ACTUS ROTARY ÉVÉNEMENT
La jeunesse africaine a répondu présent à l’invitation du Rotary.
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L A JO UR N É E
DU ROTARY
AUX NATIONS UNIE S Après Genève et l’Europe en 2018, pour la deuxième fois consécutive, la journée du Rotary aux Nations unies s’est déportée de New York sur un autre continent. C’est en Afrique, à Nairobi, que la manifestation a pris un relief exceptionnel. Elle consacrait une invitation originale à célébrer les initiatives de jeunes de moins de 35 ans, devant les défis émergents. TEXTE DE RÉGIS ALLARD
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e nombreux dirigeants et membres du Rotary s’étaient déplacés à Nairobi pour faire honneur à la relation de longue date e ntretenue entre les Nations unies et le Rotary, se souvenant de l’apport de nombreux Rotariens à la création de l’instance i nternationale. L’invitation à cette journée était p articulière et devait célébrer la jeunesse à travers le thème : « L’innovation dirigée par les jeunes : élaborer des solutions pour répondre aux défis émergents ». Le siège des Nations unies pour l’Afrique se trouve à Nairobi, chef de file reconnu en matière d’attractivité pour l’innovation et le leadership en Afrique. De jeunes leaders sont régulièrement attirés par la capitale kenyane, notamment par son pôle technologique. Nairobi joue un rôle de plus en plus important dans le domaine de l’environnement et ne pouvait donc représenter meilleur lieu pour ce rassemblement. La participation devait le démontrer, puisque 950 personnes avaient répondu à l’invitation formulée ! Elles étaient venues avec des responsables des Nations unies et des experts humanitaires pour encourager les stratégies innovantes destinées à relever les défis majeurs,
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ACTUS ROTARY ÉVÉNEMENT
L’assemblée rotarienne réunie dans les locaux des Nations unies à Nairobi.
contenus dans les 17 objectifs des Nations unies en matière de développement durable. En présence de Barry Rassin, président du Rotary International, de Sushil Kumar Gupta, président nommé, Michele Berg, secrétaire générale adjointe du RI, l’assistance était composée, pour plus de la moitié, de jeunes de moins de 35 ans. Ils ont été accueillis par Hanna S. Tetteh, directrice générale des Nations unies à Nairobi, qui dirige aussi le département environnement de l’ONU.
Un programme à la hauteur de l’événement
Parmi les intervenants, on devait reconnaître Erik Solheim, qui est, depuis 2016, le directeur exécutif d’ONU Environnement. Ancien ministre de l’Environnement et du Développement en Norvège, il a connu une grande carrière internationale, avant même sa prise de fonction aux Nations unies. Durant son mandat de ministre, l’aide publique au développement de la Norvège a atteint une proportion de 1 % du revenu national brut, la plus élevée au monde. M. Solheim est également un négociateur expérimenté pour la paix, et a joué un rôle de médiateur de premier plan lors du processus de paix au Sri Lanka. Salome Gitoho, représentante du Rotary auprès d’ONU Habitat, et Joe Otin, représentante du RI auprès d’ONU Environnement, avaient eu en charge l’organisation et l’animation de la journée. Les sessions générales et les ateliers ont abordé les objectifs de développement durable des Nations unies, la révolution technologique et l’implication des jeunes -8-
pour inciter au changement, ainsi que le rôle du Rotary dans ce type d’engagements. Une session spéciale consacrée à l’environnement devait mettre l’accent sur l’importance du développement durable et proposer des actions concrètes que les générations futures pourront mettre en œuvre pour assurer un avenir sain. Tous les mois, à l’échelle de la planète, un million de jeunes arrivent sur le marché du travail. Le monde est devenu un défi pour eux, d’autant qu’ils doivent composer avec les différentes réalités économiques et les enjeux de développement durable. De nouvelles voies doivent être trouvées et imaginées, et elles appartiennent surtout à la jeunesse, selon l’un des intervenants, qui devait d’ailleurs insister sur l’indispensable implication des jeunes : « Il faut arrêter de dire que les jeunes rêvent trop ; ils ne rêvent pas assez ! » Les Nations unies se sont d’ailleurs mobilisées dans leur Plan jeunesse 2030 afin de prendre en compte les problématiques spécifiques liées à la jeunesse, concilier le développement durable avec les réalités inhérentes à la sécurité des personnes et, bien sûr, définir des objectifs de stabilité et de paix dans le monde. Le Rotary devait affirmer sa volonté d’avoir un impact sur ces enjeux, dans le domaine de l’éducation notamment. Une question fondamentale est en effet posée : comment innover, si, dans le champ de l’éducation, on manque effectivement certes de moyens de base, mais également de moyens destinés à l’imagination créative et son inclusion dans les défis environnementaux, comme plus globalement, humanitaires ? Autant de questions qui sont venues servir le travail en ateliers, répartis en trois thématiques : l’impact des technologies sur les prises
JOURNÉE DU ROTARY AUX NATIONS UNIES
de décision, le mentorat intergénérationnel et l’implication de jeunes leaders dans les choix d’avenir. Des sujets forts qui ont amené de nombreux témoignages d’actions concrètes, dont il est impossible de rendre compte devant tant de richesse ! Il est clair que le continent africain représente un exemple d’engagements qui témoignent de sa grande sensibilité devant les questions environnementales.
