ÉTÉ 2026, vol. 22 no 2
Le magazine des matières résiduelles au Québec
TAGE REPORLU S I F E XC
ÇA BAIGNE POUR LA
SOGHU Convention de la Poste-publications no 41122591
Après l’espoir, l’incertitude : la filière du plastique recyclé fragilisée
Recycler le béton pour bâtir l’avenir
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Faire de l’économie circulaire le prochain grand projet économique du Québec
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reportage « Les entreprises de récupération vont chercher nos produits dans environ 550 écocentres et 11 500 entreprises partout au Québec. Pourtant, seulement 550 commerces et industries acceptent aussi les produits du public. Nous souhaitons en recruter 900 de plus pour atteindre 2000 points de dépôt au Québec. »
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— Jean-François Richard, directeur général de la SOGHU
SOMMAIRE
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ISÉ-INFORMER SENSIBILISER ÉDUQUER
L’ENVIRONNEMENT, CETTE CERISE SUR LE SUNDAE QUI POURRAIT TOUT RÉGLER
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LES AMIS DE 3RVE
ONS LES BACTS
NT S CO
chroniques 12
CETEQ APRÈS L’ESPOIR, L’INCERTITUDE : LA FILIÈRE DU PLASTIQUE RECYCLÉ FRAGILISÉE
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CTTÉI RECYCLER LE BÉTON POUR BÂTIR L’AVENIR
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RÉSEAU ENVIRONNEMENT SOLS CONTAMINÉS ET MATIÈRES GRANULAIRES SUR NOS CHANTIERS : LES CLÉS D’UNE GESTION RÉUSSIE
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ÉCONOMIE CIRCULAIRE FAIRE DE L’ÉCONOMIE CIRCULAIRE LE PROCHAIN GRAND PROJET ÉCONOMIQUE DU QUÉBEC
Éditeur et rédacteur en chef André Dumouchel adumouchel@maya.cc Coordonnatrice à la direction de l’édition Eve Matte coordination@maya.cc Direction artistique MAYA Designer graphique Sylvain Malbeuf (SymaPub)
Chroniqueurs Florimond Delobel Mathieu Laneuville Kevin Morin Daniel Normandin Grégory Pratte Photos de la page couverture et du reportage SOGHU, iStock by Getty Images Réviseures linguistiques Emmie Garneau Christine Paré
Espace publicitaire André Dumouchel Téléphone : 450 508-1515 adumouchel@maya.cc Abonnement et administration MAYA communication et marketing 457, montée Lesage Rosemère (Québec) J7A 4S2 Téléphone : 450 508-1515 info@magazine3rve.cc www.magazine3rve.cc Impression Héon et Nadeau
Journaliste et rédactrice Martine Letarte
Ce magazine est imprimé sur papier à contenu recyclé.
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© Tous droits réservés. Droits d’auteur et droits de reproduction : toute demande de reproduction doit être acheminée à MAYA communication et marketing aux coordonnées figurant ci-dessus. Les opinions et les idées contenues dans les articles n’engagent que leurs auteurs. La publication d’annonces et de publicités ne signifie pas que le magazine 3Rve recommande ces produits et services. Convention de la Poste-publications no 41122591. Retournez toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada aux coordonnées figurant ci-dessus. Dépôt légal : 1er trimestre 2005. ISSN 1712-9117. Le magazine 3Rve est publié trois fois l’an.
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Le magazine des matières résiduelles au Québec
ÉDITORIAL
CRÉER DES MARCHÉS POUR LES MATIÈRES RÉCUPÉRÉES, C’EST URGENT !
Satisfaction et optimisme : voilà ce que j’ai ressenti à la lecture du dossier sur la Société de gestion des huiles usagées (SOGHU), qui dépasse largement les cibles imposées par le gouvernement du Québec. Elle est souvent citée en exemple parmi les organismes de gestion reconnus (OGR) par RECYC-QUÉBEC dans le système de responsabilité élargie des producteurs (REP). Alors que d’autres OGR accaparent l’attention médiatique pour les mauvaises raisons, ce succès fait du bien.
E
t si on s’en servait pour influencer le reste du système de REP ? Jetons d’abord un coup d’œil aux ingrédients de la recette gagnante.
Bien sûr, il y a une question de temps : la SOGHU a commencé ses activités il y a plus de vingt ans, en 2005. Elle a fait des essais et des erreurs. Elle a surtout eu le temps de bien s’implanter dans la province en développant son réseau de partenaires, qu’elle laisse travailler en libre marché, ce qui me semble une excellente idée. Je trouve qu’il y a des éléments inspirants dans ce modèle d’affaires pour les autres REP. Mais négliger la nature de la matière collectée serait comme juger un sandwich sans regarder ce qu’il contient. Comme les différents intervenants l’expliquent dans le dossier, le succès de la SOGHU repose d’abord et avant tout sur la valeur positive de l’huile à moteur sur le marché. On l’utilise pour fabriquer de la nouvelle huile qui est vendue à son tour avec profit. On comprend d’ailleurs que le recyclage est plus difficile pour le plastique des contenants, même lorsqu’il s’agit de polyéthylène haute densité, un matériau qui conserve pourtant une certaine valeur sur le marché. Peu d’entreprises le transforment.
