniers travaux n’en sont pas moins indispensables. Un faux-plafond suspendu apportera du confort acoustique. Quatre nouvelles centrales de traitement de l’air vont être installées, améliorant sa qualité et stabilisant la température dans l’ensemble des espaces.


ZOOM

ACTU DU PALAIS

DÉSOBÉIR. PHOTO : © WILLY VAINQUEUR

LE CHIFFRE CLÉ A VOS AGENDAS ! Si les équipes du Palais ont été contraintes d’annuler les évènements du printemps pour cause de confinement, rassurez-vous, elles mettent les bouchées doubles pour une programmation d’enfer dès la rentrée prochaine. Le Grand festival contre le racisme et l’antisémitisme et la haine anti LGBT, habituellement en mars, se déroulera exceptionnellement du 15 au 20 septembre. Au programme, rencontre littéraire, débats, théâtre, soirée cinéma avec Kourtrajmé et DJ set. Fin octobre, le Palais accueillera pour la quatrième année consécutive, le festival Visions d’exil (30, 31 octobre et 1er novembre) qui mettra à l’honneur les créations d’artistes exilés, produites pendant la crise sanitaire. Pour la Nuit des Musées, le samedi 14 novembre, le Palais invitera la chorégraphe Anne Nguyen et ses huit danseuses et danseurs à investir le Forum avec des extraits de leur dernière création, À mon bel amour, inspirée de l’esthétique des défilés de mode. Enfin, du 4 au 16 décembre, ce sera le grand retour du festival Welcome !. La rentrée sera chaude !

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L'ANIMAL STAR

L’OPISTOGNATHE À FRONT DORÉ INSOLITE !

C’est le nombre de souliers présentés dans l’exposition Christian Louboutin : L’Exhibition[niste]. Escarpins en peau de maquereau, bottines aux talons de bois sculptés par des artisans du Bhoutan, sans oublier la spectaculaire série Fetish, des chaussures élevées au rang de sculpture… L’exposition est prolongée : vous avez jusqu’au 3 janvier 2021 pour la découvrir.

MUSÉE

1973 ANNÉE-CLEF Hommes & Migrations n° 1330, 15 €, disponible sur le site internet du Palais et en librairie.

5 LE JOURNAL DU PALAIS

Confinement ou pas, chez l’Opistognathus aurifrons, c’est chacun chez soi ! Blanc avec une tache jaune sur la tête, long d’une dizaine de centimètres, ce poisson originaire des Caraïbes passe une grande partie du temps dans son terrier. Il se tient verticalement au-dessus de cette galerie creusée dans le sable, au pied des récifs coralliens. Elle lui sert de refuge à la moindre alerte. Le soir, l’opistognathe s’y installe, fermant l’entrée avec un débris de coquillage ou de corail. Territorial, l’animal ne s’éloigne jamais de plus de deux mètres de son terrier. Et c’est pour la bonne cause : chercher le plancton animal qui lui sert de nourriture et se reproduire. L’opistognathe vivant en colonies, ses partenaires sont ses voisins. Une fois les ovules pondus, le mâle les récupère pour les incuber dans sa bouche, voire les déposer dans le terrier où il les oxygène en bougeant sa queue.

Le nouveau numéro d’Hommes & Migrations explore cette année dense, entre tensions raciales et structuration des mouvements de défense des immigrés. 1973 : en pleine crise pétrolière, la France se retrouve profondément divisée sur la question de l’immigration. D’un côté, une série de crimes racistes qui endeuille les immigrés algériens. De l’autre une mobilisation contre les expulsions consécutives aux circulaires Marcellin-Fontanet qui durcissent les conditions d’obtention des titres de séjour. La revue Hommes & Migrations a choisi d’explorer cette date-repère, l’une de celles qui structureront le nouveau parcours permanent du Musée national de l’histoire de l’immigration. « Des travaux sur les archives montrent que ce climat de tensions raciales croissantes a motivé l’année suivante un tournant majeur de la politique migratoire française », commente Marie Poinsot, rédactrice en chef de la revue. À découvrir également dans ce numéro, un portfolio d’affiches militantes de l’époque, un hommage aux artistes récemment disparus Manu Dibango et Idir ou encore un entretien avec le lauréat du Prix littéraire de la Porte Dorée.


