MARS 2026 n°60
Municipales 2026
Mobilités et logement en débat
Carnets de campagne
L’interview
Yann Arthus-Bertrand
Reportage
La Laiterie réouvre.

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MARS 2026 n°60
Municipales 2026
Mobilités et logement en débat
Carnets de campagne
L’interview
Yann Arthus-Bertrand
Reportage
La Laiterie réouvre.


Par Patrick Adler, directeur de la publication et de la rédaction.
«C’est pourtant dans la commune que réside la force des peuples libres. Les institutions communales sont à la liberté ce que les écoles primaires sont à la science ; elles la mettent à la portée du peuple ; elles lui en font goûter l’usage paisible et l’habituent à s’en servir.
Sans institutions communales une nation peut se donner un gouvernement libre, mais elle n’a pas l’esprit de la liberté.»
Alexis de Tocqueville, magistrat, écrivain, historien, académicien, philosophe, et homme politique français (1805-1859). De la démocratie en Amérique, 1835
Depuis notre numéro de septembre 2025, nous vous avons présenté de grands dossiers sur les enjeux des élections municipales à Strasbourg : la culture, l’attractivité, la sécurité, la propreté, et, dans ce dernier numéro avant le vote, les mobilités et le logement.
J’aimerais pourtant envisager avec vous une perspective un brin plus... philosophique ?
Non pas que les problèmes de sécurité au Neuhof, le stationnement rue du 22 novembre où la propreté de la rue des Grandes Arcades soient dérisoires, mais, réduire l’enjeu municipal à la seule efficacité politique et administrative sur les sujets du quotidien, c’est peut-être passer à côté de quelque chose également d’essentiel, de la notion même de « faire société » autour de ce qui nous rassemble et nous définit.
Et relire Tocqueville, et même Aristote, éclaire singulièrement ce qui se joue, bien au- delà de la seule gestion locale.
Ainsi pour Aristote, la cité n’est pas un simple outil d’organisation ni un contrat passé entre individus préoccupés de sécurité ou d’intérêts. Elle est le cadre naturel dans lequel l’homme accomplit sa propre nature : « Animal politique », l’être humain n’est pas seulement fait pour vivre aux côtés des autres mais surtout pour partager avec eux un monde commun de paroles, de valeurs, de délibérations sur le juste et l’injuste. Un homme retranché de la communauté politique est, pour Aristote, un être inachevé, comme une pièce de puzzle orpheline
de son ensemble. La Cité n’est donc pas qu’un décor extérieur à nos existences. Bien plus tard, Tocqueville, observant l’Amérique démocratique, ne parle plus de la polis grecque, mais de la commune. Pourtant, l’idée est très similaire : c’est dans la communauté politique la plus proche, la plus concrète, que se forge l’« esprit de la liberté ». Les institutions municipales, écrit-il, sont à la liberté ce que l’école primaire est à la science : elles en proposent un apprentissage quotidien. On y apprend non seulement à voter ou à gérer un budget, mais à discuter, à négocier, à reconnaître à l’autre une légitimité égale à la sienne. Sans cette expérience, un pays peut bien se doter d’institutions libérales ; il lui manquera ce tissu d’habitudes, de réflexes, de confiance mutuelle qui fait une véritable démocratie. Au fond, Aristote su,4ggère que la politique de la cité est une part indissociable de notre humanité. Et Tocqueville nous montre que cette humanité se cultive non pas dans des salons feutrés, mais au coin de la rue, là où la liberté cesse d’être un slogan creux pour devenir une pratique, une habitude, un réflexe citoyen.
Alors, au-delà des arguments que tous trouverez dans les programmes des différents candidats à la mairie de Strasbourg, vous irez peut-être voter aussi en pensant (un peu) à Aristote et à Tocqueville, mais (surtout ?) aux valeurs humaines et à la liberté que notre Cité, vieille de plus de deux mille ans et premier échelon de la démocratie, doit préserver.
Aux urnes, citoyens ! ←
À voir
Les événements à ne pas manquer. 8
Les Carnets Or Norme 10
Actualités
Solence
Le SOPK pour bataille. 14
Folie pâtisseries !
Strasbourg est résolument une ville gourmande. 16
Lionel Burstin tourne la page Immoval. 20
Maison Norki Décoration haute couture. 22
CroisiEurope 50 ans, 1 famille, 3 générations. 26
La Laiterie réouvre. Un lieu, une maison de famille. 28
Rencontres
Au plus sensible du vêtement avec Lila Sion 36
Au studio avec Milan Morotti 38
Au 1741 avec Véronique Diochet 40
Au bureau avec Guillaume Tanier 42
L’interview ↓
Yann Arthus-Bertrand 46
Carnets de campagne
À Strasbourg, des Municipales sur le fil du rasoir. 54
Dossier Municipales 2026 Mobilité et logement en débat. 64
Décryptage
Données chiffrées 84



Business
Comment ça va chez... ↓
Le groupe Colin 86 ☛ Portfolio
Adrien Michel 90
Chroniques
Une histoire de champions
Chronique Insolite 100
Le jour où... L’Alsace est devenue autonomiste
Chronique Histoire 102
Hello Kitty
Chronique d’Ukraine 106
Lettre versane 5
Chronique d’Ailleurs 108

Or Norme n° 60 – Mars 2026 est une publication éditée par Ornormedias 1 rue du Temple Neuf – 67000 Strasbourg. Dépôt légal : à parution – N°ISSN : 2272-9461 contact@ornorme.fr – www.ornorme.fr Suivez-nous sur les réseaux sociaux. Facebook, Instagram, X & Linkedin
Couverture
Cercle Studio
Directeur de la publication et de la rédaction Patrick Adler (patrick@adler.fr)
Directrice Projet Lisa Haller (l.h.)
Publicité Régis Pietronave (publicité@ornorme.fr)
Les formes que l’on mange
Chronique Food 110
Où est le plaisir ?
Chronique Vin 116
Oscar Wembanyama : silence, il joue
Chronique Sport 118
Réellement ? ↓
Chronique Parti Pris 120
☛
Sélections par la rédaction de Or Norme. 124
☛ Or Champ par Françoise Schöller
Interroger le monde. 130

Rédaction (redaction@ornorme.fr)
Vanessa Chamszadeh (v.c.) – Emmanuel Didierjean (e.d.)
Salomé Dollinger (s.d.) – Marine Dumény (m.d.) – Hélène Edel (h.e.)
Jean-Luc Fournier (j-l.f.) – Guylaine Gavroy (g.g.)
Thierry Jobard (t.J.) – Véronique Leblanc (v.l.) – Alain Leroy (A.l.)
Olivier Métral (o.m.) – Christophe Nonnenmacher (c.n.)
Jessica Ouellet (J.o.) – Maria Pototskaya (m.p.)
Barbara Romero (b.r.) – Sonia Verguet (s.v.)
Photographie Pascal Bastien – Tobias Canales
Alban Hefti – Abdesslam Mirdass
Vincent Muller – Simon Pagès – Laetitia Piccarreta
Caroline Paulus – Christophe Urbain
Direction artistique et mise en page Cercle Studio (cerclestudio.com)
Impression Imprimé en CE




































Pour sa 3e édition du concert-anniversaire de Bach, le 20 mars, Passions Croisées « a mis les petits plats dans les grands en programmant cet Everest musical qu’est la Passion selon Saint-Matthieu » confie Cyril Pallaud, directeur artistique. « Non pas dans son intégralité », poursuit-il « mais en donnant à sa suite le Stabat Mater de Pergolèse. » La crucifixion vue par un Allemand et un Italien contemporains qui se connaissaient. « Le but est de faire vivre la montée au calvaire et la crucifixion », souligne Cyril Pallaud en évoquant l’incarnation scénique de Vincent Grobelny, champion international de pole dance, dans le rôle du Christ et de Daniele Salvitto dans celui de l’âme. Entre ciel et terre, ils évolueront dans une mise en scène qui fera la part belle aux tissus aériens. Avec deux immenses artistes, la soprano Clara Orif et le contre-ténor Leopold Gilloots-Laforge. v.l.
→ Infos : Vendredi 20 mars 2026 à 20h à l’église Saint-Guillaume 1, rue Munch.
→ Réservations : passions-croisees.com

Convaincu qu’il faut faire entendre sur scène des voix et des perspectives diverses, le Maillon s’empare de la question de l’ébranlement des démocraties pour son Temps fort. Spectacles, rencontres et conférences se succéderont du 5 au 22 mars. « Des propositions documentées, immersives, ludiques qui créent le désir de s’impliquer », promet le programme. Avec du théâtre documentaire, du théâtre immersif, de la danse, du cirque... et un spectacle autour du rituel du Grand débat français du second tour de la présidentielle. Avec les formidables Emmanuelle Lafon et Laurent Poitrenaux dans les rôles de François Mitterrand, Ségolène Royal, Marine Le Pen et Jacques Chirac. Un condensé explosif de 43 ans d’histoire médiatique. v.l.
→ Infos : Du 5 au 22 mars au Maillon. Rituel 4 : Le Grand Débat d’Émilie Rousset et Louise Hémon les 14, 15, 16 et 17 mars.
→ Programme complet : maillon.eu
ÉVÉNEMENT

Proposé par le festival Bibliothèques idéales, Le Temps des Féminismes revient pour une quatrième saison à l’église Saint-Guillaume du 22 au 29 mars. Un rendez-vous désormais incontournable de ce mois de mars consacré aux luttes pour les droits des femmes ! Rencontres, débats, concerts et lectures musicales composent une programmation dense, réunissant des figures majeures de la pensée contemporaine, parmi lesquelles Ovidie, Christelle Taraud, Rokhaya Diallo, Camille Froidevaux-Metterie, Ivan Jablonka (...). Un espace commun pour penser ensemble et ouvrir des voies nouvelles vers l’égalité ! v.l.
→ Programme : biblideales.fr

Autrice et metteuse en scène formée au TNS, Charlotte Lagrange a installé sa compagnie
La Chair vive à Schiltigheim avec la volonté de questionner le monde en portant la chair de l’intime sur la chaire du plateau. Dans Quand la ville se lève, elle suit le parcours d’une paysagiste engagée dans un projet de rénovation urbaine, confrontée à des agriculteurs hostiles et traversée par le souvenir de l’expulsion de sa propre mère. Tout ça pendant qu’un couple découvre une plante étrange surgir de son parquet... Un spectacle subtil qui interroge notre façon d’occuper le monde. v.l.
→ Infos : Du mardi 19 au vendredi 22 mai au TAPS Laiterie 10, rue du Hohwald

☛ KØKKEN
Le chef Frédéric Metzger, ancien chef du 48° Nord à Breitenbach, ouvre KØKKEN au cœur de la Petite France ! Une table intimiste de 18 couverts, élégante, où une cuisine brute et épurée met l’essentiel au centre de l’assiette : le produit.
33 Rue Adolphe Seyboth à Strasbourg
☛ Brio, bar des chefs
Le bar de l’hôtel Hannong se réinvente et célèbre la scène gastronomique locale : cinq chefs strasbourgeois et deux cheffes pâtissières y signent des tapas d’exception, pour voyager en une soirée à travers plusieurs univers culinaires.
9 rue Hannong à Strasbourg
☛ Le Rimini
Derrière la cathédrale, l’emblématique Rimini rouvre et se réinvente avec le groupe Faktory : une trattoria italienne généreuse, entre classiques maîtrisés et assiettes ensoleillées. Un avant-goût de dolce vita après l’hiver strasbourgeois !
1 rue des Veaux à Strasbourg
☛ Georgian House
Du Refugee Food Festival à son propre restaurant, la cheffe Daredjan Pkhakadze (Daji) ouvre une adresse dédiée à la Géorgie. Une cuisine généreuse, entre spécialités traditionnelles et accueil chaleureux.
8a Rue Principale à Schiltigheim.
Harcèlement moral, sexisme, racisme : le collectif de restaurants Diabolo Poivre dit un grand Non. Depuis la fin 2024, le groupe mène une vaste campagne auprès de ses 300 collaborateurs avec un protocole précis pour rappeler « que chez nous, toute forme de harcèlement ou de discrimination n’est pas tolérée », souligne Jérôme Fricker, co-fondateur de Diabolo Poivre. À travers des vidéos diffusées sur son site et auprès des salariés, le groupe livre des messages percutants. « Nous avions besoin d’un cadre clair et solide qui nous permet depuis d’avoir des réponses rapides et efficaces », se réjouit le dirigeant qui s’est entouré de l’association Dis bonjour sale pute et du Cabinet d’avocats Barthélemy pour cadrer ce protocole. Une initiative à découvrir sur diabolo-poivre.com/stop-harcelement et pourquoi pas s’en inspirer, alors que plus d’un Français sur trois déclare avoir été victime de harcèlement au cours de sa vie professionnelle. b.r.


LA FONDATION DE L’ŒUVRE NOTRE‑DAME FÊTE SES 800 ANS
Mentionnée pour la première fois entre 1224 et 1228, la Fondation de l’Œuvre Notre-Dame célèbre en 2026 ses 800 ans d’existence au service de la cathédrale de Strasbourg. Un anniversaire exceptionnel pour cette institution unique en France, administrée par la Ville depuis le Moyen Âge, et qui veille encore aujourd’hui sur
le monument grâce à ses ateliers, ses savoir-faire et ses missions de conservation-restauration. Dès janvier 2026, un cycle de dix-huit mois d’événements mettra en lumière huit siècles d’histoire vivante : conférences, expositions, rencontres métiers et temps forts culturels. l.h. → oeuvre-notre-dame.org
Carnet engagé
L’idée n’est pas de faire le buzz, mais de faire se rencontrer « les politiques un peu “hors-sol”, et les plus précaires qui s’indignent des politiques en pensant qu’ils ont tous les pouvoirs en mode “Y’a qu’à, faut qu’on” » confie Christian Wodli, président de l’Archipel des sans voix. Membre du collectif Les Oubliés de la République, l’antenne strasbourgeoise a invité les candidats aux municipales à marcher dans la ville, guidés par une personne en grande précarité, « sans statut, sans hiérarchie. » Et avec l’obligation de confidentialité des candidats pour qu’ils ne fassent pas de ce moment une récupération politique. « Les plus précaires ne prennent pas le droit de vote, car ils ne se sentent pas légitimes, regrette Christian Wodli. Quantitativement, le nombre de personnes à la rue explose à Strasbourg, leur situation pourrit dans la durée, et ils ne trouvent pas de porte de sortie. Cela rend les gens fous. Comme ils sont de plus en plus nombreux, la population le supporte de moins en moins, et c’est normal. » A Strasbourg, le taux de pauvreté a atteint les 26 %, rejoignant le triste podium des trois métropoles les plus pauvres de France. « Il y a aussi des gens qui ont certes un toit sur la tête mais vivent dans une extrême pauvreté », alerte le président. À travers ces marches, le collectif n’espère pas de miracles, mais caresse l’espoir que « chaque goutte d’eau fait un océan ». b.r.

Le rendez-vous incontournable de l’illustration et de la BD revient en mars à Strasbourg pour une édition placée sous le signe du chien, entre expos, rencontres et créations graphiques joyeusement déjantées. Voici 3 rendez-vous à ne pas manquer :
La Fête des chiens
Laura Simonati L’illustratrice italienne adapte son album La fête des chiens dans une expo haute en couleurs, où les chiens prennent le pouvoir.
Du 4 au 29 mars Quai des Bateliers
Laurie Agusti L’autrice de Rouge Signal (éd. 2042), l’une des BD marquantes de 2025, présente un récit percutant sur la condition féminine et la radicalisation masculiniste.
Le 26 mars à 19 h Librairie Gutenberg
Salon des indépendant·es Fanzines, BD, sérigraphies, objets graphiques : un week-end dédié à la création indépendante, entre stands, tables rondes et ateliers.
Du 28 au 29 mars
Garage Coop & Cric
☛ Programme complet : centralvapeur.org

Après trois ans de travaux et plus de 25 millions d’euros d’investissement, le Parc Hôtel & Yonaguni Spa s’apprête à écrire un nouveau chapitre. Rebaptisé YONA, l’établissement familial porte fièrement cette évidence, née avec le Yonaguni Spa en 2020, puis confirmée par Yonasaya en 2024. Plus qu’un rebranding, c’est une véritable renaissance.
Imaginé par le cabinet AEA, le projet redessine les 10 000 m2 du site, agrandi d’un tiers, et dévoile une architecture contemporaine ancrée dans le paysage alsacien. Un nouveau bâtiment de 3 500 m2 accueille seize suites inédites, un atrium majestueux, ainsi qu’un restaurant lové sous une voûte de bois, et prolongé par une cave à vin d’altitude. Avec sa nouvelle table SIGNATURE, orchestrée par Marie Wucher-Bonnard et Cyril Bonnard, YONA s’affirme comme une destination à part entière, entre bien-être, gastronomie et art de vivre. Un ailleurs, tout près. s.d.
☛ Club croquette

Accessoires, jouets, paniers comfy : Club croquette, c’est la première boutique pour chiens et chats à avoir ouvert à Strasbourg. Un concept qui cartonne puisque la boutique s’est récemment agrandie. 82 Grand Rue. clubcroquette.fr
☛ Mozza Dog Shop

C’est le concept-store le plus abouti avec un vrai café pour les humains, des gourmandises pour les toutous, un espace DogWash en libre-service et bien sûr tous les accessoires et friandises pour faire plaisir à Murphy ! 1 quai Finkmatt mozzadogshop.com
☛ Dog Society

Boutique pour les poilus et café pour les humains, Dog Society est le dernier concept store pour chien version chic. On y trouve des accessoires de belle facture et des friandises originales. On peut aussi y déguster café, thé ou soft, au comptoir ou en terrasse, avec nos compagnons à quatre pattes. 39 quai des Bateliers Insta : dogsociety.fr


Plâtrerie Cloisons Faux-plafond
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Diagnostiquée d’un syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) en 2018, Clara Stephenson a fondé Solence à Strasbourg. Une thérapie numérique conçue avec les patientes, sur la voie d’une certification médicale.
Rédaction : Marine Dumény Photographie : DR

« Ce fut un long parcours, souvent solitaire, où j’ai découvert un trouble hormonal encore méconnu et largement sous-estimé. » Clara Stephenson énonce un constat. Celui d’une femme habituée aux environnements exigeants : le droit des affaires, les restructurations, les dossiers à haute intensité, et qui se retrouve, soudain, face à une médecine trop souvent désarmée quand il s’agit de santé féminine. En 2018, elle est en désir d’enfant quand tombe un diagnostic : syndrome des ovaires polykystiques (SOPK). Un acronyme qui cache une réalité très concrète. Le SOPK est un trouble hormonal fréquent, qui concerne entre 6 et 13 % des femmes en âge
de procréer. Il peut se manifester par des cycles irréguliers, des difficultés d’ovulation, de l’acné, une pilosité excessive, une fatigue persistante, parfois une prise de poids ou une résistance à l’insuline, parmi les symptômes les plus fréquents. Une maladie aux visages multiples, diffuse, longtemps minimisée. Jusqu’à 70 % des femmes concernées ne seraient pas diagnostiquées.
Pour Clara Stephenson, le choc est aussi celui du vide : peu d’explications, peu de cadre, peu d’outils. Alors, elle cherche. Elle lit. Des articles scientifiques, des publications médicales. Elle compile, traduit, compare. Peu à peu, ce travail devient un fil tendu vers les autres.
D’abord un blog. Puis Instagram, où elle crée le compte @Les–natives qui devient un espace de méthode et de partage. « Rapidement, une communauté s’est formée... révélant un besoin immense d’information fiable et de soutien. » Des centaines de messages. Et cette évidence : le SOPK n’est pas seulement une affaire de fertilité. C’est un enjeu de santé globale, encore largement sous-estimé alors qu’en 2021 l’endométriose, autre maladie féminine, était érigée en grande cause nationale.
De l’intime à une entreprise de santé. À l’époque, Clara Stephenson est avocate d’affaires. Un univers de chiffres, de procédures, de décisions rapides. Mais ce qu’elle traverse, elle, est plus brut : des femmes seules face à un trouble endocrinien chronique, mal pris en charge. Solence naît de là. « Ce n’est pas un projet théorique, mais une réponse construite avec les personnes concernées. » Elle décide alors de construire quelque chose d’utile, en lien avec son compte Instagram.
C’est sa rencontre avec Maël Mertad, expert en santé numérique, fin 2022, qui accélère la structuration. Incubée à Station F, à Paris, puis à Quest for Health à Strasbourg, Solence devient une FemTech à ambition clinique.
Une sortie officielle en 2026. Depuis 2025, Solence a changé d’échelle. L’entreprise compte désormais cinq personnes. Le premier semestre 2026 doit marquer la sortie officielle de l’application, alors que
la version test semble porter ses fruits. La stratégie reste incrémentale : vente directe auprès des patientes, retours exigeants, amélioration continue. « On compte sur ces retours pour affiner l’accompagnement au plus près du réel », souligne Clara Stephenson. Pour Solence, il s’agit aujourd’hui d’entrer dans le champ des solutions de santé reconnues. La start-up suit une feuille de route réglementaire visant une conformité aux normes ISO propres aux dispositifs médicaux numériques, avec l’objectif de devenir officiellement une entreprise de santé d’ici fin 2026. Cette crédibilité passe d’abord par la preuve clinique. Un CHU spécialisé mène actuellement une étude pilote. Solence collabore aussi depuis 2023 avec Besins Healthcare France, autour de compléments alimentaires liés à la prise en charge du SOPK. Pour accélérer ce développement, l’entreprise a bouclé en février 2025 une levée de fonds de 1,6 million d’euros (Impact Shakers Ventures, business angels, Bpifrance).
Derrière la technologie, une logique médico-économique s’impose. Clara Stephenson, aujourd’hui maman d’une petite fille, cite un chiffre : les femmes dépensent en moyenne 3 500 euros par an en soins liés au SOPK, le plus souvent sans remboursement. Solence discute aujourd’hui avec plusieurs mutuelles et assureurs pour une mise à disposition de l’application via ces réseaux. Au cœur du projet reste une idée : « Nous voulons qu’aucune femme ne soit laissée seule face à ce combat. » ←


À en croire le nombre de pâtisseries ouvertes les dernières années malgré une offre historique installée et ultra qualitative, Strasbourg est résolument une ville gourmande.
Rédaction : Barbara Romero
Photographie : Simon Pagès
D’un côté, il y a ce besoin de douceur, de réconfort, qu’un thé ou une bonne pâtisserie comblent. De l’autre une jeune génération créative et passionnée, bien décidée à bouger les codes de la pâtisserie française. « Je pense que la nouvelle génération est davantage portée sur les réseaux sociaux que les maisons installées depuis des décennies qui proposent des valeurs sûres exécutées dans les règles de l’art » estime Marine, qui a ouvert Les Merveilles d’Albertine courant novembre. « Donc forcément
la jeune génération élargit l’offre : on change, on s’inspire, on essaye de nouvelles choses. » Des cookies cerclés, des forêts-noires revisitées, des desserts haute-couture... Moins de sucre, moins de gras. Un travail sur les textures, les goûts, la part du végétal... Chaque nouvelle adresse révèle son univers, et la clientèle strasbourgeoise adopte peu à peu ces lieux aux cadres ultra léchés. Difficile de trancher parmi les nombreuses ouvertures : gros plan sur trois adresses aux identités bien distinctes.

