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Hors-série IHU

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HORS-SÉRIE IHU

INSTITUT DE CHIRURGIE

MINI-INVASIVE

GUIDÉE PAR L’IMAGE

Interview

Albert-Claude Benhamou & Christian Debry 4

Décryptage

De la recherche à l’éthique : lutter contre les utopies 10

En chiffres

L’Institut HospitaloUniversitaire de Strasbourg 12

Histoire

Un IHU né d’une quête d’excellence 14

Les IHU français

Une « Alliance » nationale 18

Organisation

Un catalyseur au service de l’innovation 20

Focus

Des fonctions support essentielles 25

HORS-SÉRIE IHU

Sommaire

Stratégie

Une stratégie scientifique collégiale et interdisciplinaire 26

Rencontre avec Nicolas Padoy 28

Innovations Innover vite, pour le patient 30

Une recherche contractuelle à haute valeur ajoutée 36

Bouillon de culture

La science en partage 40

Les mains et les cœurs

Architecture Un édifice charnière

Or Norme IHU – Hors-série 2026 est une publication éditée par Ornormedias 1 rue du Temple Neuf – 67000 Strasbourg. Dépôt légal : à parution – N°ISSN : 2272-9461 contact@ornorme.fr – www.ornorme.fr Suivez-nous sur les réseaux sociaux. Facebook, Instagram, X & Linkedin

Couverture Photographie IHU

Directeur de la publication et de la rédaction Patrick Adler (patrick@adler.fr)

Directrice Projet Lisa Haller (l.h.)

Publicité Régis Pietronave (publicité@ornorme.fr)

Une plateforme clinique de pointe 58

Éducation

Entre connaissance disséminée et techniques systématisées 62

Rencontre avec Silvana Perretta 66

Rencontre avec Léonardo Sosa Valencia 68

Environnement et partenariats

Fondation ARC, Nextmed, Université, HUS 70

Start-ups

Bras armé d’une valorisation intégrée 76

Santé sans frontière 150 partenaires à travers le monde 80

Rédaction en chef Philippe Wendling (p.w.)

Rédaction (redaction@ornorme.fr)

Hélène Edel (h.e.)

Marine Dumény (m.d.)

Jérémie Lotz (j.l.)

Philippe Wendling (p.w.)

Photographie Pascal Bastien

Line Brusegan – Tobias Canales

Alban Hefti – Abdesslam Mirdass

Simon Pagès – Laetitia Piccarreta

Direction artistique et mise en page

Cercle Studio (cerclestudio.com)

Impression Imprimé en CE

Frise chirurgicale

Du silex à la data 84

tank

Chirurgie 4.0 et choix de société 86

Progrès

La recherche doit plus que jamais rassembler 88

Impacts environnementaux

Une évolution verte à opérer en urgence 90

Futur

Une feuille de route toute tracée 92

Trombinoscope

L’IHU Strasbourg 96

« À L’IHU, NOUS TRAVAILLONS POUR INVENTER LA CHIRURGIE D’AVENIR. »

En marge d’un congrès de dermatologie interventionnelle, Albert-Claude Benhamou, président du conseil d’administration de l’IHU Strasbourg, et Christian Debry, son directeur général, s’installent côte à côte, complices et passionnés.

Avec force, malice et audace, tous deux posent les mots qui affûtent leur vision de la chirurgie de demain en privilégiant deux axes de recherche : la chirurgie 4.0 et la biochirurgie régénérative. Avec conviction, ils fixent le tempo. Celui de l’innovation.

Fervents adeptes de la recherche translationnelle, de la rapidité des innovations et en bons praticiens, ils évaluent les bénéfices des technologies innovantes au profit du geste maîtrisé. Ils abordent le devenir de la chirurgie avec adresse et prudence et partagent une certitude : Strasbourg est aujourd’hui l’un des endroits exceptionnels où la chirurgie se réinvente au quotidien.

Rédaction : Jérémie Lotz Photographie : Line Brusegan

Professeur Albert-Claude Benhamou, à droite, chirurgien vasculaire, ancien président de l’Académie nationale de chirurgie et président du conseil d’administration de l’IHU Strasbourg. Et le Professeur Christian Debry, chirurgien ORL et cervico-facial, membre de l’Académie nationale de chirurgie et directeur général de l’IHU Strasbourg.

Vous sortez d’un congrès sur l’IA et la dermatologie. En quoi cela vous concerne-t-il ?

Albert-Claude Benhamou  : Tout nous concerne. C’est précisément l’erreur du cloisonnement que l’on s’efforce de corriger à l’IHU. La dermatologie interventionnelle aujourd’hui, c’est aussi de l’imagerie, de l’IA, des algorithmes –c’est-à-dire le même fondement technologique que nous utilisons au bloc opératoire, par exemple pour guider un acte opératoire robotisé. La question n’est pas de savoir si l’intelligence artificielle va transformer la chirurgie. La vraie question est de s’assurer qui en prend le contrôle et qui en valide l’usage pour un véritable progrès thérapeuthique pour le patient.

Christian Debry  : À l’IHU, nous considérons que c’est aux cliniciens de faire le lien entre chercheurs

et industriels. C’est d’ailleurs le modèle fondateur de notre institut : réunir sur un même plateau des médecins, des ingénieurs, des mathématiciens, des biologistes et des industriels, pour que l’innovation ne reste pas cantonnée au labo.

L’IHU de Strasbourg existe depuis 15 ans.

En quoi a-t-il évolué ?

A-C.B.  : Ce qui a changé, c’est l’ampleur des disciplines concernées. En 2011, l’institut était centré sur la chirurgie digestive. Aujourd’hui, nous couvrons les treize grandes disciplines chirurgicales et interventionnelles : ORL, gynécologie, urologie, neurochirurgie, chirurgie thoracique, oncologique... Le principe de la recherche translationnel est notre paradigme : partir d’un problème clinique réel, imaginer une solution technologique innovante, la valider en théorie et en pratique expérimentale, puis la transférer en recherche clinique, la valider, l’évaluer et l’instituer. Cette boucle est notre ADN. Les IHU établissent des protocoles de recherche

complets dans des domaines disciplinaires thématiques verticaux. Ce qui les distinguent des CHU dont les domaines de recherche sont transversaux.

C.D. : Ce qui a également changé ces quinze dernières années, c’est la maturité de notre écosystème. Que d’avancées – 18 start-ups accompagnées, 78 familles de brevets déposées, des partenariats européens et internationaux actifs… Strasbourg est devenue une référence mondiale. On ne le dit pas assez. Les gens viennent d’Inde, d’Argentine, d’Italie, d’Australie pour travailler à l’IHU de Strasbourg. Pas par hasard. Parce qu’il n’existe pas beaucoup d’endroits au monde où l’on peut, au même endroit, concevoir un instrument, le tester in vivo, le valider cliniquement et l’industrialiser.

Parlons IA. On entend tout et son contraire. Qu’est-ce que l’IA change concrètement pour la chirurgie ?

A-C.B.  : Les fantasmes sont tenaces, mais très inspirants. Sortons toutefois de la science-fiction. L’IA n’opère pas. Elle ne décide pas. Elle n’a pas vocation à remplacer le chirurgien – du moins à l’échelle de plusieurs générations de praticiens. Ce que l’IA fait, en revanche, est extraordinaire : elle permet en temps réel au bloc opératoire d’exploiter par des algorithmes les données issues des meilleures équipes du monde, pour mieux guider des actes opératoires en référence aux pratiques les plus avancées. L’IA permet d’exploiter les données de l’imagerie en la rendant plus simple, moins

« La chirurgie de demain, c’est un chirurgien augmenté, pas remplacé. Les machines d’imagerie ou de robotique dopées à l’IA lui donnent une puissance manuelle, intellectuelle et humaine inégalée. »
« Et si l’IA nous permettait de démocratiser la chirurgie de précision ? Cela n’est plus de la science-fiction. »

onéreuse, plus performante. Les reconstructions en 3D permises aujourd’hui par les ultrasons sont aussi performantes que celles obtenues par des IRM ou des scannners de dernière génération. Des blocs opératoires économes en énergie, protecteurs de l’environnement (on parle de blocs verts), utilisant des techniques frugales deviennent possibles à moindre coût pour des performances chirurgicales mini-invasives, sécurisées, plus accessibles à tous les âges, avec des réductions de séjours hospitaliers grâce au développement des actes ambulatoires. Elle permet aussi, et c’est fondamental, d’accélérer la formation des jeunes chirurgiens. Un interne apprend aujourd’hui en quelques mois ce qui demandait auparavant des années.

C.D. : Pour ma part, je milite pour l’IA, pour une frugalité efficiente. Une échographie enrichie par l’IA peut, pour certaines indications – les organes mous, le foie – approcher les performances d’un scanner ou d’une IRM. En cela, nous avons une responsabilité. Ce n’est pas anecdotique : c’est une révolution d’accessibilité. Et si l’IA nous permettait de démocratiser la chirurgie de précision ? Cela n’est plus de la science-fiction. À l’IHU de Strasbourg, nous y travaillons.

A-C.B.  : Ce qu’on oublie souvent : l’IA en bloc opératoire est soumise à des cadres réglementaires extrêmement stricts – FDA, marquage CE, AI Act européen... On parle d’algorithmes spécialisés, entraînés sur des données médicales annotées par des experts, validées cliniquement sur des centaines de cas. La rigueur est totale. Le temps long est nécessaire. L’IA n’en est qu’à ses débuts en chirurgie. Il faut garder la tête froide en étant proactifs et sans cesse ouverts à l’innovation.

Qu’en est-il de l’éthique de la recherche ?

C.D. : L’éthique n’est pas une contrainte. C’est une culture. Pour chaque projet, une question simple : quel sera le bénéfice réel pour le patient ? Si la réponse n’est pas une évidence, l’innovation n’a pas d’avenir. Nos équipes travaillent exclusivement à l’appui de protocoles structurés, avec des comités de protection des personnes, une validation, une traçabilité totale...

A-C.B.  : Les chirurgiens sont conservateurs et innovants en même temps par nature – cette dualité est une qualité précieuse. La prudence, mais aussi l’audace sont notre marque de fabrique. Notre rôle à l’IHU, c’est précisément d’être un pont entre l’audace des ingénieurs et la rigueur des cliniciens.

Pourquoi Strasbourg ? Quelles singularités pour la recherche chirurgicale ?

C.D. : Strasbourg, c’est avant tout un écosystème unique. L’université, parmi les premières françaises en ingénierie et biologie moléculaire. L’IRCAD, référence internationale pour la formation de chirurgiens du monde entier. Les Hôpitaux Universitaires de Strasbourg (HUS), est l’un des plus grands de France avec 14 000 employés et des équipements remarquables. NEXTMED, qui fédère plus de 400 acteurs de la santé numérique, est au cœur de tout cela : l’IHU joue un rôle de fer de lance, l’IRCAD forme et déploie les technologies déjà sur le marché, les HUS identifient les besoins cliniques, nous éprouvons les procédés opératoires les plus efficients…

« La chirurgie régénérative est aussi au cœur des enjeux. Utiliser le propre sang, la graisse, les cellules souches mésanchymateuses autologues du patient pour réparer, régénérer les tissus, éviter le rejet. »

Quelle est votre vision de la chirurgie dans 10 ans ?

C.D. : La chirurgie de demain, c’est un continuum . Imaginez un patient qui arrive avec un nodule pulmonaire suspect. Aujourd’hui, le parcours diagnostic-traitement prend parfois plusieurs mois, pour de multiples facteurs. À l’IHU de Strasbourg, nous venons d’expérimenter un parcours en une journée : scanner le matin, reconstruction virtuelle, biopsie robotisée, analyse pathologique quasi instantanée, décision en réunion pluridisciplinaire l’après-midi, chirurgie robotique dans la foulée, sortie deux jours plus tard. Ce n’est pas un rêve, c’est désormais une réalité ! Dans 10 ans, la chirurgie devra être celle-ci. C’est mon intime conviction.

A-C.B.  : La chirurgie régénérative est aussi au cœur des enjeux. Utiliser le propre sang, la graisse, les cellules souches mésanchymateuses autologues du patient pour réparer, régénérer les tissus, éviter le rejet. Transformer des semaines de cicatrisation en quelques jours. Et, en parallèle, normaliser les données chirurgicales à une échelle qui n’a jamais existé, grâce à l’IA. Les comptes rendus opératoires structurés, les registres coordonnés, les algorithmes entraînés sur des milliers d’actes documentés, c’est cela, la chirurgie de demain. Prédire, individualiser, évaluer, rationaliser.

Pourquoi choisir l’IHU de Strasbourg ?

A-C.B.  : On y vient avec une idée de recherche, on le quitte avec une solution réelle pour les patients. C’est à cela que l’IHU consacre toute son énergie, son temps et sa passion depuis 2011. Je crois profondément que Strasbourg a encore beaucoup de premières mondiales chirurgicales devant elle.

C.D. : Ce que j’espère, c’est que les jeunes médecins, les ingénieurs, les chercheurs comprennenent enfin que l’IHU est un lieu d’émancipation, de formation, de transmission, mais surtout d’exposition mondiale, académique et industrielle. On y vient pour deux mois et on y reste cinq ans. Ici, la recherche et le soin évoluent au même endroit.

Finalement, il existe peu d’endroits au monde où l’on peut, en une seule journée, passer d’une hypothèse de recherche à une intervention qui sauve une vie. ☚

« Je crois profondément que Strasbourg a encore beaucoup de premières mondiales chirurgicales devant elle. »

Faire de la recherche en chirurgie à la hauteur de l’éthique

La première édition des « Entretiens de l’IHU Strasbourg » s’est tenue à la Bibliothèque Nationale Universitaire, fin avril 2026. Placé sous le haut patronage du ministère de la Santé, cet événement fondateur a réuni des penseurs et acteurs majeurs de la santé, et plus particulièrement de la chirurgie et de la médecine interventionnelle, de la recherche scientifique, philosophique et éthique pour débattre sur l’éthique de la recherche en santé. Décryptage par le professeur Albert-Claude Benhamou des enjeux liés à la recherche chirurgicale.

Rédaction : Jean-Luc Dimarcq et Albert-Claude Benhamou Photographie : DR

← Albert-Claude Benhamou à l’occasion de la 1re édition des Entretiens de l’IHU le 29 avril 2026 à Strasbourg.

« Faire le point de tous les possibles, moissonner large et risquer des erreurs plutôt que manquer quoi que ce soit » (in Traité des monstres et des prodiges, 1573). L’aphorisme d’Ambroise Paré, père et réformateur de la chirurgie française au XVIe siècle a conservé toute sa force. La recherche en chirurgie comporte une part d’inconnu, donc de risque : irréversibilité du geste, difficulté à randomiser, impossibilité d’un placebo, forte dépendance à l’opérateur.

Parler d’une recherche chirurgicale au risque de l’éthique, c’est reconnaitre que l’innovation met en danger certains repères (balance bénéfice-risque, consentement « réel », justice dans l’accès, conflits d’intérêts), mais ce risque n’est pas en soi illégitime, qu’il doit être pris en charge, pas nié. La prise de risque est alors éthique si elle est encadrée par une rigueur extrême dans les pratiques et leurs évaluations. La gestion maîtrisée du risque de la recherche en chirurgie est fondée sur la science, mais cette recherche doit être passée au crible de la recherche en éthique. C’est elle qui donne son sens à une innovation, si elle est guidée par le progrès de la santé globale de tous les patients.

La mission d’innovation en chirurgie consiste donc à transformer le risque opératoire, qui est pris de fait par le patient d’abord, en exigence éthique. Comment faire de la recherche en chirurgie à la hauteur de l’éthique ? Cela implique d’assumer l’incertitude en l’expliquant aux patients (innovation, alternatives, absence de standard) et de ritualiser la décision : comité local d’innovation, relecture externe, traçabilité des indications « hors sentier battu » ; de coupler chaque projet ou stratégie innovante à un plan d’évaluation (registre, suivi des complications, publication des résultats y compris négatifs).

En prospective, « au risque de l’éthique » peut en définitive se comprendre comme une invitation à la vigilance créative : inventer de nouveaux dispositifs éthiques (consultations d’éthique, comités innovation, implication des patients experts, gouvernance des données, transparence vis-à-vis du public) pour accompagner la transformation de l’écosystème chirurgical 4.0 tourné vers le futur. En définitive, la recherche pour l’innovation chirurgicale doit être consubstantielle à la recherche en éthique.

Les innovations de rupture font bouger les frontières entre les dogmes du passé et la possibilité du futur, mais à la seule condition d’être fondées par le progrès thérapeutique prouvé et évalué au service du patient. L’explosion vertigineuse des découvertes technologiques et biomédicales requestionne profondément notre définition du progrès. En tant que centre de référence international en chirurgie et techniques interventionnelles, l’IHU Strasbourg se trouve aux avant-postes de ces bouleversements.

« L’ADN de l’IHU Strasbourg est le développement d’une recherche chirurgicale scientifique et technique, ouverte intrinsèquement à l’innovation éthique. »

L’IHU Strasbourg est le seul institut hospitalo-universitaire en France qui soit dédié à la recherche translationnelle (fondamentale, expérimentale et clinique) en chirurgie. L’intégration croissante de l’intelligence artificielle, de la robotique et des stratégies de la biochirurgie régénérative, portent de formidables espoirs pour les patients, mais ces avancées suscitent inévitablement de nouvelles interrogations sur les véritables bénéfices de la transformation digitale, pédagogique, environnementale et sociétale de l’écosystème chirurgical 4.0.

L’ADN de l’IHU Strasbourg est le développement d’une recherche chirurgicale scientifique et technique, ouverte intrinsèquement à l’innovation éthique. Cette recherche doit reposer sur l’objectif d’un progrès global de la santé des patients au sein d’un écosystème sociétal inclusif, solidaire, partagé et responsable.

Elle ne peut être une réponse automatique à un idéal incantatoire, voire utopique de santé, dictée par les sociétés selon leurs cultures et leur développement. Le chirurgien doit rester un guide éclairé, un professionnel averti entre le désir du patient face à ses maladies, entre les avantages et les risques des découvertes scientifiques et des innovations technologiques qui en découlent. Cette disposition nécessite de savoir écouter son patient, de comprendre sa demande, mais aussi de l’informer en lui expliquant les limites du possible. La recherche en santé ne consiste pas à céder à toutes les demandes de guérison face à la maladie, mais à accompagner le patient dans sa singularité, sans céder à la tyrannie de ses représentations de la santé et du bien-être, de plus en plus souvent générées par des idéologies diverses, sectaires, religieuses ou politiques, parfois amplifiées par les réseaux sociaux. L’éthique de la recherche en santé, particulièrement en chirurgie, à l’ère de la robotique, des jumeaux numériques, de l’intelligence artificielle, de la biochirurgie régénérative, doit lutter contre les utopies du transhumanisme qui doivent rester dans le champ de la science-fiction. ←

L’INSTITUT HOSPITALO-UNIVERSITAIRE DE STRASBOURG

Datavisualisation : Cercle Studio

UN ACCÉLÉRATEUR D’INNOVATIONS POUR LA SANTÉ

▶ Premier institut de recherche français dédié à la chirurgie d’avenir : mini-invasive, guidée par l’image et augmentée par les technologies numériques et la robotique.

▶ Un engagement : créer et diffuser des thérapies innovantes pour une prise en charge, sécurisée et personnalisée des patients.

▶ Une force : mener conjointement les activités de recherche, de transfert vers les patients et les entreprises, et de formation.

4 PILIERS

TOUS LES CHIFFRES PORTENT SUR LA PÉRIODE 2012- 2025 INCLUS.

Direction de la recherche et des projets

Partenaires: Université de Strasbourg, CNRS, Inria, Inserm.

Recherche pluridisciplinaire de niveau mondial dans les domaines des technologies numériques et de l’intelligence artificielle, de la robotique et des biothérapies :

+ de 4000

publications scientifiques

PORTEFEUILLE DE GRANDS PROJETS : 14 projets en cours

90M€

de co-financement nationaux et européens réunis au bénéfice des équipes de recherche

UNE INFRASTRUCTURE UNIQUE AU MONDE

▶ Au cœur de Nextmed, le campus strasbourgeois des technologies médicales.

▶ Un bâtiment de 13 000 m2 pour accueillir patients, équipes médicales et paramédicales, chercheurs, innovateurs et entrepreneurs.

▶ Un staff de 40 salariés, une population journalière de plus de 300 personnes.

▶ 1 écosystème régional, national et international.

Direction de l’innovation

Partenaires: SATT Conectus, incubateur Quest-for-Health, entreprises...

1/3 LIEU D’EXPÉRIMENTATION POUR L’ÉVALUATION PRÉCLINIQUE ET CLINIQUE DES DISPOSITIFS MÉDICAUX :

>150

dispositifs innovants testés

PLATEFORME D’EXPÉRIMENTATION PRÉCLINIQUE SANS ÉQUIVALENT (5 BLOCS OPÉRATOIRES MIROIRS DES BLOCS CLINIQUES) :

1re

plateforme d’expérimentation française conforme aux principes des bonnes pratiques de laboratoire pour l’évaluation non clinique des dispositifs médicaux

1erIHU DE FRANCE POUR LE NOMBRE DE BREVETS DÉPOSÉS ET LA VALORISATION :

+ 260

brevets déposés

118

brevets actifs dont 45 % déjà transférés et 40 % en cours de transfert

100

collaborations établies avec des entreprises

19

start-ups accompagnées depuis la création de l’IHU dont 14 encore en activité

x 25

Effet de levier de l’investissement de l’IHU dans les start-ups

Direction médicale

Partenaires : Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, entreprises...

9

blocs opératoires la médecine interventionnelle et la chirurgie

Une installation de salles d’IMAGERIE

HYBRIDE

unique en France (IRM 0,55T interventionnelle, Arceau Rx Robotisé, Scanner interventionnel)

Bloc opératoire

démonstrateur pour la chirurgie guidée par l’IA

Direction de l’éducation

Partenaires : Université de Strasbourg et sociétés savantes.

