98
France L’activité économique devrait rebondir au rythme de 5.8 % en 2021 puis de 4.0 % en 2022. Après un premier semestre 2021 en demi-teinte, l’activité gagnera en vigueur parallèlement à l’accélération de la campagne de vaccination et à la levée des restrictions sanitaires. En outre, les ponctions dans l’épargne, qui a atteint un niveau élevé du fait des restrictions sanitaires, devraient doper la consommation à mesure que la demande réprimée sera satisfaite. L’accélération de la croissance mondiale améliorera les perspectives à l’export. L’amélioration de la demande mondiale, des conditions de financement accommodantes et l’augmentation des investissements publics, conformément au plan de relance, soutiendront l’investissement. Cela étant, l’emploi sera lent à se redresser, dans la mesure où le nombre de bénéficiaires des dispositifs d’activité partielle déclinera. Les mesures temporaires d’urgence et le plan de relance à moyen terme apportent un soutien budgétaire important aux actifs et aux entreprises. La suppression progressive des dispositifs d’activité partielle et des programmes de prêts en faveur des entreprises favorisera le redéploiement des ressources entre les entreprises. Certaines mesures d’urgence devront rester en place et être ciblées sur les entreprises qui sont directement touchées par les mesures d’endiguement. Pour assurer une reprise progressive, il faudra que l’accélération de la campagne de vaccination se poursuive. Une mise en œuvre rapide du plan de relance, notamment le déploiement d’investissements dans les transitions écologique et numérique, est également essentielle. France 1 La politique budgétaire va continuer de soutenir la croissance
Les restrictions sanitaires pèsent lourdement sur certains secteurs des services Production, volume
Indice T4 2019= 100 110
Indice T4 2019 = 100 120
Activités d'hébergement et de restauration Services de loisirs
105
100
Transport aérien
100
80
95
60
90
Dépenses publiques réelles¹
85 80
40
PIB réel
20
Recettes publiques réelles¹
2020
2021
2022
0
0 oct.-19
janv.-20
avr.-20
juil.-20
oct.-20
janv.-21
0
1. Administrations publiques, corrigées du déflateur du PIB. Source: Base de données des Perspectives économiques de l'OCDE, n° 109 ; et l'INSEE. StatLink 2 https://stat.link/89r36d
PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES DE L’OCDE, VOLUME 2021 NUMÉRO 1 : VERSION PRÉLIMINAIRE © OCDE 2021
99
France : Demande, production et prix
2017
2018
Prix courants milliards de EUR
France PIB aux prix du marché Consommation privée Consommation publique Formation brute de capital fixe Demande intérieure finale Variation des stocks1 Demande intérieure totale Exportations de biens et services Importations de biens et services Exportations nettes1
2019
2020
2021
2022
Pourcentage de variation, en volume (prix de 2014)
2 298.6 1 241.0 543.4 517.3 2 301.7 21.6 2 323.4 711.6 736.4 - 24.8
1.8 0.8 0.9 3.2 1.4 0.0 1.4 4.6 3.1 0.4
1.5 1.5 1.7 4.3 2.2 -0.4 1.8 1.8 2.6 -0.3
-8.2 -7.3 -3.0 -10.4 -7.1 0.2 -6.8 -16.6 -12.0 -1.3
5.8 4.4 4.4 9.8 5.6 -0.3 5.3 9.4 7.6 0.3
4.0 6.5 0.3 2.0 4.0 0.0 4.0 8.2 7.9 -0.1
_ _
1.0 2.1
1.2 1.3
2.3 0.5
-0.6 1.4
0.9 0.8
_ _
0.9 9.0
0.6 8.4
0.6 8.0
1.1 8.8
0.8 8.7
Pour mémoire Déflateur du PIB Indice des prix à la consommation harmonisé IPCH sous-jacent2 Taux de chômage3 (% de la population active) Taux d'épargne brute des ménages (% du revenu disponible) Solde financier des administrations publiques (% du PIB) Dette brute des administrations publiques (% du PIB) Dette brute des administrations publiques, définition Maastricht (% du PIB) Balance des opérations courantes (% du PIB)
_ _ _
14.1 14.6 20.8 18.7 14.1 -2.3 -3.1 -9.3 -8.4 -4.8 121.4 124.3 147.9 149.3 147.6
_ _
98.0
98.0 116.3 117.6 116.0
-0.6
-0.7
-2.3
-2.4
-2.2
1. Contributions aux variations du PIB en volume, montant effectif pour la première colonne. 2. Indice des prix à la consommation harmonisé, hors énergie, alimentation, alcool et tabac. 3. Y compris les départements d'outre-mer. Source: Base de données des Perspectives économiques de l'OCDE, n° 109.
