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Magazine Voir Québec V02 #04 | Avril 2017

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QUÉBEC VO2 #O4 | AVRIL 2O17 ABBA SAMUELE DAMIEN ROBITAILLE VENIR AU MONDE JULIEN LACROIX L’ART DE LA CHUTE FRANTZ DALIDA C’EST LE CŒUR QUI MEURT EN DERNIER PATRICK DOYON POKE MAGNUS NILSSON

L'ART DE LA DRAG Abonnement 12 numéros: 59$ + tx voir.ca/abonnement


V

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O2 O4 QUÉBEC | AVRIL 2017

RÉDACTION

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Rédacteur en chef national: Simon Jodoin Coordonnatrice à la rédaction et journaliste: Catherine Genest Rédactrice en chef adjointe et chef de section musique: Valérie Thérien Chef des sections restos, mode de vie et gastronomie: Marie Pâris Journaliste actualité culturelle: Olivier Boisvert-Magnen Coordonnatrice des contenus: Alicia Beauchemin

Directeur des ventes: Jean Paquette Adjointe aux ventes: Karyne Dutremble Directrices de comptes: Lucie Bernier, Suzie Plante

PHOTO COUVERTURE Maxyme G. Delisle | leconsulat.ca

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Caroline Décoste, Patrick Baillargeon, Ralph Boncy, Réjean Beaucage, Christine Fortier, Monique Giroux, Mickaël Bergeron, Céline Gobert, Nicolas Gendron, Normand Baillargeon, Jérémie Laniel, Héloïse Leclerc, Alexandre Taillefer, Eric Godin

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ÉTAT DES LIEUX D'UNE SCÈNE QUI SE DÉCLOISONNE, D'UNE FORME D'ART À PART ENTIÈRE DÉPOUSSIÉRÉE PAR UNE NOUVELLE GÉNÉRATION AMBITIEUSE. Photo | Maxyme G. Delisle (Consulat) Maquillage | Barbada & Tracy Trash Assistante | Mélanie Guertin Production | Éliane Sauvé (Consulat)

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20

SCÈNE

Venir au monde Julien Lacroix L’art de la chute

MUSIQUE

ABBA Samuele Damien Robitaille

34

CINÉMA

44

ART DE VIVRE

58

LIVRES

62

ARTS VISUELS

68

QUOI FAIRE

Frantz Dalida C’est le cœur qui meurt en dernier

Poke Magnus Nilsson

Replay Le poids de la lumière Montréal-Mirabel: Lignes de séparation

Patrick Doyon

CHRONIQUES

Simon Jodoin (p6) Mickaël Bergeron (p18) Monique Giroux (p32) Normand Baillargeon (p42) Alexandre Taillefer (p66)


6 CHRONIQUE VOIR QC

VO2 #O4

O4 / 2O17

SIMON JODOIN THÉOLOGIE MÉDIATIQUE

MON AMI BONIN Mon ami Bonin, c’est peut-être votre ami à vous aussi. Je veux dire... Peut-être qu’il est votre ami Facebook. Tout le monde ou presque le connaît. Il y a sept ans, en 2010, il a commencé à faire des vidéos sur Facebook et YouTube dans lesquels il «pétait sa coche». Il criait, vociférait sur tous les sujets, avec une énergie peu commune. Du charme aussi. Il a fait la pluie et le beau temps. L’air de rien, avec son téléphone, il s’est taillé un auditoire de plus de 150 000 personnes. Un public fidèle avec qui il interagissait quotidiennement, tout seul, comme un con. En 2013, je le rencontrais pour la première fois. Je lui avais offert un blogue au Voir. Ça n’a pas duré. Il a ensuite continué sa route, en solo sur Facebook et, un peu plus tard, comme protagoniste d’une émission à MusiquePlus. Vous ne connaissez pas Bonin? C’est possible. Mais je vous jure, il suffit de marcher quelques minutes avec lui pour prendre la mesure du phénomène qu’il est devenu. C’est la totale. Pas moyen de faire trois pas sans se faire arrêter par un jeune branché qui veut obtenir un selfie en sa compagnie. Des gens en voiture crient «BONIN!» par les fenêtres en nous croisant. C’est comme ça tout le temps. Mon ami Bonin, c’est une vedette du web. Un type qui, à 20 ans, s’est ramassé sur une scène grande comme son téléphone portable. De n’importe où, à n’importe quel moment, il pouvait rejoindre son auditoire en quelques secondes. Un auditoire plus grand que la vaste majorité des shows télé. Comme je vous disais, avec le temps, c’est devenu mon ami. C’est un chic type que j’aime pour vrai. Un peu intense, mais jamais faux. Je préfère l’intensité de la vérité à la tiédeur de l’imposture. Mon ami Bonin, c’est un vrai. C’est sans doute ce qui lui a valu ce succès sur le web. Un succès qui l’a rongé à petit feu. Il y a un an, vidé, épuisé, en burn-out, il est rentré d’urgence à l’hôpital. Il était en train de devenir fou, complètement paniqué. On lui a donné un diagnostic – bipolaire machin puissance cosmos – et 12 boîtes de pilules. Il a tout raconté ça dans un livre qu’il vient tout juste de publier: Péter sa

