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Perspectives économiques de l’OCDE, juin 2022 – France

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France Après un fort rebond en 2021, le PIB réel devrait croître de 2.4 % en 2022 et de 1.4 % en 2023. La vague de COVID-19 au début de 2022, la guerre en Ukraine, les perturbations des chaînes d’approvisionnement et la hausse des prix de l’énergie ont assombri les perspectives économiques. L’inflation globale devrait atteindre 5.2 % en 2022 et 4.5 % en 2023, pesant sur le pouvoir d’achat des ménages et la croissance de la consommation. La fragilisation de la confiance des entreprises et des ménages, la détérioration des conditions économiques mondiales et la forte incertitude freineront les investissements et les exportations. La croissance des salaires va s’accélérer en raison d’importantes pénuries de main-d’œuvre et de l’indexation du salaire minimum. La progression de l’emploi ralentissant, le taux de chômage va remonter progressivement pour s’établir à 8 %. La politique budgétaire va progressivement devenir moins expansionniste. Le gel temporaire des tarifs réglementés de l’énergie, des subventions et transferts monétaires ont amorti le choc initial des prix de l’énergie, mais le bouclier tarifaire instauré sans condition de ressources doit prendre fin, comme prévu, fin 2022 et les mesures de soutien budgétaire doivent devenir plus ciblées. Une mise en œuvre rapide et efficace des plans ambitieux de relance et d’investissement favoriserait une croissance plus durable et des investissements verts. Elle devrait aider à relever le taux d’emploi qui reste à un niveau faible. Il est essentiel de mettre en place une stratégie crédible d’assainissement budgétaire à moyen terme, qui fixe des priorités claires, pour garantir la viabilité des finances publiques et l’efficience de la dépense publique dans un contexte de hausse du service de la dette. La reprise s’est essoufflée Début 2022, le nombre élevé de nouveaux cas de COVID-19, le renchérissement de l’énergie et la guerre en Ukraine ont stoppé le rebond rapide du PIB. En dépit de taux d’emploi historiquement élevés, de l’ampleur de l’épargne accumulée et de la levée des restrictions sanitaires liées au COVID-19, l’envolée des prix de l’énergie, le recul des salaires réels et l’effritement de la confiance des consommateurs ont pesé sur la consommation et l’investissement des ménages. Les prix à la consommation ont augmenté de 5.8 % entre mai 2021 et mai 2022, avec une hausse des prix de l’énergie atteignant 29 % et des tensions sur les prix se propageant aux secteurs de l’alimentation, des produits manufacturés et des services. Pour autant, l’inflation ne s’est encore que peu répercutée sur les salaires.

France 1 L’inflation a bridé l’augmentation du revenu disponible réel

La croissance ralentit Indice T4 2019 = 100 110

Glissement annuel en % 6 5

Revenu brut disponible

105

Indice global des prix

4

100

3

95

2

90

1 0 Total de l'investissement

-1

PIB Consommation privée

-2 -3

2019

2020

2021

2022

2023

0

0

2020

2021

2022

2023

85 80 75

Source : Base de données des Perspectives économiques de l’OCDE, n° 111. StatLink 2 https://stat.link/ot365h PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES DE L'OCDE, VOLUME 2022, NUMÉRO 1 : VERSION PRÉLIMINAIRE © OCDE 2022


114 

France : Demande, production et prix 2018

2019

Prix courants milliards de EUR

France PIB aux prix du marché Consommation privée Consommation publique Formation brute de capital fixe Demande intérieure finale Variation des stocks¹ Demande intérieure totale Exportations de biens et services Importations de biens et services Exportations nettes¹ Pour mémoire Déflateur du PIB Indice des prix à la consommation harmonisé IPCH sous-jacent² Taux de chômage³ (% de la population active) Taux d'épargne brute des ménages (% du revenu disponible)

2021

2022

2023

Pourcentage de variation, en volume (prix de 2014)

2 364.5 1 273.9 550.1 541.4

1.9 1.8 1.0 4.1

-7.9 -6.8 -4.0 -8.4

6.8 5.3 6.4 11.4

2.4 2.4 2.2 1.1

1.4 1.3 0.3 1.8

2 365.5 23.2 2 388.6 750.7 774.8 - 24.1

2.2 0.0 2.1 1.6 2.4 -0.3

-6.6 -0.2 -6.7 -17.0 -13.0 -1.1

6.9 -0.3 6.6 8.6 7.8 0.1

2.0 -0.1 1.9 7.7 5.9 0.4

1.2 0.0 1.1 5.7 4.4 0.3

_ _

1.3 1.3

2.8 0.5

1.3 2.1

2.2 5.2

3.2 4.5

_ _

0.6 8.5

0.6 8.1

1.3 7.9

3.4 7.5

3.5 7.8

_ _ _

Solde financier des administrations publiques (% du PIB) Dette brute des administrations publiques (% du PIB) Dette brute des administrations publiques, définition Maastricht⁴ (% du PIB) Balance des opérations courantes (% du PIB)

