C’est effectivement le cas. Au-delà de mon expertise et de mon expérience de 20 ans en la matière, j’ai constitué un réseau d’experts indépendants spécialistes du bâtiment. MédiaBat est aujourd’hui opérationnelle, mais une démarche pédagogique est incontournable, car la médiation dans le bâtiment n’est qu’à ses balbutiements au Luxembourg. Le « réflexe médiation » dans ce secteur ne va pas s’instaurer du jour au lendemain. Si le cadre législatif existe, il faut aujourd’hui convaincre l’ensemble des acteurs concernés, c’est-àdire les entreprises et les professionnels du secteur du BTP.
Il convient également d’impliquer le secteur public : l’État et les collectivités sont d’importants commanditaires par le volume, sur le marché de la construction.
Les assureurs, pour leur part, ont tout de suite compris l’intérêt de la médiation, et sont les premiers à avoir répondu présents à la mise en place de la médiation dans les sinistres en droit de la construction.
Une charte de la médiation a été élaborée par le Centre de médiation civile et commerciale, et des entreprises du bâtiment l’ont d’ores et déjà signée.
4 millions
C’est le nombre de mètres carrés dédiés à l’immobilier de bureaux d’ici 2017. En 2016, 130.000 m2 de nouveaux bureaux vont être construits (source : Inowai).
300.000 €
C’est le budget annuel moyen qu’une grande entreprise du bâtiment consacre aux frais d’avocat.
10 ans
C’est le temps que peut durer un litige en droit de la construction, dans le cadre d’une procédure judiciaire.
D’autres sont sur les rangs pour sa deuxième signature officielle, qui aura lieu le 22 avril prochain à la Chambre des métiers, en présence du Premier ministre Monsieur Xavier Bettel.
Les avocats sont certainement moins enjoués ?
Le métier d’avocat est en pleine évolution. Aujourd’hui, nos clients réclament de l’efficacité et de la proactivité avant tout.
Vous avez évoqué de sérieuses économies. Comment MédiaBat facture-telle ses clients ?
Un coût horaire est défini dès le départ avec les parties concernées, dans le cadre de l’accord en vue de la médiation, qui marque le début du processus. Il n’est pas exclu que les assureurs prennent en charge une part non négligeable de ces frais.
EN RÉSUMÉ
Créée en octobre 2015 par Me Myriam Baur, MédiaBat est une société d’avocats spécialisée en droit de la construction, qui favorise le processus de médiation pour solutionner les litiges. Pour mener à bien ce projet, Myriam Baur a choisi un partenaire également au faîte de la médiation, l’avocat Jacques Wolter, président du Centre de médiation civile et commerciale.
AU SERVICE DES PME
« MédiaBat s’adresse à l’ensemble des acteurs de la construction. C’est tout particulièrement vrai pour les petites entreprises qui sont forcément plus fragiles que les grands groupes, sur le plan financier, souligne Me Myriam Baur, CEO de MédiaBat. Dans ma carrière, j’ai vu disparaître un certain nombre de PME suite à des procédures qui ont duré. Les conséquences sont bien évidemment désastreuses, sur le plan social notamment. Si je peux, à mon niveau, grâce à la médiation, éviter de telles extrêmes, j’en serais la première satisfaite. »
M E MYRIAM BAUR Solutionner les litiges par la médiation.
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Les milieux économiques jugent les propositions de réforme fiscale trop superficielles. L’économiste Guy Kirsch propose, lui, la création d’un fonds alimenté par les revenus des droits de succession, portés à 100 %, pour lutter contre les inégalités sociales.
REPORTAGE
La gare en clair-obscur
Notre photographe Christophe Olinger a laissé traîner ses objectifs dans le quartier Gare. Il nous en propose des visages contrastés, entre le flot de frontaliers aux heures de pointe et un climat bien plus feutré le reste du temps...
« Le dialogue social n’a de toute façon jamais été facile »
Pascale Toussing, présidente du Conseil économique et social, parle des difficultés pour remettre le dialogue social à flot au sein du CES.
BAVARDAGES
Trouver les pépites
Discussion de fond entre Nicolas Buck, fondateur de Nyuko et nouveau président de la Fedil, et le ministre de l’Économie, Étienne Schneider. Au menu : l’innovation, l’entrepreneuriat et l’état d’esprit qui règne dans le pays.
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48 Pétrir le pain quotidien et celui de demain
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100 Les ratés de l’approche « incrémentale »
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Présentation par Lydie Err, devant l’ensemble des commissions parlementaires de la Chambre des députés, du rapport annuel 2015 de ses activités de médiateure.
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Luxempart (groupe Foyer) présente ses résultats pour le compte de l’année 2015, au cours de laquelle elle a accentué sa stratégie de prise de participations dans les pays limitrophes.
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Les « caoutchouteuses » Socfin et ses filiales Socfinasia et Socfinaf (appartenant à la galaxie des investissements de l’homme d’affaires français Vincent Bolloré) publient leurs comptes annuels pour l’année 2015.
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GRAND ENTRETIEN - PASCALE TOUSSING PRÉSIDENTE DU CONSEIL ÉCONOMIQUE ET SOCIAL
« Le dialogue social n’a de toute façon jamais été facile »
CAMILLE FRATI ET JEAN-MICHEL GAUDRON | MIKE ZENARI
Pascale Toussing entame sa deuxième et dernière année à la présidence du Conseil économique et social.
Une position délicate pour celle qui est aussi à la tête de la direction Fiscalité au ministère des Finances, sur fond de réforme fiscale et de dialogue social moribond.
Vous êtes arrivée au CES dans des circonstances particulières : vous avez dû remplacer au pied levé le représentant du gouvernement et directeur du Trésor, Georges Heinrich, en juin 2014 et endosser le rôle de présidente six mois après… Comment avez-vous vécu cette période ?
pascale toussing J’ai de très bons souvenirs. Pour moi c’était une période extrêmement enrichissante. J’espère que pour les autres aussi. En tant que président, on a surtout un rôle de facilitateur. On travaille en équipe, en particulier avec le bureau du CES.
Aviez-vous quelques appréhensions au moment de prendre vos fonctions à la tête du CES ?
Non, pas du tout. Je suis habituée à des discussions complexes tenues avec engagement. Je suis depuis très longtemps les dossiers fiscaux dans un contexte international. Autrement dit, des discussions dans le cadre desquelles le représentant du Luxembourg n’avait par le passé pas toujours un rôle facile, si je peux m’exprimer de la sorte. Pour moi, la présidence du CES était la prolongation de ces défis sur un plan davantage national. Je me vois surtout dans un rôle de médiateur.
Nous avons eu l’occasion de vivre un moment très positif assez récemment, avec le 50e anniversaire de l’institution. Cela nous a soudés dans une certaine mesure, et j’entends poursuivre sur cette voie.
Le CES a été ébranlé après l’échec de la tripartite de 2010, et paralysé pendant plusieurs mois. Il a repris ses travaux en faisant le choix de laisser de côté les sujets les plus controversés. Où en est le dialogue social aujourd’hui ?
Le dialogue social ne s’est jamais totalement arrêté. Je suis d’accord qu’il a connu des moments très difficiles. Nous sommes en train d’essayer de revenir à notre mandat traditionnel. Il ne faut pas se leurrer, nous n’y sommes pas encore entièrement. J’ai décidé il y a un an d’y aller doucement. J’avais indiqué ne pas vouloir faire de révolution – car une révolution serait synonyme de hara-kiri ! Il faut laisser du temps au temps. Il faut que les gens se sentent à l’aise.
Je n’ai jamais refusé un défi.
Vous a-t-on laissé le choix d’entrer au CES ?
Je n’en avais pas fait la demande, comme pour aucune autre de mes fonctions. Mais je n’ai jamais refusé un défi non plus. Et je ne le regrette pas.
Le patronat présidait le CES lorsque vous êtes arrivée. Vous-même êtes nommée par le gouvernement : sentez-vous une différence au CES selon l’étiquette du président ?
Ça dépend des personnes et des caractères. Pour moi, c’est un atout d’être nommée par le gouvernement dans des dossiers complexes, sujets à des opinions divergentes, voire radicalement opposées.
Cette présidence diffère-t-elle beaucoup de l’idée que vous vous en faisiez ?
Ce que je vis est conforme à mes attentes. Je n’ai jamais voulu faire de révolution. C’est une évolution continue, ensemble, entre les trois partenaires, dans la bonne direction. Je considère réussies les premières épreuves que je m’étais fixées, avec notamment l’avis sur la fiscalité et la continuation des discussions autour du semestre européen. J’ai tout de même été frappée par ce que j’ai perçu comme preuve d’engagement de la part des différentes personnes, également à titre personnel, de vouloir avancer ensemble.
Avez-vous constaté des avancées depuis un an ?
Je suis très confiante sur la possibilité d’avancer sur cette voie en direction d’un peu plus de dialogue. Au CES, nous fonctionnons toujours en transparence en tripartite. C’est extrêmement important d’entendre toutes les voix et de les entendre ensemble. Je ne veux pas que quelqu’un s’imagine qu’on est en train de trouver une solution avec une des parties sans consulter l’autre.
Parvenez-vous à dialoguer sans être pollués par les petites phrases ou les tweets cinglants que s’échangent le patronat et les syndicats à l’extérieur ?
Oui, on a plus de facilité à discuter en interne, par rapport à ces communications externes parfois moins estompées…
Avez-vous profité de votre présidence pour insuffler de nouvelles règles ?
Les règles de fonctionnement proprement dites ont été plus ou moins fixées à l’époque où le dialogue social était encore plus difficile qu’à d’autres moments. Mais ce dialogue social n’a de toute façon jamais été facile. Je n’ai jamais rien voulu changer aux règles et la question ne s’est jamais posée. Je pense néanmoins que nous avons réussi à renouveler le CES avec des sujets un peu plus difficiles. Pour certains de ces sujets, après 2010, on aurait sans doute évité de les thématiser pour ne pas créer de conflits. On l’a fait dans un avis en matière de fiscalité. On est en train de le faire dans un avis que nous venons d’entamer sur la productivité au Luxembourg. Cet avis constituera un test supplémentaire, pour voir si nous sommes à même d’affronter un tel sujet.
BIO EXPRESS
20 ANS DE SERVICE
1988 Née le 26 juin 1969 à Luxembourg, Pascale Toussing clôt brillamment son secondaire à l’Athénée avec une mention très bien. Elle enchaîne avec un certificat d’études juridiques et économiques à l’Université du Luxembourg puis deux licences en sciences économiques à l’Université de Louvain-la-Neuve en Belgique, obtenues avec la mention grande distinction. Elle reviendra à l’Université du Luxembourg de 1996 à 2001 afin d’enseigner la micro-économie.
1996 Après quatre années passées à la BGL dans la gestion de fonds, Pascale Toussing rejoint le ministère des Finances en tant que conseillère pour la politique fiscale. Elle gère aussi bien les dossiers nationaux qu’internationaux. Elle y restera 10 ans avant de passer à l’Administration des contributions directes dont elle prend la direction adjointe.
2012 Invitée à prendre les rênes de la politique fiscale par le ministre des Finances Luc Frieden, Pascale Toussing préfère rester aux Contributions directes. Deux ans et un changement de gouvernement plus tard, elle est nommée à la tête de la direction Fiscalité en remplacement d’Alphonse Berns. 2014 Pascale Toussing découvre le Conseil économique et social en remplaçant au pied levé, au mois de juin, Georges Heinrich, directeur du Trésor. Six mois plus tard, elle devient la première présidente de l’institution pour deux ans.
2016 La directrice Fiscalité représente le gouvernement au conseil d’administration de la Bil depuis 2014 et fait partie du comité de direction du Fonds souverain intergénérationnel depuis juin 2015. Elle est aussi vice-présidente du conseil du Commissariat aux assurances depuis 2001.
De 1968 à 2010, le CES livrait chaque année un avis éclairé sur l’évolution économique, sociale et financière du pays. Le blocage de 2010 a conduit à sa suspension. Pensez-vous que le CES pourra bientôt reprendre cette publication emblématique ?
J’ai déjà répondu en partie… On a passé avec succès un test, avec l’avis sur la fiscalité. On a le test productivité devant nous. Au plus tard après la fin de l’année, il faudra faire le bilan, ce qui est un exercice traditionnel tous les deux ans.
Mais sans avis annuel, à quoi sert le CES ?
Nous servons de maison du dialogue social permanent. On le prouve régulièrement avec différents sujets. Pour ce qui est de l’avis annuel, nous avons pris la décision de le remplacer, dans une première étape, par des discussions autour du semestre européen. Cela se recoupe d’une certaine manière. Il faudra voir après notre prochaine réunion si on continue sur cette voie ou bien si on peut déjà dire que l’on va intégrer les considérations du semestre européen dans quelque chose de plus large.
Le dernier avis du CES sur les droits des salariés date de 2006, celui sur la protection sociale de 2001, celui sur la formation professionnelle de 1995. Pourquoi ce délaissement du volet social ?
l’instant, lorsqu’il apparaît et réapparaît, on se contente plus ou moins de l’acter sans essayer d’entrer dans des discussions éternelles sur ce sujet. Dans le contexte de l’avis sur la productivité, on n’y échappera évidemment pas complètement… Il faudra voir comment l’aborder.
Il en est de même du sujet de l’organisation du temps de travail dans le cadre de l’avis sur la productivité… Les travaux n’ont pas encore commencé et la saisine est très vaste. Potentiellement, nous pourrons aborder tous les sujets. Mais nous devrons assez rapidement publier un projet d’avis. Il faudra faire des choix. Je ne sais pas encore ce qu’ils seront. J’espère les arrêter avant la pause estivale. Nous devrons encore marcher sur des œufs. C’est ce qui fait le charme du job. Mais il faut vraiment être prudent quand on marche sur des œufs…
Une révolution serait synonyme de hara-kiri !
Je ne dirais pas cela. Le volet social a toujours été traité dans les avis annuels. En outre, les avis sectoriels (industrie, secteur financier, commerce, artisanat) adoptés récemment comprennent tous aussi des thématiques sociales. D’autre part, il y a pas mal de sujets sensibles qu’on est en train d’aborder. On n’a jamais décidé de ne plus approfondir le social. C’était davantage une question d’agenda, voire de hasard. Il faudra le remettre sur table, tout comme évidemment l’avis annuel.
Le précédent gouvernement avait chargé le CES et le Conseil supérieur pour un développement durable d’élaborer des indicateurs pour un « PIB bien-être ». Un avis a été publié en 2013. Allez-vous y donner suite ?
Je pense que oui, nous allons continuer. En même temps, ce n’est pas un sujet parmi les plus prioritaires. Nous avons d’autres urgences à délivrer. Un autre exercice qui me tient à cœur : les réunions régulières sur le semestre européen entre gouvernement et partenaires sociaux. Il vaut mieux se concentrer sur certains sujets-clés et les mener à bien plutôt que d’essayer toute une panoplie d’avis que l’on ne pourra pas traiter sérieusement.
Et l’indexation des salaires ?
C’est clair que c’est un sujet qui réapparaît régulièrement. Mais ceci étant dit, pour
Concernant l’avis sur la fiscalité, n’étiezvous pas dans une position inconfortable du fait de votre double casquette – présidente du CES et directrice de la fiscalité au ministère des Finances ? Pas du tout. Nous avions reçu une saisine très claire du Premier ministre de rassembler toutes les informations disponibles en matière de fiscalité. Ma facilité avec la tâche confiée reposait en bonne partie sur le fait que l’avis devait être axé sur du fact finding. Notre mandat n’a jamais été d’élaborer des pistes de réformes fiscales. Si tel avait été le cas, peut-être la situation aurait-elle en effet été moins confortable pour moi. Comme c’était du factuel, il n’y avait pas de souci.
Les partenaires sociaux en général ont insisté pour avoir un avis factuel. C’était un exercice extrêmement utile et à haute valeur ajoutée, car nous avons mis des données et des statistiques jamais publiées au Luxembourg par le passé. On s’en sert en permanence dans toutes les discussions sur la réforme fiscale.
En tant que CES, nous avons décidé de nous autosaisir annuellement pour mettre à jour cet avis fiscalité. Nous n’avons pas encore entamé nos travaux pour la mise à jour de cette année. Nous devons encore voir comment nous allons procéder, si nous allons nous concentrer sur certains éléments ou bien mettre tous les tableaux à jour. Je l’ignore.
L’avis du CES sur la fiscalité soulignait les lacunes à combler dans la lutte contre la fraude fiscale. La réforme fiscale présentée par le gouvernement prévoit un « renforcement des moyens des administrations ». S’agit-il des moyens humains ou du dispositif de répression ?
On peut imaginer partir dans les deux directions : davantage de moyens humains et
VERBATIM
Parité
Pascale Toussing est la première présidente du CES - une des quatre femmes sur 39 membres. « Je ne suis pas parmi ceux ou celles qui disent qu’il faut imposer des choses, surtout pour ce qui est de la présence féminine. Cela va venir, c’est évident. Cela ne se fera pas du jour au lendemain. Je reçois souvent ces questions de l’extérieur, mais ce n’est pas flagrant vu de l’intérieur. » Fiscalité
Pascale Toussing a expérimenté des négociations internationales et européennes tendues.
« En tant que petit État, nous ne pouvons pas bloquer toutes les discussions. Si tout le monde est d’avis qu’il faut prendre la voie B, on ne va pas faire le forcing pour choisir la voie A. »
Revirement
Le changement d’attitude du Luxembourg sur la scène internationale a ouvert une nouvelle ère pour Pascale Toussing.
« Certaines enceintes ont voulu nous dire que si nous abandonnions le secret bancaire, ce serait la fin de la banque privée, voire du secteur financier… Il n’en est rien. C’est même le contraire, car c’est un geste reconnu comme un avantage pour le Luxembourg. C’est un peu pareil pour les règles fiscales internationales. Et avec la présidence du Conseil de l’UE, nous avons su démontrer notre engagement en matière de fiscalité à l’international. » Émotions
Le CES a connu des événements marquants ces derniers mois, entre ses 50 ans célébrés fin janvier et le départ en février de Marianne Nati-Stoffel, secrétaire générale depuis 43 ans, remplacée par Daniel Becker (auparavant à l’ILR).
« Nous avons eu un changement majeur avec le remplacement de la secrétaire générale. Elle a presque symbolisé à elle seule le CES, même si le CES est avant tout une question d’équipe. Ça change évidemment de ne plus l’avoir à bord… »
Quand full option devient le nouveau standard.
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** 7 ans de garantie ou 150.000 km (selon le premier critère atteint).
des amendes proportionnées. Le ministre des Finances a été clair à ce sujet : il veut renforcer les moyens, mais aussi prévoir davantage d’amendes en cas de fraude fiscale.
Ce seraient des amendes administratives ? Nous sommes en train de travailler sur une réforme du droit pénal fiscal. Sans pouvoir vous en dire plus, je peux vous indiquer qu’il est prévu d’avancer sur deux chantiers parallèles : des pénalités administratives, mais aussi certains changements au niveau pénal… C’est un sujet extrêmement vaste. L’objectif est de prévoir les orientations essentielles dans le cadre de la réforme fiscale. Nous avons de toute façon aussi des obligations internationales en la matière. On peut imaginer baisser les taux, baisser les impôts, mais il faut s’organiser de manière à ce que les impôts dus soient effectivement payés…
Certaines mesures comme la limitation de la déductibilité des pertes des entreprises ou encore l’augmentation de l’impôt sur les soparfi ont été fraîchement accueillies par la Place…
Je ne peux pas approfondir davantage en tant que présidente du CES, d’autant plus qu’il y a lieu de signaler que c’est justement sur cette question de la fiscalité des entreprises que nous avons eu des opinions divergentes au CES récemment.
Combien de temps vous prend le CES dans votre emploi du temps ?
Ça m’occupe pas mal de temps ! Il y a des moments plus ou moins intensifs… mais d’une manière générale et compte tenu de mon caractère, c’est une attribution à laquelle je me dédie avec beaucoup de dévouement. J’aime bien préparer sérieusement les dossiers, parler aux gens – et ça prend du temps… J’aimerais bien m'y consacrer encore davantage !
Je suis physiquement présente au CES pour des réunions des commissions, des séances du bureau, les plénières. Pour le reste, les moyens de communication modernes sont là ! Pour l’avis sur la fiscalité, il nous a fallu plus de 20 réunions en commission, assez longues. Nous avons procédé à des auditions de différentes personnalités, puis à la rédaction de l’avis, tout cela entre avril et novembre.
En janvier 2017, comment mesurerez-vous la réussite ou l’échec de votre présidence ?
La réussite serait dans une certaine mesure d’avoir su thématiser des sujets un peu plus brûlants. Mais si on n’y arrive pas, ce ne sera pas non plus un échec personnel. C’est que ce n’était pas le bon moment… Il en va aussi de la responsabilité de tous les membres du CES.
Quel rôle espérez-vous pour le CES après votre présidence ?
Je ne peux évidemment pas m’engager sur ce que fera mon successeur. Mais ma vision est de continuer à aborder même, voire surtout,
PÉRENNITÉ
Pascale Toussing souhaite voir le CES gravé dans le marbre de la Constitution.
les sujets dans l’intérêt du pays même s’ils sont plus difficiles, si le consensus n’est pas toujours possible. Je considère que le simple fait d’émettre des avis et de clarifier des positions a une grande valeur ajoutée, même en présence d’opinions divergentes. Le fait de se parler, de se comprendre, même sans consensus, est un progrès.
Cela veut dire qu’on peut se contenter d’un avis avec, pour certains points, un paragraphe expliquant la position du groupe syndical et un autre exposant celle du groupe patronal lorsqu’elles sont incompatibles, comme c’est le cas dans l’avis sur la fiscalité ?
Ce n’est évidemment pas la meilleure solution. L’idée est toujours d’avoir un consensus le plus large possible. Mais en cas de blocage, je préfère le surmonter en mettant des opinions divergentes, plutôt que de renoncer à l’avis…
Ça ne fait pas avancer les choses… Dans notre avis sur la fiscalité, nous avons trouvé un consensus sur tous les sujets sauf un. Je ne considère pas ce seul point comme un échec. Entre le choix de n’aborder aucun sujet ou la nécessité d’avoir des opinions, même divergentes, il faut pouvoir afficher ses opinions.
Seriez-vous favorable à un élargissement des compétences du CES, par exemple à
une saisine plus systématique dans le processus législatif ?
Ça a du sens. Nous ne sommes pas limités du tout dans tout ce que nous voulons discuter et écrire, à condition que tout le monde au CES soit d’accord de le discuter et de l’écrire. Nous avons la possibilité de nous autosaisir et nous le faisons régulièrement. Ainsi, je ne vois pas de limite d’un point de vue théorique sur ce que nous pouvons faire. Nous avons toutefois des contraintes d’une autre nature, ne serait-ce qu’en termes de ressources humaines. Il faudra faire des choix.
Et à plus long terme ? Où en sera le CES dans 50 ans ?
On ne sait pas quel sera le paysage dans 50 ans. Mon rêve et ma vision sont d’avoir toujours un CES parfaitement engagé dans tous les sujets déterminants pour l’avenir de notre pays, avec ou sans consensus. Et d’avoir un CES ancré dans la Constitution du pays. C’est un souhait exprimé qui me paraît légitime, et nous en avons fait la demande dans le contexte de la révision constitutionnelle. Mais cela ne va pas bouleverser la vie du CES s’il n’est pas inscrit dans la Constitution.
EN RÉSUMÉ
À mi-mandat, la présidente du Conseil économique et social, Pascale Toussing, estime avoir fait avancer le dialogue social malgré les divergences naturelles entre patronat et syndicat. Prochain test : l'avis sur la productivité que le CES doit publier dans quelques mois.
ierre Gramegna, ministre DP des Finances, avait déjà prévenu au micro de RTL, en septembre dernier : la réforme fiscale prévue pour entrer en vigueur en 2017 et dévoilée en ce début d’année ne serait pas « énorme », mais « ciblée ». Déjà obligé de composer avec une baisse importante (de l’ordre de 500 millions d’euros) des recettes de TVA sur le commerce électronique, le gouvernement ne dispose en effet pas vraiment d’une marge de manœuvre suffisante pour se permettre des excès de générosité.
Vu sous cet angle, les premières annonces dévoilées par l’exécutif le 29 février dernier n’auraient donc pas forcément dû surprendre par leur apparente modestie. Et pourtant, ce que d’aucuns ont qualifié de « réformette » a laissé beaucoup de monde sur sa faim dans les milieux économiques. « Faute de temps, par manque d’ambition ou par frilosité, les mesures concernant les sociétés sont décevantes, voire contreproductives », résume Jean Schaffner, partner chez Allen & Overy.
Les intentions sont pourtant bonnes. La volonté « d’équité sociale » exprimée à plusieurs reprises dans le programme gouvernemental de décembre 2013 se retrouve plus ou moins dans le saupoudrage annoncé fin février depuis le château de Senningen, après un week-end d’ajustement et de communication active auprès des partenaires sociaux. Durabilité, équité, sélectivité sont des mots qui, à cette occasion, ont été encore avancés par le quatuor BettelGramegna-Schneider-Braz. Le ministre des Finances avait déjà indiqué, à l’automne dernier, vouloir procéder « de manière sélective et responsable ». La sémantique, sur ce point-là, est pour le moins rodée et cohérente.
En est-il de même pour les annonces en tant que telles ? Le débat est largement ouvert, mais nombreux se sont montrés pour le moins réservés, voire sceptiques, au vu des annonces faites. Des annonces chiffrées entre 400 et 500 millions d’euros, plus de détails étant attendus à l’occasion du discours sur l’état de la Nation du Premier ministre
Xavier Bettel, programmé pour le 26 avril prochain.
Stratégiquement, du reste, le gouvernement semble avoir plutôt finement joué son coup, se donnant deux mois de réflexion et d’arbitrages supplémentaires, avant de rendre une copie que l’on suppose plus aboutie et appréciée par le plus grand nombre. Ce n’est pas vraiment le cas dans l’immédiat, même si du côté des syndicats et de certaines organisations patronales, c’est le « oui, mais » qui prévaut à la première lecture des annonces faites.
« Les mesures annoncées ont déçu bon nombre des acteurs économiques-clés de la Place par leur manque de vision et d’ambition , note Thierry Lesage, partner chez Arendt & Medernach, interrogé par Paperjam Le maintien de l’impôt sur la fortune pour les sociétés ne cesse de déconcerter. »
LA RÉPARTITION DES IMPÔTS DANS LE BUDGET DE L’ÉTAT
Autres : 509.631.436 € (3,9 %)
Douanes et accises : 1.277.425.020 € (9,78 %)
Impôts, droits et taxes : 4.058.279.821 € (31,06 %)
Keith O’Donnell, managing partner d’Atoz, voit plutôt pour sa part un « succès électoral, mais un échec entrepreneurial, comme il l’explique à Paperjam. La réforme fiscale a été bien accueillie par une partie des partenaires sociaux — et vraisemblablement la majorité de ceux qui votent aux élections. De ce point de vue, chapeau au gouvernement ! En effet, en donnant des cadeaux fiscaux, fort bien illustrés par des infographies, à un large public de particuliers, on récolte un sentiment de bienêtre assez large. En revanche, si l’on regarde du côté du monde entrepreneurial, c’est la déception qui domine » Comme on pouvait s’y attendre, l’opposition n’a pas manqué d’être parmi les plus virulents dans la critique. CSV en tête. Claude Wiseler (le chef de fraction du parti chrétien-social à la Chambre des députés), Laurent Mosar et Gilles Roth (en charge des affaires économiques) attendent toujours « le fil rouge et la vision d’ensemble » devant caractériser les décisions prises par le gouvernement, la réforme fiscale proposée étant jugée « surtout conjoncturelle et ponctuelle. C’est une réformette d’aprèscrise qui est loin de la grande réforme fiscale annoncée . » Et de déplorer que « l’économie de notre pays en général et la place financière en particulier sont les perdants de cette réforme ».
Le braquage des soparfis
Deux décisions focalisent notamment l’attention des critiques. En premier lieu, la baisse bien trop timide du taux d’affichage de l’impôt sur le revenu des collectivités (IRC), glissant de 21 % à 19 % en
Impôts directs : 7.221.230.595 € (55,26 %)
TOTAL (AU 14.10.2015) 13.066.566.872 €
2017 puis à 18 % en 2018. On est encore loin des 15 % que le ministre des Finances avait indiqués il y a six mois, même si un tel taux est annoncé dans le cadre très restreint des sociétés dont le revenu imposable annuel ne dépasse pas 25.000 euros. Certes, il avait été envisagé un processus par étapes pour parvenir à ce niveau, mais à l’heure actuelle, l’étape décisive ne se profile pas encore. En tenant compte de l’impôt commercial communal et de la contribution « Fonds pour l’emploi » qui s’ajoutent à ce taux effectif, le taux nominal de ces sociétés dont le revenu imposable annuel ne dépasse pas 25.000 euros serait alors de 22,8 %. Il serait encore de 26,01 % à l’horizon 2018 pour les autres (contre 29,22 % actuellement), soit encore loin de bon nombre de Places concurrentes (voir infographie).
« Nettement insuffisant », tranche le trio du CSV consulté par Paperjam « Même à 26 %, nous sommes encore très loin des meilleurs du peloton de l’Union
Part du Grand-Duché dans les recettes communes de l'union économique begoluxembourgeoise en matière de droits de douane et d'accise : 945.139.020 € (73,99 % du total)
Autres
(1,1 %)
Droit d'usage de certaines infrastructures routières par des véhicules utilitaires lourds : 10.000.000 € (0,78 %)
1.277.425.020 €
Taxe sur les véhicules automoteurs : 25.600.000 € (2,00 %)
Droits d'accise autonomes luxembourgeois sur certaines huiles minérales : 175.412.510 € (13,73 %)
Impôt retenu sur les traitements et salaires :
3.564.500.000 € (49,36 % du total)
Droits d'accise autonomes luxembourgeois sur les cigarettes : 107.297.990 € (8,40 %)
Impôt de solidarité : 335.133.621 € (4,64%)
Impôt sur le revenu des personnes physiques fixé par voie d'assiette : 755.000.000 € (10,46 %)
Taxe d'abonnement sur les titres de société : 994.520.000 € (24,51 %)
Taxe sur la valeur ajoutée : 2.776.100.849 € (68,41 % du total)
(0,46 %)
Impôt retenu sur les revenus de capitaux : 260.000.000 € (3,60 %)
Impôt sur le revenu retenu sur les tantièmes : 42.000.000 € (0,58 %)
européenne — l’Irlande, les Pays-Bas et le Royaume-Uni — et de l’OCDE. Nous aurions préféré une baisse plus substantielle avec un élargissement parallèle de la base d’imposition »
L’autre motif de courroux exprimé par les acteurs économiques de la Place concerne la hausse de 50 % de la taxe minimum spéciale sur les sociétés de participation financière (soparfi), devant passer de 3.000 à 4.500 euros.
Depuis son introduction en 2011, cet impôt a du mal à passer auprès du patronat. Initialement établi à 1.500 euros, il avait été porté à 3.000 euros en 2013 par le précédent gouvernement Juncker. La Chambre de commerce avait alors écrit dans un avis que « le doublement de cet impôt deux ans seulement après son introduction mine la crédibilité des autorités dans le chef des investisseurs étrangers et menace en outre directement le déploiement de la stratégie de headquartering, pourtant élevée au titre de priorité en matière de diversification du tissu écono-
Droits d'enregistrement : 188.300.000 € (4,64
mique national. » Le directeur de l’institution s’appelait alors… Pierre Gramegna. Mais en politique, la vérité d’un jour n’est pas toujours celle du lendemain. Et le raz-de-marée provoqué par le scandale LuxLeaks a pour le moins changé la donne, alors que l’industrie des sociétés de participation financière est devenue le premier contributeur au titre de l’impôt sur le revenu des collectivités, devant les banques.
Il y a trois ans, le doublement de la taxe forfaitaire devait dégager une plus-value de 50 millions d’euros. En plaçant le ticket d’entrée à 4.500 euros, le gouvernement Bettel espère-t-il un montant équivalent ? Le pari est risqué, tant cette mesure semble grimper dans la cote d’impopularité.
« Cette hausse spectaculaire de 50 % est vécue comme un ‘braquage’ de cette population de sociétés », regrette Keith O’Donnell, qui déplore une approche « en contradiction flagrante avec le message business-friendly que le gou -
Impôt de solidarité : 118.096.774 € (1,64 %)
Impôt sur la fortune des entreprises : 430.000.000 € (5,95 %)
Impôt sur le revenu des collectivités : 1.569.000.000 € (21,73 %)
Recouvrement des impôts relevant de l'administration des contributions : frais, suppléments et intérêts de retard : 16.000.000 € (0,22 %)
Autres
(0,44 %)
TOTAL 7.221.230.595 €
ANNONCES PARTICULIERS : LES 8 PRINCIPALES MESURES
« Introduisant en plus une nouvelle tranche d’impôt sur les grands revenus, la réforme garantit davantage de solidarité fiscale et de sélectivité sur base de critères socio-économiques », a expliqué le vice-Premier ministre Étienne Schneider. Voici les principales mesures annoncées pour les particuliers :
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Abolition de l’impôt d’équilibrage budgétaire temporaire (0,5%).
Augmentation des crédits d’impôt pour les salariés, les pensionnés et les monoparentaux.
Création d’une nouvelle tranche d’imposition de 41 % à partir d’un revenu annuel de 150.000 euros et de 42 % (taux maximal) à partir de 200.000 euros (classe 1).
Introduction de l’imposition individuelle sur option pour conjoints mariés, pour les résidents et les non-résidents.
Augmentation à 3.200 euros du plafond de de déductibilité des primes versées sur un contrat de prévoyance-vieillesse.
Augmentation à 20 % de la retenue à la source libératoire, uniquement si le montant des intérêts touchés ne dépasse pas le montant annuel de 250 euros par personne et par agent payeur.
Augmentation des plafonds des cotisations déductibles versées dans le cadre d’un contrat d’épargne-logement pour les épargnants âgés de moins de 40 ans.
Abattement fiscal pour les véhicules zéro émission.
Personnes physiques
Personnes morales
Autres
vernement et le pays véhiculent à l’étranger ».
La pilule passe d’autant plus mal qu’aucun autre pays n’applique une telle taxe sous cette forme. Difficile de ne pas imaginer que certaines y réfléchiront à deux fois avant de décider de conserver un siège social dans un contexte fiscal de plus en plus agressif.
« Toute proposition de réforme fiscale doit être bénéfique à l’économie luxembourgeoise, dont il faut rappeler qu’elle est en grande partie basée sur des capitaux étrangers et mobiles, résume Wim Piot, tax leader chez PwC Luxembourg. L’objectif premier de la politique fiscale du pays devrait donc être de conserver et développer la position internationale du Luxembourg en tant que lieu stratégique d’investissement, tout en renforçant sa réputation de partenaire économique solide et se conformant aux standards internationaux et de gouvernance. » Une recette qui, visiblement, n’est pas atteinte avec les premières mesures dévoilées fin février.
Rester dans les clous
Le gouvernement pouvait-il en faire plus dans l’immédiat ? Rien n’est moins sûr. Fin 2015, la Banque centrale du Luxembourg estimait que la marge de manœuvre théorique pour faire des allégements fiscaux, tout en respectant les obligations du Pacte de stabilité et de croissance, était de l’ordre de 0,5 % du PIB et correspondrait à 300 millions d’euros. Avec un paquet de mesures estimées entre 400 et 500 millions d’euros, le gouvernement semble déjà en-dehors des clous.
Le Fonds monétaire international n’a pas manqué, lui aussi, de mettre l’exécutif en garde. Ainsi, trois jours à peine après les annonces présentées au public, l’institution internationale rappelait qu’il n’était pas bien vu que les réductions d’impôts annoncées affectent « la marge budgétaire disponible », c’est-à-dire à hauteur de plus de 1 % du PIB. En sa qualité de chef de mission du FMI, le Néerlandais Erik J. De Vrijer a ainsi indiqué vouloir voir la mise en place d’une limitation « de l’ampleur des réductions d’impôts à la marge budgétaire disponible », autrement dit que le gouvernement renonce à priver l’État de ces 400 à 500 millions d’euros par an planifiés.
Dans la continuité des recommandations déjà énoncées par la Commission européenne en 2015, les conclusions préliminaires du FMI plaident en faveur d’un élargissement de l’assiette d’imposition, mais aussi en faveur de la suppression des régimes fiscaux spéciaux. Étienne Schneider, quelques semaines avant le scrutin d’octobre 2013, n’avait pas dit autre chose : « Il faut abaisser le taux d’affichage de l’imposition des entreprises pour augmenter la base imposable. Ce sera neutre du point de vue fiscal. Nous n’avons
IRC : LE LUXEMBOURG N’EST PAS LE PLUS COMPÉTITIF
Avec un taux d’affichage d’impôt sur le revenu des collectivités (IRC) de 21 %, le Luxembourg présente un taux effectif de 29,22 %. Même en réduisant le taux d’affichage jusqu’à 18 %, le pays sera encore derrière les meilleurs élèves européens.
pas encore fait le calcul, mais nous le ferons le moment venu. » Le moment n’est visiblement pas encore venu, alors qu’un certain flou règne encore sur les conditions d’implémentation des mesures prévues dans le « cadre » de Beps. « Cette réforme constitue aux yeux du LSAP une première étape d’une réflexion à plus long terme axée sur une réorientation plus fondamentale de notre système fiscal », tempère Alex Bodry, le président de la fraction socialiste à la Chambre des députés, interrogé par Paperjam. Quoi qu’il en soit, le compte à rebours est lancé, d’ici au 26 avril, date à laquelle sont censés être communiqués davantage de détails sur les mesures proposées et, qui sait, des réponses aux inquiétudes exprimées par bon nombre d’acteurs économiques du pays. « Compte tenu des forces du pays et des opportunités qui s’offrent au Luxembourg, cette réforme semble cruellement manquer d’ambition et de vision globale pour l’avenir du pays, conclut Jamal Afakir, associé au sein du département International & Corporate Tax chez Atoz, contacté par Paperjam. Dans ce contexte d’opportunités et de défis pour l’économie et le modèle social luxembourgeois, ces annonces de réforme fiscale rendent illisibles la politique fiscale du pays et semblent constituer une occasion manquée de donner un nouvel élan à un État qui avait su, jusqu’à ces dernières années, faire de sa singularité dans le paysage européen et mondial une force et une marque. À trop vouloir rentrer dans le rang, on risque de perdre le bon élève luxembourgeois dont l’ambition n’est pas à la hauteur des capacités
ANNONCES ENTREPRISES : LES 5 PRINCIPALES MESURES
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SOURCE : OCDE
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Réduction progressive du taux d’impôt sur le revenu des collectivités (IRC) : de 21 % (actuellement) à 19 % en 2017 et jusqu’à 18 % en 2018.
Abaissement de l’IRC à 15 % pour des sociétés dont le revenu imposable annuel ne dépasse pas 25.000 euros.
3 Limitation de l’utilisation des pertes fiscales reportables pour les pertes réalisées à partir de 2017.
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Augmentation à 4.815 euros (en tenant compte de l’impôt de crise) de l’impôt sur la fortune minimum des sociétés de participation financière.
Immunisation de la plus-value portant sur d’éventuels biens immeubles (terrains ou bâtiments) appartenant à une entreprise cédée.
et homme est-il dangereux? Considéré par certains comme étant communiste, comparé par d’autres au dictateur cambodgien Pol Pot, l’économiste luxembourgeois Guy Kirsch a bousculé bon nombre d’esprits fin janvier, dans le cadre feutré, mais intellectuellement très stimulant (et stimulé), d’une conférence organisée sous l’égide du prestigieux Ifo, Institut für Wirtschaftsforschung de Munich. Intervenant à la tribune où se sont succédé plusieurs autres économistes de renom, le Pr Kirsch a mis les pieds dans le plat en proposant une ponction des droits de succession à hauteur de… 100 %, afin d’alimenter un fonds destiné, au final, à permettre à tout un chacun de bénéficier d’un héritage dans sa vie. Une partie de ce fonds pourrait aussi être utilisée pour soutenir dans leurs études les enfants de classes dites « non privilégiées ».
Cette approche pour le moins radicale s’inscrit dans une pensée plus large destinée à imaginer des façons de lutter contre certaines inégalités sociales. Réflexions.
La fiscalité parvient-elle à aplanir certaines inégalités sociales, ou bien avezvous le sentiment qu’elle les accentue ? guy kirsch Il faut d’abord constater que nous vivons depuis un certain temps de très grandes inégalités, à la fois des fortunes et des revenus. Et nous assistons à une augmentation de ces inégalités. Nous risquons ni plus ni moins d’avoir des problèmes sociaux, car les gens n’acceptent plus cette situation. C’est clairement une menace pour la cohésion sociale.
La question de la fiscalité sur les héritages est très symbolique : dans les prochaines 20 années, il y aura des centaines de milliards d’euros d’héritages ; des fortunes immenses transmises par cette génération, « ma » génération, qui a vécu des temps de croissance et n’a pas connu de crise ni de guerre. Cette situation risque encore d’aggraver les inégalités, et des inégalités non justifiées.
Je n’ai absolument rien contre le fait que vous gagnez plus que moi, mais à une seule condition : c’est que vous contribuiez davantage à la société. Sinon, je serai en droit de me demander pourquoi ! Je pense alors à la pièce de Beaumarchais où Figaro s’adresse à un noble arrogant : « Qu’avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus. » C’est concrètement le cas pour beaucoup de gens encore.
On devine un certain ressentiment de votre part dans la façon de considérer les choses…
Je ne suis pas envieux de voir des gens se pavaner en voiture de luxe. Je ne sais d’ailleurs
même pas ce que je ferais d’une telle voiture ! Mais ça me révolte d’imaginer que ces personnes-là ne donnent rien en retour. C’est la raison pour laquelle j’aimerais trouver un moyen non pas pour le principe de déshériter les riches, mais plutôt pour permettre à tous de pouvoir hériter de quelque chose et de pouvoir partir dans la vie sur les mêmes bases. D’où cette idée de fonds, de trust, que j’ai esquissée. Cela n’exclut évidemment pas qu’il y ait des problèmes techniques, j’en conviens. Mais je sais qu’il existe une fondation à Hambourg, par exemple, qui réfléchit à un mécanisme qui y ressemble.
La composition du comité de direction d’un tel fonds serait évidemment cruciale, tout comme sa gestion. Mais comme il n’y aurait pas d’obligation de maximisation des profits, comme cela pourrait être le cas pour des banques, on pourrait très bien imaginer qu’il puisse aussi servir pour des projets plus vastes touchant à la société civile.
Je ferai remarquer par ailleurs que l’impôt sur l’héritage est probablement le plus contesté, mais paradoxalement qui ne rapporte pratiquement rien. Dans le budget de l’État, c’est parfaitement négligeable (dans le budget 2015 du Luxembourg, il représente 60 millions d’euros, ndlr). Il est dommage aussi qu’on ne voie, derrière mon idée, que le seul aspect des riches qui seraient déshérités et qu’on ne voie pas toutes les autres personnes qui enfin toucheraient un héritage.
Ne baigne-t-on pas, en la circonstance, en pleine utopie ?
