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Éclectique l Or Norme #62

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SEPTEMBRE 2026

n°62

À voir Spécial rentrée culturelle L’interview Frédérique Berrod , présidente de l’Université de Strasbourg Dossier L’infertilité : vers la fin d’un tabou ?

ÉC

E U Q I LE C T


n°62

☛ Édito

ÉCLECTIQUE Par Patrick Adler, directeur de la publication et de la rédaction.

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Certains critiques m’ont reproché l’éclectisme de mes goûts et m’ont appelé dilettante, parce que je n’exige que de moi-même les qualités qu’ils exigent d’autrui. André Gide (1869-1951), prix Nobel de Littérature 1947

Puis-je vous faire un aveu ? J’adore écouter les Polonaises de Chopin, mais j’ai une passion pour Bowie et Gainsbourg... et il m’arrive même de les écouter juste après Chopin ! J’aurais pu choisir une confession plus spectaculaire, certes, mais celle-ci suffit à poser la question : depuis quand faudrait-il choisir son camp en matière de culture ? Depuis quand l’amour que nous portons à une œuvre devrait-il nous interdire d’en aimer une autre, née à mille lieues de là, dans un autre siècle, avec d’autres codes et horreur suprême, peut-être même destinée au grand public ? André Gide avait déjà réglé son compte à cette petite police du bon goût. Car l’éclectisme a mauvaise presse chez ceux qui confondent volontiers expertise et exclusivité. Pourtant être connaisseur n’a jamais signifié être monomaniaque : on peut connaître intimement Miles Davis et danser sur Daft Punk. Relire Proust et dévorer Simenon. S’émouvoir devant des toiles de Matisse puis passer une soirée entière devant des films de David Lynch. Non parce que « tout se vaut » – cette formule paresseuse est précisément le contraire de l’éclectisme – mais parce que tout ne cherche pas à valoir de la même manière. C’est même probablement là que commence le vrai goût : dans la capacité à ouvrir ses sens et son intellect afin d’avoir la capacité de recevoir les émotions d’où qu’elles viennent. Pourquoi faudrait-il que l’émotion ou le plaisir procurés par une œuvre invalident ceux provoqués par une autre ? La sociologie a d’ailleurs fini par mettre un mot sur ce phénomène. Dans les années 1990, Richard A. Peterson

4

»

a décrit l’émergence de l’« omnivore culturel », cet amateur capable de fréquenter plusieurs territoires artistiques plutôt que de borner son goût aux seules formes consacrées. Évidemment, vous l’aurez compris, Or Norme se réclame de cet éclectisme si joliment illustré par notre couverture réalisée par Laurence Bentz (dont vous découvrirez le portfolio en page 102), mais également par notre rubrique À VOIR (page 10) qui vous présente avec gourmandise toute la diversité de l’offre culturelle strasbourgeoise et périphérique. Et que dire de nos festivals ! Ne choisissez pas entre les Bibliothèques Idéales et le Festival Européen du Film Fantastique, vous trouverez bien dans leur programmation et dans votre agenda, les concordances qui vous mèneront vers de belles émotions. Il y a ainsi pour nous une vraie joie à vous présenter toutes les opportunités d’une rentrée culturelle toujours foisonnante à Strasbourg, et qui nous permet à chaque fois de conserver ce luxe extraordinaire : pouvoir encore être surpris. Alors oui, allons voir ailleurs ! Entrons dans une salle dont nous ne connaissons pas les usages. Écoutons cette musique que nous aurions autrefois méprisée. Lisons cet auteur qui n’appartient pas à notre panthéon. Faisons comme François Wolfermann, érudit et passionné en matière d’opéra (page 54), mais qui sait être bouleversé par une chanson de trois minutes (page 120). Et revenons ensuite à Chopin, si nous le souhaitons. Il n’en sera pas moins Chopin. Et nous, peut-être, un peu moins prévisibles. ←


Bienvenue

Illustration : Organe K

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Toute l’actu et les bons plans pour ta vie étudiante

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n°62

SEPTEMBRE 2026

n°62

Sommaire ☛

☛

Spécial rentrée culturelle

Conseil métropolitain de l’économie

À voir XXL 10

☛

Bibliothèques idéales Tous les mots du monde

Strasbourg veut bâtir son avenir économique

40

24

ST-ART

Notre sélection idéale 26

44

Interview

L’art de durer

☛

☛

Les Carnets Or Norme 36

L’infertilité : vers la fin d’un tabou ?

54

À la galerie avec

Dossier 76

Frédéric Croizer

☛

À cartes égales avec

Fertilité : les chiffres du défi

58

Florent Weltzer

60

62

48

32

Chrysoline Dupont

De nouveaux arrivants au Parc de Sainte-Croix

☛

« Parlons de la culture pour tout ce qu’elle rapporte ! »

☛

À l’Opéra avec

Réparer les sourires avec

Dans les pattes de l’ours ↓

Pierre Jakubowicz

Rencontres

Reportage

Adèle Van Reeth

28

6

Actualités

☛

Bruno Grollemund

Décryptage 86

☛

Dossier

Sur la vague du padel

88

Au bureau avec

☛

64

Par Pascal Bastien ↓

Daniel Cohen

☛

L’interview

Frédérique Berrod , présidente de l’Université de Strasbourg

68

L’inventaire 96


n°62

SEPTEMBRE 2026

n°62

Sommaire ☛

Business

Comment ça va chez...

France Active Alsace

98

☛

Portfolio

Laurence Bentz ↓

102

☛

Chroniques

Le jour où... L’Alsace a prié pour la pluie Histoire

112

Chronique d’Ailleurs

116

Les formes qu’on mange

La parole et le silence de la cathédrale de Strasbourg

124

Chronique d’Ukraine

Symbolisme ↘

118

Musique

120

Couverture Illustration par Laurence Bentz ローランス・ベンツ Instagram : @laurence–bentz Directeur de la publication et de la rédaction Patrick Adler (patrick@adler.fr) Directrice Projet Lisa Haller (l.h.) Publicité Régis Pietronave (publicité@ornorme.fr)

122

Sélections

par la rédaction de Or Norme

136

Design culinaire

☛

Viticulture : un modèle en péril ?

par Bernard Alexandre, avocat

Vins

Parce que c’était Piaf, parce que c’était Monnot

Or Norme n° 62 – Septembre 2026 est une publication éditée par Ornormedias 1 rue du Temple Neuf – 67000 Strasbourg. Dépôt légal : à parution – N°ISSN : 2272-9461 contact@ornorme.fr – www.ornorme.fr Suivez-nous sur les réseaux sociaux. Facebook, Instagram & LinkedIn

8

Lettre versane 7

Sous le ciel de Zaporijjia : histoire d’un phallus volant, chasseur de drones

☛

130

Panne de sens Parti-Pris

132

Rédaction (redaction@ornorme.fr) Salomé Dollinger (s.d.) – Hélène Edel (h.e.) Jean-Luc Fournier (j-l.f.) – Guylaine Gavroy (g.g.) Éric Kaija Guerrier(e.k.g.) – Thierry Jobard (t.J.) Véronique Leblanc (v.l.) – Alain Leroy (A.l.) Olivier Métral (o.m.) – Jessica Ouellet (J.o.) Maria Pototskaya (m.p.) – Barbara Romero (b.r.) Photographie Pascal Bastien Line Brusegan – Tobias Canales Alban Hefti – Abdesslam Mirdass – Simon Pagès Laetitia Piccarreta – Caroline Paulus Direction artistique et mise en page Cercle Studio (cerclestudio.com) Impression Imprimé en CE

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À VOIR MAILLON

(c) Juanita Boada Salazar

(c) Manuel Schapira

TNS

FAIRE SCÈNE COMMUNE Vingt-deux spectacles sont à l’affiche du Théâtre national de Strasbourg en 2026-2027. Parmi eux, quatre créations dont Paradis Plage (une vie comme dans du miel) de Kenza Berrada qui ouvrira la saison du 22 septembre au 2 octobre. Cette pièce fait partie de la sélection « des spectacles dans ta langue », un dispositif déjà éprouvé qui sera également mis en place pour Bunker de Marion Siéfert – un des temps forts de la programmation (du 06 au 13 novembre) –, Makbeth du Munstrum Théâtre (du 04 au 10 décembre), Les Indésirables de Marvin M’toumo (du 27 au 29 janvier), La Fuite des requins, précédé de Jeu Vidéo Rend Violent du collectif V.R.A.C. (du 16 au 19 février) et Le Cercle de craie caucasien de Damien Mongin (du 17 au 20 mars). Concrètement, des sous-titrages en dari, darija, arabe, arménien etc. (deux langues maximum par représentation) permettront aux spectateurs non francophones d’accéder à un moment théâtral privilégié. Il s’agit de « toucher un public qui était absolument hors des radars », souligne la directrice du TnS Caroline Guiela Nguyen, très remontée contre « l’argument qui serait de dire que nos lieux ne serviraient qu’à une élite bourgeoise intellectuelle ». Elle exprime de manière frontale la crainte de la « catastrophe » que serait l’arrivée du RN au pouvoir. Et elle s’engage, en accueillant « tous les publics dans la salle et des artistes venus des quatre coins de l’époque sur le plateau ». Caroline Guiela Nguyen confie avoir « toujours eu le rêve que le public défendrait les lieux de culture s’ils étaient attaqués ». La menace est réelle : répondre présent, c’est résister. v.l. → En photo : Paradis Plage (une vie comme dans du miel) de Kenza Berrada, à l’affiche du TNS du 22 septembre au 2 octobre.

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Quand la scène rend vivant

« Adonnons-nous au spectacle : savant et populaire, critique et festif, politique et poétique, celui qui reste et rend vivant », écrit Barbara Engelhardt, la directrice du Maillon à l’orée de cette rentrée. Une invitation que le Maillon accompagne de propositions aussi pertinentes qu’interpellantes. Au fil de la demi-saison à venir, se succéderont – notamment – Hunter de Liesa Van der Aa, spectacle mêlant musique et performance décortiquant le culte de la performance (23 et 24 septembre, dans le cadre de Musica) ; Kassia Undead de Lara Barsacq, inclassable spectacle de danse et de chant inspiré d’une religieuse, poétesse et compositrice du IXe siècle byzantin (1er et 2 octobre) Les Mots qu’on ne me dit pas de Véronique Poulain et Éric Massé, invitation à la découverte de la culture sourde et du regard, par ceux et celles qui entendent (du 13 au 15 octobre) ; Thésée, sa vie nouvelle de Camille de Toledo qui a fait événement au festival d’Avignon (du 15 au 17 octobre). Et toujours ces axes fondamentaux que sont d’une part, Premières, Festival de l’émergence européenne avec, cette année, Nicolás Lange, Mackenzy Bergile, Léa Séry, Pauli Patinen ainsi que, d’autre part, PAYSAGE #6 consacré du 27 janvier au 5 février à Rébecca Chaillon. Avec la création d’une performance surprise ! v.l. → En photo : PAYSAGE #6 consacré à Rébecca Chaillon du 27 janvier au 5 février au Maillon. Ici dans la pièce Où la chèvre broute.


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Vibrer ensemble à un concert, s’interroger sur le monde au théâtre, rire, danser et regarder danser, en parler autour de soi... La culture est faite d’une multitude d’expériences qui parfois se recoupent et qui toutes nous rendent plus vivants. À Strasbourg et dans les salles périphériques, l’offre est dense et belle. À vous de la découvrir et d’y répondre car aujourd’hui plus que jamais la culture est résistance.

STRASBOURG POLE-SUD

(c) Julien Prebel

(c) Bohumil Kostohryz

OPÉRA NATIONAL DU RHIN

PARTAGER LE SENSIBLE Pour deux saisons encore dans ses murs historiques puisque les travaux de rénovation ont été décalés à 2029-2030, l’Opéra national du Rhin entame la première de sa nouvelle directrice Chrysoline Dupont qui l’a placée sous le « signe de l’émotion et du sensible ». Du 31 octobre au 8 novembre, Ariane à Naxos de Richard Strauss reflétera la confiance en la jeunesse qui marque la programmation. Une double prise de rôle en atteste puisqu’Eugénie Joneau chantera sa première Ariane alors que Julie Roset incarnera Zerbinetta. La mise en scène de Myriam Marzouki fera résonner cette mise en abyme d’une création d’opéra dans un opéra, en écho aux fractures contemporaines. De 1916 à 2026, la confrontation entre tensions artistiques et enjeux de pouvoir persiste... Viendront ensuite La Valse rêvée d’Offenbach mise en scène par Barthélemy Fortier (du 26 janvier au 6 février), L’Amour des trois oranges de Prokofiev par Laurent Pelly (du 15 au 23 mars), Rigoletto de Verdi par Eddy Garaudel (du 24 avril au 04 mai), Le Petit Ramoneur, opéra pour enfants de Benjamin Britten, par Johanna Boyé (du 19 au 23 mai), Lucie de Lammermoor de Donizetti par Evgeny Titov (du 05 au 13 juin). Avec, à chaque fois, une lecture contemporaine qui s’exprimera aussi dans le Pelléas et Mélisande de Debussy confié à Richard Brunel (du 07 au 15 février). Des raretés aussi comme Le paradis et la Péri, oratorio de Robert Schumann (les 26 et 27 novembre). Bertrand Couderc placera l’orchestre sur scène dans une « mise en espace et en lumière ». Épuré et onirique. v.l. → En photo : Myriam Marzouki signe la mise en scène de Ariane à Naxos à l’Opéra National du Rhin du 31 octobre au 8 novembre.

La danse comme une victoire

Cette saison 2026-2027 est la dernière que signe Joëlle Smadja partie à la retraite fin juillet, un mois avant la prise de fonction de son successeur Yvann Alexandre début septembre. « Transmission » a été le mot-clé entre eux, confient-ils en se rejoignant également sur les difficultés de l’époque et l’importance de défendre les lieux de culture, les artistes et les publics. « Chaque nouvelle saison est une victoire », disent-ils. Celle qui vient fera la part belle aux nouvelles écritures. Dès son ouverture, les 15 et 16 septembre, deux propositions emblématiques seront à l’affiche : Un spectacle que la loi considérera comme mien de la danseuse et chorégraphe ukrainienne Olga Dukhovna, entre folklore oublié et danse contemporaine ; et Violent Delights d’Andrea Givanovitch et Luisa Heilbron, un duo de danse inspiré de l’entrelacement complexe du temps, des relations humaines et de l’intensité des passions fugaces. Une quarantaine de spectacles au total avec deux temps forts : les 17 et 18 novembre, les Happy Days :) offriront un espace de visibilité aux artistes porté par le réseau européen Grand Luxe, et, du 14 au 27 janvier, le festival L’Année commence avec elles mettra en avant la création féminine et les femmes chorégraphes. v.l. → En photo : Estranha Forma de Catarina Barbosa par la compagnie Awa ouvrira le festival L’Année commence avec elles, les 14 et 15 janvier.

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À VOIRSTRASBOURG ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE STRASBOURG

(c) Louise Guais

(c) Marco Borggreve

Retour à plein volume !

LE GRAND SOUFFLE SYMPHONIQUE Faire de l’Orchestre un « lieu ouvert au plus grand nombre » reste l’obsession de sa directrice générale Marie Linden, un « sillon » qu’elle creuse de saison en saison. Avec succès, comme en atteste la fréquentation historique de 2025/2026 avec 125 450 spectateurs de tous âges... La nouvelle saison s’ouvrira, le 10 septembre, avec le 5e concerto pour piano de Beethoven suivi du poème symphonique Une vie de héros de Richard Strauss. L’Orchestre sera dirigé par Aziz Shokhakimov, reconduit jusqu’en 2028, et Francesco Piemontesi sera au piano. Beethoven est aussi à l’affiche de la clôture de saison, les 13 et 14 mai avec sa 9e symphonie, qui suivra Un survivant de Varsovie d’Arnold Schönberg dans un programme intitulé Les voix de l’humanité, occasion de retrouver le Chœur Philharmonique présent à plusieurs reprises dans la programmation. Seize grands concerts sont programmés au Palais de la musique et des congrès dont la 4e symphonie de Mahler le 2 octobre et la 2e symphonie de Rachmaninov qui sera donnée le 2 janvier avant une tournée qui débutera en février. Le ciné-concert Harry Potter et la Chambre des secrets est quant à lui programmé au Zénith le 12 décembre. Les concerts de musique de chambre permettront de retrouver des artistes invités tels que le pianiste Alexandre Tharaud et le violoncelliste Jean-Guihen Queyras qui, le 6 décembre, proposeront une Promenade à travers les siècles dans le cadre d’un de ces « concerts relax » où les codes traditionnels de l’écoute en salle sont assouplis afin d’accueillir un plus large public. v.l. → En photo : Alexandre Tharaud et Jean-Guihen Queyras, le 6 décembre à l’Orchestre philharmonique de Strasbourg

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LA LAITERIE

Après plus de 18 mois de travaux et plus de 75 concerts hors les murs, La Laiterie a rouvert le 24 avril dernier avec une jauge augmentée et un plus grand confort d’accueil. Elle affichait déjà cet été 95 concerts à venir. Chiffre non définitif ! Sont annoncées des têtes d’affiche internationales comme Peter Doherty le 13 octobre, Cat Power le 21, Mogwai le 11 novembre, The Amy Winehouse Band le 6 décembre, Ayron Jones le 20 mars, Rodrigo y Gabriela le 11 avril, Keziah Jones le 16 avril ou bien encore La Yegros le 13 mai. Des étoiles hexagonales brilleront aussi dans le ciel de La Laiterie : Camille le 7 novembre, Suzane le 20, NTO et sa techno mélodique le 30 janvier, l’électro-pop punk-rock de Skip the Use le 4 février, Izïa le 6, le rock français des Fatals Picards le 13 mars... Sans compter le Belge Pierre de Maere le 6 novembre. Et pour retrouver du sens en cette époque troublée, rendez-vous le 31 octobre pour une soirée Ensemble !!! autour des deux chanteurs de Sinsémilia (Mike et Riké), de deux membres historiques de Tryo (Guizmo et Manu), ainsi que de Vanupié. Ils revisiteront les grands titres de leurs répertoires respectifs aux frontières du reggae et de la chanson française. v.l. → En photo : Camille à la Laiterie le 7 novembre


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À VOIRSTRASBOURG ESPACE K

TAPS

(c) Adrien Berthet

(c) Dominique Renckel

1500 s

Rire plus que jamais !

LE THÉÂTRE À VIF Le TAPS annonce plus de vingt spectacles dans ses deux salles (Scala et Laiterie) à l’orée de cette nouvelle saison et confirme dans cette programmation sa défense de l’écriture contemporaine. Pour démarrer, du 30 septembre au 2 octobre, Wasted, texte de la Londonienne Kae Tempest mis en scène par Martin Jobert pour la Compagnie Théâtre de la Mascara/Méchant Méchant interroge... À 20 ans, avons-nous déjà la nostalgie de nos 15 ans ? Nos idéaux en ont-ils déjà pris un coup ? Une nostalgie traitée avec beaucoup de musique et non sans humour. Rendez-vous Au bord de l’eau ensuite pour y retrouver Eve Bonfanti et Yves Hunstad, artistes inventifs et passionnants de la scène contemporaine belge. Duo à l’humour éprouvé, ils proposent une intrusion dans un spectacle en construction, à moins qu’il ne soit en répétition... Un OVNI théâtral auquel le public donnera sa résonance du 6 au 8 octobre. La part belle est aussi faite aux compagnies régionales avec, du 3 au 7 novembre, Architruc, un texte de Robert Pinget mis en scène par Fred Cacheux de la compagnie Facteurs Communs. « Un ami, c’est quelqu’un qui vous connaît bien et qui vous aime quand même » annonce le programme pour ce joyau du théâtre de l’absurde. Citons aussi Cendrillon de Joël Pommerat porté par le Gavroche Théâtre (du 24 au 28 novembre), Le Non dans mon silence de la jeune compagnie strasbourgeoise Je, Tu, Elle (du 26 au 30 janvier), L’Amour après d’après le texte de Marceline LoridanIvens mis en scène par Laure Werckmann et sa compagnie Les Héroïnes de la métamorphose. Ce sera du 6 au 10 avril. v.l. → En photo : L’Amour après, du 6 au 10 avril, au TAPS Scala

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« Bienvenue dans votre nouveau jardin pour rire », annonce l’Espace K. Nouveau jardin, mais même adresse puisque travaux aidant, c’est dans l’ancienne petite salle du Kafteur que se déroulera la prochaine saison. Toujours rue du Hohwald donc, et plus que jamais avec l’humour en étendard dans ce nouveau « Grand petit théâtre du Kafteur ». Une comédie de boulevard ouvrira la danse, du 24 septembre au 11 octobre : Feydeau-fait d’Oh, spectacle conçu d’après deux pièces courtes du maître du vaudeville mêlant les mésaventures de Léonie sur le point d’accoucher avec celles de monsieur Follbraguet, dentiste de son état, contraint de gérer une abracadabrantesque crise domestique en même temps que ses patients. S’y retrouvent Blanche Giraud Beauregardt, Raphaël Scheer, Morgane George, Logan Person et Isabelle Lux dans une mise en scène de Jean-Luc Falbriard, lui-même sur scène. Il s’agira de la première création de la Troupe du Kafteur. Suivront, notamment, Le grand détournement par la compagnie Impro Alsace, en octobre, Je t’attendant proposé par Les Insups en novembre, avant les traditionnels Kabaret Show de Noël et Show de la Saint-Sylvestre, rendez-vous incontournables de décembre. v.l. → En photo : Feydeau fait d’Oh par la Troupe du Kafteur, du 24 septembre au 11 octobre.


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Revivre ensemble.


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À VOIR ZÉNITH DE STRASBOURG

(c) Raoul Gilibert

(c) DR

TJP

Des concerts de légende

CRÉATIONS À FOISON Pour lancer en fanfare une saison 2026-2027 forte de 26 spectacles, le TJP repousse ses murs les 3 et 4 octobre. Deux propositions investiront les plateaux de la Petite Scène : Retors paniques de l’ancien directeur du lieu et marionnettiste Renaud Herbin, qui signe une œuvre où la douceur se révèle puissance et La Tête Mi-pneu Mi-punk, concert techno-bricolé de Céline Garnavault et Thomas Sillard. Dans l’espace public de la Petite France, le public découvrira également Moon, cabinet de curiosités lunaires de Bastien Dausse ainsi que L’Homme-Orchestre du « musicien tout-en-un » Santiago Moreno. Viendra ensuite Migratrice (du 07 au 13 octobre), nouvelle création de Kaori Ito qui y interroge la place des femmes dans l’histoire des migrations. Pour la chorégraphe japonaise, cette saison sera la dernière à la direction d’une institution qu’elle quittera le 31 décembre. Elle souligne la multiplication des partenariats – Musica, Jazzdor, Pôle Sud, Le Maillon – dans cette programmation, les coproductions et le soutien aux artistes comme les strasbourgeois de La Soupe Compagnie qui reviennent avec Et puis en janvier et Sous mon aile en avril. Au programme de mars : un Grand démon animé par les cracheurs de plomb, LuluKnet, Karaoké et Muppets de la Big Up Compagnie, George sans S – alias George Sand briseuse de codes – de la compagnie Les Anges au plafond, KiLLt-Oiseau : Guide de survie signé par les Tréteaux de France. Sans oublier les temps forts : les Micro Giboulées du 11 au 20 mars et Génération Seishun les 22 et 23 mai. v.l. → En photo : Et puis par la compagnie La Soupe, du 27 janvier au 2 février, Grande Scène du TJP

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Cuirs et clous le samedi 12 septembre au Zénith avec le concert du groupe de heavy metal Judas Priest. De retour sur scène plus d’un demi-siècle après leur formation en 1969 à Birmingham, ils défendent leur dernier album Invincible Shield tout en retraversant leur large répertoire contenant des hymnes du métal comme Breaking the Law et Living After Midnight. Légendaires ! De retour sur scène pour une tournée explosive en France, en Suisse et en Belgique, le duo emblématique du rap francophone Djadja & Dinaz sera sur la scène du Zénith le 18 octobre avec leur dernier album Terminal 7 porté par le single En vrai de vrai. Le 20 octobre, Orelsan fera à nouveau étape à Strasbourg dans sa tournée 2026 avant un final à Bercy en décembre. Légende vivante s’il en est et l’un des piliers incontestés du hard rock, Deep Purple défendra son dernier album =1 le 10 novembre en continuant de rassembler toutes les générations grâce à des titres incontournables : Highway Star, Lazy, Perfect Strangers, et bien sûr, l’hymne absolu Smoke on the Water. Autres dates à noter parmi une riche programmation : Jeff Panacloc et sa Company le 19 septembre et Christophe Maé le 17 octobre. v.l. → En photo : Orelsan au Zénith le 20 octobre 2026.


STRASBOURG ÉGLISE SAINT-GUILLAUME

QUAI DE SCÈNE

(c) Less

(c) Christophe Urbain

ESPACE DJANGO

n°62

Après une Écoute de prog le 15 septembre à 19 h, l’Espace Django ouvrira sa saison le 19 à 19 h avec Fulu Miziki, collectif d’artistes Eco-Friendly-AfroFuturistic-Punk, féru d’objets de récupération. Fort d’un son unique entre afro disco-house et post-soukous explosif, le groupe porte un message de libération artistique, de paix et de défense de l’environnement. Une fête lucide, réfléchie et efficace qui donnera le ton de la saison ! Autres dates à retenir : le Concert « À la bonne heure » des Néréides, trio strasbourgeois qui se produira entre folk, chanson et musiques traditionnelles le 5 octobre à 14 h 30 ; celui de St Graal avec sa multitude de tubes de chanson française boostés en pop digitale programmé le 22 octobre après une première partie assurée par Naeko, artiste originaire de Strasbourg passé par la pépinière Django. Le 30 octobre, Django vibrera au son électro-techno-rock du duo Il Est Vilaine et à la musique physique, répétitive et taillée pour la danse du duo de techno live Marta. v.l. → En photo : Naeko, le 22 octobre à l’Espace Django, Neuhof.

L’art sans frontières

(c) Alban Hefti

Le Neuhof monte le son

Vingt-huit événements déclinés en trois cycles – Les Étoiles de Saint-Guillaume, Les Opéras et ballets, Les concerts – l’offre de Passions croisées à l’église Saint-Guillaume est d’une qualité exceptionnelle. Parmi les « Événements phares » de cette saison figurent le retour de Roberto Alagna, qui interprétera les plus grands airs de l’opéra français le 18 décembre, et le concert du violoncelliste Gautier Capuçon, le 26 janvier. Le 5 novembre, le danseur étoile de l’Opéra de Paris Mathieu Ganio interprétera Le Rappel des oiseaux d’après Le Journal d’un fou de Gogol. Le pianiste Guilhem Fabre l’accompagnera dans ce spectacle audacieux où se mêlent danse, musique et littérature. L’attendu ballet de Noël sera à l’affiche le 9 décembre avec La Belle au bois dormant de Tchaïkovski, adaptée par Guillem Aubry. Le 12, la représentation prendra la forme d’un dîner-spectacle où gastronomie et ballet classique joueront un pas de deux. À noter aussi : Francis Huster célébrera Sacha Guitry le 30 janvier, Patricia Petibon chantera Pelléas et Mélisande de Debussy, les 12 et 14 février et Anne Roumanoff présentera son nouveau spectacle L’Âge libre le 20 mai. Elle y décortiquera le chaos de notre monde sous les voûtes ancestrales de Saint-Guillaume. v.l.

