QUÉBEC VO2 #12 | DÉCEMBRE 2O17 LES CHARBONNIERS DE L’ENFER ART À BOIRE LA PARITÉ EST-ELLE RÉALITÉ? UN CINÉMA DE HOCKEY LA POLITIQUE DU 1% CATHERINE DORION LOUISE LECAVALIER
MARIANA MAZZA Abonnement 12 numéros: 24$ + tx voir.ca/abonnement
parce que le monde a besoin d’artisans-créateurs
Marie-Claude Bilodeau Dion, Songe (détail), 2014 (photo : Étienne Dionne)
La Maison des métiers d’art de Québec (MMAQ) est un centre de formation, de création et de recherche en céramique, en sculpture et en textile.
Un milieu de vie et de travail unique en son genre
Vingt-cinq ateliers, vastes, ensoleillés et très bien équipés, répartis sur sept étages, en plein cœur du dynamique quartier Saint-Roch, à Québec.
Une programmation d’activités spécialisées et pour tous • Formation collégiale (avec le Cégep Limoilou) • Classes de perfectionnement pour les artisans • Conférences • Ateliers grand public (niveaux débutant, intermédiaire et avancé) • Camps d’été (pour les jeunes et les adultes)
À la MMAQ, savoir-faire ancestral et innovation se conjuguent dans un seul but : contribuer à l’essor des nouvelles pratiques en métiers d’art. Parce que le monde a besoin d’artisans-créateurs.
« J’ai toujours créé toutes sortes de choses. Toute petite, déjà, je disais que j’apprendrais un jour à tisser. En 2010, je me suis inscrite en Construction textile, et j’ai appris le tissage, le tricot, la couture, la teinture et plein d’autres techniques reliées à la transformation du tissu. J’ai maintenant ma propre entreprise de création d’objets textiles. » Marie-Claude Bilodeau Dion (DEC Techniques de métiers d’art - option Construction textile)
Maison des métiers d’art de Québec 367, boul. Charest Est Québec (Québec) G1K 3H3 | 418 524-7337
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À sa sortie en 1993, elle devint la première bière forte brassée au Canada. De ce fait est née l’idée d’associer son nom et son image à la damnation d’un pacte avec le diable. L’illustration de la chasse-galerie, une légende bien ancrée dans l’imaginaire québécois, la représente remarquablement. Rouge et chaude comme l’enfer, toute en finesse et en équilibre, elle vous surprendra par la douceur de son goût caramélisé et sa finale épicée.
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QUÉBEC | DÉCEMBRE 2017
RÉDACTION
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Maxyme G. Delisle | leconsulat.ca
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«J’AIME MONTRER LES CORPS PAS ASEPTISÉS, ET C’EST JUSTEMENT CE QUE J’AI, UN CORPS PAS ASEPTISÉ. JE TROUVE ÇA BEAU LES CHOSES QUI SONT PAS TIGHT.» Photo | Maxyme G. Delisle (Consulat) Assistante | Kelly Jacob Maquillage / Coiffure | Laurie Deraps (TEAMM) Production Consulat | Martine Goyette
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SCÈNE
Catherine Dorion Louise Lecavalier
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MUSIQUE
Les Charbonniers de l’enfer
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CINÉMA
La parité est-elle réalité? Un cinéma de hockey
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ART DE VIVRE
Art à boire
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LIVRES
À la table des philosophes Trois jours chez ma tante Les noyades secondaires
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ARTS VISUELS
La politique du 1%
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QUOI FAIRE CHRONIQUES
Simon Jodoin (p6) Mickaël Bergeron (p16) Monique Giroux (p24) Normand Baillargeon (p34) Alexandre Taillefer (p48)
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VO2 #12
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SIMON JODOIN THÉOLOGIE MÉDIATIQUE
CONFIANCE ET TRIANGLE DES BERMUDES ILLUSTRATION | ERIC GODIN
Le froid venait de s’installer et je sentais que le monde pourrait bientôt être avalé dans le feutre du silence saisonnier. En cette dernière fin de semaine de novembre, on allait célébrer le Black Friday et le Cyber Monday, sorte de rituels au sein de la sainte Église des grandes surfaces. Je lisais dans les grands titres que Caroline Néron avait lâché un pet sur Instagram question d’annoncer 25% de rabais sur ses bougies au parfum de vanille exquise. Vivement la venue du messie. Aucun doute, pour le repas de Noël, les canards seront bien gavés. Nous sommes, à bien des égards, des animaux d’élevage. Cette même fin de semaine, les frustrés des testicules qui se rassemblent sous la bannière de La Meute allaient manifester à Québec à l’occasion du congrès du Parti libéral. Que voulaient-ils dire? Allez savoir. On sait qu’ils sont fâchés et ça devrait suffire. Contre le niqab, contre le kirpan, contre le gouvernement, contre le mal intégral et toutes ces questions qui nous gardent captifs devant le téléviseur. N’allez surtout pas les taxer d’extrême droite, ils vous traiteront d’inventeurs de fausses nouvelles. Sauf que, voilà, quand les loups hurlent, tous les rasés du crâne et les fachos du gland se sentent appelés. On a assez tourné autour du pot pour savoir ce qu’il y a dedans. L’odeur ne ment pas. En face de ces joyeux drilles se dressaient, comme d’habitude, les combattants de l’extrême gauche manière ninjas masqués, antifas assoiffés de justice et paradeurs du grand soir. Eux aussi se sentent appelés lorsque les loups se mettent à jouer du coude. On n’attire pas les mouches avec du vinai gre, mais avec de la marde, ça marche plutôt bien. Depuis le temps qu’ils cherchent du monde à faire
taire et des complices du grand capital à guillotiner, ils ont trouvé chez les fachos de fin de semaine un combat à leur hauteur. À la boxe comme en politique, il faut jouer des poings avec un adversaire du même calibre que soi. Les extrémistes se battent donc entre eux et ont ainsi le sentiment de lutter pour quelque chose en espérant une victoire momentanée, jusqu’à la prochaine chicane. Ces quelques crinqués du combat se nourrissent mutuellement. Ils se bouffent les uns les autres dans une sorte d’eucharistie où chacun se voit comme le sauveur. Ce qui attire l’attention, ce n’est pas tant leurs positions respectives, mais le spectacle qu’ils offrent. Ils ne discutent pas, ils performent. Mais à Québec, ce jour-là comme je vous disais, c’était le congrès du Parti libéral. On s’attendait donc à quelques réactions de la part des politiciens. Après tout, les troupes de Philippe Couillard avaient en quelque sorte dressé le chapiteau où les illusionnistes vont gagner leur pitance. Alors, ce spectacle, vous le trouvez comment? C’est Pierre Moreau, ministre des Ressources natu relles, qui a su trouver les mots qu’il faut pour commenter le travail de ces acrobates: «Je fais confiance aux Québécois, disait-il, et je sais que ce genre de discours là n’a pas beaucoup d’emprise.» Voilà. C’est dit. Ce sera pour moi le mot de l’année. La confiance... Ainsi, alors que se dressent les extrêmes les uns contre les autres, le politicien, lui, fait confiance à la sagesse du peuple.
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Fort bien. Mais, avec un peu d’audace, nous pourrions lui retourner la question. Dites-moi, Monsieur le Ministre. Les Québécois, eux, est-ce qu’ils vous font confiance? Car on comprend par ces mots que le lien essentiel entre les citoyens et ceux qui les représentent, c’est justement la confiance. Cette idée qui entraîne avec elle la franchise, la sécurité et, lorsque tout va bien, la conviction. C’est lorsque la confiance s’effrite, lorsqu’elle s’abîme, que les extrêmes trouvent une scène pour jouer aux hommes-canons. Je reprends la question: peut-on, Messieurs et Mesdames les Ministres et Députés, vous faire confiance? L’ironie était magnifique, car ce jour-là, donc, on avait invité Jean Charest pour discourir afin de célébrer l’anniversaire du Parti libéral. Vous voyez le tableau: pendant que les extrêmes, dehors, se battaient dans la slush de novembre, tout en haut, bien au chaud, au micro, un politicien faisait le fanfaron. Il a cru qu’on l’avait invité pour faire des blagues. Malgré les enquêtes, malgré les soupçons, malgré la corruption, la collusion, les magouilles et toutes ces chansons, malgré tout ce qui ronge la confiance, justement, il fallait rire, se moquer. Le spectacle était complet. Ébahi, le citoyen téléspectateur avait là, dans cet instant de téléjournal, toute la scène politique des dernières années illustrée en un seul moment. Pendant que des cons se battent, des fanfarons rigolent. Le citoyen, lui, n’est nulle part. On parlera de lui, vaguement, en prononçant des mots comme
«classe moyenne», «famille», «travailleur» ou «contribuable», comme lorsque le maître de cérémonie demande au public d’applaudir. Ces trois points, ainsi disposés, forment un triangle des Bermudes politique. À la base, deux extrêmes qui donnent dans la magie. Au sommet, un illusionniste. Si vous passez par là, vous disparaissez. Pouf! Tout s’évapore. C’est un grand mystère de notre époque. Et de quoi rigolait-on au juste, à ce congrès du PLQ? Jean Charest en avait contre deux choses: les médias et l’UPAC. C’était le clou du spectacle. Il faut le faire, dans un congrès du Parti libéral, d’aller ironiser sur la police et les journalistes sans qui toutes les magouilles politiques débarquées au cours des dernières années seraient encore enterrées dans l’épaisseur du secret de polichinelle. Ceux qui applaudissaient en riant devant l’ex-premier ministre demanderont au cours des prochains mois aux électeurs de leur faire confiance, encore. On verra ce qu’ils répondront. D’ici là, si on les prend un peu au sérieux, il faudra au moins leur dire que la confiance sans le doute, c’est simplement de la témérité. y sjodoin@voir.ca
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FEMME LIBÉRÉE DANS SON PREMIER ONE-WOMAN-SHOW, MARIANA MAZZA EXPRIME TOUT HAUT CETTE FÉMINITÉ QU’ELLE A SI LONGTEMPS REFOULÉE. MOTS | OLIVIER BOISVERT-MAGNEN
Sur scène comme en personne, l’humoriste montréalaise a la parole franche et spontanée. Celle qui aborde sans tabou son taux élevé de testostérone, son célibat et son rapport à la masturbation dans Femme ta gueule, spectacle qui connaît un succès retentissant partout au Québec, donne l’image d’une femme émancipée et complètement libre. C’est d’ailleurs ce mot, «libre», qui semble être le plus utilisé dans les médias pour la définir depuis sa première montréalaise au Théâtre Saint-Denis à l’automne 2016. Une épithète qu’elle prend avec un grain de sel. «La liberté, ça vient avec des échecs, des coups de poing dans la face. Personne n’est totalement libre à 27 ans», nuance la Montréalaise. «Par contre, c’est certain que je me libère de certaines affaires [avec mon spectacle]. J’ai été complexée sexuellement très longtemps. J’étais pas bien dans ma peau, je m’assumais pas dans ce que j’étais. Jusqu’à l’âge de 16 ans, je jouais au soccer et j’étais la fille sportive qui voulait pas s’habiller en moulant, qui se tenait avec des filles plus belles qu’elle. Par la suite, j’ai réalisé mes courbes, mes formes, je voulais le regard des hommes. Ça m’excitait, mais encore là, je savais pas comment assumer tout ça. C’est vraiment sur scène que j’ai commencé à le comprendre, même si au début, je m’habillais comme un p’tit gars avec une chemise d’armée, des studs pis des cheveux en crinière. Aujourd’hui, je suis un peu plus amazone, pas de maquillage.» De ses débuts comme animatrice de rue au festival Juste pour rire à sa tournée panquébécoise aux côtés de Virginie Fortin, en passant par sa révélation à En route vers mon premier gala et ses premières parties de Peter MacLeod en 2013 et 2014, Mazza a grandement évolué, autant comme femme que comme artiste. Plus de 170 000 billets vendus
PHOTO | MAXYME G. DELISLE (CONSULAT)
plus tard, ainsi qu’un Félix dans la catégorie du spectacle d’humour de l’année au dernier Gala de l’ADISQ, elle a appris à s’aimer et à apprivoiser son corps à travers le regard du public. «Je me trouve belle maintenant, affirme-t-elle. C’est drôle, parce que 90% des gens que je connais et qui sont devenus connus ont choisi de perdre du poids. Ils ont eu cet appel de la beauté, cet appel de se «chixer» que moi j’ai jamais eu. À la place, j’ai eu l’appel de me rendre femme avec plus de classe, d’être vulgaire avec plus de classe, de répondre à des questions et de réfléchir [durant mes spectacles]. Pour moi, ça, c’est plus être une femme que de me montrer les seins, de maigrir ou de montrer à tout prix que j’ai pas de bourrelets.» De là l’idée de notre couverture de magazine: une Mariana Mazza au naturel, exhibée sans artifices. «Mon but, c’est pas que ce soit provocateur, mais que les gens voient de quoi j’ai l’air pas maquillée, pas coiffée. J’ai toujours dit que j’aimais montrer les corps pas aseptisés, et c’est justement ce que j’ai, un corps pas aseptisé, avec mes tattoos et mon petit ventre. Je trouve ça beau les choses qui sont pas tight.» Mission d’authenticité À elle seule, cette mise à nue en dit long sur le processus d’acceptation de soi de l’humoriste qui, plus que jamais, veut se poser comme une référence ou un repère pour les jeunes complexés. Malgré le fait qu’il soit classé 16 ans et plus, une simple formalité «pour éviter les poursuites», Femme ta gueule attire son lot d’adolescentes chaque soir, selon ce qu’observe la principale intéressée. «J’ai pas la prétention de dire que je vais les éduquer sexuellement, mais j’ai la prétention de dire que je suis
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> passée par là et que j’ai confiance en moi. Surtout, je veux leur dire que la clé pour se libérer de ces complexes-là, c’est de parler aux gens, de poser des questions, de créer un lien humain et d’arrêter de se confier juste sur internet.» Bref, comme elle l’affirme elle-même, Mariana Mazza est «en mission». Consciente du privilège qu’elle a de pouvoir s’adresser à une foule à raison de trois ou quatre fois par semaine, elle se fait un devoir de livrer une version authentique d’elle-même, en évitant de romancer les histoires qu’elle raconte. «Je suis pas du genre à inventer des anecdotes, mais il se peut que j’exagère parfois une blague en la punchant avec une métaphore par exemple. Au-delà de ça, j’me sentirais coupable d’aller dire des fausses affaires pendant trois ans à tout le Québec. Ceux qui choisissent de faire ça, ils ont besoin d’attention, ils ont une vie plate et pas intéressante. Moi, j’ai une vie rocambolesque, alors quand t’es quelqu’un d’intense comme ça, la vie te redonne toujours de quoi d’intense...» En plus de lui fournir de la matière pour ses textes, ce côté décomplexé et irrévérencieux de sa person nalité lui a permis de se démarquer au sein de la communauté humoristique, notamment avec le numéro maintenant anthologique Sable dans le vagin, interprété dans un gala Juste pour rire en 2015 et visionné plus de deux millions de fois sur internet depuis. Dès lors, plusieurs Québécois l’ont adoptée ou bien rejetée en raison de son langage parfois trivial, de son «attitude de rebelle» et de ses affinités avec certains thèmes associés à l’humour trash, genre humoristique qu’elle rejette pourtant en bloc. «Si les gens pensent que je suis trash parce que je dis le mot plotte, tabarnak ou «ta yeule», c’est qu’ils n’ont jamais voyagé! s’exclame-t-elle. Dans le contexte de mes shows, un mot vulgaire, ça vient justifier une situation. Jamais je ne l’utiliserais pour uniquement déclencher une réaction! Ça me servirait à rien de charger 42 piasses à du monde pour les provoquer comme ça.» Reste que l’humour cru de Mazza en dérange plusieurs. Si elle permettait auparavant aux plus haineux d’entre eux de s’exprimer sur sa page Facebook, allant même jusqu’à leur répondre sur scène, elle a dorénavant choisi de censurer leurs propos. «J’enlève les messages négatifs automatiquement, dit-elle. J’ai pas choisi d’être humoriste pour me justifier à des gens qui ont pas de vie et, surtout, j’ai pas d’énergie à mettre sur des gens dont je remets même en cause l’existence.» Au lieu de broyer du noir, la Québécoise se garde en forme avec une discipline rigoureuse. Pour garder le cap et la flamme après 270 représentations du
«DANS LE CONTEXTE DE MES SHOWS, UN MOT VULGAIRE, ÇA VIENT JUSTIFIER UNE SITUATION. JAMAIS JE NE L’UTILISERAIS POUR UNIQUEMENT DÉCLENCHER UNE RÉACTION!» même spectacle, elle évite les dérapages alcoolisés, s’entraîne régulièrement, écrit presque quotidiennement et «mange beaucoup de protéines et de légumes pour avoir le plus d’énergie possible en une heure et demie». Désirant toujours se surpasser, elle fait constamment évoluer ses numéros. «J’ai enlevé une couple d’affaires que je trouvais trop littéraires, car je voulais quelque chose de plus viscéral. Après 200 fois, je finirais par m’emmerder à faire les mêmes gags, donc pour m’amuser, j’interagis avec les gens. À chaque show, y a une twist différente ou une parenthèse de confidence qui peut durer jusqu’à 30 minutes de plus. Les spectateurs font partie intégrante de mon humeur: si je suis exaltée, je vais improviser en malade et si je suis un peu plus en crisse, ils vont le savoir.» À l’aune de cette année extraordinaire, également marquée par ses débuts au grand écran québécois (dans les suites de Bon Cop, Bad Cop et De père en flic), Mariana Mazza devrait être en mesure de tirer son épingle du jeu au prochain Gala Les Olivier, là où elle est nommée cinq fois. Sans accorder une importance démesurée à ce genre de prix, elle admet croire en ses chances de remporter au moins une statuette. «En fait, je suis surtout contente et crissement fière de dominer les nominations dans un monde d’hommes comme celui de l’humour au Québec. En même temps, c’est cool, les nominations, mais qui s’entraîne pour aller aux Olympiques pis récolter le bronze?» y Gala Les Olivier 10 décembre (ICI Radio-Canada Télé) Femme ta gueule 22 et 23 décembre à la Salle Albert-Rousseau
« C’EST DIFFICILE DE
GARDER UNE CROSSTREK PROPRE TELLEMENT C’EST AMUSANT DE SE SALIR. » LA TOUTE NOUVELLE CROSSTREK 2018 adore se salir. Elle aime défier les
montées comme les descentes grâce à sa fonction X-Mode* et sa traction
intégrale symétrique à prise constante Subaru de série. Elle est prête à
tout. Ajoutez à cela son centre de gravité très bas et sa garde au sol relevée,
voilà votre Crosstrek toujours partante pour s’amuser, quelle que soit sa destination. Apprenez-en davantage sur subaru.ca/crosstrek
Photo à titre indicatif seulement. Le véhicule peut ne pas être équipé exactement comme sur la photo. Consulter le site Subaru.ca pour connaître tous les détails du programme. *X-MODE™ : de série sur les modèles CVT uniquement.