Rien n’empêche de travailler sur la base d’une utopie sans pour autant être un utopiste ! Mais on peut aussi être réaliste et se dire que même si c’est dans cette direction qu’il faut aller, on ne peut pas y aller à 100 % pour différentes raisons. Les utopies, ce sont des modèles de pensée qui permettent d’avoir une direction de ce que l’on veut et de ce qui est justifiable. Je ne suis pas un utopiste. Mais il ne s’agit pas de trouver des solutions à un problème mal posé. Il faut d’abord poser le problème avant de trouver des solutions acceptables, quitte à accepter qu’on ne trouve pas de solution miracle qui satisfasse les gens à 100 %. Du reste, aucune politique ne renonce vraiment à une certaine vision utopique, même si on n’a pas le courage de l’avouer.
Qu’est-ce que pourrait alors être une fiscalité « juste » ?
La réponse dépend du modèle de société et de la vision de l’Homme que l’on a. Si on dit que chacun doit pouvoir vivre sa vie et en être seul responsable, et ne pas avoir le moindre privilège, comme dans le libéralisme individualiste, on peut dire qu’une répartition très inégale des impôts est très juste, puisqu’elle repose sur des différences de prestations. Mais est-ce pour autant que cette approche est « juste » ? Évidemment, si vous avez une vision que l’Histoire est une marche de l’humanité vers je ne sais quel être suprême, les idées
de justice seront forcément différentes. Mais je ne crois pas tellement à cet être suprême, en tous cas pas en ce qui concerne la fiscalité… À l’opposé de ce libéralisme, il y a le tribalisme, voire le féodalisme, où ce n’est pas l’individu qui est intéressant en tant que tel, mais en tant que membre d’une famille. Il peut bien sûr profiter de cette situation, mais il peut aussi être sacrifié au nom de cette famille. Combien d’héritiers se sont vu contraints, et aujourd’hui encore, de prendre la suite de leurs aïeuls dans leur entreprise familiale, quand bien même ils aspiraient à faire tout à fait autre chose ?
Du reste, certaines études empiriques – et non pas des simples spéculations théoriques – montrent que des entreprises florissantes qui sont transmises à des générations, peut-être moins capables, moins douées ou dévouées, sont beaucoup moins productives que celles où l’on a cherché un manager pour continuer leur gestion. Vous remarquerez d’ailleurs que les Google, Facebook et autres Amazon ne sont pas dirigés par des « fils de ». En revanche, tous leurs dirigeants ou presque ont annoncé céder une grande partie de leur fortune au sein de fondations.
Dale Carnegie disait même que tout homme qui meurt riche meurt déshonoré. Mais probablement était-il communiste…
C’est surtout la symbolique de cet impôt sur l’héritage qui semble toucher les gens… C’est vrai que les montants en jeu ne sont, pour l’instant, pas importants. Mais c’est en effet la question sous-jacente de l’inégalité de la distribution des revenus et des fortunes qui risque de devenir extrêmement menaçante à l’avenir. Savez-vous ce que le roi français Louis XVI avait noté le 14 juillet 1789 dans son agenda ? « Rien » ! Il n’avait rien remarqué, rien anticipé. J’ai un peu l’impression que nous vivons en pleine inconscience, sans voir que nous risquons d’avoir de très graves problèmes sociaux. Or, un ordre social, mais aussi économique ou politique, ne peut survivre et fonctionner que dans la mesure où les gens y croient...
Ou bien par la peur de la répression ? Peut-être pendant un certain temps, mais ça ne peut pas être durable. Dans la mesure où des inégalités de fonctionnement ne sont plus considérées comme étant justifiées et sont trop importantes, on risque de voir tout bonnement se produire des oppositions plus ou moins violentes ou agressives.
Nous acceptons les bouleversements de notre société, parce qu’ils viennent tout doucement, presque imperceptiblement. C’est le principe de la grenouille plongée dans une marmite d’eau froide et qui meurt ébouillantée sans même s’en rendre compte au fur et à mesure que l’on augmente la température de l’eau. Pour qu’un système soit durable, il faut donc qu’il soit crédible et ce sera le cas dans la mesure où les gens pourront faire leur vie et n’en seront pas empêchés parce que d’autres, qui n’ont rien fait, s’accaparent leur droit de vivre.
DES RÉFORMES SOUS TOUTES LES FORMES
Les annonces faites fin février par le gouvernement ont laissé beaucoup de monde sur leur faim.
« Quelle serait la réforme que vous voudriez voir être mise en œuvre ? »
Interrogés par Paperjam, une quinzaine de décideurs, politiciens, étudiants, syndicalistes, se sont prêtés au jeu.
ALEX BODRY
« METTRE FISCALEMENT SUR UN PIED D’ÉGALITÉ LES DIFFÉRENTES FORMES DE REVENUS »
• Taxer davantage les très gros revenus et exonérer les revenus jusqu’à concurrence du revenu minimum garanti, voire du salaire minimum, constitue une piste à creuser. Mettre sur un pied d’égalité du point de vue de la fiscalité les différentes formes de revenus me semble être une autre exigence d’une telle réforme.
Pourquoi favoriser les revenus de capitaux par rapport aux revenus du travail ? Pourquoi taxer le revenu et exonérer pour l’essentiel la propriété, la fortune ? C’est précisément la transmission des fortunes qui est à l’origine de la répartition inégale de la richesse dans nos pays. Il nous faut avoir le courage de débattre de ces questions, tout comme il y a lieu de s’interroger sur les disparités existantes entre l’impôt frappant les résidents et les non-résidents.
Une refonte de la législation sur l’impôt foncier s’impose. Ses fondements remontent à l’occupation nazie du Luxembourg. Une taxation plus importante et plus juste des terrains et
immeubles devra être accompagnée d’une réduction fiscale sur les revenus, afin de ne pas accroître la pression fiscale en général.
Au niveau des entreprises il y a lieu de favoriser une harmonisation fiscale au niveau européen afin de mettre fin au phénomène du dumping fiscal auquel nous assistons depuis des années.
L’investissement privé doit davantage être favorisé, tout comme la recherche et le développement.
Une fusion de l’impôt sur le revenu des collectivités et de l’impôt commercial communal dans le sens d’une uniformisation au niveau national est souhaitable, des rentrées fiscales stables devant être assurées au secteur communal.
Finalement, il importe d’arriver – sur la base de critères objectifs – à renforcer l’équité dans la distribution des revenus entre les communes, et cela en tenant surtout compte des missions dévolues aux différentes municipalités en fonction de leur taille. •
JOHN HAMES ET
TUZZE « PROMOUVOIR L’ENTREPRENEURIAT ET ENCOURAGER LES PME »
John Hames (associé) et Giuseppe Tuzze (directeur associé, EY Luxembourg)
Alex Bodry (président de la fraction LSAP, Chambre des députés)
KEITH O’DONNELL
« Une réduction de 10 points du taux combiné IRC / ICC serait
tout à fait supportable »
• À court terme, il serait bénéfique de clarifier certains aspects du projet de réforme qui n’auront pas d’impact budgétaire significatif, mais qui sont importants, notamment en matière d’impôt sur la fortune et de consolidation fiscale. L’autre axe consisterait à mener à bien le projet d’un régime IP « Beps compliant ». À moyen terme, il faut réfléchir sérieusement au modèle d’imposition des entreprises dans un monde fiscal « 2.0 » (après Beps, CBCR, etc.). Je reste convaincu qu’une réduction marquée, pour arriver à un taux de moins de 20 %, est non seulement essentielle, mais tout
à fait abordable sur le plan budgétaire. Des simulations que nous avions préparées au sein d’Atoz montrent que le déchet budgétaire d’une réduction de 10 points du taux combiné IRC / ICC serait tout à fait supportable à court terme et se résorberait entièrement à moyen terme.
(…) Enfin, si le taux d’imposition des sociétés est attractif, on peut déduire qu’en général, les autres mécanismes fiscaux mis en place suivront la même tendance. Un des meilleurs outils marketing dont disposerait le Luxembourg en ce moment serait un taux d’IS compétitif. •
• La réforme de 2017 pourrait constituer une bonne occasion pour aller encore plus loin dans les mesures d’encouragement aux PME. Les idées sont nombreuses ; nous en avons développé quelques-unes à titre de pistes de réflexion :
promouvoir l’investissement par le biais de la réserve immunisée : le bénéfice réalisé par une PME serait temporairement immunisé, c’est-à-dire non soumis à l’impôt, par le biais de son inscription dans un poste de réserve, à condition d’être réinvesti dans l’entreprise ; promouvoir la bonification d’impôt pour investissement : si une modernisation globale du régime serait certes souhaitable (et notamment en vue de faciliter le mécanisme de calcul), une adaptation aux besoins spécifiques des PME serait déjà de grande utilité. Ainsi, compte tenu de l’importance croissante de l’informatique, il paraît indispensable d’accorder la même valeur aux logiciels qu’aux ordinateurs ou autres biens corporels et dès lors de les inclure dans le cercle des actifs éligibles. (…) En outre, les biens usagés investis dans le cadre d’un premier établissement devraient être éligibles jusqu’à un montant total de 500.000 euros (contre 250.000 actuellement) ; simplifier les obligations en matière de prix de transfert : pas d’obligation de se doter d’une documentation spécifique, mais possibilité de soumettre, en cas de demande de la part de l’administration, les documents en possession des PME ; présomption du respect du principe de pleine concurrence lorsque les transactions intra-groupe ne dépassent pas un seuil déterminé par an (par exemple 250.000 euros), et / ou redevance réduite en cas de demande de décision anticipée par une PME ; neutraliser fiscalement les immeubles d’exploitation dans le cadre de la transmission d’entreprises familiales : il serait utile de permettre à une entreprise de réorganiser son patrimoine immobilier sous un régime de report (et non pas une exonération) d’imposition, assorti bien entendu des dispositions nécessaires pour éviter tout abus. Ainsi, lorsque l’immeuble sera ultérieurement cédé par l’exploitant, la plus-value réalisée sera calculée en tenant compte du prix d’acquisition historique au niveau de l’entreprise lors de la sortie de l’immeuble du patrimoine d’exploitation en neutralité fiscale. •
Keith O’Donnell (managing partner, Atoz)
GIUSEPPE
« Abolir l’impôt sur la fortune pour les sociétés »
• Le maintien de l’impôt sur la fortune pour les sociétés (IF) ne laisse pas de déconcerter. (…) Pourtant, la sous-capitalisation et la déduction d’intérêts sont parmi les points phares du rapport de l’Action 4 du plan Beps présenté par l’OCDE. Face à ce paradoxe, le Luxembourg ne peut envisager de se conformer à Beps tout en maintenant un impôt qui va à l’encontre de ce nouveau stan-
«
LE CRÉDIT D’IMPÔT POUR LES PARTICULIERS À ZÉRO »
• Le crédit d’impôt accordé aux salariés et aux pensionnés a pour objet de compenser le désavantage de l’imposition à la source. Or, dans un environnement de taux d’intérêt nuls, voire négatifs, cet inconvénient a disparu de sorte qu’en toute logique, il aurait fallu réduire le crédit d’impôt à zéro. Au contraire, le montant maximum est multiplié par deux et il est devenu dégressif. Si l’objectif réel était de réduire l’impôt payé par certaines personnes, il aurait été plus simple d’augmenter la tranche imposée à 0 %. Si l’objectif était de donner une aide supplémentaire aux personnes dans le besoin, il me semble qu’il serait plus transparent de le faire au travers des aides sociales plutôt qu’au travers de l’impôt. Enfin, la dégressivité du crédit d’impôt introduira une complexité inutile au niveau du calcul de la retenue sur salaire ou sur pension. La mise en œuvre de la mesure risque d’en multiplier le coût et donc d’en réduire l’efficacité.
D’autre part, je ne comprends nullement l’intérêt de doubler la retenue à la source libératoire sur les intérêts. Lorsque les taux d’intérêt sont proches de zéro, prélever un impôt de 20 % plutôt que de 10 % ne change pas le résultat : l’impôt reste nul ou très faible. Or, le fait que le gouvernement puisse d’un coup doubler un impôt fait peur aux gens fortunés que nous souhaitons pourtant attirer. Une augmentation de 10 % à 12,5 %, voire 15 %, serait bien plus raisonnable. •
dard. La volonté affichée du Luxembourg d’attirer de manière durable et croissante des capitaux serait enfin traduite sur le plan fiscal par l’abolition de l’impôt sur la fortune qui permettrait de facto une meilleure capitalisation des sociétés.
(…) Sans vouloir jouer les Cassandre, les acteurs de la place financière n’ont pas ménagé leurs efforts pour expliquer
aux décideurs politiques ces problèmes majeurs liés à l’IF dans le cadre des discussions autour de la réforme fiscale. Ils n’ont pas été entendus jusqu’à présent et on ne peut que le déplorer. Le thème doit maintenant être réabordé sans parti pris, afin de pouvoir communiquer rapidement aux acteurs économiques une abolition programmée de l’IF. À défaut, les dommages devront être assumés. •
« ÉLARGIR LA BASE D’IMPOSITION »
• Certains aspects qui ne figurent pas dans la réforme fiscale telle qu’annoncée pourraient rendre notre législation fiscale plus compétitive :
un régime d’intégration fiscale pour l’impôt sur la fortune, afin de compenser à l’intérieur d’un groupe les dettes et les avoirs, ainsi qu’une intégration fiscale en matière de TVA ;
un régime d’exonération généralisé des revenus de valeurs mobilières (à l’instar des sicar) destiné à attirer des investisseurs financiers au Luxembourg ;
un élargissement du régime mère-fille pour en faire bénéficier tous les investisseurs et cibles sous forme sociétaire, installés dans un pays avec lequel le Luxembourg a conclu une convention fiscale ;
un allègement général de l’ICC, le poids de l’ICC étant disproportionné par rapport à l’IRC. De façon idéale, l’ICC devrait être intégré dans l’IRC, ce qui devrait permettre de réduire significativement le poids de la fiscalité municipale des entreprises (et le gâchis engendré par certains investissements municipaux) ;
un régime moins incitatif pour l’investissement des particuliers dans le logement locatif, en supprimant la possibilité de combiner une déduction
des intérêts de financement avec l’amortissement du logement, ce qui corrélativement faciliterait l’accession à la propriété des primo-accédants, en baissant les prix de l’immobilier.
Cela étant, une réforme fiscale aurait pu être beaucoup plus ambitieuse, en essayant d’explorer des voies nouvelles, pour rendre notre pays plus attractif, plus dynamique et plus moderne.
Dans ce contexte, il serait possible le cas échéant d’élargir la base d’imposition, avec un taux d’imposition beaucoup plus faible. Soit ce système pourrait conduire à la suppression d’un certain nombre d’avantages accordés par la loi fiscale, comme l’abolition de certains amortissements spéciaux ou accélérés, de l’immunisation des plus-values, du report de pertes ou encore des bonifications d’impôts pour investissements, soit le système pourrait être basé sur une imposition sur une base différente, par exemple le chiffre d’affaires brut. Ce dernier pourrait être soumis à un taux d’imposition faible (de l’ordre de 10 %, par exemple, à titre tout à fait indicatif), et cette imposition couvrirait également l’impôt commercial communal et l’impôt sur la fortune, qui se verraient ainsi supprimés. •
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« Vers une déductibilité totale des frais de scolarité »
• Étant un pays qui est devenu riche grâce à son secteur financier, le Luxembourg est continuellement dans le besoin de produire, recruter et conserver les personnes les plus éduquées du globe. Or, le droit fiscal dans son état actuel ne fait pas vraiment écho à cette nécessité. À l’heure actuelle, conformément aux articles 12 (1.), 45 et 105 LIR, on ne peut déduire que des frais de perfectionnement professionnel (Fortbildungskosten) de la base imposable, contrairement aux frais de formation professionnelle (Ausbildungskosten). Ce qui signifie que les frais de scolarité ne sont pas déductibles pour les jeunes diplômés qui entrent dans le marché du travail. (…) Une réforme législative au Luxembourg ayant pour but la déductibilité des
DENIS COLIN ET JONATHAN BEGGIATO
«Repenser
frais de formation professionnelle permettrait d’inciter les jeunes diplômés à venir s’établir au Luxembourg. (…) Spécifiquement, et afin d’encourager les jeunes à prendre le chemin de longues études, voire à permettre une réorientation, nous proposons de permettre la déduction des frais de scolarité du revenu imposable du foyer fiscal sur la base d’un taux progressif calé sur les coûts effectifs subis par catégorie, ou bien la déductibilité a posteriori des études sur le revenu imposable du jeune diplômé.
Dans ce deuxième cas, la déductibilité devrait être plafonnée annuellement, par exemple sur une durée de 5 à 10 ans, basée sur un coût moyen. À titre d’exemple, un lycéen vivant avec ses
le financement des communes»
• Il convient, parmi les réformes à envisager, de repenser la fiscalité des entreprises en repensant le financement des communes, lesquelles sont financées pour l’essentiel par les entreprises, au moyen de l’impôt commercial communal (ICC). Un impôt qui pèse lourdement sur les entreprises (environ 7 % de leur bénéfice) et qui constitue en même temps un accroc à la démocratie. En effet, d’un côté les entreprises financent pour l’essentiel les communes, mais ne votent pas pour élire les conseils communaux (puisque les représentants des entreprises n’habitent que très rarement dans la commune d’implantation de leur entreprise). À l’inverse, les habitants des communes élisent les conseils communaux, mais ne contribuent pas au budget qu’ils placent sous le contrôle de leurs élus...
Si l’ICC, qui est actuellement à la charge des entreprises, était remplacé par un impôt à la charge des habitants des communes (par exemple une taxe d’habitation payée par chaque administré communal), cela permettrait de remettre le financement des communes
à la charge de ceux qui élisent les conseils communaux et surtout aux entreprises luxembourgeoises de voir leur taux d’imposition passer de 28 % à 21 %, voire 18 % si les mesures d’abaissement du taux de l’IRC annoncées par le gouvernement sont menées à leur terme.
Nous avons chiffré le coût d’un tel glissement du financement des communes depuis les entreprises vers les particuliers à environ 2.500 euros par an pour chaque ménage luxembourgeois.
(…) Par ailleurs, un taux global d’imposition de 18 % pour les entreprises restaurerait la compétitivité fiscale du Luxembourg. Avec un pareil taux de 18 %, Luxembourg rejoindrait le groupe des six pays les plus compétitifs en matière fiscale en Europe, ce qui serait cette fois déterminant pour dynamiser l’investissement... et donc également à terme les recettes fiscales. La preuve – s’il en fallait une – en est la réforme fiscale de 2002 qui, en abaissant le taux de l’IRC de 30 à 22 %, a permis d’augmenter les recettes fiscales de près de 50 %. •
parents pourrait bénéficier d’une déduction de 60 %, alors qu’un lycéen vivant seul bénéficierait de 80 % de déduction. De même, l’étudiant de bachelor pourrait bénéficier de 80 à 100 % de déduction selon qu’il vive seul ou non. Passé ce stade, les étudiants de master bénéficieraient tous d’une déduction de 100 %. En ce cas, la perte subie par l’État pourrait être compensée en augmentant la tranche d’imposition dans ces cas. (…) En outre, plus l’étudiant ira loin dans ses études, plus il aura de chance de commencer sa vie professionnelle avec un poste bien rémunéré, ce qui signifie autant de revenus imposables pour l’État. Dès lors, le déclin des recettes étatiques serait nécessairement rééquilibré. •
PATRICK
DURY
« ADAPTER LES BARÈMES D’IMPOSITION À LA PROGRESSION DU COÛT DE LA VIE »
Patrick Dury (président, LCGB)
• Nous revendiquons que cette réforme fiscale devra créer plus d’équité fiscale par un allègement substantiel de la charge fiscale des salariés et pensionnés. Dans ce contexte, nous proposons six axes concrets :
adaptation régulière des barèmes d’imposition à la progression du coût de la vie ;
exonération complète du salaire social minimum de l’impôt sur le revenu, qui représente une augmentation du montant net du salaire social minimum de 5,1 %, sans pourtant créer des charges supplémentaires pour l’économie ;
adaptation de la structure du barème d’imposition pour étaler sa progression (aplanissement du « Mëttelstandsbockel ») ;
adaptation des différents frais d’obtention, dépenses spéciales, abattements, exemptions ou crédits d’impôt, dont certains ne l’ont plus été depuis 1990 ;
inégalités à rectifier au niveau de la classe d’imposition 1a, qui pénalise démesurément les parents monoparentaux par rapport aux couples mariés ;
retour vers la prise en considération du nombre d’enfants dans la définition des classes d’impôt. •
Denis Colin et Jonathan Beggiato (associés de la Fiduciaire
LPG Luxembourg – Paris – Genève)
SÉBASTIEN LABBÉ
« Une stratégie fiscale durable et acceptée internationalement »
• Puisque les différentes mesures qui vont être introduites à court ou moyen terme du fait du plan Beps vont conduire à un élargissement de la base imposable, la mesure-clé de la réforme devrait consister à baisser le taux d’imposition global des sociétés (IRC / ICC) en dessous des 20 %. Or, le gouvernement vient d’annoncer une baisse, mais limitée à 3 points de pourcentage. Si cette baisse ne doit constituer qu’une première étape d’une diminution plus conséquente sur les 2 à 3 années à venir, alors la réforme annoncée doit être saluée.
(…) Mais une baisse des taux, surtout si elle est relativement limitée, n’est certainement pas à elle seule suffisante pour permettre au Luxembourg de rivaliser face à des concurrents européens comme le Royaume-Uni ou l’Irlande, qui
affichent des taux d’imposition des sociétés à respectivement 20 % (et 18 % en 2020) et 12,5 %. Il est également nécessaire d’introduire des mesures ciblées destinées à augmenter l’attractivité fiscale du pays tout en tenant compte de la nouvelle donne internationale et des grandes tendances qui se dessinent du fait de Beps et des travaux européens. Dans cet environnement, une augmentation de la substance des sociétés va de pair avec une stratégie fiscale durable et acceptée internationalement. (…) Ainsi, plusieurs pistes doivent être envisagées. Il est tout d’abord important de privilégier le renforcement des fonds propres des entreprises à travers une réduction du biais fiscal existant entre le financement par capital et par dette. Une telle mesure devrait bien entendu
être accompagnée par la diminution, voire la suppression, à plus ou moins court terme, de l’impôt sur la fortune pour les sociétés. Un tel impôt est en effet un frein au financement par capital et reste, qui plus est, une spécificité luxembourgeoise qui nuit à la compétitivité fiscale des entreprises.
La modernisation du système fiscal luxembourgeois passera également par l’instauration d’un nouveau régime favorisant la propriété intellectuelle en ligne avec les nouveaux standards internationaux, ce qui implique de répondre à des exigences de substance renforcées. Des mesures favorisant les activités de recherche et développement (R&D) au Luxembourg, par exemple par l’octroi de crédits d’impôt, seront également à prévoir. •
« Réduire le taux d’impôt non pas symboliquement, mais stratégiquement »
• Pourquoi ne pas fusionner l’impôt sur le revenu des collectivités et l’impôt commercial communal en s’engageant à maintenir sur une durée de 5 ans les recettes des communes luxembourgeoises au niveau actuel, et réduire le taux global pour être enfin compétitif vis-à-vis des autres pays ? (…) L’investissement à réaliser semble d’autant plus raisonnable que le manque à gagner pour le pays devrait être limité, compte tenu du nombre de sociétés soumises à l’impôt minimum, que les recettes actuelles sont relativement dépendantes du secteur financier et des marchés financiers mondiaux, et de la possibilité de mettre en œuvre la baisse du taux global sur une période étalée.
Cette politique permettrait en outre de réconcilier une partie des Luxembourgeois avec le secteur privé, en augmentant l’offre d’emplois non liés au secteur financier. Le chômage des jeunes et des personnes expérimentées qui ne sont pas en âge de partir en pension se résorberait plus facilement dans une
économie plus diversifiée que ne l’est l’économie nationale actuellement.
La politique fiscale du Luxembourg pourrait donc consister à attirer de nouvelles entreprises sur son territoire dans les cinq prochaines années en réduisant le taux d’impôt non pas symboliquement, mais stratégiquement, pour le faire coïncider avec celui de nos concurrents. Cela aurait pour effet d’augmenter les recettes fiscales du pays, de les rendre moins dépendantes de l’évolution des marchés financiers et de diversifier l’économie.
La politique de redistribution du pays s’en trouverait à long terme renforcée et les antagonismes ressentis dans le cadre des discussions au sujet des « cadeaux fiscaux » faits aux uns ou aux autres perdraient nécessairement de leur substance, puisque les modèles économiques démontrent la possibilité, pour une économie luxembourgeoise petite et agile, de faire exister une politique fiscale attractive à la fois pour les sociétés et pour les ménages. •
« PRÉVOIR DES INCITATIONS POUR LA R&D EN SOI »
• Une des incitations fiscales les plus controversées est sûrement le régime de propriété intellectuelle. Après avoir été le premier État à l’introduire en 2008, puis après l’avoir abrogé dans le cadre de la loi sur le budget 2016, le gouvernement luxembourgeois ne s’est pas prononcé de façon définitive sur la relance éventuelle d’un tel régime, sous la pression politique exercée au niveau international par l’Action 5 du projet Beps.
La mise en place d’une incitation fiscale pour la R&D implique tout d’abord le choix entre un allégement fiscal pour l’activité de R&D en soi (par exemple en instaurant un crédit d’impôt recherche ou des déductions supplémentaires pour un certain nombre de R&D) et la création d’un régime favorable pour l’exploitation et la concession de la propriété intellectuelle provenant d’une telle activité. (…) Un système fiscal idéal pour la R&D devrait plutôt prévoir des incitations pour l’activité de R&D en soi et l’exploitation de droit de propriété intellectuelle. •
PALOMA SCHWARZ
Sébastien Labbé ( head of tax, KPMG Luxembourg)
Paloma Schwarz (chercheuse en formation doctorale, Université du Luxembourg)
JAMAL AFAKIR
Jamal Afakir (associé International & Corporate Tax, Atoz)
RAYMOND
KRAWCZYKOWSKI ET BERNARD DAVID
« REVOIR LE RÉGIME DES SOCIÉTÉS MÈRES ET FILIALES »
• Afin de contrer l’hégémonie de la Commission européenne, il est urgent et impératif d’établir une stratégie pour la politique fiscale du Luxembourg.
La baisse annoncée du taux de l’impôt sur les sociétés est une excellente mesure. Le quantum de cette réduction devrait par contre être beaucoup plus ambitieux, en particulier compte tenu de la proposition de directive « anti-évasion fiscale ». (…) Ceci conduira de manière inéluctable à une compétition exacerbée entre certains États membres pour réduire leurs taux respectifs d’impôt sur les sociétés.
Arrivent d’ores et déjà en tête de cette compétition l’Irlande avec un taux de 12,5 %, suivie de près par le Royaume-Uni avec 20 % (prochainement 18 %). Un positionnement stratégique entre ces deux pays pourrait être une des ambitions du Luxembourg. En outre, si cette réduction du taux de l’impôt sur les sociétés était associée à une simplification des impôts dont sont redevables les entreprises, ainsi
qu’au respect de l’un des principes fondamentaux de notre système juridique, à savoir la sécurité juridique (prévisibilité, fiabilité et lisibilité), cela aboutirait à une réforme plus attractive de la fiscalité des sociétés.
Cette simplification pourrait s’appliquer à l’un des éléments-clés de notre fiscalité des sociétés, soit le régime des sociétés mères et filiales. Ce régime n’a pas fondamentalement évolué depuis son extension il y a un quart de siècle alors qu’il y a eu une évolution profonde tant au niveau des investisseurs que des investissements (type d’activité et zone géographique). Afin de tenir compte de cette évolution, le rafraîchissement de cette législation nous semble crucial.
(…) L’impôt sur la fortune pourrait aussi être un impôt faisant l’objet d’une simplification. (…) À défaut d’une abolition pure et simple de cet impôt sur le capital et l’outil de production des sociétés, il est urgent de le moderniser afin de l’adapter aux nouvelles contraintes fiscales internationales. •
CHRISTOPHE GAUL
« Revenir à un système simple et efficace »
• Je pense qu’une diminution sensible de l’impôt des sociétés est une piste très intéressante qui pourrait être le vecteur d’une économie en regain de forme. L’attractivité du Luxembourg en serait tout autant renforcée. D’un point de vue personal tax, réforme après réforme, nous constatons une complexification du cadre législatif à appliquer qui s’intensifie dans le contexte des actuelles nombreuses interactions avec les pays étrangers. Revenir à un système simple et efficace serait un enjeu appréciable. À défaut de changements positifs importants, il me paraît par contre crucial dans le cadre d’une réforme de garder une certaine stabilité. Ce mot « stabilité », autant politique que fiscale,
est à ce jour, dans le cadre de nos activités, un argument très souvent mis en avant à une clientèle hésitant à se structurer via le Luxembourg.
Indépendamment de ces considérations, je me pose surtout la question de savoir si le Luxembourg, au-delà d’une problématique de volonté et de moyens, a encore le temps de mettre une telle réforme en place et surtout d’en évaluer les retombées. En effet, le contexte européen, voire international, tend vers toujours plus de régulations, mais également une certaine forme d’harmonisation fiscale qui pourraient être un frein à moyen terme à une réforme d’ampleur pour réaffirmer la compétitivité de notre pays. Ne tardons donc pas… •
ROY REDING
« IL FAUT ABOLIR CERTAINS IMPÔTS INEXPLICABLES »
• Pour les sociétés, si le taux d’imposition était le seul critère de choix pour s’implanter, le Grand-Duché n’avait déjà plus de grandes chances d’être la destination de choix. L’idée socialiste d’introduire un impôt sur transactions financières serait la mort de la Place. L’idée d’un impôt « sur la fortune » est quant à elle tellement néfaste qu’il faudrait inclure dans la future Constitution un article supplémentaire : « Un impôt sur la fortune ne saurait être établi. »
Dans cette même pensée, il faudrait enfin abolir complètement l’imposition des successions en ligne directe et entre époux. Quel signal fort pour la Place de pouvoir dire qu’on est le pays qui a aboli cet impôt le plus amoral et le plus injuste au monde ! Taxer la fortune résultante d’une vie de travail et d’épargne, sachant que le travail et l’épargne sont déjà trop taxés, me semble un concept tellement ahurissant que toute personne qui fuit un tel système devrait avoir droit à l’asile politique au Grand-Duché.
Si l’État veut générer plus d’impôts pour financer ses activités utiles et nécessaires, il doit attirer de nouveaux contribuables – personnes physiques et morales – qui se feront, on l’a dit, un plaisir de contribuer aux frais de gestion du pays paradisiaque que le Grand-Duché était et peut redevenir. Nouveaux arrivants = nouvelles recettes fiscales, mais aussi croissance et emplois !
Et un des moyens serait justement de diminuer le taux d’imposition ! Ceci aurait aussi un effet bénéfique sur les recettes déjà existantes. En application de la « courbe de Laffer », il a été prouvé que réduire les taux de l’impôt a effectivement pour conséquence l’augmentation des recettes fiscales.
À chacun d’imaginer le « taux magique » : l’erreur de la politique est de toujours calculer d’office la « perte fiscale », au lieu de tenir compte de l’effet bénéfique de la mesure. Au Royaume-Uni, par exemple, la tranche marginale de l’impôt sur le revenu passa sous Margaret Thatcher de 83 % (!) à 60 %, puis 40 %, ce qui entraîna immédiatement une hausse des recettes fiscales de 1,2 milliard de livres en 1985-1986.
Il faut abolir certains impôts inexplicables (ICC par exemple), sans arriver à un « impôt unique », réduire les taux, faciliter les déclarations et – oui – diminuer les dépenses de l’État et recadrer ses activités ! •
Raymond Krawczykowski et Bernard David (partners, Deloitte Luxembourg)
Christophe Gaul (managing director, Headstart)
Roy Reding (avocat à la Cour)
FATIMA CHAOUCHE « ÉQUITÉ, SÉCURITÉ
JURIDIQUE ET FISCALITÉ INDIVIDUELLE »
• Pour des raisons d’équité fiscale, il semblerait pertinent de généraliser à terme l’obligation de remettre une déclaration dans le chef de toutes les personnes physiques. Cette hypothèse permettrait de pallier l’incertitude procédurale actuelle. Elle favoriserait par la même occasion l’atteinte d’objectifs supplémentaires en matière de pédagogie et de cohésion du système fiscal luxembourgeois. La généralisation de l’obligation déclarative favoriserait l’objectif d’équité, dans la mesure où les mêmes obligations administratives pèseraient sur l’ensemble de la population. Ensuite, elle encouragerait une connaissance améliorée des dispositions fiscales en vigueur. En effet, par le simple parcours du formulaire déclaratif, le contribuable serait ainsi amené à s’informer de l’ensemble des reports, déductions et autres allègements fiscaux qui échappent, parfois, à bon nombre de contribuables par simple méconnaissance du droit fiscal.
Enfin, une telle souscription généralisée n’est envisageable qu’à condition de développer des dispositifs de traitement informatisé de l’ensemble des déclarations réceptionnées. Ces outils renforceraient ainsi de manière efficace la lutte contre la fraude fiscale. Ce traitement informatisé pourrait, à terme, laisser place à l’instauration de déclarations préremplies, notamment en faveur des détenteurs d’un seul type de revenu. (…)Autre élément non négligeable, l’adoption d’un délai légal fixe aux alentours des mois de mai ou juin (plutôt que le 31 mars) apporterait davantage de flexibilité aux contribuables, lesquels auraient le temps de collecter les informations nécessaires à la remise de leur déclaration et permettrait à l’administration de pénaliser les dépôts tardifs impactant l’organisation de ses services. Par ailleurs, le système d’imposition suivant déclaration est actuellement limité aux sociétés de capitaux. Il gagnerait à être étendu aux déclarations des personnes physiques. Il apporterait souplesse aux bureaux d’imposition qui, plutôt que de contrôler l’ensemble des déclarations souscrites une par une, sélectionneraient un panel de dossiers à vérifier chaque année sur la base d’une stratégie d’analyse des risques. La mise en place de cette imposition présupposerait, en tout état de cause, une revue à la baisse des délais de prescription actuels. Cette procédure améliorerait en outre les délais de traitement actuels. •
Wim Piot (tax leader, PwC Luxembourg)
Fatima Chaouche (chercheur en formation doctorale, Université du Luxembourg)
WIM PIOT
« Réduire le taux d’imposition des sociétés »
• Pour renforcer l’attractivité fiscale du pays, les mesures phares que nous proposons sont :
la réduction du taux d’imposition des sociétés à 15 % : une telle mesure permettrait au Luxembourg de se placer avantageusement vis-à-vis de ses concurrents européens directs. Le Luxembourg est actuellement à un taux global de 29,22 %, bien au-dessus de la moyenne de l’UE et des places financières importantes ; l’élargissement du champ d’application de l’exonération de retenue à la source, en accordant cette exonération sur les dividendes payés aux investisseurs institutionnels, et donc de favoriser l’établissement de quartiers généraux au Luxembourg ;
l’abolition de l’impôt sur la fortune, perçu à l’étranger comme un indicateur négatif et peu propice aux affaires. D’autres solutions, bien que partielles, mais néanmoins allant dans la bonne direction, seraient (i) de réduire dès que possible le taux de l’IF de 0,5 % à 5 bps à partir du premier euro et (ii) d’étendre les mesures d’intégration fiscale accordées dans le cadre du régime de l’impôt sur les sociétés à l’impôt sur la fortune ;
la mise en place de mesures d’incitation pour les sociétés disposant de capitaux
propres importants. Il s’agirait d’un abattement qui se baserait sur la part du capital d’une société dépassant le minimum requis à des fins prudentielles. Ce type de mesure vise à uniformiser davantage le traitement fiscal du financement par dette et du financement par les capitaux propres et à récompenser les entreprises solvables et ayant de la substance. Par ailleurs, si le Luxembourg souhaite réaliser des réductions de taux importantes sans pénaliser les recettes fiscales dans leur ensemble, une réforme fiscale efficace devrait comprendre un élargissement équitable et équilibré de l’assiette de l’impôt, ainsi que des réductions de crédits d’impôt. (…) Enfin, dans un contexte de promotion de la transparence, le système fiscal luxembourgeois aura toujours besoin d’être soutenu par des décisions anticipées de l’administration. Il est donc nécessaire que cet atout du Luxembourg soit préservé, promu et qu’il continue à être accessible et efficace tout en respectant des délais de réponse rapides. À cet égard, l’administration des contributions directes devrait renforcer ses ressources (en termes de personnel et en termes d’outils informatiques notamment). •
« Réformer l’impôt foncier »
• Comment surpasser encore la réforme annoncée, du point de vue socialiste ? De nombreuses améliorations sont encore possibles dans le domaine de la fiscalité, dans le sens de plus d’égalité, dans l’imposition des personnes vivant de leur travail et celle de ceux qui sont dotés de capital, surtout de capital non productif. De même, des incitatifs fiscaux sont possibles pour dissuader de certains comportements indésirables (taxe sur les logements et immeubles vides).
Il faudra mener à bien, enfin, la réforme de l’impôt foncier. Cet impôt, qui date de 1941 et qui est perçu sur une valeur historique remontant à 1941 et sans aucun rapport à la valeur de marché, doit être réformé afin de constituer une vraie source de financement des communes du pays. Une piste de
réflexion pour la réforme de l’impôt foncier serait de privilégier la seule imposition du terrain (Bodensteuer), un modèle préconisé dans une étude de l’Institut der deutschen Wirtschaft de Cologne d’octobre 2015 : l’Allemagne tente elle aussi, depuis 1995, de réformer l’impôt foncier, avec les mêmes difficultés que chez nous.
Ensuite, en partant du constat que l’appréciation du terrain se réalise par une décision de classement en zone constructible, par décision administrative (PAG ou PAP), il y a lieu de réfléchir à l’opportunité d’un impôt de type Wertschöpfungsabgabe – une contribution à la communauté sur la plus-value générée par la seule décision de classement. De tels modèles sont pratiqués avec succès en Allemagne et en Suisse. •
FRANZ FAYOT
Franz Fayot (député LSAP)
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AGENDA
CES BÂTIMENTS QUE VOUS NE VERREZ JAMAIS...
13.04.2016
Pour ce 10x6, nous avons joué la carte de l’uchronie, en vous présentant des bâtiments qui ne sortiront jamais de terre, et qui auraient pu changer la face du Luxembourg. Il s’agit de projets ayant participé à des concours, et n’ayant pas emporté la décision du jury. Autrement dit, 10 bureaux d’architectes différents se succèderont sur scène pour vous faire découvrir des projets méritants, qui ne deviendront, de fait, jamais réalité.
18:30 WELCOME COCKTAIL
IN F O
Inscription obligatoire : www.Paperjam.club
Shahram AGAAJANI Metaform
Sara NOEL COSTA DE ARAUJO Studio SNCDA
19:00 MOTS DE BIENVENUE
19:15 10 PRÉSENTATIONS
LI E U Luxexpo 10 Circuit de la Foire Luxembourg-Kirchberg
Türkan DAGLI Dagli+ atelier d’architecture
Stéphane SCHMIT A+A
INTERVENANTS
Sala MAKUMBUNDU CBA
François THIRY Polaris
Stefano MORENO Moreno Architecture
François VALENTINY Valentiny hvp architects
20:20 WALKING & NETWORKING DINNER
PARKING
Parking Luxexpo
Philippe NATHAN 2001.lu
Jean-Luc WAGNER ww+
TOURISME
Avec 2,7 millions de nuitées enregistrées en 2015, le tourisme grand-ducal se porte plutôt bien. Le segment Mice (ou tourisme de congrès) a bondi de 19,6 %, dopé par la présidence du Conseil de l’UE au second semestre qui a amené 22.600 personnes au Grand-Duché. Les auberges de jeunesse ont aussi vu leur fréquentation progresser de 3,2 %. 60 % des touristes viennent des Pays-Bas, de la Belgique, de l’Allemagne et de la France.
OUI, MAIS
La Chambre de commerce se montre réservée sur le projet de loi de la ministre de l’Égalité des chances, Lydia Mutsch, visant à réduire l’écart salarial entre hommes et femmes qui s’élève encore à 8 %. La ministre LSAP cherche à prévoir des critères qui vont permettre de considérer des travaux de valeur égale en ajoutant un article dans le Code du travail. Une vision « délicate » et « inopportune » pour la Chambre de commerce.
VOIX VERTES
Les jeunes pousses de Déi Gréng – Déi Jonk Gréng – ont élu Catia Fernandes et Bob Picard nouveaux porte-parole du parti lors de leur assemblée générale annuelle. Ils remplacent à ce poste Paul Matzet et Gina Arvai, qui demeurent dans le comité directeur.
PRÉCARITÉ
Davantage touchés par le chômage et la précarité professionnelle, 65,9 % des ménages monoparentaux (qui représentent 9 % des ménages avec enfant(s)) affirment avoir du mal à joindre les deux bouts (contre 26 % pour l’ensemble des ménages), selon une étude du Statec. 43,5 % ne peuvent pas partir en vacances plus d’une semaine (contre 13,6 %) et 58,4 % affirment ne pas pouvoir faire face à des dépenses imprévues (contre 22,9 %).
PRÉSIDENCE (BIS)
Après la présidence du Conseil de l’Union européenne, le Luxembourg a pris il y a quelques semaines la tête du comité des ministres du Benelux pour une année. Un passage de relais avec la Belgique célébré par le
3 millions
Le château de Schengen a été cédé pour 11 millions d’euros, soit 3 millions de moins qu’espéré.
ministre des Affaires étrangères et européennes Jean Asselborn à l’abbaye de Neumünster. Le GrandDuché compte mettre l’accent sur la mobilité et la sécurité des personnes, la protection de l’environnement et le renforcement du marché intérieur.
BREXIT
Après une trentaine d’heures de négociations, les 28 chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne se sont mis d’accord sur un nouveau statut pour le Royaume-Uni. Les citoyens britanniques valideront – ou pas – le texte lors d’un référendum le 23 juin prochain. Le Premier ministre britannique David Cameron n’a pas caché sa satisfaction d’avoir obtenu la possibilité de limiter durant quatre ans les droits sociaux des travailleurs immigrés arrivant sur l’île.
VILLE SÛRE
Luxembourg apparaît comme la métropole la plus sûre du monde selon le classement du cabinet international Mercer, devançant Berne, Helsinki et Zurich. Une autre étude prenant en compte la qualité de vie place la capitale grand-ducale en 19e position derrière Vienne, Vancouver ou encore Copenhague.
CHÔMAGE
L’année 2016 a débuté sous les meilleurs auspices en matière de chômage. Au 31 janvier, 18.368 personnes étaient inscrites au chômage, soit 1.100 de moins (-5,7 %) par rapport à la même période de 2015. Selon l’Adem, il s’agit là de la baisse la plus importante sur un an constatée depuis mars 2008. Signe encourageant : les jeunes et les chômeurs longue durée bénéficient aussi de cette diminution.
110.499
C’est le nombre d’habitants que Luxembourg-ville a officiellement atteint au 31 décembre dernier, enregistrant une hausse de 10,5 % depuis 2012 et de 38,6 % depuis 15 ans. Le Bierger-Center recense 69,8 % d’étrangers parmi les habitants de la capitale, dont 92,7 % d’Européens. Et la tendance va grandissant, puisque plus de 73 % des nouveaux arrivants en 2015 n’étaient pas luxembourgeois. Concernant les départs, 58 % des ménages qui quittent la ville rejoignent d’autres communes limitrophes ou plus éloignées.
UN MILLION
Pour la première fois depuis 2007 et la mise en place des premiers itinéraires cyclables à Luxembourg-ville, le nombre de passages de deux-roues a dépassé la barre du million en 2015, contre quelque 520.000 passages quatre ans plus tôt. « Ces chiffres confirment que les vélos sont acceptés comme alternative crédible aux autres modes de déplacement», juge Sam Tanson (Déi Gréng), première échevine en charge de la mobilité.
