KHOUDIA NDIAYE DIRECTRICE PRINCIPALE, DÉVELOPPEMENT ET ENGAGEMENT
CHÈRE COMMUNAUTÉ,
Quel immense bonheur j’ai aujourd’hui de vous dévoiler le premier numéro du premier magazine d’Oxfam-Quebec ! Un projet qui nous tenait à cœur afin d’approfondir des thématiques importantes, de vous inspirer en mettant de l’avant des histoires et des portraits porteurs de changement, mais aussi de vous proposer des contenus créatifs et culturels. J’espère que tout ceci vous permettra de découvrir avec fierté le beau et grand mouvement pour l’égalité auquel vous appartenez.
À une époque où on se demande si notre monde manque d’empathie, nous devons aujourd’hui, plus que jamais, nous serrer les coudes, nous soutenir, sans jamais perdre notre humanité ni tourner le dos aux personnes qui se battent au quotidien et avec dignité pour la justice et l’égalité. La solidarité est bien plus qu’un slogan, c’est un engagement. Et c’est maintenant le moment de s’impliquer et d’agir !
Bâtir un avenir à égalité est un travail de tous les instants. Merci de soutenir notre mission, de toutes les manières dont vous le faites, y compris en lisant ce magazine ! Il n’y a pas de petits gestes. Vous faites partie de celles et ceux qui font une différence.
Du fond du cœur, nous vous disons MERCI. Bonne lecture !
Photo : Carlos Reyes|RDS
P. 3
ÉDITORIAL
P. 6
PARTIE 1 : BÂTIR DES PONTS
6 REPENSER LA SOLIDARITÉ
Regards croisés entre Maïka Sondarjee et Nazik El Yaalaoui
11 LE TRAVAIL INVISIBLE, MIROIR DE NOS INÉGALITÉS
Un pilier méconnu de notre société Par l’Association féministe d’éducation et d’action sociale (Afeas)
WeAct au Ghana : des femmes qui transforment leur quotidien et leur communauté
15 HONDURAS : ELLES ONT DIT NON À LA VIOLENCE
Témoignage de notre partenaire Calidad de Vida
P. 16 PARTIE 2 : S’INSPIRER POUR FAIRE BOUGER LES LIGNES
16 L’ANNÉE VUE PAR... la journaliste Marie-Ève Bédard
19 COMMENT CONSTRUIRE UN MONDE PLUS SOLIDAIRE ? Récits de deux volontaires, Gabrielle et Fanny
22 TRAVAILLER POUR OXFAMQUÉBEC, C’EST QUOI ?
Un voyage dans le temps avec Johanne Létourneau
« Avez-vous deux minutes ? » Qui sont les personnes qui sollicitent des dons dans la rue ?
Photo : Nana Kofi Acquah/Oxfam
P. 26 PARTIE 3 : À VOUS DE JOUER !
26 Les mots (croisés) de la solidarité
27 Quiz - décryptez les inégalités !
P. 28 PARTIE 4 : LA RECETTE DE LA SOLIDARITÉ
28 À VOS TABLIERS !
Msakhan : un plat, une mémoire, une terre. Recette présentée par Le Chef, restaurant palestinien à Montréal
30 LES SAVEURS DE LA SOLIDARITÉ
Rencontre avec Geneviève Comeau, directrice générale des Filles Fattoush
32 LECTURES, FILMS, SORTIES
Les coups de cœur de la rédaction
REGARDS CROISÉS ENTRE MAÏKA SONDARJEE ET NAZIK EL YAALAOUI
Maïka Sondarjee est professeure adjointe à l’École de développement international et mondialisation de l’Université d’Ottawa. Elle a dirigé l’ouvrage collectif Approches féministes en relations internationales (PUM, 2022) et a écrit l’essai
Perdre le Sud (Éditions Écosociété, 2020). Nazik El Yaalaoui est directrice principale des programmes internationaux d’Oxfam-Québec. Forte de 26 ans d’expérience, elle est reconnue pour son expertise en égalité de genre, inclusion sociale et partenariats internationaux. Rencontre.
«
Il faut déconstruire les hiérarchies implicites qui nous font prioriser certaines causes et certaines vies au détriment d’autres. » — Maïka Sondarjee
MAÏKA SONDARJEE
Professeure adjointe à l’École de développement international et mondialisation de l’Université d’Ottawa
Dans un contexte mondial marqué par des crises économiques, politiques et climatiques, comment maintenir une solidarité internationale forte et mobilisatrice ?
Maïka Sondarjee : Pour une solidarité internationale forte, il faut d’abord reconnaître que nous sommes dans un mouvement inverse : de moins en moins de liens entre les peuples, de moins en moins d’acceptation des mouvements de justice sociale, de moins en moins de solidarité. En raison du système capitaliste mortifère, productiviste et individualiste dans lequel on vit, nous avons besoin d’un changement de paradigme majeur, tant dans nos politiques que dans nos esprits. Il faut déconstruire les hiérarchies implicites qui nous font prioriser certaines causes et certaines vies au détriment d’autres. La solidarité ne peut plus être simplement déclarative ; elle doit s’inscrire dans des pratiques concrètes, une reconnaissance mutuelle entre les peuples et un soutien des populations exploitées, colonisées et dépossédées un peu partout dans le monde.
Nazik El Yaalaoui : À une certaine époque, la solidarité internationale était menée par le sentiment de culpabilité des pays du Nord envers les pays du Sud après des décennies de colonisation. Elle s’est aussi développée en raison de l’incapacité de certains États nouvellement indépendants de répondre seuls aux besoins fondamentaux de leurs populations. Cependant, au fur et à mesure que les crises se sont mondialisées, une nouvelle dynamique est apparue : celle d’une solidarité entre les pays du Sud eux-mêmes. Au même moment, les pays du Nord ont commencé à se replier sur leurs propres préoccupations, parfois au détriment de l’engagement international. Pourtant, le fait que les crises touchent désormais tous les pays aurait pu renforcer un sentiment de solidarité globale. À mon avis, pour que
NAZIK EL YAALAOUI
Directrice principale des programmes internationaux d’Oxfam-Québec
la solidarité internationale retrouve sa force et sa légitimité, elle doit démontrer concrètement son efficacité et son impact sur les communautés concernées. Dans un contexte de ressources limitées, les pays du Nord cherchent à maximiser les effets de leur soutien. Il est donc nécessaire d’adopter une approche plus stratégique, centrée sur les résultats tangibles et sur le renforcement des capacités locales.
Face aux coupes draconiennes en matière d’aide internationale, notamment aux États-Unis, comment défendre une solidarité qui reste ambitieuse et réellement transformative ?
Maïka Sondarjee : Pour moi, la solidarité ne peut se limiter à des projets de développement, donc ne se limite pas à l’aide des pays du Nord envers les pays du Sud. Une réelle solidarité doit être systémique. Cela implique une mobilisation des gouvernements, des individus, des médias et des entreprises. Il faut construire un internationalisme radical, capable de répondre aux enjeux structurels du système international, et non simplement d’apposer des pansements sur des plaies béantes.
Il faut déconstruire notre manière de penser la solidarité envers les personnes du Sud global. Trop souvent, les organismes de coopération internationale agissent sans remettre en question les systèmes qui créent les inégalités. Par exemple, en 2019, une organisation caritative britannique a mené une campagne qui reposait sur la vente de t-shirts « Girl Power » pour financer des projets d’ empowerment des femmes. Le projet était promu par les Spice Girls. Toutefois, ces t-shirts étaient fabriqués dans une usine au Bangladesh où les ouvrières étaient payées moins d’un dollar de l’heure, forcées à faire des heures supplémentaires et soumises à des conditions de travail abusives. Cette contradiction illustre bien le problème : on célèbre la
selon des standards technocratiques occidentaux. Peut-être serons-nous plus « efficaces » en termes de justice sociale si nous cessons de chercher sans cesse « l’efficacité ». Être moral, c’est aussi refuser de soutenir un système injuste.
Nazik El Yaalaoui : Pour une solidarité efficace, juste et durable, les organisations internationales doivent être transparentes et redevables, tant dans la gestion des fonds mobilisés que dans leurs engagements envers les communautés locales. Elles doivent respecter l’agentivité des acteurs du Sud global, les accompagner dans le renforcement de leurs capacités, puis se retirer une fois le leadership local consolidé. Leur rôle doit évoluer vers celui d’intermédiaires : facilitatrices de dialogue, porte-voix, mentores, critiques, et ce, sans exercer de pouvoir sur les communautés qu’elles soutiennent. La durabilité de la solidarité internationale repose sur le transfert réel de pouvoir aux organisations locales qui doivent pouvoir agir sans dépendre de sources de financements du Nord. Enfin, la solidarité efficace se mesure par ses impacts tangibles sur les communautés, en répondant à leurs priorités et non à celles des bailleurs de fonds. Pour cela, les ONG internationales doivent promouvoir des modèles de financement collaboratifs, non restreints, qui placent les acteurs locaux au centre des décisions et des initiatives, et qui partagent les responsabilités et les redevabilités, démontrant les impacts que ces initiatives peuvent réaliser dans la vie des communautés.