coche: journal d’une vie sauvée. Je ne l’ai pas lu. Bonin, c’est mon ami, je n’ai pas besoin de lire son livre. J’aime mieux jaser avec lui. Il nous est arrivé avec cette idée, à moi et d’autres amis, un matin, après être passé par tous les labyrinthes du système de santé: «Je vais écrire un livre!» Vous dire comment nous avons rigolé. Bonin? Un livre? Dude... C’est souvent comme ça entre nous. On le connaît bien quand il est sur un high. Quelque part, en se moquant de lui pour limiter un peu ses ardeurs, c’est un peu comme si nous voulions le protéger du down qui se pointera inévitablement le lendemain. Sauf que voilà, le Bonin d’Amérique est un animal étonnant... Deux mois plus tard, il l’avait son livre, de la première à la dernière page... Il cherchait un titre et un éditeur. Bien fait pour nos gueules. Depuis la parution de son récit, il ne pète plus sa coche sur le web. Il se fait discret. Il passe le temps comme il peut, chez ses parents, en convalescence. Il boit du thé le matin, il marche l’après-midi et il joue avec son petit frère en soirée. En cessant de crier publiquement, Bonin continue pourtant de nous parler. Son silence thérapeutique raconte un peu une facette de notre époque: en ne disant rien, il signifie qu’il est là, quelque part, bien vivant, en chair et en os, indépendamment du réseau auquel nous sommes tous branchés en temps réel, comme des fous furieux. «L’autre jour, qu’il me raconte, il m’est arrivé quelque chose de drôle dans un bar. Spontanément, j’ai sorti mon téléphone. Ça aurait fait un bon post sur Facebook! Et je l’ai rangé. Je me suis dit que je n’avais pas besoin de documenter ce moment, qu’il suffisait de le vivre.» «Documenter»... C’est le mot qu’il utilise pour parler d’une sorte de dépendance qui l’habite. Comme si sa vie consistait à appuyer constamment son existence sur des documents: quelques mots, une photo, une vidéo, autant de pièces qu’il fournissait à la foule d’abonnés qui le suit sur sa page Facebook.

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— Dis-moi, Bonin, je vais te poser une question facile: t’es qui? Il cesse de parler quelques secondes. Silence. Je ne dis pas un mot. Lui non plus. Il reprend. «J’en sais rien. C’est triste, hein? J’ai le moton, là... C’est fou, hein? En fait, j’ai l’impression d’être une grosse page Facebook. Je suis juste un dude suivi par 150 000 personnes. C’est ça, mon identité. Elle se définit par le nombre de personnes qui me suivent. Mon seul cadre pour m’identifier comme personne repose sur des trucs qui sont sur un serveur quelque part en Californie, je ne sais pas où. En dehors de ça, je ne sais pas qui je suis.» Il me raconte, pour son émission de télévision, qu’il avait eu la même impression. Qu’on ne l’avait pas engagé parce qu’il était bon ou talentueux, mais bien parce qu’il était suivi par 150 000 personnes. C’est ça, «Bonin»... C’est 150 000 personnes qu’il ne connaît pas. «Ces personnes-là, elles ne sont pas dans ma tête. J’ai plutôt l’impression d’avoir un stade olympique dans ma poche. Je sors mon téléphone, et j’ai un stade rempli devant moi. Je peux faire une niaiserie et j’obtiens une attention immédiate. C’est devenu une drogue. Un moment donné, tu le fais carrément pour les chiffres,

