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Comme une brebis au milieu des loups (OUR2093)

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Comme au milieu une des brebis loups

L’incroyable histoire d’un Afghan devenu chrétien

Comme une brebis au milieu des loups

L’incroyable histoire d’un Afghan devenu chrétien

Comme une brebis au milieu des loups

Titre original en italien : Figlio di una serva

© Porte Aperte

Casella Postale 114

I-37057 San Giovanni Lupatoto VR - Tél. +39 045 6631224

www.porteaperteitalia.org info@porteaperteitalia.org

© édition française : Ourania, 2026

Case postale 50

CH-1032 Romanel-sur-Lausanne, Suisse info@ourania.info

Tous droits réservés.

Traduction : Olivia Festal

Conception de la couverture : Visuall Communication, Genève

Sauf indication contraire, les textes bibliques sont tirés de la version Segond 21 © 2007 Société Biblique de Genève www.universdelabible.net

Les textes du Coran sont tirés du Saint Coran et de la traduction rapprochée du sens de ses versets en français, par le professeur Muhammad Hamidullah.

ISBN édition imprimée 978-2-88913-093-1

ISBN format epub 978-2-88913-652-0

ISBN format pdf 978-2-88913-846-3

Imprimé en France par Sepec numérique

Prologue

Hérat, Afghanistan, début des années 80

Le parfum des vignes, agréable odeur des raisins mûris au soleil, embaume l’air, tel un souffle provenant du poumon de la terre. Porté par un vent chaud, il procure aux soldats engourdis une sensation bienfaisante.

Mal à l’aise sous son casque, qui irrite le cuir chevelu de son front et lui provoque des démangeaisons, Nasiry ne se sent pas l’âme d’un vrai soldat. Il a pourtant suivi une formation préparatoire de six mois. Mais, fils d’une servante, jeune Hazara1 exilé en terre pachtoune, il est berger de métier. Il est en outre un être pensant, un esprit vif, une âme qui se pose d’innombrables questions sur le sens de la vie et l’origine des magnifiques nuances qui peuvent colorer le ciel d’Afghanistan. Non, assurément, Nasiry n’est

1  Minorité ethnique qui est l’objet de discriminations de la part de certaines autres ethnies. (N.d.E.)

Sa tête le démange et, sous l’effet de la chaleur en cette fin d’été, la sueur coule le long de son échine. Immobile, Nasiry attend les ordres du sergent, homme barbu aux yeux creusés par la haine, haine de la triste existence qui lui est échue de la part du « destin ».

Le front ne se trouve qu’à quelques pas. L’ennemi aussi est là, caché quelque part, se dissimulant dans le paysage, insatiable démon, voué à la défense de sa terre jusqu’à la mort. Nasiry et ses compagnons de l’armée régulière ont peur des moudjahidines. Car chacun de ceux qui connaissent ce territoire le sait : les combattants de la guerre sainte2 n’abandonneront pas un seul centimètre carré de sol poussiéreux sans l’avoir préalablement abreuvé de leur

2  Signification de « moudjahidines », terme qui désigne les combattants de diverses armées de libération islamique. (N.d.E.)

Comme une brebis au milieu des loups pas un guerrier. Son existence de berger, simple et rythmée, lui manque, tout comme la symphonie de bêlements qu’interprètent ses brebis, la présence rassurante de son chien qui n’a pas de nom et, enfin, le profond sentiment de liberté qui s’est emparé de tout son être. Sans aucun doute, il n’est pas fait pour être soldat. Mais la guerre, cruel despote, est d’une insensibilité implacable envers ses sujets. Cause d’existences inutilement sacrifiées, elle dépouille l’homme de sa dignité et en fait une marchandise interchangeable, exclusivement destinée à satisfaire les appétits de pouvoir ou la soif de divertissements purement gratuits.

propre sang ou du sang de l’envahisseur soviétique et de ses alliés du gouvernement afghan.

Combien mon troupeau me manque ! songe-t-il.

« Nous installerons le campement au milieu de ce vignoble ! Les branches, les feuillages et les sillons seront utiles pour notre camouflage. Le commandant compte sur nous dès 8 heures demain matin. Que chacun soit prêt ! Et d’ici 14 heures aujourd’hui, je veux que les 250 m² de terrain qui se trouvent devant vous soient entièrement défrichés, prêts pour l’installation des tentes ! Vous avez déjà reçu des instructions très précises sur la manière de procéder au débroussaillage ; alors, au travail ! » ordonne d’un ton sans appel le sergent afghan, sous les yeux de quelques officiers soviétiques qui l’observent à distance, appuyés contre une jeep.

