MONTRÉAL VO2 #12 | DÉCEMBRE 2O17 ART À BOIRE DOMINIQUE DUFOUR 40 ANS DE LNI CLARA FUREY MICHEL TREMBLAY LES CHARBONNIERS DE L’ENFER LA POLITIQUE DU 1% LA PARITÉ EST-ELLE RÉALITÉ? UN CINÉMA DE HOCKEY
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MARIANA MAZZA
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À sa sortie en 1993, elle devint la première bière forte brassée au Canada. De ce fait est née l’idée d’associer son nom et son image à la damnation d’un pacte avec le diable. L’illustration de la chasse-galerie, une légende bien ancrée dans l’imaginaire québécois, la représente remarquablement. Rouge et chaude comme l’enfer, toute en finesse et en équilibre, elle vous surprendra par la douceur de son goût caramélisé et sa finale épicée.
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MONTRÉAL | DÉCEMBRE 2017
RÉDACTION
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Maxyme G. Delisle | leconsulat.ca
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«J’AIME MONTRER LES CORPS PAS ASEPTISÉS, ET C’EST JUSTEMENT CE QUE J’AI, UN CORPS PAS ASEPTISÉ. JE TROUVE ÇA BEAU LES CHOSES QUI SONT PAS TIGHT.» Photo | Maxyme G. Delisle (Consulat) Assistante | Kelly Jacob Maquillage / Coiffure | Laurie Deraps (TEAMM) Production Consulat | Martine Goyette
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SCÈNE
40 ans de la LNI Clara Furey Enfant insignifiant
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MUSIQUE
Les Charbonniers de l’enfer
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CINÉMA
La parité est-elle réalité? Un cinéma de hockey
40
ART DE VIVRE
Art à boire
Dominique Dufour
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LIVRES
À la table des philosophes Trois jours chez ma tante Les noyades secondaires
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ARTS VISUELS
La politique du 1%
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QUOI FAIRE CHRONIQUES
Simon Jodoin (p6) Émilie Dubreuil (p20) Monique Giroux (p28) Normand Baillargeon (p38) Alexandre Taillefer (p56)
6 CHRONIQUE VOIR MTL
VO2 #12
12 / 2O17
SIMON JODOIN THÉOLOGIE MÉDIATIQUE
CONFIANCE ET TRIANGLE DES BERMUDES ILLUSTRATION | ERIC GODIN
Le froid venait de s’installer et je sentais que le monde pourrait bientôt être avalé dans le feutre du silence saisonnier. En cette dernière fin de semaine de novembre, on allait célébrer le Black Friday et le Cyber Monday, sorte de rituels au sein de la sainte Église des grandes surfaces. Je lisais dans les grands titres que Caroline Néron avait lâché un pet sur Instagram question d’annoncer 25% de rabais sur ses bougies au parfum de vanille exquise. Vivement la venue du messie. Aucun doute, pour le repas de Noël, les canards seront bien gavés. Nous sommes, à bien des égards, des animaux d’élevage. Cette même fin de semaine, les frustrés des testicules qui se rassemblent sous la bannière de La Meute allaient manifester à Québec à l’occasion du congrès du Parti libéral. Que voulaient-ils dire? Allez savoir. On sait qu’ils sont fâchés et ça devrait suffire. Contre le niqab, contre le kirpan, contre le gouvernement, contre le mal intégral et toutes ces questions qui nous gardent captifs devant le téléviseur. N’allez surtout pas les taxer d’extrême droite, ils vous traiteront d’inventeurs de fausses nouvelles. Sauf que, voilà, quand les loups hurlent, tous les rasés du crâne et les fachos du gland se sentent appelés. On a assez tourné autour du pot pour savoir ce qu’il y a dedans. L’odeur ne ment pas. En face de ces joyeux drilles se dressaient, comme d’habitude, les combattants de l’extrême gauche manière ninjas masqués, antifas assoiffés de justice et paradeurs du grand soir. Eux aussi se sentent appelés lorsque les loups se mettent à jouer du coude. On n’attire pas les mouches avec du vinai gre, mais avec de la marde, ça marche plutôt bien. Depuis le temps qu’ils cherchent du monde à faire
taire et des complices du grand capital à guillotiner, ils ont trouvé chez les fachos de fin de semaine un combat à leur hauteur. À la boxe comme en politique, il faut jouer des poings avec un adversaire du même calibre que soi. Les extrémistes se battent donc entre eux et ont ainsi le sentiment de lutter pour quelque chose en espérant une victoire momentanée, jusqu’à la prochaine chicane. Ces quelques crinqués du combat se nourrissent mutuellement. Ils se bouffent les uns les autres dans une sorte d’eucharistie où chacun se voit comme le sauveur. Ce qui attire l’attention, ce n’est pas tant leurs positions respectives, mais le spectacle qu’ils offrent. Ils ne discutent pas, ils performent. Mais à Québec, ce jour-là comme je vous disais, c’était le congrès du Parti libéral. On s’attendait donc à quelques réactions de la part des politiciens. Après tout, les troupes de Philippe Couillard avaient en quelque sorte dressé le chapiteau où les illusionnistes vont gagner leur pitance. Alors, ce spectacle, vous le trouvez comment? C’est Pierre Moreau, ministre des Ressources natu relles, qui a su trouver les mots qu’il faut pour commenter le travail de ces acrobates: «Je fais confiance aux Québécois, disait-il, et je sais que ce genre de discours là n’a pas beaucoup d’emprise.» Voilà. C’est dit. Ce sera pour moi le mot de l’année. La confiance... Ainsi, alors que se dressent les extrêmes les uns contre les autres, le politicien, lui, fait confiance à la sagesse du peuple.
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Fort bien. Mais, avec un peu d’audace, nous pourrions lui retourner la question. Dites-moi, Monsieur le Ministre. Les Québécois, eux, est-ce qu’ils vous font confiance? Car on comprend par ces mots que le lien essentiel entre les citoyens et ceux qui les représentent, c’est justement la confiance. Cette idée qui entraîne avec elle la franchise, la sécurité et, lorsque tout va bien, la conviction. C’est lorsque la confiance s’effrite, lorsqu’elle s’abîme, que les extrêmes trouvent une scène pour jouer aux hommes-canons. Je reprends la question: peut-on, Messieurs et Mesdames les Ministres et Députés, vous faire confiance? L’ironie était magnifique, car ce jour-là, donc, on avait invité Jean Charest pour discourir afin de célébrer l’anniversaire du Parti libéral. Vous voyez le tableau: pendant que les extrêmes, dehors, se battaient dans la slush de novembre, tout en haut, bien au chaud, au micro, un politicien faisait le fanfaron. Il a cru qu’on l’avait invité pour faire des blagues. Malgré les enquêtes, malgré les soupçons, malgré la corruption, la collusion, les magouilles et toutes ces chansons, malgré tout ce qui ronge la confiance, justement, il fallait rire, se moquer. Le spectacle était complet. Ébahi, le citoyen téléspectateur avait là, dans cet instant de téléjournal, toute la scène politique des dernières années illustrée en un seul moment. Pendant que des cons se battent, des fanfarons rigolent. Le citoyen, lui, n’est nulle part. On parlera de lui, vaguement, en prononçant des mots comme
«classe moyenne», «famille», «travailleur» ou «contribuable», comme lorsque le maître de cérémonie demande au public d’applaudir. Ces trois points, ainsi disposés, forment un triangle des Bermudes politique. À la base, deux extrêmes qui donnent dans la magie. Au sommet, un illusionniste. Si vous passez par là, vous disparaissez. Pouf! Tout s’évapore. C’est un grand mystère de notre époque. Et de quoi rigolait-on au juste, à ce congrès du PLQ? Jean Charest en avait contre deux choses: les médias et l’UPAC. C’était le clou du spectacle. Il faut le faire, dans un congrès du Parti libéral, d’aller ironiser sur la police et les journalistes sans qui toutes les magouilles politiques débarquées au cours des dernières années seraient encore enterrées dans l’épaisseur du secret de polichinelle. Ceux qui applaudissaient en riant devant l’ex-premier ministre demanderont au cours des prochains mois aux électeurs de leur faire confiance, encore. On verra ce qu’ils répondront. D’ici là, si on les prend un peu au sérieux, il faudra au moins leur dire que la confiance sans le doute, c’est simplement de la témérité. y sjodoin@voir.ca
8 SCÈNE VOIR MTL
VO2 #12
12 / 2O17
FEMME LIBÉRÉE DANS SON PREMIER ONE-WOMAN-SHOW, MARIANA MAZZA EXPRIME TOUT HAUT CETTE FÉMINITÉ QU’ELLE A SI LONGTEMPS REFOULÉE. MOTS | OLIVIER BOISVERT-MAGNEN
Sur scène comme en personne, l’humoriste montréalaise a la parole franche et spontanée. Celle qui aborde sans tabou son taux élevé de testostérone, son célibat et son rapport à la masturbation dans Femme ta gueule, spectacle qui connaît un succès retentissant partout au Québec, donne l’image d’une femme émancipée et complètement libre. C’est d’ailleurs ce mot, «libre», qui semble être le plus utilisé dans les médias pour la définir depuis sa première montréalaise au Théâtre Saint-Denis à l’automne 2016. Une épithète qu’elle prend avec un grain de sel. «La liberté, ça vient avec des échecs, des coups de poing dans la face. Personne n’est totalement libre à 27 ans», nuance la Montréalaise. «Par contre, c’est certain que je me libère de certaines affaires [avec mon spectacle]. J’ai été complexée sexuellement très longtemps. J’étais pas bien dans ma peau, je m’assumais pas dans ce que j’étais. Jusqu’à l’âge de 16 ans, je jouais au soccer et j’étais la fille sportive qui voulait pas s’habiller en moulant, qui se tenait avec des filles plus belles qu’elle. Par la suite, j’ai réalisé mes courbes, mes formes, je voulais le regard des hommes. Ça m’excitait, mais encore là, je savais pas comment assumer tout ça. C’est vraiment sur scène que j’ai commencé à le comprendre, même si au début, je m’habillais comme un p’tit gars avec une chemise d’armée, des studs pis des cheveux en crinière. Aujourd’hui, je suis un peu plus amazone, pas de maquillage.» De ses débuts comme animatrice de rue au festival Juste pour rire à sa tournée panquébécoise aux côtés de Virginie Fortin, en passant par sa révélation à En route vers mon premier gala et ses premières parties de Peter MacLeod en 2013 et 2014, Mazza a grandement évolué, autant comme femme que comme artiste. Plus de 170 000 billets vendus
PHOTO | MAXYME G. DELISLE (CONSULAT)
plus tard, ainsi qu’un Félix dans la catégorie du spectacle d’humour de l’année au dernier Gala de l’ADISQ, elle a appris à s’aimer et à apprivoiser son corps à travers le regard du public. «Je me trouve belle maintenant, affirme-t-elle. C’est drôle, parce que 90% des gens que je connais et qui sont devenus connus ont choisi de perdre du poids. Ils ont eu cet appel de la beauté, cet appel de se «chixer» que moi j’ai jamais eu. À la place, j’ai eu l’appel de me rendre femme avec plus de classe, d’être vulgaire avec plus de classe, de répondre à des questions et de réfléchir [durant mes spectacles]. Pour moi, ça, c’est plus être une femme que de me montrer les seins, de maigrir ou de montrer à tout prix que j’ai pas de bourrelets.» De là l’idée de notre couverture de magazine: une Mariana Mazza au naturel, exhibée sans artifices. «Mon but, c’est pas que ce soit provocateur, mais que les gens voient de quoi j’ai l’air pas maquillée, pas coiffée. J’ai toujours dit que j’aimais montrer les corps pas aseptisés, et c’est justement ce que j’ai, un corps pas aseptisé, avec mes tattoos et mon petit ventre. Je trouve ça beau les choses qui sont pas tight.» Mission d’authenticité À elle seule, cette mise à nue en dit long sur le processus d’acceptation de soi de l’humoriste qui, plus que jamais, veut se poser comme une référence ou un repère pour les jeunes complexés. Malgré le fait qu’il soit classé 16 ans et plus, une simple formalité «pour éviter les poursuites», Femme ta gueule attire son lot d’adolescentes chaque soir, selon ce qu’observe la principale intéressée. «J’ai pas la prétention de dire que je vais les éduquer sexuellement, mais j’ai la prétention de dire que je suis
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> passée par là et que j’ai confiance en moi. Surtout, je veux leur dire que la clé pour se libérer de ces complexes-là, c’est de parler aux gens, de poser des questions, de créer un lien humain et d’arrêter de se confier juste sur internet.» Bref, comme elle l’affirme elle-même, Mariana Mazza est «en mission». Consciente du privilège qu’elle a de pouvoir s’adresser à une foule à raison de trois ou quatre fois par semaine, elle se fait un devoir de livrer une version authentique d’elle-même, en évitant de romancer les histoires qu’elle raconte. «Je suis pas du genre à inventer des anecdotes, mais il se peut que j’exagère parfois une blague en la punchant avec une métaphore par exemple. Au-delà de ça, j’me sentirais coupable d’aller dire des fausses affaires pendant trois ans à tout le Québec. Ceux qui choisissent de faire ça, ils ont besoin d’attention, ils ont une vie plate et pas intéressante. Moi, j’ai une vie rocambolesque, alors quand t’es quelqu’un d’intense comme ça, la vie te redonne toujours de quoi d’intense...» En plus de lui fournir de la matière pour ses textes, ce côté décomplexé et irrévérencieux de sa person nalité lui a permis de se démarquer au sein de la communauté humoristique, notamment avec le numéro maintenant anthologique Sable dans le vagin, interprété dans un gala Juste pour rire en 2015 et visionné plus de deux millions de fois sur internet depuis. Dès lors, plusieurs Québécois l’ont adoptée ou bien rejetée en raison de son langage parfois trivial, de son «attitude de rebelle» et de ses affinités avec certains thèmes associés à l’humour trash, genre humoristique qu’elle rejette pourtant en bloc. «Si les gens pensent que je suis trash parce que je dis le mot plotte, tabarnak ou «ta yeule», c’est qu’ils n’ont jamais voyagé! s’exclame-t-elle. Dans le contexte de mes shows, un mot vulgaire, ça vient justifier une situation. Jamais je ne l’utiliserais pour uniquement déclencher une réaction! Ça me servirait à rien de charger 42 piasses à du monde pour les provoquer comme ça.» Reste que l’humour cru de Mazza en dérange plusieurs. Si elle permettait auparavant aux plus haineux d’entre eux de s’exprimer sur sa page Facebook, allant même jusqu’à leur répondre sur scène, elle a dorénavant choisi de censurer leurs propos. «J’enlève les messages négatifs automatiquement, dit-elle. J’ai pas choisi d’être humoriste pour me justifier à des gens qui ont pas de vie et, surtout, j’ai pas d’énergie à mettre sur des gens dont je remets même en cause l’existence.» Au lieu de broyer du noir, la Québécoise se garde en forme avec une discipline rigoureuse. Pour garder le cap et la flamme après 270 représentations du
«DANS LE CONTEXTE DE MES SHOWS, UN MOT VULGAIRE, ÇA VIENT JUSTIFIER UNE SITUATION. JAMAIS JE NE L’UTILISERAIS POUR UNIQUEMENT DÉCLENCHER UNE RÉACTION!» même spectacle, elle évite les dérapages alcoolisés, s’entraîne régulièrement, écrit presque quotidiennement et «mange beaucoup de protéines et de légumes pour avoir le plus d’énergie possible en une heure et demie». Désirant toujours se surpasser, elle fait constamment évoluer ses numéros. «J’ai enlevé une couple d’affaires que je trouvais trop littéraires, car je voulais quelque chose de plus viscéral. Après 200 fois, je finirais par m’emmerder à faire les mêmes gags, donc pour m’amuser, j’interagis avec les gens. À chaque show, y a une twist différente ou une parenthèse de confidence qui peut durer jusqu’à 30 minutes de plus. Les spectateurs font partie intégrante de mon humeur: si je suis exaltée, je vais improviser en malade et si je suis un peu plus en crisse, ils vont le savoir.» À l’aune de cette année extraordinaire, également marquée par ses débuts au grand écran québécois (dans les suites de Bon Cop, Bad Cop et De père en flic), Mariana Mazza devrait être en mesure de tirer son épingle du jeu au prochain Gala Les Olivier, là où elle est nommée cinq fois. Sans accorder une importance démesurée à ce genre de prix, elle admet croire en ses chances de remporter au moins une statuette. «En fait, je suis surtout contente et crissement fière de dominer les nominations dans un monde d’hommes comme celui de l’humour au Québec. En même temps, c’est cool, les nominations, mais qui s’entraîne pour aller aux Olympiques pis récolter le bronze?» y Gala Les Olivier 10 décembre (ICI Radio-Canada Télé) Femme ta gueule 21 décembre 2017 et 13 janvier 2018 à L’Étoile Banque Nationale (Brossard), 20 janvier 2018 à L’Olympia (Montréal)
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GARDER UNE CROSSTREK PROPRE TELLEMENT C’EST AMUSANT DE SE SALIR. » LA TOUTE NOUVELLE CROSSTREK 2018 adore se salir. Elle aime défier les
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SCÈNE 13 VOIR MTL
VO2 #12
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40 ANS DE LA LNI «TOUT EST POSSIBLE POUR CEUX QUI OSENT» PEU DE TEMPS APRÈS LA RÉVOLUTION TRANQUILLE, AU MOMENT DE L’ÉMANCIPATION SEXUELLE, DE L’ÉCLATEMENT DES FAMILLES ET DE WOODSTOCK, ROBERT GRAVEL ET YVON LEDUC ONT EU L’IDÉE FARFELUE DE LANCER UN SPECTACLE D’IMPROVISATION AUTOUR DE L’UNIVERS DU HOCKEY. «IL DEVAIT ÊTRE PRÉSENTÉ 4 SOIRS SEULEMENT, ET ÇA FAIT 40 ANS QUE ÇA DURE!» MOTS | ALESSANDRA RIGANO
À l’époque où le mot «recyclage» n’existait pas encore, le Théâtre expérimental a monté un spectacle déambulatoire mettant en scène des animaux vivants et empaillés ainsi que des matériaux récupérés en guise de décor. Le spectacle Le zoo était un terrain de jeu pour quelques jeunes qui voulaient changer le monde avec l’art. On improvisait, autant les mots que les spectateurs, trouvés dans les rues du mois de juillet 1977. Il y avait une cascade d’eau, des poissons rouges, une volière et même une porcherie où Roger, Gaëtane et Rachel, les trois petits cochons, distrayaient le public en faisant des farandoles sous la direction d’un comédien vêtu de blanc. Ce dernier servait des sandwichs au jambon en récitant un discours antimilitariste. «C’était complètement illégal!», affirme Yvon Leduc, cofondateur de la Ligue nationale d’imporvisation, qui a dû raconter cette histoire souvent au cours de l’existence de la ligue qui vient de franchir le cap des 40 ans. Après un soir de spectacle, sur la terrasse du restaurant de la Maison Beaujeu, Robert Gravel, cofondateur et fan de jeu de société, a lancé le concept d’un Monopoly d’improvisation: «Je trouvais ça un peu statique... On a gardé l’idée de faire un jeu. On s’est dit pourquoi pas des équipes? On a tiré sur ce fil en pensant au hockey. Pendant cette
PHOTOS | LNI
nuit-là, on a déliré un peu là-dessus. Et le lendemain matin, on s’est vu pour le Zoo. Souvent, tu te dis que des idées que t’as eues la veille, un peu saoul, ça ne tient plus la route. Mais celle-là tenait encore la route et on a continué à la développer.» Robert Gravel, décédé en 1996, s’intéressait à l’improvisation en tant que comédien, alors qu’Yvon Leduc, fan de Cassavetes, faisait de la vidéo légère et se fascinait pour l’improvisation au cinéma. La LNI a eu ses moments de gloire et de reconnaissance, autant à l’échelle locale qu’à l’international. «À la suite de la première tournée en 1981, on se faisait dire qu’on ne pourrait pas vendre un spectacle improvisé, inspiré du hockey sur glace. Je suis revenu avec 22 contrats pour l’année d’après.» En 1982, Le Festival d’Avignon les invite à faire partie de leur programmation officielle. Depuis son premier match en octobre 1977, la ligue a visité la Belgique, le Congo, la France, Haïti, l’Italie, le Luxembourg, la Norvège, le Maroc, le Pérou, la Roumanie et la Suisse. Le concept a été réapproprié en différentes langues en faisant grandir la discipline et les destins individuels. Yvon Leduc a récemment reçu un courriel d’Afrique qui l’invitait à assister à la première édition de la Coupe d’Afrique d’Improvisation théâtrale afin qu’on lui
décerne une médaille pour souligner sa «grande contribution au développement de l’impro en Afrique» qui a permis d’assurer la survie de nombreux jeunes Africains. Il a imprimé la lettre pour l’entrevue et tenait le papier dans sa poche: «Le courriel m’a fait pleurer. Les gens ne soupçonnent pas l’impact qu’on peut avoir un peu partout. Je leur ai écrit un mot pour leur dédicacer le tournoi. Je leur ai dit exactement ce que j’avais répondu à une journaliste après la première tournée que j’avais organisée.» Cette dernière lui avait demandé l’objectif de ces tournées: «Je lui ai dit: “Moi, tout ce que je souhaite, c’est qu’on se serve du match comme un moyen de rapprochement entre les peuples”.» Dans sa «tête de vieux hippie de l’époque», c’est ce qu’il souhaitait profondément et c’est ce qu’il espère encore pour la LNI à ce jour. «À titre de dédicace, je leur ai écrit: “J’espère que ça va vous permettre de vous rencontrer, de mettre un baume sur ce que vous vivez et vous changer les idées”. La personne de l’Alliance française qui les soutient me racontait qu’ils avaient eu beaucoup de succès avec l’improvisation. Ils ont sorti des jeunes de la rue pour les empêcher de devenir des enfants-soldats. On pourrait développer ça, mais il faut de l’argent et des moyens.»
