99
France L’activité économique devrait se contracter de 9.1 % en 2020, avant de rebondir en enregistrant une croissance de 6.0 % en 2021 et de 3.3 % en 2022. À l’issue du second confinement national imposé à la fin de 2020, le scénario retenu comme hypothèse est celui d’une lente amélioration de la situation sanitaire. Malgré des apparitions intermittentes de foyers épidémiques locaux, l’assouplissement des mesures d’endiguement et la perspective de la diffusion d’un vaccin efficace devraient permettre une réduction progressive de l’épargne de précaution et, in fine, un rattrapage dans les secteurs les plus touchés (tourisme et services de loisirs). La demande extérieure et l’investissement repartiront à la hausse parallèlement à la reprise de l’activité sur les marchés d’exportation. Le taux de chômage atteindra un point haut vers la fin de 2021 et restera supérieur à son niveau d’avant la crise en 2022. La dette publique devrait augmenter pour s’établir à près de 120 % du PIB à la fin de 2022. Les mesures d’urgence temporaires et le plan de relance à moyen terme apportent un soutien budgétaire considérable à l’économie, en assurant un équilibre des mesures entre l’offre et la demande. L’extinction progressive des dispositifs d’activité partielle et des programmes de prêt destinés aux entreprises favoriseront le redéploiement des ressources entre les entreprises. Pour assurer une reprise progressive, le gouvernement devrait continuer de cibler les nouvelles mesures d’accompagnement sur les entreprises directement touchées par des restrictions nationales et locales temporaires. La définition de priorités et l’accélération des procédures en matière de dépistage contribueraient également à permettre d’identifier et d’isoler les personnes infectées plus rapidement, ce qui contribuerait à juguler l’épidémie et à dynamiser l’activité économique. France 1 Le redressement des exportations et de l'investissement sera lent
Les restrictions sanitaires pèsent lourdement sur certains secteurs de services Consommation réelle
Indice T4 2019 = 100 105
Indice T4 2019 = 100 110 100
100
90
95
80
90
70 60
85
50
80
40 30
75 70
PIB réel
Biens
Investissement réel
Services de loisirs
Exportations de biens et services réelles
65
2020
2021
2022
20 10
Hôtels et restaurants
0
0 janv.-20
mars-20
mai-20
juil.-20
0
Source: Base de données des Perspectives économiques de l'OCDE, n° 108. StatLink 2 https://doi.org/10.1787/888934218444
PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES DE L'OCDE, VOLUME 2020 NUMÉRO 2 : VERSION PRÉLIMINAIRE © OCDE 2020
100
France : Demande, production et prix
2017
2018
Prix courants milliards de EUR
France PIB aux prix du marché Consommation privée Consommation publique Formation brute de capital fixe Demande intérieure finale Variation des stocks1 Demande intérieure totale Exportations de biens et services Importations de biens et services Exportations nettes1
2019
2020
2021
2022
Pourcentage de variation, en volume (prix de 2014)
2 298.6 1 241.1 543.4 517.3 2 301.7 21.6 2 323.4 711.6 736.4 - 24.8
1.8 0.8 0.9 3.2 1.4 0.0 1.4 4.6 3.1 0.4
1.5 1.5 1.7 4.3 2.2 -0.4 1.8 1.8 2.6 -0.3
-9.1 -7.9 -3.1 -10.9 -7.5 0.2 -7.3 -18.7 -12.7 -1.8
6.0 6.5 6.5 7.2 6.6 -0.5 6.0 5.2 5.3 -0.2
3.3 3.8 0.4 3.7 3.0 0.0 2.9 9.3 7.5 0.3
_ _
1.0 2.1
1.2 1.3
2.5 0.5
1.0 0.4
1.0 0.8
_ _
0.9 9.0
0.6 8.4
0.7 8.4
0.5 10.5
0.8 10.2
Pour mémoire Déflateur du PIB Indice des prix à la consommation harmonisé IPCH sous-jacent2 Taux de chômage3 (% de la population active) Taux d'épargne brute des ménages (% du revenu disponible) Solde financier des administrations publiques (% du PIB) Dette brute des administrations publiques (% du PIB) Dette brute des administrations publiques, définition Maastricht (% du PIB) Balance des opérations courantes (% du PIB)
_ _ _
14.0 14.3 20.6 16.6 15.1 -2.3 -3.0 -9.5 -7.4 -5.6 121.7 124.4 142.0 143.2 144.8
_ _
98.0
98.1 115.7 116.8 118.5
-0.6
-0.7
-2.4
-1.9
-1.4
1. Contributions aux variations du PIB en volume, montant effectif pour la première colonne. 2. Indice des prix à la consommation harmonisé, hors énergie, alimentation, alcool et tabac. 3. Y compris les départements d'outre-mer. Source: Base de données des Perspectives économiques de l'OCDE, n° 108.