« J’y mets beaucoup de cœur, mon cookie, c’est mon produit phare. »
Jaune Citron
Après l’ouverture de sa micro-boutique rue de l’Ail en 2022, Laura Schneider a passé la vitesse supérieure avec son salon de thé Grand’Rue d’une trentaine de places (et autant en terrasse) cet hiver. La pâtissière, ancienne professeure des écoles, prend ainsi la casquette de cheffe d’entreprise avec 27 salariés. « C’est un rythme intense, mais je ne regrette rien ! ». Son aventure, elle l’a construite autour de ses cookies innovants, cerclés, sur une pâte ultra travaillée... désormais copiés dans pas mal d’adresses. « C’est le jeu, sourit-elle. Je trouve plus intéressant quand chaque commerce a une vraie âme, un produit phare. Mais cela me pousse aussi à innover. » De neuf recettes permanentes à ses débuts, Laura Schneider en décline 17 aujourd’hui, sans compter ses « cookies éphémères ». « J’y mets beaucoup de cœur, mon cookie, c’est mon produit phare, mais j’aime aussi travailler les entremets, avec des produits locaux, des œufs bios, sans trop de sucre... » À l’image de sa petite bombe iconique, son entremets citron-basilic ou son cake marbré.
→ 17 rue de l’Ail et 30 Grand’Rue patisserie-jaunecitron.fr
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→ Nicolas Multon, comptoir gastronomique de desserts.
Comptoir gastronomique de desserts. Derrière ce nouveau concept, l’ancien chefpâtissier de la Villa René Lalique, Nicolas Multon. Ce lieu hybride mêle boutique classique en rez-de-chaussée et expérience gastronomique à l’étage. « J’avais envie de créer un lieu de vie où l’on se pose, on déguste, on échange, à l’écart de notre quotidien trépidant. » Ici, pas d’horaires figés : envie d’un petit déjeuner à 15h, d’un snack à 8h, d’une pâtisserie pour déjeuner ? La carte vit toute la journée. « Notre clientèle doit se sentir libre de déguster ce dont elle a envie au moment T. » Si les prix affichés à la carte (16-18 € la pâtisserie sur assiette), surprennent de prime abord, l’expérience les justifie d’elle-même. « On dresse et on sert à la minute, comme dans un restaurant. Pour le mille-feuille par exemple, on cuit le feuilletage deux fois dans la journée, on l’assemble, avec une glace, une petite sauce, pour qu’on ait un maximum de textures. » Une fois par mois, le chef accueille une personnalité de la région pour des soirées-diners à quatre mains autour du champagne, de cocktails signatures ou de thés d’exception. Un comptoir gastronomique singulier, clin d’œil assumé à la grande gastronomie.
→ 42 rue du Vieux-Marché-aux-Poisson nicolasmulton.com

« On dresse et on sert à la minute, comme dans un restaurant. »

« J’avais envie d’une ambiance marquée, vu le nombre de pâtisseries à Strasbourg. »

← Marine Kieffer, Les merveilles d’Albertine.
Les merveilles d’Albertine
Après douze années d’expérience, Marine Kieffer, 30 ans, a ouvert un salon de thé à son image dans le quartier Gare, dans les anciens locaux de Chez Marcus. Un lieu atypique qui lui a inspiré une déco entre esprit vintage et conte fantastique. « On a presque tout chiné avec ma famille, les canapés, les présentoirs à gâteaux esprit anglais, les objets de déco. Ma mère, couturière de formation, a cousu fleurs et champignons pour décorer le plafond. J’avais envie d’une ambiance marquée, vu le nombre de pâtisseries à Strasbourg. » Sa marque de fabrique : des pâtisseries d’antan, « simples, épurées », tartes aux pommes, tarte au fromage, forêt noire... Mais aussi des gâteaux et viennoiseries végans et une offre traiteur 100 % veggie « qui fait partie de mon identité ». Dans une douce ambiance jazzy, comme un moment suspendu à l’écart de l’agitation du quartier Gare, Marine Kieffer propose aussi des brunchs un dimanche par mois, servis sur assiette (35 €).
→ 3 rue Thiergarten
Instagram : les–merveilles–dalbertine


Il est une figure de l’immobilier strasbourgeois sans avoir jamais donné son nom à une agence immobilière. Lionel Burstin, 51 ans, a cédé le 1er janvier son agence Immoval au groupe Evoriel, tournant ainsi une page de 25 ans de l’agence la plus identifiée de Strasbourg.
De huit salariés en 2001 quand il rachète l’agence fondée en 1972 par Hubert Fischer, Lionel Burstin a su construire un petit empire de 120 salariés au pic de l’activité. S’il n’avait pas dans l’idée de vendre malgré un marché de l’immobilier en souffrance depuis 2022, le groupe Evoriel a su le convaincre. « Nous partageons les mêmes valeurs sociétales et humaines, confie-t-il. Mon exigence principale était le respect de mes salariés, car ils ont aussi bâti le succès de l’entreprise. Il n’était pas question qu’ils soient déconsidérés. »
Lancement de Hello Imm et Immoclic Bureaux agréables, salle de sport, coach à disposition : Lionel Burstin a toujours tenu à l’équilibre de ses équipes, même s’il avait déjà cédé depuis 2020 la partie opérationnelle à son directeur général, Christian Gautheron, toujours en place. S’il n’est pas du genre à trop regarder dans le rétroviseur, cette histoire de sa vie d’entrepreneur n’est pas anodine : « J’ai l’impression
Après 25 ans à la tête d’Immoval, Lionel Burstin a cédé son agence au groupe immobilier Evoriel (Lamy, Oralia, La Richardière). Une page qui se tourne, mais qui ne sonne pas l’heure de la retraite pour l’entrepreneur.
Rédaction : Barbara Romero Photographie : Abdesslam Mirdass que mon premier enfant a quitté sa maison, j’ai un peu de nostalgie, mais c’est pour son bien. »
Si Evoriel a su le convaincre, c’est aussi la décision de ses filles de ne pas reprendre l’affaire qui a fini par le décider : « Une entreprise a vocation à être vendue si elle n’est pas transmise », estime-t-il. Une affaire qu’il a fait grandir avec détermination, et aussi un brin de folie depuis ses 26 ans. « La meilleure manière de se démarquer était d’être sérieux et original, confie-t-il. À l’époque, il n’y avait pas Internet, j’ai développé une identité de marque et communiqué de manière peut être disproportionnée, à l’aéroport, sur les bus, les colonnes Morris. Je ne mesure pas l’impact en termes d’argent, mais de notoriété. » Sa force a surtout été d’offrir une expertise dans chaque métier de l’immobilier : la transaction, la gestion locative, le syndic de copropriété et l’administration de biens. Si Immoval fait partie maintenant de son passé, l’homme d’affaires passionné par l’immobilier n’est pas près de raccrocher. Il continue ses activités au sein de sa holding Elbé investissements et a rejoint le comité de direction du groupe Evoriel. En parallèle, il lance deux nouvelles agences immobilières à Strasbourg, Immoclic, spécialisée dans l’immobilier commercial et professionnel, et Hello Imm pour la partie résidentielle. ←






Norki façonne tapis, plaids et mobilier d’exception comme on compose une collection de haute couture : à la main, lentement, avec une exigence absolue. Reportage au cœur des ateliers.
Rédaction : Salomé Dollinger Photographie : Laetitia Piccarreta
→ Louis, Thierry et Sonia Linard.

Nous montons d’abord à l’étage. Là-haut, dans l’open space baigné de lumière, Sonia Linard raconte son « voyage familial ». L’histoire commence en 2010, dans son salon. « Je dessinais, sourçais, cousais... Il fallait que je comprenne chaque étape ». Ancienne professeure de piano, elle a grandi dans l’ombre des gestes : ceux de ses grands-parents fourreurs, dont elle a hérité rigueur, patience et précision. Avant de fonder Norki, Sonia Linard était directrice commerciale. Un poste confortable... mais l’urgence de préserver ce savoir-faire familial s’impose. « J’avais besoin de créer quelque chose qui me ressemble ».
Sa signature se nourrit d’inspirations multiples Le design scandinave, le Bauhaus,
les lignes des années 1930 à 1970, les formes organiques contemporaines, la nature, le jardin, les végétaux. Sonia Linard aime les couleurs franches — safran, bleu roi, carmin — mais sourit en évoquant la réalité du marché : « nos clients vont plutôt vers le blanc, le noir, le grège ».
La première collection met 18 mois à voir le jour. Sonia Linard décroche son premier client, en Corse, grâce à un simple emailing. Puis un projet déclenche tout : le chalet à Saint-Moritz avec Jacques Garcia, en 2011. « Il représentait le chiffre d’affaires d’une année entière ». Depuis, l’entreprise s’organise autour de trois pôles : la production, cœur battant du savoir-faire ; la tapisserie d’ameublement, pour les projets hors peau et fourrure ; et la décoration d’intérieur,
avec un bureau d’études intégré réunissant architectes et designers.
Sonia Linard nous ouvre une porte secrète
Celle du stock, où reposent les peaux. Mouton, agneau, vache, cheval... des matériaux issus de l’industrie agroalimentaire, sourcés exclusivement en Europe. Les peaux brutes sont envoyées dans la propre tannerie Norki, en Pologne, où elles sont tannées et teintées au pigment naturel avant de revenir ici, pour être assemblées, découpées et brodées à la main.
Dans l’atelier, le temps semble suspendu. Les mains de douze femmes travaillent.
Minutieuses, silencieuses. Zoé, spécialiste de la broderie de Lunéville. Elin, la Finlandaise de l’équipe. Zélie, passée par la sellerie au Canada. Toutes œuvrent debout, sur des pièces exigeantes, et bénéficient d’un rythme pensé pour durer : quatre jours de production par semaine. « C’est un travail d’orfèvre. Il faut en prendre soin », confie Sonia Linard. Ici, ces artisanes ont trouvé un terrain d’expression rare. « Ce que j’aime le plus dans mon métier, c’est la
diversité des projets. Aucun ne se ressemble. », confie Mathilde, chef d’atelier. C’est elle qui a impulsé la broderie 3D, mêlant mousse et fil pour donner naissance à des volumes inédits. Lorsque l’on évoque la présence quasi exclusive de femmes à l’atelier — ce jour-là, un stagiaire homme se fond dans la masse — Sonia Linard sourit. « Ce n’est pas volontaire. Mais je crois profondément que le travail est un levier essentiel de la liberté des femmes ». À la fin de la visite, un cylindre animé de reliefs attire notre œil : c’est un écrin pour les champagnes Pommery. À l’extérieur, le château et sa façade bleue de style élisabéthain. À l’intérieur, l’univers Norki. Une pièce manifeste remarquable. Retour au bureau, où nous croisons Thierry, le mari de Sonia. Tous deux passionnés de mobilier vintage scandinave des années 1950 à 1970, ils chinent des pièces d’exception à travers le monde. Dernière trouvaille en date : un fauteuil Ikea de 1945, récemment vendu. Chez Norki, le storytelling passe aussi par la personnalisation : broder un prénom sur un fauteuil, une housse de coussin, créer une pièce qui raconte une histoire.
« Je crois profondément que le travail est un levier essentiel de la liberté des femmes. »
→ Les peaux peuvent être teintées naturellement dans plus de 200 coloris.


↑ La Maison est spécialisée dans la couture de la fourrure et le travail des peaux lainées.
→ Tapis, plaids, coussins, rideaux, têtes de lit... Chaque pièce est fabriquée à Molsheim.
Dix ans après sa création Norki reçoit le label EPV en août 2023. Une belle reconnaissance pour cette maison familiale qui fonctionne en circuit fermé, sans sous-traitance, et affiche 100 % de fabrication française.
Aujourd’hui, les pièces Norki habillent les palaces, du Cheval Blanc au Meurice. Trois boutiques — Megève, Gstaad, Paris — exposent les collections comme des galeries. Saint-Moritz et Aspen suivront en 2026. Pourtant, l’ancrage reste alsacien. En témoigne la dernière commande passée sur l’e-shop : Soufflenheim, ville des potiers. Une entreprise familiale devenue référence mondiale sans jamais perdre le fil de son histoire.
Avant de partir, Sonia évoque l’avenir. De la transmission à son fils Louis, déjà engagé dans l’aventure. Et de ce désir de partage, aussi : les 11 et 12 avril prochains, Norki ouvrira les portes de son atelier à l’occasion des Journées Européennes des Métiers d’Art. Une invitation à entrer dans l’envers du décor, là où le geste précède l’objet. ←
→ 40 route Écospace, 67120 Molsheim. www.norki.com
« Une entreprise familiale devenue référence mondiale sans jamais perdre le fil de son histoire. »








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Christian et Lucas
Schmitter incarnent la voix d’une famille entière engagée au quotidien dans la vie de CroisiEurope. À l’occasion des 50 ans de l’entreprise, ils sont l’expression d’une maison où les décisions se prennent en collégialité, où chaque génération s’implique concrètement sur le terrain, et où les valeurs humaines demeurent au cœur de chaque choix.
Rédaction : Or Norme Photographie : DR

Dès les premiers échanges avec eux, une évidence s’impose : chez CroisiEurope, la transmission ne se limite pas à un simple passage de relais. Elle se vit comme une aventure collective, sans bureau feutré ni distance hiérarchique. Christian et Lucas, profondément investis dans l’entreprise, représentent ensemble les valeurs et la vision de toute la famille, tels des figures de proue. Leur complémentarité reflète l’esprit collégial qui anime CroisiEurope, où la deuxième et la troisième génération agissent main dans la main, au cœur des opérations et des décisions stratégiques. Fondée à Strasbourg en 1976, CroisiEurope se distingue par une singularité rare : trois générations d’une même famille y ont successivement apporté leur énergie, sans heurts ni
conflits, dans un esprit de responsabilité partagée. Dès l’origine, le fondateur, Gérard Schmitter associe ses enfants à l’aventure entrepreneuriale. En 1999, ses quatre enfants, Patrick, Philippe, Christian et Anne-Marie reprennent ensemble les rênes, unis par une ambition commune. Aujourd’hui, quatre cousins occupent des postes clés au comité de direction, tandis que d’autres membres de la famille, plus jeunes, rejoignent progressivement l’entreprise. « La porte reste toujours ouverte », soulignent Christian et Lucas, illustrant une culture d’inclusion et de transmission qui caractérise CroisiEurope.
Nouvelle génération. L’intégration de la nouvelle génération s’est faite avec exigence et humilité. La troisième
génération – Lucas, Kim, Jordan, Deborah –a appris le métier sur le terrain, se formant rigoureusement avant d’assumer des responsabilités croissantes. « Nous avons grandi tous dans l’entreprise, mais nous avons dû prouver notre légitimité à chaque étape », explique Lucas. Christian et ses frères et sœurs, quant à eux restent présent au quotidien quand il le faut pour conseiller et accompagner, tout en laissant une totale autonomie opérationnelle à l’équipe. « Leur expérience est précieuse, mais c’est toujours ensemble, en famille, que nous décidons et agissons », précise Lucas. Cette culture familiale et collégiale imprègne chaque aspect de l’entreprise. Les salariés, souvent fidèles depuis des années, évoluent dans un environnement où « les relations sont simples, les échanges directs, et les décisions prises en commun », comme le souligne Christian. Cette proximité se ressent aussi à bord des bateaux, où clients et partenaires perçoivent une authenticité rare : « Nos valeurs – accessibilité, proximité, respect – sont le reflet de notre histoire familiale. Elles créent une atmosphère où chacun se sent chez soi », insiste Lucas.
Tradition et innovation. Les valeurs humaines, partagées avec les clients, les partenaires et les collaborateurs, sont le socle de CroisiEurope. Elles se traduisent par un engagement fort
envers les équipes, une écoute attentive, et une volonté de préserver un modèle alliant tradition et innovation. La modernisation des outils et des processus, portée par l’ensemble des générations, s’inscrit dans cette logique : évoluer sans renier l’identité de l’entreprise, qui séduit une clientèle fidèle tout en attirant de nouveaux publics.
En 2026, CroisiEurope célébrera ses 50 ans, en écho aux 100 ans du Port autonome de Strasbourg, partenaire historique qui a accompagné la compagnie depuis ses débuts. Deux trajectoires liées par une même histoire de confiance et d’ancrage local. Premier croisiériste européen basé à Strasbourg, l’entreprise emploie près de 2000 salariés et rayonne bien au-delà de la région. Son rôle d’acteur économique et touristique majeur, confirmé pendant la crise du Covid, témoigne de sa résilience et de son fort esprit solidaire.
L’avenir de CroisiEurope se dessine avec ambition, mais toujours dans la fidélité à ses racines : élargir les horizons – Europe, Asie, Afrique, Amazonie en 2027 – tout en perpétuant l’esprit familial et collégial qui fait sa force. « Nous rêvons de grandir, mais toujours ensemble, en gardant l’humain au centre de nos préoccupations », concluent ensemble Christian et Lucas, au nom de toute la famille. Une vision où chaque génération contribue, à son tour, à écrire une nouvelle page de cette belle aventure collective. ←
« Nous rêvons de grandir, mais toujours ensemble, en gardant l’humain au centre de nos préoccupations. »

En approchant de la Laiterie, les souvenirs et les émotions m’envahissent. Comme la promesse de retrouver une vieille amie, dont j’ai été privé trop longtemps. Alors je…
Rédaction : Emmanuel Didierjean Photographie : Christophe Urbain
→ Thierry Danet, directeur de l'Artefact – la Laiterie.

Oui, pardonnez-moi, cette incartade à la règle première du journalisme : pas de Je. C’est vrai. Mais si Paris valait une messe, la Laiterie vaut bien une transgression. Car, dans sa première existence, la Laiterie fut mon université. Elle m’aura offert des émotions, et bien plus. Je pense à ce concert « rock festif » du 26 février 1997. J’y vais pour voir enfin Blankass, dont je passe l’album éponyme jusqu’à l’usure. J’ignore à ce moment-là que quelques années plus tard, ils seront
le premier groupe que j’interviewerai. Et que je ferai ensuite, très mal, les chœurs sur une de leurs chansons pour une captation radio. Et que Guillaume, le chanteur, deviendra un ami. Guillaume, je t’enverrai sans faute cet article.
J’ignore aussi que le premier groupe sur scène ce soir-là fait alors son tout premier concert professionnel, hors bars et MJC. Que le matin même, il était encore à Bruxelles pour finaliser son premier album, bientôt l’un des
plus vendus de l’histoire en France. Et je ne sais pas que ma dernière interview, vingt ans plus tard, ce sera avec ce groupe-là, ici même. À vrai dire, nous étions alors douze dans la salle à les entendre se présenter timidement : « bonsoir, nous nous appelons Louise Attaque »... Des souvenirs, des moments suspendus, nous en avons tous à la Laiterie. Au moment de fermer ses portes, l’équipe avait eu l’excellente idée de proposer au public une dernière visite des lieux, accompagnée par la playlist des artistes qui s’y s’étaient produits. Au hasard, il y avait ce groupe de métal allemand, qui n’avait pas obtenu l’autorisation d’utiliser du feu lors de son passage sur l’un de ses tubes d’alors... Aujourd’hui, Rammstein joue dans les plus grands stades, et fout littéralement le feu !
Thierry Danet m’accueille. Gardien de ce temple de la musique dont la seule ligne aura toujours tenu en deux mots : découverte et plaisir. Costume trois-pièces, cravate et porte-cravate, la barbe finement taillée, le personnage est ainsi connu depuis les débuts de la Laiterie en octobre 1994. Il évoque avec émotion ce « lieu, vrai lieu, plus qu’un équipement culturel ». Et de se souvenir des
débuts rock’n’roll, c’est son mot. « Les Artefacts ont été choisis en août, et la salle a ouvert en octobre. Entretemps, nous avons réussi à caler 60 concerts. Et bien sûr, le jour de l’ouverture, les peintres étaient encore à l’œuvre ».
Ne comptez pas sur Thierry Danet pour vous conter des souvenirs particuliers avec les artistes passés par la Laiterie. « Mais c’est impossible », sourit-il d’un air entendu. Tout au plus rappellera-t-il l’anecdote d’un groupe britannique « qui présentait tous les stéréotypes du groupe britpop arrogant. Et puis, d’un coup, au milieu du concert, le chanteur a déposé sa guitare devant la scène, comme une offrande. Le public l’a fait tourner quelques minutes. Malgré des milliers de concerts, je n’avais jamais vu ça. Et je suis toujours ébahi de découvrir des moments comme ça, si singuliers. » En revanche, il parle de tous ces artistes avec une affection rare. « Une famille, une maison commune », voici la formule qui affleure régulièrement dans l’entretien. La maison commune, c’est bien sûr la Laiterie. La famille, elle, connait moult ramifications : les permanents d’Artefact, les bénévoles, les artistes, le public et toutes personnes qui ont un rapport à la Laiterie.
« Des souvenirs, des moments suspendus, nous en avons tous à la Laiterie. »


« C’est rare, un lieu où public et artistes se croisent aussi facilement. »
Si une maison a besoin de fondations, la Laiterie en possède trois, solides comme le roc(k) et l’amitié : Thierry Danet, donc. Mais aussi Nathalie Fritz et Patrick Schneider. Sans oublier Christian Wallier, qui a quitté l’aventure il y a quelques années. Il y a aussi la ville de Strasbourg, « qui a lancé à l’époque le pari d’une salle comme il n’en existait pas. Dans les années 80, 90, les municipalités regardaient les salles autonomes qui fonctionnaient, puis s’y intégraient. Là, le modèle a été totalement différent, c’est la ville qui a créé une salle pour ces musiques. » CES musiques ? « Oui, rigole-t-il pour nous c’était du rock, du rap, de la soul, du métal. Mais en France, il faut des étiquettes. Alors ça a été les musiques nouvelles. Mais pour moi qui aime le rock, Elvis, le King, en 94 ce n’était quand même déjà plus très nouveau. Ce genre de truc, tu ne le trouves qu’en France ! »
Cette maison, il a fallu la quitter le temps des travaux. Là encore, avec un flegme tout beatlesien, Thierry Danet explique : « on y a été entraînés lors de la COVID-19. Peut-être le pire moment pour nous. Ne plus pouvoir aller à la Laiterie, ne plus avoir ces contacts avec les groupes et le public, ne plus trouver notre raison d’être. Et je le dis bien sûr en relativisant. Je pense à ceux
qui ont vraiment souffert à ce moment-là ». Raison d’être. Le ton est donné : « ici, tu vois tous les soirs pourquoi tu as passé ta journée à bosser. C’est unique », s’enflamme-t-il. Et cette raison d’être, il en a intitulé le document qui a servi de base pour les travaux actuels. « C’est ce qui a guidé l’ensemble du chantier. On a eu énormément de chance, la grande majorité des personnes impliquées aiment la Laiterie. Jusqu’à notre maître d’ouvrage, Pierre Keiling, qui est à l’origine de la première Laiterie, en 1994. » Acteur majeur du chantier, il a réfléchi avant tout de façon pragmatique : quels sont les besoins ? Ils sont techniques, pas architecturaux. Une salle de spectacles divers ? D’abord une salle de concert. Si l’on peut faire un concert, on peut faire tous les spectacles. L’architecte s’est aussi attaqué au son, qui « parfois n’allait plus trop bien sur certains concerts », concède Thierry Danet. Pour autant, il l’assure : on ne touche pas à l’âme du lieu. Et c’est la même chose pour les célèbres toilettes : « on a dû les changer de place, mais je sais à quel point elles comptaient pour le public. Tout comme les passerelles : impossible de s’en séparer. C’est rare, un lieu où public et artistes se croisent aussi facilement ».
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« Ces dernières années, beaucoup d’artistes venaient pour le lieu, pour l’équipe, pour ce public si particulier. »
Ah, les artistes ! La Laiterie, c’est pour certains un passage obligé. Louise Attaque, on y revient, a décidé sur une tournée des Zénith de France de préférer la Laiterie pour quatre concerts plutôt que le Zénith de Strasbourg. La raison ? Celle évoquée plus haut : un attachement particulier. Wire, célèbre groupe post punk britannique : « ils sont devenus des amis. Or, sur une Ososphère ça a failli mal se passer à cause d’un rack d’effets perdu en chemin. Mais tout s’est bien terminé. Surtout que des amis, on n’a pas envie de les décevoir. » Et l’attente est là, chez les groupes, les tourneurs. Il confie qu’Arthur Teboul (Feu ! Chatterton) est dans les starting-blocks, et que c’est à la Laiterie que le groupe garde son tout meilleur souvenir de concert !
C’est aussi ce qui a guidé le choix de l’artiste pour le concert d’ouverture de la nouvelle salle. « Last Train, on les a fait jouer quand ils étaient un jeune groupe local. Puis je les ai vus signer chez Universal, ici, dans la petite salle de la Laiterie. Aujourd’hui, ils sont un groupe national et même international. C’est ça, l’histoire de la Laiterie ».
Ces artistes, ils ont aussi insisté pour que le lieu, la « maison de famille », ait droit à quelques
travaux. L’équipe, elle, les demande depuis 2008. « De l’extérieur, on ne voit pas tout. On a par exemple dû demander à Dominique A de raccourcir son rappel, à cause d’une fuite d’eau en lisière de scène. Ça devenait dangereux pour son technicien. Alors, il a chanté seul, a capella Pour le public, c’était un moment suspendu. Pour nous... » Et d’ajouter que ces dernières années, beaucoup d’artistes venaient pour le lieu, pour l’équipe, pour ce public si particulier. Mais ne venaient plus pour l’équipement.
La maison de famille va rouvrir, le brouhaha va à nouveau se faire entendre, et faire revivre ces murs, dont l’un, dans le hall, redevenu de brique, mais peintes en noires. Le brouhaha, c’est le titre du texte qu’a écrit Thierry Danet juste avant la fermeture. C’est ce mélange de bavardages, de balances des artistes et de folie quand la lumière s’éteint dans la salle, pour mieux s’allumer et lancer le spectacle. Ce sera le cas dès l’expo Ohm Sweet Ohm et la présence de Laurent Garnier et Vitalic fin février, pour tout le monde, comme une pré-visite. Ce sera le cas aussi et surtout le 24 avril quand Last Train balancera les premiers accords de III, son dernier album, sur la grande scène. Show – really – must go on! ←

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Pendant ces longs mois de travaux, Thierry Danet nous a partagé des photos de l’évolution du chantier sur les réseaux sociaux, dans une série qu’il a justement intitulée La Laiterie must be built. Découvrez ici les photos Or Norme, maintenant que La Laiterie is built.
Photographie : Tobias Canales













Pour la jeune styliste strasbourgeoise Lila Sion, décembre a pris des allures de conte de Noël. Imaginez… être contactée et retenue par l’équipe d’Aya Nakamura pour réaliser la tenue phare de No Stress, dernier clip de l’une des chanteuses francophones les plus écoutées au monde, alors que l’on n’a que 25 ans…
Rédaction : Véronique Leblanc
Portrait : Romy Denoun
→ Robe en maille « Vera » entièrement tricotée et assemblée à la main.
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« Lastel ». Top en maille et latex entièrement réalisé à la main, pantalon de costume en patchwork et détails en maille.