Quelles pistes concrètes proposez-vous pour que les citoyen·ne·s du nord global s’engagent de manière plus responsable et solidaire envers les enjeux du Sud global ?
Maïka Sondarjee : En plus de voter pour des partis politiques qui représentent nos idéaux et de consommer et produire plus équitablement, l’auteur Ngũgĩ wa Thiong’o propose de décoloniser nos esprits. Alors qu’il parlait surtout de l’imposition de langues sur les populations colonisées, cela signifie aussi se détacher des épistèmes occidentaux et des hiérarchies raciales dans nos esprits.
Une réelle solidarité serait la même pour tous. Par exemple, la manière de parler des demandeurs d’asile d’Afrique du Nord versus ceux de l’Ukraine est fondamentalement différente, les uns étant déshumanisés et les autres associés à « notre civilisation ». Il faut adopter une posture morale cohérente, élire des gouvernements responsables et soutenir des institutions qui défendent les droits et les savoirs des populations marginalisées.
Nazik El Yaalaoui : Les organisations de solidarité internationale ont la responsabilité de démontrer aux citoyen·nes du Nord global que leur engagement a un impact réel sur la vie des communautés du Sud global qui font face à des crises similaires, soit économiques, sociopolitiques, climatiques ou d’égalité. Les communications doivent donc s’appuyer sur une approche fondée sur les droits, illustrée par des écrits concrets
Photo : Global Podcast Group / Oxfam-Québec
et des visages humains, plutôt que par des chiffres abstraits, dénués d’humanité. La solidarité ne doit plus être perçue comme une charge financière pour les citoyen·ne·s du Nord, mais comme une contribution à des combats communs. Enfin, l’implication des diasporas du Sud global dans les pays du Nord est aussi une manière concrète de sensibiliser, de mobiliser et de renforcer les liens de solidarité internationale.
Comment voyez-vous le rôle des jeunes dans la transformation des rapports Nord-Sud ? Sont-ils porteurs d’une nouvelle vision de la solidarité ?
Maïka Sondarjee : Oui, absolument. Je pense que les jeunes portent une vision plus critique de la solidarité. Ils comprennent que ce n’est pas en passant trois mois à garder des enfants au Mali, par exemple, qu’on devient solidaire. Beaucoup de mes étudiants et étudiantes remettent en question le regard occidental et masculin qui domine encore trop souvent la solidarité internationale.
Nazik El Yaalaoui : À l’ère des médias sociaux, les jeunes du Nord global ont un accès facilité aux réalités vécues par les communautés du Sud global, à condition d’être exposés aux bons contenus. Il revient aux organisations de solidarité internationale de les sensibiliser le plus tôt possible aux inégalités mondiales et de leur mon-
trer qu’ils peuvent les combattre par leur engagement citoyen, politique et solidaire. Les jeunes sont porteurs d’innovation. Les impliquer dans les mouvements de solidarité est le meilleur moyen de transformer en profondeur ce secteur et de lui apporter de nouvelles idées pour repenser les pratiques et les relations avec les pays du Sud global, dans une logique d’équité.
Un mot pour conclure ?
Maïka Sondarjee : Je crois qu’il ne faut pas perdre espoir. Le changement est possible, mais il doit être radical, pas seulement cosmétique. Comme le disait le sociologue Erik Olin Wright, il ne s’agit pas de repeindre la maison, mais de fissurer ses fondations pour la reconstruire autrement. Nous avons besoin d’une solidarité authentique qui va au-delà des seuls gestes symboliques.
Nazik El Yaalaoui : La nouvelle réalité de la solidarité internationale est une occasion et non une contrainte. Elle pousse à prendre des décisions audacieuses et à entendre ce que les communautés locales expriment depuis longtemps : sortir du modèle de dépendance envers les organisations du Nord et leurs sources de financement. Les ONG internationales doivent cesser de penser à leur propre pérennité et se recentrer sur les besoins réels des communautés, en les accompagnant sans imposer ni décider à leur place.
Photo : Carlos Reyes|RDS
LE TRAVAIL INVISIBLE, MIROIR DE NOS INÉGALITÉS
UN PILIER MÉCONNU DE NOTRE SOCIÉTÉ
PAR L’ASSOCIATION FÉMINISTE D’ÉDUCATION ET D’ACTION SOCIALE (AFEAS)
DERRIÈRE LE BON FONCTIONNEMENT des foyers, des communautés et même de l’économie mondiale se cache un moteur silencieux : le travail non rémunéré, aussi appelé travail invisible. Ce terme désigne l’ensemble des tâches indispensables à la vie collective, mais souvent ignorées des statistiques économiques et des politiques publiques. Et ce sont majoritairement les femmes qui en portent le poids.
Ces tâches, bien que fondamentales, sont rarement prises en compte dans les politiques publiques ou les indicateurs économiques traditionnels. Et ce sont majoritairement les femmes qui en assurent la plus grande part.
UNE PRÉSENCE CONSTANTE DANS TOUTES LES SPHÈRES DE LA VIE
Ce travail prend de nombreuses formes. Il comprend les soins apportés aux enfants, l’accompagnement des proches malades ou âgés, les tâches ménagères ou la gestion du quotidien familial. Il inclut aussi la charge mentale liée à l’organisation permanente de la vie domestique.
En dehors du foyer, le travail invisible peut aussi prendre la forme d’un soutien régulier à une entreprise familiale sans rémunération formelle, de bénévolat ou de stages non rémunérés. Ces engagements, bien qu’informels, participent pleinement au bien-être collectif et au tissu social.
Photo : Afeas
DES EFFETS CONCRETS SUR LA VIE DES FEMMES
Malgré des progrès réalisés dans l’accès à l’emploi, les femmes continuent d’assumer une charge disproportionnée de ce travail invisible. Cela limite souvent leur temps disponible pour des activités rémunérées, freine leur progression professionnelle et a des conséquences directes sur leur autonomie économique, notamment à long terme. Ce déséquilibre, profondément ancré dans les rôles sociaux traditionnels, contribue au maintien d’inégalités durables entre les femmes et les hommes, tant en matière de revenu que de reconnaissance.
UNE RICHESSE IGNORÉE DANS LES COMPTES NATIONAUX
Ce travail invisible, bien qu’exclu des indicateurs économiques officiels, comme le produit intérieur brut (PIB), permet pourtant à nos sociétés de fonctionner. Il soutient des secteurs clés, compense les manques de services publics et réduit les coûts pour les entreprises et les gouvernements. L’Organisation internationale du travail (OIT) estime que si la valeur du travail non rémunéré des femmes était intégrée au PIB, elle représenterait jusqu’à 40 % de celui-ci dans certains pays. À l’échelle mondiale, les femmes et les filles consacrent en moyenne 2,5 fois plus de temps que les hommes aux tâches de soins non rémunérées[1]. Au Canada, selon Statistique Canada, l’apport au PIB se situerait entre 25 % et 37 %, selon la méthode de calcul utilisée[2]
VERS UNE MEILLEURE RECONNAISSANCE DU TRAVAIL INVISIBLE
Rendre visible ce qui ne l’est pas encore pleinement, c’est mieux comprendre les fondements silencieux de notre organisation sociale. C’est aussi reconnaître la
valeur de ce qui contribue chaque jour à soutenir la société, bien au-delà des seuls mécanismes du marché. Il est donc nécessaire de repenser la manière dont nous valorisons les différentes formes de travail. Il s’agit également de mieux partager les responsabilités au sein des foyers, de favoriser une conciliation réelle entre vie professionnelle et personnelle, et de mettre en place des politiques publiques qui soutiennent celles et ceux qui prennent soin des autres, souvent au détriment de leur propre temps.
Reconnaître le travail invisible, ce n’est pas seulement corriger une injustice, c’est renforcer les bases d’une société plus équitable, plus solidaire et plus durable.