StatLink 2 https://stat.link/q0d32p
France 2 L'épargne va diminuer Indice T4 2019 = 100 110
Le sous-emploi de la main-d'oeuvre va contenir l'inflation
% du revenu disponible 35
← Consommation privée
105
% de la population active 14
Inflation globale harmonisée →
13
Taux d'épargne brut des ménages →
30
100
25
Glissement annuel en % 1.8
← Taux de chômage
1.6
12
1.4
11
1.2
10 95
20
1.0
9
0.8
8 90
15
85
10
80
5
2020
2021
2022
0.6
7 6
0.4
5
0.2
4
2020
2021
2022
0.0
Source: Base de données des Perspectives économiques de l'OCDE, n° 109. StatLink 2 https://stat.link/cgqy9b
PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES DE L’OCDE, VOLUME 2021 NUMÉRO 1 : VERSION PRÉLIMINAIRE © OCDE 2021
100
La campagne de vaccination allège certaines tensions pesant sur le système de santé En dépit de l’adoption, pendant une longue durée, de mesures de freinage de l’épidémie comme le couvre-feu, la fermeture des restaurants et des bars et l’interdiction des grands rassemblements publics, on a observé une nouvelle hausse des contaminations et du nombre de personnes en soins intensifs jusqu’en mars 2021. Cette nouvelle vague a mis le système de santé à rude épreuve. Les autorités ont imposé localement de nouvelles restrictions, des fermetures de magasins et des restrictions de déplacement en avril, ont avancé la date des vacances scolaires et ont fermé les établissements scolaires pendant une semaine. Les crèches et les écoles maternelles et primaires ont rouvert en présentiel à la fin avril, et les autorités ont levé les restrictions de déplacement au niveau national au début mai et annoncé l’assouplissement progressif des autres mesures de freinage. La campagne de vaccination progresse lentement ; toutefois, au vu de son accélération récente, les autorités prévoient que toutes les personnes de 18 ans et plus souhaitant se faire vacciner auront reçu leurs injections d’ici la fin de l’été 2021.
L’impact économique des restrictions s’est allégé mais pèse surtout sur les services Après la faible croissance du début de l’année 2021, l’assouplissement de certaines restrictions sanitaires et le redressement des indicateurs de confiance permettent de tabler sur une reprise sensible, mais inégale, dans le secteur manufacturier et les services. L’activité a résisté face aux nouvelles restrictions, grâce au développement d’autres modes de travail, à l’ampleur des mesures budgétaires destinées à soutenir l’économie et la liquidité, ainsi qu’à l’augmentation des achats en ligne. Le nombre de travailleurs bénéficiant des dispositifs d’activité partielle était estimé proche de 12 % de l’emploi salarié privé en mars, et l’emploi salarié privé a augmenté dans tous les secteurs au premier trimestre. Si les contraintes pesant sur les chaînes d’approvisionnement ont affaibli la dynamique industrielle au début 2021, la production industrielle devrait continuer de s’affermir. Cela étant, l’activité des restaurants et des bars ainsi que dans les services à la personne et le transport aérien (soit 14 % environ de la production des secteurs des services non financiers en 2015) restait inférieure de plus de 50 % à son niveau de fin 2019 au début du mois de mai, avant le début de l’allègement des restrictions sanitaires.
La réponse des pouvoirs publics est massive Les autorités ont pris des mesures de large portée pour soutenir l’activité et la reprise en cours. La reconduction du dispositif renforcé d’activité partielle et le soutien aux très petites entreprises et aux travailleurs indépendants ont permis d’amortir l’impact des restrictions instaurées fin 2020 et début 2021. Le déploiement du plan de relance à moyen terme de 100 milliards EUR (France Relance) devrait donner lieu à des dépenses budgétaires discrétionnaires représentant respectivement 1.7 % et 1.8 % du PIB en 2021 et en 2022. Ces mesures soutiendront largement la reprise. L’augmentation de l’investissement public dans les infrastructures et la transformation numérique et les financements supplémentaires affectés à la formation amélioreront la productivité et la réallocation des ressources. La baisse de 10.5 milliards EUR des impôts de production et les aides à l’embauche soutiendront les entreprises et l’emploi. Les subventions à l’acquisition de véhicules et à l’investissement destinées aux ménages ciblent des solutions écologiques et visent à donner un coup de pouce à la consommation de biens durables et à l’investissement résidentiel. Les baisses déjà programmées de la taxe d’habitation et de l’impôt sur le revenu des sociétés, ainsi que l’augmentation des budgets du secteur de la santé, permettront également d’atténuer en partie l’impact négatif de la crise sur les revenus des ménages et les marges des entreprises.
PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES DE L’OCDE, VOLUME 2021 NUMÉRO 1 : VERSION PRÉLIMINAIRE © OCDE 2021
101 La politique monétaire accommodante de la Banque centrale européenne (BCE) continue de soutenir la demande agrégée. En outre, le plan de relance « Next Generation EU » aidera à financer les mesures budgétaires prises par la France (qui devrait recevoir 40 milliards EUR de subventions européennes à utiliser en deux ans) et par ses principaux partenaires commerciaux, ce qui devrait dynamiser la demande intérieure et extérieure. Les autorités françaises ont également prolongé jusqu’en 2021 les mesures d’urgence prises en faveur des secteurs et entreprises durement touchés pour alléger leurs charges, notamment au moyen d’exonérations fiscales temporaires et de subventions d’une fraction importante des salaires au titre des dispositifs d’activité partielle, et pour faciliter le financement des entreprises (grâce à des garanties d’emprunts et à un dispositif de prêts participatifs à long terme fournissant aux entreprises des quasi-fonds propres). Parallèlement, dans la plupart des secteurs, le plus large partage des coûts des dispositifs d’activité partielle et les fonds supplémentaires alloués à la formation vont favoriser le redéploiement des ressources.