UNE PRÉSIDENTE
Les jeunes chrétiens-sociaux ont élu un nouveau comité national, avec, pour la première fois, une jeune femme à sa tête en la personne d’Élisabeth Margue. Cette diplômée en droit de 26 ans, benjamine sur la liste CSV aux élections de 2013, succède à Charles Hurt, tandis que Yannick Glod devient le nouveau secrétaire général du CSJ.
CHÂTEAU VENDU
Le château de Schengen a été cédé pour 11 millions d’euros, soit 3 millions de moins qu’espéré par la Congrégation des sœurs de Sainte-Elisabeth. La propriété de 1,29 ha comprend le château datant de 1390 ainsi que quatre dépendances. Depuis sa rénovation en 2000, le château abritait un hôtel de charme 4 étoiles et un centre de conférences sous la férule du groupe Goeres.
RÉFORME
L’Union des entreprises luxembourgeoises (UEL) suggère une réforme de l’assurance-maladie qui conduirait les employeurs à se désengager du financement et de la gestion des prestations en nature pour ne se concentrer que sur celles en espèces. Cela simplifierait les relations et les paiements entre la Caisse nationale de santé et la Mutualité des employeurs. En compensation, l’UEL propose une hausse des salaires bruts des salariés. Une suggestion qui n’a pas été commentée par les principaux intéressés.
BIPARTITES
Les bipartites entre le gouvernement et les partenaires sociaux organisées fin février n’ont rien donné de concret. Les discussions achoppent toujours sur la réforme de l’organisation du temps du travail. Le gouvernement et les syndicats se sont accordés sur une nécessaire réforme des règles de la CNS en cas de longue maladie. Le Premier ministre Xavier Bettel a tenu des propos ambigus sur la poursuite du dialogue social en bipartites ou en tripartites.
DÉMATÉRIALISATION
L’agence eSanté s’est vu attribuer un nouveau contrat d’objectifs et de moyens pour la période 2016-2018. Elle doit poursuivre le déploiement du dossier de soins partagé – 25.000 ont été ouverts au 31 décembre dernier – et la généralisation à l’ensemble des patients d’ici 2018. Autres projets à concrétiser : la dématérialisation des ordonnances et de la facturation, et la mise en place d’un serveur permettant une codification uniformisée au niveau du pays et de la Grande Région.
HAINE PUNIE
La Cour d’appel a confirmé le jugement à l’encontre d’un citoyen luxembourgeois qui n’avait manifestement pas mesuré la portée de ses propos diffusés sur internet, notamment sur les forums de discussion de nos confrères de RTL.lu. Condamné à trois reprises depuis mai 2015, l’homme avait continué à diffuser des propos offensants à destination des communautés étrangères du pays. Outre une amende de 1.000 euros, la Cour d’appel l’a déchu du droit de vote pour les cinq prochaines années.
TABAC
21 % de la population du GrandDuché fumait en 2015, selon les conclusions de l’étude annuelle de la
Fondation cancer. Un chiffre stable sur les trois dernières années –alors que la Fondation cancer plaide pour une diminution effective du nombre d’adeptes de la cigarette. Elle réclame une « augmentation conséquente des prix des produits du tabac au Luxembourg», un vœu pieux dans un pays où le paquet de cigarettes est vendu en moyenne 20 % moins cher que ses voisins et dont les ventes rapportent quelque 600 millions d’euros annuels.
ÉGLISE ET ÉTAT
Après deux heures de débat, la Chambre des députés a adopté la loi déchargeant les communes de leurs obligations envers les fabriques d’église, sans les voix du parti chrétien-social ni celles de l’ADR. Les communes ne sont plus tenues de financer l’entretien des édifices religieux ni le déficit des fabriques d’églises. Celles-ci verront leurs attributions transférées vers un Fonds de la gestion des édifices religieux du culte catholique, qui doit voir le jour d’ici un an.
PRESTATIONS
Caritas Luxembourg juge la réforme des prestations familiales prématurée et ignorante des frais supplémentaires occasionnés par la présence d’enfants dans un ménage. Si elle salue la simplification des prestations, elle s’oppose au montant uniforme des allocations pour chaque enfant ainsi qu’à la non-indexation de ce montant.
de la population du Grand-Duché fumaient en 2015.
NOUVEAU PLAN
La Ville a réquisitionné l’architecte parisien Jug Cerovic afin de repenser le schéma graphique de circulation des bus en vigueur depuis juin 2015. L’ancien était en effet qualifié de « spaghetti monster » au vu de sa complexité. Le nouveau schéma, plus lisible, apporte quelques astuces, comme un trait plus épais pour les lignes à haut niveau de fréquence ou l’indication des points d’interaction avec les dispositifs de mobilité douce.
MODERNISATION
L’Adem a officiellement présenté son portail JobBoard, qui s’inscrit dans la stratégie « e-Adem ». Disponible depuis quelques semaines, la nouvelle plateforme contient actuellement quelque 4.000 annonces issues des entreprises partenaires de l’Adem et les profils de 20.000 candidats issus des registres de l’administration. Plus de 12.700 chômeurs inscrits à l’Adem ont retrouvé un emploi en 2015, principalement dans le service aux entreprises, l’Horesca et le commerce.
CAMPUS
Une nouvelle structure dédiée au secteur automobile va voir le jour à Roost, sur le mode d’un partenariat public-privé. Le campus servira de catalyseur pour le secteur qui pourra y mener des activités de R&D, de production de prototypes et de tests grandeur nature, en profitant de la proximité du circuit d’essai de Goodyear, une des parties prenantes du projet.
INNOVATION
Mariana Mazzucato, professeur en économie de l’innovation de l’université du Sussex, a développé dans une conférence à la BEI le thème de son récent livre : The entrepreneurial state: debunking public vs. private sector myths. Un essai par lequel elle démontre que, contre toute attente, ce sont les États et non pas les acteurs privés qui sont les plus grands acteurs de l’innovation. Et qu’il faut arrêter avec « cette dichotomie entre un secteur privé dynamique et un secteur public à la traîne ».
ÉGALITÉ
Le ministère de l’Égalité des chances s’apprête à lancer une campagne de sensibilisation « Votez égalité » qui visera à corriger le trop grand déséquilibre entre hommes et femmes subsistant encore parmi les décideurs communaux . 84 % des femmes au Luxembourg ne seraient pas actives politiquement du fait d’un manque d’intérêt, de confiance en soi, mais aussi – et surtout – d’une difficulté à concilier leurs obligations professionnelles et familiales.
PROSPECTIVE
Lors de son AG, la Société luxembourgeoise de l’évaluation et de la prospective (Solep) est revenue sur le rapport de son initiative Luxembourg 2030 entamée en 2010. Un tremplin pour la jeune asbl qui veut s’impliquer dans l’étude Rifkin et reçoit des sollicitations du public comme du privé pour forger des indicateurs d’évaluation fiables.
EMPLOI FÉMININ
Le Statec a profité de la Journée de la femme pour consacrer son dernier
« Regards » à la vie des femmes au Luxembourg. Elles représentent 49,9 % de la population résidente. 55 % des résidentes âgées de 30 à 34 ans avaient réussi des études supérieures en 2014, contre 49,8 % des hommes. Sur le plan des postes à responsabilités, en 2014, seulement 1,4 % des femmes en situation d’emploi occupaient un poste de cadre supérieur ou dirigeant, contre 4 % chez les hommes. Les femmes accusent toujours un retard de 8,6 % sur leurs salaires bruts moyens par rapport aux hommes.
ÉCART SALARIAL
L’écart salarial entre hommes et femmes atteint 16,1 % au sein de l’UE selon les derniers chiffres d’Eurostat, contre 8,6 % au Luxembourg. Le plus grand différentiel est enregistré en Estonie (28,3 %), en Autriche (22,9 %) ou en République tchèque (22,1 %), alors que les différences s’estompent en Slovénie (2,9 %), à Malte (4,5 %) ou en Italie (6,5 %).
ÉCONOMIES
Le ministre des Finances cherche à économiser 1,3 million d’euros entre 2016 et 2019 sur les frais d’envoi des notifications fiscales aux contribuables. Il n’y aura plus de double envoi aux couples mariés ou pacsés, à moins qu’ils ne fassent une demande expresse de notification individuelle.
50 ANS
Le Planning familial célèbre cette année un demi-siècle d’existence. Partie d’une poignée de bénévoles autour du Dr Molitor-Peffer, l’association compte aujourd’hui une équipe professionnelle, soit 15 postes à
temps complet répartis sur 32 collaborateurs (gynécologues, infirmiers, assistantes sociales, psychologues…). Le Planning répond à près de 33.000 demandes et organise 15.000 consultations par an.
150 POSTES
Claude Meisch, ministre de l’Éducation nationale, de l’Enfance et de la Jeunesse, et Patrick Remakel, président du Syndicat national des enseignants, ont présenté un accord destiné à « investir durablement dans la qualité scolaire de l’enseignement fondamental ». Celui-ci échappe à toute mesure d’économie et gagnera même 150 postes d’enseignants affectés auprès des enfants à besoins spécifiques. Un Observatoire national de la qualité scolaire devrait aussi être créé.
PONT ADOLPHE
En travaux depuis le début 2014, l’ouvrage d’art sera à nouveau ouvert aux voitures et aux piétons « à l’automne-hiver » 2016, selon les responsables du chantier. La passerelle pour vélos devrait entrer en fonction plusieurs mois plus tard, après le démontage du pont Bleu. Le pont Adolphe sera équipé des rails indispensables à la circulation du tram prévue pour 2020-2021. En attendant, la double voie réservée sera empruntée par les bus. Le budget voté à la Chambre pour la totalité des travaux de rénovation de l’ouvrage d’art s’élève à 62,9 millions d’euros.
RÉFUGIÉS
Alors que l’UE a débloqué 700 millions d’euros pour soutenir la Grèce, confrontée à un afflux massif de réfugiés, l’eurodéputé Charles Goerens (démocrates et libéraux) prône une réponse globale à imposer aux Européens, avec une répartition des réfugiés selon la démographie des États membres et de l’effort financier selon leur PIB.
MOINS DE LITS
La réduction annoncée du nombre de lits en soins aigus dans l’avant-projet de loi fixant le prochain plan hospitalier fait réagir. Les députés CSV Alexander Krieps et Edy Mertens ont interpellé la ministre de la Santé, Lydia Mutsch, alors que la population du pays connaît une augmentation soutenue. La ministre invoque un taux d’occupation des lits aigus en baisse ainsi qu’une progression encouragée de la prise en charge ambulatoire de certains actes.
« L’utilisation du territoire comme zone de test est un argument qui peut faire la différence. »
Thomas Dentzer
Cluster manager Luxinnovation
VERS UNE ÉCONOMIE MULTIPOLAIRE
Pétrir le pain quotidien et celui de demain
THIERRY RAIZER
La diversification économique du pays se poursuit, en misant sur les convergences entre secteurs.
Annoncé pour cette année par Étienne Schneider, l’audit sur les secteurs concernés permettra d’ajuster le tir.
Après l’espace, l’automobile et les écotechnologies attendent leur projet phare pour rayonner à l’international.
Pour récolter les fruits qui permettront de nourrir un pays via ses entreprises, il incombe avant tout de disposer d’une vision. Celle de la diversification de l’économie du pays, les gouvernements l’ont fixée et adaptée historiquement autour de niches de souveraineté (l’acier pour sortir d’un pays essentiellement agricole), puis de compétences (la place financière pour pallier le déclin de l’acier). Si la notion de diversification économique a pris de l’ampleur depuis une dizaine d’années, le processus remonte aux années 60 avec la diversification de l’industrie. Quarante ans plus tard, le salut ne passe plus par un seul, mais par plusieurs secteurs lorsqu’il s’agit de trouver de nouveaux ressorts.
Le trinôme ICT, biotechnologies et écotechnologies illustre cette dynamique. À l’instar des kilomètres de fibre – le 1.000e a été célébré par Luxconnect le 21 mars – déroulés dans le pays, la diversification nécessite comme condition sine qua non une impulsion d’envergure des pouvoirs publics. L’État, en tant qu’initiateur des projets, doit aussi débloquer les premiers fonds, souvent importants, pour créer le socle d’un nouveau secteur et remplir les conditions de base pour que des activités voient le jour, et que des entreprises soient convaincues de s’établir au Luxembourg.
Hasard du calendrier ou anticipation, le plan en faveur des biotechnologies avait été présenté en juin 2008 à l’époque par les trois ministres en charge de l’Économie, de la Recherche et de la Santé, respectivement Jeannot Krecké, François Biltgen et Mars di Bartolomeo. 140 millions avaient été débloqués sur cinq ans pour développer des compétences en médecine moléculaire, anticipant le besoin d’une médecine de plus en plus personnalisée. Des partenariats avec trois instituts de recherche américains et la venue de signatures internationales ont permis l’émergence et la reconnaissance en dehors des fron-
tières de l’Integrated Biobank of Luxembourg (IBBL) et du Center for Systems Biology Luxembourg (CSBL).
En 2016, le secteur des biotechnologies représente 177 acteurs et 39.620 employés, si l’on y inclut le milieu hospitalier. Elles ne sont plus que 40 entreprises et quelque 800 emplois si on se limite aux membres du Luxembourg BioHealth Cluster évoluant sous l’égide de Luxinnovation. Il n’empêche, l’écosystème s’est rapidement développé. Du côté public, les centres de recherche fusionnés dans le List et l’Université ont reçu comme mission d’axer leurs travaux vers des retombées économiques, soit une orientation marquée vers la recherche appliquée. Dans le secteur privé, des entreprises comme Fast Track Diagnostics (vainqueur cette année de l’Export Award de l’Office du Ducroire et de la Chambre de commerce), Complix et Wafergen ont trouvé au Luxembourg un terrain fertile pour leurs activités.
« Le Luxembourg dispose d’atouts pour bien se vendre, déclare Thomas Dentzer, en charge des sciences de la vie au sein de Luxinnovation et du cluster ad hoc. Nous pouvons notamment mettre en avant un support volontariste des pouvoirs publics comme élément déterminant. L’utilisation du territoire comme zone de test d’un produit avant de passer à des marchés plus importants est aussi un argument qui peut faire la différence. »
En recherche… de recherche privée
Outre son soutien, l’État doit aussi stimuler la recherche privée, tant la R&D est un vecteur essentiel de croissance des nouveaux secteurs.
« Le Luxembourg ayant su attirer d’excellents chercheurs étrangers, les performances scientifiques de la recherche publique ont progressé très rapidement et sont désormais supérieures à la moyenne de l’UE, indiquent les services de la Commission européenne dans un document de travail conjoint à son rapport 2016 sur le Luxembourg.
Ce résultat contraste cependant violemment avec la forte diminution de l’intensité de la R&D au sein du secteur privé (passée de 1,5 % du PIB en 2000 à 0,7 % en 2014). Cette situation s’explique en partie par le déclin continu d’une base industrielle déjà mince et par la faible intensité d’investissements dans le secteur financier. Toutefois, elle montre aussi que les efforts du secteur public n’ont pas d’effet de levier sur l’investissement des entreprises dans la recherche et l’innovation. » Il y a donc urgence en la matière. La nouvelle loi encadrant le régime RDI soutenant les entreprises innovantes et l’évolution de Luxinnovation vers une agence de financement sont deux éléments qui devraient faciliter les opérations, même si l’enveloppe ne sera pas forcément élargie. Le facteur temps pour obtenir une aide et donc travailler sur un nouveau projet peut s’avérer décisif.
« Je pense que nous sommes sur la bonne voie », déclare Raymond Schadeck, président de Luxinnovation. L’agence nationale de promotion de l’innovation est au cœur du processus de diversification, en coordonnant l’action de six clusters (composants automobiles, sciences de la vie, écotechnologies, technologies de l’information et de la communication, matériaux et technologies de production et technologies spatiales), pour autant de secteurs dans lesquels le Luxembourg veut poursuivre l’aventure.
Au rayon des récents développements, la concrétisation du projet de campus automobile à Roost, dans la commune de Bissen, permet au cluster automobile de se doter d’une vision ambitieuse. L’objectif est de profiter d’un site de 14 hectares actuellement détenu par Goodyear pour y loger des activités de R&D, de test à destination des entreprises du secteur – groupes internationaux ou start-up – qui y mutualiseraient les moyens. Il y a fort à parier que la quarantaine d’entreprises actives dans le domaine au Luxembourg (dont des leaders mondiaux des composants) sera intéressée par la formule du partenariat public-privé choisie pour exploiter le site qui devrait ouvrir fin 2018, d’après l’agenda initial.
Après l’annonce par Étienne Schneider de la volonté du gouvernement de se positionner sur le long terme dans l’exploitation des matériaux spatiaux, le projet automobile est de nature à confirmer les pistes de diversification empruntées. « Je crois que le secteur automobile dispose d’un grand potentiel pour les années à venir, déclarait le ministre de l’Économie à Paperjam.lu. Nous ne produisons pas de voitures, mais nous disposons d’un grand savoir-faire dans les pièces détachées et les composants, avec l’avantage d’être situés géographiquement au centre des grands producteurs français, italiens et anglais. »
Le besoin de projets phares
Quel avenir pour la diversification ? Le ministre de l’Économie a annoncé en janvier qu’il souhaitait soulever la question. Et par là même mener, courant de l’année, un audit sur les axes empruntés, afin de corriger certains – voire de les abandonner – ou d’en développer d’autres. « Je souhaiterais que le travail soit terminé pour le débat à la Chambre sur la compétitivité du pays », ajoutait le ministre.
CONVERGENCE LE CALCUL DES SYNERGIES
INGRÉDIENTS
La recette de la diversification tient en différents ingrédients, dont des talents et une expertise qu’il faut parfois importer.
Si l’on ne doit pas forcément s’attendre à une révolution en la matière, l’expérience montre que la diversification économique tient avant tout des caractéristiques propres au pays. Le managing partner de KPMG, Georges Bock, appelle cette convergence entre secteurs de ses vœux (voir p. 93) dans les fintech. Le cluster automobile travaille pour sa part sur les voitures connectées qui seront une tendance de fond pour les prochaines années. Une aubaine pour permettre au Luxembourg de profiter d’une expérience dans les composants automobiles et dans l’ICT.
La ville du nord du pays a en effet été désignée pour devenir la capitale de l’économie circulaire, à l’échelon national, voire européen. Alternative aux modèles qualifiés de linéaires, l’économie circulaire travaille sur des circuits courts et intègre l’usage et le recyclage des ressources dans un projet afin de former des chaînes de valeur fermées ou cycliques.
La diversification économique se conçoit de plus en plus à l’intersection de différents secteurs. Le projet de supercalculateur européen lancé par le Luxembourg, en collaboration avec la France et l’Italie et le soutien de la Commission en est l’illustration. Le méga ordinateur doit permettre de mener des travaux de recherche dans les biotechnologies ainsi que dans le secteur spatial. Étienne Schneider veut mettre toutes les chances du côté du Luxembourg pour que le high performance computing (HPC) soit hébergé au Luxembourg, tant pour les besoins domestiques de nouveaux projets que pour l’émergence d’un nouveau centre d’expertise. Premier signal encourageant, c’est l’équipe du List qui a été désignée pour défricher le terrain et dessiner un agenda pour le projet. Un agenda qui devrait être acté d’ici septembre, lors d’un sommet européen.
Infrastructures, ainsi que Luxinnovation, travaille sur les prochaines étapes du projet, qui passera inévitablement par une phase pédagogique.
Outre son caractère international, le Luxembourg doit avant tout s’assurer d’une proximité entre les acteurs économiques et parties prenantes. « Nous devons moins vendre notre offre de valeur qu’être capables d’attirer de nouvelles sociétés en les prenant par la main, indique Raymond Schadeck. Peu d’autres villes sont capables de le faire. »
La fusion de Luxinnovation et de Luxembourg for Business vise justement à affiner la promotion économique du pays. Des projets phares, tels que Neobuild à Bettembourg, autour des technologies de la construction, et le futur centre d’économie circulaire à Wiltz, doivent servir d’étendard pour justifier un positionnement à l’international.
La volonté du Luxembourg de s’insérer dans cette mouvance fait suite à la présentation, en février 2015, d’une étude réalisée par EPEA –Internationale Umweltforschung GmbH –, en collaboration avec Returnity Partners, sur le potentiel circulaire pour le pays par la secrétaire d’État à l’Économie, Francine Closener. 15.000 emplois relèveraient d’ores et déjà des modèles circulaires au Grand-Duché, avant tout dans l’industrie sidérurgique et la construction. D’après les projections de l’étude, l’économie circulaire générera à moyen terme des économies entre 300 millions et un milliard d’euros par an en coûts d’approvisionnement pour les entreprises luxembourgeoises et le modèle devrait, s’il est développé à grande échelle, générer plus de 2.200 emplois dans les prochaines années, pour peu que les notions de smart city et d’amélioration de la mobilité suivent.
Un groupe de travail réunissant les ministères de l’Économie, du Développement durable et des
« Nous ne pouvons pas faire changer directement le business model de l’artisan menuisier, mais nous pouvons par exemple l’aider à identifier d’autres vernis à utiliser, à choisir des bois plus locaux pour l’ouvrir à d’autres chaînes de valeur plus locales », indique Marcel Klesen, cluster manager du Luxembourg Ecoinnovation Cluster. Et si le principal défi, outre celui de disposer des compétences nécessaires, de la diversification économique du pays ne tenait pas, avant tout, à expliquer à la population les bénéfices attendus de tels ou tels concepts et la possible raréfaction de revenus dans certaines branches d’activité ? Après l’annonce, par exemple, d’une recherche spatiale qui peut faire penser à de la science-fiction ou de l’investissement dans le secteur automobile, il est aussi important de penser à la communication auprès des principaux concernés : les habitants du pays.
Proximité entre les acteurs et intégration des filières seront des clés pour le futur de la diversification économique du pays. Le ministre de l’Économie veut conduire un audit des voies empruntées, tout en poursuivant le développement de projets phares pour faire connaître le pays à l’étranger. EN RÉSUMÉ
MODERNISATION DU DROIT DES SOCIÉTÉS
Obligation de présence
VÉRONIQUE POUJOL
Faut-il inscrire une obligation de présence physique des actionnaires au Luxembourg pour les assemblées générales ?
Les notaires parlent d’exigence de substance quand les avocats évoquent une obligation disproportionnée…
Les notaires regardent avec une certaine méfiance le projet de loi sur la modernisation du droit des sociétés. Un droit qui, pour l’essentiel, est plus que centenaire, basé sur la loi fondatrice du 10 août 1915. Ce chantier monumental, qui traîne à la Chambre des députés depuis l’été 2007, semble désormais être dans sa dernière ligne droite depuis que le Conseil d’État a rendu, le 23 février dernier, son avis complémentaire. Les Sages n’y ont pas levé toutes leurs oppositions formelles, mais la voie semble désormais libre pour que le texte, après un nouveau passage devant la sous-commission sur la modernisation du droit des sociétés, soit adopté prochainement. Il aura fallu trois législatures pour le faire.
DANS LA DERNIÈRE LIGNE DROITE
La réforme du droit des sociétés, qui a eu 100 ans, va être adoptée prochainement.
« La Chambre des notaires a le sentiment que les modifications introduites de manière générale ne seront pas adaptées aux sociétés commerciales de type classique. »
Avis du 23 février 2016
Dans un colloque organisé à l’automne dernier par l’Université du Luxembourg à l’occasion des 100 ans de la loi de 1915, le ministre de la Justice, Félix Braz, assurait que la réforme du droit des sociétés devrait satisfaire un peu tout le monde, du petit entrepreneur à l’investisseur international friand de produits financiers hybrides, de hedge funds ou de private equity, des références récurrentes dans le projet de loi remanié par la sous-commission. Un avis que ne partage pas la Chambre des notaires, pour qui la refonte de la loi « sera particulièrement adaptée aux sociétés financières au détriment des sociétés commerciales de type classique ». « La Chambre des notaires a le sentiment que les modifications introduites de manière générale ne seront pas adaptées aux sociétés commerciales de type classique qui existent en grand nombre au Grand-Duché de Luxembourg », écrit l’organisation dans son avis publié le 17 février.
La position des notaires fait écho aux préoccupations des promoteurs de l’économie « réelle », par opposition aux sociétés sans substance qui font le bonheur des fabricants de boîtes aux lettres et qui entretiennent le chiffre d’affaires des officines d’avocats et de conseil.
La Chambre des notaires prend ainsi, au sujet de la substance, une posture
aux antipodes de l’Ordre des avocats du Barreau de Luxembourg, qui avait rendu son avis en septembre dernier. C’est un peu une bataille entre les anciens et les modernes dans le monde de l’aprèsLuxLeaks.
Pour les notaires, le droit des sociétés doit prévoir une obligation de tenue des assemblées générales des actionnaires au Grand-Duché, dans un « souci de renforcement de l’exigence de substance ». Une exigence allant d’ailleurs au-delà de ce que les travaux des parlementaires avaient retenu. La souscommission sur la modernisation de la loi de 1915, en voulant « ancrer davantage la localisation de l’assemblée générale à Luxembourg », a prévu la présence physique obligatoire d’au moins un actionnaire ou de son mandataire au Grand-Duché. Les autres pouvant y assister par visioconférence ou autres moyens de télécommunication. Le cadrage reste assez vague, car le texte retenu par les députés en commission ne dit pas si toutes les assemblées générales sont concernées par ce devoir de présence physique d’au moins une personne, ou seulement les AG annuelles.
Un article laisse pourtant supposer que les parlementaires pouvaient se satisfaire avec une assemblée obligatoire par an au Luxembourg. Les notaires voient dans la formulation de l’article 70, selon lequel « il doit être tenu, chaque année, au moins une assemblée générale au Grand-Duché de Luxembourg », une indication qu’un nombre illimité d’autres assemblées pourraient alors se tenir à l’étranger.
À l’opposé, les avocats estiment que la question de la substance des sociétés au Luxembourg « est une question de pur fait, qui est multifacette et ne dépend pas, du moins primordialement, du lieu de la tenue des assemblées générales ». « Il serait disproportionné, soulignent-ils, de légiférer en la matière par l’imposition de règles pour toutes les assemblées générales qui, finalement, ne consacreraient que des fictions juridiques. » Ils pouvaient toutefois vivre avec une règle de l’exigence de la présence physique des actionnaires ou mandataires au Grand-Duché, mais seulement pour les assemblées générales annuelles.
Dans son avis complémentaire, le Conseil d’État soutient les vues du Barreau : « Il ne faut pas mêler le droit des sociétés et le droit fiscal international et il y a lieu de préserver l’autonomie statutaire en la matière », explique-t-il.
Les notaires, eux, ne veulent rien savoir et proposent « toujours dans un souci de renforcement de l’exigence de substance, d’imposer de manière plus générale que ‘toute assemblée requiert la présence au lieu de l’assemblée d’au moins un actionnaire ou mandataire d’actionnaire’ ». Leur organisation suggère encore d’inscrire dans la loi la tenue d’une liste de présence : « À chaque assemblée générale, les actionnaires présents ou représentés doivent être indiqués soit dans une liste de présence tenue par le bureau dont les membres devront être physiquement présents au Grand-Duché de Luxembourg, soit dans le procès-verbal. »
Bataille rangée entre notaires et avocats au sujet de la présence physique obligatoire au Luxembourg d’au moins un actionnaire ou de son mandataire aux assemblées générales de sociétés... Une lutte entre les anciens et les modernes ? EN RÉSUMÉ
RETARDS ET CONTRETEMPS
La loi agraire patauge
CAMILLE FRATI
Les exploitants agricoles attendent depuis deux ans le texte régissant les aides d’État dont ils sont dépendants.
Le ministère de l’Agriculture espère amener le projet de loi devant la Chambre des députés en avril après de multiples oppositions formelles du Conseil d’État.
Décidément, le projet de loi concernant le soutien au développement durable des zones rurales accumule les déconvenues. Espéré dès 2014 après la réforme de la politique agricole européenne commune (Pac) de décembre 2013, il a été approuvé en conseil de gouvernement le 17 juillet 2015 et déposé le 26 août suivant à la Chambre des députés. Plus d’un mois de perdu en raison d’« erreurs de renvois intra-textuels détectées » et longues à corriger, a expliqué le ministre de l’Agriculture, Fernand Etgen, à la commission de l’agriculture, de la viticulture, du développement durable et de la protection des consommateurs le 2 septembre dernier.
Le projet de loi est voué à fixer « le cadre général en vue de promouvoir, au Luxembourg, une agriculture multifonctionnelle, durable et compétitive, soucieuse de la protection de l’environnement et du climat, mettant l’accent sur l’innovation, en harmonie avec un développement intégré des zones rurales ». Un projet ambitieux, qui reflète les priorités édictées par la réforme de la Pac. De fait, la future loi déterminera les critères et les montants de différentes aides d’État aux agriculteurs autorisées par Bruxelles, parmi lesquelles les aides à l’investissement, celles versées en cas de catastrophe naturelle ou encore les primes d’installation des jeunes agriculteurs.
Dans son avis fin octobre, la Chambre d’agriculture déplore un « retard exces-
sif » du dépôt du projet de loi, même si, concède-t-elle, il « est en partie dû aux procédures interminables » des instances européennes pour adopter le Plan de développement rural du Luxembourg. Un retard préjudiciable, puisque les aides compensant l’entretien des espaces naturels par les agriculteurs n’ont pas été versées depuis deux ans. Pour la chambre professionnelle, « cette attitude passive du législateur par rapport au secteur agricole n’est pas admissible » et trahit le fait que « la politique du gouvernement actuel ne semble plus considérer le secteur agricole comme un secteur important et économique, mais plutôt comme un secteur en déclin, qu’il n’y a plus lieu de prioriser ». Il y a pourtant péril en la demeure selon la Chambre d’agriculture : plus d’une exploitation sur cinq a disparu entre 2001 et 2014.
Des amendements à la loupe Sur le fond, la Chambre d’agriculture relève que « l’esprit du nouveau texte comporte une approche plutôt restrictive par rapport aux investissements dans le secteur agricole ». Même la Chambre de commerce s’étonne de voir les aides aux investissements plafonnées à 30 % des sommes engagées, alors que la Commission européenne tolère un taux de 40 %. « Les taux sont réduits de 5 à 10 %, alors que beaucoup d’agriculteurs doivent financer des projets de 1 ou 2 millions d’euros », rappelle Pol Gantenbein, secrétaire géné-
Mios €
C'est le montant que le Grand-Duché prévoit d’investir dans le soutien au développement rural d’ici 2020.
ral de la Chambre d’agriculture. Redoutant l’instauration de critères de sélection, la Chambre d’agriculture dénonce une dégradation du régime d’aides et y voit une volonté de « limiter les dépenses publiques liées aux investissements agricoles », voire un « désengagement progressif et généralisé de la part du gouvernement ». Des accusations démenties par le ministre de l’Agriculture et ses représentants, selon lesquels d’autres aides spécifiques viendront contrebalancer la baisse de l’aide aux investissements.
Preuve de la sensibilité du sujet, le projet de loi occupe déjà la commission de l’agriculture depuis cinq séances. Il faut dire que le Conseil d’État a relevé dans son avis du 19 janvier une bonne quarantaine d’oppositions formelles. Aucune objection réelle sur le fond, mais un rappel à l’ordre sur la rédaction des articles qui renvoient à des textes européens sans les nommer et sur le renvoi abusif à des règlements grand-ducaux pour fixer des normes alors qu’ils sont seulement censés « préciser le cadrage normatif préexistant ».
La commission de l’agriculture a donc finalement adopté une série d’amendements le 29 février. Le ministère a décidé de « faire droit, dans la mesure du possible, à toutes [les] propositions » de la chambre professionnelle et des agriculteurs reçus en commission. Les critères de sélection ont été « adaptés » de manière à ce qu’« aucun projet ne soit d’office exclu ». La liste des machines agricoles éligibles à une aide à l’investissement a également été élargie. Les exploitants se lançant dans la transformation et la commercialisation de produits agricoles pourront enfin bénéficier d’aides pour leurs investissements jusqu’à 15 millions d’euros au lieu de 10 millions d’euros.
Des amendements en cours d’examen au Conseil d’État comme à la Chambre d’agriculture. « Ces modifications sont appréciées, mais elles sont surtout ponctuelles », note Pol Gantenbein. « Le cadre réglementaire imposé par la Commission européenne est très strict », laissant peu de marge de manœuvre aux États. « Les agriculteurs se posent beaucoup de questions sur l’avenir de leur exploitation », poursuit Pol Gantenbein. D’autant que, même si elle est votée dans les prochaines semaines, « la loi agraire n’apportera pas de solution aux problèmes » qui minent l’agriculture luxembourgeoise à l’aune des récentes crises laitière ou fourragère.
EN RÉSUMÉ
La loi agraire pour la période 2014-2020 n’est toujours pas prête à passer devant la Chambre des députés, au grand dam des agriculteurs. Dernière péripétie : la quarantaine d’oppositions formelles du Conseil d’État.
INFRASTRUCTURES
Fibre au foyer, débits libérés
FLORENCE
Le gouvernement veut faire du pays la première nation « fibrée » connectée à l’ultra haut débit. Post, seul opérateur à proposer de la fibre, y travaille en ce moment.
Traditionnellement loué pour son excellent niveau de connectivité, le Luxembourg vient pourtant de perdre deux places dans l’Indice relatif à l’économie et à la société numérique (DESI 2016) mesuré par la DG Connect de la Commission européenne. Sur ce critère spécifique de la connectivité, le Grand-Duché passe ainsi de la deuxième (sur 28) à la quatrième place, désormais dépassé par la Belgique et à la Suède. La première marche du podium est occupée par les Pays-Bas.
Un recul qui « contribue » à la perte d’une place dans le classement général (le Luxembourg est désormais 10e sur 28) de cet indice, basé sur quatre autres critères (capital humain, utilisation d’internet, intégration des technologies numériques et services publics numériques).
Il sera évidemment intéressant de voir dans quelle mesure les efforts déployés par le gouvernement en matière de déploiement de la fibre optique sur tout le territoire influeront sur la prochaine livraison de cet indice européen. Définie en 2010, cette stratégie ambitionne d’en faire un leader en matière de « Fiber to the home » (FTTH,
L’échéance pour une couverture nationale permettant des vitesses de 100 mégabits /seconde était fixée à la fin 2015. En milieu d’année, 90 % du territoire était couvert.
la fibre jusqu’à la maison). « L’objectif central est de permettre un ultrahaut débit pour tous, cadre Tom Kettels, chief business development officer chez Luxconnect, partenaire de Post Telecom sur le terrain. La stratégie nationale vise une vitesse de connexion d’un Gb/s d’ici 2020, et ce, sur l’ensemble du territoire. Malgré sa petite taille et son marché limité, le pays dispose déjà de 50 % de couverture. Pour le moment, seule la fibre y parvient, mais avec la rapidité des progrès technologiques, on parvient à des niveaux de plus en plus rapides avec le câble. Les citoyens tout comme les PME pourront en tirer parti. »
Le FTTH est un réseau de télécommunications physique utilisé pour permettre un accès internet à ultra haut débit. Dans ce réseau terrestre, le câblage se termine au domicile de l’abonné, permettant une connectivité inégalée. Né dans les années 2000, ce système a été conçu pour remplacer les réseaux de distribution téléphoniques ou ceux de la télé-
ULTRA HAUT DÉBIT
Les techniciens de Post sont en train de déployer la fibre dans tout le pays. 50 % du territoire sont déjà couverts.
Pour le un gigabit, il faudra attendre 2020.
vision par câble. Permettant une absence de sensibilité aux perturbations électromagnétiques, il offre aussi une meilleure latence.
« Nous voulons un ‘smart’ Luxembourg dans une ‘smart’ Europe. »
Xavier Bettel Ministre des Communications et des Médias
Depuis 2010, les chantiers se sont multipliés pour faire de cette intention une réalité. Plus de 90 % des domiciles (les derniers chiffres disponibles datent de la mi-2015) peuvent actuellement accéder à une vitesse de téléchargement de 100 Mb/s. Post, l’opérateur historique chargé du raccordement, a posé près de 13.000 km de câbles à fibres optiques et, selon des données communiquées par FTTH Europe, en septembre 2015, 140.000 foyers étaient raccordés à la fibre. Et Tom Kettels d’embrayer : « Collaboratif, notre parti-pris a toujours été d’éviter au maximum de creuser des tranchées Nous avons étroitement travaillé avec Post, les CFL ou encore les communes pour utiliser l’infrastructure existante, et notamment maximiser la capacité des gaines utilisées pour l’éclairage public ou
ULTRA HAUT DÉBIT LA FIBRE GAGNE DU TERRAIN
la télédistribution. Ce modèle, souvent utilisé dans des zones rurales, permet de réduire drastiquement les coûts. »
Montrer la voie
Pionnière, l’approche « bi-canal » choisie par le gouvernement tient compte des téléchargements dans les deux sens. « Dans une logique de cloud computing, on est consommateur, mais aussi producteur de contenu, souligne Tom Kettels. Un architecte ou un médecin, par exemple, a parfois besoin de stocker des volumes importants de lourds fichiers en ligne. L’approche choisie par le pays intègre ces deux dimensions. C’est, à ma connaissance, le seul de l’UE à avoir opté pour cette stratégie. Le besoin de haut débit ne va faire qu’augmenter à l’avenir, ce qui nécessitera une disponibilité omniprésente et une excellente connectivité mobile. »
Cette stratégie nationale ambitieuse s’inscrit en ligne directe avec la stratégie numérique portée par la Commission européenne dans le cadre de son « digital agenda ». Avec Digital Lëtzebuerg et les avancées en cours en matière de FTTH, le Luxembourg aimerait montrer l’exemple et deve-
100 Mbit/s - 1 Gbit/s
Gbit/s
nir le premier pays « fibré » du Vieux Continent. « Lorsqu’internet a émergé, les autoroutes de l’information contournaient notre pays, et nous n’étions pas sur la carte des grands flux de données. Il a fallu travailler dur pour améliorer la connectivité du Grand-Duché. Aujourd’hui, nous pouvons être fiers des efforts consentis, expliquait Xavier Bettel, ministre des Communications et des Médias, et parrain du 13e salon FTTH dédié à la fibre optique (voir encadré). Notre ambition est d’être le premier pays membre de l’UE entièrement couvert afin de développer encore davantage notre secteur ICT et ainsi améliorer notre compétitivité. Nous sommes sur la bonne voie ! Cela étant dit, le pays ne peut prospérer et avancer seul. Nous voulons un ‘smart’ Luxembourg dans une ‘smart’ Europe. La libre circulation des données doit suivre celle des biens, des services et des capitaux »
EN RÉSUMÉ
Pionnier dans le domaine de la connectivité, le Luxembourg veut être le premier pays « fibré » de l’UE à l’horizon 2020. 50 % du territoire sont déjà couverts par l’ultra haut débit, permettant une vitesse de un gigabit /s.
FAIRE DE L’EUROPE UN « SMART » CONTINENT
Sur le thème « Calling for a brighter future », la 13 e conférence FTTH, qui s’est tenue à Luxembourg en février, constitue le plus grand événement mondial dédié à la fibre. Plus de 3.500 experts de la connectivité de toute l’Europe y ont partagé expériences et objectifs ambitieux, à des stades d’avancement différents.
À l’échelle de la planète, dans les zones urbaines, on estime qu’un foyer sur dix est actuellement équipé en fibre optique. Faciliter le déploiement de l’ultra haut débit sur tout le continent est aussi une des priorités de la Commission européenne. Le plan Juncker prévoit ainsi 10 millions d’euros en vue d’accélérer la cadence. « Le FTTH n’est pas seulement lié à l’infrastructure, il repose sur un écosystème fait de différents joueurs à rassembler. Je suis convaincu que, demain, les start-up et les entrepreneurs seront les locomotives de l’économie, si l’environnement le leur permet, soutient Edgard Aker, président du FTTH Council Europe, une organisation de promotion de la fibre fondée par cinq entreprises, dont Cisco et Alcatel. Il nous reste encore beaucoup de travail, notamment sur le plan réglementaire. Comment peut-on justifier que les meilleures possibilités d’e-learning ne soient accessibles qu’à 2/3 du continent ? La réponse est qu’on ne peut pas. Ce n’est plus acceptable. »
Pour Nadia Baadali, organisatrice de l’événement et communications director au FTTH Council Europe, l’ultra haut débit n’a pas uniquement de dimension technique ou économique, mais environnementale et sociale. « La fibre améliore durablement la qualité de vie. Les bénéfices sont multiples, qu’il s’agisse du bien-être des citoyens ou de l’efficacité du travail », a-t-elle déclaré lors de la rencontre. La prochaine conférence FTTH aura lieu à Marseille en février 2017. L’occasion de mesurer le chemin qui aura été parcouru entretemps…
RÉFORME TERRITORIALE DE LA POLICE GRAND-DUCALE
La police 3.0 selon Étienne Schneider
VÉRONIQUE POUJOL | CHRISTOPHE OLINGER
Le ministre socialiste de la Sécurité intérieure devait annoncer le 21 mars le contenu de la réforme territoriale de la police grand-ducale.
Étienne Schneider promet plus d’agents sur le terrain et annonce une traque sans merci des trafiquants de drogue.
Appelés sur des accidents de la route, les policiers hésitent à dresser des procès verbaux, préférant la formule « light » du constat à l’amiable. Ils attendent le bulletin de santé des victimes de la route délivré par les médecins de faction avant de faire des choix plus en fonction de la gravité des blessures que de la faute des conducteurs. Pour un blessé léger, pas de P.-V. C’est presque devenu la règle.
Les priorités sont ailleurs, notamment dans la démonstration de la présence policière et la communication des actions coup de poing dans des quartiers présentés comme des zones de nondroit et livrés à la loi des dealers de drogue.
Derrière cet affichage démonstratif, il y a la réalité du terrain, d’abord celle d’un défaut d’effectifs policiers pour assurer la sécurité des « honnêtes citoyens », mais aussi celle d’une orga nisation déficiente de la police grand-ducale, née de la fusion en jan vier 2000 de la gendarmerie et de la police, sans que ce rapprochement eut permis de dégager de vraies synergies entre les deux corps. Cette fusion a été une addition d’agents et de com missariats sans avoir l’air de toucher à la hiérarchie, traduisant le manque de courage politique de ses initiateurs de l’époque – un gouvernement de coalition entre les chrétiens-sociaux et le DP.
En 2016, l’impécuniosité de la police grand-ducale, son manque de moyens face à la « jungle » du quartier de la gare et ses difficultés de recrutement ne peuvent plus se cacher et rendent urgente la réforme que son ministre socialiste de la Sécurité intérieure, Étienne Schneider, devrait ficeler avant la fin de l’année.
Le projet définitif de réforme territoriale de la police devait être présenté le 21 mars, après que cette édition soit mise sous presse, devant se traduire par la fermeture de 14 commissariats de proximité et une rationalisation dans le découpage des territoires (quatre au lieu de six précédemment, dont un pour la seule capitale qui cumule 42 % de la criminalité). Le tout dans un contexte de grogne à la fois des syndicats de policiers, mais aussi d’édiles communaux pour lesquels la fermeture d’un bureau de police n’est pas une option. La liste des commissariats à fermer sera communiquée lors de cette présentation.
Les grandes lignes de la réforme sont toutefois connues, Étienne Schneider les ayant présentées début février aux côtés de sa secrétaire
Étienne Schneider a choisi la méthode
« Al Capone » pour coincer les trafiquants de drogue.
