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SOURCE Été 2026

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ÉTÉ 2026, vol. 22 n o 2

Le magazine de l’eau au Québec

Convention de la Poste-publications no 41122591

TAGE REPORLU S I F E XC

Fonds bleu : donner à l’eau les moyens de sa protection

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Densification urbaine : nos infrastructures en eau suivront-elles ?

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L’économie circulaire passe aussi par les boues

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www.magazinesource.cc


reportage « Certains règlements sont là depuis longtemps et ne tiennent pas compte des technologies et des façons de faire qu’on a aujourd’hui, des innovations qui ont été réalisées. »

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— Isabelle Dubé-Côté, présidente et cheffe de la direction d’Écotech Québec

Extras

SOMMAIRE

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RÉSEAU ENVIRONNEMENT

14

CETEQ

16

CPEQ

16

ENVIROCOMPÉTENCES

chroniques 18

RÉSEAU ENVIRONNEMENT FONDS BLEU : DONNER À L’EAU LES MOYENS DE SA PROTECTION

19

CERIU DENSIFICATION URBAINE : NOS INFRASTRUCTURES EN EAU SUIVRONT-ELLES ?

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TRAITEMENT DES EAUX L’ÉCONOMIE CIRCULAIRE PASSE AUSSI PAR LES BOUES

Éditeur et rédacteur en chef André Dumouchel adumouchel@maya.cc

SUR LE RADAR

UN LAURÉAT ASSOIFFÉ D’ENGAGEMENTS ET DE RÉALISATIONS

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12

LES AMIS DE SOURCE

ONSS LES B A T CT

N S CO

Coordonnatrice à la direction de l’édition Eve Matte coordination@maya.cc Direction artistique MAYA Designer graphique Sylvain Malbeuf (SymaPub)

Chroniqueurs Clément Cartier Mathieu Laneuville Rafika Lassel

Espace publicitaire André Dumouchel Téléphone : 450 508-1515 adumouchel@maya.cc

Photos de la page couverture du sommaire et de l’entrevue iStock by Getty Images, 123RF.com

Abonnement et administration MAYA communication et marketing 457, montée Lesage Rosemère (Québec) J7A 4S2 Téléphone : 450 508-1515 info@magazinesource.cc www.magazinesource.cc

Réviseures linguistiques Daphné Bédard Christine Paré

Impression Héon et Nadeau

Journaliste et rédactrice Marie-France Létourneau

Ce magazine est imprimé sur papier à contenu recyclé.

2 LE MAGAZINE DE L’EAU AU QUÉBEC SOURCE VOL. 22 N O 2 ÉTÉ 2026

© Tous droits réservés. Droits d’auteur et droits de reproduction : toute demande de reproduction doit être acheminée à MAYA communication et marketing aux coordonnées figurant ci-dessus. Les opinions et les idées contenues dans les articles n’engagent que leurs auteurs. La publication d’annonces et de publicités ne signifie pas que le magazine SOURCE recommande ces produits et services. Convention de la Poste-publications no 41122591. Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada aux coordonnées figurant ci-dessus. Dépôt légal : 1er trimestre 2005. ISSN 1712-9117. Le magazine SOURCE est publié trois fois l’an.

ÉTÉ 2026, VOL. 22 N O 2

Le magazine de l’eau au Québec


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ÉDITORIAL

LA MACHINE VERTE

A BESOIN D’HUILE J’ai un ver d’oreille depuis que j’ai terminé la lecture du reportage Pour aider la machine verte. Difficile de ne pas penser aux célèbres paroles de la chanson Un musicien parmi tant d’autres, d’Harmonium, en découvrant la démarche entreprise par plusieurs acteurs clés de la filière environnementale québécoise à l’approche des élections.

P

our la toute première fois, six grands regroupements issus des milieux de l’environnement et de l’économie verte se sont alliés afin de réclamer et de proposer, par le biais d’une feuille de route commune, différentes mesures pour faciliter, voire accélérer, la transition écologique au Québec. Comme ils sont au cœur de la machine verte, ils méritent d’être entendus, et leurs propositions valorisées.

Gros bon sens

« On a mis quelqu’un au monde, on devrait peut-être l’écouter. » Le lien avec la chanson d’Harmonium ? N’est-ce pas le gouvernement québécois – porté successivement par différents partis – qui, par ses politiques, ses règlements et ses normes, a contribué en bonne partie à faire naître cet écosystème environnemental et à façonner cette « machine verte » au fil du temps ?

Parfois, il suffirait peut-être de sortir des bureaux et d’aller (ah, ces satanées compressions budgétaires !) davantage sur le terrain. Une présence accrue des représentants du ministère de l’Environnement favoriserait une meilleure compréhension des projets, des besoins et des enjeux, comme l’avance Kevin Morin, directeur général du Conseil des entreprises en technologies environnementales du Québec (CETEQ).

Les politiciens qui aspirent à diriger le Québec au lendemain du 5 octobre ont donc tout intérêt à écouter ce qu’ont à dire ces spécialistes, chercheurs, entrepreneurs et travailleurs qui œuvrent au quotidien à la protection de l’environnement.

Autre exemple : agir pour pallier la pénurie de main-d’œuvre spécialisée, dont celle qui touche les métiers de l’eau, comme le relève la directrice générale d’EnviroCompétences, Dominique Dodier, n’a rien d’un caprice non plus.

Ce qu’ils demandent : davantage de prévisibilité et une accélération des processus ; des stratégies pour attirer et retenir une main-d’œuvre qualifiée ; des programmes d’innovation et un meilleur accès au financement ; une révision de la définition de « matières résiduelles » et une vigilance accrue à l’égard des nouvelles tarifications.

Bref, il n’est pas question ici de revoir à la baisse les normes élevées de protection de l’environnement, mais plutôt de mettre un peu d’huile dans les engrenages de la machine verte pour qu’elle tourne plus rondement et qu'elle gagne en vitesse afin d’atteindre les cibles fixées. Difficile de s’y opposer, non ?

Il n’y a rien de frivole ni de démesuré dans ces requêtes, fondées sur leur expérience du terrain. Que du gros bon sens. Avant de se lancer dans de grandes et coûteuses réformes, comme celle de la consigne, pourquoi ne pas s’assurer que ce qui est en place remplit ses promesses ?

Beaucoup de bruit Reste que si les politiciens tendent d’emblée l’oreille aux différentes doléances en période électorale, la filière environnementale n’aura pas la partie facile cette fois-ci.

André Dumouchel adumouchel@maya.cc

« Il y a beaucoup de bruit actuellement », constate le chroniqueur et vulgarisateur en environnement, Grégory Pratte. Et il n’a pas tort. L’incertitude économique et les soubresauts géopolitiques occupent tout l’espace. Pendant que Donald Trump fait la pluie et le beau temps, le coût de la vie continue son escalade et la crise du logement perdure. Pourtant, les effets des changements climatiques ne se limitent pas à la hausse des températures. Ces bouleversements peuvent aussi se traduire par des répercussions financières bien tangibles sur l’ensemble de la société. Les événements météorologiques extrêmes peuvent notamment affecter les récoltes et faire grimper le prix des aliments. Les inondations, quant à elles, peuvent entraîner une hausse des coûts d’entretien et des primes d’assurance pour les propriétaires de logements et de maisons. Les demandes des acteurs de la machine verte ne peuvent donc pas être ignorées. Les conséquences seraient trop grandes et trop coûteuses. Elles ne doivent pas figurer dans le « top 3 » en période électorale pour finir à la filière 13 une fois le nouveau gouvernement élu. Kevin Morin le rappelle : le secteur de l’environnement repose sur des gens passionnés, motivés et profondément engagés, des bâtisseurs qui croient en leur cause. Encore faut-il leur donner les moyens de continuer à gérer et à protéger notre environnement. Il ne faudrait pas freiner cet élan avec une bureaucratie trop lourde ou trop complexe. Peut-être est-il temps de revoir certaines priorités ? « On a mis quelqu’un au monde, on devrait peut-être l’écouter… » n

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REPORTAGE

POUR AIDER LA MACHINE

VERTE Par Marie-France Létourneau Collaboration spéciale

Plusieurs acteurs de la « machine verte » ont choisi de faire front commun. À l’approche des élections provinciales du 5 octobre, six grands regroupements issus des milieux de l’environnement et de l’économie verte unissent leurs voix pour réclamer une place centrale aux enjeux environnementaux dans les plateformes des partis politiques. « L’union fait la force », rappelle Mathieu Laneuville, président-directeur général de l’organisme Réseau Environnement, qui regroupe plus de 2000 spécialistes en environnement. Il s’agit d’une première, ajoute-t-il du même souffle, qui témoigne de l’importance, voire de l’urgence de la situation. « Il y a urgence pour différentes raisons, renchérit la présidente et cheffe de la direction d’Écotech Québec, Isabelle Dubé-Côté. Pour des raisons climatiques et environnementales, bien sûr. Mais également pour des raisons de résilience et de ressources limitées. » L’eau en est la parfaite illustration. « Le Québec, paradis de l’eau, pourrait-il en manquer au cours des prochaines années ? », lisait-on d’ailleurs dans La Presse, en juin dernier.