«NOUS, COMME ARTISTES OU TRAVAILLEURS DU MILIEU CULTUREL À QUÉBEC, ON VIT DANS LE VRAI MONDE. LA GAUCHE ET LES CRÉATEURS DE QUÉBEC ONT PAS LE CHOIX D’ÊTRE PLUS PUNKS. T’AS JUSTE PAS LE CHOIX PARCE QUE C’EST PAS CONFORTABLE! »
SCÉNE 13 VOIR QC
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JUSQU’À LA MOELLE
ELLE NOUS A OFFERT LES LUTTES FÉCONDES, FUCK TOUTE ET DEUX CAMPAGNES ÉLECTORALES AVEC OPTION NATIONALE. QUOI QU’ELLE FASSE, CATHERINE DORION SÈME RÊVES ET RÉFLEXIONS. MOTS & PHOTO | CATHERINE GENEST
Pour tant de gens, elle est cette actrice qui s’était présentée comme candidate dans la circonscription de Taschereau, cette étrangère sympathique armée d’un discours rafraîchissant. Une carrière politique courte mais marquante qu’elle a mise sur pause pour mieux se concentrer sur la création, la propagation de ses idées et de ses valeurs sur la scène plutôt qu’à la ville. Chez Catherine Dorion, l’art et l’engagement social s’entremêlent au quotidien. Elle est une inclassable, un électron libre, une fille sans cesse à cheval entre deux domaines, deux cliques. «Je vais me faire des ennemis en disant ça. Le théâtre, comme la politique, c’est un milieu avec ses politiciens qui gèrent de grosses enveloppes, qui décident de qui va travailler. Ils ont chacun leur gang, comme le Parti libéral a sa gang. (…) Je finis par gagner ma vie en faisant des ti-guedis, en faisant juste ce qui me tente. C’est pas dans un milieu, je ne veux pas appartenir à une gang. Je vais devenir pognée pour entretenir ma position… Quand tu mets de l’énergie là-dedans, tu ne la mets pas dans ton art.» Ce n’est pas un hasard si Marianne Marceau, directrice artistique du Jamais Lu de Québec, lui a confié la soirée de clôture de l’édition en cours. Elle lui a offert carte blanche pour la conception d’une œuvre en phase avec la thématique Je suis parce que nous sommes. Catherine, sans surprise, a plongé. Elle nous présente As-tu détruit quelque chose de laid aujourd’hui?, une courtepointe de textes la liant à Bureau Beige (nom de plume), au slameur Thomas Langlois et à la comédienne Annabelle Pelletier-Le Gros, notamment, une vibrante interprète qu’on a pu voir dans Mme G. et Femme non-rééducable. «Elle écrivait sans le dire. Moi, j’aime ça faire émerger du monde de même. J’ai fait le No Show avec elle en Europe et, dans le spectacle, les acteurs écrivent leurs textes. C’est elle qui écrivait ses bouts et… ça me touchait, c’est tellement venu me chercher!» Le dramaturge Gabriel Fournier (Stockholm, le syndrome) et le blogueur Simon-Pierre Beaudet (Fuck le monde) complètent le sextuor. «Tout le monde est arrivé avec des choses superbes», s’émerveille la cheffe de meute. «Comme la foi touchante de l’être humain perdu dans toute la laideur du monde contemporain: les diktats, la laideur physique, mais aussi psychologique. Mais là, c’est pas cynique non plus! C’est, toujours, soit émouvant, soit drôle, soit niaiseux, soit complètement désarmé.»
Ensemble, ils ont dégorgé leurs cerveaux, libéré leurs horaires et jeté leurs listes. Ils se sont offert de la lenteur pour permettre aux mots de naître. Le collectif met le feu dans la pensée productiviste et nous invite à mettre notre obsession de la performance aux vidanges. Punks du verbe L’œuvre, la pièce en devenir, pose une loupe sur Québec. Le pamphlétaire Simon-Pierre Beaudet, pour sa part, se penche sur la gentrification de Limoilou. «Il est né dans un quartier où tout le monde avait des barbes longues, des tattoos. Là, il vit dans un quartier où les gars qui ont des barbes longues et des tattoos chassent les quêteux qui vien nent dans leurs restaurants. C’est la culture qui a changé, mais ça paraît pas. C’est dans la mentalité qu’on le voit…» Gabriel Fournier, lui, se risque à l’épineux sujet de la radiopoubelle. As-tu détruit quelque chose de laid aujourd’hui?, c’est aussi, un peu, l’autopsie des idées reçues sur Québec – les gens d’ici votent à droite, sont racistes, tous automobilistes ou poches en anglais. Des généralisations récurrentes véhiculées par des chroniqueurs, des quidams, beaucoup de Montréalais en fait. Un sempiternel snobisme qui heurte beaucoup de monde, dont Catherine Dorion. «Moi, je n’ai plus de pitié pour ceux qui disent ça. Eux, ils vivent dans une gang super homogène. Ils disent qu’ils sont bien plus hétérogènes parce qu’ils ont des communautés culturelles… Mais vous êtes-vous regardés? Vous pensez tous pareil! Vous pensez tellement tous pareil qu’il y a toutes sortes de choses qu’on ne peut pas dire. Le code est super clair. (…) Nous, comme artistes ou travailleurs du milieu culturel à Québec, on vit dans le vrai monde. La gauche et les créateurs de Québec ont pas le choix d’être plus punks. T’as juste pas le choix parce que c’est pas confortable! » y As-tu détruit quelque chose de laid aujourd’hui? Samedi 9 décembre à 20h au LANTISS (Dans le cadre du Jamais Lu)
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VISITER DIFFÉRENTES
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PARTIES DE SOI
«AVEC LE TEMPS, ON PEUT TOUJOURS AMÉLIORER, RAFFINER, PEAUFINER», DÉCLARE LOUISE LECAVALIER QU’ON CONNAÎT POUR SA RIGUEUR ET SA PUISSANCE SCÉNIQUE INÉPUISABLE. ELLE REPREND PROCHAINEMENT SA PIÈCE MILLE BATAILLES AU GRAND THÉÂTRE DE QUÉBEC. UNE PIÈCE QU’ELLE A D’ABORD PRÉSENTÉE À TROIS-RIVIÈRES, À MONTRÉAL ET À SHERBROOKE. MOTS | ALESSANDRA RIGANO
PHOTO | ANDRÉ CORNELLIER
Sa première pièce So Blue était plus instinctive. Elle avait été créée «de l’intérieur», sans que la chorégraphe utilise la caméra pour prendre du recul ou pour émettre un jugement sur la gestuelle et les séquences qui émergent de son processus en studio: «Je sentais qu’il y avait une pièce à naître qui serait pure et naturelle.» Mille Batailles est issue d’un élan différent. Louise Lecavalier a laissé de côté ses «vieilles peurs de danseurs», soit celles de s’observer en vidéo. «J’aurais dû apprendre avec les années qu’on se trouve moche cinq minutes puis on s’habitue à se regarder.» L’utilisation de cet outil lui aura permis de développer une nouvelle perspective et de créer une œuvre plus graphique: «En répétition, je me filmais de loin, donc je me percevais comme un personnage qui se promenait dans l’espace, dans un cadre.» Ce sont des images des films japonais du dessinateur et réalisateur Hayao Miyazaki qui ont d’abord habité son esprit avant même que Le chevalier inexistant d’Italo Calvino ne lui serve de moteur créatif. Louise Lecavalier souhaitait s’éloigner des émotions et des déchirements réels souvent exprimés en danse contemporaine:
«J’ai voulu voir le personnage de façon abstraite. Un personnage qui se bat, mais pour des combats plus métaphoriques.» Louise Lecavalier partagera la scène avec Robert Adubo qu’elle a choisi surtout pour son énergie «zen». Un duo observé par un troisième personnage, Antoine Berthiaume, qui joue la trame sonore depuis la scène et qui «surveille l’action», tel un témoin. En constante évolution La chorégraphe aime se transformer. Lauréate du 29e Grand Prix du Conseil des arts de Montréal en 2014 pour l’ensemble de sa carrière et pour sa première pièce So Blue, Louise Lecavalier dit avoir besoin de temps pour y arriver. Du temps pour opérer un changement intérieur. «Quand je suis dans une pièce, je pense pouvoir me définir, puis dès que je la termine, je réalise que je suis déjà ailleurs.» Forte de son expérience comme interprète, notamment pendant 18 ans pour la compagnie La La La Human Steps, le chapeau de chorégraphe lui aura permis de se rapprocher de son essence:
LOUISE LECALIER ET ROBERT ADUBO
«Il y avait une autre partie de moi plus naïve et plus étrange, un côté bande dessinée que je ne pouvais plus travailler avec Édouard. Je suis revenue à des choses plus près de moi avec la chorégraphie.» Une étape marquante pour une artiste dont la carrière était déjà riche au moment où elle a décidé de s’affirmer en création. «Si j’avais arrêté de danser sans faire ça, j’aurais manqué beaucoup de choses de moi-même. Je me suis connue encore plus en faisant ces pièces-là.» y Mille Batailles 12 et 13 décembre au Grand Théâtre de Québec
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VO2 #12
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MICKAËL BERGERON ROULETTE RUSSE
SORTIR DE L’OMBRE Cette phrase lâchée par un ami pendant une fête queer en juin dernier me revient souvent en tête: «Je ne te parle pas encore beaucoup parce que tu m’intimides, mais ça va venir!»
Ma timidité habituelle me dit qu’en ce moment, j’ai l’air de me vanter. Je suis en fait le premier surpris. Je m’étonne publiquement avec vous, pendant que vous lisez ces lignes.
Qu’on se comprenne bien ici, ce n’est pas une intimidation venant d’une quelconque violence de ma part. Il est intimidé par... je ne sais pas exactement quoi, mais j’imagine que c’est ma personnalité. Je ne sais pas vraiment ce que j’ai d’intimidant.
Les fins d’année sont souvent des moments de bilan, le mien est que je dois assumer la petite part de spotlight dont je bénéficie et que vous me donnez. Et qui a beaucoup grandi en 2017.
En même temps, j’ai de plus en plus cette impression que l’image que j’ai de moi-même ne colle plus. Dans ma tête, je suis encore le petit gars timide qui a l’impression d’avoir tout à apprendre, qui observe le monde dans son petit coin sombre, tranquille dans l’ombre, un calinours qui retient ses arcs-en-ciel dans son ventre. Je suis encore loin d’être Patrick Lagacé, mais je dois bien me rendre compte que je ne suis plus tant dans l’ombre. Depuis bientôt deux ans, mon visage est dans ce magazine. Vous m’arrêtez dans la rue pour me féliciter et m’encourager à continuer. Mon collègue se sert de mon nom pour convaincre des invité.e.s de participer à la matinale que j’anime à Québec. On me demande d’être ambassadeur pour des causes. Des gens ont fait un macaron avec ma face. Cette même face que des collègues me disent voir circuler régulièrement sur les réseaux sociaux, ce dont je ne semble pas vraiment au courant. Une amie m’a même confié que parfois, elle me «name droppait». Bien franchement, je ne pensais pas un jour me faire dire ça. Quelqu’un a parlé de moi en m’associant au mot force. Ah, ouin?! Vraiment?!
Quand j’ai commencé le métier, je signais sous un nom raccourci (Mike B). La seule raison pourquoi je n’utilise pas un pseudo aujourd’hui est que je n’en trouve pas un assez bon. Parce que je n’ai jamais recherché ce fameux spotlight, parce qu’être connu ne m’a jamais intéressé. Honnêtement, une partie de moi se méfie de la célébrité et du pouvoir (les médias ont un pouvoir), peu importe comment ils se déclinent. Ils me font terriblement peur. J’ai peur de perdre ma place dans le monde – les gens, le peuple. Je tiens à rester près des gens. J’ai peur du pouvoir qui nous corrompt, de ce cercle vicieux qui nous amène dans une bulle à part, dans un monde où les faveurs vont de soi, dans un monde où les gens ne nous disent pas non, où les gens ont peur de nous déranger, de nous déplaire. Même si je crois qu’une bonne part de toutes ces histoires d’horreur qu’on entend sur ces gens de pouvoir qui font du harcèlement et commettent des agressions vient beaucoup de leur personnalité – atteindre le haut de cette pyramide demande certains traits de personnalité –, j’ai peur, quand même, de finir par croire que je suis «spécial», que je mérite cette attention ou ce pouvoir qui vient avec ces tribunes, aussi modestes peuvent-elles être.
