Question de développement
Synthèse des études
et recherches de
l’AFD
AVRIL 2023 No 60
Renforcer les services climatiques en Afrique en intégrant les savoirs locaux Les savoirs locaux rencontrent actuellement un intérêt croissant sur la scène internationale notamment pour leurs contributions à la préservation de la biodiversité et à l’adaptation au changement climatique. De plus en plus de projets de développement décident à présent de les intégrer aux savoirs scientifiques. Sur la base d’une revue de littérature sur le continent africain et d’une enquête de terrain financée par l’AFD auprès de 285 agriculteurs du nord de la Côte d’Ivoire, ce document se propose de dégager le potentiel des Savoirs prévisionnels locaux (SPL) dans le domaine des services climatiques aux agriculteurs.
I. Pourquoi promouvoir les services climatiques en Afrique ? Les Services climatiques (SC) se définissent comme « tout service (applications, bulletins radio, sms) comprenant des prévisions météorologiques de court terme (1 à 15 jours), saisonnières (tendance sur 3 mois) ou encore des projections climatiques (un siècle) visant à guider les usagers dans leurs prises de décisions ». Les SC permettent aux agriculteurs d’anticiper les chocs météorologiques et d’adapter leurs décisions en conséquence. Ces outils de gestion du risque climatique ont un impact positif sur les revenus et la productivité agricoles (Roudier, 2019) et se révèlent d’une importance croissante pour l’adaptation des pratiques aux changements climatiques. À cet effet, les SC sont inscrits à l’agenda international du développement (accord de Paris – article 7(7c), ODD – cible 13.7 etc.). En Afrique, l’offre de SC reste souvent insuffisante. Il s’agit majoritairement de prévisions météorologiques et d’alertes précoces, proposées principalement par les Services météorologiques nationaux (SMN). Outre le manque de moyens techniques pour la collecte et le traitement des données, l’inadéquation des informations avec la demande des utilisateurs (variables, formats de diffusion, accessibilité etc.) empêche parfois les SC de jouer pleinement leur rôle d’outil d’adaptation. Par exemple, les femmes bénéficient moins souvent d'informations météorologiques en raison d'un accès plus limité au téléphone portable au sein des ménages ruraux. De plus, les informations diffusées doivent être perçues comme crédibles, pertinentes et légitimes par les utilisateurs. Or, l’arrivée de prévisions scientifiques peu précises par le passé sur certains territoires, couplée à une faible offre de formation à la gestion des incertitudes, a pu dégrader la confiance des populations dans ces informations. Dans ce contexte, l’intégration des SPL, toujours utilisés par les populations rurales de manière complémentaire aux prévisions scientifiques, pourraient contribuer à renforcer l’adhésion des usagers aux SC.
Auteur Julie Bompas AFD et Centre d’études et de recherches en développement international (CERDI)