LE JOURNAL DU PALAIS 6

DOSSIER

LE PALAIS VOUS ATTEND ! RÉSERVER SA VISITE Afin de vous garantir des conditions de sécurité optimale, la réservation de l’exposition Christian Louboutin : l’Exhibition[niste] et celle du parcours permanent du Musée national de l’histoire de l’immigration est obligatoire sur le site internet du Palais. Le centre de ressources Abdelmalek Sayad reste fermé, jusqu’à cet été.

Le Palais rouvre ses portes. Mise en place de réservations, formation des agents, nettoyage renforcé : tout est fait pour vous bichonner. Avoir le Palais pour vous (presque) tout seul. Découvrir à votre rythme les expositions permanentes et temporaires avec des agents toujours disponibles pour répondre à vos questions. Déambuler à votre guise pour (re)admirer les ferronneries et mosaïques Art déco, les deux Salons historiques classés du hall majestueux ou encore les fresques murales du Forum. C’est l’invitation du Palais, qui rouvre ses portes après plusieurs mois de confinement. Pour Hélène Orain, sa directrice générale, « C’était une évidence de rouvrir rapidement, parce que nos missions sont celles du service public. Nous proposons à nos visiteurs de s’évader, de s’instruire et de se cultiver. Après deux mois de confinement, de rupture du lien social, chacun a envie de se rattraper ». Bien sûr, les conditions ont été adaptées. La jauge de visiteurs est limitée, toutes les précautions sanitaires sont prises et figurent dans un protocole validé par la préfecture. La réflexion a débuté pendant le confinement. « il n’existe pas de manuel de gestion de la crise du Covid-19 ! poursuit Hélène Orain. Nous avons beaucoup échangé avec les agents, notamment ceux qui sont au contact du public, pour établir collectivement le protocole d’accueil pour la réouverture. Nous avons également pris conseil auprès du ministère de la Culture et de nos collègues des autres musées ». Il est présenté aux visiteurs sur les écrans vidéo dès l’accueil. Les masques sont-ils obligatoires ? Oui, pour les agents en contact avec le public, comme pour les visiteurs.


© ANNE VOLERY

7 LE JOURNAL DU PALAIS


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En six points (quatre dans le hall d’honneur, au vestiaire, à l’entrée des expositions), du gel hydro-alcoolique est disponible. Les portes sont ouvertes, pour minimiser les risques de transmission du virus via les poignées. Celles-ci, comme les autres points de contacts, sont soumises à un nettoyage très régulier. Le reste du bâtiment est également nettoyé chaque jour, après avoir été lavé de fond en comble avant la réouverture. « Par chance, il y a assez peu de choses à toucher dans les expositions », sourit Christine Piquéras. La directrice du bâtiment et de la programmation culturelle a revu à la hausse ses moyens humains et financiers pour assurer une sécurité sanitaire optimale. Agents d’accueil, de billetterie, de surveillance, médiateurs : tous les agents en contact avec les visiteurs ont été formés quelques jours avant la réouverture, y compris sur le proto-

cole de lavage des mains. Trente secondes, pas moins, sans oublier le moindre pli de peau, ni les ongles. Irréprochables sur

toutes les circonstances. En l’occurrence, nous avons revu le b-a-ba des échanges, commente Benjamin Béchaux, directeur

« Les contenus sont les mêmes, le personnel est plus disponible car il y a moins de monde, l’attente est limitée ». les gestes barrières, les agents doivent aussi pouvoir renseigner le public sur l’ensemble du dispositif, anticiper les questions et situations inédites. Non, personne ne porte de gants, c’est contraire aux recommandations de l’autorité de santé. Oui, les visiteurs ne respectant pas les consignes sanitaires seront priés de quitter les lieux. « L’accueil est notre métier, nous savons nous adapter à

du développement, des publics et de la communication. Yeux plissés, ton de voix plus enjoué… même derrière un masque, un sourire se voit et se perçoit. Il est essentiel pour nous de conserver la qualité de l’accueil, régulièrement soulignée par les visiteurs, poursuit Benjamin Béchaux. Ici, le public se sent comme chez lui, cela doit continuer ». Pour assurer les meilleures conditions de sécurité, la dé-