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> Je me dÊtesterais si je perdais cette capacitÊ de considÊrer l’autre comme mon Êgal, si je perdais mon empathie, si j’avais le sentiment de ne plus dÊpendre de personne (le pouvoir crÊe une forme d’indÊpendance, d’autosuffisance) et que j’en venais à me contrefoutre des autres, comme le font beaucoup trop de personnes avec du pouvoir. Comme lorsque la classe politique dÊcide de ne pas Êcouter les victimes de racisme systÊmique. Comme lorsque les plus riches n’ont rien à foutre du sort de ceux qui n’ont rien – et se battent pour ce rien. Comme ces humoristes qui pensent que rire des opprimÊs, c’est la même chose que rire des oppresseurs. Comme lorsque les vedettes pensent que ce sont leurs fans qui leur doivent de quoi. Comme lorsque des hommes pensent que ce ne sont pas leurs comportements qui sont merdiques, mais qu’ils sont victimes de la rectitude qui aurait changÊ. Comme ces personnes qui pensent que le statu quo n’est pas une prise de position aussi. J’ai peur de finir complètement dÊconnectÊ comme toutes ces personnes. J’ai peur de perdre la vraie
REN CONTRER L'ART CHORÉGRA PHIQUE HIVER
notion du respect. J’ai peur de perdre ma douceur. J’ai peur que mes meilleures amies me disent: On te reconnaÎt plus MickaÍl. J’ai peur de mêler l’amour du public et l’Amour. J’ai peur d’en vouloir plus. Presque toute ma vie, je me suis donc tenu tranquille dans mon coin. J’ai fait mes choses sans faire trop de bruit, me tenant loin du cirque, des jeux de coulisses et des courses au spotlight. Depuis 15 ans, quelques personnes ont bien tentÊ de me pousser à prendre plus de place dans le dÊbat public, à rÊclamer une plus grande place dans les mÊdias, mais je restais dans le cadre de porte. Probablement que je n’Êtais pas prêt non plus. Pas prêt à rÊsister à ce chant des sirènes. Un manque de confiance en moi. Une carence en amour pas rÊglÊe. Se sentir trop faible pour affronter ces personnes qui se pensent importantes. Je ne recherche toujours pas le pouvoir, et je ne comprends toujours pas ceux et celles qui le veulent, mais il ne me fait plus peur. y
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18 MUSIQUE VOIR QC
VO2 #12
MICHEL FAUBERT
12 / 2O17
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LA FORMULE CHIMIQUE VINGT-CINQ ANS APRÈS LEURS DÉBUTS «À TEMPS PARTIEL», LES CHARBONNIERS DE L’ENFER PERPÉTUENT L’HÉRITAGE DE NOTRE MUSIQUE TRADITIONNELLE, CE FOLKLORE TITANESQUE TROP SOUVENT IGNORÉ. MOTS | OLIVIER BOISVERT-MAGNEN
Pour souligner l’anniversaire de cette prodigieuse longévité, dont peu de groupes d’ici peuvent se vanter, le quintette a capella livrait la compilation 25 ans de grande noirceur le mois dernier, entamant par le fait même une tournée québécoise et française. En plus d’être un clin d’œil à l’habillement scéni que des cinq hommes en noir, le titre renvoie à l’impressionnant mais sinueux cheminement de la formation dans l’industrie musicale québécoise. «C’est un peu pour dire que, pendant 25 ans, on a surtout réussi à se faufiler [à travers elle]. Le trad, ça reste une musique très underground, bien à l’ombre d’autres styles», estime André Marchand. Les progrès sont toutefois considérables. Avant l’éclosion au grand jour de La Bottine souriante au milieu de la décennie 1990, la musique tradi tionnelle était d’autant plus méconnue. «Dans les années 1970, il faisait encore plus noir...», admet le chanteur. «C’était l’époque de l’association des violoneux et des soirées canadiennes, que plusieurs voyaient comme quelque chose de kitsch. Dans l’industrie, y avait vraiment rien pour le trad. Ceux qui en jouaient le faisaient par plaisir.» Les Charbonniers de l’enfer sont nés de cette pas sion franche et sans borne pour le trad. Membre de La Bottine souriante, qu’il a cofondée en 1976 et quit tée en 1990, Marchand retrouve ses futurs acolytes en 1992 à titre de choriste pour le spectacle Maudite mémoire de Michel Faubert. «J’avais deux équipes
PHOTO | ANTOINE BORDELEAU
de deux choristes qui s’alternaient sur scène», se souvient ce dernier. «Pour pratiquer, on se réu nissait les cinq pour chanter les chansons a capella. C’était vraiment l’fun. Mon ami André Duchesne du groupe Locomotive, qui m’accompagnait sur scène, a proposé qu’on s’appelle Les Charbonniers de l’enfer pour faire un clin d’œil à ceux qui mettent le charbon dans la locomotive. Après ça, le groupe a fini par exister de manière indépendante et, au lieu de rester le leader de la démarche, je suis devenu un membre parmi les cinq.» Complétée par Normand Miron, Jean-Claude Mirandette et Michel Bordeleau, qui poursuivent tous une multitude de projets artistiques, la for mation existe «à temps partiel» entre 1996, année de sortie de son premier album Chansons a capella, et 2002, année qui marque la parution de Wô sous La Tribu. «C’est pas mal là qu’on a trouvé ce qu’on voulait faire et qu’on a décidé de s’investir davan tage. On a surtout été très étonnés de la réception [de Wô]. Je crois que le fait qu’on soit un groupe a capella, capable de faire un spectacle de deux heures sans que ça devienne ennuyant, a beaucoup surpris les gens», présume Marchand. Vaste répertoire Au même moment, une scène émergente de néotrad prend le relais, et des groupes comme De temps antan, Le Vent du Nord et La Volée d’Castors se dévoilent. «Y avait un dynamisme, c’est certain.
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> Tout d’un coup, la musique trad arrivait dans les médias nationaux. Elle devenait une musique à part entière, comme le jazz. La nouvelle génération ouvrait ses horizons et amenait des arrangements audacieux», se rappelle Faubert. Les Charbonniers, aussi, cultivent leur singularité. Plutôt que de chanter à l’unisson, comme c’était la norme dans la musique folklorique, les cinq voca listes développent d’inventives harmonies vocales polyphoniques et se bâtissent un répertoire varié, qui va au-delà des chansons à répondre et des reels. «Y a vraiment de tout dans Les Charbonniers. Les cinq voix de gars donnent une dimension différente, plus introspective, aux chansons», observe Faubert. «On est plus un groupe de concert qu’un groupe de party», ajoute son complice.
«J’ai pas mal l’impression que l’ensemble du répertoire a été fouillé», abonde dans le même sens André Marchand. «Y a pus grand-chose que tu peux trouver que le monde a pas déjà arrangé. Mainte nant, l’important, c’est l’originalité avec laquelle tu vas présenter ton affaire.» «Y a encore des gens qui collectent du conte tradi tionnel comme Eveline Ménard et des mines d’or de chansons comme Jean-Paul Guimond, un culti vateur à la retraite que plein de gens visitent pour son bagage musical», poursuit Faubert. «Mais, sinon, j’ai l’impression que, dans les familles, la transmission se fait pus comme avant. Le temps va montrer si la musique traditionnelle va continuer d’exister. À mon avis, elle le sera tant et aussi long temps que les gens vont continuer de chanter dans leur maison.»
Loin de former le groupe folklorique typique du temps des fêtes, les cinq amis mettent leur héri tage musical à profit, ce qui implique une part de ballades et, surtout, de complaintes. Cet apport plus sombre est l’œuvre de Michel Faubert, qui sillonne depuis son adolescence le Québec et l’Acadie à la recherche de «chansons à collecter». Peu ou pas du tout chantées «dans les veillées», ces chansons intimistes lui sont transmises à l’oral par les gens qu’il rencontre. «Les complaintes, c’est vraiment ma couleur. Ça amène des sujets plus tragiques et poétiques comme le sens de la mort, le monde des esprits. L’originalité du groupe était de combiner cette dimension riche et profonde à des chansons plus festives.» «C’t’une vraie formule chimique, Les Charbon niers», résume Marchand, qui se dit davantage porté vers les chansons mélodieuses – une pré férence héritée de son passé avec La Bottine sou riante, emblème du folklore jovial. Les nouveaux défis du trad Cette même «formule chimique» se répète sur À la grâce de Dieu en 2007. S’ensuivent trois mémo rables explorations: l’habile alliage classique trad La traverse miraculeuse avec l’ensemble La Nef, la riche collaboration La Sacrée Rencontre avec Gilles Vigneault et l’opus Nouvelles Fréquentations, une suite de relectures traditionnelles de chansons pop, folk et rock connues. Bref, en 10 ans, Les Charbon niers ont préféré expérimenter différents genres musicaux plutôt que de fouiller le répertoire folk lorique québécois qui leur est si cher. S’il a toujours à cœur son rôle d’archiviste de notre mémoire collective, Michel Faubert a maintenant plus de difficulté à faire de la collecte de chansons. «Ça fait longtemps que j’en ai pas fait, car la géné ration que je collectais quand j’avais 17 ans, elle est disparue. C’est particulier, mais en ce moment, c’est nous qui approchons l’âge des vieux. On est devenus des séniors dans le domaine.»
(DE GAUCHE À DROITE) MICHEL BORDELEAU, JEAN-CLAUDE MIRANDETTE, MICHEL FAUBERT, NORMAND MIRON ET ANDRÉ MARCHAND PHOTO | BENOIT DUPONT
Pour ce faire, la relève doit prendre le flambeau, et s’intéresser davantage aux techniques et aux acquis de ses mentors, croit Marchand. «C’est important que les jeunes écoutent ce que les vieux faisaient et, surtout, comment ils le faisaient. Plus ils auront de connaissances, plus leurs créations vont être intéressantes.» Faubert approuve: «Les gens sont plus instruits que jamais, car ils apprennent des reels sur des partitions. C’est bien, mais ce serait l’fun de nour rir ce désir d’apprendre là avec un mentor afin de savoir ce qu’il y a dans les anciens styles. T’as le goût de jouer du violon? Ben spotte un violoneux dont t’aimes le style pis va le voir!» y 25 ans de grande noirceur En vente maintenant
À ÉCOUTER
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HHHHH CLASSIQUE HHHH EXCELLENT HHH BON HH MOYEN H NUL
BJÖRK UTOPIA
(One Little Indian) HHHH
Il y a moins de trois ans, Vulnicura nous avait arraché le cœur. C’était un album de rupture, de la fin d’une famille. C’était vif et d’une grande tristesse. Utopia, le neuvième album studio de Björk, est en quelque sorte une réponse à Vulnicura. C’est la lumière qui rejaillit, la tendresse à nouveau possible, la réouverture vers l’autre. Dans cette clairière qu’est Utopia, on entend les cris des oiseaux et les mots de la grande artiste islandaise se mariant à de superbes paysages sonores électroniques ornés de harpe et d’un orchestre de flûtes (Björk joue de cet instrument depuis son enfance). L’album nous convie à une épopée qui peut s’avérer plutôt exigeante pour l’auditeur – 72 minutes de matériel complexe –, mais où l’on sent toujours cet investissement total d’une incomparable artiste pop alternative. (V. Thérien)
DJ BRACE APATHEIA
FEVER RAY PLUNGE
(Nostomania) HHH
(Rabid Records / Mute) HHH
Trois fois couronné champion du monde de DJing, le prolifique DJ Brace ne donne pas que dans le maniement profes sionnel de la table tour nante et du crossfader. Sur Apatheia, le musicien applique son style de remixing unique à sa propre musique, jonglant entre échantillons scratchés et lignes de synthé ambiantes. Le turntablist prouve ici une fois de plus qu’il reconnaît la valeur structurelle d’une chanson. Son hip-hop instrumental se retrouve ponctué de nombreuses influences asiatiques autant dans les timbres que dans la direction de certaines mélodies, éléments probablement acquis lors de son récent voyage en Chine. Mélangeant les inspirations avec aisance, le DJ offre un ensemble dégageant une fluidité exemplaire, mais peut-être un peu linéaire. Souvent comparé à l’illustre DJ Shadow, Brace démontre ici que la comparaison est méritée, livrant un disque efficace, bien ficelé et qui n’a rien à envier aux plus grands noms du genre. (A. Bordeleau)
En duo avec The Knife – avec frérot Olof – ou en solo avec Fever Ray, la chanteuse et compositrice suédoise Karin Dreijer nous revient toujours avec un nouvel album au moment où on ne l’attendait plus. Huit longues années après le premier album homonyme de Fever Ray – et son concert ténébreux absolument mar quant –, nous voici replongés dans un univers électronique tantôt absolument dansant, dans l’urgence (l’irrésistible IDK About You), tantôt léger et lumineux (To the Moon and Back), mais ça peut virer aussi dans des explorations très froides (la pièce d’ouverture Wanna Sip). En écoutant la pièce-titre, atmosphérique et instrumentale, on réalise qu’on en aurait pris d’autres comme ça, l’interprétation sur ce disque étant loin d’être épatante. Malgré le grand bonheur de ces retrouvailles avec Fever Ray, Plunge manque d’effervescence, malheureusement. (V. Thérien)
ANTHONY BRAXTON SOLO (VICTORIAVILLE) (Disques Victo) HHHH C’était le dernier concert du Festival international de musique actuelle de Victoriaville en mai dernier; en fait, la première partie d’un programme double. Mauvaise idée pour celui qui arrivait après, parce que ce monsieur place la barre assez haute! Le saxophoniste de 71 ans, qui a fait paraître son premier album solo en 1969, ne donne plus très souvent des concerts seul, aussi celui-ci était-il un événe ment, et c’est un plaisir que de pouvoir l’écou ter et le réécouter. À mesure que les improvisa tions se développent, on voit passer des bribes de citations, qui tracent le chemin pour le discours du musicien, puis il nous sert un bon vieux standard, Body and Soul, avant de clore avec une dernière composition spontanée. Superbe. (R. Beaucage)
BLACK SABBATH THE END (DVD/CD) (2017) HHH1/2 C’était certainement la fin d’une époque, le 4 février 2017, alors que les inventeurs du heavy métal donnaient leur tout dernier concert 47 ans pratique ment jour pour jour après le lancement de leur premier disque. Trois des membres originaux étaient sur scène au Genting Arena de Birmingham, la ville natale du groupe, pour cet adieu: le bassiste Geezer Butler, le guitariste Tony Iommi et l’incre vable Ozzy (avec, aussi, le batteur Tommy Clufetos et le claviériste Adam Wakeman). Le programme se concentre sur les quatre premiers disques du groupe, avec Paranoid qui passe presque en entier, ce dont on ne saurait se plaindre. Une séance de studio, en extra, ajoute encore quelques pièces. Pour saluer ces pionniers qui ont eu une grande descendance. (R. Beaucage)
DISQUES 23 VOIR QC
NICOLAS BERNIER TRANSFERT/FUTUR
SECT NO CURE FOR DEATH
(Acte) HHH
(Southern Lord) HHH
Il n’y a pas de meilleure façon d’apprécier la musique de l’électro acousticien Nicolas Bernier qu’en concert, parce que son travail verse de plus en plus du côté de la performance, et qu’il donne au moins autant à voir qu’à entendre. Mais pour l’écouter à la maison, le disque, c’est bien, et l’étiquette montréalaise Acte fait un bon coup en sortant ces deux pièces (un 30 minutes bien tassées). Une électro nerveuse, et pas du tout «paysagiste», qui balance entre vapeurs analogiques et précision digitale, entre attaques percussives et nappes brumeuses, sans jamais s’ancrer dans une rythmique assommante, mais en se métamorphosant sans cesse. On pense quelques fois à la musique d’Alain Thibault, dans sa manière d’exploser sans crier gare. (R. Beaucage)
