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Inde Après la sévère contraction du PIB en 2020, la croissance économique devrait rebondir en 2021, portée par le rattrapage de la demande de biens de consommation et d’investissement, avant de se modérer en 2022. La recrudescence dramatique des cas de contamination depuis février a fragilisé la reprise naissante et risque d’aggraver les difficultés financières des entreprises et des banques. Alors que l’anxiété de la population face à la pandémie gagne du terrain et que les mesures de confinement se multiplient, les indicateurs à haute fréquence laissent penser qu’un ralentissement marqué pourrait avoir lieu entre avril et juin, mais son impact global sur l’année devrait être modéré. La hausse des prix de gros et de détail reste élevée, mais reste dans la fourchette cible de la banque centrale. Le lourd tribut que le COVID-19 continue de faire payer aux plus pauvres impose de donner la priorité à des politiques qui permettront d’atténuer les séquelles de la pandémie, en particulier chez les enfants déscolarisés pendant des mois, et d’élargir les possibilités d’investissement et d’emploi. Le secteur bancaire reste fragile, même si la proposition de créer une société de recouvrement d'avoirs et la privatisation programmée de deux banques publiques témoignent de la volonté des autorités de mener à bien des réformes. L’ampleur des réserves de change devrait offrir au pays une marge de manœuvre suffisante pour gérer l’éventualité à terme d’un tarissement des entrées de capitaux ou de sorties de capitaux, dus à un choc extérieur. Inde 1 La deuxième vague est violente M.m. sur 7 jours par million 300
Le climat reste morose
Indice, 100=max 100
← Nombre de nouveaux cas quotidiens
Indice 100
Indice des directeurs d'achat, secteur manufacturier
Indice de sévérité d'Oxford →
Indice de confiance des consommateurs¹
240
80
80
180
60
60
120
40
40
60
20
20
0 janv.-20
avr.-20
juil.-20
oct.-20
janv.-21
avr.-21
0
0 janv.-20
avr.-20
juil.-20
oct.-20
janv.-21
0 avr.-21
1. Calculé à partir de l'indice bimestriel sur la situation conjoncturelle (CSI, current situation index). En l'absence de données sur un mois, la valeur utilisée est la moyenne des données mensuelles précédentes et suivantes. Source: CEIC ; outil de suivi de l'action publique face au COVID-19 de l'Université d'Oxford (Oxford COVID-19 Government Response Tracker) ; Blavatnik School of Government ; Markit ; et calculs de l'OCDE. StatLink 2 https://stat.link/q06sgu
PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES DE L’OCDE, VOLUME 2021 NUMÉRO 1 : VERSION PRÉLIMINAIRE © OCDE 2021
104
Inde : Demande, production et prix
2017
2018
Prix courants trillions de INR
Inde PIB aux prix du marché Consommation privée Consommation publique Formation brute de capital fixe Demande intérieure finale Variation des stocks1,2 Demande intérieure totale Exportations de biens et services Importations de biens et services Exportations nettes1 Pour mémoire Déflateur du PIB Indice des prix à la consommation Indice des prix de gros3 Solde financier des administrations publiques 4 (% du PIB) Balance des opérations courantes (% du PIB)
2019
2020
2021
2022
Pourcentage de variation, en volume ( prix de 2011/2012)
170.9 100.4 18.4 48.2 166.9 9.4 176.3 32.1 37.5 - 5.4
6.5 7.6 6.3 9.9 8.1 0.4 5.9 12.3 8.6 0.4
4.0 5.5 7.9 5.4 5.8 -0.7 4.4 -3.3 -0.8 -0.5
-7.7 -10.5 -1.9 -14.0 -10.7 -1.1 -9.8 -6.9 -16.5 2.4
9.9 9.3 9.8 16.3 11.2 0.0 12.2 14.9 25.7 -2.4
8.2 7.0 3.9 16.4 9.3 0.0 9.6 6.5 13.0 -1.7
_ _ _ _ _
3.7 3.4 4.3 -5.5 -2.1
3.6 4.8 1.7 -6.5 -0.9
3.6 6.5 0.6 -10.0 1.4
3.9 5.4 4.0 -9.6 -0.4
5.2 4.8 3.7 -7.0 -1.4
Note: Les données se réfèrent à l'exercice comptable commençant en avril. 1. Contributions aux variations du PIB en volume, montant effectif pour la première colonne. 2. Le montant effectif dans la première colonne inclut la divergence statistique et les opérations sur objets de valeur. 3. Tous biens. 4. Solde budgétaire brut du gouvernement central et des états. Source: Base de données des Perspectives économiques de l'OCDE, n° 109.