2020

_ _

14.7 20.6 18.2 15.9 15.2 -3.1 -8.9 -6.4 -5.4 -4.7 123.4 145.8 137.9 139.5 140.3 97.3 114.7 112.6 114.1 114.9 -0.3

-1.9

-0.6

-2.1

-2.8

1. Contributions aux variations du PIB en volume, montant effectif pour la première colonne. 2. Indice des prix à la consommation harmonisé, hors alimentation, énergie, alcool et tabac. 3. Taux de chômage national, incluant les départements d'outre-mer. 4. Selon la définition de Maastricht, la dette des administrations publiques comprend uniquement les crédits, les titres de créance et les numéraires et dépôts, la dette étant exprimée en valeur nominale et non à sa valeur de marché. Source: Base de données des Perspectives économiques de l'OCDE, n° 111.

StatLink 2 https://stat.link/936dta

France 2 L'inflation s'est généralisée Glissement annuel en % 6 ← Indice global des prix 5

Le marché du travail s'est tendu

Glissement annuel en % 30

← Indice des prix sous-jacent

4

20

3

15

2

10

1

5

0

0

-1

-5

-2

-10

-3

-15

2020

2021

% de l'emploi 2.5

25

Indice des prix de l'énergie →

2019

% de la population active 10

2022

2023

9

2.0

8

1.5

7

1.0 ← Taux de chômage Taux d'emplois vacants¹ →

6

2017

2018

2019

2020

2021

2022

0.5

1. Données manquantes pour le T1 2020. Source : Base de données des Perspectives économiques de l’OCDE, n° 111 ; Insee ; et ministère du Travail (Dares). StatLink 2 https://stat.link/j78n3g

PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES DE L'OCDE, VOLUME 2022, NUMÉRO 1 : VERSION PRÉLIMINAIRE © OCDE 2022


 115 La guerre en Ukraine a exacerbé la hausse des prix des matières premières et des produits alimentaires et provoqué de nouvelles perturbations des chaînes d’approvisionnement de l’industrie manufacturière. Malgré la faible exposition directe de la France aux pénuries d’approvisionnements énergétiques en provenance de Russie, les prix de gros de l’énergie n’ont cessé d’augmenter depuis le début de la guerre. Les enquêtes auprès des entreprises mettent en évidence de fortes contraintes inédites affectant l’offre dans le secteur industriel et celui de la construction, de nouvelles hausses des prix à la production et un climat de vive incertitude. Fin-avril, 70 000 réfugiés en provenance d’Ukraine ont reçu une allocation de subsistance en France et les autorités s’attendent à l’arrivée de 30 000 autres réfugiés.

Les plans de relance et de résilience soutiennent la croissance La politique budgétaire est supposée rester expansionniste en 2022 et se tourner vers l’assainissement des finances publiques en 2023. Le déficit budgétaire avait été ramené à 6.4 % du PIB en 2021 à la faveur de la forte croissance des recettes et de la suppression progressive des dépenses liées au COVID-19. Face à l’envolée actuelle des prix des matières premières et de l’énergie, les tarifs réglementés du gaz et de l’électricité ont été plafonnés temporairement, le montant du chèque énergie destiné aux ménages les plus modestes a été augmenté et une aide exceptionnelle supplémentaire, attribuée sous conditions de ressources, a été versée à 38 millions de personnes. Le gouvernement a, en outre, temporairement baissé les taxes sur les carburants routiers, augmenté les subventions ciblées accordées aux entreprises sous conditions et prolongé les prêts garantis par l’État grâce à son plan de résilience. Les mesures d’aide directes se sont élevées à 27 milliards EUR (1.1 % du PIB) et devraient être supprimées début 2023. En outre, la baisse, déjà programmée, de 10.5 milliards EUR de la fiscalité des entreprises et les aides à l’embauche soutiennent les entreprises et l’emploi. Les allégements de la taxe d’habitation et de l’impôt sur le revenu des sociétés, ainsi que l’augmentation des budgets de la santé et de l’éducation, soutiennent également les revenus des ménages et les marges bénéficiaires des entreprises. Les conditions monétaires et financières restent favorables et encouragent la demande intérieure, même si la politique monétaire est supposée prendre un tour moins expansionniste entre 2022 et 2023. La mise en œuvre du plan « Next Generation EU » favorise la croissance en France (le pays recevra 40 milliards EUR de subventions européennes) et chez ses principaux partenaires commerciaux. Le plan de 2022 pour la résilience a accéléré les financements destinés à la rénovation et l’isolation des logements. Les prêts garantis par l’État et les subventions accordées aux entreprises durement touchées limiteront l’impact de la guerre en Ukraine et de la crise énergétique sur la trésorerie des entreprises. Les subventions en faveur des ménages pour l’acquisition de véhicules et l’investissement dans l’efficacité énergétique ont ciblé des solutions écologiques et auront pour effet d’accroître la consommation de biens durables et l’investissement résidentiel. L’augmentation de l’investissement public dans les infrastructures et la transformation numérique, de même que les financements supplémentaires affectés à la formation, devraient favoriser la productivité et une croissance plus durable.