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La démarche préélectorale actuelle rassemble l’Association québécoise de la production d’énergie renouvelable (AQPER), le Conseil des entreprises en technologies environnementales du Québec (CETEQ), le Conseil patronal de l’environnement du Québec (CPEQ), Écotech Québec, EnviroCompétences et Réseau Environnement. Ces organisations ont travaillé de concert afin de proposer une « feuille de route commune pour accélérer la transition écologique du Québec ». Cette mobilisation témoigne par ailleurs du poids économique grandissant de l’économie verte au Québec. Selon les données gouvernementales, plus de 85 000 emplois sont associés à l’environnement et aux technologies propres. Le secteur regroupe entre 14 000 et 15 000 entreprises, évalue Dominique Dodier, directrice générale d’EnviroCompétences, le comité sectoriel de la maind’œuvre en environnement.


REPORTAGE

Selon les données gouvernementales, plus de 85 000 emplois sont associés à l’environnement et aux technologies propres.

Plusieurs dossiers

Le MELCCFP – qui a changé d’appellation à plusieurs reprises au fil du temps – a pour sa part vu le jour en 1979. Quelques jalons importants avaient toutefois déjà été posés en 1970, avec la création du poste de ministre d’État à l’Environnement, et en 1972, avec l’adoption de la première Loi sur la qualité de l’environnement.

À l’heure actuelle, le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP) chapeaute un vaste éventail de dossiers : lutte contre les changements climatiques, qualité de l’air, de l’eau et des sols, gestion des matières résiduelles, protection de la biodiversité et de la faune, etc.

Depuis, quantité de lois, règlements, politiques, plans, programmes et stratégies ont été mis en place, notamment en matière de développement durable et de gestion de l’eau. Lancé en 2020, le Plan pour une économie verte 2030 constitue actuellement la principale politique-cadre du gouvernement du Québec en matière d’électrification et de lutte contre les changements climatiques.

L’importance accordée à l’environnement dans la Belle Province ne date pas d’hier. Il y a un siècle, des organismes, tels que la Société Provancher, portés surtout par des ornithologues et des naturalistes, militaient déjà pour la protection de la nature.

Mais, si les politiques-cadres et les investissements du gouvernement contribuent à mettre cette imposante machine verte en mouvement, ce sont toutefois les nombreux acteurs sur le terrain – entrepreneurs, spécialistes, chercheurs et travailleurs – qui lui permettent de poursuivre sa route vers une transition durable.

« L’environnement est l’un des secteurs d’avenir au Québec, avec les technologies numériques. C’est aussi un secteur d’activité qui a beaucoup d’influence sur la compétitivité économique des entreprises au Québec », souligne Mme Dodier.

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REPORTAGE

« Ça nous a pris environ 20 ans pour déployer les premiers 4000 MW, et les autres 4000 MW vont devoir être déployés en 3 ou 4 ans. » Luis Calzado, président-directeur général de l’AQPER

Éolienne, souvenir de Cape-Chat Photo : Denis-Carl Robidoux

Besoin de souffle Or, malgré son élan, la filière environnementale a besoin d’être mieux soutenue, affirment les six organisations. Celles-ci souhaitent profiter des élections provinciales pour mettre en lumière les obstacles qui ralentissent son développement et compliquent l’atteinte des objectifs gouvernementaux. L’environnement fera par ailleurs l’objet d’un débat national, le 21 septembre 2026, à Montréal. Outre les organisations engagées dans la transition environnementale, l’événement devrait réunir les principaux représentants des partis politiques. « C’est important d’agir, compte tenu de tout ce qui se passe aux niveaux économique et géopolitique. Les entreprises ont besoin de souffle en ce moment », fait valoir la présidente-directrice générale du CPEQ, Hélène Lauzon. Selon elle, cette bouffée d’air passe notamment par une simplification, voire une accélération des démarches administratives, en particulier celles liées à la « prévisibilité » des délais rattachés aux processus d’autorisation du Règlement sur l’encadrement d’activités en fonction de leur impact sur l’environnement (REAFIE).

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« L’imprévisibilité des délais freine les entreprises, y compris celles de l’économie verte, ce qui nuit à l’atteinte des objectifs climatiques et d’économie circulaire au Québec », expose Mme Lauzon. Ses propos trouvent écho auprès du directeur général du CETEQ, Kevin Morin. Selon lui, des modifications ont bien été apportées au Règlement, mais elles ne se sont pas traduites par une amélioration pour les entreprises qu’il représente lesquelles sont actives dans plusieurs secteurs.

Accélération des processus Même son de cloche du côté de l’AQPER, qui souhaite voir certains processus s’accélérer. Les objectifs de développement de l’énergie éolienne sont particulièrement élevés. La cible fixée pour 2029 est de 8000 MW, soit le double de la puissance actuelle, qui avoisine les 4000 MW. « Ça nous a pris environ 20 ans pour déployer les premiers 4000 MW, et les autres 4000 MW vont devoir être déployés en 3 ou 4 ans », fait valoir le président-directeur général de l’AQPER, Luis Calzado. Cet ambitieux défi ne pourra être relevé que si les délais d’obtention des permis sont réduits.

Ceux-ci relèvent entre autres du MELCCFP et de la Commission de protection du territoire agricole du Québec. « Chacune des instances a ses propres processus : cela fait en sorte que ça prend plus de temps pour l’octroi des permis, dit M. Calzado. Au final, ça ralentit le déploiement des projets éoliens. » Cependant, ces projets se mettent en branle bien avant l’obtention des permis, souligne le présidentdirecteur général. Les promoteurs procèdent notamment à des embauches et tissent des partenariats avec les communautés d’accueil, lesquelles peuvent à leur tour conclure des ententes avec des institutions financières. Ainsi, tout retard indu dans le processus d’autorisation entraîne un « effet domino » sur l’environnement, l’économie et la transition énergétique, fait-il valoir. L’accélération des processus constitue sans conteste une piste de solution partagée par l’ensemble des secteurs, souligne le président-directeur général de Réseau Environnement, Mathieu Laneuville. La disparité des pratiques d’une région à l’autre, notamment entre les différentes directions régionales du MELCCFP, soulève également des préoccupations. Plusieurs intervenants consultés dans le cadre de ce reportage s’interrogent d’ailleurs sur les raisons pour


REPORTAGE

« Quand on adopte une politique ambitieuse et structurante en environnement, il faudrait penser aux besoins en compétences et en main-d’œuvre pour réaliser cette politique. Mais ce réflexe-là manque, à l’heure actuelle. » Dominique Dodier, directrice générale d’EnviroCompétences

lesquelles des projets semblables peuvent être soumis à des exigences administratives différentes selon la région où ils sont réalisés. Dans cet esprit, Thibaud Daoust, avocat spécialisé en environnement et en développement durable chez Daigneault, avocats, rappelle pour sa part que l’accès à un registre public complet et centralisé pour l’ensemble des autorisations gouvernementales se fait toujours attendre. « Ça a été annoncé il y a presque 10 ans et le registre n’est toujours pas en place, dit-il. Un plus grand accès aux dossiers environnementaux, c’est important, parce que ça permet de voir les bonnes pratiques, mais aussi les mauvais coups. Pour un consultant qui travaille sur un dossier, ça peut être utile de voir ce qui n’a pas fonctionné dans certains projets afin de s’assurer de ne pas faire les mêmes erreurs. »