FORMATIONS CONTINUES THÉORIQUES ET PRATIQUES EN CHIRURGIE MINI-INVASIVE ET MÉDECINE INTERVENTIONNELLE :

39

nouvelles formations dont 11 cours universitaires (Diplômes universitaires et Masters)

BEST SDS

Ecoles d’été BEST (Business Engineering and Surgical Technologies) et SDS (Surgical Data Science)

+8 000

patients inclus dans des études cliniques

Participations à 55 recommandations et consensus

+ 4 800 professionnels et étudiants formés (117 pays)

+ 415 experts formateurs (41 pays)

Sélectionné au titre d’investissement d’avenir pour la France, l’Institut hospitalo-universitaire de Strasbourg est porté sur ses fonts baptismaux en 2011. Consacré à la chirurgie mini-invasive guidée par l’image, il a pour objet de « créer des approches hybrides optimales pour améliorer la prise en charge des patients ».

Rédaction : Philippe Wendling Photographie : DR

Un IHU né d’une quête d’excellence

Bond dans le temps. Par une lettre du 24 novembre 2008, le président de la République, Nicolas Sarkozy, confie au professeur strasbourgeois Jacques Marescaux la constitution d’une commission destinée à dresser un état des lieux des centres hospitaliers universitaires (CHU). Charge à elle également de proposer des axes de réforme permettant de garantir leur niveau d’excellence dans leurs missions de soins, d’enseignement et de recherche.

Rayonnement et objectifs

Six mois plus tard, ladite commission

rend son rapport au Chef de l’État et pointe, qu’en matière de recherche, « la production scientifique biomédicale française stagne (...). Le dépôt de brevets est en déclin ». En cause ? « En dépit d’une priorité publiquement affichée, la France a insuffisamment soutenu la recherche en sciences du vivant. Par ailleurs, le système de recherche biomédicale français est complexe, insuffisamment coordonné et lisible. » Pour insuffler une nouvelle dynamique, la commission préconise notamment de donner aux chercheurs « les moyens de rivaliser au niveau international en faisant émerger un

Eranian

nombre limité d’instituts hospitalo-universitaires (IHU) labellisés ». Ces établissements « contribueront au rayonnement de l’excellence médicale et scientifique française à l’étranger » et favoriseront le développement « d’équipes à potentiel dans le cadre d’une émulation entre les CHU ». Malgré ces perspectives, l’idée n’est pas retenue dans la loi du 21 juillet 2009 portant réforme de l’hôpital. Elle n’en est pas oubliée pour autant, Nicolas Sarkozy la reprenant dès le 18 septembre de la même année. En visite à l’hôpital Paul-Brousse de Villejuif, le locataire de l’Élysée annonce sa volonté de lancer un appel d’offres en vue de la labellisation de cinq premiers IHU. Leur installation sera accompagnée d’une enveloppe extraite d’un grand emprunt qu’il prépare pour financer des « investissements d’avenir ». « Les IHU seront des plateformes de soins, de recherche et d’enseignement que nous voulons de niveau mondial, organisées autour d’un projet scientifique cohérent, insiste-t-il. Ils auront la possibilité de recruter les meilleurs professionnels, français et étrangers. »

Dans un rapport publié en février 2010, une commission dédiée définit plus finement leur périmètre. Ces instituts devront « s’organiser autour d’un projet scientifique cohérent monothématique » et « simplifier les collaborations entre la recherche et l’industrie ». Ils auront aussi vocation à « intégrer un objectif de transfert de technologies, ce qui suppose des relations étroites avec les acteurs industriels ». Pour favoriser « le développement d’une recherche dite translationnelle », leurs responsables devront « inclure un partenariat et donc un cofinancement systématique par le secteur privé, ainsi éventuellement que par les collectivités locales concernées ».

Une localisation « idéale »

Sur la base de ces objectifs et d’autres, comme l’adjonction d’un volet formation, un appel à projets en vue d’une labellisation IHU est ouvert durant l’été 2010. À Strasbourg, un projet est présenté par le professeur Jacques Marescaux. Il est porté par l’Institut de recherche contre les cancers de l’appareil digestif qu’il dirige

«Les IHU seront des plateformes de soins, de recherche et d’enseignement que nous voulons de niveau mondial, organisées autour d’un projet scientifique cohérent. »

← Reconstruction 3D à partir de CT Scan dans le cadre des protocoles pré-clinique à l'IHU.

→ Aide à la chirurgie grâce à la navigation 3D en temps réel.

Eranian MK

(IRCAD) en association avec l’Université et les Hôpitaux universitaires. En son cœur : la constitution d’un établissement consacré à la chirurgie mini-invasive guidée par l’image.

« L’IHU de Strasbourg combinera les atouts des techniques mini-invasives issues de différentes spécialités afin de créer des approches hybrides optimales pour améliorer la prise en charge des patients et leur qualité de vie, détaillent ses promoteurs. Il perfectionnera ensuite ces approches hybrides grâce à une recherche de pointe, développera la prochaine génération de dispositifs médicaux et formera les médecins de demain. Dans un premier temps, il se concentrera sur les maladies abdominales qui représentent une part importante des maladies dans le monde. Après validation du concept dans ce domaine, il étendra son champ d’action en développant des approches hybrides dans d’autres disciplines médicales. »

« L’IHU bénéficiera d’une situation idéale au cœur de l’Europe, facilitant la collaboration franco-allemande dans le développement des dispositifs médicaux », mettent également en

→ Acquisition d'images lors d'un protocole de recherche.

exergue ses porteurs. Un atout supplémentaire : la présence en Alsace d’un riche écosystème autour de la santé. « L’IHU sera en partenariat avec l’Université de Strasbourg, première université française en ingénierie et biologie moléculaire, et avec trois grands instituts nationaux de recherche (CNRS, INRIA et INSERM). Son élément central sera une plateforme unique de salles d’opération hybrides dédiées d'une part aux soins aux patients et d'autre part, à la formation et à la recherche. Ces salles seront intégrées à un complexe clinique, de recherche et de formation unique, conçu pour créer un effet de synergie et optimiser la créativité, la résolution de problèmes et, à terme, le transfert de technologies. »

Retenu parmi dix-neuf projets

À l’instar de dix-huit autres dossiers, ce projet est soumis à un jury international de médecins et de scientifiques placé sous la responsabilité de Richard Frackowiak, un neurologue britannique et professeur au centre hospitalo-universitaire de Lausanne. La décision tombe le 30 mars 2011.

« À l’instar de dix-huit autres dossiers, ce projet est soumis à un jury international de médecins et de scientifiques. »
(c) Eranian MK

Laetitia Piccarreta

(c)

Six candidatures à une labellisation IHU– et non cinq comme initialement prévus – sont retenues. Ex aequo avec une autre, celle de Strasbourg arrive en pole position. L’État va verser 67,5 millions d’euros sur 10 ans pour accompagner sa création. En parallèle, des partenaires privés s’engagent à y contribuer à hauteur de 80 millions d’euros au total et, ce, essentiellement par un apport en équipements. Une enveloppe globale de 30 millions d’euros est aussi annoncée par les Région Alsace, Conseil Général du Bas-Rhin et Communauté urbaine de Strasbourg devenues désormais Région Grand Est, Collectivité européenne d’Alsace et Eurométropole de Strasbourg. Une étape supplémentaire est franchie pour l’IHU le 25 novembre de la même année. Par décret, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche approuve ses statuts de

↑ Première installation de l'IHU de Strasbourg dans le Pavillon Clovis Vincent avec l'ouverture d'une platforme dédiée à la recherche expérimentale.

« fondation de coopération scientifique dite Mix Surg ». Il compte sept membres fondateurs. À savoir : l’Université de Strasbourg ; les Hôpitaux universitaires de Strasbourg ; l’IRCAD ; la Fondation ARC pour la recherche contre le cancer ; l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (Inria) ; le Crédit Mutuel ; Karl Storz Endoskope. Si l’idée d’élever un bâtiment pour l’accueillir est déjà d’actualité (elle se concrétisera en 2016), l’institut occupe le Pavillon ClovisVincent, au cœur des Hospices civils, à partir du printemps 2012. Un plateau technique d’imagerie lourde, comprenant notamment un scanner et une IRM, y est installé pour permettre à son équipe de débuter ses activités. Elles reposent sur quatre piliers immuables depuis : la recherche translationnelle, le transfert de technologie, le soin et l’éducation. ←

Les dix-neuf IHU français sont réunis pour consolider leur modèle autant que pour concrétiser des projets communs.

Rédaction : Philippe Wendling

Une « Alliance » nationale

Concomitamment à celui de Strasbourg, cinq instituts hospitalo-universitaires ont été labellisés en mars 2011. À chacun sa localisation et sa spécialisation. Trois sont situés à Paris : Imagine (maladies génétiques et rares) ; ICAN (maladies cardiométaboliques et nutrition) ; A-ICM (maladies du système nerveux et neurosciences). Les deux autres sont implantés à Marseille et à Bordeaux, soit respectivement Méditerranée Infection (maladies infectieuses) et Liryc (rythmologie et modélisation cardiaques). Depuis, un autre IHU a vu le jour en 2017, FOReSIGHT à Paris (ophtalmologie et neurosciences de la vision), et douze en 2023 dans le reste du pays.

Des réflexions communes

*En plus de celui de Strasbourg, ce consortium comprend l’IHU Lyric de Bordeaux et cinq autres IHU situés à Paris ou dans sa périphérie : PRISM, FOReSight, Imagine, ICM et ICAM. Il a également pour parties prenantes le CHU de Nantes, Inria et quatre start-ups. À savoir : CODOC, inHeart, Qairnel et Neurometers. Il est soutenu par l’État dans le cadre de France 2030, un plan d’investissement d’avenir visant à accélérer la transformation de secteurs clés par le biais de l’innovation.

Initiée en 2020, une « Alliance IHU France » regroupe désormais l’ensemble de ces dix-neuf établissements. « Il ne s’agit pas d’une association, mais d’une réunion, glisse Jean-Luc Dimarcq, le directeur développement de l’IHU de Strasbourg. À l’exception du grand ouest, toutes les régions ont désormais un IHU. Certaines en ont même plusieurs. Si nous sommes les acteurs de nos propres écosystèmes, nous sommes tous guidés par la même envie d’aller plus vite et plus loin. Notre but est donc d’échanger autour de nos bonnes pratiques, de faire du lobbying auprès de partenaires privés et publics ainsi que de réfléchir à des thématiques qui nous concernent tous. Par exemple, quels sont nos impacts ? Comment pouvons-nous les mesurer et les renforcer ? Une injonction veut que les IHU dépendent de moins en moins de l’argent public à l’avenir tout en continuant à assurer un service public en développant

des solutions pour les patients. Comment dès lors garantir leur financement ? »

Des travaux conjoints

« La recherche en général et la santé en particulier sont des domaines dans lesquels la compétition est internationale, poursuit Jean-Luc Dimarcq. Dans cette course à l’excellence, notre “alliance” vise aussi, en tant que tête de réseau, à identifier des grands projets que nous pouvons mener en commun. C’est le cas du programme Meditwin mené par Dassault Systèmes et quatorze partenaires fondateurs*. Parmi eux : sept IHU, dont celui de Strasbourg. » Annoncé officiellement en décembre 2023, ce travail collégial est programmé jusqu’en 2029. Il repose sur une transformation des pratiques médicales grâce à une standardisation des jumeaux virtuels (V+R). Représentant la santé réelle d’un patient, ces modèles correspondent à un système physiologique ou à plusieurs d’entre eux. C’est-à-dire, entre autres, à des tissus, des cellules, des organes et des tumeurs.

Impliquant une combinaison de connaissances biologiques et de données structurées par le biais de l’intelligence artificielle, la maîtrise de ces jumeaux doit permettre d’évaluer l’évolution de certaines pathologies. Et donc de simuler les effets sur celles-ci de traitements et d’interventions. Ils sont de fait la promesse de soins plus précis et inclusifs. Avec les Hôpitaux universitaires de Strasbourg et l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (INRIA), les équipes de l’IHU de Strasbourg se penchent tout particulièrement sur leur recours dans la prise en charge mini-invasive du cancer colorectal métastatique. ←

Garches Prometheus Sepsis

Villejuif Prism Oncologie

Paris InovAND Neurodéveloppement pédiatrique

Paris re-Connect Troubles de l’audition

Paris IHU ICAN

Maladies du cardiométabolisme et de la nutrition

Paris

ICM-Institut du cerveau

Paris Imagine Institut des maladies génétiques

Bordeaux Liryc Maladie du rythme cardiaque

Bordeaux

VBHI Maladies vasculaires cérébrales

Toulouse HealthAge Gérontologie et vieillissement

Montpellier IMMUN4CURE Immunothérapies

Paris

Cancers des femmes Cancers gynécologiques

Marseille IHU

Méditerranée

Infection Maladies infectieuses

Paris Thema-2 Hématologie

Paris

FOReSIGHT Institut de la vision

Nancy Infiny Maladies inflammatoires de l’intestin

Strasbourg

IHU Strasbourg Chirurgie mini-invasive guidée par l’image

Lyon Everest Pathologies hépatiques

Nice

RespirERA Pathologies respiratoires

« Un catalyseur au service de l’innovation »

De par son organisation, son fonctionnement et sa philosophie, l’IHU Strasbourg est un objet singulier conjuguant réactivité, proximité et flexibilité.

Rédaction : Philippe Wendling

Photographie : Laetitia Piccarreta

« En suivant leurs patients au quotidien, les praticiens identifient des besoins médicaux non satisfaits. La mission de l’IHU Strasbourg – et, ce, depuis ses débuts – est d’y répondre en développant des solutions abouties et “dérisquées”, lâche tout de go Jean-Luc Dimarcq, son directeur du développement. Nous sommes dans l’opérationnel. Nous faisons de la recherche translationnelle dans le but d’accélérer le transfert d’innovations vers des applications cliniques et industrielles.

Entre 2012 et 2025, nos travaux ont permis le dépôt de quelque 260 brevets. »

« Un brevet doit vivre »

« Avant de débuter des recherches, nous nous posons toujours la question du besoin médical de la solution envisagée, mais aussi de sa propriété intellectuelle et de son transfert potentiel. Cette dimension est essentielle, car un brevet a vocation à être exploité », souligne Jean-Luc Dimarcq. Pas moins de 45 % des brevets actifs de

l’IHU sont déjà transférés et 40 % en cours de transfert. Un bon exemple de transfert rapide de la recherche à la clinique : le projet APEUS qui a abouti à la création du dispositif médical mAI Companion. Basé sur l’intelligence artificielle, cet assistant unique au monde est capable d’analyser, en temps réel, des échographies endoscopiques du pancréas. Il permet par là même de détecter des lésions très subtiles, ce qui augure une révolution du dépistage des cancers du pancréas.

« En associant l’excellence médicale aux excellences scientifique et industrielle, la conception du dispositif mAI Companion illustre pleinement notre philosophie et notre volonté d’aller le plus loin et le plus vite possible », met en avant Jean-Luc Dimarcq. Ce projet est né en 2021 sous l’impulsion du Dr Leonardo SosaValencia, gastro-entérologue expert en endoscopie ultrasonore, chercheur et directeur de cours à l’IHU Strasbourg. À ses côtés, le Pr Nicolas Padoy, un spécialiste en science des données

chirurgicales et en intelligence artificielle qui est à la fois le directeur scientifique de l’IHU et de l’équipe CAMMA IHU-Université de Strasbourg. Soutenu financièrement par la Fondation ARC pour la recherche sur le cancer, le programme APEUS a débouché en 2023 sur une collaboration de R&D avec Medi-Globe, une entreprise de technologie médicale allemande. À la clé : la création de la joint-venture iGlobe Scientific qui a accéléré le développement d’un prototype industriel. À peine deux ans plus tard – précisément en décembre 2025 –, le dispositif mAI Companion a été autorisé à la commercialisation via un marquage CE au titre du règlement Medical Devices Regulation.

Un noyau dur très engagé

« Dans le monde de l’innovation, la rapidité est une vertu », reprend Jean-Luc Dimarcq en pointant qu’elle est « l’une des grandes forces de l’IHU » au même titre que la concentration d’expertises dans

« Dans le monde de l’innovation, la rapidité est une vertu. »

← Jean-Luc Dimarcq, directeur du développement.

↓ Offrir une chirurgie précise et personnalisée sur des stades précoces.

son bâtiment de 13 000 m2. « Nous y disposons de blocs opératoires précliniques et cliniques, de laboratoires d’intelligence artificielle et de robotique, de plateformes technologiques, de salles de cours ou encore de locaux permettant d’héberger des start-ups, détaille le responsable développement de l’institut. Les compétences multidisciplinaires se croisent, échangent et interagissent. L’émulation est là et fait de notre IHU un catalyseur au service de l’innovation dans le domaine des thérapies mini-invasives guidées par l’image ainsi que les chirurgies augmentées par l’intelligence artificielle et la robotique. »

« L’efficacité de notre IHU repose également sur une organisation qui est proche de celle d’une entreprise pour la prise de décisions et se veut la plus légère possible », ajoute Jean-Luc Dimarcq. Son « noyau dur » : une quarantaine de salariés qui assument pour les uns des activités chirurgicales ou médicales, pour les autres des métiers de recherche, d’ingénierie, de management de projet ainsi que des fonctions support. « Tous les collaborateurs jouent un rôle important, ils partagent un esprit de corps et un intérêt pour l’innovation qui bénéficie aux patients. Notre fonctionnement implique un gros investissement de chacun d’entre eux. Tous s’engagent. »

Une constellation d’acteurs

« La vocation de notre IHU est d’être fédérateur, insiste encore Jean-Luc Dimarcq. Il a pour rôle d’accélérer l’innovation dans un écosystème. Nous travaillons régulièrement avec plus de 300 professionnels publics et privés actifs dans l’environnement de l’IHU. » Conformément à sa mission, l’institut évolue en étroite relation avec l’Université et les Hôpitaux universitaires de Strasbourg. Il est aussi, par exemple, membre de BioValley France, le pôle de compétitivité santé du Grand Est. De même, il collabore avec SEMIA/Quest for Health pour l’incubation de start-ups et la SATT Conectus pour la maturation de projets de transfert. L’IHU met par ailleurs ses compétences en matière d’évaluation préclinique et clinique de dispositifs médicaux au profit de laboratoires

et d’entreprises. « Si la santé est un facteur de progrès pour le citoyen, elle doit aussi être un vecteur de progrès économique et de création d’emplois », explicite Jean-Luc Dimarcq. Dans ces objectifs, l’institut a déjà créé ou participé au développement de dix-neuf start-ups, dont quatorze sont toujours en activité. « Notre IHU démontre qu’il est possible de mener de pair recherches d’excellence et histoires entrepreneuriales. Imaginez la satisfaction d’un chercheur de voir ses découvertes non seulement publiées dans les meilleurs journaux de la discipline, mais aussi transformées en solutions applicables en vie réelle pour mieux soigner. » ←

Des publications au-delà de la moyenne mondiale

« En comparaison avec la répartition mondiale des publications, l’IHU Strasbourg se distingue, entre autres, par sa spécialisation en chirurgie, radiologie et imagerie médicale, mais également en robotique. L’indice d’impact scientifique normalisé des publications de l’IHU dépasse de 20 % la moyenne mondiale toutes spécialités confondues et se situe également au-dessus de l’indice d’impact de la recherche biomédicale en France. » Extrait des conclusions d’une analyse de la productivité scientifique globale de l’IHU réalisée en 2024 par l’Observatoire des sciences et techniques. Celle-ci a été menée dans le cadre d’une évaluation du Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Hcéres).

directrice administrative et financière.

Des fonctions support essentielles

Le bon fonctionnement de l’IHU repose sur des activités complémentaires à la recherche. Focus sur trois d’entre elles.

Rédaction : Philippe Wendling

Photographie : Laetitia Piccarreta

SUBVENTIONS ET FINANCEMENTS

« Bien que chaque salarié occupe un poste dédié au sein de l’IHU, nous sommes tous polyvalents et amenés régulièrement à faire de nouvelles choses. Cela fait évoluer l’institut autant que cela nous fait évoluer personnellement », énonce Clélia Kinderstuth, sa directrice administrative et financière. Comme l’indique le qualificatif de son poste, son métier porte entre autres sur le suivi des sources de financement de l’IHU. La première : l’État qui lui a attribué une dotation de 67 millions d’euros pour la tranche 2011-2019 et une seconde de 14 millions pour la période 2020-2025.

« En parallèle, nous disposons d’autres subventions ainsi que de financements propres à chaque projet, indique Clélia Kinderstuth. Pour cela, nous répondons à des appels à projets tout comme nous initions des partenariats avec des organismes publics ou privés. » Parmi eux : des industriels de la santé, l’Agence nationale de la recherche, l’Europe, la Fondation Arc, Bpifrance ou encore la Région Grand Est. L’objectif désormais est de développer des recherches pleinement auto-financées, relève-t-elle tout en rappelant que l’IHU poursuit un but non lucratif. ←

« Nous sommes tous polyvalents et amenés régulièrement à faire de nouvelles choses. »
« Évaluer les facteurs contextuels [des projets de recherche] afin de vérifier qu’ils répondent bien à un besoin médical et n’ont pas d’équivalents. »

UNE VALORISATION OPTIMISÉE

Après avoir été cheffe de projet innovation, Marie-Muguet Klein est chargée de valorisation, une fonction également assumée par deux de ses collègues, dont sa responsable d’équipe. En « parfaite synergie », elle accompagne les chercheurs dans la mise en valeur de leurs projets et de leurs résultats. Cette finalité implique dès leur genèse « d’évaluer des facteurs contextuels afin de vérifier qu’ils répondent bien à un besoin médical et n’ont pas d’équivalents à l’identique sur le marché », explique-t-elle. Les degrés de faisabilité technologique, de viabilité économique et de valorisation du concept sont par ailleurs analysés (par le biais de financements internes appelés sandbox et/ou de POC (Proof Of Concept) ainsi que par un processus de suivi et de validation). De même, les questions de la propriété intellectuelle sont étudiées afin de protéger les travaux.