S[S]urprise par cette proposition née d’un repérage de son travail sur Instagram, Lila raconte s’être sentie « reconnaissante de cette opportunité offerte à une styliste émergente » et ajoute qu’elle « y a cru tout de suite », car « tout va hyper vite à Paris, c’est un autre monde, on n’a pas le temps de se demander si c’est réel ». Alors on fonce, ce qu’elle a fait.
Une enfance strasbourgeoise ouverte à la création. Aujourd’hui Parisienne, Lila est née à Strasbourg où elle a été élève au lycée Kléber. Le dessin n’a eu de cesse de l’accompagner « comme un journal intime » et la mode l’a toujours passionnée « parce que l’on peut tout dire par le vêtement, du style aux opinions politiques ». Lila évoque aussi ses parents « hyper cultivés » qui l’ont ouverte à de nombreux univers. Sa mère est plasticienne, son père graphiste et cinéphile, aucun des deux n’a de rapport avec la mode « mais c’est mieux », dit-elle, « nous avons chacun nos univers, différenciés, mais pas opposés ». De cette enfance aux multiples références artistiques et littéraires, elle a gardé une perméabilité aux inspirations « pas forcément visuelles ». Les films, les mangas qu’elle lit depuis toujours la nourrissent, mais l’éclair peut naître aussi d’un livre, d’un poème. « Tout ce qui est assez profond et un peu sombre », résume-t-elle.
Anatomie du vêtement. C’est ainsi que pour sa première robe, créée pour son concours de sortie à l’Atelier Chardon Savard, Lila s’est inspirée du personnage interprété par Vera Cruz dans La Piel
que habito de Pedro Almodóvar. Le vêtement est « une seconde peau, il a une anatomie », précise la styliste, « une partie intégrante du corps dont j’explore les veines, la musculature ». Pour une autre de ses créations, inspirée par Rashomon, une nouvelle de Ryunosuke Akutagawa parue en 1915, elle s’est plongée dans les troubles dissociatifs de l’identité en concevant un manteau couvert de mots qui n’apparaissaient que dans une certaine lumière.
Des pièces uniques en tricot et latex. Lila Sion travaille le tricot et le latex, une matière qu’elle moule et dont elle aime la texture parce qu’elle évoque « une peau qui aurait vécu, qui peut être blessée, mais qu’on peut réparer ». Si elle envisage de créer un jour sa marque, pour l’heure elle a encore envie d’explorer son art sans se plier aux exigences d’un marché. Elle aime les pièces uniques où son univers fusionne avec des projets artistiques singuliers. « Un vêtement c’est une histoire », poursuit-elle, « pour la tenue d’Aya, j’ai plongé dans son univers aux multiples facettes et j’ai nourri mon inspiration de résurgences liées à Egon Schiele, Almodovar ou bien encore L’Araignée de Louise Bourgeois que j’ai découverte “en vrai” à la Tate Modern de Londres l’été dernier ». Conçue sur mesure, cette tenue de scène est un custom, tout comme les robes créées par Lila pour la chanteuse bordelaise Anetha. Mais à la demande de stylistes d’artistes, elle peut aussi prêter des robes comme ce fut le cas pour la rappeuse Shay à l’occasion d’un événement. À chaque fois, des pièces uniques qui toutes ont un nom et vont bien au-delà du paraître. ←

Comédien de théâtre, mais aussi de fiction télévisée – on l’a notamment vu dans un épisode de César Wagner –Milan Morotti confie être venu à ce métier par le doublage, métier qu’il pratique depuis son adolescence et qui reste au cœur de son activité.
Rédaction : Véronique Leblanc Photographie : Matteo Pezzi

Ambiance concentrée, mais chaleureuse dans le studio de la société de production et post-production SEPPIA en ce matin de janvier. Face à leur écran d’ordinateur respectif, Maxime Pacaud, le directeur artistique, et Thomas Bremec, l’ingénieur du son, suivent, seconde après seconde, l’interprétation de Milan Morotti qui, seul en cabine, donne sa voix au doublage de deux documentaires destinés à la case Découvertes d’ARTE. Pour l’heure, il porte en français les propos d’un artiste bulgare reconverti dans l’élevage d’ânes noirs et à ceux d’un kayakiste norvégien dont l’exceptionnel parcours sportif a été marqué par la disparition d’un ami proche.
Respecter l’humain. Sa voix résonne dans la cabine, Maxime Pacaud la suit jusque dans ses moindres intonations, il donne des indications de rythme, avertit parfois « Attention ta voix tremblait un peu », encourage « Bien, bonne énergie ». Il faut parfois reprendre et Thomas Bremec gère le timing à la seconde près. Dans sa cabine, le doubleur entend, suit les indications, met des sourires quand c’est approprié, traduit l’émotion quand le protagoniste du film l’exprime par un regard qui se perd dans le vide comme si les mots lui échappaient. « C’est important d’être proche, fidèle », confie-t-il après l’enregistrement, « c’est le film qui guide mon interprétation, on veut respecter l’humain ».
Un travail d’équipe. Pour lui, le travail en équipe est un élément central du doublage. « Il faut rester focus sur ce que l’on fait et ne pas être le maillon faible même s’il y a des jours où l’on est moins motivé que d’autres. Maxime, Thomas et moi avons le même but : faire au mieux ! » Un état d’esprit partagé par ses deux complices du jour qui se déclarent « heureux et chanceux de pratiquer un métier créatif ». « Milan est très efficace », confie Maxime Pacaud, « il capte rapidement le ton ». Un avantage certain dans ce monde du doublage où, poursuit le directeur artistique, « les comédiens sont sollicités en fonction de leur âge, de leur adéquation à une voix ou à un personnage qu’il faut restituer au plus près de ce qu’il exprime dans sa propre langue ».
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« Porter la parole des autres ». Confronté au doublage depuis ses douze ans, dans le sillage affectueux de sa mère, Catherine Javaloyès, elle-même comédienne et metteure en scène, Milan Morotti a réalisé que pour en faire un métier, il faut se former au métier d’acteur. Il a touché au cinéma, belle expérience, mais où « les liens humains sont plus distendus » par rapport au théâtre ou au doublage. Il reste comédien – on l’a vu en janvier au TAPS dans Revenir de Guillaume Poix mis en scène par Catherine Javaloyès et sa compagnie Le Talon rouge, mais le doublage et la responsabilité « de porter la parole des autres » reste une passion teintée d’une « vraie crainte » liée à la pieuvre de l’Intelligence Artificielle. « Pour l’instant ça va », dit-il, « les comédiens vont plus loin dans les nuances de l’émotion. » ←

Arrivée en 2016 au 1741, Véronique
Diochet a accompagné Mickaël
Wagner, directeur de salle du restaurant depuis son ouverture en 2012. Depuis son départ pour La Table du 5, à Barr, elle avance naturellement en première ligne, dans la continuité d’une maison où l’exigence se conjugue avec la fidélité.
Rédaction : Emmanuel Didierjan Photographie : Christophe Urbain
↗
Le 1741, au 22 quai des Bateliers.
↙ Véronique
Diochet


Dans l’équipe, on l’appelle Mutti. Un surnom affectueux donné par une apprentie peu après son arrivée, et récemment ravivé lorsque celle-ci est revenue prêter main forte : « Elle m’a dit que la boucle était bouclée », sourit-elle. Une formule simple qui résume bien l’esprit du lieu : transmission, mémoire et attachement.
Le parcours de Véronique Diochet s’écrit depuis longtemps au cœur des grandes maisons alsaciennes. Elle fait ses armes auprès de Fernand Mischler et Antoine Westermann, avant de tenir, pendant plusieurs années, Le Pont au Chat, aux côtés de son époux. Une expérience fondatrice, où l’on apprend à tout gérer : l’accueil, la salle, l’humain, la pression des services et la régularité du quotidien.
Au 1741, Mutti porte bien son surnom. Chaque semaine, elle tient à adresser un mot à son équipe : pour encourager, féliciter, motiver. Et parfois recadrer. Avec une forme de justesse, presque maternelle.
Derrière l’exigence du service, il y a aussi la nécessité de souffler. Véronique Diochet s’accorde des respirations en solitaire, loin du bruit des salles, le plus souvent au contact de la nature. « J’aime faire de la randonnée, tout comme j’aime me poser pendant plusieurs heures à regarder la mer. »
Son énergie, elle la puise aussi auprès de ses collègues, dans ce quotidien fait de tension et de complicité. Elle raconte volontiers ces petits épisodes devenus, avec le temps, des anecdotes savoureuses. Des micro-drames évités de justesse, des situations absurdes ou cocasses, que l’on transforme en éclats de rire quelques années plus tard. Une matière précieuse, faite de gestes répétés, de mémoire collective et d’instants suspendus.
Ces petites histoires nourrissent l’âme du 1741, aujourd’hui le plus ancien restaurant étoilé de Strasbourg sans discontinuer. Une maison de tradition, qui continue d’écrire son histoire… désormais un peu plus au féminin. ←

Derrière chaque artiste, il y a un regard qui le soutient. Rejoignez !
La campagne en faveur du soutien aux élèves de l’Ecole du TnS continue : faire un don*, c’est offrir un appui, un élan, un remède à la précarité pour que les artistes de demain puissent étudier et créer le cœur plus léger.
*Chaque don donne droit à un reçu fiscal permettant de bénéficier d’une réduction d’impôts (66% pour les particuliers et 60% pour les entreprises)
Pour donner en ligne : tns.fr/lecole/les-coeurs-makers
À la tête de Leanspace, Guillaume Tanier incarne la vision d’une entreprise qui entend moderniser en profondeur l’industrie spatiale. Non pas en intervenant directement sur les satellites, mais en repensant tout ce qui se joue au sol, là où les méthodes et les outils accusent encore un retard significatif.
Rédaction : Hélène Edel
Photographie : Simon Pagès


❶
Environnement
Fidèle à l’esprit start-up, toute l’équipe évolue dans un open-space.
❷
Mug
Traditionnellement, chaque mission spatiale a son propre blason. La start-up revisite la tradition en créant chaque année un nouveau blason, reflet de la croissance de l’entreprise.
❸
Figurine fusée
Une petite fusée
Ariane 6 qui symbolise bien, selon Guillaume Tanier, la tentative de renouveau de l’industrie spatiale européenne.
❹
Figurine astronaute
Un astronaute imprimé en 3D, distribué comme goodies sur les salons. Imaginé par un employé de la start-up, il illustre l’activité de Leanspace. « Dans tous les salons du monde, les gens viennent nous voir pour avoir un petit astronaute. Ça a fait un carton », sourit Guillaume Tanier.
❺
Orange
Pour se démarquer, la start-up a fait le choix d’une couleur vive, à contre-courant des teintes traditionnellement associées au secteur spatial (noir, bleu foncé, blanc ou gris).
Leanspace est née de la rencontre de quatre profils issus du spatial, un secteur de niche, exigeant et historiquement peu accessible. Dès le départ, l’ambition est clairement affichée : rompre avec des modes d’opération vieillissants pour les adapter aux exigences d’un secteur en pleine mutation. Une ambition qui s’inscrit dans la dynamique du new space, portée par l’émergence de nouveaux acteurs privés et de nouveaux usages, notamment en Europe.
Car si l’innovation spatiale s’est longtemps concentrée sur le segment vol, c’est-à-dire sur les satellites, les lanceurs et les technologies embarquées, le segment sol est resté en retrait. « Le spatial est une industrie très traditionnelle, avec souvent dix ou quinze ans de retard sur les outils et les méthodes », observe Guillaume Tanier. C’est précisément ce décalage que Leanspace cherche à combler, en développant une plateforme logicielle destinée à moderniser et automatiser les opérations des équipes au sol.
En s’installant à Strasbourg, Leanspace a fait le choix de s’inscrire dans une dynamique européenne tout en affirmant, dès ses débuts, une ambition résolument internationale. « Le spatial est dominé par les États-Unis et la Chine, mais l’Europe conserve des cartes à jouer », souligne Guillaume Tanier. À son arrivée en 2020, la municipalité strasbourgeoise cherchait à structurer un écosystème spatial local. Implantée dans la ville depuis la fin des années 1990 sous l’impulsion de Catherine Trautmann, l’International Space University, institution académique internationale fondée en 1987 et dédiée aux enjeux du spatial, jouait déjà un rôle structurant. Son incubateur a offert à Leanspace un premier point d’ancrage, avant que la start-up ne s’installe dans ses bureaux de Schiltigheim, plus adaptés à une équipe en pleine croissance.
D’abord adoptée par les acteurs du new space, la solution développée par Leanspace a servi de terrain d’expérimentation à des missions plus agiles, portées par de nouveaux entrants du secteur. Forte de son expérience, la start-up est aujourd’hui en mesure de s’adresser à des acteurs historiques, institutionnels et à des programmes gouvernementaux, dont



↑ Guillaume Tanier collectionne les verres distribués par la société Moog lors de la conférence SmallSat, organisée chaque année dans l’Utah.
Les badges des très nombreuses conférences auxquelles Guillaume a participé à travers le monde.
Les stickers des deux premières missions spatiales soutenues par Leanspace : l’une en Europe et l’autre aux États-Unis.
les exigences en matière de sécurité, de robustesse et de continuité des opérations sont plus élevées. L’enjeu n’est plus seulement de répondre à de nouveaux usages, mais d’accompagner la modernisation d’un marché existant, en aidant des organisations parfois très établies à gagner en efficacité et en modernité.
Cette montée en puissance s’est accélérée en novembre 2025 avec une levée de fonds de 10 millions d’euros, une étape structurante dans le développement de Leanspace. Cet apport financier permettra de renforcer la plateforme logicielle, d’élargir ses capacités et de l’adapter à des missions spatiales plus complexes. Il marque aussi un véritable changement d’échelle pour la start-up, désormais positionnée pour dialoguer avec l’ensemble de l’écosystème spatial, des nouveaux acteurs aux institutions publiques.
Le développement de Leanspace fait la fierté de son CEO, Guillaume Tanier, qui a construit toute sa carrière dans l’aéronautique, le spatial et la défense, passant par de grands groupes comme Thales, ArianeGroup ou Safran. Pour lui, le spatial se trouve aujourd’hui à un moment charnière de son histoire. « L’aviation montre la voie : il lui a fallu plus d’un demi-siècle pour passer de l’expérimentation à la démocratisation. Le spatial, né dans les années 1950, arrive aujourd’hui à ce point d’inflexion. » À ses yeux, le secteur entre dans une phase de mise à l’échelle. Demain, une part croissante de l’économie se jouera en orbite. Une transformation de grande ampleur, qui exige non seulement des innovations technologiques, mais aussi une capacité à prendre des risques et à construire dans l’incertitude. C’est précisément sur ce terrain que se joue l’expérience entrepreneuriale de Guillaume Tanier : « Il faut avoir les reins solides, le sang-froid et une thick skin. » Avec le temps, ce qui motive l’entrepreneur reste inchangé : construire, structurer et donner forme à des projets qui, au départ, semblaient impossibles. À travers Leanspace, Guillaume Tanier ne cherche pas seulement à bâtir une entreprise performante, mais à contribuer à la transformation d’une industrie entière, à l’aube d’une nouvelle ère spatiale. ←




SEMIA et QUEST FOR CHANGE organisaient REBOOT le 20 novembre dernier au Parlement européen, une conférence sur l’impact environnemental et sociétal des startups. Yann Arthus-Bertrand a ouvert l’événement et a partagé son parcours, du Masaï Mara à la Fondation GoodPlanet, soulignant le lien indissociable entre l’humanité et la biodiversité. Interviewé par Or Norme, il se montre désabusé et pourtant quasichristique quand il s’en remet à l’amour, pour encore espérer dans l’Humanité.
Rédaction : Patrick Adler
Photographie : Abdesslam Mirdass
Vous venez de faire une intervention inaugurale pour l’événement REBOOT au Parlement européen. Qu’est-ce qui vous motive, finalement ? Vous avez presque une activité de missionnaire quand vous venez dans un événement comme celui-là ?
C’est de faire réfléchir les gens. Je suis sidéré par l’indifférence générale qu’il y a sur la souffrance animale, sur les guerres. Donc je passe mon temps à partager mes convictions, et j’essaie de ne pas être trop en colère. Mais je crois que globalement, tout le monde s’en fout ! Il y a une violence autour de nous… avec ce qu’il s’est passé avec le Hamas le 7 octobre 2023, ce qu’il se passe en Ukraine… C’est d’une violence inouïe. Et cette violence, on la retrouve aussi beaucoup en France. Je vois les hommes politiques entre eux. Je trouve qu’ils attisent les fractures de la société. Vous savez, on a fait un énorme travail sur les Français avec notre ouvrage France, un album de famille*. Et cette France fracturée dont les politiques nous rebattent les oreilles, je ne l’ai absolument pas
ressentie en effectuant ce travail. Alors peut-être qu’on n’a pas posé les bonnes questions, mais quand même… D’ailleurs, les seules personnes qui m’ont emmerdé (sic) pour les photographier, ce sont les députés ! Pour exister en politique, il faut être les uns contre les autres. Et je trouve que ça dégouline un petit peu sur les médias. On parle beaucoup de fractures. Moi, j’ai photographié dans toute la France. J’ai fait 80 studios à travers la France. Je n’ai pas du tout senti ça. Jamais. Jamais ! Ça m’a vraiment montré le rôle négatif que joue l’homme politique dans cette fracture sociale.
Vous restez optimiste quand même ?
Tant que tu es en vie, tu te dois d’être optimiste… Je suis optimiste. Mais on va quand même vers une catastrophe ! Je suis moins acteur aujourd’hui... C’est très difficile de faire changer les gens. Il faut vraiment faire changer les gens par l’émotion. C’est ce qu’on essaie de montrer dans mes films. Je pense que ce Palestinien et cet Israélien qui se parlent (dans son film HUMAN – ndlr), c’est bien plus fort que tous les discours politiques. C’est bien plus fort et bien plus profond. C’est bien plus simple.
Est-ce qu’il y a un événement qui vous donne aujourd’hui de l’espoir ? Et, a contrario, quelque chose qui vous désespère ?
Je viens de réaliser un film qui s’appelle France, histoire d’amour où j’ai interrogé des gens qui essayent de changer des choses, qui essayent de construire. Il y a tous les jours des gens qui font des choses. Tous les jours, dans toutes les ONG. Il y a 20 millions de
bénévoles en France, dont 5 millions sont bénévoles toutes les semaines. Et ces gens-là, c’est la colonne vertébrale de la France. La moindre infirmière à l’hôpital qui te prend la main et qui sourit quand elle est avec quelqu’un qui a mal, ça me donne de l’espoir. C’est cette main tendue, cette intelligence humaine de vivre ensemble qui m’intéresse, et qu’on côtoie tous les jours.
Mais je suis assez pessimiste sur notre façon de vivre. On voit bien qu’aujourd’hui, sur le carbone, on va aller jusqu’au bout. On va transformer le climat. Comment est-ce qu’on va survivre avec ça ? On n’en sait rien. On regarde tous les jours les incendies, les cyclones. On ne peut pas lutter contre ça, parce que lutter contre la croissance, ce n’est pas possible. On a besoin de pouvoir d’achat. Les gens ont besoin de travailler. Donc, il faut travailler. On vit dans un monde où il y a trop de tout : trop de vêtements, trop de viande (…) Regarde, tu vas dans un supermarché,
« LA MOINDRE INFIRMIÈRE À L’HÔPITAL QUI TE PREND LA MAIN ET QUI SOURIT QUAND ELLE EST AVEC QUELQU’UN QUI A MAL, ÇA ME DONNE DE L’ESPOIR. »


GEWUZRTARMINER ?
GEWÜZRTRAMINER ?
GEWRUZTARMIREN ?
GREWUZTARMINER ?
GEWURZTRAMINER ! L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ, À CONSOMMER AVEC MODÉRATION
Le vignoble alsacien a développé au fil des siècles la culture de cépages très aromatiques se forgeant ainsi sa propre identité. Fruité et généreux, le Gewurztraminer est certainement l’un des plus emblématiques.

regarde le rayon des brosses à dents. Est-ce qu’on a besoin de 250 brosses à dents différentes ? Tu vois ce que je veux dire ? On a un monde de trop de tout, parce qu’il faut fabriquer, il faut vivre...
Vous parliez tout à l’heure à des jeunes diplômés et de jeunes start-upers. Est-ce que vous pensez que parmi ces gens-là, il y a des gens qui sont suffisamment formés, brillants, pour changer les choses ?
Dans 10 ans, les choses changeront peut-être... je ne sais pas, parce qu’après, on est rattrapé par la réalité. Tu vois, c’est facile de gueuler contre Total, mais dès que des gens font grève, on fait tous la queue devant les stations-service. On est tous paranoïaques. On gueule contre Total et on en a besoin... On est dans un monde très compliqué… On est un peu dans un déni… C’est toujours un peu la faute des autres. Moi, j’ai presque 80 ans, donc j’ai un peu de recul sur tout ça !
Mais justement, avec l’expérience que vous avez, pensez-vous qu’il y a une plus grande conscience écologique chez les jeunes générations ?
Elle n’est pas partout. Elle est très peu répandue en fin de compte. Il y a un petit pourcentage, mais elle existe.
« C’EST FACILE DE GUEULER CONTRE TOTAL, MAIS DÈS QUE DES GENS FONT GRÈVE, ON FAIT TOUS LA QUEUE DEVANT LES STATIONS-SERVICE. ON EST TOUS PARANOÏAQUES. »
On constate en ce moment ce qu’on appelle le climate backlash : une espèce de reflux de la conscience écologique avec des gens qui disent finalement « la fin du mois plutôt que la fin du monde ». Ça, vous le voyez également ?
Je ne sais pas... En tout cas, je me suis aperçu, en effectuant ce travail sur les Français, et c’est ce qui m’a vraiment sidéré, qui m’a vraiment ému, notamment lors de l’exposition qu’on avait à Paris (France, un album de famille en octobre 2025), c’est l’émotion que les gens avaient en regardant les photos des Français…
Il n’y avait rien de tragique, mais voir les réactions face aux métiers, à ces visages qui te regardent et te sourient, m’a énormément impressionné. Cela dit quelque chose d’essentiel : notre besoin de vivre ensemble, de nous respecter et de nous aimer. Quand on parvient à toucher à cela, c’est un cadeau merveilleux.
Il n’y a que le langage de l’émotion qui soit vraiment compris, celui qui fait bouger les lignes. On me dit souvent : « c’est un livre qui fait du bien ». Les sourires sont là. Nous avons demandé aux personnes photographiées de poser avec ceux qu’elles aiment : quand on est entouré de ceux qu’on aime, on sourit naturellement.
Vous avez dit, d’ailleurs avec beaucoup d’humilité, que vous étiez venu un peu par hasard à la photographie, que vous n’étiez pas photographe au départ.
Qu’est-ce que la photographie, l’image, les films que vous faites vous ont appris ?
Je m’intéresse beaucoup plus aux visages qu’aux paysages en ce moment. Parce qu’un paysage, c’est très beau, mais c’est mort. Ça n’a pas de vie. Un beau tableau, c’est magnifique, mais ce n’est pas ça qui m’intéresse. Un sourire, quelqu’un qui témoigne avec ses tripes… Regarde ce que dit ce gars qui a tué une femme et sa fille **... Quand la grand-mère lui pardonne, quand on voit l’émotion qu’il dégage, ça, c’est la beauté du monde. Ça, ça vaut tous les paysages, toutes les peintures, c’est plus beau que tout. Il n’y a rien de plus beau que ça. Moi, c’est ce qui m’émeut, c’est ce que j’aime dans mon travail.