[1] Organisation internationale du Travail (OIT), Mesurer le travail domestique et de soins non rémunéré, ILOSTAT. https://ilostat.ilo.org/fr/topics/ unpaid-work/measuring-unpaid-domestic-and-care-work
[2] Statistique Canada, Valeur du travail non rémunéré au Canada, 2019, 17 mars 2022. https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/13-605-x/2022001/article/00001-fra.htm
À propos de l’Afeas - Depuis sa fondation en 1966, l’égalité entre les femmes et les hommes demeure incontestablement le leitmotiv de l’Afeas. Outre cet enjeu majeur, elle travaille notamment sur la participation paritaire des femmes aux instances démocratiques et à la reconnaissance du travail non rémunéré des femmes, comme mères et personnes proches aidantes. Pour en savoir plus : afeas.qc.ca
Photo : Afeas
Photo : Musa Mensah/Oxfam-Québec
BÂTIR DES PONTS
LE TRAVAIL INVISIBLE, MIROIR DE NOS INÉGALITÉS
WeAct au Ghana
DES FEMMES QUI DYNAMISENT L’ÉCONOMIE LOCALE ET TRANSFORMENT LEUR COMMUNAUTÉ
Dans le nord du Ghana, des milliers d’agricultrices redéfinissent les règles du jeu grâce au projet WeAct – Women Economic Advancement for Collective Transformation, porté par Oxfam-Québec et ses partenaires et soutenu par Affaires mondiales Canada. Ce projet vise à reconnaître et à valoriser le travail invisible des femmes, tout en renforçant leur autonomie économique et sociale.
RÉÉQUILIBRER LES RÔLES, LIBÉRER DU TEMPS
Dans ces communautés rurales, les femmes assument une double charge : les tâches domestiques et le tra-
Photo : Musa Mensah/Oxfam-Québec
vail agricole, et ce, souvent sans reconnaissance. Grâce au projet WeAct, elles ont amorcé un dialogue avec les hommes de leur entourage pour mieux répartir les responsabilités au sein des foyers. Résultat : elles gagnent en moyenne trois à quatre heures libres par jour qu’elles consacrent à des activités économiques, à l’éducation ou simplement à elles-mêmes.
DES OUTILS POUR AGIR ET ENTREPRENDRE
Le projet offre des formations en entrepreneuriat, en littératie financière ainsi qu’un soutien juridique pour que les femmes puissent revendiquer leurs droits et développer leurs entreprises. L’accès à des équipements modernes, comme des cuiseurs à riz ou des machines pour transformer le beurre de karité, leur permet de doubler leur productivité et d’augmenter leurs revenus, parfois jusqu’à 400 dollars par mois
UNE ÉCONOMIE QUI FAIT AVANCER LA COMMUNAUTÉ
Ces avancées ne bénéficient pas qu’aux femmes. Elles améliorent la nutrition , favorisent l’éducation des enfants, en particulier celle des filles, et réduisent les violences conjugales. Les hommes deviennent des alliés du changement en participant aux tâches domestiques.
« Je souhaite que toute ma communauté puisse bénéficier des retombées économiques de la production du karité, témoigne Safura Abdoulaye, productrice de karité à Bunglung. Tout le monde devrait pouvoir en profiter, des enfants jusqu’aux personnes âgées. »
UNE TRANSFORMATION DURABLE
Depuis 2020, plus de 5 000 femmes se sont jointes à l’initiative. Elles affirment que les connaissances acquises ne disparaîtront pas. WeAct montre qu’en reconnaissant le travail invisible et en donnant aux femmes les moyens d’agir, on peut bâtir des communautés plus justes, plus inclusives et plus résilientes.
Cette approche déconstruit les stéréotypes, réinvente les dynamiques de pouvoir dans les foyers et dans la communauté, et amène des changements de mentalités.
À Tegucigalpa, la capitale du Honduras, l’association Calidad de Vida lutte depuis près de 30 ans pour que les femmes puissent vivre sans violence. Un combat quotidien pour la dignité, la justice et l’autonomie, dans un pays où le nombre de féminicides est l’un des plus élevés au monde.
FONDÉE PAR TROIS FEMMES VISIONNAIRES, deux Honduriennes et une Américaine, cette organisation partenaire d’Oxfam-Québec offre un refuge et un accompagnement complet aux femmes survivantes de violences physiques, sexuelles, psychologiques ou émotionnelles.
Ana Cruz, l’une des fondatrices et directrice actuelle, incarne la force et la détermination de cette organisation. « Les femmes ne sont pas responsables des situations de violence qu’elles vivent. On doit se battre pour rendre visible ce fléau qui nous touche et dénoncer l’absence de volonté politique dans notre pays », affirme-t-elle avec conviction.
UN REFUGE, UNE RENAISSANCE
Dès leur arrivée au refuge, les femmes bénéficient d’un soutien multidisciplinaire : aide juridique, accompagnement psychologique, ergothérapie, ateliers créatifs et formations professionnelles. Une trentaine de femmes et leurs enfants peuvent être hébergés pendant plusieurs semaines, le temps de se reconstruire.
Myriam Amador, ergothérapeute de 45 ans, les accueille avec bienveillance : « J’aime travailler ici, car je suis une femme qui a envie que toutes les femmes puissent vivre avec dignité, surtout les femmes qui ne sont pas scolarisées et qui font face à la violence et n’ont pas les moyens de vivre une vie décente. »
Les activités proposées (peinture, couture, fabrication de bougies, bijoux, parfums) permettent aux femmes de retrouver confiance en elles et de développer des compétences utiles pour leur autonomie.
BRISER LE CYCLE DE VIOLENCE
L’objectif de Calidad de Vida est clair : permettre aux femmes de reprendre le contrôle de leur vie. L’association les encourage à apprendre un métier, à prendre des décisions éclairées, notamment lorsqu’il s’agit de porter plainte, et à sortir du cycle de la violence.
« Je me suis consacrée toute ma vie à la défense des droits des femmes, spécifiquement celles qui se battent contre les violences. C’est mon destin, je suis née pour ça. (...) Et je pense bien que je continuerai à le faire jusqu’à la fin de ma vie », confie Ana Cruz.
Photo : Carlos Reyes|RDS
L’APPUI DU PROGRAMME DE COOPÉRATION VOLONTAIRE (PCV)
Grâce au PCV, mis en oeuvre avec l’appui financier d’Affaires mondiales Canada, l’association a pu mettre à profit de nouvelles expertises en gestion administrative, droits de la personne, communication… et, surtout, a bénéficié d’un appui financier crucial.
« Maintenant, nous avons un site Web, une politique de communication, nous sommes actives sur les médias sociaux, lançons des campagnes de sensibilisation et de publicité », explique Ana Cruz.
Les résultats sont tangibles : l’équipe est passée de 8 à 25 employées, deux nouveaux refuges ont été construits, et l’association est désormais reconnue comme un acteur majeur.
« Lorsque nous lançons une campagne de sensibilisation et que nous invitons les médias à nos événements, tout le monde se présente. C’est une belle victoire et une grande marque de reconnaissance », conclut Ana Cruz.
S’INSPIRER POUR FAIRE BOUGER LES LIGNES L’année vue par
la journaliste
Marie-Ève Bédard
Marie-Ève Bédard est correspondante de Radio-Canada au Moyen-Orient. Journaliste depuis plus de 25 ans, elle a couvert l’actualité internationale sur tous les continents, et en particulier les grands conflits. Oxfam-Québec l’a jointe à Jérusalem.
S’INSPIRER
MARIE-ÈVE BÉDARD
Correspondante de Radio-Canada au Moyen-Orient
Comment faites-vous pour garder espoir en l’humanité alors que votre travail vous place devant les pires horreurs du monde ?
—
Je réserve mon jugement sur cette question. Mon métier, c’est d’observer, de questionner, de raconter. Raconter l’espoir, je pense que j’ai de plus en plus de mal à le faire. Je constate comme beaucoup que nous sommes à une époque où le dialogue n’arrive plus à faire sa place, où l’humain compte pour peu dans les décisions qui sont prises, où le désespoir des uns ne trouve écho que dans la colère ou la haine des autres. Et, particulièrement troublant pour une journaliste, les faits peinent à faire surface sous une abondance d’opinions dont nous sommes tous bombardés.
Vous êtes sûrement témoin de moments d’espoir et de lumière dans les conflits que vous couvrez, pouvez-vous nous donner un exemple ?
Ce sont souvent de toutes petites choses pour nous, mais qui sont tout un monde pour les gens qui nous offrent ces petits rayons de lumière. Récemment, un homme que le public québécois connaît bien maintenant, Rami Abou Jamous, un journaliste de Gaza qui tient un groupe d’info sur WhatsApp pour les journalistes francophones, nous a toutes et tous fait sourire, mais surtout, comprendre l’intime de ce que l’exil forcé représente.
