Extraits Leadership en déroute

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PETER GREER & JILL HEISEY

PRÉFACE DE CHRIS HORST, COAUTEUR DE MISSION DRIFT

LEADERSHIP EN DÉROUTE CLÉS

POUR L’ÉVITER

«Dans un contexte africain marqué par de profondes mutations, Leadership en déroute s’impose comme un ouvrage essentiel pour les leaders d’aujourd’hui. À la fois avertissement lucide et guide d’espérance, ce livre dévoile les pièges qui fragilisent le leadership dans la durée et offre des clés concrètes pour finir sa course avec intégrité. Plus qu’un appel à bien diriger, il invite à bien transmettre : une vision, des valeurs et un leadership sain à la jeune génération. Un livre incontournable pour tout leader désireux non seulement de réussir, mais de laisser un héritage durable.»

Olivier Koffi Ahonon, directeur national de Compassion International Togo

«Nous remercions Peter Greer et Jill Heisey d’avoir pris le temps d’observer et de réfléchir aux causes des dérives du leadership. En parcourant ce livre, nous nous sommes retrouvés comme devant un miroir. Au cours de notre parcours, nous avons fait face aux éléments évoqués dans cet ouvrage, auxquels nous n’avions pas toujours prêté suffisamment d’attention. Nous nous rendons compte que les dérives sont à la portée de tout leader et de tout leadership. Les organisations ont été conçues avec une vision et une mission claire, mais les pressions internes et externes exercées sur la personne du leader ont souvent favorisé la déformation de ces organisations. Où en sommes-nous avec certaines d’entre elles? Chaque organisation peut pourtant avoir un apport considérable dans son environnement. Nous vous encourageons à parcourir ce livre avec beaucoup d’attention, en vous soumettant à Dieu, qui cherche toujours à reprendre, restaurer et rendre efficaces les organisations.»

Lévy Ilunga Kabumbe, directeur général honoraire de la Ligue pour la Lecture de la Bible et Représentant Légal de la Communauté Évangélique de Pentecôte R.D. Congo

«Ce livre rappelle avec force que le leadership durable est d’abord une affaire de cœur. Leadership en déroute équipe les leaders d’aujourd’hui pour résister aux courants subtils qui les éloignent de leur appel et pour exercer un leadership fidèle, humble et fécond. Un précieux coup de cœur! »

Christian Kuhn, directeur du Réseau évangélique suisse (RES), Entrepreneur et consultant en entreprise

«J’ai été profondément interpellé par ce livre. Leadership en déroute éclaire avec justesse ces dérives souvent silencieuses : on ne se perd pas brutalement, mais progressivement, par de petits compromis répétés, souvent invisibles au départ. Ancré dans une solide réflexion biblique et nourri d’exemples contemporains, il est un appel à réaligner le cœur avant les méthodes. J’ai particulièrement apprécié les exercices pratiques en fin de chapitre, qui ouvrent un vrai chemin de prière, d’examen de soi et de décisions concrètes pour marcher fidèlement. Je le recommande vivement à tous ceux qui désirent servir durablement, et bien finir.»

Erwan Cloarec, président du Conseil National des Évangéliques de France (CNEF), enseignant en théologie pratique à la Faculté Libre deThéologie Évangélique (FLTE)

«Peter Greer et Jill Heisey ont écrit un livre hautement pertinent, qui arrive à point nommé, et dont la lecture est incontournable pour les leaders chrétiens. Dans Leadership en déroute, ils mettent en lumière les motivations et les intentions du cœur, ainsi que les tensions incessantes qui s’exercent sur nous. Ce livre est un appel à nous réveiller, à sonder notre cœur, à nous repentir et à revenir au centre de la volonté de Dieu pour répondre à son appel et être à son service. Les défis actuels consistent à créer, maintenir, développer et accroître l’impact des organisations à but non lucratif centrées sur Christ qui œuvrent dans le monde. Mais cela n’est possible que si nous suivons fidèlement la voie de Dieu pour accomplir cette tâche. Ce livre vous guidera!»

Tami Heim, présidente et directrice générale de la Christian Leadership Alliance

«Trop de dirigeants avancent à l’instinct dans leur vie, confondant inertie et intention avec direction et destination. Les héritages se perdent lorsque nous ne leur donnons pas vie. Leadership en déroute est un phare dans la nuit, qui brille de mille feux pour éviter les erreurs imprévues et les catastrophes liées à des dangers prévisibles. La question n’est pas de savoir si nous allons devoir lutter contre la dérive, mais comment nous allons y répondre. Les idées, les ressources, la sagesse et les études de cas présentés dans ce livre peuvent changer le taux de réussite des leaders. Puisse-t-il en être ainsi!»

Mike Sharrow, PDG de C12 Business Forums

«Nous sommes tous dévastés lorsque les leaders ne terminent pas bien leur parcours. Mais combien de fois prenons-nous le temps de nous regarder dans le miroir pour constater que nous risquons tous de dériver et pour agir en conséquence? Merci à Peter Greer et Jill Heisey d’avoir révélé les signes avant-coureurs les plus fréquents d’une dérive du leadership, et de nous mettre au défi de développer de sages stratégies fondées sur l’humilité pour nous aider à bien finir notre course.»

Michael Martin, président et PDG de l’Evangelical Council for Financial Accountability

«Ce livre offre une combinaison parfaite de sagesse intemporelle et de vérité contemporaine, le tout merveilleusement exposé. Il nous rappelle que le leadership n’est pas seulement une question de stratégie et de compétences, mais avant tout une question de désirs et d’amour. Bien que souvent ignorées, des influences profondes déterminent notre trajectoire bien plus que ne le font nos valeurs et nos déclarations de mission. Elles façonnent inévitablement les organisations que nous dirigeons et elles nous façonnent nous-mêmes. Nous avons donc tout intérêt à explorer ces questions qui touchent au cœur, comme cet ouvrage nous aide à le faire, en demandant à Dieu la joie incomparable qui ne survient que lorsque l’ambivalence fait place à la pureté de cœur.»

Jedd Medefind, président de l’Alliance chrétienne pour les orphelins

«Lorsque les dirigeants dérivent, la mission elle aussi dérive. Fondé sur les Écritures et sur des études de cas de leaders du récit biblique et de notre époque, Leadership en déroute donne aux dirigeants d’aujourd’hui les moyens de reconnaître les domaines de dérive potentiels, tout en leur fournissant des outils et des méthodes pratiques pour rester

concentrés sur leurs priorités et leurs objectifs. La lecture de ce livre est indispensable pour les responsables de ministères et les dirigeants d’organisations qui s’engagent à mener à bien leur mission!»

Tom Lin, président et directeur général d’InterVarsity Christian Fellowship/USA

«J’ai dévoré ce livre. Leadership en déroute est à la fois un avertissement qui donne à réfléchir et un guide rempli d’espoir, une invitation à terminer la course du leadership avec intégrité et joie. Peter Greer et Jill Heisey nous offrent un chef-d’œuvre de clarté, de conviction et de grâce, en nous montrant que la dérive est subtile, mais que la fidélité est toujours possible. Page après page, j’ai été convaincu, encouragé et, surtout, ancré un peu plus en Celui qui nous permet de rester fidèles à notre mission.»