Une interactivité des conférences avec les expositions
Dans le même temps, et pour la première fois, l’événement a aussi proposé une exposition de l’innovation au cours de laquelle des clubs, des entreprises et d’autres organisations ont présenté des projets humanitaires et des technologies de pointe, destinées à relever les défis auxquels nous sommes confrontés. On pouvait noter sur les stands de nombreux clubs Rotaract et Interact qui rendaient compte de leur implication et qui recherchaient des partenaires pour de nouveaux projets. Dans une ambiance festive, ponctuée par le rythme des musiques, une foire aux projets signifiait également tout le dynamisme constaté tout au long de cette journée du Rotary aux Nations unies, dans une unité de conscience, de mobilisation et d’implication.
La reconnaissance du Rotary pour six jeunes lauréats
Il faut arrêter de dire que les jeunes rêvent trop ; ils ne rêvent pas assez ! et le service à la collectivité, ils ont tous comme point commun d’avoir réussi, avec beaucoup de pugnacité, des actions d’envergure qui s’inscrivent dans le développement durable, au sens premier du terme. Croissance économique et contraintes de l’environnement, leurs répercussions sur la société, tout comme l’offre faite aux générations futures, sont autant de références qui les ont inspirées. Il n’y a pas meilleure prise en compte dans ces projets et réalisations primées qui ont valu la reconnaissance du Rotary. Elles correspondent parfaitement à la définition donnée par les Nations unies sur la question de développement durable, dès 1987, date des premiers débats sur ces sujets au sein de l’organisation. Salués par les 950 participants en provenance du Kenya, du reste de l’Afrique et du monde entier, les jeunes lauréats ont pu présenter leurs projets et exprimer leur ouverture au monde ainsi que leur désir de porter concrètement un changement positif auprès de la communauté élargie à la planète tout entière.
Six volontaires de moins de 35 ans ont été reconnus et déclarés « Personnes d’action du Rotary : jeunes innovateurs ». Jeunes leaders impliqués dans l’innovation
Les jeunes innovateurs dont les initiatives répondent aux défis émergents ont été mis à l’honneur durant cette journée.
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ACTUS ROTARY ÉVÉNEMENT
De gauche à droite : Ludovic Grosjean, Albert Kafka, Christina Hassan, Shadrack Nyawa, Paul Mushaho, et Charlie Ruth Castro.
J E U N E S I N N OVAT E U R S LE S LAU R É AT S 2 0 1 8 Shadrack (Sheddy) Nyawa
Christina Hassan
RC de Kilifi, Kenya : Alimentation en eau et assainissement
RC de Calgary Fish Creek, Canada : « Full Soul »
Les longues files d’attente pour l’utilisation de toilettes inadéquates réduisent le temps d’apprentissage des enfants dans plus de 76 écoles primaires du district de Ganze. Shadrack Nyawa s’est mobilisé pour implanter de nouvelles toilettes. Il a également fondé l’Initiative de développement communautaire de Gedi afin d’encourager les enfants à rester à l’école et à ne pas participer au commerce des filles et des garçons de plage dans leur région.