Désormais membre de l’Académie des Molières, Évelyne Zelada Biecher, directrice de Quai de Scène, continue d’agiter la vie culturelle strasbourgeoise d’un souffle audacieux. Lieu événement ouvert à toutes les formes artistiques actuelles, la scène du quai du Général Kœnig ouvrira sa saison avec The Soul of the East, un voyage en Europe centrale et orientale à la croisée des musiques yiddish, tziganes, russes, hongroises et viennoises. Ce sera le 1er octobre. Le 9, Rodolphe Burger et Julien Perraudeau rendront hommage à Kraftwerk en réinterprétant l’intégralité de l’album RadioActivity, sorti en 1975. Toujours dans cette première partie de saison, les 29 et 30 octobre, Le cabaret du Jamais-Jamais revisitera avec audace l’histoire d’un Peter Pan devenu rock, poétique et insolent. Théâtre, musique, vidéo, cinéma d’animation et magie nouvelle sont au programme. Et qui de mieux qu’Emily Loizeau pour entamer 2026, le 23 janvier, dans un spectacle où elle revisitera dans une joyeuse mélancolie quelques-uns de ses titres les plus beaux. v.l.

→ En photo : La soprano Margarita Polonskaya lors de la présentation de saison le 12 mai à Saint-Guillaume.

→ Photo : Rodolphe Burger, Hommage à Kraftwerk avec Julien Perraudeau

AUDACE ET EXCELLENCE

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À VOIRPÉRIPHÉRIE LE DIAPASON

Des récits qui prennent corps Au rang des coups de cœur parmi les propositions de L’Illiade, citons Les Raisins de la colère le roman de John Steinbeck adapté par le comédien Xavier Simonin et l’harmoniciste Jean-Jacques Milteau. L’Amérique des années 1930, un monde qui vacille et nous rappelle le nôtre au fil d’un road movie teinté de folk et de country à découvrir le 6 octobre. Autre événement, le concert de Jeremy Dutcher, ténor de formation classique issu de la première Nation de Tobique, dans l’Est canadien. Son œuvre singulière fait émerger un monde puissant entre chants dans sa langue autochtone et nouvelles compositions en anglais, à la croisée du classique, du jazz et de la pop expérimentale. À voir le 12 novembre avant Méduses, seule-en-scène de Mélie Neel à l’affiche du 17 novembre. S’y révèle avec une grande sincérité le parcours d’une adolescente au sein d’un groupe de parole pour victimes de violences sexuelles. Sans oublier le nouveau spectacle d’Alex Fredo programmé le 24 novembre. De l’humour incisif, parfois décalé, indispensable ! v.l. → En photo : Les Raisins de la Colère, le 6 octobre à L’Illiade à Illkirch-Graffenstaden

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(c) Louis Lepron

(c) Émilie Brouchon

ILLIADE

LE PRÉO

(c) Amit Israeli

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Un ailleurs à portée de scène

UNE SAISON VITAMINÉE ET FÉMININE Pour cette saison, Le Diapason sera accompagné de deux artistes associées, la chanteuse, comédienne et pianiste tchèque installée en France Jitka Sterbakova ainsi que la Strasbourgeoise comédienne, autrice, chanteuse et metteuse en scène Sophie Nahama. Côté vitamines, on fera le plein dès le 17 septembre avec La Lumière de nos rêves, voyage émotionnel et décalé proposé par la compagnie Qualité Street. Florent, bienêtrologue un peu allumé, y questionne la spiritualité avec humour et beaucoup d’espoir. Quant aux voix féminines, rendez-vous le 9 décembre avec celle d’Amandine Lourdel, chroniqueuse sur France Inter et stand-uppeuse à la plume bien aiguisée avant d’entendre celle de Najoua Darwiche, le 15 janvier, dans Je suis Shéhérazade, qui interroge le monde entre réel et imaginaire. De la musique aussi avec, notamment, Les Cracked Cookies et leur univers toujours très féminin et humoristique le 23 octobre, la Party du Big Ukulele Syndicate le 13 novembre ou bien encore le volume 2 de L’Histoire du rock en 13 guitares par Michel Jehlen, le 26 novembre. Et, dès le 2 octobre, Raúl Paz et son nouvel album Guajiro Chic, onze titres menés au tres et aux maracas, entre l’île de Cuba et une Europe ouverte aux musiques du monde. v.l. → En photo : Amandine Lourdel Renversée le 9 décembre au Diapason à Vendenheim.

Savez-vous que nous touchons nos écrans 2 617 fois par jour en moyenne ? Vertigineuse habitude que Thomas Wiesel décortiquera avec humour, le 3 octobre, en ouverture de saison lors d’une soirée garantie sans notification ni doomscrolling. Le 7, Keren Ann reviendra au PréO Scène avec son 10e album solo teinté cette fois d’une pop luxuriante aux réminiscences sixties et seventies. Entre mélancolie et énergie, Paris Amour déploie une toile de fond cinématographique portée par une voix unique. Autre rendez-vous d’exception, le 20 novembre avec le concert de la chanteuse et violoncelliste Dom La Nena accompagnée de son quatuor. Elle revisitera l’ensemble d’un répertoire que le New York Times décrit comme « une musique où chaque chanson semble sacrée »... Le 4 mai, Yael Naïm dévoilera Solaire, un nouvel album foisonnant, intime et politique porté par une scénographie profondément sensible. D’autres concerts aussi, dont celui d’Alexis HK et son Cahier de brouillon le 30 janvier, du théâtre, de la danse, du cirque... Une programmation virevoltante. v.l. → En photo : Keren Ann, le 7 octobre au PréO à Oberhausbergen.


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À VOIRPÉRIPHÉRIE CHEVAL BLANC, BRASSIN, BRIQUETERIE

(c) Camilla Greenwel

(c) Zazzo

LE POINT D’EAU

Trois scènes, mille chemins

À L’EAU VIVE DU SPECTACLE VIVANT Dans une rentrée en musique, pointons, le 9 octobre, le concert de l’Alsacien Sébastien Troendlé accompagné des BB Striders pour une relecture virtuose du boogie-woogie, du blues et du ragtime entre chant, guitare et piano. Viendra ensuite, du 10 au 18 octobre, The Music Man, grand classique de Broadway interprété par la troupe du Young Actors Theater Strasbourg. Les spectacles d’humour sont très présents cette saison avec une valse de stand-uppeurs inaugurée le 15 octobre par le parcours « presque sans faute » de Mahé. Timothée Curado répondra Présent ! le 28 octobre avant le Paradoxe d’Umut Köker le 4 novembre. Paul de Saint Sernin est annoncé le 18 novembre, l’Alsacien Laurent Arnoult le 9 décembre et le 16, ce sera Rodrigue qui nous fera marrer en prenant du recul. De l’humour encore mais version théâtre avec, le 13 novembre, On ne paie pas ! On ne paie pas !, adapté par la compagnie strasbourgeoise Le Beau Moqueur. Sus à la société de consommation ! Une opérette aussi, avec les 31 octobre et 1er novembre, Le Voyage dans la lune d’Offenbach proposé par les Strasbourgeois de l’A ssociation Gaîtés lyriques. Et comment ne pas parler du cirque toujours présent sur la scène d’Ostwald ? La compagnie australienne Circa reviendra le 26 novembre avec Wolf, nouvelle création débordante d’énergie brute. Entre performance physique et poésie chorégraphique. Jonglage, magie et danse suivront le 4 décembre avec Heka, époustouflant spectacle de la troupe Gandini Juggling. Un bijou aux frontières du réel et de l’illusion. v.l. → En photo : Heka de Gandini Juggling, le 4 décembre au Point d’eau à Ostwald

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Avec ses trois salles –Le Cheval Blanc qui fêtera cette année ses 40 ans, La Briqueterie, Le Brassin – et ses plus de 80 rendez-vous où se côtoient jazz, musiques actuelles, théâtre, danse, humour, chanson, cirque, spectacles jeune public, ciné-concerts... – Schiltigheim confirme une politique culturelle ambitieuse mêlant artistes de renommée internationale et jeunes compagnies en création. À noter, dans ce foisonnement, les concerts d’Avishai Cohen (14 octobre), d’Astéréotypie (21 novembre) – spectacle jubilatoire concocté et chanté par des personnes porteuses de troubles autistiques – ceux de Mathieu Boogaerts (15 décembre), Jewly (2 avril), Aurélie Saada et Gaspard Royant (14 février) ; le dialogue musical entre notes et mots de Jacques Gamblin et Laurent de Wilde (11 décembre) ; les spectacles décalés proposés par les Weepers Circus (19 décembre), Le Poil incarné (10 mars), la compagnie du Trufu (26 mai) ou bien encore la Revue Scoute du 15 janvier au 28 février. Un temps fort avec le seul en scène Les Chatouilles ou la danse de la colère, écrit et interprété par Andréa Bescond, spectacle multiprimé où se déploie l’histoire d’Odette, petite fille à l’enfance volée par un ami de la famille. Ce sera le 17 octobre à la Briqueterie. v.l. → En photo : Astéréotypie en concert le 21 novembre à La Briqueterie à Schiltigheim


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À VOIR FESTIVALS JAZZDOR – 6 AU 15 NOVEMBRE

(c) DR

(c) CFranci

FEFFS – DU 25 SEPTEMBRE AU 4 OCTOBRE

IA, LE GRAND FRISSON Une édition intense « Comme ce fut le cas l’an dernier avec la montée des totalitarismes, nous avons donné au festival un thème en résonnance avec les problèmes actuels », précise Daniel Cohen, directeur artistique. Ce sera donc l’intelligence artificielle qui sous-tendra la sélection 2026 du FEFFS. « Un thème apparu au cinéma dès les années 60 au travers d’IA plurielles, souvent hostiles, rarement bienveillantes », ajoute Daniel Cohen qui annonce, dans la rétrospective, l’incontournable 2001, l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick dont le monolithe figure sur l’affiche du festival, Blade Runner de Ridley Scott, Terminator de James Cameron, Her de Spike Jonze, Ghost in the shell de Mamoru Oshii. Sans oublier les films en compétition répartis en quatre sections : la compétition internationale de films fantastiques, la compétition internationale crossovers, la compétition internationale de films d’animation et les Midnight Movies séances de minuit hors compétition qui mettent à l’honneur des œuvres audacieuses, déjantées voire gore afin de « piétiner les tabous ». Tel Penny Lane is Dead de Mia Kate Russell, thriller horrifique australien sorti cet été. Très sanglant ! Toujours très attendue, l’identité de l’invité spécial a été dévoilée à la fin de l’été. Ce sera Fabrice du Welz, cinéaste belge à l’univers singulier. « Nous sommes ravis de rendre hommage à un ami du festival », se réjouit Daniel Cohen, « sa masterclass animée par Olivier Père, responsable cinéma pour ARTE promet d’être passionnante ». Rendez-vous sur le site pour découvrir la programmation et au Village du festival, place Saint-Thomas, pour ses animations gratuites et son ambiance fantastique. v.l. → En photo : Terminator de James Cameron, sorti en 1984.

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et resserrée

Huit jours plutôt que deux semaines avec autant sinon plus de concerts, des lieux, des partenaires nouveaux, des formats variés et un vaste éventail d’expressions et de formes caractérisent cette édition 2026 de Jazzdor Strasbourg, la première signée par son nouveau directeur Vincent Bessières. « Il ne s’agit pas de diluer la force de la musique, mais de permettre à chacun de trouver l’endroit qui lui correspond et rendre justice à la richesse d’un art en perpétuel devenir » dit-il. Programmé du 6 au 15 novembre, le festival débutera dès le premier week-end par un Marathon Miles, hommage hors norme à Miles Davis dont on célèbrera cette année le 100e anniversaire de la naissance. Douze formations venues de toute l’Europe se succéderont à la Cité de la musique et de la danse. Chacune avec son propre langage, côté acoustique le samedi, versant électrique le dimanche. Une Grande Journée est annoncée le week-end suivant avec, le samedi 14 novembre, neuf concerts présentés entre 15 h et 23 h dans trois lieux différents – Le Fossé des XIII, le TJP et Nootoss – pour explorer tous les types de jazz. Autre nouveauté de ce festival 2026, un programme jeune public concrétisé par quatre spectacles et plusieurs ateliers. Le concert du 8 novembre, à la Cité de la musique et de la danse, sera ouvert aux tout-petits de 2 mois à 5 ans. Animé par Sébastien Llado et Mauro Gargano, il débutera par le cliquetis d’une vieille horloge, fera entendre le souffle du vent et le chant des oiseaux et pour finir... la musique de Miles. v.l. → En photo : Delphine Joussein & Kit Downes Happy Hurricanes, le samedi 14 novembre à la salle Nootoos à 20 h.


Opéra national du Rhin Saison 26 — 27

(c) Iris Aubry

MUSICA – 18 SEPTEMBRE AU 4 OCTOBRE

Pour sa première à Musica prévue le 18 septembre au Maillon, l’Américain Gabriel Kahane présentera deux projets marquants nés pour l’un – Book of Travelers – de rencontres fugitives et pour l’autre – Elevator Songs – de scènes imaginaires. Le premier, en solo, restitue une traversée des États-Unis au lendemain de la première élection de Donald Trump, le second, interprété avec Roomful of Teeth, donne chair à des personnages croisés dans un hôtel fictif. Cette 41e édition de Musica mettra par ailleurs en lumière l’énergique et inventive scène irlandaise avec le Concert Irish Rising du Crash Ensemble programmé le 25 septembre à l’église Saint-Paul ou celui du violoniste Martin Hayes, fondateur du groupe The Gloaming, annoncé à l’église Sainte-Aurélie le 26 septembre. En duo avec Brian Donnellan, il révélera dans sa musique une tradition orale à la fois enracinée et contemporaine. Des exemples parmi d’autres d’une programmation effervescente attentive aux soubresauts du monde. En atteste le retour de The People united will never be defeated ! partition exigeante dont s’emparera Maroussia Gentet le 4 octobre à la salle de La Bourse. Entre virtuosité, engagement et liberté. v.l. → En photo : Gabriel Kahane et Roomful of Teeth, le 18 septembre au Maillon.

Ouverture de la billetterie le 1er septembre Opéra Ariane à Naxos Richard Strauss Le Paradis et la Péri Robert Schumann La Valse rêvée d’Offenbach Jacques Offenbach Pelléas et Mélisande Claude Debussy L’Amour des trois oranges Sergueï Prokofiev Rigoletto Giuseppe Verdi Le Petit Ramoneur Benjamin Britten Lucie de Lammermoor Gaetano Donizetti

Danse Le Mur Mathilde Monnier & Ève Risser Les Ailes du désir Bruno Bouché L’Été Bruno Bouché & Romain Gneouchev Carnaval des animaux Edouard Hue / Věra Kvarčáková & Jérémy Galdeano Gala du Ballet avec Germain Louvet Ballets européens au XXIe siècle

operanationaldurhin.eu

© Clément Vuillier

À L’ÉCOUTE DU MONDE


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BIBLIOTHÈQUES IDÉALES DU 18 SEPTEMBRE AU 4 OCTOBRE

Comme tous les ans à pareille époque, depuis bientôt deux décennies maintenant, Strasbourg se transforme trois semaines durant en une ville où ce sont les livres qui prennent la parole. Pour dire le monde et ses maux. Au programme du 18 septembre au 4 octobre, plus de 70 rencontres, débats, lectures et spectacles musicaux. Rédaction : Alain Leroy Photographie : Alban Hefti

Aragon avait raison, « C’est une chose étrange à la fin que le monde », il ne savait pas à quel point il avait raison, il ne pouvait pas le savoir. Si ce premier vers du poème Que la vie est belle (1954) a été retenu cette année comme ligne d’horizon plus que comme slogan de cette édition, c’est que cette étrangeté du monde qui confine désormais à l’absurde est au final ce qui nourrit l’acte d’écriture et, au-delà, de création. En ce mois de septembre qui est celui des rentrées, de l’imperceptible changement de lumière qui annonce la fin d’un cycle et donc, à Strasbourg, des Bibliothèques idéales (BI), il ne pouvait sans doute pas y avoir plus belle antienne pour scander les dizaines de rencontres qui permettront de regarder le monde sous un angle inédit, à cet instant précis de l’histoire où personne ne pourrait dire dans quel sens il tourne, ni de quel côté il va tomber. Même si pour Aragon il s’agissait d’en célébrer la beauté et l’aube sans cesse renaissante, ce dont nous sommes assez loin, il y a là comme une évidence. « Oui parce que les enjeux du moment sont immenses », confirme François Wolfermann, le directeur des BI. « La fascisation de la planète, les mécanismes de domination, ce qu’on fait de l’autre sont quand même au cœur de nos préoccupations à tous ». Davantage encore à quelques mois d’une élection présidentielle dans notre pays qui s’annonce incertaine, tendue et pleine de dangers. Avec pour point central le langage et son utilisation, sa déformation. À ce titre, la rencontre entre Olivier Mannoni, Barbara Cassin et Cécile Alduy le dimanche 20 septembre, intitulée « D’abord, ils sont venus chercher les mots » sera éclairante puisqu’il

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s’agira d’analyser ce phénomène que nous voyons tous se produire, aux Etats-Unis mais pas seulement, d’un pouvoir qui commence à dissoudre les mots et les outils, à les corrompre. Comme depuis sa création, le festival des Bibliothèques idéales s’évertuera ainsi à interroger le monde, à essayer de lui donner une forme plausible en faisant dialoguer les disciplines, les générations, les regards et les publics. Trois semaines durant, écrivains, philosophes, scientifiques, poètes, artistes, journalistes, musiciens et chercheurs partageront leurs réflexions dans une programmation qui refuse les frontières habituelles entre les savoirs. Les BI n’empilent pas les conférences, elles composent un paysage qui donne aussi une large, et même de plus en plus large, place aux créations artistiques originales et contemporaines mêlant musiques et littérature. « Nous travaillons beaucoup avec des artistes nationaux et aussi avec beaucoup d’artistes d’ici, parce que c’est le rôle du festival que de valoriser les talents que nous avons dans la région », poursuit François Wolfermann. Une dizaine de créations feront ainsi entendre les textes autrement avec un spectacle d’ouverture programmé le 18 septembre consacré aux langues régionales de France, rappelant que chaque langue porte une manière particulière de raconter le monde et qui sera comme un manifeste. Et parce que tout ici est affaire de passerelles et de dialogue entre les arts, des écrivains comme Douglas Kennedy ou Eric-Emmanuel Schmitt verront leurs textes prendre une autre dimension au son du piano. L’immense John Howe en sera aussi. Quelle que soit la forme qu’on lui donne,

(c) Alban Hefti

TOUS LES MOTS DU MONDE


(c) JF Paga

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↑ L’église SaintGuillaume devient chaque année l’une des principales scènes du festival, accueillant rencontres, lectures et concerts. À droite : L’écrivaine Esther Teillard sera aux côtés d’Olivier Guez pour une croisière littéraire le dimanche 4 octobre.

la littérature demeure naturellement le cœur battant de ce festival. Aux côtés, ou plutôt à la suite d’Amélie Nothomb, qui lancera symboliquement cette édition le vendredi 18 septembre, le public retrouvera Douglas Kennedy, Yasmina Khadra, Etienne Klein et Adèle Van Reeth, Johann Chapoutot, Simone Polak et Frédérique Neau-Dufour, Pierre Rosanvallon, Philippe Besson, Enki Bilal, Olivier Guez, Joann Sfar pour ne lancer que quelques noms à la volée, qui exploreront les mémoires, les territoires, les imaginaires, les frontières. Les frontières, les territoires qui sont aussi des enjeux géopolitiques au moment où, de l’Ukraine au Proche Orient, les guerres font rage. Des grands noms du journalisme comme Pierre Haski, Céline Marangé ou Claude Guibal viendront le décrypter puisque si la guerre se vit, elle doit aussi se raconter, être racontée. À ce titre, la journée consacrée au Liban et à sa littérature (le 3 octobre), mais aussi car il ne peut en être autrement à la guerre, en collaboration avec L’OrientLe Jour et en présence de Rima Abdul-Malak, s’annonce comme un moment exceptionnel. C’est une chose étrange à la fin que le monde oui et le décrypter oblige à modifier la courbe du temps, à le remonter. Les Bibliothèques idéales ont cette capacité-là. Pascal Blanchard, Rachida Brakni, Xavier Le Clerc, Sandrine Lemaire et Nicolas Bancel viendront ainsi aborder la décolonisation, une part absente de nos époques, pour mieux comprendre son héritage et sa place dans notre récit collectif. Puisqu’il n’est finalement question que de ça, toujours, de récit et d’héritage. ←

Les Prix Strasbourg Pour la première fois de leur déjà longue histoire, les Bibliothèques idéales ont décerné un prix littéraire. Le Crédit Mutuel Alliance Fédérale, le CIC et le groupe EBRA se sont en effet associés au festival strasbourgeois pour lancer les Prix Strasbourg : quatre distinctions qui mettent à l’honneur des œuvres et des auteurs qui éclairent notre époque, interrogent le monde contemporain et portent les valeurs d’une société profondément humaniste. Le Grand Prix Strasbourg Crédit Mutuel (Roman Badanine et Mikhaïl Roubine, Le Tsar en personne, Ed. Les Arènes), le Prix Strasbourg Espoir CIC (Thélyson Orélien, C’était ça ou mourir, Ed. Grasset), le Prix Strasbourg Bibliothèques idéales (Yannick Haenel, La solitude des professeurs est infinie, Ed.Gallimard) et le Prix Strasbourg EBRA (Marion Dubreuil, Pelicot, un procès pour l’histoire, Ed. Futuropolis), récompensant pour ce dernier un essai ou une enquête journalistique, seront remis le mardi 29 septembre à 18h en l’église Saint-Guillaume, épicentre de la manifestation.

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BIBLIOTHÈQUES IDÉALES

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DU 18 SEPTEMBRE AU 4 OCTOBRE

NOTRE SÉLECTION IDÉALE Avec plus de 70 rendez-vous au programme, difficile de tout voir, de tout entendre, de tout lire ! Pour vous guider dans cette édition foisonnante, nous avons choisi quelques temps forts, des rencontres et des spectacles qui reflètent l’esprit des Bibliothèques idéales : curieux, engagé, multiple. À ne pas manquer.

Rencontre Olivier Mannoni, Barbara Cassin, Cécile Alduy

Les mots ne sont jamais innocents : ils peuvent éclairer le monde autant que le déformer. Les trois spécialistes croisent leurs regards sur le langage, ses usages politiques et les dérives autoritaires qu’il peut accompagner. Une rencontre importante pour comprendre comment les mots façonnent nos imaginaires, nos débats et parfois nos renoncements démocratiques...

Avec Batorama Croisière littéraire Douglas Kennedy

Un bateau, Strasbourg pour décor et Douglas Kennedy comme capitaine. Le festival vous invite à partager un moment privilégié avec l’écrivain américain, pour (re)découvrir son œuvre et son regard singulier sur nos vies... et notre époque. → Dimanche 27 septembre à 11h Embarcadère Rohan. Sur réservation

biblideales.fr/le-programme

Rencontre Philippe Besson & Abdellah Taïa

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Deux voix majeures de la littérature contemporaine explorent la mémoire, l’exil, le désir, la naissance d’un écrivain et la quête de liberté. Quand l’intime éclaire le politique, les livres deviennent aussi une manière de réparer les vies. Deux très beaux romans de cette rentrée littéraire ! → Mardi 29 septembre à 20h St-Guillaume. Entrée libre

Réunir le temps d’une même soirée, les mots, la musique et les univers de Régine et Dalida : une soirée comme seules les BI en ont le secret ! Une réinterprétation portée par de nombreux artistes, sous la direction de Gérard Daguerre, pianiste historique de Barbara, pour faire revivre deux icônes intemporelles de la chanson française. → Dimanche 27 septembre à 18h30 St-Guillaume. Sur réservation

(c) Vincent Muller

→ Dimanche 20 septembre à 17h Parlement européen. Entrée libre

Concert Régine & Dalida

Lecture & concert Le Rima Poésie Club

Rencontre Delphine Horvilleur

→ Samedi 3 octobre à 20h St-Guillaume. Entrée libre

→ Dimanche 4 octobre à 20h St-Guillaume. Entrée libre

Fondé par l’ancienne ministre de la Culture Rima Abdul-Malak, le Rima Poésie Club est une scène ardente, vivante, où résonne le souffle de la poésie contemporaine. Un lieu d’écoute, d’inspiration et de résistance face au chaos du monde. Pour sa première délocalisation à Strasbourg, il réunit des voix inspirantes du Moyen-Orient...

Avec Sermons sous les décombres, premier livre publié par la nouvelle maison d’édition d’Olivier Nora, Delphine Horvilleur interroge ce qu’il reste du langage lorsque le monde vacille. Entre témoignage intime, réflexion spirituelle et analyse politique, elle revient sur l’après-7 octobre et pose une question essentielle : comment se reparler pour tenter de se réparer ?