Jordan Raynor, auteur de The Sacredness of Work et Redeeming Your Time

«Aucun auteur en dehors de ceux des Écritures n’a autant contribué à la culture de notre ministère que Peter Greer. Les leçons tirées de Leadership en déroute sont essentielles pour tous les leaders chrétiens qui cherchent à avoir un impact durable pour le Royaume. Quel merveilleux cadeau pour l’Église!»

Joel Penton, fondateur et PDG de LifeWise Academy

«Le bon leadership organisationnel est un réel privilège, mais il tend également des pièges au cœur humain. Dans leur livre Leadership en déroute, Peter Greer et Jill Heisey font un travail remarquable en mettant ces pièges en lumière et en indiquant la manière de les éviter. Leur approche invite les dirigeants à réfléchir à la manière dont ils dérivent et propose des mesures pratiques pour aller de l’avant. C’est un rappel stimulant et indispensable pour comprendre que le leadership ne se résume pas à ce que nous accomplissons mais concerne aussi ce que nous devenons au cours du processus.»

Mike Bontrager, fondateur et PDG de Square Roots Collective

«Pertinent, clair et convaincant! Leadership en déroute est un ouvrage incontournable pour les dirigeants d’églises et d’organisations chrétiennes. Il est la suite indispensable de Mission Drift (de Peter Greer et d’autres), car il explore la dérive personnelle qui peut survenir si facilement lorsque nous occupons des postes de pouvoir. Et surtout, il ne se contente pas de pointer les problèmes, il fournit des ressources spirituelles pour corriger nos erreurs.»

Dennis Hollinger, président émérite et professeur émérite d’éthique chrétienne au Séminaire théologique Gordon-Conwell

«La fidélité à long terme dans le domaine du leadership semble souvent être l’exception plutôt que la norme. Les pressions, les tentations et les défis auxquels les leaders sont confrontés peuvent lentement éroder leur intégrité et leurs intentions, souvent sans qu’ils s’en rendent compte, jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Personnellement, Leadership en déroute s’est avéré être un défi et m’a à plusieurs reprises convaincu. Au final, il m’a conduit à faire une pause et à évaluer ma vie et mes décisions, tout en demandant à Dieu de me guider et

de m’aider à me recentrer et me réaligner là où je m’étais égaré. Si vous voulez bien finir votre parcours, ce livre est à lire absolument!»

David Ashcraft, président-directeur général de Global Leadership Network et auteur de What Was I Thinking?

«Un ouvrage captivant, profond et puissant pour notre époque, qui nomme sans détour les tentations et donne avec audace des exemples à la fois actuels et bibliques... tout en offrant aussi des exemples d’espoir pour éviter les pièges. Les exercices proposés à la fin de chaque chapitre permettent de réfléchir sur soi-même par le biais des Écritures et de la prière. C’est aussi un guide pour ne PAS se perdre. Une lecture absolument indispensable pour tous les dirigeants actuels et ceux qui aspirent à le devenir. Un ouvrage fondamental et intemporel.»

Jo Anne Lyon, surintendante générale émérite de l’Église wesleyenne

«Les dirigeants motivés par une mission gèrent souvent leur organisation et leurs équipes avec plus d’attention et plus de diligence qu’ils ne le font pour leur propre vie. Peter Greer et Jill Heisey nous rappellent avec clarté et empressement qu’agir ainsi peut aboutir à une tragédie pour les deux parties. En tant que bâtisseurs et dirigeants, nous devons faire attention à nos propres pratiques et surtout à notre cœur à partir duquel nous travaillons et servons dans le monde. On ne nous le rappellera jamais assez, et ce livre est une ressource essentielle pour nous dans ce voyage qui dure toute une vie.»

Dave Blanchard, cofondateur et PDG de Praxis

LEADERSHIP EN DÉROUTE

CLÉS POUR L’ÉVITER

PETER GREER & JILL HEISEY

PRÉFACE DE CHRIS HORST

POUR LARRY, JANICE, ET TOUS CEUX QUI VIVENT

ET DIRIGENT AVEC UNE GRANDE FIDÉLITÉ

Titre original publié en anglais sous le titre : Originally published in English under the title : How Leaders lose Their Way by Peter Greer and Jill Heisey

Copyright © 2025 by Peter Keith Greer

Published by InterVarsity Press, P. O. Boy 1400 Downers Grove, IL 60515, USA www.ivpress.com.

All rights reserved. Tous droits réservés.

Copyright © 2026 de l’édition française

Copyright © 2026 of the French Edition

Motivé par l’Essentiel, Pré-de-Pâques 7, CH-1303 Penthaz www.motiveparlessentiel.org

ISBN 978-2-88967-050-5

Les textes bibliques (sauf contre-indication) sont tirés de la Bible, version Segond 21, Société Biblique de Genève, 2007

Les textes bibliques marqués LSG sont tirés de la Bible, version Louis Segond, Société Biblique Française, 1910

Traduction : Patrick J. Brunet

Relecture : Florence Feliste

Couverture: Faceout Studio, Addie Lutzo

Mise en pages intérieure : Daniel van Loon

Illustrations de couverture : © vector_art via Shutterstock

Illustrations intérieures : LeAnna Vine

Imprimé en Allemagne

TABLE DES MATIÈRES

Préface de Chris Horst 1

Introduction : Quand Mission Drift [Mission à la dérive] nous concerne personnellement 5

PREMIÈRE PARTIE : LA DÉRIVE PAR DÉFAUT

1 Le danger de la dérive 13

2 Rencontrer notre mentor 31

DEUXIÈME PARTIE : DES OBJECTIFS DÉVOYÉS

3 L’attrait de la réussite 49

4 La maîtrise de l’argent 65

5 La recherche du plaisir 83

6 La question du pouvoir 103

7 La quête du contrôle 117

TROISIÈME PARTIE : DE PUISSANTS COURANTS D’INFLUENCE

8 Le besoin de rapidité 139

9 Le syndrôme insulaire 163

10 Centré sur soi 179

Conclusion : Peu finissent bien 199

PRÉFACE

Chris Horst

Il y a dix ans, j’ai collaboré avec Peter Greer et Anna Haggard à la rédaction du livre Mission Drift [Mission à la dérive], dans lequel nous avons exploré les raisons qui conduisent les organisations à abandonner leur mission d’origine, et avons montré combien nombreuses sont les institutions qui s’éloignent progressivement de leur objectif initial. Mais ce que Jill et Peter ont accompli dans les pages qui suivent est un travail plus délicat qui consiste à remplacer le microscope par un miroir. Ils ont orienté les résultats de leurs recherches sur les organisations (microscope) vers la sphère personnelle (miroir).

Ce changement d’orientation pour regarder à vers soi-même, c’est précisément ce que j’ai vécu ces dernières années, lorsque j’ai quitté un poste que j’occupais depuis longtemps chez HOPE International. Pendant la majeure partie de ma vie adulte, j’avais travaillé aux côtés de Peter, Jill et une équipe de collaborateurs qui m’avaient encouragé à devenir un leader fidèle à sa mission. Au moment de cette transition, ma compréhension intellectuelle de ces principes était solide, toutefois ma réaction au plus profond de moi à l’idée de quitter un lieu de travail que

j’aimais a révélé un certain décalage entre ce que je savais être vrai et ma façon de vivre et de diriger.