parce que justement, c’est le chiffre qui te définit. C’est ça que tu es. Tu as une montée d’adrénaline, tu veux 5000 likes en 20 minutes. Et si ça ne marche pas, ben tu n’es plus personne.» Il y a quelques semaines, après la parution de son livre, mon ami Bonin nous est arrivé un bon matin avec une autre trouvaille de son cru. Il allait monter l’Everest. Il était sérieux. Crinqué comme une mitraillette. Vous dire, encore, comment nous avons rigolé. Bonin, mon ami, tu ne pourrais pas commencer par monter le mont Royal, une fois? Ou le mont Saint-Bruno? Il nous a trouvé très cons, mais il s’est quand même acheté un sac à dos et tout le kit, sans tenir compte de nos moqueries. Il a abandonné l’idée d’escalader le sommet du monde, mais il s’en va marcher sur les sentiers de Compostelle, complètement débranché. Soixante jours. «Ce n’est pas un défi physique, qu’il m’explique. Je sais que je peux marcher. C’est plus dans ma tête qu’il y a un défi... Jusqu’où je peux me rendre, en moi-même.» Je n’ai pas osé lui demander de nous envoyer des photos sur Facebook. J’espère qu’il n’en enverra pas. Anyway. Bon voyage, mon ami. Je t’envie un peu. y sjodoin@voir.ca


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FAIRE L’AMOUR PUIS VENIR AU MONDE LE DUO ANNE-MARIE OLIVIER ET VÉRONIQUE CÔTÉ PROPOSE UNE SUITE DE SA PIÈCE BIEN-AIMÉE ET BIEN EXCITANTE FAIRE L’AMOUR, PRÉSENTÉE SUR LES PLANCHES EN 2014 ET 2015. CETTE FOIS-CI, ELLES DÉCORTIQUENT LA NAISSANCE AVEC VENIR AU MONDE. ENTRETIEN AVEC L’AUTEURE. MOTS | VALÉRIE THÉRIEN

PHOTO | STÉPHANE BOURGEOIS & HÉLÈNE BOUFFARD

Faire l’amour, pièce poétique et charnelle autour de la sexualité écrite par Anne-Marie Olivier et mise en scène par Véronique Côté, a été applaudie à Québec et dans plusieurs villes de la province. Ce mois-ci sur les planches du Trident, on y présente la naissance de la suite logique, le fruit de Faire l’amour: Venir au monde. Tout comme sa grande sœur, ce nouveau chapitre a pris vie de façon documentaire, à partir d’une cueillette de vrais témoignages à propos de la naissance. «On a été ébahies devant le pouvoir des histoires vraies, indique l’auteure, comédienne et directrice artistique du Trident, Anne-Marie Olivier. On fait du théâtre, mais aussi une étude sociologique et les gens nous apportent des perles d’histoires, des choses qu’on n’aurait pas pu inventer. C’est tellement intéressant d’arrêter de se regarder le nombril et d’écouter les histoires des autres. Je les reçois comme de véritables cadeaux. Et c’est fou à quel point la réalité dépasse la fiction.» Même méthode de recherche documentaire, donc, mais l’auteure et son amie metteure en scène ont voulu cette fois-ci trouver une autre façon d’explorer les histoires vraies. Alors que dans Faire l’amour elles étaient racontées une après l’autre par les comédiens, dans la pièce à venir, elles se déclinent dans l’action avec des allers et retours dans le temps. La prémisse de départ: «On a reçu une histoire d’une femme qui est partie accoucher en pleine nuit et a fait une collision avec un orignal,

dévoile Anne-Marie Olivier. Il y a une autre femme qui est venue à son secours et la femme enceinte a pu être sauvée. Quelques personnes seront dépêchées sur le lieu de cet accident-là et on aura alors accès à la naissance de chacun d’eux.» L’équipe de production a donc dû cibler davantage ses cueillettes de témoignages puisque Venir au monde mettra en scène des histoires d’ambulanciers et de policiers qui ont assisté à des naissances, mais aussi du personnel hospitalier – infirmière, accompagnante, obstétricien, anesthésiste... Naître mortel Le sujet de la naissance – le début de la vie – s’inscrit bien dans le travail et les envies dramaturgiques d’Anne-Marie Olivier puisque celle-ci est surtout attirée par les œuvres sur la vie et la mort. «Ce qu’on fait avec notre vie, la chance qu’on a d’être en vie et notre rapport avec la mort sont des idées qui m’intéressent beaucoup, précise-t-elle. Après ce spectacle-ci, je veux faire un spectacle sur la mort. Il y aura eu Faire l’amour, Venir au monde et Mourir. C’est sûr qu’il y a plein de choses entre les deux, là!», dit-elle en s’esclaffant de rire. Avant ce Mourir, Anne-Marie Olivier souhaite célébrer la vie dans Venir au monde, mais aussi véhiculer le côté fabuleux mais aussi périlleux de notre existence et se questionner sur l’apport des autres. «Dans la figure de l’accident, y a ça qui était intéressant: on a besoin

