Perspectives Economique de l'OCDE - Note Pays: Croatie, Novembre 2022

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Croatie

Les chocs affectant l’énergie et les prix devraient nettement ralentir la croissance de la Croatie, qui devrait passer de 6.4 % en 2022 Ă  0.8 % en 2023. L’augmentation des exportations, de l’emploi et des salaires devrait soutenir les revenus sur fond de stabilisation des prix et des approvisionnements en matiĂšre d’énergie, ce qui devrait porter la croissance de la production Ă  1.5 % en 2024. L’accĂ©lĂ©ration de la mise en Ɠuvre des projets financĂ©s par l’Union europĂ©enne (UE) et l’intĂ©gration de la Croatie dans la zone euro et l’espace Schengen favoriseront l’investissement. La situation tendue du marchĂ© du travail, en particulier sur le segment des compĂ©tences spĂ©cialisĂ©es, et la raretĂ© des capacitĂ©s inutilisĂ©es risquent d’accentuer les tensions sur les salaires et les coĂ»ts.

Les mesures budgĂ©taires de grande ampleur adoptĂ©es par les autoritĂ©s compensent l’effet nĂ©gatif induit par la raretĂ© et le renchĂ©rissement de l’énergie sur le bien-ĂȘtre des mĂ©nages, la production et les exportations, principalement en limitant la hausse des prix, mais elles pourraient Ă©galement attiser les tensions sur la demande. Veiller Ă  ce que les dispositifs de soutien soient davantage ciblĂ©s sur les consommateurs vulnĂ©rables et Ă  ce qu’ils prĂ©servent les incitations aux Ă©conomies d’énergie permettrait d’amĂ©liorer la viabilitĂ© des finances publiques et de renforcer l’efficacitĂ© Ă©nergĂ©tique de la Croatie, Ă  la traĂźne dans ce domaine. Une poursuite de l’assainissement budgĂ©taire rĂ©duirait Ă©galement les tensions sur la demande et permettrait de libĂ©rer des ressources pour s’attaquer Ă  d’autres obstacles Ă  une croissance soutenue, comme les pĂ©nuries de compĂ©tences.

Croatie

Source : Base de donnĂ©es des Perspectives Ă©conomiques de l’OCDE, n° 112.

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StatLink2 https://stat.link/1d56gx

PIB aux prix du marché

Pourcentage de variation, en volume (prix de 2015)

412.2 -7.8 9.8 6.4 0.8 1.5

Consommation privée 234.7 -5.3 9.9 3.5 0.6 1.4

Consommation publique 85.0 4.2 3.2 2.3 3.7 0.6

Formation brute de capital fixe 88.7 -5.9 7.5 5.6 1.1 2.8

Demande intérieure finale 408.4 -3.4 8.1 4.0 1.4 1.5

Variation des stocksÂč 7.3 0.7 -4.7 0.8 -0.4 0.0

Demande intérieure totale 415.7 -0.7 7.1 3.7 1.0 1.4

Exportations de biens et services 207.0 -19.1 27.8 27.3 3.0 2.3

Importations de biens et services 210.5 -12.1 14.4 24.2 2.7 2.1

Exportations nettesÂč - 3.5 -3.4 5.0 1.3 0.0 0.0

Memorandum items

Déflateur du PIB _ 0.0 3.1 12.0 10.3 4.0

Indice des prix Ă  la consommation harmonisĂ© _ 0.0 2.7 10.6 6.3 3.1 IPCH sous-jacentÂČ _ 0.4 1.3 7.7 6.4 2.8

Taux de chĂŽmage (% de la population active) _ 7.5 7.6 7.5 7.8 7.4 _ 9.2 7.6 5.4 5.7 5.6

Taux d'épargne nette des ménages (% du revenu disponible)

Solde financier des administrations publiques (% du PIB) _ -7.3 -2.6 -2.1 -2.3 -1.6

Dette brute des administrations publiques (% du PIB) _ 106.9 100.2 95.3 93.7 93.4 87.0 79.9 75.0 73.4 73.1

Dette brute des administrations publiques, définition Maastricht³ (% du PIB)

Balance des opérations courantes (% du PIB)

_ -0.1 0.4 -1.4 -1.5 -0.9

1 Contributions aux variations du PIB en volume, montant effectif pour la premiĂšre colonne

2 Indice des prix à la consommation harmonisé, hors produits alimentaires, énergie, alcool et tabac

3. Selon la définition de Maastricht, la dette des administrations publiques comprend uniquement les crédits, les titres de créance et les numéraires et dépÎts, la dette étant exprimée en valeur nominale et non à sa valeur de marché