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☛ Bibliothèques idéales

ADÈLE VAN REETH

DANS LE VIDE DU SUJET

Après avoir passé quatre années à la tête de France Inter, la philosophe Adèle Van Reeth a repris ce printemps le chemin de son existence puisqu’il est dit que diriger une aussi grande et indocile maison n’est pas tout à fait l’existence. Nous l’avons rencontré à quelques semaines de la sortie d’Une heure à soi, son nouveau livre qui explore la question du vide et du trop-plein, et de sa venue aux Bibliothèques idéales. Rédaction : Alain Leroy Photographie : Line Brusegan C’était au cœur de l’été et de la quatrième vague de chaleur puisque désormais les canicules ont des numéros qui permettent de se repérer dans le temps ainsi que le faisaient les confinements. Paris était déserté de ses habitants partis respirer ailleurs, quelques touristes prenaient la pause avec la Tour Eiffel en arrière-plan de leur sourire de commande, le temps s’écoulait comme il le fait toujours à cette époque de l’année dans une espèce d’alanguissement qu’il est possible de confondre avec la torpeur. Adèle Van Reeth, bermudas et bras de chemise, silhouette longiligne de la coureuse de fond avait une heure à elle. La baby-sitter trouvée en dernière minute gardait les enfants, le jour était à ce point de l’année où il s’étire jusqu’à refuser de mourir. Moment parfait pour aborder la question du tumulte de nos vies, faire le point sur la nécessité de réussir à se retrouver face à nous-mêmes, sujets au cœur du passionnant Une heure à soi, le nouveau livre de l’ancienne animatrice des Chemins de la philosophie à paraître le 10 septembre chez Gallimard. Dans ce qui n’est pas tout à fait un essai et pas tout à fait non plus un roman, mais finalement bien plus que ça, l’autrice raconte cet instant où malgré les mails et les coups de fil qui ne peuvent pas attendre, malgré les petits-déjeuners

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30 sept - 2 oct

WASTED

Kae Tempest Martin Jobert

6 - 8 oct

AU BORD DE L’EAU

Ève Bonfanti et Yves Hunstad

14 - 16 oct

16 - 19 fév

COSIMO

LA DAME DE LA MER

Italo Calvino Jean-Yves Ruf

9 - 13 mars

3 - 7 nov

ARCHITRUC

ŒDIPE

17 - 21 nov

16 - 20 mars

Robert Pinget Fred Cacheux

Sénèque Barbara Jung

CRAPALACHIA

ACTUELLES

24 - 28 nov

23 - 25 mars

Scott McClanahan Mécistée Rhéa

CENDRILLON

Joël Pommerat Céline d’Aboukir, Pascale Jaeggy et Aude Koegler

2 - 4 déc

PIEDS NUS (VOTKE BOBIK)

Agnès Guignard Jean-Gabriel Vidal-Vandroy

8 - 10 déc

LA FERME DES ANIMAUX George Orwell Mathieu Létuvé

ÉCRIRE >< ÉCOUTER LE THÉÂTRE D’AUJOURD’HUI 29e édition

LES VOYAGES DE GULLIVER

Jonathan Swift Compagnie La Diapositive * JEUNE PUBLIC *

6 - 10 avr

L’AMOUR APRÈS

Marceline Loridan-Ivens et Judith Perrignon Laure Werckmann

13 - 17 avr

SENS

Anja Hilling Laurent Crovella

* JEUNE PUBLIC *

2 - 5 mai

19 - 23 jan

MARTIN EDEN Jack London Paul Schirck

LES ESTIVANTS Maxime Gorki Olivier Chapelet

11 - 14 mai

26 - 30 jan

LE NON DANS MON SILENCE Compagnie Je, Tu, Elle

2 - 4 fév

MONOGRAPHIE Guillaume Martinet * JEUNE PUBLIC *

CHEVALERESSES Nolwenn Le Doth

18 - 22 mai

LA BÊTE QUI SE LOGE DANS MON SEIN Kathleen Fortin

25 - 28 mai

UNE CHOSE VRAIE

10 - 12 fév

NOUS RENDRONS COUP POUR COUP (le partage du butin)

Romain Gneouchev

Aurianne Abécassis Morgane Deman

TAPS Scala TAPS Laiterie

taps.strasbourg.eu 03 68 98 52 02

Illustration Caroline Pageaud · Graphisme Anne Habermacher

à préparer, les devoirs à surveiller, les cours de judo du cadet et les dents du petit qui poussent, malgré l’addition des charges professionnelles et domestiques qui ne souffriront pas de retard, malgré tout le poids mental et physique qu’une femme, et encore davantage quand cette femme est une mère et occupe un poste à responsabilités, cet instant donc où malgré tous les malgré et parce que c’est devenu intenable, cet instant où s’impose ce besoin impérieux, vital, absolument vital, de tout quitter sur-le-champ ou demain matin, de faire le vide pour évacuer le trop-plein. Pour éviter la dépression à moins que la dépression ne soit déjà là et finalement rien d’autre que l’un des nombreux noms de ce vide qui nous « ronge de l’intérieur » et que nous passons nos vies à vainement tenter de combler. Elle, écrit que la dépression, « c’est la victoire du vide sur la vie » et dit aussi qu’il y a « une ambivalence du vide » puisqu’on « passe sa vie à la rechercher et à le fuir ». Ce qui donne, page 103 de cet ouvrage paradoxalement réjouissant où elle convoque philosophes, et prioritairement Pascal, et écrivains, à commencer par Virginia Woolf : « Le problème avec le vide est qu’il apparaît d’abord comme innommable. Longtemps, je l’ai senti, il s’infiltrait dans mon corps et je ne voyais rien, je sentais juste l’angoisse gonfler dans ma poitrine, une terreur sourde et honteuse que je devais combattre jour et nuit. Dormir, manger, fumer, courir, sortir, travailler, danser, faire, ne pas faire, agir, ne pas agir, je m’épuisais sans savoir contre quoi je me battais. » Tout ça évidemment est du vécu. On le sait, après une douzaine d’années sur France Culture à parler philosophie, Adèle Van Reeth avait été nommée à la tête de Radio France en septembre 2022 et remplacée au printemps dernier. De cette expérience publique ardue, intense, mouvementée qui s’est terminée abruptement et forcément avec un goût d’inachevé, elle ne

Henrik Ibsen Alain Batis

* JEUNE PUBLIC *


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☛ Bibliothèques idéales

dit que le minimum (« C’était une expérience parmi d’autres, comme la maternité est une expérience »), mais lâche quand même que diriger une aussi grande maison « est un exercice de frustration permanente » puisque le pouvoir est par essence un exercice de frustration permanente. Qu’il oblige, en un sens, à sacrifier si on a la prétention de ne pas tout lui sacrifier justement. « J’ai dû me dédoubler », écrit-elle. « Littéralement. J’étais deux, la bosseuse et la maman, deux qui cohabitaient plutôt bien, mais qui, ensemble, ont étouffé à petit feu et à main nue la troisième, à savoir moi ». Et on sent à quel point tout ça a été une épreuve, librement consentie certes, mais une épreuve tout de même, de celles qui blessent et laissent des cicatrices. Tout en sirotant une eau gazeuse, elle s’inquiète de savoir si son livre n’est pas trop déprimant, elle a peut-être dit « plombant », mais la mémoire fait défaut sur ce point. On lui dit que non, pas du tout, et ce n’est pas une politesse, c’est vrai. Il y a dans Une heure à soi une légèreté, dans le récit de cette retraite dans un monastère où elle passe son temps, métaphore jouissive, à se cogner la tête contre la même poutre que son mètre quatre-vingt-trois ne peut éviter avant d’aller cueillir des courgettes et d’entamer de longues discussions avec la même supérieure, il y a un humour et une mise

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« LE PROBLÈME AVEC LE VIDE EST QU’IL APPARAÎT D’ABORD COMME INNOMMABLE. » à distance qui vient contrebalancer l’acidité, le mot est sciemment choisi, de la prise de conscience de la finitude et de cette plongée au cœur du vide et de soi, les deux étant indissociables. C’est ce dont elle débattra avec son ami Étienne Klein lors de la prochaine édition des Bibliothèques idéales dans une ville qu’elle connaît bien pour y avoir vécu « sept ou huit ans » où chacune de ses venues est comme un retour non pas à la maison, mais en un temps enfui. « C’est la ville où j’ai le plus aimé vivre », dit-elle. Archiviste, son père, y avait été muté, c’était à l’adolescence. « J’étais au lycée des Pontonniers et avant à Marie-Curie. J’ai adoré mes années étudiantes à Strasbourg, les soirées au Café des Anges et aux Catacombes, les tartines pruneau/fourme d’Ambert de l’Épicerie, les footings au parc de l’Orangerie, m’y retrouver est toujours un bonheur ». Comme un espace à soi, un peu privilégié, un peu jardin intime. ←


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☛ Culture

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« PARLONS DE LA CULTURE POUR TOUT CE QU’ELLE RAPPORTE ! » C’était au cœur de la seconde canicule de l’été, en juillet dernier. L’adjoint à la culture avait quitté les débats d’un Conseil municipal pour évoquer avec nous les dossiers de sa délégation. Une petite heure trop vite passée, il en aurait largement fallu deux autres de plus tant la culture imprègne depuis longtemps la politique municipale à Strasbourg... Rédaction : Jean-Luc Fournier Photographie : Tobias Canales

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Votre nomination à ce poste d’adjoint à la Culture a pu surprendre, c’est pourtant tout sauf un hasard s’il vous a été attribué... Vous avez raison, je ne suis pas là par l’effet du hasard. La culture fait partie de ma vie depuis mes plus jeunes années. J’ai eu la chance d’avoir une mère artiste et passionnée de culture. Elle m’a emmené pour la première fois dans les musées à l’âge de trois ans. Un peu plus tard, j’ai pu découvrir avec elle les ballets russes au théâtre du Châtelet. Elle a réussi à désacraliser tout ça très vite pour que je ne ressente aucune limite à ce que je voyais. En même temps, elle-même peignait et sculptait. Dès tout petit, j’ai baigné dans cet univers créatif, très vite elle m’a acheté des toiles et des pinceaux pour que je puisse peindre à ses côtés. J’ai rapidement adoré ça. La culture a toujours habité mon quotidien et, depuis très longtemps, je ne peux pas me rendre dans une ville sans aller dans un musée ou à l’opéra, s’il y en a un... Enfin, élu en 2020, j’ai candidaté pour occuper certains postes réservés à l’opposition et je me suis retrouvé administrateur de la HEAR, de l’Orchestre philharmonique de Strasbourg et de l’Opéra du Rhin, par exemple. Avec Catherine Trautmann, nous nous étions promis de ne pas reproduire les erreurs des autres et donc de ne pas parler de poste


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avant le soir du second tour. On s’est dit gagnons d’abord et on verra bien ensuite pour l’attribution des responsabilités. Deux jours après la victoire, Catherine m’a spontanément dit qu’elle me voyait bien à la Culture. Je lui ai dit tout de suite que j’étais d’accord. Tout cela n’a pas pris trente secondes...

Impossible de ne pas évoquer immédiatement les terribles inquiétudes qui traversent tous les acteurs de la culture. Ils savent tous que l’argent public est devenu rare et que rien ne va s’arranger dans ce domaine avant longtemps. Que pouvez-vous dire aujourd’hui à tous ces acteurs, quels engagements pouvez-vous prendre qui les rassureraient ? En ce qui nous concerne, nous ne voulons pas faire de la culture une variable d’ajustement. Aujourd’hui, le budget de la culture à Strasbourg, c’est un peu moins de 100 millions d’euros, dont 45 millions de subventions à des acteurs du territoire, ce qui est énorme. En outre, ce sont 900 agents qui, au sein de la collectivité, travaillent dans ce domaine. Strasbourg reste aujourd’hui, par dépense par habitant, la première des grandes villes de France, hors Paris bien sûr, en termes d’engagement sur la culture. Cet engagement, on souhaite le pérenniser et même le renforcer. Ce sont des choix budgétaires qui seront faits quand on aura enregistré les résultats de l’audit financier actuellement

en cours de réalisation. Nous n’ignorons rien des difficultés rencontrées dans beaucoup de secteurs culturels, notamment ce point important qu’est la diminution constante de la marge artistique quand, à côté, il faut subir toutes les hausses de la vie courante. Il y a là un grand sujet sur la précarité culturelle, la précarité des artistes. Enfin, il y a aussi une insuffisance flagrante en matière de lieux de création et de diffusion, que ce soit dans le théâtre, les arts graphiques, la musique... Donc, on voit bien que tenir notre rang et rester présent ne suffit plus. Alors, on va lever beaucoup plus de fonds européens et, comme nous l’avons promis durant la campagne, nous allons créer un vrai service municipal du mécénat qui va aider les acteurs culturels à se rapprocher des mécènes. Nous collecterons les fonds venant du privé et les redistribuerons aux acteurs culturels. C’est innovant, de mémoire je n’ai pas le souvenir qu’on ait déjà initié ça à Strasbourg, en dehors bien sûr du mécénat sur les grands projets.

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☛ Culture

« NOUS ALLONS CRÉER UN VRAI SERVICE MUNICIPAL DU MÉCÉNAT QUI VA AIDER LES ACTEURS CULTURELS À SE RAPPROCHER DES MÉCÈNES. »

au mois de juin suivant, avec un critère déterminant : celui de la jauge de la nouvelle salle, de façon à pouvoir conserver la belle dynamique de succès public de l’Opéra du Rhin et l’excellence de cette extraordinaire maison. Cela étant dit, ce report d’un an nous donne aussi quelques mois pour voir si l’on trouve un autre endroit que le Palais des Fêtes comme lieu de repli. Avec les services, nous étudions toutes les alternatives possibles. Tout est ouvert et j’estime que l’on s’est ainsi donné tous les moyens d’œuvrer dans l’intérêt de l’institution...

Parlons de l’Opéra du Rhin et des immenses problématiques que pose la rénovation inéluctable du bâtiment emblématique de la place Broglie. Concrètement, que va-t-il se passer et comment se présente l’évolution de l’enveloppe budgétaire globale ? D’abord, en accord avec la direction de l’Opéra et celle du Ballet, on a repoussé d’un an le calendrier qui avait été annoncé car, vraiment, il nous fallait le temps de bien évaluer l’ensemble du dossier tel qu’il avait été appréhendé par l’ancienne équipe municipale. En fait, cette équipe s’était contentée de faire réaliser des études préalables et de poser l’hypothèse de l’utilisation du palais des Fêtes pendant les travaux. On a donc repoussé d’un an le départ de l’Opéra de son bâtiment pour ne pas fragiliser sa programmation. Nous avons voulu sécuriser l’institution. Au jour où nous parlons, quatre équipes d’architectes et de programmateurs travaillent sur ce projet. Je vous épargne les détails de procédure, mais leurs projets finaux complets seront remis en mars 2027. Nous choisirons

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Vous n’ignorez pas que beaucoup regrettent l’époque, peut-être fantasmée d’ailleurs, où Strasbourg fourmillait de projets culturels et où une écoute particulière était accordée à celles et ceux qui les portaient. C’est une époque révolue ? Certainement pas. Et je ne reviendrai même pas sur toutes ces opportunités ratées ces dernières années, de la Fondation Gandur, prête à s’installer à Strasbourg, à la Maison européenne du dessin de presse avec le fonds Wolinski, sans parler de quelques legs qui nous étaient destinés. Au contraire de ce qui s’est alors passé, on a su être réactifs pour rafler le marché international du film documentaire à Marseille. Nous avons récupéré un événement qui réunit 2 000 professionnels venus de 60 pays et ainsi prouvé que quand on veut on peut ! Et puisque vous évoquez les grands projets, j’en profite pour vous annoncer que nous travaillons déjà activement sur celui d’une grande exposition artistique de portée internationale. Nous avons inscrit au prochain contrat triennal un budget permettant d’organiser, en 2029, une exposition de rang mondial. Strasbourg retrouve donc l’ambition culturelle qu’elle mérite... ←


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Roland Anstett, une autobiographie hors normes Figure majeure de la publicité alsacienne, Roland Anstett publie à la rentrée Itinéraire d’un créatif (ID Éditions), une autobiographie monumentale de 672 pages qui retrace près de soixante ans de création, de Strasbourg à l’Europe. À travers ses souvenirs, archives et campagnes emblématiques (Stabilo Boss, Siemens, Mustang ou Karlsbräu) il raconte les coulisses d’un métier en pleine mutation et revient notamment sur sa complicité avec Tomi Ungerer. Au-delà du parcours personnel, le livre dessine en creux une histoire de la publicité en Alsace, de ses grandes années à ses transformations successives, et rappelle le rôle joué par une génération de créatifs capables de faire rayonner la région bien au-delà de ses frontières... L’intégralité des bénéfices de l’ouvrage sera reversée à l’IRCAD. l.h. → rolandanstett.com

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Le rendez-vous design graphique revient en octobre à Strasbourg pour une édition entre expos, rencontres, conférences et créations graphiques pour toutes et tous, en entrée libre. Voici 3 rendez-vous à ne pas manquer :

EXPOSITION

Practice, 6 gestes graphiques Une exposition de six graphistes et collectifs européens autour de leur processus créatifs innattendus.

Du 9 octobre au 8 novembre Shadok – Vernissage le 9/10

RENCONTRE

Autour de l’exposition Les Plus Beaux livres

Rencontre entre éditeurs, graphistes et organisateurs des concours Les plus Beaux livres (français, suisses et allemands) en parallèle de l’exposition des 64 ouvrages primés en 2025.

Le 10 octobre à 17h La Menuiserie – Coop

ÉVÉNEMENT

Salon des indépendant·es

Affiches, livres, sérigraphies, objets graphiques : un week-end dédié à la création indépendante, entre stands, tables rondes, live et ateliers.

Du 10 au 11 octobre Garage Coop & Cric

☛ Programme complet : formats-festival.org

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Le miroir comme terrain d’exploration Et si un tableau vous regardait autant que vous le regardez ? Jusqu’au 4 décembre, le CIARUS accueille l’artiste plasticien Julien Andrea qui y présentera, pour la première fois, ses peintures sur miroir. Une invitation à découvrir un univers où abstraction, lumière et reflets brouillent les frontières entre l’œuvre et son spectateur. Depuis douze ans, Julien Andrea développe une pratique singulière nourrie par l’abstraction contemporaine et une réflexion sur le point de vue. Il expose une cinquantaine d’œuvres aux univers marqués, depuis ses premiers tableaux en Brou de noix dont les reliefs et la matière se patinent au fil du temps et ses œuvres libres « Mètre carré » où il expérimente la part chromatique, le relief toujours, et les reflets. En peignant directement sur des miroirs, il crée de subtils voiles de couleur qui filtrent le réel et transforment notre propre reflet en matière picturale. Selon la lumière, l’angle d’observation ou la place occupée dans l’espace, chaque œuvre se métamorphose. Deux visiteurs ne verront jamais exactement le même tableau. Une expérience sensible qui interroge notre perception, notre rapport à la vérité et rappelle que toute réalité dépend, aussi, du regard que l’on porte sur elle. b.r. Du 17 septembre au 4 décembre 7 rue Finkmatt à Strasbourg → ciarus.com

☛ Matcha Club Après avoir conquis le Neudorf avec leurs cafés vietnamiens, les fondateurs de Milo Café, tous deux originaires du sud du Vietnam, investissent désormais le centre-ville avec Matcha Club, leur nouveau corner dédié au matcha, rue des Serruriers. 17 rue des Serruriers à Strasbourg ☛ La Patrie Institution portugaise de la Krutenau, La Patrie fait peau neuve et renaît en brasserie portugaise. Une nouvelle formule, sans perdre la chaleur ni les spécialités qui ont fait sa réputation. 1 rue des Balayeurs à Strasbourg ☛ Le Rafiot Le Rafiot reprend le large ! Le mythique club rouvre après sept ans, tandis que le restaurant dévoile une nouvelle carte imaginée par le chef étoilé Gilles Leininger et la cheffe Dadiva Simao Rescova. Quai des Pêcheurs à Strasbourg


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☛ Actualités

Strasbourg veut bâtir son avenir économique En créant un Conseil métropolitain de l’économie, l’Eurométropole ne veut pas se contenter d’installer une nouvelle instance de dialogue. Inspirée des méthodes de l’entreprise, elle ambitionne de rapprocher durablement élus, dirigeants, universitaires et acteurs du territoire pour faire de la création de valeur le moteur de son développement. Un changement de culture autant que de gouvernance. Rédaction : Marine Dumény Photographie : Laetitia Piccarreta

↗ Le lancement du Conseil métropolitain de l’économie, le 9 juin 2026, marque le point de départ d’une nouvelle démarche de concertation entre l’Eurométropole de Strasbourg et les acteurs économiques du territoire.

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Strasbourg sait raconter son patrimoine, ses institutions européennes, sa qualité de vie. Plus rarement son économie. C’est précisément ce récit que la nouvelle équipe municipale entend réécrire. « L’économie doit être au cœur d’un projet de société », résume Nathalie Roos, ancienne dirigeante internationale de Mars, Lipton ou L’Oréal, aujourd’hui chargée de concevoir le futur Conseil métropolitain de l’économie. « On continuera évidemment à parler de Strasbourg pour son histoire, sa culture ou ses institutions européennes. Mais il faut aussi que demain on parle d’une ville innovante, capable d’exercer

un leadership économique européen et d’aider l’Europe à rayonner dans le monde. » Cette ambition s’inscrit dans la volonté affichée par Catherine Trautmann de replacer le développement économique parmi les priorités du mandat. La création du Conseil métropolitain de l’économie, présentée le 9 juin 2026 au Club de la Presse, constitue la traduction opérationnelle de cette orientation. L’objectif n’est pas seulement de consulter davantage les entreprises. Il est de modifier la manière dont la puissance publique construit sa stratégie économique.


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Favoriser l’économie Pour Nathalie Roos, le point de départ est simple : « Ce n’est pas la politique publique qui fait réussir l’économie ; ce sont les entreprises. En revanche, la politique publique peut créer les conditions de leur réussite. » Cette conviction irrigue tout le projet. Inspirée par ses vingt années passées chez Mars, elle transpose au territoire une philosophie qu’elle résume par un principe : « Un bénéfice n’est durable que s’il est partagé. » Une idée qui dépasse le seul monde économique. « Je ne veux pas entrer en concurrence avec Bâle, Stuttgart ou Karlsruhe. Je veux que Strasbourg contribue à rendre toute l’Europe plus forte. » Cette vision rompt avec une approche où collectivités et entreprises évoluent parfois côte à côte. « Il y avait clairement un manque de dialogue entre les entreprises et le monde politique », constate-t-elle. Le Conseil entend précisément recréer ce lien.

Le Conseil s’articulera autour d’une assemblée d’une cinquantaine de membres – représentants des entreprises, des organisations professionnelles, des universités, des collectivités, de l’économie sociale et solidaire et des partenaires transfrontaliers – qui se réunira trois fois par an. Un comité stratégique composé d’une douzaine de dirigeants préparera les travaux, définira les priorités et suivra leur mise en œuvre. « Le Conseil métropolitain représente les entreprises comme un conseil d’administration représente les actionnaires », explique Nathalie Roos. « Le comité stratégique, lui, fonctionne comme un comité exécutif : il prépare les décisions, construit les feuilles de route et suit les indicateurs. » L’instance ne disposera toutefois d’aucun pouvoir décisionnel. Elle formulera des recommandations destinées à éclairer les choix de l’exécutif métropolitain. Des priorités très concrètes Avant même la constitution officielle du Conseil, une vaste consultation a été lancée auprès des acteurs économiques du territoire afin d’identifier les principaux freins au développement.

Un conseil conçu comme un conseil d’administration Le fonctionnement retenu s’inspire directement de la gouvernance d’entreprise.

« Je veux que Strasbourg contribue à rendre toute l’Europe plus forte. » Nathalie Roos

← Ancienne dirigeante de Mars, Lipton et L’Oréal, Nathalie Roos pilote la conception du futur Conseil métropolitain de l’économie, dont la première réunion est prévue à l’automne 2026. → Catherine Trautmann, présidente de l’Eurométropole de Strasbourg, et Pernelle Richardot, vice-présidente chargée du développement économique, portent la création du Conseil métropolitain de l’économie, appelé à rapprocher durablement entreprises et collectivités.

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☛ Actualités

« Je veux que tout le monde réussisse. Les grandes entreprises, les PME, les ETI, les indépendants, les jeunes entrepreneurs, l’économie sociale et solidaire. Le succès des uns entraîne le succès des autres. » Nathalie Roos

Elle s’est achevée le 30 juin 2026. Logement, foncier économique, mobilité, simplification administrative, recrutement, transition énergétique ou attractivité devraient naturellement figurer parmi les premières priorités. Nathalie Roos souhaite néanmoins aller plus loin en recherchant rapidement des « quick wins », ces améliorations visibles susceptibles d’entretenir la dynamique collective. « Il ne faut pas perdre le momentum », insiste-t-elle. Au-delà des difficultés immédiates, plusieurs filières apparaissent comme stratégiques : intelligence artificielle, défense, nouvelles énergies, mobilités, santé ou encore technologies industrielles. La proximité de l’Université de Strasbourg, du port autonome, des institutions européennes et des bassins économiques allemands et suisses constitue autant d’atouts que le Conseil entend mieux articuler.

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↑ De gauche à droite : Anne-Pernelle Richardot, Catherine Trautmann et Nathalie Roos.

Faire émerger un écosystème Au fond, le Conseil métropolitain de l’économie ne poursuit pas seulement un objectif de compétitivité. Il cherche à créer un espace où dirigeants, chercheurs, étudiants, collectivités et partenaires transfrontaliers construisent ensemble les conditions d’un développement partagé. « Je veux que tout le monde réussisse », résume Nathalie Roos. « Les grandes entreprises, les PME, les ETI, les indépendants, les jeunes entrepreneurs, l’économie sociale et solidaire. Le succès des uns entraîne le succès des autres. » Les premiers enseignements de la consultation ont été analysés dès juillet. Les priorités seront arrêtées à la rentrée, avant une première réunion officielle du Conseil métropolitain de l’économie prévue à l’automne, a priori à la mi-octobre. Une étape qui dira si Strasbourg parvient réellement à transformer une ambition politique en une nouvelle manière de gouverner son économie. ←


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☛ Actualités

ST-ART, l’art de durer ST-ART est née ici et n’a jamais vraiment quitté ses racines, même en partant à la conquête de la Bretagne. Voilà trois décennies que la foire fait de Strasbourg une capitale de l’art contemporain accessible, exigeante et vivante.

(c) Bartosch Salmanski

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↑ En 30 ans, ST-ART a accueilli 500 000 visiteurs, 50 000 œuvres et plus de 3 000 galeries.

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Rédaction : Salomé Dollinger

Trente ans, c’est à la fois une performance rare dans le paysage des foires françaises et une promesse tenue. Cette manifestation a en effet su se réinventer sans jamais renoncer à ses convictions fondatrices : exigence artistique, pédagogie et accessibilité. Rétrospectivement, les chiffres donnent le vertige. Plus de 3 000 galeries accueillies, un demi-million de visiteurs, 50 000 œuvres exposées dont 700 vendues en moyenne chaque année. Derrière ces volumes, c’est pourtant une autre arithmétique qui compte : celle des premières fois. Première acquisition d’un collectionneur intimidé ; première participation d’une jeune galerie ; première reconnaissance d’un artiste repéré ici avant d’être consacré ailleurs... Kamel Mennour, qui compte aujourd’hui trois galeries à Paris et une à Londres, a fait ses premiers pas dans une foire d’art contemporain sous les nefs du Parc des Expositions de Strasbourg. ST-ART n’est pas de ces foires qui empilent. Elle sélectionne, avec un comité artistique indépendant dont la composition dit déjà beaucoup : Georges-Michel Kahn, collectionneur et galeriste spécialiste de l’abstraction, présent depuis 1998 ; Rémy Bucciali, dernier graveur éditeur en taille-douce de France, fidèle

depuis 1997 ; Stéphanie Pioda, historienne de l’art et journaliste. Un trio de passionnés qui choisit les galeries, avec la complicité de Carole Schaller. « L’année dernière, on en comptait 60. Ce n’est pas un manque mais un choix éditorial : on préfère en avoir moins mais mieux pour garantir la qualité, laisser le temps de la découverte et inspirer confiance aux acheteurs », explique la responsable des salons culturels chez Strasbourg Évents, forte de huit ans d’expérience dans la galerie 1900-2000 à Paris. « Trop de stands peuvent vite submerger et changer la nature de la visite. On peut vite basculer de la posture de l’acheteur à la visite muséale, moins propice à l’achat », complète Christophe Caillaud-Joos, directeur général de Strasbourg Évents. Cette rigueur n’empêche pas la fidélité : les galeries Ritsch-Fisch et Arnoux sont là depuis les origines ou presque. Et des galeries de la trempe de Denise René ou Suzanne Tarasieve y ont posé leurs cimaises. En 30 ans, tous les pays ont été représentés dans les allées de la foire régionale. Démystifier sans dévaluer. ST-ART ne soutient pas seulement les artistes, elle fait aussi naître des collectionneurs. Lancé en 2025, l’espace ST-ART your collection ouvre la porte aux premiers pas : une sélection d’œuvres proposées par les galeries participantes à moins de 1 000 euros. →


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☛ Actualités Exigeante dans le choix, accessible dans le prix. « ST-ART, c’est le début », sourit Christophe Caillaud-Joos. Le début d’une collection, d’une relation à l’art, d’une confiance en son propre regard. Car chaque achat, quel qu’en soit le montant, commence par le même geste : poser les yeux sur une œuvre et se dire que c’est elle. La pédagogie, autre pilier de l’accessibilité. Visites guidées gratuites animées par des étudiants en histoire de l’art, partenariats avec la HEAR et le CERFAV, panneaux explicatifs intégrés au parcours, remise en avant d’un ADN historique lié au verre... Pour cette édition anniversaire, la soirée d’ouverture du 10 novembre 2026 accueillera également Hector Obalk, dont le spectacle Toute l’histoire de la peinture en moins de deux heures a déjà conquis près de 200 000 spectateurs. Le flair pour les talents avant l’heure. Depuis 2024, le Prix de la Jeune Création Européenne, co-créé avec la SAAMS, distingue un artiste de moins de 35 ans basé en Europe, proposé par les galeries participantes. Karine N’guyen Van Tham, lauréate 2025, a depuis exposé à la Biennale de Venise. « Elle a livré

un témoignage bouleversant en expliquant en quoi ST-ART et ce prix ont changé sa vie », se souvient Souhire Ehresmann, directrice de ST-ART et des manifestations Strasbourg Évents. En 2026, c’est Jonathan Tignor, représenté par la Pigment Galerie (Barcelone), qui porte cette flamme. À la clé : une dotation de 2 000 euros et un stand en solo-show offert. La Fondation François Schneider, partenaire historique dédiée à l’eau, a de son côté révélé Bianca Bondi, nommée au Prix Marcel Duchamp 2025. Cap sur la Bretagne. En janvier dernier, ST-ART a franchi les frontières de l’Alsace pour poser ses valises à Rennes. 23 galeries, dont sept bretonnes, plus de 4 000 visiteurs... Un succès inattendu et déjà une deuxième édition confirmée pour 2027 ! Cette aventure illustre la capacité du modèle à voyager sans se trahir. Une troisième destination ? « Uniquement si le projet a du sens et peut s’appuyer sur une véritable identité territoriale. Mais on ne le fera pas à tout prix », sourit Christophe Caillaud-Joos. C’est peut-être là, finalement, ce qui distingue ST-ART après 30 ans : une certaine idée de la mesure... ←

« On préfère avoir moins de galeries mais mieux pour garantir la qualité, laisser le temps de la découverte et inspirer confiance aux acheteurs » Carole Schaller, responsable des salons culturels chez Strasbourg Évents

(c) SD

→ Souhire Ehresmann, Carole Schaller et Christophe Caillaud-Joos.