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ANNE-MARIE OLIVIER, PHOTO | STEPHANE BOURGEOIS

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des autres puisqu’ils altèrent notre vie. Qu’on mette ou non des enfants au monde, ça change complètement nos vies et ça détermine plein de choses à propos de nous par la suite. Dans les thématiques, j’aime penser en quoi les collisions qu’on va vivre vont nous transformer, nous éclairer, nous assombrir.» Venir au monde se veut une pièce pleine d’espoir qui s’inscrit dans ce que l’auteure désire explorer dans la programmation du Trident, où elle est directrice artistique depuis presque cinq ans. «Des propositions qui en donnent beaucoup pour la tête et le cœur», et «des grandes œuvres qui répondent vraiment aux enjeux majeurs du présent», précise-t-elle en avouant être encore bouleversée par la tuerie dans la mosquée de Québec en janvier. «On programme avec des envies et des appétits de parler au monde. Nos vies sont tellement folles que lorsqu’on les arrête pour aller au théâtre – pour cette messe quasi archaïque! –, il faut au moins la remplir de sens. C’est le pari que j’essaie de tenir ici.» y Venir au monde Au Théâtre du Trident du 25 avril au 20 mai


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LA FUREUR DE CE QUE JE PENSE 31 MAI 2017/IDÉATION DE SOPHIE CADIEUX/MISE EN SCÈNE DE MARIE BRASSARD Une incursion intimiste dans les écrits de Nelly Arcan

LE DÉCLIN DE L’EMPIRE AMÉRICAIN

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8-9-10 JUIN 2017/ADAPTATION DU FILM DE DENYS ARCAND PAR PATRICE DUBOIS ET ALAIN FARAH

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13 SCÈNE VOIR QC

VO2 #O4

JEUNE PREMIER REFUSÉ À L’ÉCOLE NATIONALE DE L’HUMOUR, JULIEN LACROIX A APPRIS À TIRER LE MEILLEUR DE SES FAIBLESSES. UN BRIN BORDÉLIQUE DANS SON ÉCRITURE, L’HUMORISTE MONTRÉALAIS S’EST SERVI DE SON PARCOURS D’IMPROVISATEUR POUR SE CONSTRUIRE UN PERSONNAGE DÉCALÉ, CAPABLE DE RELEVER LE DÉFI PEU BANAL D’ENCHAÎNER LES VULGARITÉS SANS ÊTRE NÉCESSAIREMENT CHOQUANT. MOTS | OLIVIER BOISVERT-MAGNEN

PHOTOS | ANTOINE BORDELEAU

«Là, je viens juste d’apprendre que ma sœur est enceinte», annonce Julien Lacroix en introduction de son plus récent spectacle. «Je vais être papa!» Aussi déplacée qu’elle puisse paraître, la réplique donne le ton à l’univers de l’humoriste, là où les blagues déphasées d’inceste ou de violence conjugale côtoient les mises en scène impromptues qui mettent en valeur son personnage irascible, les anecdotes rustres sur la pauvreté hochelagaise et les observations stéréotypées sur le public de Peter Macleod. Sur papier, on pourrait croire à un émule du gros cave, personnage emblématique de Jean-François Mercier, mais l’enrobage est tout le contraire. Avec ses allures de jeune premier, flanqué d’une chemise propre et coiffé d’un toupet châtain soigneusement placé, Julien Lacroix peut s’aventurer dans presque tous les terrains glissants, sans risquer un scandale. Invité à participer à En mode Salvail en février dernier, dans le cadre d’un pastiche de La Voix pour humoristes de la relève, le Longueillois d’origine a réussi à tirer son épingle du jeu face à ses concurrents. «En une heure, il y a 5000 personnes de plus qui ont aimé ma page. Ç’a vraiment bien été, même si j’ai échappé quelques vulgarités en improvisant… Parler de sida à la télévision, c’est jamais l’idéal», dit-il, sourire en coin. «Je crois que j’ai réussi à l’emporter en jouant une carte plus trash que les autres. J’m’en sors bien parce que j’ai l’air gentil et que, souvent, c’est moi l’imbécile dans la situation.»