Christina Hassan, diplômée d’un master en santé publique, remédie au manque d’installations permettant des accouchements sûrs et sans contamination aux femmes ougandaises. Des kits médicaux maternels comprennent des outils non jetables pour l’accouchement (pinces artérielles, ciseaux, porte-aiguilles) pouvant être stérilisés et réutilisés ; ils sont mis à disposition en incluant une formation pour s’assurer que les outils sont utilisés correctement et ils proviennent d’un fournisseur local.
Albert Kafka,
Paul Mushaho,
Rotaract Club de Vienne-Stadtpark et Rotarien au club de Wien-Oper, Autriche : « Mentorat interconnecté et projets ».
Rotaract Club de Nakivale, Ouganda : création d’un club Rotaract au sein d’un centre de réfugiés.
Albert Kafka a collaboré avec des clubs Rotary d’Autriche et de Bosnie-Herzégovine afin de lancer son action, qui associe les membres du Rotary à ceux de l’Interact ou du Rotaract. Elle comprend une formation au leadership, des bourses d’études, des activités sociales et des projets de services mis en pratique avec des personnes de différents âges. Il a contribué à construire des logements pour les familles laissées sans abri par la guerre de Bosnie.
En 2016, la guerre a conduit Paul Mushaho au centre de réfugiés de Nakivale depuis la République du Congo. Il a obtenu une bourse de l’American Refugee Committee et du gouvernement ougandais, pour une entreprise apicole, couronnée de succès. Grâce à son leadership et son charisme, Paul a créé un club Rotaract dans le camp, afin d’organiser les activités de service à la communauté : enseignement de techniques agricoles, fourniture de machines à coudre, projets de plantation d’arbres et d’élevage de volailles, sans compter l’encadrement des jeunes au sein du camp [lire page suivante].
Charlie Ruth Castro
e-club Rotary de Sogamoso, Colombie : « De nouveaux débuts novateurs ».
Ludovic Grosjean
Rotaract Club de Melbourne : Ocean CleanX
Grâce à sa vaste expérience en communications numériques, Charlie Ruth Castro, avocate, dirige un programme formant 170 femmes incarcérées en Colombie à des compétences dans le domaine du textile. Elles apprennent à produire des kits de bien‑être personnel à partir de plantes cultivées dans leur propre ferme biologique. Les kits sont vendus en ligne et le programme permet de réduire la longueur de leur peine.
Ingénieur bénéficiant d’une expérience en ingénierie océanographique et mécatronique, il a lancé le projet Ocean CleanX pour développer des outils automatisés de surveillance et de réduction de la pollution, grâce à l’intelligence artificielle et des drones, qui retirent les déchets plastiques, luttent contre d’autres formes de pollution des cours d’eau et identifient leurs sources [lire page suivante]. - 10 -
JOURNÉE DU ROTARY AUX NATIONS UNIES
D E U X PE R S O N NA LI T É S HORS D U CO M M U N
4 questions à Ludovic Grosjean Fondateur d’Ocean CleanX
Comment avez-vous reçu la nouvelle de votre nomination ? J’ai été extrêmement surpris, car je ne m‘attendais pas à être sélectionné. Je suis en effet engagé dans un projet qui est au service de la collectivité, mais qui représente aussi ma réalisation professionnelle. La valeur de sens de mon engagement pouvait très bien passer inaperçue.
Paul, le Rotaractien en camp de réfugiés
Arrivé dans le camp de Nakivale en 2016, après avoir fui son pays, la République démocratique du Congo, Paul Mushaho se signale très vite par son sens de la collectivité et sa responsabilité à vouloir s’impliquer à son profit. Ses initiatives sont nombreuses et elles contribuent à limiter les attentes en assistance des réfugiés accueillis. Mais sa grande originalité est de comprendre très vite l’intérêt de prendre en charge la jeunesse du camp, parfois livrée à elle-même. Outre ses initiatives de service dans ce cadre, il décide de fonder un club Rotaract, afin d’impliquer les jeunes plus globalement et de leur offrir un cadre de valeur de référence : celui du Rotary. Avec son club Rotaract, il développe un ensemble de services à la population du camp et positionne, du coup, bien différemment la jeunesse au sein du camp. Dans son propos, lors de la remise de son prix, il a tenu à préciser sa posture de jeune entrepreneur, même dans un camp de réfugiés ! Insistant à dire qu’il n’était que l’un de ces 65 millions de personnes déplacées de par le monde, il conclut ses propos en précisant qu’il ne faisait pas partie d’une génération de mendiants, mais d’une génération aspirant à de profonds changements et inspirations… L’avant-veille, son visa venait de lui être refusé pour se rendre à la cérémonie et, encore une fois, le Rotary et ses partenaires allaient permettre le miracle de sa présence.