Ce dernier avait parlé d’un projet « mûrement réfléchi ». Après le tollé qu’avait provoqué dans les rangs des syndicats l’audit de MindForest, jugé « totalement bâclé » par le SNPGL, le principal syndicat de policiers, les autorités ont multiplié les signes de dialogue pour faire passer un projet visant avant tout l’optimisation des ressources, avec in fine l’intention de mettre plus de policiers sur le terrain. Étienne Schneider sait qu’il marche sur des œufs et que les syndicats guettent ses moindres faux pas. Dans un entretien au d’Lëtzebuerger Land le 5 février dernier, le ministre LSAP joue sur les mots : « Il ne s’agit pas de fermeture de commissariats de proximité, mais de fusions entre deux petits bureaux », se défend-il. Le tout dans l’intérêt général.
À l’heure actuelle, en tenant compte des congés en tout genre et des heures de récupération des agents, il y aurait en moyenne trois personnes par commissariat de proximité, ce qui laisse aux policiers le choix entre l’ouverture de leurs bureaux – selon des horaires d’ailleurs peu adaptés aux gens qui travaillent – ou les patrouilles.
La réorganisation territoriale et le transfert de certaines tâches administratives à des civils sous statut non militaire (45 postes dans l’accueil, l’administration et la comptabilité) mettront plus de monde sur le terrain.
La fusion de certains commissariats va aussi élargir leurs plages d’ouverture au public, promet le ministre. Les déclarations de vols pourront se faire via internet par un portail de commissariat virtuel.
Étienne Schneider, également ministre de l’Économie, un des promoteurs du Digital Lëtzebuerg, prône la police en version 3.0 et la lutte sans merci contre les dealers de la gare. Une brigade spéciale d’intervention va faire la traque aux revendeurs et aux patrons de bars et de cafés devenus des supermarchés de la drogue.
Étienne Schneider a choisi la méthode « Al Capone », le gangster américain tombé pour une affaire de fraude fiscale, pour coincer les trafiquants : « Une fois que nous aurons un doute sur les affaires d’un tel local, explique-t-il dans le Land, nous allons attaquer sur tous les fronts : les impôts, l’hygiène, l’honorabilité des gérants ou des propriétaires [...] Pour cela, c’est utile de cumuler les portefeuilles de la Police et de l’Économie », conclut le pragmatique ministre.
EN RÉSUMÉ
PLUS DE TERRAIN
Problèmes d'organisation, problèmes d'effectifs : la police grand-ducale souffre et perd en efficacité. La réforme voulue par le ministre de la Sécurité intérieure est très attendue.
STRASSEN
le nouveau projet développé par
Du neuf dans la protection des marques
FABRICE BARBIAN
La réforme du droit européen des marques a été adoptée le 15 décembre dernier.
Le Paquet marques s’accompagne de multiples modifications que les entreprises ont tout intérêt à connaître, car certains changements sont de nature à fragiliser les protections de marques actuelles.
Le Paquet marques se compose d’un nouveau règlement modifiant le régime de la marque communautaire, qui entrera en vigueur dès le 23 mars, et d’une directive visant à harmoniser les marques nationales. Cette dernière est entrée en vigueur le 13 janvier 2016, mais les États membres disposent de 3 ans pour en assurer la transposition. Ces nouvelles dispositions entraînent différents changements. « Jusqu’à présent, le dépôt de marques exigeait une représentation graphique de la marque. Cela rendait impossible l’enregistrement de marques sonores et olfactives, par exemple. Le Paquet marques a supprimé cette représentation graphique, ce qui va faciliter la protection de marques ‘atypiques’ même s’il reste à préciser les modalités pratiques pour y parvenir », souligne Olivier Laidebeur, head of Trademark department & design attorney chez Office Freylinger. Dans un registre différent, le Paquet marques met également un terme au système du « trois classes pour le prix d’une », en ce qui concerne les
taxes liées au dépôt de marques. Jusqu’à présent, la taxe de base était de 900 euros pour trois classes (la classification des marques se fait au travers de 45 classes). Désormais, la taxe de base est facturée 850 euros par classe, 900 euros pour deux classes puis 150 euros par classe supplémentaire (soit 1.050 euros pour trois classes). « Contrairement à ce que souligne la communication officielle, cela ne se traduira donc pas obligatoirement par des économies pour les entreprises, bon nombre d’entre elles choisissant précisément de déposer trois classes ou plus pour bien se protéger », souligne Olivier Laidebeur. « Cela coûtera effectivement un peu plus cher pour les entreprises qui ont absolument besoin de trois classes, mais un peu moins pour celles qui font d’autres choix. Ce sera au cas par cas », tempère Mélanie Pellissard, intellectual property lawyer chez Lecomte & Partners.
Six mois pour agir
En revanche, le point sur lequel les deux spécialistes sont d’accord, c’est la néces-
MARQUES
« ATYPIQUES » Le nouveau Paquet marques rend possible l’enregistrement de marques sonores ou olfactives.
« Même si sa marque est protégée, une entreprise n’est pas à l’abri de tout. »
Olivier Laidebeur
Head
of Trademark department & design attorney Office Freylinger
sité qu’il y a, pour les entreprises, d’effectuer un audit de leurs protections actuelles et de se rapprocher de leur expert. C’est tout particulièrement vrai pour celles titulaires de marques déposées avant le 22 juin 2012. Avant cette date, l’intitulé générique d’une classe assurait la protection de la marque pour l’ensemble des services et des produits désignés par la classe. Or, les intitulés de classes sont désormais interprétés littéralement. Autrement dit, la marque est uniquement protégée pour ce qui est inclus dans l’intitulé et plus pour tout ce qui peut ensuite figurer dans la liste de la classe. Les entreprises qui ont donc déposé leur marque avant le 22 juin 2012 voient l’étendue de leur protection limitée. Elles ont jusqu’au 23 septembre de cette année pour faire le nécessaire afin de se conformer à la nouvelle réglementation. « Qu’elles n’attendent pas d’être individuellement contactées par l’Office ou les instances officielles pour agir, car aucune communication personnalisée ne sera faite », précise Mélanie Pellissard.
Les procédures d’annulation plus rapides
Au registre des modifications importantes, la directive apporte également des changements notables en ce qui concerne les procédures d’annulation ou de déchéance. Pour l’heure, si le titulaire d’une marque constate qu’une autre entreprise a enregistré la même marque pour un service ou un produit comparable (et qu’il n’a pas eu la possibilité d’y faire opposition durant la procédure d’enregistrement), il doit engager une procédure judiciaire visant à la faire annuler. C’est également le cas pour une « déchéance » qui vise à annuler la protection d’une marque qui n’est pas ou plus utilisée par son dépositaire. Avec la nouvelle directive, ces procédures ne seront plus judiciaires mais administratives. Elles seront donc plus rapides et beaucoup moins coûteuses. Les offices nationaux disposent de 7 ans pour mettre ces nouvelles procédures en place, mais cela se fera certainement bien plus rapidement au Benelux. « Il convient de rappeler que même si sa marque est protégée, une entreprise n’est pas à l’abri de tout. Elle doit notamment prendre des dispositions pour assurer une surveillance de sa marque et s’assurer qu’elle n’est pas utilisée par ailleurs, volontairement ou non », conclut Olivier Laidebeur.
La protection des marques a été réformée au niveau européen en décembre dernier. Aucune représentation graphique de la marque n’est à présent requise, et il est dorénavant possible de protéger la marque par classe plutôt que via la formule «trois en un». D’autres procédures judiciaires deviennent administratives. EN RÉSUMÉ
L’électricité verte d’Enovos, plus locale que jamais
Composée à 100% d’énergies renouvelables, dont 64% issues de centrales du pays, nova naturstroum tend à valoriser la production d’énergie écologique au Luxembourg, qu’elle soit hydraulique, éolienne, photovoltaïque ou biomasse. Vous souhaitez souscrire à nova naturstroum? Contactez notre Serviceline au 8006-6000 (n° gratuit).
Energy for today. Caring for tomorrow. enovos.lu
ÉNERGIES RENOUVELABLES
Le vert arrive
JEAN-MICHEL LALIEU
Le Luxembourg atteindra-t-il les objectifs en énergies renouvelables fixés à l’horizon 2020 ?
Des projets sont en développement, mais le rythme est lent.
Actuellement, le pays joue les « derniers de la classe » de l’Union européenne.
LE POIDS DES ÉNERGIES RENOUVELABLES AU LUXEMBOURG
Parc éolien
Projet éolien
Centrale hydro-électrique
Centrale de cogénération biomasse
Projet de cogénération biomasse
Parc solaire photovoltaïque
Harlange Watrange Tarchamps
Chaleur: 11,5 MW Électricité: 2,7 MW
Chaleur: 9,5 MW Électricité: 2,8 MW
Le Luxembourg est-il en délicatesse avec les énergies vertes ? Selon les chiffres diffusés annuellement par Eurostat, l’office européen des statistiques, il pointe en tout cas à la dernière place du peloton européen depuis l’année 2013. Comme tous les pays de l’Union européenne, le Grand-Duché s’est fixé un objectif à atteindre pour 2020 concernant la part des énergies renouvelables dans la consommation énergétique finale (électricité, chaleur, transport).
Il a été fixé à 11 %. En 2014, dernier chiffre officiel disponible, la part est de 4,5 %. Elle se remet peu à peu à augmenter, après avoir quasiment fait du surplace entre 2007 et 2011. « Le problème, c’est qu’une grande part de ce chiffre est réalisée grâce aux agrocarburants , observe Martina Holbach, chargée de mission chez Greenpeace Luxembourg. Or, on sait que cette production entraîne des problèmes environnementaux et un souci de concurrence avec la production alimentaire. »
Dans un rapport daté de 2014, l’Agence internationale de l’énergie estime que le Luxembourg est en ligne avec ses objectifs. Mais l’AIE fait remarquer aussi que les énergies renouvelables se développent à un rythme assez lent. À la décharge du Luxembourg, l’étude pointe des contraintes qui ralentissent cette évolution : la densité de population, la taille du pays, la protection de la nature et la topographie. Dans le secteur éolien, par exemple, la présence de l’aéroport au centre du pays bloque une large zone pour l’établissement de parcs. « La situation est longtemps restée bloquée dans le Nord à cause d’un projet d’installation d’un radar également pour l’aéroport », expliquent Laurent Winkin et Paul Zeimet, respectivement responsable des énergies renouvelables et secrétaire général de la Société électrique de l’Our (SEO).
Impliquée dans l’installation et la gestion de parcs éoliens et de centrales hydro-électriques, SEO a créé la société Soler, en partenariat (50/50) avec Enovos, pour la mise en commun de leur production verte. « Au niveau de l’éolien, nous sommes en ligne avec l’objectif programmé pour 2020, nous devrions l’atteindre sans trop de problèmes », estiment les deux responsables de SEO, également impliqués dans Soler. Selon l’Institut luxembourgeois de régulation (ILR), la production d’électricité fournie par le vent a été de 80 millions de kWh, alors que le plan gouvernemental – le National renewable action plan – prévoit d’atteindre 240 millions de kWh en 2020.
« Les développements actuels du renouvelable sont inférieurs au potentiel du territoire, insiste Martina Holbach. Dans
ÉNERGIE ÉOLIENNE
Ce n'est pas le vent qui manque, mais la carte des emplacements possibles.
l’éolien, la première étape devrait être l’établissement d’un cadastre des sites disponibles. » Pour le développement du solaire photovoltaïque à plus large échelle, elle plaide pour l’élargissement du tarif d’injection – l’outil de soutien financier – aux installations supérieures à 30 kWp. « Des propositions du gouvernement parlent d’aller jusqu’à 200 kWp, mais le dossier traîne dans les administrations et on ne sait toujours pas quand il sera opérationnel. »
Soleil et biomasse
Le producteur d’électricité Enovos affirme en tout cas vouloir pousser de nouveaux pions dans le photovoltaïque. En 2012, il a lancé le projet Encasol en collaboration (50/50) avec le distributeur Cactus pour placer des panneaux sur les toits de magasins. Trois supermarchés en sont déjà équipés (Bascharage, Ingeldorf et Redange). « Ça fonctionne bien, nous regardons donc si d’autres opportunités sont possibles », explique Daniel Christnach, responsable des énergies renouvelables chez Enovos. Il explique aussi que l’entreprise veut développer de nouveaux produits pour impliquer les consommateurs privés dans la production d’énergie à partir du photovoltaïque. En attendant, des initiatives citoyennes ont également vu le jour pour placer des panneaux sur des toitures adaptées. TM EnerCoop en
a ainsi installé 200 m2, début 2015, sur le hall omnisports de Lallange (30 kWp) et EquiEnerCoop a « réquisitionné » les toits du dépôt communal de Junglinster et de l’école fondamentale de Gonderange pour le projet EquiSolar 2012 (140 kWp).
Enfin, Enovos entend aussi développer des projets dans la biomasse, notamment via sa filiale Luxenergie qui transforme actuellement sa centrale de cogénération au gaz naturel du Kirchberg en centrale biomasse. Elle sera opérationnelle en 2017. En collaboration avec la société belge Groupe François, elle a aussi développé la société Kiowatt à Roost, qui a joint une centrale de cogénération biomasse à une unité de production de pellets. « Il y a aussi un important potentiel de biomasse dans les forêts luxembourgeoises, observe Daniel Christnach. Mais le problème est de pouvoir l’extraire. Nos forêts sont divisées en petites parcelles individuelles et manquent d’accès. »
La matière première ne manque donc pas trop pour pouvoir atteindre les objectifs. Reste à mettre les bouchées doubles.
EN RÉSUMÉ
Le Luxembourg traîne à remplir ses obligations européennes en matière d’énergies vertes. Mais les acteurs du secteur électrique ont des projets dans les cartons et se montrent confiants.
Le Luxembourg pointe à une très belle troisième place dans le GlobalTalent Competitiveness Indexde l’Insead.
Invité de la Journée de l’économie, le professeur Paul Evans, responsable de l’étude, met pourtant en garde sur la pérennité de la capacité d’attraction des talents.
CHASSE AUX TALENTS
« Le salaire n’est plus le levier magique »
GJEAN-MICHEL LALIEU | MARION DESSARD
are à l’excès de confiance !
Dans la dernière version du Global Talent Competitiveness Index (GTCI), élaboré par l’Insead de Fontainebleau et présenté lors du sommet de Davos en janvier, le Luxembourg pointe à une belle troisième place. « Le pays a réellement un grand pouvoir d’attraction des talents », confirme Paul Evans, professeur émérite de la prestigieuse école et responsable académique de cette étude. Mais le danger guette ! Invité au titre d’expert étranger lors de la Journée de l’économie du 25 février dernier, consacrée à la chasse aux talents, il a fait le point avec Paperjam sur les éléments à ne pas négliger afin de pouvoir rester au sommet.
que l’on perçoit au Luxembourg, c’est son écosystème, pointe Paul Evans. Les responsables politiques connaissent les décideurs du secteur privé et ceux du monde de l’éducation. Un tel partenariat aide à résoudre les problèmes rapidement, mais ce genre d’écosystème n’est possible que dans les petits pays. »
niveau du développement des talents que d’autres régions de la planète. Les universités européennes font encore référence. Mais d’autres, notamment asiatiques, sont en train de grimper dans les classements. »
Manque de visibilité internationale
TALENTS
Paul Evans insiste : « LeLuxembourgdoit savoir se vendre.»
Parce qu’il l’admet lui-même, le classement est peut-être un peu biaisé par le fait qu’il compare des pays entre eux. Un choix qui donne l’avantage à des entités comme le Luxembourg ou Singapour (numéro deux derrière la Suisse), véritables cités-États. Leurs performances sont meilleures parce qu’elles ne recèlent pas de poches de sous-développement comme on en voit dans les pays plus vastes. « L’avantage le plus évident
Pour rectifier quelque peu le tir, le GTCI travaille sur une étude au niveau des villes – un Cities Index –, à côté de celle établie sur les pays. Ce sera alors la capitale grand-ducale qui sera en compétition avec des villes comme New York, Shanghai, Valparaiso ou São Paulo. Pour le responsable de l’étude, c’est également une des explications à la présence encore dominante des pays européens dans le top 20 – ils sont 14 –, alors que le Vieux Continent perd inexorablement du terrain par rapport à l’Asie et aux États-Unis.
« Il y a deux raisons à cette domination, explique-t-il. Premièrement, la taille réduite des pays d’Europe que l’on confronte, par exemple, aux États-Unis, dont la population est comparable à celle de l’Europe entière. Mais, pour rester positifs, notons quand même que l’Europe détient aussi un plus grand héritage au
Paul Evans ne minimise pas pour autant le travail réalisé par le Luxembourg pour pointer en haut de l’échelle. « La première chose à faire pour attirer des talents, c’est d’assurer la maîtrise des langues étrangères. Et sur ce point, le pays mérite clairement sa troisième place, c’est un de ses points forts. » Il est en revanche plus sceptique sur les niveaux des salaires offerts pour obtenir la décision. Parce qu’avec les nouvelles exigences fiscales internationales, de telles propositions salariales ne pourront sans doute plus être maintenues. « Il ne faut peut-être pas faire une croix sur l’argument monétaire, mais on ne peut plus le considérer comme un levier magique », prévient-il.
Le troisième élément clé à prendre en compte pour séduire des candidats potentiels, c’est le cadre de vie. Un argument qui a surtout du poids parmi les jeunes générations qui, si elles ont le choix entre plusieurs destinations, opteront pour des villes qui vivent. « Or, à ce niveau, j’ai quand même entendu des réflexions sur le Luxembourg qui laissent entendre que des efforts doivent encore être faits », poursuit l’universitaire.
De manière plus globale, il insiste d’ailleurs sur le manque de visibilité du Luxembourg sur le plan international. « Si on regarde la presse, on lit beaucoup plus de choses sur les ‘scandales financiers’ que sur ce qui fait la véritable force du pays, insiste Paul Evans. Le Luxembourg doit savoir se vendre et l’exercice de branding auquel s’astreignent les autorités est donc essentiel. »
Mais, selon son analyse, le discours doit aussi changer. L’idée à vendre n’est plus le « doing business au Luxembourg », mais le « travailler à Luxembourg ».
Enfin, s’étonnant de la part des citoyens luxembourgeois qui travaillent pour l’État, il a insisté sur la nécessaire mobilité parmi les jeunes, parce qu’« on sait désormais que vivre ou travailler à l’étranger développe les capacités d’innovation, la créativité et l’esprit entrepreneurial des individus ». Il conseille même la destination : l’Asie, parce que c’est un continent en perpétuel mouvement et que les liaisons euro-asiatiques seront très importantes à l’avenir. « Ici, peut-être à cause de la présence des institutions, vous êtes très, voire trop européens. »
EN RÉSUMÉ
Paul Evans, le gardien de l’étude GlobalTalent CompetitivenessIndexde l’Insead, pointe les forces et les faiblesses du Luxembourg au niveau de l’attraction des talents.
MISSION ÉCONOMIQUE
Le nouveau visage des Balkans
Une mission économique de la Chambre de commerce partira à la découverte de la Serbie et de la Croatie en avril.
La Serbie tente toujours de se remettre de la guerre des Balkans, alors que la Croatie a pu s’appuyer sur le tourisme pour assurer son avenir.
Deux décennies après la fin du conflit qui a mené à l’éclatement de la Yougoslavie, les pays des Balkans restent confrontés à pas mal de difficultés, mais sont aussi en plein développement. La Chambre de commerce du Luxembourg mettra donc le cap vers deux d’entre eux, la Serbie et la Croatie, dans le cadre d’une mission économique qui se déroulera entre le 18 et le 21 avril. Une dizaine d’entreprises y participeront. « Cela fait plusieurs années que les chambres de commerce locales de Zagreb et Belgrade nous demandent de pouvoir organiser des séminaires chez eux pour présenter les spécificités du Luxembourg », explique Edith Stein, conseillère au département des affaires internationales de la Chambre de commerce. D’où l’idée de compléter le
voyage par des rencontres B2B entre entrepreneurs luxembourgeois et locaux.
C’est la première fois que la Chambre organise une mission à Belgrade. Une visite d’État a par contre eu lieu en Croatie en 2011. « La mission sera clairement centrée sur le secteur de l’ICT, poursuit la conseillère. Ces deux pays ont des besoins croissants en communication, technologies et solutions informatiques. » Selon elle, une mission de ce type prend tout son sens dans un pays comme la Serbie qui n’est pas encore intégré à l’Union européenne. Il est officiellement candidat à l’adhésion, les négociations ont démarré en janvier 2014 et l’ouverture des deux premiers chapitres de discussions s’est faite sous présidence luxembourgeoise, au cours du second semestre 2015. « Dans un pays hors de l’espace de
BELGRADE
Une ville qui aspire à la modernité, mais qui a encore d’importants besoins.
l’Union, les entreprises connaissent plus de difficultés à franchir les obstacles en y allant seules », explique encore Edith Stein. La Croatie étant intégrée parmi les 28 depuis le 1er juillet 2013, les relations y sont plus faciles.
Des stades différents de développement
La mission se fait aussi en collaboration avec les conseillers de Brussels Export, l’organisme chargé du commerce extérieur pour la région bruxelloise. Dans un rapport récent, l’organisme belge pointe que la Serbie est un pays en pleine reconstruction après les turbulences des années 1990. L’infrastructure y est encore trop peu développée et le secteur des services est en plein développement. La Chambre de commerce pointe, de son côté, que Belgrade bénéficie d’une excellente situation stratégique et d’un accès libre aux marchés du sud-est de l’Europe et à la Russie. En revanche, ce pays de 7,1 millions d’habitants peine à trouver un rythme de croissance correct et son taux de chômage, qui atteignait 20,8 % de la population active en 2014, reste parmi les plus élevés d’Europe. Mais Belgrade compte sur les investissements et les exportations pour retrouver des chiffres positifs cette année. Actuellement, personne ne peut dire combien de temps le gouvernement serbe devra négocier avec les 28 pour intégrer le club. Mais la Croatie (4,5 millions d’habitants), elle, a mis six ans à les convaincre de l’accepter. La situation y est aussi différente. La corruption est moins marquée et, constate Brussels Export, Zagreb a pleinement réussi sa reconversion vers une économie de marché fonctionnelle dès la fin des années de guerre. Son importante façade le long de l’Adriatique l’y a évidemment aidé. Aujourd’hui, le secteur touristique est toujours en plein essor. En 2014, il représentait 17,2 % du PIB et est un pourvoyeur important de devises étrangères.
« Ainsi, note encore Brussels Export, malgré les points noirs que constituent un taux de chômage (15,2 % en juin 2015) et un déficit public toujours élevés (-5,7 % en 2014), ces bonnes performances, conjuguées à la politique de réforme du gouvernement, favorisent la confiance des milieux d’affaires. »
Deux contrées proches, mais finalement assez différentes sous pas mal d’aspects, et qui méritent qu’on s’y intéresse.
Une mission de la Chambre de commerce se rend en Serbie et Croatie entre le 18 et le 21 avril. L’intérêt semble réciproque dans la mesure où ce sont les chambres de commerce de Zagreb et Belgrade qui ont demandé des séminaires pour mieux découvrir le Grand-Duché. EN RÉSUMÉ
JEAN-MICHEL LALIEU
ENOVOS SANS E.ON NI RWE
Le nouvel actionnariat d’Enovos International a été validé moins de trois mois après la présentation des nouveaux actionnaires de la société d’énergie luxembourgeoise. Les 28 % détenus par E.On et RWE sont répartis entre la BCEE, la Ville de Luxembourg, Ardian et la SNCI, pour un montant gardé jalousement au secret. Le consortium d’acteurs du Grand-Duché détient désormais 68,91 % des actions du fournisseur d’énergie.
SUCCÈS
Luxradar, l’application lancée par Christophe Atten, étudiant en informatique à l’Uni, a déjà été téléchargée plus d’un millier de fois. Elle renseigne ses utilisateurs sur les emplacements des 20 radars fixes activés le 16 mars dernier, mais aussi sur les contrôles mobiles réalisés chaque jour par la police. Disponibles sur Android, deux versions – une gratuite et une payante plus complète –sont proposées.
LEVÉE DE FONDS
Nutri-Bay, jeune start-up active dans la nutrition pour sportifs d’endurance, vient de lever 150.000 euros, après 8 mois de partenariat avec l’équipe de Nyuko, qui ont permis de sceller un accord avec un investisseur privé. La jeune société va ainsi pouvoir passer à une nouvelle phase de son développement en envisageant désormais le créneau « bio » dans un marché en pleine explosion.
FREEMIUM
Mark Tluszcz a été nommé président du conseil d’administration de la société israélienne Wix, active dans le « freemium porté par internet », et qui compte aujourd’hui près de 70 millions d’utilisateurs. Cette nomination intervient dans un contexte de croissance et de nouveaux développements pour Wix, qui a notamment signé il y a peu un accord de sponsoring avec le club de football de Manchester City.
AU 10E CYEL
La 10e édition du Creative Young Entrepreneur Luxembourg (Cyel) est lancée. Ce concours vise à promouvoir l’entrepreneuriat au Luxembourg et à mettre en avant les idées novatrices d’entrepreneurs âgés de 18 à 40 ans. Les intéressés, qui doivent aussi avoir établi leur activité au Luxembourg, sont invités à soumettre leur candidature en utilisant le formulaire sur le site www.cyel.lu avant le 28 avril. Un jury d’experts et de personnalités influentes du pays désignera trois finalistes qui seront récompensés lors de la remise des prix organisée fin juin.
ELECTRA
C’est en présence du ministre de l’Économie Étienne Schneider que l’opérateur de satellites SES a signé les contrats relatifs au développement du programme Electra de satellite de prochaine génération, lancé en 2013. Ce partenariat public-privé entre SES, l’agence spatiale européenne et l’agence allemande de l’espace, renforce les intentions du Luxembourg et de l’Allemagne de favoriser l’innovation dans l’espace. Le projet, géré par SES et confié à la société allemande OHB System, travaille sur le développement d’une plateforme satellitaire entièrement électrique afin de réduire
la masse et les coûts de lancement de ces véhicules spatiaux.
HOP AU FINDEL
Exit Chalair, avec une brève escale au Findel. C’est la compagnie Hop, filiale low cost d’Air France, qui fait son entrée sur le tarmac luxembourgeois. Elle a débuté l’exploitation de la relation Luxembourg-Lyon qui se décline toute la semaine, du lundi au vendredi, ainsi que le samedi, pour un aller vers la capitale des Gones, et le dimanche pour un retour vers Luxembourg. À Lyon, Hop propose près d’une quarantaine de correspondances vers d’autres destinations en France.
INTÉRIM
Le Laboratoire national de santé s’est choisi un directeur intérimaire en la personne du professeur Philippe Hartemann, de la faculté de médecine de Nancy, en attendant la nomination d’un directeur présentant le profil adéquat pour répondre à ses nombreuses missions. Ce dernier sera chargé de développer le plan stratégique actuellement dans sa phase finale.
DECATHLON
Decathlon vient de lancer sur le marché une chaussure qui s’adapte à toutes les foulées. Une avancée rendue possible grâce à une étude menée par le Luxembourg Institute of Health auprès de 372 cobayes luxembourgeois. La chaussure est prévue pour corriger les problèmes de pronation (pour les coureurs qui écrasent leur pied vers l’intérieur) mais s’avère aussi efficace pour les coureurs neutres.
LADURÉE
Déjà présente en centre-ville avec une boutique, au 18 rue Philippe II, Ladurée va ouvrir, dès le 18 avril, un nouvel espace, plus vaste, doté d’un salon de thé. À l’espace confiné de la boutique actuelle succèdera une surface plus grande au 7 rue des Capucins, avec la traditionnelle vente à emporter, assortie d’un salon de thé pour accueillir 36 clients qui profiteront d’une carte élargie. Aucune information complémentaire n’a été donnée quant à la hauteur des investissements ni les détails du projet.
LU-CIX
Claude Demuth, membre fondateur de Lu-Cix, va devenir le premier CEO de ce groupement d’intérêt économique (GIE), selon la volonté du gouvernement et des fondateurs privés de l’asbl de vouloir entamer une nouvelle phase de promotion de l’internet
luxembourgeois. Selon le principal intéressé, sa mission sera de « mettre en place les procédures pour que le backbone technique fonctionne pleinement, tout en coordonnant de nouvelles missions de promotion, essentiellement à l’étranger, et en utilisant tous les outils technologiques disponibles ».
FUTURE FUND
Un an après sa création, le Luxembourg Future Fund a bouclé sa première prise de participations. Le ministre Étienne Schneider a ainsi annoncé un investissement de 20 millions d’euros dans le fonds Paladin European Cyber Fund, qui, comme son nom l’indique, est actif dans le domaine pointu de la cybersécurité. « Un investissement considérable », a commenté le ministre de l’Économie, interrogé par Paperjam.lu, confiant que « l’activité de ce fonds à Luxembourg attirera certainement encore d’autres co-investisseurs au Grand-Duché ».
CONTINUITÉ VISÉE
L’opérateur de satellites SES a annoncé un bénéfice net annuel en hausse de 5 % à 674 millions d’euros pour l’exercice 2015. Le groupe a enregistré l’année dernière un chiffre d’affaires de 2,01 milliards d’euros (+5 % en valeur absolue, mais +3,2 % à taux de change constant). Pour 2016, l’opérateur luxembourgeois table sur un chiffre d’affaires compris entre 2,01 et 2,05 milliards d’euros, avec une marge d’Ebitda entre 73,5 et 74 %. C’est sur son marché principal de la vidéo que SES a noté la plus forte progression (+7,5 %, +2,2 % à taux de change constant) à 1,355 milliard d’euros, soit 67 % du chiffre d’affaires du groupe.
TANGO
L’opérateur de téléphonie Tango annonce, pour 2015, un chiffre d’affaires de 129,9 millions d’euros, en hausse de 11,1 % par rapport aux 117 millions de 2014). La filiale de Belgacom bénéficie notamment de bons résultats par les revenus des abonnements mobiles et, notamment, ceux dédiés aux frontaliers. Avec un portefeuille de clientèle qui a grossi de 5.000 unités en 2015, Tango revendique désormais 288.000 clients. Sa base de clients TV, notamment, a progressé de 45,7 % sur un an et celle de clients internet de 14,5 %.
BIÈRE
Malgré des vents contraires dont la hausse de la TVA, la Brasserie nationale a tiré un bilan satisfaisant de 2015 qui lui a permis de rester
268.861
C’est, en hectolitres, la quantité de bière écoulée par la Brasserie nationale en 2015.
numéro 1 au Luxembourg avec 268.861 hectolitres de Bofferding et de Battin écoulés. Mais pour rester compétitive, la Brasserie nationale vise un élargissement de sa zone de distribution qui englobe désormais –outre le Grand-Duché – Nancy, Arras, Bruxelles et Liège.
NOUVELLE TÊTE
Ancien cadre dirigeant de SES, Pascal Rogiest a été nommé nouveau CEO de Luxtrust. Stéphane Ries, qui occupait ce poste depuis 2010, retourne à l’opérationnel en devenant deputy CEO, mais surtout COO de la société,
«
UNE COMBINAISON DE TECHNOLOGIES EST NÉCESSAIRE »
À l’occasion du Mobile World Congress qui s’est tenu à Barcelone, la Société européenne des satellites (SES) a indiqué qu’elle était engagée dans le déploiement rapide des réseaux mobiles de cinquième génération, autrement dit la 5G. SES dit encourager activement le satellite comme élément essentiel pour un déploiement mondial de la 5G, soulignant que « pour faire face à l’énorme croissance de la demande de données, une combinaison de technologies terrestres sans fil et par satellite est nécessaire ».
dont il est également secrétaire du conseil d’administration.
EXPANSION EN INDE Dans le cadre de la mission économique qui s’est déroulée début mars en Inde, le groupe d’ingénierie sidérurgique Paul Wurth a signé un partenariat avec Heavy Engineering Corporation pour la fabrication de fours à coke. La société luxembourgeoise est déjà présente depuis 1993 dans le pays.
VOLS
Dans la foulée de Hop, Lot Polish Airlines et Aegean, la compagnie aérienne régionale britannique Flybe se posera à compter du mois de septembre prochain au Findel pour exploiter deux nouvelles lignes directes à destination de Manchester et de Birmingham. La liaison vers Manchester s’effectuera via deux vols quotidiens en semaine, et un les samedis et les dimanches. Celle de Birmingham par le biais d’un vol quotidien du lundi au dimanche. Les billets, déjà disponibles sur le site de la compagnie, sont proposés à partir de 40 euros l’aller simple.
VENTE DIRECTE
Réunis en association, les principaux acteurs de la vente directe actifs au Luxembourg viennent de se lier à travers une convention à la Confédération luxembourgeoise du commerce (CLC). Ainsi est née l’Association pour la vente directe (AVD), qui dit aussi vouloir participer au développement économique du pays en proposant « un job sur mesure
complémentaire ou principal » dans le cadre d’un statut reconnu et réglementé. Selon l’Association, la vente directe représente aujourd’hui au Luxembourg un chiffre d’affaires de 40 millions d’euros par an.
PUB
Désormais gérée par Espace Pub (la fédération des régies publicitaires au Luxembourg) et la société Nielsen, la pige publicitaire Luxembourg Ad’Report 2015 a livré son verdict. Elle montre un marché de l’investissement publicitaire dit « commercial » (hors offres d’emploi et communications officielles) en progression de 2,5 % à 129 millions d’euros Ce sont les journaux quotidiens qui se taillent la part du lion dans ce gâteau publicitaire, concentrant 45,52 % du total. L’internet, qui est entré dans le champ d’études de la pige en 2014, connaît un taux de progression de 4,5 % à 14,4 millions d’euros (6,8 % du total). Cactus et Post Luxembourg sont toujours les deux annonceurs ayant le plus investi dans les médias en 2015. Le podium est complété par Tango, qui déloge la BCEE de la troisième place.
LEVÉE DE FONDS
La toute récente application mobile Kliber, créée en 2015 et qui met en relation recruteurs et candidats grâce à des capsules vidéo, entretient le mystère. Elle annonce une « première levée de fonds » réussie, mais sans en indiquer le montant ni le nombre d’investisseurs concernés. Seul
est cité RTL, les deux sociétés étant partenaires depuis 2015 au travers du « RTL Jobdag ».
ÇA PLANE POUR RTL
RTL Group, leader européen de l’audiovisuel, annonce dépasser pour la première fois les six milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2015 (+3,8 %) et avoir réalisé un bénéfice en hausse de 21 % à 789 millions d’euros. L’Ebitda atteint également un niveau record à 1,17 milliard d’euros. Tirant profit de « la publicité télévisée » et des « activités de diversification », Mediengruppe RTL Deutschland a terminé l’année 2015 avec un Ebita en hausse de 5,2 %, à 684 millions d’euros, alors que les résultats des autres principales filiales (Groupe M6, FremantleMedia, RTL Nederland) sont en recul en 2015. Pour 2016, le groupe table sur « une croissance modérée, comprise entre 2,5 et 5% », entraînée « principalement par les activités numériques ».
SUCCESSION
Le conseil d’administration du Lëtzebuerger Journal a choisi Kik Schneider pour succéder à Norbert Becker en tant que président. Ce dernier, en place depuis 2005, a choisi de se retirer pour des raisons d’obligations professionnelles. C’est à lui que l’on doit notamment l’accompagnement du partenariat industriel réalisé avec le groupe Editpress
(éditeur, notamment, du quotidien Tageblatt). Kik Schneider, 63 ans, dont le vrai métier est membre du comité de direction de BGL BNP Paribas, siège depuis une vingtaine d’années dans le conseil d’administration du journal proche du parti libéral.
TREMPLIN
La Fondation Tremplin, sous l’égide de la Fondation de Luxembourg, vient de décerner le Prix Tremplin 2016, doté de 10.000 euros, au projet d’entrepreneuriat social Eis Epicerie, ouverte en juin 2015 à Soleuvre. « Eis Epicerie est une initiative sociale novatrice et les porteurs de projets ont démontré un engagement extraordinaire », a expliqué Christian Billon, le président de la Fondation.
AWARD
La société luxembourgeoise IEE, spécialisée dans le développement de capteurs automobiles, a reçu un Yanfeng Automotive Interiors award, décerné par le plus grand fournisseur mondial d’équipements intérieurs automobiles. IEE a été primée dans la catégorie « Innovation » pour des accoudoirs de portes chauffants.
SCIENCE
La plateforme scientifique mondiale luxembourgeoise MyScienceWork annonce un accord avec la société américaine DeepDyve, qui gère une base de données de quelque 12 millions d’articles scientifiques et universitaires. L’objectif est de permettre une accessibilité plus transparente et financièrement abordable, à travers un service de location en ligne, pour toutes les PME et les particuliers non affiliés à une bibliothèque universitaire.
REPORT
Annoncée en octobre dernier pour « le premier trimestre 2016 », l’inauguration du premier lieu de vente de la marque de voitures électriques Tesla a été repoussée. Les retards dans la rénovation de l’immeuble de la route de Thionville obligent à décaler l’ouverture officielle sans doute début juillet
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LE SITE DE BELVAL ArcelorMittal doit poursuivre ses investissements en Europe pour tenir la distance face à la concurrence.
SIDÉRURGIE
Les pieds dans les fers chinois
JEAN-MICHEL LALIEU
ArcelorMittal a dû faire appel à ses actionnaires à hauteur de 3 milliards de dollars pour retrouver de l’oxygène.
Après avoir profité de la croissance chinoise, la sidérurgie européenne a subi les conséquences d’une crise de surproduction venue d’Asie.
Aperam a aussi subi la pression chinoise, mais s’est restructuré plus rapidement.
Réunis à Luxembourg pour une assemblée générale extraordinaire le 10 mars dernier, les actionnaires d’ArcelorMittal ont marqué leur accord à une très large majorité pour une augmentation de capital de 3 milliards de dollars. Une opération qui se chiffrera à 1,1 milliard de dollars pour la famille Mittal, actionnaire à 38 %, et à 66,6 millions de dollars (59,9 millions d’euros) pour l’État luxembourgeois, qui détient 2,16 % du sidérurgiste. Cette somme, additionnée à la vente de la société espagnole Gestamp (environ un milliard de dollars), permettra de ramener la dette nette à moins de 12 milliards de dollars.
Le leader mondial de la sidérurgie devrait donc pouvoir sortir un pied de l’ornière. Mais la situation était grave. Le 5 février, il avait annoncé une perte nette de 7,9 milliards de dollars (contre 1,1 milliard en 2014) et un chiffre d’affaires en recul de 19,8 % à 63,6 milliards de dollars. Ceci dit, pour sa majorité, la perte affichée pour le dernier exercice n’est pas liée à l’opérationnel. Le groupe a été affecté par deux phénomènes.
En premier lieu, la demande d’acier, fortement liée à la croissance chinoise, a diminué et a fait chuter le prix du minerai de fer (-43 % sur l’année 2015).
ArcelorMittal, fortement investi dans le secteur minier, a donc dû enregistrer 4,8 milliards de dollars de dépréciations, en majorité liées à des actifs miniers.
Ensuite, en cours d’année, il a aussi subi des importations massives d’acier chinois à bas prix qui ont fait reculer de 19,7 % le prix de l’acier sur l’ensemble de l’exercice et l’ont contraint à 1,4 mil-
liard de charges exceptionnelles dues à des dépréciations de stocks.
Dumping asiatique
Globalement, la sidérurgie européenne a fortement souffert, à partir du printemps 2015, de l’afflux de produits chinois. En pleine croissance, au cours des dernières années, l’Empire du Milieu a fait grandir son parc de production jusqu’à l’excès. La demande ralentissant là aussi, les producteurs ont choisi la voie de l’exportation pour éliminer la surproduction. « En phase de développement rapide, la Chine a consommé de plus en plus d’acier, mais elle atteint un plateau de 500 kilos par habitant que l’Europe a connu vers 1975 et à partir duquel la croissance stagne, explique Alex Nick, directeur général d’ArcelorMittal Luxembourg. Souvent, dans la sidérurgie comme dans le secteur minier, on anticipe mal le point d’inflexion. On continue à créer des unités qui seront opérationnelles 3 à 4 ans plus tard, alors que la consommation se stabilise. »
Le 15 février dernier, les sidérurgistes sont donc descendus dans la rue, patrons et ouvriers côte à côte, pour réclamer de l’Union européenne des mesures antidumping contre les produits chinois et la non-reconnaissance à l’OMC par Bruxelles de la Chine en tant qu’économie de marché. Une option qui aurait pour conséquence de rendre plus difficiles des mesures de rétorsion commerciales à son encontre. Le 16 mars, la Commission européenne a publié une communication dans laquelle elle dit vouloir accélérer l’adoption de mesures antidumping et prendre des mesures pour lutter contre la surcapacité mondiale. « L’Europe a déjà pris des mesures antidumping depuis la
LA PRODUCTION MONDIALE D’ACIER
(en millions de tonnes)
Chine
EU (28)
mi-février sur les fils machines et les laminés à froid », admet Alex Nick. Mais avec des droits d’entrée qui sont passés de 13 % à 16 %, il estime qu’il reste de la marge. D’autres produits – les bobines d’acier, le laminage à chaud – sont aussi actuellement sous investigation de la part de l’Union. « Le processus devrait prendre environ neuf mois », observe le directeur général d’ArcelorMittal Luxembourg, qui prévient déjà : « Le premier trimestre 2016 ne sera pas très bon. » Et ensuite ? « Ça dépendra des mesures qui seront prises. On peut raisonnablement être optimiste quant à un redressement à moyen terme… mais on part de très bas. »
Pékin réagit
Responsable des investissements pour BCEE Asset Management, Marc Fohr se montre rassurant pour la sidérurgie européenne dans son ensemble. « Des mesures antidumping ont été prises un peu partout dans le monde. Début mars, les États-Unis ont encore pris des mesures pour des droits d’importation pouvant même dépasser 260 %. Dans l’Union européenne, il faudra probablement attendre le deuxième semestre pour observer les premiers effets mais, en même temps, la reprise économique en Europe fera augmenter la demande d’acier. »
Autres points positifs, selon lui, le faible niveau de surcapacités sur le Vieux Continent et un dollar plus fort qui devrait rendre les prix des produits de base moins chers pour les industriels européens. Et depuis peu, les bonnes nouvelles viennent aussi tout droit de Chine. Début mars, le pouvoir en place a annoncé des mesures colossales pour lutter contre la surcapacité de son outil industriel
PRODUIT PHARE
Dans le cadre du plan
« Action 2020 », ArcelorMittal Luxembourg a investi 35 millions d’euros pour assurer son leadership. dans les palplanches.
et la pollution. Dans le « paquet », il est prévu la fermeture de mines de charbon et de minerai de fer ainsi que d’unités de production sidérurgique. « Pékin a créé un fonds de 4,8 milliards de dollars pour aider l’industrie à se transformer, explique Marc Fohr. En termes humains, 1,8 million de personnes devront être déplacées vers d’autres secteurs. » À moyen et long terme, ces mesures devraient aider le redressement de l’industrie européenne, rassure-t-il.
Aperam a trouvé la sortie
Dans la foulée de ses résultats, avec un cours de bourse passé sous la barre des 4 euros (2,62 euros au plus bas le 11 février), ArcelorMittal a renoncé à offrir un dividende à ses actionnaires pour l’année 2015. Quelques jours plus tard, Aperam, le groupe né de la scission, en 2011, de la branche aciers inoxydables du groupe ArcelorMittal – la famille Mittal en détient 40,83 % – annonçait pour sa part un retour du dividende après avoir fait l’impasse les trois années précédentes.