cision a été prise d’instaurer une réservation obligatoire pour visiter l’exposition permanente du Musée national de l’histoire de l’immigration, de même que pour Christian Louboutin : l’Exhibition[niste]. Celle-ci est prolongée jusqu’au 3 janvier 2021 inclus. Dans le forum, un marquage au sol attend les visiteurs qui patientent pour la découvrir. On entre en nombre limité dans les 1000m2 consacrés au créateur de souliers. « Nous avons défini un nombre de visiteurs par mètre carré bien inférieur au plafond habituel », précise le directeur du développement, des publics et de la communication. Qui conclut : « Les contenus sont les mêmes, le personnel est plus disponible car il y a moins de monde, l’attente est limitée : c’est le moment de venir nous rendre visite ! » Pour être sûr de ne pas attendre du tout, en réservant votre billet sur le site internet du Palais, choisissez les


9 LE JOURNAL DU PALAIS

« EN CES TEMPS TROUBLÉS, LE PALAIS A BEAUCOUP À DIRE ! »

PAR HÉLÈNE ORAIN

DIRECTRICE GÉNÉRALE DU PALAIS

© ANNE VOLERY

En quoi la pandémie de coronavirus interroge-t-elle le Palais ?

horaires creux : les débuts et les fins de journée, la semaine plutôt que le week-end. Tous les espaces cependant ne peuvent rouvrir, à commencer par l’Aquarium tropical, en travaux jusqu’en mars 2021 ou le centre de ressources Abdelmalek Sayad. L’auditorium, les salles d’ateliers, le hall Marie Curie, qui accueillent en général des groupes supérieurs à dix personnes, sont également fermés. Quant aux visites guidées, visites de groupes et ateliers, ils pourraient reprendre d’ici quelques semaines, avec une jauge limitée à dix personnes. « Le confinement nous a permis de tester de nouveaux formats, de réfléchir sur nos missions, conclut Hélène Orain. Quand il sera possible de reprendre notre fonctionnement habituel dans ce lieu de vie et de rencontres qu’est le Palais, nous serons prêts. Prêts pour refaire société ». En attendant, réservez et profitez : vous êtes (très) attendus.

C’est évident pour nous : cette crise nous renforce dans nos missions. Voilà pourquoi il nous a semblé essentiel de garder le lien en développant de nouveaux outils numériques puis de rouvrir, au plus vite, dans des conditions adaptées. Car on l’a vu, cette fois encore : la tentation est grande de désigner un bouc émissaire, d’accuser l’autre, l’étranger. Aux États-Unis, Donald Trump a parlé au début de virus chinois. En France, des Asiatiques ont été agressés parce que considérés comme responsables de la maladie. En Hongrie, certains ont pointé du doigt les migrants ; en Inde, les musulmans. On voit aussi la tentation du repli nationaliste qui se profile derrière tout cela, à commencer par le repositionnement de nombreux responsables politiques sur le sujet des frontières. Plus que jamais, la mission de notre Établissement est donc de porter une autre voix. De rappeler que les pandémies ont toujours attisé les passions et la xénophobie. D’expliquer qu’aucune frontière n’est jamais hermétique et que sans coopération, la lutte contre le virus est vouée à l’échec.

Cette crise nous a également rappelé combien nous étions vulnérables face à la nature… La transmission de virus par les animaux existe depuis l’invention de l’élevage. En revanche, le risque de transmission par

les animaux sauvages est aujourd’hui bien plus grand. En détruisant leur milieu naturel, nous sommes de plus en plus en contact avec eux. Les spécialistes estiment que si rien n’est fait, des pandémies comme celles du coronavirus reviendront régulièrement. La préservation de la biodiversité est donc essentielle. C’est l’un des messages porté par l’Aquarium tropical. Cette sensibilisation passe notamment par des projets de science participative avec les établissements scolaires, des expositions comme Baleinopolis, des événements comme la Fête de l’océan.

Comment le Palais a-t-il adapté son offre numérique avant la réouverture ? Nous avons été très actifs sur les réseaux sociaux et notre newsletter mensuelle a cédé la place à une newsletter hebdomadaire, avec des contenus imaginés pour l’occasion. Les vidéos présentant des poissons qui vivent naturellement « en confinement » ou celles d’Olivier Adam, commissaire de Baleinopolis, ont été très appréciées, de même que nos tutos d’activités pour les enfants. Ce confinement nous a donné l’occasion aussi de tester de nouveaux formats, comme une Fête de l’océan 100% numérique le 6 juin, en partenariat avec « L’Esprit sorcier ». Autre nouveauté depuis la fin mai : deux conférences mensuelles en Facebook live, animées par le journaliste Renaud Dély. En ces temps troublés, nous avons beaucoup à dire !