Hérat, cité antique, avec sa citadelle construite par Alexandre le Grand, n’est qu’à quelques kilomètres. Le conflit ravage le pays. Depuis la prise de Kaboul par l’Armée rouge, en décembre 1979, et en raison de la réaction des différents groupes rebelles de moudjahidines, les Soviétiques contrôlent désormais une partie de la République démocratique d’Afghanistan.

L’armée gouvernementale, leur alliée, est quant à elle en pleine décomposition : transfuges, fuites et désertions sont monnaie courante. Un mouvement qui semble irrépressible, mais que les Soviétiques tentent d’endiguer par tous les moyens, en faisant preuve d’un mépris croissant pour ce peuple meurtri et en utilisant ses soldats comme

chair à canon, comme cobayes pour les actions les plus risquées, menées contre leurs frères des factions rebelles.

Tout est absurde : le conflit afghan, la guerre froide, l’invasion soviétique, l’instabilité du gouvernement, la destruction du pays, la corruption, puis la longue liste des petites et grandes cruautés dont seul l’homme est capable sur cette terre. Oui, tout est absurde. Et Nasiry le sait, tandis qu’au milieu de la troupe de soldats réquisitionnés pour le travail de débroussaillage, il murmure un « oui-monsieur » d’une voix étouffée.

Quel gâchis c’est, d’arracher ces vignes ! se dit-il. Mais le sergent semble avoir deviné sa pensée. « Allez, on s’y met immédiatement ! » hurle-t-il à l’intention du jeune Afghan. Des mots qui ne tolèrent aucune hésitation. Nasiry s’empresse donc de rejoindre l’équipe de défricheurs. Il attrape une pioche qu’il cale sur ses épaules, puis traverse la route de terre qui mène jusqu’au vignoble. Levant les yeux, il regarde haut dans le ciel, ce merveilleux ciel afghan qui lui est si familier et qui accompagne ses rêveries lorsqu’il veille sur son troupeau. Un nuage attire alors son attention. Il a la forme d’un mouton, c’est certain ! En silence, il esquisse un sourire.

« Nasiry, aujourd’hui, pas de repas de midi, je te le dis ! » lui lance, dans un souffle, le soldat qui se trouve à ses côtés. Un Hazara, lui aussi, au visage enfantin, et qui le suit partout.

Empruntant un sentier qui part de la route, Nasiry passe à côté d’un véhicule blindé utilisé pour transporter

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les troupes, puis il arrive à la parcelle de vigne. Il se dirige vers la première rangée de plants, tandis que les membres de son bataillon se dispersent derrière lui. La respiration haletante, il sent le doux parfum des raisins fakhry, prêts à être récoltés puis transformés en raisins secs abjosh. Et, l’espace d’un instant, l’impression de pouvoir disparaître dans cette terre meuble l’enveloppe.

Alors qu’il avance, soudain, un bruit sec se fait entendre : un claquement métallique sous sa botte gauche. Durant quelques millièmes de secondes semblables à des minutes, un sentiment de terreur et de stupéfaction le fige sur place. Le regard fixe, il comprend qu’il a dû déclencher l’explosion d’une mine antipersonnel.

Puis, il voit clairement la terre se soulever sous son pied, comme si une méchante créature surgissait brutalement des antres de la terre, pour le déchirer et l’emporter.

La déflagration est brutale.

Il se sent projeté dans les airs, dans une sorte de pirouette incontrôlée. Puis il sent la poussière, l’odeur nauséabonde dans ses narines. Et des cris glaçants retentissent. Des cris qu’il ne pourra d’ailleurs jamais oublier et qui viendront hanter ses cauchemars pendant longtemps. Des cris déchirants, semblables à ceux d’un animal qu’on égorge froidement. Des cris violents et implorants. Des cris tout simplement inhumains.

Ses cris.

Son sang. Ses jambes.

1 Fils d’une servante

Début des années 60, province de Kandahar, Afghanistan

Le coup frappe le petit Nasiry à la nuque avec une précision chirurgicale.

« Bon à rien ! » siffle son oncle.

Les raisons de cette dureté ? Aucune, si ce n’est qu’il est le fils de la servante.

Petits éleveurs et cultivateurs, les membres de la famille de Nasiry font partie de la dynastie barakzaï et de la tribu durrani, particulièrement présente dans la province de Kandahar1. Une région qui, quelques décennies plus tard, deviendra le centre du mouvement taliban.

1  Une des plus grandes provinces du pays, qui a pour capitale la ville du même nom et qui est habitée majoritairement par des Pachtounes, l’ethnie dominante. (N.d.E.)