Ces étapes permettent, au besoin, de rediriger – voire de stopper – le plus tôt possible les recherches afin de ne pas mobiliser inutilement des moyens humains et financiers. À l’inverse, elles se veulent une preuve du caractère prometteur du concept... « Elles permettent donc, par la suite, de chercher des financements complémentaires auprès d’académiques ou d’industriels avec des arguments scientifiques et médico-économiques solides pour continuer le développement », explique Marie-Muguet Klein qui s’attelle également à l’élaboration et au suivi de ces contrats de collaboration. Enfin, une fois la solution dérisquée à travers l’application de nos processus, un transfert de cette dernière peut être envisagé par le biais d’une licence ou d’une cession que ce soit à un industriel de la santé ou via la création d’une start-up permettant ainsi d’atteindre de le marché et d’impacter positivement le parcours patient. ←

← Marie-Muguet Klein, chargée de valorisation.
« Nous ne sommes pas là pour rien. Nous sommes là pour vous soigner ! »

SAVOIR-FAIRE ET FAIRE SAVOIR

« Dans nos murs, nous avons des experts reconnus qui mènent des projets d’envergure. Pourquoi nous ne le dirions pas ? », sourit Gaëlle Giovannoni. Chef projet web, elle cumule actions de communication interne et externe en « adaptant les messages et les supports de diffusion aux publics ciblés. Par exemple, sur LinkedIn, je poste principalement des actualités à destination des institutionnels et des professionnels du secteur de la santé et des technologies médicales. L’idée est de faire la promotion de nos projets au niveau régional comme national et international, d’annoncer les formations que nous proposons ou encore d’évoquer les récompenses que peuvent recevoir des membres de l’institut pour leurs travaux de recherche. »

« Sur notre site internet www.IHU-strasbourg.eu, nous sommes plus dans la vulgarisation dans le but de sensibiliser le grand public à l’excellence de nos activités », explique encore Gaëlle Giovannoni qui se décrit, non sans une certaine fierté, comme « une travailleuse de l’ombre ». Toutes ses publications ont un fil conducteur commun : « Nous ne sommes pas là pour rien. Nous sommes là pour vous soigner ! » ←

↑ Gaëlle Giovannoni, chef projet web.

Une stratégie scientifique collégiale et interdisciplinaire

Conformément à sa volonté d’être une référence mondiale des thérapies de demain et du bloc opératoire du futur, l’IHU Strasbourg développe divers champs de recherche. Pour ce faire, il n’hésite pas à s’entourer d’experts d’autres structures.

Rédaction : Philippe Wendling Photographie : Laetitia Piccarreta

L’IHU Strasbourg a pour objet d’inventer les thérapies de demain au bénéfice du patient, des professionnels de santé et de l’économie locale. Pour y parvenir, il a déployé dès ses débuts une stratégie scientifique autour du développement de solutions chirurgicales guidées par l’image. « Notre ligne directrice n’a pas changé, mais s’est étoffée, souligne Nicolas Padoy, son directeur scientifique. Nous développons aussi maintenant des champs de recherche autour de l’assistance robotique, de l’utilisation des données et de l’intelligence artificielle. De même, au-delà du digestif privilégié à ses débuts, notre institut s’ouvre à d’autres disciplines chirurgicales. »

Intelligence artificielle et robotique

« Notre IHU est leader en matière d’IA pour le bloc opératoire et notre objectif est qu’il le reste », renchérit son responsable scientifique. Exemples. En 2021, ses équipes ont ainsi été les premières au monde à démontrer en temps réel, sur un patient, la vérification

automatique d’une procédure de sécurité grâce à un système d’analyse d’images piloté en temps réel par un logiciel utilisant l’IA (ce que fait désormais la start-up Scialytics). En 2023, Nicolas Padoy s’est vu décerner une prestigieuse bourse de recherche européenne (ERC) pour élaborer une méthodologie informatique permettant d’étudier, à partir de vidéos endoscopiques, des événements peropératoires indésirables... Et donc, in fine , de définir des actions correctives. Baptisé CompSURG, ce projet court jusqu’en 2028. Afin de collecter un nombre suffisant de données, il agrège l’IHU à six établissements de santé européens. Il engage également ICube, le laboratoire de l’Université de Strasbourg spécialisé dans les sciences de l’ingénieur, de l’informatique et de l’imagerie. L’institut mène d’autres travaux avec son équipe RDH, comprendre Robotics, data science and healthcare technologies . Cette dernière est même logée au deuxième étage de ses locaux de la place de l’Hôpital.

« Pour créer de l’excellence, le monde de la recherche doit travailler étroitement avec la communauté médicale. »

Des projets et un langage communs Depuis l’hiver 2026, l’IHU et RDH avec le support de la plateforme robotique IRIS font partie d’IMARA, un consortium composé par ailleurs d’organismes allemands et de l’Institut de formation des infirmiers de bloc opératoire des Hôpitaux Civils de Colmar. « Ce projet d’amorçage bénéficie de financements du Fonds européen de développement régional (FEDER) et du programme Interreg Rhin Supérieur, pointe Jonathan Vappou, le responsable de RDH. Il porte sur la création d’une solution robotique, pilotée par l’IA, qui va venir soulager les équipes infirmières des blocs pour des gestes répétitifs et chronophages. » « Pour créer de l’excellence, le monde de la recherche doit travailler étroitement avec la communauté médicale, relève Nicolas Padoy. À l’IHU, nous y veillons, car cela permet de confronter les visions, les réalités et les besoins de chacun, puis de faire émerger un langage commun. »

Ces notions sont au cœur également des enjeux de l’ITI HealthTech, un institut thématique interdisciplinaire tourné vers l’innovation médicale. Fondé par l’Université de Strasbourg, il associe l’INSERM et le CNRS « Nous réunissons des

↑

De gauche à droite : Jonathan Vappou, responsable de l’équipe RDH, Nicolas Padoy, directeur scientifique de l’IHU et Florent Nageotte, responsable de l’ITI HealthTech.

médecins-chercheurs de l’IHU, des spécialistes en ingénierie, en biomécanique, en IA et en robotique ainsi que des acteurs économiques », détaille Florent Nageotte, son responsable.

Un écosystème à consolider

Le rapprochement entre l’IHU et l’ITI HealthTech favorise l’émergence et la concrétisation de projets conjoints. Au-delà, il garantit leur financement grâce à une enveloppe de 8 millions d’euros accordée par l’État à l’ITI HealthTech, pour la période 2021-2028, dans le cadre du programme d’investissement France 2030 et de l’IDEX de l’Université de Strasbourg (initiative d’excellence). « Cette attribution couvre nos activités de recherche et un volet formation », indique Florent Nageotte en évoquant l’accueil de doctorants et d’étudiants, français comme internationaux, inscrits dans un master sur l’innovation en ingénierie biomédicale. Nombre d’entre eux effectuent un stage au sein de l’IHU et contribuent ainsi à la définition et au déploiement de sa stratégie scientifique. « Le but est aussi de leur donner l’envie de rester à Strasbourg après leurs études afin de consolider son écosystème dans le domaine de l’assistance aux gestes médicaux et chirurgicaux. » ←

Un pionnier de l’IA chirurgicale Nicolas Padoy

Professeur en informatique, il a rejoint le laboratoire ICube de l'Université de Strasbourg en 2012 pour travailler avec l'IHU de Strasbourg, dont il dirige désormais la recherche en intelligence artificielle.

Rédaction : Philippe Wendling

Photographie : Laetitia Piccarreta

Àla question de savoir qui est le Professeur

Nicolas Padoy, chatbots, articles et autres posts s’accordent. « Il est un pionnier de l’intelligence artificielle appliquée au domaine de la santé et plus précisément à la chirurgie. » Et pour cause ! Même si l’on ne parlait pas encore d’IA, il a par exemple co-écrit dès 2010 un article sur le « développement de blocs opératoires contextuels » grâce à l’analyse de données issues d’une modélisation et du suivi d’interventions chirurgicales. Il occupait alors un poste de chercheur postdoctoral dans le laboratoire robotique de la Johns Hopkins University de Baltimore. Ses études en informatique l’avaient conduit préalablement à Normale Sup Lyon, au centre INRIA de l’Université de Lorraine et à la Technische Universität de Munich.

Une suite de logiciels

Deux ans après la publication de cet article, le Picard fêtait son trente-et-unième anniversaire et rejoignait l'Université de Strasbourg sur une chaire d'excellence. Tandis que l’IHU s’installait dans ses premiers locaux, le labo des sciences de l'ingénieur, de l'informatique et de l'imagerie ICube attendait de voir le jour en 2013. Pour accompagner l’émergence de cet écosystème, Nicolas Padoy lançait le groupe de recherche CAMMA. Derrière cet acronyme, des objectifs : "l’analyse et la modélisation computationnelles des activités médicales". « CAMMA a immédiatement mené des projets avec l’IHU avant d’aller jusqu’à intégrer ses locaux en 2017, pointe son fondateur. Il forme même une équipe conjointe avec l’institut depuis

2020. C’est-à-dire après que je l’ai moi-même rejoint en tant que directeur de la recherche en informatique et intelligence artificielle… » Il en est même devenu depuis le directeur scientifique. En parallèle, ce dernier a décroché en 2020 une chaire dans le cadre du programme national sur l’IA ou encore été élu Fellow de MICCAI en 2024, une société internationale dédiée à l'informatique médicale et aux technologies d'assistance en chirurgie. Il a également créé la start-up Scialytics avec des collaborateurs de CAMMA. Son crédo : la définition d'une suite de logiciels destinée à améliorer la sécurité au bloc opératoire. Reposant sur l’IA, celle-ci tend à permettre l’analyse en temps réel de vidéos chirurgicales ou encore l’accompagnement des chirurgiens dans certains actes.

Au cœur du cluster IA ENACT

Depuis 2025, Nicolas Padoy porte une chaire de recherche au sein du cluster IA Grand Est ENACT. Sa thématique : les modèles de fondation multimodaux pour la chirurgie. Porté par l’Université de Lorraine, l’Université de Strasbourg et divers partenaires comme les Hôpitaux universitaires de Strasbourg, le consortium ENACT a pour ambition de placer le Grand Est en tête des leaders européens de l’intelligence artificielle. Pour y parvenir, il mise entre autres sur une structuration de l’ensemble des acteurs régionaux impliqués dans sa conception et son déploiement. C’est-à-dire à la fois des informaticiens, des ingénieurs, des cliniciens, des chercheurs, des industriels… Ce que Nicolas Padoy fait déjà au niveau de l’IHU. ←

À l’IHU Strasbourg, les besoins médicaux repérés sur le terrain sont transformés en solutions concrètes pour les patients, grâce à une méthode d’innovation pensée pour aller rapidement du laboratoire au soin.

Rédaction : Hélène Edel

Photographie : Simon Pagès

Innover vite, pour le patient

« Les projets, c’est notre philosophie », résume Jean-Luc Dimarcq, directeur du développement. Autrement dit, la manière dont l’IHU Strasbourg choisit, teste et développe ses projets reflète sa façon de travailler : partir d’un problème clinique réel, en vérifier rapidement la faisabilité, puis pousser la solution jusqu’à son application en conditions réelles. Ici, l’objectif n’est pas seulement de produire de la recherche et de publier des résultats scientifiques. « Au bout du projet, il faut livrer une solution qui ait des chances d’être appliquée à grande échelle pour soigner plus de gens »,

précise Maxime de Abreu, chef de projet innovation. L’innovation n’est pas une fin en soi : elle doit déboucher sur un outil, un dispositif ou un logiciel utilisable par les professionnels de santé.

Le besoin comme point de départ À l’origine de chaque projet, un « pain point », c’est-à-dire un problème concret, une difficulté récurrente. Caroline Ramspacher, responsable innovation et valorisation, insiste : « Nous sommes en proximité forte avec les médecins qui gravitent autour de l’IHU. Ce sont eux qui font remonter les besoins. » Ces besoins

(c)
Alban
Hefti

sont ensuite confirmés par des échanges avec d’autres praticiens, des études de terrain, une veille internationale. L’innovation n’est pas descendante, elle est au contraire ancrée dans la pratique.

Cette logique change la nature même des projets. Ils ne naissent pas d’une opportunité technologique ou d’une hypothèse théorique, mais d’un problème clinique concret à résoudre : un geste trop complexe, un diagnostic trop tardif, un risque opératoire insuffisamment maîtrisé. L’utilité pour le patient est posée dès le départ et sert de fil conducteur tout au long du développement. « On essaye de garder ce lien constant avec le terrain, tout au long du projet », précise Caroline Ramspacher.

L’IHU bénéficie d’une configuration particulière : blocs opératoires expérimentaux et cliniques, laboratoires, plateformes technologiques en intelligence artificielle et robotique, proximité organique avec l’hôpital et l’université. « Nous avons la capacité d’aller jusqu’à la démonstration clinique d’une innovation. C’est une infrastructure exceptionnelle », souligne Maxime de Abreu. L’institut se positionne comme un hub d’innovation,

← Caroline Ramspacher, responsable innovation et valorisation.

→ Maxime de Abreu, chef de projet innovation.

un point de rencontre opérationnel entre recherche académique et pratique hospitalière.

Une mécanique bien huilée

Tout commence souvent par des Sandbox : de très petits financements engagés rapidement et destinés à tester les premiers éléments d’une idée. L’objectif est de vérifier rapidement la faisabilité technique et clinique. « C’est un grand entonnoir », décrit Caroline Ramspacher. Les idées sont nombreuses, mais les critères de sélection deviennent plus exigeants au fil du parcours : existence d’un besoin médical clair, équipe compétente, première analyse concurrentielle, potentiel de différenciation. Ensuite s’engage la phase de l’établissement de la preuve de concept, dite du POC « Proof of Concept ». Une phase de test à petite échelle qui permet de démontrer qu’une idée fonctionne réellement avant d’engager des moyens plus importants. À l’IHU, le POC n’est pas un slogan, mais une étape structurée. Jean-Luc Dimarcq parle d’extraction d’innovation. L’approche est bienveillante, puisqu’il s’agit d’encourager les porteurs d’idées,

(c) Pascal Bastien

mais lucide. Certains projets s’arrêtent. D’autres franchissent une nouvelle étape avec le dépôt de propriété intellectuelle, la structuration réglementaire, la recherche de financements compétitifs. L’IHU revendique près de 15 millions d’euros levés auprès de partenaires extérieurs pour soutenir ces développements. Le principe est simple : tester vite, décider vite. « L’innovation va très vite, c’est très concurrentiel. Il ne faut pas perdre de temps. » Cette capacité d’accélération constitue l’un des marqueurs du modèle IHU.

Chef de projet : le trait d’union

Au cœur de ce dispositif, un métier clé : celui de chef de projet innovation. Bastien Andlauer en décrit la complexité. « Il faut fédérer des industriels, des académiques et des médecins qui ne parlent pas toujours le même langage. » Le chef de projet doit comprendre la dimension clinique, technologique, budgétaire, réglementaire et partenariale. Il est à la fois traducteur, coordinateur et garant de la cohérence globale. Son rôle prend une dimension particulière dans le cadre des financements européens, nationaux et régionaux, dont bénéficie régulièrement l’IHU. Ces programmes permettent de financer

l’ensemble d’un projet. Cette approche globale rend possibles des projets plus ambitieux, inscrits dans le temps long et structurés à l’échelle transfrontalière.

En contrepartie, les exigences sont élevées : suivi administratif rigoureux, indicateurs d’impact précis, audits réguliers. Loin d’être un frein, cette contrainte a conduit l’IHU à structurer son organisation. Les chefs de projet sont devenus des pivots capables d’absorber cette complexité réglementaire et financière. « Il faut être capable de piloter la science tout en respectant un cadre très strict », résume Bastien Andlauer.

La plupart des chefs de projet de l’IHU ainsi que l’ensemble de l’équipe Innovation et Valorisation, sont issus du Master Management de l’innovation, parcours Ingénierie de projets innovants (IPI), proposé par la Faculté des sciences économiques et de gestion de l’Université de Strasbourg. Dirigée par Sabine Cullmann, cette formation continue de niveau Bac + 8 s’adresse à des docteurs en sciences souhaitant se tourner vers la gestion de projet, l’innovation ou l’entrepreneuriat. Le Master IPI a pour vocation de former des profils capables de piloter des projets innovants complexes, notamment lorsqu’ils impliquent un transfert technologique entre la recherche et l’entreprise.

« Il faut fédérer des industriels, des académiques et des médecins, qui ne parlent pas toujours le même langage. »
→ Bastien Andlauer, chef de projet innovation.
« L’enjeu concerne le cancer du pancréas, l’un des plus meurtriers. »

Il apporte aux scientifiques des compétences managériales, stratégiques et entrepreneuriales, afin de créer une double expertise : compréhension fine des enjeux scientifiques et capacité à les inscrire dans une logique de marché et d’impact. L’objectif est de former de véritables « traducteurs » entre le monde académique et le monde économique. Un rôle qui trouve à l’IHU un terrain d’application particulièrement concret.

iGlobe Scientific : détecter plus tôt pour sauver plus de vies

Le projet d’iGlobe Scientific illustre concrètement la chaîne complète : besoin clinique, POC, partenariat industriel, structuration réglementaire et retour vers le patient. L’enjeu concerne le cancer du pancréas, l’un des plus meurtriers. Détectées tardivement, les lésions (souvent autour de 20 mm) s’accompagnent d’un taux de survie d’environ 5 % à 5 ans. En dessous de 10 mm, ce taux peut grimper jusqu’à 80 %. Or l’écho-endoscopie est aujourd’hui la seule technique capable de détecter ces lésions précoces, mais l’analyse de l’image est compliquée et requiert une grande expertise. Avec le soutien financier de la Fondation ARC,

← Jean-Paul Mazellier, directeur technique de iGlobe Scientific.

l’IHU lance en 2021 le programme APEUS visant à assister l’écho-endoscopie par l’intelligence artificielle (IA). Porté par le Docteur Leonardo Sosa Valencia et le Professeur Nicolas Padoy, il associe Jean-Paul Mazellier, ingénieur-chercheur issu de l’industrie de défense, qui a rejoint l’IHU pour travailler sur l’IA médicale.

L’idée : analyser en temps réel les images issues de l’examen par l’IA pour fournir au praticien une aide à la décision. Le défi majeur a été de transformer le plus rapidement possible un prototype de recherche en dispositif médical certifié en moins de trois ans. En 2022, l’IHU établit une collaboration de Recherche & Développement avec la société allemande Medi-Globe, qui aboutit à la naissance de la co-entreprise iGlobe Scientific, que Jean-Paul Mazellier rejoint comme directeur technique.

Résultat : un ordinateur médical compact, capable de traiter localement le flux vidéo d’échoendoscopie et d’indiquer en temps réel des zones suspectes. Le dispositif a obtenu le marquage CE (certification obligatoire en Europe pour pouvoir commercialiser des dispositifs médicaux) début 2026 et vise désormais un déploiement progressif, par Medi-Globe, dans les services de gastro-endoscopie.

« L’équipe du projet a réalisé une première mondiale : utiliser un système d’IA pour analyser en temps réel l’image vidéo d’une opération au bloc opératoire. »

Scialytics : l’IA au bloc opératoire

Autre trajectoire emblématique : Scialytics, entreprise créée à partir de la recherche en science des données chirurgicales développée au sein au sein de l’équipe CAMMA, dirigée par le Professeur Nicolas Padoy, commune à l’IHU et au laboratoire ICube de l’Université de Strasbourg. Chaque année, des millions de patients dans le monde subissent des complications chirurgicales évitables (hémorragies, infections, erreurs techniques, etc.) qui prolongent les hospitalisations et augmentent les coûts. Malgré les progrès, les hôpitaux disposent de peu d’outils pour analyser objectivement la qualité des gestes en temps réel. CAMMA a développé des outils pour modéliser, reconnaître et évaluer la qualité de ces gestes à partir de la masse des données disponibles au sein des blocs opératoires, et notamment à partir des vidéos endoscopiques, maintenant utilisées couramment pour guider les gestes suite à l’essor de la chirurgie mini-invasive. Un temps fort du projet s’est tenu en 2021. L’équipe du projet a réalisé une première mondiale : utiliser un système d’IA pour analyser en temps réel l’image vidéo

↖ Deepak Alapatt, directeur de Scialytics.

d’une opération au bloc opératoire, captée par la caméra endoscopique lors d’une chirurgie mini-invasive. Les résultats de l’IA, utilisée pour reconnaitre le déroulement de la procédure et évaluer automatiquement la mise en œuvre d’une procédure de sécurité utilisée en chirurgie de la vésicule biliaire, ont été diffusés en direct depuis le bloc opératoire de Strasbourg vers des congrès internationaux se tenant en Italie et en Espagne. Depuis, la valorisation du projet a donné lieu à une création de start-up, dirigée par un ancien ingénieur de CAMMA, Deepak Alapatt, et un médecin-chercheur ayant réalisé sa thèse au sein de l’équipe, Pietro Mascagni. Scialytics développe un écosystème d’IA capable de capter et d’analyser les vidéos opératoires en direct, d’assister les chirurgiens lors d’étapes critiques et de produire des indicateurs de qualité à l’échelle des établissements. Là encore, la logique est identique : transformer une recherche de pointe en outil concret au service de la sécurité des patients et permettre aussi à des jeunes talents de s’exprimer dans l’entrepreneuriat en l’innovation.

Une intelligence hospitalo-universitaire au service de la population

À travers iGlobe Scientific, Scialytics et d’autres projets comme Taurus ou Qaelon, l’IHU démontre

↑ Un bloc opératoire équipé d’un réseau 5G et intégrant une dimension d’intelligence artificielle et de robotique. une cohérence d’action. Les innovations ne sont pas pensées comme des démonstrateurs isolés, mais comme des solutions appelées à irriguer le système de santé.

L’institut revendique une double mission : intérêt général et développement économique. Les partenariats industriels, la création d’entreprises, les levées de fonds et la création d’emplois ne constituent pas une fin en soi, mais un moyen d’assurer la diffusion des solutions.