« Si Aperam repart sur des bases meilleures, c’est avant tout grâce au travail effectué en interne en vue d’améliorer sa compétitivité », explique Laurent Beauloye, secrétaire général de la société et responsable de la communication. En Europe, le groupe disposait d’une mul-
titude d’outils industriels. « Il fallait rationaliser et regrouper les outils de production. » Le groupe est ainsi passé de 29 outils en aval en 2011 à 17 aujourd’hui, tout en produisant plus de volumes.
En Europe, la capacité de production du secteur de l’inox a été restructurée ces cinq dernières années et Aperam a été à l’initiative de ces restructurations dès sa création. Un passage obligé : « Les capacités de production asiatiques représentent aujourd’hui plus de 70 % des capacités mondiales et la Chine, à elle seule, en détient 50 % », précise M. Beauloye. Mais, comme pour les aciers au carbone, la demande asiatique semble se réduire, créant un problème de surcapacités qui pèse sur la santé de toute l’industrie des aciers inoxydables.
Mais ici, l’Europe s’est montrée plus réactive à contrer les pratiques de dumping asiatiques. « Des mesures ont été prises au cours de l’été 2015 contre des comportements de marché déloyal de la Chine et de Taïwan », explique Laurent Beauloye. Les importations en provenance de Chine et de Taïwan ont diminué en 2015 par rapport à leur niveau historiquement élevé en 2014. Mais l’Europe reste confrontée à des importations significatives, à partir de la Corée du Sud ou de l’Inde.
Pour l’exercice 2015, Aperam a réalisé un résultat net de 172 millions de dollars (95 millions en 2014) et sa dette a été réduite à 316 millions de dollars. Elle était d’un milliard de dollars à la création d’Aperam. « Ce qui a changé la donne, ce ne sont pas uniquement les mesures antidumping, poursuit le responsable d’Aperam. Notre philosophie est de développer nos propres mesures et de générer des résultats sans tenir compte du contexte du marché. Nous avons donc développé un ambitieux programme de réduction de coûts sous la forme de notre Leadership Journey. » Aperam vise aussi le développement de produits à plus haute valeur ajoutée en misant sur la recherche et le développement.
Tout n’est donc pas perdu pour la sidérurgie européenne. Le problème chinois jugulé, ArcelorMittal devrait pouvoir repartir sur de meilleurs rails. Reste à savoir dans quel délai.
Les soucis d’ArcelorMittal trouvent leur origine sur le continent asiatique qui fait sa crise de surproduction. L’Europe devra réagir pour sauver sa sidérurgie, mais le leader mondial devra aussi prendre des mesures, comme l’a fait Aperam pour retrouver la santé. EN RÉSUMÉ
ARCELORMITTAL LUXEMBOURG
LA PROGRESSION CONTINUE
La filiale grand-ducale a déjà pris des mesures pour faire sa part de travail pour la santé du groupe et assurer son propre avenir. Pour redresser sa situation financière, ArcelorMittal a mis en place un plan « Action 2020 » qui doit lui permettre d’accroître l’Ebidta annuel de 3 milliards de dollars, même en cas de conditions de marché similaires à celles d’aujourd’hui. « Au Luxembourg, la grande part des actions sont déjà planifiées et engagées », commente Alex Nick, directeur général d’ArcelorMittal Luxembourg. 35 millions d’euros ont été investis sur le site de Belval pour développer une nouvelle génération de palplanches – des plaques destinées à retenir les terres ou les eaux –et maintenir le leadership du groupe sur ce produit. « Nous avons réalisé les investissements lourds nécessaires, maintenant il faut imposer cette innovation chez nos clients », poursuit Alex Nick. À Differdange, là où sont produites les poutrelles Jumbo – les plus grosses poutrelles au monde –, 35 autres millions seront encore investis pour améliorer la qualité de services et moderniser le finissage et, au laminoir de Rodange, des moyens ont été mis en œuvre pour développer les rails à gorge, en faisant le pari du retour des tramways dans les villes. « Des progrès sont encore possibles pour améliorer l’outil dans les usines luxembourgeoises, insiste le responsable des activités luxembourgeoises. Si nous y parvenons, nous devons pouvoir maintenir une sidérurgie forte au Grand-Duché »
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RECRUTEMENT 2.0
Entre archaïsme et bonne volonté
JEAN-MICHEL GAUDRON
La deuxième étude de Potentialpark sur les stratégies digitales RH révèle une certaine inertie de la part des entreprises luxembourgeoises en la matière.
Un grand conservatisme. » C’est en ces termes que la société Potentialpark, spécialisée dans l’évaluation des stratégies digitales de recrutement des entreprises, dépeint la situation au Luxembourg. À la lumière des résultats de l’édition 2016 de son étude annuelle Otac (Online Talent Communication), la deuxième du nom, que Paperjam publie en exclusivité, les analystes constatent qu’en dépit de certains efforts et améliorations apparaissant ça et là, « cette conduite du changement est souvent très académique et timorée, et surtout trop lente vis-à-vis des attentes des candidats qui évoluent vite ».
Ainsi, entre autres exemples, sur l’échantillon de 30 employeurs établis au Luxembourg (cumulant 110 présences en ligne), scrutés entre octobre et novembre 2015 par les analystes de Potentialpark, seuls 20 % sont prêts à parler emploi via l’application Instagram, alors que selon le sondage réalisé en parallèle auprès de quelque 18.000 étudiants (écoles de commerce, universités, ingénieurs), 50 % des jeunes diplômés
En comparaison avec l’étude précédente, des progrès ont été notés, mais encore insuffisants.
européens utilisent cette application (voir méthodologie ci-contre).
En outre, 49 % des candidats européens à l’embauche expliquent utiliser des terminaux mobiles pour leurs recherches d’emploi. Or, seules 19 entreprises sur les 30 au Luxembourg offrent des plateformes adaptées aux smartphones et tablettes.
Au classement général établi par Potentialpark, Deloitte (+9 places par rapport à 2015) détrône DuPont (classée numéro 1 en 2015 et 8e cette année), au bénéfice d’un site carrières « solide et mobile », d’une page Facebook, d’un contenu LinkedIn et, depuis peu, d’un compte Twitter RH dédié. La banque ING (+6) prend la deuxième place du classement avec notamment un site carrières mobile et une forte présence sur LinkedIn. Un autre Big Four, EY (+1), qui utilise le modèle mondial développé par la firme, complète le podium.
« Les entreprises aux avant-postes des classements sont celles qui ont fait preuve de courage en investissant à la fois dans des canaux de communication connus et dans des approches innovantes n’ayant
« Les entreprises doivent se forcer à accélérer la conduite du changement en interne. »
Antoine Lhosmot Understanding talent Potentialpark
pas encore fait leurs preuves », commente Antoine Lhosmot, understanding talent chez Potentialpark, qui a coordonné et piloté l’étude au Grand-Duché.
Parmi les nouveautés relevées par l’étude, le lancement d’un nouveau site carrières mondial pour le groupe Ferrero (ce qui justifie son entrée dans le panel des entreprises passées en revue), une présence RH dédiée sur Facebook pour les Big Four (on retrouve EY, Deloitte, PwC et KPMG dans les huit premières places), mais aussi pour Microsoft, Sodexo ou encore Luxair.
À noter aussi, l’apparition de classements, qui ne figuraient pas dans la première édition en 2015 : celui relatif aux médias sociaux, pour lequel EY apparaît à la 1re place, et celui pour les applications mobiles, remporté par BNP Paribas.
Ce sont aussi ces deux nouveautés qui ont sensiblement redistribué les cartes par rapport à l’année dernière.
Il faut dire que les candidats européens à l’embauche utilisent de plus en plus leur terminal mobile pour effectuer leurs recherches d’emploi. « Ils sont à présent 49 % à le faire, soit 13 points de
MOBILE
Les candidats à l’emploi utilisent de plus en plus leur smartphone pour leurs démarches.
ÉTUDE OTA C LUXEMBOURG 2016 (CLASSEME NT 2015)
Classement général
1 Deloitte (10) 6 Amazon (5)
2 ING (8) 7 Société Générale Bank & Trust (2)
3 EY (4) 8 DuPont (1)
4 Ferrero (n. c.) 9 Post Luxembourg (21)
5 BNP Paribas (9) 10 Microsoft (6)
Sites carrières
1 Deloitte (7) 6 Société Générale Bank & Trust (1)
2 PwC (2) 7 Microsoft (4)
3 ING (8) 8 Ferrero (n. c.)
4 EY (6) 9 BNP Paribas (14)
5 BCEE (10) 10 Post Luxembourg (20)
Candidatures en ligne
1 Ferrero (n. c.) 6 Deloitte (14)
2 BNP Paribas (5) 7 PwC (9)
3 Société Générale Bank & Trust (3) 8 DuPont (1)
4 Microsoft (8) 9 Ceratizit (6)
5 ING (10) 10 Bil (12)
Médias sociaux (nouveauté 2016)
1 EY 6 Ferrero
2 Microsoft 7 Luxair
3 Deloitte 8 KPMG
4 PwC 9 Amazon
5 ING 10 SES
Mobile (nouveauté 2016)
1 BNP Paribas 6 Ferrero
2 Société Générale Bank & Trust 7 Post Luxembourg
3 ING 8 DuPont
4 Amazon 9 RBC Investor Services
5 Deloitte 10 EY
MÉTHODOLOGIE
L’étude a été réalisée entre octobre et novembre 2015 par les analystes de Potentialpark qui ont passé en revue les 110 présences en ligne de 30 employeurs luxembourgeois et analysé, pour chacun, 347 critères. La pondération de ces différents critères a été ensuite établie sur la base d’un sondage mené, entre septembre 2015 et janvier 2016, auprès de 17.953 étudiants européens (écoles de commerce, ingénieurs, universités).
plus que l’année dernière », indique M. Lhosmot. D’où l’obligation, pour les employeurs, de développer des plateformes emploi adaptées aussi bien aux smartphones qu’aux tablettes. Elles sont 19 dans ce cas, sur les 30 entreprises classées au Luxembourg en 2016. « L’activité principale des mobinautes est de chercher des offres d’emploi et dans une moindre mesure, faute de pratiques suffisantes des entreprises, de postuler en ligne. Un tiers souhaiterait le faire, et 13 % l’ont déjà fait. »
En outre, une plus grande mise en valeur des initiatives locales a été notée, permettant une personnalisation des plateformes de recrutement souvent développées au niveau groupe par les plus grands employeurs internationaux. « Les entreprises doivent se forcer à accélérer la conduite du changement en interne », note M. Lhosmot, qui identifie trois opportunités à saisir et pistes d’innovation à suivre par les entreprises « afin de combler enfin l’écart en faisant preuve de courage » : reprendre le contrôle en matière de qualité des offres d’emploi publiées ; accélérer le changement dans les pratiques en privilégiant notamment les applications mobiles (BGL BNP Paribas, par exemple, permet un processus intégral de dépôt de candidatures en ligne) et, enfin, accepter l’éphémère en lançant des campagnes sur des réseaux à la mode (Instagram, WhatsApp, Snapchat…), même si leur durée de vie est plus courte. « Pour qu’une entreprise réussisse à se positionner de manière innovante sur un créneau, elle ne doit pas avoir peur de perdre du temps et doit avoir le courage d’admettre que l’investissement dans un canal et la communication puissent être éphémères. » L’analyste met également en garde les sociétés contre un état des lieux de la situation en termes d’attractivité et de recrutement qui pourrait, potentiellement, être erroné. Car bon nombre d’employeurs ont encore parfois le réflexe, qualifié d’« archaïque » par M. Lhosmot, de se dire qu’ils n’ont pas d’efforts à faire compte tenu de l’important volume de candidatures reçu. « Mais ils ne se rendent pas compte que le positionnement de la marque employeur est essentiel dans la perspective des recrutements de demain. Il faut savoir se projeter pour trouver les talents de demain qui auront toute la flexibilité exigée. Or il y a encore une certaine inertie dans les managements sur ce point-là. Et cela peut être préjudiciable. »
La deuxième étude de Potentialpark, menée sur les stratégies digitales en matière de recrutement de 30 employeurs luxembourgeois, montre que le dynamisme affiché dans certains cas ne parvient pas toujours à masquer une inertie encore très pesante en la matière. EN RÉSUMÉ
ÉTUDE OTAC 2016 5 TENDANCES-CLÉS
82 %
des jeunes diplômés européens utilisent le site carrières des entreprises comme source d’informations. Ils sont 61 % à également utiliser LinkedIn.
31 %
des candidats à l’embauche utilisent, en 2015, Facebook dans leur recherche d’informations sur un employeur. Ce taux était de 20 % en 2014.
29 %
des candidats ont déjà été en contact avec un employeur ou un recruteur via le réseau LinkedIn.
10 %
des candidats utilisent la plateforme d’offres d’emploi et de recrutement Glassdoor. Ils y cherchent principalement des informations sur les salaires.
13 %
des propriétaires d’un smartphone l’ont déjà utilisé pour postuler pour un emploi. 63 % l’ont déjà utilisé pour visiter un site carrières d’une entreprise.
Les Kralowetz du ciel
VÉRONIQUE POUJOL
La compagnie de fret aérien Cargo B Airlines opérait en Belgique, mais ses pilotes étaient affiliés à la caisse de sécurité sociale luxembourgeoise.
Six ans après sa faillite en 2009, le fisc luxembourgeois a réclamé sans succès les arriérés d’impôts sur salaires.
Un dossier qui n’est pas sans rappeler la faillite retentissante de la société de transports Kralowetz en 2002.
La compagnie de fret aérien Cargo B Airlines (CBA) avait des airs de « Kralowetz du ciel », du nom de cette société de transports ayant établi un siège international au Luxembourg et y ayant immatriculé une partie de ses chauffeurs aux caisses de sécurité sociale avant de faire faillite en 2002. La compagnie aérienne, elle, a déposé le bilan en 2009, tout comme sa filiale luxembourgeoise, Cargo B Services (CBS).
La faillite de Cargo B Services montre que certaines pratiques avaient survécu à la disparition du transporteur et qu’elles étaient même encouragées par des grandes firmes de consultants. Aujourd’hui, un règlement communautaire de 2010 n’autorise plus le shopping social des compagnies d’aviation à partir de coquilles vides (au Luxembourg ou ailleurs).
En février 2011, le bureau d’imposition RTS (retenue sur les salaires) Luxembourg 1 cherche à rattraper celui qui fut le directeur général et gérant de Cargo B Services, et lui adresse un « bulletin » d’appel en garantie. Il le considère comme codébiteur d’un montant de près de 550.000 euros au titre de l’impôt sur les traitements et les salaires des années 2008 et 2009 pour une trentaine de pilotes. Panique de l’ancien dirigeant, qui avait seulement prêté son nom pour apparaître dans les statuts de l’entité luxembourgeoise. L’homme est menacé de voir sa maison saisie pour rembourser le fisc luxembourgeois.
a débouché devant le tribunal administratif (en sa faveur d’ailleurs). Le jugement a toutefois été frappé d'appel.
L’homme a également expliqué que CBS avait fait appel aux services d’un des Big Four de la Place pour déterminer le traitement fiscal des pilotes et obtenir un ruling de la part de l’Administration des contributions directes. Le prix de la prestation s'était élevé à 60.000 euros. Il s’agissait d’établir si les salariés devaient payer leurs impôts en Belgique ou bien si les retenues à la source appartenaient à l’employeur au Grand-Duché et si, par ailleurs, une dispense pouvait être accordée. Le fisc luxembourgeois considéra que la compétence revenait à la Belgique, « toujours compétente pour imposer le personnel navigant de Cargo B Services, ce quel que soit l’État de résidence (des pilotes, ndlr) », écrivait en octobre 2007 un chef de division de l’ACD. Aucun impôt sur les salaires n'avait été payé dans le royaume, et il a fallu attendre des mois pour qu’ils le soient au Grand-Duché. Et encore, partiellement.
La faillite de Cargo B Services montre que certaines pratiques avaient survécu à la disparition du transporteur.
Cargo B Airlines opérait des Boeing 747 Cargo – trois appareils au moment de la faillite –, d’abord à partir de l’aéroport de Bruxelles, puis de Liège. CBS mettait des pilotes, résidant principalement aux Pays-Bas et en Belgique, à la disposition de la maison mère belge dans le cadre de contrats de prestations de services. Aucun avion ne s’est jamais posé au Luxembourg, a raconté l’ancien dirigeant, dans le cadre de l’affaire des impayés d’impôts qui
La constitution de la structure luxembourgeoise employant la trentaine de pilotes remontait à août 2007, et c’est seulement à partir de novembre 2008 que les premières retenues sur les salaires furent prélevées. Et ce jusqu’à la faillite en juillet 2009. La firme de conseil ayant initialement recommandé aux dirigeants de la compagnie de ne pas faire de RTS, les impôts sur salaires ne furent donc pas prélevés à la source pendant des mois. Les pilotes n’en payaient nulle part, ni au Luxembourg ni sur leur lieu de résidence, alors qu’officiellement ils avaient des contrats de travail luxembourgeois et dépendaient du Centre commun de la sécurité sociale.
Démasqué, l’employeur fut finalement obligé de procéder aux retenues non opérées entre janvier et octobre 2008. Mais compte tenu des montants considérables en jeu sur un rattrapage de 11
mois de retenues sur les salaires et aussi de la gronde sociale qu’elle provoqua dans les rangs du personnel, sa tentative de récupération des impôts échoua.
Deux ans après la faillite de CBS, le fisc luxembourgeois s’est souvenu qu’il manquait 550.000 euros dans ses caisses et se retourna contre l’ancien dirigeant pour les récupérer en émettant un bulletin d’appel en garantie, en évoquant au passage son comportement fautif. Ce bulletin fit l’objet d’un recours en mars 2013. L’affaire fut plaidée en avril 2014 et le jugement est intervenu… après deux ans de délibération, en février 2016.
L’affaire a pointé certaines anomalies dans la gestion du groupe. Celle de l’affiliation des pilotes au Centre commun de la sécurité sociale du Grand-Duché en est la principale. Qui l’a finalement autorisée, alors que CBS s’était vu opposer un premier refus ? Les juges ont, au final, annulé le bulletin controversé d’appel en garantie émis par l’ACD pour « comportement fautif », estimant que les pilotes n’étaient pas imposables au Luxembourg « de sorte qu’aucune retenue d’impôt sur leurs salaires ne devait être effectuée pour compte des autorités fiscales luxembourgeoises ».
À l’avenir, signale l’avocat à la Cour Jean-Luc Schaus, qui a défendu l’ex responsable de CBS, l’ACD n’aura plus besoin d’invoquer un comportement fautif des dirigeants pour aller leur réclamer les impôts impayés. Le projet de loi sur la modernisation de la faillite prévoit en effet de modifier les dispositions de la vieille loi fiscale allemande, l’Abgabeordnung, pour « faciliter la mise en œuvre de la responsabilité du représentant d’une société en cas d’insuffisance de l’impôt payé par rapport à l’impôt légalement dû ».
EN RÉSUMÉ
Les pilotes de la compagnie belge de fret aérien Cargo B Airlines, mise en faillite en 2009, étaient immatriculés à la sécurité sociale du Luxembourg, bien qu’ils n’y aient jamais travaillé. Ils n’y ont pas davantage payé leurs impôts sur le revenu. Ils n’en payaient pas non plus en Belgique. Le fisc luxembourgeois voulait rattraper les anciens dirigeants de la structure au Grand-Duché, Cargo B Services, une coquille vide, servant de paravent pour y faire de l’optimisation tant fiscale que sociale.
CARGO B AIRLINES
La compagnie opérait à partir de la Belgique, avec des pilotes affiliés au Luxembourg.
CARGO B SERVICES
INFRASTRUCTURES
Air Rescue se pose enfin
L’asbl spécialisée dans le sauvetage aérien a pris possession de ses nouveaux locaux au Findel. L’inauguration officielle est prévue fin avril.
Il aura fallu deux mois et demi, entre novembre 2015 et février 2016, pour que Luxembourg Air Rescue (LAR) prenne enfin possession de ses nouveaux locaux, définitifs, à l’aéroport de Luxembourg. Ces locaux flambant neufs sont pour le moins fonctionnels et permettent surtout d’héberger l’ensemble des 165 membres du personnel sous un seul et même toit. Le nouveau hangar propose une superficie de 3.000 m2 (contre 1.800 pour l’ancien) et les services administratifs disposent désormais de 1.000 m 2 de bureaux, auxquels s’ajoutent 600 m2 pour le centre de formation.
Ce nouveau site regroupe le centre de maintenance, le centre de simulation médicale, le centre de formation approuvé et la centrale d’alerte (qui comprend également un centre de crise).
LAR est la plus grande association du pays (plus de 185.000 membres) et effectue plus de 3.000 missions par an, avec une flotte de cinq hélicoptères de sauvetage et autant d’avions sanitaires.
Le Grand-Duc est attendu pour l’inauguration officelle de ces locaux le 20 avril prochain.
J.-M. G. | ERIC CHENAL
Ça roule toujours pour Genii
Même s’il a vendu son écurie Lotus F1 à Renault Sport, Genii Capital garde tout de même une présence-clé dans l’univers de la Formule 1, sur qui il adosse une plateforme de business performante.
C'est sur les 5,3 km de l’Albert Park de Melbourne que la saison 2016 de Formule 1 s’est ouverte, le 20 mars dernier, après que cette édition de Paperjam a été imprimée. Parmi les bouleversements qui ont égayé l’hiver, le rachat de l’écurie Lotus par Renault Sport figure évidemment en bonne place. Et ce d’autant plus que l’actionnaire principal cédant n’était autre que la société d’investissement luxembourgeoise Genii Capital, via sa filiale Gravity Motorsports, qui était entrée dans le grand cirque de la F1 en 2010 en rachetant l’écurie… Renault. La marque au losange s’était alors contentée d’un statut de motoriste. Aujourd’hui, la boucle est donc bouclée… Le dossier, clôturé en trois mois, entre l’annonce de la lettre d’intention et la finalisation du deal, a longtemps tenu en haleine, et pas uniquement autour des paddocks, compte tenu des enjeux financiers liés à la situation de la mythique écurie anglaise, dont les dettes s’élevaient à environ 1 million de dollars. Si le montant de la transaction n’a pas été dévoilé, l’acheteur français
a, bien évidemment, repris à son compte le montant de ce passif.
Les alternatives n’étaient de toute façon pas nombreuses et la volonté de s’associer à un constructeur a toujours été présente dans les réflexions. « Nous aurions aussi pu choisir de licencier environ 200 personnes, soit 40 % de nos effectifs, et nous contenter de fonctionner sur les revenus garantis par les contrats, sans injecter de fonds supplémentaires, explique M. Lopez. Mais nous nous serions retrouvés à un niveau de performance qui ne nous aurait plus permis de remonter la pente. » Quant à Genii, il reste encore actionnaire à hauteur de 10 % du capital et Gerard Lopez garde sa place au sein du conseil d’administration, conservant les responsabilités qui étaient déjà les siennes en matière de stratégie commerciale. « Je reste encore très actif, et peut-être même encore plus actif que je ne l’étais avant, explique-t-il à Paperjam Ayant moins de pression pour la gestion journalière, je peux assister aux grands prix davantage en position de spectateur privilégié. » Ce ne fut pas le cas à Melbourne, Gerard Lopez
VISIBILITÉ
La mention Genii est désormais plus discrète sur les F1. Mais le groupe luxembourgeois garde tout de même un bon pied dans l’habitacle de
étant alors en déplacement pour le compte de son autre activité majeure du moment, Nekton, la société créée il y a tout juste un an et spécialisée dans le trading et les investissements dans les énergies fossiles, notamment pétrolières. Une activité en plein boom et qui n’interfère en rien avec la plateforme Genii Business Exchange (GBE), la vitrine VIP masterclass du groupe, déployée en marge de chacun des 21 grands prix de la saison, d’ici à novembre.
Depuis 2012, lorsque cette initiative a été mise en place, le succès dépasse largement les attentes. « Le maintien de l’accès à cette plateforme était une des conditions sine qua non du deal, précise Gerard Lopez. Être désormais adossés à un groupe constructeur comme Renault nous ouvre de nouvelles possibilités. »
EN RÉSUMÉ
Genii Capital n’est plus l’actionnaire principal de l’écurie Lotus F1, désormais passée sous le giron de Renault. Mais en coulisse, Gerard Lopez est toujours bel et bien présent, avec toujours autant d’ambition.
JEAN-MICHEL GAUDRON
l’écurie Renault.
SOUTIEN À L’ENTREPRENEURIAT
Rampe de lancement
FLORENCE THIBAUT
Après un pilote en octobre 2015, Fit4Start entame en mars sa première saison avec une moisson de cinq start-up.
Sur 16 semaines, le programme offrira coaching, visibilité et financement jusqu’à 150.000 euros.
Sous l’impulsion du ministère de l’Économie et de Luxinnovation, Fit4Start démarrait par un pilote en octobre 2015. Objectif : mettre le pied à l’étrier de porteurs de projets émergents. Il a, depuis, permis de « diplômer » deux start-up : Houser, une plateforme de comparaison de biens immobiliers, et Sport50, active dans la gestion sportive. La première saison vient de débuter en mars avec cinq recrues à coacher sélectionnées par un jury parmi 100 dossiers.
Pour cette édition, les moyens ont été étendus. Les entrepreneurs pourront recevoir un coup de pouce de 50.000 euros, plus 100.000 supplémentaires s’ils parviennent à lever euxmêmes 50.000 euros.
NOMOKO
MODÉLISATION 3D
Venue de Suisse, la start-up espère bien créer la plus haute résolution de caméra au monde afin de surpasser la vision humaine. L’idée est de développer une qualité de modélisation numérique presque impossible à distinguer de la réalité. « Fit4Start va nous permettre de lancer une partie de nos activités de R & D au Luxembourg, partage Vincent Pedrini, à l’initiative du projet né à Zurich. 2016 est une année technologique. Nous allons finaliser les bases hardware et software pour faire les premiers tests et applications commerciales 3D en 2017. »
VISUAL SCAFFOLDING CONNECTER DESIGNERS ET DÉVELOPPEURS
Faire l’interface entre développeurs et designers d’applications mobiles, tel est le projet porté par Alfonso Garcia Frey et Damien Neuberg. Le but est ici de leur simplifier la tâche. Passer par la case Fit4Start permettra aux deux fondateurs de passer à la vitesse supérieure. « Le timing est vraiment parfait pour nous, indique Damien Neuberg. En effet, nous avons déjà reçu de très bons retours concernant notre technologie, mais il nous manquait encore un petit coup d’accélérateur pour finaliser le produit. »
CONNECTED ROPE SURVEILLER SON BATEAU
KLAP
FAIRE VIVRE SES VIDÉOS
Grâce à un algorithme, Klap entend transformer des photos et des capsules vidéo en vrais films à partager. Pensé par Pierre Colle et Olivier Chatillon en 2015, le projet permet déjà de monter des séquences sur GoPro. Une app devrait suivre d’ici peu. « Notre objectif est de terminer le développement d’une première version de notre produit pour le lancer très vite sur le marché et recueillir les retours des utilisateurs. La vitesse d’exécution sera notre principal facteur de succès », explique le fondateur. Avec 1,5 milliard de smartphones, le potentiel est de taille.
EVVOS
TIRER PARTI DES CAPTEURS
Tirant parti de la mouvance de l’internet des objets (IOT), le projet Evvos, mis sur pied par Georgi Taskov, veut concevoir et relier des appareils sans fil à des capteurs, grâce à un mix de hardware et de software. La jeune start-up souhaite ainsi proposer une connectivité à la carte et out of the box. Elle prévoit, pour cela, de créer une large palette de capteurs pouvant être connectés à des supports modulaires. Chacun pourra alors créer sa propre plateforme et assembler ses objets connectés.
À l’image d’un babyphone pour surveiller son nouveau-né, Connected Rope permet de rester connecté avec son bateau et de pouvoir le suivre en temps réel, notamment lors d’intempéries. Mathilde Argaud, cofondatrice du projet, explique : « Nous avons voulu participer à Fit4Start pour booster le démarrage de notre start-up. Cela va nous permettre, tant sur le plan financier que sur le plan humain, d’avancer dans les meilleures conditions. Dans les trois ans à venir, nous espérons avoir un produit et un service robustes pour satisfaire nos clients. »
MURAT MUTLU
« Pour rien au monde jen’échangerais pour un autre pays.»
PORTRAIT – MURAT MUTLU (IMMO LUXEMBOURG)
Un aller simple
JEAN-MICHEL LALIEU | MIKE ZENARI
Murat Mutlu a appris l’art du commerce dans les rues d’Istanbul.
Au Luxembourg depuis un quart de siècle, il est sorti gagnant d’un véritable parcours d’obstacles.
Aujourd’hui, il donne tout pour assurer le leadership de sa société sur son marché.
Je ne parle jamais politique, religion ou football ! » Murat Mutlu est très clair là-dessus : « Chacun a ses idées et je les respecte. » Ceci dit, on aurait presque envie de le faire à sa place, tant son parcours semble un modèle d’intégration réussie. Qui ne s’est pas fait d’un coup de baguette magique, c’est clair.
Mais 25 ans après son arrivée sur le territoire luxembourgeois, l’homme d’affaires d’origine turque est devenu un personnage incontournable dans le monde de l’immobilier et qui ne renie rien de son passé. « Au contraire, je suis fier de tout ce que j’ai fait », assure le gérant et associé d’Immo Luxembourg, qui a testé tout ce qui se fait dans la gamme des « petits boulots » avant de s’installer dans des bureaux cossus de la place Winston Churchill à Luxembourg.
Mais revenons au tout début. En partant de sa naissance, le 5 mars 1972, dans le quartier de Sultanahmet à Istanbul. Intégré dans le quartier historique et touristique de la mégapole turque, il se frotte dès le plus jeune âge au commerce en vendant des cartes postales, des timbres de collection et de l’eau aux nombreux touristes. À l’école, dès l’âge de six ans, il fournit les élèves en petit matériel. « Ces multiples activités m’ont permis très jeune de gagner ma vie et de payer mes études », explique-t-il. À l’école de la vie, il avait déjà pris exemple sur la famille. « Je suis issu d’une famille de commerçants. » Il le revendique. Le cuir, les tapis, la bijouterie, l’immobilier… Son père détenait deux hôtels cinq étoiles, un à Istanbul, l’autre à Bodrum. Quant au jeune Murat, avant son départ pour l’Europe, il travaillait comme vendeur dans la bijouterie de son frère.
Aujourd’hui, Murat Mutlu collectionne les voitures. Les rapides et les anciennes. « J’aime beaucoup les voitures », sourit-il. La plus ancienne date
de 1934. Mais avant de pouvoir les exposer ou les engager dans des rallyes aux côtés d’autres passionnés, des carrosseries, il en a surtout lavées. « Mon premier emploi : le car-wash du garage Citroën Étoile à la Cloche d’Or. » Lorsque l’employé de l’Adem lui propose le job, il l’accepte du bout des lèvres. « Mais je ne parlais que quelques mots de français et j’avais besoin d’un travail. »
Brique par brique
Mais revenons à nouveau en arrière. Au 20 avril 1991, très exactement, lorsque Murat Mutlu atterrit à Bruxelles, en provenance directe d’Istanbul. Raison du départ ? Sa première épouse, une Française, ne voulait pas le voir perdre son temps dans un fastidieux service militaire. Faute de visa valable, la France lui refuse l’entrée. Ce sera donc Luxembourg. Et le premier choc. « J’avais vécu dans une ville qui, à l’époque, comptait déjà 9 à 10 millions d’habitants. Ça m’a donc fait bizarre de me retrouver dans ce petit pays qui en comptait un peu plus de 300.000. » Un pays dont il n’ignorait pas l’existence, mais dont il ne savait rien. « Pour moi, le Luxembourg, c’était l’Eurovision : Luxembourg, ten points! »
Un territoire dont il se retrouve aussi quasi prisonnier, son visa ne l’autorisant à circuler qu’à l’intérieur du Benelux. Donc, il bosse. Après le car-wash , il enchaîne les jobs : déménageur, archiviste, chauffeur de taxi… « J’ai aussi ouvert un snack, j’ai toujours fait deux ou trois choses en même temps. » Mais il ne regrette rien. « Mes deux filles, Eda (17 ans) et Ece (13 ans) sont nées ici. Pour rien au monde je n’échangerais le Luxembourg contre un autre pays, même pas la Turquie. Je suis redevable à ce pays. »
Il se retrouve finalement employé à l’ambassade de Turquie, un travail enfin stable. Qu’il ne quittera qu’il y a 13 ans pour se lancer dans l’aventure immobilière avec des partenaires étrangers. Et
PLAIDOYER POUR LA HAUTEUR
Depuis plus de 13 ans qu’il baigne dans le monde de l’immobilier luxembourgeois, Murat Mutlu s’est forgé quelques idées pour le faire évoluer. « Ça fait 10 ans que je m’interroge sur le refus des communes et du gouvernement de construire en hauteur, lance-t-il. Quand la population atteindra 700 ou 800.000 personnes, où va-t-on les loger ? Enfin, j’ai récemment lu des propos allant dans ce sens en provenance du gouvernement, ça me rassure. » Pour le responsable d’Immo Luxembourg, c’est une manière de modifier l’offre et la demande et donc de faire baisser les prix du marché. « Je ne comprends pas, insiste-t-il. Nous sommes dans un petit pays, dont 34 % du territoire sont couverts de forêts à protéger et on n’autorise des constructions que sur deux étages. » Sur le court ou moyen terme, il ne s’attend en tout cas pas à une baisse des prix ni à l’explosion d’une soi-disant bulle immobilière. « Ça fait 25 ans que je suis au Luxembourg et autant de temps que j’entends dire qu’une bulle immobilière va exploser. Mais, selon moi, elle n’est pas prête à se dégonfler. »
au bout du chemin, la création d’Immo Luxembourg, un bébé qui a vite grandi. Son créneau, les maisons unifamiliales dans la zone Luxembourg-ville, Strassen et le Kirchberg. « Nous n’envisageons pas actuellement de nous lancer dans le bureau, ça ne nous intéresse pas. » En revanche, rapidement, Immo Luxembourg a été en relation avec une clientèle haut de gamme cherchant des biens assez exclusifs. « Quelle que soit la clientèle, notre philosophie est la même : ne pas faire aux autres ce qu’on ne voudrait pas qu’on nous fasse. Il faut être irréprochable en tout point et se dire que la personne en face de nous vise peut-être le projet de sa vie. »
Une deuxième agence
Et pour Immo Luxembourg, Murat Mutlu a un projet imminent : ouvrir une deuxième agence en ville avant l’été et engager une vingtaine de personnes. En prenant l’ensemble de ses activités, il en emploie déjà 45. C’est qu’à côté du business de la brique, l’homme d’affaires est associé à différents projets, dont le restaurant Elch à Bertrange, la boutique Casting au centre commercial Belle Étoile et les magasins Benetton dans le même centre. « Mon but n’est pas de diversifier mes activités, explique-t-il. C’est avant tout d’élargir mon cercle de connaissances pour développer Immo Luxembourg. » Son objectif est véritablement de devenir leader du marché et, pour cela, il ne faut laisser passer aucune chance. « Les bonnes affaires c’est par relations que j’en prends connaissance. Et mes clients, ce sont d’autres clients qui me les amènent. Ça ne marche que comme ça. » Un credo basé sur les rapports humains et qui, visiblement, fonctionne bien.
EN RÉSUMÉ
Arrivé de Turquie à moins de 20 ans, Murat Mutlu a multiplié les boulots jusqu’à prendre la tête d’Immo Luxembourg. Un parcours de vie dont il se dit fier et ne regrette rien.
COMMERCE EXTÉRIEUR
Des exportations (un peu) plus variées
JEAN-MICHEL HENNEBERT
epuis 25 ans désormais, les services supplantent les biens dans les exportations luxembourgeoises. Récente, l’évolution traduit la désindustrialisation partielle du pays au profit du secteur tertiaire où domine le secteur financier. Bien que générale en Europe, la tendance observée au Luxembourg se caractérise par le fait que le pays exporte ses services, là où ses voisins ont tendance à les vendre sur leur marché domestique. Pour les biens, la situation évolue peu à peu. Depuis plus de 50 ans, la catégorie que le Statec définit comme « métaux communs et ouvrage de ces métaux » domine les exportations. Autrement dit, la sidérurgie. Mais au
fil des années, le poids de cette dernière diminue, au point de n’occuper en 2015 plus « que » 24 % de l’ensemble des biens exportés. Contre 83 % en 1960. Cette diminution conséquente de la dépendance à un secteur profite donc à d’autres, comme les « machines et appareils » industriels ou les produits issus du plastique et du caoutchouc.
Au cours des trois dernières années, le volume des exportations du Grand-Duché a connu une progression de 8 % et figure désormais au niveau enregistré avant la crise de 2008. Cette redistribution des cartes liée à l’évolution de la demande mondiale pousse donc à l’émergence de nouveaux secteurs, tournés principalement vers l’international.
C’est dans ce contexte que la Chambre de commerce et l’Office du Ducroire ont décerné, début février, leur Export Award 2015-2016. Le premier prix a ainsi été remis à Fast Track Diagnostics, société fondée en 2006 et implantée sur le site d’Esch-Belval. Figurant parmi les principaux fournisseurs mondiaux de kits de diagnostic pour les maladies infectieuses, la société exporte une soixantaine de produits différents dans quelque 70 pays. Mais de nombreuses autres entités basées au Luxembourg participent à ce mouvement. Le 10x6 « Export champions, à l’assaut du monde », organisé par le Paperjam Club le 23 mars, a donné l’occasion de s’en rendre compte à la puissance 10...
POST A UN PIED CHEZ RAIFFEISEN
Après l’annonce faite en juillet 2015, Guy Hoffmann, président du comité de direction de Banque Raiffeisen, et Claude Strasser, directeur général de Post Luxembourg, ont scellé le rapprochement de Banque Raiffeisen et Post Finance pour l’activité de comptes postaux. Post entre dans le capital de Raiffeisen à hauteur de 10 %. Les 140.000 clients CCP profitent d’un élargissement des services proposés. Ils auront notamment accès directement au tout nouveau compte épargne R-Top de Raiffeisen.
FIN DE PARTIE
Après 10 mois de bataille, le tribunal de commerce a tranché fin février en faveur du promoteur Flavio Becca dans le litige l’opposant à son partenaire Éric Lux dans le fonds d’investissement immobilier Olos Fund. Au cœur de cette bataille juridique épique, le partage des actifs du Ban de Gasperich et la part réelle de chacun des acteurs dans le fonds d’investissement.
FONDS EN HAUSSE
Selon les chiffres pour l’année 2015 diffusés par Efama à la fin février, on voit qu’au niveau global le Luxembourg reste en tête des pays européens et que ses concurrents les plus sérieux restent l’Irlande, la France et l’Allemagne. Le pays a en revanche du mal à faire son trou en matière de fonds alternatifs. Avec des actifs nets de 3.506 milliards d’euros (fonds Ucits et alternatifs cumulés), le Luxembourg conserve aussi une part de marché stable de 27,9 % et termine l’année 2015 sur une hausse globale de 13,3 %
PAS D’URGENCE
La Cour de justice de l’UE a refusé de traiter en urgence une demande de la Cour administrative. Elle concernait une question de conformité de la loi de 2014 ayant supprimé les recours contre les injonctions de l’administration fiscale en matière d’échange d’informations. Au cœur du litige, la perte de contrôle de la pertinence des informations demandées par les administrations fiscales étrangères par l’Administration des contributions directes et les juges administratifs. L’arbitrage de la CJUE est très attendu par les milieux financiers.
MARIAGE SCELLÉ
Annoncée l’été dernier, l’opération d’acquisition de 100 % du capital de Banco Popolare Luxembourg par Banque Havilland a été officiellement clôturée fin février. Une transaction « qui est en droite ligne avec la stratégie de Banque Havilland d’étendre sa base clients UHNW en Europe », comme l’indique le communiqué diffusé par la banque acheteuse. Le prix de base de la transaction s’élève à 21,5 millions d’euros, selon des informations communiquées par Banque Havilland à Paperjam.lu. Mais ce montant doit encore être ajusté en tenant compte des bénéfices de la banque italienne réalisés jusqu’au jour de la transaction.
La trentaine d’employés de la banque italienne, dont les locaux se trouvent au boulevard Royal, a été transférée auprès de Banque Havilland Institutional Services.
SUISSE
Interviewé dans le quotidien helvétique Le Temps, en marge d’une visite organisée en Suisse par Luxembourg for Finance, le ministre des Finances, Pierre Gramegna, a salué l’évolution des relations entre les deux Places, devenues au fil du temps « plus partenaires que concurrentes ». Une évolution qui serait liée non seulement au fait que « le Luxembourg sert de porte d’entrée dans le marché européen des services financiers pour les banques suisses »,
mais aussi au fait que « nos deux Places revendiquent ensemble un cadre réglementaire et fiscal qui relève du level playing field », a-t-il expliqué.
AMBITIONS
La fusion entre Banque Degroof et Petercam sera effective au Luxembourg début avril. Philippe Masset, CEO du groupe, a aussi pris les commandes de Banque Degroof Luxembourg de manière transitoire. Début mars, il a précisé vouloir une présence forte au Luxembourg et a, dans la foulée, annoncé que c’est au Grand-Duché qu’est en train d’être concentrée toute l’activité du groupe en matière d’administration de fonds. Il entend aussi y développer les activités de family office (lire aussi en page 88).
BILAN BANCAIRE
Selon les chiffres de la CSSF, le produit net bancaire a progressé de 4,9 % en 2015 à 10.895 milliards d’euros. Le résultat avant provision atteint, lui, 5.463 milliards d’euros, soit une progression de 1,6 %. Tous les grands postes de revenus affichent des progressions : 5,2 % par la marge d’intérêts (4.276 milliards d’euros), 5,8 % pour les revenus de commission (4.339 milliards d’euros) et 2,8 % pour les autres revenus. L’implémentation de la réglementation financière a par contre pesé sur les frais généraux qui augmentent de 8,5 % (5.432 milliards).
NOUVEAU BOSS
Frank Krings a été nommé chief country officer de Deustche Bank Luxembourg, à la date du 15 mars. Il était auparavant general manager et chief country officer de la banque allemande en Thaïlande. Le poste était vacant depuis le départ, le 31 décembre dernier, de Boris Liedtke, qui a occupé la fonction pendant deux ans. Nathalie Bausch et Werner Burg, qui ont assuré l’intérim depuis le début de l’année, conservent leurs attributions respectives de chief operating officer et de chief risk officer au sein du comité de direction.
RETARD
Le Conseil d’État a émis trois oppositions formelles au projet de loi relatif aux fonds d’investissement alternatifs réservés (Fiar). Des oppositions plus « techniques » et destinées avant tout à écarter toute insécurité juridique autour du texte que liées au contenu et à l’esprit de la réforme proposée, mais qui imposent un réexamen du texte par la commission des finances et du budget. Le projet pourrait donc
DAVID LAURENT (ARCHIVES)
prendre du retard, alors que ses initiateurs rêvaient de le voir adopté en début d’année.
DÉFIS DE FONDS
La conférence de printemps 2016 de l’Alfi a abordé les méga-tendances de l’industrie des fonds. Évolutions technologiques, gestion des données, arrivée de nouvelles générations… autant de défis qui s’ajoutent à l’avalanche réglementaire qui s’est abattue sur le secteur depuis la crise de 2008. L’une des clés de la réussite passera par l’usage des fintech et la revue des processus de l’industrie des fonds par le filtre digital.