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CHABLIS – 13 janvier ARGENTINE, UN TERROIR ET DES VINS D’EXCEPTION – 18 janvier RHÔNE ET PROVENCE – 24 janvier VINS ORANGES – 26 janvier WHISKYS – 31 janvier VINS NORDIQUES – 1 février SPÉCIAL ITALIE – 8 février SPÉCIAL ESPAGNE – 22 février
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> Malgré les ateliers, les tournées, les activités auprès des jeunes et les mille et une façons de créer un impact positif sur la communauté d’ici et d’ailleurs depuis 40 ans, le financement n’est toujours pas gagné pour la LNI. «On voulait faire une ligue d’impro pour les nouveaux arrivants, afin de leur permettre de se rencontrer, de parler en français et de les encourager à s’exprimer. Il faut trouver de l’argent pour ça et ce n’est pas évident. Ce n’est pas décourageant, mais c’est épuisant.» Le Conseil des arts et des lettres du Québec, qui les a soutenus au fonctionnement jusqu’à maintenant, les a avisés récemment que ce serait peut-être la dernière année…
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Les moments forts de la LNI Dans l’improvisation, où la magie réside dans la notion d’éphémère, le public a eu droit à de grands moments, comme celui de Robert Lepage et de sa prestation New York: réalité ou illusion, devenue un classique. «Quand tu as 700 ou 800 personnes qui se lèvent et qui applaudissent, subjuguées devant une impro magnifique qu’on ne reverra pas (…), c’est ça la force des grandes improvisations.» La discipline a contribué à démocratiser le théâtre. Certains affirment qu’elle est une bonne école pour les comédiens, mais Yvon Leduc préfère dire qu’elle a «fait école». Sans être nostalgique, il est curieux de la nouvelle création et admiratif face à la génération d’aujourd’hui. «Je pense à Pier-Luc Funk, par exemple. Il a une rapidité d’esprit incroyable, ce jeune garçon-là!» En vieillissant, «c’est comme tout le reste, ajoute-t-il, on est moins alerte». Il y a cependant d’autres qualités qui se développent avec l’expérience, précise-t-il. Néanmoins, le plus important demeure «le contenu et de s’intéresser à ce qui se passe pour que les personnages aient des points de vue sur l’actualité». La diffusion du premier match d’improvisation à la télé où Michel Rivard a lancé «Les jeunes, lâchez la drogue et improvisez!» est un moment important selon lui, parce qu’il a «sorti Claude Legault de la drogue», comme le comédien le mentionnait récemment à Tout le monde en parle. Yvon Leduc aborde très peu ce qui s’est passé dans l’arène d’improvisation. C’est la rencontre humaine qui lui tient le plus à cœur et dont il est le plus fier. «Encore aujourd’hui, tout est possible pour ceux qui osent et qui veulent prendre le temps de s’investir, même si les moyens ne sont pas là. C’est en faisant des choses qu’on existe (…). Mon rêve aurait été de faire un match entre des Juifs et des Arabes, mais je ne sais pas si ça peut être possible un jour. Mais pourquoi pas, on peut toujours rêver!» y La LNI s’attaque aux classiques Espace Libre jusqu’au 9 décembre Spécial 40 ans Diffusion à Radio-Canada le 18 décembre
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BEAUBIEN ROSEMONT
16 SCÈNE VOIR MTL
VO2 #12
12 / 2O17
COSMIC LOVE L’INVISIBLE QUI NOUS UNIT
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EN TANT QU’INTERPRÈTE, «IL NE FAUT PAS ÊTRE EN RÉSISTANCE DANS UN PROCESSUS DE CRÉATION, IL FAUT ÊTRE GÉNÉREUX». IL Y A EU CE DÉCLIC; CLARA FUREY A RÉALISÉ QU’ELLE DEVAIT MISER SUR SA VISION ARTISTIQUE. EN DÉCEMBRE, ELLE PRÉSENTE SA PREMIÈRE PIÈCE DE GROUPE À LA 5E SALLE DE LA PLACE DES ARTS. MOTS | ALESSANDRA RIGANO
PHOTO | ANTOINE BORDELEAU
Clara Furey est arrivée à la danse un peu par hasard, d’abord motivée par l’envie d’être en contact avec son corps et celle de dépenser le trop-plein d’énergie qui l’habitait à la fin de ses études au Conservatoire de musique de Paris. Une fois diplômée de l’École de danse contemporaine de Montréal à l’âge de 20 ans, elle a côtoyé les chorégraphes George Stamos et Benoît Lachambre, qui ont joué un rôle important dans son approche de la création.
90 performances autour du poème When Even The de Leonard Cohen. Ce sont celles de Danse Danse qui lui a proposé d’explorer, pour la première fois, la création de groupe en coproduisant Cosmic Love. Ils seront sept interprètes sur scène, en comptant la chorégraphe et son collaborateur de longue date, son «meilleur ami» et son frère, le musicien Tomas Furey. «Sans “h” pour Tomas», précise-t-elle chaque fois en entrevue, dans un souci protecteur.
Ces dernières années, le public est tombé sous son charme alors qu’elle interprétait le rôle d’une Juliette contemporaine, décomplexée et fougueuse aux côtés de Francis Ducharme, dans La très excellente et lamentable tragédie de Romeo et Juliette, mise en scène par Jérémie Niel et chorégraphiée par Catherine Gaudet. Bref, sa carrière d’interprète se portait bien. Elle a pourtant refusé des contrats pour se consacrer aux pièces qu’elle présente cette année et à un nouveau projet de cocréation qu’elle entamera sous peu avec Céline Bonnier. Pourquoi cette décision radicale de s’investir en création? «Ça me rend heureuse tout simplement. J’ai l’impression d’être sur mon “X” quand je fais ça.»
Travailler en famille va de soi pour l’artiste. Elle est également loyale à ses collaborateurs, comme Alexandre Pilon-Guay qui conçoit les éclairagespour sa nouvelle création. Chaque discipline coexiste dans Cosmic Love, elles ne sont pas au service de la danse, mais plutôt à l’écoute de l’une et l’autre. C’est un dialogue d’empathie, explique Clara Furey, qu’elle engage aussi avec les danseurs Simon Portigal, Winnie Ho, Peter Jasko, Benjamin Kamino et Zoë Vos. «Je ne sais pas pourquoi, mais je l’ai nommée Cosmic Love il y a très longtemps et c’est vrai qu’il y a plein d’amour qui émane de cette pièce assez abstraite. C’est une danse du vide, dans laquelle on le fait résonner.»
Bien qu’elle flirte avec la création depuis 2003, on sent qu’elle assume cette direction plus clairement depuis la pièce Untied Tales, signée avec son partenaire de vie, Peter Jasko. «Tout ça vient avec beaucoup de chance, parce qu’on me laisse des portes d’entrée.» Ces portes, ce sont entre autres celles de la Biennale de Venise où la pièce a été présentée en juin passé. Ce sont aussi celles du Musée d’art contemporain de Montréal où l’artiste offrira
L’espace tient ainsi une place prépondérante, et ce sont les forces invisibles qui prendront la parole avant un mouvement virtuose. L’artiste a abordé la création en s’inspirant de phénomènes physiques, de leurs représentations intuitives et poétiques. «Quelle est cette spirale, cette rigueur cosmique qui nous unit tous? Que signifie tomber dans un trou noir ou être en orbite? On créait des textures qui nous rappelaient ces idées.»
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Chaque section de la pièce se veut «hypnotisante» afin de «toucher le public par des vagues de sensations» et lui permettre d’entrer dans un univers où il se sentira impliqué. Dans cet esprit, Clara Furey lui donne la possibilité de recevoir sa proposition sans pression. «J’aimerais que l’œil du spectateur, même au théâtre, ne soit pas stressé par une demande d’écoute. On peut partir dans ses pensées, rêver et revenir à la pièce... Pour moi, ce n’est pas grave.» On le fait d’emblée quand on entre dans une exposition, en choisissant son rythme, son heure d’arrivée et le moment de passer d’une salle à l’autre. La série de performances présentée dans le cadre de l’exposition Leonard Cohen: une brèche en toute chose lui permet de vivre ce phénomène plei-
nement. Sensible à l’art visuel, Clara Furey transporte ainsi «la chorégraphie au musée et l’aspect performatif d’une exposition au théâtre». Cosmic Love est le mandat le plus «fou» qu’elle a accepté dans sa carrière. Une pièce qui sert de véhicule à l’artiste afin de partager ses croyances profondes. Dans une perspective «quasi spirituelle», la pièce est une ode à cette énergie présente dans le vide, à ce qui existe au-delà du regard, à l’idée que «nous sommes tous interconnectés». y Cosmic Love Jusqu’au 16 décembre 2017 (Danse Danse) 5e Salle de la Place des Arts
MICHEL TREMBLAY, ENFANT DE CŒUR
LE THÉÂTRE JEAN-DUCEPPE OFFRE CET HIVER UNE PLONGÉE DANS L’ENFANCE DE L’ÉCRIVAIN, DONT LE DERNIER ROMAN A ÉTÉ ADAPTÉ POUR LA SCÈNE... MOTS | MARIS PÂRIS
PHOTO | JOCELYN MICHEL (CONSULAT)
«Après neuf années de choses sérieuses, j’ai eu envie de m’amuser.» Conversations avec un enfant curieux, le dernier roman de Michel Tremblay paru l’année dernière, met en scène avec beaucoup d’humour et de candeur un enfant qui veut comprendre les choses, qui pose beaucoup de questions et agace son entourage. Un texte autobiographique qui fait revivre Nana, la mère de l’écrivain, mais aussi son père, sa grand-mère, sa maîtresse d’école… Autant de personnages qui s’incarneront cet hiver sur les planches du Théâtre Jean-Duceppe dans Enfant insignifiant!, pièce adaptée du roman.
19 «Un jour d’été 2016, j’étais dans ma baignoire et tout à coup, je me suis dit que comme les gens avaient du fun avec mon livre et qu’il fonctionnait bien, on pourrait aussi leur donner du fun au théâtre.» L’auteur Michel Tremblay est donc allé voir le metteur en scène Michel Poirier pour lui parler de son projet. Bien sûr, Poirier accepte; il a monté cette même année Encore une fois, si vous permettez, un beau succès qui a fait revenir la comédienne Guylaine Tremblay sur les planches pour jouer Nana, aux côtés du personnage narrateur de Michel Tremblay campé par Henri Chassé. Théâtre d’anecdotes Comme cette précédente pièce, Enfant insignifiant! nous plonge dans le Montréal des années 1950, au cœur du Plateau-Mont-Royal où a grandi l’auteur. On y lit en filigrane un Québec pré-Révolution tranquille dans les critiques de l’auteur sur la religion et la Bible. «La base très religieuse de la société commençait à se déconstruire, indique Michel Tremblay. Les anecdotes sont vraies, mais les dialogues sont de moi. Je pars d’une vérité et j’en fais du théâtre. C’est des personnages à qui j’aime donner des mots; faire parler ma mère m’amuse beaucoup!» Enfant insignifiant! est plus une comédie qu’une vraie pièce, commente l’auteur. Pour l’adapter au théâtre, il n’y a pas eu tant de travail que ça à faire: le roman est déjà composé de dialogues et de peu de descriptions. «Ç’a été assez facile à faire. Ce qui a été difficile, ç’a été de choisir les bons textes! Je me suis concentré sur les questions que pose un enfant sur la religion, le dogme, explique l’auteur. On a surtout fait des coupures sinon la pièce aurait duré 2h30…» «C’est triste, on taille dans du beau tissu», lui disait Michel Poirier pendant leurs séances de travail. Dans ce texte, on retrouve le talent de Tremblay pour ciseler les dialogues, qui s’enchaînent à un beau rythme. Psychothérapie de l’écriture Les comédiens Henri Chassé et Guylaine Tremblay, qui terminaient le mois dernier à Montmagny leur tournée pour Encore une fois, si vous permettez, ont tout de suite dit oui pour se replonger dans leurs personnages et remonter sur scène. Le duo sera cette fois rejoint par une plus large distribution: Isabelle Drainville, Michelle Labonté, Sylvain Marcel, Danielle Proulx et la jeune et prometteuse Gwendoline Côté. Bref, le Théâtre Jean-Duceppe nous offre de nouveau l’occasion d’aller faire un tour dans l’enfance de Michel Tremblay, un thème assurément récurrent chez l’auteur. Bien qu’il s’amuse du passé, c’est aussi un travail psychologique pour lui: «On est éternellement l’enfant qu’on était. C’est toujours intéressant de se replonger dans son enfance et d’analyser ce qu’on était pour comprendre ce qu’on est aujourd’hui... C’est important pour moi. Je me sers souvent du passé.» Et aujourd’hui, ses questions ont-elles trouvé des réponses? «Jean Genest disait qu’une bonne pièce de théâtre, c’est une bonne question sans réponse. Une bonne pièce pose donc les questions et peut donner des indices de réponses, mais c’est tout...» y Du 13 décembre 2017 au 3 février 2018 Théâtre Duceppe
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VO2 #12
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ÉMILIE DUBREUIL SALE TEMPS POUR SORTIR
LES SIGNES ÉMOTIFS OSTENTATOIRES — Allllllloooooooooo! Ça fait quelques mois que je le remarque. Il y a quelque chose dans l’air ambiant qui se traduit par l’élongation de salutations dans les contextes sociaux.
Comme je suis la fille spirituelle du schtroumpf grognon, ces calories vides me tombent sur le cœur. Dans le registre du bon sentiment, le bon sentiment ne devrait-il pas se suffire à lui-même? Pourquoi faut-il lui faire subir une enflure? — T’es en fooooorme?
— Alllllloooooooooo! On laisse traîner l’accent tonique impunément pour gonfler un message simple qui constitue à reconnaître oralement la présence de quelqu’un, d’une sorte d’empathie caramélisée. Comme si le fait de prolonger le «o» de «allo» ou le «a» dans «comment tu vaaaaaaas?» conférait une empathie, une gentillesse qu’il semble de mise d’accentuer. Ne suffit-il plus de demander à quelqu’un s’il va bien? Il faut l’investir d’une couche de beurre, l’air du temps ne goûtant pas la sobriété du sentiment ou l’âpreté d’une certaine réserve. — C’est dooooonc ben l’fuuuuuunn c’qui t’arrives! — T’as l’air bieeeeennnnn! L’intention emphatique de l’interlocuteur est mise de l’avant, s’impose. Elle est plus importante que la réponse recherchée, sans doute. Et puis, toutes ces questions ou tous ces commentaires s’accompagnent généralement de mimiques faciales un peu figées; de sourires qui sont l’équivalent des accents toniques allongés. Le visage que l’on veut donner de l’enthousiasme, de la bonté, de la bienveillance. Le visage d’une joie forcée de show de variétés.
L’étirement des voyelles et les sourires en pointe de tarte sont-ils la version contemporaine de ce personnage créé par Lise Payette dans les Dames de cœur qui offrait à tout le monde, tout le temps, «un p’tit café», montrant par cette offre sa sympathie symbolique? Un personnage qui a d’ailleurs marqué le Québec parce que, justement, ce sentiment de bienveillance sonnait toujours tellement faux, parce qu’il était caricatural. Ça vaaaaa? Il y a quelque chose de suspect dans cette façon d’appuyer sur la touche. L’indice peutêtre qu’on essaie de se convaincre qu’on est toujours vraieeeeeemmmment capable de s’intéresser à l’autre. J’AI ENVIE DE T’ÉCOUTER. En gras, en majuscules et en surligné? En plus, au Québec, on a tendance à allonger les noms indûment. On souffle dans le nom comme dans un ballon. Ce qui rajoute à l’effet guimauve. — Emiiiiiiilie..... allllloooooooooo. Mon chum s’appelle René. Mais personne ne l’appelle comme ça, plutôt comme ceci: Renééééé. «Comment va ton beau Renéééééé?», «Comment il va Renééééé?»