Moins de silos plus de terrain Autre point sur lequel tous s’entendent : dans un monde idéal, les représentants des ministères seraient plus présents « sur le terrain ». « On aimerait que le ministère soit en mode acquisition de connaissances avant de prendre des décisions de différentes natures, dit Kevin Morin du CETEQ. Mais ça ne se matérialise pas toujours. Pourtant, quand on a pu le faire [ce type de rencontre], ça a été hautement profitable. » « Il y a des limites au téléphone, aux rencontres Teams et aux documents papier », ajoute celui qui prône également un meilleur accès au financement pour les entreprises, notamment en matière d’innovation. Au-delà du dialogue entre le gouvernement et les entreprises, c’est aussi la concertation entre les différents ministères qui gagnerait à être renforcée, estime Dominique Dodier d’EnviroCompétences. Les ministères responsables des transports, du

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développement économique et de l’environnement, cite-t-elle en exemple, ont chacun leurs propres politiques et stratégies. Leurs représentants gagneraient à échanger de façon plus systématique afin d’assurer une plus grande cohérence des actions gouvernementales, croit-elle. Cette nécessité s’applique d’ailleurs aux enjeux de main-d’œuvre, pour lesquels le ministère de l’Emploi devrait être davantage impliqué dans les consultations et les analyses. « Quand on adopte une politique ambitieuse et structurante en environnement, il faudrait penser aux besoins en compétences et en main-d’œuvre pour réaliser cette politique, souligne Dominique Dodier. Mais ce réflexe-là manque, à l’heure actuelle. » Méconnus et plutôt dans l’ombre, les métiers de l’eau souffrent particulièrement d’une pénurie de travailleurs spécialisés depuis plusieurs années.

Favoriser l’économie circulaire Afin d’accélérer la croissance de l’économie verte, Isabelle Dubé-Côté, à la tête d’Écotech Québec, la grappe industrielle des technologies propres, plaide notamment pour sa part pour une mise à jour du cadre réglementaire. « Certains règlements sont là depuis longtemps et ne tiennent pas compte des technologies et des façons de faire qu’on a aujourd’hui, des innovations qui ont été réalisées », dit-elle. La définition de « matières résiduelles », notamment, doit impérativement être actualisée, réagit de son côté Claude Maheux-Picard, directrice générale au Centre de transfert technologique en écologie industrielle (CTTEI). Cette position est relayée, tant dans la feuille de route commune des six organisations environnementales

que sur la plateforme en ligne de Réseau Environnement destinée aux candidats à l’élection. « Le cadre réglementaire en gestion des matières résiduelles doit être révisé et adapté aux impératifs de la revalorisation, à travers une approche combinant innovation et gestion du risque basée sur les meilleures pratiques internationales », estime Réseau Environnement. Le CTTEI, bien au fait des enjeux soulevés par les six regroupements à l’origine de la démarche commune, aide les entreprises à trouver des débouchés rentables pour différents résidus. « La réglementation ne facilite pas les choses, parce qu’on considère qu’une matière résiduelle est une matière destinée à l’abandon et qui ne peut pas être réutilisée dans un procédé, relève Mme Maheux-Picard. Ça ne favorise pas les solutions de recyclage. » « Quand une entreprise essaie d’intégrer des matières résiduelles comme intrants dans ses procédés pour essayer de faire de l’économie circulaire, elle se retrouve souvent à devoir passer à travers un champ de mines réglementaire », confirme Me Thibaud Daoust. Résultat : plusieurs entreprises abandonnent leurs projets d’économie circulaire parce qu’il est coûteux et compliqué d’obtenir les autorisations nécessaires pour utiliser des matériaux recyclés, constate-t-il. Des solutions existent néanmoins pour favoriser l’économie circulaire. Parmi celles-ci : augmenter les redevances à l’enfouissement et imposer un pourcentage de matières recyclées dans la fabrication de certains produits, avance Claude Maheux-Picard. « On pourrait aller plus loin au Québec, est convaincue la directrice générale du CTTEI. On souhaite voir du courage avec une vision à long terme. »


REPORTAGE Sur une note positive, Hélène Lauzon, du CPEQ, souligne que des allégements apportés au REAFIE en juillet 2026 « devraient faciliter des activités à impact environnemental positif, comme la valorisation de matières résiduelles et l’installation d’équipements destinés à prévenir, à diminuer ou à faire cesser les rejets de contaminants dans l’atmosphère ».

L’importance du pourquoi Pour Grégory Pratte, vulgarisateur en environnement et chroniqueur, les revendications de la machine verte sont tout à fait légitimes. Mais elles pourraient avoir du mal à trouver écho dans le débat public actuel, largement accaparé par les questions de défense et d’économie. « Tant économiquement que politiquement, il y a beaucoup de bruit, laisse-t-il tomber. On est aussi dans un contexte multicrises. Il faut loger notre monde et le nourrir. » Selon lui, les six organisations devront donc veiller à expliquer clairement le « pourquoi » de leurs demandes, c’està-dire les raisons pour lesquelles il est nécessaire d’adopter de nouvelles mesures, de revoir certaines procédures et de changer les façons de faire. « Et on ne doit pas juste informer, il faut aussi sensibiliser et éduquer », dit Grégory Pratte. Dans le contexte de changements climatiques, cela doit d’ailleurs devenir, selon lui, un « moteur d’action » afin de répondre aux besoins de la population. Ces besoins sont simples, dit-il. « Les citoyens ne veulent pas que leur sous-sol soit inondé à cause des pluies diluviennes, que leur maison brûle en raison des feux de forêt, que leur cabanon s’envole à cause des grands vents et que leur grand-mère meure de chaleur parce qu’il n’y a pas de climatisation dans son CHSLD », illustre M. Pratte.

Références CHAMPAGNE, Éric-Pierre. « Le Québec pourrait-il manquer d’eau au cours des prochaines années ? », La Presse, [En ligne], 8 juin 2026. [https://www.lapresse.ca/actualites/environnement/2026-06-08/le-quebec-pourrait-ilmanquer-d-eau-au-cours-des-prochaines-annees.php]

Principales mesures structurantes recommandées dans la feuille de route commune pour une transition écologique du Québec Prévisibilité et accélération des processus • Multiplier les visites sur le terrain • Structurer le recours aux visites terrain • Renforcer l’expertise interne • Publier des lignes directrices claires et accessibles Main-d’œuvre • Développer une stratégie intégrée des compétences liées à la transition écologique • Accélérer la formation et la requalification • Agir sur la pénurie de main-d’œuvre • Renforcer l’attractivité et l’accessibilité des métiers en environnement Financement et programmes d’innovation • Pérenniser les programmes à faible coût et aux retombées importantes, portés par des experts qui permettent d’en réduire les coûts • Bonifier les programmes d’aide et d’investissement et en garantir la continuité • Simplifier l’accès à ces programmes • Optimiser l’utilisation des fonds disponibles Définition des matières résiduelles • Ouvrir une consultation pour moderniser la définition de « matière résiduelle » inscrite dans la Loi sur la qualité de l’environnement Vigilance accrue pour les nouvelles tarifications • Évaluer rigoureusement l’impact sur la compétitivité des entreprises québécoises • Assurer une prévisibilité suffisante • Cibler un réinvestissement dans les entreprises innovantes qui sont touchées • Minimiser les procédures administratives

« Ça irait mieux si on décidait de prendre soin de notre environnement », conclut-il. n