BAROMÈTRE
Le baromètre 2016 de l’Observatoire des sociétés de gestion de PwC Luxembourg, qui mesure l’activité des sociétés de gestion Ucits au Grand-Duché sur base du nombre d’employés, de l’évolution des actifs sous gestion et du nombre de structures, est en progression de 16,9 % en 2015. Il en ressort qu’une société de gestion établie au Luxembourg gère en moyenne 32,897 milliards d’euros, 11 fonds, 109 sous-fonds et emploie 22 personnes.
DÉCROCHAGE
Le décrochage des marchés boursiers au cours des derniers mois impacte directement les statistiques des fonds d’investissement domiciliés au Luxembourg. Les statistiques publiées par la CSSF au 31 janvier font état d’un repli du patrimoine global net des organismes de placement collectif et des fonds d’investissement spécialisés de 3,86 % à 3.370,999 milliards d’euros.
En décembre, le repli avait déjà été de 2,32 %. Il faut remonter à septembre pour retrouver un niveau aussi bas (3.366,8 milliards).
AMENDE
Au début du mois de mars, le Memorial B a fait état d’ une amende administrative à l’encontre d’un réviseur d’entreprises agréé du cabinet Grant Thornton Lux Audit, sans mention de son nom. La sanction est l’une des plus fortes à avoir jamais été imposée dans le secteur de l’audit au Luxembourg pour violation des prescriptions légales et règlementaires : 75.000 euros. L’amende maximale prévue par la loi du 18 septembre 2009 est fixée à 125.000 euros.
LFF À ABU DHABI
Luxembourg for Finance a signé le 10 mars un Memorandum of Understanding (MoU) avec l’autorité de la place financière d’Abu Dhabi afin de rapprocher les deux Places, notamment dans la finance islamique et les fintech. Le MoU a pour objectif de renforcer le dialogue et d’établir un partenariat dans les domaines bancaire, des services financiers et de régulation liée à la titrisation. Les deux organisations examineront aussi les possibilités de coopération dans le domaine des ressources humaines et de la formation.
LSK, SUITE
Un couple de Français a porté plainte contre la société financière LSK pour escroquerie en bande organisée. Leur avocat juge « fantaisiste » la ligne
de défense de Dominique StraussKahn, qui persiste à plaider l’ignorance des agissements des dirigeants. La plainte a été déposée en novembre dernier devant le parquet financier de Paris par les époux Urbach, les derniers investisseurs à avoir mis de l’argent dans ce qui devait être une banque d’affaires. Leur avocat accuse les administrateurs de la société financière de l’avoir présentée à ses clients comme une structure prospère. Et, selon lui, Dominique Strauss-Kahn, son ex-président, devait savoir que ce n’était pas le cas.
L’E-TVA RABOTÉE
Les recettes TVA encaissées en 2015 par l’Administration de l’enregistrement et des domaines (AED) se sont élevées à 3,461 milliards d’euros, en baisse de 4,6 % par rapport à 2014. Les taxes sur le commerce électronique, à la suite du changement de réglementation prévoyant la rétrocession de 70 % des recettes au pays de résidence des consommateurs, ont fondu de presque moitié l’année dernière, de 1,076 milliard en 2014 à 554 millions en 2015. Dans son rapport annuel 2015, l’AED note encore que le pays compte 69.073 assujettis à la TVA (66.460 en 2014).
LA CSSF RECRUTE
La Commission de surveillance du secteur financier (CSSF) a lancé une procédure publique concernant le recrutement d’un cinquième membre de son comité de direction. Le nouveau membre sera en charge spécifiquement des aspects opérationnels de la CSSF que sont les ressources humaines, l’informatique, l’administration et la finance. Depuis l’arrivée début février de Claude Marx à la tête de l’institution, c’est donc une architecture par domaine de compétence qui s’affirme.
PHILIPPE MASSET (BANQUE DEGROOF LUXEMBOURG)
« Notre modèle d’indépendance perdurera »
JEAN-MICHEL
GAUDRON | SVEN BECKER
Le CEO par intérim arrivé fin janvier insuffle, par son dynamisme, un nouvel élan à Banque Degroof Luxembourg.
En plein cœur du processus de fusion avec Petercam –qui sera effective au 1er avril au Luxembourg –, les défis à relever sont multiples, à commencer par le volet digital. Mais il entend bien maintenir la banque dans le même créneau qui fait son succès depuis bientôt 30 ans.
Vous êtes à la tête du groupe Degroof Petercam et avez pris, en plus, les rênes de Banque Degroof Luxembourg dans un contexte assez particulier, suite aux départs successifs des deux administrateurs délégués, Patrick Keusters en octobre puis Geert de Bruyne en janvier. Est-ce à dire que la fusion entre Degroof et Petercam ne s’est pas passée aussi bien que prévu ? philippe masset Lorsqu’il y a un tel exercice de transformation importante, il arrive classiquement que certaines personnes, y compris haut placées, souhaitent se repositionner par rapport à ce qu’elles ont envie de faire ou de ne pas faire. Je préfère aujourd’hui me focaliser sur les quelque 1.500 personnes que représente le groupe et sur les stratégies que nous sommes en train de déployer. Je ne souhaite pas davantage commenter les situations individuelles. Ce qui ne veut pas dire que les départs que vous avez évoqués, et d’autres aussi, n’ont pas constitué un élément de surprise. Mais la vie est faite de surprises et je pense que le groupe est suffisamment armé en ressources pour les pallier.
de l’intérieur : la connaître, voir quelles sont ses dynamiques, ses potentiels et comment encore mieux la développer.
Avez-vous le sentiment que cet te fusion a bien été assimilée aujourd’hui ?
Nos ambitions sont très réalistes.
Une telle opération reste toujours un gros exercice. La fusion, dans son ensemble, est tout à fait sous contrôle et bénéficie d’un réel avantage : elle est le fruit d’une réelle ambition. Quand un tel processus découle d’un problème économique ou d’une nécessité de restructuration, c’est forcément plus compliqué que lorsqu’il y a un réel projet commun. Dans le cas présent, il s’agit vraiment d’un deal de développement. Ce qui n’empêche pas, bien sûr, qu’il faille bien organiser les choses. Mais il est très positif de pouvoir compter sur un alignement de vues complet entre le management et les actionnaires. Ça permet de mobiliser plus facilement les troupes et les énergies.
Vous évoquiez le rôle « central » de l’entité luxembourgeoise…
Et je le confirme ! Nous employons entre 330 et 350 personnes, soit pratiquement un quart des effectifs du groupe. Des métiers importants entiers sont localisés ici, comme l’administration de fonds. D’autres sont très fortement présents, comme le private banking, la salle de marchés, les crédits. Luxembourg est donc tout à fait essentiel dans notre dispositif, et va le rester, plus que jamais. Le but est clairement de conserver une entité épanouie dans le groupe, forte et en croissance à l’affût de développements intelligents au Grand-Duché.
Quels sont les leviers de croissance sur lesquels vous comptez vous appuyer, au Luxembourg ?
Le timing a pu aussi être un élément inattendu. Et dans ce contexte, il était tout à fait normal que je fasse moi-même le saut et que j’assure cet intérim. Et je le fais avec d’autant plus de conviction que l’entité luxembourgeoise est tout à fait centrale dans le dispositif du groupe. J’avais ainsi l’opportunité de souligner davantage cette importance et de maîtriser encore mieux son fonctionnement
Maintenant, il est évident qu’une telle fusion perturbe bon nombre d’habitudes et introduit des changements plus profonds à certains endroits que d’autres. C’est une grosse manœuvre, mais qui en vaut la peine. Depuis sa mise en œuvre, le 1er octobre dernier, nous sommes parfaitement en ligne avec les objectifs que nous nous sommes fixés. La vision est évidemment très différenciée en fonction de l’intensité et de la nature des changements opérés. Mais voir les évolutions positives me rend serein et déterminé à poursuivre.
Ce ne sont pas nécessairement de nouvelles voies, mais plutôt continuer sur la lancée de ce qui est en cours. Pour ce qui est de l’administration de fonds, nous avons deux objectifs de croissance : d’une part, en déployant pleinement l’activité par rapport à toutes nos activités internes du nouveau groupe fusionné, ce qui n’était pas le cas auparavant, et d’autre part, en misant sur une stratégie externe de croissance, de niche, qui fonctionne bien et que nous voulons poursuivre, aussi bien auprès de clients locaux qu’à l’international en Europe. Dans la banque privée, nous voulons poursuivre notre développement en utilisant toutes les caractéristiques du pays en termes de stabilité, créativité intelligente et sens du business. Et le tout en poussant davantage le Luxembourg comme hub pour certains types de services qui sont mieux organisables ici. Enfin, pour le volet banque d’affaires, nous n’avons été que ponctuellement pré-
LONG TERME
Philippe Masset ne fait que passer. Mais la stratégie qu'il met en place est prévue pour durer.
BIO EXPRESS
PHILIPPE MASSET
51 ans
Président du comité de direction de Banque Degroof Petercam depuis le 1er octobre 2015, un an après son arrivée à la tête de Banque Degroof.
Nommé CEO par intérim de Banque Degroof Luxembourg en janvier 2016.
Entre 2008 et 2014, il a été membre du comité exécutif d’ING Belgique, en tant que head of commercial banking. Il a également occupé les fonctions de chief operating officer.
Il a été président du conseil d’administration d’ING Luxembourg de 2010 jusqu’à son départ pour Degroof, en 2014.
sents, avec succès, sur certains dossiers, mais nous pensons que nous pouvons élargir ce rôle auprès des entreprises. Le pays regorge de groupes familiaux impressionnants, mais parfois peu connus ou sous-estimés et nous pensons que notre valeur ajoutée de conseiller indépendant peut trouver un écho auprès de ces clients-là.
À partir de là, mécaniquement, si ces activités se développent, le reste de la banque va suivre…
Il ne faut donc pas s’attendre à des choses révolutionnaires, mais cela ne nous empêche pas de conserver une très grande vigilance proactive envers tout ce qui se passe au Luxembourg et étudier comment construire sur ce qui se passe d’intelligent dans le pays. Je citerai l’exemple de l’activité de family office. C’est évidemment quelque chose que nous suivons de près. Nous avons l’ambition de la démarrer cette année, mais dans une logique groupe. Nous sommes en train d’en étudier le design.
Cette activité sera-t-elle basée au Luxembourg ?
Je n’ai pas de commentaire plus détaillé à faire par rapport à cette question, mais le Luxembourg sera clairement un élément important de cette dynamique. Une des forces de notre groupe est d’avoir cette présence multigéographique, ce qui fait que nous nous sentons parfaitement à l’aise avec des groupes familiaux européens, qui sont fragmentés dans plusieurs pays, et pour lesquels cette approche de type family office ferait tout son sens.
Parmi les défis que doivent relever les banques en général, et peut-être les banques privées en particulier, on peut citer celui de la digitalisation et des technologies mobiles. Où en êtes-vous sur ce plan-là ?
Nous sommes en train d’élaborer tout un plan d’action en la matière. Un plan réellement multifacette. Nous partons du fait que, évidemment, nous croyons très fort dans notre modèle : celui d’une banque indépendante, à haute valeur ajoutée dans des métiers spécifiques basés sur une relation de confiance et de très grande proximité avec le client. Ce modèle est pérenne, mais il doit aujourd’hui s’exprimer dans un environnement en révolution, que ce soit dans la façon de consommer ou d’interagir. Nous devons donc suivre cette évolution sans pour autant devenir une banque directe.
Quelle est la base de ce plan ?
Il y a d’abord un élément culturel fondamental qui consiste à amener nos propres équipes à évoluer et à appréhender ce que sera demain dans les
besoins de changement et les fonctionnements. Parallèlement, il est indispensable de voir quels sont et surtout quels seront les besoins des clients. Et pour cela, nous sommes actuellement dans une phase de co-création avec eux, ce qui constitue une première pour nous. Nous discutons avec eux de leurs façons de « consommer » les produits bancaires et quelles sont leurs attentes. À partir de là, nous pourrons dérouler les révisions de processus et de chaînes opératoires qui s’imposent, en ayant alors une approche plus souple, itérative.
Nous avons lancé ce projet il y a trois mois et il va nous occuper pendant plusieurs années. Nous avons planifié un investissement de 50 millions d’euros sur trois ans. Nous espérons avoir très rapidement des réalisations concrètes à mettre en œuvre. Le plus immédiat, en termes de services, concernera tous les éléments de consultation online des portefeuilles sur des terminaux mobiles. Une application devrait être finalisée avant la fin de l’année.
Nous sommes bien sûr persuadés que nous pourrons maintenir notre modèle de proximité et faire en sorte qu’il puisse s’exprimer dans un mode de consommation différent. Mais cela aura aussi un impact sur nos équipes. Car aujourd’hui, dans les interactions avec les clients, le volet administratif est encore très présent. Or, si nous permettons au client de faire lui-même certaines démarches, le contact avec le conseiller sera alors axé sur la haute valeur ajoutée relationnelle. Ce ne sera évidemment pas neutre, car cette haute valeur ajoutée, il va bien falloir en avoir ! Dans la segmentation client dans laquelle nous sommes, la proximité et l’interaction humaine restent centrales. On ne peut évidemment pas discuter de tout à travers un écran.
Comment avez-vous vécu les bouleversements récents qui ont touché l’activité de banque privée et le changement de paradigme qui s’est concrétisé au Luxembourg avec l’abandon du secret bancaire ?
Je dois d’abord dire que je suis assez impressionné de la rapidité et de l’efficacité avec lesquelles ce changement de paradigme a eu lieu. Je pense que l’impact a été moins important pour nous que pour d’autres, car nous avons toujours eu une clientèle avec des patrimoines relativement importants, cherchant à être structurée de façon intelligente et transparente. Nous n’avions donc pas, par le passé, bénéficié de l’apport de clients retail de passage, si bien que nous n’avons pas été négativement touchés ensuite.
Mais un changement de paradigme ne signifie pas forcément un changement de modèle. L’industrie du private banking
EFFECTIFS
Près d’un quart de l’ensemble du personnel du groupe travaille depuis Luxembourg.
La proximité et l'interaction humaine restent centrales.
a toujours dû, en partie, se réinventer pour montrer une réelle valeur ajoutée dans un environnement fiscal toujours plus concurrentiel. Cela a toujours constitué un challenge important pour la Place et qui est pour nous, bien sûr, une préoccupation réelle, mais pour laquelle nous nous estimons relativement bien armés, puisque nous nous appuyons déjà sur un tel positionnement ici.
Vous occupez une fonction de CEO par intérim. Celui qui sera amené à s’établir durablement dans la fonction viendra-t-il du groupe ou de l’extérieur ?
À ce stade, tout est ouvert. Nous ne voudrions pas nous fermer des portes à un moment où l’on peut étudier toute une série de scenarii.
Terminerez-vous l’année dans vos fonctions ?
Nous avons, dès le départ, annoncé un processus transitoire. Et pour nous, cela signifie que l’on parle en termes de trimestres. Aux alentours de cet été, nous devrions avoir les contours de ce qui sera mis en place pour l’avenir.
Le fait de savoir, dès le départ, que vous n’étiez là que pour « quelques trimestres » peut-il avoir une influence sur la façon d’occuper votre fonction ?
Je considère cela à la fois comme une opportunité et un challenge. L’idée est évidemment d’essayer de faire ça intelligemment ! L’opportunité, c’est celle de s’imprégner, de l’intérieur, de cette composante importante au sein du groupe,
mais aussi de partager une série de messages et de réalités qui me tiennent à cœur dans le développement même du groupe. Mais je dois aussi faire preuve de beaucoup de modestie et de réserve, puisque je ne fais que passer au sein de cette entité. Il ne faut donc pas trop secouer les choses, mais plutôt avoir une approche de fondu enchaîné, afin d’orienter les choses de manière constructive, aussi bien en local que pour le groupe. L’installation du futur CEO s’intègre évidemment dans cette optique. Bien entendu, il restera en étroite synergie avec la direction du groupe. Je serai donc toujours régulièrement présent, au Luxembourg, même après avoir passé le relais.
Quelle vision avez-vous du groupe dans un horizon de trois à cinq ans ? Nos ambitions sont très réalistes : poursuivre l’épanouissement et le développement de ce groupe qui reste de petite taille par rapport à d’autres mastodontes, mais avec une activité très ciblée, et s’appuyant sur de riches ressources humaines avec de la valeur ajoutée. Notre modèle d’indépendance et de proximité perdurera, car il fait du sens et il correspond aux besoins à la fois de nos clients et de nous-mêmes. Nous gardons aussi à l’œil des éléments de consolidation possibles dans notre groupe, au travers de petites acquisitions d’autres entités qui partagent nos valeurs et notre approche.
NOTE
Retrouvez l’intégralité de cette interview sur www.paperjam.lu.
ÉDUCATION CITOYENNE
Démystifier la finance
FLORENCE
THIBAUT | MIKE ZENARI
Enjeu démocratique, l’éducation financière concerne tout un chacun, des écoliers aux retraités.
Sous l’impulsion de la Commission de surveillance du secteur financier (CSSF), une stratégie nationale a été définie en 2015.
Ses piliers: l’introduction d’un cours dans tous les cursus et une sensibilisation adaptée à tous les âges.
L’étude Financial literacy around the world, menée par l’agence Standard & Poor’s, révèle un manque préoccupant de compréhension des concepts financiers tels que l’inflation, les taux d’intérêt et la diversification du risque. Mené par questionnaire auprès de 150.000 adultes issus de 140 pays en 2014, le rapport révèle un niveau global de 33 % « d’alphabétisation financière ». En d’autres termes, 3,5 milliards d'adultes ne disposent pas des connaissances requises pour prendre les bonnes décisions. À l’échelle du continent européen, les niveaux varient entre 65 % en Suède et au Danemark et 22 % en Roumanie. Au Grand-Duché, le score s’approche des 53 %, soit 1 % de plus que la moyenne européenne, en dépit d’une place financière vibrante. Dans ce contexte, l’éducation financière apparaît comme l’une des réponses à apporter. « Équiper chaque citoyen d’un bagage théorique de base pour lui permettre de gérer ses revenus et ses risques de manière efficace et responsable », telle est la défi-
nition de l’OCDE, moteur en la matière. « Les décisions financières jouent un rôle central dans nos vies à tous, qu’il s’agisse de gérer son argent de poche, d’ouvrir un compte bancaire, obtenir un prêt pour une maison ou financer sa retraite, introduit Danièle Berna-Ost, secrétaire générale de la CSSF. De plus en plus complexes et variés, les produits financiers rendent cette vulgarisation toujours plus importante. »
Dans la foulée de la crise de 2008, la thématique intéresse bon nombre d’institutions internationales, dont la Banque mondiale, le G20, la Commission européenne, ou l’Efama (European fund and asset management association), ainsi qu’une cinquantaine d’États. Les fils rouges sont, à chaque fois, la vigilance financière, la promotion d’un comportement financier durable, la lutte contre le surendettement et la protection du consommateur.
Au Luxembourg, un Comité pour la protection du consommateur financier naissait en 2012 dans le giron de la CSSF. Une de ses missions premières a été de
INTERVENTIONS
DANS LES CLASSES
L'éducation financière doit démarrer dès le plus jeune âge. Depuis deux ans, la Semaine de l'argent touche plusieurs centaines d'écoliers.
convoquer un groupe de travail d’une vingtaine de partenaires familiers de la thématique, de l’ABBL à l’Alfi, en passant par l’Université du Luxembourg, la Ligue médico-sociale ou encore l’Union des consommateurs luxembourgeois. Semaine de l’argent créée par l’ABBL en 2015, interventions des Jonk Entrepreneuren dans les classes ou le blog Understanding Investing rédigé par l’Alfi, les initiatives essaiment déjà. « Nous n’avons pas souhaité réinventer la roue, mais valoriser l’existant et rassembler toutes les initiatives , souligne Patrick Hommel, conseiller de direction à la CSSF. Pour qu’une stratégie nationale prenne, il faut qu’elle touche toute la population. » La seconde étape a été de plancher sur un document de travail proposant différents angles d’attaque. Chose faite après huit mois de réunions. Quatre grandes cibles ont été identifiées : les élèves de l’enseignement fondamental, ceux de l’école secondaire, les jeunes actifs et étudiants, et les adultes.
En parler à l'école
Influencé par les recommandations de l’OCDE, le projet national envisage notamment l’introduction d’un cours dédié dans tous les cursus, ainsi que la mesure des connaissances financières dans les enquêtes Pisa, pas encore évaluées au Luxembourg. « L’éducation financière traite de nombreux concepts de la vie quotidienne. C’est un exercice de longue haleine, poursuit Danièle Berna-Ost. Les jeunes, futurs citoyens, sont un maillon essentiel de la chaîne. Leur apprendre à gérer un budget, ce qu’est l’épargne ou des taux d’intérêt est déterminant pour leur vie future. Ils n’ont pas tous accès à ces connaissances à la maison. En intégrant un cours dans tous les parcours scolaires et en faisant la promotion d’un comportement financier responsable, on donnerait les mêmes armes à tous les élèves. Pour prendre un exemple, le problème du surendettement est loin de n’être que théorique au Luxembourg. Il faut en parler dans les classes et en expliquer les conséquences dès le plus jeune âge. » La stratégie luxembourgeoise s’est aussi inspirée d’initiatives d’autres pays membres de l’UE plus avancés sur ce terrain, comme les Pays-Bas ou les pays scandinaves. « Un matériel européen très étoffé existe. Plein de bonnes idées peuvent être adaptées au contexte local », souligne encore la secrétaire générale de la CSSF. Remis au ministère de l’Économie en octobre 2015, le document d’une trentaine de pages devrait être transposé en plan d’action prévoyant des échéances claires une fois validé.
EN RÉSUMÉ
La sensibilisation financière doit se faire à tout âge de la vie. En formant les jeunes aux concepts financiers de base, on en fait des citoyens avisés et maîtres de leurs finances.
FINTECH LION AWARDS
Prendre la révolution en marche, plutôt que la subir
THIERRY RAIZER
Les projets les plus innovants dans les fintech seront récompensés le 21 juin prochain.
KPMG, à l’origine de l’événement, veut donner de la visibilité à la Place dans le contexte de la révolution digitale.
La firme anticipe les changements affectant le secteur financier dans ses processus et ses services.
Une des prochaines grandes révolutions concernera le secteur financier. » Le constat est établi d’emblée par Georges Bock, managing partner de KPMG Luxembourg. Selon lui, le futur du secteur financier doit dès à présent s’envisager à la lumière de l’évolution (ou de la révolution, c’est selon), digitale. Après la musique et le commerce, les services financiers sont les prochains à subir une importante transformation. Elle est d’ailleurs plus ou moins déjà en cours, ce qui doit pousser les acteurs du secteur à prendre dès à présent les décisions qui s’imposent, ne fut-ce que pour maîtriser les données dont ils disposent et les organiser afin de proposer de nouveaux services, une nouvelle expérience à leurs clients. Ces derniers, de surcroît, se renouvellent tant dans leurs demandes que leur démogra phie, avec l’arrivée des millen nials sur le marché.
« Nous avons pour ambition d’être à l’avant-garde de ce mouvement et d’ai der les acteurs de la Place à s’y préparer, ajoute Georges Bock. Il y a quelques années, les banquiers niaient quelque peu les changements à venir, mais une prise de conscience a eu lieu entre-temps. » Comme tout changement, le secteur financier entrevoit la mouvance digitale aussi bien à l’aune des défis qu’elle représente que des opportunités qu’elle génère.
en capitalisant sur l’expérience acquise dans le traitement des demandes d’une clientèle internationale et sophistiquée.
« Nous devons repenser l’existant pour créer quelque chose de nouveau, estime Georges Bock. Je rêve de combiner notre écosystème ICT, nos centres de données et notre expérience à l’égard d’une clientèle internationale et sophistiquée dans les services financiers. » Un trinôme qui permettrait, par exemple, de proposer des plateformes bancaires sécurisées dédiées à des segments à destination d’un marché européen où les frontières vont tomber sous l’effet du digital, ou encore la création de la première plateforme européenne de distribution de fonds entièrement digitale.
« Nous devons repenser l’existant pour créer quelque chose de nouveau. »
Les fondamentaux étant disponibles, il reste une dose de courage et d’audace à ajouter à l’échelle de la Place selon le managing partner de KPMG, à l’instar des défis pionniers relevés par le passé, tel que le lancement du premier satellite SES il y a plus d’un quart de siècle. La firme a d’ores et déjà pris le pari d’organiser une première grande opération de visibilité pour la Place via les Fintech Lion Awards. Un concours élaboré en collaboration avec Maison Moderne, Digital Lëtzebuerg et Luxinnovation, ciblant les projets innovants dans les fintech. Le point culminant en sera le 21 juin, lors d’une remise de prix orchestrée dans le cadre festif de KPMG Plage.
Georges Bock Managing partner KPMG
L’adaptation de la réglementation aux nouveaux modes de consommation des services financiers et l’arrivée de nouveaux acteurs font partie des enjeux importants. Dans ce contexte, le Luxembourg aurait intérêt à combiner ses dif férentes expertises pour se doter d’un avantage compétitif face à d’autres Places, telles que Londres. Le tout
Des plateformes, plus que des fournisseurs Anticipant ces changements, le cabinet adapte ses processus internes et donc son offre de service. « Il sera davantage question de plateformes de services que d’intermédiation à l’avenir, ajoute M. Bock. Nous agissons aussi de la sorte en connectant les start-up qui nous sollicitent avec les acteurs dont elles ont besoin pour leur développement. Nous profitons également des évolutions technologiques pour revoir la manière avec laquelle nous effectuons les audits. »
« Ce concours est une contribution à l’écosystème fintech, précise Georges Bock. Nous voulons mettre les entreprises fintech au centre de l’initiative en leur donnant la chance de proposer leurs services aux entreprises de la finance classique. » Un rapprochement des deux mondes pour créer un nouvel écosystème, à la fois « fin », à la fois « tech », et qui pourrait profiter à toute l’économie luxembourgeoise.
Les fintech ont le vent en poupe. Pour appuyer l’émergence de ce secteur-clé de la Place, KPMG organise les premiers Fintech Lion Awards, destinés à récompenser les projets les plus innovants en la matière. EN RÉSUMÉ
VADE-MECUM FINTECH : À VOS DOSSIERS !
Destinés aux entreprises fintech du Luxembourg et de la Grande Région, les premiers Fintech Lion Awards, organisés par KPMG en collaboration avec Maison Moderne, Digital Lëtzebuerg et Luxinnovation, seront remis par le Premier ministre le 21 juin prochain. Les candidats ont jusqu’au 17 avril pour soumettre leurs dossiers en ligne sur www.fintechlionawards.lu Une demi-finale départagera les dossiers présélectionnés le 9 mai, avant la grande cérémonie organisée dans le cadre de KPMG Plage. Outre un prix financier, le grand gagnant disposera d’une couver ture médiatique importante, d’un sup port de KPMG pour son développement ainsi que de différentes récompenses.
LUTTE CONTRE LE BLANCHIMENT
En attendant un retour de bâton du Gafi ?
VÉRONIQUE POUJOL
La lecture du jugement ayant condamné des anciens associés de Deloitte à de la prison avec sursis surprend.
Les juges confirment une jurisprudence de 2008 sur le bénéficiaire économique. Un accroc à la lutte anti-blanchiment ?
La lecture du jugement du 4 février ayant condamné à trois mois de prison avec sursis et 10.000 euros d’amende pour faux et usage de faux quatre ex-associés equity de la firme Deloitte Luxembourg laisse un sentiment de malaise. Cette impression ne tient pas tant aux peines – légères – infligées aux prévenus, ni à l’affaire elle-même (une « antidate » posée sur des documents pour profiter de la première amnistie fiscale italienne, plus avantageuse que la seconde) qu’au raisonnement des juges. Car ceux-ci ont repris en 2016 à leur compte une jurisprudence de novembre 2008 pour le moins boiteuse sur le faux et l’usage de faux relatifs au bénéficiaire économique. Comme s’il ne s’était rien passé entre 2008 et 2016, que l’environnement réglementaire était resté figé et que les frontières entre ce qui n’est pas interdit par la loi et ce qui est moralement répréhensible n’avaient pas évolué, après LuxLeaks. En poussant la logique à son extrême, les juges luxembourgeois donnent l’impression d’avoir perdu la notion de la réalité. Ils mettent surtout le Luxembourg sur de mauvais rails. Car que penseront les experts du Groupe d’action financière contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme (Gafi) lorsque, dans un nouveau cycle d’évaluation sur l’implémentation de ses recommandations, ils éplucheront les activités des cours et tribunaux et leur production de jurisprudence pour appréhender la criminalité sous toutes ses formes ? En 2010, l’organisation avait mis à l’index
le Luxembourg pour sa transposition pragmatique des normes de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme et il avait fallu attendre le mois de février 2014 pour que toutes les déficiences soient levées et que le pays sorte de la zone rouge.
Où les experts placeront-ils désormais le curseur en lisant le jugement frappant les ex-Deloitte ? Ces derniers avaient d’ailleurs dû quitter la firme par la petite porte entre 2005 et 2006, après une enquête interne et les révélations de la presse italienne sur l’affaire Consorte, du nom d’un des hommes d’affaires de la péninsule ayant tenté de dissimuler des revenus tirés d’un délit d’initiés.
La page 62 de la décision fait une digression sur le faux et l’usage de faux relatifs au bénéficiaire économique. Les juges avaient à se prononcer sur une série de faux documents saisis dans le cadre de l’enquête ouverte en 2006, parmi lesquels des déclarations de bénéficiaire économique portant le tampon de la firme Deloitte et indiquant un dénommé Kee Chong Li Kwong Wing comme étant le bénéficiaire économique de deux sociétés établies aux Îles Vierges britanniques (BVI), Applecross Trading Limited et Classique International Limited. Ces coquilles ont été utilisées pour le rapatriement de fonds vers l’Italie, via l’émission d’un emprunt obligataire. À l’époque des faits, en 2002, l’homme effectuait une mission chez Deloitte sur un projet de sous-traitance d’un back-office. « Ce serait un mystère comment il a pu apparaître comme bénéficiaire économique des BVI », avait indiqué un des prévenus aux enquêteurs.
Une note manuscrite venant d’un autre prévenu avait été retrouvée mentionnant que les clients finaux, Giovanni Consorte, Marco Sacchetti et Ivano Sacchetti, ne seraient pas mentionnés comme bénéficiaires économiques.
Entre fin mai et début juin 2002, les comptes sont ouverts auprès de la BGL (devenue entre-temps Fortis BGL, puis, aujourd’hui, BGL BNP Paribas) au nom de ce ressortissant mauricien. Personne ne contesta, lors du procès et pendant l’enquête, que Kwong Wing n’était pas le réel bénéficiaire économique.
Le représentant du ministère public avait lui-même demandé l’acquittement des prévenus du chef de cette infraction, le faux constituant à ses yeux « une infraction instantanée ». Car au moment de la signature de la déclaration de bénéficiaire économique, le compte bancaire était à zéro. « La fausse indication n’aurait donc pas pu causer de préjudice », signale le jugement du 4 février. Les juges de correctionnel ont suivi un raisonnement identique en s’appuyant sur une jurisprudence du 19 novembre 2008 qui est loin de faire l’unanimité dans les milieux juridiques. Ce qui a surpris jusque les avocats des ex-associés de Deloitte, qui s’attendaient plutôt à un retournement de jurisprudence, tellement celle-ci apparaît inappropriée.
Cette jurisprudence (dite « Wassenich ») qui a inspiré les juges avait fait intervenir un avocat du Barreau de Luxembourg qui s’était déclaré bénéficiaire économique de plusieurs comptes en banque pour masquer l’identité d’un Américain cherchant à échapper au fisc de son pays, en dépit du dispositif du
Qualified Intermediary. L’avocat, ainsi qu’un des banquiers, fut condamné en première instance (12 mois de prison avec sursis). Mais les deux furent acquittés en appel de toutes les préventions retenues à leur encontre.
Les arguments des magistrats en 2008 (et qui furent d’ailleurs inspirés par l’avocat d’un des banquiers prévenus) font miroir aux observations de leurs collègues, huit ans et une directive anti-blanchiment plus tard. « Au moment de l’ouverture de compte, lit-on dans le premier arrêt, ce dernier ne comportait ni crédit ni débit. La déclaration d’ayant droit économique à ce moment n’était susceptible de constituer la preuve de rien du tout (…). Le fait que, par après, le compte ait pu être utilisé pour le dépôt de divers fonds (…) n’est pas pertinent au regard de l’infraction de faux. La possibilité d’une utilisation à des fins tout à fait neutres juridiquement existait au moment de la confection de l’écrit litigieux. Le fait qu’en date du 20 mars 2003, [l’avocat] a informé qu’il fallait procéder à un changement de titulaire n’est d’ailleurs pas nécessairement un indice de circonstance qu’au moment de la déclaration (de soupçon de la banque, ndlr) du 22 novembre 2011, cette déclaration allait devenir inexacte quelque temps par après et ne constitue, a fortiori, pas la preuve du fait qu’elle était inexacte dès le 22 novembre 2001. »
Les juges de 2016 reconnaissent que les ingrédients ne sont pas identiques. Dans l’affaire Consorte, le bénéficiaire économique était inexact dès l’ouverture du compte, signalent-ils. « Tout compte bancaire est susceptible d’accueillir à tout
moment des fonds. Indiquer un faux bénéficiaire économique véhicule ainsi une possibilité de préjudice, notamment pour les autorités chargées de la lutte anti-blanchiment », écrivent les magistrats. Mais ils ne vont pas vraiment jusqu’au bout de la logique. Et nuancent leur appréciation à la page 63 de leur décision : « Par contre, soulignent-ils, il s’agit d’un formulaire unilatéral par lequel une personne affirme qu’elle est elle-même ou qu’un tiers serait le bénéficiaire économique. Le formulaire contient certes une clause de sincérité (‘ The undersigned declare that the following data correspond to the actual facts at the date of dispatching of the present statement to the bank’), clause qui n’a cependant aucune valeur juridique » Les juges ne sont pas loin de considérer la fausse affirmation de bénéficiaire économique comme une broutille, prenant ainsi une position aux antipodes de l’appréciation qu’en avait fait la Chambre du conseil en renvoyant les quatre anciens associés de Deloitte devant un tribunal correctionnel : « Il s’agit dès lors d’une simple affirmation unilatérale par une personne intéressée par le dossier, qui n’a été vérifié ou certifié par aucun tiers extérieur et ne contient aucune pièce justificative », avancent-ils, en se référant à leurs collègues de la Cour d’appel qui avaient jugé que le formulaire BO (relatif au bénéficiaire économique) n’avait pas « de valeur de crédibilité, il ne bénéficiait d’aucune présomption de sincérité, l’ou-
Le formulaire de bénéficiaire économique contient « certes une clause de sincérité, clause qui n’a cependant aucune valeur juridique », ont considéré les juges le 4 février dernier.
UNE MENACE ?
Le Gafi va effectuer sa 4e évaluation du Luxembourg et visera avec attention le jugement des ex-Deloitte. L'ombre d'une réaction sévère plane sur la Place.
verture de compte ne constitue pas un écrit protégé ». Du coup, les quatre prévenus ont été acquittés des préventions de faux et d’usage de faux relatifs à la déclaration de bénéficiaire économique. Or, les premiers juges ayant eu à traiter de l’affaire de l’avocat (qu’ils condamnèrent le 17 avril 2008 à 12 mois de prison avec sursis en première instance) avaient pris des positions radicalement opposées en retenant la prévention de faux. « Même si la doctrine admet que la notion de ‘bénéficiaire économique’ est une ‘créature aux contours mal définis’, écrivaient-ils à l’époque, elle est unanime pour reconnaître que dans le cadre de la lutte contre le blanchiment, dont le but est la prévention, la notion d’ayant droit économique est générale de façon à pouvoir englober tous les cas de figure imaginables, et aboutir, par le biais de l’obligation de dénonciation, à une lutte efficace contre ce type de criminalité. » La confirmation de la jurisprudence Wassenich restera une pilule amère pour les partisans, s’ils existent encore, de la ligne dure de la lutte anti-blanchiment au Luxembourg. N’y a-t-il personne pour s’en émouvoir ? Un retour de bâton venant du Gafi n’est pas exclu.
EN RÉSUMÉ
Au-delà des condamnations, le 4 février dernier, de quatre anciens associés de la firme Deloitte à trois mois de prison avec sursis et 10.000 euros d’amende chacun, leur jugement contient une anomalie dans l’appréhension du faux et de l’usage de faux documents relatifs aux bénéficiaires économiques de comptes en banque. La position du tribunal, en confirmant une jurisprudence de 2008, a étonné plus d’un avocat, à commencer par les défenseurs des prévenus.
PRIX INTERNATIONAL
Une récompense pour des relations au sommet
THIERRY RAIZER
Le 16e Cervin de cristal, organisé par le Business club belgo-luxembourgeois en Suisse, reviendra à une entreprise grand-ducale efficace dans ses relations d’affaires avec des partenaires helvètes.
L’appel aux candidatures est lancé jusqu’au 30 mai.
Culminant à 4.478 mètres, le Cervin est le massif montagneux le plus connu de Suisse. C’est l’emblème qu’a choisi le Business club belgo-luxembourgeois (BLC) en Suisse pour remettre un prix, tous les deux ans, à une PME ou une PMI dont les relations économiques avec un ou plusieurs partenaires helvètes sont notables.
Organisée tour à tour en Suisse, en Belgique et au Luxembourg, la cérémonie de remise de prix fait halte cette année au Grand-Duché, en octobre prochain. En 2010, date de la dernière organisation sur place, le prix avait été remis au bureau d’architecte Schemel Wirtz pour son association, au travers du consortium P.ARC Luxembourg, avec le groupe Gartenmann & Partner Holding AG, établi à Berne. Ensemble, ils avaient réalisé la construction du nouveau siège de PwC au Ban de Gasperich.
Le BLC est donc à la recherche d’un nouveau lauréat qui saura faire valoir un certain nombre de critères tels que l’augmentation sensible des exportations et importations, son organisation, l’investissement dans les nouvelles technologies… « Nous voulons mettre en avant le développement des relations d’affaires entre la Suisse et le Luxembourg, déclare Christian Fabry, administrateur-délégué du BLC. Le prix s’adresse tant aux filiales de multinationales qu’aux PME et PMI. »
Le BLC remettra également un trophée à une start-up luxembourgeoise qui, tous secteurs confondus, est sur le point ou aura déjà concrétisé avec succès un projet. En 2010, c’est la société Epuramat, entre-temps mise en faillite en raison de soucis entre actionnaires, qui avait été récompensée pour ses pro-
UN CRISTAL POUR CRYSTAL PARK…
Les architectes concepteurs du nouveau siège de PwC à Gasperich avaient été récompensés en 2010 lors de la dernière halte du prix au Luxembourg.
jets dans les écotechnologies. Ses fondateurs ont rebondi depuis lors avec la nouvelle structure Apateq, toujours dédiée au traitement des eaux, avec un certain succès à l’international.
Par cette remise de prix, l’entreprise lauréate bénéficie d’une exposition médiatique et d’une possibilité de réseautage qui ne peut que faciliter son expansion. « Les entreprises que nous côtoyons ont parmi leurs priorités de convaincre leur banque ou des partenaires financiers pour pérenniser leur activité, ajoute
CANDIDATURES
AVANT
LE 30 MAI
Les entreprises intéressées par l’aventure du Cervin de cristal peuvent soumettre leur dossier auprès du secrétariat du Business club belgoluxembourgeois en Suisse via www.blc-cci.ch Date de clôture : le 30 mai.
Christian Fabry. La force de persuasion de l’entrepreneur peut faire la différence. » Elle pourrait aussi être décisive dans la délibération préalable à la remise du Cervin de cristal. Les candidatures peuvent être adressées via le site du BLC avant le 30 mai prochain.
EN RÉSUMÉ
C’est au Luxembourg que sera décerné le Cervin de cristal de l’édition 2016, récompensant l’excellence des relations business entre sociétés luxembourgeoises et suisses.
NOMINATIONS
Des femmes bien en Place
JEAN-MICHEL GAUDRON
Le nouveau président de l’Association des compagnies d’assurances est une femme. Le nouveau directeur général de la Spuerkeess aussi.
Une mise en lumière bienvenue, même si elle ne bouleverse pas forcément le rapport de présence homme / femme dans le secteur financier.
Hasard du calendrier : c’est à peine deux jours après la Journée internationale des droits des femmes que l’Association des compagnies d’assurances a porté à sa tête, pour la première fois de son histoire, une femme. Marie-Hélène Massard, actuellement CEO d’Axa Luxembourg, qui fêtera ses 43 printemps début avril, prend ainsi la fonction pour une durée de deux années. Certes, le système de présidence tournante, qui est de tradition à la tête de l’association professionnelle, prévoyait que ce soit de toute façon la compagnie Axa qui soit préposée à ce rôle. Mais la symbolique est tout de même forte. Surtout que ce n’est qu’en septembre 2012 que Mme Massard a pris les rênes de la société, après quatre années passées au sein du groupe à Varsovie. « C’est forcément une forme de reconnaissance de la part des différents acteurs du marché, à la fois pour ma compagnie et à titre personnel , reconnaît l’intéressée, interrogée par Paperjam . Je me félicite d’avoir pu, durant ces trois dernières années, mener des coopérations fructueuses dans un climat de confiance, notamment avec les membres du conseil de l’Aca. »
1 MARIE-HÉLÈNE
MASSARD
La présidence de l’Aca : une forme de reconnaissance pour la Française, arrivée au Luxembourg en 2012 à la tête d’Axa.
2
FRANÇOISE THOMA
La direction générale de la BCEE : une continuité logique dans le parcours de la Luxembourgeoise, entrée au comité de direction en 2009.
Cette nomination suit de quelques semaines l’annonce de la quasi-nomination (il ne manque plus que le tampon de la Banque centrale européenne puis celui du conseil de gouvernement) de Françoise Thoma, 47 ans, à la tête de la Banque et caisse d’épargne de l’État. Celle qui est, depuis 2009, membre du comité de direction de la Spuerkeess, y aura gravi tous les échelons depuis son arrivée en 1999 en tant que conseiller juridique, avant d’être promue secrétaire générale en 2004.
Là aussi, au sein d’une institution plus que cent-cinquantenaire (elle a été fondée en 1856), c’est une grande première. Mais Mme Thoma a déjà brillé par son parcours antérieur, occupant notamment un siège au Conseil d’État pendant les 15 années maximales autorisées, entre 2000 et 2015. Et elle a toujours affiché un certain recul sur la question du « genre » dans les hautes
sphères managériales. « Je crois qu’il ne faut pas mettre trop l’accent sur ce genre de questions. La présence de femmes aux postes décisionnels est avant tout une affaire d’implication personnelle et de volonté, mais aussi de confiance en soi, expliquait-elle déjà en 2007 dans les colonnes de Paperjam D’ailleurs, la coopération entre les hommes et les femmes est très bonne si on ne focalise pas sur ces questions. Pour ma part, je n’ai jamais eu l’impression d’être traitée différemment du fait d’être une femme. »
Marie-Hélène Massard, elle, reconnaît volontiers qu’elle croit beaucoup à la diversité, entre hommes et femmes, mais aussi entre générations. « Cette diversité intergénérationnelle peut s’avérer très riche entre des collaborateurs expérimentés et juniors, de plus en plus digital natives. Ces interactions créent alors de la valeur au profit de l’entreprise » Alors que la faible représentation des femmes dans les couches dirigeantes des sociétés et organisations en général, et dans le secteur financier en particulier, est régulièrement mise en avant, ces deux nominations ne manquent évidemment pas de faire du bien à « la cause » des femmes. Sur-
tout qu’elles s’inscrivent dans une démarche continue et prégnante depuis quelques temps déjà. En mai dernier, trois des sept sociétés qui se sont vues remettre, par le ministère de l’Égalité des chances, le label « Actions positives » pour avoir transpos é leurs plans d’actions dans le cadre de leur participation à ce programme étaient des banques : Raiffeisen, BGL BNP Paribas et Société G énérale Bank & Trust.