La première comparaison qui vient à l’esprit à l’écoute des 10 brûlots contenus dans ce deuxième album est avec le défunt groupe canadien Cursed en raison de la présence du chanteur Chris Colohan au micro. Cela dit, le hardcore hargneux, parfois très sombre, parfois énergique, pour ne pas dire joyeux de Sect, est indissociable de ce que les musiciens du super groupe formé en 2015 ont fait dans le passé. Au lieu d’explorer de nouveaux styles, Colohan, les guitaristes James Chang (Undying) et Scott Crouse (Earth Crisis), le bassiste Steve Hart (Day of Suffering) et le batteur Andy Hurley (Racetraitor, Fall Out Boy) embrassent leurs origines sur No Cure for Death. Ils n’inventent rien, mais si vous aimez leurs autres formations, vous aimerez Sect. (C. Fortier)
GREGORY PORTER NAT KING COLE & ME (Blue Note) HHH Nouveau porte-étendard du soul-jazz, le mousta chu Gregory Porter est reconnaissable entre tous. À son timbre vocal qui retient l’attention, à son drôle de couvre-chef, à ce mélange indicible d’autorité et d’intériorité qui lui donne cet air à la fois sérieux mais encore tout émerveillé. Écoutez-le chanter la pomme à La Joconde comme personne. On le croirait au Louvre, planté devant le tableau avec ses 70 musiciens: «Are you real Mona Lisa, or just a cold and lonely, lovely work of art?» D’ailleurs, on lui retourne la question. Car l’orchestre somptueux en remet une couche de trop, courtoisie de l’arrangeur Vince Mendoza. Et dans ce best of quasi sirupeux du véritable king, Nat Cole, c’est la seule chanson écrite par Porter lui-même, When Love Was King, qui nous donne le vrai moment de transcendance. (R. Boncy)
MONONC’ SERGE RÉVOLUTION CONSERVATRICE (Indépendant) HHH1/2 Sur ce 12e album en carrière, Mononc’ Serge signe un retour réussi au rock, genre qu’il avait mis de côté au profit du folk sur ses deux derniers (et excellents) efforts. Moins collé sur l’actualité que son prédécesseur, Révolution conservatrice n’en demeure pas moins révélateur des travers de notre province, même si ses contradictions et ses paradoxes, que son auteur glorifie sur Mon droit à l’incohérence, viennent habilement brouiller les cartes. Abordant avec l’ironie qu’on lui connaît des sujets comme la religion (Ce livre), la langue française (L’amour est plus fort que la langue) et le repli identitaire (la chanson-titre), le chan teur et bassiste se fait tout particulièrement mordant lorsqu’il dresse le portrait des exclus de notre société, de ces inadaptés aux choix de vie douteux (Chums), de ces rebelles discrets sans cause à défendre (Les partisans du silence) et de ces laissés-pour-compte au dessein inexistant (L’indifférence). (O. Boisvert-Magnen)
VO2 #12
12 / 2O17
FABRIZIO CASSOL STRANGE FRUIT
(Outthere/Instinct) HHHH
Sorti plus tôt cette année et passé quasiment inaperçu, cet album-concept est le parfait exemple du possible chefd’œuvre tombé droit dans une craque, mais qui resurgit au moment du bilan annuel, ici en 2017. L’architecte du projet est le musicien Fabrizio Cassol, qui a enregistré les pièces détachées de ce collage à travers le monde pendant cinq ans; les réalisa teurs, basés en Belgique, sont le pianiste soul-jazz Eric Legnini et Jean Lamoot, l’ingénieur réputé pour ses prises de son dans le domaine des musiques du monde. Le tout est construit autour de Strange Fruit, la complainte antiségrégationniste incarnée et popularisée par Billie Holiday à la fin des années 1930, que certains défendent encore comme «la chanson du siècle». On entend différentes déclinaisons de cette macabre ballade d’un pendu et des morceaux inspirés par… blues malien, chant choral, voix pygmées, rythmique afro-cubaine: tout s’unit, tout se mélange pour expier la douleur vers un monde meilleur. (R. Boncy)
24 CHRONIQUE VOIR QC
VO2 #12
12 / 2O17
MONIQUE GIROUX SUR MESURE
LE SILENCIEUX La neige assourdit la ville l’hiver. Nos pas, dans la ouate encore blanche d’une saison encore jeune, ne s’imposent pas. Ils vont modestement l’un devant l’autre en direction du printemps qui viendra inéluc tablement comme il le fait tous les ans. Cet automne – est-ce moi? – m’a paru long, lent, plus lent qu’avant. Je l’aurais voulu sans fin. Il marchait à mon rythme. Je l’ai aimé plus que les autres, silencieux, doux, coloré. Je l’ai aimé comme on aime une chan son tant de fois écoutée, sans s’en lasser, et dont on découvre avec les années qu’elle recèle quelques tré sors cachés, des doubles sens insoupçonnés. Cet automne, j’ai lu Leonard Cohen, je l’ai vu au musée, sur le silo, j’ai tout su de sa vie, j’ai inter viewé sa biographe, regardé des archives sur You Tube, écouté ses chansons chantées par lui, par Sting et même par Courtney Love. Je l’ai salué en levant les yeux sur la façade du 1420 Crescent ou sur celle du Cooper de la rue Saint-Laurent. Cette année, j’entre en hiver, soumise devant le grand blanc, le dos un peu courbé pour faire face au vent, les mains dans les poches. Comme Cohen quand il déambulait à l’ombre du mont Royal. Cohen, c’est mon automne. Sera-t-il mon hiver, ce poète mélancolique du mal-être et du dépit amoureux? Non pas que je sois dans cet état. Pour ne rien vous cacher, ce serait même plutôt le contraire. Je constate seulement que toutes ces commémo rations du premier anniversaire de son décès ont été, et continuent d’être, comme autant d’occasions de regarder Leonard dans les yeux et de nous lover chaudement au creux de sa voix. La voix de Cohen. Ses mots, évidemment. Sa musique, il va sans dire. Mais sa voix. Comme celle de Félix. Celle du père, grave. Une voix qui résonne dans les basses, qui fait vibrer le plexus de celui qui
écoute. Cohen poète en quête, poète inquiet, émet teur néanmoins d’un mantra rassurant. Il ne les aurait trouvés, dit-on, que sur le tard, cette voix et ce souffle. La voix de la réflexion, des ques tions restées sans réponses, du temps qui passe. La voix du silence, de l’aquoiboniste, de celui «qui dit toujours à quoi bon», comme chantaient Jane et Gainsbourg, avec qui il avait quelques accointances. Cohen, le jeune, chantait avec sa tête, d’une voix de gorge, de nez. Et puis à force d’écueils, les cordes se sont nouées aux douleurs, à la cigarette qui jamais ne s’éteint, aux nuits sans fin, aux amours sans lendemain. Aller au fond de la caverne et attendre d’entendre la résonance. Chercher, marcher, espérer un écho. Chercher en marchant d’un pas lent le juste milieu entre l’enfer et le paradis. Juste la vraie vie. Et Cohen. Se faire entendre de par le monde, par tout le monde, et chercher le silence près de Bouddha aux côtés d’un maître zen japonais, Sasaki Roshi. Son nom de moine bouddhiste, Jikan, signifiait «le Silencieux». Paradoxal, pour un artiste qui, dans son album de fin d’études, avait inscrit à la rubrique «ton rêve»: «Devenir le plus grand ora teur au monde». Paradoxal aussi, pour un descen dant d’Aaron, frère de Moise, un Kohen (signifiant «dévoué» en hébreu), qui a chanté Hallelujah et I’m ready, my Lord. Peut-être y a-t-il dans les silences entre les mots autant que dans les sons, dans les souffles sentis que dans les cris. MAIS IL NE FAUT SURTOUT PAS SE TAIRE. Il faut aussi ÉCOUTER, je l’ai écrit souvent ici. Valérie nous a appris cette année que les sourires aussi ouvraient plus de portes que les gueules tirées sur la réalité pourtant souvent si cruelle.
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Vous connaissez l’histoire de cette gérante véreuse, ex-amoureuse, qui a profité de son exil de quelques années au monastère bouddhiste du mont Baldy, au sud, près de Los Angeles, pour l’escroquer? Des millions qu’il avait accumulés en 40 ans de carrière internationale, il ne restait r.i.e.n. Aussi bien dire rien de son passé, de son présent, mais surtout de son avenir. «La paix vient quand vous renoncez à sa quête», disait Leonard Cohen. Tout le monde le sait. Elle est là, à portée de main. Tout tient à votre attitude face à une situation donnée. Il y a une fissure, une brèche en chaque chose. C’est par là qu’entre la lumière. Pour se refaire, il a pris la route de la planète et fait une tournée aussi nécessaire que triomphale. You tell me that silence Is nearer to peace than poems But if for my gift I brought you silence (For I know silence) You would say (This is not silence This is another poem) And you would hand it back to me
Cohen aura été mon automne, mon père défunt qui ne fut jamais vieux, celui qui monte la garde avec ses forces et ses faiblesses, mais surtout avec ses silences, ses hésitations, son débit lent comme ses pas. J’avais envie de ça. Besoin peut-être. Quand le bruit est incessant, je me retire ni très loin ni très longtemps. Il m’arrive de fermer les écou tilles. Quand le bruit des horreurs devient assour dissant, je dis: «Chérie, et si on allait élever des chèvres en Estrie?» L’année s’achève… encore. Il me semble que les années s’achèvent souvent. La prochaine sera paire. Paire, donc positive? Impaire, négative. Je cultive depuis l’enfance cette théorie bizarre et venue de nulle part qui veut que le sud soit positif, alors que le nord soit négatif. Les années paires positives, les impaires négatives. C’est à n’y rien comprendre, c’est comme ça. Je pars me taire pour quelques jours. Pas très loin, mais juste assez. Allez, bonnes fêtes de fin d’année! y
La parité est-elle réalité ?
«ÇA NE SERA JAMAIS POSSIBLE.» CETTE PHRASE-LÀ, L’ORGANISME RÉALISATRICES ÉQUITABLES, QUI MILITE DEPUIS 10 ANS POUR QU’UN NOMBRE ÉGAL DE FEMMES ET D’HOMMES PUISSENT ŒUVRER DANS LE MILIEU DU CINÉMA AU QUÉBEC, L’AVAIT ENTENDUE DES MILLIERS DE FOIS. JUSQU’À L’AN DERNIER, OÙ UN VÉRITABLE MOUVEMENT S’EST ENCLENCHÉ EN FAVEUR DE LA PARITÉ. MOTS | CATHERINE PAQUETTE
PHOTO | ANTOINE BORDELEAU
CINÉMA 27 VO2 #12
12 / 2O17
(DE GAUCHE À DROITE) MARIE-HÉLÈNE PANISSET, SOPHIE BISSONNETTE, ISABELLE HAYEUR, ANNA LUPIEN, NICOLE GIGUÈRE. PHOTO | ANTOINE BORDELEAU
VOIR QC
D
epuis que les institutions de financement ont lancé des mesures visant l’équité hommes-femmes d’ici 2020, ça bouge dans l’industrie. «Si tu ne parles pas de parité, t’es vraiment hors circuit», affirme d’emblée Claude Joli-Cœur, président de l’Office national du film (ONF). En mars 2016, l’ONF était la première institution à se fixer un objectif: que 50% de ses films soient réalisés par des femmes et que 50% du budget soit destiné aux réalisatrices. Téléfilm Canada lui a rapidement emboîté le pas avec des stratégies similaires: la parité hommesfemmes dans chacun des postes-clés de réalisateur, de scénariste et de producteur. La Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) a ensuite lancé sa mesure, surnommée 1+1, où les producteurs peuvent désormais présenter deux projets de long métrage de fiction à condition que l’un d’eux compte une
femme à la réalisation ou à la scénarisation. Des groupes de travail ont été mis sur pied, et la SODEC et Téléfilm Canada se sont aussi engagés dans un projet de recherche à l’Université Concordia, où une cohorte d’étudiants et d’étudiantes est suivie sur une période de quatre ans pour dégager les obstacles systémiques qui s’installent dès le début des études. «Le pari qu’on a pris avec l’industrie, c’est de changer les mentalités. L’idée que les projets de femmes sont moins compétitifs, ont moins de succès, ce n’est pas vrai. À présent, à qualité égale, on va prioriser les projets où il y a des femmes réalisatrices, scénaristes ou productrices», explique la directrice générale de Téléfilm Canada, Carolle Brabant. À l’invitation de Téléfilm Canada et de la SODEC, la directrice de l’Institut suédois du film et «rock star» de la parité en Suède,
Anna Serner, a dévoilé en octobre 2016 la stratégie qui lui a permis d’atteindre l’équité hommes-femmes en seulement quatre ans au sein de son organisme de financement. Dans la salle, où surtout des femmes étaient présentes, l’enthousiasme s’est fait sentir: la parité, c’est possible. «Les employés de Téléfilm et de la SODEC ont eu l’occasion de rencontrer Anna Serner, de poser des questions. Ç’a construit l’enthousiasme, et certains de nos employés ont voulu participer à des ateliers, des conférences par la suite», raconte Carolle Brabant. Le Québec, comme la Suède avant Anna Serner, ne s’était jamais fixé d’objectifs pour encourager les femmes à évoluer dans le milieu cinématographique. L’industrie leur laisse traditionnellement peu de place, surtout en long métrage de fiction. Malgré un nombre équivalent de femmes
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> et d’hommes diplômés des écoles de cinéma du Québec, les institutions publiques n’accordent en moyenne pas plus de 20% du financement aux films de réalisatrices, selon l’organisme Réalisatrices équitables. Les obstacles principaux au financement des projets féminins? Les biais inconscients, les habitudes favorisant les hommes, mais aussi, le processus ardu qui mène à Téléfilm ou à la SODEC. En fait, le projet est jugé à plusieurs reprises par différents intervenants avant même de se rendre sur la table des décideurs, ce qui donne plus d’occasions de refus, explique la présidente de l’organisme, Isabelle Hayeur. Avant d’avoir le droit de déposer à Téléfilm Canada et à la SODEC, une cinéaste doit avoir trouvé une maison de production, un distributeur, en plus d’un réseau de télévision. «Donc si y a un de ces trois-là qui flanche, y a pas de projet qui se rend à Téléfilm, à la SODEC et au Fonds des médias du Canada, affirme Mme Hayeur. Et avec la pression que les producteurs ont
de performer, c’est le line-up en arrière de Podz, en arrière de Philippe Falardeau, et tous les producteurs comme ça cherchent les golden boys, et ils ont peur d’aller vers les femmes, ils ont peur de se péter la gueule.» Résultat: un nombre limité de projets atterrit sur la table des décideurs. Avec les nouveaux objectifs des institutions, les producteurs* doivent donc inévitable ment être plus ouverts aux projets de femmes ou sortir des sentiers battus pour aller découvrir de nouveaux talents féminins. «Ça fonctionne» Avec ces mesures, Téléfilm Canada a pu voir un résultat probant très rapidement: l’organisme s’est mis à recevoir un nombre plus grand de projets de réalisatrices et de scénaristes. «L’enjeu qu’on avait, il y a un an et plus, ce n’était pas tellement le biais défavorable. On finançait, en proportion, plus de projets de femmes que ce qu’on recevait. On s’est mis à en recevoir plus. […] Je ne m’attendais pas du tout à ce résultat», affirme Carolle Brabant.
Les chiffres de ces six premiers mois d’efforts chez Téléfilm ont été rendus publics début novembre: en date du 27 septembre, 44% des projets étaient réalisés par une femme, 46% comptaient une scénariste, et 51% étaient menés pas une productrice. Téléfilm a donc crié victoire, mais il y a un bémol: les chiffres de ces six premiers mois d’efforts ne comptent que des films d’un budget de moins de 2,5M$. Les statistiques des films à gros budget viendront plus tard et pourraient miner ce résultat positif. «Les projets de 2,5M$ sont plus complexes à financer parce qu’on a souvent besoin de dollars internationaux, ce sont souvent des coproductions, donc il y a beaucoup d’enjeux, parce que ce ne sont plus seulement des intérêts canadiens», explique-t-elle. Selon l’organisme canadien Women in View, qui milite pour une diversité culturelle et de genre à l’écran, 67% du budget de Téléfilm pour des films de plus de 2,5M$ va habituellement à des projets où il n’y a aucune femme dans l’un des trois rôles-clés.
Avec des mots qui font images et des images qui laissent sans mots, La Fabrique culturelle ne manufacture pas la culture, mais nous fait découvrir la vraie nature de nos richesses culturelles. Engagée envers les créateurs d’ici, lafabriqueculturelle.tv est numérique afin de mieux parler du Québec d’aujourd’hui dans toute sa diversité. Voilà ce que fabrique La Fabrique.