En plein centre-ville de Gaza, il nous l’a fait vivre en direct avec la vidéo toute simple d’un père qui fait avec son jeune fils, Walid, leurs valises au cas où les bombardements de l’armée se rapprocheraient encore plus de l’édifice en hauteur où Rami et sa famille vivent. Sur la vidéo, on entend Rami dire à son fils Walid, de la même voix douce et posée qu’on lui connaît dans ses points d’information quotidiens, qu’ils partiront peut-être pour une nouvelle «villa». Walid sourit, nous salue en français. Dans une vidéo suivante, on voit Rami et Walid toujours, alors
« Pour moi, c’est plus qu’un métier, c’est une façon de vivre, alors j’y accorde facilement la priorité, ce qui est très dur pour notre entourage. »
— Marie-Ève Bédard
qu’une grande tour au bout de la rue est frappée par les missiles. Rami rassure Walid : «Ce sont des feux d’artifice.»
Depuis deux ans que les journalistes étrangers n’ont pas le droit d’entrer à Gaza, les récits, les informations de Rami Abou Jamous sont pour nous une bouée pour comprendre ce qui se passe à Gaza, ce que vivent les gens là-bas.
Plus de 250 journalistes palestiniens sont morts à Gaza depuis octobre 2023. Et Rami, comme d’autres, persiste, toujours d’un ton chaleureux, posé, à nous informer. Il nous parle des pénuries de nourriture, de carburant, de médicaments, de tout; il nous parle des négociations qui s’enlisent; il nous parle de familles entières décimées et parfois du drame d’un père qui n’a pas le pouvoir de protéger ses enfants avec plus qu’une valise prête, au cas où.
Est-il réellement possible de dresser un mur entre sa vie personnelle et sa vie professionnelle quand on exerce un métier comme le vôtre ?
Si c’est possible, c’est un mur qui est plein de fissures. D’autres y arrivent sans doute mieux que moi ! J’y travaille, mais je n’y arrive pas encore tout à fait. J’ai longtemps eu la chance, le privilège de travailler avec mon
conjoint, Sylvain Castonguay, et c’était alors paradoxalement plus simple de faire un trait entre les collègues et le couple, entre le boulot et notre vie privée. C’est un métier qui peut être très prenant, envahissant parce que ça rythme notre quotidien avec le pouls de l’actualité. Les meilleures intentions de respecter les plans de fin de semaine ou de vacances sont mises au défi par un événement incontournable, imprévisible. Je veux y être, je veux connaître la fin de l’histoire. Mais elle ne se termine jamais tout à fait. Pour moi, c’est plus qu’un métier, c’est une façon de vivre, alors j’y accorde facilement la priorité, ce qui est très dur pour notre entourage.
Certaines personnes prônent la déconnexion fréquente des médias et des réseaux sociaux pour maintenir un bon état d’esprit et protéger leur santé mentale. Est-il réellement possible de se déconnecter lorsqu’on fait un travail comme le vôtre ? Le faites-vous parfois ?
Quand je suis en vacances avec mon conjoint, dont je suis maintenant physiquement séparée par un continent, je laisse mon téléphone derrière moi le plus possible. Je ne vais pas sur les réseaux, je fais un minimum de lectures des grands titres le matin avec le café. Autrement, ça devient impossible de vivre le moment présent, de faire le vide de l’actualité au profit du plein de ce qu’une pause nous offre. Nous devenons toutes et tous rapidement esclaves des algorithmes qui ont bien compris comment captiver notre attention, alors je m’efforce de ne pas me soumettre à la tentation ! Même au travail, je vois dans les réseaux sociaux un intérêt limité. J’y vais surtout pour comprendre l’humeur ambiante dans ce qui est bien souvent une chambre d’écho pour celles et ceux qui s’y retrouvent, mais je n’y vois plus une source d’information fiable. Je publie moi-même très peu sur ces réseaux. Entre autres, pour me préserver.
Quels sont vos passe-temps ou les activités que vous aimez faire pour vous changer les idées ?
Comment faites-vous pour vous détendre et pour relâcher la pression pendant une affectation à l’étranger ?
À la maison, je passe beaucoup de temps avec mes chats. Je les préfère à bien des humains. Ils ont cette capacité de me ramener tout de suite à l’essentiel, enfin le leur ! « J’ai faim, je veux une caresse, j’ai besoin de bouger, autrement je vais sans doute grimper sur les murs... » Les miens sont très vocaux et me rappellent vite à l’ordre si d’aventure je ne leur accorde pas
l’attention qu’ils souhaitent. J’écris ces lignes alors que Margot m’engueule gentiment parce qu’elle préférerait que je lui lance sa balle au bout du corridor !
Ce qui me détend et me permet de décrocher complètement, c’est la plongée sous-marine. C’est une activité que j’avais délaissée ces dernières années, mais que j’ai reprise cet été. Je ne sais pas ce que j’attendais ! Dès que je me retrouve la tête sous l’eau, j’oublie tout le reste. On est transporté dans un autre monde qu’on ne peut pas deviner à la surface. C’est fascinant ce qu’on y voit, mais je pense que même si je me retrouve au-dessus d’un banc de sable désert ou à flotter dans le bleu immense sans horizon, le silence qui n’est brisé que par le son des bulles que génèrent notre souffle, cette façon calculée, délibérée que l’on adopte pour bouger sans perturber l’environnement autour de soi, le contrôle de sa respiration, pour moi, c’est la détente totale.
Photo : Alef Multimedia Company / Oxfam
Comment construire un monde plus solidaire ?
DEUX VOLONTAIRES RACONTENT LEUR EXPÉRIENCE
À l’heure où l’entrevue a été réalisée, Gabrielle Giroux rentrait du Honduras où elle avait achevé un mandat en tant que conseillère en santé sexuelle et droits reproductifs, tandis que Fanny Allaire-Poliquin était conseillère en suivi-évaluation auprès d’une organisation de femmes en Bolivie.
Qu’est-ce qui t’a donné envie de t’engager dans une mission de coopération volontaire ?
Gabrielle Giroux : Pour moi, c’était avant tout le poste qui m’inspirait : travailler pour la santé et les droits des femmes ainsi que pour la communauté LGBTQIA+. Ayant déjà vécu dans plusieurs pays, je savais à quel point ce type d’expérience est une école de vie incroyable Sortir de sa zone de confort, découvrir d’autres réalités, élargir sa vision du monde et le faire tout en contribuant concrètement aux efforts d’une communauté locale avait pour moi énormément de sens.
Fanny Allaire-Poliquin : La coopération internationale et les relations interculturelles m’intéressent depuis longtemps. Après plus de huit ans de vie professionnelle au Québec, je souhaitais vivre une nouvelle expérience en Amérique latine, une région du monde que j’avais envie de découvrir plus profondément. Le volontariat me paraissait une occasion intéressante puisque j’avais plusieurs amies qui en avaient déjà fait.
Quelles étaient tes attentes ou tes appréhensions avant d’arriver sur place ?
Gabrielle Giroux : Je savais que ce ne serait pas simple, non seulement en raison de la nature sérieuse et exigeante de mon poste, mais aussi parce que j’étais consciente des réalités sociales, économiques et sécuritaires au Honduras. J’avais certaines appréhensions, notamment par rapport à la sécurité au quotidien et à la peur de me sentir isolée dans un contexte nouveau. Je savais que la charge émotionnelle et la responsabilité seraient importantes, surtout en travaillant sur des théS’INSPIRER
Gabrielle Giroux
Fanny Allaire-Poliquin
Photo : Gabrielle Giroux
Photo : Fanny Allaire-Poliquin
S’INSPIRER
matiques sensibles comme les droits sexuels et reproductifs, et la lutte contre les violences basées sur le genre. Cela dit, je me sentais prête à relever ces défis. J’avais confiance en ma capacité d’adaptation et je savais que mon sens de l’écoute et mon esprit collaboratif seraient des atouts précieux pour tisser des liens de confiance avec mes collègues et les partenaires locaux.
Fanny Allaire-Poliquin : Même s’il correspondait au niveau requis, je me demandais si mon niveau d’espagnol allait être suffisant pour m’adapter rapidement au monde du travail. C’est une chose de voyager et de devoir se débrouiller en espagnol, c’en est une autre de travailler dans sa troisième langue et d’apprendre un nouveau jargon professionnel !
Peux-tu décrire une journée type pendant ton mandat ?