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21 L’inflation sonore du mot serait-elle le reflet de la montée en flèche du «bon sentiment» sur les marchés boursiers? Un tic de langage sonore qui met peut-être le doigt sur un p’tit bobo? On a voulu encadrer les signes religieux ostentatoires, je me demande si on ne devrait pas réfléchir à l’adoption d’une Charte pour baliser l’émotion ostentatoire… — T’es donc ben beeeeellle! — J’adooooooore ça! — Je capooote! — C’est tellllllllement boooooooooon! On tombe en pâmoison ou on déteste. On encense ou on vilipende. Entre une sorte de douce flagornerie généralisée exacerbée par les réseaux sociaux, qui sont un piège à compliments et l’expression de nos détestations intempestives et nombreuses, il n’y a pas de gris. Point de salut entre la haine et l’adoration. Tout est en rose ou en noir. J’aime, je hais. Il n’y a plus de classe moyenne du sentiment. On aime les gâteaux à trois étages avec du crémage, les «alloooooooooo» aussi. Est-ce un mimétisme sentimental? Recréons-nous dans la vie la même orgie de sentiments étalés dans toutes ces téléréalités où l’on «adoooore» certains participants et où l’on en élimine d’autres avec férocité?
Autrement dit, est-ce qu’on n’en ferait pas un peu trop, tout le temps? Juste un p’tit peu trop? J’ai dû écouter mille fois Famous Blue Raincoat. C’est ma chanson préférée de Leonard Cohen. J’en goûte les accords en mineur, le texte un peu trouble qui me rappelle le gris de l’hiver. Je l’ai écoutée en pleurant, en rêvant, en réfléchissant. J’aime la mélancolie sobre de notre poète montréalais. La mélancolie sobre... Un sentiment tout en contraste avec l’amour et la fierté intempestive qu’on lui porte ces jours-ci. Si Richard Desjardins réécrivait aujourd’hui Le bon gars, je crois qu’il pourrait aisément remplacer Rivard par Cohen («M’as m’acheter des records de Leonard…»), parce que tout le monde trouve ça fooooooormidaaaaaable. Le chapeau qui rappelle celui de Cohen sur le M de l’aéroport de Montréal? «HONNNNNNNN!» La murale au centre-ville? «Wooooooooowwwww!» L’exposition au MAC? «Suuuuuuuuuublime!» Le show au Centre Bell? «C’était bôooooooooooo!» Oui. Tout cela sans doute, mais c’est juste beaucoup, c’est juste un petit peu trop. Eille, sallllllluut, mon beau lecteur. T’es donc ben fiiiiiinnnn de m’avoir lue. y
Saison de la Coupe Charade 2018
Du 19 février au 3 juin 2018 CLUB SODA, dans le quartier des spectacles
1225 boulevard St-Laurent, Montréal / Métro St-Laurent BILLETTERIE ET CALENDRIER lni.ca 514 286-1010
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rchi tectures
22 MUSIQUE VOIR MTL
VO2 #12
MICHEL FAUBERT
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LA FORMULE CHIMIQUE VINGT-CINQ ANS APRÈS LEURS DÉBUTS «À TEMPS PARTIEL», LES CHARBONNIERS DE L’ENFER PERPÉTUENT L’HÉRITAGE DE NOTRE MUSIQUE TRADITIONNELLE, CE FOLKLORE TITANESQUE TROP SOUVENT IGNORÉ. MOTS | OLIVIER BOISVERT-MAGNEN
Pour souligner l’anniversaire de cette prodigieuse longévité, dont peu de groupes d’ici peuvent se vanter, le quintette a capella livrait la compilation 25 ans de grande noirceur le mois dernier, entamant par le fait même une tournée québécoise et française. En plus d’être un clin d’œil à l’habillement scéni que des cinq hommes en noir, le titre renvoie à l’impressionnant mais sinueux cheminement de la formation dans l’industrie musicale québécoise. «C’est un peu pour dire que, pendant 25 ans, on a surtout réussi à se faufiler [à travers elle]. Le trad, ça reste une musique très underground, bien à l’ombre d’autres styles», estime André Marchand. Les progrès sont toutefois considérables. Avant l’éclosion au grand jour de La Bottine souriante au milieu de la décennie 1990, la musique tradi tionnelle était d’autant plus méconnue. «Dans les années 1970, il faisait encore plus noir...», admet le chanteur. «C’était l’époque de l’association des violoneux et des soirées canadiennes, que plusieurs voyaient comme quelque chose de kitsch. Dans l’industrie, y avait vraiment rien pour le trad. Ceux qui en jouaient le faisaient par plaisir.» Les Charbonniers de l’enfer sont nés de cette pas sion franche et sans borne pour le trad. Membre de La Bottine souriante, qu’il a cofondée en 1976 et quit tée en 1990, Marchand retrouve ses futurs acolytes en 1992 à titre de choriste pour le spectacle Maudite mémoire de Michel Faubert. «J’avais deux équipes
PHOTO | ANTOINE BORDELEAU
de deux choristes qui s’alternaient sur scène», se souvient ce dernier. «Pour pratiquer, on se réu nissait les cinq pour chanter les chansons a capella. C’était vraiment l’fun. Mon ami André Duchesne du groupe Locomotive, qui m’accompagnait sur scène, a proposé qu’on s’appelle Les Charbonniers de l’enfer pour faire un clin d’œil à ceux qui mettent le charbon dans la locomotive. Après ça, le groupe a fini par exister de manière indépendante et, au lieu de rester le leader de la démarche, je suis devenu un membre parmi les cinq.» Complétée par Normand Miron, Jean-Claude Mirandette et Michel Bordeleau, qui poursuivent tous une multitude de projets artistiques, la for mation existe «à temps partiel» entre 1996, année de sortie de son premier album Chansons a capella, et 2002, année qui marque la parution de Wô sous La Tribu. «C’est pas mal là qu’on a trouvé ce qu’on voulait faire et qu’on a décidé de s’investir davan tage. On a surtout été très étonnés de la réception [de Wô]. Je crois que le fait qu’on soit un groupe a capella, capable de faire un spectacle de deux heures sans que ça devienne ennuyant, a beaucoup surpris les gens», présume Marchand. Vaste répertoire Au même moment, une scène émergente de néotrad prend le relais, et des groupes comme De temps antan, Le Vent du Nord et La Volée d’Castors se dévoilent. «Y avait un dynamisme, c’est certain.
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> Tout d’un coup, la musique trad arrivait dans les médias nationaux. Elle devenait une musique à part entière, comme le jazz. La nouvelle génération ouvrait ses horizons et amenait des arrangements audacieux», se rappelle Faubert. Les Charbonniers, aussi, cultivent leur singularité. Plutôt que de chanter à l’unisson, comme c’était la norme dans la musique folklorique, les cinq voca listes développent d’inventives harmonies vocales polyphoniques et se bâtissent un répertoire varié, qui va au-delà des chansons à répondre et des reels. «Y a vraiment de tout dans Les Charbonniers. Les cinq voix de gars donnent une dimension différente, plus introspective, aux chansons», observe Faubert. «On est plus un groupe de concert qu’un groupe de party», ajoute son complice.
«J’ai pas mal l’impression que l’ensemble du répertoire a été fouillé», abonde dans le même sens André Marchand. «Y a pus grand-chose que tu peux trouver que le monde a pas déjà arrangé. Mainte nant, l’important, c’est l’originalité avec laquelle tu vas présenter ton affaire.» «Y a encore des gens qui collectent du conte tradi tionnel comme Eveline Ménard et des mines d’or de chansons comme Jean-Paul Guimond, un culti vateur à la retraite que plein de gens visitent pour son bagage musical», poursuit Faubert. «Mais, sinon, j’ai l’impression que, dans les familles, la transmission se fait pus comme avant. Le temps va montrer si la musique traditionnelle va continuer d’exister. À mon avis, elle le sera tant et aussi long temps que les gens vont continuer de chanter dans leur maison.»
Loin de former le groupe folklorique typique du temps des fêtes, les cinq amis mettent leur héri tage musical à profit, ce qui implique une part de ballades et, surtout, de complaintes. Cet apport plus sombre est l’œuvre de Michel Faubert, qui sillonne depuis son adolescence le Québec et l’Acadie à la recherche de «chansons à collecter». Peu ou pas du tout chantées «dans les veillées», ces chansons intimistes lui sont transmises à l’oral par les gens qu’il rencontre. «Les complaintes, c’est vraiment ma couleur. Ça amène des sujets plus tragiques et poétiques comme le sens de la mort, le monde des esprits. L’originalité du groupe était de combiner cette dimension riche et profonde à des chansons plus festives.» «C’t’une vraie formule chimique, Les Charbon niers», résume Marchand, qui se dit davantage porté vers les chansons mélodieuses – une pré férence héritée de son passé avec La Bottine sou riante, emblème du folklore jovial. Les nouveaux défis du trad Cette même «formule chimique» se répète sur À la grâce de Dieu en 2007. S’ensuivent trois mémo rables explorations: l’habile alliage classique trad La traverse miraculeuse avec l’ensemble La Nef, la riche collaboration La Sacrée Rencontre avec Gilles Vigneault et l’opus Nouvelles Fréquentations, une suite de relectures traditionnelles de chansons pop, folk et rock connues. Bref, en 10 ans, Les Charbon niers ont préféré expérimenter différents genres musicaux plutôt que de fouiller le répertoire folk lorique québécois qui leur est si cher. S’il a toujours à cœur son rôle d’archiviste de notre mémoire collective, Michel Faubert a maintenant plus de difficulté à faire de la collecte de chansons. «Ça fait longtemps que j’en ai pas fait, car la géné ration que je collectais quand j’avais 17 ans, elle est disparue. C’est particulier, mais en ce moment, c’est nous qui approchons l’âge des vieux. On est devenus des séniors dans le domaine.»
(DE GAUCHE À DROITE) MICHEL BORDELEAU, JEAN-CLAUDE MIRANDETTE, MICHEL FAUBERT, NORMAND MIRON ET ANDRÉ MARCHAND PHOTO | BENOIT DUPONT
Pour ce faire, la relève doit prendre le flambeau, et s’intéresser davantage aux techniques et aux acquis de ses mentors, croit Marchand. «C’est important que les jeunes écoutent ce que les vieux faisaient et, surtout, comment ils le faisaient. Plus ils auront de connaissances, plus leurs créations vont être intéressantes.» Faubert approuve: «Les gens sont plus instruits que jamais, car ils apprennent des reels sur des partitions. C’est bien, mais ce serait l’fun de nour rir ce désir d’apprendre là avec un mentor afin de savoir ce qu’il y a dans les anciens styles. T’as le goût de jouer du violon? Ben spotte un violoneux dont t’aimes le style pis va le voir!» y 25 ans de grande noirceur En vente maintenant En spectacle le 29 décembre à Valspec (Salaberry-de-Valleyfield)
À ÉCOUTER
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HHHHH CLASSIQUE HHHH EXCELLENT HHH BON HH MOYEN H NUL
BJÖRK UTOPIA
(One Little Indian) HHHH
Il y a moins de trois ans, Vulnicura nous avait arraché le cœur. C’était un album de rupture, de la fin d’une famille. C’était vif et d’une grande tristesse. Utopia, le neuvième album studio de Björk, est en quelque sorte une réponse à Vulnicura. C’est la lumière qui rejaillit, la tendresse à nouveau possible, la réouverture vers l’autre. Dans cette clairière qu’est Utopia, on entend les cris des oiseaux et les mots de la grande artiste islandaise se mariant à de superbes paysages sonores électroniques ornés de harpe et d’un orchestre de flûtes (Björk joue de cet instrument depuis son enfance). L’album nous convie à une épopée qui peut s’avérer plutôt exigeante pour l’auditeur – 72 minutes de matériel complexe –, mais où l’on sent toujours cet investissement total d’une incomparable artiste pop alternative. (V. Thérien)
DJ BRACE APATHEIA
FEVER RAY PLUNGE
(Nostomania) HHH
(Rabid Records / Mute) HHH
Trois fois couronné champion du monde de DJing, le prolifique DJ Brace ne donne pas que dans le maniement profes sionnel de la table tour nante et du crossfader. Sur Apatheia, le musicien applique son style de remixing unique à sa propre musique, jonglant entre échantillons scratchés et lignes de synthé ambiantes. Le turntablist prouve ici une fois de plus qu’il reconnaît la valeur structurelle d’une chanson. Son hip-hop instrumental se retrouve ponctué de nombreuses influences asiatiques autant dans les timbres que dans la direction de certaines mélodies, éléments probablement acquis lors de son récent voyage en Chine. Mélangeant les inspirations avec aisance, le DJ offre un ensemble dégageant une fluidité exemplaire, mais peut-être un peu linéaire. Souvent comparé à l’illustre DJ Shadow, Brace démontre ici que la comparaison est méritée, livrant un disque efficace, bien ficelé et qui n’a rien à envier aux plus grands noms du genre. (A. Bordeleau)
En duo avec The Knife – avec frérot Olof – ou en solo avec Fever Ray, la chanteuse et compositrice suédoise Karin Dreijer nous revient toujours avec un nouvel album au moment où on ne l’attendait plus. Huit longues années après le premier album homonyme de Fever Ray – et son concert ténébreux absolument mar quant –, nous voici replongés dans un univers électronique tantôt absolument dansant, dans l’urgence (l’irrésistible IDK About You), tantôt léger et lumineux (To the Moon and Back), mais ça peut virer aussi dans des explorations très froides (la pièce d’ouverture Wanna Sip). En écoutant la pièce-titre, atmosphérique et instrumentale, on réalise qu’on en aurait pris d’autres comme ça, l’interprétation sur ce disque étant loin d’être épatante. Malgré le grand bonheur de ces retrouvailles avec Fever Ray, Plunge manque d’effervescence, malheureusement. (V. Thérien)
ANTHONY BRAXTON SOLO (VICTORIAVILLE) (Disques Victo) HHHH C’était le dernier concert du Festival international de musique actuelle de Victoriaville en mai dernier; en fait, la première partie d’un programme double. Mauvaise idée pour celui qui arrivait après, parce que ce monsieur place la barre assez haute! Le saxophoniste de 71 ans, qui a fait paraître son premier album solo en 1969, ne donne plus très souvent des concerts seul, aussi celui-ci était-il un événe ment, et c’est un plaisir que de pouvoir l’écou ter et le réécouter. À mesure que les improvisa tions se développent, on voit passer des bribes de citations, qui tracent le chemin pour le discours du musicien, puis il nous sert un bon vieux standard, Body and Soul, avant de clore avec une dernière composition spontanée. Superbe. (R. Beaucage)
BLACK SABBATH THE END (DVD/CD) (2017) HHH1/2 C’était certainement la fin d’une époque, le 4 février 2017, alors que les inventeurs du heavy métal donnaient leur tout dernier concert 47 ans pratique ment jour pour jour après le lancement de leur premier disque. Trois des membres originaux étaient sur scène au Genting Arena de Birmingham, la ville natale du groupe, pour cet adieu: le bassiste Geezer Butler, le guitariste Tony Iommi et l’incre vable Ozzy (avec, aussi, le batteur Tommy Clufetos et le claviériste Adam Wakeman). Le programme se concentre sur les quatre premiers disques du groupe, avec Paranoid qui passe presque en entier, ce dont on ne saurait se plaindre. Une séance de studio, en extra, ajoute encore quelques pièces. Pour saluer ces pionniers qui ont eu une grande descendance. (R. Beaucage)
DISQUES 27 VOIR MTL
NICOLAS BERNIER TRANSFERT/FUTUR
SECT NO CURE FOR DEATH
(Acte) HHH
(Southern Lord) HHH
Il n’y a pas de meilleure façon d’apprécier la musique de l’électro acousticien Nicolas Bernier qu’en concert, parce que son travail verse de plus en plus du côté de la performance, et qu’il donne au moins autant à voir qu’à entendre. Mais pour l’écouter à la maison, le disque, c’est bien, et l’étiquette montréalaise Acte fait un bon coup en sortant ces deux pièces (un 30 minutes bien tassées). Une électro nerveuse, et pas du tout «paysagiste», qui balance entre vapeurs analogiques et précision digitale, entre attaques percussives et nappes brumeuses, sans jamais s’ancrer dans une rythmique assommante, mais en se métamorphosant sans cesse. On pense quelques fois à la musique d’Alain Thibault, dans sa manière d’exploser sans crier gare. (R. Beaucage)
La première comparaison qui vient à l’esprit à l’écoute des 10 brûlots contenus dans ce deuxième album est avec le défunt groupe canadien Cursed en raison de la présence du chanteur Chris Colohan au micro. Cela dit, le hardcore hargneux, parfois très sombre, parfois énergique, pour ne pas dire joyeux de Sect, est indissociable de ce que les musiciens du super groupe formé en 2015 ont fait dans le passé. Au lieu d’explorer de nouveaux styles, Colohan, les guitaristes James Chang (Undying) et Scott Crouse (Earth Crisis), le bassiste Steve Hart (Day of Suffering) et le batteur Andy Hurley (Racetraitor, Fall Out Boy) embrassent leurs origines sur No Cure for Death. Ils n’inventent rien, mais si vous aimez leurs autres formations, vous aimerez Sect. (C. Fortier)
GREGORY PORTER NAT KING COLE & ME (Blue Note) HHH Nouveau porte-étendard du soul-jazz, le mousta chu Gregory Porter est reconnaissable entre tous. À son timbre vocal qui retient l’attention, à son drôle de couvre-chef, à ce mélange indicible d’autorité et d’intériorité qui lui donne cet air à la fois sérieux mais encore tout émerveillé. Écoutez-le chanter la pomme à La Joconde comme personne. On le croirait au Louvre, planté devant le tableau avec ses 70 musiciens: «Are you real Mona Lisa, or just a cold and lonely, lovely work of art?» D’ailleurs, on lui retourne la question. Car l’orchestre somptueux en remet une couche de trop, courtoisie de l’arrangeur Vince Mendoza. Et dans ce best of quasi sirupeux du véritable king, Nat Cole, c’est la seule chanson écrite par Porter lui-même, When Love Was King, qui nous donne le vrai moment de transcendance. (R. Boncy)
MONONC’ SERGE RÉVOLUTION CONSERVATRICE (Indépendant) HHH1/2 Sur ce 12e album en carrière, Mononc’ Serge signe un retour réussi au rock, genre qu’il avait mis de côté au profit du folk sur ses deux derniers (et excellents) efforts. Moins collé sur l’actualité que son prédécesseur, Révolution conservatrice n’en demeure pas moins révélateur des travers de notre province, même si ses contradictions et ses paradoxes, que son auteur glorifie sur Mon droit à l’incohérence, viennent habilement brouiller les cartes. Abordant avec l’ironie qu’on lui connaît des sujets comme la religion (Ce livre), la langue française (L’amour est plus fort que la langue) et le repli identitaire (la chanson-titre), le chan teur et bassiste se fait tout particulièrement mordant lorsqu’il dresse le portrait des exclus de notre société, de ces inadaptés aux choix de vie douteux (Chums), de ces rebelles discrets sans cause à défendre (Les partisans du silence) et de ces laissés-pour-compte au dessein inexistant (L’indifférence). (O. Boisvert-Magnen)
VO2 #12
12 / 2O17
FABRIZIO CASSOL STRANGE FRUIT
(Outthere/Instinct) HHHH
Sorti plus tôt cette année et passé quasiment inaperçu, cet album-concept est le parfait exemple du possible chefd’œuvre tombé droit dans une craque, mais qui resurgit au moment du bilan annuel, ici en 2017. L’architecte du projet est le musicien Fabrizio Cassol, qui a enregistré les pièces détachées de ce collage à travers le monde pendant cinq ans; les réalisa teurs, basés en Belgique, sont le pianiste soul-jazz Eric Legnini et Jean Lamoot, l’ingénieur réputé pour ses prises de son dans le domaine des musiques du monde. Le tout est construit autour de Strange Fruit, la complainte antiségrégationniste incarnée et popularisée par Billie Holiday à la fin des années 1930, que certains défendent encore comme «la chanson du siècle». On entend différentes déclinaisons de cette macabre ballade d’un pendu et des morceaux inspirés par… blues malien, chant choral, voix pygmées, rythmique afro-cubaine: tout s’unit, tout se mélange pour expier la douleur vers un monde meilleur. (R. Boncy)
28 CHRONIQUE VOIR MTL
VO2 #12
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MONIQUE GIROUX SUR MESURE
LE SILENCIEUX La neige assourdit la ville l’hiver. Nos pas, dans la ouate encore blanche d’une saison encore jeune, ne s’imposent pas. Ils vont modestement l’un devant l’autre en direction du printemps qui viendra inéluc tablement comme il le fait tous les ans. Cet automne – est-ce moi? – m’a paru long, lent, plus lent qu’avant. Je l’aurais voulu sans fin. Il marchait à mon rythme. Je l’ai aimé plus que les autres, silencieux, doux, coloré. Je l’ai aimé comme on aime une chan son tant de fois écoutée, sans s’en lasser, et dont on découvre avec les années qu’elle recèle quelques tré sors cachés, des doubles sens insoupçonnés. Cet automne, j’ai lu Leonard Cohen, je l’ai vu au musée, sur le silo, j’ai tout su de sa vie, j’ai inter viewé sa biographe, regardé des archives sur You Tube, écouté ses chansons chantées par lui, par Sting et même par Courtney Love. Je l’ai salué en levant les yeux sur la façade du 1420 Crescent ou sur celle du Cooper de la rue Saint-Laurent. Cette année, j’entre en hiver, soumise devant le grand blanc, le dos un peu courbé pour faire face au vent, les mains dans les poches. Comme Cohen quand il déambulait à l’ombre du mont Royal. Cohen, c’est mon automne. Sera-t-il mon hiver, ce poète mélancolique du mal-être et du dépit amoureux? Non pas que je sois dans cet état. Pour ne rien vous cacher, ce serait même plutôt le contraire. Je constate seulement que toutes ces commémo rations du premier anniversaire de son décès ont été, et continuent d’être, comme autant d’occasions de regarder Leonard dans les yeux et de nous lover chaudement au creux de sa voix. La voix de Cohen. Ses mots, évidemment. Sa musique, il va sans dire. Mais sa voix. Comme celle de Félix. Celle du père, grave. Une voix qui résonne dans les basses, qui fait vibrer le plexus de celui qui
écoute. Cohen poète en quête, poète inquiet, émet teur néanmoins d’un mantra rassurant. Il ne les aurait trouvés, dit-on, que sur le tard, cette voix et ce souffle. La voix de la réflexion, des ques tions restées sans réponses, du temps qui passe. La voix du silence, de l’aquoiboniste, de celui «qui dit toujours à quoi bon», comme chantaient Jane et Gainsbourg, avec qui il avait quelques accointances. Cohen, le jeune, chantait avec sa tête, d’une voix de gorge, de nez. Et puis à force d’écueils, les cordes se sont nouées aux douleurs, à la cigarette qui jamais ne s’éteint, aux nuits sans fin, aux amours sans lendemain. Aller au fond de la caverne et attendre d’entendre la résonance. Chercher, marcher, espérer un écho. Chercher en marchant d’un pas lent le juste milieu entre l’enfer et le paradis. Juste la vraie vie. Et Cohen. Se faire entendre de par le monde, par tout le monde, et chercher le silence près de Bouddha aux côtés d’un maître zen japonais, Sasaki Roshi. Son nom de moine bouddhiste, Jikan, signifiait «le Silencieux». Paradoxal, pour un artiste qui, dans son album de fin d’études, avait inscrit à la rubrique «ton rêve»: «Devenir le plus grand ora teur au monde». Paradoxal aussi, pour un descen dant d’Aaron, frère de Moise, un Kohen (signifiant «dévoué» en hébreu), qui a chanté Hallelujah et I’m ready, my Lord. Peut-être y a-t-il dans les silences entre les mots autant que dans les sons, dans les souffles sentis que dans les cris. MAIS IL NE FAUT SURTOUT PAS SE TAIRE. Il faut aussi ÉCOUTER, je l’ai écrit souvent ici. Valérie nous a appris cette année que les sourires aussi ouvraient plus de portes que les gueules tirées sur la réalité pourtant souvent si cruelle.