Source: Base de données des Perspectives économiques de l'OCDE, n° 112

StatLink2 https://stat.link/jr5t38

L’envolĂ©e des prix de l’énergie et l’incertitude limitent la vigueur de la reprise

Le PIB a fortement augmentĂ© au premier semestre de 2022, tirĂ© par le rebond du tourisme et des autres exportations ainsi que par la vitalitĂ© de la consommation des mĂ©nages. Les recettes touristiques engrangĂ©es entre aoĂ»t 2021 et aoĂ»t 2022 ont dĂ©passĂ© leur niveau record de 2019. Les indicateurs Ă  haute frĂ©quence laissent Ă  penser que cette dynamique s’est essoufflĂ©e au troisiĂšme trimestre de 2022, tandis que l’accentuation de l’incertitude Ă  l’échelle internationale amplifiait l’effet de freinage exercĂ© par l’envolĂ©e des prix, notamment de l’énergie, et les perturbations des approvisionnements. En aoĂ»t 2022, la production industrielle s’inscrivait en baisse par rapport aux sommets historiques qu’elle avait atteints plus tĂŽt dans l’annĂ©e. Les ventes au dĂ©tail ont Ă©galement reculĂ©, le ralentissement de la croissance de l’emploi et la vigueur de l’inflation mesurĂ©e par les prix Ă  la consommation, qui s’élevait Ă  12.6 % en septembre 2022, ayant comprimĂ© les revenus rĂ©els des mĂ©nages. L’inflation, initialement tirĂ©e par les prix des produits alimentaires et de l’énergie, s’est Ă©largie Ă  d’autres biens et services, si bien que l’inflation sous-jacente a dĂ©passĂ© l’inflation globale.

La Croatie s’approvisionnait peu en Ă©nergie auprĂšs de la Russie avant 2022, car elle dispose de capacitĂ©s de production d’énergie renouvelable considĂ©rables et d’infrastructures d’importation d’énergie qu’elle continue de dĂ©velopper. Le pays reste cependant exposĂ© Ă  l’envolĂ©e des prix de gros de l’énergie en Europe. Pour en compenser les rĂ©percussions, les autoritĂ©s ont mis en place des dispositifs de soutien

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Croatie : Demande, production, prix 2019 2020 2021 2022 2023 2024 Croatie Prix courants milliards de HRK

reprĂ©sentant au moins 3.7 % du PIB annuel, sous la forme d’allĂ©gements d’impĂŽts et de baisses des droits d’accise (2.6 % du PIB), d’aides au revenu destinĂ©es Ă  des groupes vulnĂ©rables (0.8 % du PIB) et d’aides Ă  la rĂ©novation Ă©nergĂ©tique (0.3 % du PIB). À cela s’ajoutent des dispositifs de prĂȘts et de subventions aux entreprises, dont le montant est estimĂ© Ă  1.7 % du PIB. Le gouvernement a revu Ă  la hausse les prestations sociales dont bĂ©nĂ©ficient les retraitĂ©s et d’autres groupes vulnĂ©rables, et procĂšde Ă  une revalorisation des salaires des fonctionnaires. La plupart de ces mesures doivent prendre fin en mars 2023, mais on s’attend Ă  ce qu’elles soient prolongĂ©es pour une pĂ©riode de 12 mois, compte tenu de la persistance de la crise Ă©nergĂ©tique.

Les politiques budgétaire et monétaire conserveront une orientation expansionniste

En 2022, la croissance vigoureuse de l’activitĂ© et des prix a gonflĂ© les recettes publiques, permettant au gouvernement d’accroĂźtre les transferts et d’autres dĂ©penses. Celui-ci table sur un dĂ©ficit budgĂ©taire proche de 2.4 % du PIB en 2023, car il s’attend Ă  un ralentissement de la progression des recettes et prĂ©voit de continuer Ă  augmenter les dĂ©penses consacrĂ©es aux aides Ă©nergĂ©tiques et Ă  l’investissement public. Cela Ă©tant, les effets diffĂ©rĂ©s de la croissance plus forte enregistrĂ©e en 2022 sur les recettes et l’augmentation des coĂ»ts de construction, qui s’ajoutent aux difficultĂ©s de mise en Ɠuvre des projets d’investissement programmĂ©s, pourraient se traduire par un dĂ©ficit plus faible que prĂ©vu. En faisant disparaĂźtre le risque de change associĂ© aux prĂȘts libellĂ©s en euros, l’intĂ©gration de la Croatie dans la zone euro le 1er janvier 2023 facilitera l’accĂšs du pays aux financements et rĂ©duira leur coĂ»t. Les agences de notation sont en train de rĂ©viser Ă  la hausse leurs Ă©valuations de la dette souveraine croate, et les Ă©carts de rendements sur la dette publique pourraient encore diminuer. Cette Ă©volution pourrait en partie compenser les effets de la hausse des taux d’intĂ©rĂȘt dans la zone euro pour les emprunteurs privĂ©s.