Webster et Sophie Cadieux Ambassadeurs
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Toutefois, Carolle Brabant est déterminée à atteindre son objectif de parité d’ici 2020. Elle n’a pas imposé de quotas tout de suite, mais n’hésitera pas à le faire. «Le message qu’on a envoyé à l’industrie, c’est que si l’aiguille ne bouge pas suffisamment, on allait regarder les autres mesures, mais on voulait prendre le pari qu’on avait pas besoin des quotas, que les gens allaient vraiment embrasser cet objectif-là et qu’on allait l’atteindre.» Du côté de l’ONF, pour l’année 2015-2016, la parité a été atteinte en ce qui concerne les dépenses de production: 43,5% des budgets de production sont affectés aux films de réalisatrices, 43,5% aux films de réalisateurs, 11,3% aux films réalisés par des équipes mixtes, et 1,8% des budgets n’a pas encore été assigné. À noter que la situation est différente à l’ONF, puisque l’organisme gouvernemental produit lui-même les films; les projets ne lui sont pas soumis. À la SODEC, les résultats du dépôt du mois d’août seront rendus publics à la fin de l’année. Il faudra donc attendre avant de juger la mesure 1+1. «Mais c’est compétitif pour tout le monde», souligne Monique Simard, présidente et chef de la direction de la SODEC. «Sur les 75-80 projets qu’on a reçus en août, on va en choisir 9!» Résistances Bien que la conférence d’Anna Serner semble avoir eu un impact considérable sur le milieu, il faut savoir que le mérite revient surtout aux organisations comme Réalisatrices équitables, qui militent depuis plus de 30 ans pour la parité hommes-femmes. «La conférence d’Anna Serner, ce n’était que la pointe de l’iceberg. Ça fait 5-6 ans qu’on talonne la SODEC et Téléfilm pour les convaincre qu’il y a Anna Serner, il y a la Suède, il y a des mesures qui peuvent fonctionner», raconte Isabelle Hayeur, entourée de cinq autres membres de Réalisatrices équitables, dans les locaux de l’Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec (ARRQ), rue Saint-Hubert. Même avant la création de cet organisme, à l’époque du premier Elvis Gratton, le comité Moitié-Moitié militait pour la cause, dans les années 1980. «La seule différence entre la Suède et nous, au moment où on a entendu parler d’Anna Serner, c’est qu’il y a eu
une volonté politique exprimée dans des mesures concrètes. Ça ne s’est pas fait tout seul parce que les gens étaient ouverts à la parité; ça s’est fait parce qu’il y a eu des combats acharnés avec des mesures concrètes. Il n’y a pas de secret», martèle Anna Lupien, réalisatrice. Bien qu’elles applaudissent les petites victoires et les efforts des institutions, les militantes de Réalisatrices équitables rencontrent encore des obstacles. «Carolle Brabant a fait un groupe de travail [avec des gens qui étaient] clairement pour la parité, y avait pas grand-monde qui était contre cette idée-là. Mais dans les groupes de travail de la SODEC, y a encore des gros dinosaures qui font beaucoup de résistance», raconte Isabelle Hayeur.
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Le président de l’ARRQ, Gabriel Pelletier, prévient lui aussi que tout n’est pas gagné. «Oui, il y a un changement de mentalité, mais je pense que ça va prendre un certain temps avant qu’on puisse atteindre la parité. De faire ça en trois ans, c’est très optimiste», affirme-t-il. Pour lui, il faudrait se concentrer d’abord sur les films des réalisatrices, qui sont les moins représentées par rapport aux scénaristes et aux productrices. «Il ne faut pas confondre tous les types de films, il devrait y avoir des mesures de parité qui visent des catégories de films, par exemple pour les films à plus gros budget», soutient-il. Tous s’entendent donc pour dire que les changements se feront sur le long terme. Et à présent, prévient Réalisatrices équitables, c’est aussi aux nouveaux
«Les obstacles principaux au financement des projets féminins? Les biais inconscients, les habitudes favorisant les hommes, mais aussi, le processus ardu qui mène à Téléfilm ou à la SODEC.»
Monique Simard ne nie pas que plusieurs acteurs du milieu sont mécontents. «Pour nous, c’est très difficile, parce que nos clients sont les producteurs, dit-elle. Mais si on veut corriger les injustices systémiques, c’est certain que ça va bousculer des gens», affirme-t-elle. Même son de cloche du côté de Claude Joli-Cœur, qui constate que les mesures ne font pas l’affaire de tous: «J’ai encore pas mal d’amis [producteurs] qui sont dans le secteur privé et qui me disent: “Ben là, on peut pas faire de compromis sur la qualité si on vise l’excellence”», révèle-t-il. À cela, le commissaire répond que les films de femmes ont beaucoup de succès en festival. De tous les prix remportés par des films de l’ONF, 44% ont été gagnés par des femmes et l’an dernier, c’était 49%. «Pour moi, ça, c’est la meilleure réponse à la qualité», ajoute-t-il.
médias de s’assurer de ne pas évoluer comme le milieu masculin du cinéma. La réalisatrice Marie-Hélène Panisset s’inquiète: «Dans un monde déréglementé comme ça, comment les femmes vont pouvoir garder leur place? Et toute la question des nouveaux médias et des jeux vidéo, tout ça est un vaste champ de bataille.» y La conférence d’Anna Serner est disponible sur le site web de Réalisatrices équitables à l’adresse bit.ly/2mAvIsn *L’Association québécoise de la production médiatique n’était pas disponible pour répondre aux questions de Voir
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UN CINÉMA DE HOCKEY
DEPUIS LA SORTIE DES BOYS EN 1997, LE HOCKEY PREND UNE PLACE PRÉPONDÉRANTE AU GRAND ÉCRAN QUÉBÉCOIS. CONSTAT ET ANALYSE DU PHÉNOMÈNE AVEC LES RÉALISATEURS LOUIS SAIA ET ÉRIC TESSIER, AINSI QUE LE PROFESSEUR À L’UQAM ET DOCTEUR EN SÉMIOLOGIE DU CINÉMA PIERRE BARRETTE. MOTS | OLIVIER BOISVERT-MAGNEN
De la chronique nostalgique Histoires d’hiver à l’opération marketing Pour toujours les Canadiens en passant par le biopic héroïque Maurice Richard, la comédie dramatique pour préadolescents Les Pee-Wee 3D et l’énième spinoff de Lance et compte, la liste des films d’ici ayant le hockey comme thème s’est considérablement allongée en 20 ans. Ajoutons à celle-ci les quatre (!) suites des Boys ainsi que certains succès du box-office qui ont notre sport national en trame de fond (Bon Cop, Bad Cop, Ça sent la coupe), et on se retrouve face à un phénomène culturel d’envergure. «C’est sûr que, quand on parle de hockey, ça fait résonner quelque chose chez les spectateurs. C’en est presque viscéral», estime Éric Tessier, à la barre de Junior Majeur, successeur du très populaire Les Pee-Wee 3D, paru cinq ans plus tôt. «En quelque sorte, le sport devient une caisse de résonance pour parler de plein de choses.» Pourtant, le hockey n’a pas toujours été aussi vivant dans notre cinématographie. «Dans les années 1970 ou 1980, c’était un thème présent, mais peu de films lui étaient entièrement dédiés, observe Pierre Barrette. En fait, il a fallu attendre que Lance et compte lance la vague à la télévision. C’est là qu’on s’est rendu compte qu’au-delà du fait que les Québécois sont des amateurs de hockey, ils pouvaient être intéressés à se faire raconter des histoires qui se passent dans ce milieu-là. C’est ça qui a donné naissance aux Boys.» Réalisateur des trois premières productions de cette populaire franchise, qui a ensuite pris ancrage à la télévision, Louis Saia a été le premier surpris du succès aussi manifeste qu’a obtenu le volet initial. «On s’était dit que, si on faisait deux millions [de dollars], on serait content. Finalement, on a dépassé le six.» À sa deuxième semaine sur les écrans en décembre 1997, la comédie a même réussi à dépasser Titanic au box-
LES BOYS (1997)
PEE-WEE 3D (2012)
office québécois. La légende veut qu’un producteur de Los Angeles ait ensuite appelé le président d’une chaîne de cinémas de la province pour lui demander: «What the f*** is Les Boys?». «C’est une vraie histoire, ça, confirme Saia. Le Québec était la seule place dans le monde où Titanic n’était pas en première place à son premier week-end!» Cet engouement sans précédent avait une portée bien tangible. «Pour promouvoir la production, on avait fait le tour des villes pour jouer contre un club de garage de la place. La première fois qu’on a débarqué à Sherbrooke un dimanche après-midi, on attendait 500 personnes… Il y en avait 6000! Et tout le monde prenait pour Les Boys, c’était fou-malade!», se souvient le cinéaste. «À ce moment-là, c’était pas une très bonne période pour le Canadien, même qu’il manquait de monde au Centre Molson. À côté de ça, nous, on remplissait des arénas partout où on allait. C’était un peu le retour du peuple qui s’approprie son sport.» «[Ce succès-là] a entraîné un renouvellement du goût des Québécois pour leur cinématographie, analyse Pierre Barrette. Dès la fin des années 1990, on a vu apparaître des films de genre, alors qu’avant, notre cinéma était essentiellement un cinéma d’auteur. C’est à ce moment que le hockey a émergé comme support narratif.» Héros et personnages du commun Selon le professeur, qui a fait sa marque comme critique dans la revue 24 images, ce «support narratif» se déploie en deux perspectives très différentes. D’abord, il y a «la dimension héroïque» visant à mettre de l’avant «des personnages de degré supérieur». «On veut montrer des modèles positifs et gagnants, qui s’élèvent au-dessus des masses», explique-t-il, en mentionnant Lance et compte et Maurice Richard. «On a toujours manqué un peu de récits de la sorte au Québec, contrairement
JUNIOR MAJEUR (2017)
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BÛCHE TRAÎNEAU DU PÈRE NOËL
UNE ARRIVÉE REMARQUÉE RÉSERVEZ VOTRE BÛCHE DÈS MAINTENANT ! PREMIEREMOISSON.COM
> aux États-Unis qui ont une longue tradition de films héroï ques, que ce soit des westerns, des films de gangsters, des biopics de président... Ici, le hockey apparaît comme un bon réceptacle pour raconter ce genre d’histoires.» Ensuite, notre sport national peut aussi être le théâtre de «personnages du commun», comme c’est spécifiquement le cas des Boys. «Le hockey devient alors une métaphore de l’amitié, un prétexte pour exploiter des filons familiaux, professionnels ou amicaux. On met en scène un milieu dans lequel les gens peuvent se reconnaître.» C’est exactement ce rapport d’appartenance qu’a voulu développer Louis Saia. «C’est un film sur le sport, mais c’est surtout un film sur une gang de gars qui se retrouvent entre eux autres. Ce qu’il y a d’intéressant avec les personnages, ce sont leurs failles. C’est ça qui fait que le spectateur peut s’identifier à eux. On va se le dire, mais des personnages comme Jean Béliveau et le Rocket, c’est pas nécessairement le fun au cinéma... Ils sont trop parfaits!» Dans Junior Majeur, Éric Tessier a également voulu miser sur des personnages nuancés et une histoire plus large dépassant le simple cadre du hockey. «Avant tout, le scénario parle de la transition à l’âge adulte, de ce moment où l’on doit prendre ses responsabilités et assumer ses gestes. La glace, c’est seulement le lieu où s’exprime le conflit qu’on a construit tout au long du récit», explique-t-il, à propos de cette incursion dans la vie d’un jeune hockeyeur prodige évoluant avec les Saguenéens de Chicoutimi. Spécificité québécoise À son avis, ce genre d’histoire a le potentiel de parler plus directement au public québécois qu’une production américaine du même genre. «Ça parle de nous autres et ça résonne avec notre réalité. Là-bas, les films de hockey semblent se baser davantage sur le sport en soi.» «Y a plus d’ancrage émotif ici, acquiesce Pierre Barrette. Aux États-Unis, on est davantage devant des films-événements comme Miracle ou, sinon, des récits qui servent de prétexte à montrer le caractère violent du sport comme Slap Shot. Si un film comme ça sortait ici, les Québécois trouveraient ça irréaliste ou, même, stupide, car ils voient leur sport comme un beau jeu.» Pour le professeur, l’engouement que génèrent les films de hockey québécois au box-office depuis maintenant deux décennies peut avoir un lien avec le rendement plus inégal des Canadiens de Montréal durant cette même période. «Il y a probablement une dimension nostalgique làdedans. Le hockey est un sport socialement ancré dans la population, alors le fait que le Canadien ne gagne pas, ça peut favoriser ce genre de films, soutient-il. Par contre, je n’ai pas l’impression que la cadence ralentirait si le club se mettait à gagner…» «En fait, faudrait qu’on gagne une coupe Stanley pour prouver cette théorie», poursuit Éric Tessier, en riant. «Gagnons-en une et regardons le rythme de production des 10 années à venir.» y Junior Majeur En salle depuis le 23 novembre
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NORMAND BAILLARGEON PRISE DE TÊTE
UN MIRACLE, VRAIMENT? Une fille nue nage dans la mer Un homme barbu marche sur l’eau Où est la merveille des merveilles Le miracle annoncé plus haut? (Jacques Prévert)
Le début de cette définition donne à réfléchir et invite à imaginer d’autres explications aux miracles que celles qu’on donne généralement. Des explications alternatives
Voici donc revenue la saison des miracles. Après tout, celui qu’on fête est né d’une femme n’ayant pas commis le péché originel – ce qu’est en réalité, le saviez-vous, l’Immaculée Conception, et qui contrairement à ce que l’on pense, ne signifie pas qu’elle était vierge en enfantant. Durant toute sa vie, il multipliera les mira cles: il redonnera la vue à un aveugle; il ressuscitera un mort; il marchera sur l’eau; il multipliera les pains; il changera l’eau en vin; et j’en passe. On le crucifiera. Il mourra. Et voilà le miracle des miracles: il ressuscitera. Les religions, on le sait, tendent à faire grand cas des miracles – et pas seulement celle de Jésus. Mahomet, par exemple, a voyagé sur un cheval ailé (Bouraq). Des transgressions d’une loi de la nature Mais qu’est-ce au juste qu’un miracle? Une excellente définition devenue classique a été proposée il y a plus de deux siècles par David Hume, dans un célèbre essai sur le sujet. Un miracle, dit-il, est une transgression d’une loi de la nature par une volition divine particulière ou par l’interposition de quelque agent invisible.
Pour commencer, on aura compris que notre connaissance des lois de la nature influence notre propension à décréter qu’il y a eu miracle, ou non. Un philosophe avait ainsi imaginé le cas d’un roi de Siam qui ne sait pas que l’eau gèle et qui parlerait sans doute de miracle si on lui racontait l’histoire de cet éléphant marchant sur l’eau. Et ne riez pas trop vite de lui! On pourra en effet vouloir juger miraculeux un événement par simple ignorance de la loi des grands nombres, qui explique bien des coïncidences que d’aucuns, ne la connaissant pas, appelleraient des miracles. Voici Pierre. Il pense tendrement à son ami Paul. Au même moment, le téléphone sonne et on lui annonce la mort de Paul. Miracle télépathique prémonitoire? En fait, dans une population donnée, chacun pense à un autre plusieurs fois par année et des gens peuvent mourir à tout moment. Fatalement, ces deux séries se rencontrent, en plus grand nombre à mesure que la population grandit. Georges Charpak et Henri Broch avancent le calcul suivant.
Sur une année, il y a 105 120 intervalles de cinq minutes, durant lesquels vous pourrez penser à l’une ou l’autre de ces, disons, 10 personnes que vous connaissez et qui mourront durant l’année. Il y a peu de chance que ces événements coïncident (1 sur 10 512). Mais dans une population de 321 millions d’habitants, comme les États-Unis, cela devient probable pour 84 personnes chaque jour! L’ignorance de la technologie issue de notre connaissance et de notre utilisation des lois de la nature explique d’ailleurs la fameuse troisième loi de Clarke, qui nous dit ceci: «Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie.» Imaginez Jules César découvrant Internet: on comprendrait qu’il parle de miracle… Considérez à présent cet homme qui scie cette femme en deux, puis… la recolle! C’est indéniablement, en apparence du moins, une transgression d’une loi de la nature. Mais l’homme est un magicien et il ne prétend aucunement faire un miracle: il veut juste nous divertir et nous intriguer en nous cachant son truc. Hélas, c’est parfois moins honnête. Tel magicien, appelé mentaliste, annonce, yeux bandés, le numéro de carte d’assurance maladie d’un des spectateurs situé loin de lui et désigné au hasard dans la foule. Il se prétend doué de mystérieux pouvoirs et invoque, justement, «l’interposition de quelque agent invisible». Il n’en est rien et il triche, bien entendu… (avez-vous une idée de la manière dont il s’y prend?)