« Nos projets doivent bénéficier aux patients », rappelle Caroline Ramspacher. L’intelligence hospitalo-universitaire prend ici tout son sens : chercheurs, cliniciens, ingénieurs et industriels travaillent côte à côte pour réduire la distance entre l’idée et le soin.

Dans un contexte où l’innovation médicale est souvent fragmentée, l’IHU Strasbourg revendique un modèle intégré, pragmatique et opérationnel. Tester rapidement, décider, accélérer, structurer et déployer. Une mécanique exigeante, mais orientée vers un objectif simple : améliorer concrètement la prise en charge et, au bout du compte, servir la population. ←

Une recherche contractuelle à haute valeur ajoutée

L’IHU Strasbourg met à disposition des entreprises internationales de technologie médicales, son expertise en matière de traitement des données pour l’intelligence artificielle, d’évaluation préclinique et clinique. Explications.

Rédaction : Or Norme

Photographie : Pascal Bastien et Abdesslam Mirdass

« Dans les phases d’innovation, marquées par l’incertitude et l’expérimentation, l’expérience et l’agilité font toute la différence. »

→ À la direction des opérations de l'IHU, Julie Freydière orchestre les activités de recherches contractuelles et assure une coordination fluide entre les équipes.

(c) Pascal Bastien

En parfaite adéquation avec son ADN, l’IHU Strasbourg propose des prestations de recherche customisées. « En menant des projets particulièrement avant-gardistes, nous avons développé un véritable savoir-faire que nous avons choisi de mettre au service d’entreprises développant des dispositifs médicaux innovants », relève Julie Freydière, sa directrice des opérations.

Expérience, agilité et qualité

Ce positionnement a rapidement créé un effet d’entraînement. Après avoir été initialement sollicitées par les start-ups de l’écosystème local, les équipes de l’IHU accompagnent désormais des entreprises innovantes du monde entier. Elles trouvent à l’IHU les compétences pour les aider à accélérer le développement et l’évaluation de leurs dispositifs médicaux. C’est un enjeu de taille pour des sociétés qui sont souvent dans une phase critique de leur développement parfois qualifiée de « vallée de la mort »... Un moment charnière durant lequel une idée doit se transformer en solution concrète, validée et transférable aux patients. « Dans les phases d’innovation, marquées par l’incertitude et l’expérimentation, l’expérience et l’agilité font toute la différence, note Julie Freydière. L’IHU a “essuyé les plâtres” en menant à bien ses propres projets. C’est précisément cette expérience que recherchent nos partenaires »

La montée en puissance de l’offre de service de l’IHU repose sur un pilier fondamental : le système de management de la qualité, pour garantir le niveau d’exigence requis par les réglementations européennes et internationales. « Notre vocation est la recherche translationnelle sans renoncer aux exigences éthiques et aux conformités réglementaires, insiste Lan Anh Le, la responsable qualité et protection des données de l’institut. Nous voulons sécuriser l’innovation, pas la ralentir. L’objectif est d’anticiper les exigences plutôt que de les subir ».

Pionnier en matière de certifications, l’IHU Strasbourg a été le premier centre de recherche à obtenir une conformité aux Bonnes

« Notre vocation est la recherche translationnelle sans renoncer aux exigences éthiques et aux conformités réglementaires. »

↑ Lan Anh Le, DPO de l'IHU, ainsi que responsable Qualité et Protection des données. Elle structure la gouvernance des données de santé et veille à la conformité des activités de l’IHU aux exigences européennes, notamment l’AI Act.

(c)
Abdesslam Mirdass

Pratiques de Laboratoire (BPL) pour l’évaluation préclinique des dispositifs médicaux. Décrochée en 2021, elle a été renouvelée en 2023 et en 2025. Les résultats des études BPL menées à l’IHU peuvent être directement intégrés par les entreprises dans leurs dossiers techniques pour l’obtention du marquage européen CE ou des autorisations de la FDA, l’agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux. Cette dynamique pour la qualité se poursuit avec les certifications ISO 13485 (data et développement) et ISO 14155 (évaluation clinique) que l’IHU prévoit de décrocher respectivement en 2026 et 2027.

Un triptyque gagnant

L’offre de recherche contractuelle pour les entreprises s’organise autour de trois blocs d’expertises complémentaires : le traitement de données pour l’IA, l’expérimentation préclinique et la validation clinique. En la matière, la clef du succès est de connecter les besoins médicaux, les impératifs industriels et une recherche d’excellence pour proposer des plans d’études tracés au cordeau. L’IHU s’est spécialisé dans le traitement de données brutes d’imagerie médicale pour le développement de logiciels utilisant l’intelligence artificielle fiables. La règle est simple : sans données correctement collectées et préparées, les logiciels ne seront pas fiables. « L’IA, c’est la voiture. La donnée, c’est l’essence, résume Jérémie Exter, coordinateur de la plateforme de traitement de données pour l’IA. Notre valeur ajoutée à l’IHU, c’est la qualification médicale de la donnée. Notre force réside non pas dans le volume, mais dans la profondeur, la précision et la pertinence médicale. Les images ne sont pas annotées par des profils généralistes, mais par nos experts médicaux. »

Un tiers de confiance

L’expérimentation préclinique est historiquement un service phare de l’IHU, d’autant plus depuis

« Certains industriels privilégient désormais un premier dépôt aux États-Unis. En conséquence, la demande de structuration qualité et de conformité BPL a nettement augmenté. »

← Amélie Gressier, responsable du service préclinique à l’IHU Strasbourg. Dans le respect des Bonnes Pratiques de Laboratoire, elle pilote les études expérimentales sur dispositifs médicaux, de la validation sur fantômes aux essais in vivo.

(c)
Cindy Vincent
« Nous accompagnons les porteurs de dispositifs médicaux ou de parcours innovants. »

→ Armelle Takeda, responsable du service recherche clinique. En lien avec l’ANSM et les Comités de protection des personnes, elle encadre les essais sur patients, de la conception des protocoles jusqu’à leur validation réglementaire.

l’obtention de sa qualification aux BPL en 2021. Depuis lors, 164 études précliniques ont été réalisées dans le cadre d’une recherche contractuelle. Dix-neuf ont été conduites sous référentiel BPL, parmi lesquelles cinq ont été formellement auditées par la Food and Drug Administration (FDA) américaine qui a validé la qualité des données produites. Le règlement européen dit MDR (Medical Device Regulation), qui encadre depuis 2021 la mise sur le marché des dispositifs médicaux en Europe, a considérablement renforcé les exigences en matière d’évaluation. « Le MDR a complexifié le marquage CE », observe Amélie Gressier. « Certains industriels privilégient désormais un premier dépôt aux États-Unis. En conséquence, la demande de structuration qualité et de conformité BPL a nettement augmenté. »

L’étape finale est celle de l’évaluation clinique. L’IHU s’est spécialisé dans les études de preuve de concept des dispositifs médicaux innovants. « Nous accompagnons les porteurs de dispositifs médicaux ou de parcours innovants sur l’ensemble de leur parcours réglementaire et opérationnel », explique Armelle Takeda, la responsable du service recherche clinique de l’institut. Cette étape comprend, entre autres, la préparation des documents, la soumission réglementaire auprès de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), une interaction avec les Comités de protection des personnes (CPP), une coordination et un monitoring du/des centres investigateurs ainsi que la clôture des études, en collaboration avec les Hôpitaux Universitaires de Strasbourg. « L’IHU est devenu un acteur reconnu par les entreprises qui trouvent un tiers de confiance qui a su conserver une agilité essentielle à l’innovation, conclut Julie Freydière. La recherche contractuelle est devenue un vecteur de développement puissant pour l’IHU. Dans un contexte de raréfaction des financements publics, elle est un élément de l’équilibre économique de l’IHU. Elle permet aussi de nouer des relations étroites avec des sociétés internationales qui voient l’intérêt de s’installer à proximité de l’IHU. » ←

(c)
Pascal
Bastien

Bouillon de culture, la science en partage

↗ L'IHU Strasbourg, réunit des chercheurs, des cliniciens et des ingénieurs du monde entier. leur diversité alimente l'innovation autant qu'elle incarne au quotidien un modèle de recherche profondément international.

Ils viennent d’Inde, d’Argentine, d’Italie ou d’Australie. Certains sont arrivés pour une semaine de formation, d’autres pour un fellowship, d’autres encore pour fonder une entreprise. Tous ont trouvé à l’IHU Strasbourg un écosystème où la recherche clinique, l’ingénierie et l’intelligence artificielle dialoguent sans frontières. Récit d’un institut où la diversité n’est pas un affichage, mais une méthode.

Rédaction : Marine Dumény Photographie : Alban Hefti

À l’IHU Strasbourg, on arrive rarement par hasard. On y vient pour un programme précis, un projet, une collaboration. Mais on y reste souvent plus longtemps que prévu.

« Je devais venir deux mois. Je suis resté cinq ans », sourit Pietro Mascagni, clinicien italien. Ce qui devait être un simple séjour académique s’est mué en trajectoire durable. « J’ai été frappé par la concentration de compétences : chirurgiens, ingénieurs, data scientists. Il n’existe pas beaucoup d’endroits au monde où l’on peut faire dialoguer ces profils au quotidien avec une telle intensité. »

Le même glissement s’observe chez Juan Manuel Verde. Chirurgien argentin, aujourd’hui chargé de la recherche translationnelle et innovation manager, cherchait, après une carrière en Argentine et une formation aux États-Unis, à « combiner chirurgie et innovation ». Il découvre l’IHU lors d’un programme intensif réunissant ingénieurs, cliniciens et experts business autour d’un problème concret. « Je suis venu pour une semaine. J’ai candidaté à un fellowship. Puis à un second. Et finalement, on m’a proposé un poste

↓ Pietro Mascagni, clinicien italien, est arrivé pour quelques mois à l’IHU Strasbourg. Il y développe aujourd’hui des projets à l’interface entre chirurgie et intelligence artificielle.

permanent. » Le court séjour devient ancrage. D’autres trajectoires empruntent la voie académique. Pour Britty Baby, post-doctorante indienne, l’arrivée s’inscrit dans un projet européen. « Nous travaillions déjà sur l’IA chirurgicale en Inde, mais il y a peu d’équipes spécialisées. L’IHU est un pionnier dans ce domaine. C’était une évidence de venir apprendre ici. »

Deepak Alapatt, également formé en Inde, formule la même exigence scientifique : « Le domaine évolue tous les mois. Être au cœur de l’application médicale de l’intelligence artificielle, c’est travailler dans sa forme la plus exigeante. » Car l’attractivité ne tient pas qu’aux individus : elle repose sur une architecture. L’IHU organise des cours cliniques hands-on, des formations techniques, et notamment une summer school en surgical data science depuis plus de cinq ans. Chaque année, plusieurs milliers de professionnels de santé et chercheurs issus d’une cinquantaine de pays franchissent ses portes. « Beaucoup arrivent pour un cours... et restent. » La formation devient porte d’entrée, parfois point de bascule.

« J’ai été frappé par la concentration de compétences : chirurgiens, ingénieurs, data scientists. Il n’existe pas beaucoup d’endroits au monde où l’on peut faire dialoguer ces profils au quotidien avec une telle intensité. »
Pietro Mascagni

← Chirurgien argentin, Juan Manuel Verde pilote des activités de recherche translationnelle, au croisement de la clinique, de l’innovation et du développement technologique.

bateau : nous avons quitté notre pays pour travailler ici. Cela crée une solidarité implicite. » Cette solidarité se traduit dans l’organisation. Les frontières hiérarchiques ou disciplinaires s’effacent plus facilement. « Si vous montrez de l’intérêt pour un sujet, quelqu’un viendra nourrir cette curiosité », observe Isabella Bolognese, assistante de direction. « L’IHU est un endroit où l’on peut acquérir des compétences au-delà de sa fiche de poste. » L’apprentissage est transversal, presque organique.

Strasbourg, ville européenne

Ce cosmopolitisme trouve un écho naturel dans son environnement. Strasbourg n’est pas un simple décor.

Siège du Parlement européen et du Conseil de l’Europe, ville frontière à l’histoire franco-allemande, elle porte dans son ADN la circulation et le compromis. « C’est une ville construite sur la circulation entre les cultures », souligne Britty Baby. « Cela se ressent. »

La comparaison avec d’autres métropoles françaises revient régulièrement. « J’ai travaillé à Paris avant de venir ici. Après deux semaines à Strasbourg, je me suis senti chez moi », confie Juan Manuel Verde. Taille

« Nous sommes tous dans le même bateau : nous avons quitté notre pays pour travailler ici. Cela crée une solidarité implicite. »
Juan Manuel

Un laboratoire-monde

À ce flux répond une réalité tangible : la diversité des équipes. Combien de nationalités travaillent aujourd’hui à l’IHU ? À ce jour, plus de vingt et une s’y croisent. Dans les laboratoires, plus d’un collaborateur sur deux n’est pas français. À l’échelle de l’institut, près d’un quart des effectifs est de nationalité étrangère.

Inde, Argentine, Italie, Australie, Mexique, Venezuela, Bangladesh, Syrie, Canada... La carte affichée dans un laboratoire, marquée d’épingles, peine à rester à jour. Mais l’international ne se résume pas à une cartographie. Il façonne les pratiques. « Ce mélange de cultures fait partie de l’ADN de l’institut », estime Juan Manuel Verde. « Nous sommes tous dans le même

→ Postdoctorante originaire d’Inde, Britty Baby travaille sur l’intelligence artificielle appliquée à la chirurgie.

« Tout prend du temps, mais tout existe »
Deepak Alapatt

humaine, forte densité universitaire, réseaux accessibles : l’intégration paraît plus fluide. Et l’installation dépasse le seul cadre professionnel. Les familles suivent. Les enfants grandissent ici. « Je suis arrivé avec ma fille de quatre mois et mon fils de quatre ans », raconte Juan Manuel Verde. « Aujourd’hui, ils parlent un français parfait. » L’ancrage devient intime.

L’épreuve administrative

Reste la phase d’atterrissage. Elle n’est pas toujours simple. Le premier obstacle porte un nom : la bureaucratie. « Ce n’est pas forcément difficile, mais c’est long », résume Juan Manuel Verde. « Beaucoup de documents, de traductions, de démarches. » La langue ajoute

↑ Ingénieur formé en Inde, Deepak Alapatt développe des solutions en intelligence artificielle médicale. Il participe à des projets entrepreneuriaux issus de la recherche.

← Assistante de direction à l’IHU Strasbourg, Isabella Bolognese accompagne les équipes dans un environnement transversal, au cœur d’un écosystème en constante évolution.

une couche de complexité. « Les appels téléphoniques en français, sans pouvoir lire sur les lèvres, c’est déstabilisant », note Britty Baby. « Et trouver un appartement sans parler la langue est un vrai défi. » Pourtant, le diagnostic est nuancé. Les dispositifs existent. Services universitaires dédiés aux étudiants internationaux, accompagnement pour les démarches préfectorales, aides régionales à l’innovation : « Tout prend du temps, mais tout existe », souligne Deepak Alapatt. L’adaptation passe aussi par une transformation des habitudes. « En France, il faut planifier longtemps à l’avance », observe Britty Baby. « J’ai appris à anticiper davantage. » L’intégration est aussi une discipline.

Intensité et transversalité

« J’apprécie la diversité des missions : recherche préclinique, data management clinique, rédaction médicale. La variété des tâches empêche toute routine. »

Une fois installé, le rythme change. La vie au laboratoire structure l’expérience. Réunions hebdomadaires, projets transversaux, échanges inter-équipes : chirurgiens, ingénieurs et data scientists travaillent côte à côte.

« On passe d’un sujet à un autre en quelques minutes. Ce multitâche permanent est ce que je préfère », confie Juan Manuel Verde.

Julieta Montanelli, chargée de la recherche translationnelle et référente médicale des données cliniques, partage cette appétence pour la pluralité.

« J’apprécie la diversité des missions : recherche préclinique, data management clinique, rédaction médicale. La variété des tâches empêche toute routine. »

↓ Originaire d’Argentine, Julieta Montanelli combine recherche préclinique, gestion des données cliniques et coordination de projets.

Pour Deepak Alapatt, l’exigence est d’abord scientifique : « L’IA chirurgicale exige une collaboration étroite avec les cliniciens. Ailleurs, il est parfois difficile d’obtenir des annotations ou un accès direct aux équipes médicales. Ici, les cliniciens sont moteurs. »

Au bout de la chaîne, une ligne directrice claire. « Nous ne faisons pas de la recherche pour publier seulement », insiste Pietro Mascagni. « L’objectif est d’amener les innovations jusqu’au patient. C’est rare, et c’est ce qui nous motive. »

De la recherche à l’entreprise

Parfois, la dynamique franchit un seuil supplémentaire. Pietro Mascagni et Deepak Alapatt ont cofondé Scialytics, une start-up développant

Julieta Montanelli
« Nous apprenons les uns des autres. Les équipes travaillent beaucoup entre départements. »

des dispositifs médicaux intégrant l’IA. Preuve que la translation peut devenir entreprise. « La région est structurée pour soutenir les start-up deep tech », souligne Deepak Alapatt. « Il existe des dispositifs spécifiques pour les fondateurs, des financements publics, un écosystème favorable. » L’IHU, bien que public, cultive cette agilité. « L’institut est relativement jeune », observe Isabella Bolognese. « Nous apprenons les uns des autres. Les équipes travaillent beaucoup entre départements. » Une culture d’expérimentation, plus que de reproduction.

Fêter pour mieux coopérer

La cohésion ne se construit pas uniquement dans les protocoles. Noël, IHU Thursday, Diwali (fête hindou) et autres fêtes nationales improvisées autour d’un plat partagé : les célébrations rythment l’année. « Chaque occasion est bonne pour partager », sourit Julieta Montanelli, qui rapporte régulièrement des spécialités argentines. Ces

Isabella Bolognese

moments informels desserrent les hiérarchies, humanisent les parcours, renforcent les liens.

Une méthode plus qu’un symbole À l’IHU Strasbourg, l’international n’est ni un argument marketing ni une statistique. C’est une organisation concrète du travail. Des ingénieurs indiens collaborent avec des cliniciens argentins sur des données européennes pour développer des outils destinés à des patients du monde entier. « Nous sommes ici parce que nous avons choisi d’être ouverts », résume Julieta Montanelli. « Quitter son pays implique une certaine flexibilité. C’est un point commun. »

Au-delà des frontières, c’est peut-être cette disposition qui fonde le collectif. Dans ce bouillon de cultures, la science avance à plusieurs voix. Et trouve dans la diversité non pas un défi, mais une force structurante. ←

Les mains et les cœurs

Sous l’éclat des néons, dans le calme des salles, je vois naître des rêves, fragiles, colossales. Là où science et espoir doucement se confondent, où les mains et les cœurs bâtissent un autre monde. Ce lieu n’est pas doré, ses murs sont sans apparat, mais la flamme qui brille, aucun or ne l’aura.

Nous ne comptons ni primes, ni promesses en chaîne, mais des âmes entières, et des bontés humaines.

À l’ombre des projets jaillit l’intelligence, de cent voix, cent parcours, une même cadence. Chacun porte un éclat, une histoire, un savoir, et nos forces se lient pour un même devoir.

Ce devoir, c’est d’entendre au détour du couloir, le besoin d’un patient, le poids d’un désespoir.

C’est d’en faire un outil, une idée, un courage, qui franchira demain le seuil de son usage. Je reste pour cela : pour ces êtres sincères, pour ces rires mêlés aux silences austères.

Pour l’humble vérité de nos mains en action, pour le sens retrouvé dans chaque invention. Et si l’on me demande : pourquoi je demeure ?

C’est qu’ici j’ai compris la richesse du cœur.

L’IHU m’a appris, loin des ors et des rangs, que la vraie valeur, c’est la force des gens.

Xavière Lornage, cheffe de projet innovation
Photographie : Pascal Bastien

«  C’est un privilège de voir une idée naître et se transformer en innovation concrète. »

«  Contribuer à des projets innovants, travailler aux frontières entre clinique, technologie et recherche, et sentir que chaque avancée peut avoir un impact réel sur la vie des gens est profondément gratifiant. »

«  Dans un contexte où la France doit affirmer sa souveraineté et relancer son industrie, je crois profondément que la protection et la valorisation de notre recherche sont essentielles. C’est pourquoi je me sens pleinement à ma place à l’IHU. Mon métier a du sens et je suis convaincu que nous avons la capacité d’avoir un véritable impact sur le monde de demain. »

«  L’IHU est un écosystème à part entière où l’innovation médicale bat son plein... Où l’on peut concrétiser le transfert des innovations technologiques au patient et aux personnels de santé. »

« En tant qu’IHU, nous avons un devoir. Nous devons changer efficacement l’environnement de soin pour remplacer l’appellation de “patients”, ou du moins le sens du mot, afin que les personnes atteintes de maladies deviennent les gens en voie de guérison. »

Jérémie Exter, coordinateur de la plateforme de traitement de données pour l’IA

↑ Le

Un édifice charnière

À Strasbourg, au cœur du site historique de l’Hôpital civil, l’Institut HospitaloUniversitaire de Strasbourg (IHU) a pris place là où s’élevait autrefois l’ancienne maternité. Un bâtiment neuf, livré après un concours lancé en 2011 et remporté en 2012 par l’agence de Patrick Schweitzer associée à KS Groupe, pour un budget d’environ 20 millions d’euros et près de 10 000 m². Un projet charnière, à la fois couture urbaine et manifeste technologique.