FRANÇOIS HÉRAN, PHOTOS : © D.R.


PORTRAIT

11 LE JOURNAL DU PALAIS

FRANÇOIS HÉRAN, PHOTOS : © D.R.

FRANÇOIS HÉRAN Dans un essai remarqué intitulé Avec l’immigration. Mesurer, débattre, agir, il démontait en 2017, à grands renforts de chiffres, les idées reçues et contrevérités. À 67 ans, François Héran est le nouveau président du Conseil d’orientation de l’Établissement public du Palais de la Porte Dorée. Ce démographe et sociologue, nommé par décret ministériel le 14 janvier dernier, succède à l’historien Benjamin Stora, en poste depuis 2014. « Peu de pays ont la chance d’avoir un tel lieu ». François Héran connaît bien l’Établissement et plus encore le Musée. Membre du Conseil d’orientation depuis 2010, il a signé l’audit qui a conduit à la refonte de la revue Hommes & Migrations en 2019. Aux côtés de l’historien Patrick Boucheron et d’une cinquantaine d’autres spécialistes, il a également planché sur le rapport de préfiguration qui a servi de base pour repenser le parcours permanent du Musée. Ce passionné d’histoire est convaincu des vertus d’une approche interdisciplinaire : « Quand on travaille sur ce sujet, c’est une évidence, explique celui qui occupe depuis 2018 la chaire « Migrations et sociétés» au Collège de France. Une migration, c’est un phénomène à la fois géopolitique, historique, géographique, économique et anthropologique… » Pour le nouveau président, le Musée doit porter un regard « objectif et pluriel » sur les migrations. La controverse n’est pas interdite estime François Héran : « Nous n’avons pas à imposer une vision unique. Je pense qu’on peut nourrir le

Le nouveau président du Conseil d’orientation de l’Établissement public du Palais de la Porte Dorée milite pour une approche dépassionnée du fait migratoire, faits et chiffres à l’appui.

débat, à défaut de le trancher, avec des chiffres et des faits ». La statistique y a toute sa place : souvent confisquée par les élites, « elle est un bien public qui doit être mis à la disposition de tous les citoyens, pour éclairer leur réflexion ». Plutôt que d’être pour ou contre l’immigration, faisons avec, écrivait-il dans son essai de 2017. Pour le chercheur, le Musée doit retracer l’histoire d’une immigration devenue, depuis 1789, « une composante banale » de la société française. Une personne sur quatre vivant en France est immigrée ou descendante d’immigrés. Le terme recouvre d’ailleurs des

réalités bien différentes. Focalisée sur les migrations de travail ou humanitaires, l’opinion publique ignore les migrations de retraite ou de santé, pourtant bien réelles. « Saviez-vous que la migration la plus importante en France l’an dernier était estudiantine ? 90 000 étudiants non européens ont eu un titre de séjour ». Banales, mais pas banalisées, les migrations restent pourtant « douloureuses » notamment pour les ressortissants de l’ancien empire colonial, qui représentent encore aujourd’hui un tiers des migrants. « L’opinion publique accepte moins bien qu’avant cette idée que

l’intégration prend du temps. » D’où la nécessité, pour le démographe, « sans repentance ni indifférence », de reconnecter le Musée à l’histoire coloniale dont il est issu. « Il faut montrer que des gens viennent chez nous parce que nous sommes allés chez eux ». Président du jeune Institut Convergences Migrations, qui fédère quelque 300 doctorants et chercheurs, François Héran résume son ambition en trois mots : « relever le débat » sur un sujet qui demeure passionnel. A-t-il le sentiment d’être entendu ? Ces dernières années, il a été auditionné à trois reprises en commission parlementaire. Une première, souligne-t-il, à l’invitation d’une génération de jeunes députés « beaucoup plus à l’aise avec les chiffres ». Car le phénomène migratoire suscite des débats dans tous les partis : pour trouver des arguments, les élus se tournent « de plus en plus » vers les chercheurs, fussent-ils « des empêcheurs de tourner en rond ».