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EXTRA RÉSEAU ENVIRONNEMENT

DES ENGAGEMENTS CLAIRS POUR LES INFRASTRUCTURES D’EAU Le vieillissement des infrastructures d’eau souterraine représente un défi de taille qui ne peut plus être ignoré. Seuls des investissements soutenus et une planification à long terme permettront d’en assurer la pérennité, estime le président-directeur général de Réseau Environnement, Mathieu Laneuville. Selon lui, cet enjeu devrait figurer au cœur des engagements des partis politiques. « C’est vraiment important pour nos membres », affirme-t-il. Réseau Environnement regroupe plus de 2 000 spécialistes en environnement issus des secteurs privé, public et universitaire. Ceux-ci œuvrent dans différents domaines liés à l’environnement, notamment l'eau, l’air, les sols, les matières résiduelles, les changements climatiques, l’énergie, les eaux souterraines et la biodiversité. Mathieu Laneuville souligne que l’état de vétusté des infrastructures souterraines figure parmi les trois grandes priorités que l’organisme souhaite voir prises en charge par le prochain gouvernement, à l’issue des élections de l’automne. Selon lui, cet enjeu souffre depuis longtemps d’un manque de visibilité, notamment parce qu’il concerne des infrastructures enfouies sous terre. La situation est toutefois en train de changer, se réjouit-il. Au cours des derniers mois, plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer leur vétusté ainsi que le déficit d’entretien des infrastructures publiques, qui dépasse les 40 milliards de dollars. L’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ), l’Union des municipalités du Québec (UMQ) ainsi que le Groupe tactique sur les infrastructures en eau liées au logement, formé entre autres par l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation (APCHQ), l’Association de la construction du Québec (ACQ) et Réseau Environnement, ont tour à tour exprimé leurs préoccupations.

Solutions proposées Selon le président-directeur général de Réseau Environnement, des solutions existent, et il formule le souhait que les « partis politiques mettent la main à la pâte, prévoient une stratégie d’investissement et règlent l’enjeu ». Or, le message semble vouloir passer. La première ministre du Québec, Christine Fréchette, a annoncé en juin une aide d’un milliard de dollars sur dix ans pour aider les municipalités à entretenir leurs infrastructures en eau. Une somme insuffisante pour régler tous les

« Plus le déficit de gestion des actifs croît, plus la gestion de risque devient délicate, et les choix, difficiles. »» — Mathieu Laneuville, président-directeur général de Réseau Environnement

problèmes, a néanmoins reconnu dans la foulée le ministre des Finances, Éric Girard, selon La Presse. Dans sa plateforme électorale 2026 pour le Québec intitulée Des actions concrètes pour une économie verte, rentable et crédible, élaborée en prévision des élections de l’automne, Réseau Environnement recommande l’adoption d’une stratégie comprenant notamment la création de réserves financières municipales destinées au financement du maintien des actifs. Cette réserve pourrait s’inspirer du modèle des fonds de prévoyance désormais obligatoires dans les copropriétés divises. « Si on a été capables de le faire dans le secteur privé, on devrait être capables de le faire pour un service essentiel comme l’eau », estime Mathieu Laneuville. Réseau Environnement propose également que les gouvernements du Québec et du Canada contribuent au financement du déficit d’entretien et des travaux de mise aux normes. L’organisme préconise par ailleurs l’instauration d’une tarification volumétrique de l’eau, appuyée par l’installation de compteurs, dans les secteurs industriel, commercial et institutionnel. Cette tarification volumétrique pourrait en outre être proposée au secteur résidentiel et devenir obligatoire dans les municipalités où la capacité des infrastructures limite l’approvisionnement en eau. « Les solutions existent, réagit le président-directeur général du regroupement de spécialistes. Il reste à avoir le courage politique pour régler cet enjeu-là. »

Les fameuses lingettes… Réseau Environnement presse également le futur gouvernement d’agir sur l’étiquetage des lingettes humides. Trop souvent jetées dans les toilettes, celles-ci causent d’importants problèmes dans les égouts et obligent les municipalités à débourser des dizaines de millions de dollars annuellement pour remédier aux blocages qu’elles provoquent. Selon l’organisme, « il est nécessaire d’avoir des normes claires permettant aux fabricants de promouvoir des lingettes comme étant "jetables" dans les toilettes seulement si elles respectent les critères de biodégradabilité établis ». Réseau Environnement est convaincu que l’adoption de logos uniformes sur les paquets de lingettes contribuerait à une meilleure protection des infrastructures d’eaux usées. « Ça coûterait quelques centaines de milliers de dollars et on réglerait cet enjeu-là, calcule Mathieu Laneuville. Ça permettrait de sauver des millions par année. Le délai de récupération de cet investissement serait très court. Il y a des initiatives concrètes que le gouvernement pourrait mettre en place pour faire des changements majeurs. » Mathieu Laneuville estime que les politiciens sont à l’écoute des demandes et des préoccupations des acteurs du secteur environnemental. « Il faut que ça se traduise par des engagements concrets sur les plateformes électorales », déclare-t-il. n

Pour consulter la plateforme électorale de Réseau Environnement : www.reseau-environnement.com/blog/memoires-1/plateforme-electorale-2026-pour-le-quebec-117

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EXTRA CETEQ

PLUS DE PRÉVISIBILITÉ, RÉCLAME LE CETEQ La croissance de l’économie verte est ralentie par la lourdeur de certains processus d’autorisation gouvernementale et par des difficultés d’accès au financement, notamment en matière d’innovation, estime le directeur général du Conseil des entreprises en technologies environnementales du Québec (CETEQ), Kevin Morin.

« Quand une entreprise dépose une demande, elle ne sait jamais si son traitement demandera un mois, six mois ou un an. » — Kevin Morin, directeur général du CETEQ

D’entrée de jeu, le CETEQ réclame aux partis politiques qui aspirent à former le prochain gouvernement davantage de « prévisibilité » dans le traitement des demandes, particulièrement celles déposées en vertu du Règlement sur l’encadrement d’activités en fonction de leur impact sur l’environnement (REAFIE).

« Il y a des entreprises qui déposent une demande, et ça prend neuf mois avant que les autorités gouvernementales posent les premières questions sur le projet. Parfois, c’est plus court, d’autres fois, plus long. »

Le REAFIE a fait l’objet de modifications au fil du temps, y compris tout récemment, fait valoir M. Morin. Or, ces allégements ne se font pas toujours sentir pour le type de projets pilotés par les membres du CETEQ. L’organisme regroupe les entreprises privées des principaux secteurs de l’économie verte québécoise, dont celui de la gestion des matières résiduelles.

Selon Kevin Morin, cette absence de prévisibilité entraîne différents enjeux, notamment en ce qui a trait au financement. « Quand une entreprise dépose un projet, le financement est pas mal attaché, expliquet-il. Mais quand ça prend un an pour avoir le feu vert, ça ne veut pas dire que les sommes sont encore disponibles et que les bailleurs de fonds sont au rendez-vous. »

Le gouvernement a modifié de manière substantielle la Procédure d'évaluation et d'examen des impacts sur l'environnement (PEEIE) au cours de la dernière année, afin notamment d'offrir plus de prévisibilité aux entreprises quant aux délais. « C'est très bien, reconnaît M. Morin. Or, cela vise les très gros projets qui passent par le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE), et ça ne concerne pas la majorité des entreprises. »

« Il arrive que des entreprises se découragent du processus et investissent, si elles sont implantées ailleurs, dans d’autres territoires où les autorisations sont plus faciles à obtenir », ajoute le dirigeant du CETEQ.

« C'est au niveau des autorisations ministérielles que l'absence de prévisibilité est notable, poursuit-il. Mais la bonne nouvelle, c'est que, puisqu'on l'a fait pour les projets qui passent par le BAPE, on devrait être capables de le faire pour le REAFIE. » L’agrandissement d’un centre de tri ou l’augmentation de sa capacité, tout comme l’acquisition d’un nouvel équipement par un recycleur-conditionneur de matières résiduelles, doivent, par exemple, faire l’objet d’une demande d’autorisation ministérielle en vertu du REAFIE, illustre-t-il.