Dans votre parcours, d’ailleurs, vous avez commencé à vous intéresser d’abord aux animaux, puis aux paysages, et là, vous revenez à l’homme.
Oui, oui, oui. Parce que… c’est beaucoup plus infini, c’est beaucoup plus intéressant. J’ai photographié 35 000 Français… Et moi j’aime effectuer des travaux de type catalogue. J’aime bien faire des travaux où je fais tout. Quand j’ai fait La Terre vue du ciel, je suis allé dans 120 pays. Et tant que je n’avais pas fait tout ça, j’ai continué. Quand j’ai réalisé le livre sur les chevaux, sur les animaux, sur les Français, c’était pareil : j’aime aller au bout des choses.

Quel message aimeriez faire passer aujourd’hui aux jeunes générations ?
Je ne sais pas. Je montre ce que je fais d’une façon simple. Avec beaucoup d’humilité. Quand tu réalises un film comme Home qui est vu par 600 millions de personnes, tu te dis : j’ai peut-être fait avancer les choses. En fin de compte, qu’est-ce que tu as fait avancer ? Que dalle… Est-ce que tu es végétarien ? Non, évidemment. La moindre personne qui s’intéresse à la sauvegarde de notre planète, à l’environnement, devrait être végétarienne ou même végan ! C’est tellement évident. Le poids de la viande, le poids de l’industrie, le poids de l’agriculture intensive pour nourrir les animaux est terrible. Tout le monde s’en fout.
Mais il faut l’accepter. La plupart des gens que j’aime ne le sont pas et j’accepte qu’ils soient tels qu’ils sont. Je ne suis plus un gars en colère comme j’étais à un moment... j’ai compris que ça ne servait pas à grand-chose.
Alors, quel est le meilleur moyen pour arriver à convaincre ?
L’amour. C’est vraiment de réapprendre à nous écouter et à nous aimer les uns les autres. Et de se demander si on est capable d’aimer, de partager ? Est-ce qu’on est fiers de ce qu’on fait ? Il n’est jamais trop tard pour faire mieux.
L’exemple que vous avez diffusé de cet homme**, c’est inouï. C’est la meilleure preuve que l’amour peut faire changer les gens. Il n’y a pas plus clair comme démonstration. Je pense que c’est pour ça que vous avez choisi ce témoignage ?
Lui et cette femme, qui est la grand-mère et la mère des deux victimes, ne se sont jamais rencontrés physiquement. En prison, aux États-Unis, ce n’était pas possible. Donc ce n’est que par courrier et par visioconférence qu’ils ont communiqué. C’est impressionnant. Cette femme-là est très connue aujourd’hui aux États-Unis parce qu’elle est une pionnière de la justice restaurative, la justice où il faut pardonner. Même si c’est une question que je me pose : si on tuait mes enfants… Je crois quand même que le pardon est la clé de l’humanité. C’est tellement évident et simple à dire. Il faut le dire fort, l’annoncer fort. ☚
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Extrait du film HUMAN avec un témoignage bouleversant sur la justice restaurative.







Pour pouvoir vous parvenir avant le 15 mars, date du premier tour des élections municipales, ce numéro de Or Norme se devait d’être bouclé le 5 février dernier. N’empêche : les mois de décembre et janvier derniers ont été riches en événements de toutes sortes. Retour sur une campagne électorale menée tambour battant…
Rédaction : Jean-Luc Fournier
Photographie : Tobias Canales – Jean-Luc Fournier – DR
MERCREDI 10 DÉCEMBRE
Sondages...
Nous étions restés sur les chiffres du sondage IFOP commandé par JeanPhilippe Vetter, révélés en septembre dernier : Catherine Trautmann (25 %) était au coude-à-coude avec Jean-Philippe Vetter (24 %). Loin derrière, la maire sortante, Jeanne Barseghian (17 %).
On trouvait ensuite la liste LFI, alors supposément emmenée par le député Emmanuel Fernandes (13 %), suivie de la liste RN de Virginie Joron (11 %). Derrière encore, Pierre Jakubowicz héritait d’un décevant 6 % alors que Nicolas Matt (Renaissance) fermait la course avec un très faible 4 %... Beaucoup de cartes ayant été rebattues en l’espace de trois mois
(c’est un inconnu, Florian Kobryn qui est devenu tête de liste LFI tandis que Nicolas Matt, flairant le sens du vent a finalement rallié Jean-Philippe Vetter...), c’est au tour de l’Institut ELABE, en ce début décembre, de livrer le verdict d’un sondage commandé par Pierre Jakubowicz. Catherine Trautmann s’envole à 29 %, Jean-Philippe Vetter s’effondre à 16 % et partage la 2e place avec Jeanne Barseghian. Ensuite, tout se joue dans un mouchoir de poche : la liste Florian Kobryn (LFI) est estimée à 12 %, juste devant la liste de Virginie Joron (RN) qui se maintient à 11 %. À la limite de la barre des 10 % permettant à une liste de se maintenir pour le second tout apparaît enfin le commanditaire du sondage, Pierre Jakubowicz.

« Prendre soin de Strasbourg... »
Le tout Strasbourg se met alors à bruisser de mille rumeurs et les commentaires vont bon train. À trois mois du premier tour et alors que rien n’est encore cristallisé, il est évident que ces estimations restent à manipuler avec de longues pincettes. Mais tant pis, les un(e)s et les autres commentent et commentent encore...
SAMEDI 13 DÉCEMBRE
Coup d’envoi...
C’est un début de week-end gris et frisquet. 11 h. Sur le trottoir devant le 39 rue du faubourg-dePierre, une trentaine de personnes tirent sur leur cigarette ou discutent déjà passionnément. À l’intérieur de cet ex-drive piétons Auchan, une quarantaine d’autres en font autant. C’est l’inauguration du local de campagne de Catherine Trautmann. Les murs sont ripolinés d’un blanc éclatant, la vitrine entièrement floquée aux couleurs de la candidate.
↑ Présentation des vœux de Catherine Trautmann à Quai de Scène.
Vers midi, ils seront quasiment une petite centaine à se presser devant le pupitre en carton renforcé et l’affiche rutilante, création de la jeune et très active communicante Annabelle Bendel, tout sourire. Assez discrète sur un côté de la pièce, Chantal Cutajar, la nouvelle ralliée, se souvient sans doute encore avoir été tout en haut de la liste de Fabienne Keller et Robert Grossmann qui avait empêché Catherine Trautmann de réaliser un troisième mandat consécutif. C’était en 2001. Quelques années plus tard, décidément voyageuse, Chantal Cutajar rejoignait Roland Ries sans discontinuer jusqu’en 2020. La politique a ses raisons que la raison ignore...
En tout cas, pour ce vrai coup d’envoi, Catherine Trautmann prendra la parole pendant quinze minutes, offensive, déterminée, en prononçant déjà ces quatre petits mots qui reviendront très souvent ensuite : « prendre soin de Strasbourg... »

« Réparer les erreurs des six dernières années mais aussi et surtout préparer les réussites des trente prochaines. »
MARDI 13 JANVIER
No comment...
La fameuse « trêve des confiseurs » a été respectée. C’est le premier grand meeting de la campagne, programmé sous le format des traditionnels vœux. Alors que le froid arrive sur Strasbourg, Pierre Jakubowicz a réuni ses soutiens aux Studios du Rhin.
Sous son étiquette « HorizonsRenaissance-Modem », cet opposant radical à la municipalité en place a passé les six dernières années à fustiger l’équipe sortante à grands coups de communiqués de presse souvent très acides.
Dans la salle, ce sont ses coéquipiers Rebecca Breitman et Étienne Loos qui lancent la soirée en annonçant le « retard » de leur leader qui termine au même moment un débat organisé par les Amis du VieuxStrasbourg au centre-ville (le rythme effréné des candidats en campagne électorale...).
On remarque de fidèles piliers du centredroit, l’ex-ministre François Loos ou encore l’ex-maire de La Wantzenau, Patrick Depyl, candidat malheureux aux dernières législatives et soutien de toujours du Modem de François Bayrou.
↑ Meeting de Pierre Jakubowicz aux Studios du Rhin.
Une absence très remarquée, celle de Fabienne Keller. À l’arrivée du candidat, les écharpes jaune-or virevoltent, la sono monte en volume au fur et à mesure de sa progression vers le pupitre.
Devant 500 personnes environ, Pierre Jakubowicz va déclamer posément ses convictions et les principaux points de son projet réunis sous le slogan « Du nouveau pour Strasbourg ». La phrase-choc la plus applaudie : « Le prochain mandat devra réparer et préparer. Réparer les erreurs des six dernières années mais aussi et surtout préparer les réussites des trente prochaines ».
Pas un mot sur une éventuelle alliance pour le second tour. Et aucun moyen de deviner l’état d’esprit du candidat auquel le dernier communiqué de son concurrent le LR Jean-Philippe Vetter, à peine deux heures avant le début du meeting aux Studios du Rhin, n’avait pas échappé : « Si je suis tout à fait ouvert à l’idée de rassembler encore plus largement avant le premier tour, j’exclus toute alliance et arrangements de circonstance au soir du premier tour... » écrivait Jean-Philippe Vetter.
Une main tendue à laquelle a répondu ce soir-là un lancinant et omniprésent « No comment... »
VENDREDI 16 JANVIER
Karaoké
C’est au tour de Jeanne Barseghian et son équipe sortante de présenter leurs vœux, c’est-à-dire organiser le premier meeting de leur campagne 2026. Le rendez-vous est fixé en début de soirée au Karmen Camina, une petite salle de spectacle au cœur de La Manufacture des Tabacs, à la Krutenau. Sur les près de 400 personnes présentes, il y en a bien la moitié qui sont arrivées à vélo (le moyen de transport écolo-compatible par excellence) et quasiment tout le reste en transport en commun ou à pied puisque de toute façon, cela fait bien longtemps qu’on ne stationne plus très facilement sa voiture dans ce quartier.
La leader nationale des Verts, Marine Tondelier, est l’invitée d’honneur de la soirée. Ses quelques mots de louange à la maire sortante (« Je l’adore. Jeanne Barseghian est exceptionnelle... ») sont suivis d’un assez inattendu et très court laïus sur le thème « Strasbourg — ville refuge » sous les vivats des 400 militants présents avant que la candidate sortante ne reprenne la main, entourée sur la micro-scène des représentants de sa coalition (Place publique, Alternative alsacienne, Génération.s, PCF, Debout !...) et présente très
rapidement quelques points forts de sa campagne en terminant par un cri du cœur : « En 2020, tous les sondages nous annonçaient battus. On a vu le résultat. En 2026, ce sera le même scénario ! »
Vers la fin de la soirée, le DJ Vladimir Spoutnik introduira la séquence karaoké. Toujours côte-à-côte sur la scène, Jeanne Barseghian et Marine Tondelier se déhancheront gracieusement en chantant (plutôt bien) le « Résiste » de France Gall. Plus tard encore, certains élus et militants ayant écrit quelques strophes d’un hymne écolo à la gloire de Jeanne Barseghian clôtureront la soirée sur une petite touche « Kermesse des écoles » somme toute assez drôle...
MARDI 20 JANVIER
« Plus jamais le PS ! »
On se retrouve de nouveau au cœur des anciennes et quelquefois toujours friches industrielles du port du Rhin. Cette fois-ci au Kaléidoscope, à 200 m de la station Tram Starcoop. Ce soir, c’est LFI qui invite avec une affiche bien dense : en apéritif, une colistière « ardente comme la braise », Halima Meneceur, exhortant ses « camarades » militants à « faire tomber ce système pourri jusqu’à l’os ».
« En 2020, tous les sondages nous annonçaient battus. On a vu le résultat. En 2026, ce sera le même scénario ! »


« Changer en profondeur les consciences et déconstruire les idées reçues... »
Dans la foulée, Emmanuel Fernandes, le seul député LFI alsacien, donne le ton avec un discours tout entier tourné vers un seul adversaire, le PS, « Plus jamais le PS ! Catherine Trautmann, c’est une arnaque... » Comme c’est une semaine de session européenne, voilà que la députée Manon Aubry, tout juste arrivée du Parlement européen, s’empare de la scène pour exhorter les militants de « faire de cette campagne municipale le tour de chauffe de la Présidentielle de 2027 et tourner la page du macronisme... » Vivats des 600 militants présents, une deuxième salle reliée en vidéo ayant été ouverte pour gérer l’affluence. Le programme prévoyait ensuite un discours de Rima Hassan, elle aussi députée européenne. Mais devant son très important retard et sans indication précise de son heure d’arrivée, c’est le candidat Florian Kobryn qui se résout à prendre la parole pour que l’ambiance ne retombe pas. Durant une vingtaine de minutes, après avoir lui aussi évoqué l’état du monde — « ce gang de vieux mâles autoritaires, Trump, Poutine, Netanyahou... » — et à grands coups de « changer en profondeur les consciences et déconstruire les idées reçues... », la tête de liste LFI atteindra effacement ses deux objectifs : continuer à accabler Catherine Trautmann et le PS de tous les maux mais aussi ne pas trop attaquer l’équipe sortante afin de pouvoir vraisemblablement
↑ Meeting de Florian Kobryn au Kaléidoscoop.
négocier un maximum de bonus en prévision d’un probable ralliement de second tour.
Vers 22 h, après une retentissante Internationale chantée à tue-tête, poings levés dans la plus pure tradition trotskyste des grandes années et l’arrivée de Rima Hassan n’étant toujours pas programmée, nous avouons avoir jeté l’éponge...
« Aimer Strasbourg... »
Changement de décor : ce soir, le vieux Palais des Fêtes reprend du service et c’est une salle « à l’américaine » qui nous attend. Une vaste tribune avec cinq rangs de gradins en fond de scène pour accueillir les candidats de la liste, un podium en pointe avancée vers les rangs du public du parterre et en direction aussi du balcon de cette salle particulière. Tout sera rempli : 500 sympathisants seront là pour applaudir à tout rompre lorsque Jean-Philippe Vetter fera son entrée sur scène. Un début de soirée marqué par des témoignages (en live ou en vidéo) sur les qualités et la personnalité du candidat, témoignages somme toute plutôt convenus à l’exception de celui du père de Jean-Philippe Vetter, très truculent et qui déclenchera une tempête de rires quand il ira même jusqu’à raconter la conception de son propre fils (si, si...) un soir de victoire du Racing 3-0 face au PSG, en mai 1979...

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« C’est la fin d’un cycle de quarante ans et un grand espoir qui se lève pour notre ville. »
Mais la partie la plus importante de ce meeting reste bien sûr le très attendu discours du candidat. D’un pas assuré, Jean-Philippe Vetter s’avance. La tenue est du meilleur goût : élégant costume bleu profond, chemise bleu ciel, cravate noire, le sourire séducteur, le candidat livrera une demi-heure de plaidoyer pour Strasbourg, micro HF à la main et sans notes (mais discrètement soutenu par deux tablettes micro-prompteurs lui indiquant les mots-clés, discrètement calés aux pieds de ses assistants, assis au premier rang du parterre).
« Je veux être le rassembleur de la grande majorité alsacienne » insistera-t-il à plusieurs reprises (comme un appel du pied de plus à Pierre Jakubowicz, toujours muet sur le sujet).
Pour Jean-Philippe Vetter, « Aimer Strasbourg » (la base-line de sa campagne) c’est, pêle-mêle, « l’écologie comme cause commune par excellence, la tolérance zéro pour les incivilités et les comportements dangereux, l’abonnement à un euro par mois pour les 65 ans et + sur le réseau CTS, “avoir du bleu dans nos rues” avec le doublement des effectifs de la police municipale, développer l’aéroport de Strasbourg à la hauteur des dimensions européenne de la ville et... un poste d’adjoint attribué à l’opposition municipale. » Entre des dizaines d’autres mesures...
↑
Meeting de Jean-Philippe Vetter au Palais des Fêtes.
« C’est la fin d’un cycle de quarante ans et un grand espoir qui se lève pour notre ville » concluera-t-il avant d’exhorter les électeurs à « faire le choix du changement... ». En conclusion, à la fin du tonnerre d’applaudissements d’un public très « bon chic bon genre », un ténor entamera une Marseillaise a capella, devant une salle au garde-à-vous. Dans la plus pure tradition de la droite républicaine française...
VENDREDI 30 JANVIER
« Le RN en embuscade ? »
Très en amont de ces Carnets de campagne, nous avions contacté toutes les listes susceptibles d’atteindre la barre des 10 % leur permettant de participer au second tour de l’élection. Toutes nous avaient communiqué les dates des rendez-vous publics de leur campagne, toutes sauf une... celle de Virginie Joron du Rassemblement national.
À peine quelques jours avant notre bouclage, la quasi-totalité des reportages effectués, le coup de fil in-extremis de la candidate RN ne nous aura permis de dégager qu’une petite heure pour une rencontre dans un salon de thé de la rue du XII novembre.
À notre arrivée, Virginie Joron nous reçoit avec, à ses côtés, l’ex-conseiller régional LR, aujourd’hui
responsable de l’UDR 67 (le micro-parti de Éric Ciotti), David Saglamer, une « belle prise » devenue depuis peu le second de sa liste. Cette courte heure d’entretien, difficilement calée au sein d’agendas respectifs remplis à ras bord, ne nous aura permis qu’à peine mieux connaître la tête de liste du parti de la droite-extrême et ses intentions à Strasbourg.
C’est le hasard de la vie professionnelle qui a conduit cette jeune cinquantenaire à Strasbourg, pour suivre son mari, fonctionnaire du ministère de la Justice. C’était il y a vingt-cinq ans.
Si elle n’est pas apparue plus tôt sur les radars des militants et de la presse, c’est que son engagement au sein du Front national s’est fait de bien curieuse façon. Habitant à cette époque Fréjus, où elle suivait des études de droit devant la conduire à la profession de commissaire de police, Virginie Joron se souvient « avoir toujours été une fan absolue de Marine Le Pen » au point de déposer elle-même au siège du parti une lettre personnelle où elle expliquait clairement « se mettre à la disposition de la présidente du FN pour concourir à une élection à l’endroit où le parti le jugerait nécessaire ».
Arrivée en Alsace, elle se trouvera donc en compétition lors de plusieurs scrutins départementaux, régionaux ou européens, au titre de son engagement. Actuellement députée européenne, Virginie Joron a également été conseillère régionale Grand Est (jusqu’en 2021) et a échoué aux récentes législatives de 2024 lors du second tour, au sein d’une triangulaire finalement remportée par Emmanuel Fernandes (LFI). Quand on l’interroge sur ses objectifs précis concernant l’élection municipale strasbourgeoise, Virginie Joron est sobre et précise : « Participer au second tour et pouvoir créer un groupe au sein du nouveau conseil municipal. Je veux enraciner mon parti à Strasbourg ».
Le tout dit avec une détermination ostensible, qui semble être la marque de fabrique de cette candidate néanmoins un brin fantasque : en décembre dernier, voulant utiliser un visuel illustrant « la saleté dans les rues de Strasbourg », elle s’est fait « pincer les mains dans le pot de confiture » en utilisant des images générées par une intelligence artificielle. Mais, provocatrice, elle a délibérément récidivé dans les heures
« Participer au second tour et pouvoir créer un groupe au sein du nouveau conseil municipal. »

suivant notre rencontre en publiant une série de clichés la montrant escaladant la flèche de la cathédrale avec le drapeau « Sauvons Strasbourg ». Heureusement, même en campagne électorale, le ridicule ne tue plus...
SAMEDI 31 JANVIER
« Pas la peine de chauffer la salle... » 17 h. C’est le dernier meeting de vœux des listes des favoris et c’est celui de la liste de Catherine Trautmann. Il est organisé au sein de la dernière-née des salles de spectacles strasbourgeoises, Quai de Scène.
Là encore, ils sont plus de 500 à se presser en cette fin d’après-midi du dernier jour de janvier. On reconnait bien sûr nombre de têtes qui fréquentent les rendez-vous de la politique locale depuis parfois des décennies. Ce soir-là, les deux codirecteurs de campagne de la candidate, le député Thierry Sother et Mathieu Cahn auront à des centaines de reprises serré beaucoup de mains...
Et parmi les centaines de personnes présentes, c’est sans doute la charismatique femme d’affaires Nathalie Roos qui aura été parmi les plus remarquées : quelques jours avant le meeting, Catherine Trautmann avait annoncé que bien que ne figurant pas sur sa liste, elle présiderait un Conseil métropolitain de l’économie, au lendemain d’une éventuelle victoire.
Avec à peine un quart d’heure de retard, la candidate a fendu la foule, revêtue d’une inédite veste noire scintillante et entamé son propos avec une boutade de circonstance, suivie d’un bel éclat de rire : « Il fait si chaud... ce n’est pas la peine de chauffer la salle... »
La suite fut sans doute un des discours les plus brefs de la carrière de Catherine Trautmann. Un quart d’heure, juste le temps de rappeler avec assurance les fondamentaux de sa candidature : « libérer les énergies, pas les bloquer (...) relier, pas fracturer (...) prendre le temps de prendre de soin de Strasbourg et des Strasbourgeois... »
Sans oublier de revenir sur « six années où Strasbourg s’est recroquevillée sur elle-même... ».
Longtemps après la fin de son discours, la candidate s’attardait encore au gré des incessantes sollicitations de ses partisans, manifestement conquis...
Un débat pour rien Durant une campagne électorale municipale, les propositions de débats entre les candidats tombent en avalanche (rien que dix-sept en décembre-janvier derniers), et sur toutes les thématiques imaginables.
Ce soir-là, le Shadok, Emmaüs Connect et la CyberGrange organisaient un débat sur « Les enjeux de l’inclusion numérique :

quelles propositions pour Strasbourg ? ». Une thématique plus qu’intéressante surtout quand on songe aux milliers de personnes qui, pour toutes sortes de raisons, éprouvent de réelles difficultés à accéder aux services en ligne. Un temps, les professions de foi des candidats ou de leur représentant (les seules têtes de liste présentes étaient Catherine Trautmann, Pierre Jakubowicz, Florian Kobryn et Cem Yoldas [Strasbourg, c’est nous ! NPA], ont permis de mettre le doigt sur une ou deux évidences, notamment le recrutement de beaucoup plus d’assistants numériques, capables d’aider les usagers.
Mais très vite, les débats se sont éloignés de la thématique originelle pour aborder des sujets quelquefois hyper techniques voire abscons.
Que vaut cette surabondance de rencontres au cœur d’une campagne municipale ? Qui y trouve vraiment son compte, les organisateurs ou les candidats ? On peut raisonnablement se poser ce genre de questions...
Le premier sondage indépendant Il était plus qu’attendu. Et il trône ce matin-là en pleine page du cahier local Strasbourg des DNA. Une commande du quotidien régional réalisée du 13 au 27 janvier par IPSOS auprès de 602 habitants figurant sur les listes électorales — soit de 2 à 4 % de marge d’erreur. Le sondage livre les estimations suivantes : Catherine Trautmann 31 %, Jeanne Barseghian 22 %, Jean-Philippe Vetter 19 %, Virginie Joron 11 %, Florian Kobryn 9 % et Pierre Jakubowicz 6 %. Quatre enseignements majeurs : la confirmation de la course en tête de Catherine Trautmann, la très forte probabilité d’une quadrangulaire [au moins] au second tour, le rôle-clé de Pierre Jakubowicz malgré son score qu’il jugera bien sûr décevant... et une très forte incertitude sur le résultat final d’une élection qui se jouera très probablement à pas grand-chose... Nous en étions là le 5 février dernier, à l’heure du bouclage de ce numéro 60 de notre magazine. ←
« Que vaut cette surabondance de rencontres au cœur d’une campagne municipale ? »