EN BREF Après des années de terrain dans le sud de l’Espagne et dans les Andes boliviennes, François Héran a passé une thèse de 3e cycle et une thèse d’Etat en anthropologie sociale. Chef de la division des Enquêtes et études démographiques de l’INSEE entre 1993 et 1998, il a dirigé l’Institut national d’études démographiques de 1999 à 2009. Il préside depuis 2017 l’Institut convergence Migrations, coordonné par le CNRS. Il a été élu au Collège de France, sur la chaire « Migrations et sociétés » en juin 2017.


AGEN

LE JOURNAL DU PALAIS 12

CHRISTIAN LOUBOUTIN : L’EXHIBITION[NISTE]

INFOS PRATIQUES Mardi > vendredi de 10h à 17h30 > Samedi et dimanche de 10h à 19h Réservation

obligatoire sur le site du Palais.

AU PALAIS JUSQU’AU 3 JANVIER 2021 Exposition consacrée à l’œuvre et l’imaginaire d’une figure incontournable du monde de la mode, Christian Louboutin : L’Exhibition[niste] est une invitation à plonger dans l’univers foisonnant du créateur de souliers, et à explorer toutes les facettes d’une inspiration aux multiples références. Dès ses débuts, Christian Louboutin insuffle dans ses créations une grande richesse de motifs et de couleurs inspirés par son amour des arts et des autres cultures. Flamboyant, audacieux, ouvert sur le monde, généreux et parfois sulfureux, l’univers du créateur se nourrit d’une passion pour les voyages, de références au monde de la pop culture, du spectacle, de la danse, de la littérature et du cinéma. Dévoilant les inspirations et le processus créatif de Christian Louboutin, l’exposition met en scène la vision du créateur à travers quelques-unes des œuvres les plus précieuses issues de sa collection personnelle ainsi que des prêts de collections publiques. Parmi la sélection de souliers présentés, certains n’ont jamais été exposés. Aux côtés de ces pièces patrimoniales, de nombreuses collaborations exclusives soulignent l’attachement de Christian Louboutin pour les savoir-faire et les métiers d’art, comme des vitraux réalisés par la Maison du Vitrail, un palanquin d’argent sévillan ou encore un cabaret sculpté au Bhoutan. L’exposition dévoile enfin des projets inédits avec quelques-uns des artistes qui lui sont les plus chers : le réalisateur et photographe David Lynch, l’artiste multimédia néo-zélandaise Lisa Reihana, le duo de designers anglais Whitaker Malem, la chorégraphe espagnole Blanca Li, le plasticien pakistanais Imran Qureshi, et bien d’autres encore... Plein tarif : 12 € / Tarif réduit : 9 €


ENDA

13 LE JOURNAL DU PALAIS

LE PARCOURS PERMANENT

© DENIS HURTAUD

REPÈRES

MUSÉE Au total près de 300 documents d’archives, des photographies, des planches de bande-dessinée, des œuvres d’art et autres témoignages se répondent le long d’un parcours thématique qui forme un panorama vivant de deux siècles d’histoire de l’immigration en France. À la croisée des regards et des disciplines, l’exposition permanente Repères témoigne de la richesse et de la diversité des parcours migratoires ainsi que de l’apport des immigrés dans le développement économique, les évolutions sociales et la vie culturelle du pays. Plein tarif : 6 € / Tarif réduit : 4 €

LE MUSÉE PART EN LIVE

MIGRANTS ET COVID-19 : TOUS EGAUX FACE AU VIRUS ? MERCREDI 24 JUIN 18H À 19H Si le discours insistant sur l’égalité face au virus peut être utile pour susciter l’adhésion de l’ensemble de la société aux nécessaires mesures de prévention, cette égalité vaut-elle en matière de soin ? Car certains publics sont plus vulnérables que d’autres... C’est le cas des migrants et notamment des demandeurs d’asile enfermés en centre de détention. Leur accès aux services de santé, crucial en période de pandémie, est-il pour autant garanti et égal à celui dont bénéficie le reste de la population française ? C’est aussi le cas des personnels soignants étrangers qui se trouvent en premier ligne dans la lutte contre la pandémie au sein des établissements de soin. Dans cette période où les inégalités sociales et spatiales sont rendues mortelles par le virus, les migrants, patients ou soignants étrangers, sont-ils les oubliés de la chaîne de soin ? Avec Didier Fassin, anthropologue, sociologue et médecin, professeur à l’Institute for Advanced Study de Princeton, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, et titulaire de la chaire annuelle de santé publique au Collège de France. Luc Ginot, directeur de la santé publique à l’ARS Ile-de-France.