Comment définiriez-vous justement votre engagement ? À 29 ans, je suis ingénieur agréé en Australie et j’ai accumulé 12 années d’expertise océanique au cours de nombreux projets. J’ai essayé de concevoir des technologies innovantes appliquées à la surveillance de la pollution de l’environnement. OceanX Group, ma société de technologie de pointe, développe de nouveaux moyens permettant de surveiller et d’éliminer la pollution de l’eau sur nos voies navigables. Elle représente bien sûr une innovation. Je suis président de Melbourne City Rotaract, ainsi que d’une association qui s’implique dans les projets de préservation de l’environnement (PURE). L’un de mes principaux objectifs est de renforcer la collaboration entre organisations professionnelles et bénévoles, afin d’atteindre un objectif commun : sauver nos océans. Je souhaite être un partisan des valeurs du Rotary. J’essaye de proposer une approche novatrice en matière d’eau salubre et de progrès en matière d’assainissement et d’hygiène. En tant que dirigeant du Rotary et éducateur communautaire, je dois m’efforcer d’être un exemple et de proposer une différence d’approche à long terme pour l’humanité. Un projet personnel doit dépasser
Ludovic, le « Frenchy » de Melbourne
Ludovic Grosjean fait également partie de ces exceptionnelles personnalités qui savent donner rendez-vous à leur destin. Après une partie de ses études en France, il séjourne en Nouvelle‑Zélande, y effectue quelques missions et puis, à l’heure de la fin du séjour, il décide de se rendre en Australie, lieu de sa première destination envisagée, sans obtention de visa. Et sa deuxième tentative est la bonne ! Tellement bonne qu’il va y parfaire son parcours de formation. Après ses diplômes en robotique et en physique, il obtient le titre d’ingénieur, inscrit sur la liste nationale des experts pour les télécommunications, l’ingénierie électronique. Mais sa passion et ses centres d’intérêt restent tournés vers l’environnement et le développement durable. Avec sa société, Ocean CleanX, il va donner corps à ce qui est sa passion, mais aussi son engagement quotidien au service de la planète. Par son implication, il intègre plusieurs instances officielles en Australie, dont the Australian Autonomous Unmanned Systems Association (AAUS), ainsi que de Head of International Relations, qui regroupe plus de 8 000 ingénieurs. Il est également le président de l’Institute of Engineering and Technology Victoria, dans la section dédiée aux jeunes professionnels. Porteur des valeurs du Rotary, il est membre du Rotaract de Melbourne. Lorsque vous lui demandez le sens de son engagement, il vous répond, en montrant ses palmes, qu’il déteste nager en eaux troubles ! - 11 -
un enjeu personnel. Comment pensez-vous faire preuve d’innovation dans votre service humanitaire ? J’essaye de cibler une combinaison d’actions innovantes, en déterminant des niveaux différents de problèmes. Pour la sensibilisation, j’organise des conférences-clés et des interventions en public afin d’informer sur le problème de la pollution de l’eau, de lever des fonds ou d’attirer des volontaires. Les problématiques de dépollution appellent que soit connue la nature précise des problèmes, afin de produire un impact immédiat et susciter l’intérêt de la communauté des jeunes, y compris dans des actions concrètes (nettoyage de rivières, activités diverses visant la dépollution dans la rivière). Il est essentiel de développer des technologies innovantes pour la surveillance de la pollution en temps réel et l’automatisation de son élimination à l’aide de l’intelligence artificielle et de l’Internet des objets. Pour inspirer, j’essaye d’interviewer des innovateurs océaniques du monde entier au moyen de podcasts et d’entretiens vidéo, pour inciter les Millennials à devenir la prochaine génération d’entrepreneurs océaniques. Quels conseils de conduite donner aux jeunes générations… comme aux moins jeunes ? Des axes majeurs doivent servir de référence dans la vie de tous les jours. Il nous faut partager une réelle prise de conscience. C’est la donnée de départ. Ensuite, il s’agit de valoriser les collaborations, l’innovation et la volonté d’avoir un impact et, finalement, la notion de développement durable prend ainsi son sens.