Strasbourg Opéra 11-19 mars 2026
Direction musicale Samy Rachid
Mise en scène Olivier Py
Mulhouse La Filature 27 & 29 mars 2026
Chœur de l’Opéra national du Rhin
Orchestre national de Mulhouse operanationaldurhin.eu


Dans ce troisième et dernier volet dédié aux Municipales 2026, place aux mobilités et à la crise du logement que connaît Strasbourg. Des sujets touchant directement le quotidien des Strasbourgeois, invités à se rendre aux urnes les 15 et 22 mars prochains pour élire leur prochain maire.
Rédaction : Barbara Romero
Photographie : Abdesslam Mirdass
MOBILITÉS
espaces piétons nouvel enjeu des mobilités ?
L’Agence d’urbanisme Strasbourg Rhin Supérieur (ADEUS) vient de publier une enquête sur les mobilités au sein de l’Eurométropole et du SCOTERS (*). Si certaines tendances étaient attendues, la place prise par la marche, premier mode de déplacement des habitants, a surpris les urbanistes. Éclairage.
Rédaction : Barbara Romero
Photographie : Abdesslam Mirdass

☛ Comment les déplacements des Strasbourgeois, et plus largement des habitants du SCOTERS, ont-ils évolué depuis 2009 ? Cette enquête apolitique, menée auprès de 12 673 habitants de 5 ans et plus, dresse un panorama de près de deux décennies durant lesquelles se sont succédé Roland Ries (2008-2020) et Jeanne Barseghian à la tête de Strasbourg. Elle constitue une base de travail pour les élus, les politiques de déplacements se construisant à grande échelle.
Moins 10% de déplacements quotidiens.
Transports en commun, vélo, voiture, marche : les quelques 1,9 million de déplacements quotidiens des habitants du SCOTERS, dont 1,65 million dans l’Eurométropole, ont été analysés. Premier constat : les déplacements quotidiens ont diminué de 10%. « C’est une tendance nationale liée à la crise de 2023 dont nous mesurons les conséquences aujourd’hui : les gens rationalisent leurs déplacements pour des questions d’empreinte carbone, de coût de l’énergie », analyse Benoît Vimbert, directeur d’études de l’ADEUS. « À cela s’ajoute le télétravail, mais cela ne concerne finalement que 1% des sondés – 28% des actifs – mais aussi le vieillissement de la population. »
L’évolution des modes de déplacement est plus marquante encore. « Ce qui m’a le plus surpris, c’est la croissance de la marche : hormis pour le motif travail, où la voiture reste dominante, elle est l’un des modes de déplacements les plus utilisés dans l’EMS », observe-t-il.
Avec 670 000 déplacements quotidiens, la marche devient le premier mode de transport en volume. « En termes d’urbanisme, cela signifie qu’il faut des espaces “marchables”, des itinéraires de calme, de méditation, de sérénité, mais aussi de contacts humains possibles », souligne Pierre Laplane, directeur de l’ADEUS.
Cette pratique progresse notamment chez les seniors, soucieux de leur santé. Une autre donnée interroge toutefois : « C’est la diminution, mais elle reste à confirmer, des déplacements des jeunes pour les loisirs au profit des activités digitales », regrette Benoît Vimbert.
Hausse relative de la part du vélo dans l’EMS, mais +20% à Strasbourg.
« C’est là tout le rôle du politique que de réussir à gérer les contradictions de la société, mais c’est aussi à la société d’accepter les frottements », rappelle Pierre Laplane. La part du vélo est passée de 8% à 11% dans l’EMS. « Cela peut paraître peu, mais ce n’est pas négligeable : gagner un point de part modale à vélo ou en transport en commun est plus compliqué que pour la marche », précise-t-il. Déjà bien dotée en pistes cyclables en 2009, l’EMS progresse aujourd’hui surtout grâce à la continuité des réseaux. « Passé une certaine densité, l’usage n’est plus déterminé par les kilomètres, mais par la continuité. Si on fabrique des bouchons à cyclistes ou s’il manque du stationnement, cela dissuade. »
« Si un réseau est centré sur un seul point, il est fragile »

À Strasbourg, le manque d’arceaux et de parkings vélos en centre-ville reste un frein. L’impact du Ring et de la Colmarienne sur la pratique quotidienne reste à confirmer dans les six mois.
Urgence à résoudre le cas Homme-de-Fer
La fréquentation des transports en commun a progressé de 15% depuis 2009. Si le débat politique se cristallise sur le faible nombre de kilomètres de tram construits, les urbanistes insistent davantage sur le maillage. « Si un réseau est centré sur un seul point, il est fragile », rappelle Benoît Vimbert. « Il y a deux sujets : l’engorgement de la station Homme-deFer, puis la sécurité et la pérennité de la circulation », ajoute Pierre Laplane.
La question du temps de parcours reste centrale. « Plus on prolonge les lignes, plus on allonge la durée du trajet. Le SERM pose clairement la question de l’efficacité du train au-delà de 20 km », souligne Benoît Vimbert, évoquant aussi la nécessité d’une densité de population suffisante pour garantir l’équilibre économique. Pour les urbanistes, « la première alternative de mobilité, c’est l’aménagement du
territoire ». « La meilleure politique de mobilité, c’est déjà de choisir où l’on met les développements futurs en matière d’habitat et d’activités », concluent-ils.
Si la voiture représente encore un déplacement sur deux dans le Bas-Rhin, cela marque une évolution notable. « Arriver à 50% de part modale de la voiture, c’était le Graal ultime des agglomérations », rappelle Benoît Vimbert. Là où la voiture reste reine, c’est sur les déplacements de plus de 10 kilomètres, faute d’alternative. À Strasbourg, la part du vélo a nettement augmenté, avec 20% de cyclistes en plus entre 2019 et 2024 selon le SIRAC. Si on écarte les aménagements et décisions politiques qui diffèrent selon les candidats et conditionnent le quotidien des Strasbourgeois, unanimement ils font de l’apaisement et du partage de l’espace public une priorité. ☚
(*) Habitants de l’Eurométropole de Strasbourg et des Communautés de commune d’Erstein, du Kochersberg et du Pays de la Zorn.
(**) Bus à haut niveau de service


















































MOBILITÉS
Entre bilan et projets inachevés, la maire sortante Jeanne Barseghian revendique la cohérence de son action en matière de mobilités. En cas de réélection, elle entend poursuivre le partage de l’espace public et la transformation des entrées de ville, avec une priorité affirmée : le tram Nord.
Rédaction : Barbara Romero
Photographie : Abdesslam Mirdass

☛ Jeanne Barseghian semble avoir digéré la – grosse – déconvenue du tram Nord. C’est en effet la première fois dans l’histoire du tram strasbourgeois que la commission d’enquête a émis un avis défavorable à un projet d’extension. Un revers politique qui n’a pas découragé la candidate EELV. « C’est évidemment un regret pour moi et les habitants des communes du Nord et je défendrai les projets portés par les citoyens », confie-t-elle.
S’appuyant sur les conclusions de la Convention citoyenne, Jeanne Barseghian ferait de ce dossier la priorité d’un second mandat, en explorant les trois scénarios proposés pour l’entrée de Strasbourg. Parmi eux, le Faubourgde-Pierre, « une option encore jamais étudiée », mais qui ne règle pas entièrement la saturation du nœud de l’Homme-de-Fer. Les hypothèses
de raccordement via la place de Haguenau ou l’avenue des Vosges restent également ouvertes à des études complémentaires et à la concertation. « Je rappelle qu’il n’a jamais été question de piétonniser l’avenue des Vosges », insiste-t-elle.
Un débat sur le tram Nord monté en mayonnaise ?
La maire sortante met aussi en cause l’opposition dans l’échec du projet : « J’ai été très surprise de voir Jean-Philippe Vetter, Catherine Trautmann et Pierre Jakubowicz réunis jusqu’à mettre en péril un projet d’intérêt général. » Elle dénonce une « instrumentalisation politique » du débat, rappelant que le tramway a toujours suscité des oppositions avant d’être plébiscité. « Le débat sur le tram Nord a été monté en opposition entre habitants de l’avenue des

Vosges et quartiers populaires, en oubliant l’objectif premier : desservir la Cité des Écrivains et les quartiers populaires de Bischheim. » Pour autant, c’est bien une commission d’enquête neutre qui a tranché en sa défaveur.
Depuis le début du mandat, sa ligne directrice reste la réduction du trafic de transit en cœur de ville. Cela passe par le travail sur les entrées de Strasbourg, via le Service express régional métropolitain (SERM), les cars express interurbains et le TSPO (Transport en site propre de l’ouest strasbourgeois), dont la dernière phase débutera cet été. Elle cite aussi la station Éluard à Hautepierre et la transformation de la place des Halles en hub multimodal, qui gagnera encore en efficacité avec les voies prévues d’ici 2028.
Côté transports collectifs, Jeanne Barseghian veut renforcer le maillage CTS et
développer les lignes Chron’hop, à l’image de la ligne G dont la fréquentation dépasse les prévisions (32 000 voyageurs/jour). Niveau tarif, elle prévoit la gratuité de l’abonnement CTS pour les moins de 25 ans sans ressources et pour les personnes aux plus faibles revenus, le carnet de dix tickets à demi-tarif pour les plus de 65 ans. Et enfin un stationnement résident dès 5 € par mois pour les plus précaires.
Sur les mobilités actives, elle revendique un investissement massif en faveur du vélo (100 M€ pour l’EMS), avec notamment le Ring et la Colmarienne. « L’espace public est aujourd’hui plus équitablement partagé », affirme-t-elle, rappelant l’adaptation progressive des flux après chaque aménagement. Au détriment des piétons comme l’estime l’opposition ? ☚
« L’espace public est aujourd’hui plus équitablement partagé. »

LOGEMENT
Strasbourg est sous tension locative. Avec une loi des finances 2026 qui peinait à sortir et des échéances électorales sur les deux prochaines années, Suzanne Brolly, vice-présidente de l’EMS en charge de la politique de l’habitat, et Frédéric Bernhard, co-président de la FNAIM (*), ne cachent pas leurs inquiétudes.
Rédaction : Barabra Romero
Photographie : Abdesslam Mirdass
↑ Frédéric Bernhard, co-président de la FNAIM et Suzanne Brolly, vice-présidente de l’EMS.
☛ Selon une étude nationale publiée par SeLoger, le nombre de biens proposés à la location à Strasbourg a chuté de près de 30% entre octobre 2023 et octobre 2024. Un décrochage induisant une pression supplémentaire sur les loyers et un accès au logement plus difficile. En parallèle, la demande de logements sociaux est passée de 20 000 en 2020, à 30 000 en 2025. Et 63% des Strasbourgeois y sont éligibles. Pour tenter d’enrayer cette crise du logement, la Ville et l’Eurométropole ont actionné tous les leviers disponibles, assure Suzanne Brolly, adjointe à la maire et vice-présidente de l’Eurométropole en charge de la politique de l’habitat : « Nous avons débloqué 13,5 M€ d’aides pour les bailleurs au niveau de l’EMS, vendu du patrimoine et des terrains non bâtis. Cela représente 2228 logements créés (sociaux, intermédiaires et privés), ainsi que 6592 logements sociaux agréés et financés en six ans. Nous avons également utilisé certains de nos bâtiments pour créer 600 places d’hébergement et 600 places “intercalaires”, à savoir
une utilisation temporaire de logements et de terrains en attente de relocation pour mettre à l’abri les personnes en situation d’urgence. »
Strasbourg, une ville de locataires
Mais la tension ne faiblit pas. « Strasbourg est une ville de locataires : 49% du parc privé est occupé par des locataires, contre 27% de propriétaires », rappelle Frédéric Bernhard, co-président de la FNAIM (*). Selon lui, plusieurs facteurs expliquent ce décrochage. « L’investissement locatif a longtemps reposé sur des dispositifs fiscaux incitatifs. Aujourd’hui, ils ont disparu. Dans le même temps, tout augmente : les taux d’intérêt, le prix du foncier, les coûts de construction. Les normes sont plus exigeantes et l’obtention des permis de construire plus complexe. »
À ces contraintes économiques s’ajoute l’entrée en vigueur progressive de la loi Climat et Résilience, qui impose la rénovation énergétique des logements les plus énergivores, sous peine d’interdiction de location. Une
évolution nécessaire sur le plan environnemental, mais difficile à absorber pour de nombreux propriétaires.
Un constat partagé par Suzanne Brolly : « Entre 2024 et 2025, les demandes d’accompagnement à la rénovation ont augmenté de plus de 240%, pour plus de 40 millions d’euros de travaux engagés sur le territoire. En six ans, 20 000 logements ont pu être rénovés grâce à l’accompagnement de l’EMS. Ces rénovations améliorent la qualité des logements et soutiennent l’économie locale », souligne-t-elle.
L’inquiétude des meublés de tourisme
Mais la réduction du périmètre de MaPrimeRénov », désormais réservée aux ménages modestes et très modestes, fait craindre un net ralentissement. « Nous risquons de ne pas atteindre les objectifs du plan Climat, qui prévoit la rénovation annuelle de 2 000 logements sociaux et 6 000 dans le parc privé à l’échelle de l’Eurométropole. » Sans compter que cela ne soutiendra pas l’offre locative.
« Strasbourg est une ville de locataires : 49% du parc privé est occupé par des locataires, contre 27% de propriétaires. »
Suzanne Brolly
« Si le meublé touristique était moins attractif que le conventionnement social, on pourrait avancer sur ces sujets. »
Autre évolution notable : la demande locative se concentre de plus en plus sur les petites surfaces. Or, de nombreux propriétaires choisissent désormais d’occuper leurs biens plutôt que de les louer. Parallèlement, la part des meublés de tourisme a progressé de 20% entre 2023 et 2024, réduisant d’autant l’offre locative pérenne. « Si le meublé touristique était moins attractif que le conventionnement social, on pourrait avancer sur ces sujets », estime Suzanne Brolly, qui envisage, en cas de nouveau mandat, d’activer deux nouveaux leviers : des quotas et le renforcement des règles encadrant le changement d’usage des locaux professionnels. Pour autant, la vacance structurelle reste relativement contenue à Strasbourg : environ 3 550 logements sont vacants depuis deux ans, soit un taux de 2,5%. « Nous avons obtenu que la taxe sur les logements vacants soit désormais reversée aux villes, ce qui permettra de renforcer les aides à la pierre », se félicite l’élue. Une mesure qui, selon Frédéric Bernhard, pourrait toutefois inciter davantage à la vente qu’à la remise sur le marché locatif après rénovation.
Encadrement ou non des loyers ?
C’est dans ce contexte que le débat sur l’encadrement des loyers refait surface. Catherine Trautmann (PS), Florian Kobryn (LFI), Jeanne Barseghian (EELV) y sont favorables contrairement à Jean-Philippe
Vetter (LR), Pierre Jakubowicz (Horizons) et Virginie Joron (RN).
Si la municipalité n’a pas activé ce levier lors du mandat en cours, faute d’éligibilité de Strasbourg au dispositif, la question n’est plus exclue. « Face aux dérives constatées, il faut mobiliser une palette d’outils pour améliorer la qualité et l’accessibilité de l’habitat », explique Suzanne Brolly, tout en soulignant que l’encadrement ne serait envisagé qu’en complément d’autres dispositifs.
Les professionnels de l’immobilier, eux, restent opposés à cette mesure. Pour la FNAIM, l’exemple de Paris illustre les effets pervers d’une régulation jugée excessive : selon l’INSEE, en dix ans, la capitale a perdu plus de 127 000 habitants tandis que le nombre de logements inoccupés augmentait. « On ne résout pas une crise de l’offre en culpabilisant les bailleurs par la contrainte, mais par l’incitation. Redonner envie d’investir est, selon nous, la seule voie durable pour remettre des logements sur le marché », estime ainsi Frédéric Bernhard. Au-delà du business, le logement est le premier poste de dépenses des Français et leur préoccupation principale. Or qui dit crise du logement, dit crise sociale. Reste donc à espérer que les échéances électorales prochaines donneront une orientation claire et durable pour sortir de l’incertitude politique nationale que nous traversons depuis des mois et qui pèse sur un marché déjà fragilisé. ☚

Les candidats aux municipales dénoncent un plan Mobilité mené dans la précipitation et un partage déséquilibré de l’espace public. Ils font par ailleurs de la crise du logement une priorité.
Rédaction : Barbara Romero Dessin : Yannick Lefrançois

☛ MOBILITÉ
Comment évaluez-vous le Plan de déplacements urbains et les réalisations de l’exécutif ?
Catherine Trautmann (PS) : « C’est l’emblème de l’échec de cette municipalité, alors qu’il devait en être la réussite. Le tram Nord a été mené dans une logique démagogique et sans schéma directeur des mobilités, pourtant indispensable pour obtenir des financements de l’État et de l’Union européenne. Rien n’a été engagé pour transformer la M35 et retirer 40 000 véhicules par jour : avec une politique de contraintes en ville, elle est redevenue un périphérique. »
Jean-Philippe Vetter (LR) : « Le bilan est survendu : le tram Ouest, le Ring vélo et la ligne G figuraient déjà dans les projets de l’équipe de Roland Ries. Le Ring est une bonne idée, mais sa réalisation précipitée et électoraliste a laissé des secteurs dangereux. Pour les piétons, la situation s’est dégradée : des aménagements anti-voiture mal pensés génèrent embouteillages et comportements à risque. Rien n’a été fait pour encadrer les livreurs à vélo. Quant aux transports en commun, le constat est sévère : aucun projet abouti et un tram Nord sanctionné par un avis défavorable inédit. »
Florian Kobryn (LFI) : « Il faut saluer les efforts sur les mobilités : le plan vélo a amélioré le quotidien et des projets structurants ont été engagés, notamment aux Halles et à la gare. Mais ces avancées sont entachées d’échecs majeurs. L’abandon du tram Nord retarde une ligne attendue depuis des décennies. La ZFE fait peser l’effort sur les ménages modestes sans s’attaquer aux causes structurelles de la pollution. Enfin, le stationnement résident a été déployé de manière socialement déséquilibrée. »
Pierre Jakubowicz (Horizons) : « Ce bilan incarne l’hypocrisie du mandat : toujours
plus de contraintes et rarement de vraies solutions. L’espace public est sous tension, l’offre de transports se dégrade, la fiabilité recule. L’échec du tram Nord ou encore la rue Mélanie illustrent un dogmatisme ayant conduit à l’impasse et à des surcoûts importants. »
Virginie Joron (RN) : « Les objectifs environnementaux ont été poursuivis de manière déséquilibrée. La politique anti-voiture a réduit le stationnement sans concertation. Les aménagements cyclables se sont développés sans vision globale. Les piétons restent les oubliés et l’attractivité des transports en commun est fragilisée par l’insécurité et une offre parfois mal adaptée aux flux réels. »
Quelles sont vos priorités en matière de mobilités ?
Catherine Trautmann : « J’engagerai une concertation citoyenne sur l’ensemble des mobilités pour accélérer les décisions par le dialogue. Je me suis ainsi abstenue sur le tram Ouest, dont les usages n’ont pas été pleinement pris en compte. Même constat place des Halles, où 250 cars interurbains circulent sans gare routière, générant nuisances et pollution près d’un parc pour enfants. Je souhaite revenir à un projet de gare suspendue intégrant TGV, parking, tram et gare routière. Je défends enfin un Code d’usage de l’espace public. »
Jean-Philippe Vetter : « Strasbourg doit redevenir une ville pionnière des mobilités douces. Le tram doit redevenir un outil structurant de transport et de transformation urbaine. Je défends de nouvelles lignes, notamment transversales, et un véritable “ring tramway” pour sortir d’un modèle centré sur l’hypercentre. Un vrai plan piéton est également indispensable, avec des cheminements sécurisés et un éclairage cohérent. »
« Je souhaite revenir à un projet de gare suspendue intégrant TGV, parking, tram et gare routière. »


Jean-Philippe Vetter, LR
« Le tram Nord a été pensé de manière trop étriquée, entre deux maires. »
Florian Kobryn : « Nous voulons garantir un droit à la mobilité pour toutes et tous. Cela passe par la démotorisation des zones denses, car la voiture individuelle est inefficace en termes d’espace et d’énergie. Cela passe aussi par le développement des transports publics et par une meilleure accessibilité aux réseaux collectifs, avec davantage de lignes vers les quartiers prioritaires et des tarifs réellement sociaux. »
Pierre Jakubowic : « Notre priorité est un choc d’offre dans les transports : horaires étendus, temps d’attente réduits et fiabilité retrouvée. Nous réorganiserons l’espace public pour donner la priorité au piéton, avec un espace dédié à chacun. J’interdirai les trottinettes électriques en zones piétonnes et rendrai obligatoire l’immatriculation des livreurs à vélo. »
Viriginie Joron : « Nous mettrons fin à la politique anti-voiture pour rétablir un équilibre entre les modes de déplacement. Les piétons redeviendront prioritaires grâce à des cheminements sûrs. Dans les transports, nous renforcerons la sécurité et améliorerons les performances grâce à l’IA. Nous doublerons les places de parking à tarifs abordables et déploierons des bornes de recharge électrique. »
Êtes-vous favorable au tram Nord ?
Catherine Trautmann : « Le travail de la Convention citoyenne est intéressant, mais incomplet. Je défends un tracé par le boulevard Wilson, la rue du Travail, les boulevards Clemenceau ou Jacques-Kablé, jusqu’à la place d’Islande. Cela concernerait 150 000 habitants et permettrait un tram circulaire pour désaturer l’Homme-de-Fer. »
Jean-Philippe Vetter : « Le tram Nord a été pensé de manière trop étriquée, entre deux maires. Il faut une vision globale intégrant la future gare à 360°, la requalification de la M35, la desserte de l’Homme-de-Fer et l’accès aux hôpitaux. Le projet doit être entièrement revu et intégré à un ring tram cohérent. »
Florian Kobryn : « Nous ferons le tram Nord avec un tracé Quartier des Écrivains –centre de Schiltigheim – gare de Strasbourg. La Convention citoyenne, convoquée en urgence, n’a pas permis d’aboutir. Notre projet donnera une priorité claire au tram face à la voiture. »
Pierre Jakubowicz : « Nous repartirons des conclusions de la commission d’enquête publique indépendante pour bâtir un projet cohérent et respectueux de l’argent public. »
Virginie Joron : « Un projet de cette ampleur doit reposer sur des études d’impact sérieuses. Son coût est estimé à 268 millions d’euros. Les conclusions de la Convention citoyenne seront prises en compte et les habitants consultés avant toute décision. »