Cette dernière compte également à sa tête une femme, Valérie de la Bachelerie, depuis avril 2013. Plus récemment, en juin dernier, la Banque américaine Citi a fait appel à Alberta Brusi pour présider aux destinées de son antenne luxembourgeoise. On peut également citer, comme autres femmes « numéro un » dans le secteur bancaire, Erika Lundquist, à la tête de SES – Skandinaviska Enskilda Banken ou encore Lihong Zhou, CEO de Bank of China.
Deux femmes accèdent, en ce début d’année, à des fonctions majeures sur la place financière. De quoi redonner un nouvel élan à la question de la représentation des femmes dans les hautes sphères du secteur financier. EN RÉSUMÉ
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POUVOIRS DE LA CSSF
Les ratés de l’approche « incrémentale »
VÉRONIQUE POUJOL
Les dirigeants de la Commission de surveillance du secteur financier (CSSF) devront encore ronger leur frein avant de voir les pouvoirs de sanction de l’institution renforcés.
Une tentative au niveau de la gestion collective vient d’échouer, après l’opposition formelle du Conseil d’État.
Le projet de loi de transposition d’une directive de 2014 du Parlement européen et du Conseil de l’UE sur les organismes de placement collectif (directive dite Ucits V), renforçant notamment les obligations des banques dépositaires de fonds d’investissement, aura servi en quelque sorte de ballon d’essai par l’exécutif pour tenter de renforcer les pouvoirs d’investigation et de sanction de la CSSF, le régulateur luxembourgeois étant sous-équipé pour faire un travail de police efficace auprès de ses administrés.
Dans le texte présenté à la Chambre des députés au mois d’août par les services du ministère des Finances, la CSSF s’était vue octroyer des pouvoirs de surveillance et d’enquête qui lui auraient permis, à côté du droit de procéder à des inspections sur place, d’aller solliciter des opérateurs télécom pour leur réclamer des données en cas de suspicion de violation de la législation financière.
Or, après un examen du Conseil d’État et l’opposition formelle des Sages le 19 janvier dernier, le projet de loi a dû être remanié par la commission parlementaire des finances et du budget (Cofibu), qui a renvoyé sa copie au Conseil d’État pour
LA CSSF
Le régulateur verra ses pouvoirs de sanction renforcés, mais pas tout de suite.
un avis complémentaire. Les milieux financiers ont accueilli le projet de loi de façon résignée, sans toutefois que la question du traçage des communications ne les occupe plus que ça, leurs inquiétudes étant ailleurs, dans la mise en place de nouvelles contraintes sur le fonctionnement des banques dépositaires de fonds d’investissement, qui rendront ses coûts plus élevés. La Chambre de commerce signale seulement dans son avis que l’une des innovations majeures du projet de loi, au chapitre des sanctions administratives, résidait « dans la mise en place de mécanismes visant à encourager le signalement des infractions ».
L’article 147, paragraphe 2, point D de la loi du 17 décembre 2010 permet actuellement à la CSSF « d’exiger la communication des enregistrements des échanges téléphoniques et de données existants ». Le texte n’allait pas assez loin. La directive Ucits V autorise désormais le régulateur luxembourgeois à se montrer plus proactif, en exigeant par exemple des informations et enregistrements de conversations directement chez les opérateurs de télécommunications « dans la mesure permise par la législation luxembourgeoise », « lorsqu’il est raisonnablement permis de sus-
pecter une infraction et que ces enregistrements peuvent être importants pour une enquête ».
Un autre paragraphe, moins « saignant », prévoit un accès pour la CSSF aux « enregistrements des conversations téléphoniques, des communications électroniques ou autres échanges de données existants détenus par un OPC, une société de gestion, une société d’investissement, un dépositaire ou par toute autre entité ». Cette disposition va rester en place. Mais le premier paragraphe va passer à la trappe.
Car la législation luxembourgeoise ne permet pas (encore) à la CSSF, selon les Sages, d’exiger les données visées directement auprès d’un opérateur. La disposition critiquée ne respecte pas la loi modifiée du 30 mai 2005 sur la protection de la vie privée. D’où l’opposition formelle émise pour cause « d’insécurité juridique ».
Face au risque de devoir voter le texte Ucits V en seconde lecture et d’en retarder la mise en œuvre, les membres de la Cofibu ont donc fait marche arrière. Ils ont aussi rejeté une recommandation du Conseil d’État d’instituer un mécanisme qui aurait permis à la CSSF d’accéder aux données téléphoniques en collaboration avec les autorités judiciaires.
Il faudra patienter avant que la CSSF ne puisse éplucher les fadettes et tracer les conversations de ses administrés. Le ministère des Finances s’est engagé à mettre en place un « futur projet de loi traitant de manière horizontale des pouvoirs d’enquête et de sanction de la CSSF ». Or, personne ne connaît le calendrier du ministre des Finances Pierre Gramegna, ni l’avancée de ses travaux sur les nouveaux pouvoirs de sanction de la CSSF, alors que l’ancien directeur Jean Guill lui avait soumis un avant-projet de loi à ce sujet, il y a plus de deux ans. En réponse à une question du député LSAP Franz Fayot, Pierre Gramegna avait laissé entendre que la réforme des pouvoirs d’enquête et de sanction de la CSSF se ferait de façon progressive, selon « une approche incrémentale », sans toucher à la loi fondamentale de 1998. Or, la volte-face des membres de la Cofibu montre que la stratégie « incrémentale » ne passe pas le cap du Conseil d’État et qu’une vraie réforme est désormais indispensable pour octroyer au régulateur un pouvoir de sanction à la fois dissuasif et efficace. En attendant, on peut se demander si la directive Ucits V aura été correctement transposée en droit national.
EN RÉSUMÉ
Reconnue comme étant sous-équipée pour bien assumer le volet répressif de son rôle, la CSSF devra encore patienter avant qu'une loi spécifique ne recadre ses prérogatives.
De la finance qui fait du bien à tous
Innpact est un acteur spécialisé dans le conseil et la structuration de fonds orientés impactinvesting
L’impact investing, ou l’activité d’investissement financier de laquelle découle un impact social, sociétal ou environnemental positif, s’inscrit, par sa nature, dans une démarche de développement durable. Ce créneau d’investissements vise des projets divers, par exemple en matière d’énergie renouvelable, en entrepreneuriat social ou en microfinance.
La diversité de la place financière permet l’épanouissement de sociétés actives dans ce domaine. C’est sur cette vague qu’a pu surfer la société Innpact, créée en 2007, et qui a reçu, fin 2015 – une première pour une société au Luxembourg –, le label international B Corp (abréviation de benefit corporation). Créée il y a 10 ans aux États-Unis, cette certification est attribuée aux entreprises affichant des objectifs extra-financiers sociaux ou environnementaux, mis en œuvre pour le bien de la collectivité.
« Aujourd’hui, les labels ou certifications ont tendance à inviter les structures à se positionner comme neutres sur le plan environnemental ou sociétal. Dans le chef de nombreux acteurs, il y a déjà une satisfaction à ne pas nuire, explique Arnaud Gillin, associé fondateur d’Innpact. Ce label B Corp va au-delà, considérant l’apport d’une activité pour l’ensemble de ses parties prenantes et pour l’amélioration de la société en général »
L’évaluation de l’entreprise pour cette certification a porté sur sa gouvernance, sa relation avec
La société est la première à obtenir le label B Corp, qui vise la promotion d’une activité économique qui fait du bien à la société.
ses salariés, la communauté gravitant autour d’elle, ses fournisseurs, ses prestataires aux engagements civiques et, enfin, sur l’impact sociétal ou environnemental de ses activités, de ses projets, mais aussi de la société elle-même. « Bien sûr, la nature de notre activité nous pousse naturellement vers ce genre d’initiatives. Cependant, ce label – et la démarche qu’il promeut, celle de placer son business au service d’un monde meilleur – ne concerne pas que les ONG. Il peut être appliqué à tous les secteurs d’activité, précise Patrick Goodman, le cofondateur d’Innpact. De grandes marques et entreprises internationales, dans le commerce ou dans l’industrie, ont adhéré à cette démarche, ont pris part à ce qu’il convient de considérer comme un nouveau mouvement. »
Par la nature de son activité, Innpact s’inscrit dans une démarche de développement durable. Mais sa philosophie va plus loin, envisageant l’activité économique comme moteur d’amélioration de la société dans sa globalité. Cela se traduit dans la manière dont s’organise l’entreprise, les relations qu’elle entretient avec ses clients, ses salariés et ses partenaires. Désormais labellisée, la société espère entraîner d’autres acteurs luxembourgeois dans son sillage et les inviter à rejoindre le mouvement.
Innpact n’est pas le seul cabinet de conseil à opérer dans ce domaine de l’ impact investing . Mais il revendique le fait d’être l’un des rares acteurs au monde à ne faire exclusive -
ment que cela. La structure, basée à Hollerich, compte aujourd’hui 23 personnes et est spécialisée dans l’accompagnement des clients en vue de la mise en place de structures d’investissement dans le domaine de l’ impact investing « Aujourd’hui, nous répondons aux besoins d’une clientèle internationale, avec des institutions comme la BEI, la SFI (filiale de la Banque mondiale, ndlr) ou la Kreditanstalt für Wiederaufbau (la Banque de développement allemande, ndlr) , qui montent des projets d’envergure en la matière », indique M. Gillin. Les fonds qu’Innpact aide à structurer peuvent rapidement peser plusieurs centaines de millions d’euros. Récemment, la société a accompagné un projet des Nations unies dans la mise en place d’un fonds devant servir à la réhabilitation des sols avec la volonté d’arrêter l’assèchement global des terres fertiles disponibles. « Nous travaillons donc sur des projets avec des visées sociétales ou environnementales qui, cependant, s’inscrivent dans un contexte économique pérenne. Le rendement doit être au rendez-vous », précise M. Goodman.
EN RÉSUMÉ
Pour la première fois au Luxembourg, une société (Innpact) a reçu le label B Corp récompensant la mise en œuvre d’objectifs extra-financiers sociaux ou environnementaux, pour le bien de la collectivité. La voie est ouverte.
MODÈLE
Patrick Goodman et Arnaud Gillin espèrent bien que leur démarche inspire d’autres entreprises au Grand-Duché.
INNPACT
SÉBASTIEN LAMBOTTE | MIKE ZENARI
10 E JOURNÉE DE L’ÉCONOMIE
Le 25 février, la Chambre de commerce a accueilli la 10e édition de l’événement organisé par le ministère de l’Économie, la Chambre de commerce et la Fedil, en collaboration avec PwC Luxembourg. Pour la première fois, le programme était axé sur le défi qu’est l’attraction des talents au Luxembourg.
Lire aussi en page 62
Plus de photos en ligne sur : www.paper jam.lu
CHARLES CARATINI | 31 PHOTOS SUR PAPERJAM.LU
1 La Grande-Duchesse María Teresa et Pierre Ahlborn (Banque de Luxembourg) 2 Elise Brucher et Rita Krombach-Meyer (Croix-Rouge luxembourgeoise) 3 Patricia Marx (Hôpital Kirchberg) et Pascal Martino (Deloitte) 4 Maggie-Dean Cesari, Johnny Yip (Deloitte) 5 Serge Allard (CHL) et Petra Hazenberg (Deloitte) 6 Pierre Gramegna (ministre des Finances), Sylvie Gramegna, Corinne Cahen (ministre de la Famille)
05.03.2016 – GRAND TH ÉÂ TRE 7 E É DITION DES LËTZEBUERGER FILMPRAÏS
SHINE A LIGHT, ERIC CHENAL ET MARION DESSARD | 486 PHOTOS SUR PAPERJAM.LU
Toute la famille du cinéma luxembourgeois s’est réunie le 5 mars au Grand Théâtre pour la remise des 7e Lëtzebuerger Filmpraïs.
25.02.2016 –
SYLVAIN JOLIBOIS | 21 PHOTOS SUR
1 Marc Poncé (Sodexo Luxembourg), Sylvie Favaut (Sodexo Pass Luxembourg) 2 Serge de Cillia (ABBL), François Koepp (Horesca) 3 Benoît Holzem et Pierrette Biver (Stëftung Hëllef Doheem), Christian Erang (Sodexo) 4 Denis Trampon (Lux CEC), Jacques Davin (Arcadème), Pierre Gengler (Banque Raiffeisen) 5 Xavier Bettel (Premier ministre)
LALA LA PHOTO | 34 PHOTOS SUR PAPERJAM.LU 1 Nathalie Wolff-Steinmetz (Schröder Investment Management), Luc Galand (M&S Capital Fund) 2 Freddy Brausch (Linklaters) 3 Kavitha Ramachandran (Maitland), Anouk Agnes (Alfi) 4 Joanna Declercq-Zelechnowska, Asma Al Zarooni, Abdullah Al Obaidli, Mohammed Basyouni (ministère des Finances des Émirats arabes unis) 5 Andrea Brevi (Linedata), Krzysztof Dudek (MUGC Lux Management) 6 Séverine Loisel (Edmond de Rothschild), Dominique Dubois (Banque Degroof Luxembourg) 7 Alina Turcu et Bettina Graber (Pictet & Cie) 8 Corinna Goldkuhle, Alexander Fischer (Alfi), Martin Reinhard (KPMG)
Benjamin Bodson, 29 ans, a rejoint Ajilon en tant que recruitment consultant. Il a précédemment travaillé au sein de Caceis Luxembourg.
Ressources humaines
Gianni Humbert, 33 ans, a rejoint l’équipe Volvo Autopolis en tant que délégué commercial fleet. Il a travaillé au sein de Flash Europe et Alphabet.
Transports
Nicolas Magnier a été promu chef de vente Hyundai Autopolis Fleet manager Volvo depuis 2012, il a, auparavant, notamment travaillé pour Schmitz, Manpower et Renault Retail Group.
Transports
Après 16 ans auprès de ALD, Pierre-Frédéric Guebs rejoint le département Opel d’Autopolis en tant que responsable des véhicules utilitaires.
Transports
Jérémie Fastnacht, 30 ans, a rejoint Banque de Luxembourg Investments (BLI) en tant que gestionnaire pour le fonds BL-Equities Dividend. Auparavant, il travaillait au sein de Banque de Luxembourg.
Fonds d’investissement et services aux fonds
Benoît Quisquater a été promu directeur de BGL BNP Paribas Banque privée. Entré à la BGL en 1988, il était devenu, en 2013, responsable du centre de banque privée Nord, puis en 2014, de la zone Centre-Ouest.
Banques
Thibaud Braconnier a rejoint l’équipe commerciale de CMD. solutions en tant qu’account manager. Il a notamment travaillé pour Brink’s Security Luxembourg.
Vincent Foulon a rejoint Datacenter Luxembourg au poste de system engineer VMware. Il a travaillé chez Nethys et chez D’Ieteren.
ICT
Dony Vong a rejoint Datacenter Luxembourg en tant que system engineer VMware. Il a travaillé durant huit ans pour la société Moog.
ICT
Tanguy t’Serstevens, 46 ans, est à la tête de Delhaize Luxembourg. Avant de rejoindre le groupe il y a 18 ans, il a travaillé chez Ektelis NV et Cecom Fiduciaire.
Industrie
Du nouveau chez Cardif Lux Vie
La compagnie d’assurances luxembourgeoise accueille cinq nouveaux international markets managers au sein de la direction Wealth Management.
Assurances
Emmanuel Roque, 41 ans (ex-Euresa-Life et ING Life Luxembourg) pour les marchés français et espagnol.
Francisco Almeida, 37 ans (ex-Patris Asset Management) pour le marché portugais.
ICT
Sébastien Thomas, 40 ans, a été promu head of investments pour EFG Bank. Il a notamment travaillé pour Invest AM et Olympia Capital Management.
Banques
Fabrice Schmitt, 45 ans, a rejoint e-Kenz en tant que sales manager. Il dispose de 20 ans d’expérience sur le marché luxembourgeois, notamment chez Editus.
"Ce que nous protégeons, ne s’arrêtera jamais"
Kim Pex, 33 ans (ex-Iwi) pour le marché belge et pour le marché de distribution luxembourgeois.
Reuben Everett, 33 ans (ex-Iwi) pour le Royaume-Uni et le Luxembourg.
Vittorio Squadrilli, 36 ans (ex-Vitis Life) pour le marché italien.
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Guillaine Matter, 35 ans, a rejoint Foyer International en tant que sales support executive – events and external communication. Elle travaillait depuis 2011 pour RTL Group.
Assurances
Julien Milinkiewicz, 34 ans, a rejoint Foyer International en tant que responsable Wealth Planning France. Il a travaillé au sein de Société Générale à Paris.
Assurances
Didier Resch, 57 ans, a rejoint Foyer International en tant que sales director France. Depuis 2008, il travaillait en tant que regional sales director chez Swiss Life.
Assurances
Bertrand Barthel a rejoint Fuchs Asset Management en tant que COO et conducting officer Il a travaillé pour BGL BNP Paribas.
Fonds d’investissement et services aux fonds
Marilyne Goergen, 29 ans, a été promue senior corporate officer au sein de la société Hoche Partners Trust Services Auparavant, elle a travaillé chez Fideos Corporate Services. Business Administration, Finance & Legal
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Services aux entreprises
Place financière
Public, Associatif et Santé
Activités industrielles
Jonathan Giacometti, 30 ans, a été promu senior accountant au sein de la société Hoche Partners Trust Services. Il a travaillé au sein de la société Fideos Corporate Services.
Business Administration, Finance & Legal
Fabrice Léonard a rejoint l’équipe comptable de HRT Group en tant que senior manager accountant. Il a précédemment travaillé au sein de JTC Signes.
Business Administration, Finance & Legal
Thomas Lentz, ancien directeur financier du Luxembourg Institute of Health, a été nommé responsable du département administratif et financier du Laboratoire national de santé (LNS).
Soins et Santé
Marc Gerges, 48 ans, retourne chez LuxairGroup au poste de directeur marketing et communication. Ancien directeur des publications chez Maison Moderne, il avait ensuite créé sa propre société de consultance en communication.
Transports
Claude Demuth, membre fondateur de Lu-Cix en 2009, devient le premier CEO du GIE. Il travaillait jusqu’alors chez Luxconnect.
ICT
Carola Bedós a rejoint Lux Hotels en tant que chief sales officer. Elle travaillait auparavant en Espagne (Grup Newt, Ibuksgrup, Eurofirms…) Communication & Marketing
Nicolas Pheulpin, 31 ans, a rejoint LuxTrust en tant qu’ingénieur système, après avoir travaillé chez Fiddiam puis Yapital.
PSF de support ICT
Pascal Rogiest vient d’être désigné nouveau CEO de LuxTrust. Il a été vice president mergers & acquisitions chez SES.
ICT PSF de support port
Felix Engelbart a rejoint l’équipe Corporate de NautaDutilh Avocats
Luxembourg en qualité d’associate. Il a précédemment travaillé pour Hemming & Hemming Attorneys à Los Angeles.
Business Administration, Finance & Legal
Jennifer Marquis, 31 ans, graphic designer (ex-Graphisterie Générale) a intégré l’agence Noosphere Brand Strategy. Communication & Marketing
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Services aux entreprises
Place financière
Public, Associatif et Santé
Activités industrielles
Julie Bams, 26 ans, a rejoint l’agence Noosphere Brand Strategy en tant que graphic designer. Elle a travaillé chez MM group.
Communication & Marketing
Paolo Faraone, 42 ans, est devenu partner de Notz Stucki Group. Il est également CEO et membre du conseil d’administration de Notz Stucki Europe, basé à Luxembourg. Il a précédemment travaillé pour Citigroup Dublin et Vontobel Asset Management.
Fonds d’investissement et services aux fonds
Séverine Kenens, 35 ans, a rejoint PROgroup en tant que responsable comptable. Elle a récemment exercé au sein d’Integrale Luxembourg.
Espace de travail
Pierre Cuffaro, 41 ans, a rejoint q-leap en tant que IT operations specialist. En 2006, il avait créé sa propre société, Fast Computer Services et a ensuite travaillé pour Desjardins au Canada.
Anthony Ren, 29 ans, vient de rejoindre q-leap en tant que project manager. Il a travaillé au sein de RBC en tant que project analyst fonctionnel.
Magaly Pavisse a rejoint RH Expert en tant que manager de la HR Academy. Elle a précédemment travaillé pour MBway.
Ressources humaines
Xavier Lemestrez, 37 ans, a rejoint le cabinet RSM Audit Luxembourg en tant que manager. Il a travaillé au sein de PwC et Deloitte à Luxembourg.
Business Administration, Finance & Legal
Giovanni Cirasa, 30 ans, a été promu manager chez RSM Tax & Accounting Luxembourg qu’il a intégré en 2010. Il est également cofondateur de la société Improve.
Business Administration, Finance & Legal
Virginie Michels, 35 ans, a été promue manager chez RSM Tax & Accounting Luxembourg où elle est active depuis presque 14 ans.
Business Administration, Finance & Legal
Torsten Ries, 38 ans, a pris la position de head Private Equity / Real Estate chez VP Fund Solutions (Luxembourg et Liechtenstein). Il a notamment travaillé chez Rising Star AG.
PSF spécialisés
Mirja Sutter a rejoint VP Fund
Solutions en tant que senior sales manager. Elle a travaillé auprès de Lombard Odier, AllianceBernstein et LGT
Capital Partners.
PSF spécialisés
Éric Scholer, 52 ans, consultant santé au travail et RH chez eSST, collabore avec Wellbeing at Work en tant que conseilformateur en sécurité et santé au travail.
Ressources humaines
Marc Pedretti a récemment rejoint 99 Advisory Luxembourg en tant que deputy manager. Il a notamment travaillé chez KBL epb.
Business Administration, Finance & Legal
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JEUDI 07.04.2016
Let’s taste : Surprises vinicoles
LES ÉVÉNEMENTS DES SEMAINES À VENIR
JEUDI 21.04.2016 14 workshops sur une journée
MERCREDI 13.04.2016
10x6 Architecture : ces bâtiments que vous ne verrez jamais…
JEUDI 28.04.2016
Let’s taste: Slow food
MARDI 03.05.2016
MARDI 26.04.2016 Déjeuner Carrousel
MERCREDI 13.04.2016
10×6 Architecture :
ces bâtiments que vous ne verrez jamais…
Grandes entreprises et institutions publiques organisent régulièrement des concours pour la conception d’un futur bâtiment. Seul le lauréat verra son projet se transformer en réalité. Mais ceux qui ne sont pas retenus ne déméritent pas pour autant.
Shahram Agaajani Metaform
Une forme et une technique innovantes, c’est ce qui aurait pu être construit par Metaform pour le nouveau château d’eau de la Cloche d’Or à Luxembourg.
Philippe Nathan 2001
2001 présentera son projet d’école, proposé pour le concours organisé par la Commune de Bertrange, ainsi que sa réflexion pour un centre culturel et des logements étudiants à Sanem.
CEO-only : workshop mixologie GOLD SPONSORS
Sala Makumbundu CBA
À Cologne, le bureau CBA a reçu une mention pour le projet d’un nouveau musée juif avec l’intégration de la zone archéologique.
Sara Noel Costa de Araujo
Studio SNCDA
Une réflexion menée par le studio SNCDA avec l’équipe médicale pour concevoir un nouvel hôpital psychiatrique qui prend en compte le confort, la sécurité et les soins des patients.
Nous avons décidé, pour ce 10x6 exceptionnel, de jouer la carte de l’uchronie, en invitant 10 cabinets d’architectes qui se succèderont sur scène pour vous faire découvrir des projets méritants, qui ne deviendront, de fait, jamais réalité.
François Valentiny Valentiny HVP Architects
Valentiny Architects est arrivé dans le trio final du concours d’architecture avec son projet d’une nouvelle salle de concert pour le 250 e anniversaire de la naissance de Beethoven.
Stéphane Schmit A+A
A + A a participé au concours pour l’extension du Palais de justice de Nuremberg. Bien que n’ayant pas été primé, le bureau a été retenu pour la première phase de cette compétition.
Türkan Dagli Dagli + Atelier d’architecture
Dagli + Atelier d'architecture présentera son projet déposé dans le cadre du concours Royal-Hamilius lancé en 2009.
François Thiry Polaris Architects
Bien qu’il ait remporté le 1er prix du concours organisé à l’occasion, cet immeuble de bureaux par Polaris Architects prévu pour le Kirchberg n’a jamais été construit.
Stefano Moreno Moreno Architecture
Deuxième prix pour l’équipe de Moreno Architecture lors du concours organisé par la Ville de Luxembourg pour des logements à coût modéré au Limpertsberg.
Jean-Luc Wagner WW+
Second prix pour WW+ lors du concours organisé par Zitha Senior pour concevoir un nouvel ensemble destiné au logement de personnes âgées à Capellen.
INFOS
Lieu : Luxexpo Accueil à partir de 18:30. Inscription obligatoire sur www.paperjam.club
MARDI 26.04.2016
Déjeuner carrousel : à vos marques, trois, quatre, neuf !
n déjeuner trois services, des tables de quatre convives, un changement de place et de convives à chaque plat équivaut à neuf contacts en un seul repas. Telles sont les règles d’un déjeuner carrousel. Suite au succès remporté lors de la saison 7, nous organiserons trois nouvelles éditions. Elles permettront à nos membres de nouer de nouveaux contacts d’affaires, dans une ambiance conviviale.
Lieu : Windsor (Bertrange)
Accueil à partir de 12:00
LES
JEUDI 28.04.2016
Let’s taste: slow food
Slow Food est une organisation internationale sans but lucratif, fondée en 1989 pour contrer le phénomène du fast food et de la fast life en réaction à la disparition des traditions alimentaires locales, et afin d’encourager les citoyens à prendre conscience de leur nourriture, de sa provenance, de son goût et de la façon dont nos choix alimentaires affectent le reste du monde. Slow Food appelle, entre autres, à une politique alimentaire et agricole européenne plus holistique, qui protège les produits traditionnels et les petits agriculteurs face à la rapidité de transformation du continent. Nous avons organisé une soirée de dégustation autour de ce mouvement qui prône des aliments de qualité, en collaboration avec le traiteur Steffen et le mouvement Slow Food Luxembourg, dont le président M. Thierry Origer sera présent pour partager avec nous cette philosophie du bon produit.
PARTENAIRES
Lieu : Steffen Traiteur (Niederkorn). Accueil à partir de 18:30.
Décoder la relation clients et identifier les leviers de croissance
Comment collaborer avec son agence pour aboutir à un marketing efficace ?
Le pilotage de la performance : des comptes consolidés à la planification stratégique
Introduction aux marchés financiers et leurs risques : identification, modélisation, mesure, gestion des risques
Mobbing : notion, législation et responsabilités
L’utilisation du Code du travail
Le logiciel libre est-il mûr pour les applications métier ?
Traitement des données personnelles depuis le Luxembourg : enjeux légaux pour les data centers et leurs clients
Charles Benoy (The Lilith Project) Le leadership émotionnel
Nathalie Donnadieu (Donnadieu, Coaching et Psychologue en entreprise)
François Altwies (Neurofeedback Luxembourg)
Csilla Puskas (Berlitz)
J. Maybon & J.-S. Desjonqueres (The Strategic Agility Board)
Christophe Vallet (Deloitte)
Du management des générations au management inter-générationnel : le défi de la performance collective
Comment mieux gérer son stress et augmenter ses performances avec le Bio & Neurofeedback ?
Time Management
Étude de cas et bonnes pratiques d’agilité stratégique, opérationnelle et organisationnelle
Le digital au cœur de la transformation organisationnelle
MERCREDI 24.02.2016
10×6 : les avocats à la barre
MAISON MODERNE
Quel que soit le secteur d’activités dans lequel ils naviguent, les entrepreneurs sont confrontés à des régulations de plus en plus contraignantes et à une tendance de plus en plus marquée à la judiciarisation des affaires. Se passer d’un avocat lorsqu’on se lance dans le business devient utopique. Reste à savoir quand il faut faire appel à lui, quel conseil choisir et ce qu’on doit vraiment partager avec lui. Telles étaient les questions auxquelles ont répondu les 10 avocats de la Place luxembourgeoise invités au dernier rendez-vous 10×6 du Paperjam Club. Dix avocats à la barre, c’était en plus une première.
Retrouvez toutes ces présentations en vidéo et les photos de cet événement sur www.paperjam.lu
« Ne pas attendre qu’un problème se pose pour contacter un avocat. »
Albert Moro
Clifford Chance
« Prenez un conseil qui affiche une passion pour votre business. »
Olivier Hance Hance Law Avocats
« Le client veut de la transparence, de la confiance. »
Freddy Brausch Linklaters
« Un avocat spécialisé offre de nombreux avantages. »
Guy Castegnaro Castegnaro Cabinet d’Avocats
« La judiciarisation des affaires n’est pas une fatalité. »
Marie-Béatrice Noble MNKS
LA
« Les synergies sont souvent surestimées et les problèmes sous-estimés. »
Mario Di Stefano DSM Di Stefano Moyse
« L’environnement a changé, il faut en tenir compte. »
Alain Steichen
Bonn Steichen & Partners
« Plus de changements au cours des 10 dernières années qu’en un siècle. »
Henri Wagner Allen & Overy
« La Chine ne se limite pas à Pékin et Shanghai. »
Alexandrine Armstrong-Cerfontaine King & Wood Mallesons
« Il faut pouvoir amener le politique à changer les règles. »
Jean-Marc Ueberecken Arendt & Medernach
LA VIE DU CLUB
23.02.2016 –KNOPES ARTISAN TORRÉFACTEUR MORNING COFFEE WITH KNOPES
MAISON MODERNE | 27 PHOTOS SUR PAPERJAM.LU
1 Laura Mathieu (Do apps) 2 Francesco Cavallini (SGG)
3 Grégory Behin (Bourse de Luxembourg) et Paul Irthum (Banque Degroof)
4 François Knopes (Knopes Artisan Torréfacteur)
5 Florence Lemeer-Wintgens (Look@Work)
Retrouvez toutes les photos de ces événements sur www.paperjam.lu
2 Federico Baruffi (FIA Asset Management) et Clément Billecocq (Bourse de Luxembourg)
3 Elsa Rodrigues (Laboratoires Ketterthill) et Belize Sumbu (RIME IT) 4 Roger Claessens (R.J. Claessens & Partners) et Lorentz Snyers (Luxair)
5 Valérie Ghanimé (Ghanimé Events) 6 David James (FTS Global) 7 Thierry Delperdange (Communication, Coaching & Développements)
au Club !
Aztec Bove Law Office CRH-Lux Dentons
Diversified Asset Management DLA Piper
Dupong Metzler Diederich Easynext Europe Fiduciaire (Luxembourg) Fiduciaire Jean-Marc Faber
Fidupar Fourpoints Investment HDIC Consulting
Headstart Initiativ Rëm Schaffen IPIL MédiaBat
Nowina Solutions SGF GROUP Socotec The Clover
Treasury Sweep United International Management
Avec plus de 650 entreprises membres, le Paperjam Club est le plus grand business club du pays, avec 180 événements organisés par an.
Chaque événement du Paperjam Club est un excellent moyen d’augmenter sa visibilité auprès d’une cible qualifiée captive.
POUILLEUX nicolas.pouilleux@maisonmoderne.com
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Détente et pauses gourmandes ! 5 restaurants, menus pour tous les goûts... DIVERTISSEMENT
4 May until 4 June 2016 Tuesday to Saturday | 11 am-5pm
6 rue Saint-Ulric | L-2651 | Luxembourg contact@zidoun-bossuyt.com | www.zidoun-bossuyt.com
LA GARE EN
CLAIR-OBSCUR
JEAN-MICHEL GAUDRON | CHRISTOPHE OLINGER
Sous l’œil de notre photographe Christophe Olinger, le quartier Gare, à la fois l’un des plus petits de la capitale (105 ha, soit 1,05 km2) mais le plus dense (environ 9.900 habitants), et plus méconnu qu’il n’y paraît, se dévoile au fil des heures passées à flâner dans l’un des poumons de la capitale. Ruche hyperactive alimentée par les frontaliers aux heures de pointe en journée ; zone sensible davantage touchée par la délinquance la nuit ; il redevient un lieu plus paisible, parfois désert, le reste du temps. Un quartier tout en contraste(s) à découvrir en images.
FRÉQUENTATION
En 2015, la gare de Luxembourg a accueilli, en moyenne par jour, quelque 66.000 voyageurs arrivant ou repartant en train. À ceux-là s’ajoute la clientèle des bus, des commerces de la gare et ceux qui traversent le site pour se rendre dans le quartier de Bonnevoie. La moitié du trafic ferroviaire partant ou arrivant de la gare de Luxembourg concerne la ligne Pétange – Esch/Alzette –Bettembourg – Luxembourg (35 %) et la ligne Gouvy –Troisvierges – Ettelbruck –Luxembourg (24 %).
Par jour ouvrable, environ 750 trains de voyageurs en moyenne desservent la gare de Luxembourg.
En 10 ans, c’est une progression de l’ordre de 50 %.
COMMERCE
Quartier « vitrine » incontournable par sa situation et bénéficiant de loyers plus attractifs qu’en ville haute, le quartier Gare a su attirer autant des enseignes internationales connues et des marques européennes mode & accessoires moyenne gamme bien ciblées que des commerçants indépendants. Au total, le quartier représente environ 240 commerces, tous secteurs confondus. La majorité de ces commerces se concentre sur les secteurs horeca (33 %) et mode, accessoires & bijoux (20 %). À titre de comparaison, le quartier de la ville haute rassemble presque 50 % de commerces du secteur mode, accessoires & bijoux.
PASSAGE(S)
Au détour de ses rues, le quartier Gare affiche son paradoxe, entre rues quasi désertes à l’ombre d’imposants bâtiments et animation sur les grands axes commerçants. Mais une animation toute relative, avec des gens qui ne semblent que passer, en transit. Même les riverains ne semblent pas enclins à flâner en semaine, alors que les travailleurs frontaliers submergent le quartier aux heures de pointe, matin et soir. Il faut attendre le week-end pour voir la mutation s’opérer et les « locaux » se réapproprier leur quartier.
SÉCURITÉ
Comme dans la plupart des autres grandes villes, le quartier de la gare traîne une réputation parfois sulfureuse, alimentée par de nombreux faits divers. En 2015, plus de 185 interventions policières ont été recensées (hors statistiques spécifiques de la section de recherche) auprès du Centre d’intervention de Luxembourg et du commissariat du quartier, donnant lieu à plus d’une cinquantaine d’interpellations, principalement pour des problèmes de drogue et de vols.
ENTREPRENDRE AU LUXEMBOURG
Trouver les pépites
FLORENCE THIBAUT | SVEN BECKER
Pour doper l’entrepreneuriat, on a besoin de spin-off, d’immigration choisie, mais aussi de plus de recherche appliquée.
C’est dès l’école qu’il faut promouvoir l’envie d’entreprendre et de prendre des risques.
La prolifération et la survie de start-up sont de bons indicateurs du degré d’innovation et de R&D d’un pays.
Ils se connaissent et se côtoient de longue date dans différents cercles. Nicolas Buck, fondateur de Nyuko, serial entrepreneur et nouveau président de la Fedil, et Étienne Schneider, actuel ministre de l’Économie et figure de proue du LSAP, sont les invités de notre « Bavardage » pour discuter entrepreneuriat, innovation et zeitgeist grand-ducal. Tous deux fervents défenseurs du savoir-faire et de l’expertise locale, ils endossent fréquemment une casquette d’ambassadeurs de la Place à l’étranger, mais aussi parfois sur le territoire national. « Critiquer le Luxembourg est très luxembourgeois , démarre le ministre, même si on en est fiers en dehors des frontières. » « Plutôt que de toujours évoquer nos limites, il faut défendre les possibilités. Montrer ce qui fonctionne bien , répond en écho Nicolas Buck. S’opposer au changement est une des maladies luxembourgeoises. » Si le pays a un taux de nouveaux entrepreneurs qui est passé de 8,7 % en 2013 à 7,1 % en 2014, celui-ci reste au-dessus de la moyenne européenne. Ce sont ainsi environ 3.000 entreprises qui se créent chaque année, pour 2.400 qui disparaissent. S’il n’y a pas de nombre optimal défini, le constat reste quand même qu’il en faut davantage. « Il n’y a jamais assez d’entreprises , explique M. Schneider, même si, en comparaison avec le taux de création des pays voisins, je suis assez satisfait des chiffres au Luxembourg. Par rapport à la qualité de notre tissu économique et aux opportunités actuelles, on devrait avoir bien plus de créateurs de projets. »
Nicolas Buck, lui, porte son attention non seulement sur le nombre de sociétés créées, mais aussi sur leur nature. « Si on prend l’exemple des start-up, ce qu’il nous faut, ce sont celles qui ont un fort accent innovant et celles qui ont un potentiel de croissance identifiable. Notre démarche doit être ciblée. L’économie circulaire, un autre exemple, est un vivier d’idées entrepreneuriales à développer. C’est un secteur qui amène un flux d’idées nouvelles. »
État d’esprit
Quel que soit le secteur d’activité, l’entrepreneuriat se nourrit d’audace, d’énergie, de courage, mais aussi de bons exemples. « Il y a bien plus de créateurs de projets d’origine étrangère que de Luxembourgeois de souche , regrette Étienne Schneider. Un tiers des jeunes du pays ambitionnent de rejoindre le secteur public. Ils ont peur du risque et ne pensent qu’à travailler pour la BCEE ou les communes, comme leurs parents. La plupart des lycéens n’ont aucune notion de ce que veut dire ‘entreprendre’. Personne ne leur en parle et ils ne sont pas du tout au courant des opportunités qui existent. Il est déterminant de les stimuler et d’aborder ces sujets dès le primaire. Il faut ramener l’entrepreneuriat à l’école ! Les politiques ont un rôle à jouer dans ce tableau. » Le ministère de l’Économie travaille ainsi de concert avec son homologue de l’éducation pour adapter les programmes. « On a besoin de jeunes qui osent, qui n’ont pas peur de s’exprimer et qui ont confiance en leurs possibilités , le rejoint Nicolas Buck. Je rencontre fréquemment des jeunes Luxembourgeois extrêmement bien formés, qui ont fait des études et des MBA à l’étranger, et qui ne pensent qu’à travailler pour l’État ou des sociétés qui lui appartiennent, cela me chagrine. C’est justement eux qui devraient aller vers l’entrepreneuriat. Les pousser à franchir le pas est une responsabilité partagée. » La peur de l’échec est un mal qui doit être attaqué à la racine, de préférence dès l’école fondamentale. Les faillites, souvent diabolisées – il suffit pour s’en convaincre de se rappeler du « cas » Faber (l’imprimerie centenaire de Mersch qui a fait faillite fin 2015) –, font partie du cycle de vie des entreprises. « Il ne faut pas voir l’échec comme quelque chose à absolument supprimer. Il est fondamental , soutient le patron de Nyuko. Entreprendre, ça veut dire voir et comprendre les opportunités en présence et amener du nouveau. L’entrepreneur est celui qui synthétise ce que son environnement lui offre. Échouer, réajuster et recommencer font partie du processus. »
Trouver sa place
Pour continuer à croître, se défaire de la dépendance à la finance, mais aussi créer des opportunités pour de nouvelles générations d’entrepreneurs, il faut miser sur les bonnes niches. Et Nicolas Buck d’expliquer : « Chaque pays a sa propre recette à développer. Il faut être lucide, le Luxembourg ne sera jamais la Silicon Valley, ni Berlin ou Tel-Aviv. Nous n’al-
lons pas créer les prochains Google ou Facebook, l’écosystème européen ne nous permet pas de concevoir de tels géants. Mais nous avons nos propres pépites à trouver. À mon sens, il ne faut pas concurrencer les leaders, mais développer ses propres niches. »
Pour Étienne Schneider et Nicolas Buck, seule une bonne entente privé/public peut conduire aux bons choix. « On oppose symboliquement le dynamisme du secteur privé à la stabilité du secteur public. L’État doit, pour moi, être plus actif dans le financement des centres de recherche et de l’innovation , affirme ce dernier. SES, il y a plus de 25 ans, en constitue un bon exemple. On a besoin d’un État moteur, qui soit impliqué dans des projets porteurs et reste présent pour en récolter les fruits. Son rôle doit être repensé pour ne plus se limiter à donner des avantages fiscaux. Il voit à long terme et rassure les autres investisseurs. Sa présence peut faire effet de levier. » « Le gouvernement n’a pas commis la faute classique de réduire son budget ‘recherche et développement’, qui est resté d’environ 4 %.
C’est une grande source de satisfaction, se réjouit Étienne Schneider. Ce pari a notamment permis de faire émerger des segments porteurs comme la mobilité électrique ou les énergies renouvelables. »
Luxembourg Future Fund, porté par la BEI et la Société nationale de crédit et d’investissement ; ICT Seed Fund, lancé en décembre par une poignée d’acteurs impliqués dans Digital Lëtzebuerg ; coups de pouce ponctuels de Luxinnovation : ces 10 dernières années, plusieurs instruments ont été créés pour assurer le soutien financier des projets, élément central de l’équation. « L’ICT Seed Fund est une bonne illustration de collaboration privé/public. L’État restera actionnaire et partie intégrante du succès des structures qui seront financées , affirme Nicolas Buck. À côté de cet effort, il ne faut pas regarder le financement comme étant un sujet purement local. Les investisseurs se trouvent partout dans le monde. Pour les attirer, il faut mettre le pays sur la carte euro -
« Il faut ramener l’entrepreneuriat à l’école ! »
Étienne Schneider
«
On a besoin
d’un État moteur. Son rôle doit être repensé. »
Nicolas Buck
péenne des start-up. C’est le rôle des entreprises actives à l’étranger, du nation branding ou encore des différentes missions économiques qui prennent un tour de plus en plus high-tech. »
Sang frais
« Connecter argent et idée est décisif , note Étienne Schneider. Plusieurs outils ont été créés pour aider les entrepreneurs. Je pense notamment à l’exemple récent de Fit4Start (lire aussi page 81, ndlr), une belle vitrine pour le pays et un moyen d’attirer des acteurs intéressants. Les structures existent. Le potentiel est là, il faut les faire connaître. » « Ce qu’il faut attirer maintenant, ce sont les cerveaux et les connaissances », complète le patron de Nyuko. Pour le ministre de l’Économie, la digitalisation à
l’œuvre est une chance de se réinventer pour tous les secteurs, industrie 4.0 en tête. « Le numérique donne des possibilités nouvelles à tous les secteurs dans la nouvelle économie. Je pense notamment à la sidérurgie, qui est parvenue à conserver de belles marges générées par des innovations produits et l’utilisation de la technologie, en dépit de la forte concurrence internationale. C’est grâce à la qualité et à la recherche que ces métiers vont survivre. » « Il est crucial d’évangéliser tous les secteurs , appuie Nicolas Buck. Les start-up ne sont pas les seules concernées » Un constat freine l’inéluctable transition : selon Eurostat, 59 % des entreprises actives au Grand-Duché ont des difficultés à embaucher des profils IT. Cette pénurie de talents directement mobilisables touche toutes les couches métiers, du technicien lambda aux ingénieurs réseau en passant par les security officers, pourtant indispensables à bon nombre d’entreprises de toute taille et de tous champs d’activité. La faute, notamment, à un nombre réduit de formations locales et à une Blue Card onéreuse (elle demande 1,2 fois le salaire moyen) et limitée à certains profils précis et listés.
