112
Italie La forte accélération de l’activité économique observée en 2021 après la crise liée au COVID-19 devrait s’atténuer progressivement en 2022 et en 2023, où le taux de croissance devrait s’établir à 4.6 % et 2.6 %, respectivement. La reprise devrait être soutenue par une politique budgétaire expansionniste, notamment par les investissements financés dans le cadre du plan « Next Generation EU », ainsi que par la normalisation progressive des activités de services. La hausse progressive de l’emploi devrait favoriser une croissance régulière de la consommation. L’augmentation récente de l’inflation globale devrait ralentir, mais l’inflation sous-jacente devrait s’accélérer sous l’effet de la diminution des capacités excédentaires et de la hausse du pouvoir d’achat. On s’attend à ce que la politique budgétaire reste expansionniste au cours de la période considérée. Les transferts versés aux ménages pour amortir les chocs liés aux prix de l’énergie et la réforme prévue des impôts et des filets de protection sociale seront importants pour soutenir la reprise. Il faudrait que les aides aux entreprises soient de plus en plus ciblées sur les plus viables d’entre elles. Un renforcement de la croissance sera nécessaire à moyen terme pour alléger la dette publique. Il demeure essentiel d’engager des réformes structurelles pour faire passer au numérique et simplifier la justice civile et le régime des faillites, renforcer la concurrence, en particulier dans les services, et accroître l’efficacité de l’administration publique, ainsi que de réformer les impôts pour réduire le coin fiscal sur le travail et la complexité du système d’imposition. La reprise économique a gagné les services à la faveur de l’allègement des restrictions liées au COVID-19 Après avoir rebondi au deuxième trimestre, la croissance a conservé son rythme soutenu au troisième trimestre, portée par le redressement des activités de services consécutif à l’allègement des restrictions liées au COVID-19. La croissance de la production industrielle et celle des ventes au détail se sont
Italie 1 Les anticipations d'inflation sont orientées à la hausse
La confiance reste très forte malgré des perturbations
Glissement annuel en % 3.0
Indice 120
Anticipations d'inflation¹
2.5
110
Inflation globale²
2.0
100
1.5
90
1.0
Confiance des entreprises
80
Production industrielle
0.5
70
0.0
60
-0.5 -1.0
2015
2017
2019
2021
0
0
2015
2017
2019
2021
50
1. Taux d’inflation annuel anticipé à deux ans par l’ensemble des entreprises, d’après une enquête menée par la Banque d’Italie. 2. Inflation globale, mesurée par l’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH). Source : Institut national de statistique (ISTAT, Istituto Nazionale di Statistica) ; Banque d’Italie ; et OCDE, Indicateurs économiques mensuels. StatLink 2 https://stat.link/84h2l9
PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES DE L'OCDE, VOLUME 2021, NUMÉRO 2 : VERSION PRÉLIMINAIRE © OCDE 2021
113
Italie : Demande, production et prix 2018
2019
Prix courants milliards de EUR
Italie
2020
2021
2022
2023
Pourcentage de variation, en volume (prix de 2015)
PIB aux prix du marché Consommation privée Consommation publique Formation brute de capital fixe
1 771.2 1 066.3 334.5 316.2
0.4 0.2 -0.5 0.7
-9.0 -10.8 1.9 -9.4
6.3 5.5 1.1 16.5
4.6 4.7 1.0 7.6
2.6 1.9 1.2 5.2
Demande intérieure finale Variation des stocks¹ Demande intérieure totale Exportations de biens et services Importations de biens et services Exportations nettes¹ Pour mémoire Déflateur du PIB Indice des prix à la consommation harmonisé IPCH sous-jacent² Taux de chômage (% de la population active) Taux d'épargne nette des ménages (% du revenu disponible) Solde financier des administrations publiques (% du PIB) Dette brute des administrations publiques (% du PIB) Dette brute des administrations publiques, définition Maastricht³ (% du PIB) Balance des opérations courantes (% du PIB)
1 716.9 11.7 1 728.6 555.0 512.4 42.6
0.2 -0.5 -0.3 1.8 -0.5 0.7
-8.1 -0.4 -8.4 -14.7 -13.4 -0.9
6.5 -0.2 6.4 12.7 13.9 0.1
4.5 -0.1 4.4 6.9 6.4 0.4
2.4 0.0 2.4 4.1 3.8 0.2
_ _ _ _
0.9 0.6 0.5 10.0
1.2 -0.1 0.5 9.3
1.5 1.8 0.7 9.6
1.9 2.2 1.2 8.9
1.6 1.6 1.6 8.4
_
2.5
10.3
4.7
1.0
-0.1
_ _ _ _
-1.5 -9.6 -9.4 -5.9 -4.3 155.7 183.9 182.7 178.6 176.8 134.3 155.7 154.6 150.4 148.6 3.2
3.5
3.1
3.0
3.1
1. Contributions aux variations du PIB en volume, montant effectif pour la première colonne. 2. Indice des prix à la consommation harmonisé, hors énergie, alimentation, alcool et tabac. 3. Selon la définition de Maastricht, la dette des administrations publiques comprend uniquement les crédits, les titres de créance et les numéraires et dépôts, la dette étant exprimée en valeur nominale et non à sa valeur de marché. Source: Base de données des Perspectives économiques de l'OCDE, n° 110.