André Dumouchel adumouchel@maya.cc
Qu’est-ce que cela signifie exactement ? Q’une partie de cette matière est plutôt vendue à des industries qui l’utilisent comme combustible pour répondre à leurs importants besoins de chaleur, notamment dans la production de ciment et d’asphalte. Hummm… vous faites la grimace, n’est-ce pas ? La valorisation n’est pas toujours bien perçue dans notre société. Même si, dans ce cas-ci, elle permet d’éviter de brûler de la matière vierge pour produire de la chaleur. On aimerait tous que les produits récupérés soient recyclés dans une véritable perspective d’économie circulaire. C’est noble ! Le problème ? Très souvent, il n’existe pas de marché pour ces matières ou pour les produits qui en sont issus. On peut récupérer et trier à la perfection. On peut même réparer et remettre à neuf. Mais si, après tout, personne ne veut du produit, on en fait quoi ? J’ai déjà eu cette discussion avec Jules Foisy Lapointe, directeur général de GoRecycle, l’OGR responsable des appareils réfrigérants et de climatisation domestique. Son équipe a travaillé très fort ces dernières années pour créer le programme GoRéemploi. Des partenaires inspectent les appareils, effectuent les réparations nécessaires et offrent une garantie à l’acheteur. Quelle belle initiative, on adore ! Son principal défi ? Trouver preneur. Les consommateurs boudent ces appareils, non pas parce qu’ils sont défectueux ou moins performants, mais parce qu’ils sont usagés. C’est un blocage de nature sociale. Ils préfèrent le neuf. Que faire devant ce constat ? Si tout dépend des marchés, alors il faut en créer pour les matières recyclées. Pour y arriver, les gouvernements ont certainement un rôle important à jouer. Leurs immeubles de bureaux, hôpitaux, écoles et centres sportifs représentent un énorme marché. Si l’économie circulaire est réellement une priorité, elle doit se refléter dans les appels d’offres publics. Ceux-ci devraient favoriser systématiquement les matières et les produits recyclés, du plastique qu’on utilise pour fabriquer le mobilier des parcs aux réfrigérateurs installés dans les écoles, en passant par les ordinateurs fournis aux fonctionnaires. Or, comme le répète souvent mon ami Grégory Pratte, vulgarisateur environnemental, « le gouvernement est loin d’être exemplaire comme donneur d’ordres. » Il faut que ça change. C’est une question de cohérence. Il faut davantage mettre l’accent sur les débouchés ici, au Québec. Le gouvernement provincial a mis en place le système de REP. Il a maintenant l’occasion de lui donner un véritable coup de pouce en créant ou en renforçant les marchés pour les matières et les produits recyclés. Parce qu’en imposant la récupération de la matière sans développer les autres maillons de la chaîne, on risque de rester dans l’utopie. En prenant ce virage, on pourrait célébrer, j’en suis convaincu, le succès de plusieurs autres OGR et, plus largement, celui du système de REP au Québec. n
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REPORTAGE
ÇA BAIGNE POUR LA
SOGHU Par Martine Letarte Collaboration spéciale
Avec des taux de récupération d’environ 85 % pour la majorité des produits sous sa houlette, la Société de gestion des huiles usagées (SOGHU) impressionne en dépassant largement les cibles fixées par le gouvernement du Québec. Et elle est souvent citée en exemple. Quelle est donc la recette de son succès ? « C’est la force de notre réseau de partenaires en récupération et en valorisation des produits, avec qui nous avons établi des liens très forts au fil des ans », affirme sans hésiter Jean-François Richard, directeur général de la SOGHU depuis 2024. Ce groupe est constitué d’une trentaine d’entreprises qui vont chercher les produits sur tout le territoire du Québec et les transforment pour leur donner une deuxième vie. L’organisme a ainsi choisi d’éviter les appels d’offres pour aller vers un modèle ouvert. « Nous craignions qu’avec les appels d’offres, la qualité du service varie d’une région à une autre, explique celui qui a rejoint l’organisation en 2017. Quelle que soit l’entreprise, nous payons toujours le même prix par litre d’huile récupéré,
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selon la région. À Montréal, ce prix est de 0,06 $. À Fermont, il est de 0,38 $. C’est affiché sur notre site, et toute entreprise peut travailler avec nous une fois sa conformité vérifiée. » Ainsi, aucun récupérateur ne détient d’exclusivité sur un territoire. « Si, par exemple, un atelier de mécanique à Brossard n’est pas satisfait du service d’un de nos partenaires en récupération, il peut en choisir un autre actif dans sa région, ajoute Jean-François Richard. Ça maintient une saine compétitivité entre les partenaires. » Pouvoir compter sur des entreprises performantes pour récupérer et valoriser les produits compte pour beaucoup dans le système de responsabilité élargie des producteurs (REP), aux yeux de Carol Montreuil, président du conseil d’administration de la SOGHU depuis sa création. Celui qui est aussi vice-président pour l’est du
REPORTAGE
Taux moyen de récupération pour la majorité des produits
Canada de l’Association canadienne des carburants explique que les produits visés par la SOGHU se vendent à un prix un peu plus élevé pour inclure une redevance servant à financer leur récupération et leur valorisation en fin de vie. « Les entreprises qui mettent en marché ces produits ont donc tout intérêt à maintenir la redevance, assumée par le consommateur, au niveau le plus bas possible, préciset-il. Les partenaires doivent donc être très efficaces et bien connaître le terrain. »
L’importance du signal de prix
85
%
de la SOGHU, estime Carol Montreuil. Il souligne toutefois que le signal de prix a largement contribué à bâtir ce réseau à l’échelle du Québec. « L’huile récupérée a une valeur positive sur le marché, précise-t-il. On voit d’ailleurs que si, par exemple, le prix du pétrole chute, c’est difficile pour les partenaires. Il faut toujours s’assurer qu’ils sont capables de faire face au signal de prix pour maintenir les taux de récupération. » Si le signal de prix est également très bon pour des antigels et des filtres, le défi est plus grand pour le plastique. « Il y a très peu de joueurs dans l’industrie de la valorisation parce que le plastique récupéré doit concurrencer le plastique vierge, et ce n’est pas si facile », remarque-t-il.
Le fait d’avoir reconnu dès sa création le rôle essentiel de ses partenaires dans la récupération et la valorisation de la matière est l’un des grands mérites
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REPORTAGE
Continuer à développer et à renforcer les partenariats Pour maintenir de hauts taux de récupération, la SOGHU travaille continuellement à renforcer son réseau de partenaires et à l’élargir, tant du côté de la récupération que de celui de la valorisation. En mai dernier, elle a d’ailleurs organisé, à Drummondville, une journée des partenaires pour entretenir les liens.
Cette entreprise spécialisée en valorisation énergétique approvisionne des entreprises qui utilisent des combustibles pour produire de la chaleur dans leur processus de fabrication, comme des cimenteries. « Nous devons toujours développer de nouveaux partenariats parce que nous sommes tributaires des aléas du marché. Ça nous prend des plans A, B, C et D », affirme Jean-François Richard.
« Depuis le début, nous organisons un événement avec les partenaires au moins une fois par année, mais cette fois, nous avons complètement revu le concept, indique Jean-François Richard. Différentes présentations étaient au programme, et nous avons parlé des défis de l’industrie. Nous dictons les conditions du marché, alors c’est important de pouvoir discuter avec nos partenaires de ce qui fonctionne bien et de ce qui fonctionne moins bien. » Les partenaires ont travaillé en ateliers sous différents thèmes, comme la communication et la répartition des routes. « L’objectif est de trouver des solutions ensemble, affirme Mélanie Lefort, directrice administration et partenariats à la SOGHU. C’est vraiment un exercice à faire pour améliorer nos relations d’affaires. » La SOGHU continue aussi de développer des partenariats. Récemment, pour son plastique contaminé, elle a conclu une entente avec Reworld.