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Enjeux et innovation

En somme, précise-t-il, l’organisme ne demande pas un assouplissement des exigences du REAFIE, mais plutôt une meilleure prévisibilité quant aux délais de traitement des demandes. Le gouvernement, qui s’est fixé des cibles à atteindre en matière environnementale, aurait d’ailleurs tout à gagner, dans les circonstances, croit M. Morin. Selon lui, les projets pilotes misant sur l’innovation ont également de la difficulté à émerger et à se maintenir à long terme. Dans un monde idéal, le gouvernement devrait se montrer davantage ouvert à la prise de risque afin de favoriser le développement de solutions et de procédés novateurs pour répondre à divers enjeux environnementaux.

Du même souffle, il encourage les fonctionnaires gouvernementaux à « aller sur le terrain » pour mieux comprendre la réalité des différents secteurs.

Financement réduit Kevin Morin soutient par ailleurs que les entrepreneurs qui cherchent du financement, notamment pour mettre en place des projets pilotes visant à répondre à de nouveaux enjeux, comme les substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées (PFAS), ces « polluants éternels », n’ont pas la partie facile. Les enveloppes allouées aux programmes d’innovation, qui permettent de réaliser des études ou des tests « en amont des grands projets », ne sont pas suffisantes, calcule-t-il. « On a besoin de programmes d’innovation. D’autant plus que les retombées de ces investissements sont majeures », soutient-il. Ce dernier plaide en outre pour une plus grande prévisibilité quant au renouvellement des programmes d’aide financière. Les enveloppes disponibles s’épuisent souvent rapidement et, ce faisant, les entrepreneurs, qui ont développé un projet, doivent parfois patienter plusieurs mois, voire quelques années, avant que le programme soit relancé. Kevin Morin cite en exemple le programme Écocamionnage, qui vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) dans le transport de marchandises. Un délai de neuf mois s’est écoulé avant que le programme soit finalement reconduit jusqu’en 2028. « Ce qui aide notre secteur, c’est qu’on a des gens passionnés, motivés et engagés, des bâtisseurs qui croient en la cause, qui font des pieds et des mains pour atteindre leurs objectifs de valoriser et de détourner les matières [des sites d’enfouissement], estime le directeur général du CETEQ. Mais on aurait plus de gains si on se sentait davantage appuyés par le gouvernement. » n


SOLUTION

eaux usées Maîtrise des nuisances olfactives à toutes les étapes du processus bassins d’aération e zones de manutention des boues.

e nt les odeurs en milieux e nts. FONCTIONNEMENT Q U AT R E S A I S O N S

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EXTRA CPEQ

« LES ENTREPRISES DE L’ÉCONOMIE VERTE ONT BESOIN D’AIDE » Bousculées par les turbulences économiques et géopolitiques, les entreprises, y compris celles du secteur de l’économie verte, ont besoin d’une marge de manœuvre accrue, affirme la présidente-directrice générale du Conseil patronal de l’environnement du Québec (CPEQ), Hélène Lauzon. Celle-ci plaide notamment pour des processus réglementaires plus souples et plus efficaces, tout en maintenant des normes élevées de protection de l’environnement. Selon Mme Lauzon, le poids croissant du fardeau financier incite les entreprises à faire preuve de prudence avant d’investir, d’autant plus que la complexité des processus vient souvent freiner leur élan. « Il manque de prévisibilité, estime-t-elle. Nos entreprises nous disent qu’elles ont besoin d’aide et qu’il faut que ce soit plus clair, plus prévisible et plus efficace. » Les délais de réponse inégaux, entre autres dans le cadre du Règlement sur l’encadrement d’activités en fonction de leur impact sur l’environnement (REAFIE), constituent un enjeu préoccupant, selon le CPEQ, qui représente 350 entreprises et associations de différents secteurs économiques. Les entreprises disposent de délais très courts, souvent difficiles à prolonger, pour répondre aux multiples demandes d’information du ministère de l’Environnement, de la Lutte aux changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP), expose Hélène Lauzon.

« À l’inverse, peu de prévisibilité est offerte quant au temps requis par le MELCCFP pour analyser ou traiter ces réponses. Cette asymétrie engendre une incertitude opérationnelle importante pour les promoteurs », ajoute la présidente-directrice générale du CPEQ. Cela dit, les modifications réglementaires réalisées en juillet 2026 par le ministère représentent une avancée positive, estime Mme Lauzon. Les allègements réalisés devraient, entre autres, entraîner une diminution de 15 % du volume des demandes d’autorisation ministérielle et réduire les coûts associés à la documentation exigée des demandeurs.

Engagements souhaités S’il n’en tient qu’au CPEQ, le prochain gouvernement devra néanmoins rapidement s’engager à accroître la transparence quant aux délais nécessaires au traitement d’un dossier, à réduire les délais d’autorisation, à offrir une meilleure

prévisibilité réglementaire ainsi qu’à assurer une harmonisation interrégionale. Cette dernière demande s’explique notamment par les disparités observées dans le traitement des dossiers d’une direction régionale à l’autre du ministère de l’Environnement, souligne Hélène Lauzon, également avocate et urbaniste. Des projets éprouvés et fonctionnels dans une région donnée, qui pourraient être déployés ailleurs au Québec, se heurtent à des exigences administratives variables selon les régions, déplore-t-elle. Résultat : ces écarts freinent le déploiement des initiatives à l’échelle provinciale. Le secteur environnemental québécois est un moteur d’innovation, de création d’emplois et de transition écologique, fait valoir la dirigeante du CPEQ. « Pour investir, embaucher et planifier, les entreprises ont toutefois besoin d’un environnement stable, prévisible et propice à des décisions à long terme », conclut-elle.

EXTRA ENVIROCOMPÉTENCES

PRÉOCCUPANTE PÉNURIE DE MAIN-D’ŒUVRE La pénurie de main-d’œuvre continue de fragiliser des secteurs névralgiques de l’environnement. Selon la directrice générale d’EnviroCompétences, Dominique Dodier, les métiers de l’eau, étroitement liés à la santé publique, sont particulièrement touchés. Dans le domaine des matières résiduelles, en plein essor, les besoins de recrutement dépassent eux aussi l’offre disponible. Ce n’est pas la première fois que Mme Dodier tire la sonnette d’alarme sur la situation « catastrophique » des métiers de l’eau. La problématique perdure depuis des années. Bien que les différents programmes de formation permettent de diplômer chaque année entre 150 et 200 nouveaux opérateurs et techniciens en traitement et en assainissement des eaux, plus de 500 travailleurs prennent leur retraite annuellement. La relève qualifiée est donc insuffisante pour combler les besoins actuels et futurs de main-d’œuvre dans ce secteur, souligne-t-elle. Les nouvelles mesures gouvernementales en matière d’immigration accentuent également le problème. Elles limitent l’accès de certains acteurs majeurs du secteur, dont Aquatech et Nordikeau, à un bassin de travailleurs qualifiés en France, déplore vivement Dominique Dodier. Au-delà d’une révision des règles d’immigration, plusieurs pistes de solution peuvent être envisagées,

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estime la directrice générale d’EnviroCompétences, qui représente le comité sectoriel de la main-d’œuvre en environnement. Elle évoque notamment l’accélération de la formation, des mesures pour faciliter la requalification des travailleurs ainsi qu’un arrimage plus étroit des investissements en formation aux besoins du marché du travail.

Grands chantiers Dominique Dodier souligne en outre que la gestion des déchets est au cœur d’une petite révolution chez nous. « On parle beaucoup de gestion de la consigne et de matières résiduelles au Québec. Il y a de grands chantiers, de grands vœux et de grands rêves, dit-elle. Mais est-ce qu’on a les ressources en quantité et en qualité pour les réaliser ? » La réponse à cette question est non, estime cette spécialiste des services liés à la main-d’œuvre. Bien que les centres de tri soient aujourd’hui plus

automatisés qu’auparavant, ils demeurent tributaires d’une main-d’œuvre importante. Des travailleurs sont également nécessaires pour transformer les matières récupérées et les réintroduire dans l’économie. « Les besoins restent considérables », résume Mme Dodier. Au Québec, 10 000 emplois sont liés à la gestion des matières résiduelles. Selon Mme Dodier, le contexte actuel souligne plus que jamais l’importance, pour les acteurs concernés – à commencer par le ministère de l’Emploi –, de mieux cerner les compétences dont auront besoin les différents secteurs pour atteindre leurs objectifs de développement économique. « En planifiant davantage les compétences, on peut mieux orienter les actions et les projets, mais aussi influencer la formation continue et la formation diplômante. Il faut assurer une adéquation entre les compétences et les besoins réels des entreprises », conclut-elle. n


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RÉSEAU ENVIRONNEMENT

FONDS BLEU : DONNER À L’EAU LES MOYENS DE SA PROTECTION

Mathieu Laneuville ing., M. Sc. A. Président-directeur général Réseau Environnement mlaneuville@reseau-environnement.com

qui encourage les organisations à optimiser leur consommation et à adopter des pratiques plus durables. Elle envoie aussi un signal clair quant à l’importance de préserver cette richesse collective pour les générations futures.

