79
Brésil En dépit du fait que les nombres de nouveaux cas d’infection et de décès demeurent élevés, l’économie a amorcé une reprise dans un large éventail de secteurs. Le PIB devrait croître de 2.6 % en 2021 et de 2.2 % en 2022, mais l’activité sera encore en deçà de son niveau d’avant la pandémie à la fin de 2022. L’inflation restera inférieure à l’objectif et d’amples apports liquidités, fondés notamment sur des taux d’intérêt historiquement bas, soutiendront l’investissement. Les facteurs de vulnérabilité budgétaires ont été renforcés par les mesures qu’ont dû prendre les pouvoirs publics face à la crise, et la dette publique a augmenté. Un arrêt du processus de réformes structurelles pourrait brider l’investissement et la croissance future. Grâce à la réaction énergique des autorités budgétaires et monétaires, une contraction plus forte de l’économie a pu être évitée. Une allocation d’urgence temporaire a permis de soutenir 67 millions de ménages modestes, amortissant l’impact de la crise sur les revenus des ménages et sur la pauvreté. Étant donné que la reprise prendra du temps et que des emplois risquent d’être perdus définitivement, des améliorations judicieusement ciblées du système de protection sociale seraient de mise. La réaffectation de certaines dépenses courantes et une amélioration de l’efficience des dépenses publiques permettraient de les financer, tout en reprenant le processus d’ajustement budgétaire qui était en cours avant la pandémie. Des réformes structurelles visant à renforcer la concurrence intérieure et extérieure, et à améliorer le climat de l’investissement, pourraient se traduire par des gains de productivité, tandis qu’une amélioration de la formation professionnelle permettrait à davantage de personnes d’exploiter de nouvelles possibilités économiques. Brésil 1 L'activité s'est en partie redressée Indice jan 2015 = 100 110
La confiance s'est améliorée Indice jan 2015 = 100 160
Indice d'activité de la banque centrale Production industrielle
Consommateurs
Services
Entreprises
100
140
90
120
80
100
70
80
60
2015
2016
2017
2018
2019
2020
0
0
2015
2016
2017
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2019
2020
60
Source: CEIC ; Banque centrale du Brésil ; et Refinitiv. StatLink 2 https://doi.org/10.1787/888934217912
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Brésil : Demande, production et prix
2017
2018
Prix courants milliards de BRL
Brésil PIB aux prix du marché Consommation privée Consommation publique Formation brute de capital fixe Demande intérieure finale Variation des stocks1 Demande intérieure totale Exportations de biens et services Importations de biens et services Exportations nettes1
2019
2020
2021
2022
Pourcentage de variation, en volume (prix de 2000)
6 583.3 4 245.1 1 327.8 958.8 6 531.6 4.4 6 536.0 824.4 777.1 47.3
1.2 2.1 0.4 3.7 2.0 -0.4 1.6 3.4 7.7 -0.5
1.1 1.8 -0.4 2.3 1.4 0.2 1.6 -2.5 1.1 -0.5
-6.0 -7.0 -1.6 -10.2 -6.4 -0.8 -7.2 1.4 -6.2 1.1
2.6 3.8 -0.1 -0.4 2.3 0.1 2.5 5.3 4.3 0.3
2.2 2.2 -0.4 5.6 2.1 0.0 2.1 4.0 4.0 0.1
_ _ _ _ _
3.4 3.7 2.9 -7.1 -2.2
4.2 3.7 3.8 -5.9 -2.7
4.0 2.7 1.2 -16.9 -1.2
2.0 2.5 1.9 -7.6 -1.1
2.9 3.2 2.9 -6.7 -1.0
Pour mémoire Déflateur du PIB Indice des prix à la consommation Déflateur de la consommation privée Solde financier des administrations publiques (% du PIB) Balance des opérations courantes (% du PIB)
1. Contributions aux variations du PIB en volume, montant effectif pour la première colonne. Source: Base de données des Perspectives économiques de l'OCDE, n° 108.