LFI
« Le droit au logement est un pilier central de notre programme. »

Strasbourg est-elle une ville sous tension ?
Catherine Trautmann : « La situation est critique. Les permis de construire ont baissé de 40% par rapport à la mandature précédente, sans compter l’essor des meublés touristiques. »
Jean-Philippe Vetter : « La demande explose alors que l’offre stagne. On compte près de 30 000 demandeurs de logements sociaux. Strasbourg est en zone tendue : il faut un choc rapide de l’offre. »
Florian Kobryn : « Depuis 2015, les demandes de logement social ont augmenté de 52%. Dans un marché dérégulé, cette tension alimente une hausse des loyers, jusqu’à +15% depuis 2020 pour certains logements. »
Pierre Jakubowicz : « Il manque aujourd’hui plusieurs milliers de logements à Strasbourg. »
Virginie Joron : « La tension est forte, liée à l’attractivité de la ville, à la pression étudiante et aux locations de courte durée. »
Quelles mesures souhaitez-vous adopter pour faciliter l’accès au logement ?
Catherine Trautmann : « La question du logement étudiant doit être traitée de manière massive. Je souhaite la construction
de 3 000 logements nouveaux par an, dont 40% de logements sociaux et étudiants. Il faut revoir le plan local d’urbanisme, penser l’habitat en lien avec les services et le répartir sur l’ensemble du territoire. Il faut aussi identifier des terrains pour sortir les sans-abris de leurs tentes, comme cela se fait en Allemagne, en travaillant en co-construction avec l’État. »
Jean-Philippe Vetter : « Je veux remettre rapidement sur le marché les logements captés par Airbnb, réhabiliter le parc public existant et inciter les propriétaires à mobiliser les logements vacants. En moins de trois ans, plusieurs milliers de logements peuvent être remis sur le marché sans artificialiser de nouveaux sols, ce qui permettrait de faire baisser les loyers. »
Florian Kobryn : « Le droit au logement est un pilier central de notre programme. Nous appliquerons pleinement la loi ELAN à Strasbourg pour encadrer les loyers, accélérerons la construction de logements sociaux et étendrons le permis de louer au-delà du quartier Gare. Nous mènerons aussi un plan contre les meublés de type Airbnb, qui font sortir chaque année 200 à 300 logements du parc locatif classique. »


For business = pour entreprises
Modèle présenté : BMW iX3 50 xDrive M Sport 469 ch BVA
*Les valeurs indiquées ont été déterminées conformément à la méthode de mesure WLTP prescrite. Les valeurs réelles dépendent de divers facteurs, tels que la charge, le style de conduite, l’itinéraire, les conditions météorologiques, les consommateurs auxiliaires (y compris la climatisation), les pneus ou encore l’état de vieillissement de la batterie. L’autonomie supplémentaire après 10 minutes de recharge à haute puissance a été déterminée conformément à la norme ISO 12906 dans le cycle WLTP et nécessite que l’infrastructure de recharge permette une puissance de recharge CC maximale. L’autonomie supplémentaire et les performances de recharge dépendent de l’équipement du véhicule, de l’état de charge et de la santé de la batterie, de la température ambiante et de la température de la batterie, du profil de conduite, des utilisateurs auxiliaires, des paramètres de recharge spécifiques au véhicule et de la puissance de recharge fournie par la borne de recharge. Consommation électrique (WLTP) kWh/100km : 15,1 – 17,9 ; Émissions de CO2 (WLTP combinées) :0 g/km ; Autonomie électrique (WLTP) en km : 679 – 805 km. Depuis le 01/09/2018, les véhicules légers neufs sont réceptionnés en Europe sur la base de la procédure d’essai harmonisée pour les véhicules légers (WLTP), procédure d’essai permettant de mesurer la consommation de carburant et les émissions de CO₂, plus réaliste que la procédure NEDC précédemment utilisée.


« Ma priorité est de faire baisser les loyers en luttant contre la pénurie. »
« Nous ne pensons pas qu’un encadrement généralisé des loyers soit la solution la plus efficace. »
Pierre Jakubowicz : « Nous lancerons un vaste plan de rénovation et de remise sur le marché des logements vacants. Nous mobiliserons des terrains pour de nouvelles résidences étudiantes et étudierons le recouvrement partiel de la M35 afin de libérer du foncier pour construire des logements de qualité, sans bétonner les quartiers historiques. »
Virginie Joron : « Nous proposerons un pilotage renforcé des logements à loyers modérés, avec une priorité donnée aux Strasbourgeois qui vivent et travaillent à Strasbourg. Nous sécuriserons les propriétaires bailleurs pour encourager la location à l’année, lutterons contre les squats et évaluerons strictement le dispositif Airbnb. Un effort particulier sera porté sur les situations d’urgence des publics fragiles. »
Êtes-vous favorable à un encadrement des loyers ?
Catherine Trautmann : « Oui. Je souhaite mettre en place des mesures incitatives, comme une réduction de la taxe foncière, pour encourager l’investissement locatif dans le centre historique, avec un engagement à limiter les loyers. »
Jean-Philippe Vetter : « L’encadrement des loyers est une mauvaise réponse à un vrai problème. L’expérimentation nationale issue de la loi ELAN a montré son inefficacité. Cette proposition, ignorée pendant six ans puis redécouverte à l’approche des élections, vise davantage à produire des voix que des logements. »
Florian Kobryn : « Oui. Les chantres du “marché libre et non-faussé” devraient arrêter de se peindre les lunettes et regarder les faits : il y a une tendance à la concentration de la propriété immobilière résidentielle par un nombre réduit de personnes. On ne peut pas imaginer une auto-régulation dans un marché où une classe sociale a tant de pouvoir sur les autres. »
Pierre Jakubowicz : « Ma priorité est de faire baisser les loyers en luttant contre la pénurie, grâce à la rénovation et à la remise sur le marché des logements existants. »
Virginie Joron : « Nous ne pensons pas qu’un encadrement généralisé des loyers soit la solution la plus efficace. Nous privilégions une approche pragmatique fondée sur l’augmentation de l’offre, un logement social mieux piloté, la sécurisation des bailleurs et la régulation des locations de courte durée. » ☚

Logement sous tension, mobilités en pleine mutation : ces données chiffrées mettent en lumière la manière dont les Strasbourgeois et les habitants de l’Eurométropole vivent au quotidien.
Datavisualisation : Cercle Studio
Logements vacants
7 %
Prix du logement entre 2020 et 2025 à Strasbourg
Rénovation énergétique entre 2023 et 2025
Logements étudiants
8,7
En 2025 à Strasbourg. Vacants depuis plus de deux ans.
Depuis deux ans.
3 350 +15,66 %
Depuis cinq ans
Occupation des résidences principales en 2022
278 +0,4 % +240 %
40 M€
De demandes accompagnées. De
Hébergement d’urgence entre 2023 et 2025
600
places créées
647 25
30 000
demandes en cours (contre
Logements étudiants et/ou à destination des jeunes livrés durant la période 2020-2026 en résidences étudiantes (privées et sociales). places places
en Foyers Jeunes Travailleurs/ Résidences Sociales. fois plus de demandeurs que d’offres.
Logement social entre 2023 et 2025 places en colocations destinées au public jeunes (KAPS et dispositif My happy Coloc de DOMIAL).
À pied
Les transports en commun interurbains
Tout transport confondu
M
670 000
déplacements quotidiens (+31 %).
parcourus en train ou en car quotidiennement dans le département soit 53 % de plus que les TCU.
parcourus au quotidien par les habitants de l’Eurométropôle de Strasbourg.
Distances parcourues :
Premier mode de déplacement dans l’Eurométropole de Strasbourg.
Deuxième mode avec lequel est réalisé une majorité de kilomètres dans le Bas-Rhin 1 2
Mobilité individuelle moyenne :
Déplacements quotidiens par personne :
Part modale de la voiture
Part modale du vélo
Les distances parcourues en voiture sont en diminution, et ce sur tous les territoires, même si l’essentiel de cette diminution est portée par le SCOTERS (Schéma de Cohérence Territorial de la région de Strasbourg) et plus particulièrement l’Eurométropole.
L’usage du vélo croît particulièrement pour les motifs travail et études.
Les transports collectifs restent principalement utilisés pour des besoins contraints. - 11 %
À Strasbourg En 2009 En 2024
3,5 déplacements En 2009 -21 %
Distances parcourues en voiture En 2009 En 2024 En 2024 -8 %
Fréquentation des TCU (Transports en commun urbains) +15 % 8 % 11 % +20%
Sources : www.adeus.org
À Mittelhausen, aujourd’hui intégré à Wingersheim-lesQuatre-Bans, le groupe Colin a grandi au fil des décennies. Une réussite industrielle et humaine incarnée par son président, Éric Colin, entre continuité et question–nements sur l’avenir.
Rédaction : Hélène Edel
Photographie : Laetitia Piccarreta
Fiche technique
Année de création : 1966
Siège : Mittelhausen (Wingersheimles-Quatre-Bans, Alsace)
Président : Éric Colin
Chiffre d’affaires 2025 : 107 M€
Chiffre d’affaires après acquisition 2025 : 114 M€
Prévision CA 2026 : 115 M€
Effectif : 380 salariés
Clientèle :
Grand public (1%)
Restauration (20%)
Industrie agro-alimentaire (80%)
Sites industriels : 3
(Clermont-Ferrand, Gunsbach, Mittelhausen)
Gouvernance : 12 membres au comité de direction

L’histoire du groupe Colin s’enracine dans une tradition agricole familiale. Le père et les grands-parents d’Éric Colin cultivaient le houblon, pilier économique du village. Pour diversifier l’activité, son père se lance dans la déshydratation de persil l’été et de poireaux l’hiver. Une première inflexion vers la transformation végétale.
S’il se destinait initialement au métier d’agriculteur, le parcours d’Éric Colin l’a progressivement conduit vers l’univers des épices. Lorsqu’il rejoint l’entreprise familiale, il porte une conviction claire : faire du commerce des épices un métier à part entière, structuré et industriel. Soixante ans après sa création, le groupe a profondément évolué. En 2025, il affiche 107 millions d’euros de chiffre d’affaires et 340 salariés. L’acquisition récente de Rochias, à Clermont-Ferrand, porte l’ensemble à 114 millions d’euros et 380 collaborateurs. « C’est une sacrée responsabilité », reconnaît Éric Colin, conscient des exigences nouvelles que cela implique en matière de gouvernance et de management. Cette opération s’inscrit dans une trajectoire déjà éprouvée. La croissance externe fait partie de l’histoire du groupe Colin, jalonnée par plusieurs acquisitions, en 2000, en 2014 puis en 2025. Mais la ligne directrice reste la même : chaque rapprochement doit répondre à une logique industrielle claire et respecter l’équilibre humain de l’entreprise.
Gouvernance et transmission
Avec la montée en puissance du groupe, la gouvernance a elle aussi évolué. Longtemps pilotée dans un cadre très familial, l’entreprise s’appuie aujourd’hui sur un comité de direction de 12 membres, réunissant des compétences complémentaires pour accompagner les choix stratégiques. Cette structuration reflète la volonté d’inscrire le développement du groupe dans un cadre plus collectif et plus pérenne.
La question de l’avenir s’invite désormais au cœur des réflexions. Faut-il inscrire la continuité du groupe dans un cadre strictement familial ? Rien n’est arrêté.
« Au fond de soi, on espère toujours que ça continuera dans la famille. Mais je n’ai pas le droit de dire ça à mes enfants », confie Éric Colin, qui refuse toute forme d’injonction et assume une approche pragmatique, à la hauteur des responsabilités que représente

« CHAQUE RAPPROCHEMENT DOIT RÉPONDRE À UNE
LOGIQUE INDUSTRIELLE CLAIRE ET RESPECTER L’ÉQUILIBRE HUMAIN DE L’ENTREPRISE. »


la transmission d’un groupe industriel de cette dimension. Le scénario aujourd’hui à l’étude illustre les mutations à l’œuvre dans le capitalisme familial : faire entrer de jeunes dirigeants et managers du groupe au capital, pour les associer durablement au projet d’entreprise. L’objectif est double : sécuriser la continuité du groupe et préserver l’esprit qui a façonné sa réussite.
Trois métiers, une même cohérence stratégique
Le groupe Colin s’organise autour de trois métiers complémentaires. Le plus visible, bien que marginal en volume, est la marque grand public Georges Colin, qui représente environ 1% de l’activité. Positionnée sur le premium, elle mise sur la créativité, la qualité des matières premières et une large gamme d’assemblages, parfois développés en collaboration avec des chefs. Le deuxième métier concerne la restauration, qui représente environ 20% de l’activité. Le groupe qui travaille aussi bien avec des chefs étoilés qu’avec les entreprises de restauration collective ou les établissements publics revendique une capacité à adapter ses gammes à des usages très différents, tout en conservant un haut niveau d’exigence. Enfin, l’industrie agro-alimentaire constitue le cœur économique de la société avec 80% de l’activité. Elle se répartit entre les matières premières végétales (50%),
les assemblages (25%) et les arômes naturels (25%). Le défi est constant : sécuriser des approvisionnements de qualité, respectueux de la nature et des hommes, tout en restant compétitif. Pour soutenir cette activité, la société s’appuie sur trois sites industriels complémentaires à Clermont-Ferrand, à Gunsbach et à Wingersheim-les-QuatreBans. Cette organisation lui permet de maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur et de garantir traçabilité et qualité.
Cap sur les 60 ans
En 2026, le groupe Colin célébrera ses 60 ans. Un cap symbolique pour une entreprise construite sur le temps long, fidèle à ses racines agricoles tout en assumant les responsabilités d’un groupe industriel aujourd’hui solidement structuré. Derrière les chiffres et la diversité des métiers, le quotidien demeure celui d’équipes confrontées à des contraintes règlementaires fortes, notamment dans les usines. Une réalité de terrain connue et assumée, que la direction cherche à accompagner au plus près, par des choix concrets, parfois discrets, mais profondément ancrés dans la culture de l’entreprise. Et c’est bien dans ces détails que se lit l’ADN du groupe Colin, qui a bâti sa trajectoire sur un savoir-faire patiemment construit, une attention portée aux femmes et aux hommes, et une vision de l’entreprise pensée sur la durée. ←
La collaboration comme terrain de jeu Avec sa marque grand public Georges Colin, le groupe Colin multiplie les collaborations avec des chefs et des restaurants. Des établissements comme Tzatzi ou Chère Amie ont ainsi participé à la création d’assemblages d’épices, pensés pour être utilisés à la maison. Début 2026, c’était au tour des Étoiles d’Alsace de se prêter au jeu. Cette collaboration a donné naissance à deux créations, l’une salée, l’autre sucrée, disponibles en boutique et dans certains restaurants partenaires. Une manière d’allier création, ancrage territorial et plaisir culinaire. h. e.
←
Un des chefs réalise un test dans la cuisine d’application du groupe.
La transmission, enjeu clé du capitalisme familial La question de la transmission dépasse largement le seul cadre du groupe Colin. Elle touche aujourd’hui une grande partie du tissu économique français, alors que près de 40% des PME appartiennent à des dirigeants de plus de 50 ans, souvent sans repreneur clairement identifié. Dans ce contexte, de plus en plus d’entreprises familiales explorent des solutions alternatives, espérant réussir à mêler continuité du projet et évolution de la gouvernance. L’ouverture du capital à des managers internes, déjà impliqués dans la conduite opérationnelle, s’impose progressivement comme une piste crédible pour sécuriser l’avenir sans renier l’identité de l’entreprise. h. e.

9 mois de neige. Voilà ce que les flancs herbeux des Îles Féroés subissent chaque année. Et en quelques semaines à peine, cette neige disparaît. Pendant ce laps de temps très court, l’herbe conserve la couleur or due à cette brûlure glacée. Ce pays est si humide qu’elle ne va pas tarder à changer à nouveau. C’est ce moment fugace de la fonte des neiges que je souhaitais capter, dans ce lieu sans arbres, à l’aridité surprenante, et aux falaises noires impressionnantes. Un lieu désolé et merveilleux à la fois. Avec 2 autres photographes nous avons trouvé refuge dans un village fantôme tout au Nord des îles et nous les avons arpentées chaque jour. Cette série essaye de vous faire voyager avec nous.
www.madri.fr
Instagram : @madri.archi.landscapes
Adrien Michel, photographe basé à Strasbourg, professionnel depuis 2013. « La géométrie est ma principale raison de photographier. J’aime capter les lignes existantes, ou en créer de nouvelles par un cadre inattendu. La géométrie est bien entendu humaine, et la photographie d’architecture la met en résonance. Architecture aussi bien moderne qu’ancienne, voire abandonnée. Mais la géométrie se trouve aussi dans la nature, et les paysages de déserts glacés ou ardents m’enchantent tout autant. »











Par Olivier Métral ☛ Ils n’ont a priori rien en commun. Et pourtant, Gérard Kieffer et Sylvain Arvidieu partagent, chacun dans son insolite discipline, un titre de vice-champion du monde.

En haut : page de Tilt
Journal sur le concours Pac-Man en 1982.
À droite : Gérard Kieffer, vice-champion du monde de Pac-Man.

[É]té 1982. Le cœur de la France bat au rythme des tubes que déversent à longueur de journées les jukebox. Dans les bistrots inondés de leurs décibels, la jeunesse du pays claque son argent de poche dans les flippers et les bornes d’arcade. Le jeu vidéo Pac-Man est l’un de ses favoris et depuis quelques mois seulement, le glouton jaune a intégré les foyers grâce à son portage sur Atari 2600. Médecin à Cronenbourg, Gérard Kieffer a acheté la console pour « occuper ses grands enfants » en vacances, mais lui aussi se prend au jeu. Avec l’aide de Yann et Karine, il parvient bientôt à déjouer la tactique des méchants fantômes et à prédire leurs mouvements afin de leur échapper. « Notre technique était totalement empirique », souligne Gérard, « mais elle marchait ! ».
Le trio rafle les trois premières places d’un concours organisé par un supermarché de Schiltigheim, mais seul Gérard, 37 ans à l’époque, se présente à la Foire européenne de Strasbourg, où ont lieu les sélections alsaciennes pour le championnat de France de Pac-Man. Sur 50 000 candidats à travers tout le pays, ses espoirs sont bien minces, mais le 4 septembre 1982, il est tout de même présent au Palace, à Paris, pour défendre ses chances parmi les 60 meilleurs joueurs
français. Contre toute attente, il décroche le titre national et se retrouve qualifié d’office pour le championnat du monde, programmé à Monaco deux semaines plus tard. « Tout était prévu », rembobine Michèle, l’épouse de Gérard, « le billet d’avion Strasbourg-Nice et même l’hélico jusqu’à Monaco ». Mais quatre jours avant l’événement, la mort tragique de la princesse Grace Kelly interdit toute festivité sur le territoire de la Principauté. Déplacée en catastrophe à Paris, la compétition oppose 33 champions nationaux. « Dans l’urgence, les tables sur lesquelles reposaient les consoles ont été mal fixées », se souvient Gérard, « tant et si bien qu’il fallait les tenir d’une main et jouer de l’autre ». Un travail d’équilibriste dont le généraliste s’est plutôt bien sorti, puisqu’avec 9 887 points à son compteur, il prend alors la 2e place du concours. Converti en kilomètres de voyage, le score du champion strasbourgeois permettra à sa petite famille de découvrir Dakar, dans un confort budgétaire digne des grands de ce monde.

La tête et les jambes. Rien à voir ici avec la modeste récompense accordée à Sylvain Arvidieu pour son titre de vice-champion du monde de mémoire décroché en 2024 : 300 euros ! « On participe à ce genre de compétition pour l’amour du jeu, pas pour l’argent », souligne cet Alsacien de 40 ans expatrié en Suède. Pour lui, tout a commencé en 2011, au fin fond de la Nouvelle-Zélande, dans une vieille ferme où il donne de son temps. Parmi une pile de bouquins qui prennent la poussière sur une étagère, il tombe sur Moonwalking with Einstein de Joshua Foer, un ouvrage qui propose des exercices de mémorisation. « Je l’ai lu d’une traite et vite découvert que la méthode fonctionnait ».
Sylvain Arvidieu, vice-champion du monde de mémoire.
Cinq ans passent jusqu’à ce qu’une annonce pour concourir au championnat de Suède de mémoire n’attire son regard. Il s’inscrit, s’exerce quelques mois et finit à la 5e place sur seulement sept participants. Un résultat plutôt décevant pour cet ingénieur de formation, mais qui bat néanmoins là trois records de France. « Ça m’a motivé pour continuer ». Dès lors, Sylvain s’entraîne d’arrache-pied – 2 à 3 heures par jour, 5 jours par semaine – pour construire sa propre base de données. Il s’agit notamment d’associer chacun des mille nombres allant de 000 à 999 à une image précise, de sorte qu’une série de chiffres, aussi longue soit-elle, puisse être retenue dans son « palais mental » au fil d’une histoire qui intègre, par découpage de trois chiffres, les images correspondantes. Et qu’importe si ce récit intérieur s’avère complètement farfelu. Recordman du monde du nombre de chiffres retenus en 30 minutes (1955) et recordman de France du nombre Pi (4681 décimales), Sylvain Arvidieu est un homme de défis et « déteste être confronté à ceux qui paraissent impossibles à relever ». Dans la tête de cet ancien nageur, a longtemps trotté l’idée que la traversée de la Manche était pour lui hors de portée. Alors, il l’a réalisée en 2009, en crawl. Et puis, il s’est dit que c’était impossible à refaire en papillon. Alors, il l’a réussie en 2013. Sylvain n’a pas participé à l’édition 2025 du championnat du monde de mémoire, en Inde. Il limite au maximum ses déplacements en avion. Mais il retrouvera la compétition, au Danemark, près de chez lui, les 18 et 19 avril prochains, pour le championnat d’Europe 2026, où seront présents les deux derniers champions du monde. Dans sa tête trotte l’idée qu’il ne pourra pas les battre… ←
Par Alain Leroy ☛ Le 24 mai 1926, une centaine de personnalités alsaciennes apposaient leur signature au bas d’un document, le Heimatbund, qui allait fédérer les différents mouvements autonomistes alsaciens et bouleverser le panorama politique de la région de l’entre-deux-guerres.
L[L]e mouvement couvait depuis longtemps ou plutôt, l’image est sans doute plus juste, il courait comme court une rivière souterraine qui n’attendrait qu’une brèche pour surgir au grand jour. Quand une région dotée d’une aussi forte identité que l’Alsace, d’une langue et d’une culture aussi, se trouve ballotée et déchirée entre deux grandes nations par les ressacs de l’histoire, il est fatal qu’à un moment où à un autre émergent des envies sinon d’indépendance restons raisonnable, mais a minima d’autonomie. Et en ce XXe siècle balbutiant, toutes les conditions étaient réunies pour que le flot jaillisse.
D’autant que l’autonomie, l’Alsace y avait goûté quelques années plus tôt, juste après l’annexion par la Prusse. Oh, à peine,


presqu’un soupçon mais suffisamment pour lui ouvrir l’appétit. En 1911, un premier texte constitutionnel fit ainsi de l’Elsass-Lothringen, déjà dotée d’un parlement propre installé à l’emplacement de l’actuel TNS place de la République, un État fédéré (Bundestaat) semblable aux autres États fédérés du premier empire allemand. En capacité donc de gérer un budget, d’édicter quelques lois et de faire, faiblement mais quand même, entendre sa voix. La rigidité grandissante de Bismarck et des militaires allemands, le déclenchement surtout de la Première Guerre mondiale mettront fin à l’expérience, mais des graines avaient été semées, des idées avaient germé.
Au triomphal retour de la France en 1918 vint alors à l’esprit de certains le fol espoir que l’Alsace pourrait avoir une place à part au sein de la République. Seulement, de l’éblouissement tricolore au « malaise alsacien » il y avait encore moins loin que du Capitole à la roche tarpéienne. La France qui avait vécu quasiment un demi-siècle dans la nostalgie de sa province perdue en 1870 n’avait pas été pas à la hauteur du rendez-vous, cherchant à franciser à marche forcée une population qui s’attendait à plus d’égards compte tenu de ce qu’elle avait vécu, de cet abandon passé.
Les Alsaciens, en immense majorité dialectophones, se retrouvaient intégrés dans un État centralisateur, francophone, qui leur imposait maladroitement et parfois même violemment une langue et des lois étrangères. À la querelle linguistique, première énorme pomme de discorde, s’ajouteront rapidement la menace de l’introduction du régime laïque en 1924 brandie par Édouard Herriot et celle contre la culture locale.
C’est l’expression d’un malaise, d’une colère et d’une volonté.
Des voix s’élevèrent donc, de plus en plus nombreuses, venues de toutes les couches de la société et de tous les courants politiques pour réclamer le retour de l’allemand dans les débats judiciaires, à l’école et dans l’administration puisque le plus grand nombre d’Alsaciens ne comprenaient pas le français. Pour exiger aussi le maintien du statut confessionnel propre à la région et une certaine autonomie administrative, de degré variable selon les intervenants.
Ces revendications seront portées sur la place publique le 9 mai 1925 avec la publication du journal Die Zukunft (L’Avenir) d’abord tiré à 3 000 exemplaires et qui atteindra les 35 000 moins d’un an plus tard. D’autres titres de presse viendront dans les mois qui suivent leur donner encore plus d’écho.
C’est dans ce contexte là qu’est rédigé, le 24 mai 1926, le Heimatbund (Alliance patriotique). Texte signé par 102 personnalités et considéré comme le véritable acte de naissance de l’autonomisme alsacien. Il est en réalité plus qu’un simple manifeste. Le Heimatbund, c’est une alliance qui fédère les différents mouvements autonomistes par-delà les accointances politiques et les opinions religieuse. C’est l’expression d’un malaise, d’une colère et d’une volonté.
« Depuis sept ans, nous nous sommes vus jour après jour dépouillés de nos droits dans notre propre Heimat », dit ainsi le texte. « Toutes les promesses solennelles
qui nous ont été faites ont été bafouées ; on a cherché à étrangler nos caractéristiques ethniques, notre langue, nos traditions et nos coutumes ». D’où la nécessité pour le peuple alsacien-lorrain de s’unir et de « former un front unique pour défendre notre pays de l’oppression et de la décadence ». Afin d’obtenir, « en qualité de minorité nationale, l’autonomie complète dans le cadre de la France ».
La répression exercée par les autorités françaises contre les journaux et les leaders autonomistes accusés de « complot contre la sécurité de l’État » – les premiers seront interdits et les seconds jetés en prison – ne fera qu’amplifier le mouvement. Aux législatives de 1928, six des seize députés alsaciens sont ainsi des autonomistes fervents et cinq autres portent des aspirations régionalistes. Et l’élan ne faiblit pas. Aux Cantonales, les autonomistes sont assez représentés pour prendre la tête du conseil général du Bas-Rhin et, lors des municipales de 1929, Strasbourg, Colmar, Haguenau, Saverne, Sélestat et Huningue choisissent un maire autonomiste.
Le mouvement n’ira jamais plus haut et ne réussira pas à s’inscrire dans la durée. Le parti nazi avait pris le pouvoir en Allemagne, la guerre approchait et une partie de ses leaders, comme Hermann Bickler ou Jean-Pierre Mourer, allaient succomber aux sirènes du IIIe Reich et finir avec l’uniforme de la SS sur le dos. Salissant le combat et obérant pour longtemps l’avenir. ←
Colmar, procès des autonomistes en 1928.