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Vous connaissez l’histoire de cette gérante véreuse, ex-amoureuse, qui a profité de son exil de quelques années au monastère bouddhiste du mont Baldy, au sud, près de Los Angeles, pour l’escroquer? Des millions qu’il avait accumulés en 40 ans de carrière internationale, il ne restait r.i.e.n. Aussi bien dire rien de son passé, de son présent, mais surtout de son avenir. «La paix vient quand vous renoncez à sa quête», disait Leonard Cohen. Tout le monde le sait. Elle est là, à portée de main. Tout tient à votre attitude face à une situation donnée. Il y a une fissure, une brèche en chaque chose. C’est par là qu’entre la lumière. Pour se refaire, il a pris la route de la planète et fait une tournée aussi nécessaire que triomphale. You tell me that silence Is nearer to peace than poems But if for my gift I brought you silence (For I know silence) You would say (This is not silence This is another poem) And you would hand it back to me
Cohen aura été mon automne, mon père défunt qui ne fut jamais vieux, celui qui monte la garde avec ses forces et ses faiblesses, mais surtout avec ses silences, ses hésitations, son débit lent comme ses pas. J’avais envie de ça. Besoin peut-être. Quand le bruit est incessant, je me retire ni très loin ni très longtemps. Il m’arrive de fermer les écou tilles. Quand le bruit des horreurs devient assour dissant, je dis: «Chérie, et si on allait élever des chèvres en Estrie?» L’année s’achève… encore. Il me semble que les années s’achèvent souvent. La prochaine sera paire. Paire, donc positive? Impaire, négative. Je cultive depuis l’enfance cette théorie bizarre et venue de nulle part qui veut que le sud soit positif, alors que le nord soit négatif. Les années paires positives, les impaires négatives. C’est à n’y rien comprendre, c’est comme ça. Je pars me taire pour quelques jours. Pas très loin, mais juste assez. Allez, bonnes fêtes de fin d’année! y
La parité est-elle réalité ?
«ÇA NE SERA JAMAIS POSSIBLE.» CETTE PHRASE-LÀ, L’ORGANISME RÉALISATRICES ÉQUITABLES, QUI MILITE DEPUIS 10 ANS POUR QU’UN NOMBRE ÉGAL DE FEMMES ET D’HOMMES PUISSENT ŒUVRER DANS LE MILIEU DU CINÉMA AU QUÉBEC, L’AVAIT ENTENDUE DES MILLIERS DE FOIS. JUSQU’À L’AN DERNIER, OÙ UN VÉRITABLE MOUVEMENT S’EST ENCLENCHÉ EN FAVEUR DE LA PARITÉ. MOTS | CATHERINE PAQUETTE
PHOTO | ANTOINE BORDELEAU
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(DE GAUCHE À DROITE) MARIE-HÉLÈNE PANISSET, SOPHIE BISSONNETTE, ISABELLE HAYEUR, ANNA LUPIEN, NICOLE GIGUÈRE. PHOTO | ANTOINE BORDELEAU
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epuis que les institutions de financement ont lancé des mesures visant l’équité hommes-femmes d’ici 2020, ça bouge dans l’industrie. «Si tu ne parles pas de parité, t’es vraiment hors circuit», affirme d’emblée Claude Joli-Cœur, président de l’Office national du film (ONF). En mars 2016, l’ONF était la première institution à se fixer un objectif: que 50% de ses films soient réalisés par des femmes et que 50% du budget soit destiné aux réalisatrices. Téléfilm Canada lui a rapidement emboîté le pas avec des stratégies similaires: la parité hommesfemmes dans chacun des postes-clés de réalisateur, de scénariste et de producteur. La Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) a ensuite lancé sa mesure, surnommée 1+1, où les producteurs peuvent désormais présenter deux projets de long métrage de fiction à condition que l’un d’eux compte une
femme à la réalisation ou à la scénarisation. Des groupes de travail ont été mis sur pied, et la SODEC et Téléfilm Canada se sont aussi engagés dans un projet de recherche à l’Université Concordia, où une cohorte d’étudiants et d’étudiantes est suivie sur une période de quatre ans pour dégager les obstacles systémiques qui s’installent dès le début des études. «Le pari qu’on a pris avec l’industrie, c’est de changer les mentalités. L’idée que les projets de femmes sont moins compétitifs, ont moins de succès, ce n’est pas vrai. À présent, à qualité égale, on va prioriser les projets où il y a des femmes réalisatrices, scénaristes ou productrices», explique la directrice générale de Téléfilm Canada, Carolle Brabant. À l’invitation de Téléfilm Canada et de la SODEC, la directrice de l’Institut suédois du film et «rock star» de la parité en Suède,
Anna Serner, a dévoilé en octobre 2016 la stratégie qui lui a permis d’atteindre l’équité hommes-femmes en seulement quatre ans au sein de son organisme de financement. Dans la salle, où surtout des femmes étaient présentes, l’enthousiasme s’est fait sentir: la parité, c’est possible. «Les employés de Téléfilm et de la SODEC ont eu l’occasion de rencontrer Anna Serner, de poser des questions. Ç’a construit l’enthousiasme, et certains de nos employés ont voulu participer à des ateliers, des conférences par la suite», raconte Carolle Brabant. Le Québec, comme la Suède avant Anna Serner, ne s’était jamais fixé d’objectifs pour encourager les femmes à évoluer dans le milieu cinématographique. L’industrie leur laisse traditionnellement peu de place, surtout en long métrage de fiction. Malgré un nombre équivalent de femmes
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> et d’hommes diplômés des écoles de cinéma du Québec, les institutions publiques n’accordent en moyenne pas plus de 20% du financement aux films de réalisatrices, selon l’organisme Réalisatrices équitables. Les obstacles principaux au financement des projets féminins? Les biais inconscients, les habitudes favorisant les hommes, mais aussi, le processus ardu qui mène à Téléfilm ou à la SODEC. En fait, le projet est jugé à plusieurs reprises par différents intervenants avant même de se rendre sur la table des décideurs, ce qui donne plus d’occasions de refus, explique la présidente de l’organisme, Isabelle Hayeur. Avant d’avoir le droit de déposer à Téléfilm Canada et à la SODEC, une cinéaste doit avoir trouvé une maison de production, un distributeur, en plus d’un réseau de télévision. «Donc si y a un de ces trois-là qui flanche, y a pas de projet qui se rend à Téléfilm, à la SODEC et au Fonds des médias du Canada, affirme Mme Hayeur. Et avec la pression que les producteurs ont
de performer, c’est le line-up en arrière de Podz, en arrière de Philippe Falardeau, et tous les producteurs comme ça cherchent les golden boys, et ils ont peur d’aller vers les femmes, ils ont peur de se péter la gueule.» Résultat: un nombre limité de projets atterrit sur la table des décideurs. Avec les nouveaux objectifs des institutions, les producteurs* doivent donc inévitable ment être plus ouverts aux projets de femmes ou sortir des sentiers battus pour aller découvrir de nouveaux talents féminins. «Ça fonctionne» Avec ces mesures, Téléfilm Canada a pu voir un résultat probant très rapidement: l’organisme s’est mis à recevoir un nombre plus grand de projets de réalisatrices et de scénaristes. «L’enjeu qu’on avait, il y a un an et plus, ce n’était pas tellement le biais défavorable. On finançait, en proportion, plus de projets de femmes que ce qu’on recevait. On s’est mis à en recevoir plus. […] Je ne m’attendais pas du tout à ce résultat», affirme Carolle Brabant.
Les chiffres de ces six premiers mois d’efforts chez Téléfilm ont été rendus publics début novembre: en date du 27 septembre, 44% des projets étaient réalisés par une femme, 46% comptaient une scénariste, et 51% étaient menés pas une productrice. Téléfilm a donc crié victoire, mais il y a un bémol: les chiffres de ces six premiers mois d’efforts ne comptent que des films d’un budget de moins de 2,5M$. Les statistiques des films à gros budget viendront plus tard et pourraient miner ce résultat positif. «Les projets de 2,5M$ sont plus complexes à financer parce qu’on a souvent besoin de dollars internationaux, ce sont souvent des coproductions, donc il y a beaucoup d’enjeux, parce que ce ne sont plus seulement des intérêts canadiens», explique-t-elle. Selon l’organisme canadien Women in View, qui milite pour une diversité culturelle et de genre à l’écran, 67% du budget de Téléfilm pour des films de plus de 2,5M$ va habituellement à des projets où il n’y a aucune femme dans l’un des trois rôles-clés.
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« UN DRAME RAVISSANT IMPRÉGNÉ D’UNE SENSUALITÉ SOPHISTIQUÉE ET D’UNE TENDRESSE PÉNÉTRANTE. » - THE GUARDIAN
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« UNE HISTOIRE D’AMOUR TENDRE ET TOUCHANTE, RACONTÉE AVEC TENSION, DÉLICATESSE ET HUMOUR. » - CINEMANIAK
« UNE IMMERSION SENSORIELLE D’UNE VISION REMARQUABLEMENT COMPLÈTE. PROFONDÉMENT SINCÈRE, BIENVEILLANT ET PERSPICACE. » - VANITY FAIR
UN FILM DE
LUCA GUADAGNINO
ÉCRIT ET RÉALISÉ PAR WOODY ALLEN
AU CINÉMA DÈS LE 15 DÉCEMBRE
AU CINÉMA DÈS LE 22 DÉCEMBRE
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Toutefois, Carolle Brabant est déterminée à atteindre son objectif de parité d’ici 2020. Elle n’a pas imposé de quotas tout de suite, mais n’hésitera pas à le faire. «Le message qu’on a envoyé à l’industrie, c’est que si l’aiguille ne bouge pas suffisamment, on allait regarder les autres mesures, mais on voulait prendre le pari qu’on avait pas besoin des quotas, que les gens allaient vraiment embrasser cet objectif-là et qu’on allait l’atteindre.» Du côté de l’ONF, pour l’année 2015-2016, la parité a été atteinte en ce qui concerne les dépenses de production: 43,5% des budgets de production sont affectés aux films de réalisatrices, 43,5% aux films de réalisateurs, 11,3% aux films réalisés par des équipes mixtes, et 1,8% des budgets n’a pas encore été assigné. À noter que la situation est différente à l’ONF, puisque l’organisme gouvernemental produit lui-même les films; les projets ne lui sont pas soumis. À la SODEC, les résultats du dépôt du mois d’août seront rendus publics à la fin de l’année. Il faudra donc attendre avant de juger la mesure 1+1. «Mais c’est compétitif pour tout le monde», souligne Monique Simard, présidente et chef de la direction de la SODEC. «Sur les 75-80 projets qu’on a reçus en août, on va en choisir 9!» Résistances Bien que la conférence d’Anna Serner semble avoir eu un impact considérable sur le milieu, il faut savoir que le mérite revient surtout aux organisations comme Réalisatrices équitables, qui militent depuis plus de 30 ans pour la parité hommes-femmes. «La conférence d’Anna Serner, ce n’était que la pointe de l’iceberg. Ça fait 5-6 ans qu’on talonne la SODEC et Téléfilm pour les convaincre qu’il y a Anna Serner, il y a la Suède, il y a des mesures qui peuvent fonctionner», raconte Isabelle Hayeur, entourée de cinq autres membres de Réalisatrices équitables, dans les locaux de l’Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec (ARRQ), rue Saint-Hubert. Même avant la création de cet organisme, à l’époque du premier Elvis Gratton, le comité Moitié-Moitié militait pour la cause, dans les années 1980. «La seule différence entre la Suède et nous, au moment où on a entendu parler d’Anna Serner, c’est qu’il y a eu
une volonté politique exprimée dans des mesures concrètes. Ça ne s’est pas fait tout seul parce que les gens étaient ouverts à la parité; ça s’est fait parce qu’il y a eu des combats acharnés avec des mesures concrètes. Il n’y a pas de secret», martèle Anna Lupien, réalisatrice. Bien qu’elles applaudissent les petites victoires et les efforts des institutions, les militantes de Réalisatrices équitables rencontrent encore des obstacles. «Carolle Brabant a fait un groupe de travail [avec des gens qui étaient] clairement pour la parité, y avait pas grand-monde qui était contre cette idée-là. Mais dans les groupes de travail de la SODEC, y a encore des gros dinosaures qui font beaucoup de résistance», raconte Isabelle Hayeur.
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Le président de l’ARRQ, Gabriel Pelletier, prévient lui aussi que tout n’est pas gagné. «Oui, il y a un changement de mentalité, mais je pense que ça va prendre un certain temps avant qu’on puisse atteindre la parité. De faire ça en trois ans, c’est très optimiste», affirme-t-il. Pour lui, il faudrait se concentrer d’abord sur les films des réalisatrices, qui sont les moins représentées par rapport aux scénaristes et aux productrices. «Il ne faut pas confondre tous les types de films, il devrait y avoir des mesures de parité qui visent des catégories de films, par exemple pour les films à plus gros budget», soutient-il. Tous s’entendent donc pour dire que les changements se feront sur le long terme. Et à présent, prévient Réalisatrices équitables, c’est aussi aux nouveaux
«Les obstacles principaux au financement des projets féminins? Les biais inconscients, les habitudes favorisant les hommes, mais aussi, le processus ardu qui mène à Téléfilm ou à la SODEC.»