StatLink 2 https://doi.org/10.1787/888934217931
Brésil 2 Les résultats budgétaires sont affectés par la récession % du PIB 0
% du PIB 110
-3
100
-6
90
-9
80
-12
70
-15
60
-18 -21
← Solde budgétaire primaire
← Solde des intérêts
← Solde budgétaire global
2015
2016
2017
Dette publique brute →
2018
2019
2020
Les taux d'intérêt réels et l'inflation ont diminué Glissement annuel, en % 20
% 10
← Inflation globale Taux d’intérêt réel ex ante¹ →
16
8
12
6
8
4
4
2
50
0
0
40
-4
2015
2016
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2019
2020
-2
1. Le taux d'intérêt réel ex ante est la différence entre le taux de référence du Système spécial de conservation et de règlement (SELIC, Sistema Especial de Liquidação e de Custódia) et les anticipations d'inflation à un an. Source: CEIC ; Banque centrale du Brésil ; et Refinitiv. StatLink 2 https://doi.org/10.1787/888934217950
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Après la levée de la plupart des mesures d’endiguement, le nombre de personnes infectées s’est stabilisé à un niveau élevé Après le premier cas de COVID-19 à la fin de février dernier, le nombre de contaminations et de décès a rapidement augmenté et le Brésil est devenu un des pays les plus touchés par la pandémie dans le monde. Le système de santé a été confronté à de graves pénuries, en particulier dans le secteur public, dont dépendent deux tiers de la population brésilienne. Nombreux ont été les décès parmi les personnes qui attendaient d’être admises en unité de soins intensifs. Le nombre de nouveaux cas confirmés d’infection par le COVID-19 et le nombre de décès ont culminé en août et diminué depuis, mais ils demeurent élevés. L’administration centrale n’a pas pris de mesures de confinement coercitives, les administrations des États et des communes ont ordonné la fermeture de nombreux commerces et lieux publics de la fin du mois de mars à la fin de juillet. Ces restrictions ont été levées depuis lors, à l’exception de la fermeture des établissements scolaires. Ces derniers rouvrent leurs portes au cas par cas dans le pays, avec des différences notables suivant les localités, mais certaines pourraient ne pas rouvrir du tout au cours de l’année scolaire 2020.
L’économie se redresse Après un recul de l’activité plus limité que dans d’autres pays de la région au deuxième trimestre, les principaux indicateurs d’activité à court terme laissent maintenant entrevoir une reprise assez vigoureuse et généralisée. Même les services, parmi lesquels figurent des secteurs durement touchés par la pandémie comme le tourisme, le divertissement, l’hôtellerie et la restauration, et les services personnels, ont enregistré des progrès remarquables. La confiance des consommateurs comme celle des entreprises se sont redressées. Le crédit a nettement augmenté depuis le début de la pandémie. Le fléchissement de l’emploi, la diminution du nombre d’heures travaillées et la réduction sensible des possibilités d’activité des travailleurs indépendants pèsent encore lourdement sur les revenus du travail et la consommation privée.
Les politiques budgétaire et monétaire ont fortement soutenu l’économie La réaction des autorités budgétaires à la pandémie a été l’une des plus énergiques de la région, les dépenses au titre des mesures discrétionnaires ayant dépassé 8 % du PIB et ayant été fortement axées sur les ménages les plus vulnérables, y compris sur les travailleurs informels. Depuis avril, plus de 67 millions de travailleurs informels, indépendants ou au chômage reçoivent une nouvelle prestation d’urgence temporaire, qui représentait initialement 120 USD par mois, soit 57 % du salaire minimum fédéral. Ce dispositif a été prolongé jusqu’à la fin de 2020, sachant que le montant de la prestation a été réduit de moitié. Associé à un renforcement d’autres prestations de chômage destinées aux travailleurs formels, ce soutien vigoureux des pouvoirs publics a permis de ramener le taux de pauvreté à son plus bas niveau depuis 40 ans et d’éviter un recul plus marqué des revenus et de la consommation. Les aides mises en place par les pouvoirs publics en faveur des petites entreprises incluent une ligne de crédit à faible taux d’intérêt bénéficiant d’une garantie publique, destinée à couvrir la rémunération des salariés gagnant jusqu’à deux fois le salaire minimum. De nouvelles lignes de crédit à l’intention des entreprises ont également été créées par la banque nationale de développement. Les dépenses directes de santé et les transferts aux États fédérés et aux communes, qui sont responsables au premier chef du financement des services publics de santé, ont augmenté de 2 points de PIB environ.
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82 Le fléchissement de la demande intérieure a accentué encore le repli de l’inflation. Tant la mesure de l’inflation globale que celle de l’inflation sous-jacente sont maintenant nettement en deçà de l’objectif visé, malgré la légère hausse récente des prix des produits alimentaires. Des baisses de taux de 250 points de base en 2020 ont ramené les taux d’intérêt nominaux et réels à des points bas historiques. Conjuguée à des mesures réglementaires qui devraient permettre un accroissement du volume de prêts distribués pouvant aller jusqu’à 18.5 % du PIB, cette faiblesse des taux d’intérêt offrira des conditions très favorables à l’investissement privé, une fois que la confiance dans la reprise se raffermira et que la demande de crédit repartira à la hausse.