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> Il triche comme ces gens impliqués dans la belle définition du mot miracle que donne Ambrose Bierce, et qui me fait toujours sourire: «Miracle: Un événement qui n’est pas conforme à l’ordre naturel des choses et qui est inexplicable. Comme battre une main ordinaire de quatre rois et un as avec une main de quatre as et un roi.» La conclusion de Hume Hume avait d’autres raisons encore d’être sceptique devant les allégations de miracles. Pensez-y: ce qu’un miracle transgresse, c’est l’ordre ordinaire des choses, un ordre que l’expérience a très solidement établi. C’est par elle qu’on sait que le cheval, comme le plomb, ne s’envole pas; que les gens morts coupés en deux ne se recollent pas pour revenir à la vie; et ainsi de suite. Avant d’invoquer «une volition divine particulière ou l’interposition de quelque agent invisible», il est donc sage, et on l’a vu, d’imaginer d’autres explications. Pour sa part, en proposant les siennes, Hume rappelait notamment notre goût pour le bizarre et le fantastique (que tant de gens et de médias exploitent encore aujourd’hui…); notre propension à propager de telles histoires, si intéressantes; et le fait que, pour se rendre soi-même intéressant, on aime à s’en faire le héros. Voltaire, lui, ajoutait ceci: «Nommez-moi un peuple chez lequel il ne se soit pas opéré des prodiges incroyables, surtout dans des temps où l’on savait à peine lire et écrire.» Mieux que quiconque, c’est Hume lui-même qui a su tirer la leçon qui s’impose de tout cela. La voici: «Aucun témoignage n’est suffisant pour établir un miracle à moins que le témoignage soit d’un genre tel que sa fausseté serait plus miraculeuse que le fait qu’il veut établir; et même dans ce cas, il y a une destruction réciproque des arguments, et c’est seulement l’argument supérieur qui nous donne une assurance adaptée à ce degré de force qui demeure, déduction faite de la force de l’argument inférieur. Quand quelqu’un me dit qu’il a vu un mort revenu à la vie, je considère immédiatement en moi-même s’il est plus probable que cette personne me trompe ou soit trompée, ou que le fait qu’elle relate ait réellement eu lieu. Je soupèse les deux miracles, et selon la supériorité que je découvre, je rends ma décision et rejette toujours le plus grand miracle. Si la fausseté de son témoignage était plus miraculeuse que l’événement qu’elle relate, alors, et alors seulement, cette personne pourrait prétendre commander ma croyance et mon opinion.» y
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LES ILLUSTRATIONS MINIMALISTES DES VINS PINARD & FILLES SONT CRÉÉES PAR MARC SÉGUIN.
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ART À BOIRE IL EST LOIN LE TEMPS OÙ LES ALCOOLS N’ARBORAIENT QUE LEUR NOM SUR L’ÉTIQUETTE, LEUR SEULE FANTAISIE RÉSIDANT DANS LE CHOIX DE LA POLICE DE CARACTÈRE. AUJOURD’HUI, LES COMPAGNIES QUÉBÉCOISES PRODUISENT DES BOUTEILLES AUX HABILLAGES ARTISTIQUES ET AUX DESSINS RECHERCHÉS. LE CONTENANT SERAIT-IL DEVENU AUSSI IMPORTANT QUE LE CONTENU? MOTS | MARIE PÂRIS
Un astronaute en lévitation, un loup hurlant, un masque qui sombre dans un verre de vin… Les illustrations minimalistes des vins Pinard & Filles, tout en noir, blanc et rouge, sont créées par Marc Séguin. Si la signature de l’artiste figure au bas du dessin, parfois avec un titre d’œuvre, le nom du vignoble québécois ou celui de la cuvée est absent. Pas besoin: la signature de Pinard & Filles, ce sont ces étiquettes épurées devenues emblématiques. Ancien sommelier des Cons Servent et importateur de vins, Frédéric Simon a lancé son vignoble avec Catherine Bélanger, propriétaire des bars à vins montréalais Pullman et Moleskine. Et pour ses étiquettes, il avait déjà un nom en tête: «Il collectionnait mes œuvres, et il m’a écrit pour me proposer de travailler avec lui, raconte Marc Séguin. C’était charmant, comme une proposition de mariage…» Le vignoble, situé à Magog en Estrie, est planté en Vitis vinifera. «C’est pas commun ici au Québec, et je salue le risque. C’est ça qui m’a charmé. J’ai pas de fun si j’ai pas peur en me lançant, confie le peintre. Ce gars-là, il a essayé quelque chose, il est en avance. Et ça marche: il vend dans les plus grands restos et il est souvent en rupture de stock.» Marc Séguin a réalisé à ce jour une dizaine d’étiquettes pour habiller chaque nouvelle cuvée du vignoble, et ses dessins modernes collent bien aux vins contemporains de Pinard & Filles. Pour dessiner, il a carte blanche; le vigneron lui parle juste en amont de la nouvelle cuvée à venir. «Par exemple, Frédéric m’a dit un jour: “Je vais faire des bulles, faut que tu trouves un truc qui va avec ça.” J’ai fait
un astronaute, ça me paraissait évident pour des bulles…» Et puis, il faut coller au goût, évoquer les particularités de la cuvée. En préparant une étiquette, alors que Marc Séguin avait trois propositions pour un nouveau vin, il s’est dit dès la première gorgée de la dégustation qu’aucune ne convenait. Si le nom de Marc Séguin est forcément un atout marketing, le peintre n’a pas l’impression pour autant d’être un drapeau rouge destiné à attirer le client. «Frédéric dit que les gens sont d’abord charmés par l’habillage d’une bouteille, mais il exagère. Même si le dessin est beau, si le produit est de la merde, ça reste de la merde. Mais tant mieux si les étiquettes plaisent, si ça peut aider à faire découvrir le vignoble… Vaut mieux parler de ce vin deux fois au lieu de n’en parler qu’une fois!»
Cocktail gin et street art Du côté des spiritueux, les éditions limitées des gins Romeo sont quant à elles devenues de véritables objets de collection. Chaque année, la marque québécoise sort une nouvelle bouteille ornée d’une œuvre d’art urbain. «Le gin est un produit festif qui se prête bien au concept. Je ne voulais pas lancer un produit avec une cause, mais une cause avec un produit. Pas juste verser un pourcentage des ventes à des artistes, mais inverser le concept: on fait travailler les artistes en amont et on vend un objet d’art au consommateur, explique Nicolas Duvernois. Le consommateur veut rêver… Le gin Romeo, ce n’est plus simplement un produit de consommation.»
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(CI-CONTRE) BRASSERIE DUNHAM; (EN-HAUT) LES GINS ROMEO
Cet entrepreneur et amateur d’art veut rendre les œuvres plus accessibles. «Tout ce qui est beau coûte cher! Pourquoi ne peut-on pas profiter de l’art quand on n’est pas riche?» Pour chaque édition limitée, produite à 30 000 exemplaires, Romeo achète l’œuvre d’art originale et la reproduit ensuite sur ses bouteilles, où les noms de l’œuvre et de l’artiste sont également inscrits. «On n’a jamais approché d’artiste pour qu’il travaille sur commande. L’œuvre n’a pas besoin d’avoir un lien avec le produit, insiste Nicolas. Je préfère que l’artiste soit surpris qu’on le choisisse…» Pour le choix de l’œuvre, «on y va par émotion, je ne veux pas qu’on y réfléchisse trop. On choisit des artistes émergents ou très peu connus; parfois, on prend des risques…» Pour sa troisième édition limitée, Romeo a lancé un concours dans le cadre du 375e anniversaire de Montréal. C’est Santerre qui a été sélectionné; si l’artiste n’était pas très connu auparavant, les 50 impressions de son œuvre mises en vente après la sortie de la bouteille sont parties en onze minutes. Depuis la sortie de sa première édition limitée, Romeo reçoit au moins une dizaine de courriels hebdomadaires d’artistes suggérant leur œuvre pour la prochaine bouteille.
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À chaque bouteille de gin vendue, un pourcentage est aussi versé au Fonds Romeo, qui soutient les artistes émergents. Un fonds qui a par exemple servi à payer Canadian Bacon pour faire une œuvre au stand de Romeo pendant le Salon des vins et spiritueux de Montréal. À la demande des artistes, l’œuvre va d’ailleurs être donnée à l’Assemblée nationale. «Ça sera la première œuvre de street art exposée là-bas!», rigole Nicolas. Microbrasseries, sérigraphie et origami Pour ce qui est de renouveler le marketing classique des alcools, les microbrasseries du Québec ne sont pas en reste. Le Trou du diable ou Les Grands Bois en sont de bons exemples, avec leurs images pop et colorées. «Dans la bière, il y a une certaine esthétique de l’étiquette qui a été outrageusement utilisée et qu’on retrouvait partout. Avant, tout était très typographique, indique Simon Bossé, de la Brasserie Dunham. Chez nous, toutes les bières avaient la même étiquette, seules les couleurs changeaient. Je trouvais ça d’un ennui mortel… Alors on m’a dit: “Tu proposes quoi d’autre?”.» Simon, qui a une maison d’édition et un atelier de sérigraphie depuis une vingtaine d’années, accepte le défi avec plaisir. Depuis trois ans, à chaque projet de bière, l’équipe de cette brasserie des Cantonsde-l’Est fait donc l’exercice de lui trouver un nom marrant et de la jumeler avec un artiste. «Et tout à coup, les gens ont commencé à s’attarder au travail graphique des étiquettes, se rappelle Simon. Je travaillais avant au bar Cheval blanc, où je préparais beaucoup d’expos. Bières et art, ça va très bien ensemble, je trouve.» Dunham ne travaille pas qu’avec des dessinateurs, mais aussi des sérigraphes, un spécialiste de l’origami, etc. «On n’a pas peur d’expérimenter, on s’amuse beaucoup! Avant de commencer à faire appel à des artistes, on avait rencontré un bureau de design. J’avais trouvé leurs propositions terriblement ennuyeuses.» Toutes les discussions se font maintenant à l’interne, et la brasserie ne travaille avec aucune firme. Simon a une longue liste d’artistes en stock, notamment beaucoup de dessinateurs qui travaillent en BD. «On ne cherche pas à provoquer avec nos dessins, mais c’est vrai qu’on a déjà travaillé avec des artistes plus marginaux. Parfois, leur travail peut choquer…» «On reçoit souvent des messages d’artistes qui offrent leurs services. Quand on en approche un, c’est qu’il y a déjà un match. Notre objectif: faire travailler les artistes, insiste Simon. C’est aussi stimulant et amusant pour eux, de travailler sur de la bière! On rémunère environ 500$ un travail pour une étiquette. C’est pas énorme… mais c’est déjà ça.» Si l’artiste choisi a carte blanche pour créer son image, il y a tout de même une consigne à garder en tête: comme l’étiquette fait huit pouces de large et qu’on n’en voit que trois quand elle est collée sur la bouteille, l’élément important et le message du dessin doivent donc se retrouver sur ces trois pouces.
La Brasserie Dunham sort plus de 20 nouvelles bières par an, et a déjà produit en trois ans environ 70 étiquettes en collaboration avec des artistes. «Pour certains, ça ne change rien, pour d’autres, oui. Quelques clients nous disent même qu’ils ont acheté telle bouteille pour son étiquette, confie Simon. La bière, c’est vraiment une communauté. Parfois, dans les forums et les groupes, il y a même des débats sur nos étiquettes… Je trouve ça génial.» y
Au début, il y avait Unibroue En 1990, deux associés fondent Unibroue pour commercialiser les produits artisanaux de la Brasserie Massawippi, alors que le marché de la bière est sous le monopole de Molson et Labatt. La marque s’inscrit rapidement dans la culture québécoise, s’associant d’ailleurs avec le chanteur Robert Charlebois en 1992. Les noms des produits d’Unibroue évoquent la province: la Bolduc, la Carnaval de Québec, la Fleurdelysée, la Kamouraska, etc. L’imagerie qui illustre les bières s’inspire aussi du patrimoine et de l’imaginaire québécois. Comme la Trois-Pistoles, dont l’étiquette reprend le cheval noir de la légende locale… Dans le sillon d’Unibroue, les microbrasseries qui ont émergé par dizaines ces dernières années se sont inscrites dans ce retour aux racines et cette association de la bière avec l’art et la culture.
40 LIVRES VOIR QC
VO2 #12
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LE PHILOSOPHE GASTRONOME MOTS | FRANCO NUOVO
Il fait partie de la famille. Déjà, pour un fils de Sicilien, ça veut dire beaucoup. Pas question, donc, de peur peut-être de me faire bêtement accuser de trafic d’influence, de passer outre son magnifique bouquin sur les philosophes et la cuisine. Or, en plus de se trouver en ces pages, Normand Baillargeon, certains le savent, a collaboré pendant cinq ans à Dessine-moi un dimanche. On parle donc ici de liens renforcés et de deux familles, celle de l’écrit et celle de la radio. C’est d’ailleurs lors d’une émission à laquelle nous avions aussi convié Ricardo, son idole (eh oui!), qu’il a eu l’idée de réfléchir sur la nourriture. Il a alors parlé d’Emmanuel Kant qui suivait des règles très précises quand il recevait ses amis à dîner. Donc, merci Ricardo! D’ailleurs, avant que sa belle-mère ne lui file un des magazines du chef entrepreneur, Normand ne s’était jamais vraiment intéressé à la cuisine. Il y eut, ce jour-là, épiphanie. Et voilà! Lui chez qui une idée en attire une autre s’est mis à réfléchir à la question, à fouiller, à s’enquérir sur ce que les philosophes avaient bien pu dire et écrire au fil du temps. Il a ainsi découvert que saint Thomas d’Aquin, probablement goinfre lui-même, s’était demandé si la gourmandise était un véritable péché, un péché capital ou un péché véniel. Les plus vieux comprendront ce que je veux dire. Or, pour cela, il a dû répondre à la question de savoir ce qu’est la gourmandise, et ce, en six points. Il y a aussi des recettes, mais CE N’EST PAS UN LIVRE DE RECETTES, j’insiste. Non, les quelques plats suggérés servent davantage à illustrer le propos.