Par Maria Pototskaya ☛ Ces lignes, je les rédige depuis une ville que l’on cherchait encore quatre ans en arrière sur nos cartes européennes. Une ville dont l’actualité ouvre désormais quasi quotidiennement les JT de notre flanc occidental. LCI, Arte, BBC, Skynews, CNN, DW. Je vous passe les radios, la presse papier ou numérique. Ma moitié m’a dit un jour qu’aucune guerre n’avait autant captivé l’« opinion ». Même si la foule aimerait bien passer à autre chose. Moi, nous, de même...
M[M]olnia
Températures du moment : -15 °C, -20 °C, au dehors. +9 °C en intérieur, pour les plus chanceux. La ligne de front : on la voit désormais en « grand écran ». 7 km contre 35 km l’été dernier. C’est la distance qui nous sépare désormais d’elle. Celle-ci est si risible que certains jours nous observons même passer les missiles au-dessus de nos têtes : trop peu d’écart entre la zone de lancement et de réception... Mais, rassurons-nous, les Russes ont de la ressource. Bombes aériennes guidées, drones « Shahed » et, en ce moment même, drones artisanaux au nom poétique de « Molnia » : « foudre ». Ceux-ci sillonnent le ciel de Zaporijjia comme s’ils y étaient domiciliés. Les habitants en plaisantent


(c) Maria Pototskaya
même : tel un oiseau, si tu en aperçois un, cela signifie qu’une nuée suivra. L’humour noir, peut-être est-ce cela notre meilleur système de défense antiaérienne. Il n’abat certes pas les volatiles, mais il aide à ne pas perdre la raison quand les sirènes occupent l’espace. Heureusement que Moscou veut notre bien. Nous « libérer », nous « sauver ». C’est vrai qu’une fois exécutés – parce que c’est bien de cela qu’il s’agit – nous n’aurons plus le temps de nous angoisser...
Mais bon, la paix est en route. Trump l’a décidé. Il s’en est même entretenu avec Poutine. Tout va bien. Sauf pour nous, peutêtre. Mais est-ce encore important ? L’Europe promet de compenser, de faire : « certes, mais comment ? », dirait Woody Allen. « Paix », Abu Dhabi : plus simple de trouver une place dans un resort... « Gyrophares plutôt que ballons : tendance actuelle des festivités natales »
Épuisée, mais en vie À l’heure où j’écris ces lignes, l’aube vient de se lever. Pas plus tard qu’hier, « deux personnes ont été tuées : un homme de 18 ans et une jeune fille ; onze personnes, parmi lesquelles trois enfants, ont demandé une assistance médicale », a confirmé la maire de la ville, Regina Kharchenko. Et les dépêches de l’agence de presse belge « Belga » de préciser que « des images diffusées par les services de secours ukrainiens montrent deux corps gisant au sol et des voitures calcinées sur le lieu de la frappe ». Deux jours plus tôt, la trêve à peine arrivée à échéance, c’est une maternité qui a été ciblée : « Tout brûlait. C’était horrible », témoignait auprès de l’AFP Iryna, une mère et infirmière d’une quarantaine
d’années. Pas de mort, cette fois, « juste » six blessés. Les futures mères ont été évacuées. Les bébés que l’on accueille habituellement avec des ballons, des fleurs, des cadeaux et les cris joyeux des proches ont été évacués dans des voitures de police. Sans musique, sans photos souvenirs. Des gyrophares plutôt que des ballons : tendance actuelle des festivités natales. Lorsque je me suis rendue sur place, cinq chaises – trois noires, deux pâles ; deux poufs : un gris sombre et un mauve ; une table basse en bois que jouxtaient cinq ballons de yoga ; un drap médicalisé et la chatte sans bouche de Yuko Shimizu qui, sur sa ligne d’assises, fixait l’objectif. Hello Kitty épuisée, mais en vie.
« Strike » sur les voies Pour ne faire aucun jaloux, notre réseau ferré a lui aussi été touché. Lourdement. Résultat : quitter la ville ne peut désormais se faire que par la route... Après les enfants, les civils, nos dernières sources d’énergie, « strike » sur les voies... Comme dans un mauvais western, il nous faudra désormais attendre pour entendre siffler à nouveau le train... Je me surprends souvent à comparer Strasbourg et Zaporijjia. Dans la première, on discute de processus de paix hasardeux entre deux bâtiments de verre et de béton. Dans la seconde, de l’opportunité de rejoindre un abri antiaérien en attendant que ne vienne Godot. Écrire que nous sommes las relèverait de l’euphémisme. Mais Zaporijjia vit. Avec ironie, avec entêtement, et nouveaux savoirs, dont celui d’écouter le ciel. Pour reconnaître le son d’un Shahed meurtrier, mais aussi, un brin plus improbable en l’état, le crissement d’une plume qui signerait un accord de paix. ←
Par E202 ☛ Envoyé sur Terre de la planète Versa (du versan Krapchoujk), E202 est chargé d’étudier les humains et d’établir des rapports réguliers au Haut Conseil en vue d’une éventuelle prise de contact officielle.

[À] l’attention du puissant Haut Conseil : Ô révérendissimes et imputrescibles grandeurs, je vous soumets humblement mon nouveau rapport sur les humains.
Je crois pouvoir dire que ma compréhension de cette espèce, primaire quoique compliquée, progresse grandement. J’ai consulté un système d’information nommé Internet qui m’a permis d’avoir accès à l’ensemble de leurs connaissances et gagné ainsi un temps précieux. Il m’a cependant fallu au préalable faire un grand tri dans la masse d’informations. Beaucoup d’entre elles se rapportent en effet surtout à leur anatomie (et sa partie la moins ragoutante) et à ses activités. Certes il s’agit là d’une préoccupation légitime liée à leur mode de reproduction sexuée et donc à l’avenir de leur race. Nonobstant, leur imagination dans ce domaine est assez surprenante, notamment avec des quadrupèdes nommés poneys. Mais je m’égare.
À ma grande surprise, ce ne sont donc pas les avancées de leurs savoirs qui suscitent en premier lieu leur intérêt mais, outre leur appareil génital, une autre partie de leur étendue corporelle qu’on appelle ombilic. De fait, j’ai pu mesurer, tant dans cet Internet que dans mes quelques interactions avec les humains, à quel point cet ombilic gouverne leurs comportements. Il est très possible qu’il constitue le champ gravitationnel massif de ces créatures. Ce qui les situe très exactement à l’opposé de nous qui nous soucions d’abord de l’intérêt collectif.
Car l’humain est bavard, extrêmement bavard. Il appelle cette infection communiquer . Je me suis dans un premier temps mépris en fixant mon attention sur le suffixe du mot (sans doute après avoir passé trop de temps sur l’Internet) alors que pour les humains c’est le préfixe qui importe : ils entendent partager. Ce qui semble partir d’une très bonne intention. Mais à y regarder
de plus près, on s’aperçoit bien vite qu’ils ne font que parler d’eux-mêmes. Ça parle, ça glose, ça déblatère ; de ce qu’ils pensent (ou croient penser), de ce qu’ils voient, de ce qu’ils mangent. Et ils sont fiers de ces ineptes déjections : il faut « partager ». Ces « partages » les tiennent comme une vérole aux démangeaisons irrépressibles. Ce qui prouve quelle énergie émane de leur champ gravitationnel ombilical.
On pourrait éprouver quelque tendresse attristée devant cet amas de niaiseries mais les choses ne s’arrêtent pas là. Car tout centrés qu’ils sont sur eux-mêmes, ils estiment tous et chacun être plus forts, plus malins, plus pénétrants que leurs semblables. Alors ils se chicanent et s’invectivent. De toutes les espèces que j’ai pu approcher au cours de mes voyages, je n’en ai jamais connu de plus querelleuse que les humains. Bien entendu les plus sages se tiennent prudemment à l’écart de ces caquetages.
Et pourtant ces petits êtres ont parfois quelques élans, quelques poussées qui pourraient les hisser hors d’eux-mêmes. Ils ont même des mots pour cela : bonté, générosité, morale. Malheureusement, l’un de leurs penseurs a écrit : « Il se pourrait qu’aucune action morale n’ait jamais été commise ! Parce qu’aucune action humaine réellement désintéressée n’a peut-être existé ». C’est merveille, je vous en réponds, de voir qu’une telle espèce ait pu survivre jusqu’à maintenant.
Et ce d’autant plus qu’ils se sont découvert un nouveau jouet appelé Intelligence Artificielle qui les fait frétiller d’excitation puérile. Ils se réjouissent de conférer à des machines leurs propres capacités créatives, c’est dire… Mais ce sera sans doute l’objet d’un prochain rapport.
Je suis, puissant Haut Conseil, et pour toujours, votre humble et dévoué serviteur, E202. ←
ont réuni une centaine de clients, partenaires, communicants, marketeurs, experts... autour d’un même esprit d’innovation et d’échanges. Retour en images sur une matinée riche en sourires...






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Par Sonia Verguet ☛ Sonia Verguet est designer culinaire. Elle nous propose dans cet article de regarder notre assiette sous un angle inédit : ses formes. Car notre alimentation est faite d’arômes et de saveurs mais aussi de contours. Genèse du dessin de nos mets favoris.

l’heure où le désir de « bien manger » est sur toutes les lèvres, j’aimerais proposer de comprendre cette notion de mon point de vue de designer. Bien se nourrir n’est en effet pas l’apanage des diététiciens et des cuisiniers ; pas plus que les designers ne sont cantonnés à la conception des canapés et des lampes.
ENTRÉE
Le mot design signifie étymologiquement « marquer d’un signe », provoquer la distinction, créer la différence. Le verbe anglais to design a deux sens, celui de dessiner et de concevoir. Le design est donc une pratique de la pensée qui se trouve physiquement retranscrite dans une forme utilitaire — produite industriellement ou artisanalement. Il s’agit de révéler ce que l’on ne voit pas.
Le Larousse définit le mot « forme » de plusieurs manières : organisation des contours d’un objet ; structure, configuration mais également manière de formuler, d’exprimer une pensée, une idée.
Le designer imagine donc des dessins, des contours aux choses pour augmenter leur sens. Des formes qui seront ensuite utilisées dans notre vie de tous les jours à travers des usages aussi bien fonctionnels (poignée de porte, stylos, carafes…) que comestibles (bonbons, biscuits, fromages…).
Je vous propose de jouer à un petit jeu très simple : observons ce que nous mangeons, regardons les aliments dans leur plus simple appareil et voyons ce qu’il y a derrière leur morphologie.
Tout ce que nous consommons en a en effet une. Qu’elle soit naturelle (forme ronde des baies de cassis, ovale de l’œuf, allongée de la banane) ou volontairement pensée par l’Homme (forme triangulaire des Vache qui rit, fine et tubulaire des Mikado, rectangulaire des chewing-gums).
Ces formes se divisent elles-mêmes en plusieurs familles :
☛ Géométriques.
Du cercle ● (miche, Smarties , myrtille, camembert), au carré ■ (biscotte, sucre, chocolat, TUC, Apéricube) en passant par le triangle ▲ (onigiri, Toblerone, chips au maïs) pour ne nommer qu’elles.
☛ Organiques.
Inspirées des éléments naturels comme les îles flottantes, l’éclair, le soufflé, le rocher coco ou la bûche de Noël que nous décrypterons juste après.
☛ Animales.
Comme le crocodile rouge, bleu, jaune Haribo, l’escargot aux raisins ou au praliné, les cornes de gazelle ou d’inspiration humaine telles la religieuse, le mannele ou la barbe à papa.
Enfin les formes figuratives occupent elles aussi une bonne place dans notre environnement culinaire, je pense aux cigarettes russes, aux lunettes à la confiture ou à l’Opéra.
DESSERT
Certaines formes sont plus bavardes que d’autres ! Savez-vous ce qui se cache derrière le bonbon soucoupe volante de l’anniversaire, les pâtes papillon du mercredi midi, le mille-feuille de dimanche dernier ou encore le napolitain du goûter ? Pourquoi et par qui a été définie la forme double du Twix ? Savez-vous que les billes chocolatées M&M’s ont à l’origine fait partie des rations militaires américaines ? Pourquoi la majorité des fromages sont ronds, le Toblerone triangulaire et que l’inverse n’aurait pas de sens ?!
Observons ce que nous mangeons, regardons les aliments dans leur plus simple appareil.
À TABLE !
Le Larousse donne cette autre définition de « forme » : Être ou objet, lignes, masse, contours, silhouette que l’on perçoit confusément. L’alimentation peut être autre chose que des goûts et des textures agréables en bouche. Focus sur les messages des plus logiques aux plus fous, symboliques ou mystiques, en tous les cas savoureux, qui se cachent derrière vos formes alimentaires préférées… cela les rendra encore meilleures !

De gauche à droite sur le dessin : Ferrero Rocher
Bûche classique crème au beurre, la star
Flocon de neige (Patrick Jouin)
Ma part de bûche (Sonia Verguet)
Le beau sapin (Florence Doléac)
Lune (Doshi Levien)
Iceberg (5.5 designers)
Sans croyances personnelles, pas de desserts universels de fin d’année.
LE CAILLOU LE PLUS CONNU AU MONDE… SE MANGE !
Le chocolatier italien Michele Ferrero a imaginé en 1982 un rocher garni d’une noisette. Oui celui des fêtes chez l’ambassadeur ou de vos plaisirs coupables. Il est lié au rocher de Massabielle à Lourdes. En effet, ce chef d’entreprise s’y rendait annuellement en pèlerinage avec ses employés. Sur ce bloc de pierre, la Vierge serait apparue à sainte Bernadette. Le créateur assurera que le succès de sa gourmandise lui revenait. On n’oserait le contredire : ce caillou comestible est produit avant les fêtes à plus de 24 millions d’exemplaires* !
Auriez-vous pensé à cette genèse en passant devant l’usine strasbourgeoise qui les fabrique encore aujourd’hui (en face de la station de tram Krimmeri) ? Son caractère personnel qui, même si nous n’en avons pas connaissance en croquant dans le chocolat, assure dans le paysage formel des gourmandises une singularité indéniable. Le miracle serait désormais d’innover et de trouver des emballages écolo.
* Source : Club sandwich magazine numéro dédié au chocolat
ET MANGEABLE
L’histoire de la bûche remonte quant à elle au Moyen Âge. Sauriezvous précisément dire pourquoi un bout de bois arrive au centre de la table après le fromage le soir du réveillon ? Une incongruité commune qui ne questionne pas, tant cette tradition est ancrée en nous.
Au départ, une réelle bûche brûle bien dans la cheminée. Arrosée (de vin, huile ou miel), elle conjure le mauvais sort. Puis l’évolution des modes de chauffage fait disparaître les cheminées et la bûche devient décorative (pimpée de houx, pommes de pin, bougies).
Quand et qui va choisir de l’imiter en pâte à gâteau, ça on ne le saura jamais ! Elle se standardise après 1945 et ses recettes évoluent (même si celle à la crème au beurre reste en pole position dans tous les supermarchés).
Certains pâtissiers rivalisent pourtant d’inventivité pour la revisiter comme Sébastien Gillmann à Strasbourg qui m’avait conviée à cet exercice. Entre une part de gâteau ou de bois, je n’ai pas pu choisir ! La marque de glaces Häagen-Dazs donne elle aussi carte blanche aux designers. En 2010, les 5.5 designers font émerger un iceberg (vanillé), comme les prémices d’une catastrophe à venir… Car les formes disent parfois aussi cela : le futur.
Chez Vino Strada, le vin se découvre autrement. À travers des dîners dégustation et des soirées à thème, nous vous invitons à explorer le monde du vin avec curiosité, plaisir et convivialité.
Nos événements Restaurant
Des dîners dégustation mets & vins en présence de nos vignerons, pour sublimer et raconter une histoire, au fil des saisons.
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Des dégustations conviviales autour de 6 vins, accompagnées de grignotages, dans un format court et accessible.

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ANIMAUX MARINS ET VŒUX DE FERTILITÉ : BON MÉNAGE.
Les formes culinaires emblématiques les plus intéressantes en Alsace sont celles qui viennent de l’eau : poisson et écrevisse. Ces deux-là pondent non pas un mais des centaines d’œufs. C’est pour ce gage de fertilité qu’on a eu autrefois l’idée d’offrir aux jeunes mariés des gâteaux à leur effigie. Deux savoir-faire s’y sont donc mis : potier et boulanger pour servir cette cause, la fabrique des bébés ! À nouveau, un point de départ tout à fait unique a donné naissance à un extraterrestre sur la table : un dessert sucré en forme d’écrevisse !
Par le passé, on laissait libre cours aux croyances magiques et les tables en étaient pleines, procurant un éventail esthétique signifiant et varié, fabuleux pour les yeux et la réflexion. Autrefois communément utilisés, ces moules en terre vernissée ont été délaissés.
Mais pourquoi s’en passer ?
Pâtissiers et boulangers, s’il vous plaît reproposez-nous gâteaux et brioches de ces superbes formes pour faire revivre ces traditions certes d’une autre époque mais si jolies ; il paraît en plus que la natalité est en baisse !
Avez-vous remarqué que les formes comestibles (autres que naturelles) sont le plus souvent géométriques ou en forme de cœur. Est-ce un message pour nous apprendre la trigonométrie et l’amour ? N’y a-t-il pas autre chose à transmettre ?
À l’inverse du cinéma qui trouve mille manières de raconter des histoires, à table, pas beaucoup de scénarios différents. Où sont les formes à manger qui nous plongent dans un futur fou comme le fait la science-fiction, dans celui du plaisir du frisson comme le font les films d’horreur ou dans celui d’une révolutionnaire créativité avec le dépoussiérage de l’ordre établi comme la Nouvelle Vague a pu le faire avec délice.
Rompons avec cette homogénéisation ennuyeuse environnante où règne le superficiel de la forme : le beau pour le beau. Industriels de l’agroalimentaire et artisans des métiers de bouche, osez la singularité esthétique et symbolique : messages poétiques pour amener un regard différent sur le quotidien, humoristiques, car il ne faut pas se prendre trop au sérieux, colérique même pourquoi pas ! Vive les formes bavardes pour créer la connivence, le meilleur destin d’un plat. ←
Le lammele n’est pas une forme animale ni une recette anodine. L’idée de le réaliser en génoise est née du surplus d’œufs qui résultait du jeûne du Carême. Forme & fonction sont parfaitement liées, logiques en cela intelligentes.

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Par Jessica Ouellet ☛ Il y a quinze ans j’ai traversé l’Atlantique seule afin de venir découvrir les vignobles de l’Hexagone. À hauteur de nuages, ma voisine – Française – posa sa lecture pour entamer une discussion ; le plateau-repas venait d’arriver.
N1. Benayoun, Hannah (18 janvier 2023), Claude Fischler : « Il nous faut comprendre et inventer une nouvelle relation à l’alimentation » [en ligne], sur le site Sirhafood.
2. Vincent, Claude (18 octobre 2024), Battle Of Intolerances? When French Chefs Must Respond To Special Dietary Requests [en ligne], sur le site Worldcrunch.
3. Campagnes françaises de Santé publique France (depuis 2017).
4. Santé publique France, dans le cadre du Programme national nutrition santé (PNNS).
Le bien manger et le bien boire occupent une place centrale dans le patrimoine français.