A

AGIR EN AMONT POUR UNE UTILISATION EFFICACE Toutefois, assurer une gestion durable de l’eau ne peut reposer uniquement sur des mécanismes financiers. Il demeure essentiel d’agir en amont, en intégrant les considérations liées à l’utilisation efficace de l’eau dès la conception des projets. Les choix technologiques et les procédés mis en place aujourd’hui influeront sur les volumes consommés pendant plusieurs décennies. Une approche préventive permettrait de réduire durablement les prélèvements, plutôt que des interventions ponctuelles lors des périodes de sécheresse.

UN PRINCIPE FONDÉ SUR LA RESPONSABILITÉ DES UTILISATEURS Ce fonds repose sur un principe simple : les utilisateurs de la ressource doivent contribuer aux efforts requis pour en assurer la pérennité. Cette approche favorise une meilleure reconnaissance de la valeur de l’eau et établit un lien direct entre son utilisation et les investissements nécessaires à sa protection.

La base d’une bonne gestion passe également par la maîtrise des données. Il demeure difficile de gérer adéquatement ce qui n’est pas mesuré. C’est pourquoi Réseau Environnement recommande de rehausser les exigences liées à la mesure directe des prélèvements d’eau. Une connaissance accrue des volumes réellement utilisés soutiendra une planification optimale de la ressource et une prise de décision fondée sur des données fiables. Ces informations favoriseraient aussi une meilleure compréhension des pressions exercées sur les différents bassins versants et à orienter les investissements là où les besoins sont les plus importants.

Motivé par l’importance de préserver cette ressource et par la volonté de garantir la viabilité à long terme du Fonds bleu, Réseau Environnement a mobilisé ses membres pour rédiger un mémoire dans le cadre de la révision à venir du Règlement sur la redevance exigible pour l’utilisation de l’eau. Les recommandations qui en découlent visent à renforcer les mécanismes de financement de la gestion de l’eau, tout en encourageant une utilisation plus responsable de la ressource dans un esprit de cocréation avec le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP).

TRANSPARENCE ET REDDITION DE COMPTES La transparence constitue un autre élément fondamental. L’ensemble des parties prenantes et la population doivent pouvoir comprendre comment les sommes perçues sont utilisées et quels résultats elles génèrent. Une reddition de comptes plus accessible concernant les volumes d’eau prélevés et les projets financés contribuerait à accroître la confiance envers le régime de redevances et le Fonds bleu.

vec l’entrée en vigueur de la Loi instituant le Fonds bleu, le 1er juillet 2023, le gouvernement du Québec a franchi une étape majeure dans la reconnaissance de l’eau comme une richesse collective devant faire l’objet d’une protection accrue. Entièrement consacré à la protection, à la restauration et à la gestion durable de cette ressource essentielle, le Fonds bleu constitue aujourd’hui un levier indispensable pour soutenir les actions visant à préserver notre patrimoine hydrique.

L’eau est souvent perçue comme une richesse abondante au Québec. Pourtant, les changements climatiques, l’augmentation de la demande et les pressions exercées sur les écosystèmes nous rappellent qu’elle demeure vulnérable. UN FINANCEMENT À LA HAUTEUR DES DÉFIS La protection de l’eau est essentielle non seulement pour la santé de nos milieux naturels, mais aussi pour la prospérité de nos collectivités et de notre économie. À l’heure actuelle, environ le tiers du financement du Fonds bleu provient de la redevance sur l’utilisation de l’eau. Dans une perspective d’autofinancement souhaitée par le gouvernement, Réseau Environnement propose de renforcer ce mécanisme. Il recommande d’élargir le nombre d’entités assujetties à la redevance à l’ensemble du secteur non résidentiel et de doubler les taux de la redevance pour les milieux hydriques vulnérables. Une telle mesure aiderait à mieux répartir les responsabilités financières liées à la protection de l’eau tout en augmentant les revenus du Fonds bleu. Une révision des taux applicables contribuerait à refléter plus justement la valeur réelle de la ressource et à consolider le rôle de la redevance. Audelà de sa fonction de financement, celle-ci constitue un outil incitatif

Les recommandations formulées par Réseau Environnement s’articulent autour d’une vision cohérente de la gestion durable de l’eau au Québec. En accentuant le lien entre l’utilisation de la ressource et son financement, en améliorant la connaissance des prélèvements et en encourageant des pratiques plus responsables, les mesures proposées appuieraient la pérennité du Fonds bleu tout en protégeant notre patrimoine hydrique. UNE MOBILISATION COLLECTIVE NÉCESSAIRE Dans les mois et les années à venir, Réseau Environnement poursuivra ses efforts afin de promouvoir une gestion durable de l’eau fondée sur les meilleures pratiques et sur l’expertise de ses membres. En donnant au Fonds bleu les moyens nécessaires à sa réussite, nous envoyons un message clair : l’eau n’est pas une ressource inépuisable, mais un bien collectif précieux dont la valeur se mesure à sa juste utilisation. Ensemble, nous avons l’occasion de bâtir un modèle de gestion exemplaire qui permettra au Québec de demeurer une référence en matière de protection et de valorisation de l’eau. Cette ambition collective exige une mobilisation continue des gouvernements, des municipalités, des entreprises et de la société afin d’assurer la pérennité de cette ressource essentielle pour les générations actuelles et futures. n

Pour consulter le mémoire : www.reseau-environnement.com/blog/memoires-1/memoire-redevances-exigibles-pourlutilisation-de-leau-109

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CERIU

DENSIFICATION URBAINE : NOS INFRASTRUCTURES EN EAU SUIVRONT-ELLES ? Rafika Lassel M.A. Directrice de l’Observatoire de la gestion intégrée de l’espace public urbain du Centre d’expertise et de recherche en infrastructures urbaines (CERIU) rafika.lassel@ceriu.qc.ca

d’égouts unitaires, dégradation de la qualité des milieux récepteurs, perturbations morphologiques, inondations urbaines et refoulements d’égout.

our répondre à la croissance démographique et à la crise du logement, les villes misent de plus en plus sur la densification. Souvent présentée comme une voie nécessaire et durable pour limiter l’étalement urbain et optimiser les réseaux existants, cette approche soulève toutefois plusieurs défis. Dans un contexte où les changements climatiques exercent également des pressions croissantes sur les infrastructures municipales, une question s’impose : les réseaux urbains sont-ils prêts à accueillir cette croissance ?

MESURES D’ADAPTATION Le rapport présente également un éventail de mesures d’adaptation, regroupées en trois grandes catégories : les mesures réglementaires et de planification, les mesures structurelles, et les mesures comportementales et citoyennes.