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Les gouvernements peuvent d’ailleurs influencer le marché à cet égard. « Par exemple, en imposant un certain pourcentage de composantes recyclées dans la fabrication de nouveaux produits, précise-t-il. Certains pays en Europe, par exemple, exigent que les fabricants incorporent une part d’huile recyclée dans les nouveaux contenants. On pourrait aussi faire la même chose pour les objets en plastique. Ce genre de politique aide beaucoup l’industrie de la valorisation, puisque les entreprises savent que le marché est là. »
« La SOGHU réussit à surmonter le défi des débouchés, mais c’est un succès fragile, et il faut toujours y travailler. » Carol Montreuil, président du conseil d’administration de la SOGHU
REPORTAGE
Des initiatives pour continuer d’augmenter la récupération Alors que les taux de récupération des produits de la SOGHU sont très élevés, continuer de les augmenter demande beaucoup d’efforts. Pour y parvenir, l’organisation multiplie les initiatives auprès de ses partenaires et du grand public. La campagne Où Bidon et son site Web (oubidon.ca) ont été développés par la SOGHU pour aider les citoyens et les citoyennes à trouver rapidement l’endroit le plus proche de leur résidence où déposer leurs produits d’entretien mécanique. Le Québec compte actuellement 1100 points de dépôt, dont la moitié sont des écocentres, répartis dans toutes les régions. La SOGHU souhaite toutefois continuer à en ajouter. « Nous faisons toujours de la sensibilisation, affirme Mélanie Lefort, directrice administration et partenariats à la SOGHU, jointe justement alors qu’elle participait au congrès annuel de l’Association minière du Québec. Les entreprises minières, par exemple, travaillent dans des endroits très isolés, utilisent de la machinerie et font des changements d’huile. Nos récupérateurs se rendent jusqu’à elles. »
D’INNOVATION INNOVATION T 25 ANS D’ CIRCULAIRE EN ÉCONOMIE CIR CULAIRE OGIE INDUSTRIELLE ET EN ÉCOL ÉCOLOGIE
Ajouter des points de dépôt L’un des objectifs de la SOGHU est de convaincre davantage d’entreprises déjà desservies par son réseau de récupération de devenir aussi un point de dépôt pour la communauté. « Les entreprises de récupération vont chercher nos produits dans environ 550 écocentres et 11 500 entreprises partout au Québec, indique Jean-François Richard, directeur général de la SOGHU. Pourtant, seulement 550 commerces et industries acceptent aussi les produits du public. Nous souhaitons en recruter 900 de plus pour atteindre 2000 points de dépôt au Québec. » Une telle expansion permettrait à la fois de réduire les distances à parcourir et de rendre le service plus accessible. « Par exemple, il arrive qu’un écocentre atteigne sa capacité maximale et ne puisse plus accepter de produits, indiquet-il. L’idée, c’est de répartir l’effort entre plusieurs joueurs. » Pour atteindre cet objectif, la SOGHU collabore notamment avec de grands concessionnaires et ateliers de mécanique afin d’encourager leurs franchisés à rejoindre le mouvement.
Poser des gestes consciencieux La SOGHU travaille aussi à sensibiliser la population afin d’assurer que tout se déroule rondement dans les points de dépôt. « Par exemple, on ne laisse pas ses produits devant la porte d’un commerce en dehors de ses heures d’ouverture, indique Mélanie Lefort. C’est préférable aussi de rapporter ses produits régulièrement pour éviter d’en accumuler une grande quantité et de surcharger les installations. »
AUGMENTEZ AUGMENTEZ VOTRE COMPÉTITIVITÉ VOTRE VOS DIVERSIFIEZ VOS APPROVISIONNEMENTS APPR ROVISIONNEMENTS RENTABILISEZ RENT TA AB ABILISEZ VOS RÉSIDUS VOS RÉDUISEZ VOTRE IMPACT IMP MPPACT VOTRE ENVIR RO ONN NEMENT TA AL ENVIRONNEMENTAL
cttei.com
Il faut aussi faire très attention à la façon dont on rapporte ses produits pour éviter les mélanges et les risques de contamination. « C’est très important de ramener l’huile dans son contenant d’origine. Idéalement, lorsqu’on fait un changement d’huile, on conserve le bidon vide en prévision du prochain dépôt », explique-t-elle.
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REPORTAGE
« Les entreprises minières, par exemple, travaillent dans des endroits très isolés, utilisent de la machinerie et font des changements d’huile. Nos récupérateurs se rendent jusqu’à elles. » Mélanie Lefort, directrice administration et partenariats à la SOGHU
Il y a aussi de la conscientisation à faire auprès des partenaires. C’est dans cette optique que l’École SOGHU a été créée en collaboration avec Solution Santé Sécurité – Solution Mutuelles. Leur plateforme de formation en santé et sécurité en ligne proposera différentes capsules vidéo. « Les employés des écocentres manipulent nos produits et doivent le faire de façon sécuritaire en évitant la contamination, indique Mélanie Lefort. Nous couvrons un grand territoire. Les capsules vidéo nous sont apparues comme la meilleure façon de bien outiller nos
partenaires, où qu’ils soient. Nous avons bon espoir que nos efforts pour améliorer les pratiques dans les points de dépôt permettront, au bout du compte, de continuer d’améliorer nos taux de récupération. » Le chemin parcouru depuis les débuts de la SOGHU, en 2005, est déjà considérable. Jean-François Richard se souvient que lorsqu’il a commencé à travailler dans les garages en 2002, certains envoyaient les contenants à l’enfouissement parce que le recyclage était à leurs frais. « Maintenant, ils n’ont qu’à demander
un bac, puis le récupérateur passe le vider. C’est un souci de moins pour eux », précise-t-il. « À l’époque, les gens jetaient leur huile à moteur usée n’importe où, se souvient Carol Montreuil, président du conseil d’administration de la SOGHU. Pour sensibiliser la population, on diffusait des publicités rappelant qu’un litre d’huile peut polluer jusqu’à un milliard de litres d’eau par la nappe phréatique. Nous sommes très fiers de voir à quel point la situation a évolué, et nous continuons le travail. »
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magazinesource.cc
TAGE REPORLU S I F E XC Pour la première fois, six grands regroupements issus des milieux de l’environnement et de l’économie verte se sont alliés pour interpeller le gouvernement. Lisez le reportage exclusif dans le Magazine SOURCE. 10 LE MAGAZINE DES MATIÈRES RÉSIDUELLES AU QUÉBEC 3RVE VOL. 22 N O 2 ÉTÉ 2026
REPORTAGE
QU’ARRIVE-T-IL AVEC LES PRODUITS RÉCUPÉRÉS PAR LA SOGHU ?
Les huiles à moteur, leurs contenants, les lubrifiants en aérosol et leurs filtres forment la deuxième famille de produits à avoir été visée par la responsabilité élargie des producteurs au Québec, après les peintures et leurs contenants en 2001. Cette réglementation a mené à la création, en 2004, de la Société de gestion des huiles usagées l’organisme de gestion reconnu par RECYC-QUÉBEC pour veiller à la récupération et à la valorisation de ces produits en fin de vie. La SOGHU a commencé ses activités en 2005. En 2012, les antigels, leurs contenants et les nettoyeurs à freins en aérosol ont été ajoutés à la liste. Mais que deviennent exactement ces produits une fois récupérés ? Le directeur général de la SOGHU, Jean-François Richard, un amoureux du domaine de l’automobile et ancien mécanien devenu comptable professionnel agréé (CPA), explique.