Je savais que Dieu m’appelait à cette transition mais, après mon départ de HOPE, lorsque mes courriels sont devenus de plus en plus rares, puis presque inexistants, j’ai commencé à prendre conscience que ma boîte de réception débordante de courriels, dont je me plaignais depuis longtemps, était en fait pour moi un signe de réussite et de fierté. Ainsi, mon inquiétude face à la baisse drastique du nombre de courriels a révélé des mensonges auxquels j’adhérais au sujet de ma propre identité et de ma valeur.

Après avoir œuvré au sein d’une organisation mondiale à but non lucratif en pleine expansion, je travaille à présent dans une petite entreprise locale. Dans ce lieu, il n’y a pas de rythme établi pour la prière, le culte ou la dévotion. Chez HOPE, mes collègues étaient des croyants comme moi. Aujourd’hui, par choix, je côtoie de nombreux collègues dont les expériences de vie et les croyances sont très différentes des miennes.

Ces changements radicaux m’ont obligé à examiner comment je vis et pratique ma foi au travail et dans la vie en général. Des questions ont surgi: alors que je poursuis ma mission dans un contexte très différent, à quoi dois-je m’accrocher et que dois-je changer dans cette nouvelle période de ma vie? Qu’est-ce qui a été circonstanciel et qu’est-ce qui est fondamental?

J’ai ainsi dû me poser des questions sur mon objectif et ma mission personnelle. J’ai dû éliminer les sources de fausse sécurité. J’ai dû établir et mettre en pratique les disciplines qui me permettent de rester fidèle à ma mission en tant que leader, quel que soit le contexte. En prenant un nouveau départ avec cette entreprise, j’ai dû faire le point non seulement sur l’organisation, mais

aussi sur moi-même. Dans quelle mesure l’amour que je porte aux personnes et aux choses est-il inapproprié? Mes aspirations sontelles mal orientées? Mon système de défense est-il défaillant?

Nous avons tous entendu trop d’histoires de leaders qui se sont perdus en cours de route. Nous aspirons à entendre une histoire différente, et ce livre nous montre justement qu’il est possible de la vivre. Pour être sûrs de bien terminer notre course, nous devons affronter la dérive, la reconnaître, nous devons nous réorienter et avancer à contre-courant. Si vous êtes dans une période de transition, si votre passion est en train de s’essouffler, si vous poursuivez fermement un objectif, ou si vous voulez bien achever votre course, quelle que soit votre situation exacte, alors je suis heureux que ce livre soit entre vos mains.

Pour moi, ce livre est arrivé à un moment important de ma vie, et je pense qu’il en sera de même pour vous. Jill et Peter nous tendent un miroir. Ce que vous y verrez vous mettra mal à l’aise mais vous réorientera de la meilleure des façons qui soient. Si vous appliquez le contenu de ce livre à votre vie, ce sera l’une des choses les plus importantes que vous aurez jamais accomplies.

INTRODUCTION

QUAND MISSION DRIFT [MISSION À LA DÉRIVE] NOUS CONCERNE

PERSONNELLEMENT

Il y a dix ans, Chris Horst, Anna Haggard et moi-même (Peter) affirmions dans notre livre Mission Drift: «Sans une attention particulière, les organisations confessionnelles s’éloigneront inévitablement de leur mission d’origine. C’est aussi simple que cela. Cela arrivera.»1 Nous avons détaillé dans ce livre les origines surprenantes de certaines organisations qui progressivement se sont détournées de leur mission initiale: citons entre autres les organismes de prêts sur gages actuels qui étaient initialement une œuvre caritative fondée par les Franciscains pour aider les personnes dans le besoin; le YMCA qui était au départ un groupe d’étude biblique et un refuge pour les jeunes hommes en déplacement; ou l’Université de Harvard, fondée en 1636, dont l’énoncé de mission était alors: «Chacun doit considérer comme le but principal de sa vie et de ses études la connaissance de Dieu et de Jésus-Christ,

qui est la vie éternelle.» Ces institutions ont perduré, mais elles ne remplissent plus leur mission de départ. Elles se sont égarées.

Au cours des années qui ont suivi la publication de Mission Drift, nous avons constaté non seulement que cette dérive s’était produite, mais aussi qu’elle continue de se produire à une vitesse et à une fréquence alarmantes. Des lecteurs de Mission Drift nous ont contactés pour nous faire part d’autres cas de dérive organisationnelle. Sans effort particulier de notre part, nous avons fini par disposer d’un catalogue toujours croissant d’organismes s’étant éloignés de leur mission première, qu’il s’agisse d’organisations confessionnelles à but non lucratif, d’institutions d’enseignement ou d’entreprises motivées par la foi. Nous pouvons affirmer que la dérive organisationnelle est un phénomène très répandu, bien plus que nous le pensions initialement, et des cas de dérive continuent de se présenter aujourd’hui.

Nous avons ainsi accumulé suffisamment d’exemples pour publier une édition «révisée et augmentée» de Mission Drift. Mais lorsque ma collaboratrice et amie Jill Heisey et moi-même avons réfléchi aux histoires racontées dans les pages de Mission Drift et à d’autres, nous avons découvert que derrière chaque récit de dérive organisationnelle se cache une histoire parallèle de dérive personnelle des dirigeants, qui ont perdu de vue leur direction, leur objectif ou leurs priorités.

La dérive personnelle précède la dérive organisationnelle. Stimulés par cette découverte, Jill et moi avons commencé à explorer la question qui précède la dérive organisationnelle : comment les dirigeants se perdent-ils en cours de route? Nous avons donc décrit ce parcours et, pour ce faire, nous avons choisi d’écrire à la première personne (Peter) pour plus de clarté et de lisibilité.

Quand Mission Drift [Mission à la dérive] nous concerne personnellement 7

Trop de leaders connus et admirés se sont perdus en cours de route. J’ai tiré des enseignements de leurs meilleures pratiques en matière de leadership, et je me suis demandé si je n’avais pas autant à apprendre des défis auxquels ils ont été confrontés. Comment les leaders s’égarent-ils? Et comment pourrais-je moi-même l’éviter?

Dans Mission Drift, nous avons décrit un moment charnière où HOPE International, l’organisation à but non lucratif pour laquelle je travaille, a pris conscience que nous risquions de nous égarer. À l’époque, nous étions une petite organisation à but non lucratif axée sur le développement économique en Ukraine. Nous proposions des prêts aux petites entreprises et des formations commerciales de base pour aider les hommes et les femmes de ce pays à briser le cycle de la pauvreté, leur permettant ainsi de subvenir aux besoins de leur famille. Cela avait un impact positif sur les églises locales qui se fortifiaient. Nous avions des projets de croissance ambitieux. L’argent était cependant notre principale contrainte. C’est alors qu’un partenaire financier potentiel a été disposé à lever cette contrainte à la condition que nous réduisions notre engagement à annoncer l’Évangile. Refuser cette opportunité a été un moment décisif dans ma vie professionnelle et a donné naissance à Mission Drift.