La demande intérieure décélèrera La croissance du PIB devrait diminuer à 2.4 % en 2022 et à 1.4 % en 2023. L’inflation pèsera sur le pouvoir d’achat des ménages et le rattrapage de la demande non satisfaite va ralentir en dépit de la levée des restrictions sanitaires dues au COVID-19, d’un marché du travail tendu et du gel temporaire des prix réglementés de l’énergie. La répercussion des prix élevés de l’énergie, avec de nouvelles tensions à venir du fait de l’impact de l’embargo de l’UE sur le pétrole russe en 2023, de fortes pénuries de main-d’œuvre et l’indexation du salaire minimum occasionneront une hausse de l’inflation sous-jacente et des salaires. Sous l’effet du ralentissement de la demande des partenaires commerciaux et de la persistance des goulets d’étranglement au niveau de l’offre, les exportations, actuellement faibles, ne progresseront que lentement. Cela étant, l’investissement des entreprises devrait résister, car les conditions de financement

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116  accommodantes et l’aide fournie par les plans pour la reprise et la résilience compenseront en partie la diminution des marges bénéficiaires, le climat de forte incertitude et le recul de la demande mondiale. Le déficit budgétaire et la dette publique devraient rester élevés en pourcentage du PIB, la dette (au sens de Maastricht) restant proche de 115 % du PIB en 2023. L’aggravation des tensions géopolitiques, les problèmes d’approvisionnement et les pénuries de main-d’œuvre pourraient se traduire par une hausse de l’inflation plus forte que prévu et un amoindrissement de la demande intérieure et de la croissance en France et chez ses principaux partenaires commerciaux. L’activité dans certains secteurs, comme le matériel de transport, les voyages et les services touristiques, devrait être particulièrement affectée. En revanche, des aides budgétaires supplémentaires pourraient renforcer la demande intérieure, sachant que les autorités envisagent une revalorisation des retraites et des salaires de la fonction publique, un nouveau dispositif de subventions alimentaires et la poursuite des mesures d’aide énergétique en 2022-23. Un rattrapage plus rapide de la demande intérieure non satisfaite et une utilisation plus importante de l’épargne accumulée, un prompt recours aux fonds de la Facilité pour la reprise et la résilience de l’UE et un redémarrage plus rapide que prévu du tourisme international pourraient aussi tirer la croissance vers le haut.

Soutenir une croissance plus durable et de plus long terme Les mesures inconditionnelles de soutien aux prix de l’énergie, notamment les baisses d’impôt, doivent être supprimées d’ici fin 2022, comme prévu, en raison de leur coût budgétaire élevé et des distorsions économiques qu’elles engendrent. Afin d’amortir l’impact de tensions géopolitiques et de tensions sur les prix durablement fortes, il conviendrait d’envisager plutôt une aide supplémentaire aux ménages et aux entreprises les plus vulnérables, à condition que cette aide soit bien ciblée et temporaire. À mesure que les tensions géopolitiques et sur les prix se dissiperont et que la croissance sera plus solidement engagée, il conviendra de déployer activement une stratégie budgétaire à moyen terme, visant à réduire progressivement les dépenses publiques et à en accroître l’efficience, afin d’augmenter la croissance et d’améliorer la viabilité à moyen terme des finances publiques. Cette stratégie s’appuierait sur un cadre budgétaire renforcé, améliorant l’efficience et la transparence dans l’affectation des ressources publiques au moyen d’examens des dépenses. Les mesures prises par les pouvoirs publics pour aller encore plus loin sur la voie des solutions écologiques et des économies d’énergie et assurer une transition équitable devraient également se poursuivre. L’accélération de la rénovation des logements et des économies d’énergie contribuerait à la transition énergétique à plus long terme et devrait s’appuyer sur des évaluations périodiques des dispositifs d’aides correspondants. Pour soutenir la croissance et permettre des carrières plus longues, comme le prévoit la réforme des retraites envisagée, il faudra également assurer un large accès des personnes peu qualifiées et des chômeurs de longue durée à la formation continue et veiller à une application efficace de normes de qualité à ces programmes de formation. Pour parvenir à plus d’équité, il sera en particulier essentiel de continuer à améliorer l’éducation dispensée dès la toute petite enfance.

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