Huiles usagées
Glycol (antigels)
Taux de récupération : 85 % (cible : 75 %) 64 millions de litres récupérés en 2025
Taux de récupération : 54 % (cible : 25 %) 4 millions de litres récupérés en 2025
« La grande majorité des huiles récupérées est acheminée par camionciterne vers l’usine de Saint-Hyacinthe de GFL Environmental, qui y a racheté les installations de Veolia en janvier dernier, explique-t-il. L’entreprise regénère ces huiles pour en produire de nouvelles, notamment afin d’approvisionner les bateaux de type cargo. Le reste est utilisé pour sa valeur énergétique, par exemple pour chauffer les serres en hiver et pour fabriquer de l’asphalte pendant l’été. »
« Le glycol est acheminé à Raffineries de Napierville, qui appartient à Recochem, où il est réintroduit dans la fabrication de nouveaux produits, indique Jean-François Richard. Si son taux de récupération est plus bas que l’huile, c’est parce que son cycle de vie est plus long. Souvent, ce ne sera pas changé avant 10 ans, donc on perd beaucoup de glycol, par exemple lors d’accidents et par l’exportation de véhicules. Le gouvernement a tenu compte de cette réalité en fixant la cible de récupération. »
Filtres
Contenants
Taux de récupération : 83 % (cible : 75 %) 9 millions d’unités récupérées en 2025
Taux de récupération : 86 % (cible : 75 %) 46 millions de litres récupérés en 2025
« Les filtres sont eux aussi acheminés à l’usine de Saint-Hyacinthe de GFL Environmental. Ils sont triés sur un convoyeur, puis pressés pour en extraire un maximum d’huile, explique Jean-François Richard. Cette huile représente de 30 à 40 % de leur poids. La cartouche d’acier est pour sa part revendue à un ferrailleur. »
« Une grande partie des contenants est envoyée à notre partenaire RPM eco, à Blainville, spécialisé dans le recyclage du polyéthylène haute densité contaminé. Ce plastique résistant est recherché sur le marché. L’entreprise le réduit en flocons, le nettoie, l’assèche et le revend en flocons à des fabricants qui les incorporent à de nouveaux produits de plastique, comme des tuyaux de drainage. L’autre partie est dirigée vers notre nouveau partenaire Reworld, une entreprise spécialisée en valorisation énergétique. »
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APRÈS L’ESPOIR, L’INCERTITUDE : LA FILIÈRE DU PLASTIQUE RECYCLÉ FRAGILISÉE
CETEQ
Kevin Morin Directeur général Conseil des entreprises en technologies environnementales du Québec (CETEQ) kmorin@ceteq.quebec
E
n 2024, je signais une chronique porteuse d’espoir pour la filière québécoise du recyclage du plastique. À l’époque, on pouvait croire que le vent commençait enfin à tourner en faveur des recycleurs de plastique. Deux ans plus tard, force est de constater que l’avenir paraît beaucoup plus incertain pour un secteur pourtant essentiel à la transition vers une économie québécoise réellement circulaire. Que s’est-il passé ? Je vous propose aujourd’hui d’examiner les symptômes dont souffre la filière, histoire de comprendre pourquoi l’élan de 2024 s’est rapidement essoufflé.
LA MODERNISATION DE LA COLLECTE SÉLECTIVE À l’origine, le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP) justifiait la modernisation de la collecte sélective par un constat assez simple : l’ancien modèle était intenable. Les producteurs assumaient presque toute la facture, mais sans réel pouvoir sur le fonctionnement. Les municipalités, de leur côté, demeuraient les donneurs d’ordres, sans pouvoir encadrer efficacement l’ensemble de la chaîne de valeur. Les crises répétées depuis 2008 ont confirmé les failles du système, soit la dépendance aux marchés extérieurs, la vulnérabilité aux fluctuations des prix et la perte de confiance du public à l’égard du recyclage. Bref, le statu quo n’était plus viable. UN CHANGEMENT GLOBALEMENT BÉNÉFIQUE Les objectifs fondamentaux de la modification réglementaire s’alignaient parfaitement sur les intérêts des recycleurs québécois. Le règlement visait notamment à préserver l’écosystème québécois du recyclage, y compris les conditionneurs et les recycleurs, tout en favorisant la valorisation et le recyclage des matières au Québec. Il prévoyait d’ailleurs des objectifs de valorisation parmi les plus ambitieux au monde ainsi que des taux de valorisation locale suffisamment élevés pour envoyer un signal clair au marché. L’intention était évidente : il fallait soutenir la filière locale et éviter que les matières récupérées au Québec soient dirigées vers des débouchés extérieurs. Il faut tout de même reconnaître que le MELCCFP retient une définition assez large de la valorisation locale, puisque certaines régions canadiennes et américaines peuvent être incluses dans le calcul. Cette souplesse n’est toutefois pas complètement dénuée de logique. Elle vise notamment à protéger l’organisme de gestion désigné (OGD) contre les risques liés à l’absence de partenaires québécois pour certaines matières plus difficiles à recycler, comme le plastique souple. Rappelons que l’OGD s’expose à des pénalités importantes si les objectifs réglementaires ne sont pas atteints. Il fallait donc trouver un équilibre entre l’ambition de soutenir les débouchés locaux et la nécessité de maintenir une certaine marge de manœuvre opérationnelle. UNE AUTRE CONJONCTURE ÉCONOMIQUE DIFFICILE Depuis ma dernière chronique, et parallèlement au déploiement de la collecte sélective modernisée entrée en vigueur en janvier 2025, l’environnement économique du plastique recyclé s’est détérioré. Les signaux d’alarme ne viennent pas seulement du Québec. Aux États-Unis, le géant du recyclage Evergreen Recycling a récemment annoncé la
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fermeture de ses installations de recyclage de polytéréphtalate d'éthylène en Ohio et dans l’État de New York. Ces fermetures ne sortent pas de nulle part. Outre l’inflation généralisée, le secteur du plastique recyclé traverse une période de turbulences qui lui est propre. La production de plastique vierge demeure abondante, ce qui exerce une pression à la baisse sur les prix et rend la résine recyclée moins compétitive. Sans surprise, plusieurs entreprises ralentissent leurs engagements en matière de contenu recyclé ou repoussent leurs cibles. Les recycleurs se retrouvent donc avec moins de débouchés au moment même où ils en auraient le plus besoin. LA NOUVELLE POSITION ADMINISTRATIVE DU MELCCFP En mars 2026, le gouvernement du Québec a publié une nouvelle position administrative concernant le règlement sur la collecte sélective. Ce type de document précise la manière dont l’État entend appliquer certaines obligations réglementaires dans l’attente d’une modification formelle. En réalité, l’effet est immédiat pour les acteurs concernés. Parmi les faits saillants de cette nouvelle orientation, on note une réduction des exigences de valorisation pour plusieurs catégories de plastique. On comprend que le MELCCFP ait voulu donner un peu d’air aux producteurs. Cette décision soulève toutefois une question assez fondamentale : qu’advient-il des objectifs initiaux de la réforme ? Rappelons que le MELCCFP justifiait cette réforme par la nécessité de protéger la filière du recyclage contre les crises répétées, les fluctuations des marchés et la dépendance aux débouchés extérieurs. Or, à la première véritable secousse, le gouvernement choisit déjà de reculer. Pour une réforme censée stabiliser la filière, le signal est pour le moins contradictoire.