Ce moment décisif a façonné HOPE en tant qu’organisation et nous a incités à nous engager dans des disciplines et des décisions quotidiennes qui nous aident à rester fidèles à notre mission première. Il en est de même si nous voulons rester fidèles à notre mission en tant qu’individus.

Nous avons probablement tous entendu parler du nombre alarmant de dirigeants qui se sont perdus en chemin, qui ont brisé des familles, ont fait dériver des organisations et ont nuit à

la crédibilité de l’Église sur le plan mondial. Nous avons aussi regardé des documentaires relatant des erreurs flagrantes de gestion, ou écouté des podcasts détaillant des abus de pouvoir et leurs effets néfastes sur les églises et les communautés locales. Nous sommes au courant des derniers exemples de fraude ou de mauvaise gestion. Nous avons même pleuré avec ceux qui ont été blessés, et beaucoup d’entre nous ont accompagné des amis qui ont personnellement subi les conséquences de ces événements fâcheux.

Et pourtant, prêtons-nous une réelle attention à ces dérives? Et prenons-nous au sérieux les dangers de la dérive personnelle? La dérive se produit de manière lente et subtile. Tenons-nous compte de ses signes avant-coureurs?

Si les cas de dérive très médiatisés font la une des journaux, il existe un type de dérive beaucoup plus répandu et plus difficile à repérer qui peut se traduire ainsi : l’attention remplacée par la distraction, la fidélité menacée par l’autonomie, les bonnes choses poursuivies comme des fins ultimes. Même si nos vies ne font pas la une des journaux, elles peuvent néanmoins recéler une histoire de dérive. Les Écritures nous rappellent : «Ayez du zèle» (Romains 12.11a), mais rares sont ceux d’entre nous qui poursuivent leur mission avec passion tout au long de leur vie. De petits compromis, voire des compromissions, érodent notre fidélité, et nous constatons, souvent trop tard, que ce qui semblait être de minuscules changements de direction a considérablement modifié notre trajectoire.

Aucun d’entre nous n’est à l’abri de la dérive. Comme l’écrit Robert Robinson dans le cantique Come, Thou Fount of Every Blessing [Viens, source de toutes les bénédictions]: «Je suis enclin à m’égarer, Seigneur, je le sens, enclin à m’éloigner du Dieu que j’aime.»2 Si nous reconnaissons que nous sommes enclins à nous

Quand Mission Drift [Mission à la dérive] nous concerne personnellement 9

égarer, il serait insensé de ne pas faire tout notre possible pour mettre en place des garde-fous et prendre des engagements qui nous aideront à rester fidèles à notre mission initiale.

Il y a dix ans, convaincus que la dérive organisationnelle était une réalité, nous avons écrit Mission Drift dans le but d’aider les églises et les organisations caritatives qui nous tiennent à cœur à rester fidèles à leur mission sur le long terme. Nos convictions n’ont pas changé, mais aujourd’hui, Jill et moi continuons ce travail de rédaction parce que nous souhaitons voir les individus, et pas seulement les organisations, rester fidèles à leur mission. Nos pensées du cœur et nos prières s’élèvent pour nos familles, nos amis et nos collègues, ainsi que pour nous-mêmes, afin que tous fassent preuve d’une fidélité durable.

Bien que nous ayons écrit à l’intention des leaders, nous définissons ce terme de manière large comme une fonction plutôt que comme un poste. En fait, les principes énoncés dans ce livre s’appliquent à tous les lecteurs, quel que soit leur domaine d’influence : foyer familial, communauté locale, église ou secteur professionnel.

Rester fidèle à sa mission nécessite de la concentration, de l’engagement, de la vigilance et la grâce de Dieu en abondance.

Nous prions pour que ce livre aide tout leader à identifier les croyances, les perspectives et les choix qui conduisent à la dérive, et l’encourage à corriger sa trajectoire avec courage. Bien achever sa course n’est pas le fruit du hasard. Si vous souhaitez éviter de vous égarer dans la vie et dans votre rôle de dirigeant, quel que soit votre lieu d’activité, ce livre est fait pour vous.

PREMIÈRE PARTIE

LA DÉRIVE PAR DÉFAUT

LE DANGER DE LA DÉRIVE

Que tes yeux regardent bien en face et que tes paupières se dirigent droit devant toi. Fais une route droite pour tes pieds et que toutes tes voies soient bien sûres! Ne dévie ni à droite ni à gauche et détourne ton pied du mal.

Proverbes 4.25 - 27

Cela fait deux décennies que j’ai entendu le cercueil en bois de mon grand-père heurter les parois de terre de la tombe au moment de l’inhumation. Je me souviens encore très bien du moment où le personnel du cimetière a fait descendre son corps dans la fosse. La cérémonie funéraire venait de se terminer, mais notre famille s’attardait, elle n’était pas encore prête à dire adieu à cet homme si précieux dont les prières et la vie nous avaient toujours conduits à regarder vers le haut. Puis mon regard s’est attardé sur une pelleteuse qui était stationnée aux alentours.

Les ouvriers chargés de la triste tâche d’enterrer mon grandpère ne savaient pas que cet homme était le gardien d’un millier de souvenirs familiaux. Ils n’avaient jamais été témoins de sa joie lorsqu’il lançait en l’air ses petits-enfants juste pour les voir rire, ou lorsque ceux-ci écoutaient ses leçons de ping-pong ou aperce vaient l’étincelle dans ses yeux quand il leur racontait une histoire. Ces ouvriers ne pouvaient pas savoir à quel point cet homme avait pris soin de sa femme depuis le jour où, tous deux, ils s’étaient dit «oui», ni comment cette femme magnifique s’était effondrée de chagrin à l’hôpital en lui disant : «Ne me quitte pas, Jerold» alors que son âme quittait son corps.

Moi, je savais tout cela, et dans les jours qui ont suivi le décès de mon grand-père, j’ai appris encore davantage de choses à son sujet. Mon grand-père a passé sa vie à guider une petite congrégation de Philadelphie, influençant sans fanfare la vie des autres, et faisant montre d’une grande fidélité. Lors du service funéraire, les personnes qui étaient venues lui rendre hommage ont raconté que cet homme priait avec conviction, savait s’amuser avec entrain, aimait sans jugement et se souciait sincèrement des autres. En résumé, sa vie a été marquée par l’amour de Dieu et l’amour du prochain. Il a vécu sa mission et l’a bien accomplie. Je ne doute aucunement qu’il ait entendu ces paroles : «C’est bien, bon et fidèle serviteur» (Matthieu 25.23a).