Rédaction : Hélène Edel

Photographie : Laetitia Piccarreta, DR

siège de l’IHU Strasbourg, 1 place de l’hôpital.
« On ne construit pas ici comme ailleurs. Chaque intervention suppose de tenir compte de ce qui nous précède »
Daniel Zanini

Inscrire un nouveau bâtiment dans l’Hôpital Civil, c’est s’insérer dans une histoire déjà longue. L’histoire du lieu ne se contente pas d’entourer le projet : elle en constitue la matière même. Sous l’ancienne maternité, les équipes ont mis au jour des vestiges archéologiques qu’il a fallu traiter avec précaution, ainsi que des engins explosifs nécessitant des opérations de déminage. « On ne construit pas ici comme ailleurs. Chaque intervention suppose de tenir compte de ce qui nous précède », rappelle Daniel Zanini. Hors sol, le contexte est tout aussi exigeant. Le site est majoritairement composé de bâtiments anciens protégés, au milieu desquels s’élève la silhouette très contemporaine du Nouvel Hôpital Civil (NHC). Construire ici

supposait un équilibre délicat entre héritage et modernité. « Nous étions sur un site patrimonial extrêmement sensible. L’Architecte des Bâtiments de France nous a demandé de respecter strictement les gabarits existants, de contenir les hauteurs et surtout d’inscrire le projet dans un environnement architectural très hétérogène », explique Patrick Schweitzer. L’idée de Patrick Schweitzer est de faire de l’IHU une transition entre l’architecture classique du site et le NHC très contemporain. Plutôt qu’un objet autonome, le bâtiment s’affirme comme une pièce de liaison, un trait d’union. Sa hauteur est contenue, son implantation épouse les alignements existants et évite tout effet de surplomb sur les bâtiments patrimoniaux voisins.

Même les équipements techniques, regroupés et masqués en toiture, disparaissent du champ visuel afin de préserver les perspectives du site historique. « Le projet a été pensé sur-mesure pour ce lieu. Il ne fonctionnerait nulle part ailleurs, il est unique », souligne Patrick Schweitzer. La façade quant à elle, habillée d’un bardage irisé, joue avec la lumière : grisée par temps couvert, dorée au soleil, elle inscrit le bâtiment dans une matérialité changeante.

Une machine médicale hors norme

Ce qui distingue l’IHU d’un hôpital classique tient d’abord à la nature de ses plateaux techniques. Au premier étage, dédié aux soins, deux grandes salles hybrides concentrent l’innovation. Ces blocs nouvelle génération associent imagerie de pointe et acte opératoire dans un même espace. Le chirurgien peut visualiser en temps réel des images superposées au corps du patient,

ajuster son geste, passer d’une intervention conventionnelle à une approche guidée par l’imagerie sans changer de salle. La technologie n’est plus périphérique : elle est intégrée au cœur même de l’acte médical. Un étage plus haut, place à la transmission. L’enseignement occupe le deuxième niveau, où des médecins forment d’autres médecins, alternant cours théoriques et mises en situation pratiques. Une salle spécifique accueille les industriels venus présenter robots chirurgicaux et dispositifs innovants, déjà commercialisés ou encore en développement. Les praticiens testent, manipulent, évaluent les outils avant leur déploiement. L’IHU devient ainsi un espace de dialogue direct entre recherche industrielle et expertise clinique. Au troisième étage, la recherche s’organise au plus près des équipes médicales. Start-up et chercheurs y développent des programmes en collaboration avec les praticiens

de l’institut, avec l’objectif de déposer des brevets et de transformer les découvertes en applications concrètes. Les projets n’y restent pas théoriques : ils sont pensés pour trouver une traduction rapide en pratique clinique. Soins, formation, recherche : trois niveaux superposés, une même dynamique. L’IHU n’est pas un simple lieu de prise en charge, mais un accélérateur d’innovation. L’organisation verticale du bâtiment rend lisible cette chaîne de valeur : tester, expérimenter, perfectionner, puis transférer vers le patient.

Un bâtiment traversé de lumière

L’architecture accompagne cette logique d’interdisciplinarité en rendant les circulations visibles et les rencontres naturelles. Au cœur du bâtiment, un large puits de lumière structure les trois niveaux et met en relation soins, enseignement et recherche. Les plateaux dialoguent autour de ce vide central,

« À travers les parois vitrées, les équipements de pointe, les robots, les dispositifs expérimentaux apparaissent comme partie intégrante du paysage quotidien. »

qui devient un espace de respiration autant qu’un point de convergence. On perçoit physiquement la continuité entre les activités : ici, la recherche n’est jamais loin du soin, et la formation s’inscrit dans le même mouvement. Cette organisation produit un effet immédiat : l’innovation ne se cache pas, elle se montre. À travers les parois vitrées, les équipements de pointe, les robots, les dispositifs expérimentaux apparaissent comme partie intégrante du paysage quotidien. Le bâtiment donne à voir la technologie en action, sans la théâtraliser.

Les lieux de convivialité ont fait l’objet d’une attention particulière. « Plus qu’ailleurs, ils doivent être qualitatifs, apaisants », insiste Patrick Schweitzer. Dans cet environnement technique, ces espaces intermédiaires favorisent les échanges informels entre chirurgiens, chercheurs, industriels ou étudiants. L’innovation ne se joue pas uniquement au bloc opératoire, elle naît aussi dans les discussions spontanées, à la croisée des disciplines.

Et pourtant, en entrant, on ne se sent pas dans un hôpital. Le parquet au sol, la lumière naturelle omniprésente, les volumes ouverts et l’atmosphère apaisée créent une expérience plus chaleureuse. Les matériaux adoucissent la technicité des équipements. En contraste avec l’ambiance plus massive et minérale du Nouvel Hôpital Civil voisin, l’IHU revendique une autre manière d’accueillir la médecine : un lieu à la fois high-tech et hospitalier au sens premier du terme.

Une passerelle fonctionnelle et stratégique

L’un des éléments structurants du projet est la liaison couverte avec le NHC.

Plus qu’un symbole, la passerelle est un outil quotidien. L’IHU ne dispose pas de chambres : certains patients hospitalisés au NHC traversent donc pour être opérés à l’IHU. À l’inverse, la stérilisation, la décontamination et certaines fonctions logistiques restent assurées par le NHC.

Ce cheminement protégé prolonge physiquement le bâtiment et garantit la continuité des flux. « C’est avant tout fonctionnel », résume Daniel Zanini. Il permet d’articuler deux entités aux compétences complémentaires sans dupliquer les équipements lourds.

Sur le plan technique, la gouvernance est partagée : l’IHU gère l’ensemble du bâtiment hors biomédical, les équipements de bloc relevant des Hôpitaux universitaires de Strasbourg. Une organisation qui reflète l’hybridation institutionnelle du site.

Un outil évolutif

Pensé pour durer, le bâtiment se veut modulable. Les salles d’opération ont été conçues pour pouvoir être reconfigurées, voire réduites à mesure que les robots deviennent plus compacts. Les réseaux et réserves techniques autorisent l’intégration de nouveaux équipements.

Sur le plan environnemental, le bâtiment est fortement isolé et équipé de systèmes performants de chauffage et de refroidissement. Sa « peau » extérieure participe à la régulation thermique tout en affirmant son identité.

En lieu et place d’une maternité, l’IHU n’a pas seulement changé de fonction : il a changé d’échelle. Entre héritage et haute technologie, il incarne une nouvelle génération d’architecture hospitalière. Non plus seulement un lieu de soins, mais une plateforme où s’invente, concrètement, la médecine de demain. ←

« Les salles d’opération ont été conçues pour pouvoir être reconfigurées, voire réduites à mesure que les robots deviennent plus compacts. »

← Patrick Schweitzer, architecte.

→ À la direction technique de l’IHU, Daniel a orchestré la conduite des travaux neufs, de la conception à la livraison. Il assure désormais la maintenance de toutes les infrastructures.

Une plateforme clinique de pointe

L’IHU Strasbourg abrite en ses murs un plateau de soin géré par les Hôpitaux universitaires de Strasbourg. Parmi ses atouts : des équipements permettant aussi la réalisation d’études cliniques.

Rédaction : Philippe Wendling Photographie : Laetitia Piccarreta et Alban Hefti, DR

Dans les couloirs de l’IHU Strasbourg, il n’est pas rare d’entendre parler du « R+1 ». Un nom de code ? Non, simplement la localisation d’une plateforme clinique implantée au premier étage de l’institut « Elle est composée de trois blocs chirurgicaux, trois salles endoscopiques et trois salles hybrides réservées à des actes nécessitant de l’imagerie », détaille Kahina Saichi, attachée de recherche clinique. « L’ensemble est loué aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS) », précise sa collègue Marion

Chahi en soulignant notamment que leur service de chirurgie gastrique y pratique toutes ses interventions.

Scanner, arceau, IRM bas champ... « L’une des idées derrière cette plateforme est de réunir en un même lieu du matériel innovant que l’on ne trouve pas nécessairement aux HUS ou ailleurs à Strasbourg », explicite Alain Garcia, chirurgien-chercheur à l’IHU. Précision : le matériel est mis à disposition par l’institut, à l’instar d’un robot Da Vinci dédié à la

chirurgie mini-invasive notamment digestive et thoracique. Le plateau renferme aussi un système de bronchoscopie robotisé dit ION qui peut servir à des biopsies... Ou encore un arceau interventionnel à rayons X doté d’une technologie tomographique alternative reconstruisant, sur imagerie, des éléments en trois dimensions.

« L’IHU y dispose aussi d’une IRM bas champ, s’enthousiasme le Professeur Afshin Gangi, le chef du pôle imagerie interventionnelle oncologique et viscérale des HUS. Ce type d’IRM est muni d’un aimant moins puissant que les modèles traditionnels. Ce n’est pas un inconvénient. Au contraire. Déjà, cette IRM est moins chère à l’achat et plus facile à installer, car moins lourde. Comme son champ magnétique est bas, le praticien peut par ailleurs travailler plus facilement. Enfin, elle est surtout intéressante parce qu’elle permet la réalisation, grâce à l’imagerie, d’actes à la fois diagnostiques et thérapeutiques. »

FAST-Tx et parcours patient raccourci

« Les équipements de la plateforme R+1 sont consacrés à des soins ainsi que parfois à des études cliniques sur de nouvelles procédures ou technologies », reprend Alain Garcia. « Si un patient ne veut pas entrer dans un protocole clinique, c’est tout à fait son droit, tient à rassurer Xavière Lornage, chargée de projet innovation. Il sera tout de même soigné sur place, mais par un traitement plus traditionnel. » À titre indicatif, quelque 65 % des patients accueillis acceptent de prendre part à de tels protocoles. Illustration. Le Professeur Pierre-Emmanuel Falcoz et l’IHU y mènent une étude clinique nommée FAST-Tx pour Fast analysis and surgical treatment – Thorax. Traduction : « Analyse et traitement chirurgical rapides – Thorax ». « Par rapport à d’autres pays européens, la France est en retard en matière de dépistage du cancer du poumon, regrette le chirurgien thoracique et

« Les équipements de la plateforme R+1 sont consacrés à des soins ainsi que parfois à des études cliniques sur de nouvelles procédures ou technologies. »

← Alain Garcia, chirurgienchercheur à l’IHU.

→ Afshin Gangi, Professeur et chef du pôle imagerie interventionnelle oncologique et viscérale des HUS.

Alain Garcia

cardio-vasculaire des HUS. En raison de son développement prévu, on s’attend à voir de plus en plus de patients présentant des nodules pulmonaires. Le délai entre le diagnostic et le traitement chirurgical risque donc d’être encore prolongé alors qu’il approche déjà les deux mois. Pour parvenir à un parcours intégré, rapide et technologiquement assisté, nous avons conçu un protocole nous permettant de réaliser, sous une seule et même anesthésie, un diagnostic puis le traitement de petits nodules par chirurgie mini-invasive. » Un premier patient – en l’occurrence une fumeuse de 62 ans – a bénéficié de ce parcours au début du mois de mars 2026. Entre le début et la fin de son hospitalisation, à peine quarante

cardio-vasculaire des HUS.

heures se sont écoulées. L’acte chirurgical en lui-même a duré soixante-quatre minutes.

« Cela a été rendu possible par la conjugaison des équipements présents dans les salles hybrides de l’IHU », appuie le Professeur Falcoz en citant entre autres le recours au système de bronchoscopie ION. Deux entreprises de la Medtech sont associées au projet : Visible Patient Lab qui propose des modèles numériques et Asaria qui fournit une solution de réalité augmentée. Si les résultats d’une trentaine de cas cliniques supplémentaires venaient à être aussi efficients que le premier, le dispositif Fast-Tx pourrait être déployé dans des établissements hospitaliers à partir de l’horizon 2027-2030. ←

« La communauté médicale porte sur l’IHU un regard globalement très positif, fondé sur plusieurs éléments structurants. D’une part, l’IHU s’impose comme un centre de référence international, pionnier dans le développement d’une nouvelle discipline : la chirurgie hybride mini-invasive guidée par l’image, à la croisée de la chirurgie, de l’endoscopie et de la radiologie interventionnelle. Cette approche permet des interventions plus précises, personnalisées et moins invasives, répondant directement aux attentes contemporaines des patients et des professionnels. D’autre part, la communauté reconnaît dans ce modèle une révolution organisationnelle. L’intégration étroite entre innovation technologique, recherche translationnelle et pratique clinique constitue une rupture avec les modèles hospitaliers traditionnels. L’IHU n’est pas seulement un lieu de soin, mais un écosystème complet où se conçoivent, s’évaluent et se diffusent les innovations. » Le Professeur Emmanuel Andrès, président de la Commission médicale d’établissement des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg.

(c)
Laetitia
Piccarreta
↑ PierreEmmanuel Falcoz, Professeur et chirurgien thoracique et

Soigner le savoir savoir soigner

et de Hôpitaux Universitaires Strasbourg Université Fondation

4,3 millions d’euros de dons collectés en 2025 ont permis de faire avancer 70 projets dans les domaines de la recherche, de la solidarité, du soin, de la formation et du patrimoine culturel et immobilier.

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Entre connaissance disséminée et techniques systématisées

Référence mondiale en la matière, l’IHU Strasbourg propose des formations –diplômantes ou non – qu’il oriente délibérément vers la pratique et l’innovation.

Rédaction : Philippe Wendling Photographie : DR

« Faire de la médecine, c’est se remettre sans cesse en question. C’est accepter de revoir ses connaissances et être attentif à l’innovation, comme le martèle la Professeure Silvana Perretta, une chirurgienne spécialiste de l’appareil digestif et du système gastro-intestinal supérieur. À quoi servirait d’ailleurs l’innovation si elle n’était pas transmise ? En ce sens, l’enseignement est nécessaire pour assurer sa diffusion. il l’est d’autant plus que nous devons aller vers une médecine toujours plus personnalisée. Cela implique dès lors

que le praticien sache choisir parmi les différents traitements disponibles celui qui est le plus adapté à son patient. »

Imagerie, data et IA

Partant de ces postulats, l’IHU Strasbourg dispense des formations depuis son installation en 2012. Etoffé depuis, son portefeuille en la matière se compose de trois grandes offres complémentaires. La première regroupe la préparation à des diplômes universitaires (DU) et des masters internationaux destinés à des étudiants

« Faire de la médecine, c’est se remettre sans cesse en question. C’est accepter de revoir ses connaissances et être attentif à l’innovation. À quoi servirait d’ailleurs l’innovation si elle n’était pas transmise ? »

comme à des spécialistes. Certaines de ces formations le sont également à des scientifiques, voire à des profils en commerce et en économie. En complément de cet adossement à l’Université de Strasbourg, l’institut propose aussi, à des praticiens en exercice, ses formations propres de niveau avancé (non diplômantes). De même, il en organise avec des partenaires – comme des sociétés savantes et des industriels de la santé – pour sensibiliser des professionnels à une procédure ou à un dispositif en particulier.

« Les thématiques de toutes nos formations sont en corrélation avec l’une des vocations de l’IHU qui est de développer des thérapies innovantes, précise Agnès Gronfier qui manage les programmes. Du fait de l’évolution de ses activités et de ses recherches, elles portent aussi désormais sur l’intelligence artificielle appliquée à la médecine et à la chirurgie. En outre, si elles sont historiquement axées sur la chirurgie digestive et la gastro-entérologie, elles pourraient être ouvertes à l’avenir à d’autres disciplines. »

Endoscopie et bootcamp

Plus expressément, la première formation académique initiée par l’Institut en 2014 a trait

↑ Silvana Perretta, Professeure et chirurgienne spécialiste de l’appareil digestif et du système gastro-intestinal supérieur.

→ Agnès Gronfier, responsable des programmes.

à l’endoscopie chirurgicale et interventionnelle. Elle couvre aussi bien les techniques endoscopiques de base que d’autres plus avancées, telles que la suture et la dissection sous-muqueuse endoscopiques. Depuis plus récemment, l’institut participe à un diplôme en chirurgie de l’obésité en partenariat avec les universités de Strasbourg, Lille, Nantes, Paris et Montpellier. Courant sur deux ans, ce cursus met l’accent sur la chirurgie bariatrique et la maîtrise des traitements endoscopiques dans la prise en charge du patient obèse. Autre exemple non exhaustif, des formations sont proposées sous forme de bootcamps d’une semaine durant laquelle des participants issus d’horizons différents prennent part, chaque été, à une formation multidisciplinaire. L’institut a développé dès 2012 un concept baptisé BEST pour « Business engineering and surgical technologies ». Il a pour crédo « d’inspirer des vocations d’innovateurs et d’entrepreneurs dans le domaine des technologies médicales ». Ce cours a donné naissance à une formation plus complète sous forme de master en deux ans.

Dans un format similaire, un autre cours regroupe des cliniciens et des informaticiens dans le but d’explorer les besoins, les outils et

les méthodologies liés à la science des données chirurgicales. « Celui-ci vise à améliorer la sécurité et l’efficacité de la chirurgie moderne en modélisant les données chirurgicales multimodales et en développant des algorithmes d’intelligence artificielle pour fournir une assistance aux soignants », expliquent les responsables de l’IHU.

Une pratique privilégiée

« Aussi diverses soient-elles, nos formations ont toutes comme fils rouges la dissémination de la connaissance et la systématisation de la technique en vue de sa démocratisation. C’est-à-dire de sa diffusion, souligne la Professeure Silvana Perretta en sa qualité de directrice éducation de l’IHU. Nous mettons donc l’accent sur la maîtrise du geste et des contrôles de qualité. »

Les participants sont invités à suivre des cours théoriques à distance avant de passer à la pratique dans les locaux de l’IHU. En son troisième étage, une plateforme expérimentale multimodale renferme de nombreux outils d’imagerie, à l’instar de scanners, d’IRM, d’arceaux chirurgicaux C-ARM et d’échographes. « En présentiel, les formations durent entre deux jours et une semaine, indique Agnès Gronfier. Pour que chaque participant en

« Cette mixité est très importante. Elle assure qu’en rentrant dans leur pays, les participants diffusent autour d’eux ce qu’ils ont appris chez nous. »

tire pleinement profit, nous privilégions les petits groupes de vingt personnes au maximum. Chacune d’entre elles peut ainsi appréhender au mieux les dispositifs et s’entrainer à réaliser les procédures dans un environnement propice et supervisé. »

Une audience internationale

Entre 2012 et la fin de l’année 2025, les formations de l’IHU – qu’elles soient diplômantes ou non – ont donné globalement lieu à 39 cours assurés à l’occasion de 362 sessions. Y ont participé au total 4 802 personnes originaires de 117 pays. « Notre offre attire des participants du monde entier par son modèle assez unique, pour ne pas dire inédit, dans sa forme comme dans sa programmation », relève Agnès Gronfier. Toutes confondues, ces formations ont par ailleurs été assurées par 415 intervenants de 41 pays, énonce-t-elle. « Ces experts sont tous très sollicités. Ils ne viendraient pas à l’IHU s’ils ne voyaient pas, eux aussi, un intérêt dans notre approche pédagogique. »

« Cette mixité est très importante. Elle assure qu’en rentrant dans leur pays, les participants diffusent autour d’eux ce qu’ils ont appris chez nous », se félicite Leonardo Sosa Valencia, le co-responsable du pilier formation

↖ Leonardo Sosa Valencia, co-responsable du pilier formation de l’IHU

de l’IHU. Depuis 2019, par exemple, il a piloté une vingtaine de sessions de formation en anglais sur la transition de l’écho-endoscopie diagnostique vers la thérapeutique. Durant à chaque fois trois jours, elles ont réuni des cliniciens européens et internationaux de plus de 50 pays. En mars 2026, un premier cours a été dispensé en espagnol pour un public latino-américain. Grâce à des modèles in et ex-vivo, cette formation permet à ses participants de s’exercer sur des simulations de cas cliniques et de réaliser des procédures de pointe. Parmi elles : la biopsie à l’aiguille fine, le drainage de la vésicule biliaire et des collections sous écho-endoscopie.

Une communauté internationale

« Durant ces formations, les participants vivent des moments d’une grande intensité. Ils échangent beaucoup entre eux ainsi qu’avec les formateurs. Ils nouent ainsi des liens forts qu’ils prolongent souvent ensuite durant des années, commente la Professeur Silvana Perretta. Avec le temps, une communauté informelle de personnes formées à l’IHU s’est ainsi constituée ce qui répond à notre enjeu de dissémination de la connaissance mais aussi à celui de l’émergence de projets innovants et de recherches communes à un niveau international. » ←

Plus de parité au bloc avec

Silvana Perretta

La directrice éducation de l’IHU Strasbourg a créé une fondation pour accompagner les femmes dans les domaines notamment de la chirurgie et de la Medtech.

Rédaction : Philippe Wendling Photographie : IHU

Petite révolution française. Représentant pour la première fois 50,5 % des praticiens, les femmes médecins sont désormais plus nombreuses que les hommes, selon l’atlas 2026 de la démographie médicale établi par le Conseil de l’Ordre. Cette réalité ne doit néanmoins pas occulter d’autres disparités dans le monde de la santé. Un exemple ? « Si 70 % des étudiants en médecine sont des jeunes femmes, moins d’un tiers choisissent de devenir chirurgienne ou y parviennent », déplore la Professeure Silvana Perretta.