Une stratégie plastique cohérente, assortie d’un appui ciblé et réfléchi, s’avère plus nécessaire que jamais pour aider les recycleurs québécois à traverser la tempête. Cette pression risque d’ailleurs de s’intensifier avec la réduction des objectifs de valorisation imposés aux producteurs, qui affaiblit indirectement la filière locale. DÉPLOYER LA STRATÉGIE PLASTIQUE LE PLUS RAPIDEMENT POSSIBLE Pris entre les intérêts des producteurs et ceux des recycleurs, le MELCCFP n’a pas une infinité d’options devant lui. Le déploiement réel des mesures annoncées en 2024 dans la Stratégie de réduction et de gestion responsable des plastiques devient plus important que jamais si l’on veut éviter de sacrifier une filière locale déjà fragilisée. Parmi les moyens forts annoncés dans cette stratégie, il était notamment question de soutien financier pour les entreprises de la filière du plastique. Or, l’aide disponible demeure largement insuffisante au regard des engagements annoncés et s’adapte mal aux réalités du contexte québécois. En somme, le MELCCFP semble encore chercher le coup de circuit. Il préfère appuyer quelques grands projets bien visibles plutôt que de bâtir des programmes réellement adaptés aux entreprises de taille moyenne, qui constituent pourtant une part importante de la filière. n
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CTTÉI
RECYCLER LE BÉTON POUR BÂTIR L’AVENIR Florimond Delobel Ph. D. (chimie) Chercheur Centre de transfert technologique en écologie industrielle (CTTÉI) florimond.delobel@cttei.com
Coécrit avec Melissa Stoia, experte en économie circulaire
e béton est le matériau le plus utilisé dans le monde. Indispensable à nos infrastructures, il est aussi responsable d’une part importante des émissions de gaz à effet de serre, notamment à cause du ciment, le liant essentiel à sa fabrication. Si les efforts de décarbonation se concentrent principalement sur ce composant, c’est qu’à lui seul, le ciment représenterait près de 8 % des émissions anthropiques mondiales de CO2 et serait responsable de 80 à 90 % de l’empreinte carbone du béton, selon les formulations utilisées. Mais une autre voie suscite un intérêt croissant : l’utilisation de granulats de béton recyclé (GBR).
L
Les GBR proviennent principalement de la démolition de structures en béton. Ils sont composés de granulats naturels qui entraient dans la composition du béton d’origine et d’une partie de la pâte de ciment durcie qui y demeure attachée. UNE RESSOURCE ABONDANTE ENCORE SOUS-EXPLOITÉE Avec le renouvellement des infrastructures et la densification urbaine, les gisements de GBR sont appelés à croître. Selon RECYC-QUÉBEC, à l’heure actuelle, les chantiers de construction, de rénovation et de démolition génèrent chaque année environ 3,3 millions de tonnes de résidus au Québec, dont une part importante est constituée de granulats. À elle seule, la Montérégie produit près de 75 000 tonnes de granulats recyclés par année. Pourtant, seule la moitié de cette matière est valorisée dans des applications non structurales, comme les couches de fondation routière, les remblais, les sous-fondations ou les aménagements paysagers. POURQUOI S’Y INTÉRESSER ? La valorisation des GBR présente de nombreux avantages. Elle réduit l’exploitation des ressources naturelles et les répercussions sur les paysages, la biodiversité et les nappes phréatiques. Elle contribue également à diminuer les volumes de résidus envoyés à l’enfouissement, avec des bénéfices tant environnementaux qu’économiques. L’utilisation des GBR s’inscrit donc pleinement dans une logique d’économie circulaire, où les matériaux demeurent dans le cycle de production. Dans cette perspective, le béton n’est plus considéré comme un déchet, mais comme une ressource. Cependant, leur valorisation est aujourd’hui marginale. La variabilité de leurs propriétés et certaines contraintes normatives en limitent l’utilisation dans des applications à plus forte valeur ajoutée. Il devient donc nécessaire de développer de nouveaux marchés pour stimuler leur utilisation et limiter leur enfouissement.
dans différentes formulations. Les résultats ont mené à des propositions de modification des protocoles normatifs afin de faciliter leur intégration. Plus récemment, certaines entreprises ont développé des procédés de traitement permettant de produire des GBR dont les propriétés se rapprochent de celles des granulats naturels, notamment grâce à l’élimination d’une partie de la pâte de ciment résiduelle. Au Canada, la réglementation évolue également. La norme CSA autorise désormais l’utilisation de GBR dans le béton, ouvrant la voie à une adoption plus large. Au Québec, des travaux sont en cours afin d’adapter les cadres réglementaires et de soutenir le déploiement de ces pratiques. Plusieurs acteurs de l’industrie manifestent un intérêt croissant pour ces solutions. Certains producteurs sont même prêts à offrir des formulations de béton intégrant des GBR lorsque la demande se présente. D’AUTRES PISTES DE VALORISATION Au-delà du recyclage des bétons issus de la démolition, les retours de béton frais représentent eux aussi une occasion intéressante de valorisation. Plutôt que d’être jetés, ils peuvent être concassés ou transformés à l’aide d’adjuvants spécifiques afin de produire de nouveaux granulats. Cette approche permet d’agir directement à la source des pertes. Des applications innovantes émergent également dans le domaine de l’impression 3D du béton. En intégrant des GBR à ces procédés, il est possible de réduire davantage l’empreinte carbone des constructions tout en valorisant des matériaux qui auraient autrement été perdus. En Europe, des projets pilotes ont déjà démontré la faisabilité d’un remplacement total du squelette granulaire par du sable recyclé dans certaines formulations imprimables. CRÉER LES CONDITIONS DU CHANGEMENT Plusieurs leviers peuvent être activés pour améliorer le taux de valorisation des granulats recyclés : normaliser les pratiques de tri et de traitement afin d’assurer une qualité constante des matériaux, encourager leur utilisation au moyen d’incitatifs réglementaires ou financiers, et intégrer des critères de contenu recyclé dans les appels d’offres publics. La sensibilisation des acteurs de la chaîne de valeur – ingénieurs, entrepreneurs, donneurs d’ouvrage – est essentielle. Plus les GBR seront connus, mieux leurs performances seront comprises et plus leur adoption deviendra naturelle. Il importe donc de soutenir la recherche et l’innovation, qui contribueront à lever les freins techniques et à développer de nouvelles applications. Les GBR représentent une solution concrète, accessible dès aujourd’hui, pour réduire l’empreinte environnementale du secteur de la construction. En combinant innovation, réglementation adaptée et mobilisation des acteurs, ils peuvent devenir l’un des piliers d’un béton plus durable. n Source : Circular Wallonia https://ecosysteme-economiecirculaire.wallonie.be/publication/utilisation-degranulats-de-beton-recycles-dans-le-beton/