Quelques années auparavant, j’avais acquis, au niveau professionnel, une vision claire de la mission de HOPE. Or, les funérailles de mon grand-père m’ont permis d’acquérir une même clarté mais, cette fois, au niveau de ma mission personnelle. Ces funérailles m’ont conduit à suivre la recommandation quelque peu morbide inspirée de la Règle de saint Benoît, abbé du 6e siècle : «Rappelezvous chaque jour que vous allez mourir.»1 La vie et la mort de mon

grand-père m’ont invité à marquer une pause et à réfléchir à la direction que prenaient mes priorités et mes décisions quotidiennes. Mon ministère au sein de HOPE prospérait, ce qui me conduisait à voyager bien trop souvent et m’incitait à m’investir encore davantage. La croissance et la réussite de la mission de HOPE étaient devenues si importantes pour moi que je ne consacrais plus que des miettes de mon temps à Dieu et à ma famille. Le temps dédié à la prière et à l’étude des Écritures avait été quasiment mis de côté et, de fait, était devenu moins essentiel que tout le «travail important» que j’avais à faire. Les soirées à la maison étaient sacrifiées au profit de nuits passées sur la route. J’étais souvent invité à raconter comment des parents vivant dans des endroits lointains avaient pu investir dans leurs enfants grâce à l’accès à des ressources financières et à l’espoir qu’apporte l’Évangile.

De l’extérieur, je semblais m’épanouir. Rien ne laissait transparaître de problème ou d’erreur flagrante, mais en y réfléchissant honnêtement, je me rendais compte que de légers compromis avaient subtilement réorienté ma trajectoire. Mes décisions relativement mineures en matière d’emploi du temps et d’organisation, additionnées les unes aux autres, pesaient lourdement sur mon moral. Je travaillais dur, mais je m’égarais dans la poursuite de stratégies de croissance organisationnelle sans accorder la moindre attention à ce qui comptait le plus pour moi. Avec le temps, je me rendais compte que l’écart entre ma trajectoire du moment et celle qui produirait un résultat fidèle à ma mission s’élargissait et allait continuer de s’élargir. J’étais en train de vivre la définition même de la dérive, et sans une correction ferme de ma trajectoire, j’allais mal finir.

DESTINATION PRÉVUE

DESTINATION PROJETÉE

UNE DÉRIVE

Les leaders semblent régulièrement se laisser emporter dans des courants qui les éloignent de leur objectif missionnaire. Qu’il s’agisse de nous-mêmes, ou de quelqu’un que nous connaissons et aimons ou même d’une personne que nous admirons à distance, nous avons tous vu des leaders se perdre radicalement et dramatiquement en route, comme s’ils avaient été happés par un courant contraire.

Des leaders chrétiens ayant des décennies de service et des ministères florissants perdent soudain leur réputation et le respect des autres à cause d’une série de mauvaises décisions qu’ils ont prises. Nous découvrons dans les journaux que des chefs d’entreprise qui ont atteint les plus hauts niveaux de prospérité se retrouvent impliqués dans des scandales financiers, et sont contraints de démissionner dans l’humiliation. Nous entendons de beaux sermons sur la grâce et l’amour de la bouche de personnes dont nous apprenons plus tard qu’elles ont maltraité leurs employés. Des pasteurs guident consciencieusement l’église dans laquelle ils œuvrent tout en négligeant leur propre intégrité spirituelle.

Et face à cela, nous sommes loin d’imaginer que nous pourrions connaître personnellement de telles situations.

Nous ne prenons pas le temps de réfléchir au fait que nous courons le même risque. Nous nous approchons de certains courants dont nous ignorons la force. Insouciants, nous nous aventurons dans des eaux dangereuses. Même lorsque nous voyons les autres dériver, nous continuons de patauger en eaux troubles. Nous prêtons trop rarement attention aux signes avant-coureurs d’une dérive possible.

Nous baignons dans un environnement rempli de tendances et de courants qui peuvent nous entraîner vers des destinations que nous n’aurions jamais choisies, et ces courants sont comme des lames de fond. Ils sont moins percutants. Ils semblent plus doux et plus inoffensifs, mais ils nous font tout de même dévier de notre route. De légers compromis ou écarts de conduite vont au final déterminer notre destination, et la dérive est d’autant plus dangereuse qu’elle est subtile.

Le monde des médias nous informe régulièrement des manquements à l’intégrité et des échecs retentissants d’éminentes personnalités. En effet, la dérive personnelle n’est ni nouvelle ni rare. Depuis qu’Adam et Ève ont trouvé le moyen de rationaliser le fait d’avoir mangé du fruit défendu (Genèse 3), les gens cherchent à justifier leurs compromis et leurs compromissions. La dérive de la mission personnelle est un thème récurrent dans les Écritures, où nous constatons que le leadership fidèle est l’exception plutôt que la norme. J. Robert Clinton, spécialiste en leadership, a étudié le parcours de plusieurs leaders évoqués dans la Bible. Il a constaté que seuls 30% d’entre eux avaient «bien fini», c’est-à-dire avaient bien terminé leur course, ce qu’il définit ainsi : «marcher avec Dieu

dans une relation personnelle vivante, développer le potentiel que Dieu a donné à sa juste mesure et laisser derrière soi une contribution ultime qui soit à la fois agréable à Dieu et établie par Lui»2.

Après avoir examiné, à partir des mêmes critères, le parcours de plus de 1 200 dirigeants de l’époque présente et passée, Clinton est parvenu à cette conclusion troublante suivante: «Un certain nombre de données anecdotiques nous montrent qu’aujourd’hui, ce ratio est probablement généreux. Il y a sûrement moins d’un leader sur trois qui connaît une bonne fin.»3 C’est-à-dire qui parvient à bien terminer son parcours en étant resté fidèle à sa mission d’origine. Les confessions de nombreux amis m’ayant fait part de leurs propres histoires de dérive attestent hélas l’évaluation choquante de Clinton; la dérive est la norme.

Pressentant cette tendance dans ma propre vie, j’ai voulu comprendre ce qui conduit les leaders à dériver. Pour le dire simplement : pourquoi ceux qui commencent bien ne finissent pas toujours bien. Comment des personnes sensées en arrivent à faire des choix irrationnels? Comment même des objectifs apparemment nobles peuvent nous faire dévier de notre route? Mais surtout, je voulais comprendre ce qui pourrait nous empêcher de dériver. Selon l’évaluation citée plus haut, y a-t-il, parmi les trois personnes, quelque chose de fondamentalement différent chez celle qui termine bien son parcours?

Lorsque Jill et moi avons réfléchi à la manière d’éviter la dérive, nous avons d’abord pensé à l’illustration d’un bateau qui jette son ancre. Mais plus nous en apprenions, plus nous nous rendions compte que cette illustration était inappropriée. Au mieux, les ancres nous maintiennent là où nous sommes, mais les ancres ne sont pas dynamiques. Pour bien finir notre parcours, nous n’avons pas besoin d’ancres, mais de bonnes rames.

RAMEURS EN MISSION

Pendant quelques années, j’ai vécu près de la rivière Charles à Cambridge, dans le Massachusetts. Dès que j’en avais le temps, je faisais du vélo le long de la rivière dans l’espoir de voir les équipes d’aviron s’entraîner. La vision des bateaux glissant sur l’eau tandis que les rameurs plongent leurs rames sous la surface en parfaite synchronisation continue de m’impressionner.

J’ai toujours voulu essayer ce sport et récemment, Jill et moi avons eu l’occasion de le faire. Avec quelques collègues du ministère HOPE, nous avons tous revêtu les mêmes t-shirts, et nous avions fière allure lorsque nous sommes arrivés à Princeton, dans le New Jersey, pour passer une journée sur un plan d’eau. En premier lieu, nous avons appris les techniques de base sur des avirons installés à l’intérieur. Cela semblait assez facile. Pourtant, dès que nous nous sommes retrouvés sur l’eau du lac, notre confiance s’est heurtée à une réalité bien inconfortable.