© ANNE VOELRY

Carine Rolland, médecin généraliste à Nantes, auprès des réfugiés, avant et pendant la crise du Covid. Un débat animé par Renaud Dély, journaliste à France Info et Arte.

Rendez-vous sur la page Facebook du Musée pour suivre le débat en live et poser toutes vos questions.


VU PAR

LE JOURNAL DU PALAIS 14

LE PALAIS VU PAR PIERRE-JEAN TRABON « Les édifices classés du XXe siècle, comme l’est une partie du Palais, sont rares. Ce bâtiment témoigne de la fin d’une période : l’Exposition de 1931 célèbre la France des colonies au moment où émerge le mouvement de la négritude, l’une de ses premières contestations. Architecturalement, le Palais illustre la force du mouvement Art déco, avec ses grands volumes, l’affirmation du béton armé comme matériau noble. Le visiteur est toujours surpris par les trois pyramides en toiture, visibles de l’intérieur et imperceptibles de dehors, où le toit semble plat. On remarquera aussi l’ingéniosité de l’architecte Laprade. Il a réussi, par un efficace système de ventilation intérieur, à faire cohabiter un aquarium tropical, lieu où règne une forte humidité, et des espaces muséaux qui nécessitent un air sec ! »

Architecte en chef des Monuments historiques

QUE FAIT UN ARCHITECTE EN CHEF DES MONUMENTS HISTORIQUES ?

® D.R.

Nommé par le ministère de la Culture, il est spécialisé dans la restauration et la mise en valeur d’un édifice, d’un ensemble monumental ou la mise en valeur d’un site architectural historique ou archéologique. Il assure en tant que maître d’œuvre la restauration des édifices classés gérés par l’État.

24H CHRONO À chaque numéro du Journal, un membre de l'équipe nous emmène dans les coulisses du Palais 9 h 45

Fahd assiste au point quotidien des agents de sécurité et des agents d’accueil sur le déroulement de la journée : un rappel de tout ce qui va se dérouler au Palais.

FAHD ABDUL ll dirige depuis 2017 le service de l’accueil, de la surveillance et de la sécurité. Ses missions ? Veiller sur les hommes, les œuvres et le bâtiment. Une trentaine d’agents et de prestataires extérieurs travaillent sous sa responsabilité. Électrotechnicien et spécialiste de la sécurité incendie, il a été responsable sécurité de la tour Eiffel.

10 h

Visite au PC sécurité. Les agents établissent chaque jour un compte-rendu des incidents éventuels survenus la veille, de l’évacuation d’un visiteur pris d’un malaise au déclenchement d’une alarme incendie. Puis, c’est la tournée dans les différents espaces du Palais avec le superviseur de sécurité

incendie, pour vérifier les installations.

11 h 15 Rendez-vous avec les équipes du service de la programmation : Fahd leur valide l’emplacement et la conformité des installations prévues pour un spectacle à venir. Il informe les agents qui seront mobilisés pour la préparation du lieu, l’accueil et la surveillance le jour J. 14 h 30

Visite d’un organisme agréé qui vient contrôler les ascenseurs. La chaufferie du Palais, le dispositif d’alarme incendie, les extincteurs

notamment sont aussi concernés par ces contrôles réglementaires. Fahd est chargé de vérifier que les interventions parfois nécessaires suite à ces visites, sont correctement menées.

17 h 30

Fermeture des portes. Fahd fait un dernier point sur la gestion de la file d’attente à l’entrée du Forum, pour l’exposition Christian Louboutin : L’Exhibition[niste]. « Je retravaille en continu une organisation la plus adaptée possible à la sécurité de l’établissement ».


N

DU CÔTÉ DES LIVRES

15 LE JOURNAL DU PALAIS

UNE RICHE ANNÉE LITTÉRAIRE

LE GHETTO INTÉRIEUR

Santiago H Amigorena, éditions P.O.L.