Un parcours exemplaire

« Cette faible proportion est regrettable car les femmes font de bonnes chirurgiennes », martèle celle qui, après des études dans son Italie natale et aux États-Unis, s’est installée en 2006 à Strasbourg pour se spécialiser en chirurgie digestive mini-invasive. « Les choses changent petit à petit, mais il faut continuer à sensibiliser les hommes à la parité, poursuit-elle. Ils ont encore trop tendance à privilégier le recrutement d’un collègue masculin à celui d’une femme à compétences égales. C’est surtout le cas pour les postes de direction. Il faut également revenir sur les écarts de salaires ou même faire que les instruments chirurgicaux ne soient plus conçus uniquement en fonction de la morphologie masculine. »

« Nous devons par ailleurs éduquer les femmes à être des guerrières et non des princesses », estime Silvana Perretta en évoquant de fait « le besoin de modèles de leadership au féminin ». Son parcours en est un. Preuves parmi pléthores d’autres ! Reconnue mondialement comme l’une des expertes

de la chirurgie endoscopique transluminale au travers d’orifices naturels, elle a été pendant plusieurs années la vice-présidente de l’Institut de recherche contre les cancers de l’appareil digestif. Désormais directrice du volet éducation de l’IHU Strasbourg, elle est aussi responsable du programme endoscopie bariatrique et métabolique des Hôpitaux universitaires de la capitale alsacienne. Membre associée de l’Académie nationale de chirurgie ou encore chevalier de la Légion d’honneur, elle a été la lauréate du Prix Sages 2025 du Pionnier en endoscopie chirurgicale. Délivré par la Society of american gastrointestinal and endoscopic surgeons, ce trophée récompense une expertise et un intérêt pour l’innovation.

Mentorat et sponsoring

La Professeure Silvana Perretta est en outre la créatrice (en 2023) et présidente de la FAIR Foundation. L’objet de cette organisation internationale : « rehausser le profil des femmes » dans les domaines de la chirurgie, des sciences de la vie et des technologies médicales. « Nous sommes là pour les accompagner tout au long de leur formation puis de leur vie professionnelle », précise-t-elle. Sa fondation propose ainsi un mentorat et un parrainage sur mesure à des aspirantes chirurgiennes, scientifiques et entrepreneuses de la Medtech. Avec un cabinet de conseil, elle leur assure aussi une assistance en cas de situation complexe, comme du harcèlement. « Attention, je ne demande pas que les femmes soient favorisées parce que femmes, assène encore Silvana Perretta. Je veux juste qu’elles bénéficient des mêmes traitements et opportunités que nos confrères masculins. C’est une question d’égalité. » ←

De Caracas à l’Alsace avec

Leonardo Sosa  Valencia

Le gastro-entérologue, spécialiste de l’écho-endoscopie, a d’abord exercé pendant près de deux décennies au Venezuela avant de rejoindre l’IHU Strasbourg. En plus de dispenser des formations, il y mène des projets de recherche innovants.

Rédaction : Philippe Wendling

Photographie : Alban Hefti

Pour continuer à avancer, je n’ai pas pu faire autrement. J’ai dû recommencer à zéro », confie Leonardo Sosa Valencia. En raison de la situation politique, l’alors quinquagénaire a quitté son Venezuela natal en 2015. Sa direction : la France où il avait déjà fait une partie de ses études de médecine de 1995 à 1997. « J’étais parmi les premiers étudiants étrangers à y être formé aux techniques d’échoendoscopie digestive, glisse-t-il. Quand je suis rentré chez moi à Caracas, nous n’étions pas plus de dix cliniciens à les maîtriser à l’échelle de toute l’Amérique du Sud. »

Sauvé par la loi

Lorsqu’il repose un pied en France, Leonardo Sosa Valencia a plus de 30 000 endoscopies à son actif. Il a aussi présidé la Société de gastro-entérologie du Venezuela et endossé le rôle de référent national en matière d’échographie endoscopique. Depuis 2010, il est également visiting assistant professor de gastro-entérologie à l’Université JohnsHopkins de Baltimore aux États-Unis. Malgré cela, son titre de médecin n’est pas reconnu en France pour des motifs réglementaires. Pour le valider, il n’a pas d’autre choix que d’accomplir deux ans dans un établissement hospitalier. En l’occurrence : l’hôpital Edouard-Hériot à Lyon. « C’est dans ce cadre que mon chef de service, Thierry Ponchon, m’a appris au début de l’année 2017 que l’IHU Strasbourg ouvrait un poste dédié à l’échoendoscopie interventionnelle, raconte Leonardo Sosa Valencia. Je me suis souvenu que j’avais déjà postulé auprès de l’institut en 2012 pour une

autre fonction. On m’avait dit à ce moment-là que je ne pouvais pas candidater du fait de la non reconnaissance de mes diplômes. Quand je me suis présenté à nouveau, j’ai d’abord eu la même réponse. Mais heureusement, ce non est devenu un oui, car une nouvelle modification de loi a autorisé l’exercice des médecins étrangers venait d’être adoptée trois mois auparavant. »

« L'un des godfather de mAI Companion »

Au sein de l’IHU, Leonardo Sosa Valencia dispense depuis des formations et dirige plus spécifiquement celles relatives à l’écho-endoscopie thérapeutique… Une spécialité qui lui vaut désormais une renommée internationale. Au sein de l’institut, il mène aussi des programmes cliniques et pré-cliniques. Il est notamment à l’origine du projet APEUS qui a conduit à l’élaboration de mAI Companion, un assistant intelligent qui analyse en temps réel les images écho-endoscopiques du pancréas. Lancé sur le marché européen par la société allemande Medi-Globe, il permet une détection fine des lésions et donc un diagnostic précoce du cancer du pancréas.

« Je suis l'un des godfather de mAI Companion », lance tout sourire le Docteur vénézuélien avant de se laisser aller à une nouvelle confidence. « À l’origine, je voulais appeler cet assistant Lili en hommage à mon épouse qui m’a toujours soutenu. Malheureusement, cela n’a pas été possible... » Bonne nouvelle, en revanche : il dispose désormais de la nationalité française et vénézuélienne. ←

Un pied dans l’univers de la recherche et l’autre dans celui de la valorisation, Michel de Mathelin revient sur le réseau de partenaires que l’IHU Strasbourg a su se constituer.

Rédaction : Philippe Wendling Photographie : Laetitia Piccarreta

Au cœur d’un écosystème

En acceptant de jeter un coup d’œil dans le rétroviseur, Michel de Mathelin sourit. Retour au début des années 2000. Tout juste nommé professeur des universités à Télécom Physique Strasbourg, il intègre une équipe de chercheurs en robotique.

« Nous n’étions que trois. La discipline n’était pas encore très répandue... Depuis, les choses ont évolué », souffle-t-il en se référant aux presque 650 membres qui composent désormais ICube, le laboratoire des sciences de l’ingénieur, de l’informatique et de l’imagerie qu’il a contribué à fonder en 2013.

Un appui technologique

« iCube est un laboratoire commun à l'Université de Strasbourg et au CNRS, en co-tutelle de l'INSA Strasbourg et de l'ENGEES, s'empresse de préciser Michel de Mathelin qui l’a dirigé de sa création jusqu’à la fin de l’année 2022. L’imagerie est au cœur de ses activités et la santé de ses champs d’application. À ce titre, il entretient un lien particulier avec l’IHU Strasbourg au point même d’être installé en partie dans ses locaux. Cette proximité fait que leurs chercheurs respectifs interagissent, partagent des

objectifs et des projets. Dans le domaine médical, la transformation d’un concept en prototype ne se fait pas n’importe comment. Elle exige entre autres des infrastructures adaptées. ICube peut disposer pour cela du plateau de recherche préclinique de l’IHU. Et à l’inverse, ce dernier bénéficie de la plateforme d’imagerie et de robotique d’ICube pour des études pré-cliniques et cliniques ou d’évaluations. »

« La collaboration avec ICube n’est pas la seule interaction de l’IHU avec une composante de l’Université de Strasbourg, expose Michel de Mathelin qui en est le vice-président stratégie et innovation. L’IHU a aussi des liens, par exemple, avec son Institut de recherche en médecine translationnelle et maladies hépatiques ou

« L’un des points forts de l’IHU Strasbourg est de savoir s’entourer pour accélérer l’innovation. »

← Professeur Michel de Mathelin, Directeur de l’Innovation à l’IHU et Premier vice-président et vice-président Stratégie et innovation de l’Université de Strasbourg.

encore avec le BETA, le Bureau d’économie théorique et appliquée. Cette unité de recherche est spécialisée dans l’économie de l’innovation, ce qui englobe le secteur médical. »

Incubation et valorisation

« L’un des points forts de l’IHU Strasbourg est de savoir s’entourer pour accélérer l’innovation », note plus largement Michel de Mathelin en soulignant « l’intervention de médecins des Hôpitaux universitaires de Strasbourg, son grand partenaire, dans ses essais cliniques. Une découverte ne soignera des gens que si une entreprise s’en est emparée pour mettre une thérapie sur le marché. Là aussi, l’institut sait transférer le fruit de ses recherches à des industriels ou des start-ups qu’il initie ou accompagne. » Dans cette perspective, il peut compter sur l’incubateur strasbourgeois SEMIA/Quest for Health ou encore sur le campus des technologies médicales Nextmed et le pôle de compétitivité santé du Grand Est BioValley France.

« Nous avons la chance à Strasbourg d’avoir un réel écosystème de l’innovation dont les réseaux de chacun bénéficient à tous. Et c’est tant mieux car innover seul est presque impossible », indique Michel de Mathelin qui détient neuf brevets d’invention en robotique médicale et a fondé plusieurs start-ups.

« L’IHU Strasbourg le démontre en intégrant également des consortiums de recherche et développement. » Exemple : POCUSI que l’institut forme avec la plateforme logicielle E-Scopic, le concepteur de sondes ultrasonores Vermon et l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (Inria).

« Au cœur du bloc du futur »

Lauréat de l’appel à projets national « Innovation en imagerie médicale » lancé dans le cadre du plan d’investissement France 2030, ce consortium POCUSI a pour objet d’élaborer des échographes logiciels capables de répondre aux besoins de dépistage, de surveillance et de guidage des interventions médicales. « L’IHU a conservé son expertise originelle en chirurgie mini-invasive guidée par l’image, tout en parvenant à en développer d’autres, relève Michel de Mathelin. Il recourt par exemple à l’intelligence artificielle dans de nombreux projets et travaille sur les jumeaux numériques dans le cadre d’un consortium dont INRIA est membre. Il est véritablement au cœur du bloc opératoire du futur. » ←

Un nécessaire socle commun

Dans un « moment de bascule » pour la recherche, Frédérique Berrod dresse un panorama des rôles que jouent et doivent continuer de remplir l’IHU et l’Université de Strasbourg qu’elle préside.

Rédaction : Philippe Wendling

Photographie : Catherine Schröder

« Dans le mot IHU, la lettre U signifie “universitaire”. Il ne faut pas l’oublier. Pour autant, toutes les universités ne bénéficient pas d’un IHU à leur côté. Notre Université de Strasbourg a cette chance, lance Frédérique Berrod, sa présidente. C’est une chance car sa présence est un élément d’un package d’attractivité plus large qui nous permet d’attirer à l’université des enseignants-chercheurs très spécialisés. »

Une question de souveraineté

« L’IHU est aussi une chance car il est une passerelle entre notre université et les Hôpitaux universitaires de Strasbourg. Nous en avons d’autres bien entendu, mais celle-ci est centrale puisqu’elle met en relation régulière des chercheurs autour de projets importants, énonce Frédérique Berrod. Instinctivement, cette idée de pont existait déjà en filigrane lors de la création de l’IHU. Aujourd’hui, elle est devenue vitale car le contexte international en général et celui de la recherche en particulier ont changé. Les évolutions font que la recherche translationnelle relève désormais de la souveraineté française et européenne. »

Des enjeux accélérés

« Ce n’est pas mentir de dire que la recherche médicale française a eu du retard en matière de données médicales. Alors que nous en avions déjà énormément à notre disposition, leur accès n’a pas été véritablement pensé durant des années, expose la présidente de l’Université de Strasbourg. Accéléré par la montée en puissance de l’intelligence artificielle, cet enjeu doit être pleinement pris en compte désormais. Nous devons aussi nous poser des questions à mi-chemin entre éthique et technique, comme la sécurisation de ces données. »

Une logique d’écosystème

« Pour produire de l’innovation dans un monde désormais interconnecté, nous devons fonctionner

↑ Frédérique Berrod, présidente de l’Université de Strasbourg.

en écosystème, pointe encore Frédérique Berrod. Avec son fonctionnement spécifique et ses projets menés dans une coopération multiple, l’IHU est un pionnier qu’il faut suivre. L’instant nous impose des partenariats renforcés entre laboratoires ainsi qu’avec le monde économique. État, collectivités, établissements scientifiques et médicaux, universités, entreprises... Nous devons tous être au rendez-vous et réussir à créer un socle commun. »

Une connaissance à diffuser

« Nous vivons un moment de bascule passionnant, une révolution dans lesquels notre université et le laboratoire d’avant-garde qu’est l’IHU ont toute leur place à jouer, ajoute Frédérique Berrod. Cela nous invite, par ailleurs, à nous interroger sur le rapport que la société entretient avec la science et à continuer de diffuser la connaissance. Comme notre Université, l’IHU est un lieu d’enseignement qui forme des étudiants et des praticiens aguerris à la chirurgie 4.0. C’est fondamental pour que les métiers de la médecine progressent et continuent d’intéresser. Pour que l’humain – c’est-à-dire les praticiens comme les patients – reste au centre de tous ces processus. » ←

Des pistes révolutionnaires contre le cancer

La Fondation ARC pour la recherche sur le cancer est « un partenaire historique » de l’IHU Strasbourg. Elle a contribué au financement de plusieurs projets de pointe menés par ses équipes.

Rédaction : Philippe Wendling

Photographie : DR

La Fondation ARC pour la recherche sur le cancer consacre annuellement 35 millions d’euros – provenant de la générosité publique – à des programmes scientifiques porteurs d’espoir pour les malades. Sa stratégie a pour priorité de financer des travaux dédiés, par exemple, au déploiement sécurisé d’immunothérapies ainsi qu’à la lutte contre des cancers touchant les adolescents et les jeunes adultes. Chaque année, elle lance également des appels à projets libres de thématiques dans l’objectif de faire émerger des pistes thérapeutiques innovantes.

En soutien à une médecine ciblée

« L’ambition derrière notre stratégie est de nous rapprocher toujours plus des besoins des patients au travers de l’accompagnement d’une médecine ciblée et de précision, explique François Dupré, le directeur général de la Fondation. Cette logique nous a conduits à nous intéresser très tôt à la chirurgie mini-invasive guidée par l’image. Nous sommes ainsi un partenaire historique de l’IHU Strasbourg, dont nous avons même été l’un des huit membres fondateurs en 2011. »

À peine deux ans après avoir contribué à le porter sur ses fonts baptismaux, la Fondation a commencé à soutenir financièrement ses recherches sur le carcinome hépatocellulaire, le cancer du foie le plus fréquent. À leur tête : Thomas Baumert, Professeur en gastro-entérologie et hépatologie, et Patrick Pessaux, Professeur en chirurgie viscérale et digestive. Ce programme dit TheraHCC a notamment établi le premier atlas des cellules du foie. Il a également permis le développement d’un anticorps pointant la Claudine-1, une protéine transmembranaire au rôle important dans la pathogenèse du cancer.

Le déploiement d’un traitement autour de cette découverte est depuis au cœur des activités d’Alentis, une société de biotechnologie spécialement créée pour ce faire en 2019. « Pour sa cartographie des cellules autant que son approche sur la Claudine-1, ce programme TheraHCC ouvre une piste révolutionnaire contre le cancer du foie qui reste difficile à prendre en charge et dont

↓ François Dupré, directeur général et Nancy Abou-Zeid, directrice scientifique de la Fondation ARC.

l’incidence augmente depuis des années. La perspective d’un nouveau traitement efficace contre ce cancer est source d’espoir pour les nombreux patients concernés », salue Nancy Abou-Zeid, la directrice scientifique de la Fondation ARC.

Des avancées pour les patients

La Fondation ARC n’a pas hésité non plus à financer des recherches sur le cancer du pancréas, l’un des plus mortels. Elles ont été lancées en 2021 par le Docteur Leonardo Sosa-Valencia et le Professeur Nicolas Padoy, les responsables respectivement du personnel médical et de la stratégie scientifique de l’IHU Strasbourg. Nommé APEUS, ce programme a abouti à la conception de mAI Companion, un assistant basé sur l’intelligence artificielle capable d’analyser des échographies endoscopiques du pancréas. Son marquage CE a été officialisé au début de l’année 2026.

« Avant le programme APEUS, 30 % des endoscopies du pancréas n’étaient pas exploitables. Avec mAI Companion, on devrait augmenter la proportion des endoscopies révélatrices à 85 %, se réjouit Nancy Abou-Zeid. En s’appuyant sur l’intelligence artificielle, cet assistant va permettre son utilisation par un grand nombre de praticiens et donc assurer une large diffusion de l’expertise. Dans ce contexte, ce sont 2 000 patients supplémentaires qui, grâce à un diagnostic précoce de leur cancer du pancréas, devraient bénéficier d’une chirurgie. C’est-àdire du seul traitement actuellement efficace contre ce cancer redoutable. C’est tout juste considérable. » ←

Des partenariats stimulants

Dans le cadre de travaux de recherche notamment, les Hôpitaux universitaires de Strasbourg entretiennent des relations privilégiées avec l’IHU.

Rédaction : Philippe Wendling Photographie : DR

Depuis sa fondation en 2011 à laquelle ils ont contribué, « les Hôpitaux universitaires de Strasbourg entretiennent une collaboration bienveillante et fructueuse avec l’IHU, se félicite Samir Henni, leur directeur général. Nous menons des partenariats stimulants et nos équipes respectives de chercheurs sont en contact au quotidien. Ce sont, par exemple, les praticiens de notre CHU qui réalisent les essais cliniques inscrits dans les projets de recherche de l’institut. Cette proximité crée de l’émulation et nous fait avancer. »

Un continuum de la recherche « L’IHU réalise des travaux précieux en préclinique et attire de nombreux partenaires industriels pour réaliser des “preuves de concept”. Les projets de recherche menés aux HUS se déclinent ensuite sur des cohortes de patients à plus grande échelle. En cela aussi, nous sommes complémentaires, soulève Samir Henni. En ajoutant la recherche fondamentale réalisée au sein des

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Samir Henni, directeur général des Hôpitaux universitaires de Strasbourg.

laboratoires de l’Université de Strasbourg, nous assurons un continuum complet de la recherche. Nous concourrons au rayonnement du site universitaire strasbourgeois auquel sont par ailleurs associés des partenaires académiques, comme l’Inserm et le CNRS, et désormais des acteurs économiques dans une logique de transfert d’innovation. »

« Nos liens avec l’IHU vont encore se renforcer à l’avenir, souligne Samir Henni. Il le faut au regard des enjeux de la santé et de la nécessité de ne pas démultiplier inutilement les ressources de la recherche. » Dans cette logique, le CHU et l’institut ont, par exemple, répondu conjointement, en mars 2026, à un appel à projets lancé par BpiFrance. Baptisé « Grands défis – Tiers lieux d’expérimentation MedTech », celui-ci vise à accompagner la création d’espaces consacrés à l’expérimentation, la validation et l’intégration d’innovations technologiques dans les établissements de soins. ←

Du P.O.C. à la mise sur le marché

Au cœur de l’ancien hôpital civil de Strasbourg, NEXTMED prolonge la dynamique de l’IHU en offrant aux innovations santé un point d’ancrage au plus près du soin. Sur plus de 30 000 m² en développement permanent et près d’un milliard d’euros investis, NEXTMED structure un continuum inédit entre recherche, clinique et marché.

Rédaction : Marine Dumény Photographie : Laetitia Piccarreta

À Strasbourg, la question n’est pas de produire de l’innovation en santé pour l’innovation, mais bien d’en assurer un ancrage et une viabilité économique durable. C’est précisément la vocation de NEXTMED, développé sur le site historique de l’ancien Hôpital Civil, en bordure de la Grande Île, en articulation directe avec les Hôpitaux universitaires de Strasbourg et l’IHU.

« Dès le départ, l’objectif était d’éviter que les projets s’arrêtent au stade académique. Il nous fallait une infrastructure pour les faire grandir, au plus près du soin », rappelle Nicolas Pellerin, directeur du développement de NEXTMED au sein de l’Eurométropole de Strasbourg. Le projet remonte à 2012, avec un premier démonstrateur, le bâtiment pH8, place de l’Hôpital. Installé dans l’ancienne faculté de médecine, il accueille encore aujourd’hui quelques jeunes pousses issues de la recherche. Une première étape, d’environ 1 000 m2, pour tester le rapprochement entre start-ups, cliniciens et chercheurs. Depuis, le programme a changé d’échelle. En juillet 2023, l’inauguration d’eXplora, 5 000 m2 aménagés par la SERS dans l’ancien pavillon ORL, marque le passage à une logique d’accueil structurée. Le bâtiment peut héberger jusqu’à 400 personnes et accueille aujourd’hui plus de 15 start-ups, organismes de recherche et structures d’accompagnement. « NEXTMED n’est pas un parc d’activités. C’est un dispositif qui permet de créer de la continuité entre la recherche, la validation clinique et le développement économique », poursuit Nicolas Pellerin. Cette continuité repose sur un avantage décisif,

la proximité immédiate avec les infrastructures de soin. À quelques dizaines de mètres, les entreprises accèdent aux équipes des Hôpitaux universitaires de Strasbourg, à l’IHU, à l’IRCAD ou au CRBS (Centre de recherche en biomédecine de Strasbourg). Une configuration rare, renforcée par l’implantation en centre-ville, qui permet d’y adosser une qualité de vie optimale pour les équipes.

« On travaille autant sur les mètres carrés que sur les interactions. Ce qui compte, c’est la capacité à faire se rencontrer les bons acteurs au bon moment, et d’avoir un espace qui se vit au quotidien », souligne Anaïs Schambil. L’écosystème, véritable organisme vivant, agrège désormais plus de 400 entreprises en santé à l’échelle strasbourgeoise, en lien avec plus de 1 500 chercheurs sur le parc d’innovation d’Illkirch. À cela s’ajoutent la SATT Conectus, Quest for Health & SEMIA, BioValley France, lui-même connecté à un réseau trinational de plus de 1 700 entreprises et 4 000 chercheurs.