Il semblait que le moindre déplacement du poids du corps risquait de faire chavirer le bateau. La coque tanguait dangereusement. Malgré l’extrême patience et les explications détaillées de nos instructeurs, nos rames provoquaient des éclaboussures et se heurtaient parfois entre elles. Le résultat était que nous dérivions ici ou là sur l’eau du lac. Après plusieurs heures de cours, où nous avions déployé le maximum de nos capacités, notre bateau tanguait pourtant tel un enfant d’un an qui apprend à marcher. Nous avons beaucoup ri et bien trop sollicité nos muscles, mais surtout nous avons acquis une nouvelle appréciation des compétences requises pour faire de l’aviron. Plus jamais nous n’associerons les mots «sans effort» à l’aviron!

Observer les rameurs expérimentés à distance est trompeur. En effet, il n’y a rien de facile à maintenir le bateau en direction de la ligne d’arrivée. La plupart du temps, la petite équipe que nous formions était tellement absorbée par les aspects techniques de l’aviron que nous en oubliions même de nous demander où nous allions!

Cette expérience nous a montré à quel point il est complexe et difficile de rester fidèle à sa mission lorsque l’enjeu va bien au-delà d’un trophée ou d’une médaille. Trop préoccupés par les aspects pratiques de la vie quotidienne et du leadership, nous pouvons insidieusement perdre de vue notre objectif initial. Certainement nous connaissons et respectons des personnes qui vivent leur vie de manière fidèle et qui sont des leaders intègres. Cette fidélité peut nous paraître facile et naturelle; cependant, l’engagement missionnaire d’une vie consacrée et fidèle exige beaucoup plus d’efforts que nous ne pouvons l’imaginer.

Vivre fidèlement sa mission exige de la transparence, de l’engagement et de réels efforts. Certes, nous pouvons nous attendre à quelques maladresses ou égarements, mais connaître précisément notre destination et ramer de toutes nos forces pour l’atteindre est la seule façon d’y parvenir. Se laisser aller à la dérive ne mène jamais à la fidélité missionnaire, que ce soit dans les organisations que nous dirigeons ou dans notre propre vie. Si nous voulons rester fidèles à notre mission, nous devons être prêts à prendre des engagements courageux et à agir avec audace.

COMMENCER EN AYANT LE BUT FINAL À L’ESPRIT

Les funérailles de mon grand-père m’ont poussé à me demander: «Où me mène mon chemin? Et est-ce là que je veux arriver?»

Comme l’a écrit un auteur il y a des milliers d’années, il vaut mieux

se rendre dans une maison de deuil que dans une maison où l’on fait la fête, car nous vivons différemment notre présent lorsque nous gardons à l’esprit la fin de notre vie (voir Ecclésiaste 7.2).

Quelques mois après les obsèques, je me suis assis à ma table de cuisine un samedi matin et j’ai rédigé mon propre éloge funèbre.

En réfléchissant à ce que j’espérais qui serait vrai à mon sujet au moment de ma mort, j’ai pu clarifier ce qui comptait le plus pour moi. Ce que j’ai écrit n’avait rien à voir avec mes réalisations professionnelles. Dans mon éloge funèbre, je n’ai fait aucune mention de titres, d’emplois ou de diplômes. Au lieu de cela, j’ai parlé de mes relations et de ma gratitude envers Dieu et les autres. J’ai écrit sur la vie que je mènerais si je me concentrais sur mon Créateur et si je vivais fidèlement jusqu’à la fin la mission qu’il me confie. C’était plus court et plus simple que je ne l’aurais imaginé : en me concentrant sur ce qui comptait vraiment, je me rendais compte qu’une grande partie de ce pour quoi je m’étais battu n’avait pas sa place.

Cet exercice aurait pu n’être qu’une façon déprimante de passer un samedi matin, mais il s’est avéré être un moment marquant. Assis à la table de la cuisine, j’étais en larmes pendant que j’écrivais. Pour la première fois, j’acquérais une vision claire en couchant sur le papier de ce qui comptait vraiment pour moi. Cet exercice peut sembler un peu sombre, et pourtant c’est ce qui m’a permis de voir la vie avec plus de lucidité.

Rédiger mon éloge funèbre m’a donné l’occasion de préciser ma destination finale et m’a aidé à identifier les corrections de cap que je devais apporter. Ma finalité reprécisée a peu à peu commencé à changer ma façon de vivre le présent.

DÉFINIR NOTRE MISSION

Concentré sur l’impact que je voulais avoir au travail, je perdais de vue ma mission à la fois ultime et plus large, et ce au détriment de ma foi et de ma famille. En réfléchissant à ce que signifiait «bien finir», j’ai compris qu’il y avait des objectifs et des allégeances bien plus élevés que ceux que j’avais définis au niveau organisationnel, et cela vaut pour tous les disciples de Jésus. Notre mission nous vient de Christ lui-même et il s’agit de son plus grand commandement : aimer Dieu et aimer les autres (voir Matthieu 22.37-40).

Bien sûr cette mission est très vaste. Elle ne nous précise pas où œuvrer précisément ni comment investir notre temps. Mais elle nous donne le cadre dans lequel toutes les décisions que nous sommes amenés à prendre doivent être évaluées. Nous sommes appelés à bien ordonner nos priorités si nous voulons vivre de façon juste. Il ne s’agit pas de rechercher ce qui est bien, mais plutôt de rechercher ce qui est meilleur.

Cela me rappelle une hiérarchie proposée par Augustin, évêque nord-africain du 4e siècle, qui définissait la vertu comme «l’ordre de l’amour», c’est-à-dire un amour bien ordonné, des désirs et l’expression de ces désirs placés à leur juste place. Dans ce contexte, Augustin affirme en substance que nous faisons bien d’aimer ce qui nous conduit à vivre une vie vertueuse.4 Seul Dieu répond à ce critère.

Lorsque j’ai eu terminé d’écrire mon éloge funèbre, je savais où et comment je voulais terminer mon parcours de vie, et je savais aussi que corriger le cap n’est pas une activité ponctuelle, mais une activité continue. En effet, je vis à présent chaque jour en gardant à l’esprit la fin de mon parcours terrestre. Chaque année, le jour de mon anniversaire, un rappel dans mon calendrier m’invite à revoir

mon éloge funèbre, à réfléchir à l’année écoulée et à me réaligner pour l’année suivante. En particulier, je me rappelle que ma vie terrestre a une date d’expiration, puis je me demande quelles corrections de cap sont nécessaires pour bien terminer ma mission.

Si nous voulons vivre notre mission fidèlement jusqu’au bout, nous devons avoir une vision claire de notre destination. Si nous n’avons pas défini clairement notre destination, nous courons le risque de nous égarer. Les leaders fidèles à leur mission jusqu’à la fin sont ceux qui connaissent bien leur destination.