L’augmentation de l’investissement ravivera la croissance

À partir de 2023, les approvisionnements et les prix de l'Ă©nergie devraient se stabiliser, tandis que l'augmentation des dĂ©penses publiques et les hausses substantielles des salaires contribuent Ă  reconstituer les revenus rĂ©els des mĂ©nages. La dĂ©gradation des conditions extĂ©rieures, les pertes de revenus rĂ©els, les pĂ©nuries et l’incertitude devraient freiner la consommation, l’investissement et les exportations Ă  court terme. L’inflation devrait refluer sur fond d’attĂ©nuation des tensions sur les capacitĂ©s et des difficultĂ©s de recrutement. À partir de 2023, les approvisionnements et les prix en matiĂšre d’énergie devraient se stabiliser, tandis que l’augmentation des dĂ©penses publiques et les hausses substantielles des salairescontribueront Ă rapprocher lesrevenusrĂ©els des mĂ©nages de leur niveau antĂ©rieur. L’investissement devrait ĂȘtre le moteur du redressement de l’activitĂ©, sachant qu’il bĂ©nĂ©ficiera des dĂ©caissements de fonds europĂ©ens ainsi que de l’intĂ©gration de la Croatie dans la zone euro et l’espace Schengen, qui permettra au pays d’attirer davantage de financements et d’investissements directs Ă©trangers. L’arrivĂ©e Ă  expiration des dispositifs d’aide Ă©nergĂ©tique, prĂ©vue pour 2024, fera temporairement augmenter l’inflation globale. Des approvisionnements en Ă©nergie insuffisants, surtout au cours des hivers Ă  venir, risqueraient de se traduire par des contractions de l’activitĂ© plus marquĂ©es et des dĂ©penses plus importantes que prĂ©vu. Le renforcement de la compĂ©titivitĂ©, la crĂ©dibilitĂ© budgĂ©taire et la pleine mise en Ɠuvre du plan croate pour la reprise et la rĂ©silience conditionnent de maniĂšre essentielle l’accroissement de l’investissement. Or, ces conditions seraient mises en pĂ©ril si les salaires ou les prix augmentaient plus rapidement en Croatie que dans les pays comparables, si l’assainissement budgĂ©taire ne permettait pas d’atteindre les objectifs visĂ©s Ă  moyen terme, ou si les amĂ©liorations prĂ©vues de l’environnement des entreprises ne se concrĂ©tisaient pas.

PERSPECTIVES

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RemĂ©dier aux pĂ©nuries de compĂ©tences et amĂ©liorer la rĂ©silience de l’économie permettront d’entretenir la croissance

Sachant que la Croatie va intĂ©grer la zone euro, de nouvelles baisses du dĂ©ficit budgĂ©taire renforceraient la viabilitĂ© de la croissance et rĂ©duiraient les risques liĂ©s aux contraintes de capacitĂ© et au recul de la compĂ©titivitĂ©. Remplacer progressivement les mesures budgĂ©taires de plafonnement des prix de l’énergie par des aides ciblĂ©es aux mĂ©nages et aux entreprises visant Ă  rĂ©duire leurs besoins en Ă©nergie (axĂ©es, par exemple, sur la rĂ©novation des bĂątiments ou l’amĂ©lioration de l’efficience des transports et d’autres Ă©quipements) permettrait de rĂ©duire l’exposition aux fluctuations des prix de l’énergie, d’allĂ©ger le coĂ»t budgĂ©taire des mesures de soutien et d’amĂ©liorer la qualitĂ© de l’environnement. Rehausser la participation Ă  des programmes actifs du marchĂ© du travail de qualitĂ© et rĂ©former les dispositifs en matiĂšre de pension et de dĂ©part Ă  la retraite, de façon Ă  encourager les seniors Ă  rester dans la population active, contribueraient Ă  attĂ©nuer les tensions sur le marchĂ© de l’emploi. À plus long terme, renforcer la participation Ă  des programmes d’enseignement professionnel de haute qualitĂ© contribuerait Ă  garantir que les adultes disposent des compĂ©tences nĂ©cessaires pour tirer parti des nouvelles possibilitĂ©s d’emploi caractĂ©risĂ©es par un niveau Ă©levĂ© de productivitĂ©.

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