StatLink 2 https://stat.link/3boukv
Italie 2 Le crédit a commencé à se normaliser après l'introduction de garanties Glissement annuel en % 15
La croissance de l'emploi est essentielle pour la confiance des ménages % du PIB 125
Glissement annuel en % 4
Indice 130
← Prêts aux entreprises non financières Dette privée →
10
120
2
120
5
115
0
110
0
110
-2
100 ← Total des emplois
-5
-10
2015
2017
2019
2021
105
-4
100
-6
Confiance des consommateurs →
2015
2017
2019
90
2021
80
Source : Banque d’Italie ; et Institut national de statistique (ISTAT, Istituto Nazionale di Statistica). StatLink 2 https://stat.link/9eymbu
PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES DE L'OCDE, VOLUME 2021, NUMÉRO 2 : VERSION PRÉLIMINAIRE © OCDE 2021
114 poursuivies au troisième trimestre, quoique à des rythmes plus modérés. La confiance se maintient à un niveau élevé, supérieur ou égal à celui de 2019. Des enquêtes laissent entrevoir la persistance de perturbations du commerce mondial, mais les chaînes d’approvisionnement locales semblent en avoir atténué en partie les effets. Le tourisme a rebondi au troisième trimestre, mais reste nettement plus faible qu’en 2019. Le redressement en demi-teinte de l’emploi est à la traîne de l’amélioration de l’activité. Les gains d’emplois correspondent principalement à des contrats temporaires. Les données relatives aux négociations des contrats laissent à penser que la progression des salaires demeure contenue, l’accélération récente de leur croissance s’expliquant en grande partie par la reprise du travail de personnes qui avaient été placées en chômage partiel. La hausse de l’inflation est principalement déterminée par l’évolution des prix de l’énergie, même si les prix des activités fortement pénalisées par les restrictions liées au COVID-19, telles que la restauration et les loisirs, se sont redressés, parallèlement au rebond de l’activité. Les anticipations des entreprises relatives à l’évolution des prix ont augmenté à court comme à long terme, mais demeurent inférieures à 2 %. Les politiques sanitaires liées au COVID-19 continuent de favoriser l’application de restrictions limitées, toutes les régions sauf une étant placées sous le régime le moins restrictif. Bien que les taux d’infection aient sensiblement augmenté parallèlement à la diffusion du variant Delta, les taux d’hospitalisation demeurent bas dans la plupart des régions. Les taux de vaccination continuent d’augmenter, plus de 90 % des personnes âgées de 50 ans ou plus étant maintenant complètement vaccinées, et plus d’un quart des individus de plus de 70 ans ayant reçu leur dose de rappel. Désormais, tous les travailleurs sont tenus de présenter un document attestant qu’ils sont vaccinés ou immunisés à la suite d’une contamination, ou un test négatif au COVID-19.
La politique budgétaire continue de soutenir l’économie L’orientation de la politique budgétaire reste expansionniste, comme le confirme le budget provisoire, l’objectif du gouvernement étant de ramener progressivement le déficit primaire à 1.2 % du PIB en 2023. Cette réduction est légèrement plus rapide que celle prévue par l’OCDE (1.8 % du PIB), la différence s’expliquant principalement par le niveau de recettes plus élevé retenu comme hypothèse par le gouvernement. La réduction en 2022 des aides au revenu liées au COVID-19 accordées aux ménages sera compensée par les modifications apportées aux filets de protection sociale, notamment à l’allocation universelle pour enfant, et par l’augmentation des dépenses de santé. Les reports de paiement d’impôt ont été prorogés. Les aides ciblées destinées aux entreprises seront prolongées au-delà de 2021 par le biais du fonds de garantie pour les petites et moyennes entreprises. Les réformes des impôts viseront principalement à réduire le coin fiscal sur le travail pour soutenir l’emploi et à améliorer l’équité du système d’imposition. Le gouvernement a mis en réserve 8 milliards EUR pour financer la réforme des impôts. Face à la flambée actuelle des prix de l’énergie, le gouvernement a réduit les tarifs de réseau destinés à subventionner les énergies renouvelables, abaissé à 5 % le taux de TVA appliqué au gaz, et augmenté les subventions énergétiques existantes pour les ménages les plus pauvres. Plus de 5.5 milliards EUR ont été affectés à ces mesures en 2021 et 2022. Le plan national pour la reprise et la résilience prévoit plus de 100 milliards EUR de dépenses axées sur la transition écologique, consacrées notamment aux infrastructures favorisant les modes de transport plus écologiques tels que le rail et les véhicules électriques, à l’augmentation de la production d’énergies renouvelables, ainsi qu’à des mesures incitatives axées sur les ménages visant à améliorer l’efficacité énergétique. Dans son budget provisoire, le gouvernement a réaffirmé sa détermination à mettre en œuvre le « New Deal écologique » (Green New Deal) et son intention de supprimer progressivement les subventions dommageables pour l’environnement et de rationaliser les prix de l’énergie.
PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES DE L'OCDE, VOLUME 2021, NUMÉRO 2 : VERSION PRÉLIMINAIRE © OCDE 2021
115
Le retournement de la conjoncture devrait perdurer La croissance du PIB devrait rester vigoureuse au cours de la période considérée, même si elle devrait quelque peu ralentir à mesure que l’activité retournera à la normale et que les mesures de relance budgétaire seront progressivement démantelées. L’investissement privé devrait rester dynamique, la confiance étant soutenue par la demande, la mise en œuvre des réformes et les incitations à l’investissement. Le plan national pour la reprise et la résilience favorisera un accroissement de l’investissement public. Les contraintes pesant sur le tourisme et les chaînes d’approvisionnement mondiales devraient s’alléger progressivement, ce qui profitera à la croissance des exportations. La consommation des ménages devrait augmenter sous l’effet du redressement graduel de l’emploi, de l’orientation expansionniste de la politique budgétaire, du renforcement de la confiance et de l’allègement des restrictions liées au COVID-19 qui s’appliquent aux activités de services. Les faillites d’entreprises devraient augmenter. Un provisionnement adéquat des pertes sur prêts contribuerait à en atténuer l’impact sur les grandes banques et leurs activités de prêt. Même si les effets de l’évolution des prix de l’énergie se dissiperont peu à peu, l’inflation sous-jacente devrait augmenter au cours de la période considérée. Compte tenu de la réduction régulière de l’écart de production et du redressement de l’emploi, la hausse des prix à la production devrait se répercuter dans une certaine mesure sur les consommateurs. La croissance a été plus forte que prévu en 2021, ce qui a contribué à faire diminuer le ratio dette/PIB. Les risques qui entourent les perspectives sont équilibrés, compte tenu de l’incertitude accrue qui entoure la trajectoire de la reprise. Le redressement des dépenses des ménages pourrait être ralenti par l’érosion du pouvoir d’achat due à l’inflation, en particulier la hausse des prix de l’énergie, par un fléchissement de l’emploi ou un déclin de la confiance. À l’inverse, un redressement plus vigoureux que prévu des emplois permanents et une hausse des salaires constituent des risques à la hausse. Le rythme de mise en œuvre du plan national pour la reprise et la résilience représente une source de risques à la hausse et à la baisse pour la confiance et la croissance. L’efficacité des mécanismes de déblocage récemment inscrits dans la législation sera à cet égard déterminante. Une forte hausse des prêts non performants pourrait freiner la croissance du crédit, ralentir encore des procédures judiciaires déjà longues, et accroître les pertes connexes. Le niveau élevé de la dette publique demeure une source de vulnérabilité, de même que les risques liés au COVID-19.
Les pouvoirs publics doivent veiller à soutenir la croissance Les aides budgétaires devraient être réduites progressivement à mesure que la reprise s’installera, comme prévu. Les aides versées actuellement aux ménages pour amortir les chocs liés aux prix de l’énergie et la réforme prévue des impôts et des filets de protection sociale sont importantes pour soutenir la reprise. Il faudrait que les aides aux entreprises soient de plus en plus ciblées sur les plus viables d’entre elles, de manière à atténuer les risques potentiels pesant sur le secteur bancaire et la productivité à long terme. Le passage au numérique et la simplification de la justice civile et des procédures de faillite limiteront les risques à la baisse qui entourent la reprise, tout comme le renforcement de la concurrence et l’utilisation de mécanismes de certification dans le cadre de la réglementation, en particulier pour le secteur des services. À moyen terme, les réformes devraient viser à renforcer l’efficacité de l’administration publique et à rendre les dépenses publiques plus propices à la croissance. Conjuguée à une refonte des allocations familiales et d’autres prestations, la réforme des impôts pourrait contribuer à réduire la complexité du système d’imposition ainsi que le coin fiscal sur le travail, ce qui rehausserait l’emploi. Les recettes résultant de la décision salutaire de réduire les subventions dommageables pour l’environnement devraient être explicitement utilisées pour soutenir les personnes les plus affectées par la transition écologique. Définir un plan à long terme pour harmoniser et relever progressivement les prix du carbone dans les différents secteurs, en prévoyant les mesures d’accompagnement et le temps nécessaires pour réduire les coûts de transition connexes, contribuerait à donner davantage de certitude aux acteurs
PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES DE L'OCDE, VOLUME 2021, NUMÉRO 2 : VERSION PRÉLIMINAIRE © OCDE 2021
116 économiques et à soutenir l’investissement. Cela permettrait de mettre rapidement à profit les niveaux d’efficacité énergétique déjà élevés du pays pour soutenir la compétitivité et d’éviter des coûts de transition plus importants dans l’avenir. Un secteur public plus avancé dans sa transformation numérique et doté d’effectifs suffisants faciliterait la mise en œuvre de ces réformes.
PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES DE L'OCDE, VOLUME 2021, NUMÉRO 2 : VERSION PRÉLIMINAIRE © OCDE 2021