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C’est précisément à cet enjeu que s’intéressent l’Observatoire de la gestion intégrée de l’espace public urbain du CERIU et ses partenaires. Ils ont confié un mandat de recherche à Émilie Bilodeau, doctorante à l’École de technologie supérieure (ÉTS), sous la supervision de Jean-Luc Martel, professeur à l’ÉTS. Le rapport qui en découle offre aux villes un cadre de réflexion et d’action particulièrement pertinent. DENSIFIER, MAIS À QUELLES CONDITIONS ? La densification ne constitue pas uniquement un enjeu d’urbanisme ou de logement : elle a des répercussions directes sur les infrastructures municipales. Le rapport montre qu’elle peut accroître la demande en eau potable, augmenter la production d’eaux usées et intensifier le ruissellement pluvial en raison de l’imperméabilisation des sols. Autrement dit, il est difficile d’envisager une densification durable sans s’assurer que les infrastructures en place pourront soutenir cette croissance. Le rapport combine une revue de la littérature et une enquête auprès de villes québécoises, canadiennes et internationales. Il documente à la fois les répercussions observées, les mesures d’adaptation déjà mises en œuvre et les perceptions recueillies directement auprès des municipalités. PORTRAIT DE LA DENSIFICATION Dans un premier temps, Émilie Bilodeau dresse un portrait de la densification au Québec en présentant ses objectifs et ses différentes formes, les contraintes qui peuvent en limiter la mise en œuvre ainsi que les modalités de planification. L’étude montre que la densification ne se manifeste pas de manière uniforme sur le territoire. Elle peut passer par le redéveloppement de secteurs existants, la mise en valeur de terrains vacants, la reconversion de friches ou encore le redécoupage de lots. Sa réalisation peut aussi se heurter à des contraintes d’espace, à des conflits d’usage ou à une résistance citoyenne. RÉPERCUSSIONS L’autrice propose ensuite une analyse détaillée des répercussions de la densification sur les infrastructures en eau. En ce qui a trait à l’eau potable, les enjeux sont nombreux. Une augmentation de la population peut engendrer des effets en cascade : hausse de la consommation, pression accrue sur les sources d’approvisionnement, vulnérabilités du réseau, risques de rupture ou de contamination. Dans certains contextes, la densification peut soulever des questions liées à l’empreinte hydrique, au stress hydrique, à la dépendance aux sources d’eau souterraine, à l’accès à la ressource, à la santé publique et aux besoins d’investissement additionnels. Les conséquences sont tout aussi importantes du côté des eaux usées et pluviales. L’augmentation des volumes et des débits accélère l’usure des infrastructures et accroît les risques de saturation. Le rapport met notamment en lumière des problèmes déjà bien connus des municipalités : débordements

L’étude permet ainsi de mieux comprendre pourquoi certains réseaux deviennent insuffisants, pourquoi les surverses persistent, pourquoi certains secteurs sont plus vulnérables aux pluies intenses et pourquoi les coûts associés à la modernisation des infrastructures continuent d’augmenter.

Il y est notamment question de plans de gestion intégrée de l’eau urbaine, de planification fondée sur des modèles climatiques, d’approches de planification multi-échelles, de cadres réglementaires, de préservation des infrastructures naturelles, de réfection des réseaux, de développement à faible empreinte, de gestion améliorée des ressources en eau et de technologies intelligentes. À ces mesures s’ajoutent des initiatives d’éducation, de participation citoyenne et de tarification incitative visant à favoriser une utilisation plus responsable de la ressource. Le rapport souligne que l’adaptation ne repose pas sur une solution technique unique, mais plutôt sur une combinaison d’interventions complémentaires à mobiliser en fonction des réalités territoriales, des capacités financières et des priorités locales. FREINS ET LEVIERS Le rapport rappelle aussi que les obstacles à l’action ne sont pas uniquement techniques. Les enjeux de gouvernance, de coordination, de leadership, de ressources humaines et de financement jouent souvent un rôle dans la réussite des mesures d’adaptation. À cela s’ajoutent les défis liés à l’entretien des infrastructures, à l’acceptabilité sociale, à la planification de l’espace urbain et à l’adaptation du parc bâti existant. L’étude montre que les limites organisationnelles, les contraintes budgétaires, les silos administratifs ou la difficulté de mobiliser les citoyens peuvent freiner l’action. QUELQUES PISTES… Enfin, les recommandations formulées invitent les municipalités à évaluer localement les répercussions de la densification, à adapter les mesures au contexte propre à leur territoire, à investir dans des études et des projets pilotes, à intégrer l’adaptation dès les premières étapes de la planification et à mettre en place des mécanismes de suivi permettant d’ajuster les interventions au fil du temps. En somme, ce rapport met en évidence les liens entre densification urbaine, changements climatiques et capacité des infrastructures en eau. Il montre que densifier ne consiste pas uniquement à construire davantage, mais bien à planifier autrement, en s’appuyant sur une compréhension fine des effets et de la capacité d’adaptation du milieu. Il rappelle surtout qu’il n’existe pas de recette universelle. Chaque ville doit composer avec ses propres réalités, ses contraintes, ses ressources et ses priorités pour trouver l’équilibre entre densification et résilience. n Le rapport Densification urbaine et changements climatiques sur les réseaux d’eau : impacts et mesures d’adaptation, sur le site Web du CERIU, au www.ceriu.qc.ca, dans la section Publications. ceriu.qc.ca/bibliotheque/mandat-recherche-observatoire-impact-densification-infrastructuresurbaines-eau

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TRAITEMENT DES EAUX

L’ÉCONOMIE CIRCULAIRE PASSE AUSSI PAR LES BOUES

Clément Cartier Ing., Ph. D. Directeur des ventes chez Brault Maxtech inc. clement.cartier@braultmaxtech.com

n raison des derniers resserrements réglementaires en vigueur au Québec, il est de plus en plus fréquent de voir, dans les nouveaux projets de traitement des eaux usées, des étapes expressément consacrées à l’enlèvement de l’azote et du phosphore.

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Qu’ils soient dus aux rejets de stations de traitement des eaux usées, à du ruissellement agricole ou à d’autres sources, ces polluants deviennent des nuisances environnementales majeures pour nos rivières et nos plans d’eau : ils favorisent l’eutrophisation des milieux aquatiques et la destruction de la faune et de la flore marines. En parallèle, le phosphore et l’azote sont aussi des éléments indispensables à la croissance des plantes. Ils entrent dans la composition des engrais utilisés en agriculture afin de maintenir le rendement des cultures. Le phosphore présente d’ailleurs une particularité : c’est une ressource non renouvelable, et son exploitation soulève des enjeux environnementaux et géopolitiques. DES PROCÉDÉS COMPLEXES La valorisation des boues d’épuration et du fumier comme fertilisants pour les champs permet de récupérer une partie des nutriments présents dans les boues. Toutefois, les besoins en nutriments varient selon les caractéristiques propres à chaque sol ainsi que les cultures en place. Par exemple, les épandages de fumier, généralement basés sur les besoins en azote des cultures, entraînent souvent un surdosage de phosphore en raison du déséquilibre du rapport N/P entre le fumier et les besoins de la biomasse des cultures. La qualité des boues constitue également un enjeu : elles peuvent contenir des contaminants indésirables, comme certains métaux ou composés chimiques. Les procédés de récupération doivent donc garantir que les nutriments extraits répondent à des normes strictes de sécurité et de qualité. Dans ces circonstances, il apparaît donc essentiel de pouvoir récupérer ces nutriments, les purifier et les concentrer afin de mieux les valoriser selon les besoins agronomiques des sols concernés. La suite de cet article brosse un portrait des différents procédés pouvant être utilisés pour la récupération des nutriments. LA SÉPARATION SOLIDE-LIQUIDE POUR CAPTER LE PHOSPHORE Que ce soit pour les boues agricoles ou municipales, digérées ou non, différents procédés de séparation solide-liquide peuvent être utilisés comme première étape de séparation physique. Ils consistent à extraire la portion de nutriments particulaires avec les composés organiques présents dans la phase solide. Il existe deux procédés de séparation solide-liquide : = La séparation mécanique à basse vitesse Celle-ci peut être effectuée avec des presses à vis ou des pressoirs rotatifs. Ces équipements sont peu énergivores et sont simples d’utilisation. Toutefois, afin de pouvoir séparer un élément comme le phosphore, il est essentiel de prévoir une coagulation et une floculation préalables pour capter celui-ci en flocs. Les pressoirs rotatifs sont plus appropriés pour ce