L’économie se sera pratiquement redressée à la fin de 2022 Les mesures de relance budgétaire et la levée des mesures d’endiguement favorisent un redressement partiel de la demande intérieure en 2020. Le démantèlement annoncé des prestations sociales d’urgence freinera quelque peu cette reprise au début de 2021, avant qu’elle ne trouve un second souffle, compte tenu de l’amélioration des perspectives de disponibilité d’un vaccin contre le COVID-19. D’après ces prévisions, l’activité devrait avoir retrouvé à la fin de 2022 un niveau proche de celui auquel elle s’établissait avant la pandémie. Les exportations ont résisté et continueront de tirer parti du redressement de la demande mondiale de produits alimentaires et de minéraux. Les exportations manufacturières sont limitées par la morosité persistante des perspectives économiques de l’Argentine voisine, qui est la première destination des exportations de ce type. Quant à la demande d’importations, elle se redressera parallèlement à la demande intérieure. Le déficit des paiements courants, plutôt stable, restera financé par les entrées d’investissement direct étranger (IDE). Le chômage culminera en 2021 à près de 14 % avant de refluer lentement, compte tenu du retour sur le marché du travail de personnes qui avaient renoncé à chercher un emploi. L’inflation devrait rester nettement en deçà de l’objectif visé jusqu’en 2022, où ce dernier sera ramené à 3.5 %. Cela nécessitera sans doute de réduire progressivement en 2022 l’orientation expansionniste de la politique monétaire, aujourd’hui très marquée. Outre une résurgence des infections par le COVID-19, un enlisement du processus de réforme constituerait un risque majeur pour la croissance et les finances publiques. La pandémie devrait ajouter 20 points de pourcentage au ratio de la dette publique brute, qui devrait atteindre 100 % du PIB à la fin de 2022. Dans ce contexte compliqué, il faudra, pour assurer la viabilité des finances publiques, que les mesures budgétaires liées à la pandémie restent temporaires, et que reprenne le processus d’ajustement budgétaire qui était en cours avant l’apparition du COVID-19. Cela nécessitera de réexaminer les planchers de dépenses obligatoires et autres facteurs de rigidité du budget, ainsi que les dépenses de personnel, les subventions et les dépenses fiscales. La difficulté politique de ces réformes n’est pas mince, mais leur absence se traduirait par un non-respect de la règle de dépenses adoptée en 2016, qui est l’un des principaux déterminants du renforcement de la confiance et de la baisse des taux d’intérêt observés avant la pandémie. Plusieurs pays voisins d’Amérique du Sud ont connu des vagues de mécontentement social qui pourraient également toucher le Brésil, et dont l’ampleur pourrait être accentuée par la dégradation de la situation sociale liée à la pandémie, ainsi que par les scandales de corruption qui ont érodé la confiance dans les institutions publiques. À l’inverse, une progression des réformes plus rapide ou une croissance plus forte que prévu chez les principaux partenaires commerciaux du Brésil, notamment aux États-Unis et en Chine, accélèrerait la reprise.
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Les marges de manœuvre budgétaires étant limitées, les réformes structurelles constituent un levier essentiel Des réformes structurelles porteuses de gains de productivité pourraient grandement contribuer à soutenir la reprise. Une amélioration de la réglementation nationale et une intégration plus poussée dans l’économie mondiale pourraient stimuler la concurrence, tout en réduisant le coût des biens intermédiaires et des biens d’équipement. La productivité pourrait également bénéficier d’une amélioration de l’exécution des contrats, grâce à un renforcement de l’efficience du système judiciaire, ainsi que d’un abaissement du coût du respect des obligations fiscales, via une remise à plat du système fragmenté de fiscalité indirecte, visant à instaurer un régime harmonisé de taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Une amélioration et un accroissement de l’offre de formations professionnelles permettraient à la main-d’œuvre d’exploiter les nouvelles possibilités qu’offrent les évolutions structurelles en cours dans l’économie, et faciliteraient la réallocation des ressources. Les autorités pourraient renforcer la protection sociale de manière économiquement efficiente en s’appuyant sur les dispositifs de transferts monétaires en place. Si l’on relevait les seuils d’admissibilité au bénéfice des prestations et leur niveau, tout en intégrant plus rapidement les nouveaux demandeurs à ces dispositifs, ils pourraient être transformés en un système universel de protection sociale sous condition de ressources, dont bénéficieraient également les travailleurs informels. Cela permettrait aussi de réduire les coûts de main-d’œuvre non salariaux des emplois formels et de favoriser la régularisation des activités informelles, les transferts monétaires étant financés à partir des recettes fiscales générales et non de prélèvements sur le travail. Enfin, la préservation d’actifs naturels précieux, comme la forêt pluviale d’Amazonie, pour les générations futures exigera de redoubler d’efforts pour faire respecter la législation en vigueur, dans le prolongement des progrès accomplis antérieurement en matière d’application des lois.
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