RHAPSODIE DES OUBLIÉS

Sofia Aouine, éditions de La Martinière

RUE DES PÂQUERETTES Mehdi Charef, Hors d’atteinte.

LES MÉTÈQUES

Denis Lachaud, éditions Actes Sud.

Huit œuvres, dont trois premiers romans, ont été sélectionnées pour la onzième édition du Prix littéraire de la Porte Dorée, qui sera décerné à la fin juin. Diversité des styles, des époques historiques et des sujets abordés : l’année 2019 a été particulièrement riche pour la littérature francophone des migrations et de l’exil. Comme depuis plusieurs années, la présélection des ouvrages en lice pour le Prix littéraire de la Porte Dorée, dont la délibération se tiendra fin juin, a été effectuée par un comité de lecture interne au Palais. Ce prix doté de 4000 € permet aussi au lauréat d’effectuer une résidence de création dans l’Établissement. Le jury est présidé cette année par l’écrivain Nedim Gürsel. Deux lycéens figurent parmi ses huit membres. C’est l’autre particularité de ce prix original, le seul en France décerné sur le sujet.

Sont en compétition : Le Ghetto intérieur, de Santiago H. Amigorena. L’auteur y raconte l’histoire de son grand-père juif, Polonais parti en Argentine avant le déchaînement du nazisme, laissant sa propre mère dans le ghetto. Un roman qui évoque l’exil et la Shoah à travers l’impact laissé sur les descendants des victimes. Rhapsodie des oubliés, de Sofia Aouine. Ce premier roman, lauréat du Prix de Flore, met en scène Abad, 13 ans, jeune libanais de la Goutte d’or, à Paris. Dans une galerie de portraits, l’auteur évoque ce quartier multiculturel par-delà les clichés. Rue des Pâquerettes, de Mehdi Charef. Dans ce récit autobiographique, l’écrivain et cinéaste

d’origine algérienne raconte son arrivée en France à l’âge de 10 ans, le bon accueil de certains, les bidonvilles et le racisme ordinaire des autres. Les Métèques, de Denis Lachaud. Une famille d’aujourd’hui, qui a francisé ses patronymes juif et maghrébin dans un souci d’assimilation, est priée de rendre des comptes. Interrogatoires, traque : l’histoire réveille les pires souvenirs de la Seconde guerre mondiale. Zébu Boy, d’Aurélie Champagne. Ce premier roman relate l’insurrection des Malgaches contre les colonisateurs français, en 1947. Un épisode historique sanglant et peu connu, vu à travers les yeux de « Zébu boy », ancien combattant de la Seconde guerre mondiale.

Mur Méditerranée, de Louis-Philippe Dalembert. À travers les destins croisés de trois femmes en route pour l’Europe sur un rafiot de fortune, un hommage aux parcours héroïques des anonymes qui forcent leur destin. Un soleil en exil, de JeanFrançois Samlong. Entre 1962 et 1984, l’Etat français contraignit à l’exil plus de 2000 adolescents réunionnais, envoyés de force dans la campagne creusoise. Une histoire vraie racontée par la voix de trois enfants. Tous tes enfants dispersés, de Beata Umubyeyi-Mairesse. Ce premier roman polyphonique évoque la tragédie rwandaise à travers l’histoire de Blanche, rescapée du massacre réfugiée à Bordeaux, et celle de son demi-frère resté au Rwanda.


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Dernier accès 1 heure avant la fermeture (pour pouvoir vraiment en profiter !). Pour venir jusqu’à nous, les transports en commun ou le vélo, c’est bien ! Métro 8 – Tramway 3a – Bus 46 et 201 – Vélib – station Porte Dorée. Nos (petits) prix : Musée - 6 € (gratuit pour les moins de 26 ans et tous les 1ers dimanches du mois) / Christian Louboutin : l’Exhibition[niste] - 12 € ! Pour toute information : 01.53.59.58.60 ~ 293, avenue Daumesnil – Paris 12e – Pour les personnes à mobilité réduite : accès par une rampe puis elevator disponible à l’entrée administrative. Nos actus, les bons plans, vos avis ! palais-portedoree.fr palaisdelaportedoree @PPDoree


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Le Journal du Palais n°11. Juin - Août 2020 by Palais de la Porte Dorée - Issuu