Gabrielle Giroux : Vers 8 h, un chauffeur venait me chercher pour m’amener au bureau d’Oxfam. Selon la planification, je participais à des réunions avec les organisations partenaires ou je préparais du contenu pédagogique et du matériel pour les ateliers. Une partie importante de mon travail consistait à élaborer des guides sur la santé sexuelle et reproductive, et à planifier des sessions de sensibilisation adaptées à différents publics. En fin d’après-midi, vers 16 h, je rentrais chez moi. Je profitais de ce moment pour faire un peu de sport, me détendre ou passer du temps dans la plaza où se trouvait mon appartement. En moyenne, j’animais environ deux ateliers par mois dans différentes régions du pays. Ces ateliers ont été pour moi des expériences très enrichissantes qui donnaient un sens concret à mon engagement.
Fanny Allaire-Poliquin : En général, je me lève vers 7 h 30, je déjeune et je pars à vélo en utilisant la magnifique piste cyclable qui m’amène au bureau. Je fais quelques rencontres avec ma superviseure pour planifier les prochaines étapes de mes tâches. Quelques fois par mois, on partage, avec l’équipe, une collation traditionnelle pour célébrer un anniversaire ou un événement spécial. Je passe principalement mes journées à l’ordinateur, alors je suis très heureuse, le soir venu, de pouvoir retourner sur mon vélo. Deux fois par semaine, je peux pratiquer un sport auquel je m’adonnais déjà au Québec : le ultimate frisbee ! Ça a été une grande joie de découvrir qu’il y avait une équipe ici ! Mes semaines sont bien remplies, j’ai un beau cercle social avec qui on se retrouve pour des activités sportives, de plein air ou culturelles. J’ai beaucoup de chance !
Quel a été le plus grand défi que tu as rencontré, et comment l’as-tu surmonté ?
Gabrielle Giroux : Au Honduras, on est parfois limité dans ses déplacements pour des raisons de sécurité, ce qui peut être déstabilisant au début. Personnellement, j’ai trouvé cette contrainte assez isolante, surtout les premières semaines, où tout était nouveau. Heureusement, mon appartement se trouvait dans une plaza, ce qui me permettait de profiter des cafés et des petits commerces à proximité sans avoir à me déplacer trop loin. Petit à petit, j’ai commencé à créer des liens d’amitié, notamment avec des collègues et certaines personnes rencontrées sur place, et j’ai pu organiser des sorties qui m’ont permis de retrouver une vie sociale plus équilibrée.
Avec le recul, je pense que cette période plus solitaire m’a beaucoup apporté. Elle m’a obligée à ralentir, à passer du temps avec moi-même, à réfléchir à mes priorités et à développer une forme d’autonomie émotionnelle. C’est un défi qui m’a permis de grandir et de prendre confiance dans ma capacité à m’adapter, même dans un contexte parfois complexe.
Fanny Allaire-Poliquin : L’adaptation linguistique dans un nouvel environnement professionnel et un nouveau pays ! Pour m’y retrouver, je me suis créé mon propre petit dictionnaire des mots que je devais utiliser souvent ou que j’entendais régulièrement. Je posais des questions lorsque je ne comprenais pas, même si parfois je me trouvais fatigante de redemander une deuxième ou troisième fois à une personne de m’expliquer ce qu’elle venait de dire. Avec beaucoup de patience (envers moimême !) et en acceptant que ce ne soit qu’avec le temps
Photo : Fanny Allaire-Poliquin
Fanny Allaire-Poliquin
que j’allais m’y faire, je suis passée au travers des premiers mois et, maintenant, je me sens beaucoup plus à l’aise et confortable. Il n’y a rien de tel qu’une réelle immersion pour apprendre rapidement !
Y a-t-il une rencontre ou un moment qui t’a particulièrement marquée ?
—
Gabrielle Giroux : L’un des moments qui m’a le plus marquée a été ma collaboration avec AMBV, une organisation locale qui travaille auprès des femmes rurales. C’était l’un de mes premiers ateliers et j’étais à la fois motivée et assez nerveuse, car je voulais que la rencontre soit pertinente et respectueuse de leur réalité. Finalement, la session s’est déroulée dans une atmosphère bienveillante et dynamique. J’ai pu établir de très bonnes relations avec les participantes et avec l’équipe d’AMBV, qui ont été particulièrement ouvertes et accueillantes.
À la suite de cette expérience, j’ai conçu seule une série de guides pratiques sur la santé sexuelle et reproductive que l’organisation a ensuite publiés et utilisés. Leurs retours ont été très positifs, et plusieurs participantes m’ont exprimé que ces outils leur étaient utiles et qu’elles se sentaient plus confiantes pour parler de ces sujets. C’est un projet dont je suis particulièrement fière, parce qu’il symbolise exactement ce que je souhaitais accomplir : contribuer de façon concrète et laisser un impact durable.
—
Fanny Allaire-Poliquin : Lorsque mes parents sont venus me rendre visite, toute mon équipe de travail a tenu à les inviter pour partager un petit-déjeuner. C’était un moment vraiment touchant ! L’équipe semblait sincèrement heureuse de rencontrer ma famille et mes parents se sont sentis vraiment touchés d’être reçus aussi chaleu-
reusement. Cette marque d’appréciation a été un point tournant pour moi, car j’ai pu mesurer l’attachement qu’on avait créé avec les membres de mon équipe tout au long de ces mois à travailler ensemble.
Gabrielle, comme tu es aujourd’hui de retour, qu’est-ce que cette expérience a changé en toi ?
—
Gabrielle Giroux : Cette expérience m’a transformée, tant sur le plan professionnel que personnel. C’était ma toute première expérience de travail et je me retrouvais dans un poste avec beaucoup d’autonomie et de responsabilités. J’ai appris à faire confiance à mon jugement, à prendre des décisions seule et à valoriser mon expertise, même lorsque tout n’était pas parfaitement clair ou structuré. Cela m’a aidée à lâcher prise sur le besoin de tout contrôler et à accepter qu’avancer signifie souvent faire de son mieux avec ce qu’on a, dans un contexte en constante évolution.
Sur le plan plus personnel, cette mission a été une véritable école de résilience. Elle m’a amenée à passer du temps avec moi-même, à apprivoiser les moments de solitude, à ralentir et à écouter ce que je ressentais. J’ai compris que je pouvais être disponible et utile aux autres sans m’oublier. En rentrant, j’ai eu la certitude d’avoir grandi. Je me sens aujourd’hui plus confiante, plus adaptable et plus ancrée dans mes valeurs. C’est une expérience qui m’a prouvé que je pouvais faire face à l’inconfort, créer du sens et trouver ma place, même loin de mes repères habituels.
Et quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui hésite à se lancer dans une mission similaire ?
Gabrielle Giroux : Je lui dirais de ne pas avoir peur et de se lancer ! Bien sûr, c’est important de prendre le temps de réfléchir, de peser le pour et le contre et de se préparer mentalement à sortir de sa zone de confort. Si quelqu’un hésite, je lui dirais que ça vaut vraiment la peine. C’est une aventure humaine et professionnelle qui peut changer la façon dont on voit le monde… et dont on se voit soi-même.
*Le programme de coopération volontaire Égalité en action mis en œuvre par Oxfam-Québec avec le soutien d’Affaires mondiales Canada vise à soutenir 450 000 personnes (60 % sont des femmes et 20 % des groupes marginalisés) dans 14 pays. Envie de relever le défi ? Consultez notre site Internet.
Photo : Gabrielle Giroux
Gabrielle Giroux
S’INSPIRER
Travailler pour Oxfam-Québec, c’est quoi ?
UN VOYAGE DANS LE TEMPS AVEC JOHANNE LÉTOURNEAU
Au départ de mon engagement, il y avait la volonté d’exprimer ma solidarité et de travailler à changer le monde. Pour ce faire, j’ai vraiment choisi Oxfam-Québec ! J’avais 33 ans à cette époque.
— J’avais donc choisi une organisation : Oxfam-Québec.
— J’avais choisi un pays : le Burkina Faso.
— J’avais choisi une communauté : le village et le département Ipelcé, province du Bazèga (à une cinquantaine de kilomètres de la capitale Ouagadougou); une population rurale accueillante et bienveillante !
— Le 12 décembre 1992, c’est le départ pour le Burkina Faso comme volontaire.
Mon aventure à Oxfam-Québec s’écrit donc depuis janvier 1992 jusqu’à aujourd’hui.
— 13 ans au Burkina Faso, de janvier 1992 à août 2004
— 20 ans au bureau de Montréal, d’octobre 2004 à aujourd’hui
— 33 ans au total, et ce n’est pas terminé !