Sans être dogmatique, Baillargeon aborde des thèmes qui nous touchent peut-être davantage; par exemple le végétarisme, une question de morale depuis l’Antiquité. Il nous rappelle les propos de Pythagore, pour qui «c’était un crime à l’homme de servir sur ses tables la chair des animaux». Il nous raconte des histoires aussi, celle de Peter Singer, un Australien qui, en 1971, dans une salle de cours du Collège d’Oxford, se lie à un jeune Canadien végétarien qui le convainc, sans vouloir le convaincre, qu’il n’est pas justifié de traiter les animaux comme on le fait. Bon, je ne vous en ferai pas le récit. Normand s’en charge. Il se charge aussi de nous apprendre que Peter Singer est devenu un «sérieux candidat au titre des plus influents philosophes du 20e siècle», mais un candidat controversé à cause des principes éthiques qu’il défend. Le «manger local», autre préoccupation de notre époque, soulève aussi des questions auxquelles Jean-Jacques Rousseau a tenté de répondre. Qui l’eût cru? Eh oui, l’Homme est bon, c’est la société qui le corrompt. Or «le locavorisme», qui consiste, en résumant beaucoup, à la consommation de nourriture produite dans un rayon de 100 à 250 kilomètres autour de son domicile, n’apparaît qu’au début du 21e siècle dans la région de San Francisco. Il est aussi question de régimes, de supermarchés et des philosophies orientales. Là encore, on a droit à des histoires qui nous font voyager, qui nous ramènent au 13e siècle sur un bateau qui transporte un jeune Japonais arrivant en Chine pour étudier le bouddhisme zen chinois. Et une fois de plus, la nourriture est au programme, mais surtout «l’ajustement du corps», «l’ajustement de
la respiration» et «l’ajustement de l’esprit». Vous aurez compris qu’il s’agit de méditation. Vous dire que loin d’être moi-même philosophe, même si je m’intéresse à la philosophie, je ne suis guère plus un fou de cuisine. Pour être franc, je comprends même difficilement cet engouement effréné né il y a des années maintenant, et qui se poursuit, pour la cuisine et les livres de recettes. Peut-être, en raison de ma culture, enfant, ai-je été trop gâté par la vie, trop bien nourri, trop mis en contact avec des produits qu’on ne connaissait pas alors ici et qu’on ne mangeait pas dans les chaumières. Toutefois, ce n’est pas de cela que traite ce bouquin. Baillargeon ne nous dit pas comment faire un risotto ou un excellent gigot d’agneau, d’autant plus qu’il ne consomme pas de viande… et puis Ricardo s’en charge. Non, il nous parle de plaisir, d’éthique, de regards jetés sur les cultures et les époques, d’Histoire, d’ouvrages, de rituels, «des enjeux que soulève la nourriture en philosophie», de conversations… Il nous invite à la table des philosophes. Parce que, un peu comme Emmanuel Kant, Normand y propose des sujets pour converser à table. Faut croire qu’il n’aime pas que manger… il aime aussi discuter! y À la table des philosophes Normand Baillargeon Flammarion Québec, 2017, 192 pages
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Quinzième roman d’Yves Ravey, Trois jours chez ma tante démontre encore une fois tout le plaisir et toute la finesse d’écriture de l’écrivain bisontin. Fier héritier de Simenon, Ravey revient encore une fois avec un roman flirtant entre le polar et le roman noir, porté par un style aussi concis que vif, dont la simplicité cache très souvent une maîtrise certaine. Un homme revient en France après 20 ans d’exil au Liberia. Le voyage sera court, comme en appelle le titre, juste assez pour qu’il convainque sa vieille tante de ne pas lui couper ses allocations mensuelles, sans quoi il ne pourra poursuivre son œuvre de charité qui vient en aide aux enfants exilés de pays en guerre. Mais comme toujours chez Ravey, c’est bien plus compliqué que ça. Marcello Martini a quitté la France il y a bien longtemps, dans des circonstances des plus particulières. Son associé a été victime de délation et s’est fait prendre à la frontière franco-suisse avec une valise pleine d’argent. Sa tante, richissime femme vivant désormais dans une luxueuse résidence pour personnes âgées, l’a aidé à fuir et, depuis, lui vire un montant mensuellement pour subvenir à ses besoins. Quand elle décide de cesser ses virements, Marcello retourne en France pour la raisonner, mais à son arrivée, elle lui apprend qu’elle le déshérite sans plus d’explications. Et comme les mauvaises nouvelles arrivent rarement seules, le Haut Commissariat aux réfugiés devance sa visite à l’école qu’il a mise sur pied au Liberia; il semblerait que plusieurs papiers ne soient pas en ordre. Plus on avance dans la lecture de Trois jours chez ma tante, plus le pauvre et désespéré Marcello se découvre sous son vrai jour – un être détestable et manipulateur, un minable personnage qui voit ses schèmes se fissurer l’un après l’autre. Les histoires de délation se succèdent au fil des scènes où tout est dans l’action. Jamais Ravey ne prêche par excès de descriptions – elles sont quasi inexistantes –, alors que le portrait de ses personnages se précise à même leurs dialogues, que l’écrivain tisse avec brio. Un roman qui se présente comme un carrefour de faux-fuyants où le lecteur laisse monter en lui angoisse et tension; un autre petit tour de force signé Yves Ravey, lui qui semble trop souvent tapi dans l’ombre. (Jérémy Laniel) y
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LES NOYADES SECONDAIRES MAXIME RAYMOND BOCK Le cheval d’août, 432 pages Écrire Montréal ne se fait pas sans une intime connaissance des gens qui y habitent, sans poser un regard empathique sur les destins de tout un chacun que tous souhaitent interchangeables, où tous espèrent mieux. Avec son troisième livre, Les noyades secondaires, Maxime Raymond Bock poursuit une œuvre concise et à échelle humaine, démontrant une fois de plus qu’il est fort probablement le plus brillant nouvelliste de sa génération. Au fil des pages et au rythme des nouvelles, il parvient à cartographier Montréal de quartier en époque, dessinant habilement les frontières du rêve qui, trop souvent, ressemblent à une track de chemin de fer et à la côte Sherbrooke. La nouvelle Exérèse ouvre le recueil, réécrivant avec génie le vol du cœur du frère André à l’oratoire Saint-Joseph en mars 1973. Bandits de bas étage habitués aux menus larcins, les voilà qui tentent le grand coup et se mettent à rêver. Le plan tombe à l’eau quand l’Église refuse de payer la rançon, et pendant près de deux ans, cet organe traînera dans le fond d’un garde-robe d’un appartement de Centre-Sud. C’est ici qu’on retrouve l’essence de chacune des nouvelles de Bock, un étrange – mais parfaitement équilibré – mélange de grotesque et de quotidienneté qui porte en lui misère et espoir. À quelques reprises, l’écrivain fricote avec le fantastique – on n’a qu’à penser à la délectable nouvelle Mystères d’Anna Canuel, où une jeune romancière est retrouvée morte dans son appartement avec, comme seule pièce à conviction, un manuscrit fraîchement achevé; à sa lecture, toute personne se rendant à la fin voit sa tête exploser. Grotesque, oui, mais pas que. Les personnages de Bock sont toujours pris entre deux eaux, une noyade les guettant. Un homme à l’urgence aux prises avec un pneumothorax, un historien sombrant dans la folie d’une ville enfouie, un metteur en scène qui tient mordicus à inclure une urne dans sa scénographie ou encore des retrouvailles d’amis d’enfance qui virent au vinaigre. Mais perdre son temps à décrire chacune de ces nouvelles ne rendrait pas justice au talent de Maxime Raymond Bock, car l’essentiel se passe ailleurs: dans le maniement admirable et consommé de la digression comme peu en sont capables, où chaque histoire est bien plus que son unique trame narrative. (Jérémy Laniel) y
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LA POLITIQUE D’INTÉGRATION DES ARTS À L’ARCHITECTURE A, JUSQU’ICI, GÉNÉRÉ PLUS DE 3800 ŒUVRES. UNE COLLECTION SE DÉPLOIE HORS DES MUSÉES ET DE LEURS RÉSERVES, DANS DES LIEUX DU QUOTIDIEN, D’IVUJIVIK À MONTRÉAL EN PASSANT PAR DOLBEAU-MISTASSINI ET CARLETON-SUR-MER. MOTS | CATHERINE GENEST
«Vous êtes pas écœurés de mourir, bande de caves? C’est assez!» La phrase-choc de Claude Péloquin orne les murs du Grand Théâtre de Québec depuis maintenant 46 ans. Les mots incrustés dans la murale monumentale de Jordi Bonet nous froissent et nous émeuvent encore. C’est aussi l’une des œuvres les plus marquantes à avoir été créées dans le cadre de la loi sur l’embellissement des édifices publics, l’ancêtre du Décret 955-56 tel qu’on l’applique aujourd’hui. La genèse de la Politique d’intégration des arts à l’architecture remonte à 1961. À l’époque, le ministère des Travaux publics (aujourd’hui appelé Société québécoise des infrastructures) avait pour mandat d’enjoliver les bâtiments exclusivement financés par les fonds publics. Depuis 1981, la mesure s’applique à tous les ministères constructeurs et aux compagnies privées qui bénéficient d’une subvention gouvernementale pour la construction d’un édifice ou de l’aménagement d’une place publique d’une valeur de plus de 150 000$. Dans le jargon, dans le langage populaire, on appelle ça «la politique du 1%» – en référence au pourcentage du budget prévisionnel octroyé à la fabrication d’une œuvre d’art. C’est ainsi que le duo Cooke-Sasseville a profité d’une enveloppe de 1,12M$ pour son spectaculaire monument boulonné face au Centre Vidéotron. Deux cervidés qui défient les lois de la gravité, une image à la fois humoristique et poétique, séduisante même, et l’objet d’une couverture médiatique exceptionnelle dans la Capitale. À Québec, l’art contemporain a tué la une dans la foulée de l’inauguration de la place Jean-Béliveau! Selon
Sasseville, cet intérêt sans précédent des journalistes généralistes s’explique par deux facteurs: le hockey et l’argent. «L’histoire du Centre Vidéotron a tellement déjà fait couler d’encre… Il y a l’aspect du retour des Nordiques. Ç’a l’air de rien, mais on en parle depuis quasiment 10 ans à Québec! Il y a comme un rapport émotif avec ce site-là, quelque chose qu’on ne voit pas ailleurs. En plus, il y a le budget [de l’amphithéâtre] qui est monstrueux. Dans la plupart des entrevues qu’on a faites, au final, on ne parlait pas tellement de contenu ou de création. Ça portait beaucoup sur l’aspect financier et technique, le transport, les déplacements de ces objets-là, l’installation.» Pour en arriver là, Pierre et son acolyte JeanFrançois devaient tirer leur épingle du jeu, se dé marquer des 45 autres artistes (en solo ou en groupe) qui participaient eux aussi au concours. La Rencontre est, à plusieurs égards, un cas particulier: c’est la plus grande sculpture de bronze au Canada, un projet très onéreux, et c’est aussi le fruit d’un appel d’offres public. Souvent, lorsque le coût de cons truction est plus modeste, les décideurs de la Politique d’intégration des arts à l’architecture puisent à même le Fichier des artistes – un genre de bottin regroupant des plasticiens de tous les médiums et les régions de la province. Tout artiste professionnel a le droit de s’y inscrire. Dans les coulisses Le comité de sélection de tout 1% se compose de quatre à six personnes, selon le budget. Règle générale, pour les projets de moins de 2M$, c’est un représentant du propriétaire, l’architecte,
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ARTS VISUELS 45 VOIR QC
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LA RENCONTRE, DE COOKE-SASSEVILLE PHOTO / CHARLES-FRÉDÉRICK OUELLET
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un spécialiste de l’art (souvent lui-même créateur) et un représentant du ministère qui se réunissent autour d’une même table. Ils délibéreront de manière démocratique, comme l’illustre Josée Boulet, relationniste de presse au ministère de la Culture et des Communications. «Le comité décide de façon consensuelle du choix de l’œuvre d’art. Tous les membres peuvent exprimer leur désaccord et personne n’a de droit de veto.»
Marcelle Ferron, Aoua, méfie-toi du blanc, 1973, 86,4 cm x 101,5 cm, collection privée, photo : Guy L’Heureux
Andy St-Pierre, architecte de la firme ABCP, a siégé à l’un de ces jurys. Il nous en dévoile le modus operandi détaillé, tel qu’il s’en souvient. «Pour l’école la Myriade à Val-Bélair, on a décidé qu’on voulait une œuvre extérieure. […] Puis, on voulait une œuvre 3D. Après cette première rencontre-là, la personne du ministère et le spécialiste vont faire une présélection.» La 3e réunion est donc cruciale puisque le quatuor sera amené à faire un tri, à passer tous les candidats en revue. «La personne du ministère nous présente les portfolios, quelques exemples, et nous, on note selon nos critères pré établis. Dans ce cas-ci, on voulait que l’œuvre soit haute et sécuritaire.» Trois finalistes ont ainsi été sélectionnés, de même que deux remplaçants au cas où l’un d’eux manquerait de temps. Ceux qui plongent dans la seconde ronde se voient remettre
un document de deux ou trois pages avec les infos de base (budget, superficie et hauteur maximales), de même qu’un résumé des décisions prises en consultation. «On leur donne les barèmes, on leur communique nos attentes en termes de critères: durabilité, couleurs, etc. Est-ce que c’est une œuvre qui éclaire? Qui éclaire pas? Tout ça.» Avec ces quelques consignes en poche, les élus s’affairent à produire une maquette (l’exacte réplique de l’œuvre), un devis technique et une lettre d’intention. Le quatrième et ultime rendez-vous du comité sera déterminant pour eux. C’est là que les artistes sauront si leur idée se matérialisera. «Ils ont à peu près une demi-heure pour présenter [leur projet] et ils déposent un échéancier pour qu’on puisse voir si c’est plausible. Après ça, […] on délibère dans l’après-midi.» L’art est partout Station Parc, quartier Villeray à Montréal. Un papillon de soie, de cristaux liquides et d’acrylique flotte au-dessus de nos têtes: la Métamorphose d’Icare. L’installation, signée Claire Sarrasin, impose un instant de contemplation dans la course de tous les jours. Au Centre hospitalier régional de TroisRivières, dans le pavillon Sainte-Marie, le soleil
Marcelle Ferron
MÉFIE-TOI DU BLANC Du 25 novembre 2017 au 10 juin 2018
LA MÉTAMORPHOSE D’ICARE, DE CLAIRE SARRASIN PHOTO / ANTOINE BORDELEAU
transperce un vitrail de Marcelle Ferron et réchauffe la peau des malades, des poupons et de leurs mamans depuis 1991. Un secret bien gardé comme la sculpture de Ludovic Boney au campus de l’Université de Sherbrooke, la peinture de Jean-Paul Mousseau au Palais de justice de Drummondville. Le généreux corpus de la Politique d’intégration des arts à l’architecture nous surprend au détour d’immeubles parfois mornes et beiges, des endroits qui ne sont que très rarement voués à la diffusion de la culture. L’historienne de l’art Marie Perreault a travaillé au ministère de la Culture et des Communications pendant 12 ans, jusqu’en 2009. L’une de ses tâches était notamment d’établir une méthodologie pour répertorier tous ces trésors. Elle en a vu de toutes les couleurs! «La façon dont ces milieux-là s’approprient l’œuvre varie beaucoup. Des fois, j’arrivais et je disais: “Ah! vous avez une œuvre d’art dans telle ou telle pièce de votre institution” et personne ne savait de quoi je parlais. Ça dépend des fois. Ça, c’était les cas catastrophiques.» À l’opposé, elle a rencontré des gens qui chérissaient cet héritage. Il lui est même arrivé de visiter un établissement scolaire qui utilisait son proverbial 1% comme outil pédagogique. «Une fois, j’étais
dans le fond de l’Abitibi, dans une petite école primaire… Ils ont reçu des dessins encadrés il y a 25 ans et là je me dis: “Oh my God, qu’est-ce qu’ils ont fait avec ça?”. […] Ils avaient trois grandes gravures encadrées, c’était des gravures de la grandeur d’une porte qui étaient dans leur hall d’entrée, parfaitement encadrées, les dessins et les vitres impeccables, époussetées régulièrement. Ils faisaient leur programme d’éducation à l’art à partir de cette illustration-là.» Ce n’est pas parce qu’une œuvre a coûté cher qu’elle marquera les esprits, qu’elle traversera le temps. Ce qui fait sa qualité, selon Mme Perrault, c’est sa réception. «[Elle] est vraiment tributaire de l’amour qu’on lui porte. Il y a des milieux où ça colle tellement à leur réalité qu’ils vont se le passer comme un legs.» Les proverbiaux 1% sont presque toujours un phare, une fenêtre qui s’ouvre sur les pratiques contemporaines ou modernes dans ces régions qui n’abritent pas de musée, de galerie. C’est l’art qui vient à nous, qui sort des murs, et qui vient égayer la vie d’absolument tous les Québécois – sans exception. La Politique d’intégration des arts à l’architecture est un acte de démocratisation exceptionnel que l’on doit à une poignée de dirigeants visionnaires. Suffit maintenant d’ouvrir l’œil. y
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ALEXANDRE TAILLEFER DE LA MAIN GAUCHE
COUCOU Quand nous avons amené Thomas à l’urgence un après-midi de mai 2015, parce qu’il faisait une crise et que sa condition nous inquiétait, le psychiatre n’était pas disponible avant le lendemain matin. L’amener là n’avait pas été de tout repos. Nous avons dû solliciter l’aide des ambulanciers. Pas question de recommencer tous ces efforts le lendemain, il resterait à l’urgence pour la nuit. Lorsqu’il nous a vus revenir le matin, il était si heureux de nous voir. Il avait passé la nuit dans une salle d’isolement comme on en retrouve dans toutes les urgences du Québec. Six lits. Cinq cas lourds. Et Thomas du haut de ses 13 ans. Après une consultation sommaire où le psychiatre a diagnostiqué de la surdouance et de l’épuisement puis lui a prescrit des médicaments pour mieux dormir, nous sommes repartis tous les trois, Debbie, Thomas et moi, et nous nous sommes arrêtés, à sa demande, manger un petit poulet barbecue. Son appétit nous a remplis de joie. Ses yeux, pareils à ceux que l’on voit chez des chiens qui ont passé la nuit à la fourrière, nous remerciaient de l’avoir libéré. «Papa, tu aurais dû voir les gens dans la chambre, des méchants coucous.» Vous connaissez la suite. Thomas s’est enlevé la vie le 6 décembre 2015. Quand on perd un enfant par suicide, la vie n’est plus jamais la même. Plusieurs tombent dans la spirale infernale de la culpabilité. C’est l’une des premières choses que nous apprennent les spécialistes qui accompagnent les personnes endeuillées. Debbie et moi avons aussi reçu un soutien incroyable de la part de nos proches, de la part de la cité au complet en fait. Je n’ai pu m’empêcher de penser à tous ces proches du millier d’autres suicidés qui se sont enlevé la vie cette année-là. Étaientils aussi bien soutenus que nous? J’ai enfoui le sentiment de culpabilité et l’ai remplacé par une volonté profonde d’améliorer les choses. J’ai ciblé quelques projets où je sentais que
je pouvais faire une différence. En discuter publiquement et ouvertement est l’un d’eux. Je réfléchissais à un geste qui pourrait avoir beaucoup d’impact quand Jean-Philippe Dion, des Productions Déferlantes, celles-là mêmes qui produisent la populaire émission La Voix, est venu me rencontrer pour me proposer de travailler sur un documentaire concernant la cyberdépendance. J’ai accepté de le faire à deux conditions: que le documentaire ne repose pas sur l’histoire de Thomas, c’est trop personnel et trop dur à porter, et qu’il ait de l’impact. Quand Radio-Canada nous a proposé de diffuser Bye à heure de grande écoute, j’ai mis de côté toutes mes hésitations et suis embarqué corps et âme dans le projet, entouré d’une équipe concernée, sérieuse et dévouée. Même si Thomas y est beaucoup plus présent que je ne le souhaitais au départ, même si la date de diffusion tombe la veille de l’anniversaire de son suicide, j’ai compris que personnifier le combat contribuait à le rendre plus efficace. Ce que j’ai constaté est inquiétant. La santé mentale est bien malade. Les aberrations nécessiteraient des dizaines de chroniques. Nous sous-investissons de façon très inquiétante dans la santé de notre population. Les organismes communautaires jouent un rôle central parce que l’État s’y est désintéressé. C’est à coût de collectes de fonds perpétuelles que l’on tient un système en place. Nous n’attribuons qu’un maigre 2% de notre budget santé à la santé mentale. C’est ridicule. Et ce qui est en place est difficile d’accès. Le système manque cruellement d’un guichet unique. Qui contacter quand un proche nous inquiète ou que l’on ressent soi-même un mal à l’âme? Et une fois la bonne porte repérée, les délais sont longs, très longs. Des mois, voire des années, avant d’avoir accès à des ressources couvertes par notre système de santé, quand elles le sont. Il est pourtant démontré que l’accès facile et gratuit à un système de santé mentale de qualité constitue l’un des meilleurs investissements qu’une société puisse faire. L’Angleterre, parmi tant d’autres, a mis
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en place l’IAPT (Improving Access to Psychological Therapies), une combinaison d’outils numériques et de séances de thérapie en personne. Ce programme accompagne la population anglaise qui souffre de crises d’anxiété ou de dépression. Le programme mis en place depuis 10 ans a permis de démontrer hors de tout doute que les impacts positifs allaient bien au-delà des conséquences directes reliées à la santé mentale. Leur approche a permis de réduire massivement les coûts du système curatif. Nous sommes tous si fiers de nous entraîner, d’aller au gym; vivement cette même fierté pour l’entraînement mental. Vivement le même réflexe pour notre âme que pour notre corps: «Je me suis claqué le quad hier, je vais prendre ça relax quelques jours avant de reprendre les squats.» Maintenant, quand je me lève le matin, déprimé, parce que ces journées existent aussi pour moi, je me fais un devoir de le dire autour de moi, quitte à passer pour un faible. «Ça ne file pas fort aujourd’hui, je vais rester à la maison ce matin.» Je me glisse dans un bain chaud et j’attends que ça passe. Je sais que ma tête me
joue des tours. J’ai confiance que mon état naturel reviendra, comme mon quadriceps. Et si ça persiste, je consulte. Quand je repense à cette phrase de Thomas, «des méchants coucous», je ne peux m’empêcher de penser qu’il a probablement cru à ce moment que s’il nous parlait de ses états d’âme, s’il évoquait les idées noires qui le hantaient, la conséquence serait qu’il retournerait rejoindre ces oiseaux de malheur dans leur cage. Ça lui a fait terriblement peur. Le travail à faire est profond pour changer le rapport que notre société entretient avec la maladie mentale. Il part d’aussi loin que du langage que nous utilisons dans les médias, les écoles, les films, partout. Et dans l’approche que nous adopterons pour accueillir avec tact et dignité ceux qui en souffrent. Quand on pense santé mentale, on voit trop rapidement salle d’isolement, ceinture de contention, murs capitonnés. C’est tout ce lourd héritage qu’il faut reconstruire, pièce par pièce, oisillon par oisillon. y
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EMILIE-CLAIRE BARLOW THÉÂTRE PETIT CHAMPLAIN/MAISON DE LA CHANSON – 10 DÉCEMBRE
Elle a chanté avec l’Orchestre symphonique de Québec, fait courir les foules au pays du Soleil-Levant. Emilie-Claire Barlow est de ces rares interprètes qui transcendent les frontières musicales et géographiques. Cette fois, la vocaliste jazz s’attaque aux chansons de Noël de Tricot Machine, Renée Martel et Robert Charlebois. Éclectique et féérique!