Monique Simard ne nie pas que plusieurs acteurs du milieu sont mécontents. «Pour nous, c’est très difficile, parce que nos clients sont les producteurs, dit-elle. Mais si on veut corriger les injustices systémiques, c’est certain que ça va bousculer des gens», affirme-t-elle. Même son de cloche du côté de Claude Joli-Cœur, qui constate que les mesures ne font pas l’affaire de tous: «J’ai encore pas mal d’amis [producteurs] qui sont dans le secteur privé et qui me disent: “Ben là, on peut pas faire de compromis sur la qualité si on vise l’excellence”», révèle-t-il. À cela, le commissaire répond que les films de femmes ont beaucoup de succès en festival. De tous les prix remportés par des films de l’ONF, 44% ont été gagnés par des femmes et l’an dernier, c’était 49%. «Pour moi, ça, c’est la meilleure réponse à la qualité», ajoute-t-il.
médias de s’assurer de ne pas évoluer comme le milieu masculin du cinéma. La réalisatrice Marie-Hélène Panisset s’inquiète: «Dans un monde déréglementé comme ça, comment les femmes vont pouvoir garder leur place? Et toute la question des nouveaux médias et des jeux vidéo, tout ça est un vaste champ de bataille.» y La conférence d’Anna Serner est disponible sur le site web de Réalisatrices équitables à l’adresse bit.ly/2mAvIsn *L’Association québécoise de la production médiatique n’était pas disponible pour répondre aux questions de Voir
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UN CINÉMA DE HOCKEY
DEPUIS LA SORTIE DES BOYS EN 1997, LE HOCKEY PREND UNE PLACE PRÉPONDÉRANTE AU GRAND ÉCRAN QUÉBÉCOIS. CONSTAT ET ANALYSE DU PHÉNOMÈNE AVEC LES RÉALISATEURS LOUIS SAIA ET ÉRIC TESSIER, AINSI QUE LE PROFESSEUR À L’UQAM ET DOCTEUR EN SÉMIOLOGIE DU CINÉMA PIERRE BARRETTE. MOTS | OLIVIER BOISVERT-MAGNEN
De la chronique nostalgique Histoires d’hiver à l’opération marketing Pour toujours les Canadiens en passant par le biopic héroïque Maurice Richard, la comédie dramatique pour préadolescents Les Pee-Wee 3D et l’énième spinoff de Lance et compte, la liste des films d’ici ayant le hockey comme thème s’est considérablement allongée en 20 ans. Ajoutons à celle-ci les quatre (!) suites des Boys ainsi que certains succès du box-office qui ont notre sport national en trame de fond (Bon Cop, Bad Cop, Ça sent la coupe), et on se retrouve face à un phénomène culturel d’envergure. «C’est sûr que, quand on parle de hockey, ça fait résonner quelque chose chez les spectateurs. C’en est presque viscéral», estime Éric Tessier, à la barre de Junior Majeur, successeur du très populaire Les Pee-Wee 3D, paru cinq ans plus tôt. «En quelque sorte, le sport devient une caisse de résonance pour parler de plein de choses.» Pourtant, le hockey n’a pas toujours été aussi vivant dans notre cinématographie. «Dans les années 1970 ou 1980, c’était un thème présent, mais peu de films lui étaient entièrement dédiés, observe Pierre Barrette. En fait, il a fallu attendre que Lance et compte lance la vague à la télévision. C’est là qu’on s’est rendu compte qu’au-delà du fait que les Québécois sont des amateurs de hockey, ils pouvaient être intéressés à se faire raconter des histoires qui se passent dans ce milieu-là. C’est ça qui a donné naissance aux Boys.» Réalisateur des trois premières productions de cette populaire franchise, qui a ensuite pris ancrage à la télévision, Louis Saia a été le premier surpris du succès aussi manifeste qu’a obtenu le volet initial. «On s’était dit que, si on faisait deux millions [de dollars], on serait content. Finalement, on a dépassé le six.» À sa deuxième semaine sur les écrans en décembre 1997, la comédie a même réussi à dépasser Titanic au box-
LES BOYS (1997)
PEE-WEE 3D (2012)
office québécois. La légende veut qu’un producteur de Los Angeles ait ensuite appelé le président d’une chaîne de cinémas de la province pour lui demander: «What the f*** is Les Boys?». «C’est une vraie histoire, ça, confirme Saia. Le Québec était la seule place dans le monde où Titanic n’était pas en première place à son premier week-end!» Cet engouement sans précédent avait une portée bien tangible. «Pour promouvoir la production, on avait fait le tour des villes pour jouer contre un club de garage de la place. La première fois qu’on a débarqué à Sherbrooke un dimanche après-midi, on attendait 500 personnes… Il y en avait 6000! Et tout le monde prenait pour Les Boys, c’était fou-malade!», se souvient le cinéaste. «À ce moment-là, c’était pas une très bonne période pour le Canadien, même qu’il manquait de monde au Centre Molson. À côté de ça, nous, on remplissait des arénas partout où on allait. C’était un peu le retour du peuple qui s’approprie son sport.» «[Ce succès-là] a entraîné un renouvellement du goût des Québécois pour leur cinématographie, analyse Pierre Barrette. Dès la fin des années 1990, on a vu apparaître des films de genre, alors qu’avant, notre cinéma était essentiellement un cinéma d’auteur. C’est à ce moment que le hockey a émergé comme support narratif.» Héros et personnages du commun Selon le professeur, qui a fait sa marque comme critique dans la revue 24 images, ce «support narratif» se déploie en deux perspectives très différentes. D’abord, il y a «la dimension héroïque» visant à mettre de l’avant «des personnages de degré supérieur». «On veut montrer des modèles positifs et gagnants, qui s’élèvent au-dessus des masses», explique-t-il, en mentionnant Lance et compte et Maurice Richard. «On a toujours manqué un peu de récits de la sorte au Québec, contrairement
JUNIOR MAJEUR (2017)
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> aux États-Unis qui ont une longue tradition de films héroï ques, que ce soit des westerns, des films de gangsters, des biopics de président... Ici, le hockey apparaît comme un bon réceptacle pour raconter ce genre d’histoires.» Ensuite, notre sport national peut aussi être le théâtre de «personnages du commun», comme c’est spécifiquement le cas des Boys. «Le hockey devient alors une métaphore de l’amitié, un prétexte pour exploiter des filons familiaux, professionnels ou amicaux. On met en scène un milieu dans lequel les gens peuvent se reconnaître.» C’est exactement ce rapport d’appartenance qu’a voulu développer Louis Saia. «C’est un film sur le sport, mais c’est surtout un film sur une gang de gars qui se retrouvent entre eux autres. Ce qu’il y a d’intéressant avec les personnages, ce sont leurs failles. C’est ça qui fait que le spectateur peut s’identifier à eux. On va se le dire, mais des personnages comme Jean Béliveau et le Rocket, c’est pas nécessairement le fun au cinéma... Ils sont trop parfaits!» Dans Junior Majeur, Éric Tessier a également voulu miser sur des personnages nuancés et une histoire plus large dépassant le simple cadre du hockey. «Avant tout, le scénario parle de la transition à l’âge adulte, de ce moment où l’on doit prendre ses responsabilités et assumer ses gestes. La glace, c’est seulement le lieu où s’exprime le conflit qu’on a construit tout au long du récit», explique-t-il, à propos de cette incursion dans la vie d’un jeune hockeyeur prodige évoluant avec les Saguenéens de Chicoutimi. Spécificité québécoise À son avis, ce genre d’histoire a le potentiel de parler plus directement au public québécois qu’une production américaine du même genre. «Ça parle de nous autres et ça résonne avec notre réalité. Là-bas, les films de hockey semblent se baser davantage sur le sport en soi.» «Y a plus d’ancrage émotif ici, acquiesce Pierre Barrette. Aux États-Unis, on est davantage devant des films-événements comme Miracle ou, sinon, des récits qui servent de prétexte à montrer le caractère violent du sport comme Slap Shot. Si un film comme ça sortait ici, les Québécois trouveraient ça irréaliste ou, même, stupide, car ils voient leur sport comme un beau jeu.» Pour le professeur, l’engouement que génèrent les films de hockey québécois au box-office depuis maintenant deux décennies peut avoir un lien avec le rendement plus inégal des Canadiens de Montréal durant cette même période. «Il y a probablement une dimension nostalgique làdedans. Le hockey est un sport socialement ancré dans la population, alors le fait que le Canadien ne gagne pas, ça peut favoriser ce genre de films, soutient-il. Par contre, je n’ai pas l’impression que la cadence ralentirait si le club se mettait à gagner…» «En fait, faudrait qu’on gagne une coupe Stanley pour prouver cette théorie», poursuit Éric Tessier, en riant. «Gagnons-en une et regardons le rythme de production des 10 années à venir.» y Junior Majeur En salle depuis le 23 novembre
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NORMAND BAILLARGEON PRISE DE TÊTE
UN MIRACLE, VRAIMENT? Une fille nue nage dans la mer Un homme barbu marche sur l’eau Où est la merveille des merveilles Le miracle annoncé plus haut? (Jacques Prévert)
Le début de cette définition donne à réfléchir et invite à imaginer d’autres explications aux miracles que celles qu’on donne généralement. Des explications alternatives
Voici donc revenue la saison des miracles. Après tout, celui qu’on fête est né d’une femme n’ayant pas commis le péché originel – ce qu’est en réalité, le saviez-vous, l’Immaculée Conception, et qui contrairement à ce que l’on pense, ne signifie pas qu’elle était vierge en enfantant. Durant toute sa vie, il multipliera les mira cles: il redonnera la vue à un aveugle; il ressuscitera un mort; il marchera sur l’eau; il multipliera les pains; il changera l’eau en vin; et j’en passe. On le crucifiera. Il mourra. Et voilà le miracle des miracles: il ressuscitera. Les religions, on le sait, tendent à faire grand cas des miracles – et pas seulement celle de Jésus. Mahomet, par exemple, a voyagé sur un cheval ailé (Bouraq). Des transgressions d’une loi de la nature Mais qu’est-ce au juste qu’un miracle? Une excellente définition devenue classique a été proposée il y a plus de deux siècles par David Hume, dans un célèbre essai sur le sujet. Un miracle, dit-il, est une transgression d’une loi de la nature par une volition divine particulière ou par l’interposition de quelque agent invisible.
Pour commencer, on aura compris que notre connaissance des lois de la nature influence notre propension à décréter qu’il y a eu miracle, ou non. Un philosophe avait ainsi imaginé le cas d’un roi de Siam qui ne sait pas que l’eau gèle et qui parlerait sans doute de miracle si on lui racontait l’histoire de cet éléphant marchant sur l’eau. Et ne riez pas trop vite de lui! On pourra en effet vouloir juger miraculeux un événement par simple ignorance de la loi des grands nombres, qui explique bien des coïncidences que d’aucuns, ne la connaissant pas, appelleraient des miracles. Voici Pierre. Il pense tendrement à son ami Paul. Au même moment, le téléphone sonne et on lui annonce la mort de Paul. Miracle télépathique prémonitoire? En fait, dans une population donnée, chacun pense à un autre plusieurs fois par année et des gens peuvent mourir à tout moment. Fatalement, ces deux séries se rencontrent, en plus grand nombre à mesure que la population grandit. Georges Charpak et Henri Broch avancent le calcul suivant.
Sur une année, il y a 105 120 intervalles de cinq minutes, durant lesquels vous pourrez penser à l’une ou l’autre de ces, disons, 10 personnes que vous connaissez et qui mourront durant l’année. Il y a peu de chance que ces événements coïncident (1 sur 10 512). Mais dans une population de 321 millions d’habitants, comme les États-Unis, cela devient probable pour 84 personnes chaque jour! L’ignorance de la technologie issue de notre connaissance et de notre utilisation des lois de la nature explique d’ailleurs la fameuse troisième loi de Clarke, qui nous dit ceci: «Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie.» Imaginez Jules César découvrant Internet: on comprendrait qu’il parle de miracle… Considérez à présent cet homme qui scie cette femme en deux, puis… la recolle! C’est indéniablement, en apparence du moins, une transgression d’une loi de la nature. Mais l’homme est un magicien et il ne prétend aucunement faire un miracle: il veut juste nous divertir et nous intriguer en nous cachant son truc. Hélas, c’est parfois moins honnête. Tel magicien, appelé mentaliste, annonce, yeux bandés, le numéro de carte d’assurance maladie d’un des spectateurs situé loin de lui et désigné au hasard dans la foule. Il se prétend doué de mystérieux pouvoirs et invoque, justement, «l’interposition de quelque agent invisible». Il n’en est rien et il triche, bien entendu… (avez-vous une idée de la manière dont il s’y prend?)
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> Il triche comme ces gens impliqués dans la belle définition du mot miracle que donne Ambrose Bierce, et qui me fait toujours sourire: «Miracle: Un événement qui n’est pas conforme à l’ordre naturel des choses et qui est inexplicable. Comme battre une main ordinaire de quatre rois et un as avec une main de quatre as et un roi.» La conclusion de Hume Hume avait d’autres raisons encore d’être sceptique devant les allégations de miracles. Pensez-y: ce qu’un miracle transgresse, c’est l’ordre ordinaire des choses, un ordre que l’expérience a très solidement établi. C’est par elle qu’on sait que le cheval, comme le plomb, ne s’envole pas; que les gens morts coupés en deux ne se recollent pas pour revenir à la vie; et ainsi de suite. Avant d’invoquer «une volition divine particulière ou l’interposition de quelque agent invisible», il est donc sage, et on l’a vu, d’imaginer d’autres explications. Pour sa part, en proposant les siennes, Hume rappelait notamment notre goût pour le bizarre et le fantastique (que tant de gens et de médias exploitent encore aujourd’hui…); notre propension à propager de telles histoires, si intéressantes; et le fait que, pour se rendre soi-même intéressant, on aime à s’en faire le héros. Voltaire, lui, ajoutait ceci: «Nommez-moi un peuple chez lequel il ne se soit pas opéré des prodiges incroyables, surtout dans des temps où l’on savait à peine lire et écrire.»
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pour un temps des fêtes
Mieux que quiconque, c’est Hume lui-même qui a su tirer la leçon qui s’impose de tout cela. La voici: «Aucun témoignage n’est suffisant pour établir un miracle à moins que le témoignage soit d’un genre tel que sa fausseté serait plus miraculeuse que le fait qu’il veut établir; et même dans ce cas, il y a une destruction réciproque des arguments, et c’est seulement l’argument supérieur qui nous donne une assurance adaptée à ce degré de force qui demeure, déduction faite de la force de l’argument inférieur. Quand quelqu’un me dit qu’il a vu un mort revenu à la vie, je considère immédiatement en moi-même s’il est plus probable que cette personne me trompe ou soit trompée, ou que le fait qu’elle relate ait réellement eu lieu. Je soupèse les deux miracles, et selon la supériorité que je découvre, je rends ma décision et rejette toujours le plus grand miracle. Si la fausseté de son témoignage était plus miraculeuse que l’événement qu’elle relate, alors, et alors seulement, cette personne pourrait prétendre commander ma croyance et mon opinion.» y
777, chemin St-Adolphe Morin-Heights • 450 226-2442
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LES ILLUSTRATIONS MINIMALISTES DES VINS PINARD & FILLES SONT CRÉÉES PAR MARC SÉGUIN.
ART DE VIVRE 41 VOIR MTL
VO2 #12
ART À BOIRE IL EST LOIN LE TEMPS OÙ LES ALCOOLS N’ARBORAIENT QUE LEUR NOM SUR L’ÉTIQUETTE, LEUR SEULE FANTAISIE RÉSIDANT DANS LE CHOIX DE LA POLICE DE CARACTÈRE. AUJOURD’HUI, LES COMPAGNIES QUÉBÉCOISES PRODUISENT DES BOUTEILLES AUX HABILLAGES ARTISTIQUES ET AUX DESSINS RECHERCHÉS. LE CONTENANT SERAIT-IL DEVENU AUSSI IMPORTANT QUE LE CONTENU? MOTS | MARIE PÂRIS
Un astronaute en lévitation, un loup hurlant, un masque qui sombre dans un verre de vin… Les illustrations minimalistes des vins Pinard & Filles, tout en noir, blanc et rouge, sont créées par Marc Séguin. Si la signature de l’artiste figure au bas du dessin, parfois avec un titre d’œuvre, le nom du vignoble québécois ou celui de la cuvée est absent. Pas besoin: la signature de Pinard & Filles, ce sont ces étiquettes épurées devenues emblématiques. Ancien sommelier des Cons Servent et importateur de vins, Frédéric Simon a lancé son vignoble avec Catherine Bélanger, propriétaire des bars à vins montréalais Pullman et Moleskine. Et pour ses étiquettes, il avait déjà un nom en tête: «Il collectionnait mes œuvres, et il m’a écrit pour me proposer de travailler avec lui, raconte Marc Séguin. C’était charmant, comme une proposition de mariage…» Le vignoble, situé à Magog en Estrie, est planté en Vitis vinifera. «C’est pas commun ici au Québec, et je salue le risque. C’est ça qui m’a charmé. J’ai pas de fun si j’ai pas peur en me lançant, confie le peintre. Ce gars-là, il a essayé quelque chose, il est en avance. Et ça marche: il vend dans les plus grands restos et il est souvent en rupture de stock.» Marc Séguin a réalisé à ce jour une dizaine d’étiquettes pour habiller chaque nouvelle cuvée du vignoble, et ses dessins modernes collent bien aux vins contemporains de Pinard & Filles. Pour dessiner, il a carte blanche; le vigneron lui parle juste en amont de la nouvelle cuvée à venir. «Par exemple, Frédéric m’a dit un jour: “Je vais faire des bulles, faut que tu trouves un truc qui va avec ça.” J’ai fait
un astronaute, ça me paraissait évident pour des bulles…» Et puis, il faut coller au goût, évoquer les particularités de la cuvée. En préparant une étiquette, alors que Marc Séguin avait trois propositions pour un nouveau vin, il s’est dit dès la première gorgée de la dégustation qu’aucune ne convenait. Si le nom de Marc Séguin est forcément un atout marketing, le peintre n’a pas l’impression pour autant d’être un drapeau rouge destiné à attirer le client. «Frédéric dit que les gens sont d’abord charmés par l’habillage d’une bouteille, mais il exagère. Même si le dessin est beau, si le produit est de la merde, ça reste de la merde. Mais tant mieux si les étiquettes plaisent, si ça peut aider à faire découvrir le vignoble… Vaut mieux parler de ce vin deux fois au lieu de n’en parler qu’une fois!»
Cocktail gin et street art Du côté des spiritueux, les éditions limitées des gins Romeo sont quant à elles devenues de véritables objets de collection. Chaque année, la marque québécoise sort une nouvelle bouteille ornée d’une œuvre d’art urbain. «Le gin est un produit festif qui se prête bien au concept. Je ne voulais pas lancer un produit avec une cause, mais une cause avec un produit. Pas juste verser un pourcentage des ventes à des artistes, mais inverser le concept: on fait travailler les artistes en amont et on vend un objet d’art au consommateur, explique Nicolas Duvernois. Le consommateur veut rêver… Le gin Romeo, ce n’est plus simplement un produit de consommation.»