DES ACTIONS COORDONNÉES

Une fois que nous avons clairement défini notre objectif, nous devons également comprendre ce qui sera nécessaire pour combler le fossé entre la théorie et la pratique, aligner nos actions et nos décisions sur notre mission, et relier ce que nous faisons aujourd’hui à notre objectif final. Les objectifs sans engagement tenace ne sont presque jamais atteints. Rester fidèle à sa mission nécessite de la détermination et de la discipline. Et il s’agit rarement d’un long fleuve tranquille. La rivière Charles accueille non seulement de nombreux entraînements réguliers d’aviron, mais aussi l’une des plus grandes compétitions mondiales dans cette discipline. Chaque année en octobre, des centaines d’équipes s’affrontent lors de la Head of the Charles Regatta, et j’ai eu le privilège d’assister à plusieurs de ces courses. Une fois, je me trouvais près de la ligne d’arrivée où je pouvais voir ces athlètes se démener de toutes leurs forces pour franchir la ligne, et ensuite s’effondrer sur leurs rames, épuisés et à bout de souffle, une fois la ligne franchie. Pour bien finir la course, ils ont dû redoubler d’efforts et se donner à fond.

Nous savons que cela ne vaut pas seulement pour l’aviron, mais pour tous les sports. Lorsque nous pratiquons un sport, nous nous attendons à ce que cela soit difficile et à ce que nos muscles soient très sollicités. Nous nous attendons à avoir des contusions et des courbatures, et nous savons aussi qu’il faut bien se préparer et s’entraîner intensément pour participer à une compétition. Fan de sport de longue date de la Nouvelle-Angleterre, j’ai souri en écoutant le discours de Tom Brady lors de son entrée au Patriots Hall of Fame. «Pour réussir dans n’importe quel domaine, a-t-il déclaré, il faut simplement être ce que la plupart des gens ne sont pas : constant, déterminé et prêt à travailler dur. Il n’y a pas de raccourcis.»5

Nous comprenons que le même principe s’applique à la musique, à l’art et à la réussite professionnelle, mais trop souvent, nous pensons que l’orientation de notre vie se fait facilement, naturellement ou automatiquement. La réalité est que vivre fidèlement notre vie et notre mission demande des efforts. «La vie est-elle moins importante qu’une course nautique? a demandé Oliver Wendell Holmes Jr. Si un homme est prêt à mettre tous ses efforts à gagner une course nautique, ne dépensera-t-il pas toute la force de son âme pour triompher dans la vie?» 6 Rester fidèle à sa mission exige à la fois une orientation claire et de la discipline. Nous devons savoir précisément où nous allons et faire preuve de diligence et de détermination pour y parvenir.

Cela demande également de l’équilibre. Lorsque notre équipe hétéroclite et improvisée est montée pour la première fois dans le bateau ce matin d’août, nous n’avions pas suivi d’entraînement d’aviron et n’étions vraiment pas au meilleur de notre forme physique. Nous n’avions pas d’objectif précis et ne faisions aucun progrès réel vers une quelconque destination particulière. Mais

plus encore, nous avions du mal à rester dans le bateau tant nous luttions pour garder l’équilibre. À plusieurs reprises, Jill et moi avons été certains que nous allions finir dans le lac. Notre instructeur nous faisait remarquer que nous gitions vers bâbord, et nous compensions immédiatement en penchant vers tribord. Les leaders connaissent la même alternance de réaction. D’une manière générale, lorsque nous prenons conscience de nos mauvaises tendances ou tentations, notre impulsion naturelle peut être d’aller tellement dans le sens opposé, comme en contre-poids à ces tendances, que nous n’en sommes toujours pas à l’équilibre qui nous permet d’exercer correctement notre rôle de leader et de vivre en accord avec notre mission. Il peut nous arriver de considérer une soi-disant bonne chose comme absolument essentielle (ce qui s’apparente à l’idolâtrie), puis comme tout simplement mauvaise et à rejeter, mais cela est parfois une voie vers l’équilibre.

En effet, être et rester en mission exige un équilibre, comme nous continuerons de l’explorer dans les chapitres à venir.

Cela vaut la peine d’être répété : vivre en mission n’est pas facile, et considérer avec lucidité ce qu’implique une dérive personnelle permet de comprendre clairement l’ampleur de l’enjeu.

APPRENDRE À PARTIR DES EXPÉRIENCES DES AUTRES

Peu après avoir rédigé mon éloge funèbre idéal, j’ai écouté un dirigeant raconter une histoire bien particulière, celle d’une série d’expériences humiliantes qui avaient bouleversé sa vie, sa famille et sa réputation. J’ai alors éprouvé un grand respect pour cet homme et sa volonté de rendre témoignage. Avec remords et une grande lucidité, il a reconnu les nombreux petits compromis dommageables et insidieux qu’il avait faits. Il ne s’agissait pas d’une faute majeure, a-t-il expliqué,

mais plutôt d’une longue série de comportements inappropriés et d’actions imprudentes qui ont conduit à une issue désastreuse. Ce n’était pas un raz-de-marée contraire, mais plutôt une dérive.

En écoutant son histoire, je n’ai eu aucun mal à ressentir sa douleur, comme par procuration. Mon ami et mentor Terry Looper dit souvent que pour vraiment changer, il faut connaître la souffrance.

C’est indéniablement vrai, et je me suis aussi souvent demandé s’il était possible d’apprendre quelque chose à partir de la souffrance des autres pour éviter de répéter leurs erreurs. Comme le dit l’auteur et expert en leadership Jim Collins, «mieux vaut tirer les leçons des échecs des autres que de répéter leurs erreurs par ignorance»7. Le fait de ressentir un peu de la souffrance de ce dirigeant pouvait-il m’inciter à changer moi aussi?

Je me suis alors imaginé dans la même situation, où mes dérives personnelles auraient dévasté ceux que j’aime le plus. Je me suis imaginé perdre la confiance de ma femme. Je me suis imaginé regarder mes enfants dans les yeux et leur décrire une série de décisions néfastes que j’avais prises. J’ai imaginé l’impact de ces décisions sur mes collègues et la perte de ma réputation et de ma crédibilité. En vérité, ce n’était pas difficile à imaginer.

Les décisions imprudentes prises par d’autres nous invitent à examiner, non pas si nous en avons nous-mêmes pris, mais dans quelles situations cela a pu nous arriver. La réponse appropriée n’est pas la «schadenfreude» (ce malin plaisir qui consiste à se réjouir des échecs des autres) ou une compassion distante, mais une introspection humble et honnête.

Tout leader ayant connu une dérive pourrait probablement raconter des histoires d’autres personnes qui se sont perdues en chemin. Trop souvent, le problème n’est pas l’ignorance, mais l’arrogance, le fait de croire que cela ne pourrait jamais nous arriver. Pour éviter la

dérive de notre mission sur le plan personnel, il faut commencer par reconnaître que, oui, nous sommes enclins à nous égarer, que, oui, ces histoires pourraient être les nôtres, et que personne n’est immunisé à ce sujet. Cela aurait pu tout aussi bien m’arriver.

L’enjeu est trop important pour faire l’économie d’approfondir les réalités de la dérive et la manière dont elle fait chuter les leaders.