C’est un défi de résumer plus de trois décennies d’engagement, mais j’ai quelques souvenirs bien ancrés en moi que je souhaite partager avec vous. Comme on dit, petit à petit, l’oiseau a fait son nid…
Tout d’abord, au Burkina Faso, j’ai travaillé et collaboré avec des centaines de personnes issues d’organisations locales, d’associations, de réseaux, d’alliances, des personnes qui, elles aussi, souhaitaient construire un monde meilleur. Une longue décennie de renforcement des capacités, d’actions, d’autonomisation, de travail auprès et avec des femmes engagées.
Vous l’avez sûrement déjà entendu : oui, le volontariat est une expérience qui change une vie ! Cette expérience au Burkina Faso m’a transformée aussi bien au niveau personnel que professionnel. Elle m’a aussi secouée et, à d’autres moments, bouleversée. Un chantier immense de solidarité, de lutte contre la féminisation de la pauvreté et les violences faites aux femmes et aux filles.
Photo : Oxfam-Québec
C’est important pour moi de revenir sur ce mouvement des femmes au Burkina Faso. Le mouvement Du pain et des roses au Québec en 1995, sous le leadership de Françoise David et de la Fédération des femmes du Québec, a soulevé un engagement mondial et la Marche mondiale des femmes a vu le jour dans des dizaines de pays, dont le Burkina Faso.
Oxfam-Québec a été une alliée incontestable lors des premiers soubresauts de l’organisation des regroupements de la société civile et a poursuivi un travail mémorable sur les droits des femmes et des filles qui s’est concrétisé dans les villes et les villages burkinabè. Pendant plus d’une décennie, nous avons travaillé main dans la main avec des organisations locales pour soutenir les femmes burkinabè dans leur combat contre la pauvreté, les violences et les inégalités. Ce partenariat a permis de renforcer les capacités des mouvements de défense des droits des femmes, en mettant l’accent sur l’autonomisation et la transformation sociale.
À travers cette collaboration, nous avons appuyé des initiatives visant à promouvoir l’égalité des genres dans les communautés, à faire entendre la voix des femmes et à créer des espaces où leurs droits sont reconnus et respectés. Ce travail de fond, parfois discret, mais profondément enraciné, a contribué à faire évoluer les mentalités et à ouvrir de nouvelles perspectives pour les générations futures.
Cela a été un honneur de pouvoir concrètement contribuer à faire valoir les droits des femmes et des filles par la mise en place d’activités génératrices de revenus : laiterie pour les femmes peules, comptoir de transformation des aliments, jardins maraîchers, élevage ovin, élevage bovin, pépinière, etc., et par le renforcement des capacités de plaidoyer : mener des études et des analyses critiques sur les politiques, sur les thématiques de violences domestiques, de violences sexuelles, etc.
Ce que j’aime dans mon travail à Oxfam-Québec depuis toujours, c’est sa dimension durable. J’ai eu le privilège de voir évoluer les communautés avec lesquelles j’ai travaillé : des jeunes filles qui réalisent leurs rêves malgré les obstacles, des femmes qui deviennent des actrices à part entière de leur développement, qui amplifient leur voix et font rayonner leur solidarité.
C’est le cas pour le projet des jeunes mécaniciennes, pour lequel Oxfam-Québec a été précurseur dans l’appui aux jeunes filles souhaitant accéder à des métiers non traditionnels tels que la mécanique d’automobiles et de motocyclettes, la peinture automobile, la réparation d’appareils électroniques, la menuiserie, etc. Des années plus tard, plu -
sieurs reportages ont été réalisés ainsi qu’un film, Ouaga Girls , qui relate l’expérience de ces jeunes filles hors du commun.
Un autre moment marquant pour moi a été une visite à Kinshasa.
Du 19 septembre 2012 au 23 avril 2014, Pauline Marois a marqué l’histoire en devenant la première femme à occuper le poste de première ministre du Québec. Quelques semaines après son entrée en fonction, elle s’est rendue en République démocratique du Congo dans le cadre du 14e Sommet de la Francophonie.
À Kinshasa, j’ai eu l’honneur de représenter OxfamQuébec et d’accueillir Mme Marois et son équipe dans nos bureaux. Lors de cette rencontre, les droits des femmes étaient au cœur des échanges. La première ministre a tenu à réaffirmer l’engagement du Québec envers les femmes, qu’elle a qualifiées de « premières victimes des conflits ». Elle a aussi annoncé une aide financière pour les partenaires d’Oxfam-Québec en RDC.
« Le Québec sera toujours aux côtés des femmes qui luttent pour le respect de leurs droits fondamentaux, souvent au péril de leur liberté et de leur vie. » — Pauline Marois lors de sa visite dans les bureaux d’Oxfam en RDC
Ce moment fort a laissé une empreinte durable, soulignant l’importance de la solidarité internationale et du soutien aux femmes dans les zones de conflit.
Au-delà de tous les projets marquants, j’ai aussi été témoin des évolutions de notre mouvement et des prémisses d’Oxfam International. En 1995, j’ai été aux premières loges de la naissance d’Oxfam International et de son processus d’harmonisation. Une période haute en couleur pour l’unification des efforts et des ressources afin de générer un plus grand impact dans la lutte contre les inégalités et la pauvreté. Trente ans plus tard, Oxfam a une résonance mondiale en faveur de la justice sociale et économique.
Ces moments de vie sont mon histoire et celle d’Oxfam-Québec. Je suis fière de notre cheminement.
Pour voir le témoignage de
Johanne en vidéo
« Avez-vous deux minutes ? »
QUI SONT VRAIMENT LES PERSONNES QUI SOLLICITENT DES DONS DANS LA RUE ?
Vous les avez peut-être déjà croisés : gilet Oxfam sur le dos et sourire aux lèvres, ce sont nos ambassadrices et ambassadeurs. Leur mission ? Aller à la rencontre de personnes qui souhaitent poser un geste concret pour construire un monde plus juste.
Quartier par quartier, ces gens parcourent les rues des villes du Québec, frappant aux portes pour échanger avec de potentielles futures personnes donatrices. Ce travail de proximité, humain et engagé est essentiel.
Spécialistes de notre mission, elles et ils prennent le temps d’écouter, d’échanger et de répondre aux questions avec chaleur et authenticité. Grâce à leur engagement, notre message résonne directement dans les foyers.
Être ambassadrice ou ambassadeur, c’est bien plus qu’une simple job. C’est une mission portée avec cœur sous le soleil, sous la pluie, et malgré les refus. Leur sourire persiste, leur détermination aussi.
Nous avons tendu le micro à Rayan, une de ces personnes ambassadrices, pour recueillir son témoignage. Découvrez son quotidien, ses motivations et ce qui le pousse à continuer, jour après jour.
Peux-tu te présenter ?
Je m’appelle Rayan Darham. J’ai 22 ans et je suis étudiant international en économie à l’Université de Montréal. En plus de ça, je suis une personne qui aime beaucoup le basketball et passer du temps à regarder des documentaires au calme, chez moi. Évidemment, j’aime rencontrer du monde ! Ne venant pas de Montréal, et étant quelqu’un de très ouvert, j’aime passer du temps à faire de nouvelles connaissances.
Que représente le métier de solliciteur pour toi ?
Solliciter, pour moi, c’est tout un art. À travers des rencontres, je peux changer la vie de personnes en situation de vulnérabilité, ce qui compte beaucoup pour moi. Pour cela, je dois bien comprendre qui je rencontre à la porte, savoir comment faire résonner la cause que je défends avec les potentielles personnes donatrices, répondre à leurs incertitudes, les rassurer pour qu’elles se sentent prêtes à faire un don ! Je sais que donner de l’argent sans rien attendre en retour, ce n’est pas si simple, alors je dois faire le meilleur usage de mes compétences en communication et en négociation pour savoir quoi dire, à qui et à quel moment. Je suis originaire du Yémen, un pays qui reçoit de l’aide humanitaire depuis des dizaines
d’années. Alors, pouvoir convaincre des gens de faire des dons, c’est vraiment une petite victoire personnelle !
Pourquoi as-tu choisi de t’engager auprès d’Oxfam-Québec ?
Oxfam-Québec a des tonnes de super initiatives partout dans le monde, mais, dans le fond, ce que j’aime le plus, c’est l’impact du développement durable dans leurs actions humanitaires. Les solutions à long terme me semblent très logiques et j’aime beaucoup le faire comprendre aux gens à l’aide du proverbe de Confucius : « Quand une personne a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson. »
Pour terminer, pourrais-tu nous raconter une anecdote qui t’a marqué ?