La dynastie barakzaï, ayant donné naissance à de nombreux émirs, rois, princes et princesses, compte parmi les clans les plus respectés de l’ethnie pachtoune. Mais Nasiry, lui, n’est pas un Pachtoune. Contrairement à la majeure partie de sa famille, il appartient à l’ethnie hazara, dont les membres ont des traits différents. Autrefois majoritaires en Afghanistan, ils ont été par la suite méprisés et persécutés et sont devenus une minorité ethnique mal vue, tout cela pour des raisons religieuses. Traditionnellement, en effet, les Pachtounes sont musulmans sunnites, tandis que les Hazaras sont d’obédience chiite.

Nasiry est très différent du reste de sa famille, tant par ses traits, typiquement hazaras, que par son tempérament, plus doux et plus enjoué. Il a « deux mères », mais celle qu’il aime, celle qui l’a porté et serré contre son cœur, celle qui est sa véritable mère, c’est Hasti. L’autre est simplement la première épouse de son père, un homme respecté localement, qui est mort quand Nasiry n’avait que 2 ans. Son seul souvenir de ce père est une photo en noir et blanc, abîmée par le temps, qui trône dans le grand salon de l’habitation principale. Un portrait qu’il n’a pu voir que quelques rares fois, lorsqu’il a été autorisé à pénétrer dans la maison. Car son logement à lui consiste en une maisonnette située à proximité des bêtes.

Son quotidien est rythmé par le travail avec les animaux. À 11 ans seulement, Nasiry doit en effet s’occuper des brebis – un travail rude et difficile –, sous les ordres de son oncle, homme bourru, au cœur dur comme le cuir

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du fouet qu’il utilise pour frapper tantôt les bêtes, tantôt le jeune garçon.

Peut-être est-ce à cette époque que naît dans le cœur de Nasiry le profond désir de distinguer le bien du mal. D’un côté, il voit vivre son oncle et les autres membres de sa famille élargie, colériques, agressifs et partisans d’une pratique rigoriste de l’islam (mais uniquement dans certains aspects de leur vie) . De l’autre, il apprécie la présence de sa mère aimante, à la voix douce et accueillante. D’ailleurs, son chez-lui n’est pas un endroit spécifique. Non, ce qui fait qu’il se sent « à la maison », ce sont les jolies mélodies chantées par sa mère.

Il a huit frères et sœurs, dont sept sont issus du premier mariage de son père. Seule une sœur, plus âgée que lui, est aussi une fille de Hasti, sa véritable mère. Hasti : un nom qui signifie « univers ». Et, parfois, durant les rares moments où les autres membres de la famille sont absents, Nasiry l’entend chanter, tandis qu’elle accomplit ses dures corvées ménagères. Il ferme alors les yeux et voit s’ouvrir devant lui tout un univers d’images, d’histoires, de couleurs et de cerfs-volants bariolés voltigeant dans le ciel.

Mais personne, dans la famille, n’appelle sa mère par son prénom, car pour tous, elle n’est que « la servante ». Certes, dans leur culture, il n’est pas inhabituel que les hommes parlent des femmes comme si elles étaient des « objets » – au même titre qu’une chèvre ou un couteau –, mais le mépris avec lequel sa mère est traitée remplit le cœur du jeune Nasiry d’un sentiment de profonde indignation.

Comme au milieu une des brebis loups

Cristian Nani

Nasiry, qui appartient à une minorité ethnique méprisée, grandit dans la pauvreté de l’Afghanistan rural. N’ayant d’autre choix que de devenir berger, il survit à une attaque contre son troupeau, puis, un peu plus tard, est gravement blessé lors d’une manœuvre militaire. Désespéré, il cherche des réponses, mais ne les trouve pas dans l’islam. Sa vie semble dans une voie sans issue. Pourtant, alors qu’il participe à un programme de rééducation physique, il fait des rencontres qui vont lui apporter une lueur d’espoir et finir par changer son existence du tout au tout. Mais le risque sera au rendez-vous…

Ancien journaliste, Cristian Nani est engagé dans l’organisation Portes Ouvertes depuis 2008, et il en dirige la branche italienne depuis 2015. Ce travail l’a conduit à effectuer plusieurs voyages dans des pays où les chrétiens sont persécutés, en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie et en Amérique du Sud. Il habite le nord-est de l’Italie.

À la lecture de ce livre, ma prière pour les chrétiens afghans a été renouvelée. Et je suis certain qu’il en sera de même pour vous. J’en suis convaincu : ce témoignage bouleversant vous touchera autant qu’il m’a touché ! Philippe Fonjallaz, directeur de Portes Ouvertes Suisse

CHF 19.90 / 18.50 €

ISBN 978-2-88913-093-1

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