↓ Nicolas Pellerin, directeur de Nextmed à l’Eurométropole de Strasbourg, et Anaïs Schambil, en charge de la communication et de l’animation de l’écosystème, pilotent le déploiement du campus au cœur de l’ancien hôpital civil.

« L’enjeu, c’est de réduire le temps entre l’idée et son application chez le patient. Cette proximité change concrètement la manière dont se développent les projets en santé », insiste Nicolas Pellerin. NEXTMED repose sur plus d’un milliard d’euros investis en 15 ans. L’objectif est de créer une masse critique suffisante pour accueillir, sur un même site, l’ensemble des phases de développement d’une innovation en santé.

La prochaine étape se joue avec NOVA. Face à eXplora, ce programme neuf ajoute 17 000 m2 supplémentaires d’ici 2032. Depuis ses étages, la vue s’ouvre sur la cathédrale et le centre historique, à quelques minutes à pied.

Au total, plus de 23 000 m2 seront progressivement disponibles, bientôt agrémentés des services de la Pagode, où plus de 1 000 m2 seront dévoués aux services, à la restauration collective et à l’événementiel. ←

Start-ups, bras armé d’une valorisation intégrée

À Strasbourg, la valorisation n’est pas un service en aval de la recherche. Elle est imbriquée dans la mécanique scientifique elle-même. Depuis plus d’une décennie, l’IHU Strasbourg a progressivement structuré un portefeuille de brevets et une stratégie d’accompagnement qui font des start-ups des intermédiaires incontournables entre innovation médicale et marché. Un modèle encore jeune, mais déjà capable de produire ses premiers effets.

Rédaction : Marine Dumény

Photographie : Alban Hefti

À l’IHU, la valorisation n’apparaît pas comme un prolongement administratif de la recherche. Elle se construit dès l’origine des projets. Du dépôt de brevet à la structuration entrepreneuriale, l’institut a progressivement façonné un dispositif où les start-ups prennent le relais lorsque la technologie quitte le laboratoire.

Au cœur de cette mécanique, l’équipe Innovation & Valorisation dirigée par Caroline Ramspacher, entourée d’Alexandre Haller, chargé de projets innovants en santé, et de Marie-Muguet Klein, chargée d’innovation.

« Notre rôle est de dérisquer les technologies au maximum : préclinique, clinique, réglementaire, pré-business. Nous voulons être catalyseur des innovations », explique Caroline Ramspacher.

Dérisquer avant de transférer

Entre l’idée scientifique et l’entreprise, il existe une zone grise. C’est précisément là que se situe l’action de l’équipe.

Les projets passent d’abord par une sandbox interne : premiers prototypes, tests de faisabilité, instrumentation, bancs d’essais. Puis viennent les expérimentations ex vivo, les modèles in vivo, la préparation réglementaire et, lorsque les conditions sont réunies, les premières évaluations chez l’humain. « Une innovation devient valorisable lorsque la preuve de concept technique est démontrée et que la propriété intellectuelle est sécurisée », précise Alexandre Haller. Le processus est structuré, mais il n’est jamais entièrement standardisé. « Chaque projet a ses contraintes techniques, réglementaires et humaines. Nous avons des grands principes de maturation, mais nous restons flexibles », souligne Marie-Muguet Klein. Arrive ensuite

la question du transfert. Et là, plusieurs options s’ouvrent. « Si un industriel est déjà positionné, il est naturel de transférer », rappelle Caroline Ramspacher. « La création d’une start-up suppose une équipe capable de convaincre des investisseurs et d’absorber le risque industriel et réglementaire. »

« La création d’une start-up suppose une équipe capable de convaincre des investisseurs et d’absorber le risque industriel et réglementaire. »

Caroline Ramspacher

Un portefeuille de brevets structuré

Cette stratégie s’appuie d’abord sur un actif central : la propriété intellectuelle. Depuis la création de l’institut, 68 familles de brevets ont été déposées. 31 constituent aujourd’hui le portefeuille généré, dont 22 familles toujours actives. Parmi elles, 15 ont déjà été transférées : 6 via licences exclusives et 9 via cessions, tandis que 16 restent à valoriser. Les technologies couvertes reflètent l’orientation scientifique de l’IHU. Les outils de chirurgie mini-invasive représentent la part la plus importante du portefeuille (35,5 %). Viennent

← Caroline Ramspacher orchestre la transformation des idées en innovations. À l’IHU Strasbourg, elle pilote une stratégie de valorisation qui commence bien avant le brevet et se poursuit jusqu’à l’entreprise.

→ Dans l’ombre des projets, Marie-Muguet Klein aide les porteurs de projet à traduire leurs avancées technologiques en actifs valorisables, tout en assurant le suivi quotidien d’un portefeuille stratégique de titres et d’actifs.

ensuite les innovations liées à la data, à la réalité augmentée et à l’intelligence artificielle (22,5 %), les technologies de localisation peropératoire (16,1 %), les dispositifs implantables (9,7 %) ou encore certaines applications biologiques. Ces brevets sont rarement le fruit d’un seul laboratoire. Sur le portefeuille actif, près de 73 % sont en copropriété avec l’Université de Strasbourg, les Hôpitaux universitaires de Strasbourg, l’IRCAD ou le CNRS. Un reflet fidèle de la recherche translationnelle, où les innovations naissent de collaborations entre cliniciens, ingénieurs et scientifiques.

Dix-huit start-ups accompagnées

Ce portefeuille trouve sa traduction économique dans les entreprises issues ou associées à l’écosystème. Depuis sa création, l’IHU a accompagné ou contribué à créer 18 start-ups, dont 13 sont aujourd’hui actives. Huit reposent directement sur un transfert de technologie issu de l’institut. Six comptent l’IHU à leur capital. Les retours financiers restent encore modestes, mais réels : 3,6 millions d’euros cumulés entre 2014 et 2025. Ils proviennent principalement de cessions de propriété intellectuelle, de paiements de licences et de programmes de co-développement technologique. « Nous sommes probablement le premier IHU à avoir des entrées de trésorerie issues de valorisations via des start-ups », souligne Caroline Ramspacher. Il faut dire que le calendrier des innovations médicales n’a rien d’immédiat.

« L’IHU n’a été créé qu'en 2011. Les premiers transferts significatifs datent de 2018. Entre dépôt de brevet, validation clinique et mise sur le marché, plusieurs années peuvent s’écouler. » Dans la medtech, chaque étape réglementaire : marquage CE, conformité MDR, études cliniques ou soumissions FDA, impose des délais et des investissements considérables. À terme, l’institut espère toutefois porter les revenus de valorisation autour de 20 % de son budget.

Trois trajectoires

technologiques

Les entreprises associées à l’écosystème illustrent concrètement ce passage du brevet à l’innovation clinique. Le cas de RDS, dirigée par Élie Lobel, en est une illustration singulière. La technologie n’est pas née à Strasbourg, mais aux États-Unis, à Palo Alto, avant que l’entreprise ne choisisse d’ancrer son développement entrepreneurial en Alsace. « Nous ne sommes pas arrivés à Strasbourg par hasard. L’excellence de l’écosystème, dont l’IHU, sur les thématiques du parcours de soins du patient en chirurgie a fortement contribué à cette décision », explique Élie Lobel. L’entreprise exploite neuf familles de brevets liées à l’analyse et au traitement de la donnée médicale. Son dispositif de monitorage patient est classé dispositif médical de classe IIa selon le règlement européen MDR.

Déployé en France, en Allemagne et en Belgique, il a déjà été utilisé sur plusieurs centaines de patients. « L’IHU est promoteur

des études cliniques, partenaire R&D et partenaire stratégique. Ils participent aux décisions comme investisseurs », poursuit Élie Lobel. La start-up a levé 14 millions d’euros pour accélérer son développement.

À un stade plus précoce, Taurus, présidée par Bruno Mutet, travaille sur un dispositif hémostatique gastro-entéro destiné notamment aux cancers du côlon et de l’œsophage. Classé dispositif médical implantable de classe IIb, ce type d’innovation implique un niveau d’exigence réglementaire beaucoup plus élevé. « Le design améliore la visibilité, le placement et l’interaction avec le tissu. L’objectif est de permettre plus d’ambulatoire et de réduire les comorbidités liées à l’anesthésie » détaille Bruno Mutet. Le projet est aujourd’hui en fin de phase préclinique. Plus en amont encore, AIDO, présidée par Charlotte Cavé, développe une innovation d’un autre ordre : une « troisième main » électromécanique connectée à l’endoscope. « Nos deux bénéfices principaux sont de simplifier les procédures et de les rendre plus rapides en mobilisant moins de ressources, ce qui est clé dans un système de santé sous tension », explique Charlotte Cavé. Le dispositif, envisagé comme accessoire de dispositif médical, vise avant tout à améliorer l’efficacité du geste opératoire.

Une chaîne de compétences intégrée

C’est là que réside la singularité du modèle strasbourgeois. Innovation, recherche clinique, ingénierie

← Au croisement de la science et de l’entrepreneuriat, Alexandre Haller accompagne les technologies dans leur phase la plus fragile : celle où l’innovation doit prouver qu’elle peut exister hors du laboratoire.

→ Charlotte Cavé développe une innovation discrète mais décisive : une

« troisième main » pour assister le geste médical, et repenser l’efficacité au bloc opératoire.

← Avec RDS, Élie Lobel incarne une autre voie : celle d’une technologie née ailleurs, mais venue trouver à Strasbourg un écosystème capable de l’emmener jusqu’au patient.

→ Avec Taurus, Bruno Mutet s’attaque à des pathologies lourdes. Son dispositif implantable ambitionne de transformer la prise en charge, là où les contraintes médicales sont les plus fortes.

« Nous ne sommes pas arrivés à Strasbourg par hasard. L’excellence de l’écosystème, dont l’IHU, sur les thématiques du parcours de soins du patient en chirurgie a fortement contribué à cette décision. »

et prototypage se croisent dans un même environnement scientifique. L’institut s’appuie notamment sur iCube, unité mixte de recherche rassemblant l’Université de Strasbourg, le CNRS et l’INSA, ainsi que sur une coopération étroite avec les Hôpitaux universitaires de Strasbourg.

« Au moins un médecin est dans la boucle de chaque projet. Nous réalisons une recherche translationnelle qui part d’un besoin identifié au lit du patient pour aboutir à des solutions qui doivent revenir au patient le plus rapidement possible », explique Caroline Ramspacher.

« Nous intervenons jusqu’au package dérisqué. Ensuite, la start-up prend le relais pour porter le risque industriel et financier », ajoute Alexandre Haller. « La valorisation ne se limite pas à la technologie. Il faut aussi structurer une équipe, un modèle économique et une trajectoire entrepreneuriale », conclut Marie-Muguet Klein.

Un modèle encore en apprentissage

Malgré ses premiers résultats, le modèle reste en construction. La question de la pérennité des

start-ups dans l’écosystème demeure centrale : la capacité du territoire à les faire grandir et durer conditionnera l’impact économique réel du dispositif. La soutenabilité financière constitue un autre enjeu. Si les revenus de valorisation progressent, leur poids reste encore limité dans l’équilibre économique global.

Enfin, la temporalité réglementaire impose sa propre logique. En fonction de la classe du dispositif et de son caractère actif ou non, les exigences cliniques, les coûts de certification et les délais de mise sur le marché varient considérablement. « Il y a des barrières techniques, réglementaires, de marché, parfois humaines. Parfois un projet est mis en stand-by, s’arrête ou pivote », reconnaît Caroline Ramspacher. Mais la trajectoire reste claire : partir très en amont, sécuriser la propriété intellectuelle, dérisquer les technologies et laisser ensuite les start-ups porter l’étape industrielle.

Entre la paillasse et le patient, elles occupent désormais une position charnière : celle où l’invention devient innovation. ←

Avec plus de 150 partenaires à travers le monde, l’IHU Strasbourg accompagne le développement de dispositifs médicaux innovants sur toute leur trajectoire : de la conception au laboratoire jusqu’à la validation clinique et au déploiement industriel.

Rédaction : Hélène Edel

Photographie : Tobias Canales

Santé sans frontière

« L’IHU est un écosystème capable de couvrir l’ensemble de la chaîne de valeur. Nous maîtrisons les tenants et les aboutissants du développement de dispositifs médicaux, jusqu’à l’industrialisation », explique Jérémie Exter, coordinateur de la plateforme de traitement de données pour l’IA à l’IHU. Cette continuité évite les ruptures classiques entre recherche académique et mise sur le marché. L’innovation ne s’arrête pas à la publication scientifique, elle est pensée pour devenir une solution concrète.

Alors que l’Europe de la santé se structure progressivement, l’IHU s’y engage concrètement, projet après projet.

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Jérémie Exter, coordinateur de la plateforme de traitement de données pour l’IA à l'IHU.

Il fait notamment partie de TEF-Health, l’une des initiatives européennes les plus structurantes en matière d’intelligence artificielle appliquée à la santé. Piloté par la Charité à Berlin, ce consortium européen réunit une cinquantaine de partenaires académiques et hospitaliers pour créer des Testing and Experimentation Facilities, c’est-à-dire des infrastructures dédiées aux tests grandeur nature des innovations, dédiées à l’intelligence artificielle en santé. L’ambition est de mutualiser à l’échelle européenne des plateformes d’essai, des compétences cliniques, des expertises réglementaires et des environnements de test sécurisés.

Concrètement, l’objectif est d’aller plus vite entre l’invention d’un outil d’intelligence artificielle et sa validation clinique. TEF-Health vise à cartographier les ressources disponibles sur le continent, à structurer des procédures communes et à offrir aux entreprises un guichet coordonné. Pour les start-ups, l’enjeu est majeur. Elles peuvent répondre à des appels à manifestation d’intérêt, exposer le niveau de maturité de leur produit et être orientées vers l’un des partenaires du réseau en fonction de leurs besoins (validation clinique, expertise technique, accompagnement réglementaire). L’IHU y met à disposition ses infrastructures, son expertise en intelligence artificielle et traitement de données

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Projet 5GOR : un réseau 5G sécurisé pour collecter l’intégralité des données du bloc opératoire.

et ses capacités d'essais. À terme, Strasbourg ambitionne de devenir un point nodal européen pour la validation des technologies médicales.

Le franco-allemand comme accélérateur

Les partenariats de l’IHU sont particulièrement actifs autour de l’axe rhénan. « L’innovation en santé ne se développe pas de manière uniforme. Elle s’organise autour de dynamiques régionales, avec des spécialisations propres à chaque territoire, souligne Bastien Andlauer, lui aussi chef de projet innovation à l’IHU Strasbourg. Certains pôles se distinguent en biotechnologies, d’autres en dispositifs médicaux ou en numérique. » Sur l’axe rhénan,

« La France excelle dans la recherche en amont, l'Allemagne est très orientée industrialisation. Nous sommes complémentaires. »

la robotique et l’intelligence artificielle constituent des domaines d’excellence reconnus. La proximité géographique avec l’Allemagne facilite des interactions rapides entre équipes françaises et allemandes, favorisant les phases de test, d’ajustement et de prototypage. « La France excelle dans la recherche amont, l'Allemagne est très orientée industrialisation. Nous sommes complémentaires », résume Jérémie Exter. Cette complémentarité permet de raccourcir le passage entre la preuve scientifique et la mise en œuvre industrielle. Julian Rosenkranz, du Fraunhofer IPA Mannheim, et Thorge Lackner, coordinateur de projet à l’Université de Reutlingen, tous deux partenaires de l’IHU, s’accordent à dire que la recherche et l’innovation en technologies médicales doivent être pensées à l’échelle internationale pour bénéficier pleinement aux patients. « La coopération avec l’IHU

↑ Le projet IMARA, projet transfrontalier co-fianncé par l'Union Européenne (Interreg Rhin Supérieur).

nous permet d’inscrire nos travaux dans une perspective européenne et d’en accélérer l’application clinique », affirme Julian Rosenkranz.

De la stratégie européenne au bloc opératoire

L’engagement européen et transfrontalier de l’IHU se traduit concrètement dans ses projets technologiques. Robotique, 5G et intelligence artificielle sont déjà intégrées aux pratiques hospitalières.

Avec 5GOR, l’institut a déployé un réseau 5G privé au sein de l’hôpital. Dans un bloc opératoire où circulent en permanence des images et des données vitales, cette infrastructure garantit des échanges rapides et sécurisés. Les informations ne sortent pas de l’établissement, assurant une maîtrise complète des flux médicaux.

DAIOR s’inscrit dans la continuité de cette première étape. Une fois les données sécurisées et structurées, il devient possible d’aller plus loin :

« Il ne s’agit pas de remplacer les soignants, mais d’assister les équipes, d’améliorer la précision et de libérer du temps pour le patient. »

les analyser, les exploiter, les faire « apprendre ». Le projet ajoute donc une dimension d’intelligence artificielle et de robotique. Il repose notamment sur l’apprentissage fédéré : au lieu de centraliser les données médicales dans un seul centre, chaque hôpital les conserve. L’algorithme se déplace pour s’entraîner localement, puis s’améliore à partir des contributions des différents établissements. Des hôpitaux en Alsace, en Allemagne et en Italie participent à cette dynamique. Grâce à l’infrastructure mise en place avec 5GOR, DAIOR peut développer des outils d’IA à grande échelle tout en garantissant la confidentialité des patients et le respect des cadres réglementaires nationaux. Le projet IMARA a marqué une nouvelle étape en développant une plateforme robotique pensée pour le bloc opératoire : un robot mobile pour l’acheminement du matériel et un bras robotisé capable d’apprendre certains gestes

↑ Grâce à une dimension d’intelligence artificielle et de robotique, le projet DAIOR permet d’analyser, d’exploiter et d’apprendre des données.

par imitation. Il ne s’agit pas de remplacer les soignants, mais de les décharger des tâches chronophages à faibles impactes, afin de leur permettre de se concentrer sur celles à forte valeur ajoutée. Financé par un partenariat associant l’Union européenne, la Région Grand Est et deux ministères allemands, IMARA illustre la maturité des coopérations transfrontalières. Les expertises (robotique côté allemand, intelligence artificielle côté français) convergent désormais au sein d’un consortium structuré.

À Strasbourg, l’IHU déploie une action résolument internationale, articulant partenariats mondiaux et coopérations européennes structurantes. De l’axe rhénan aux grands consortiums continentaux, l’institut affirme un positionnement clair : faire converger recherche, innovation et industrie au-delà des frontières, pour accélérer le développement de technologies médicales au service des patients. ←

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De gauche à droite : Crâne de jeune fille trépanée au silex, Néolithique (3 500 avant J.-C.) ; la patiente a survécu.

Papyrus d’Edwin-Smith.

Opération de la cataracte au Moyen-Âge. Enluminure anglaise de 1195.

Dis ist das buch der Cirurgia, fac-similé de l’édition de 1497.

DU SILEX À LA DATA

Depuis la nuit des temps, la chirurgie a évolué par étapes sous l’impulsion de praticiens et de chercheurs. L’heure est venue pour elle d’entrer dans sa phase 4.0.

Datavisualisation : Cercle Studio

À la Préhistoire

Durant l’Antiquité

Barbier réalisant une saignée grâce à son instrument de l’époque, une lancette, vers 1805.

Affiche de la Seconde Guerre mondiale faisant la promotion de la pénicilline.

Technologies innovantes comme les robots chirurgicaux de pointe.

Des actes s’apparentant à de la chirurgie sont pratiqués dès le Paléolithique. Un néandertalien exhumé du site irakien de Shanidar présente ce qui semble être une amputation du bras droit réalisée 46 000 ans avant notre ère. Des amputations plus avérées sont constatées au Mésolithique (- 10 000 à - 6 000), tout comme le sont des trépanations au silex et des craniotomies durant le Néolithique (- 6 000 à - 2 200). Un crâne trépané entre - 4 900 et - 4 600 a été mis au jour à Ensisheim. Une cicatrisation atteste que le « patient » a survécu à l’opération.

Rédigé 1 500 ans avant notre ère, un papyrus dit d’Edwin-Smith est considéré comme le plus ancien document chirurgical égyptien. Il détaille des soins prodigués pour des blessures de guerre, dont des fractures. Leur traitement est également abordé un millénaire plus tard dans la soixantaine de livres attribuée au grec Hippocrate, le fondateur de la médecine. Présenté comme le second père de celle-ci, Galien (129 à 216 après J-C) a introduit avec d’autres des avancées médicales hellénistiques dans la culture romaine. À son crédit : des expérimentations chirurgicales et une description du système nerveux. C’est dans la Rome antique également qu’a été inventée la césarienne. Son nom n’en réfère pas à l’Empereur César, mais au verbe inciser en latin : caedere

Au Moyen Âge

La chirurgie fait un bond sous l’impulsion notamment de médecins orientaux. Parmi eux : Abu Al-Qasim qui officie en Espagne au Xe siècle. Ses écrits, sur la ligaturation des vaisseaux sanguins par exemple, inspirent les enseignements dispensés dans les écoles européennes de médecine, dont la Faculté de Montpellier fondée en 1220 (318 ans avant celle de Strasbourg). C’est là qu’étudie Guy de Chauliac, l’auteur en 1363 de La Grande Chirurgie, un ouvrage faisant de l’étude anatomique le fondement de tout acte chirurgical. Il redore par là même l’image d’une chirurgie pratiquée par des barbiers.

À la Renaissance

Les connaissances chirurgicales se répandent grâce à l’imprimerie. C’est à Strasbourg qu’est publié en 1497 le premier traité dédié en langue allemande (Dis ist das Buch der Cirurgia). En Italie, Léonard de Vinci se penche sur l’anatomie et pratique pour cela une trentaine de dissections cadavériques entre 1487 et 1514. Au XVIe siècle encore, le français Ambroise Parré réalise la première ligature des artères. Il dresse aussi un inventaire des instruments chirurgicaux disponibles et en crée notamment pour répondre à une multiplication des blessures par balle inhérente au déploiement des armes à feu. Les chirurgiens-barbiers gagnent en lettres de noblesse après que l’un d’eux ait retiré, sans anesthésie, une fistule anale au roi Louis XIV en 1686.