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(CI-CONTRE) BRASSERIE DUNHAM; (EN-HAUT) LES GINS ROMEO
Cet entrepreneur et amateur d’art veut rendre les œuvres plus accessibles. «Tout ce qui est beau coûte cher! Pourquoi ne peut-on pas profiter de l’art quand on n’est pas riche?» Pour chaque édition limitée, produite à 30 000 exemplaires, Romeo achète l’œuvre d’art originale et la reproduit ensuite sur ses bouteilles, où les noms de l’œuvre et de l’artiste sont également inscrits. «On n’a jamais approché d’artiste pour qu’il travaille sur commande. L’œuvre n’a pas besoin d’avoir un lien avec le produit, insiste Nicolas. Je préfère que l’artiste soit surpris qu’on le choisisse…» Pour le choix de l’œuvre, «on y va par émotion, je ne veux pas qu’on y réfléchisse trop. On choisit des artistes émergents ou très peu connus; parfois, on prend des risques…» Pour sa troisième édition limitée, Romeo a lancé un concours dans le cadre du 375e anniversaire de Montréal. C’est Santerre qui a été sélectionné; si l’artiste n’était pas très connu auparavant, les 50 impressions de son œuvre mises en vente après la sortie de la bouteille sont parties en onze minutes. Depuis la sortie de sa première édition limitée, Romeo reçoit au moins une dizaine de courriels hebdomadaires d’artistes suggérant leur œuvre pour la prochaine bouteille.
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À chaque bouteille de gin vendue, un pourcentage est aussi versé au Fonds Romeo, qui soutient les artistes émergents. Un fonds qui a par exemple servi à payer Canadian Bacon pour faire une œuvre au stand de Romeo pendant le Salon des vins et spiritueux de Montréal. À la demande des artistes, l’œuvre va d’ailleurs être donnée à l’Assemblée nationale. «Ça sera la première œuvre de street art exposée là-bas!», rigole Nicolas. Microbrasseries, sérigraphie et origami Pour ce qui est de renouveler le marketing classique des alcools, les microbrasseries du Québec ne sont pas en reste. Le Trou du diable ou Les Grands Bois en sont de bons exemples, avec leurs images pop et colorées. «Dans la bière, il y a une certaine esthétique de l’étiquette qui a été outrageusement utilisée et qu’on retrouvait partout. Avant, tout était très typographique, indique Simon Bossé, de la Brasserie Dunham. Chez nous, toutes les bières avaient la même étiquette, seules les couleurs changeaient. Je trouvais ça d’un ennui mortel… Alors on m’a dit: “Tu proposes quoi d’autre?”.» Simon, qui a une maison d’édition et un atelier de sérigraphie depuis une vingtaine d’années, accepte le défi avec plaisir. Depuis trois ans, à chaque projet de bière, l’équipe de cette brasserie des Cantonsde-l’Est fait donc l’exercice de lui trouver un nom marrant et de la jumeler avec un artiste. «Et tout à coup, les gens ont commencé à s’attarder au travail graphique des étiquettes, se rappelle Simon. Je travaillais avant au bar Cheval blanc, où je préparais beaucoup d’expos. Bières et art, ça va très bien ensemble, je trouve.» Dunham ne travaille pas qu’avec des dessinateurs, mais aussi des sérigraphes, un spécialiste de l’origami, etc. «On n’a pas peur d’expérimenter, on s’amuse beaucoup! Avant de commencer à faire appel à des artistes, on avait rencontré un bureau de design. J’avais trouvé leurs propositions terriblement ennuyeuses.» Toutes les discussions se font maintenant à l’interne, et la brasserie ne travaille avec aucune firme. Simon a une longue liste d’artistes en stock, notamment beaucoup de dessinateurs qui travaillent en BD. «On ne cherche pas à provoquer avec nos dessins, mais c’est vrai qu’on a déjà travaillé avec des artistes plus marginaux. Parfois, leur travail peut choquer…» «On reçoit souvent des messages d’artistes qui offrent leurs services. Quand on en approche un, c’est qu’il y a déjà un match. Notre objectif: faire travailler les artistes, insiste Simon. C’est aussi stimulant et amusant pour eux, de travailler sur de la bière! On rémunère environ 500$ un travail pour une étiquette. C’est pas énorme… mais c’est déjà ça.» Si l’artiste choisi a carte blanche pour créer son image, il y a tout de même une consigne à garder en tête: comme l’étiquette fait huit pouces de large et qu’on n’en voit que trois quand elle est collée sur la bouteille, l’élément important et le message du dessin doivent donc se retrouver sur ces trois pouces.
La Brasserie Dunham sort plus de 20 nouvelles bières par an, et a déjà produit en trois ans environ 70 étiquettes en collaboration avec des artistes. «Pour certains, ça ne change rien, pour d’autres, oui. Quelques clients nous disent même qu’ils ont acheté telle bouteille pour son étiquette, confie Simon. La bière, c’est vraiment une communauté. Parfois, dans les forums et les groupes, il y a même des débats sur nos étiquettes… Je trouve ça génial.» y
Au début, il y avait Unibroue En 1990, deux associés fondent Unibroue pour commercialiser les produits artisanaux de la Brasserie Massawippi, alors que le marché de la bière est sous le monopole de Molson et Labatt. La marque s’inscrit rapidement dans la culture québécoise, s’associant d’ailleurs avec le chanteur Robert Charlebois en 1992. Les noms des produits d’Unibroue évoquent la province: la Bolduc, la Carnaval de Québec, la Fleurdelysée, la Kamouraska, etc. L’imagerie qui illustre les bières s’inspire aussi du patrimoine et de l’imaginaire québécois. Comme la Trois-Pistoles, dont l’étiquette reprend le cheval noir de la légende locale… Dans le sillon d’Unibroue, les microbrasseries qui ont émergé par dizaines ces dernières années se sont inscrites dans ce retour aux racines et cette association de la bière avec l’art et la culture.
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FEMME EN CUISINE JEUNE CHEF DES RESTAURANTS MONTRÉALAIS LUDGER ET MAGDALENA, DOMINIQUE DUFOUR EST DE RETOUR AU QUÉBEC APRÈS UNE DIZAINE D’ANNÉES À TRAVAILLER DANS LE RESTE DU PAYS. ET À PEINE ARRIVÉE, ELLE A LANCÉ LE REGROUPEMENT DES FEMMES CHEFS DU QUÉBEC. ENTRETIEN. MOTS | MARIS PÂRIS
Voir: C’est quoi exactement, ce regroupement? Dominique Dufour: Ç’a été créé en mars, et depuis, ça explose. On travaille actuellement à monter un CA. C’est dur de nous réunir toutes ensemble à cause de nos emplois du temps, mais j’essaie de voir au moins une chef une fois par semaine. En ce moment, je suis en train de recruter pour 2018, pour que plus de femmes prennent part à nos initiatives. On organise par exemple des repas à quatre mains, pour que les gens nous découvrent; on fait le tour de la salle quand le repas est fini pour discuter avec les participants, faire rencontrer les chefs. Parmi les participantes, il y a déjà eu Alice Vanasse, Stéphanie Audet, Marie-Pier Morin, Kimberly Lallouz… Dernièrement, on a aussi participé à un grand souper pour les abonnés du Musée des beaux-arts, où des femmes de plusieurs métiers d’art exposaient. On avait une table qui alliait l’art et la gastronomie. 2018 va être bouillonnant, avec plein de projets. On veut s’investir socialement. On travaille notamment en collaboration avec la Société du cancer du sein: par exemple, à chaque souper qu’on fait, on offre des billets aux meilleurs donateurs. On va aussi essayer d’aller chercher des aides gouvernementales pour créer des garderies avec des horaires de soir, etc. D’où est venue l’idée de créer ce réseau? Comparé aux autres endroits où j’ai travaillé, il y a au Québec un manque de communication entre les femmes du milieu. C’est quelque chose que j’avais beaucoup senti à Toronto ou à Vancouver et qui m’aidait particulièrement dans mon cheminement personnel. On vit dans un milieu qui est très dur:
PHOTO | ÉLIANE BOURQUE
plusieurs de mes amies ont dû avoir des arrêts de travail, et prendre du recul par rapport au milieu. Il y a tant de pression, c’est si demandant… On vit tellement quelque chose de particulier dans cette profession que c’est dur d’en parler avec d’autres personnes, et c’est difficile pour ceux qui ne sont pas chefs de faire un parallèle avec leur quotidien. Il faut donc avoir autour de soi des femmes qui vivent les mêmes choses. Enfin, il y a un flagrant manque de représentation des femmes dans la cuisine. On a donc décidé de s’autoreprésenter. Le nombre fait la force: on va travailler ensemble pour créer des événements qui nous représentent, où on peut s’aider l’une l’autre à être un peu plus vues. Ce regroupement, c’est un réseau de soutien pour s’épauler. La solidarité entre femmes est très importante… Les femmes sont si peu représentées que ça? Les grands noms ont toujours été des hommes (Escoffier, Ducasse, etc.). Traditionnellement dans la cuisine, la place n’était pas aux femmes. Certes, il y a un mythe autour de la femme en cuisine dans la vie privée: quand les grands chefs racontent comment ils sont tombés en amour avec la cuisine, ils parlent souvent de leur mère ou de leur grand-mère. Mais au niveau professionnel, ça diffère. Au Québec, les femmes représentent seulement 12,8% de la part médiatique consacrée à la restauration, alors qu’on représente 45% de la population en cuisine – à l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec, c’est presque 50%. Mondialement, la place des femmes chefs dans les médias est de 5%. On n’est donc pas représentées au prorata de notre présence. C’est de la faute à personne, mais c’est à nous de corriger ça.
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Être connue du grand public donne plus d’opportunités. Aujourd’hui, quand on pense au tourisme gastronomique au Québec, on pense à Chuck Hughes, Normand Laprise, Martin Picard… Mais il n’y a aucune femme dont le restaurant est une destination gastronomique, qui est assez prise au sérieux pour le devenir. Ça doit changer! On a déjà d’excellentes femmes chefs qui sont bien établies: Graziella Battista, Helena Loureiro, Marie-Fleur St-Pierre… Et il y en a aussi d’autres qui sont montantes. Ça vaut la peine de les connaître.
etc.), des conglomérats qui gèrent plusieurs établissements, souvent de plus gros espaces. Ces groupes ont des centaines d’employés. Comme il y a d’autres femmes chefs dans la même famille, on se soutient beaucoup. C’est plus facile d’avoir un réseau d’entraide quand on travaille pour ces chaînes parce qu’il y a plus de gens, qui vont moins se considérer comme de la compétition. Au Québec, c’est plus facile de se lancer, il y a donc beaucoup de petits restaurants. Mais la compétition est aussi plus féroce, d’autant que la plupart des petits restos ont les reins moins solides… Ça crée une atmosphère pas forcément propice au développement des relations interpersonnelles entre les femmes du milieu. Ici, les femmes ont moins l’occasion de travailler ensemble et de s’aider avec leurs problèmes. Quels sont ces problèmes que rencontrent les femmes chefs? Quand on est une femme et qu’on arrive dans la trentaine, on est souvent au point culminant de notre carrière – mais sur le plan biologique, c’est aussi le point culminant de notre fertilité. On arrive à une croisée des chemins où on se demande s’il faut se lancer tête baissée dans le travail ou s’arrêter un peu et fonder une famille…
Leur donner de la représentation, c’est leur donner l’opportunité d’être tout ce qu’elles ont le potentiel de devenir. Il y a plein de Normand Laprise qui sont inconnues. Il suffit parfois juste d’être à la bonne place au bon moment… Mais j’ai bon espoir que ça va changer. Puisqu’on est 50% de femmes à entrer en école, on devrait représenter 50% des grands chefs connus! Vous disiez que le Québec est différent des autres provinces… Comment ça? Au Québec, il y a beaucoup de petits joueurs. Toronto est une grosse ville, et pour avoir un restaurant, il faut avoir vraiment beaucoup d’argent. La plupart du temps, il s’agit de famille de restaurants (Icon Legacy, Chase, Oliver & Bonacini,
Ces questions ne sont pas seulement propres aux chefs, mais on a une difficulté ajoutée. On se poserait les mêmes questions si on était avocates, ou si on pratiquait n’importe quelle profession orientée vers sa carrière; mais les avocates travaillent de jour et ont des ressources auxquelles elles peuvent faire appel. Essayez de trouver quelqu’un pour garder des enfants entre 15h et minuit quand vous êtes en cuisine… Certes, on n’est pas les seules avec ce problème d’horaire: je pense notamment aux professions dans la santé. À la différence que les médecins et les infirmières sont souvent mieux rémunérées et ont des avantages sociaux et des syndicats que nous n’avons pas. Il y a une disparité entre hommes et femmes en cuisine. À la trentaine, beaucoup de femmes se détournent de leur carrière de chef pour se consacrer à leur famille ou choisir un travail avec plus d’accommodements. Plus on monte, plus il faut faire des choix, et plus les femmes tombent. Les jeunes sont celles qui ont le plus besoin d’aide. Pourtant, la majorité des grands hommes chefs ont des enfants, et ils n’ont jamais eu à arrêter de travailler. La solution serait d’avoir son propre restaurant, comme ça tu peux faire tes propres horaires et avoir quelqu’un qui fait le service pour toi… Mais pour ça, faut que les gens te connaissent.
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GASTRONOMIE 47 VOIR MTL
On parle beaucoup de harcèlement en ce moment. La cuisine a longtemps été un milieu considéré comme très machiste. C’est toujours le cas? Oui, il y a une espèce de machisme associé au monde de la cuisine, mais c’est de plus en plus révolu. J’ai déjà reçu des commentaires dégradants, des chefs qui, quand je faisais des erreurs au début, me frottaient la joue en disant «You’re pretty…», comme si je ne valais même pas la peine de me faire expliquer mes erreurs. C’est pas une insulte, mais c’est la pire des insultes. Ils n’auraient jamais dit ça à un homme. C’était il y a 10 ans, les mœurs ont évolué depuis, même s’il y aura toujours des dinosaures qui agiront comme ça. Dans la nouvelle génération qui entre en cuisine, c’est de moins en moins accepté. En attendant, dans le milieu, on n’a eu aucune mauvaise réaction de la part des hommes à la suite du lancement du Regroupement des femmes chefs du Québec. On s’est même fait prêter des restos pour nos soupers! y
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Le mot de François Meunier, président de l’Association des restaurateurs du Québec (ARQ) «Le portrait est en train de changer: de 2010 à 2015, si le nombre d’hommes chefs a augmenté de 13%, celui des femmes a augmenté de 157%. Il y a un intérêt très marqué des femmes pour le métier, qui s’explique notamment par le succès d’émissions comme Les Chefs. Les femmes prennent de plus en plus de place dans les postes de direction. L’État doit aussi jouer un rôle pour aider les femmes à concilier vie privée et vie professionnelle, par exemple en laissant les CPE ouverts au-delà du 9 à 5. Tout le monde convient aujourd’hui que la présence des femmes dans ce métier est bénéfique pour tous. Les comportements déplacés envers les femmes? Plus elles vont être présentes, et moins ces comportements vont avoir lieu. C’est la même situation dans des métiers comme policier ou pompier… À l’ARQ, on entend assez peu parler des problématiques autour des femmes chefs. Il y a déjà tellement d’enjeux importants, comme le manque de main-d’œuvre, que ceux-là sont plus passés sous silence. Les femmes chefs vont se faire leur place. On s’inquiète bien plus qu’il n’y ait plus personne dans les écoles de cuisine!»
DES CRÉATEURS DES OEUVRES NOMMÉES AUX
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ANGELINA JOLIE
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NORA TWOMEY
AU CINÉMA
48 LIVRES VOIR MTL
VO2 #12
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LE PHILOSOPHE GASTRONOME MOTS | FRANCO NUOVO
Il fait partie de la famille. Déjà, pour un fils de Sicilien, ça veut dire beaucoup. Pas question, donc, de peur peut-être de me faire bêtement accuser de trafic d’influence, de passer outre son magnifique bouquin sur les philosophes et la cuisine. Or, en plus de se trouver en ces pages, Normand Baillargeon, certains le savent, a collaboré pendant cinq ans à Dessine-moi un dimanche. On parle donc ici de liens renforcés et de deux familles, celle de l’écrit et celle de la radio. C’est d’ailleurs lors d’une émission à laquelle nous avions aussi convié Ricardo, son idole (eh oui!), qu’il a eu l’idée de réfléchir sur la nourriture. Il a alors parlé d’Emmanuel Kant qui suivait des règles très précises quand il recevait ses amis à dîner. Donc, merci Ricardo! D’ailleurs, avant que sa belle-mère ne lui file un des magazines du chef entrepreneur, Normand ne s’était jamais vraiment intéressé à la cuisine. Il y eut, ce jour-là, épiphanie. Et voilà! Lui chez qui une idée en attire une autre s’est mis à réfléchir à la question, à fouiller, à s’enquérir sur ce que les philosophes avaient bien pu dire et écrire au fil du temps. Il a ainsi découvert que saint Thomas d’Aquin, probablement goinfre lui-même, s’était demandé si la gourmandise était un véritable péché, un péché capital ou un péché véniel. Les plus vieux comprendront ce que je veux dire. Or, pour cela, il a dû répondre à la question de savoir ce qu’est la gourmandise, et ce, en six points. Il y a aussi des recettes, mais CE N’EST PAS UN LIVRE DE RECETTES, j’insiste. Non, les quelques plats suggérés servent davantage à illustrer le propos.