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☛ Actualités n°62

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☛ Reportage

Dans les pattes de l’ours

Dans la nuit du 30 au 31 juillet dernier, quatre jeunes ours orphelins venus de Roumanie ont posé leurs pattes sur la terre mosellane du Parc animalier de Sainte-Croix. Plus qu’une arrivée, c’est un nouveau chapitre chargé d’émotion et de sens. Rédaction : Salomé Dollinger Photographie : Simon Pagès

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Ils sont là. Après des mois d’échanges et de préparation avec les équipes du Libearty Bear Sanctuary (à Zărnești en Roumanie), quatre oursons franchissent les portes de leur nouveau territoire. Anita, Alexandra, Chance et Thomas ont deux ans et, à Sainte-Croix, leur arrivée referme une page tout en en ouvrant une autre. Leur arrivée a ouvert une nouvelle page tout en en refermant une autre : quelques semaines plus tôt, le parc avait vécu deux deuils rapprochés avec la mort de Graoully et Sofia, deux ours bruns arrivés ensemble en 1999 et emportés par la maladie. « Leur disparition nous a profondément touchés et nous a obligés à adapter notre stratégie d’accueil pour les oursons », confie Lucas Singer, directeur adjoint de Sainte-Croix. Car la transition aurait dû être progressive : un enclos multigénérationnel avait initialement été pensé pour que les ours plus âgés guident les jeunes,

↑ Engagé de longue date dans la préservation des espèces, le Parc héberge des ours bruns depuis 1999.

leur transmettent leurs repères, leurs habitudes. Alors il a fallu repenser l’enclos et, surtout, faire confiance aux oursons pour écrire la suite. Nés dans les montagnes roumaines Anita, Alexandra, Chance et Thomas sont nés entre janvier et février 2024, aux abords de Slănic Moldova, une ville de montagne du nord-est de la Roumanie. Leurs premiers mois ressemblent à ceux de milliers d’ours qui, en Europe orientale, apprennent à survivre dans des territoires partagés avec l’homme. Leur mère les emmène fouiller dans les poubelles en bordure de ville. Une source de nourriture facile mais aussi une porte ouverte sur tous les dangers. Puis elle disparaît. « Chez l’ours brun, une mère n’abandonne pas ses petits. Le braconnage est la cause la plus probable de sa disparition », assure Anthony Kohler, directeur zoologique. Les quatre oursons, âgés de six ou sept mois à peine, se retrouvent seuls.

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☛ Reportage C’est le Libearty Bear Sanctuary qui les prend en charge, dès le mois d’août. Ce sanctuaire roumain, considéré comme l’un des plus éthiques au monde, héberge sur quelque 69 hectares de forêt plus de 130 ours bruns orphelins, sauvés de situations de maltraitance ou de captivité dans des conditions inadaptées. Il a été fondé par Cristina Lapis, ancienne journaliste devenue militante de la cause animale. C’est dans cet espace de réhabilitation progressive qu’Anita, Alexandra, Chance et Thomas ont grandi pendant un an, avant de rejoindre Sainte-Croix dans le cadre d’un partenariat exclusif avec le sanctuaire qui transfère là pour la première fois des ours vers une structure animalière. L’enclos qui les accueille ici est l’un des plus beaux d’Europe : deux hectares de nature préservée, une biodiversité forestière dense, des bassins de baignade... « tout a été pensé pour s’adapter aux exigences de jeunes ours en pleine croissance, qui ont besoin de grimper, creuser, faire des bêtises... on a travaillé de concert avec les équipes de Libearty Bear Sanctuary pour concevoir ce cadre », explique Anthony Kohler.

C’est la plus en retrait pour l’instant, cherchant alternativement le groupe et la solitude. Anita, légèrement plus petite et trapue avec 109 kg, se reconnaît à une marque blanche en forme de vague sous l’aisselle qui remonte jusque dans le dos. Elle joue le rôle de sentinelle. Vigilante, elle envoie des signaux d’alarme qui poussent tout le groupe à se replier dans leur refuge : la roselière. Thomas, seul mâle, est le plus costaud avec ses 120 kg. Pelage bicolore (pattes sombres et haut du corps clair), il est aussi le plus curieux. Chance, enfin, est la plus petite de la fratrie avec 96,5 kg et un pelage entièrement foncé. Très fusionnelle avec Thomas, elle a besoin de contact visuel avec sa fratrie pour se sentir bien. Maladroite et un brin malicieuse, elle porte dans son prénom tout ce que le sanctuaire roumain lui a offert. Leur première sortie Nous sommes là depuis un moment déjà, les yeux rivés sur la roselière. Quand tout à coup, une oreille bouge entre les roseaux ! Une silhouette furtive – difficile de dire si c’est Alexandra, Anita ou Thomas – s’avance vers l’eau, boit prudemment puis disparaît à nouveau dans la végétation. Le silence revient, auréolé de tendres sourires ici et là. C’est au bout de deux heures environ, sûrement sortis d’une bonne sieste, qu’ils osent vraiment se montrer. →

Quatre silhouettes, quatre caractères Ils ont beau être frères et sœurs, chaque ourson a sa personnalité. Alexandra est la plus haute sur pattes, 110 kg, pelage clair et légèrement ébouriffé.

« Tout a été pensé pour s’adapter aux exigences de jeunes ours en pleine croissance, qui ont besoin de grimper, creuser, faire des bêtises. » Anthony Kohler

↓ Lucas Singer, directeur adjoint de Sainte-Croix

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↓ Anthony Kohler, directeur zoologique

↓ Solenn Pellé, responsable de la conception muséographique


100

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☛ Reportage L’un après l’autre, puis tous ensemble. Ils se baignent, jouent, se câlinent... Deux heures d’attente pour quelques minutes de grâce : largement suffisant !

↑↓ Chaque année, plus de 350 000 visiteurs découvrent 130 hectares de nature préservée, où vivent plus de 1500 animaux européens dans de vastes espaces pensés pour respecter leurs comportements naturels.

« En France, les ours sont très craintifs. Les connaître, c’est déjà apprendre à coexister. » Anthony Kohler

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Comprendre pour protéger. L’arrivée des quatre oursons s’inscrit dans un projet plus vaste. Depuis le 4 juillet, le Parc a inauguré Paroles d’Ours, un nouvel espace immersif conçu avec l’association bordelaise Cap Sciences. « L’objectif est de proposer une médiation par les sens et l’émotionnel, plus impactante qu’un contenu purement théorique. En France, les ours sont très craintifs. Les connaître, c’est déjà apprendre à coexister », explique Solenn Pellé, responsable de la conception muséographique. Ici, le visiteur bascule dans une autre dimension. Ambiance sonore enveloppante, scénographie graphique, dispositifs interactifs... on n’observe plus l’ours depuis l’extérieur, on entre dans son monde. Des jeux invitent à mobiliser sa vue, orientée vers le vert et le bleu (le rouge lui échappe complètement), son odorat et son ouïe extraordinairement développés ou encore ses capacités physiques, qui lui permettent de ressentir les menaces qui pèsent sur son territoire. Car derrière l’émotion de l’arrivée des oursons, il y a un enjeu de fond. La Roumanie abrite entre 10 000 et 13 000 ours bruns – la plus grande population d’Europe – dans un territoire où la cohabitation avec l’homme s’intensifie. En France, dans les Pyrénées, la situation est inverse. On y compte une centaine d’ours bruns, confrontés à une consanguinité alarmante : 90% de la population descend de seulement trois individus ! Une population classée en danger critique d’extinction, politiquement contestée mais portée par des associations comme Pays de l’Ours-Adet et FERUS (à l’initiative des premières opérations de réintroduction de l’ours brun dans les Pyrénées en 1996), que Sainte-Croix soutient activement. « Nous ne voulons pas seulement présenter les ours bruns, mais préparer leur avenir en France. L’ambition est de dépasser la sensibilisation pour pousser les visiteurs à agir, à leur échelle et avec conviction », assure Lucas Singer. Car Sainte-Croix est bien plus qu’un parc animalier. C’est une école de la nature qui œuvre, depuis 46 saisons, à tisser des liens entre les hommes et les animaux. Mieux comprendre le vivant pour mieux le protéger. ←


Récolté plein sud Dégusté bien frais

sur une terrasse

L’A B U S D ’A LC O O L E S T D A N G E R E U X P O U R L A S A N T É , À C O N S O M M E R AV E C M O D É R AT I O N


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☛ Rencontres

À l'Opéra avec Chrysoline Dupont

L’opéra demeure l’une des dernières utopies possibles. Un lieu où des inconnus consentent à vivre ensemble la même histoire, à retenir leur souffle au même instant, à sortir changés d’une émotion qu’ils ne partageront pourtant jamais tout à fait de la même manière. C’est cette promesse que Chrysoline Dupont place au centre de sa première saison à la tête de l’Opéra national du Rhin. Plus qu’une programmation, elle dessine une manière d’habiter le monde. Rédaction : François Wolfermann Photographie : Pascal Bastien

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[L]’affiche donne le ton. Une montagne surgit sous un ciel traversé d’étoiles filantes. Une ascension et un sommet. Le symbole pourrait sembler héroïque ; il est tout l’inverse. Grande amatrice de ski et de haute montagne, la nouvelle directrice sait qu’aucune cime ne se conquiert seule. En montagne comme à l’opéra, chacun a besoin des autres. Les chanteurs, les musiciens, les costumiers, les techniciens, les administrateurs, les artisans des ateliers, jusqu’au public lui-même composent cette cordée sans laquelle rien n’advient. L’opéra est un art collectif ou il n’est pas. Elle parle peu d’elle-même. Son regard se tourne toujours vers les œuvres, les artistes, les équipes. Pourtant, son histoire éclaire sa vision. Chez sa grand-mère marseillaise, les mercredis avaient la couleur du Rosenkavalier, de Rigoletto ou de la Tétralogie mise en scène par Patrice Chéreau. La famille n’était pas musicienne, mais ses parents étaient des fervents mélomanes. Très tôt, la jeune Chrysoline comprend que les maisons d’opéra seront son paysage et son terrain de jeu. Une maison lyrique est d’abord une aventure humaine Après Sciences Po Paris, elle frappe à la porte de Gérard Mortier, alors directeur de l’Opéra de Paris. « J’ai envie de travailler avec vous, monsieur. Prenez-moi ! » L’audace lui ouvre un monde. Elle y découvre une conception de l’art qui refuse les compromis et considère la création comme une nécessité démocratique. Plus tard, au Festival d’Aixen-Provence auprès de Bernard Foccroulle, elle apprend ce qu’est réellement le métier :

accompagner les artistes, construire une saison, penser une institution dans le temps long. L’Orchestre de chambre de Paris puis l’Opéra-Comique viendront confirmer cette conviction profonde : une maison lyrique est d’abord une aventure humaine. Sa saison raconte la confiance Lorsqu’elle arrive à Strasbourg, Chrysoline Dupont ne parle ni de rupture ni de révolution. Elle revendique au contraire la continuité. « Une institution solide est un bien précieux », dit-elle. Son ambition est plus subtile : ouvrir encore davantage les portes et faire circuler les idées et les émotions. Son discours tranche avec les clichés qui poursuivent encore le monde lyrique. « Il faut en finir avec l’opéra bashing et les stéréotypes. Je mets ma confiance dans la jeunesse et dans nos institutions. » Le propos n’a rien de défensif. Il s’appuie

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☛ Rencontres

sur une réalité : les salles sont pleines, près d’un tiers des spectateurs strasbourgeois ont moins de 28 ans, les actions éducatives irriguent le territoire. Pour elle, le problème n’est pas l’opéra ; c’est le récit que l’on continue d’en faire. Sa saison raconte cette confiance. Ariane à Naxos, Pelléas et Mélisande, Rigoletto ou Lucie de Lammermoor côtoient Le Paradis et la Péri, L’Amour des trois oranges ou Le Petit Ramoneur. Les grands titres dialoguent avec les œuvres plus rares, les jeunes metteurs en scène avec les artistes confirmés. Rien n’y relève de l’effet de catalogue. Chaque choix semble répondre à une même intuition : rester en éveil avec une curiosité intacte. Cette volonté d’ouverture dépasse les seules œuvres. Les Opéras volants continueront d’aller vers les habitants éloignés des scènes lyriques. Les ateliers resteront gratuits. Les représentations « Relax » accueilleront des spectateurs en situation de handicap dans des conditions adaptées. À Mulhouse, un partenariat avec la chaire de philosophie de Cynthia Fleury prolongera une réflexion sur le soin, la vulnérabilité et la réparation. L’opéra ne se contente plus de représenter le monde ; il cherche aussi à prendre soin de ceux qui l’habitent. Strasbourg lui apparaît comme une évidence Ville-frontière, capitale européenne, Strasbourg porte dans son histoire le dialogue

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des cultures. L’Opéra national du Rhin doit, selon elle, penser naturellement ses liens avec Stuttgart, Vienne, Londres, Genève ou Nancy. Les coproductions, les circulations d’artistes et les collaborations internationales ne relèvent pas d’une stratégie d’image : elles prolongent l’identité profonde d’une maison née au cœur de l’Europe. Sa référence à Jacques Rancière n’est pas un clin d’œil intellectuel. Le Partage du sensible résume sa manière d’envisager le théâtre musical : créer un espace où l’on apprend à regarder ensemble. Dans un monde fragmenté, saturé d’écrans et d’opinions irréconciliables, l’opéra demeure un lieu singulier. Pendant quelques heures, des inconnus acceptent de former une communauté provisoire. Ils rient, pleurent, se taisent ensemble. Ils éprouvent cette étrange sensation d’appartenir, l’espace d’un spectacle, à quelque chose de plus vaste qu’eux-mêmes. Faire tomber les murs Briser les chaînes : celles qui séparent les générations, les territoires et les idées reçues. Loin d’être un manifeste, elle mettra son ambition en œuvre avec calme et détermination. À l’heure où tant d’institutions cherchent leur raison d’être, elle rappelle que l’opéra n’est pas un sanctuaire réservé à quelques initiés. Il est un lieu où le merveilleux continue de rendre le réel plus habitable. Une possibilité d’utopie, fragile, mais vivante. ←


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À la galerie avec ☛ Rencontres

Frédéric Croizer

Une galerie d’art contemporain qui déménage et en profite pour tripler sa surface d’exposition : voilà qui est rarissime à Strasbourg, ville à la réputation redoutable pour les galeristes, dont beaucoup ont jeté l’éponge depuis longtemps. Découvrez le pari plein d’audace de la galerie Radial Art Contemporain et son créateur Frédéric Croizer. Rédaction : Jean-Luc Fournier Photographie : Abdesslam Mirdass

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F ↗ Bodo Korsig, œuvre textile en feutre, 400 × 228 cm, 2026

[F]red Croizer, c’est avant tout l’histoire d’un passionné d’art contemporain qui a trimballé son sac à dos sur les chemins de traverse les plus déroutants avant de se fixer à Strasbourg. L’intéressé raconte volontiers sa rencontre la plus déterminante : « Quand je vivais à New York, ma meilleure amie était journaliste et elle était la représentante du magazine Art Actuel pour tout le marché de l’art contemporain aux États-Unis. Avec elle, nous sommes allés à peu près partout où ça bougeait ; elle m’a ouvert plein de portes et fait connaître beaucoup d’artistes. Ma motivation pour ce métier est née là. Je peux dire que les innombrables briefings de visites d’expos que nous faisions systématiquement ensemble quasiment chaque soir ont fortement contribué à ce que je suis devenu ensuite… » Radial, seize ans déjà À son arrivée à Strasbourg en 2010, le jeune quarantenaire n’avait pour autant aucune idée précise en tête si ce n’est « se poser et réfléchir à l’avenir ». L’occasion de ce vieux local du quai de Turckheim à l’orée de la Petite France était donc à saisir, d’autant qu’un appartement juste au-dessus faisait partie du bail. « Après maints travaux d’embellissement absolument impératifs, c’est là qu’est née l’idée de la galerie » se souvient Fred. Et quand on le questionne aujourd’hui sur son bilan, le fondateur de Radial réalise un superbe salto plein de malice : « Serge Hartmann (le journaliste des DNA, alors responsable du service Culture – ndlr) m’avait baptisé “le galeriste suicidaire” en raison de mes choix artistiques. Il n’avait pas tort, je crois, mais en attendant, pour un suicide, c’est un suicide plutôt réussi, non ? » rigole-t-il. La véritable surprise est survenue très vite : « Mes premiers clients n’ont pas été des Strasbourgeois ou des Bas-Rhinois comme je l’avais imaginé, mais plutôt des gens que je connaissais déjà et qui vivaient en Allemagne ou en Suisse. Leurs achats réguliers m’ont permis de tenir le choc et mon réseau s’est plutôt développé grâce à eux. La part de Strasbourg dans mon chiffre d’affaires est donc restée marginale… »

Le nouveau Radial En triplant sa surface d’exposition disponible, Fred Croizer a pour principal objectif de pouvoir enfin exposer toutes les œuvres dont il dispose en stock, lui qui, sans le crier sur les toits, a réalisé le rêve de nombreux galeristes : voir les artistes créer spécialement pour sa galerie, « un privilège d’ordinaire réservé aux plus grands d’entre nous » souffle-t-il. Son opiniâtreté, sa rigueur professionnelle et la fidélité à ses engagements transpirent déjà dans son expo inaugurale White flag où pas moins de 21 artistes qu’il suit depuis très longtemps ont accepté d’exposer leurs créations pour la réouverture du lieu. « Cette grande salle accueillera donc l’expo temporaire comme je le faisais auparavant avec trois fois moins de surface, et la seconde salle, tout en longueur, me permettra d’exposer les œuvres de mon stock, par roulement. Un stock visitable, quoi… » Le véritable objectif, Frédéric Croizer l’exprime en quelques mots : « Je sais où je veux aller. Je suis certain qu’à Strasbourg, en Alsace et aussi du côté des Vosges, il existe toute une clientèle qui n’a encore jamais osé pousser les portes d’une galerie d’art contemporain. Mon boulot est qu’ils entrent ici, beaucoup seront interpellés et quelquefois séduits par ce qui tombera sous leurs yeux, j’en suis intimement persuadé… » ←

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☛ Rencontres

À cartes égales avec

Florent Weltzer

Et si un smartphone et une oreillette suffisaient à rendre les jeux de société accessibles aux personnes aveugles ou malvoyantes ? C’est le pari audacieux de Florent Weltzer, fondateur de SightKick. Une après-midi d’UNO chez C’Cité nous a convaincues ! Rédaction : Salomé Dollinger Photographie : Laetitia Piccarreta

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I ↓↗ Depuis novembre 2025, l’application est testée avec 75 joueurs sur des jeux comme le Uno, le Yams et les cartes classiques.

[T]out commence en août 2024, lors de vacances entre copains. Une grande tablée, un jeu de cartes, et Sam – le frère aveugle d’un ami – dans l’impossibilité de jouer de manière autonome. « On a testé une quarantaine de jeux. Aucun ne lui permettait de faire une partie sans l’aide d’un autre joueur. Sam me confiait qu’au-delà de fausser le jeu, ça générait aussi un sentiment de frustration et de gêne qui pousse les personnes déficientes visuelles (DV) à s'exclure. Dans ces situations-là, la personne aveugle préfère se retirer d’elle-même pour ne pas pénaliser les autres et surtout ne pas ralentir la partie », explique Florent Weltzer. Ce soir-là, ce dernier range ses cartes avec une idée en tête : réunir tous les férus de jeux de société, voyants et non-voyants, autour d’une même table. Ainsi est née SightKick. Une application qui identifie les cartes en temps réel grâce à une caméra. Les informations sont lues par l’application directement dans l’oreillette du joueur. Le marché potentiel est considérable : deux millions de personnes déficientes visuelles en France, 30 millions en Europe, dont une large majorité a perdu la vue autour de la cinquantaine ; trop tard pour apprendre le braille, que seuls 8 % des déficients visuels en France maîtrisent aujourd’hui. Pour mettre en marche la révolution SightKick, Florent Weltzer s’est entouré de David Reversat, futur CSO (Chief Strategy Officer) – qui cumule

plus de quinze ans d’expérience en traitement algorithmique de l’image, dont dix au CNRS – et de Baptiste Tavignot, futur CTO (Chief Technology Officer) spécialiste de la data et de l’IA, en charge d’optimiser les modèles au quotidien. « J'ai beaucoup de chance de les avoir rencontrés. Nous sommes très alignés sur la mission et les valeurs du projet. Depuis novembre 2025, ils contribuent bénévolement au projet. D'ici la fin de l'année, nous souhaitons créer la structure juridique en nous associant », confie Florent Weltzer. Incubé à La Lucarne à Strasbourg depuis septembre 2025 et accompagné par Réseau Entreprendre Grand Est, Handilab et le Campus Louis Braille, deux géants parisiens, le projet a décroché ses premiers partenariats éditeurs : Blackrock Games pour Skull King, Gigamic pour Papayoo, Odin pour Blue Orange. Lancement prévu en septembre 2026 : gratuite pour les utilisateurs et financée par les éditeurs. C’est dans les locaux de C’Cité, à Strasbourg, que nous avons pu mesurer la portée concrète de SightKick. Autour de la table, trois bêta-testeurs, dont Taha, joueur aguerri avant qu’il ne perde la vue, et André, qui lançait joyeusement à chaque tour « attends, je vais VOIR ce que j’ai comme carte ». L’application, testée sur le UNO, « s’est beaucoup améliorée et commence à être bien jouable », juge Taha. Si quelques ajustements restent en cours, la partie s’est déroulée avec une fluidité et une joie communicative. Car derrière chaque carte retournée se jouait quelque chose de bien plus grand : l’autonomie, le plaisir partagé et la fierté de dire « je joue », sans retenue. ←

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☛ Rencontres

Réparer les sourires avec Bruno Grollemund Depuis vingt-cinq ans, le docteur Bruno Grollemund accompagne les enfants nés avec une fente labio-palatine et leurs familles. À travers son livre Le visage fendu, l'orthodontiste, spécialiste de leur prise en charge, brise le silence qui entoure encore cette malformation congénitale. Rédaction : Barbara Romero Photographie : Laetitia Piccarreta

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L

Bruno Grollemund

Les fentes labiales et palatines (FLP) sont les malformations faciales humaines les plus fréquentes : elles concernent près de 1/700 des naissances. En touchant le visage, la venue au monde d’un enfant porteur de FLP est un événement stressant et traumatisant pour les parents. Sans risque vital et mal connue, il est déterminant de sortir cette particularité congénitale de l’anonymat. Une écoute attentive des familles révèle l’importance du contexte psychologique et les risques d’une structuration disharmonieuse des relations parents-enfant avec leurs conséquences que l’on devine sur le développement de l’enfant.

obligation éthique pour moi : celle de rendre le sourire et l’estime de soi. » Après sa spécialisation en orthodontie, il poursuit une thèse de doctorat en éthique puis mène des recherches sur les liens entre la malformation, les relations parents-enfant et le vécu des familles. Il a aussi créé un DU (diplôme universitaire) à la faculté de Strasbourg et travaille en équipe avec les professeurs Caroline Dissaux, Olivier Étienne, Catherine Bruant-Rodier, et les docteurs Isabelle Chevalier et Anne Lehn, « dans un esprit de discrétion et beaucoup d’humilité face à un traitement complexe », salue-t-il. Ce livre est en résumé l’aboutissement d’une vie dédiée à l’accompagnement de ces familles. Derrière chaque sourire retrouvé, il y a des années de soins, d'attente et de courage. C'est cette histoire-là que raconte Le Visage fendu. Une histoire de médecine, bien sûr, mais surtout d'humanité. Son expertise et son engagement sont d’ailleurs reconnus et salués dans les deux préfaces écrites par le professeur Frédéric Worms, philosophe et directeur de l’École Normale Supérieure, et par le professeur Arnaud Picard, chef de service de chirurgie maxillo-faciale, plastique et esthétique de l’Hôpital Necker Enfants-Malades. « Malgré les difficultés initiales, les familles font preuve d'une résilience remarquable, conclut Bruno Grollemund. Au bout du compte, ce sont des enfants qui ont eu un parcours difficile, les parents aussi, mais qui ont une belle histoire. » ← Bruno Grollemund

[L]e titre interpelle et traduit le choc ressenti par les parents lorsqu'ils apprennent, le plus souvent pendant la grossesse, que leur bébé naîtra avec une fente labio-palatine. « Les parents se projettent naturellement avant la naissance de l’enfant dans l’idée qu’il va leur ressembler » rappelle le docteur Bruno Grollemund. « Or l’annonce d’une fente labio-palatine provoque désarroi, culpabilité, tristesse. » Son métier, avec toute l’équipe médicale et chirurgicale spécialisée, est de « rendre le sourire à ces enfants et d’accompagner les parents pour les rassurer. » À travers son livre, Bruno Grollemund accompagne les familles du choc de l’annonce à l’acceptation, en partageant les histoires de celles qui sont passées par là. « Oui, cela s’opère très bien, mais non, ce n’est pas rien : le traitement souvent complexe commence dès la naissance et se poursuit jusqu’à la fin de la croissance, incluant chirurgie, orthopédie dento-faciale, orthophonie, surveillance ORL, et parfois accompagnement psychologique », décrit dans son livre le docteur Grollemund. « Mais au bout du compte, nous avons un protocole en France qui interroge dans le monde parce que nous avons d’excellents résultats d’un point de vue esthétique et fonctionnel », se réjouit-il. L’histoire familiale derrière une vocation Les fentes labio-palatines se présentent sous différentes formes, de la plus simple, la lèvre uniquement, à la plus complexe – lèvre, palais et forme bilatérale – et touchent un enfant Le visage fendu sur 700 à la naissance dans le monde. Derrière l’engagement de Bruno Grollemund, se cache une histoire familiale dont il parle avec beaucoup de pudeur. « Mon père avait une fente palatine, mais cela n’était pas un sujet pour mes frères et sœurs et moi-même. » Cela a néanmoins fait naître sa vocation, comme il l’écrit dans son ouvrage : « En raison de mon expérience familiale, le visage de l’autre, en particulier avec une fente, est devenu une

Le visage fendu

Tout au long du processus de réparation, l’enjeu est d’encourager et de réconforter ces parents pour « investir » cet enfant si « différent » de celui attendu et espéré. L’objectif de cet ouvrage est de montrer qu’au-delà de la blessure narcissique ressentie à la naissance par les parents, une information circonstanciée et apaisante permet une résilience et un accomplissement familial.