Aux XVIIIe et XIXe siècles

Des écoles consacrées spécifiquement à la chirurgie voient le jour, à l’instar d’une Académie royale à Paris en 1731. Les chirurgiens-barbiers deviennent des cliniciens à part entière ce qui favorise l’émergence de nouvelles techniques et même une révolution au XIX e siècle. Exemples. En 1846, le dentiste américain William Morton réalise une première anesthésie générale publique à l’éther. Vingt et un ans plus tard, le britannique Joseph Lister introduit le principe de l’asepsie opératoire. Rattaché à l’Université de médecine de Strasbourg, le Sélestadien Eugène Koeberlé réussit l’ablation inédite d’un kyste ovarien en 1862. Dans la foulée, il établit les protocoles de l’hystérectomie et de la myomectomie ou encore accomplit la première opération d’une grossesse extra-utérine avec un enfant vivant.

Au XXe siècle

Après des initiatives dans les années 1880-1890, des salles opératoires aseptiques sont aménagées dans toute la France. La chirurgie évolue grâce, entre autres, à l’introduction de la transfusion sanguine en 1914 et la découverte de la pénicilline à l’aube des années 1930. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les progrès sont pléthoriques. En 1951, des essais de greffe rénale sont menés aux États-Unis et en France. En avril 1968, soit quatre mois après une première mondiale au Cap, le professeur Christian Cabrol réalise la première greffe cardiaque en Europe. Quatorze ans plus tard, il signe la première transplantation cardio-pulmonaire. Les hôpitaux se modernisent. Inventés dans les années 1970, des scanners et des IRM commencent à y être installés. La chirurgie mini-invasive guidée par l’image apparaît dans les années 1980-1990.

Aujourd’hui et demain...

L’ère de la chirurgie robotisée s’ouvre. Le 7 septembre 2001, le Professeur Jacques Marescaux (IRCAD) réussit la première opération de téléchirurgie miniinvasive à distance. Une console dans les mains, il réalise, depuis New York, l’ablation robotisée d’une vésicule biliaire sur une femme hospitalisée à l’Hôpital civil de Strasbourg. Des robots perfectionnés permettent depuis des chirurgies toujours plus précises. Nouvelle étape. La chirurgie 4.0 repose déjà – et reposera encore davantage à l’avenir – sur un bloc opératoire connecté que l’IHU Strasbourg contribue à développer. En son cœur : des technologies innovantes reposant sur l’intelligence artificielle, la data, l’internet des objets médicaux ou encore les jumeaux numériques.

Chirurgie 4.0 et choix de société

Le déploiement d’un bloc opératoire connecté exige de fédérer l’écosystème chirurgical autour d’enjeux d’opérabilité et de gouvernance. Telle est la mission que s’est donnée le Do Tank Chirurgie 4.0 présidé par le Docteur Jean-Claude Couffinhal.

Rédaction : Philippe Wendling Photographie : DR

Robots, intelligence artificielle, internet des objets médicaux ou encore jumeaux numériques. « Les éléments du bloc opératoire sont désormais connectés. La chirurgie est entrée dans sa phase 4.0, fait valoir le Docteur Jean-Claude Couffinhal. Chaque pas opératoire correspond à des données qui viennent améliorer la prise en charge du patient. Intégrées dans un système apprenant, elles permettent également la constitution d’une mine de datas populationnelles servant à une évaluation de la pertinence des soins sur d’autres patients ainsi qu’à la formation initiale ou continue des praticiens. »

Une question de souveraineté

Le déploiement de cette chirurgie 4.0

s’est manifesté jusqu’à présent par « des initiatives juxtaposées, note Jean-Claude Couffinhal. Le besoin d’une doctrine partagée au niveau national et même européen s’avère pourtant nécessaire si nous voulons organiser cette transformation technologique et non la subir. Nous devons définir une stratégie garantissant la conservation d’une souveraineté clinique française dans un contexte géopolitique complexe. Si nous ne parvenons pas à poser un cadre et à définir des priorités tenant compte des valeurs de notre démocratie sanitaire et de notre système de santé, ils nous seront imposés par les géants d’une grande data mondiale. Nous ne serons rien d’autres que des franchisés obligés de suivre un mouvement sans

pouvoir l’influer ou le canaliser. » Pour éviter cette situation, Jean-Claude Couffinhal a initié, dès 2023 avec d’autres experts, un think tank autour de réflexions de la « commission innovation » de l’Académie nationale de chirurgie. Il est devenu depuis le Do Tank Chirurgie 4.0 qu’il préside. La raison de ce glissement ? « Notre but dépasse la simple réflexion. Nous voulons et devons être dans l’action, explique-t-il. Nous ne sommes ni une société savante, ni une structure institutionnelle ou un lobby industriel. Nous agissons comme un tiers de confiance à l’interface du terrain et de la décision publique. Notre but est de transformer la chirurgie 4.0 en une capacité systémique afin qu’elle profite à tous. »

Des innovations à valoriser

Cette accessibilité implique une structuration de l’écosystème national de l’innovation. Le Do Tank Chirurgie 4.0 « fédère » ainsi acteurs académiques, soignants, patients, chercheurs, entrepreneurs et institutionnels. « En France, nous disposons d’équipes d’excellence pour la recherche et le design des blocs 4.0, comme celle de l’IHU Strasbourg, pointe le Docteur Couffinhal. Nous comptons également des start-ups de premier plan pour réussir le transfert des technologies. Le problème est que notre modèle économique de la santé repose sur un remboursement des actes. Il ne valorise pas les innovations robotiques dans la nomenclature. Leur mise sur le marché en est freinée alors qu’elle se développe à l’étranger. L’enjeu est d’encourager les responsables publics à changer la donne. Le projet Chirurgie 4.0 relève d’un véritable choix de société : il vise à faire de l’innovation chirurgicale un bien public, au service de la qualité des soins, de l’équité territoriale, de la souveraineté clinique et des valeurs européennes, dans une approche à la fois frugale, efficiente et performative. » ←

« Notre but est de transformer la chirurgie 4.0 en une capacité systémique afin qu’elle profite à tous. »
Jean-Claude Couffinhal

Au regard de défis aussi pléthoriques que concomitants, la recherche doit plus que jamais rassembler. Elle doit servir « à fonder un projet de société plus humaniste », comme le met en évidence le Professeur Jean Sibilia.

Rédaction : Philippe Wendling Photographie : Laetitia Piccarreta

L’éthique comme moteur du progrès

Dans un monde en pleine transition, la recherche fait face à de nouveaux défis aussi bien sanitaires que climatiques, démographiques ou sociétaux. « Elle doit donc, plus que jamais, être le gage d’un progrès. Au-delà de considérations purement technologiques, cela induit que nous nous saisissions de l’éthique pour identifier les innovations les plus pertinentes en termes de condition humaine » met en exergue

le Professeur Jean Sibilia. Doyen de la Faculté de médecine de Strasbourg, ce praticien hospitalier en rhumatologie est également membre du conseil d’administration de l’IHU Strasbourg et président de la Fondation Force.

Consentement et responsabilité

« En traitant des questions morales soulevées par la recherche, l’éthique est la garante des dérives, appuie

« Nous devons faire preuve de sagesse et accepter d’être critiques par rapport à nos propres univers. L’éthique est une œuvre d’humilité. »
Jean Sibilia

Jean Sibilia. Elle doit rassembler à un moment où, malheureusement, les liens entre la population et la science semblent se distendre. Il faut les renouer en montrant que l’innovation se fait avec le consentement de la personne. » Ce principe est au cœur même des grands textes régissant l’éthique de la recherche : le Code de Nuremberg (1947), la Déclaration d’Helsinki (1964) et le Rapport Belmont (1979). Ils spécifient aussi que la recherche doit être bienfaisante, responsable et respectueuse de tous au travers, par exemple, de la protection des données personnelles... Un point qui revêt encore plus de sens encore avec l’émergence des datas et de l’IA. « Nous devons par ailleurs nous interroger collectivement sur le sens et les conséquences du progrès sur l’ensemble de la vie. C’est-à-dire aussi sur l’environnement et la santé animale », précise le Professeur strasbourgeois en reprenant ainsi une pensée chère à un autre Alsacien, le pasteur et médecin Albert Schweitzer. Outre promouvoir une responsabilité sans frontière, celui-ci défendait l’idée que la considération de l’univers et du mystère de la vie doit éveiller en chacun le respect pour la vie sous toutes ses formes. « Que chacun s’efforce dans le milieu où il se trouve de témoigner à d’autres une véritable humanité. C’est de cela que dépend l’avenir du monde. »

« La sensibilité sociétale a évolué, reprend Jean Sibilia. Des choses qui étaient considérées comme justifiées le sont moins. Il faut l’entendre et ne pas avoir peur d’échanger, par exemple, sur les expérimentations animales. Les chercheurs savent pertinemment qu’il n’existe parfois pas d’alternative pour faire avancer la connaissance ou valider l’innovation. La validation est à la base de la recherche médicale puisqu’elle évite de faire prendre des risques aux patients. Sans elle, on ne fait pas de la médecine. On est dans le charlatanisme, ce qui anéthique. »

Débattre sereinement

« Nous devons arrêter de tout idéologiser et de laisser les débats aux seules personnes virulentes, insiste le doyen de la Faculté de médecine strasbourgeoise. Nous devons faire preuve de sagesse et accepter d’être critiques par rapport à nos propres univers. L’éthique est une œuvre d’humilité. Alors oui, la science n’a pas toujours tout bien fait. Il faut le reconnaître, comme il faut faire de la pédagogie pour que les sceptiques aient confiance en l’innovation. Un consensus est nécessaire pour que l’évolution des technologies soit aussi une révolution éthique. Pour que la recherche serve à fonder un projet de société plus humaniste. » ←

Une évolution verte à opérer en urgence

Ancien directeur médical adjoint de l’IHU Strasbourg, le Professeur Patrick Pessaux alerte sur la nécessité de tenir compte des impacts environnementaux du système de santé. Il préside notamment le Collectif écoresponsabilité en santé et l’Institut européen de la transition écologique en santé qu’il a contribué à fonder au cœur de la capitale alsacienne.

Rédaction : Philippe Wendling

Photographie : Laetitia Piccarreta

Le système de santé est responsable de 8 % des émissions de gaz à effet de serre au niveau français, contre 5 % pour l’aéronautique. Quelque 16 000 tonnes de médicaments prescrits par la médecine de ville sont récupérées chaque année en pharmacie d’officine pour être incinérées. Bien que les ressources s’amenuisent, 400 à

1 200 litres d’eau sont consommés chaque jour pour un patient hospitalisé. Environ 20 % des déchets des blocs opératoires correspondent à du matériel ouvert, mais non usité...

Une opportunité à saisir

« Toutes ces réalités, on ne les évoque pas assez, expose le Professeur Patrick Pessaux. Elles démontrent pourtant qu’il y a urgence à revoir le système de santé sous le prisme de la transition écologique. Cette évolution ne doit pas être perçue comme une contrainte. Au contraire, elle doit être considérée comme une opportunité de redonner du sens à l’hôpital, d’améliorer la prise en charge des patients et les conditions de travail de l’ensemble des professionnels de santé. »

« La meilleure énergie est celle que l’on ne consomme pas. Pour les soins, c’est la même chose. »

Dans ces perspectives, Patrick Pessaux a, par exemple, travaillé dès 2017 avec l’équipe d’anesthésie du service de chirurgie viscérale et digestive qu’il dirigeait au Nouvel hôpital civil de Strasbourg. Appliquées dans la plateforme clinique occupée par le service au premier étage de l’IHU Strasbourg, leurs réflexions ont conduit à la suppression de substances anesthésiantes à l’impact carbone trop lourd et à la mise en place d’un tri sélectif notamment de plastiques en vue de leur recyclage. Elles se traduisent également par la revalorisation d’ustensiles chirurgicaux et le remplacement de plateaux d’anesthésie et de dispositifs médicaux à usage unique par des produits à usages multiples.

Données et sensibilisation

Plus généralement, des modèles et des indicateurs doivent désormais être générés pour évaluer scientifiquement l’empreinte environnementale de l’ensemble des pratiques de soins. Y compris chirurgicaux. Grâce à la donnée, ils doivent aussi afficher les bénéfices des mesures prises pour le patient et le financement de la santé. Cet enjeu est tel qu’il figure parmi les principaux objectifs de l’IETES, l’Institut européen de la transition écologique en santé que le Professeur Pessaux a contribué à fonder à Strasbourg en septembre 2025 et préside depuis. Cet institut a également pour ambition de sensibiliser les décideurs, les praticiens et les industriels de la santé aux transitions et de les former en adéquation. Il vise par ailleurs : à accompagner les établissements hospitaliers dans leur stratégie durable ; à impulser un réseau européen pour comparer et partager des pratiques ; à créer une plateforme documentaire ; à favoriser l’émergence d’innovations en soutenant des start-ups.

Innovation et prévention

« L’innovation est un levier intéressant pour intégrer des considérations environnementales poussées dès la conception des instruments de demain. Au travers de ses recherches sur un bloc du futur reposant sur la robotique et l’IA, l’IHU de Strasbourg joue un rôle important dans cette démarche », pointe Patrick Pessaux. Les avancées technologiques ne feront néanmoins pas tout. Une modification de pratiques plus communes s’impose aussi. Exemple : « Lors d’une chirurgie ambulatoire, donner du paracétamol en comprimé à un patient a un impact carbone douze fois moins élevé que le faire par intraveineuse. » En parallèle, relève encore l’expert strasbourgeois, un renforcement des politiques de prévention ainsi que des pratiques prédictives et personnalisées est attendu. Et pour cause ! « La meilleure énergie est celle que l’on ne consomme pas. Pour les soins, c’est la même chose. Pour le patient comme pour la planète, le meilleur soin est celui que l’on n’a pas besoin de réaliser. » ←

Conformément à sa mission d’accélérer le transfert d’innovation au bénéfice des patients, de la société et du territoire, l’IHU Strasbourg va continuer à s’affirmer comme un contributeur majeur pour l’apport de nouveautés au bloc opératoire et le développement de la filière des technologies médicales.

Rédaction : Philippe Wendling

Photographie : Pascal Bastien

Une feuille de route toute tracée

Dans un environnement international toujours plus compétitif, l’IHU Strasbourg s’affirme, depuis sa création en 2011, comme un acteur incontournable de la recherche et de l’innovation en chirurgie. Il a su confirmer la pertinence de son objectif stratégique. C’est-à-dire la conduite de l’évolution des procédures chirurgicales, dans toutes les disciplines, vers les interventions mini-invasives guidées par l’image et augmentées par l’intelligence artificielle et l’assistance robotique. À terme, son objectif reste le même : garantir un impact positif

pour les patients et leur famille, les équipes de soins et le système de santé.

Une référence du bloc du futur

La feuille de route qui guide les activités de l’IHU jusqu’à l’horizon 2030 conforte cette stratégie autant qu’elle y greffe des ambitions additionnelles. Parmi les enjeux dressés par ses responsables : « Garder le cap d’une recherche d’excellence exploitant les interdisciplinarités scientifiques et médicales et alimentant des projets qui livrent des solutions pour répondre à des besoins médicaux. »

Plus précisément, l’IHU a la volonté d’être « une référence mondiale du bloc opératoire du futur pour une chirurgie pilotée par les données ». Il veut ouvrir la voie à un déploiement technologique et organisationnel permettant l’introduction de mesures de contrôle des procédures chirurgicales ainsi que d’autres garantissant autant la soutenabilité environnementale que financière des innovations. Il aspire par ailleurs à « mettre au point la nouvelle génération d’innovations thérapeutiques hybrides et interdisciplinaires ». La concrétisation, par exemple, de traitements associant des techniques interventionnelles guidées par l’image à des chimiothérapies et/ou des immunothérapies, augure des pistes inédites pour la médecine personnalisée du cancer.

Simultanément, l’IHU veut développer des jumeaux numériques « pour exploiter la collecte massive de données avant, pendant et après la chirurgie ». En offrant la possibilité

de virtualiser des systèmes complexes et d’en appréhender le fonctionnement, ces jumeaux vont rendre accessibles une modélisation des procédures chirurgicales et leur simulation.

De la biochirurgie régénérative

L’IHU s’engage aussi dans deux voies parmi les plus prometteuses pour la chirurgie de demain. La première repose sur des interventions véritablement non invasives qui utilisent le potentiel des ultrasons focalisés. L’autre porte sur la biochirurgie régénérative qui met à profit la capacité de l’organisme à réparer ses propres tissus en proposant de nouvelles solutions là où les traitements traditionnels atteignent leurs limites.

En parallèle, l’institut va continuer à accorder son offre de services en tant que « tiers lieu d’expérimentation ». Il va aussi mettre en avant ses qualités de « tiers de confiance » pour participer à l’évaluation de l’impact médico-économique et sociétal des dispositifs

« L’IHU a la volonté d’être “une référence mondiale du bloc opératoire du futur pour une chirurgie pilotée par les données”. »
(c) IHU

médicaux (numériques du bloc opératoire notamment). Le but ultime : leur intégration par le système de santé et leur remboursement. La diffusion de dispositifs médicaux implique leur transfert et leur industrialisation. Dans cette perspective, l’IHU va plus que jamais prendre la forme d’un hub d’innovation et maintenir son rythme d’accueil et de création d’entreprises. Comme l’explicite son équipe, « les start-ups sont des relais essentiels pour l’accès au marché des solutions innovantes et la mobilisation autour d’elles des jeunes talents – scientifiques, médecins et entrepreneurs – est un facteur clef de succès ».

Un développement international

Ces différents objectifs sont en totale adéquation avec ceux inscrits dans les plans France 2030 et Innovation santé 2030. Pilotés par l’État, ces programmes d’investissement d’avenir ont pour leitmotivs de « soutenir les technologies innovantes » et de « faire de la France la première

nation européenne innovante et souveraine en santé ». Le second tend plus particulièrement à hisser le pays au rang de « leader en Europe sur les essais cliniques », de renforcer sa capacité de recherche biomédicale et « d’offrir aux innovations un cadre d’accès au marché accéléré et simplifié ».

Ce positionnement se traduit aussi par une stratégie de développement de l’IHU à l’échelle européenne. Sa colonne vertébrale : l’axe franco-allemand, à commencer par la région du Rhin supérieur. Pour cela, l’institut peut s’appuyer sur les réseaux internationaux de ses fondateurs, dont l’Université et les Hôpitaux universitaires de Strasbourg. Il peut aussi compter sur la communauté constituée par les presque 5 000 praticiens déjà venus de quelque 117 pays pour suivre les formations interdisciplinaires qu’il dispense en ses murs. En outre, ses partenariats avec des centres académiques, des sociétés savantes, des établissements hospitaliers et des industriels de la santé sont autant de leviers à actionner. ←

« Ce positionnement se traduit aussi par une stratégie de développement de l’IHU à l’échelle européenne. »

Plan de coupe du bâtiment de l’IHU détaillant l’affectation des locaux.

Imagerie médicale diagnostique

R&D, Fab Labs, open spaces, salles de cours

Accueil, consultations, ambulatoire, salles de réunions et de conférences

Cinq blocs opératoires expérimentaux

Living OR, 9 blocs opératoires cliniques, surveillance post-interventionnelle

L'IHU Strasbourg : trombinoscope

Photographies : Pascal Bastien, Laetitia Piccarreta, Alban Hefti

COMITÉ DE DIRECTION BUREAU

↑ Christian Debry Directeur général

↑ Julie Freydière Directrice des opérations

↑ Michel de Mathelin Directeur innovation

↑ Jean-Luc Dimarcq Directeur développement

QUALITÉ ET PROTECTION DES DONNÉES

↑

INNOVATION / VALORISATION

↑

↑ Nicolas Padoy Direction scientifique

↑ Sylvana Peretta Directrice éducation

↑ Clélia Kinderstuth Directrice financière

↑ Albert-Claude Benhamou Président

↑ Martine Mack Trésorière

RECHERCHE CLINIQUE

↑ Séverine Sigrist Secrétaire générale

ADMINISTRATION / COMMUNICATION

↑

↑ Kahina Saichi
↑ Caroline Ramspacher ↑ Marie Muguet Klein
↑ Armelle Takeda ↑ Marion Chahi
Alexandre Haller
↑ Mehdi Chekatt
↑ Lan Anh Le
Cloé Gehringer
Isabella Bolognese
↑ Carla Daoud
↑ Gaëlle Giovannoni

PLATEFORME DATA

FELLOW & MÉDECINS ASSOCIÉS

PRÉCLINIQUE PROJET

↑ Barbara Seelinger ↑ Juan Verde
↑ Amélie Gressier
↑ Fanélie Wanert
↑ Cindy Vincent
↑ Alain Rohfritsch
↑ Baptiste Savard
↑ Nicholas Petty
↑ Jade Ledoux
↑ Xavière Lornage
↑ Maximilien Werderer
↑ Alain Garcia
↑ Evelyne Almanzar
↑ Piera Melatti
↑ Bastien Andlauer ↑ Maxime de Abreu
↑ Perla Moreno
↑ Abbas Najafi ↑ Léonardo Sosa
↑ Samuel Cugnin
IT & SUPPORT INFRA
↑ Julieta Montanelli
↑ Jérémie Exter
IA
↑ Agnès Gronfier ÉDUCATION
↑ Alexia Rohmer
↑ Emilie Wernert
↑ Céline Giraudeau
↑ Armine Vardazaryan
SOUTIEN R&D
↑ Julien Waechter

Remerciements

IHU STRASBOURG – INSTITUT DE CHIRURGIE MINI-INVASIVE GUIDÉE PAR L'IMAGE REMERCIE SES PARTENAIRES NATIONAUX ET INTERNATIONAUX :

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