LE DÉFI : RÉUTILISER LE BÉTON DANS LE BÉTON Parmi les avenues prometteuses figure l’utilisation des GBR comme substitut aux granulats naturels dans la fabrication de nouveau béton. Cette approche pose tout de même certains défis. Les GBR présentent généralement une porosité plus élevée et une variabilité des sources. Ils peuvent aussi contenir d’anciens liants (fines). Ces caractéristiques peuvent influer sur la durabilité ou la résistance du béton lorsqu’elles ne sont pas maîtrisées adéquatement. DES AVANCÉES ENCOURAGEANTES À l’international, plusieurs initiatives démontrent qu’il est possible de surmonter ces défis. En France, le projet national RECYBÉTON a mené des essais à grande échelle pour mieux comprendre le comportement des GBR
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RÉSEAU ENVIRONNEMENT
SOLS CONTAMINÉS ET MATIÈRES GRANULAIRES SUR NOS CHANTIERS : LES CLÉS D’UNE GESTION RÉUSSIE
Mathieu Laneuville Ing., M. Sc. A. Président-directeur général Réseau Environnement mlaneuville@reseau-environnement.com
C
haque chantier municipal raconte une histoire enfouie sous nos pieds. Qu’il s’agisse de réfection de rues, de remplacement de conduites d’aqueduc ou de travaux sur les réseaux d’égouts, ces interventions essentielles à la qualité de vie révèlent souvent bien plus que des infrastructures vieillissantes. Elles mettent aussi au jour une réalité complexe : la présence de sols contaminés et de matières granulaires résiduelles, qui doivent être gérés avec rigueur. Pour les municipalités, le défi est de taille. Car si entreprendre des travaux d’excavation est courant, distinguer les différents matériaux issus de ces opérations l’est beaucoup moins. Sur le terrain, la frontière entre un sol contaminé et une matière granulaire résiduelle peut sembler floue. Pourtant, cette distinction est fondamentale, puisqu’elle influence directement les choix de gestion, les coûts des projets et les possibilités de valorisation des matériaux. Face à ces enjeux, une réflexion s’impose. IDENTIFIER, CARACTÉRISER, GÉRER Depuis plusieurs années, le Québec a réalisé des avancées importantes en matière de gestion des sols contaminés. Cependant, les travaux municipaux génèrent également d’importantes quantités de pierre concassée, de gravier et d’autres matières granulaires qui possèdent souvent un potentiel de réutilisation. Encore faut-il être en mesure de bien les identifier, de les caractériser et de les gérer adéquatement. La première étape consiste à connaître précisément la nature des matériaux excavés. Une caractérisation adéquate permet non seulement de respecter les exigences réglementaires, mais également d’éviter que des matières pouvant être valorisées soient inutilement dirigées vers des filières d’élimination, qui sont d’ailleurs plus coûteuses. Elle permet aussi de prévenir les erreurs qui pourraient entraîner des conséquences environnementales et des complications lors de la réalisation des travaux. C’est là qu’entre en jeu une étape souvent moins visible, mais essentielle : la ségrégation des matériaux.
LA SÉPARATION SUR LE TERRAIN En effet, lorsque les différents types de matériaux sont séparés dès leur excavation, les possibilités de réutilisation augmentent considérablement. Une gestion rigoureuse sur le terrain favorise la valorisation des matières
qui peuvent être récupérées tout en assurant un traitement approprié pour celles qui nécessitent des mesures particulières. Cette approche contribue à réduire les volumes envoyés à l’élimination, à limiter les coûts de transport et à optimiser l’utilisation des ressources déjà présentes sur les chantiers. La gestion de la pierre concassée illustre bien cette réalité. Trop souvent perçue comme un simple résidu de chantier, elle constitue pourtant une ressource précieuse lorsqu’elle est adéquatement caractérisée et gérée. Dans plusieurs situations, sa valorisation sur le terrain d’origine ou à proximité représente une solution à la fois économique et environnementale. Or, plusieurs facteurs limitent encore son plein potentiel de réutilisation et favorisent parfois son acheminement vers des sites d’élimination. PROACTIVITÉ ET COORDINATION : LES CONDITIONS GAGNANTES À RÉUNIR Les municipalités évoluent dans un environnement où les enjeux techniques et environnementaux ainsi que ceux liés à la gestion de leurs activités sont étroitement liés. Elles doivent continuellement prendre des décisions sur le terrain afin d’assurer une gestion efficace et responsable des matériaux excavés. Dans ce contexte, une compréhension commune des bonnes pratiques et des enjeux favorise une prise de décision éclairée ainsi qu’une meilleure prévisibilité pour les différents intervenants. Cette réalité souligne l’importance de la coordination entre les acteurs du milieu municipal et les organismes gouvernementaux concernés. Chez Réseau Environnement, nous participons activement aux consultations gouvernementales afin de promouvoir des règles claires, cohérentes et adaptées aux défis de gestion des organisations municipales. Nous croyons qu’une approche proportionnée au risque environnemental réel permet à la fois de protéger l’environnement et de favoriser l’innovation dans les pratiques de gestion des matériaux. Nous sommes aussi d’avis que les meilleures solutions émergent lorsque les expertises se rencontrent. C’est d’ailleurs l’objectif du Programme d’excellence en gestion durable des terrains contaminés (PEXTC), qui offre un espace pour dialoguer, faire part d’expériences et diffuser de bonnes pratiques. En favorisant les échanges entre les acteurs du milieu, le PEXTC contribue à développer des solutions concrètes et à soutenir les municipalités dans l’amélioration continue de leurs pratiques. UNE RÉFLEXION COLLECTIVE Au-delà des aspects techniques, la question concerne aussi notre capacité à considérer ces matériaux comme des ressources plutôt que comme des déchets. Alors que l’économie circulaire occupe une place grandissante dans nos décisions d’aménagement, chaque tonne de matériau valorisée représente une occasion de réduire notre empreinte environnementale tout en optimisant les investissements publics. Les chantiers municipaux ne servent pas uniquement à reconstruire des routes ou à remplacer des conduites. Ils constituent également des occasions concrètes de mettre en pratique une gestion plus durable de nos ressources. En nous appuyant sur les composantes clés d’une valorisation réussie ainsi que sur la concertation des acteurs concernés, nous pouvons transformer un défi imposant en vecteur d’innovation et de performance environnementale. Car sous nos infrastructures se trouve non seulement l’histoire de nos collectivités, mais aussi une partie des solutions qui permettront de bâtir les municipalités durables de demain. n
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ÉCONOMIE CIRCULAIRE
FAIRE DE L’ÉCONOMIE CIRCULAIRE LE PROCHAIN GRAND PROJET ÉCONOMIQUE DU QUÉBEC
Daniel Normandin Biol., M. Sc., MBA Directeur du Centre d’études et de recherches intersectorielles en économie circulaire (CERIEC) Directeur exécutif, Réseau de recherche en économie circulaire du Québec (RRECQ) daniel.normandin@etsmtl.ca Article coécrit avec Benjamin Laplatte, directeur adjoint du CERIEC