StatLink 2 https://doi.org/10.1787/888934218463
France 2 Le taux de chômage devrait augmenter Indice T4 2019 = 100 106
L'épargne de précaution va diminuer progressivement
% de la population active 12
104
11
102
10
100
9
98
8
96
7 ← Emploi total
94
← Population active
Indice T4 2019 = 100 105 100
30
95
25
90
20
85
15
6
80
5
75
← Consommation privée, en volume
2020
2021
2022
10
Taux d'épargne brut des ménages →
Taux de chômage →
92
% du revenu disponible 35
2020
2021
2022
5
Source: Base de données des Perspectives économiques de l'OCDE, n° 108. StatLink 2 https://doi.org/10.1787/888934218482
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101
La progression des contaminations a conduit à un nouveau confinement Après un ralentissement sensible de l’épidémie, grâce au premier confinement imposé à l’échelle nationale, les infections par le COVID-19 et le nombre de patients en soins intensifs ont nettement augmenté entre la mi-juillet et le début de novembre. En dépit d’un durcissement des règles sanitaires, marqué notamment par l’imposition du port du masque dans les espaces intérieurs, la plupart des régions françaises ont été officiellement classées en alerte maximale à la fin d’octobre. Du fait de cette résurgence de l’épidémie, les capacités de dépistage dans les grandes villes, où il est extrêmement important d’identifier les cas rapidement, ont subi de fortes tensions, et les risques de saturation du système de soins ont augmenté. En septembre, les autorités ont imposé des fermetures locales des bars et restaurants et durci les règles applicables aux rassemblements publics dans les villes où les contaminations étaient devenues problématiques. En outre, elles ont appliqué des couvre-feux pour les activités non essentielles dans les métropoles à fort taux de contamination et dans la plupart des régions à la mi-octobre, avant de décider d’un second confinement national deux semaines plus tard. Le nombre d’infections par le COVID-19 diminuant sensiblement, les autorités ont annoncé un assouplissement progressif du confinement et la plupart des magasins ont rouvert à la fin de novembre.
La résurgence de la pandémie a donné un coup d’arrêt à la reprise La reprise a été très inégale et le mouvement de redressement de l’activité s’est en partie inversé. Après la première mise à l’arrêt brutale de l’économie, la consommation de biens, le secteur de la construction, les services non marchands et à haute technologie, ainsi que la plupart des industries manufacturières, se sont tous redressés rapidement en mai et juin. Selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), l’activité économique a rebondi pour s’établir en octobre à un niveau inférieur de 4 % à celui qu’elle atteignait à la fin de 2019, alors que cet écart était de 31 % en avril. On estime cependant qu’elle a reflué en novembre à un niveau inférieur de 13 % à celui de la fin de 2019, la situation sanitaire continuant de peser sur la demande dans les services de tourisme, d’hébergement et de transport, et le rétablissement de restrictions réduisant fortement l’activité dans ces secteurs. La confiance des entreprises s’est dégradée et l’ampleur des reports de paiement de cotisations sociales indique que d’importantes contraintes de trésorerie pèsent sur les entreprises. Le taux de chômage s’est hissé à 9 % au troisième trimestre de 2020, et le taux d’emploi des jeunes ainsi que celui des travailleurs peu qualifiés ont baissé de manière disproportionnée. Après avoir rebondi, les embauches sous contrat temporaire ont ralenti, et la diminution des entrées dans le dispositif d’activité partielle semble avoir pris fin en novembre.
La réponse des pouvoirs publics est massive Les autorités ont pris un ensemble complet de mesures pour faire face à la déstabilisation macroéconomique et soutenir la reprise en cours. Les mesures budgétaires discrétionnaires atteindront environ 3.9 % du PIB en 2020, notamment via le dispositif renforcé d’activité partielle et le soutien aux très petites entreprises et aux travailleurs indépendants. Le gouvernement a également annoncé un plan de relance à moyen terme de 100 milliards EUR, France Relance, caractérisé par des mesures budgétaires qui devraient représenter 1.6 % du PIB en 2021, et 1.1 % en 2022. La réduction de 10 milliards EUR des impôts de production des entreprises, les subventions à l’embauche et à l’achat ou la location de véhicules, et l’augmentation de l’investissement public, ainsi que les financements supplémentaires affectés à la formation, soutiendront largement la reprise au cours des deux prochaines années. La reconduction des mesures d’urgence et les baisses déjà programmées de la taxe d’habitation et de l’impôt sur les sociétés, ainsi que l’augmentation des budgets du secteur de la santé, permettront également d’atténuer en partie l’impact négatif de la crise sur les revenus des ménages et les marges bénéficiaires des entreprises.
PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES DE L'OCDE, VOLUME 2020 NUMÉRO 2 : VERSION PRÉLIMINAIRE © OCDE 2020
102 La politique monétaire accommodante de la Banque centrale européenne (BCE) et l’augmentation de ses achats d’actifs continueront de soutenir la demande agrégée. Le plan de relance « Next Generation EU » aidera à financer les mesures budgétaires de 2021-22 en France (le pays devrait recevoir 40 milliards EUR de subventions européennes) et chez ses principaux partenaires commerciaux, ce qui devrait dynamiser la demande intérieure et extérieure. Les autorités françaises ont également prolongé jusqu’en 2021 les mesures d’urgence en faveur des secteurs et des entreprises durement touchés pour alléger leurs coûts, notamment au moyen d’exonérations fiscales temporaires et de la prise en charge d’une fraction importante des salaires dans le cadre des accords d’activité partielle, et pour faciliter le financement des entreprises (grâce à la garantie par l’État de leurs emprunts et à un dispositif de prêts participatifs à long terme destiné à apporter aux entreprises des quasi-fonds propres). Parallèlement, dans la plupart des secteurs, le plafonnement de la prise en charge par les dispositifs d’activité partielle et les fonds supplémentaires alloués à la formation vont favoriser le redéploiement des ressources.
Les perspectives sont très incertaines L’activité économique devrait se contracter de 9.1 % en 2020, et retrouver son niveau d’avant la crise vers la fin de 2022. La pandémie va durablement affecter certains secteurs – comme le transport et le secteur de l’hébergement et de la restauration, qui représentent 9 % environ du PIB. Après une fin d’année 2020 atone, le scénario de lente amélioration de la situation sanitaire retenu comme hypothèse et la perspective de la diffusion d’un vaccin efficace devraient soutenir la consommation et l’investissement en logements, les ménages puisant alors dans leur épargne abondante. Néanmoins, des restrictions ciblées dans les secteurs de services exigeant des contacts physiques étroits resteront en place au début de 2021. Le niveau élevé du chômage et le lent redressement du marché du travail continueront de peser sur les ménages les plus pauvres et les plus précaires. À mesure que la demande gagnera du terrain chez les partenaires commerciaux de la France, les exportations rattraperont progressivement leur retard après être tombées à un point bas historique. L’investissement des entreprises ne se redressera que lentement, signe de la diminution de leurs marges bénéficiaires et d’un climat d’incertitude persistant. Le déficit budgétaire et le ratio dette publique/PIB devraient rester à des niveaux élevés, la dette publique (au sens de Maastricht) atteignant près de 120 % du PIB en 2022. Le transport de voyageurs, le tourisme et les activités culturelles porteront durablement les stigmates de la crise. La demande a diminué dans ces secteurs de services, sans compter que la reprise de leur activité ne sera que partielle et fortement tributaire des restrictions locales jusqu’à la fin de l’épidémie. De surcroît, les entreprises ont accumulé un endettement considérable, notamment par le biais des prêts couverts par la garantie de l’État. Par conséquent, certaines d’entre elles seront confrontées à des problèmes de liquidités et de solvabilité, qui pourraient déclencher des faillites à grande échelle et dégrader les perspectives économiques. Le redémarrage de l’activité en France serait également retardé par une reprise plus lente chez ses principaux partenaires commerciaux dans la zone euro. À l’inverse, une forte demande intérieure non satisfaite, une utilisation rapide des fonds du plan de relance européen et un redémarrage plus rapide que prévu du tourisme tireraient la croissance vers le haut.
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Renforcer la reprise Le plan de relance des autorités françaises devrait assurer un soutien budgétaire équilibré. La souplesse d’approche actuelle, qui permet d’adapter les politiques publiques à l’évolution de la pandémie, devrait être maintenue. La priorité est d’étoffer encore le système de soins et d’améliorer les capacités de dépistage, pour assurer le succès de la stratégie de dépistage de masse, d’isolement et de restrictions locales. Le dépistage généralisé est une bonne stratégie, mais les résultats des tests doivent être connus rapidement pour qu’elle soit efficace. Il pourrait être utile à cet égard d’accélérer les procédures de dépistage et de laisser aux médecins généralistes le soin de déterminer, parmi les patients, ceux qui ont besoin en urgence de leurs résultats de tests, comme cela se fait en Allemagne. Des mesures d’urgence spécifiques devraient également continuer de cibler les entreprises viables pénalisées par la reconduction de restrictions locales ou par une demande temporairement en berne. Un autre enjeu essentiel sera de permettre une réallocation efficiente de la main-d’œuvre à la suite de la crise, étant donné que la dette brute des entreprises s’est envolée et que le chômage et les faillites sont appelées à augmenter. Le renforcement de la sélectivité du dispositif d’activité partielle est à saluer, mais il faut aussi assurer un large accès de la main-d’œuvre peu qualifiée et des chômeurs de longue durée à la formation tout au long de la vie, ainsi que la mise en œuvre efficace de normes de qualité pour ces programmes de formation. La révision des procédures collectives de restructuration et l’accélération des procédures judiciaires faciliteraient les ajustements nécessaires. Enfin, le renforcement de l’innovation et des initiatives de formation à la gestion des ressources humaines pour les petites entreprises, conjugué à la montée en charge des programmes d’aides à l’embauche qui leur sont destinés, permettraient de renforcer l’activité économique, en facilitant l’adoption des nouvelles technologies et en levant les obstacles à la croissance des entreprises.
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