En frappant à une porte, j’ai rencontré un individu originaire d’un pays qui recevait de l’aide d’urgence d’Oxfam. Ce jour-là, je parlais de la malnutrition et il m’a confié être bien malheureusement familier avec le problème, ayant lui-même reçu de l’aide directement de la part d’Oxfam. C’était un moment plein d’authenticité que de rencontrer quelqu’un qui avait vécu ce dont je parle chaque jour. C’est dans des moments comme celui-ci que mon travail prend tout son sens.
Comme vous le voyez, les solliciteuses et les solliciteurs sont de véritables partenaires du changement. Alors, la prochaine fois que vous les croisez, n’hésitez pas à leur offrir un sourire, un bonjour ou un mot d’encouragement. Grâce à leur énergie et à leur engagement, Oxfam-Québec avance, une porte à la fois. Et pour ça, on leur dit un immense merci !
Photo : Ilyas
Kordane / Oxfam
UN MONDE À ÉGALITÉ POUR LES GÉNÉRATIONS FUTURES
De quelle manière souhaitez-vous que l’on se souvienne de vous ? Par la contribution que vous avez apportée à ce monde ?
Nous souhaitons vous inspirer sur la manière de perpétuer votre apport à Oxfam-Québec. Vous pouvez soutenir à la fois votre famille et léguer un monde plus juste en héritage aux générations futures. Vous pouvez assurer le bien-être de vos proches tout en faisant un don pour mettre fin à la pauvreté dans votre testament.
Le d on testamentaire
vous intéresse ?
1
2
Déterminez vos intentions : réfléchissez à votre don testamentaire, sans négliger vos proches.
Discutez-en avec votre famille : une discussion sur un héritage commun est un moyen indéniable de vous rassurer et de renforcer les liens familiaux.
3 Renseignez-vous auprès d’un professionnel agréé : vous pourrez ainsi réaliser tout le potentiel de votre futur don et des avantages fiscaux.
Rendez-vous sur oxfam.qc.ca/tes tament ou contactez Adama N’Dia ye, conseillère en dons testamentaires, au 514 937-1614, poste 294.
Définitions – Verticalement :
2. Confédération présente dans plusieurs pays qui lutte contre la pauvreté, les injustices et les inégalités
3. Résultat d’un système qui avantage certaines personnes et oublie les autres
4. Ils naissent souvent là où l’égalité recule et les injustices s’installent
5. Essentiel d’en garantir un accès équitable pour assurer un bien-être physique, mental et social à toutes et à tous
11. Dont les dérèglements touchent de manière disproportionnée les populations qui en sont le moins responsables
12. Acronyme d’une institution issue d’un rêve de paix à l’échelle mondiale
13. Ce qui dure sans abîmer
15. Espace de protection pour les personnes fuyant les conflits, les persécutions ou les catastrophes climatiques, en quête de sécurité et de dignité
16. Ils sont universels, inaliénables et fondamentaux pour construire un avenir juste
17. Est pointé pour comparer les inégalités et/ou les progrès sociaux entre les pays ou les groupes de personnes
Définitions – Horizontalement :
1. Valeur qui soude les équipes et fait avancer les causes
6. Ressource naturelle qu’on embouteille pour le profit, alors que son accès est un droit fondamental
7. Un oui (pour une cause) qui dure dans le temps
8. Ce qui reste quand l’action est passée, mais dont les effets perdurent
9. Ce que les actions d’Oxfam-Québec visent depuis plus de 50 ans
10. Ce qui permet de continuer, même quand tout pousse à abandonner
13. Un geste qui fait la différence et transforme des vies
14. Situation où chaque geste compte et peut sauver des vies
18. On y cherche refuge
19. Elles réalisent 75 % du travail invisible
20. On en a soif quand on cherche à construire un avenir à égalité
1. Combien faut-il de temps aux PDG des plus grandes entreprises québécoises pour gagner le salaire annuel moyen d’un·e travailleur·euse ?
A. 2,9 minutes B. 9,2 heures C. 9,2 jours D. 2,9 mois
2. Au Québec, quel est le revenu horaire minimum qui permet à une personne seule d’atteindre un niveau de vie digne et sans pauvreté ?
A. 16,10 $, B. 18 $ (le salaire min.)
C. 20 $ D. 23 $
3. Si la tendance des inégalités actuelles se poursuit, en quelle année pourrons-nous éradiquer la pauvreté ?
A. En 2050 B. En 2150 C. En 2254 D. En 3024
4. Au Québec, quelle est la part de personnes autochtones, issues de minorités visibles, immigrées ou en situation de handicap au sein des conseils d’administration des grandes et des moyennes entreprises ? —
A. 6.5 % B. 16.5 % C. 26.5 % D. 46.5 %
5. Combien d’années faudrait-il à une femme travaillant dans le secteur de la santé ou de l’action sociale pour gagner ce qu’un PDG d’une entreprise du classement « Fortune 100 » gagne en moyenne en un an ?
A. 25 ans B. 200 ans C. 600 ans D. 1200 ans
6. Une augmentation de l’impôt progressif (de 2 % à 5 %) des multimillionnaires et des milliardaires suffirait pour générer 112 milliards de dollars par an. Cela financerait une hausse du budget en éducation de : —
A. +10 % B. +50 % C. +122 % D. +1 200 %
Sources : Observatoire québécois des inégalités, Le revenu viable 2023, Institut de recherche et d’informations socioéconomiques
LA RECETTE DE LA SOLIDARITÉ À vos tabliers !
Msakhan : un plat, une mémoire, une terre
UNE RECETTE PRÉSENTÉE PAR LE CHEF, RESTAURANT PALESTINIEN À MONTRÉAL
Le msakhan n’est pas seulement une spécialité culinaire. C’est un récit vivant de la Palestine, un héritage qui se transmet de génération en génération.
« Le msakhan, c’est bien plus qu’un repas.
C’est
la voix d’un peuple attaché à sa terre, une manière de dire que, malgré les épreuves, la vie continue. »
Son histoire commence dans les campagnes palestiniennes, au moment le plus attendu de l’année : la récolte des olives. C’est là que tout prend son sens. Les familles se réunissaient dans les oliveraies, cueillant les fruits des arbres centenaires qui nourrissent et protègent depuis toujours. À la fin de la journée, épuisées, mais comblées, elles se retrouvaient autour d’un plat à la fois humble et festif : le msakhan.
De l’huile d’olive fraîchement pressée, symbole de pureté et de vie. Du sumac rouge, cueilli sur les collines, rappelant la couleur vibrante de la terre. Du pain taboon, cuit dans des fours à bois traditionnels, au parfum unique de feu et de pierre. Du poulet tendre et des oignons caramélisés, généreusement partagés entre toutes et tous.
Le msakhan, c’est bien plus qu’un repas. C’est la voix d’un peuple attaché à sa terre, une manière de dire que, malgré les épreuves, la vie continue, la joie existe et l’identité se transmet.
Aujourd’hui, à Montréal, Le Chef perpétue cette tradition. Nous ne faisons pas que cuisiner un plat, nous racontons une histoire. Chaque bouchée est une invitation à voyager au cœur de la Palestine, à ressentir la chaleur de ses familles, à goûter la force de ses traditions.
Le pain imbibé d’huile d’olive, les oignons fondants, le parfum du sumac… Tout cela ne nourrit pas seulement le corps. Cela nourrit la mémoire, l’âme et le lien qui unit chaque Palestinienne et chaque Palestinien à sa terre.
Recette du msakhan traditionnel
Ingrédients
n 1 kg d’oignons (émincés)
n 1 kg de poitrine de poulet sans peau (coupée en morceaux)
n 250 ml d’huile d’olive extravierge
n 5 gousses d’ail (hachées)
n 4 cuillères à soupe de sumac
n Sel et poivre, au goût
n Pain taboon ou pain plat, pour servir
Le Chef
2183 rue Crescent, Montréal
— Ouvert tous les jours de 11h à 22h
— Vendredi et samedi de 11h à 23h30
— Suivez-le sur Instagram : @lechefca
Préparation
1. Dans une grande poêle, chauffer l’huile d’olive et faire revenir les oignons à feu doux jusqu’à ce qu’ils soient fondants et dorés.
2. Ajouter l’ail haché et poursuivre la cuisson pendant deux minutes.
3. Assaisonner le poulet avec du sel, du poivre et la moitié du sumac, puis l’ajouter aux oignons. Cuire jusqu’à ce qu’il soit tendre et légèrement doré.