économie circulaire souffre encore d’un problème d’image. Trop souvent, L’ elle est réduite au recyclage ou à la gestion des matières résiduelles. Cette lecture est désormais insuffisante. En 2026, parler d’économie circulaire, c’est parler d’économie. C’est parler de compétitivité, d’innovation, de souveraineté économique et de prospérité. À LA CROISÉE DES CHEMINS Le Québec se trouve à un moment charnière. Les bouleversements géopolitiques, les tensions commerciales, les ruptures des chaînes d’approvisionnement, la pression sur les ressources et les impératifs climatiques redessinent l’économie mondiale. Notre richesse dépendra de plus en plus de notre capacité à produire mieux avec moins de ressources. Les économies qui prospéreront sauront tirer davantage de valeur de chaque tonne de matière, de chaque kilowattheure et de chaque produit en circulation. Voilà précisément ce que propose l’économie circulaire. Le Québec possède déjà plusieurs ingrédients nécessaires : une énergie passablement propre et compétitive, un réseau de recherche de calibre international, un écosystème d’innovation dynamique et une première feuille de route gouvernementale. Pourtant, nous hésitons encore à reconnaître que cette approche représente non pas une politique environnementale parmi d’autres, mais un véritable projet économique. Cette distinction est fondamentale, car l’économie circulaire repose sur une logique de performance. Concevoir des produits plus durables, réparer plutôt que remplacer, réemployer les composantes et les matériaux, valoriser les sousproduits ou encore optimiser les procédés permet de réduire notre empreinte environnementale tout en améliorant la productivité. Ces pratiques diminuent les coûts, réduisent la dépendance aux matières premières et créent de nouvelles sources de revenus. UN TERREAU À EXPLOITER Le potentiel demeure considérable. Au Québec, tout comme dans le reste de l’Amérique du Nord, une grande partie des ressources qui alimentent notre économie ne retourne jamais dans les cycles de production. Notre productivité matérielle demeure largement inférieure à celle de plusieurs économies européennes, tandis que notre consommation de matières et d’énergie progresse trop rapidement par rapport à notre création de richesse. Nous produisons encore selon un modèle largement linéaire dans un monde qui doit impérativement devenir circulaire. Relever ce défi représente pourtant une occasion de renforcer notre économie, car mieux utiliser nos ressources nous permettrait aussi de gagner en résilience. Les dernières années ont mis en lumière notre dépendance à des chaînes d’approvisionnement mondiales vulnérables. Métaux critiques, matériaux de construction ou de composantes industrielles : les ruptures ont révélé que cette dépendance constitue désormais un risque économique majeur. TOUT À GAGNER L’économie circulaire offre ici une réponse concrète. En favorisant la récupération, le reconditionnement, la réparation, le réemploi et la valorisation des ressources déjà présentes dans notre économie, elle permet de conserver plus de richesse au Québec, de réduire notre dépendance extérieure et de développer des filières industrielles créatrices d’emplois.
C’est aussi une stratégie industrielle. Chaque matière récupérée localement peut réduire le recours à une matière importée. Chaque équipement réparé ou remis en état crée ou maintient une activité économique ici. Chaque innovation permettant d’utiliser moins de ressources constitue un gain de compétitivité. Lorsque certaines ressources deviennent stratégiques, la circularité s’impose comme un avantage concurrentiel. Encore faut-il investir dans les conditions favorisant cette transformation. Le Québec possède une communauté scientifique mondialement reconnue et des entreprises innovantes. Notre défi n’est donc pas de développer des connaissances, mais d’accélérer le déploiement de solutions : projets pilotes, démonstrateurs industriels, plateformes de traçabilité, partenariats entrepriseschercheurs et nouveaux modèles d’affaires. L’objectif est de faire passer l’économie circulaire de l’innovation à la norme. Cette ambition est cohérente avec nos objectifs climatiques. Encore aujourd’hui, le débat public a tendance à opposer développement économique et protection de l’environnement. Cette opposition appartient au siècle dernier. ÉCONOMIE ET ENVIRONNEMENT : UNE CONVERGENCE INTERNATIONALE À l’échelle mondiale, l’extraction et la première transformation des ressources contribuent fortement aux émissions de gaz à effet de serre. Réduire notre intensité matérielle est donc un complément indispensable à l’électrification dans notre lutte aux changements climatiques. Produire autrement, prolonger la durée de vie des biens et récupérer plus de matières permettent de réduire les émissions, de protéger les écosystèmes et d’améliorer notre performance économique. La prospérité et la transition écologique ne sont plus deux projets concurrents : elles convergent. Cette convergence compte aussi sur les marchés internationaux. L’Union européenne renforce ses exigences en matière de réparabilité, de traçabilité, de contenu recyclé et d’information sur les produits. Les marchés de demain exigeront davantage de transparence sur l’origine, la composition et la durabilité des biens. Le Québec ne peut attendre que ces normes s’imposent. Il doit les anticiper. Et nos entreprises disposent d’atouts considérables : une hydroélectricité parmi les plus propres au monde, une expertise scientifique reconnue, une culture de collaboration et d’innovation. En orientant ces forces vers les nouvelles exigences internationales, nous pouvons les transformer en avantages concurrentiels. FAIRE AUJOURD’HUI LES CHOIX POUR DEMAIN Au fond, le choix qui s’offre au Québec dépasse les politiques environnementales. Il s’agit de définir le modèle économique que nous souhaitons construire pour les prochaines décennies. Voulons-nous continuer à mesurer notre réussite à la quantité de ressources que nous extrayons, importons et consommons, ou bâtir une économie capable de créer plus de valeur à partir des ressources qui circulent déjà ? L’économie circulaire répond à cette seconde ambition. Elle vise à accroître la productivité, à renforcer notre autonomie économique, à stimuler l’innovation, à sécuriser nos approvisionnements et à préparer les entreprises québécoises aux marchés de demain. Les grands projets politiques ne se définissent pas uniquement par les investissements qu’ils mobilisent, mais par la vision qu’ils portent. Au Québec, l’économie circulaire peut incarner cette vision d’une économie plus intelligente dans son utilisation des ressources, plus résiliente face aux crises, plus compétitive et plus prospère pour les générations futures. Il est temps de cesser de considérer l’économie circulaire comme un simple chantier environnemental. Elle est devenue l’un des grands projets économiques du XXIe siècle. Le Québec possède les ressources, les compétences et la capacité d’innovation nécessaires pour s’imposer comme un chef de file en la matière. Il lui reste à en faire un véritable projet politique. n
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ISÉ - INFORMER SENSIBILISER ÉDUQUER
L’ENVIRONNEMENT, CETTE CERISE SUR LE SUNDAE QUI POURRAIT TOUT RÉGLER
Grégory Pratte Vulgarisateur, expert ISÉ et coanimateur de Ça Va Mieux Qu’on Pense greg.pratte@videotron.ca
S
aviez-vous que, selon un récent sondage Synopsis, seuls 13 % des Québécois et Québécoises font de l’environnement leur priorité ? Lorsqu’on considère les « vraies » priorités de la population, on découvre ce top 3 : la santé, l’inflation, le coût de la vie. Il est légitime de se demander si l’on regarde dans la bonne direction. Et c’est ce que j’ai envie de creuser pour le plaisir.