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Bruno Grollemund a un PhD en éthique médicale. Il est chirurgiendentiste, spécialiste qualifié en orthopédie dento-faciale. Il est l’ancien président de l’Association francophone des fentes faciales.

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Photographie de couverture : Dr Isabelle Chevalier, Pr Catherine Bruant-Rodier, Pr Caroline Dissaux, Dr Olivier Etienne.

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Il est primordial de prendre en compte ces risques et d’aider les parents en les informant sur le parcours de leur enfant et cela, dès l’annonce, à la naissance ou lors d’un diagnostic prénatal.

Prendre soin des fentes labio-palatines

Bruno Grollemund préfaces de

Arnaud Picard Frédéric Worms

← Le visage fendu, Bruno Grollemund, aux éditions Hermann (25 €), sur commande dans les librairies ou en ligne.

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☛ Rencontres

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Au bureau Daniel avec Cohen 64


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Les affiches du FEFFS Depuis le commencement du festival, la direction artistique des affiches a toujours été confiée à Mahon, artiste strasbourgeois venant du street art.

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Des bandes-annonces en 35 mm « Nous avons encore quelques bandes-annonces en pellicule 35 mm qui traînent dans nos locaux. » Depuis le passage au numérique, le 35 mm n’est quasiment plus utilisé, mis à part dans le cadre du festival pour projeter des films de patrimoine…

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La borne d'arcade Nostalgique des années qui ont bercé son enfance et son adolescence, Daniel Cohen garde précieusement certaines reliques du passé.

Loin de l'effervescence des projections, c'est dans son bureau que Daniel Cohen imagine, tout au long de l'année, la programmation du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS). Un travail de veille, de sélection et de découvertes qui commence bien avant que les salles ne s'animent. Rédaction : Hélène Edel Photographie : Tobias Canales

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☛ Rencontres

À la tête du FEFFS depuis sa création en 2008, Daniel Cohen cultive une passion ancienne pour le cinéma fantastique. « J'ai grandi avec les vidéoclubs », raconte-t-il. « On regardait des films qui n'étaient pas forcément adaptés à mon âge. Il y avait ce goût de l'interdit qui me fascinait. » Plus qu'un simple spectateur, il est rapidement attiré par les coulisses du cinéma. Après avoir exercé presque tous les métiers de l'exploitation cinématographique, jusqu'à celui de projectionniste, une idée s'impose : créer un festival. L'aventure débute en 2006 avec une rétrospective consacrée aux productions du Studio de la Hammer. L'illustrateur Mahon signe déjà l'affiche, « une collaboration qui perdure encore aujourd'hui », se réjouit le directeur artistique. L'invité d'honneur est alors le scénariste britannique Jimmy Sangster. Deux ans plus tard, Daniel Cohen change d'échelle. Il ne veut plus seulement célébrer les classiques, mais offrir une vitrine aux créations contemporaines du cinéma de genre, souvent absentes des circuits traditionnels. Le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg est né. Depuis, la manifestation n'a cessé de grandir. L'édition 2025 a rassemblé près de 30 000 visiteurs. La 19e édition, qui se tiendra du 25 septembre au 4 octobre, mettra notamment les intelligences artificielles à l'honneur, avec une rétrospective inspirée de 2001 : L'Odyssée de l'espace de Stanley Kubrick. Mais réduire Daniel Cohen au seul FEFFS serait oublier tout ce qui gravite autour de lui. Avec l'association Les Films du Spectre, il imagine toute l'année des rendez-vous qui font sortir le cinéma des salles obscures. Dès 2009, l'association organise une Zombie Walk dans les rues de Strasbourg. Derrière ce défilé festif se cache une revendication : le droit à la différence. Une manière de

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↑ De haut en bas : Le zootrope et le praxinoscope, des jouets scientifiques inventés en 1834, qui permettent d’étudier le phénomène de la persistance rétinienne. « Ils nous renvoient à l’invention même du cinéma basé sur une illusion d’optique ! » Depuis la toute première édition du festival, l’association a toujours fait appel à l’artiste Nicolas Laty pour réaliser ses trophées : les désormais fameux « Octopus d’Or ». Cette reproduction miniature d’un des guerriers-squelettes de Jason et les Argonautes de Don Chaffey (1963) nous replonge dans la première édition du FEFFS en 2008. « Nous avions rendu hommage à Ray Harryhausen, le maître de l’animation en stop motion, à qui l’on doit la création et l’animation image par image des figurines du film. »

rappeler que le cinéma fantastique ne parle pas seulement de monstres, mais aussi de nos peurs, de nos marges et de notre société. Séances de cinéma en plein air, ciné-clubs de quartier, conférences, expositions d'affiches ou encore projections immersives dans des lieux inattendus complètent l’offre de l’association strasbourgeoise. On se souvient notamment des Dents de la mer aux Bains municipaux ou de L'Exorciste à l'église Saint-Guillaume… « J'aime être là où on ne nous attend pas », sourit-il. Une philosophie qui s'applique aussi au cinéma qu'il défend. « C'est un cinéma qui ne suit pas les règles. Il est souvent très novateur, notamment sur le plan des effets spéciaux. » Une autre facette de son travail consiste à sillonner les grands festivals internationaux pour dénicher des films encore inédits : « Il y a beaucoup de films de genre qui ne trouveront jamais leur place dans les salles. C'est notre rôle de les faire découvrir au public. » Une mission de passeur qui l'anime toujours autant. Il se réjouit d’ailleurs de partager certaines découvertes avec ses beaux-enfants, « quand ils seront assez grands évidemment », comme il partage depuis près de 20 ans ses coups de cœur avec les Strasbourgeois. Parmi les nombreux souvenirs accumulés au fil des éditions, un reste gravé. À l'issue de sa venue au festival, le réalisateur Terry Gilliam lui glisse simplement : « It was grande, grande, grande. » Daniel Cohen esquisse un sourire. « Ce sont des mots qui m'ont touché. » À quelques semaines de l'ouverture de la prochaine édition, son bureau est déjà envahi par les films à voir, les invitations à envoyer et les derniers arbitrages. L'effervescence n'a pas encore gagné les rues de Strasbourg, mais ici, le festival a déjà commencé ! ←


☛ L’interview

FRÉDÉRIQUE BERROD

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Professeure de droit européen à Sciences Po Strasbourg, Frédérique Berrod a été élue à la présidence de l’Université en mars 2025. Une maison qu’elle connaissait bien pour y avoir exercé deux mandats au sein du Conseil d’administration, une institution dont elle doit préserver le cap dans un monde en bascule. Rencontre à l’horizon de sa deuxième rentrée académique. Rédaction : Véronique Leblanc Photographie : Abdesslam Mirdass

Native du Haut-Jura, vous avez choisi Strasbourg pour vos études, pourquoi ? Ce choix a tenu à ma décision de passer le concours de Sciences Po : j’ai préféré Strasbourg à Paris et une fois le concours obtenu je n’ai posé aucune autre candidature. C’est sans doute le mode de vie très international qui m’a déterminée à revenir après quatre années au Collège européen de Bruges, un premier poste à l’Université de Haute-Alsace, et le concours d’agrégation obtenu après une thèse menée sous la direction du professeur Robert Kovar. Au fil du temps, j’ai tissé des liens avec beaucoup de Strasbourgeois qui partagent avec les Haut-Jurassiens une fidélité en amitié très importante à mes yeux. Sans compter que pour une femme de l’Est spécialiste de la question des frontières, quoi de mieux que Strasbourg. Peut-on parler d’un prestige de l’Université de Strasbourg ? Les derniers chiffres sont assez surprenants à une époque où on parle d’hiver démographique. À ce stade, nous en sommes à 12 600 demandes sur Parcoursup soit, une augmentation de 12 % par rapport à l’an dernier. 90 % des places sont déjà prises dans les filières sciences de la santé, droit, psycho, biologie, sports… et cela se confirme pour les masters qui affichent à la mi-juillet 80 % de taux de remplissage. Est-ce dû au succès de notre dernière campagne de communication « Formations » ou au prestige de l’université ? Je ne sais pas, mais quand on discute avec les

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☛ L’interview ☛ étudiants, pour eux Strasbourg, c’est définitivement l’Europe. C’est aussi une ville qui peut être très chère, mais qui offre beaucoup de possibilités. Cette attractivité s’exerce autant au niveau national qu’international ? Absolument. L’Université de Strasbourg est l’une des trois universités françaises qui accueillent le plus d’étudiants étrangers. Son attractivité internationale ne se dément pas et le nombre d’étudiants étrangers est en constante augmentation. Nous menons aussi une politique pour internationaliser nos parcours et augmenter la mobilité sortante. Une attractivité qui se cogne à la crise du logement étudiant... C’est une préoccupation qui n’est pas dans mes compétences, mais que j’ai portée auprès des candidats aux Municipales. Il y a une grosse tension sur le parc locatif privé liée, notamment, à Airbnb. C’est une préoccupation de territoire sur laquelle il faut travailler avec l’Eurométropole et la Région. Le CROUS, également sous tension, mène actuellement un projet de construction de logements étudiants place d’Islande qui se heurte à l’opposition de collectifs de citoyens et je veux dire ici qu’entendre ou lire que certains estiment qu’il y a trop d’étudiants à Strasbourg est pour moi un problème. Comme l’a exprimé la maire Catherine Trautmann dans son discours prononcé à l’occasion de la Journée Marc Bloch, l’université est moteur de développement et d’attractivité pour Strasbourg. Avoir des étudiants est un énorme atout. Strasbourg a besoin de l’université comme l’université a besoin de Strasbourg.

« L’UNIVERSITÉ DE STRASBOURG EST UNE DES TROIS UNIVERSITÉS FRANÇAISES QUI ACCUEILLENT LE PLUS D’ÉTUDIANTS ÉTRANGERS. » 70

Où en est-on sur la question des droits d’inscription différenciés appliqués aux étudiants étrangers qui ne viennent pas de l’Union européenne ? Il est de ma responsabilité d’appliquer cette législation et l’Université de Strasbourg a l’avantage de pouvoir appliquer un maximum d’exonérations. Ce sera encore le cas l’an prochain, nous poursuivons cette politique. Fondamentalement, la question est celle d’être le plus juste possible et de soutenir les étudiants en grande difficulté en renforçant nos mécanismes de solidarité. La Fondation Université et Hôpitaux universitaires de Strasbourg nous aide aussi avec un fonds d’urgence, mais il faut que nous arrivions à mettre en place plus de mécanismes pour intégrer celles et ceux qui, académiquement, le méritent, qu’ils soient extracommunautaires ou non. Derrière tout cela, il y a la question du financement des universités... Effectivement, et l’on voit émerger la question « pourquoi payer pour l’université plutôt que pour l’hôpital ? » dans les budgets nationaux. Question légitime d’ailleurs. Cela doit nous inciter à expliquer que ça vaut le coup – surtout aujourd’hui pour renforcer notre autonomie en Europe – d’investir dans l’université et nous y travaillons en concertation avec tous nos partenaires. La question centrale est de savoir pourquoi investir pour former des étudiants. Si on y répond, on répond à tout ou presque du point de vue budgétaire, mais c’est une question que l’on ne se pose pas en France contrairement à d’autres pays où elle est centrale. L’université en France souffre toujours d’une image vieillotte pourtant très éloignée de sa réalité contemporaine faite d’études professionnalisantes ainsi que de liens permanents avec les mondes économique, associatif et culturel. Il faut changer les inconscients collectifs, auprès des députés et sénateurs, mais aussi des familles qui, pour certaines, écartent d’office l’université lors des orientations de leurs enfants. Quel sens a pris pour vous la panthéonisation de Marc Bloch ? Marc Bloch est entré au Panthéon en tant que résistant, universitaire pédagogue et chercheur. Tant le spectacle que le discours du président de la République ont mis l’accent sur ces deux aspects, ce qui est une première. Si l’on se souvient de la panthéonisation de Robert Badinter, sa carrière universitaire n’avait pas été mise en lumière alors même que la Sorbonne est face au Panthéon. Avec Marc Bloch, l’université française est ☛ entrée au Panthéon.


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☛ L’interview ← Le jeudi 16 mars 2023, en réponse à l’utilisation de l’article 49.3 par le gouvernement pour imposer la réforme des retraites, un groupe de représentants syndicaux et d’étudiants s’est rassemblé sur le campus universitaire de Strasbourg, situé dans l’est de la France. Ils ont organisé une marche symbolique qui a précédé une assemblée générale.

« ENTENDRE OU LIRE QUE CERTAINS ESTIMENT QU’IL Y A TROP D’ÉTUDIANTS À STRASBOURG EST POUR MOI UN PROBLÈME. » Résistant, universitaire, Marc Bloch est aussi celui qui a dit ne revendiquer ☛ d’être Juif que face à un antisémite... Une dimension qui a été reprise dans le discours impressionnant qu’a prononcé le président Emmanuel Macron ce jour-là. Il a dit des choses très fortes et est allé plus loin que Jacques Chirac dans la dénonciation de l’antisémitisme d’État. Aujourd’hui, les tensions autour du conflit israélo-palestinien atteignent les campus strasbourgeois, comment les appréhendez-vous ? Strasbourg compte la deuxième communauté juive de France ainsi qu’une importante communauté musulmane, c’est aussi une ville frontière influencée par tous les radicalismes, de droite comme de gauche. Si nous n’avons pas connu de violences sur les campus – même lors des tensions à Sciences Po autour de l’université Reichman qui auraient pu très mal virer – l’antisémitisme existe dans les slogans et trop souvent dans les rapports entre les étudiants. L’antisémitisme est un sujet grave sur lequel nous avons entamé une réflexion avec le Conseil de l’Europe. Le racisme surgit en réalité bien trop régulièrement à l’université comme dans la société…

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Nous travaillons pour lutter contre toutes les formes de discriminations, en nous appuyant sur le principe fondateur de laïcité dont l’application, aujourd’hui, devient parfois difficile parce que l’Université de Strasbourg est au milieu du monde et qu’elle est impactée par toutes les manipulations et les fake news. L’université est au milieu du monde, mais représente-t-elle un écosystème particulier dans ce monde en bascule ? Effectivement, il est essentiel de revenir à ce qu’est l’université et d’y protéger la liberté d’expression. L’université est un peu le off de la société, elle n’est pas là pour relayer des discours politiques partisans, elle est là pour former des étudiants et pour protéger la capacité à faire débat. Mon rôle est de maintenir un pluralisme concrétisé par beaucoup d’échanges – y compris des débats qui font débat – mais ma responsabilité est aussi de ne pas le faire dans des conditions qui font prendre des risques à tout le monde. Je ne suis pas dupe des manipulations politiques. Je les vois, j’en ai parlé avec des députés et des responsables locaux. Tant à l’extrême-droite qu’à l’extrême-gauche, beaucoup de gens trouveraient opportun que les campus s’enflamment, ça va s’accentuer et ça je ne le tolérerai pas. Ce 8 juillet, l’université a dévoilé une première partie de son plan d’action IA... Il s’agissait de présenter notre « IA maison » dont l’objectif principal est de renforcer la sécurité de nos utilisateurs et la souveraineté de nos données. C’est important pour nos étudiants qui doivent être formés à cet outil fantastique qu’ils utilisent au ☛ quotidien, mais qui présente des dangers.


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☛ L’interview ☛ C’est très important aussi pour nos chercheurs – notamment en termes d’intégrité de la recherche – ainsi que pour notre administration qui pourrait être allégée de certaines tâches ingrates et gagner en efficacité pour mieux piloter notre grande université. Il s’agit également de tenir compte de la régulation pionnière sur l’IA mise en place par l’Union européenne. L’IA impacte aussi la façon dont on forme les étudiants et nous avançons aussi sur son impact pédagogique.

« TANT À L’EXTRÊME-DROITE QU’À L’EXTRÊME-GAUCHE, BEAUCOUP DE GENS TROUVERAIENT OPPORTUN QUE LES CAMPUS S’ENFLAMMENT. »

Sans compter la dimension éthique portée, à Strasbourg, par le Conseil de l’Europe... Effectivement, nous travaillons avec le Conseil de l’Europe et avec la Cour européenne des droits de l’homme. Nous envisageons aussi ces enjeux en lien avec le Parlement européen qui renforce sa présence à Strasbourg. L’université est aussi en train d’écrire sa charte éthique, dans un processus d’écriture collective. Autre point, les cyberattaques. L’université est-elle une cible ? À Strasbourg, cet enjeu est particulièrement sensible du fait de l’installation sur son territoire des systèmes de données Schengen, eu-Lisa, et de beaucoup de données sensibles, y compris du point de vue scientifique. Les protéger est une responsabilité collective. Nous avons nos données sensibles à protéger, mais aussi une responsabilité collective à assumer en nous armant pour ne pas servir de « porte d’entrée » aux cybercriminels. Mens sana in corpore sano, dit-on. Quelle est la place du sport à l’Université ? L’Unistra va intégrer le programme national « Campus promoteur de santé » ce qui va nous permettre de mener plusieurs actions : donner une visibilité à ce qui se passe sur les campus, mettre le sport dans notre quotidien, soutenir et préparer nos 200 sportifs de haut niveau aux JO et aux grandes compétitions, mais aussi aller au-delà dans une ville pionnière sur le sport-santé. Nous voulons valoriser ce qui se fait, d’une part, dans nos labos en termes de recherches en physiologie, santé mentale et sport, et d’autre part, au niveau de nos composantes très dynamiques dans la mise en place de défis sportifs comme « Au boulot à vélo ». Il s’agira de faire rentrer le sport dans le quotidien de nos étudiants et de notre personnel avec aussi un projet qui me tient à cœur, la santé des femmes au moment de la ménopause. Toute une série d’événements – incluant une réflexion sur le quartier – seront annoncés à l’automne, en concertation avec la mairie et l’Eurométropole. Votre rôle est complexe, regrettez-vous parfois de vous y être confrontée ? Des regrets, non, même si bien sûr la tâche est difficile et ce constat est mondialement partagé par les présidents d’université. Partout, nous sommes confrontés aux manipulations et aux attaques politiques. La solidarité entre nous est essentielle tout comme il est important de travailler en équipe au sein de chaque université face à des décisions parfois difficiles à prendre. Je me sens en réalité très fière d’exercer cette mission au sein de cette très belle maison. Cela m’apprend énormément en termes de rencontres, de réflexions, de prises de conscience. ←

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Dossier

L’INFERTILITÉ : VERS LA FIN D’UN TABOU ?

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L’infertilité touche un couple sur quatre et la natalité n’a jamais été aussi basse en France. Derrière les protocoles médicaux et les statistiques, il y a pourtant des femmes et des hommes qui vivent ce parcours dans le silence, la culpabilité ou la honte. Longtemps reléguée à la sphère intime, cette épreuve commence enfin à être racontée. Rédaction : Barbara Romero

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☛ Dossier LA MAISON DE LA FEMME ET DE LA FERTILITÉ

Médecine, prévention et bien-être au féminin Face au « tabou de l’infertilité », des gynécologues strasbourgeois spécialisés ont imaginé la Maison de la Femme et de la Fertilité, un lieu pensé pour offrir aux femmes une prise en charge à la fois experte, humaine et personnalisée. Rédaction : Barbara Romero Photographie : Abdesslam Mirdass

↓ Les docteurs Sidi Kasbaoui, Pauline Arbogast au centre et Emmanuelle Sabbagh.

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☛ Alors que la France a enregistré en 2025 son

plus bas niveau de naissances depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale – 645 000 bébés, soit 24 % de moins qu’en 2010 – et que l’infertilité touche un couple sur quatre, un lieu unique a ouvert ses portes à Strasbourg. Ici, on est loin du cabinet médical froid et impersonnel. Avec sa belle hauteur sous plafond, son mobilier épuré et sa décoration élégante, la Maison de la Femme et de la Fertilité évoque davantage un cocon qu’un centre de soins. Seuls les fauteuils d’examen, échographes et autres appareils médicaux rappellent que l’on est bien dans un centre gynécologique. Sa particularité ? Réunir sous un même toit des professionnels aux expertises complémentaires : psychologue, ostéopathe, sage-femme et naturopathe. À l’origine de ce concept inédit à Strasbourg, les docteurs Sidi Kasbaoui et Emmanuelle Sabbagh, rejoints depuis janvier par le docteur Pauline Arbogast. L’infertilité sort du silence Ici, expertise et technicité médicales vont de pair avec une prise en charge globale. « Nous avons voulu créer un lieu où l’on offre à la femme un accompagnement personnalisé de A à Z, que ce soit pour le suivi gynécologique médical classique ou, notre spécialité, l’accompagnement en PMA (procréation médicalement assistée) », précise le docteur Sabbagh.

Un lieu où les femmes peuvent aussi souffler dans ce qui s’apparente souvent à un parcours du combattant et trouver un soutien complémentaire, avec une psychologue, une ostéopathe, une naturopathe ou une sage-femme. « Voir une psychologue est presque indispensable dans un parcours de PMA où c’est souvent émotionnellement les montagnes russes » insiste-t-elle. « L’ostéopathe peut aider pour les douleurs liées à l’endométriose ou en prévision d’un transfert d’embryon. Et c’est très important pour nous d’avoir des sages-femmes qui assurent le suivi de la grossesse et peuvent également répondre à toutes les questions que nos patientes peuvent se poser. » « Même si elles sont suivies médicalement, certaines femmes ont aussi besoin de se sentir actrices de leur vie, en prenant des compléments alimentaires, en suivant les conseils en micronutrition de la naturopathe », constate aussi le docteur Arbogast. La Maison de la Femme et de la Fertilité prend ainsi en compte autant l’aspect médical que l’aspect psychologique des femmes, qu’elles soient en parcours de PMA ou en suivi gynécologique classique. Mais sans le cadre anxiogène que peut susciter un hôpital. « Certaines femmes sont rassurées de se trouver dans un cadre hospitalier, d’autres préfèrent le côté cocon et suivi personnalisé », rappellent les docteurs Sabbagh et Arbogast. Leur associé, le docteur Sidi Kasbaoui, ancien chef de service et

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☛ Dossier

« Nous avons voulu créer un lieu où l’on offre à la femme un accompagnement personnalisé de A à Z, que ce soit pour le suivi gynécologique médical classique ou, notre spécialité, l’accompagnement en PMA. » Docteur Emmanuelle Sabbagh

Le smartphone pointé du doigt Le smartphone pourrait-il aussi peser sur la natalité ? Deux études américaines diffusées ce printemps relancent le débat. La première, menée par des chercheurs du Middlebury College, montre qu’aux États-Unis les comtés bénéficiant d’une meilleure couverture de l’opérateur AT&T, seul à commercialiser l’iPhone entre 2007 et 2011, ont enregistré une baisse plus marquée de la fécondité. Les résultats de cette étude ont d’ailleurs été publiés par le National Bureau of Economic Research. Une seconde, conduite par l’université de Cincinnati dans 128 pays, met également en évidence une association entre la généralisation des smartphones et l’accélération du recul des naissances, peu importe le contexte socio-économique des pays. D’autres travaux, notamment ceux de la psychologue Jean Twenge, font parallèlement état d’une diminution de la sociabilité et de l’activité sexuelle chez les jeunes. Sans incriminer directement le smartphone, son usage a de fait modifié nos perceptions et notre quotidien... Au point parfois d’en oublier l’essentiel ?

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spécialiste en fertilité – il est le seul des trois à également assurer le suivi de la grossesse – recherchait aussi un cadre plus « apaisé avec une médecine tout aussi exigeante, pour pouvoir prendre le temps, accompagner, bichonner. » Longtemps tue, l’infertilité sort peu à peu de la sphère intime. Avec trois millions de personnes concernées, et plus de 150 000 femmes suivies chaque année en France, les besoins en accompagnement médical et humain n’ont jamais été aussi prégnants.

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↓ La Maison de la femme et de la fertilité, un cabinet médical dans un cadre apaisé.