4. Incorporer le reste du sumac et ajuster l’assaisonnement.
5. Servir le mélange chaud sur du pain taboon ou du pain plat. Traditionnellement, on garnit de quelques noix de pin ou amandes grillées.
Les saveurs de la solidarité
RENCONTRE AVEC GENEVIÈVE COMEAU, DIRECTRICE GÉNÉRALE ET COFONDATRICE DES FILLES FATTOUSH
Comment le projet des Filles Fattoush est-il né ?
Quelles sont vos principales motivations ?
Les Filles Fattoush sont nées d’une rencontre profondément humaine. En 2016, Josete Gauthier, Adelle Tarzibachi et moi avions le désir vital de participer à l’élan d’accueil des réfugiées syriennes nouvellement arrivées à Montréal, en leur offrant un soutien concret et durable.
Ces femmes portaient avec elles un savoir-faire culinaire exceptionnel et une envie profonde de s’intégrer, mais aussi le besoin urgent de trouver un emploi digne et valorisant. Notre objectif était multiple : leur permettre de sortir de l’isolement, de vivre une expérience positive, de se créer un réseau social, d’échanger dans leur langue tout en participant à des activités qui favorisent leur intégration à la communauté.
Par le biais de notre service traiteur pour des entreprises et des événements d’ici, elles pouvaient aussi exprimer leur gratitude envers le Canada en cuisinant pour leurs nouveaux concitoyen·ne·s, développer leur autonomie financière, retrouver leur estime de soi et se sentir véritablement actrices de leur nouvelle vie.
Depuis le premier jour, notre motivation reste la même : offrir des emplois porteurs de sens, faire découvrir la richesse des saveurs du Moyen-Orient et bâtir des ponts entre les cultures.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous impliquer auprès des Filles Fattoush ?
J’ai toujours cru que l’entrepreneuriat pouvait être un puissant moteur de changement social. L’idée de combiner impact humain et développement économique m’a tout de suite interpellée. Travailler aux côtés de ces femmes, apprendre de leur résilience et les voir gagner en confiance est un privilège et une source d’inspiration quotidienne.
Quel impact avez-vous observé chez les femmes réfugiées qui travaillent avec vous ?
Les transformations que nous voyons sont profondes et inspirantes. Certaines femmes arrivent timides, parlant à peine français, incertaines de leur avenir. Quelques mois plus tard, elles sont à l’aise dans leur travail et plus confiantes dans leur vie quotidienne.
Au début, certaines avaient peur d’utiliser de gros couteaux; aujourd’hui, elles maîtrisent des équipements de cuisine industriels et sortent chaque jour de leur zone de confort. Elles sont fières du travail accompli. Pour certaines, cette stabilité leur a permis d’acheter une maison ou de financer les études universitaires de leurs enfants.
Ces changements se mesurent autant dans les petites victoires quotidiennes que dans les grandes réussites professionnelles.
Y a-t-il un moment ou une réalisation qui vous a marquée ?
Oui, chaque fois qu’une employée nous annonce qu’elle vient d’obtenir sa citoyenneté canadienne est un moment fort. L’une d’elles m’a déjà confié :
« Les Filles Fattoush, c’est ma première famille ici. » Derrière chaque recette et chaque produit vendu, il y a une histoire de courage, de résilience et de reconstruction. C’est ce qui donne tout son sens à notre travail.
Quels sont vos rêves ou projets pour l’avenir ?
Nous voulons devenir la référence en alimentation moyen-orientale au Canada, tout en restant fidèles à notre mission sociale. Mon souhait est que nos produits se retrouvent dans les garde-manger des familles d’un océan à l’autre, et même au-delà, tout en continuant à offrir des emplois à des femmes issues de l’immigration forcée. Mon rêve ultime : que les Filles Fattoush inspirent d’autres initiatives semblables, ici comme ailleurs dans le monde.
7070 Av.
— Ou commandez leurs produits en ligne : bit.ly/3VU51fX
— Suivez-les sur Instagram : @fillesfatoush
Le kiosque des Filles Fattoush au marché Jean-Talon
Retrouvez Les Filles Fattoush au Marché Jean-Talon
Henri-Julien, Montréal
Photo : Les filles
Fattoush
Lectures, films, sorties : les coups de cœur de la rédaction
: Paula González/Oxfam
L’histoire de Souleymane
FILM PRIMÉ AU FESTIVAL DE CANNES 2024
Réalisateur : Boris Lojkine
Distribution : Abou Sangare, Nina Meurisse, Alpha Oumar Sow
Année de sortie : 2024
Souleymane est un jeune Guinéen sans papiers, demandeur d’asile qui gagne tant bien que mal sa vie comme livreur à vélo à Paris. Il a deux jours pour préparer son récit en vue d’un entretien décisif qui, espère-t-il, lui permettra d’obtenir un titre de séjour. Un récit haletant et émouvant qui nous plonge au cœur des luttes quotidiennes des personnes à statut précaire à Paris.
Gaza écrit Gaza
Auteur : collectif dirigé par Refaat Alareer
Année de sortie : 2025
Le regretté poète et militant palestinien Refaat Alareer a rassemblé des nouvelles écrites par des jeunes de la bande de Gaza qui ont survécu aux assauts israéliens de 2008-2009. À la fois beaux et puissants, les récits des jeunes auteurs et autrices racontent leur quotidien, leurs aspirations, leurs peurs et leurs rêves. D’abord paru en anglais en 2014, le recueil vient d’être traduit par des écrivains et écrivaines de toute la francophonie, dont Anaïs Barbeau-Lavalette et Kev Lambert.
La Louisiane
Autrice : Julia Malye
Année publication : 2024
Un roman historique inspiré de l’histoire vraie d’un groupe de femmes françaises de la Salpêtrière qui ont été déportées de Paris jusqu’en Louisiane au 18e siècle. L’autrice braque les projecteurs sur l’histoire oubliée de ces femmes considérées comme des parias, qui s’apparente à celle – mieux connue - des Filles du Roy envoyées pour peupler la Nouvelle-France. Ces deux groupes de femmes ont en commun d’avoir été instrumentalisées pour atteindre des objectifs colonialistes à une époque dominée par le patriarcat.
Exposition photo Chercher refuge
Photo
Voyager mieux, est-ce vraiment possible ?
Autrice : Marie-Julie Gagnon
Année de publication : 2023
La journaliste globe-trotteuse
Marie-Julie Gagnon, qui parcourt le monde pour le travail et pour le plaisir depuis plus de 30 ans, s’est demandé comment elle pouvait poursuivre sa passion en faisant de meilleurs choix éthiques et environnementaux. À mi-chemin entre l’enquête journalistique et le récit personnel, sur un ton à la fois léger et sérieux, mais jamais moralisateur, cet essai nous pousse à réfléchir à l’impact des choix que nous faisons en tant que voyageurs.
Ensemble ! – Un livre sur la communauté
Autrice : Élise Gravel
Année de publication : 2025
Le plus récent album de la célèbre autrice jeunesse Élise Gravel aborde l’importance de la communauté et de la solidarité. Ses attachants monstres excentriques expliquent aux enfants l’importance de travailler ensemble pour se protéger, se soigner, apprendre... Une façon douce et ludique d’inculquer aux enfants le sens de l’entraide, de la bienveillance et du vivre-ensemble, dans un monde qui tend vers l’individualisme et le repli sur soi.
Exposition photo
Chercher refuge
Lieu : Biosphère de Montréal
Date : jusqu’à l’automne 2026
Face aux changements climatiques, nous sommes toutes et tous vulnérables, mais pas au même degré. Notre niveau de vulnérabilité varie entre autres en fonction de l’endroit où nous vivons, de notre situation économique ou de notre genre. En parcourant cette exposition conçue par la Biosphère et Oxfam-Québec, apprenez ce qu’est la migration climatique et explorez quelques pistes de solutions.
L’exposition est le résultat d’un long travail de consultation mené par Elisabeth Kaine, spécialiste de l’autoreprésentation des Autochtones, auprès de 11 nations du Québec. On y découvre une foule d’objets et de témoignages qui illustrent non seulement les savoirs et l’histoire des peuples autochtones du Québec, mais aussi la place qu’ils veulent prendre dans le monde contemporain. À visiter de préférence en groupe, avec un ou une guide du musée !
Photo : www.musee-mccord-stewart.ca
Photo : Ivan Utahenua/Oxfam
ma VOIX POUR LA PALESTINE
2330, rue Notre-Dame Ouest Montréal (QC) H3Y 1J2
Numéro d’organisme de bienfaisance : 11907 5091 RR001 https://oxfam.qc.ca