StatLink 2 https://stat.link/ms38q5
Inde 2 Les résultats des entreprises alimentent l'optimisme des investisseurs Milliards INR 1800
La roupie s'est affaiblie Indice 60000
INR/USD 80
Milliards USD 750 ← Taux de change
Indice S&P BSE Sensex¹ →
1500
50000
← Bénéfices après impôts²
1200
40000
900
30000
600
20000
300
10000
0
2019
2020
0
Réserves de change³ →
76
600
72
450
68
300
64
150
60
2018
2019
2020
0
1. Valeur à la fin du trimestre. Données collectées jusqu'au 17 mai 2021. 2. Données nettes des opérations de la période précédente et des opérations extraordinaires. 3. Premier trimestre 2021 : estimation calculée à partir de données mensuelles et hebdomadaires. Source: Base de données des Perspectives économiques de l'OCDE, n° 109 ; Banque de réserve de l'Inde (RBI, Reserve Bank of India) ; Refinitiv ; et Centre d'observation de l'économie indienne (CMIE, Centre for Monitoring Indian Economy). StatLink 2 https://stat.link/vsq4b7 PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES DE L’OCDE, VOLUME 2021 NUMÉRO 1 : VERSION PRÉLIMINAIRE © OCDE 2021
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La seconde vague de l’épidémie a frappé fort Le nombre de nouveaux cas confirmés d’infection par le COVID-19 a progressé très rapidement, passant d’un nombre minimal de 13 000 cas par jour à la fin de janvier à plus de 400 000 au début du mois de mai. Bien que l’on estime qu’environ 20 % de la population possède des anticorps, la circulation d’un variant très contagieux, ajoutée à un relâchement dans le respect des règles de distanciation sociale et à un sous-investissement chronique dans le système de santé publique, rend la situation catastrophique. Des mesures d’endiguement localisées ont été réinstaurées et ont réduit les déplacements, mais un nouveau confinement à l’échelle nationale est peu probable. Le déploiement de la campagne de vaccination est lent, avec un rythme de vaccination au niveau national bien inférieur à celui nécessaire pour atteindre l’objectif de vacciner 300 millions de personnes d’ici au mois d’août. Le programme national de vaccination contre le COVID-19, qui est entré en vigueur en mai 2021, pourrait contribuer à combler cet écart, notamment parce qu’il devrait permettre d’accroître le nombre de doses disponibles et qu’il ouvre l’accès à la vaccination à toute personne âgée de plus de 18 ans.
La résurgence des contaminations retarde la reprise La demande intérieure s’est redressée depuis la mi-2020 et les perspectives à court terme s’amélioraient jusqu’à récemment. L’indice des directeurs d’achat laisse présager le redressement de l’économie, les dernières données s’étant stabilisées à des niveaux supérieurs à la moyenne de moyen terme. Les exportations et les importations de marchandises ont atteint des records en mars. Les marchés financiers ont attiré des flux considérables de capitaux étrangers, faisant écho aux tendances mondiales et aux bons résultats enregistrés, du moins par les grandes entreprises. Les réserves de change restent proches du niveau historique mesuré en janvier, résultat de la stratégie de la banque centrale de constituer un volant pour amortir les éventuelles conséquences de la levée des mesures de lutte contre la pandémie dans les économies avancées. Des faiblesses avaient commencé à apparaître avant même la nouvelle flambée de COVID-19, notamment dans les services où la demande reste bien inférieure à ses niveaux habituels. Des données récentes sur la mobilité, notamment sur le fret ferroviaire de marchandises, ainsi que des indicateurs de « non-mobilité » comme la consommation d’électricité ou la production par voie électronique de documents de transport (e-way bills), conduisent à penser que la reprise s’essouffle. Le taux de chômage a fluctué entre septembre 2020 et mars 2021, avant de monter en avril, et les mesures de confinement dans certaines villes déclenchent des retours massifs vers les zones rurales. Les craintes du côté de l’inflation s’intensifient, alimentées par la hausse rapide des prix des légumes du fait des perturbations dans les chaînes d’approvisionnement et par le redressement du prix des carburants.