[N]ous avons partagé un bout de vie avec des couverts en plastique et, à 10 000 mètres d’altitude, j’ai été frappée par la centralité du repas comme terrain d’échange. C’est que les Français ont une relation particulière avec la table, comme cette envie de parler d’un bœuf bourguignon tout en savourant un poulet rôti le dimanche midi. Selon Claude Fischler, sociologue français et directeur de recherche au CNRS, « cette histoire de la cuisine et du rituel du repas reste ancrée jusqu’au Covid 1 ».
Depuis, une tension s’est immiscée entre l’esthétique du lisse et la culture du plaisir. Des aliments jusqu’au verre de vin, la fonctionnalité prime sournoisement sur le plaisir.
Dans un monde IKEA, la table est devenue un meuble comme les autres. Le repas ne fait pas de brouhaha, il s’optimise. Face à l’idéologie de la santé, du contrôle et de la performance – hautement véhiculés par les réseaux sociaux – la raclette et les Chocapic ont du mal à se défendre. Le plaisir vivote sous la surveillance d’applications qui notifient les écarts et où les beignets ont un arrière-goût de culpabilité.
Les professions de l’hospitalité sont aux prises avec l’explosion des demandes spécifiques, qui s’est intensifiée ces dix dernières années. Dans un article pertinent au sujet des intolérances alimentaires, le talentueux Chef Jean-Paul Acker (La Cheneaudière, Restaurant 1 étoile Michelin) explique avec lucidité que « de plus en plus de demandes sont liées au confort et au goût plutôt qu’aux risques pour la santé. Et cela peut être un véritable casse-tête […] pour respecter le choix d’un client intolérant au
gluten qui va choisir une pâtisserie ou des croissants […] le lendemain matin 2 ». Dans ce contexte, le plaisir de l’un s’arrête réellement où commence celui de l’autre.
Les vignerons, fortement impactés par les discours hygiénistes en vogue, tentent de préserver le patrimoine à coups de pédagogie, de vulgarisation, et de durabilité. À l’heure de trinquer, la prévention a remplacé la célébration. Parce que l’alcool, c’est maximum deux verres par jour, et pas tous les jours 3. La consommation s’effrite et à l’instar d’une langue étrangère, elle devient moins spontanée. Mais une langue qu’on n’ose plus parler librement est déjà en train de s’effacer.
Le « repas gastronomique des Français » s’accroche au patrimoine culturel immatériel de l’humanité pendant que les dîners en famille sont en défection. Le rituel du repas permet néanmoins de rire et d’exprimer de la gratitude, ce qui améliore aussi la santé mentale… même si la tendance actuelle est plutôt à l’ésotérisme pour activer le bien-être (bâtons d’encens, pierres, tarot, etc.). Et pendant que la Gen Z mange seule devant son écran, l’industrie du marketing exploite l’imaginaire alimentaire – appelé food marketing – tout en condamnant l’ingestion réelle des produits. Pour votre santé, évitez de manger trop gras, trop sucré, trop salé 4.
Le plaisir naît du temps long. Il naît aussi d’un équilibre entre la truite aux amandes de Maïté – chez qui le beurre est un manifeste – et la cuisine clean de Gwyneth Paltrow. Dans une cabine pressurisée ou dans le confort de son foyer, le plaisir vit de contrastes et d’imperfections. Mais surtout, il vit. ←

Par Guylaine Gavroy ☛ S’appeler Wembanyama n’est ni neutre, ni simple. À Strasbourg, Oscar (frère de Victor, superstar NBA) a choisi le silence et le travail pour se construire autrement. Entre performances chez les Espoirs, reconnaissance nationale et intégration progressive chez les professionnels, l’ailier de 18 ans avance sans se presser, mais avec constance.
[À] Strasbourg, Oscar Wembanyama ne parle pas. Pas aux médias, tout du moins. Un choix assumé par le club. « Pour toute interview, il faut faire une demande argumentée et développée auprès de Nicola Alberani (directeur sportif du club), qui ensuite la transmet à l’agent du joueur », développe Franklin Tellier, désormais directeur des Opérations de la SIG Strasbourg. Auparavant en charge de la communication, il n’avait jamais été confronté à une telle situation : « La demande est ensuite validée ou non à la fois par son agent et sa famille. » Les consignes sont strictes et, pour l’heure, les sollicitations qui tombent de toutes parts rencontrent toujours la même réponse : c’est non.
C’est qu’Oscar a un patronyme lourd à porter, plus encore dans le monde du basket, depuis l’avènement de Victor, le grand frère,
n°1 de la Draft NBA en 2023 et pivot des San Antonio Spurs. Le cocon tissé autour de lui vise ainsi à protéger un jeune athlète de 18 ans, encore en construction, et surtout à le tenir à l’écart des comparaisons, comme le souligne Patrice Koenig, entraîneur du centre de formation de la SIG, soumis également à la loi du silence. L’intéressé, lui, préfère s’exprimer… sur le parquet. Et à la SIG Strasbourg, Oscar est en train de se faire un prénom.
À Villeurbanne, où il a été formé comme son aîné, le natif de Versailles bénéficiait d’une certaine visibilité. Sur le plan de la communication en tout cas. Sur le plan sportif, en revanche, les contours du projet demeuraient flous. Dans un environnement extrêmement concurrentiel, celui qui a débuté le basket il y a cinq ans seulement, après avoir pratiqué le handball, peinait à se projeter et aurait aimé être plus soutenu. À l’instar de Victor, qui avait choisi de quitter l’Asvel pour les Metropolitans 92, le benjamin de la fratrie a cherché un lieu plus apaisé où éclore : ce fut Strasbourg. Une option qui ne relève ni d’une rupture ni d’un renoncement, mais d’une nécessité : prendre son temps pour grandir sans cette pression excessive inévitable dans le club présidé par un certain Tony Parker. À la SIG, qui a favorisé l’éclosion de Frank Ntilikina avant son départ pour la grande Ligue nord-américaine, le contexte est différent. Moins d’exposition nationale, moins d’agitation médiatique : un environnement propice au travail. Exactement ce que recherche ce fils d’un basketteur amateur, spécialiste du triple saut, et d’une ancienne joueuse professionnelle.
Chez les Espoirs, Oscar Wembanyama change progressivement de dimension. Il prend de l’ampleur et, gagnant en régularité, enchaîne les prestations de référence. Son influence devient visible des deux côtés du terrain : en attaque, où il fait preuve d’une belle adresse au tir, comme en défense, où

Au fil de la saison, Oscar Wembanyama a pris de l’ampleur et est devenu un cadre de l’équipe Espoirs de la SIG.

son envergure de 2,10 m dissuade l’accès au panier. Les chiffres, et le basket en est friand, éclairent cette progression : l’ailier de 2,03 m a inscrit 16 points à 100 % de réussite face à l’Élan Chalon en novembre, 18 en décembre face à Villeurbanne, puis 20 en janvier contre Gravelines, avec en prime 8 rebonds. Ce ne sont plus seulement des promesses, mais des résultats probants.
Cette montée en puissance lui vaut, aujourd’hui, d’être retenu pour le prochain Young Star Game, rendez-vous annuel réunissant les joueurs Espoirs les plus en vue du championnat de France. Une sélection qui confirme ce que le terrain suggérait déjà : Oscar Wembanyama commence à exister pour ce qu’il produit, et non plus uniquement pour le nom floqué sur son maillot.
Avec les pros de la SIG, son émergence tarde un peu plus et le rookie, régulièrement inscrit sur la feuille de match, reste le plus souvent sur le banc. Les aléas de la saison strasbourgeoise jouent toutefois en sa faveur. Lorsque les blessures, les sanctions et les absences s’abattent sur l’équipe fanion, Janis Gailitis, le coach letton de l’escouade alsacienne, est contraint d’élargir sa rotation et lui offre des minutes supplémentaires. Une opportunité née du contexte, plus que d’un coup médiatique. Encore fallait-il être prêt, et Oscar Wembanyama l’était.
Loin de se contenter d’apparitions anecdotiques, le n°97 de l’effectif professionnel s’intègre progressivement dans la rotation. Match après match, il bonifie ses minutes, ne se contente plus d’apprendre et participe au succès des Strasbourgeois, auteurs d’une épatante saison dans le haut du tableau.
Joueur à maturation lente, Wembanyama s’épanouit dans la capitale alsacienne, où il poursuit son ascension à son rythme. Pour l’instant, il se tait encore. Ses statistiques et son impact chez les jeunes parlent pour lui. ←


Par Thierry Jobard ☛ Quel est le point commun entre une instagrameuse américaine, le management et les Inuits ? Sans doute aucun, mais la question méritait d’être posée. Ou bien j’essaie fallacieusement de créer des liens inexistants avec une finesse pachydermique, allez savoir.
D[D]éveloppons tout de même un brin. L’instagrameuse s’appelle Katarina Zarutskie. Il y a quelques années, durant ses vacances aux Bahamas, elle décide de se prendre en photos au milieu des requins afin de montrer à ses nombreux followers à quel point sa vie est merveilleuse. Mal lui en a pris puisqu’elle s’est fait choper le bras par un requin-nourrice. Tout s’est bien terminé, pas même d’amputation. La jeune écervelée a confié par la suite qu’elle en retirait « une grande leçon ». Seulement voyez-vous, il faut la comprendre, elle cherchait « une opportunité de se connecter à la nature ». La connexion a bien eu lieu, mais ce n’était pas celle attendue. On l’appelle alors un accident. Soit, étymologiquement, ce qui vous tombe sur le coin de la trogne, ou vous saisit par le bras, sans prévenir. On peut également
appeler ça le réel, un terme très en vogue ces temps-ci.
On parle avec beaucoup d’emphase de « retour au réel ». Ce qui suppose que nous nous en serions éloignés. Au profit de quoi ? De l’irréel, c’est-à-dire, pêle-mêle, de la fiction, de l’imaginaire, de l’abstrait ? Ou bien de l’apparence, de l’artificiel, du virtuel ? On oppose alors l’économie réelle à l’économie financiarisée, le travail réel au travail prescrit, le temps réel au temps différé, voire le pays réel au pays légal. Ce qui serait réel serait alors vraiment juste, vraiment exact et… vraiment vrai. Pour le dire vulgairement, ces réalités seraient lestées d’un poids ontologique supérieur. Bien entendu, l’irruption de l’IA à marche forcée ne fait qu’amplifier le phénomène puisqu’on ne sait plus ce qui est pensé ou prompté, construit ou copié, conforme ou falsifié.
Ne pas confondre réel et réalité
Nous nous serions donc éloignés du réel et il serait urgent d’y faire retour. Soulignons tout de même au passage qu’à aucun moment ce réel n’est défini. Cela semble allez tellement de soi : le réel c’est ce qui serait vraiment. Cependant une image générée par l’IA existe bien, au même titre qu’un paysage de Poussin. Elle n’est certes pas le produit d’un travail humain, les machines travaillent pour nous. Pour autant quelle représentation humaine de la réalité peut prétendre être absolument objective ?
Même une photographie, qui pourrait passer pour le simple reflet de ce qu’elle capture, n’est jamais neutre selon l’angle, le cadre et le moment de la prise. Le serait-elle qu’elle ne présenterait d’ailleurs guère d’intérêt.
Il ne faut donc pas confondre, comme c’est le plus souvent le cas, le réel avec la réalité. La réalité c’est ce que nous percevons du réel ; le réel existe indépendamment de nos sensations, perceptions, intellections.
D’où, par exemple, la distinction entre travail prescrit et travail réel. Le premier relève de ce qui est pensé, prévu, formalisé ; le second de la façon dont les choses se passent effectivement. Car tout ne se prédit pas et réduire la vie d’un collectif d’humains à un ensemble d’audits, de procédures et de reportings c’est à la fois s’illusionner sur son pouvoir et s’exposer à tous les risques. Le management, trop souvent, entend réduire la complexité de l’âme humaine à des schémas colorés d’une insigne pauvreté, résumer ce que pensent les humains à ce qu’ils disent, oublieux de la somme de passions tristes qui nous animent tous et qui nous font même – insurmontable paradoxe pour lui – agir parfois contre notre propre intérêt.
C’est que l’humain est contradictoire. Ce n’est cependant pas par un simple retour à la pratique concrète qu’on cernera au mieux les besoins et aspirations des « collaborateurs » mais par un permanent aller-retour entre théorie et pratique, sachant qu’il n’y a pas de bonne pratique sans bonne théorie. Loin des simplifications et des mystifications chiffrées. Et les bonnes théories sont justement celles qui prennent en charge le
réel, en essayant de réduire le plus possible les a priori, approximations et autres biais.
N’oublions pas les Inuits
Mais parmi tout cela, n’oublions pas les Inuits. Quel rapport me direz-vous ? Le voici : en moins d’une génération le taux de myopie chez les Inuits est passé de moins de 3 à plus de 50 %. Soit depuis l’introduction de l’instruction obligatoire dans les années 1960. D’ici 2050, c’est la moitié de la population qui devrait être atteinte de myopie 1. Les facteurs sont pluriels mais le sucre raffiné en est sans doute un, de même, bien entendu, les écrans. Nous perdons tout simplement l’habitude de regarder le monde. Un écran ouvre sur autre chose, certes, mais il fait aussi écran au réel, voire à la simple réalité. Ce sont finalement nos sens qui se racornissent, or nous percevons notre environnement grâce à eux. La population mondiale est urbaine à environ 80 %. Quels parfums, quelles textures, quelles visions pouvons-nous avoir entre l’asphalte et le béton ?
Il me semble que tout cela nous arrange finalement. Que faisons-nous depuis toujours sinon mettre le réel à distance ? Ce qui nous menace, toutes les grosses bestioles, nous les avons peu ou prou faites disparaître. L’étranger ou le différent nous l’avons colonisé et exploité, maintenant nous le repoussons du mieux que nous pouvons. Le hasard, le risque, l’accident, nous mettons tout en œuvre pour le réduire au maximum (ça ne marche jamais tout à fait). La nature n’existe plus (ce ne sont que des espaces gérés et préservés ou bien des contrées où seuls les natifs peuvent subsister). Les déterminismes biologiques sont de moins en moins tolérés. Que restet-il ? La mort, qui met tout le monde d’accord. Mais quelques aigrefins font commerce du fantasme suprême de l’Humanité : nous débarrasser de notre condition mortelle. On ne mourrait pas vraiment, on survivrait d’une certaine façon, il y aurait différents niveaux de réalité. Plaisantins.
Que demeure-t-il alors du réel ?
Toujours la même chose : le mur que l’on percute lorsque toutes les illusions s’évanouissent. ←
Il me semble que tout cela nous arrange finalement. Que faisons-nous depuis toujours sinon mettre le réel à distance ?
1. www.lemonde.fr/sciences/ article/2025/12/15/myopiecomprendre-la-flambee-planetaireet-les-innovations-qui-pourraientla-freiner–6657751–1650684.html consulté le 25 janvier 2026

Chaque trimestre, les membres de la rédaction de Or Norme ont lu, écouté, visionné l’essentiel de ce qu’on lui fait parvenir. Ces pages font part de leurs coups de cœur...

Thierry Jobard ☛ Pas beau, pas sympa, pas sportif et pas même alsacien. Mais pétri de principes surannés, allergique aux tartuffes et doté d’un sens de l’humour qui déplaît souvent aux fats et aux balourds. Aussi indulgent pour le vice que pour la vertu. Au surplus totalement dénué de cette éminente qualité contemporaine : savoir se vendre. Il est cependant fort possible que rien de tout cela ne soit vrai. D’ailleurs ma maman me trouve très beau. Fan de bouillabaisse.

L’exemplarité en politique, voilà un sujet d’actualité. Hautement proclamée durant la Révolution, la vertu ne trouve très étrangement à s’appliquer que deux siècles après. En comparant ce qui avait cours dans la Grèce antique, sous la Rome républicaine ou au sein des communes italiennes de la fin du Moyen Âge, Éric Buge montre à quel point la protection de l’indépendance des élus face au pouvoir exécutif ou judiciaire, puis l’onction du suffrage (on ne peut aller au-dessus de la volonté du peuple) ont contribué à reléguer l’exemplarité à l’arrière-plan. Depuis la fin des années 80, changement de paradigme. Français, encore un effort pour être démocrates. ←
PARU EN janvier 2026
AUX ÉDITIONS Le Seuil
COMBIEN 24,50 €
PAGES 444

Si vous croyez que la conquête (ou plutôt l’expropriation) du territoire des États-Unis se fit selon la progression inexorable vers l’Ouest d’une puissance sans rivale, lisez Pekka Hämäläinen. Vous y apprendrez que les colons (espagnol, anglais, français, étatsuniens) ne furent, durant, plusieurs siècles, que des intrus tolérés. Les grandes puissances du continent, ce furent les Iroquois, les Lakotas et les Comanches. Des confédérations de peuples aux mœurs différentes avec lesquelles il fallait parlementer sans cesse pour survivre. Ce n’est qu’au bout de cinq siècles que la politique raciste et revancharde des Blancs arriva à ses fins, réduisant de 70 % la population amérindienne. ←
PARU EN octobre 2025
AUX ÉDITIONS Albin Michel
COMBIEN 26,90 €
PAGES 576

Ça commence triomphalement avec la Marche pour la Cérémonie des Turcs. Ors et tambours, très louisquatorzien. Ça se poursuit avec une chanson triste de la Renaissance et l’on descend peu à peu parmi les chants de l’âme. Ou on s’élève, c’est selon. On a là tout le Grand Siècle, la gloire, l’éclat et encore un peu d’honneur ; mais aussi la finesse du penser, la soif spirituelle et la conscience de la finitude. À écouter de préférence un dimanche soir de novembre en faisant un nœud coulant ou bien en acceptant de vivre avec des blessures qui ne guérissent pas. C’est tout de même fou tout ce qu’on peut faire avec des bouts de bois et quelques cordes. ←
SORTI EN 1991
GENRE Drame, biopic
DURÉE 115 minutes

Par Véronique Leblanc ☛ Belgo-française ou Franco-belge selon les jours et les humeurs, je vis à pieds joints dans l’actualité européenne en me ressourçant à ma passion première l’art et la culture. Les livres sont pour moi un pays qui m’emporte par-delà les frontières et m’accompagne comme une terre natale sans cesse réinventée.

Ce documentaire éclaire d’un jour nouveau l’assassinat du Premier ministre congolais Patrice Lumumba en 1961. Jazz, décolonisation et obsession de l’uranium s’y mêlent dans un montage d’une incroyable énergie. On y découvre le programme Jazz Ambassadors à l’origine de longues tournées africaines pour des artistes tels que Nina Simone, Dizzy Gillespie ou Louis Armstrong conscient après-coup d’avoir été manipulé pour détourner l’attention d’un coup d’État soutenu par la CIA. On croise Fidel Castro, Malcolm X, Khrouchtchev ou Eisenhower et on assiste, ébahi, à l’irruption à l’ONU d’Abbey Lincoln et Max Roach, musiciens activistes. Un thriller politique sur fond de jazz. Passionnant. ←

Ton absence n’est que ténèbres
« Confine au sublime » promettait la note du libraire. En ces temps aussi médiocres qu’angoissants la perspective était belle et la lecture se transforma en échappée belle dans un fjord islandais où le temps s’est arrêté pour mieux s’emballer au rythme d’une playlist imaginaire. S’enchevêtrent différents récits retraçant l’histoire d’une famille du XIXe siècle à 2020. On s’y perd, on s’y retrouve, on adore. Tous en quête d’amour et magnifiquement loyaux, les personnages nous parlent au cœur dans une mosaïque où « la vie est parfois si compliquée que ça se voit depuis la lune ». ←
PARU EN janvier 2023

« Un manuel de résistance » écrit le Strasbourgeois Pierre Girard en 4e de couverture de ce livre. Car oui, choisir ce que l’on mange c’est résister et ce journaliste scientifique, auteur de reportages pour ARTE et sa propre chaîne YouTube nous le prouve au rythme des saisons et au fil d’une écriture vive trempée dans la chaleur de ses échanges avec les pionniers de l’agroécologie. Volontiers moquée, celle-ci régénère le vivant ce qui n’est pas rien face aux 43 reculs actés dans les six premiers mois de 2025 en matière de politique environnementale. À vos assiettes citoyennes et citoyens ! ←
SORTI EN 2024
GENRE Documentaire
DURÉE 2h30
AUX ÉDITIONS Grasset et Fasquelle
COMBIEN 10 € en poche Folio
PAGES 608
PARU EN octobre 2025
AUX ÉDITIONS DE JC Lattès
COMBIEN 20,90 €


Jean-Luc Fournier ☛ Si, depuis si longtemps, je chemine encore sur les chemins du journalisme, c’est grâce à quelques solides convictions. Dont celle de n’avoir aucune envie de me promener sur des sentiers quelconques, ceux de la com par exemple. Un jour, si on oublie ce que représentent la presse et ses journalistes, on se sera perdu au cœur d’une nuit profonde… »

trou !
Maître de conférences en cinéma à l’Université de Strasbourg, Nathalie Bittinger poursuit son remarquable travail d’édition. Après des ouvrages sur Wong Kar-wai, l’animation japonaise, l’Amérique sur les écrans et John Carpenter, la voilà qui propose une incroyable biographie décalée et revisitée de la vie de David Lynch, farcie de savoureuses citations. ←

Ce livre original restitue les contributions et échanges d’un colloque international qui s’est tenu en 2022.
Anne-Marie Petitjean, Anne Schneider et Thérèse Willer ont collecté les paroles de chercheurs de différents pays et des créateurs et professionnels du livre qui ont tous tenté d’attraper au vol l’artiste saute-frontières. Érudit et passionnant, le livre contient une quarantaine de portraits de Tomi à toutes les époques de sa vie. ←
SOUS LA DIRECTION DE Anne-Marie
Petitjean, Anne Schneider et Thérèse Willer

Dans cette nouvelle édition considérablement enrichie, le juriste et historien Jean-Laurent Vonau est l’auteur d’une fine analyse des années noires que vécut l’Alsace après sa libération. Près de 8 000 personnes ont été alors arrêtées : profiteurs de guerre, traîtres, voisins malveillants, mais aussi lampistes ou victimes innocentes...
L’épuration fut longue, complexe et douloureuse, elle est décrite dans ce véritable ouvrage de référence. ←
PARU EN novembre 2025
AUX ÉDITIONS Hoëbeke
COMBIEN 20 €
PAGES 184
PARU EN octobre 2025
AUX ÉDITIONS La Nuée Bleue
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PAGES 312
PARU EN octobre 2025
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Pourquoi je fais des documentaires ? par Françoise Schöller, journaliste, autrice et réalisatrice de documentaires.
Photographie : Lisa Haller
Dans le déluge d’informations qui nous submergent en permanence, il arrive qu’il y en ait une qui reste accrochée dans un recoin de ma pensée. À mon insu, elle chemine doucement dans les méandres de mon esprit, creuse son sillon jusqu’à ce que se dessine les contours d’un projet possible. Commence alors étude, recherches, rencontres et écriture. Petit à petit, réaliser un documentaire devient plus qu’une envie : un besoin. Celui de partager une démarche qui m’a touchée – c’est toujours l’impératif de départ – mais aussi celui de comprendre, d’éveiller l’intérêt, de susciter les questionnements, de bousculer les certitudes et les idées toutes faites.
L’expérience m’a appris que moins un documentaire cherche à affirmer, démontrer ou convaincre, plus il permet d’informer en profondeur. Plus que dire le monde, il s’agit de l’interroger. Laisser les faits et les êtres parler d’eux-mêmes – sans surplomb ni commentaires envahissants – ouvre la voie à l’écoute, à l’appréciation et à la réflexion du spectateur. Si une personne est touchée au cœur par ce qu’elle voit et entend, elle s’en trouve transformée et davantage concernée par le sujet. Elle se forge une opinion, s’interroge, transmet à son tour ce qu’elle a découvert. Autrement dit, le film a eu un impact, il a agi, fait trace. Et cela me réjouit profondément d’être au service de la diffusion d’une information utile qui éclaire plus qu’elle n’impose.

Chaque documentaire que je réalise ne fait qu’approfondir les questions qui m’habitent. Par exemple, dans mon dernier film, En médiation. Au cœur de la justice restaurative, je cherche à comprendre comment les opprimés deviennent des oppresseurs, comment réparer les torts causés et restaurer les liens humains. Comment rendre justice autrement que par la sanction ?
La dimension interrogative me semble essentielle. Comment s’ouvrir à une réalité plus complexe, plus fragile ? Dans un monde brutal, saturé de discours péremptoires, de jugements hâtifs et de cynisme revendiqué, interroger plutôt qu’affirmer devient un acte de résistance. C’est une manière de réintroduire de la nuance et du doute dans le tumulte des opinions. Prendre le temps d’écouter et de comprendre l’autre avant de trancher, c’est déjà refuser la violence du simplisme. Interroger, c’est aussi reconnaître qu’on ne sait pas tout. C’est admettre que l’autre détient une part de vérité qui nous échappe. Occuper cet espace incertain et exigeant rend possible le vivre ensemble. Comme le disait Simone Weil dont la lucidité demeure percutante : « Partout, l’opération de prendre parti, de prendre position pour ou contre, s’est substituée à l’opération de la pensée. »
Face au vacarme du monde, continuer à penser, à questionner, à tendre la main pour comprendre plutôt que pour convaincre, c’est peut-être une des formes les plus discrètes mais, essentielle, du courage. ←





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