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☛ Dossier PARCOURS DE VIE

« Ma fille Alma m’a choisie » Pendant dix ans, Estelle Segura a traversé les épreuves de l’infertilité, les traitements de PMA et les espoirs déçus. Jusqu’au jour où un don d’embryon lui a permis de devenir mère. Elle raconte ce cheminement aussi douloureux que transformateur, qui l’a menée jusqu’à la naissance de sa fille et sa vocation : accompagner les femmes dans ce parcours du combattant grâce au drainage lymphatique. Rédaction : Barbara Romero Photographie : Laetitia Piccarreta

↗ Estelle Segura

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Quand on décide de fonder une famille, on sait que le parcours peut être plus ou moins long. Dans le cas d’Estelle et de son mari, il aura duré dix ans. Dix années de traitements, de rendez-vous médicaux, et de désillusions. Dix années ponctuées par huit tentatives de fécondation in vitro (FIV). « J’ai appris à séparer mon corps et mon esprit, confie Estelle Segura, 44 ans. Quand tu n’arrives pas à faire ce qu’il y a de plus naturel au monde, donner la vie, tu te sens à moitié femme, tu détestes ton corps. Pour les hommes aussi, la stérilité est vécue comme une honte, parce qu’elle est encore associée à l’impuissance. » Atteinte d’une insuffisance ovarienne précoce inexpliquée, Estelle enchaîne les échecs. Peu avant 2017, elle tente le tout pour le tout avec un don d’ovocyte en Espagne, qui s’est soldé par une grossesse molaire extrêmement

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rare, pouvant dégénérer en cancer. « J’ai alors abandonné le parcours de PMA. Mon corps fatiguait, mon couple s’essoufflait. J’ai fait le deuil de devenir maman biologiquement. » Le couple se tourne alors vers l’adoption. « Mais l’adoption est faite pour trouver des parents à des enfants, pas pour donner un enfant à un couple stérile », souffle-t-elle. « Ma grossesse n’a pas duré neuf mois mais dix ans » Quatre ans plus tard, elle décide pourtant de jouer sa dernière carte. « Je sentais que la ménopause était proche. J’ai alors décidé de retourner au CMCO. » La loi de la bioéthique de 2021 autorise désormais l’accueil d’embryons aux couples doublement stériles. « Mon mari a vécu cette décision avec beaucoup de douleur, il n’était pas prêt à ce que je reçoive l’embryon

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☛ Dossier Estelle Segura

« Durant ma formation, j’ai appris que je pouvais accompagner les femmes en parcours de PMA, en périménopause, en ménopause ou souffrant d’endométriose. »

d’un autre homme alors que le projet d’accueillir une pupille de l’État, il le vivait comme un sauvetage. Ce qui a également joué, c’est qu’il avait peur de me ramasser une nouvelle fois à la petite cuillère... Il est allé voir un thérapeute et a accepté l’idée. » Estelle, elle, malgré ses échecs successifs, sent alors cette ultime tentative sera la bonne. « J’étais convaincue que ça allait marcher, que ce serait une petite fille et qu’elle s’appellerait Alma. Je savais qu’une petite âme m’attendait quelque part. Alma m’a choisie. » Au premier regard, son époux devient le papa d’Alma. « Devenir parents n’est pas une question de gènes », sourit-elle. Mais Estelle vit alors un post-partum terrible. « Tu te dis qu’après tout ce parcours, tu n’as pas le droit de sombrer, les gens n’imaginent pas une seconde que tu puisses être en détresse alors que tu rêvais de devenir maman depuis des années. Mais des blessures du passé remontaient, j’avais une peur indicible de ne pas assumer financièrement la vie de ma fille. » Estelle est en effet entrepreneure et prend de plein fouet la période post-Covid. « J’étais très heureuse d’être maman, mais je subissais une fatigue immense. Ma grossesse n’a pas duré neuf mois mais dix ans. » Au même moment, sa maman tombe malade. Elle décide, parallèlement à son métier d’influenceuse, de suivre une formation

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poussée sur le drainage lymphatique pour la soulager. Une révélation. « J’ai trouvé le sens de ma vie : prendre soin des femmes. » Sa vocation : prendre soin des femmes « Durant ma formation, j’ai appris que je pouvais accompagner les femmes en parcours de PMA, en périménopause, en ménopause ou souffrant d’endométriose. Non seulement j’ai trouvé ma vocation, mais en plus cela a résolu mes problèmes financiers ». « Le drainage lymphatique agit sur l’inflammation et l’élimination des toxines. Durant la PMA, on est shootée aux hormones, en agissant sur l’inflammation et en libérant les toxines grâce au drainage, cela permet de libérer la circulation de la lymphe, la zone des organes reproducteurs. Plusieurs gynécologues indépendants m’envoient leurs patientes pour que je les accompagne. » Reste que le lien entre le drainage et la nidation n’est pas scientifiquement prouvé. « Il suffit de calculer, les femmes que je reçois savent que je les ai vues 15 jours avant. Les accompagner sur un projet bébé, c’est merveilleux. Mais attention, dès lors qu’une femme bénéficie d’un suivi médical, je demande un accord du médecin. » Si durant tout son parcours Estelle a tenu secret son projet et son combat, elle choisit aujourd’hui de lever le voile pour libérer la parole de toutes ces femmes qui luttent, souvent en silence, pour devenir mère.

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☛ Décryptage

FERTILITÉ : LES CHIFFRES DU DÉFI

Derrière la baisse historique des naissances et la progression des parcours de PMA, l’infertilité s’impose comme un véritable enjeu de santé publique. Ces chiffres permettent de mesurer l’ampleur d’un phénomène longtemps cantonné à la sphère intime, mais qui concerne aujourd’hui des millions de Français et appelle une prise en charge globale, à la fois médicale et humaine... Source : Maison de la Femme et de la Fertilité Strasbourg (Insee, Bilan démographique 2025 et données définitives sur les naissances en 2025. Inserm : Agence de la biomédecine, rapport sur l’activité d’AMP 2023. Assemblée nationale, rapport d’information sur les causes et les conséquences de la baisse de la natalité, 2026.) Datavisualisation : Cercle Studio

645 000 naissances enregistrées en France en 2025, le niveau le plus bas depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

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651 000

décès enregistrés en 2025, soit davantage de décès que de naissances pour la première fois hors période de guerre.


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1,56

enfant par femme en 2025, un indice de fécondité historiquement bas.

–19 % de naissances dans notre pays en dix ans, soit environ 155 000 naissances annuelles en moins.

1 couple sur 4 concerné par des difficultés à concevoir un enfant en France.

+ de 150 000 femmes sont prises en charge chaque année en France dans le cadre d’un parcours d’infertilité.

4%

des naissances en France sont aujourd’hui issues d’une assistance médicale à la procréation.

31,2 ans

c’est l’âge moyen des mères à la naissance de leur enfant en 2025, contre 29,6 ans en 2005.

3 millions de personnes seraient aujourd’hui concernées par l’infertilité dans l’hexagone.

-50%

densité des spermatozoïdes divisée par 2 en 50 ans selon l’Inserm.

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☛ Dossier

Dossier

SUR L A VAGUE DU PADEL C’est un sport qui est, en quelques années, devenu un véritable phénomène de société. En Alsace et dans l’Eurométropole aussi, où le nombre de terrains et de pratiquants a littéralement explosé, la vague du padel (prononcer padèl) n’a pas fini de déferler. Rédaction par Alain Leroy Photographie par Alban Hefti

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EN PISTE

Padelmania On y vient pour jouer, on reste pour l’ambiance et tout ça fait de nouveaux adeptes. Entre pratique sportive, convivialité et éventuellement réseautage, le padel est devenu incontournable dans l’agglomération strasbourgeoise ou pistes et clubs se multilplient. Rédaction : Alain Leroy Photographie : Alban Hefti

→ Yanis Muesser est l’un des chefs de file du padel en Alsace. Ex-n°15 français, il s’est lancé il y a quelques mois sur le circuit international.

Il y a six ans, allez, sept ans au mieux, avant la Covid et les confinements successifs donc, le padel était à peine une curiosité dont la pratique relevait de l’anecdote. Rares étaient ceux qui dans leur entourage comptaient un « padéliste » ; des tennismen oui, des footballeurs, des joggeurs, des handballeurs, des pongistes et des badistes tant qu’on voudra, mais des padélistes, non. Aujourd’hui, c’est l’inverse : il est exceptionnel de ne pas compter au moins un joueur de padel parmi ses proches... qui tentera fatalement à un moment ou à un autre de vous convaincre d’essayer et donc de l’adopter. « C’est un sport totalement addictif parce que très vite tu peux t’amuser, quel que soit ton niveau, ta forme physique, ton passé sportif, donc comme c’est très ludique et qu’en même

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temps tu te dépenses, tu as envie de jouer tout le temps et tu as envie que tous tes potes jouent », explique Philippe, cadre dans l’industrie, qui s’y est intensément mis en septembre dernier, à 57 ans. « Moi, je courais et je jouais un peu au tennis après avoir passé ma vie à pratiquer des sports collectifs, mais le côté convivial me manquait. Le padel m’offre ça. C’est une communauté en fait. » Une communauté qui ne cesse de grandir, on l’a dit. Depuis 2020, ce dérivé de tennis inventé au Mexique et popularisé en Espagne, où il pointe à la 2e place des sports pratiqués derrière le foot, a ainsi connu en France une hausse des pratiquants exponentielle, de plus de 1500 %, du jamais vu. Le cap des 150 000 licenciés et celui du million de joueurs loisirs ont ainsi


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☛ Dossier Gilles Feist

« C’est le padel qui a sauvé le club. Avant, nous étions un minuscule club de tennis municipal qui vivotait avec ses 135 membres. »

↘ Gilles Feist et son comité ont été des précurseurs en Alsace. Grâce au padel et à une ambiance résolument familiale, le TC Padel Reichstett a changé de dimension ces dernières années.

Une quarantaine de pistes dans l’Eurométropole En Alsace, on estime le nombre de centres à près d’une centaine. Dont 40 % environ dans l’Eurométropole où de grosses structures franchisées comme 4Padel à Eckbolsheim (14 terrains) ou Casa Padel à Vendenheim (8 pistes) se partagent l’énorme réservoir de joueurs et de joueuses avec des établissements privés de taille plus modeste comme Club Padel à la Wantzenau et Padel and Foot à Bischheim (3 pistes) ou GPadel à Mundolsheim (5 pistes) et des clubs de tennis qui ont investi dans l’équipement en s’appuyant d’abord sur leurs membres comme à Reichstett (4 terrains), au TC Strasbourg ou à l’AS Electricité (2 terrains). Côté coûts, outre l’achat d’une raquette, il faut compter une quinzaine d’euros par joueur en moyenne pour 1h30 (parfois 11 ou 12 euros lors des heures « creuses ») ou un abonnement compris entre 50 et 80 euros par mois en moyenne pour les centres privés contre 300 euros environ à l’année, soit le prix d’une licence et de l’adhésion au club, pour les associations municipales affiliées à la Fédération française de tennis ; montant déductible des impôts à hauteur de 66 %.

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été franchis au début de cette année. Là où il a fallu un demi-siècle au tennis pour y parvenir, le padel n’a eu besoin que de dix ans. Cet engouement se traduit évidemment par un boom des infrastructures. La France, qui comptait 700 terrains (appelés pistes) environ en 2019, en dénombre désormais plus de 4 000 et la tendance est partout la même. « Il y a deux ans et demi, il y avait 64 terrains dans tout le Grand Est et 600 licenciés environ, aujourd’hui on en est à plus de 300 pistes, plus de 2400 licenciés et trois ou quatre nouveaux centres ouvrent chaque mois », explique Yanis Muesser qui était, jusqu’au mois d’avril dernier, chargé de développement de l’activité au sein de la Ligue d’Alsace de tennis, la Fédération française ayant eu la bonne idée de récupérer le padel et ses pratiquants dans son giron. Avec ses règles qui s’apprennent en quelques minutes, ses échanges qui peuvent durer longtemps, un jeu en double y compris mixte et intergénérationnel et permet rapidement des coups ultra-satisfaisants, ce mix entre tennis et squash coche toutes les cases de l’époque. C’est ce qui explique son développement et a séduit Gilles Feist, le président du Tennis Club Padel Reichstett et son comité il y a un peu plus de dix ans maintenant. « Nous étions le premier club associatif de la région à nous y intéresser, c’était en 2015 et à l’époque on savait à peine ce que

c’était, les gens confondaient avec le paddle sur l’eau », se souvient-il. « Henri Leconte essayait de lancer ce sport et nous l’avons contacté. La condition était qu’il vienne en personne le présenter avant qu’on signe pour deux terrains parce que c’était quand même un gros investissement (près de 90 000 euros) et qu’il nous fallait une tête d’affiche. Quand il est arrivé, il y avait 300 personnes dehors, le maire était là et a accepté de nous prêter l’argent que nous remboursons chaque année rubis sur l’ongle. » Ce n’est pas que depuis, l’argent n’est plus un problème, mais disons que ça a grandement arrangé les affaires du TCP. Lui, le dit d’ailleurs sans fausse pudeur, « c’est le padel qui a sauvé le club. Avant, nous étions un minuscule club de tennis municipal qui vivotait avec ses 135 membres, dont 50 de plus de 65 ans. Aujourd’hui, nous comptons presque 600 licenciés, dont près de 400 ont une licence padel, et l’ambiance dans le club est formidable. Si vous me demandez ce que ça a changé, je vous dis : “Tout”. Sans le padel nous n’aurions pas une équipe de tennis féminine en ProA, pas autant de jeunes joueurs, pas autant de mécénat, pas autant de tout. Aujourd’hui les cotisations (300 euros par an) sont la première rentrée financière du club et nous réinvestissons tout, ce qui profite aussi largement au tennis dont le nombre de membres a progressé aussi. Ça a créé une dynamique incroyable. »

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☛ Dossier

Kevin Gameiro, du ballon rond à la pala* Une passion découverte en Espagne, qui a donné naissance à GPadel, le centre qu’il a cofondé à Mundolsheim. À Séville, Kevin Gameiro n’a pas seulement remporté trois Ligue Europa. Dans la capitale andalouse, l’ancien attaquant du Racing et de l’équipe de France a aussi découvert le padel à l’occasion d’une partie disputée avec son entraîneur d’alors, Unai Emery. D’abord anecdotique, la pratique de la discipline est devenue plus régulière à son retour en Alsace, jusqu’à nourrir un projet entrepreneurial. Avec Khalid Kerssane, Kevin Gameiro a ainsi cofondé GPadel, inauguré il y a tout juste deux ans. Cette nouvelle aventure s’inscrit dans une association bien plus ancienne entre les deux hommes, qui se connaissent depuis leurs années communes au centre de formation du Racing et avaient déjà lancé ensemble, en 2013, le Five StrasbourgMundolsheim, devenu depuis KG5. Gérant de la structure, Khalid Kerssane accompagne ainsi Kevin Gameiro dans le développement de leurs activités sportives sur le site de la rue de l’Industrie depuis plus de dix ans. Installé à proximité du centre de football « KG5 », le complexe compte cinq pistes indoor accessibles sur réservation, y compris en dehors des horaires d’accueil grâce à un système autonome fonctionnant 24h/24. La formation occupe également une place importante dans le projet. Cours, stages, tournois homologués et événements d’entreprise complètent une offre destinée aussi bien aux débutants qu’aux joueurs confirmés. Après avoir fait trembler les filets pendant près de vingt ans, Kevin Gameiro poursuit donc son parcours dans le sport, aux côtés d’un partenaire de longue date. À Mundolsheim, l’ancien buteur donne corps à une reconversion qui prolonge son goût de l’effort et son esprit de compétition. g.g. * La pala est le nom espagnol de la raquette de padel

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L’engouement autour de ce sport est d’ailleurs devenu tel qu’une véritable bulle économique s’est formée. Dans des agglomérations comme celle de Strasbourg, le padel a créé son propre écosystème, avec des complexes privés qui ont investi le marché et des clubs de tennis historiques, comme à Reichstett ou à Strasbourg avec le TCS, qui ont choisi d’ajouter des pistes afin de ne pas laisser partir les membres et, mieux, d’en attirer de nouveaux. Avec des coachs spécialisés aussi, des stages pour adultes et jeunes, des compétitions organisées quotidiennement en journée ou en soirée pour tous les niveaux, des espaces de restauration plus développés, des soirées festives. Activité santé et conviviale par excellence, le padel touche tous les âges, tous les milieux sociaux, des étudiants aux chefs d’entreprise, ces derniers trouvant accessoirement là un lieu idéal et plus abordable que le golf pour réseauter. Des sociétés, comme Redes ou Rezo Padel, se sont même spécialisées dans ce type de réseautage avec des antennes partout en France, y compris à Strasbourg, même si « chez vous ça démarre doucement », confesse Yann Guilscher, créateur il y a un peu plus de trois ans de Rezo Padel à Bordeaux. « Mais comme dans toutes les grandes villes il y a du potentiel. Notre but est de

créer des liens entre entrepreneurs, professions libérales, commerçants. Jouer au padel et puis déjeuner ensuite est un moyen sympa de faire des connaissances et aussi des affaires. Et puis pour les clubs c’est intéressant puisque ça remplit les heures creuses (la journée), ça fait tourner l’espace restauration. Je ne dirais pas comme on l’entend beaucoup que le padel est le nouveau golf, mais sur cet aspect-là, il en reprend les codes. » Hors réseautage, ce sport bien plus exigeant qu’on ne l’imagine est aussi un moyen pour les entreprises de souder les équipes en interne de façon plus décontractée : un mini-tournoi de padel est moins cher à organiser qu’un week-end de motoneige et moins exigeant que d’emmener tout le monde marcher sur des braises. « L’activité séminaire et tournois d’entreprises a pris énormément d’importance », confirme Yanis Muesser, coach chez GPadel en parallèle avec sa carrière de joueur professionnel (il est 265e mondial et n° 18 français). « Le padel offre une possibilité de team building ludique, sportif mais accessible à tout le monde, le PDG peut jouer avec la fille de la compta, un commercial avec un technicien, ça crée du lien. » Et gonfle encore et toujours les rangs des nouveaux adeptes, le sommet de la vague n’étant de loin pas encore atteint.

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☛ L’inventaire

Les lieux culturels à travers... Pascal Bastien se réapproprie la technique ancestrale du sténopé qui remonte à l’Antiquité. Elle repose sur le principe de la camera obscura (chambre noire), où la lumière traversant un petit orifice projette une image inversée sur la paroi opposée. Pour l’occasion Pascal a bricolé une petite boîte d’emballage de feta (!) en utilisant la face ronde pour obtenir une image panoramique. 3

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En fait il en a construites plusieurs avec un, deux ou trois trous afin d’avoir plusieurs points de vue sur la même photographie. « J’avais envie d’un esprit cubiste sur ces façades immobiles » confie le photographe, « j’ai mis au fond de la boîte du papier photo. Je ne pouvais faire qu’une seule image à la fois que je développais en rentrant chez moi, puis il me fallait encore faire un positif pour voir apparaître le résultat final. »

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...le sténopé de Pascal Bastien

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☛ Business

COMMENT ÇA VA CHEZ

France Active Alsace Depuis trente ans, France Active Alsace accompagne les entrepreneurs et les structures de l’économie sociale et solidaire dans leur recherche de financement et le développement de leurs projets. Rédaction : Hélène Edel Photographie : Laetitia Piccarreta

Fiche technique

Chiffres clés de l’année 2025 422 projets financés 14,5 millions d’euros mobilisés pour une économie durable et inclusive Près de 5 100 emplois créés ou consolidés 215 entrepreneurs ou structures conseillés, orientés ou mis en relation au-delà du financement

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↓ Portrait de Florence Remy à gauche, directrice, Sonia Rapin-Stiefel, directrice adjointe et Responsable du Pôle Financement et Pascal Wespiser, Président de France Active Alsace dans leur locaux dans le quartier de la Meinau à Strasbourg.


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Créer son entreprise, reprendre un commerce, développer une association, une coopérative ou une entreprise à impact... France Active Alsace accompagne des projets très divers, portés par des femmes et des hommes qui, pour des raisons différentes, peinent à accéder aux financements classiques. Il peut s’agir d’entrepreneurs dont le parcours ou la situation ne correspondent pas aux critères habituels des banques, comme de structures de l’économie sociale et solidaire (ESS) dont le modèle, davantage fondé sur l’impact social que sur la recherche de profit, déroute parfois les opérateurs financiers. Depuis trente ans, l’association intervient précisément pour lever ces freins. Grâce aux outils de la finance solidaire, elle facilite l’accès au financement et sécurise le développement de projets utiles au territoire. Pour les entrepreneurs, l’association intervient principalement à travers la garantie bancaire, qui sécurise le prêt lorsqu’un manque d’apport personnel ou un parcours de vie fragilise le dossier présenté à la banque. « Nous leur permettons de se lancer en prenant en compte leur parcours, pas uniquement leur dossier bancaire », explique Sonia Rapin-Stiefel, directrice adjointe et Responsable du pôle Financement. Les structures de l’ESS bénéficient, elles, d’un accompagnement spécifique.

Depuis sa création, la vocation de l’association est restée la même, mais les profils des entrepreneurs et des structures que France Active Alsace accompagne ont profondément évolué. À ses débuts, France Active Alsace soutenait principalement des personnes éloignées de l’emploi souhaitant créer leur propre activité. Aujourd’hui, elle accompagne aussi de nombreux salariés en reconversion, des jeunes qui reprennent des commerces de proximité, notamment dans les territoires ruraux, mais aussi de nouvelles formes d’entrepreneuriat comme les sociétés coopératives (SCOP, SCIC) ou les entreprises à mission. « Les femmes sont aussi beaucoup plus nombreuses à entreprendre qu’avant », se réjouit Florence Remy, directrice. France Active Alsace a d’ailleurs fait de l’accompagnement des femmes un axe fort de son action pour lever les freins qui ont limité et limitent encore leur accès à l’entrepreneuriat et au financement. Aujourd’hui, « une personne accompagnée sur deux est une femme », souligne Sonia

« NOUS PERMETTONS [AUX ENTREPRENEURS] DE SE LANCER EN PRENANT EN COMPTE LEUR PARCOURS, PAS UNIQUEMENT LEUR DOSSIER BANCAIRE. »

→ Un coussin de la collection Gotfertomi fondée par Marie Froehlicher, structure soutenue par France Active Alsace. Les locaux de France Active Alsace dans le quartier de la Meinau à Strasbourg.

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☛ Business

← Des brochures de France Active Alsace.

30 ans au service de l’économie locale Membre du réseau national France Active, présent sur l’ensemble du territoire français et en outre-mer, France Active Alsace fête cette année ses trente ans. Depuis 1996, l’association a accompagné près de 6 000 projets, accordé 124 millions d’euros de garanties bancaires, mobilisé plus de 28 millions d’euros de prêts solidaires, versé plus de 1,9 million d’euros de primes aux projets soutenus et contribué à créer ou consolider plus de 21 000 emplois. L’association compte aujourd’hui 25 salariés répartis sur trois sites (Strasbourg, Colmar et Mulhouse) et continue d’adapter son action aux besoins du territoire. h.e.

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Des milliers de belles histoires « Notre histoire, c’est d’abord celle des personnes que l’on accompagne depuis nos débuts », s’émeut Pascal Wespiser. Il se souvient, par exemple, de cette femme d’une cinquantaine d’années qui, après un divorce, s’est retrouvée sans ressources. Grâce à une garantie bancaire et à un accompagnement personnalisé, elle a pu ouvrir une chapellerie devenue, au fil des années, une entreprise prospère. Une réussite qui illustre parfaitement la raison d’être de France Active Alsace : faire de la finance un levier d’inclusion, d’émancipation et de développement économique. h.e.

Rapin-Stiefel. Les résultats sont probants : cinq ans après leur création, 80 % des créations d’entreprises accompagnées sont toujours en activité, un taux de pérennité largement supérieur à la moyenne nationale. Si les publics évoluent, les enjeux auxquels répondent les projets accompagnés changent eux aussi. Les porteurs de projets ne cherchent plus seulement à créer une entreprise rentable : ils souhaitent aussi répondre à des besoins de société. Vieillissement de la population, maintien des commerces de proximité, transitions écologiques, nouvelles formes de coopération citoyenne... France Active Alsace adapte progressivement ses outils à ces nouvelles réalités. « Nous sommes là pour accompagner les activités interstitielles qui font la société d’aujourd’hui », résume Florence Remy. Cette capacité d’adaptation se retrouve également dans les solutions proposées. Avec sa plateforme de financement participatif Okoté, France Active Alsace sollicite l’épargne citoyenne pour soutenir des projets locaux à impact. Le principe est simple : chaque euro investi par un citoyen peut générer jusqu’à trois euros de financement supplémentaire grâce à l’effet de levier des partenaires publics et privés mobilisés. Une manière d’associer les habitants au développement économique de leur territoire. L’accompagnement ne s’arrête toutefois pas au financement. À travers le Dispositif local d’accompagnement, les équipes de France Active Alsace aident les structures de l’économie sociale et solidaire à mieux comprendre et résoudre les problématiques auxquelles elles sont confrontées, qu’il s’agisse de stratégie, de gouvernance ou d’innovation. « C’est parce qu’on accompagne les entrepreneurs de A à Z que notre modèle fonctionne encore trente ans après », estime le président, Pascal Wespiser. Dans une période où l’accès au crédit se complique et où les besoins des entrepreneurs comme des structures de l’ESS ne cessent de croître, l’association démontre que son action n’a rien perdu de son sens. « Nous nous interrogeons en permanence sur les grands enjeux de société et sur la manière d’y répondre. Notre objectif reste toujours le même : agir sur l’économie pour faire société », conclut Florence Remy. ←


L’ŒUVRE LAURÉATE DÉVOILÉE « L’une après l’autre » par Oscar Nicod

13 ème édition

L’artiste

L’œuvre

Artiste plasticien installé à Strasbourg, Oscar Nicod travaille à l’articulation entre les lieux qu’il traverse et leurs détournements possibles. Ses éditions, lithographies et peintures prêtent attention aux formes du quotidien : assemblage, recouvrement, formulaires administratifs et leurs lignes de fuite.

« L’une après l’autre » réunit deux procédés pour mesurer le temps : le calendrier grégorien, présent par le biais d’agendas, et le cycle lunaire. Chacune des nuits qui sépare les doubles pages est une nuit de nouvelle lune, en 1952, 1988 et 2026; le pli figure le passage d’un cycle à l’autre. Les pages ont été recomposées en s’inspirant du graphisme en vogue à chacune de ces trois époques. Les notes, plans et croquis griffonnés en marge font allusion aux chantiers du Port du Rhin comme aux projets qui nous animent tout au long de la vie. Une image à lire en plusieurs temps, où les failles laissent une place pour l’imagination.

Le concours Depuis 2013, Café Sati offre à de jeunes artistes un espace unique : la façade de sa torréfaction du Port du Rhin, à Strasbourg. Le concours Les Talents Sati, organisé avec la Haute École des Arts du Rhin (HEAR), réunit chaque année les candidatures de 50 écoles d’art partenaires en France, en Allemagne, en Suisse et en Belgique. Pour cette 13ème édition,le jury a choisi l’oeuvre d’Oscar Nicod, jeune diplômé 2025 de la HEAR (DNSEP Art-Objet, mention Livre). « L’une après l’autre » habillera la façade de la torréfaction pendant un an : une surface de 120 m² pour une visibilité hors normes.

lestalentssati.eu

RENDEZ-VOUS À Du 13 au 15 novembre 2026, les talents Sati participera pour la première fois à ST-ART, la Foire européenne d'art contemporain de Strasbourg, au Parc des Expositions (avenue Herrenschmidt). Sur notre stand, sept artistes issus des précédentes éditions des Talents Sati présenteront leur travail actuel : Elie Bouisson · Elisa Sanchez · Justine Siret · Maeva Sanz · Oscar Nicod · Sophia Lang · Suzon Léger


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☛ Portfolio

Laurence Bentz Originaire de Colmar, Laurence a étudié dans le Grand Est (ENSAN Nancy, HEAR Strasbourg). Installée aujourd’hui à Kyoto, elle y explore différents univers locaux (geishas, sento...). Elle travaille aussi pour des marques, la presse, l’édition ou encore des institutions culturelles, en France et à l’étranger.

www.laurencebentz.com @laurence—bentz

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→ Kimono, projet personnel, 2026


↑ Shô Kasamatsu, portrait, 2025


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↑ Geiko, projet personnel, 2026

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↑ Visuels pour l’exposition monographique à la FaceHouse de Kyoto, 2025

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↑ Sento Towel, pour l’exposition monographique à la FaceHouse de Kyoto, 2025

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↑ Illustration pour la programmation culturelle de l’Institut Français du Japon, 2026

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↑ Maison alsacienne. Hommage à la maison de mon enfance et ces nombreuses colocataires.

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☛ Chronique histoire Par Olivier Métral ☛ Après un printemps historiquement sec, l’Alsace affronte en 1976 un été caniculaire, mettant en péril les récoltes agricoles. Le 7 juillet, au journal télévisé de TF1, l’évêque de Strasbourg Léon-Arthur Elchinger appelle les fidèles à des prières d’intercession.