Sans être dogmatique, Baillargeon aborde des thèmes qui nous touchent peut-être davantage; par exemple le végétarisme, une question de morale depuis l’Antiquité. Il nous rappelle les propos de Pythagore, pour qui «c’était un crime à l’homme de servir sur ses tables la chair des animaux». Il nous raconte des histoires aussi, celle de Peter Singer, un Australien qui, en 1971, dans une salle de cours du Collège d’Oxford, se lie à un jeune Canadien végétarien qui le convainc, sans vouloir le convaincre, qu’il n’est pas justifié de traiter les animaux comme on le fait. Bon, je ne vous en ferai pas le récit. Normand s’en charge. Il se charge aussi de nous apprendre que Peter Singer est devenu un «sérieux candidat au titre des plus influents philosophes du 20e siècle», mais un candidat controversé à cause des principes éthiques qu’il défend. Le «manger local», autre préoccupation de notre époque, soulève aussi des questions auxquelles Jean-Jacques Rousseau a tenté de répondre. Qui l’eût cru? Eh oui, l’Homme est bon, c’est la société qui le corrompt. Or «le locavorisme», qui consiste, en résumant beaucoup, à la consommation de nourriture produite dans un rayon de 100 à 250 kilomètres autour de son domicile, n’apparaît qu’au début du 21e siècle dans la région de San Francisco. Il est aussi question de régimes, de supermarchés et des philosophies orientales. Là encore, on a droit à des histoires qui nous font voyager, qui nous ramènent au 13e siècle sur un bateau qui transporte un jeune Japonais arrivant en Chine pour étudier le bouddhisme zen chinois. Et une fois de plus, la nourriture est au programme, mais surtout «l’ajustement du corps», «l’ajustement de
la respiration» et «l’ajustement de l’esprit». Vous aurez compris qu’il s’agit de méditation. Vous dire que loin d’être moi-même philosophe, même si je m’intéresse à la philosophie, je ne suis guère plus un fou de cuisine. Pour être franc, je comprends même difficilement cet engouement effréné né il y a des années maintenant, et qui se poursuit, pour la cuisine et les livres de recettes. Peut-être, en raison de ma culture, enfant, ai-je été trop gâté par la vie, trop bien nourri, trop mis en contact avec des produits qu’on ne connaissait pas alors ici et qu’on ne mangeait pas dans les chaumières. Toutefois, ce n’est pas de cela que traite ce bouquin. Baillargeon ne nous dit pas comment faire un risotto ou un excellent gigot d’agneau, d’autant plus qu’il ne consomme pas de viande… et puis Ricardo s’en charge. Non, il nous parle de plaisir, d’éthique, de regards jetés sur les cultures et les époques, d’Histoire, d’ouvrages, de rituels, «des enjeux que soulève la nourriture en philosophie», de conversations… Il nous invite à la table des philosophes. Parce que, un peu comme Emmanuel Kant, Normand y propose des sujets pour converser à table. Faut croire qu’il n’aime pas que manger… il aime aussi discuter! y À la table des philosophes Normand Baillargeon Flammarion Québec, 2017, 192 pages
VERTUMNUS, PAR GIUSEPPE ARCIMBOLDO (1590), 70 X 58 CM.
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paniers gourmands
foodie!
TROIS JOURS CHEZ MA TANTE YVES RAVEY Éditions de Minuit, 187 pages Quinzième roman d’Yves Ravey, Trois jours chez ma tante démontre encore une fois tout le plaisir et toute la finesse d’écriture de l’écrivain bisontin. Fier héritier de Simenon, Ravey revient encore une fois avec un roman flirtant entre le polar et le roman noir, porté par un style aussi concis que vif, dont la simplicité cache très souvent une maîtrise certaine. Un homme revient en France après 20 ans d’exil au Liberia. Le voyage sera court, comme en appelle le titre, juste assez pour qu’il convainque sa vieille tante de ne pas lui couper ses allocations mensuelles, sans quoi il ne pourra poursuivre son œuvre de charité qui vient en aide aux enfants exilés de pays en guerre. Mais comme toujours chez Ravey, c’est bien plus compliqué que ça. Marcello Martini a quitté la France il y a bien longtemps, dans des circonstances des plus particulières. Son associé a été victime de délation et s’est fait prendre à la frontière franco-suisse avec une valise pleine d’argent. Sa tante, richissime femme vivant désormais dans une luxueuse résidence pour personnes âgées, l’a aidé à fuir et, depuis, lui vire un montant mensuellement pour subvenir à ses besoins. Quand elle décide de cesser ses virements, Marcello retourne en France pour la raisonner, mais à son arrivée, elle lui apprend qu’elle le déshérite sans plus d’explications. Et comme les mauvaises nouvelles arrivent rarement seules, le Haut Commissariat aux réfugiés devance sa visite à l’école qu’il a mise sur pied au Liberia; il semblerait que plusieurs papiers ne soient pas en ordre.
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Plus on avance dans la lecture de Trois jours chez ma tante, plus le pauvre et désespéré Marcello se découvre sous son vrai jour – un être détestable et manipulateur, un minable personnage qui voit ses schèmes se fissurer l’un après l’autre. Les histoires de délation se succèdent au fil des scènes où tout est dans l’action. Jamais Ravey ne prêche par excès de descriptions – elles sont quasi inexistantes –, alors que le portrait de ses personnages se précise à même leurs dialogues, que l’écrivain tisse avec brio. Un roman qui se présente comme un carrefour de faux-fuyants où le lecteur laisse monter en lui angoisse et tension; un autre petit tour de force signé Yves Ravey, lui qui semble trop souvent tapi dans l’ombre. (Jérémy Laniel) y
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LES NOYADES SECONDAIRES MAXIME RAYMOND BOCK Le cheval d’août, 432 pages Écrire Montréal ne se fait pas sans une intime connaissance des gens qui y habitent, sans poser un regard empathique sur les destins de tout un chacun que tous souhaitent interchangeables, où tous espèrent mieux. Avec son troisième livre, Les noyades secondaires, Maxime Raymond Bock poursuit une œuvre concise et à échelle humaine, démontrant une fois de plus qu’il est fort probablement le plus brillant nouvelliste de sa génération. Au fil des pages et au rythme des nouvelles, il parvient à cartographier Montréal de quartier en époque, dessinant habilement les frontières du rêve qui, trop souvent, ressemblent à une track de chemin de fer et à la côte Sherbrooke. La nouvelle Exérèse ouvre le recueil, réécrivant avec génie le vol du cœur du frère André à l’oratoire Saint-Joseph en mars 1973. Bandits de bas étage habitués aux menus larcins, les voilà qui tentent le grand coup et se mettent à rêver. Le plan tombe à l’eau quand l’Église refuse de payer la rançon, et pendant près de deux ans, cet organe traînera dans le fond d’un garde-robe d’un appartement de Centre-Sud. C’est ici qu’on retrouve l’essence de chacune des nouvelles de Bock, un étrange – mais parfaitement équilibré – mélange de grotesque et de quotidienneté qui porte en lui misère et espoir. À quelques reprises, l’écrivain fricote avec le fantastique – on n’a qu’à penser à la délectable nouvelle Mystères d’Anna Canuel, où une jeune romancière est retrouvée morte dans son appartement avec, comme seule pièce à conviction, un manuscrit fraîchement achevé; à sa lecture, toute personne se rendant à la fin voit sa tête exploser. Grotesque, oui, mais pas que. Les personnages de Bock sont toujours pris entre deux eaux, une noyade les guettant. Un homme à l’urgence aux prises avec un pneumothorax, un historien sombrant dans la folie d’une ville enfouie, un metteur en scène qui tient mordicus à inclure une urne dans sa scénographie ou encore des retrouvailles d’amis d’enfance qui virent au vinaigre. Mais perdre son temps à décrire chacune de ces nouvelles ne rendrait pas justice au talent de Maxime Raymond Bock, car l’essentiel se passe ailleurs: dans le maniement admirable et consommé de la digression comme peu en sont capables, où chaque histoire est bien plus que son unique trame narrative. (Jérémy Laniel) y
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parchemin.ca
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LA POLITIQUE D’INTÉGRATION DES ARTS À L’ARCHITECTURE A, JUSQU’ICI, GÉNÉRÉ PLUS DE 3800 ŒUVRES. UNE COLLECTION SE DÉPLOIE HORS DES MUSÉES ET DE LEURS RÉSERVES, DANS DES LIEUX DU QUOTIDIEN, D’IVUJIVIK À MONTRÉAL EN PASSANT PAR DOLBEAU-MISTASSINI ET CARLETON-SUR-MER. MOTS | CATHERINE GENEST
«Vous êtes pas écœurés de mourir, bande de caves? C’est assez!» La phrase-choc de Claude Péloquin orne les murs du Grand Théâtre de Québec depuis maintenant 46 ans. Les mots incrustés dans la murale monumentale de Jordi Bonet nous froissent et nous émeuvent encore. C’est aussi l’une des œuvres les plus marquantes à avoir été créées dans le cadre de la loi sur l’embellissement des édifices publics, l’ancêtre du Décret 955-56 tel qu’on l’applique aujourd’hui. La genèse de la Politique d’intégration des arts à l’architecture remonte à 1961. À l’époque, le ministère des Travaux publics (aujourd’hui appelé Société québécoise des infrastructures) avait pour mandat d’enjoliver les bâtiments exclusivement financés par les fonds publics. Depuis 1981, la mesure s’applique à tous les ministères constructeurs et aux compagnies privées qui bénéficient d’une subvention gouvernementale pour la construction d’un édifice ou de l’aménagement d’une place publique d’une valeur de plus de 150 000$. Dans le jargon, dans le langage populaire, on appelle ça «la politique du 1%» – en référence au pourcentage du budget prévisionnel octroyé à la fabrication d’une œuvre d’art. C’est ainsi que le duo Cooke-Sasseville a profité d’une enveloppe de 1,12M$ pour son spectaculaire monument boulonné face au Centre Vidéotron. Deux cervidés qui défient les lois de la gravité, une image à la fois humoristique et poétique, séduisante même, et l’objet d’une couverture médiatique exceptionnelle dans la Capitale. À Québec, l’art contemporain a tué la une dans la foulée de l’inauguration de la place Jean-Béliveau! Selon
Sasseville, cet intérêt sans précédent des journalistes généralistes s’explique par deux facteurs: le hockey et l’argent. «L’histoire du Centre Vidéotron a tellement déjà fait couler d’encre… Il y a l’aspect du retour des Nordiques. Ç’a l’air de rien, mais on en parle depuis quasiment 10 ans à Québec! Il y a comme un rapport émotif avec ce site-là, quelque chose qu’on ne voit pas ailleurs. En plus, il y a le budget [de l’amphithéâtre] qui est monstrueux. Dans la plupart des entrevues qu’on a faites, au final, on ne parlait pas tellement de contenu ou de création. Ça portait beaucoup sur l’aspect financier et technique, le transport, les déplacements de ces objets-là, l’installation.» Pour en arriver là, Pierre et son acolyte JeanFrançois devaient tirer leur épingle du jeu, se dé marquer des 45 autres artistes (en solo ou en groupe) qui participaient eux aussi au concours. La Rencontre est, à plusieurs égards, un cas particulier: c’est la plus grande sculpture de bronze au Canada, un projet très onéreux, et c’est aussi le fruit d’un appel d’offres public. Souvent, lorsque le coût de cons truction est plus modeste, les décideurs de la Politique d’intégration des arts à l’architecture puisent à même le Fichier des artistes – un genre de bottin regroupant des plasticiens de tous les médiums et les régions de la province. Tout artiste professionnel a le droit de s’y inscrire. Dans les coulisses Le comité de sélection de tout 1% se compose de quatre à six personnes, selon le budget. Règle générale, pour les projets de moins de 2M$, c’est un représentant du propriétaire, l’architecte,
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LA RENCONTRE, DE COOKE-SASSEVILLE PHOTO / CHARLES-FRÉDÉRICK OUELLET
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un spécialiste de l’art (souvent lui-même créateur) et un représentant du ministère qui se réunissent autour d’une même table. Ils délibéreront de manière démocratique, comme l’illustre Josée Boulet, relationniste de presse au ministère de la Culture et des Communications. «Le comité décide de façon consensuelle du choix de l’œuvre d’art. Tous les membres peuvent exprimer leur désaccord et personne n’a de droit de veto.» Andy St-Pierre, architecte de la firme ABCP, a siégé à l’un de ces jurys. Il nous en dévoile le modus operandi détaillé, tel qu’il s’en souvient. «Pour l’école la Myriade à Val-Bélair, on a décidé qu’on voulait une œuvre extérieure. […] Puis, on voulait une œuvre 3D. Après cette première rencontre-là, la personne du ministère et le spécialiste vont faire une présélection.» La 3e réunion est donc cruciale puisque le quatuor sera amené à faire un tri, à passer tous les candidats en revue. «La personne du ministère nous présente les portfolios, quelques exemples, et nous, on note selon nos critères pré établis. Dans ce cas-ci, on voulait que l’œuvre soit haute et sécuritaire.» Trois finalistes ont ainsi été sélectionnés, de même que deux remplaçants au cas où l’un d’eux manquerait de temps. Ceux qui plongent dans la seconde ronde se voient remettre
un document de deux ou trois pages avec les infos de base (budget, superficie et hauteur maximales), de même qu’un résumé des décisions prises en consultation. «On leur donne les barèmes, on leur communique nos attentes en termes de critères: durabilité, couleurs, etc. Est-ce que c’est une œuvre qui éclaire? Qui éclaire pas? Tout ça.» Avec ces quelques consignes en poche, les élus s’affairent à produire une maquette (l’exacte réplique de l’œuvre), un devis technique et une lettre d’intention. Le quatrième et ultime rendez-vous du comité sera déterminant pour eux. C’est là que les artistes sauront si leur idée se matérialisera. «Ils ont à peu près une demi-heure pour présenter [leur projet] et ils déposent un échéancier pour qu’on puisse voir si c’est plausible. Après ça, […] on délibère dans l’après-midi.» L’art est partout Station Parc, quartier Villeray à Montréal. Un papillon de soie, de cristaux liquides et d’acrylique flotte au-dessus de nos têtes: la Métamorphose d’Icare. L’installation, signée Claire Sarrasin, impose un instant de contemplation dans la course de tous les jours. Au Centre hospitalier régional de TroisRivières, dans le pavillon Sainte-Marie, le soleil
LA MÉTAMORPHOSE D’ICARE, DE CLAIRE SARRASIN PHOTO / ANTOINE BORDELEAU
transperce un vitrail de Marcelle Ferron et réchauffe la peau des malades, des poupons et de leurs mamans depuis 1991. Un secret bien gardé comme la sculpture de Ludovic Boney au campus de l’Université de Sherbrooke, la peinture de Jean-Paul Mousseau au Palais de justice de Drummondville. Le généreux corpus de la Politique d’intégration des arts à l’architecture nous surprend au détour d’immeubles parfois mornes et beiges, des endroits qui ne sont que très rarement voués à la diffusion de la culture. L’historienne de l’art Marie Perreault a travaillé au ministère de la Culture et des Communications pendant 12 ans, jusqu’en 2009. L’une de ses tâches était notamment d’établir une méthodologie pour répertorier tous ces trésors. Elle en a vu de toutes les couleurs! «La façon dont ces milieux-là s’approprient l’œuvre varie beaucoup. Des fois, j’arrivais et je disais: “Ah! vous avez une œuvre d’art dans telle ou telle pièce de votre institution” et personne ne savait de quoi je parlais. Ça dépend des fois. Ça, c’était les cas catastrophiques.» À l’opposé, elle a rencontré des gens qui chérissaient cet héritage. Il lui est même arrivé de visiter un établissement scolaire qui utilisait son proverbial 1% comme outil pédagogique. «Une fois, j’étais
dans le fond de l’Abitibi, dans une petite école primaire… Ils ont reçu des dessins encadrés il y a 25 ans et là je me dis: “Oh my God, qu’est-ce qu’ils ont fait avec ça?”. […] Ils avaient trois grandes gravures encadrées, c’était des gravures de la grandeur d’une porte qui étaient dans leur hall d’entrée, parfaitement encadrées, les dessins et les vitres impeccables, époussetées régulièrement. Ils faisaient leur programme d’éducation à l’art à partir de cette illustration-là.» Ce n’est pas parce qu’une œuvre a coûté cher qu’elle marquera les esprits, qu’elle traversera le temps. Ce qui fait sa qualité, selon Mme Perrault, c’est sa réception. «[Elle] est vraiment tributaire de l’amour qu’on lui porte. Il y a des milieux où ça colle tellement à leur réalité qu’ils vont se le passer comme un legs.» Les proverbiaux 1% sont presque toujours un phare, une fenêtre qui s’ouvre sur les pratiques contemporaines ou modernes dans ces régions qui n’abritent pas de musée, de galerie. C’est l’art qui vient à nous, qui sort des murs, et qui vient égayer la vie d’absolument tous les Québécois – sans exception. La Politique d’intégration des arts à l’architecture est un acte de démocratisation exceptionnel que l’on doit à une poignée de dirigeants visionnaires. Suffit maintenant d’ouvrir l’œil. y
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ALEXANDRE TAILLEFER DE LA MAIN GAUCHE
COUCOU Quand nous avons amené Thomas à l’urgence un après-midi de mai 2015, parce qu’il faisait une crise et que sa condition nous inquiétait, le psychiatre n’était pas disponible avant le lendemain matin. L’amener là n’avait pas été de tout repos. Nous avons dû solliciter l’aide des ambulanciers. Pas question de recommencer tous ces efforts le lendemain, il resterait à l’urgence pour la nuit. Lorsqu’il nous a vus revenir le matin, il était si heureux de nous voir. Il avait passé la nuit dans une salle d’isolement comme on en retrouve dans toutes les urgences du Québec. Six lits. Cinq cas lourds. Et Thomas du haut de ses 13 ans. Après une consultation sommaire où le psychiatre a diagnostiqué de la surdouance et de l’épuisement puis lui a prescrit des médicaments pour mieux dormir, nous sommes repartis tous les trois, Debbie, Thomas et moi, et nous nous sommes arrêtés, à sa demande, manger un petit poulet barbecue. Son appétit nous a remplis de joie. Ses yeux, pareils à ceux que l’on voit chez des chiens qui ont passé la nuit à la fourrière, nous remerciaient de l’avoir libéré. «Papa, tu aurais dû voir les gens dans la chambre, des méchants coucous.» Vous connaissez la suite. Thomas s’est enlevé la vie le 6 décembre 2015. Quand on perd un enfant par suicide, la vie n’est plus jamais la même. Plusieurs tombent dans la spirale infernale de la culpabilité. C’est l’une des premières choses que nous apprennent les spécialistes qui accompagnent les personnes endeuillées. Debbie et moi avons aussi reçu un soutien incroyable de la part de nos proches, de la part de la cité au complet en fait. Je n’ai pu m’empêcher de penser à tous ces proches du millier d’autres suicidés qui se sont enlevé la vie cette année-là. Étaientils aussi bien soutenus que nous? J’ai enfoui le sentiment de culpabilité et l’ai remplacé par une volonté profonde d’améliorer les choses. J’ai ciblé quelques projets où je sentais que
je pouvais faire une différence. En discuter publiquement et ouvertement est l’un d’eux. Je réfléchissais à un geste qui pourrait avoir beaucoup d’impact quand Jean-Philippe Dion, des Productions Déferlantes, celles-là mêmes qui produisent la populaire émission La Voix, est venu me rencontrer pour me proposer de travailler sur un documentaire concernant la cyberdépendance. J’ai accepté de le faire à deux conditions: que le documentaire ne repose pas sur l’histoire de Thomas, c’est trop personnel et trop dur à porter, et qu’il ait de l’impact. Quand Radio-Canada nous a proposé de diffuser Bye à heure de grande écoute, j’ai mis de côté toutes mes hésitations et suis embarqué corps et âme dans le projet, entouré d’une équipe concernée, sérieuse et dévouée. Même si Thomas y est beaucoup plus présent que je ne le souhaitais au départ, même si la date de diffusion tombe la veille de l’anniversaire de son suicide, j’ai compris que personnifier le combat contribuait à le rendre plus efficace. Ce que j’ai constaté est inquiétant. La santé mentale est bien malade. Les aberrations nécessiteraient des dizaines de chroniques. Nous sous-investissons de façon très inquiétante dans la santé de notre population. Les organismes communautaires jouent un rôle central parce que l’État s’y est désintéressé. C’est à coût de collectes de fonds perpétuelles que l’on tient un système en place. Nous n’attribuons qu’un maigre 2% de notre budget santé à la santé mentale. C’est ridicule. Et ce qui est en place est difficile d’accès. Le système manque cruellement d’un guichet unique. Qui contacter quand un proche nous inquiète ou que l’on ressent soi-même un mal à l’âme? Et une fois la bonne porte repérée, les délais sont longs, très longs. Des mois, voire des années, avant d’avoir accès à des ressources couvertes par notre système de santé, quand elles le sont. Il est pourtant démontré que l’accès facile et gratuit à un système de santé mentale de qualité constitue l’un des meilleurs investissements qu’une société puisse faire. L’Angleterre, parmi tant d’autres, a mis
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en place l’IAPT (Improving Access to Psychological Therapies), une combinaison d’outils numériques et de séances de thérapie en personne. Ce programme accompagne la population anglaise qui souffre de crises d’anxiété ou de dépression. Le programme mis en place depuis 10 ans a permis de démontrer hors de tout doute que les impacts positifs allaient bien au-delà des conséquences directes reliées à la santé mentale. Leur approche a permis de réduire massivement les coûts du système curatif. Nous sommes tous si fiers de nous entraîner, d’aller au gym; vivement cette même fierté pour l’entraînement mental. Vivement le même réflexe pour notre âme que pour notre corps: «Je me suis claqué le quad hier, je vais prendre ça relax quelques jours avant de reprendre les squats.» Maintenant, quand je me lève le matin, déprimé, parce que ces journées existent aussi pour moi, je me fais un devoir de le dire autour de moi, quitte à passer pour un faible. «Ça ne file pas fort aujourd’hui, je vais rester à la maison ce matin.» Je me glisse dans un bain chaud et j’attends que ça passe. Je sais que ma tête me
JAMES FRANCO
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joue des tours. J’ai confiance que mon état naturel reviendra, comme mon quadriceps. Et si ça persiste, je consulte. Quand je repense à cette phrase de Thomas, «des méchants coucous», je ne peux m’empêcher de penser qu’il a probablement cru à ce moment que s’il nous parlait de ses états d’âme, s’il évoquait les idées noires qui le hantaient, la conséquence serait qu’il retournerait rejoindre ces oiseaux de malheur dans leur cage. Ça lui a fait terriblement peur. Le travail à faire est profond pour changer le rapport que notre société entretient avec la maladie mentale. Il part d’aussi loin que du langage que nous utilisons dans les médias, les écoles, les films, partout. Et dans l’approche que nous adopterons pour accueillir avec tact et dignité ceux qui en souffrent. Quand on pense santé mentale, on voit trop rapidement salle d’isolement, ceinture de contention, murs capitonnés. C’est tout ce lourd héritage qu’il faut reconstruire, pièce par pièce, oisillon par oisillon. y
DAVE FRANCO
VERSION ORIGINALE ANGLAISE «Du pure génie. Un hommage à ceux qui rêvent si grand et qui tombent de façon si spectaculaire… qu’ils en triomphent.» New York Magazine
«Vraiment drôle. Une comédie hilarante sur la création de The Room, célèbre pire film de l’histoire.» RogerEbert.com
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AU CINÉMA
SETH ROGEN
QUOI FAIRE
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PHOTO | SÉBASTIEN TACHERON
MUSIQUE
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ANONYMUS PETIT CAFÉ CAMPUS – 23 DÉCEMBRE
Formation emblématique du heavy métal québécois, Anonymus revisite son principal album classique Stress dans le cadre de son 20e anniversaire. Contenant les puissantes Un poing c’est tout, Un pied dans la tombe et Sous pression, ce deuxième album paru en 1997 est le plus prisé des fans du groupe. En ouverture, BornBroken, Dark Century et Nova Spei seront de la partie.