Nous prions pour que ce livre vous aide à évaluer les domaines dans lesquels vous pourriez avoir besoin de vous réaligner, de changer vos perspectives et vos habitudes, et de développer les disciplines qui vous permettront de rester fidèle jusqu’au bout pour mener à bien votre mission. Au terme de chaque chapitre, vous trouverez une prière de notre ami Ryan Skoog, ainsi que des suggestions et des exercices spécifiques pour vous aider dans cette quête.

Bien vivre sa mission commence par une destination claire et la conviction que notre ligne d’arrivée est la fidélité. Êtes-vous prêt à faire le travail nécessaire pour rester fidèle jusqu’au bout dans votre mission?

Si oui, je vous invite à prendre une rame. Préparez-vous donc à ramer.

PRIÈRE

Bon Père, apprends-moi le mouvement du retour vers toi, mon Seigneur et ami, encore et encore.

Dans les moments tendus et les saisons agitées, mon cœur s’est lentement éloigné, peu à peu, sans que je m’en aperçoive.

Saint-Esprit, révèle-moi, montre-moi comment je me suis écarté de ton chemin: dans mes pensées, dans mes désirs, dans mes attitudes.

(Fais silence et écoute.)

Dieu saint, ramène-moi à la maison.

Montre-moi comment je me suis éloigné de ta présence : dans mon emploi du temps, dans mes priorités, dans mes disciplines quotidiennes.

(Fais silence et écoute.)

Ramène-moi à toi avec bonté, avec grâce, avec clarté et amour, comme tu le fais toujours, comme tu le promets toujours.

Combien ton pardon et ta grâce sont constants et persévérants.

Combien tu es miséricordieux, combien tu es patient envers nous, Jésus parfait.

Ryan Skoog

TROUVER SON CHEMIN —

ÉCRIRE VOTRE PROPRE ÉLOGE FUNÈBRE

Écrire votre propre éloge funèbre est une excellente façon de clarifier ce qui compte le plus pour vous. Qu’espérez-vous retenir de votre vie?

Imaginez ceci : Imaginez que vous assistiez à la cérémonie commémorative de votre propre vie. Quelles qualités aimeriez-vous que vos amis et les membres de votre famille reconnaissent en vous?

Dressez une liste des personnes que vous aimeriez voir présentes et des qualités, comportements, actes, réalisations et missions pour lesquels vous aimeriez qu’on se souvienne de vous.

VOTRE CÉRÉMONIE COMMÉMORATIVE

Amis et membres de la famille présents

Qualités, comportements et actes remarquables

Rédigez votre éloge funèbre : Prenez le temps de rédiger votre propre éloge funèbre en suivant les instructions suivantes :

1. Le point de vue des autres :

• Quels souvenirs, événements marquants ou caractéristiques importantes seraient relatés par vos parents, vos frères et sœurs, votre conjoint, vos amis proches, vos enfants ou vos collègues?

• Quels attributs ou qualités espérez-vous voir reconnus?

2. L’œuvre de votre vie :

• En quoi ces réalisations et contributions reflètent-elles votre amour pour Dieu et votre prochain?

3. Réfléchissez au sujet de vos craintes :

• Énumérez quelques-unes des choses que vous craignez que l’on dise sur vous si vous vous éloigniez de votre mission. Que révèlent ces craintes sur les réajustements que Dieu vous invite peut-être à faire?

Révision : Envisagez de faire part de votre brouillon à un ami ou un membre de votre famille en qui vous avez pleinement confiance. Placez un rappel dans votre calendrier pour relire votre éloge funèbre et y réfléchir chaque année. Prenez les dispositions nécessaires de votre choix pour vous rappeler de prier en ces termes : «Apprends-nous à bien compter nos jours, afin que notre cœur parvienne à la sagesse!» (Psaume 90.12).

RENCONTRER NOTRE MENTOR

Ne te prends pas pour un sage. Crains l’Éternel et détourne-toi du mal.

Proverbes 3.7

Un jeune homme de 20 ans accède à un poste d’autorité hors du commun. Il reconnaît humblement son inexpérience et ses limites, ainsi que son influence, et recherche la sagesse et des conseils. Il connaît un succès retentissant dans les affaires et le commerce, écrit des livres et est reconnu pour sa sagesse. Il est respecté dans le monde entier, et les dirigeants parcourent de longues distances pour l’écouter et apprendre de ses expériences. Il est un exemple de la réussite par excellence : le rêve de tout dirigeant. Mais avec le temps, tout cela commence à s’effondrer. L’ego de cet homme grandit au même rythme que son empire. Ses compétences et son succès le conduisent à faire preuve de démesure, et

POUVEZ-VOUS RESTER FIDÈLE À VOTRE MISSION ?

La dérive personnelle précède la dérive organisationnelle. S’inspirant de la vie du roi Salomon et de la sagesse intemporelle de l’Ecclésiaste, Peter Greer et Jill Heisey proposent une exploration approfondie des écueils qui peuvent faire dévier les dirigeants de leur trajectoire, avec des conséquences graves pour eux-mêmes, mais aussi pour les personnes et les organisations qui leur sont proches. Rester attachés à ce qui compte vraiment, à savoir craindre Dieu et respecter ses commandements, voilà ce qui nous aidera à aller de l’avant avec détermination et passion. Ce livre est essentiel pour les dirigeants chrétiens qui sont prêts à faire une pause, à réfléchir et à se recentrer sur leurs missions spirituelles et organisationnelles. Menez une vie intègre, construisez un héritage de fidélité et restez sur la voie d’un leadership qui honore votre mission.

« Plus qu’un appel à bien diriger, il invite à bien transmettre : une vision, des valeurs et un leadership sain à la jeune génération. Un livre incontournable pour tout leader désireux non seulement de réussir, mais de laisser un héritage durable.»

OLIVIER KOFFI AHONON, directeur national de Compassion International Togo

« Attention aux dérives du leadership ! Nous encourageons à parcourir ce livre en se soumettant à Dieu qui restaure et rend les organisations efficaces.»

LÉVY ILUNGA KABUMBE, DG honoraire de la Ligue pour la Lecture de la Bible et Représentant Légal de la Communauté Évangélique de Pentecôte R.D. Congo

« Ce livre rappelle avec force que le leadership durable est d’abord une affaire de cœur. Leadership en déroute équipe les leaders d’aujourd’hui pour résister aux courants subtils qui les éloignent de leur appel et pour exercer un leadership fidèle, humble et fécond.»

CHRISTIAN KUHN, directeur du Réseau évangélique suisse (RES)

« Ancré dans une solide réflexion biblique et nourri d’exemples contemporains, Leadership en déroute est un appel à réaligner le cœur avant les méthodes.»

ERWAN CLOAREC, président du Conseil National des Évangéliques de France (CNEF)

PETER GREER est président et directeur général de HOPE International, une organisation mondiale centrée sur le Christ qui œuvre à réduire la pauvreté physique et spirituelle dans plus de vingt pays à travers le monde. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont Mission Drift, Lead with Prayer, et Rooting for Rivals.

JILL HEISEY a collaboré à la rédaction des livres Lead with Prayer, Rooting for Rivals et The Gift of Disillusionment. Elle est également l’auteure du livre pour enfants Keza Paints a Bright Future et a écrit pour le blog Better Samaritan de Christianity Today

ISBN 978-2-88967-050-5

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