Le jour où... L’Alsace a prié pour la pluie

[I]l est des années qui restent gravées dans la mémoire collective, tapies au fond de nos cerveaux avant que les redondances de l’Histoire n’en convoquent brusquement le souvenir. L’année 1976 est de celles-là. Cinquante ans plus tard, ce ne sont ni les poteaux carrés de Glasgow sur lesquels s’écrasèrent les espoirs de l’AS Saint-Étienne en finale de la Coupe d’Europe des clubs champions, ni l’abominable infanticide commis par Patrick Henry qui sont à l’origine de sa résurgence, mais bien la vague de chaleur et la sécheresse qui s’abattirent alors sur une France encore très agricole. Un épisode caniculaire que beaucoup se sont

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empressés de comparer à celui que nous venons de traverser. Déjà en 1975, l’automne et le début de l’hiver sont anormalement secs sur presque tout le territoire. À Strasbourg, on enregistre seulement 10 mm de précipitations en décembre, puis 27 mm en janvier 1976 et à peine 13 mm en mars. On croit presque à un retour à la normale en avril, mais les mois de mai et juin sont à nouveau bien maigres en pluie. À partir du 23 juin, le mercure s’affole en Alsace. Les températures dépassent les 30°C seize jours consécutivement à Strasbourg, avec une pointe à 35°C, le 4 juillet. Le niveau des nappes phréatiques est au plus bas, le débit des cours d’eau baisse dangereusement et la canicule, évidemment, rajoute à la sécheresse. À la grand-messe du 20h de TF1 Monseigneur Elchinger, évêque de Strasbourg, ordonne alors des prières dans toutes les églises de son diocèse pour qu’enfin la pluie se remette à tomber sur l’Alsace. Le 7 juillet, aux côtés d’un agriculteur contraint de couper du fourrage pour nourrir ses bêtes, il s’en explique dans un reportage diffusé le soir même au journal de 20h de Roger Gicquel. « Les prières, ce n’est pas pour demander des miracles », précise-t-il. « Pour les croyants, Dieu est le maître du soleil et de la pluie et j’estime que les gens qui ont la foi doivent continuer comme autrefois à confier au Seigneur leurs soucis et, actuellement, le souci, c’est cette sécheresse qui peut devenir une catastrophe nationale ». Nous voilà pratiquement revenus au temps des « Rogations », ces

(c) 05 crédits image

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Vue du village de Gueberschwihr depuis le sommet de la chapelle Saint-Imer, érigée sur le grand cru Goldert par la famille Burn au milieu des années 1980.


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Monseigneur Elchinger, évêque de Strasbourg au journal télévisé de 20h de TF1 le 7 juillet 1976.

trois jours précédant l’Ascension durant lesquels prêtre et fidèles parcouraient les terres agricoles pour implorer la protection des récoltes. Si la pratique a faibli à partir des années 1970, elle a subsisté en Alsace et subsiste aujourd’hui encore dans certaines communes rurales de la région. À Gueberschwihr, le vigneron Francis Burn se souvient de ces processions dans le vignoble lorsqu’il était enfant, et surtout, du récit de son père concernant l’une d’entre elles dans les années 1930. « Un violent orage avait éclaté au milieu du parcours, tant et si bien que les drapeaux et les statues avaient été abandonnés sur place alors que tout le monde fuyait la tempête. Sans doute avait-on trop prié ce jour-là ! », sourit-il. L’été 1976, Francis s’en souvient comme si c’était hier. « J’avais 18 ans et c’était la première fois que j’étais confronté à une telle chaleur. Je dormais à la cave avec mon sac de couchage. On pensait la vendange perdue, mais le 17 ou 18 juillet, il est tombé 75 mm en 40 minutes. Ça a sauvé la récolte. Il y a eu des coulées de boue dans le village, mais avec mon frère, le plus important, c’était cet orage salvateur. On a fêté ça en fumant un cigare dans nos parcelles ». Des tensions autour de la ressource La mémoire de cette sécheresse reste également vivace pour Jacky Bender, éleveur de limousines dans le secteur de Reichshoffen. « Pour nous, le manque d’eau s’est vraiment fait sentir à partir de fin juillet, mais la canicule de l’époque n’avait rien à voir avec celle de cet été. En 1976, on n’a pas eu de souci avec les bêtes. Cette année, les veaux

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☛ Chronique histoire

« Ça pouvait vite tourner au vinaigre dans la file d’attente. Les gars en venaient parfois aux mains. » ont eu du mal à respirer ». Il se rappelle aussi que son père allait chercher de l’eau dans la Schwarzbach pour pouvoir arroser les pommes de terre. « Je crois qu’on était les seuls du coin à le faire et la rivière, même basse, n’a jamais été à sec ». Des prélèvements sans concurrence et sans heurt, ce qui n’a pas été toujours le cas ailleurs en Alsace. Vigneron à Hunawihr, Jean-Luc Mader se souvient de l’un de ses copains, agriculteur à Ribeauvillé, « qui se baladait toujours avec une clé à molette dans la poche lorsqu’il allait se ravitailler en eau dans la Streng. Ça pouvait vite tourner au vinaigre dans la file d’attente. Les gars en venaient parfois aux mains ». Pour Jean-Luc aussi, la chaleur de cette année-là, « c’était de la gnognotte par rapport à ce qu’on vient de vivre cette année ». En Alsace comme ailleurs, personne n’était préparé à une telle situation. « Aujourd’hui, tout le monde est équipé en matériel d’irrigation », confirme Dominique Meyer, 14 ans à l’époque et fils d’agriculteur à Wickerschwihr. « Face au

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manque d’eau, le Génie rural avait d’abord proposé de capter l’eau dans le canal Vauban, puis avait lancé le creusement de puits d’irrigation. On avait organisé un système de rotation entre agriculteurs pour l’utilisation d’un moteur Bernard pour pomper l’eau et chacun louait ses tuyaux. On n’avait pas le choix pour sauver nos choux à choucroute. Le moteur était tellement sollicité qu’il n’arrêtait pas de tomber en panne. Je me souviens que le mécano du coin était à bout de nerfs ». Si sec qu’il fut, l’été 1976 est finalement resté supportable en termes de chaleur. Dans la vallée de la Bruche, à Niederhaslach, Jean-Paul Erb se revoit même charger des bottes de foin avec une veste sur le dos. « Le vent du nord-est est resté frais », se rappelle-t-il. Le 10 juillet 1976, trois jours après l’interview de Monseigneur Elchinger sur TF1, 26 mm de précipitations sont enregistrés à Strasbourg. On n’avait pas mesuré telle quantité dans la capitale alsacienne depuis 76 jours. ←

À gauche, Francis Burn sur le Clos Saint-Imer, la partie supérieure du grand cru Goldert, à Gueberschwihr. À droite, en plein épisode caniculaire de ce mois de juin, Jean-Luc Mader arrose de jeunes plants de riesling.


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☛ Chronique d’ukraine Par Maria Pototskaya ☛ Alors que je vivais à Strasbourg, le bruit le plus sourd qu’il m’était possible de percevoir quotidiennement était celui des cloches de la Cathédrale.

Sous le ciel de Zaporijjia : histoire d’un phallus volant, chasseur de drones

[A]ujourd’hui, dans ma ville de Zaporijjia, les drones lui ont ravi ce statut. Leur nom officiel est P1-SUN, mais personne ne les appelle ainsi. La guerre finit toujours par inventer son propre vocabulaire, et nos nouveaux drones intercepteurs n’échappent pas à la règle. Il aura suffi d’entendre leur nom à peine quelques fois pour que toute la ville les rebaptise phonétiquement « Pissioun » – l’équivalent ukrainien du mot « zizi » ou de « phallus ». Et nos conversations ordinaires ressemblent désormais à une scène d’Eugène Ionesco. — Il y a beaucoup de Pissiouns, aujourd’hui. — Tiens, regarde, il y en a encore un qui poursuit un Shahed.

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(c) Maria Pototskaya

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« Par moments, cette guerre ressemble moins à une bataille qu’à un safari où le gibier est humain. Où nous, civils, sommes le gibier. » Des bâtiments aux transports publics, Zaporizhzhia se grillage face aux incessantes frappes quotidiennes. Et préserve la vie.

— Heureusement, notre Pissioun est arrivé avant qu’il ne nous frappe.

une bataille qu’à un safari où le gibier est humain. Où nous, civils, sommes le gibier.

Voilà peut-être notre manière de résister. Car lorsqu’on cesse de rire, il ne reste plus qu’à attendre la prochaine explosion.

L’humour comme dernière ligne de défense Comme par mimétisme, l’Europe change, elle aussi, de vocabulaire. Hier encore, Bruxelles et Strasbourg débattaient des pailles en plastique, des émissions de CO₂ et des normes environnementales. Aujourd’hui, elle parle de missiles, de défense aérienne, de drones et de capacités industrielles. L’Ukraine n’est plus seulement un pays que l’on soutient. Elle est devenue un endroit où l’Europe apprend. La France que j’ai connue à Strasbourg, entre les séances du Parlement européen et les terrasses des quais de l’Ill, débat désormais des mêmes sujets que nous : comment protéger un ciel, une centrale électrique, un bus, une école. La distance entre Strasbourg et Zaporijjia est d’environ 2 000 kilomètres. Politiquement, elle n’a jamais été aussi courte. Pendant des années, l’Ukraine regardait l’Europe comme un modèle. Aujourd’hui, l’Europe regarde l’Ukraine comme un laboratoire. C’est une inversion de l’Histoire à laquelle personne n’était préparé. Si un jour, à Strasbourg, quelqu’un me demande où passe désormais la frontière de l’Europe, je ne parlerai ni de Schengen, ni des traités, ni des cartes. Je répondrai simplement qu’elle passe dans un ciel où des drones russes poursuivent des civils pendant que d’autres drones, ukrainiens cette fois, tentent de les arrêter. Et qu’au milieu de tout cela, une ville entière continue de plaisanter en regardant passer un engin baptisé P1-SUN, que plus personne n’appelle autrement que Pissioun. L’humour est parfois la dernière ligne de défense. Avant les missiles. Et parfois même avant la diplomatie. ←

Shahed russes et Pissiouns ukrainiens L’armée russe, semble, elle aussi, non pas avoir développé une forme d’humour salvateur, mais bien plus adopté un emploi du temps singulier. C’est du moins l’impression que nous en avons. Presque chaque jour, vers onze heures, nous arrivent des bombes aériennes guidées. Puis s’installe une accalmie relative, aussitôt rompue par les drones kamikazes. Puis, en fin d’après-midi, vient une nouvelle vague de frappes. Entre les deux, le ciel devient un étrange ballet où Shahed russes et Pissiouns ukrainiens se croisent. Et, chaque matin, la même plaisanterie circule dans les bureaux : « Si jamais nous survivons aujourd’hui, on se retrouve demain au travail ». Près de 700 000 personnes vivent ainsi. La ville, elle aussi, change d’apparence. Des kilomètres de filets anti-drones recouvrent désormais certaines rues. Les autobus et les trolleybus portent des cages métalliques destinées à détourner l’impact des ces engins volants, et ressemblent de plus en plus à des véhicules de cinéma post-apocalyptique. Il y aurait presque du Mad Max dans l’air. Sauf que ce n’est pas du cinéma. Les drones russes ne visent plus seulement les infrastructures. Ils poursuivent aussi les voitures civiles, frappent les véhicules municipaux, attaquent les transports publics. Par moments, cette guerre ressemble moins à

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☛ Chronique symbolisme Par Éric Kaija Guerrier ☛ L’énigme de l’écho : voilà la réception nôtre face aux maîtres d’œuvre de la cathédrale de Strasbourg. Nous parlent-ils encore quant à l’essentiel dans les deux sens du terme ? C’est-à-dire à la fois du point de vue de l’essence des choses et de celui de ce qui nous apparaît comme fondamental ?

C (c) Alban Hefti

La parole et le silence de la cathédrale de Strasbourg

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[C]’est parfois lors d’une nuit de l’âme – chère à un Jean de la Croix 1 – que l’on dispose d’une souhaitable rencontre avec une forme discrète de la contemplation : s’assurer d’abord d’une stature de nain face à l’immensité d’un grand-œuvre de la pierre taillée et sculptée. Il faudrait pouvoir s’y poser profondément seul, en dialogue silencieux avec une statuaire énigmatique qui, malheureusement, ne nous parle plus que très vaguement, à nous, observateurs de siècles anciens et par là désormais lointains quant à leur possible herméneutique. Cette distance nous sépare en ce sens de maîtres dont la connaissance est devenue un livre quasiment muet. Certes, il y a des évidences iconographiques qui sautent à nos yeux abreuvés d’images : une constance littérale proto-testamentaire et néo-testamentaire. Mais il y aurait là un sous-texte à déchiffrer et il est fort probable qu’il soit difficile d’en dire encore quelque chose de sérieux : la transmission des anciens s’est donc rompue et il serait bien audacieux et téméraire d’y trouver une explication cohérente. La triste modernité s’est imposée face à la conviction que le ciel n’est pas vide et que la révélation d’un Christ vertical fut un logos vivant pour des esprits éclairés des XIIIe et XIVe siècles. Que nous reste-t-il alors ? Une quête du dévoilement, en espérant échapper à la surinterprétation abusive qu’adorent les chantres de l’ésotérisme de bazar, jamais argumenté ni sourcé : restons donc prudents et humbles. Nous voici, avec l’outil de notre regard à hauteur d’homme, devant le fameux tympan à quatre étages de la Passion, juste au-dessus du portail central de la façade occidentale : il est à lire de bas en haut et de gauche à droite. L’Évangile raconté en images : l’entrée du Christ à Jérusalem, le dernier repas, l’arrestation, la flagellation, le portement de la couronne d’épines, le portement de croix, la crucifixion, la descente de croix, la mise au tombeau, la pendaison de Judas, la bouche de l’enfer, la résurrection,

l’apparition à Marie-Madeleine puis aux apôtres, l’ascension. Lecture aisée, semble-t-il, et pourtant, ici et là, l’un ou l’autre détail qu’il nous est difficile de comprendre : Sur le deuxième registre, un bouc avec son pénis en érection s’accroche à Judas. Que peut-il bien signifier ? Peut-être bien le mal, mais ce n’est qu’une hypothèse. En tous les cas, le fait qu’il soit représenté en érection nous montre qu’au Moyen Âge rhénan, le sexe lubrique pouvait être représenté sur un édifice religieux sans que cela pose le moindre problème aux autorités ecclésiastiques et civiles, bien moins pudibondes qu’aux époques suivantes. D’autres exemples de ce type se trouvent sur l’édifice : ne serait-ce que le minuscule diablotin, sur le côté sud de la façade occidentale, nous montrant son anus et ses testicules. Ensuite, sur le troisième registre, la bouche de l’enfer est structurellement complexe et quasiment impossible à interpréter. L’on y observe toutefois le célèbre Blossarch Camille 2 : une démon femelle nous montre son anus béant sous forme d’une étoile à cinq branches, et met bas un bébé démon sous le regard d’un démon mâle hilare. Outre la confirmation, une fois de plus, de ce que nous venons de souligner sur la liberté de ton quant à la grossièreté, qu’en dire ? Exercice impossible, à notre sens, à moins d’être dans une forme inventive d’une sémantique vaseuse. L’on pourrait accumuler ainsi les exemples – ne serait-ce que le pseudo-tentateur du côté sud de la façade occidentale qui en est une énième illustration – et pourtant ne jamais accéder aux certitudes, il nous faut le répéter. Nous sommes donc au-delà de l’Évangile et même de la théologie médiévale : d’autant plus que les restaurations successives ont pu conduire à des erreurs d’analyse, surtout après les dégradations dues aux événements révolutionnaires du XVIIIe siècle. Il ne nous reste plus qu’à nous laisser porter par la poésie, la création artistique personnelle – pour lire la cathédrale – et l’acceptation intime d’un mysterium magnum définitivement quasiment inaccessible. ←

1. Jean de la Croix (1542-1591). 2. L’orthographe du Blossarch varie selon les historiens. On peut traduire cette expression par cul nu ou cul qui souffle. Le prénom Camille, traditionnellement associé, est d’origine indéterminée : aucune certitude en tous les cas quant à cette appellation. Là encore, donc, il n’existe que de pures spéculations qui sont impossibles à préciser ici par manque d’espace.

À lire : Jean-Paul Lingelser, La cathédrale de Strasbourg – Son décor et ses mystères, éditions du Signe, Strasbourg, 2024. Sans doute l’ouvrage le plus sérieux et le plus complet sur le sujet. Roland Recht, La cathédrale de Strasbourg, éditions de La Nuée Bleue, Strasbourg, 1990. Un classique toujours passionnant à parcourir.

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☛ Chronique musique

Par François Wolfermann ☛ Derrière les voix qui ont marqué leur époque se cachent souvent des compositeurs restés dans l’ombre. Cette nouvelle chronique raconte ces duos de création qui ont façonné l’histoire de la chanson.

Parce que c’était Piaf, parce que c’était Monnot

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[S]ouvenons-nous rien qu’un instant. La tour Eiffel se pare de bleu. Céline Dion apparaît. L’Hymne à l’amour retentit comme un réenchantement : « Dieu réunit ceux qui s’aiment ». Cette chanson emblématique date de 1949. Derrière cette musique se cache une immense pianiste classique. Mon Légionnaire, Hymne à l’amour, La Goualante du pauvre Jean, Milord, Les Amants d’un jour… c’est elle : Marguerite Monnot. Avant que la voix d’Édith Piaf ne bouleverse le monde, il y eut un piano. Et derrière ce piano, une enfant aux jambes trop courtes pour toucher le sol. Sur une photographie en noir et blanc prise dans la maison familiale des bords de la Loire, une petite fille de trois ans et demi, Marguerite Monnot, est assise sur un tabouret rond. Ses mains reposent sur le clavier avec un naturel désarmant, tandis que ses pieds battent dans le vide. Cette enfant écrira quelques-unes des plus belles mélodies du XXe siècle. Son père rêve pour elle d’une carrière de pianiste classique. Au Conservatoire, elle est formée par les plus grands : Alfred Cortot et Nadia Boulanger. La France musicale voit en elle une héritière de la grande tradition classique. Mais le destin emprunte parfois des chemins de traverse. Une santé fragile interrompt brutalement son ascension. Elle quitte le monde classique, attirée depuis toujours par le jazz et les nouveaux rythmes venus d’Amérique. Elle comprend que sa place est au cœur des chansons. C’est la première fois que des chansons sont écrites et composées uniquement par des femmes. Tout l’oppose à Piaf. Marguerite est douce et discrète. Piaf brûle tout ce qu’elle approche. L’une a grandi parmi les partitions, l’autre dans les rues de Paris. Et pourtant elles parlent la même langue. Elles inventent un modèle inédit dans la chanson


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Édith Piaf et Marguerite Monnot (1903-1961).

boxeur Marcel Cerdan, en est sans doute l’exemple le plus bouleversant.

(c) INA

Ensemble, elles vont bâtir une légende Paradoxalement, cette femme dont les chansons ont fait le tour du monde ne saura jamais vraiment défendre ses intérêts. Peu soucieuse d’argent, incapable de négocier un contrat ou de surveiller ses droits d’auteur, elle vit davantage dans les mélodies que dans les affaires. Le réel l’ennuie. D’une distraction légendaire, elle oublie son vélo en rentrant chez elle en taxi ou arrive chez ses amis avec un jour d’avance. Elle est sans filet, sans calcul, entièrement habitée par la musique et l’émotion. Innocence totale qui ne cherche jamais l’effet et parle à tous.

française : celui d’un duo entièrement féminin où l’interprète et la compositrice avancent ensemble. Marguerite Monnot écrira une centaine de chansons pour Piaf. Plus qu’une collaboratrice, elle devient sa musicienne, son alter ego. Mais si les paroliers et les compositeurs se sont succédé auprès de la chanteuse, Marguerite est la seule à être restée sa fidèle compositrice pendant plus de vingt-cinq ans. Comment a-t-elle pu accéder à cette place de choix ? Leur méthode de travail relève presque de la magie. Piaf arrive avec quelques feuillets couverts de paroles, parfois écrites sur un simple cahier d’écolier. Marguerite s’assoit au piano. Les deux femmes travaillent à toute heure, boulevard Raspail ou au 67, boulevard Lannes, jusqu’à ce que les mots et la musique ne fassent plus qu’un. Marguerite ne compose jamais contre la voix de Piaf, mais avec elle. Elle entend ses respirations et ses blessures. L’Hymne à l’amour, né juste avant la disparition du

Marguerite Monnot, le génie discret derrière la voix de Piaf Piaf surnomme affectueusement son amie Guigui : « Elle n’habite pas la Terre, mais un monde plein de bleu, de choses propres et belles. Son talent m’a aidée à devenir Piaf. » Pourtant, son talent ne s’arrête pas à Piaf. Elle compose pour Lucienne Boyer, Marie Dubas, Boris Vian et signe l’inoubliable Irma la Douce, qui triomphe à Broadway, avant le cinéma. Edith Piaf prendra ombrage du succès mondial d’Irma la Douce et brisera brutalement le lien fort qui l’unissait à Marguerite Monnot. Tristesse. Désarroi. Marguerite en mourra, en octobre 1961, emportée à seulement cinquante-huit ans par une péritonite aiguë. Deux ans plus tard, Édith Piaf la rejoint. Leur histoire commune aura duré un quart de siècle et aura changé le visage de la chanson française. Écouter Piaf, c’est se souvenir de la fascination qu’exerce sur nous un feu de cheminée. Comme pris par les flammes. Mais derrière cette voix que l’on croit connaître par cœur, il demeure un piano. Et derrière ce piano, une enfant du bord de Loire dont les pieds ne touchaient pas le sol, mais dont les mélodies touchent le cœur de l’humanité. ←

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☛ Chronique d’ailleurs Par E202 ☛ Envoyé sur Terre de la planète Versa (du versan Krapchoujk), E202 est chargé d’étudier les humains et d’établir des rapports réguliers au Haut Conseil en vue d’une éventuelle prise de contact officielle.

Lettre versane 7

(c) DR

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[E]202 au puissant Haut Conseil, Ô sublimes sommités, voici mon rapport final sur les habitants de la Terre. Conformément à vos directives, j’ai observé, enquêté, fureté sans relâche afin de vous transmettre l’image la plus fidèle du peuple terrien. Ce afin de vous aider dans votre décision quant au sort qu’il mérite. Nonobstant l’intérêt, voire une forme d’apitoiement que les terriens ont pu m’inspirer par moments, c’est une pitoyable race. Je ne vais pas revenir sur leur manie d’exterminer tout ce qui, faune ou flore, les dérange. Des tigres à dents de sabre aux ours, aux loups, jusqu’à toutes les « mauvaises » herbes de leurs jardins, il faut qu’ils butent, qu’ils trucident, qu’ils extraient et exterminent. Ils tuent même par plaisir, c’est dire. Ils n’ont même plus l’excuse de devoir se défendre aujourd’hui. S’ils se contentaient de tuer ce qui leur semble lointain et différent (je fais un gros effort de compréhension), je pourrais saisir (en fait non). Mais le plus fou c’est qu’ils se tuent entre eux. Encore ont-ils fait de gros progrès en ce qui concerne leurs penchants homicidaires. Mais dès qu’ils ont une occasion, dès qu’ils se sentent capables, ou plus forts, ils s’empressent. Parce qu’il y a TOUJOURS quelque chose qui ne leur convient pas : la langue, l’accent, la couleur, les vêtements ; ils trouveront toujours quelque chose à redire. Alors vous me direz que cette espèce belliqueuse entre toutes est à craindre. Que nenni, et c’est là toute la beauté du paradoxe. Les hommes sont également toujours manipulables. On peut varier les plaisirs, mais leur cupidité est en général bien suffisante pour leur faire faire n’importe quoi. Si cela ne suffit pas, ajoutez leur besoin de gloire

ou de reconnaissance ; ils sont extrêmement sensibles à la flatterie. La recette est d’une simplicité biblique : amadouez, enjôlez, cajolez, faites-leur croire qu’ils sont exceptionnels, qu’ils ont un destin différent, qu’on attend beaucoup d’eux. Bien entendu, il faut également leur faire comprendre que cette attente engage leur responsabilité, exige un engagement, implique des sacrifices. Vous pouvez appeler cela du management. Quoi qu’il en soit, ils désireront, toujours encore, suivre une épée, un étendard ou un leader. Les longues années de paix qu’ils ont connues en Europe (une Europe qui trouve que les Balkans c’est bien loin et que l’Ukraine… c’est l’Ukraine), leur ont fait oublier que s’il y a bien quelque chose que l’homme apprécie, c’est le goût du sang. Face à toute l’histoire de l’inhumanité, que valent quelques décennies de quiétude égoïste ? Ils aiment obéir, ô révérendissimes grandeurs, caressez-les dans le sens du poil et vous obtiendrez d’eux ce que vous voulez. Ils aiment se surcharger de besoins futiles, ils aiment se juger et se comparer sans cesse. Ils sont le peuple élu, ils ont une « destinée manifeste », ont été créés par un dieu tout-puissant. Même pour des chansons ils veulent décider laquelle est la meilleure. Ils classent, ils distinguent, ils mesurent sans arrêt, ils ont des prix pour tout, y compris pour de la lessive. Croyez-m’en, ô suprêmes entités, avec de tels êtres, il sera aisé de régner. Faites-vous craindre, divisez-les, distillez savamment votre amour, soyez obscurs, imprévisibles et contradictoires et vous en ferez des loups ou des agneaux à volonté. Je suis pour toujours, ô incommensurables sagesses, votre très fidèle et très dévoué serviteur. ←


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☛ Chronique design culinaire Par Sonia Verguet ☛ Designer culinaire, Sonia Verguet décrit le contenu de notre assiette sous un angle inédit : la forme et non le goût des aliments. Au menu de ce numéro : pourquoi aimons-nous tant nous inspirer du monde animal et humain pour donner forme à nos mets préférés ? Que se cache-t-il derrière notre amour de l’imitation ?

Les formes que l’on mange

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C [C]’est la rentrée, et un peu comme au Nouvel An, on y accole de bonnes résolutions.