Une des réponses peut être de faciliter une immigration choisie en provenance de l’UE, mais aussi du monde entier. « Le Luxembourg a toujours su choisir les meilleurs de partout », explique Nicolas Buck. La récente vague de réfugiés en provenance de Syrie ou d’Irak
7,1 %
Le taux de nouveaux entrepreneurs au Luxembourg (chiffre de 2014 - Global Entrepreneurship Monitor 2014). Il était de 8,7 en 2013.
600
Le solde moyen de création d’entreprises. Environ 3.000 nouvelles se créent chaque année pour 2.400 disparitions.
42 %
des sondés du chapitre luxembourgeois du GEM 2014 ne lancent pas leur structure par peur de l’échec.
65 %
Le taux d’emploi des femmes âgées de 20 à 64 ans au Luxembourg. Il est de 77,7 % pour les hommes.
10,2 %
Le pourcentage de TEA, soit d’activité entrepreneuriale à un stade précoce, ce qui classe le pays au 4e rang au sein de l’UE après la Lettonie, l’Estonie et la Roumanie.
70 %
des salariés sont employés par des PME. Elles génèrent aussi 72 % de la valeur ajoutée totale (chiffres de 2013 de la Commission européenne).
30.563
C’est le nombre d’entreprises qui composent le secteur marchand luxembourgeois, dont 30.443 sont des PME, et 21.394 sont des PME familiales (calculs réalisés par Idea).
constitue une réserve non négligeable de porteurs de projets potentiels. « Ce ne sont pas des réfugiés économiques, rappelle Étienne Schneider. Il ne faut pas passer à côté de leur potentiel. Ces personnes avaient une vie et parfois des entreprises dans leur pays d’origine. Elles ont pris des risques en venant ici, il faut les soutenir. » Nicolas Buck va dans le même sens : « Il faudra les intégrer dans la vie des entreprises et pas seulement leur apprendre les langues. Les réfugiés n’ont pas de réseau, ils ont tout à construire. Ce sont eux qui créeront demain avec une énergie positive. »
Faire vivre la recherche
Faciliter la création de spin-off, dynamiser la recherche et la faire vivre dans les entreprises sont autant de chantiers à mener pour améliorer l’écosystème gravitant autour de l’Uni, toute jeune dans le paysage académique européen. « On part avec une longueur de retard , souligne Nicolas Buck. Jusqu’il y a 10 ans, le pays n’avait pas d’université. Il rattrape progressivement son retard. Il faut continuer sur cette lancée. » « Le travail effectué a été remarquable, embraie Étienne Schneider. En quelques années, l’Uni est parvenue à se faire connaître et se hisser dans les rankings internationaux. C’était la première étape. »
Avec 6.287 étudiants issus de 110 pays différents, l’institution multilingue installée à Belval constitue une nouvelle place forte de la recherche. « Elle attire des étudiants du monde entier. La question qui se pose ensuite est de savoir comment les garder au Luxembourg une fois leur diplôme en poche. Le Conseil de gouvernement s’est récemment emparé du sujet, partage Étienne Schneider. Actuellement, les diplômés non ressortissants de l’UE n’ont pas la possibilité de prolonger leur séjour au-delà de leurs études. Nous réfléchissons à leur donner un délai de deux ans pour décrocher un contrat. » Et Nicolas Buck de déplorer : « Les laisser partir est une vraie perte de compétences. Il faut leur donner le temps de s’intégrer, de s’installer durablement au Luxembourg et d’y trouver un emploi. »
CRÉATIONS
Le taux d'entrepreneurs est passé de 8,7 % en 2013 à 7,1 % en 2014.
La prochaine case à remplir est de faciliter le transfert de connaissance académique sur le terrain, en proposant notamment davantage de recherche appliquée. « 60 % de la recherche au Luxembourg est fondamentale. Il faudrait inverser ce ratio. À titre de comparaison, aux États-Unis, on est plutôt dans un rapport de 75 % de recherche appliquée et 25 de fondamentale », déclare le ministre de l’Économie. « Ce qui manque encore à l’appel, c’est une démarche volontariste en matière de transfert de la technologie , pointe Nicolas Buck. On aurait besoin d’une structure qui fasse la jonction entre le chercheur et le marché. C’est ce qui fera naître des spin-off. C’est quelque chose qui existe dans toutes les grandes universités du monde. Le but n’est pas de transformer les académiques en entrepreneurs, mais bien de valoriser leurs recherches. La plupart d’entre eux n’ont aucune idée des cycles de vente, du temps à investir dans la création d’une société ou de comment faire une étude de marché. Il faut les y aider. » Et Étienne Schneider de poursuivre : « Nous avons toutes les bases : centres de recherche, budgets inchangés, université… Il faut que cet écosystème se consolide. » À l’échelle du continent, toujours selon Nicolas Buck, la recherche européenne gagnerait à être mutualisée. La création d’universités transnationales pourrait permettre de rivaliser avec les poids lourds américains ou chinois. « L’université de Stanford à elle seule dispose d’un budget de six milliards de dollars. L’Europe aurait tout intérêt à créer quelques champions de l’enseignement et de la recherche. L’éducation est aussi une question de moyens », achève-t-il. Pour nos deux interlocuteurs, le tiercé gagnant pour donner naissance à une nouvelle génération d’entrepreneurs, c’est l’éducation, le financement et l’immigration.
EN RÉSUMÉ
Défenseurs de l’économie grand-ducale, Étienne Schneider et Nicolas Buck promeuvent, chacun à leur niveau, une étroite entente entre privé et public. Parmi les points à améliorer pour doper l’entrepreneuriat local : davantage de recherche appliquée, l’attraction démultipliée de talents étrangers et la création de spin-off.
DIVERSIFICATION
ÉCONOMIQUE
UNE NATION FAITE DE START-UP
Conçue d’entrée de jeu comme une structure hybride privé/public, Nyuko ambitionne d’être le chaînon manquant entre les entrepreneurs et leur écosystème.
Proposant conseil, hébergement ou formations, Nyuko, constituée en 2015 dans le prolongement de l’activité existante de l’asbl Business Initiative, veut contribuer à faire du Luxembourg une start-up nation tournée vers la technologie et l’innovation. Différents partenariats doivent le lui permettre. Asbl indépendante, mais soutenue par les ministères du Travail et de l’Économie, l’incubateur se positionne comme fer de lance d’une nouvelle stratégie pour diversifier l’économie grand-ducale. « La start-up nation marque avant tout une volonté de travailler ensemble et de réunir tous les acteurs économiques, politiques, associatifs et sociaux, cadre Nicolas Buck, son concepteur. Cette vision repose sur la puissance du réseau. Nous devons apprendre à mieux travailler ensemble. »
Rapprocher chercheurs, entreprises de tout secteur et de toute taille, investisseurs et décideurs politiques, fait partie de son leitmotiv. Espace de co-working, coaching, apprentissage de terrain, mise en contact ou networking font partie de l’arsenal proposé pour y parvenir. « L’environnement doit permettre cette collaboration trans-secteurs. En ce sens, Nyuko opère à un niveau macro en travaillant sur l’infrastructure, qu’il s’agisse de financement ou d’état d’esprit. À un niveau micro, l’équipe œuvre à soutenir des projets concrets et des entrepreneurs. » Ambassadrices de la nouvelle économie, mais aussi pourvoyeuses d’emplois quand elles transforment l’essai, les start-up occupent, dans ce contexte, une fonction de role models pour inspirer les autres.
16e édition
3100 entreprises et institutions
800 biographies de décideurs 524 pages 10€
Disponible en kiosques et sur maisonmoderne.com
PROMOTION DE LA GASTRONOMIE
Faire monter la sauce
Avec une gastronomie ouverte aux influences multiples qui a pourtant du mal à se faire entendre sur la scène internationale, les chefs du Luxembourg se posent beaucoup de questions et rêvent de passer à la vitesse supérieure.
FRANCE CLARINVAL | MIKE ZENARI
RENÉ MATHIEU préfère parler de cuisine d'auteur que de gastronomie. Il s'inquiète pour l'avenir des grandes tables au Luxembourg.
Luxembourg compte 11 restaurants étoilés. Plutôt un bon score vu la taille du pays, mais un score en recul par rapport à d’autres époques où certains établissements ont affiché deux étoiles. « On est contrôlé par la Belgique et ils n’ont que peu d’égard pour le Luxembourg », justifie François Koepp, secrétaire général d’Horesca. Un sentiment partagé par plusieurs chefs qui souffrent d’un manque de visibilité. « Les Luxembourgeois préfèrent aller dans un étoilé en France ou en Belgique que chez eux. Sans les étrangers, nous ne pouvons pas survivre », assène René Mathieu, chef étoilé de La Distillerie à Bourglinster qui cite les bienfaits d’une émission comme Top Chef mettant un chef du Luxembourg, fût-il alsacien, sur le devant de la scène médiatique. C’est donc le nerf de la guerre que de se faire connaître à l’étranger. « Il faut bouger, aller se montrer, participer à des salons, des foires, des événements à quatre mains… », estime le chef belge qui organise tout lui-même et regrette de ne pas avoir de soutien officiel. À l’inverse, les chefs locaux invitent des chefs étrangers pour créer l’événement autour de repas festifs et originaux comme des repas à quatre mains. « Ils apportent leur presse, leur image, leur clientèle et ça fait boule de neige », constate le chef.
« La gastronomie est un sujet transversal dans tous nos thèmes visant les city trips, des séjours sportifs dans la nature, des séjours culturels. Nous l’incorporons notamment dans nos campagnes de promotion intégrée », se défend Anne Hoffmann, directrice générale de Luxembourg for Tourism (LFT) pour qui « l’offre touristique nationale ne peut être dissociée de sa gastronomie de qualité. » Ainsi, le LFT invite régulièrement la presse internationale et les journalistes en profitent pour découvrir la gastronomie locale. Quant au choix des restaurants, il doit « traduire un savoir-faire, mais aussi l’authenticité du pays avec ses spécialités régionales. Cela ne nous empêche pas de jouer la carte d’une cuisine moderne dans un cadre contemporain, en choisissant par exemple un restaurant primé par le prix du Commerce Design, ou le prix luxembourgeois d’architecture » On en vient à une question de définition. « Pour moi gastronomie ça ne veut rien dire, tout le monde prétend faire de la gastronomie, mais pratique une cuisine d’assemblage avec des produits semi-finis », fustige René Mathieu. Il revendique une cuisine d’auteur où le chef imprime une vision, une personnalité et une signature. « Je ne critique pas ceux qui achètent des carottes déjà épluchées, mais il faut savoir dans quelle catégorie on boxe. » Anne Hoffmann insiste sur la qualité des produits luxembourgeois et sur l’ouverture d’esprit des restaurants : « On s’inspire certes du savoir-faire des voisins allemands, belges et français, mais le particularisme réside dans le caractère novateur et créatif de la cuisine luxembourgeoise » Ce que confirme François Koepp : « La cuisine innovante et multiculturelle reflète le caractère du pays »
On a donc l’impression qu’ils ne parlent tout simplement pas la même langue. Quand l’un parle déclinaison de choux, l’autre répond Bouneschulpp.
Et chez les autres ?
La cuisine traditionnelle et du terroir mérite d’être mise en avant et d’avoir sa place dans l’image du pays – le fameux nation branding – « c’est la base de l’hospitalité propre au tourisme. La gastronomie locale réunit autour d’une même table les produits du terroir, le fruit du travail des hommes de la région, les cuisiniers, les personnes qui ont inventé l’art de la table, les amis. C’est autour du vin, de la bière, de mets que naissent l’amitié et la coopération. Avec 49 % de résidents étrangers dans sa population, le Luxembourg a bien su faire preuve de cette hospitalité », décrit Anne Hoffmann.
Mais d’autres pays ont misé sur l’image d’une gastronomie plus contemporaine et se sont ainsi inscrits dans l’imaginaire collectif par ce biais. Le Danemark et la Norvège soutiennent par exemple le Bocuse d’Or, qui est largement financé par l’industrie du poisson et pour lequel les chefs obtiennent des congés payés pour s’entraîner et participer. « Dans un autre ordre d’idées, El Bulli, la star de la cuisine moléculaire, a été dispensé d’impôts parce qu’il faisait venir du monde dans sa région près de Barcelone et faisait parler de lui », affirme René Mathieu. Non loin de chez nous, l’association GénérationW en Wallonie est financée par la Région et envoie ses meilleurs chefs représenter la région à diverses foires et salons. Tout ces chefs travaillent les produits de leur terroir dans le respect de leur identité, ce qui ne les empêche pas de briller avec une cuisine d’auteur.
Plutôt que de s’apitoyer sur son sort, René Mathieu évoque l’avenir et son inquiétude pour le futur de la gastronomie de la Place.
« La plupart des chefs étoilés sont étrangers et ont plus de 50 ans. C’est très difficile pour des jeunes de s’établir et d’avoir leur propre restaurant où progresser. » Il souligne la difficulté pour être rentable à ce niveau d’excellence : des produits (très) chers, du personnel qualifié et cher, des loyers élevés… qu’on ne peut pas totalement répercuter dans le prix du menu. On ajoute un accès difficile à la propriété auquel répondent des investisseurs qui cherchent le rendement plutôt que la qualité, et un univers gâté où d’aucuns préfèrent travailler dans une crèche communale qu’à leur compte pour ne pas prendre de risque.
« Luxembourg offre beaucoup d’opportunités de travail moins contraignantes que d’être chef d’entreprise, et particulièrement cuisinier. Le métier est considéré comme attractif, notamment à cause des horaires », souligne François Koepp pour qui « les contraintes administratives et législatives pour ouvrir un restaurant ou un hôtel sont lourdes et nécessitent un grand investissement ». Ce à propos de quoi Anne Hoffmann temporise : « Étant donné que le pays attire chaque année 2 % de nouveaux résidents, la relève sera là, plus internationale encore. »
« La gastronomie est un sujet transversal de tous nos voyages de promotion. »
Anne Hoffmann Directrice Luxembourg for Tourism
« Luxembourg offre beaucoup de carrières moins contraignantes que l'ouverture d'un restaurant. »
François Koepp Secrétaire général Horesca
DESIGN
Un avant-goût de Milan
Le Salon du meuble de Milan se tiendra du 12 au 17 avril prochains. Nous avons sélectionné quatre produits qui y seront présentés.
CÉLINE COUBRAY
NANIMARQUINA, TAPIS LATTICE
Les frères Bouroullec proposent pour le fabricant espagnol ce nouveau tapis dont le motif est une répétition rythmique d’une forme géométrique reproduite dans une palette de couleurs harmonieuses. Ce tapis se distingue par son équilibre, ses proportions et ses irrégularités, qui sont les éléments-clés d’un désordre contrôlé faisant de Lattice une création unique.
CLASSICON, TABLE D’APPOINT PLI
KNOLL, FAUTEUIL PLATNER
Pour les 50 ans de la collection Platner (dessinée par l’architecte Warren Platner), Knoll sort une édition laquée or de cet emblématique mobilier. Cet ensemble (chaise, fauteuil, table et tabouret) était initialement conçu pour être doré, mais ce souhait n’avait pas pu être réalisé à l’époque pour des raisons techniques. Aujourd’hui, cette technique est réalisable et permet donc de retrouver la volonté première de l’architecte.
La designer Victoria Wilmotte livre cette nouvelle table d’appoint caractérisée par une allure cristalline et une géométrie surprenante. C’est le plissement du piétement qui lui a valu son nom. En acier inoxydable, la table évoque le travail d’une pierre précieuse taillée surdimension née. Les quatre couleurs de la table résultent d’un traitement des surfaces plus ou moins long qui fait briller l’acier inoxydable en vert, bleu, brun, bronze ou noir. Le plateau de verre laqué par en dessous s’harmonise avec les différentes couleurs.
ARTEK, CHAISE DOMUS
La chaise Domus fête cette année ses 70 ans. Elle a été dessinée par le Finlandais Ilmari Tapiovaara pour la résidence étudiante Domus Academica à Helsinki. Conçue au départ comme une chaise de lecture pour les chambres des étudiants, elle a été utilisée également pour de nombreux autres usages : auditoriums, cabines ou salles de réunion. Cette chaise multi-usage est un succès international qui se poursuit encore aujourd’hui. Légère et empilable, on la retrouve souvent dans les bâtiments publics en Finlande. Entrée dans la collection Artek depuis 2010, elle est désormais disponible en blanc.
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OPPENHEIMER Ses structures permettent aux visiteurs de prendre autrement conscience de l’espace d’exposition.
Sarah Oppenheimer, S-399390
Présentée dans le Grand Hall du Mudam, S-399390 est une œuvre de Sarah Oppenheimer qui nous propose de voir autrement l’espace dans lequel elle est exposée.
CÉLINE COUBRAY
Le travail de l’artiste américaine Sarah Oppenheimer (née à Austin en 1972, qui vit et travaille à New York) rend compte de points récurrents : elle part du postulat que tout espace est une succession de plans qu’on ne peut pas voir d’un seul coup d’œil et qui répondent à différentes contraintes spatiales, historiques ou techniques. En effet, les murs séparent différents espaces et il n’est possible de prendre conscience d’une architecture que lorsqu’on la voit sur un plan. « Il y a ce rapport entre ce qui est ressenti quand on traverse une architecture et ce qui est compris lorsqu’on regarde un plan », explique Clément Minighetti, co-commissaire de cette exposition au Mudam. Le travail de Sarah Oppenheimer consiste à créer une intervention dans une architecture pour en donner une compréhension différente. Elle travaille un élément qui va agir comme un élément perturbateur dans cette architecture, permettre de la révéler différemment et proposer au visiteur de regarder autrement l’espace dans lequel il se trouve. »
Pour son intervention au Mudam, l’artiste a développé des structures qu’elle appelle Switches et qui sont à la dimension de l’espace : leur hauteur correspond exactement à la hauteur des passages. Elles sont composées d’une base hybride de parallélépipède et de rectangle, une superposition de formes géométriques, l’une avec un angle à 90° et l’autre avec un angle à 45°, qui brouille les perspectives. Ce jeu de grille se retrouve également dans le Grand Hall, notamment avec le damier de la pierre au sol, et dans son élévation et sa structure. Les parois en verre qui constituent les pans verticaux de l’œuvre sont elles aussi inclinées selon des angles qui correspondent à la structure donnée par l’architecture. Les visiteurs sont invités à circuler autour des œuvres, mais également à les traverser. Il est possible de marcher à l’intérieur et de porter son regard tout autour.
« Une fois dans l’espace, avec le jeu des reflets des parois en verre, le visiteur est orienté pour lui offrir une autre vision de la globalité du lieu. Il peut soit diriger son regard selon une focale qu’il décide, dans
une perspective cadrée, soit accepter les reflets qui s’offrent à lui et ainsi obtenir une superposition d’images permettant de saisir un jeu de volumes révélant une autre partie de l’architecture. » Ainsi, le public accède à une conscience nouvelle de l’environnement dans lequel il se trouve, de ses volumes et ses dimensions. « La présence de ces structures l'incite à regarder différemment l’espace, mais également à s'y déplacer différemment. » En effet, la position des Switches est régulièrement modifiée selon un schéma déterminé en collaboration avec l’artiste. Ainsi, les Switches peuvent prendre place directement dans les espaces de circulation, contraignant les visiteurs à les contourner. En procédant ainsi, l’artiste se réfère au rôle premier du Grand Hall qui est un espace central, essentiellement dévolu à la circulation et à l'orientation vers les différents espaces du musée. S-399390 est donc une œuvre d’une matérialité légère, mais au discours dense qui ouvre le regard et la perception de l’espace d’exposition.
À DÉCOUVRIR AU MUDAM, JUSQU’AU 29 MAI, WWW.MUDAM.LU
SARAH
UNE Œ UVRE EXPLIQUÉE
GALERIE D’ART LUXEMBOURGEOIS
À vos souhaits !
Depuis la déclaration surprise du ministre de la Culture Xavier Bettel, le sujet d’un lieu dédié à l’art luxembourgeois est sur toutes les lèvres.
Alors que les contours de ce projet sont encore inconnus, quelques acteurs culturels expriment leurs souhaits sur ce projet.
CÉLINE COUBRAY
« Un seul souhait au sujet de pareille galerie : qu’on en laisse tomber l’idée le plus vite possible ! Jadis, un spectre hantait l’Europe, pensé du moins comme un spectre à venir ; aujourd’hui, le spectre qui hante l’Europe est un spectre venu du passé. Et l’on pouvait espérer que l’art, lui, ne succomberait pas à l’obsession identitaire. Cela dit, ce dont on a besoin, cruellement, c’est d’archives de l’art, d’un centre de documentation, à rattacher ou non à quelque institution existante, à pourvoir en tout cas de moyens pour faire son travail. »
LUCIEN KAYSER
Président de l’Aica
(Association internationale des critiques d’art)
« Il faut en premier lieu saluer cette initiative. Ce qui fait défaut est une institution dont la mission serait de contribuer à rendre accessible, propager et pérenniser la création artistique du Luxembourg – notamment de la fin des années 1940 à nos jours. Cette institution – qui d’ailleurs pourrait être une fondation réunissant des acteurs étatiques et privés (private public partnership) –devra servir d’instrument de travail dynamique, tant au niveau de l’archivage que de la présentation des démarches et tendances qui ont marqué et marquent la création des artistes travaillant au Luxembourg et des artistes luxembourgeois travaillant en dehors de nos frontières, tout en mettant cette évolution en rapport avec les œuvres d’artistes étrangers. Le CNL à Mersch, le CNA à Dudelange ou, chez nos voisins allemands, l’Institut für Aktuelle Kunst en Sarre pourraient servir de référence. Et cette institution devrait aussi s’occuper des legs et des archives personnelles de nos artistes. »
PAUL BERTEMES
Codirecteur de Mediart
« Y a-t-il un réel intérêt à enfermer un ‘art luxembourgeois’ dans une galerie nationale ? Notre pays dispose désormais d’institutions muséales capables de prendre en charge la monstration de l’évolution de l’art au Luxembourg. Investir dans de nouvelles structures aidant au développement de l’art au Luxembourg et à son intégration dans un contexte international, ne serait-ce pas là une démarche d’un plus grand avantage ? »
TRIXI WEIS
Présidente de l’AAPL (Association des artistes plasticiens du Luxembourg)
« Mon ‘souhait’ serait simplement que ce projet – dans son contenu, sa vocation et sa dénomination – soit réfléchi et discuté avant d’être lancé. Jusqu’à présent, aucune information quant à l’identité d’un tel lieu n’a été donnée, et déjà tout le monde en parle sans même savoir de quoi il s’agirait réellement. »
KEVIN MUHLEN
Directeur artistique du Casino Luxembourg
« Cette galerie d’art luxembourgeois devrait pouvoir donner la possibilité aux artistes luxembourgeois, ceux qui résident au Luxembourg ou qui ont la nationalité et qui résident à l’étranger, d’exposer leurs créations récentes. Par ailleurs, il est important que le public puisse comprendre l’art luxembourgeois, son évolution historique et stylistique. L’histoire de l’art luxembourgeois reste encore à écrire. À l’instar de ce que nous faisons à la Villa Vauban, je pense que l’art luxembourgeois doit être exposé en dialogue avec d’autres œuvres en replaçant les artistes luxembourgeois dans un contexte de création plus large. »
DANIÈLE WAGENER
Directrice des deux musées de la Ville de Luxembourg
« Le Luxembourg a une situation singulière, car il n’y a pas d’école d’art nationale. Mais les artistes et historiens luxembourgeois qui travaillent professionnellement ont suivi un cursus artistique à l’étranger. Ainsi, ce savoir historique est très riche, car il est importé de tous les coins de l’Europe au Luxembourg. Je souhaiterais ainsi pour cette galerie nationale que l’on creuse dans ce sens multi-identitaire de cette tradition d’histoire de l’art, de philosophie et d’esthétique, en donnant aussi davantage la parole à une jeune génération universitaire de commissaires, d’artistes et d’historiens, pour fonder ce lieu. Le renouvellement est important dans tous les domaines et l’art contemporain ne peut garder sa fraîcheur impertinente et poétique que si on le laisse respirer. Ainsi il me semble qu’un savant mélange d’humilité et de courage peut faire le succès d’un tel projet. »
FILIP MARKIEWICZ
« Je suis pour une galerie et non pas un musée, avec une présentation thématique et non pas chronologique, avec un curator recruté sur un projet artistique et culturel pensé à l’échelle de trois ans. Je n’ai rien contre le fait que la galerie puisse être rattachée au Musée national d’histoire et d’art, mais il faut qu’elle puisse avoir accès à toutes les collections publiques ou semi-publiques. Elle pourra inclure des créations contemporaines et des commandes, mais en aucun cas elle ne devrait être uniquement tournée vers le nombril luxembourgeois. Il s’agirait plutôt de remettre cet art dans le contexte régional et international. »
JO KOX
Directeur administratif du Casino Luxembourg
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FACT CHECKING
L’e-cigarette au Luxembourg
Les fumeurs de cigarettes électroniques sont minoritaires puisqu’estimés à 5.000 personnes en 2015. La majorité d’entre eux déclarent associer cigarette électronique et cigarette classique. Plus d’infos sur bit.ly/1W8vVtq
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CITATION
« Ensemble avec l’Inde, nous représentons un sixième de l’humanité. »
Étienne Schneider
Lors d’un séminaire organisé à Mumbai, le ministre de l’Économie, en tête d’une mission économique, a tenu, avec humour, à rappeler la complémentarité des deux pays, malgré leurs tailles respectives.
DÉFINITION
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CHIFFRE
5,3
C’est le poids en tonnes, au lancement, de SES-9, le plus grand satellite de SES qui a été lancé le 5 mars à bord de la fusée Falcon 9 de SpaceX depuis Cap Canaveral en Floride. Le satellite desservira la région Asie-Pacifique pour des services de vidéo, des services aux entreprises, des services de mobilité et des services aux administrations publiques.
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QUIZ
À Luxembourg, quel quartier dispose du plus grand nombre de places de parking ?
a. Centre b. Gare c. Kirchberg
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CHECKLIST
Les points à vérifier avant d’envoyer vos communiqués de presse :
Un titre de 50 signes max. U n contenu en français (si possible)
Une photo de bonne qualité Et bien sûr… une info pertinente
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La bonne réponse : c. Le Kirchberg, avec 4 406 places.
PHOTO DU MOIS
Les 5 et 6 mars derniers, le comité nation branding a réuni une quarantaine de talents créatifs du pays chez Nyuko, au Luca, ainsi qu’au Carré, pour réfléchir à la nouvelle image que pourrait arborer le Luxembourg.
LE MOT
« Égalité »
Absence de toute discrimination entre les êtres humains, sur le plan de leurs droits. Sur le front de l’égalité hommes-femmes, le Luxembourg accuse encore un écart salarial de 8 % – une discrimination que la ministre de l’Égalité des chances, Lydia Mutsch, souhaite réduire via un projet de loi. Or celui-ci s’est attiré les critiques de la Chambre de commerce, qui préfère manifestement conserver la vieille loi de 1974.
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1. LUXEMBOURG, VILLE LA PLUS SÛRE
AU MONDE
Dans un nouveau classement émanant cette fois du cabinet international Mercer, Luxembourg apparaît en 19 e position des villes au monde où il fait bon vivre. Mais la capitale grand-ducale monte sur la plus haute marche du podium en termes de sécurité
2. UNE BOMBE NOMMÉE TVA À 17 %
La TVA à 17 % s’applique désormais sur les indemnités des administrateurs indépendants. Le directeur de l’AED confirme cette « mauvaise nouvelle », mais assure que l’administration restera indulgente.
3. LUXRADAR DÉPASSE
LES 1.000 TÉLÉCHARGEMENTS
L ’application lancée par un étudiant en informatique de l’Uni fonctionne comme un avertisseur de contrôles de vitesse mobiles –et bientôt fixes.
CULTURE
Et vous, vous faites quoi ce week-end ?
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de conférences. (Photos : Nelson Coelho)
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10 radars fixes sont désormais en service sur les routes luxembourgeoises.
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Le 2 mars, Deloitte et Elvinger Hoss Prussen ont organisé la Cross Border Conference. Celle-ci a rassemblé 600 personnes au Centre européen
THE OWL
Haute tension et truffe trop fade
FABIEN RODRIGUES
Gare aux micros cachés ! Chaque mois, notre collaborateur Fabien Rodrigues laisse traîner ses oreilles dans les afterworks les plus animés de la capitale pour nous offrir un condensé des ambiances les plus intenses et des thèmes qui font débat.
llez savoir si c’est l’imminence des beaux jours, la perspective d’arriver au bout d’un non-hiver aussi moche et médiocre que les joutes verbales entre Donald Trump et ses adversaires dont nous abreuvent de manière jouissive les médias mondiaux chaque jour, la crise des migrants, le nouveau radar de la rue de Hollerich ou bien l’éradication de la Tartelette Tentation Chocolat de la carte Oberweis, mais une chose est sûre : les afterworkers de ce mois de mars sont tendus ! Échauffement des esprits, collisions idéologiques et indignations en tous genres, il ne manque en général que l’étincelle éthylique pour faire exploser l’atmosphère... À l’instar du débat de haut vol qu’entretiennent Jezabel et Amir, tous deux employés dans un Big Four identifiable à la couleur idoine du badge pendant encore à la ceinture des deux collègues... Le sujet semble primordial puisqu’il implique la présence simultanée de plusieurs partners dans le même espace confiné muni de sièges et d’un projecteur
quelques jours plus tard et qu’ils « risquent d’avoir faim après la conf’ ». Jezabel, visiblement en première ligne des événements, semble aussi révoltée que fébrile : la dernière fois, le traiteur aurait oublié d’apporter le Glenmorangie 12 ans d’âge pourtant explicitement demandé / exigé par Wolfgang, l’un des partenaires les plus intraitables du cabinet, et l’œuf bio truffé cuit à basse température aurait clairement manqué de punch. Impardonnable. « Ça m’apprendra à faire confiance à la nouvelle ! » Amir affiche quant à lui un agacement à la fois contenu et respectueux. En effet, est-ce que la planète va s’arrêter de tourner si la truffe de Wolf était un peu fadasse ? N’y a-t-il vraiment rien de plus grave qui mérite l’ire de Jezabel ? « Et puis tu fais ça depuis plus de 10 ans, prends donc un peu tes responsabilités ! », conclut-il avant d’aller commander une tournée-enterrement-de-hachede-guerre afin d’apaiser la tension. Résultat non garanti...
Antonio, Ghislaine et Tania ne sont pas en reste niveau tension. À peine sortis de leur agence de pub de Bonnevoie qu’ils se sont dirigés d’un pas décidé vers leur nouveau QG situé à quelques rues de l’ancien, non loin de la gare, pour le plus grand plaisir de Ghislaine, la comptable frontalière. Mais ce soir-là, celle-ci en a gros sur le cœur et semble beaucoup moins soucieuse de ne pas louper le train de 19 h 47 que de déballer son sac : « Cette nouvelle organisation, c’est n’importe quoi ! »
Le mercato hivernal de la communication et le départ de quelques collaborateurs-clés semblent en effet avoir eu comme conséquence un réaménagement hiérarchique et thématique de l’agence qui n’est pas du goût de tous. Antonio, le DA 3.0, a d’ailleurs tweeté discrètement son désarroi plus tôt dans la
journée, c’est pour dire ! Tania, qui a apparemment bénéficié du remaniement, tente de calmer les esprits : « C’est une question de temps, je suis sûre que Paul sait ce qu’il fait ! », une remarque qui lui vaudra un haussement de sourcils lourd de sens de Ghislaine et un « hashtag lèche-bottes », signe des doigts à l’appui, du volubile Antonio... Prometteur ! Enfin, les ambiances électriques ne sont pas réservées à la seule capitale... Les villes du Sud, par exemple, possèdent elles aussi leur lot d’employés et d’entrepreneurs moralement essoufflés qui aiment à noyer temporairement les petits soucis et les grandes interrogations dans quelques verres avant le retour au bercail. Mario et Pit se sont ainsi donné rendez-vous dans un nouveau bar branché de Dudelange avant d’aller retrouver leurs familles respectives. Et alors qu’ils fument avec emphase une cigarette sur le perron, face à l’hôtel de ville, chacun invective l’autre quant à sa ville d’origine. Car ces deux-là ont réussi à devenir amis en dépit de ce qu’on pourrait qualifier de derby de la Minett : l’un est un inconditionnel d’Esch-sur-Alzette, l’autre Dudelangeois jusqu’à la moelle. C’est ce dernier qui dégaine le premier : « Mais Esch, c’est mort ! J’ai traversé la rue de l’Alzette la dernière fois, j’avais l’impression d’être dans Vanilla Sky, j’étais tout seul ! » Puis Pit met en avant la diversité culturelle et les nombreuses activités dont bénéficie sa ville, avant que Mario n’enchaîne avec une superbe contre-offensive : « Tu vas voir quand Belval sera fini, tu feras moins le malin. Rappelle-moi où aura lieu le concert de Scorpions... ? », mettant en avant l’avenir universitaire et commercial du nouveau quartier eschois. Égalité, balle au centre, une dernière pour la route. C’est la maison qui offre !
Dans cet index sont reprises les entreprises, les personnalités et les publicités apparaissant dans ce magazine.
A
Adem 82
Administration de l’enregistrement et des domaines 87
Administration des contributions directes 16, 78, 86
Aegan 67
Afakir Jamal 24, 37
Agence spatiale européenne 68
Air Brussels 116
Ajilon 108
Aker Edgard 54
Alfi 14, 87, 92
Allen & Overy 24, 34, 118
AllianceBernstein 108
Almeida Francisco 106
Alphabet 106 Amazon 74
Apateq 96
Aperam 70
Applecross Trading Limited 94
ArcelorMittal 70, 76
Ardian 65
Arendt & Medernach 24, 34, 118
Argaud Mathilde 81
Armstrong-Cerfontaine Alexandrine 118
Association d’assurance accident 76
Association pour la vente directe 67
Atoz 24, 33, 37
Atten Christophe 66
Autopolis 106
B
Baadali Nadia 54
Bams Julie 106
Banco Popolare Luxembourg 86 Bank of China 98
Banque de Luxembourg 19
Banque Degroof Luxembourg 86, 88
Banque Havilland 86
Banque mondiale 96, 101
Banque Raiffeisen 85, 98
Barthel Bertrand 108
Bausch Nathalie 86
BCEE 65, 70, 74
BDO 34
Beauloye Vincent 70
Becca
Bedós Carola 108
Berna-Ost Danièle 92
Berns Alphonse 16
Bettel Xavier 24, 54
BGL BNP Paribas 16, 94, 98, 106, 108 Bil 16, 23
Billon Christian 68
Biltgen François 48
BNP Paribas 74
BOB = Best of Belgium 116
Bock Georges 48, 93
Bodry Alex 24, 33
Bodson Benjamin 108
Bolloré Vincent 14
Bonn Steichen & Partners 118
Brasserie nationale 67
Brausch Freddy 118 Braz Félix 52 Brusi Alberta 98 Brussels export 64 Buck Nicolas 134 Burg Werner 86
Business club belgo-luxembourgeois 96 Business Initiative 134
C
Caceis Luxembourg 108 Cactus 68
Cardif Lux Vie 106
Cargo B Airlines 78
Cargo B Services 78
Carneggie Dale 30
Castegnaro Cabinet d’Avocats 118
Castegnaro Guy 118
Casting 82
Cecom Fiduciaire 108
Center for Systems Biology Luxembourg 48
Chalair 66
Chambre d’agriculture 53
Chambre de commerce 24, 48, 53, 64, 84, 100
Chambre des députés 14, 33
Chambre des notaires 52
Chaouche Fatima 40
Chatillon Olivier 81
Chong Li Kwong Wing Kee 94
Cirasa Giovanni 106
Citibank 98
Classique International Limited 94 CLC 67
Clifford Chance 118
Closener Francine 48, 56
Colin Denis 36
Commissariat aux assurances 16
Commission des finances et du budget 86, 100
Commission européenne 48, 53, 54, 92 Complix 48
Connected Rope 81
Conseil d’État 52, 53, 86, 100
Conseil de l’Union européenne 16, 100
Conseil économique et social 16
Consorte Giovanni 94
Cour de justice de l’UE 86
CSSF 86, 87, 92, 100
CSV 24
CTG 47
Cuffaro Pierre 106
D
D’Ieteren 108
Datacenter Luxembourg 108 David Bernard 38 de Bruyne Geert 88 de la Bachelerie Valérie 98 De Vrijer Erik J. 24 Decathlon 66 DeepDyve 68
Delbecque Bob 116
Delhaize Luxembourg 108
38, 39, 74, 94, 106
69
Claude 66
Lëtzebuerg 54, 93, 134
(La)
G
G20 92
G8 76
Galerie Zidoun 123
Gantenbein Pol 53
Garage Etoile 82
Garage Intini 21
Garcia Frey Alfonso 81
Gartenmann Partner Holding AG 96
Gaul Christophe 38
Genii Capital 80
Gerges Marc 108
Giacometti Jonathan 108
Gillin Arnaud 101
Goergen Marilyne 108
Goodman Patrick 101
Goodyear 24, 48, 86
Gramegna Pierre 100
Grant Thornton Lux Audit 87
Graphisterie Générale 106
Gravity Motorsport 80
Guebs Pierre-Frédéric 106
Guill Jean 100
H
Hames John 33
Hamm Julia 36
Hance Law Avocats 118
Hance Olivier 118
Hartemann Philippe 66
Headstart 38
Heavy Engineering Corporation 67
Heinrich Georges 16
Heintz Guy 16
Henni Lilia 36
Hermès 2
Hoche Partners Trust Services 108
Hoffmann Anne 140
Hoffmann Guy 85
Hollander Eric 116
Hommel Patrick 92
Hop 66
Horesca 140
Houser 81
Hron Antoine 81
HRT Group 108
HUB Institute 116
Humbert Gianni 106
I
ICT Seed Fund 134 Idea 134
Belgique
Life Luxembourg 106
101 Insead 62 Institut der deutschen Wirtschaft 32 Institut für Wirtschaftsforschung 30
Integrale Luxembourg 108
Integrated Biobank of Luxembourg 48 Invest AM 108 IWI 106, 156
J
JCI 91 JTC Signes 108
K
KBL epb 108, 155
Kenens Séverine 108
Kettels Tom 54
Keusters Patrick 88 Kia 21
King & Wood Mallesons 118 Kirsch Guy 30 Klap 81
Klesen Marcel 48
Koepp François 140
KPMG 12, 37,48,93
Kralowetz 78
Krawczykowski Raymond 38
Krecké Jeannot 48
Kreditanstalt für Wiederaufbau 101 Krinks Frank 86
L
Labbé Sébastien 37
Laidebeur Olivier 58
LCGB 36 Le Temps 86
Lecompte & Partners 10, 58
Lecomte & Partners 58
Lemestrez Xavier 106 Lentz Thomas 106
Léonard Fabrice 108
Lesage Thierry 24, 34
LGT Capital Partners 108
Lhosmot Antoine 74 LIH 106
Linklaters 118 LNS 66, 106
Lombard Odier 108
Lopez Gerard 80
Lot Polish Airlines 67 Lotus F1 80
LSAP 24, 33, 40, 56 LSK 87
Lu-Cix 66
Lundquist Erika 98
Lux Éric 86
Lux Events 73
LuxairGroup 106
Luxconnect 54
Luxembourg Air Rescue 79
Luxembourg BioHealth Cluster 48
Luxembourg Ecoinnovation Cluster 48
Luxembourg for Finance 86, 87
Luxembourg for Tourism 140 Luxembourg Future Fund 67, 134
Luxembourg Institute of Health 66
Luxembourg School of Finance 35 Luxempart 14
Luxexpo 123
Luxinnovation 48, 81, 93, 134 LuxTrust 67, 106
Milinkiewicz Julien 108
MindForest 56
Ministère de l’Agriculture, de la Viticulture et de la Protection des consommateurs 53 Ministère de l’Économie 96, 134
Ministère de l’Éducation nationale 134
Ministère des Finances 16, 100
Noosphere Brand Strategy 106
Nutri-Bay 66 Nyuko 66, 134
O’Donnell Keith 24, 33
OCDE 16, 92, 134
Office du Ducroire 48
Office Freylinger 58
OHB System 68
Olos Fund 86
Olympia Capital Management 108
Ordre des avocats du Barreau de Luxembourg 52
Organisation internationale du travail 76
P.ARC Luxembourg 96
Paladin European Cyber Fund 67
Paluch Stefanie 116
Parlement européen 100
Patris Asset Management 106
Paul Wurth 67
Pavisse Magaly 108
Pedretti Marc 108
Pedrini Vincent 81
Pellissard Mélanie 58
Petercam 88
Peters Martine 76
Pex Kim 106
Pheulpin Nicolas 106
Piot Wim 24, 40
Police grand-ducale 56
Post Telecom 41, 54
Post Luxembourg 68, 85
PROgroup 108
PwC 24, 40, 74, 87, 96, 106, 111
PwC Luxembourg 111
Dans cet index sont reprises les entreprises, les personnalités et les publicités apparaissant dans ce magazine.
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Florence Thibaut (F. T.) florence.thibaut@maisonmoderne.com
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directeur de la publication
Mike Koedinger
rédacteur en chef
Jean-Michel Gaudron
cover Vinzenz Hölzl
photo Jan Hanrion (Maison Moderne)
Marie-Astrid Heyde
rédacteurs
Fabrice Barbian
Sébastien Lambotte
Fabien Rodrigues
photographes
Sven Becker
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Eric Chenal
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Courrier BP 728, L-2017 Luxembourg
directeur associé Francis Gasparotto (-301)
sales manager magazines et guides Vincent Giarratano (-321)
assistante Nathalie Sohn (-305)
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administration Isabelle Ney (-014)
STUDIO GRAPHIQUE
directeur associé Guido Kröger
directeur de la création
Jeremy Leslie
studio manager Stéphanie Poras
directeur artistique Vinzenz Hölzl
mise en page Stéphane Cognioul (coordination), Monique Bernard, Tae Eun Kim, Sophie Melai, Zoë Mondloch, Nathalie Petit, Patricia Pitsch, Stephanie Post, Olga Silva, Sascha Timplan
impression Imprimerie Centrale
Maison Moderne ™ www.maisonmoderne.com Téléphone (+352) 20 70 70 E-mail publishing@maisonmoderne.com Courrier BP 728, L-2017 Luxembourg Bureaux 10, rue des Gaulois, Luxembourg-Bonnevoie EU
fondateur et ceo
Mike Koedinger
directeur administratif et financier
Etienne Velasti
Maison Moderne est un partenariat de Francis Gasparotto, Jean-Michel Gaudron, Mike Koedinger, Guido Kröger, Rudy Lafontaine et Etienne Velasti. Jean-Claude Bintz (président), Francis Gasparotto, Mike Koedinger, Guido Kröger, Daniel Schneider et Etienne Velasti (membres).
Prochain numéro 28 avril 2016
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ISSN 2354-4619
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Tableau de bord
CHIFFRE DU MOIS :
%
En 2014, le taux d’emploi des femmes âgées de 20 à 64 ans était de 64,9% (contre 77,7% pour les hommes). Depuis le début du siècle, ce taux croît de manière continue chez les femmes (il n’était que de 53,8% en 2000), alors que celui des hommes montre une légère tendance à la baisse (il était de 81% en 2000).