QUOI FAIRE 51 VOIR QC
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DEAD OBIES L’ANGLICANE – 8 DÉCEMBRE
Il n’y a pas si longtemps encore, Snail Kid n’avait pas de quoi se payer un club sandwich – c’est lui-même qui le confesse sur Monnaie. Le vent tourne pour le sextuor montréalais, ces architectes du son d’aujourd’hui. Des héros du nouveau rap québ, rien de moins!
PIERRE LAPOINTE GRAND THÉÂTRE DE QUÉBEC – 7, 8, ET 10 DÉCEMBRE
Sa plume est plus acérée que jamais. Sur La science du cœur, son plus récent album encore tout frais, Pierre Lapointe décortique nos vies postmodernes avec la précision d’un scalpel. PHOTO | ROCOCO
VO2 #12
12 / 2O17
TIRE LE COYOTE GRAND THÉÂTRE DE QUÉBEC – 9 DÉCEMBRE
On le reconnaît à sa voix chevrotante et haut perchée, ses textes aussi imagés que directs. C’est un Benoît Pinette au sommet de son art qui nous invite à cette séance de Désherbage.
1 2 3 PUNK! (DJ SET) L’ANTI – 27 DÉCEMBRE
Pour tous les amateurs de punk ayant grandi dans les années 1990 et dans le début des 2000, l’émission 1-2-3 Punk!, présentée à MusiquePlus à l’époque de gloire de la station, était un incontournable absolu. L’animateur à tête de skateboard, Rej’ Laplanche, sera à L’Anti pour livrer un DJ set de son cru, pendant lequel on peut s’attendre à entendre tous les classiques du punk rock ainsi que des nouveautés de qualité! PHOTO | JAY KEARNEY
GABRIELLE SHONK GRAND THÉÂTRE DE QUÉBEC – 14 DÉCEMBRE
Elle est, indiscutablement, la personnalité musicale de la dernière année à Québec. Signée chez Universal Music Canada, la belle de l’île a touché la planète entière avec sa chanson Habit en plus d’assurer sa place au firmament avec un premier album fort convaincant.
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GAB PAQUET LE CERCLE – 14 DÉCEMBRE
Dansons autour du vert sapin avec une consommation dans les mains! Le charmant (c’est un euphémisme) Gab Paquet nous offre un concert de Noël aussi sucré qu’une crème de menthe, aussi crémeux qu’un Baileys sur glace. Ça fait plaisir.
MARCELLE FERRON MÉFIE-TOI DU BLANC
BLEU. – COMPAGNIE YVANN ALEXANDRE
MUSÉE D’ART CONTEMPORAIN
MÉDUSE / SALLE MULTI - 18, 19 JANVIER 2018
DE BAIE-SAINT-PAUL - JUSQU’AU 10 JUIN 2018.
En 1972 dans Méfie-toi du blanc, Marcelle Ferron tente de transposer la lumière sur sa toile à travers une gamme subtile de noirs. Se défiant de tout code, sa peinture alors change. Regroupant des œuvres peintes après 1972, l’exposition s’arrête sur un volet moins connu de cette artiste rebelle.
Yvann Alexandre, dont la gestuelle s’organise comme une calligraphie de l’intime, propose avec BLEU. un septuor fluide renouvelé par la plasticité des corps, une errance bleutée dans une plaine sombre qui laisse apparaître toute la fragilité, l’humanité de celui ou celle qui la porte et qui continue d’avancer.
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SARATOGA ET MAUDE AUDET LE CERCLE – 9 DÉCEMBRE
Le Lab Vivant nous convie à un double plateau sous le signe de la douceur. Chantal Archambault, musicienne chevronnée, et Michel-Olivier Gasse, à la fois auteur publié et contrebassiste, unissent leurs voix sur les tendres chansons de Saratoga. L’artiste multidisciplinaire Maude Audet, une folkeuse à ascendance grunge, y ira ensuite de son propre récital.
LES VIOLONS DU ROY PALAIS MONTCALM – 13 ET 14 DÉCEMBRE
Bernard Labadie est de retour! Il dirigera «sa» chorale (le chœur La Chapelle de Québec) de même que trois solistes, dans ce grand concert des fêtes articulé autour de quatre cantates féériques de Bach. SARATOGA, PHOTO | MARC MONGRAIN
J’ADORE PREMIER ACTE - DU 14 AU 16 DÉCEMBRE
ON DÉFONCE L’ANNÉE AU DISTRICT!
#JESUISTAP – PARTIE 1 STUDIO TAP ETC - 13 JANVIER 2018
DISTRICT SAINT-JOSEPH - 31 DÉCEMBRE
Comédie hilarante et quelque peu décapante, qui aborde de façon humoristique les problèmes relationnels et sexuels des couples en 2017. Jade Or, une très réputée docteure en psychologie relationnelle, propose des solutions pratiques, concrètes à la fois réfléchies, absurdes et ridicules pour être heureux à deux.
L’ORCHESTRE, excellent ensemble musical de Québec interprétera les plus grands succès pop des années 60 à aujourd’hui pour défoncer l’année en musique! Pour l’occasion, le chef Seb Laframboise proposera une table d’hôte spéciale. Un DJ sera également sur place pour assurer l’animation de cette soirée qui s’annonce bien festive! Réservation 418 717-0240 ou districtstjoseph.ca
Troisième SpecTAP hivernal des élèves de TAP… ETC. Assistez, directement à notre studio de Plaza Laval situé au 2750 chemin Ste-Foy, aux prestations de #jesuistap partie 1, en TAP, GIGUE, JAZZ et de TAPJAZZ, en collaboration avec le groupe de spectacle Nouvelle Époque.
54 QUOI FAIRE VOIR QC
VO2 #12
12 / 2O17
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LES CONTES À PASSER LE TEMPS MAISON CHEVALIER – 15 AU 30 DÉCEMBRE
Des histoires et des desserts cuisinés avec amour. C’est grosso modo ce que La Vierge folle (Maxime Robin et Noémie O’Farrell) nous propose chaque hiver avec Les contes à passer le temps. Une tradition encore neuve, mais pas moins réconfortante.
CASSE-NOISETTE GRAND THÉÂTRE DE QUÉBEC – 7 AU 10 DÉCEMBRE
Scintillement! Magie! Beauté! Les Grands Ballets canadiens de Montréal reviennent dans la capitale pour offrir leur somptueuse version de ce classique du temps des fêtes. PHOTO | CATHLANGLOIS PHOTOGRAPHE
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ADIB ALKHALIDEY GRAND THÉÂTRE DE QUÉBEC – 16 DÉCEMBRE
On l’a notamment vu dans Like-moi! et la Pause Kahwa. Le farceur montréalais nous présente son deuxième «spectacle de blagues», une proposition promise comme un tantinet plus corrosive.
BEU-BYE 17 THÉÂTRE DE LA BORDÉE – 15 AU 30 DÉCEMBRE
Lucien Ratio s’entoure de la crème des acteurs comiques de Québec pour commémorer le dernier millésime. Cette année, la troupe de fanfarons se mettra même quelques mots de Robert Lepage (l’un des auteurs invités) en bouche. PHOTO | COURTOISIE PHANEUF
Une pièce hilarante et quelque peu décapante, qui aborde de façon humoristique les problèmes relationnels et sexuels des couples en 2017. Jade Or, O une très réputée docteure en psychologie relationnelle, propose des solutions pratiques, concrètes à la fois réfléchies, absurdes et ridicules pour être heureux à 2.
STAR WARS – THE LAST JEDI
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STAR WARS – THE LAST JEDI
DOWNSIZING
EN SALLE LE 15 DÉCEMBRE
EN SALLE LE 22 DÉCEMBRE
Dans ce deuxième opus de la plus récente trilogie de la saga intergalactique de Star Wars, nous retrouverons enfin un des personnages les plus importants de la série originelle: Luke Skywalker. Ce dernier devra apprendre à la jeune Rey à se servir de la force pour combattre Kylo Ren et l’armée redoutable du Nouvel Ordre, nouvelle faction analogue à l’Empire des premiers films.
Dans cette satire sociale mettant en vedette Matt Damon et Christoph Waltz, un ergothérapeute sympathique se laissera tenter par une nouvelle procédure révolutionnaire, le «downsizing». Réduisant les humains à une taille d’environ 10 centimètres, ce procédé a pour but de sauver la planète en générant moins de déchets humains tout en offrant à ceux prêts à le subir une qualité de vie renouvelée.
TADOUSSAC EN SALLE LE 1ER DÉCEMBRE
N’en pouvant plus de la ville, Chloé s’enfuit de son appartement montréalais. Prenant la route sur le pouce, la jeune fille de 18 ans finira par se ramasser à Tadoussac. Travaillant dans une auberge de jeunesse en échange d’une chambre, comme nombre d’autres voyageurs de passage, elle cherchera également secrètement à rencontrer quelqu’un.
THE DISASTER ARTIST EN SALLE LE 8 DÉCEMBRE
The Room, de Tommy Wiseau, est reconnu comme étant l’un des (sinon le) pires films de l’histoire du cinéma américain. Dans The Disaster Artist, les frères Franco explorent la genèse de ce projet loufoque, en se basant sur le livre du même nom, écrit par un des acteurs du premier film. Tout comme Wiseau a été réalisateur et vedette de The Room, James Franco assume ici ces deux rôles.
PHANTOM THREAD EN SALLE LE 25 DÉCEMBRE
Dans le Londres glamour des années 1950, le célèbre couturier Reynold Woodcock et sa sœur Cyril sont au cœur de la mode britannique, habillant la famille royale, les stars de cinéma, les héritières, les mondains et les dames dans le style reconnaissable de la Maison Woodcock. Les femmes défilent dans la vie de Woodcock, apportant à ce célibataire endurci inspiration et compagnie, jusqu’au jour où il rencontre Alma, une jeune femme au caractère fort qui deviendra rapidement sa muse et son amante. Celui qui contrôlait et planifiait sa vie au millimètre près se voit bouleversé par l’amour.
THE SHAPE OF WATER EN SALLE LE 8 DÉCEMBRE
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C’est avec comme toile de fond l’Amérique en pleine guerre froide que Guillermo del Toro présente ici une nouvelle fable étrange. Dans un laboratoire top secret du gouvernement, une femme esseulée du nom d’Elisa découvrira avec une de ses collègues une étrange créature mi-homme, mi-poisson sur laquelle les scientifiques font des expériences. Une forte émotion les liera rapidement, et chamboulera toute la vie rangée de cette simple femme de ménage.
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Investir dans le commerce local
58 QUOI FAIRE VOIR QC
VO2 #12
12 / 2O17
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ELYSANNE TREMBLAY GALERIE LACERTE ART CONTEMPORAIN JUSQU’AU 23 DÉCEMBRE
Elle a participé au festival montréalais Under Pressure et il lui arrive de dessiner avec du jus de groseilles, d’agencer ses tenues avec ses installations. De retour chez elle, la Montréalaise d’adoption nous offre Gloire aux roses sablons.
SHARY BOYLE GALERIE 3 – JUSQU’AU 17 DÉCEMBRE
L’artiste ontarienne Shary Boyle présente The Smile at the Bottom of the Ladder, une exposition dédiée aux clowns, mimes, comédiens et danseurs. Les arts de la scène sont vraiment au cœur de cette nouvelle série.
LAVANDE ASPIC DES RÉGIONS CHAUDE, 30’’ X 36’’, ACRYLIQUE SUR TOILE, 2017.
Atelier de danse Adultes et enfants TAP (claquettes) • TAP-CARDIO
TONUS ET « STRETCHING » •
• GIGUE • CARDIO FORME
JAZZ • PILATES
INSCRIPTIONS DU 8 AU 12 JANVIER 2018
JOUR / SOIR / FIN DE SEMAINE
2750, chemin Sainte-Foy (Plaza Laval) • 418 659-3330 • TAPDANCE.CA
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GUIDE RESTOS VOIR 2O18 VIVE LE BLÉ D’INDE LIBRE
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