Menu. Revenu revigoré des vacances, l’esprit encore léger, nous nous promettons de conserver longtemps cette version de nous-mêmes que nous aimons tant : zen, curieuse, bien dans ses baskets. Elle traversera les mois à venir avec la légèreté d’une île flottante glissant sur sa crème anglaise, à merveille et sans embûche. Et pourtant, et pourtant, l’environnement va petit à petit nous faire changer de peau… Comme à chaque fin d’été, le bronzage s’estompera, les lots de charge mentale, de stress et d’emplois du temps surchargés gagneront la partie. À la manière d’un pain perdu, nous finissons toujours malgré nous à nous confondre avec l’entourage, aka l’omelette. Nous absorbons les tensions comme un baba s’imbibe de rhum, jusqu’au gonflement parfait – voire à l’explosion ! Dans ce numéro de rentrée, je vais m’atteler à tenter

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de comprendre pourquoi les formes que l’on mange prennent elles aussi d’autres peaux. Que cache et que révèle cet étonnant effet caméléon ? Amuse-bouche mordant. S’il m’est impossible de retrouver la genèse précise des formes comestibles imitant les animaux, tels l’escargot praliné ou aux raisins, la langue de chat, la corne de gazelle ou l’ourson en guimauve, une chose est certaine : depuis toujours, servir une bête à table en met plein la vue ! Au sens propre, proposer à manger un animal terrestre ou marin est signe encore aujourd’hui de richesse et d’un certain respect pour ses hôtes. Au restaurant peu de cartes osent encore s’en passer, alors que tout crie à le faire : le bien-être animal, le réchauffement climatique ou encore notre santé. Fut un temps où au-delà de la recette même utilisant un aliment carné, sa présentation se faisait dans un plat en forme de tête de sanglier, de faisan ou encore de carpe. On retrouve ces

Dessiner des formes vraies ! Sur l’illustration de gauche, en bas à droite : Bâtonnet d’esquimau en acier inoxydable patiné de bronze, Bertille Laguet, designer. Imaginé pour rappeler que sous la glace se trouve bien la vie. Mallotus Villosus est un petit poisson de la famille des éperlans que l’on trouve dans les océans Atlantique Nord, Pacifique Nord et Arctique. Une fois la glace mangée, la vie, ici sculptée, restera dans nos foyers pour nous unir à la précieuse nature de notre monde. Voir l’invisible, l’inconnu, le lointain : tel est aussi là le rôle des designers à table.

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☛ Chronique design culinaire

trompe-l’œil en faïence datant de 1700 par Paul Hannong au musée des Arts décoratifs de Strasbourg. L’usage des animaux, représentés de manière hyper réaliste, permettait d’épater ses convives. Le contenu et le contenant ne faisaient qu’un. Cette pratique a beaucoup évolué. L’animal est désormais beaucoup plus rarement servi entier et l’industrie agroalimentaire fait tout pour ne plus nous en rappeler la véritable provenance. Poisson pané rectangulaire et steak ovale en sont les plus flagrants représentants.

Œuf végan, Annie Larkins Cornivor, Adrian Blanc & Romain Desglands Tourte, Sonia Verguet.

L’amour comme meilleur des recettes ! 126

Kif-kif bourricot. Comment raconter la provenance de notre alimentation sans tomber dans l’enrobage faux, le gore ou la culpabilisation ? C’est la question que se posent notamment Adrian Blanc & Romain Desglands en imaginant ce steak haché en 2008. Exit l’ovale et le cercle abstrait, nous sommes face à une forme de cornes. Celles des vaches ne sont pas toutes les mêmes suivant les races bovines. Tantôt hautes et fines, dodues et petites, courbées vers l’extérieur ou l’intérieur… autant de différences que nous ne connaissons pas – plus, tant nous sommes tenus éloignés des bêtes que nous mangeons. Nous ne saurions précisément différencier une salers, d’une parthenaise ou d’une limousine. Dans notre bouche, tout finirait-il par se ressembler ? Pourquoi, alors, nous soucier de leur morphologie ? Parce que ces particularités naturelles participent à notre compréhension de l’environnement, enrichissent notre culture et aiguisent notre intelligence. Alors merci aux designers de concevoir des formes bonnes à manger et moins bêtes à penser. Parler vrai. Les formes et motifs ont aussi ce fabuleux pouvoir d’être un langage universel, cessons de nous en passer. À l’image de cette


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☛ Chronique catégorie

de toute évidence au poisson, le motif tresse, le vagin ou le phallus (apparaissant Vive la tourte, « écailles » se fait plaisir pour les yeux et à chaque Saint-Valentin) et sans transition pratiques. les pets (de nonne). créativité informations Annie Larkins imagine, quant à elle, Les professions et situations sociales formelle une forme d’œuf qui dit : « je suis le cousin deviennent elles aussi étrangement comesde celui de la poule, mais dans une version tibles : religieuse, gendarme, financier, aussi ! végane ». S’il est bien de couleur blanc et mendiant tout comme la provenance géojaune, il est constitué de sel de Kala Namak pour reproduire une saveur soufrée, d’algues pour retrouver une texture moelleuse et même de cire pour évoquer le craquant de la coquille. Sa forme, reconnaissable sans être une imitation parfaite, dit ainsi la vérité sur sa provenance et sa différence. Car pourquoi se donner du mal à inventer de nouvelles recettes si on ne leur donne pas un nouveau nom et une nouvelle forme ? Vive la créativité formelle aussi ! Faire preuve d’humanité. Le monde humain n’est pas en reste quand il s’agit de s’en inspirer : friandise ou gâteau en forme de bébé emmailloté, références à des attributs physiques comme la barbe (à papa), les oreilles (pâtes orecchiette), les miches, la

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graphique, le russe blanc (cocktail à base de lait, vodka et kahlua) ou encore le chinois. Ce qui m’interpelle le plus sont les aliments nés de situations privées comme le Mon chéri, le divorcé (deux choux accolés, mais garnis de crème pâtissière aux saveurs différentes), la crêpe Suzette, la poire BelleHélène et la pêche Melba. Et oui ces dernières recettes imaginées parfois il y a plus de 100 ans portent les prénoms de femmes bien réelles, artistes, muses ou amoureuses. L’idée que je puisse manger un des coups de foudre d’Auguste Escoffier raconte bien à quoi peut servir la nourriture : être une preuve d’amour et rien que pour cela je valide ces fabuleuses créations inspirées de nos vies. Quelque chose que l’IA ne pourra jamais créer… car elle n’a pas de véritable cœur ! ←


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30 ANS

D’EXPERTISE AU SERVICE DE JARDINS D’EXCEPTION

173 rue du Maréchal Foch • 67380 LINGOLSHEIM

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☛ Chronique vin Par Jessica Ouellet ☛ La France ne cesse de célébrer ses vignerons. À chaque salon de l’agriculture ou campagne de promotion du patrimoine, ils sont érigés en symboles d’excellence. Derrière les discours, pourtant, une réalité fait son chemin : celle d’un État qui prétend défendre sa viticulture tout en orchestrant son affaiblissement.

L 1. Insee Mesurer Pour Comprendre (27 février 2024), « Nombre d’exploitations » [en ligne], sur le site Insee.

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Les vins d’artisans désertent les terrasses.

(c) Caroline Paulus

Viticulture : un modèle en péril ?

[L]e mal résulte d’une accumulation de normes et d’obligations qui finissent par transformer le métier de vigneron en marathon administratif. Traçabilité, déclarations, certifications, obligations d’étiquetage, procédures sanitaires, exigences européennes, audits... Toujours plus de contraintes pour une filière où les marges se sont fortement dégradées. Le problème est politique, puisque derrière cette fièvre réglementaire se cache une vision bureaucratique de la terre. Celle qui considère que tout peut être normalisé, contrôlé et documenté. À Paris comme à Bruxelles, on élabore des règles avec une facilité déconcertante, sans pour autant mesurer l’impact sur ceux qui les appliquent. Le domaine alsacien qui vinifie et commercialise sa propre production exploite en moyenne une douzaine d’hectares de vigne. Dans ce contexte, le gérant cumule les casquettes : viticulteur, comptable, commercial, gestionnaire, employeur et spécialiste de la conformité réglementaire. Chaque nouvelle obligation soustrait du temps à la vigne et au commerce. On ne produit plus seulement du vin, on produit aussi des dossiers, dont plusieurs servent à quémander des aides. À vrai dire, le coût de production est si élevé et complexe qu’il devient plus rentable – et largement plus simple – de revendre que de fabriquer. Cette logique crée une inégalité où les grands groupes absorbent les contraintes grâce à leurs économies d’échelle. Les petits domaines, eux, voient leurs coûts exploser. La réglementation, censée protéger

l’ensemble des producteurs, finit paradoxalement par favoriser les plus puissants. Ce n’est plus le talent du vigneron qui fait la différence. C’est sa capacité à survivre dans un labyrinthe réglementaire. L’issue est prévisible : concentration des exploitations, disparition progressive des domaines familiaux, découragement des jeunes, difficultés de transmission. À terme, c’est une certaine idée de la viticulture française qui disparaît. Entre 2010 et 2020, la France est passée de 70 019 à 59 032 exploitations viticoles, soit près d’un domaine sur six disparu en une décennie 1. Il ne s’agit évidemment pas de remettre en cause les exigences sanitaires ou environnementales, puisque la protection des consommateurs et de la nature sont des impératifs. Pourtant, protéger ne devrait pas satisfaire des excès de zèle administratifs. Une politique publique responsable devrait distinguer drastiquement les tailles d’exploitation, simplifier les procédures et alléger les contraintes lorsque cela est possible. À force de vouloir tout encadrer et tout réglementer, la France perd ce qu’elle prétend protéger. Les vignerons ne demandent pas de privilèges. Ils souhaitent qu’on leur laisse la possibilité d’exercer leur métier avec dignité. Jusqu’ici les hectares restent, mais – sournoisement – les domaines se concentrent entre un nombre toujours plus réduit d’exploitations. Le vignoble alsacien ne disparaît pas, ce sont les petits vignerons qui disparaissent. Et sans faire trop de bruit, les vins issus d’une démarche artisanale désertent le tchin-tchin insouciant des verres en terrasse. ←


(c) DR

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☛ Chronique parti pris


C

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Par Thierry Jobard ☛ C’est LA grande affaire de notre temps, la préoccupation métaphysique ultime et angoissante de nos contemporains, la quête existentielle par excellence : le Sens. Il était là, il n’est plus là, où est-il qu’il est donc ? Sa présence clignotante suffira-t-elle à préserver nos vies de l’absurdité ?

Panne de sens

[C]ombien de managers, combien de marketeurs, se sont demandé, par un matin de janvier, si leur existence était bien celle qu’ils avaient espérée ? Pris dans un réseau d’injonctions contradictoires, pressés par le court-termisme, obligés d’appliquer des directives qu’ils jugent ineptes ; ou bien lassés de déployer des efforts incessants pour vendre des bimbelots 1 inutiles. On notera au passage que le chemin inverse, d’un travail plus manuel à un emploi qui l’est moins, se pratique rarement. Plus généralement le sens commun évoque également, sans que sa pertinence soit clairement établie, une crise du milieu de vie apparaissant au tournant de la quarantaine ou de la cinquantaine. L’ensemble de tous ces cas de figure se résumant dans l’interrogatif « À quoi bon ? »

En somme, et selon une formule importée des États-Unis faisant florès, ça ne fait plus sens. « Ça », c’est-à-dire la vie, c’est-à-dire l’action, c’est-à-dire la capacité humaine à se situer et à se projeter. Cette mise à l’arrêt, ces enlisements et empêchements de la puissance d’agir, contrastent avec l’universelle agitation hypermoderne décrite par Hartmut Rosa. Cette accélération qui, comme il le soulignait déjà, conduisait à un sentiment d’impuissance du fait de la désynchronisation entre la vitesse des phénomènes socioéconomiques et celle de la politique, comme entre celle-là et nos propres capacités cognitives. Il y a donc une accélération d’un côté, un ralentissement et une mise à l’arrêt de l’autre. Comme si le monde se divisait en deux catégories : ceux qui sont en mouvement, qui suivent le rythme, actifs voire hyperactifs ; et ceux

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☛ Chronique parti pris

Qu’il est dur pour un individu postmoderne de trouver du Le problème est mal posé Pourquoi n’y aurait-il pas plusieurs sens ? sens dans un De même que l’harmonie fonctionUne conception objectiviste, si nous nelle du corps et des organes n’est souvent prenons l’exemple d’un dévouement à une monde sans réellement appréciée qu’après ses défail- noble cause, semblera tout autant déprilances, c’est lors des ruptures de rythme mante si les échecs successifs ne permettent transcendance.

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qui se trouvent remisés sur le bas-côté de la route : les chômeurs, les vieux, les épuisés. Ils ne sont d’ailleurs pas inactifs, mais improductifs… du moins dans un système capitaliste. Ils se sont consumés, mais ne sont plus consommateurs, donc laissés pour compte.

l’on se fonde sur une conception subjectiviste, c’est à chacun de déterminer si sa vie a du sens. Mais le dernier des cost killers peut tout à fait estimer que c’est son cas, trouver du plaisir à ses menées, alors que d’un point de vue moral la chose est discutable.

que naissent les questions fondamentales, lorsque les choses ne vont plus de soi. À cet égard, on ne saurait minimiser l’impact que l’épidémie de COVID et les confinements ont produit. Alors Pascal se fit de nouveau amèrement entendre : « j’ai découvert que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre ». 2 Quelle calamité en effet pour beaucoup de se retrouver emmurés et face à soi-même sans apparat ni divertissement, au sens pascalien du terme bien entendu. Pour le reste, l’industrie culturelle y a pourvu à satiété. Mais le problème est sans doute mal posé. On considère le sens comme une entité évanouie sur laquelle il faut remettre la main. Qu’on la débusque et tout à coup s’éclairera la voie de la réalisation de soi. Surtout, il en découle que certains seraient détenteurs et pourvoyeurs du sens quand d’autres, la majorité, devraient attendre qu’on leur dispense plus ou moins obligeamment. La polysémie du terme, convenons-en, n’aide pas. Le sens est sensation, direction et signification. Bien entendu c’est cette dernière qui mobilise tous les efforts. Encore peut-on ajouter qu’il y a une satisfaction éthique et esthétique dans le travail bien fait. Une notion qui s’exprime d’ailleurs bien davantage dans les métiers dits manuels où l’on voit ce que l’on fait. On peut ajouter qu’à mi-chemin du senti et du pensé, on met davantage de soi, désir, projection, réalisation, que ne le stipulera jamais aucune fiche de poste. S’il y a du sens, il doit donc circuler entre ses trois acceptions. Mais l’individualisation des parcours professionnels, de même que la psychologisation des rapports de travail conduisent fatalement à une impasse dans la quête de sens. Si

pas de la faire avancer. Objectivement la chose est bonne, subjectivement elle semble vaine. Qu’il est dur pour un individu postmoderne de trouver du sens dans un monde sans transcendance. L’autonomie du sujet contemporain, davantage hypothétique que réelle en ce qu’elle fait fi des déterminismes qui le guident souvent à son insu, a pour corollaire l’énergie qu’il déploie pour s’assurer de luimême. On ne veut pas de semblable, mais de la distinction, quitte à sembler seulement. Et les communautés virtuelles, souvent volatiles, peinent à créer du collectif. C’est bien pourtant cela, à rebours du particulier, brigué avec acharnement, c’est bien ce qui est impersonnel qui doit constituer le socle porteur de significations réelles. Ce qui permettrait de ne pas se laisser soumettre ni à une équivoque bon sens, ni à ceux qui décideraient du sens. Car, sans vouloir raffiner inutilement la réflexion, qui ou qu’est-ce qui décide du sens du sens ? Qui, si ce n’est ceux qui entendent, depuis toujours pourrait-on dire, imposer une mise aux normes, une mise en conformité selon des valeurs qu’ils savent rendre désirables ? Ne nous a-t-on pas vendu l’esprit d’entreprise, le dépassement de soi, comme un idéal et l’auto-entreprenariat comme l’expression de la liberté salariale ? Et pourquoi parler du sens ? Pourquoi n’y aurait-il pas plusieurs sens ? Pourquoi ces sens n’évolueraient-ils pas tout au long d’une existence ? « Sortir de l’état de minorité », l’expression kantienne reste pérenne. Il s’agit donc de travailler, opiniâtrement, à contre-courant, à la constitution d’un nouveau sens commun. Vaste chantier certes, mais condition nécessaire à un éventuel et véritable bien commun. ←

1. Ceci n’est pas une coquille. 2. Pascal, Pensées, fragment 139


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Les sélections de la rédaction Chaque trimestre, les membres de la rédaction de Or Norme ont lu, écouté, visionné l’essentiel de ce qu’on lui fait parvenir. Ces pages font part de leurs coups de cœur...

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Par Jean-Luc Fournier ☛ Si, depuis si longtemps, je chemine encore sur les chemins du journalisme, c’est grâce à quelques solides convictions. Dont celle de n’avoir aucune envie de me promener sur des sentiers quelconques, ceux de la com par exemple. Un jour, si on oublie ce que représentent la presse et ses journalistes, on se sera perdu au cœur d’une nuit profonde…

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LIVRE

LIVRE

LIVRE

Quand l’œuvre saigne Bégoc Janig et Damour Christophe

Ils n’auront pas ma vieillesse Simone Polak

L’inconnue du 5e lieu Joël Henry

Simone Polak est l’une des dernières survivantes des camps de concentration. Juive, elle est déportée à 16 ans à Auschwitz-Birkenau, BergenBelsen et Theresienstadt. Ce n’est qu’à l’âge de la vieillesse qu’elle a pu mettre en mots son vécu ; par écrit d’abord, avec l’aide de Muriel Klein-Zolty. À l’oral également, portant sans relâche son témoignage auprès des plus jeunes pour que la mémoire de la Shoah et des disparus reste vivante. Ce livre est son récit qui raconte tout en pudeur l’irracontable et aussi le long et pénible temps de l’après... ←

Manon Dexter, psychiatre trentenaire, affirme à la police avoir reconnu sa sœur jumelle Pauline dans une vidéo diffusée au 5e Lieu, un musée de Strasbourg. Sauf que sa sœur a été portée disparue le 1er avril 2000, soit vingt-six ans auparavant, et que personne n’a jamais retrouvé sa trace... Dans son style léger, vif et plein d’humour, Joël Henry remonte à l’ADN de ce cold case qui mène le lecteur jusqu’à Bâle et s’amuse à repousser les limites de nos certitudes. ←

PARU EN juin 2026 AUX ÉDITIONS La Nuée Bleue COMBIEN 22 € PAGES 174

PARU EN mai 2026 AUX ÉDITIONS Le Verger COMBIEN 12 € PAGES 152

La question de la représentation du sang, ce fluide corporel à la fois tangible et informe, sacré et tabou, est largement en friche dans la recherche sur les arts visuels contemporains. Cet ouvrage interroge la place et les puissances attribuées par les artistes des xxe et xxie siècles à ce précieux liquide. Il repère les usages plastiques et thématiques du sang, principalement considéré comme figure sacrée, dans les arts visuels contemporains, et en évalue l’importance, en les considérant dans une perspective historique et esthétique. ← PARU EN mai 2026 AUX ÉDITIONS Presses universitaires de Strasbourg COMBIEN 28 € PAGES 300

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☛ Sélections

Par Lisa Haller ☛ De Or Norme aux Bibliothèques idéales, je navigue entre les casquettes et les missions, mais toujours portée par une même énergie : une passion vive, joyeuse, tenace. Elle relie les projets, les rencontres, les élans. Je ne me sens pas capable de me ranger dans une case. Cette sélection le montrera peut-être…

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C’était ça ou mourir Thélyson Orélien

Mon imam Sabyl Ghoussoub

Précédé d’une incroyable réputation, le premier roman de Thélyson Orélien était l’un des livres les plus attendus de cette rentrée littéraire et c’est une immense claque. C’était ça ou mourir est un récit comme il en est peu, puissant, porté par une écriture magistrale mais qui se tient toujours à hauteur d’hommes sans jamais trop en faire. Orélien y raconte l’exil, qui fut aussi le sien, de Jonas Dorléon, prof d’histoire en Haïti forcé de fuir son île, ses gangs et sa misère et, par la force des choses, devenu un migrant. ←

Après l’immense succès de Beyrouthsur-Seine, Prix Goncourt des lycéens 2022, Sabyl Ghoussoub revient avec un roman audacieux qui transcende les genres. Le point de départ est un fait réel, un mystère qui hante le Liban depuis le 31 août 1978 : la disparition du « Che Guevara libanais » (l’imam Moussa al-Sadr, qu’il ne nommera jamais) lors d’un voyage en Libye. L’auteur choisit la fiction pour combler les silences de l’Histoire et imaginer ce qui a pu se jouer derrière cette disparition. Avec humour, irrévérence mais aussi tendresse, il dessine l’homme derrière l’icône et raconte aussi le Liban, ses fractures, ses mythes et ses guerres, tout en questionnant son propre rapport à ce pays. ←

La Solitude des professeurs est infinie Yannick Hanel

PARU EN août 2026 AUX ÉDITIONS Grasset COMBIEN 21,50 € PAGES 272

PARU EN août 2026 AUX ÉDITIONS Stock COMBIEN 20 € PAGES 288

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Yannick Haenel se souvient de ces années où, jeune homme porté par un idéal de transmission, il s’engageait dans l’éducation nationale comme certains s’engagent dans la Légion ou dans l’humanitaire. Avec des rêves de conquête pleins la tête et le désir dévorant d’œuvrer pour un monde meilleur. Forcément, la réalité sera plus brutale et Yannick Haenel ne l’occulte surtout pas, mais il en fait un objet littéraire d’une finesse toute haenelienne, désespéré et drôle. Un magnifique hommage au métier d’enseignant. ←

PARU EN août 2026 AUX ÉDITIONS Gallimard COMBIEN 21,50 € PAGES 320


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DES ESPACES POUR VOS ÉVÈNEMENTS D’ENTREPRISE AU COEUR DES CHAMPS-ELYSÉES RÉUNION - FLEX BUREAU - COWORKING FORMATION - RECRUTEMENT DÉJEUNER OU DÎNER D’AFFAIRE SÉMINAIRE - ÉVÈNEMENT SUR-MESURE

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☛ Sélections

Salomé Dollinger ☛ Deux de ces trois coups de cœur puisent leur force dans des faits réels. J’aime ces livres qui fouillent l’Histoire, interrogent notre mémoire autant que notre époque. Je me laisse aussi séduire par des romans plus contemporains, à l’écriture incisive. Finalement, peu importe le décor. Ce qui me touche, ce sont ces histoires qui racontent avant tout les êtres humains.

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Les Enfants de la dernière chance Jina Bacarr

La Disparue du cinéma Laurence Mouillet

Une fille difficile Elsa Flageul

Impossible de refermer ce best-seller sans garder Kay et Rachel longtemps en tête. Inspiré d’une histoire vraie, ce récit alterne les voix de deux jeunes femmes qu’a priori tout oppose, réunies par une même urgence : sauver des vies dans l’Allemagne nazie. La double narration donne de l’intensité à cette fresque bouleversante, portée par une écriture profondément humaine. Un roman historique qui rappelle, avec justesse, que le courage naît parfois des rencontres les plus improbables. ←

En 1995, j’avais deux ans lorsque Carole Prin, ouvreuse dans un cinéma strasbourgeois, disparaissait à quelques jours de donner naissance à son enfant. Trente ans plus tard, Laurence Mouillet, de sa plume acérée, s’empare de cette affaire criminelle sans en faire un polar ou une reconstitution judiciaire. Elle explore plutôt l’onde de choc laissée par un crime et nous entraîne dans une époque où les salles de cinéma obscures, cœur battant des soirées, deviennent le décor d’une mémoire fissurée. ←

PARU EN juin 2024 AUX ÉDITIONS City COMBIEN 20,90€ PAGES 304

PARU EN mars 2025 AUX ÉDITIONS Médiapop COMBIEN 15 € PAGES 168

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À travers Laure, Elsa Flageul déroule les années comme un journal de vie. De la cour de récré des années 90 – et ce jeu codé où les garçons courent après les filles pour les embrasser ou leur infliger la brûlure indienne – aux bouleversements de #MeToo, en passant par les premiers émois amoureux et la parentalité. Son écriture, brute et lumineuse, ausculte nos désirs, nos contradictions et les injonctions qui façonnent nos relations. Je me suis reconnue un peu (beaucoup) dans ces pages... ←

PARU EN novembre 2024 AUX ÉDITIONS Mialet-Barrault COMBIEN 19€ PAGES 192


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☛ Or Champ bernard alexandre Or Champ est une tribune libre confiée à une personnalité par la rédaction de Or Norme. Comme toute tribune libre, elle n’engage pas la responsabilité de la rédaction de la revue, mais la seule responsabilité de sa ou son signataire.

Affaire Lyhanna : réflexions en marge de la polémique Par Bernard Alexandre, avocat, associé du Cabinet Alexandre, Levy, Kahn, Braun et associés à Strasbourg. Photographie : Abdesslam Mirdass

Le 29 mai 2026, Lyhanna, onze ans, disparaît à la sortie de son collège. Son corps est retrouvé le 4 juin. Lyhanna a subi un viol avant sa mort. Jérôme Barella est mis en examen pour enlèvement, séquestration de mineure, viol et meurtre. On est saisi par l’horreur totale du crime et rien, dans la réflexion qui suit sur le fonctionnement de la justice, ne doit détourner le regard du caractère absolument tragique de cette affaire. Que deux camps se renvoient des anathèmes est, en soi, le signe de la sensibilité de l’affaire. D’un côté, on dénonce la « mécanique du bouc émissaire » ; de l’autre, on ignore le manque chronique de moyens de la justice en se focalisant exclusivement sur des sanctions individuelles. Mécaniquement, la vérité se situe toujours quelque part entre deux excès. À ce stade, il faut rester factuel sur le traitement du cas Jérôme Barella par la justice. Dès 2017, celui-ci avait fait l’objet d’un signalement pour des relations sexuelles avec mineur. Sans suite. En 2022, une plainte l’avait visé pour viol sur un enfant de 9 ans, classée sans suite en 2024 après avoir navigué de façon erratique entre Béthune et Auch. En 2025 une plainte dénonçait des viols en série attribués au même homme sur une autre fillette de onze ans. Elle a circulé, une nouvelle fois dans le désordre, entre les parquets de Toulouse et d’Auch ; neuf mois et onze jours plus tard, à date de la disparition de Lyhanna, la plainte n’avait non seulement pas abouti mais Jérôme Barella expressément visé n’avait même jamais été entendu. Début 2026, un signalement pour d’autres faits similaires avait été adressé par l’Aide sociale à l’enfance au parquet d’Auch, transmis par un mail jamais reçu compte

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tenu d’un dysfonctionnement du filtre antispam. Restant toujours factuel, il est constant que la France figure en queue du classement européen du nombre de juges par habitant. Il n’est pas l’heure de juger mais il est grand temps de réfléchir à des axes d’amélioration. L’avocat que je suis tire plusieurs enseignements de cette effroyable affaire : Premièrement : augmenter le nombre de juges par habitant n’empêchera jamais les défaillances individuelles mais cela peut les réduire. Deuxièmement : lorsqu’un magistrat se trompe d’adresse de transmission du dossier ou omet de cocher la case « urgent », il n’imagine évidemment pas qu’il laisse en liberté un meurtrier violeur d’enfant. C’est la notion de lien de causalité qu’appliquent au quotidien les tribunaux en matière d’infraction involontaire : la carence analysée chronologiquement est vénielle. Mais analysée rétroactivement en connaissant l’issue tragique, elle devient une faute grave. Les juges sanctionnent régulièrement par cette relecture chronologiquement inversée ; ils doivent accepter de s’appliquer également à eux-mêmes ce raisonnement. Troisièmement : il existe manifestement une problématique organisationnelle liée à la transmission d’un dossier d’un tribunal à un autre. Les moyens technologiques actuels permettent des solutions simples et sécurisées. Et de grâce, évitons tous les surenchères et cherchons ensemble les axes d’amélioration du système judiciaire – y compris les avocats, qui ne sont pas exempts du sujet et doivent aussi avoir un rôle exigeant de sentinelle. ←


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Mars 2026 – Crédit photo : gettyimages

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