L’équilibre entre les politiques publiques évolue En 2020, l’assouplissement de la politique monétaire, l’adoption d’une réglementation financière adaptée et un plan de relance budgétaire ont été utilisés dans le but de contrer les effets récessifs des mesures de confinement. Un affinement des mesures est désormais en cours dans chacun de ces domaines. D’après le Budget 2021, bâti sur des hypothèses prudentes de croissance du PIB nominal et d’évolution des recettes, le déficit de l’administration centrale devrait reculer à 6.8 % du PIB, contre 9.5 % pour l’année fiscale 2020-21. Cette embellie s’explique essentiellement par des facteurs conjoncturels. Après une forte augmentation sur l’exercice 2020-21, le ratio global dette publique/PIB devrait diminuer légèrement pour s’établir à 93 % en 2021-22. Depuis le début de l’année, le comité de politique monétaire de la banque centrale a maintenu le taux directeur inchangé à 4 %, tout en signalant son intention de conserver une orientation accommodante aussi longtemps que nécessaire. Étant donné les incertitudes entourant le
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106 rythme de la reprise, la banque centrale devrait différer toute hausse jusqu’à la mi-2022. Le coefficient de réserves obligatoires (CRR) a été porté à 4 %, tandis qu’un important programme d’achat d’obligations souveraines a été annoncé. Plusieurs réformes structurelles sont envisagées. Une société pour le recouvrement des actifs et une société de gestion d’actifs, qui seront chargées de la reprise du stock de créances compromises et de la gestion et la cession des actifs dépréciés, vont être créées. Le programme de privatisation va s’accélérer ; il concerne notamment deux banques du secteur public et une compagnie d’assurance générale, même si les difficultés à conclure la vente d’Air India, depuis longtemps retardée, donnent à penser que l’objectif d’obtenir 24 milliards USD (0.8 % du PIB) cette année est ambitieux. La réforme des marchés agricoles, qui vise à favoriser les synergies entre les agriculteurs et le secteur agro-industriel, est à l’arrêt tandis que les négociations entre les autorités et les organisations d’agriculteurs demeurent en suspens. Par ailleurs, la proposition visant à autoriser les conglomérats industriels à détenir des banques et à participer au processus de privatisation doit être étudiée avec beaucoup de prudence.
Plusieurs risques de révision à la baisse des prévisions se profilent à l’horizon En 2021, l’Inde devrait être la plus dynamique des économies du G20 — mais aussi la plus éloignée de son niveau tendanciel de PIB d’avant la pandémie. Le rattrapage de la demande de biens de consommation durables et les exportations de biens manufacturés et de services porteront la croissance, mais d’autres facteurs joueront nettement en sens contraire. En dépit de la nécessité impérieuse d’améliorer les infrastructures physiques et le capital humain, et d’augmenter les crédits alloués aux dépenses d’investissement et de l’extension du dispositif d’incitation de la production (PLI, production-linked incentives) à des secteurs autres que l‘industrie électronique de grande taille, l’investissement devrait rester faible. Les marges bénéficiaires du secteur bancaire vont probablement diminuer, en particulier celles des banques publiques, qui pourraient voir leur taux de créances dépréciées et les coûts du crédit s’envoler suite à la fin du moratoire sur le paiement des intérêts (Moratorium Relief Plan) accordé aux emprunteurs. Enfin, les tensions sur les coûts des facteurs intermédiaires pourraient pousser l’inflation en dehors de la fourchette cible.
Le risque de séquelles graves chez les particuliers et dans les entreprises appelle une action appropriée des pouvoirs publics En 2020, la pauvreté et l’activité informelle ont augmenté et les rangs de la classe moyenne se sont réduits, ce qui, dans les deux cas, a annulé plusieurs années de progrès. L’augmentation des décrochages scolaires, l’aggravation de la malnutrition infantile due à l’arrêt du programme de sécurité alimentaire, en particulier de la distribution de repas chauds à midi dans les écoles, et une surmortalité estimée à plus de 150 000 parmi les enfants et les jeunes mères, font aussi partie du tribut payé à la pandémie. Un meilleur ciblage des subventions en faveur des prix de l’énergie et des engrais et une refonte des dépenses fiscales permettraient de dégager des ressources au profit de politiques budgétaires en faveur des pauvres. Plusieurs états ont récemment adopté des mesures visant à réserver des emplois du secteur privé à leurs résidents ou envisagent de le faire, mais pour que le marché du travail puisse absorber chaque année, plus de 10 millions de jeunes Indiens, il faudrait avant tout augmenter les investissements créateurs d’emplois. Il sera primordial d’améliorer le climat des affaires. Compte tenu d’un taux des actifs bancaires non performants qui devrait largement dépasser 10 %, il sera particulièrement important d’appliquer le Code sur les faillites de 2016 de manière cohérente, transparente et rapide.
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