La trajectoire de reprise reste incertaine L’activité économique devrait, d’après les projections, revenir à son niveau d’avant la crise autour du printemps 2022. La pandémie va durablement affecter certains secteurs comme les transports et l’hébergement et la restauration, qui représentaient 9 % environ du PIB avant la crise. Après un premier semestre 2021 atone, la lente amélioration de la situation sanitaire et le déploiement de la campagne de vaccination soutiendront la consommation à mesure que les ménages, notamment parmi les catégories ayant un patrimoine faible ou moyen, puiseront dans leur épargne, actuellement abondante. Néanmoins, des restrictions ciblées dans les secteurs de services nécessitant des contacts interpersonnels étroits devraient rester en place jusqu’à l’automne 2021. L’augmentation temporaire du chômage continuera de peser sur les ménages les plus pauvres et les plus précaires et retardera le redressement du marché du logement. À mesure que la demande rebondira rapidement chez les partenaires commerciaux de la France, les exportations rattraperont progressivement leur retard après être tombées à des niveaux historiquement bas. Du côté des entreprises, l’investissement, qui a bien résisté, se redressera lentement, sur fond d’amélioration des perspectives économiques, de conditions financières accommodantes et de déploiement du plan de relance qui compenseront la diminution de leurs marges bénéficiaires, le niveau élevé de leur endettement brut et le climat d’incertitude persistant. Le déficit budgétaire et la dette publique devraient rester à des niveaux élevés en proportion du PIB, la dette (au sens de Maastricht) atteignant 116 % du PIB en 2022. Le transport de voyageurs, le tourisme et les activités culturelles ainsi que l'industrie aéronautique subiront sans doute longtemps les séquelles de la crise. La demande concernant ces biens et services a non seulement diminué, mais son redressement futur restera fortement tributaire de l’évolution de la situation sanitaire et des mesures prises en conséquence. De surcroît, les entreprises ont accumulé un endettement considérable, notamment par le biais des prêts garantis par l’État. Par conséquent, certaines d’entre elles pourraient être confrontées à des problèmes de trésorerie et de solvabilité susceptibles de déclencher des faillites à grande échelle et de dégrader les perspectives économiques. Le redémarrage de l’activité en France pourrait également être retardé par une reprise plus lente chez ses principaux partenaires commerciaux de la zone euro. À l’inverse, un rattrapage plus vigoureux de la demande intérieure non satisfaite et une utilisation plus massive de de l’abondante épargne accumulée, un prompt recours aux fonds du plan de relance européen et un redémarrage plus rapide que prévu du tourisme international tireraient la croissance vers le haut.
PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES DE L’OCDE, VOLUME 2021 NUMÉRO 1 : VERSION PRÉLIMINAIRE © OCDE 2021
102
Les politiques publiques aideront à renforcer la reprise Le plan de relance des autorités françaises devrait assurer un soutien budgétaire bien équilibré, et la souplesse d’approche actuelle, qui permet d’adapter les politiques publiques à l’évolution de la pandémie, devrait rester de mise. La priorité est d’accélérer encore la campagne de vaccination, notamment pour les travailleurs les plus exposés et les catégories de population les plus précaires, qui se sont fait moins vacciner jusqu’ici, et de continuer à accroître les capacités de dépistage rapide à l’intention des adultes et des jeunes enfants pour assurer le succès de la stratégie de dépistage de masse, de traçage et d’isolement. Des mesures d’urgence spécifiques devraient également continuer de cibler les entreprises viables pénalisées par la reconduction de restrictions locales ou par une demande temporairement en berne. Un autre défi de taille sera d’assurer une réallocation efficiente de la main-d'œuvre au lendemain de la crise, étant donné que la dette brute des entreprises s’est envolée et que les faillites et le chômage sont appelées à augmenter. Le renforcement de la sélectivité du dispositif d’activité partielle est à saluer, mais il faut aussi faire en sorte que les personnes peu qualifiées et les chômeurs de longue durée aient un large accès à la formation continue, et veiller à l’application efficace de normes de qualité à ces programmes de formation. La révision des procédures collectives de restructuration et l’accélération des procédures judiciaires, en encourageant jusqu’à un certain point la restructuration des dettes en amont, comme avec les procédures de restructuration rapide prévues pour les petites entreprises, et en renforçant la capacité des tribunaux, faciliteraient les ajustements nécessaires. Enfin, le renforcement de l’innovation et des initiatives de formation à la gestion destinées aux petites entreprises, avec un prolongement des aides à l'embauche dont elles peuvent bénéficier, permettraient de renforcer l’activité économique en facilitant l’adoption des nouvelles technologies et en levant les obstacles au développement des entreprises.
PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES DE L’OCDE, VOLUME 2021 NUMÉRO 1 : VERSION PRÉLIMINAIRE © OCDE 2021