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D E P U I S
NEW CONSTELLATIONS L’ASTRAL – 8 DÉCEMBRE
La tournée de musique et d’arts New Constellations rassemble des artistes autochtones en ascension ainsi que des artistes non autochtones canadiens connus du grand public. L’arrêt montréalais est prometteur, avec des invités comme Elisapie, Sam Roberts, Stars, Lido Pimienta (gagnante du prix Polaris 2017) et Jason Collett.
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L’art de plaire
LES PETITES TOUNES THÉÂTRE CORONA VIRGIN MOBILE – 30 DÉCEMBRE
Après plus de 20 ans de carrière, la réputation des Petites tounes n’est plus à faire. Le spectacle du quatuor est un rendez-vous familial immanquable. En ce temps des fêtes, le sympathique groupe, qui a remporté un Félix en 2011 et qui a plusieurs albums sous la cravate, propose un concert pour les enfants. Belle sortie familiale en vue!
TIRE LE COYOTE CABARET LA TULIPE – 14 (COMPLET) ET 15 DÉCEMBRE
Bénéficiant d’un succès bien mérité sur la scène locale depuis la parution de son éminent quatrième album Désherbage, qu’il a décrit comme son «plus dur à pondre» jusqu’à maintenant, Tire le coyote viendra réchauffer le cœur des Montréalais avec deux spectacles au cabaret La Tulipe, dont le premier à guichets fermés. >
PHOTO | GUILLAUME D. CYR
B e r ri- UQA M
parchemin.ca
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PHOTO | ANTOINE BORDELEAU
Ici vous trouverez de superbes pièces de viande prêtes à servir ou marinées mais aussi une grande épicerie regorgeant de toutes sortes de délices!
KLÔ PELGAG CLUB SODA – 15 DÉCEMBRE
PHOTO | JESSIE MCCALL
Quelle année pour la chanteuse et compositrice! Après un concert orchestral époustouflant aux FrancoFolies de Montréal en juin, Klô Pelgag a remporté quelques prix Félix au dernier gala de l’ADISQ, dont le convoité Auteur ou compositeur de l’année. La revoici en ville pour présenter à nouveau son fabuleux album L’étoile thoracique.
LEIF VOLLEBEKK LE NATIONAL – 9 DÉCEMBRE
MARCHÉ JEAN-TALON
158, place du Marché-du-Nord Montréal — Petite-Patrie, QC 514 276-1345
Le chanteur et musicien clôt une belle année avec un concert chez lui après avoir sorti un album fort bien reçu en février, Twin Solitudes. Avec l’hiver et le froid qui s’installent à nouveau tranquillement, son interprétation pleine de sensibilité et ses musiques à la fois puissantes et émouvantes sont le parfait accompagnement.
HOMMAGE À LHASA: LA ROUTE CHANTE – LES 20 ANS DE LA LLORONA MTELUS - LE 16 DÉCEMBRE
APPELLE-MOI PAR TON NOM EN SALLE LE 22 DÉCEMBRE
CHAMPAGNE, CHARLOTTE ET CRINOLINE: NOËL VICTORIEN CHEZ LES CARTIER LIEU HISTORIQUE NATIONAL DE SIR-GEORGE-
Audiogram, Opak et le FIJM présentent le spectacle Hommage à Lhasa: La route chante – Les 20 ans de La Llorona. Les musiciens de la tournée de cet albumculte seront réunis pour la première fois en 15 ans, en plus d’invités de marque. Mise en scène: Emilie Laforest.
Elio, 17 ans, profite de vacances indolentes à la villa italienne de ses parents intellectuels. Son père y accueille un étudiant universitaire américain, Oliver, pour un stage d’été. Cette nouvelle présence créera un émoi chez les deux jeunes hommes qui mènera à une relation passionnelle et marquante.
DANS LA SOLITUDE DES CHAMPS DE COTON
LNI | SAISON DE LA COUPE CHARADE 2018
MARCHÉ DE NOËL ALLEMAND DE QUÉBEC
USINE C
CLUB SODA - DU 19 FÉVRIER AU 3 JUIN 2018
HÔTEL DE VILLE DE QUÉBEC
DU 23 JANVIER AU 10 FÉVRIER 2018
Au cœur de la nuit, un dealer et un client se font face. Brigitte Haentjens renoue avec la plume acérée de Koltès dans ce duel entre deux acteurs d’exception: Hugues Frenette et Sébastien Ricard.
ÉTIENNE-CARTIER , PARCS CANADA DU 2 AU 31 DÉCEMBRE
Envie d’être tendance à Noël? Découvrez combien les modes de 1867 le sont encore 150 ans après! Dans un élégant décor Victorien, sapin de table, cartes de souhaits faites à la main, et l’incontournable champagne sauront vous inspirer!
DU 23 NOVEMBRE AU 23 DÉCEMBRE 2017
La Ligue nationale d’improvisation (LNI) a 40 ans! Les matchs sont de retour pour une saison complète au Club Soda, du 19 février au 3 juin 2018: 5 équipes s’affronteront au cours de 20 matchs, incluant le traditionnel Match jeunesse, l’incontournable Match des étoiles, les demi-finales et la grande finale de la Coupe Charade.
Le Marché de Noël allemand de Québec fête ses 10 ans! Européen à souhait… et GRATUIT! Le Marché de Noël allemand ouvre ses portes pour une 10e année consécutive. Du 23 novembre au 23 décembre 2017, venez vivre la féérie à l’européenne à son meilleur dans le décor unique de la ville de Québec.
62 QUOI FAIRE VOIR MTL
VO2 #12
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PIERRE KWENDERS ET KATIE MOORE GESÙ – 14 DÉCEMBRE
Dans la foulée de l’exposition en hommage à Cohen présentée au MACM, une série de cinq concerts uniques sera présentée à Montréal. Après la relecture d’I’m Your Man faite par Little Scream, Martha Wainwright et Thus Owls, au tour de Katie Moore et Pierre Kwenders de joindre leurs voix pour reprendre en version intégrale un autre classique de Cohen: New Skin for the Old Ceremony.
SHAMIR LE BELMONT – 10 DÉCEMBRE
L’auteur-compositeur-interprète Shamir est sur une belle lancée depuis la sortie de son premier album studio Ratchet, un brillant mélange d’électro, de R&B et de disco paru en mai 2015 sous XL Recordings. Maintenant signé sous Father/Daughter Records, l’artiste originaire de Las Vegas viendra à Montréal présenter les pièces de son troisième opus Revelations.
CHOCOLAT L’ESCO – 7 ET 8 DÉCEMBRE
Fort de sa victoire au dernier Gala de l’ADISQ dans la catégorie de l’album rock de l’année, Chocolat poursuit sa tournée québécoise à Montréal. Toujours aussi imprévisible sur scène, la bande à Jimmy Hunt se produira une énième fois à l’Esco, bar qu’il considère comme son quartier général. Le groupe montréalais Fountain le précédera le 7 novembre, à l’instar de Slight le lendemain. >
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SIBYLLINES
QUOI FAIRE 65
SCÈNE
VOIR MTL
VO2 #12
12 / 2O17
WOULD THÉÂTRE LA CHAPELLE – 11 AU 15 DÉCEMBRE
Peut-on s’empêcher de se projeter dans l’avenir? En pleine lutte existentielle sur scène, Marc Boivin et Kate Holden illustrent ce questionnement sur la possibilité et la spéculation dans un beau duo dansé, qui a remporté en 2015 le Prix du CALQ pour la meilleure œuvre chorégraphique des Prix de la danse de Montréal.
PATINOIRE LA TOHU –19 DÉCEMBRE AU 6 JANVIER
Patrick Léonard, l’un des cofondateurs des 7 Doigts de la main, nous propose un solo qu’il joue, a co-mis en scène et dont il a signé la composition musicale. Entre numéros d’équilibre, de clown et de cascades, l’artiste est prêt à tout pour être aimé. Un joli spectacle familial qui mêle musique, théâtre et arts du cirque, avec toute la virtuosité de la célèbre compagnie.
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CHARCUTERIE
66 QUOI FAIRE VOIR MTL
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LES ENIVRÉS THÉÂTRE PROSPERO – JUSQU’AU 16 DÉCEMBRE
Durant une nuit alcoolisée, les questionnements existentiels remontent à la surface. L’amour, le rapport aux autres, la vie... Une belle distribution de 10 comédiens (dont Maxime Denommée et Paul Ahmarani) dirigée par Florent Siaud, d’après une traduction des textes d’Ivan Viripaev.
VENDRE OU RÉNOVER CENTRE DU THÉÂTRE D’AUJOURD’HUI – 13 ET 14 DÉCEMBRE
Quatre duos de comédiens s’affrontent chaque soir pour démontrer leur point devant huit juges critiques ou directeurs artistiques. Faut-il s’affranchir des classiques et mettre en avant la création, ou au contraire continuer à monter le répertoire? Une joute verbale et théâtrale autour de l’amour des mots.
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FOIRÉE MONTRÉALAISE LA LICORNE – JUSQU’AU 22 DÉCEMBRE
Une soirée du temps des fêtes pour célébrer la parole, produite cette fois par Théâtre Urbi et Orbi. Chaque année, un arrondissement de Montréal est mis à l’honneur, et c’est au tour de Saint-Laurent pour 2017. Poèmes, chansons, textes en tous genres se succéderont, portés par 10 comédiens. >
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CINÉMA
68 STAR WARS – THE LAST JEDI EN SALLE LE 15 DÉCEMBRE
Dans ce deuxième opus de la plus récente trilogie de la saga intergalactique de Star Wars, nous retrouverons enfin un des personnages les plus importants de la série originelle: Luke Skywalker. Ce dernier devra apprendre à la jeune Rey à se servir de la force pour combattre Kylo Ren et l’armée redoutable du Nouvel Ordre, nouvelle faction analogue à l’Empire des premiers films.
PHANTOM THREAD EN SALLE LE 25 DÉCEMBRE
Dans le Londres glamour des années 1950, le célèbre couturier Reynold Woodcock et sa sœur Cyril sont au cœur de la mode britannique, habillant la famille royale, les stars de cinéma, les héritières, les mondains et les dames dans le style reconnaissable de la Maison Woodcock. Les femmes défilent dans la vie de Woodcock, apportant à ce célibataire endurci inspiration et compagnie, jusqu’au jour où il rencontre Alma, une jeune femme au caractère fort qui deviendra rapidement sa muse et son amante. Celui qui contrôlait et planifiait sa vie au millimètre près se voit bouleversé par l’amour.
TADOUSSAC EN SALLE LE 1ER DÉCEMBRE
N’en pouvant plus de la ville, Chloé s’enfuit de son appartement montréalais. Prenant la route sur le pouce, la jeune fille de 18 ans finira par se ramasser à Tadoussac. Travaillant dans une auberge de jeunesse en échange d’une chambre, comme nombre d’autres voyageurs de passage, elle cherchera également secrètement à rencontrer quelqu’un. >
STAR WARS – THE LAST JEDI
DU 23 NOVEMBRE AU 23 DÉCEMBRE 2017 LE VIEUX-QUÉBEC SE TRANSFORME EN AUTHENTIQUE MARCHÉ DE NOËL ALLEMAND noelallemandquebec.com
Présenté par :
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THE DISASTER ARTIST EN SALLE LE 8 DÉCEMBRE
The Room, de Tommy Wiseau, est reconnu comme étant l’un des pires films de l’histoire du cinéma américain. Dans The Disaster Artist, les frères Franco explorent la genèse de ce projet loufoque, en se basant sur le livre du même nom, écrit par un des acteurs du premier film. Tout comme Wiseau a été réalisateur et vedette de The Room, James Franco assume ici ces deux rôles.
THE SHAPE OF WATER EN SALLE LE 8 DÉCEMBRE
C’est avec comme toile de fond l’Amérique en pleine guerre froide que Guillermo del Toro présente ici une nouvelle fable étrange. Dans un laboratoire top secret du gouvernement, une femme esseulée du nom d’Elisa découvrira avec une de ses collègues une étrange créature mi-homme, mi-poisson sur laquelle les scientifiques font des expériences. Une forte émotion les liera rapidement, et chamboulera toute la vie rangée de cette simple femme de ménage. >
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DOWNSIZING EN SALLE LE 22 DÉCEMBRE
Dans cette satire sociale mettant en vedette Matt Damon et Christoph Waltz, un ergothérapeute sympathique se laissera tenter par une nouvelle procédure révolutionnaire, le «downsizing». Réduisant les humains à une taille d’environ 10 centimètres, ce procédé a pour but de sauver la planète en générant moins de déchets humains tout en offrant à ceux prêts à le subir une qualité de vie renouvelée. <
QUOI FAIRE 73 VOIR MTL
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ARTS VISUELS
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MONDES ONIRIQUES CENTRE PHI – JUSQU’AU 16 DÉCEMBRE
De la réalité virtuelle à l’intelligence artificielle, les nouvelles technologies sont à l’honneur durant l’exposition Mondes oniriques, troisième partie de la série Sensory Stories. Y sont présentées 12 œuvres, qui invitent notamment les visiteurs «à déambuler dans l’espace, à habiter le corps d’une autre personne, à voler comme un oiseau ou à explorer des lieux secrets».
WRK N PRGRSS MAI (MONTRÉAL, ARTS INTERCULTURELS 8 ET 9 DÉCEMBRE
La vitrine multidisciplinaire WRK N PRGRSS regroupe une douzaine de propositions scéniques, notamment des performances expérimentales et de la peinture en direct. Prenant la forme d’un showcase, l’événement est signé par PlayShed, «une compagnie réputée pour son théâtre désinhibé» et qui se distingue en traitant «de sujets hors-norme dans une perspective humaniste». THE ISLAND OF THE COLORBLIND, PAR SANNE DE WILDE. PRODUIT PAR IDFA ET BRAKKE GROND, PAYS-BAS (2016)
(HAUT) GABOR SZILASI, LE VERNISSAGE DE CLAUDE TOUSIGNANT À LA GALERIE SHERBROOKE, MONTRÉAL, MAI 1969, TIRAGE ARGENTIQUE (2017), COLLECTION DE L’ARTISTE (BAS) GABOR SZILASI, IRENE F. WHITTOME ET GUIDO MOLINARI AU VERNISSAGE DE L’EXPOSITION D’IRENE F. WHITTOME À LA GALERIE MARTAL, MONTRÉAL, OCTOBRE 1973, ÉPREUVE À LA GÉLATINE ARGENTIQUE (2017), COLLECTION DE L’ARTISTE
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GABOR SZILASI MUSÉE MCCORD – 8 DÉCEMBRE 2017 AU 8 AVRIL 2018
Originaire de Budapest, le photographe d’adoption québécoise Gabor Szilasi a exploré tout au long de sa faste carrière un style documentaire spontané immortalisant «des visages, des lieux et l’effervescence de la scène artistique montréalaise à une époque de bouleversements sociaux et culturels». Maintenant âgé de 89 ans, l’artiste réputé profitera d’une exposition regroupant plusieurs de ses photographies inédites.
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