genre d’application, car ils possèdent un meilleur taux de capture des solides, et donc des flocs de phosphore. = La centrifugation Ce procédé est plus complexe, mais permet une certaine récupération du phosphore sans l’utilisation de produits chimiques. En effet, comme observé pour certaines boues agricoles, en fonction des traitements préalables (compostage, digestion, etc.), il est possible de retirer une portion considérable du phosphore, alors présent sous forme de particules fines. Après cette première étape de séparation, on peut envisager de filtrer la phase liquide pour affiner le degré de séparation des nutriments. Une telle approche permet ultimement d’atteindre de l’eau ultrapure avec une étape de filtration membranaire à l’osmose inverse. Les nutriments dissous résiduels sont alors récupérés sous forme liquide concentrée dans le filtrat, comme les autres constituants de l’eau. Une attention particulière est de mise pour éviter le colmatage, particulièrement lors de l’utilisation de membranes. LE STRIPPAGE DE L’AMMONIAQUE Le strippage, ou extraction, de l’ammoniaque est un procédé utilisé pour récupérer l’azote ammoniacal de la phase liquide. Il consiste à transformer l’ion ammonium (NH4+) en ammoniac gazeux (NH3). Dans des conditions optimales, soit une température haute et un pH élevé, l’air est injecté dans une colonne de strippage pour entraîner le NH3 hors de l’eau. L’ammoniac récupéré peut être capté dans une solution acide, produisant des sels d’ammonium valorisables directement comme engrais durable. LA SÉPARATION DES SELS PAR PROCÉDÉ DE PRÉCIPITATION DE STRUVITE Afin de capter simultanément l’azote et le phosphore, une autre approche consiste à produire, en situation contrôlée, un minerai appelé « struvite ». La formation de struvite requiert des proportions précises de phosphore, d’azote et de magnésium. De façon générale, le procédé consiste à injecter l’affluent dans un réacteur spécialisé permettant le dégazage du CO2 et l’ajustement à un pH optimum. Par la suite, du sel de magnésium est ajouté, ce qui déclenche la réaction de formation de la struvite de façon contrôlée sous forme de cristaux stables qui décantent au fond du réacteur. Les cristaux peuvent ensuite être récoltés, séchés et utilisés comme engrais à haute pureté et à libération lente, privilégié pour les cultures agricoles. Cette solution présente un double avantage. En plus de la récupération des nutriments sous forme purifiée, elle réduit certains problèmes d’exploitation dans les usines de traitement, puisque la struvite peut parfois s’accumuler spontanément sous forme de dépôts particulièrement résistants dans les conduites ou les équipements de traitement. UNE PRATIQUE AUX AVANTAGES MULTIPLES La récupération des nutriments s’inscrit dans une approche d’économie circulaire, où les matières résiduelles sont transformées en ressources réutilisables de haute qualité plutôt que gérées comme des déchets. Cette récupération présente plusieurs avantages environnementaux : d’abord, elle contribue à préserver les réserves mondiales de certains éléments, comme le phosphore, en réduisant le besoin d’extraction minière. Ensuite, elle diminue les rejets de nutriments dans l’environnement et limite ainsi les risques d’eutrophisation des milieux aquatiques. Enfin, elle procure aux agriculteurs des engrais purifiés, qui permettent d’optimiser leur rendement et qui garantissent des produits agricoles de qualité. n

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SUR LE RADAR

Marie-France Létourneau Collaboration spéciale

UN LAURÉAT ASSOIFFÉ D’ENGAGEMENTS ET DE RÉALISATIONS

Depuis qu’il a entrepris des études universitaires en génie des eaux, Louis-Phillipe Noël enchaîne les projets pour mieux comprendre les défis liés à la gestion de l’eau au Québec et imaginer des solutions concrètes. Son engagement et sa volonté d’innover lui ont valu le Prix de la Relève EAU André-Perrault 2026, décerné par le Centre d’interprétation de l’eau (C.I.EAU). a candidature de l’actuel doctorant à l’Université Laval a été retenue parmi une dizaine d’autres, affirme Isabelle Côté, directrice du C.I.EAU. Située à la station d’eau potable Sainte-Rose, à Laval, cette institution muséale a pour mission de promouvoir la protection et l’utilisation responsable de l’eau.

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Parmi ses différentes réalisations, Louis-Philippe Noël est notamment à l’origine de la Compétition nationale canadienne de traitement des eaux, organisée par la Société canadienne de génie civil. La première édition de cet événement étudiant s’est déroulée en 2025 à Winnipeg; la deuxième s’est tenue en mai dernier à l’Université de Moncton. Dans le cadre de cette compétition, les équipes doivent, entre autres défis, concevoir et construire des filtres pour traiter des eaux usées simulées. « J’ai participé à ce type de compétition en Californie, aux États-Unis, durant mon baccalauréat, avec l’équipe de l’Université Laval, explique l’étudiant de 27 ans. Il n’y avait rien de semblable au Canada, alors que ce domaine est tellement important. J’ai donc décidé de lancer une compétition canadienne. » PROJETS EN SÉRIE Louis-Philippe Noël est également cocréateur et animateur du balado Géni’EAU. Depuis 2023, ce média donne une voix aux différents acteurs du secteur de l’eau et permet de mettre en lumière les innovations ainsi que les travaux de recherche réalisés.

Et ce n’est pas tout. Gagnant du Défi AquaHacking Québec 2025, Louis-Philippe Noël a cofondé Sulys la même année. Cette jeune pousse combine l’intelligence artificielle et l’analyse de l’ADN dans l’eau afin de mieux prévenir les risques pour la santé et l’environnement.

Mme Côté, affirme par ailleurs que le rayonnement de l’organisme est en croissance, notamment dans les milieux scolaires. « Nous avons également une portée de plus en plus provinciale et même nationale », conclut-elle.

L’aquaculture, soit l’élevage d’animaux et de végétaux en milieu aquatique, est dans la mire de Sulys. « Les productions peuvent être affectées par des pathogènes qui ne sont pas détectés à temps, explique le jeune entrepreneur. Notre but, c’est de protéger la santé humaine, animale et environnementale. »

Le principal intéressé affirme que ce prix a une symbolique importante pour lui. « Ça souligne exactement ce que je veux faire : faire partie de la relève pour protéger l’eau », dit-il.

Dans un monde idéal, Louis-Philippe Noël prévoit terminer son doctorat en décembre 2027. Il participe à un vaste projet visant à détecter la tuberculose – la maladie infectieuse la plus mortelle au monde – grâce à la surveillance des eaux usées au Nunavut. INSPIRANT Le jury du Prix de la Relève EAU André-Perreault, nommé ainsi à la mémoire du fondateur du C.I.EAU, a été séduit par l’ensemble des réalisations et des initiatives de Louis-Philippe Noël, souligne Isabelle Côté. « Tout ça témoigne d’un engagement important et d’un grand leadership », fait-elle valoir. « C’est vraiment inspirant de voir à quel point les jeunes peuvent être impliqués dans le secteur de l’eau, ajoute-t-elle. Ça nous rappelle que notre mission, au C.I.EAU, est porteuse de sens et qu’il faut la poursuivre. »

C’est lors d’un voyage en Asie du Sud-Est que LouisPhilippe Noël a eu le déclic pour l’eau. Il y a découvert les joies de la plongée sous-marine, mais aussi les enjeux liés à l’accès à l’eau et leurs répercussions sur les conditions de vie. « On est choyés, au Québec, mais il y a quand même des enjeux d’infrastructures, de consommation excessive, de micropolluants et autres », dit-il. Le Prix de la Relève EAU André-Perreault a été remis lors du Salon des technologies environnementales du Québec, organisé par Réseau Environnement. Le jury était notamment composé de Marie-Paule Jeansonne, directrice générale de la Fondation de Gaspé Beaubien, de Nicolas Fabre, coordonnateur au secteur Eau de Réseau Environnement, et de Martine Lanoue, ingénieure en gestion des eaux à la Ville de Terrebonne. n

« C’est fou à quel point des gens font des choses incroyables au Québec. C’est tellement méconnu ! », dit-il. Triathlète à ses heures, Louis-Philippe a également organisé un Nage-o-thon en 2024 à l’Université Laval. Plus de 4000 $ ont été amassés et remis à la Fondation One Drop, dont la mission est de favoriser l’accès à l’eau potable. Louis-Phillipe Noël, actuel doctorant à l’Université Laval

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