L’ÉPÉE DE DAMOCLÈS AU-DESSUS DE NOS TÊTES On vit à une époque où tout semble s’accumuler et où notre charge mentale surchauffe. On nage en pleine multicrise : climat, énergie, logement, accès aux soins, prix du panier d’épicerie. Chacune de ces crises dans sa propre case, chacune avec son lot d’experts, chacune avec sa ligne budgétaire. Sauf que ces cases-là ne sont pas étanches. Elles sont intimement liées, comme des vases communicants. Et l’environnement, c’est souvent la connexion qu’on oublie d’explorer. Prenons la santé. Avez-vous remarqué le nombre de maladies orphelines qui débarquent dans nos vies depuis quelques années ? Allergie à ci, intolérance à ça, troubles respiratoires qui apparaissent chez des populations qui n’en avaient jamais eu auparavant. Au Québec seulement, la pollution de l’air est responsable d’environ 4000 décès prématurés par année. On en a parlé avec la Dre Claudel Pétrin-Desrosiers dans le balado Ça va mieux qu’on pense. Le 26 juin 2026, près de 3000 personnes sont mortes en une seule journée à cause de la canicule en France. Je sais, c’est loin de nous, l’Europe, mais n’oublions pas que la Terre est ronde. Les coupables sont nombreux : particules fines, modes de transport, feux de forêt, canicules multiples… C’est connu, prouvé et directement lié à la façon dont on traite notre environnement. Loin de moi l’idée de sombrer dans la culpabilisation, mais un réveil collectif est de mise. Quand on dit que la santé est LA priorité des Québécois, on a tous raison. On oublie juste de faire le lien avec ce qui la menace. DES CHIFFRES QUI PARLENT D’EUX-MÊMES Jasons du coût de la vie. C’est difficile pour bien des gens en ce moment. En 2023, au Québec, les feux de forêt nous ont coûté collectivement 8 milliards de dollars. Entre 2010 et 2022, les primes d’assurance habitation ont grimpé de 97 %, en bonne partie à cause des événements météo extrêmes. Et ça continue de monter. Ajoutez les conséquences sur le panier d’épicerie, elles aussi de plus en plus liées aux changements climatiques – insectes envahissants, sécheresses, écarts de température. On cherche des solutions à l’inflation dans les taux d’intérêt et les programmes gouvernementaux, ce qui est bien, mais on oublie qu’une partie de la facture s’écrit directement dans le ciel et dans le sol. Notre adaptation aux changements climatiques, on la paye collectivement.
UN VIEUX PROBLÈME Et c’est là qu’on a un problème de communication collectif – pas un problème de bonne volonté. L’environnement, tel qu’on le présente depuis 30 ans, ressemble trop souvent à une cerise sur le sundae. Un extra, une case verte qu’on coche quand on a le luxe du temps et des moyens financiers. On lui donne l’image du tri des déchets bien fait ou des pistes cyclables, mais jamais celle du système immunitaire de nos communautés ou de la police d’assurance de notre économie. Résultat des courses : les gens sont sensibles à l’environnement, mais ne voient juste pas encore le fil qui le relie à ce qui les garde éveillés la nuit. On est de plus en plus nombreux à faire de l’insomnie, et avec raison. Changeons le narratif alors qu’il est encore temps. C’est particulièrement en environnement que l’ISÉ (l’information, la sensibilisation et l’éducation) entre en scène. Pas pour culpabiliser qui que ce soit, on a déjà bien assez de monde qui pointe du doigt. L’ISÉ, dans sa version la plus utile, sert plutôt à établir des liens, à montrer que prioriser l’environnement, ce n’est pas choisir entre notre santé et notre portefeuille d’un côté, et la planète de l’autre. C’est la façon de protéger les deux. UN TRAVAIL COLLECTIF La bonne nouvelle, c’est qu’il y a moyen de changer les choses. Pas avec de la culpabilité, car elle fatigue, referme les esprits et fait fuir. Je veux plutôt parler d’information claire, de sensibilisation qui parle le langage des vraies préoccupations des gens, et d’éducation qui montre le lien plutôt que de l’exiger de bonne foi. La prochaine fois que vous voyez passer une statistique sur l’environnement, essayez le petit exercice que je fais au moment d’écrire ces lignes.
Demandez-vous ce que ça coûte en santé, en vrais dollars, en tranquillité d’esprit et en qualité de vie. Vous verrez, la cerise sur le sundae devient vite une priorité. Est-ce qu’on a les moyens de laisser aller la situation ? Poser la question, c’est un peu y répondre. On dit qu’un seul dollar investi en prévention permet d’économiser 15 $ en réparation. À méditer. Rappelez-vous que tout est relié. Chaque geste individuel et collectif qu’on pose pour l’environnement allège la pression sur nos urgences, notre santé et notre épicerie. On n’a pas besoin de choisir nos batailles. On en a une seule, avec plusieurs fronts qui se soutiennent entre eux. On a tout ce qu’il faut pour faire mieux. On possède les connaissances, les solutions, la capacité collective. Il faut seulement se redonner un peu de fierté. À go, on se la redonne, la gang. n
Alors non, l’environnement ne devrait pas se trouver loin derrière la santé et l’économie. C’est plutôt le carburant des deux autres.
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LES AMIS DE 3RVE
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Louis-Charles Lefebvre Lefebvre Gérant Gé rant régional régional des vventes entes / Regional Regional Sales Manager
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Jean Delisle
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