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VO2 #O4

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Et les résultats sont au rendez-vous: «Les vidéos, c’est ce qui marche le plus. J’ai beau faire plein de shows, mais c’est de ça qu’on me parle tout le temps. Je constate même une influence directe: chaque fois que je sors deux vidéos, je remplis le Lion d’or avec mon spectacle.» Structurer l’improvisé Présenté au dernier Zoofest, son premier 60 minutes au titre volontairement flou Voisiquement-moi a grandement évolué dans les derniers mois, et l’apport de l’humoriste Gabriel D’Almeida Freitas à la mise en scène n’y est pas pour rien. «J’improvise vraiment beaucoup dans ce show-là, et Gabriel, lui, s’assure de noter tout ce que je dis de nouveau», explique-t-il. «Heureusement qu’il est là, car moi, quand je suis sur scène, j’entre dans une bulle et j’me souviens pus de rien après. Le numéro sur les fans de Peter MacLeod en est le meilleur exemple: j’ai improvisé ça un soir, et après, on l’a réécrit, structuré et inclus officiellement dans le show.»

L’impact direct des vidéos Ce style d’humour particulier, chaotique mais maîtrisé, Lacroix le doit en grande partie à sa présence scénique innée et à son charisme verbomoteur. À cet effet, sa tentative ratée d’entrer à l’ENH en 2013 lui a été bénéfique. «Après l’audition, j’ai fait “fuck off”. Ça me faisait vraiment chier de ne pas avoir été choisi» admet-il. «J’ai pris une pause de près de deux ans du milieu de l’humour, durant laquelle j’ai fait beaucoup d’impro et travaillé dans un atelier de costume. J’ai flâné un peu, sans trop savoir ce que j’allais faire. C’est quand j’ai eu l’occasion de lancer ma soirée hebdo (Les mardis du rire) que j’ai repris goût à tout ça. J’ai commencé à tourner des vidéos promos sur le web, et ça m’a fait redécouvrir mon personnage. C’est vraiment ça qui m’a redonné confiance.» Depuis mars 2015, l’artiste de 24 ans a multiplié les capsules sur sa page Facebook. Si ses premières le montraient seul devant sa webcam à débiter différentes anecdotes sans queue ni tête, ses plus récentes font preuve d’une réalisation amplement plus poussée, fruit d’une étroite collaboration avec Alec Pronovost (la corp, Luxembourg Mobile). Semaine après semaine, on peut y voir Julien Lacroix s’empêtrer dans différentes situations du quotidien, en compagnie d’humoristes reconnus du milieu comme Katherine Levac, Pierre-Luc Funk et Adib Alkhalidey.

La première partie de ce spectacle est d’ailleurs entièrement axée sur la spontanéité de Lacroix. La facilité qu’il semble avoir à échanger avec le public durant cette intro de près de 20 minutes est essentiellement tributaire de l’expérience qu’il a acquise au sein des ligues d’impro C.I.A., La Sprite et La Limonade. «C’est grâce à ça que j’ai réalisé que j’écrivais mieux en improvisant. Autrement, j’ai pas la structure pour m’écrire des gags», avoue-t-il. «Souvent, c’est la vulgarité qui arrive en premier, mais selon moi, y a rien qui sort de plus drôle que quand t’es dans’ marde. C’est sur cette adrénaline-là que mes comparaisons fucked up pis mes idées les plus folles arrivent. Des fois, c’est pas bon du tout, mais je finis par m’en sortir avec des patterns. Ce qui me sauve, c’est que mon personnage réussit quand même à se penser bon lorsqu’il foire.» Derrière cette attitude surexcitée qu’il dégage en spectacle se cache toutefois une certaine anxiété. Sans entrer dans le vif du sujet, Julien Lacroix reconnaît qu’il est une autre personne sur scène que dans la vie de tous les jours. «Je reste quelqu’un de très angoissé, même si j’ai appris à me contrôler un peu», confie-t-il. «Des fois, je peux être très down, mais quand je monte sur scène, je suis en pleine forme. Dans ces cas-là, j’aimerais pouvoir faire des shows de quatre heures pour pas revenir tout de suite dans la vraie vie.» y Voisiquement-moi 22 avril et 20 mai Au Théâtre Petit Champlain


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C’est un sujet qui paraît aride: parler de la spéculation dans l’art contemporain et de ses effets (parfois pervers) autant économiques qu’artistiques. Pour Jean-Philippe Joubert, qui signe la mise en scène, c’est plus ludique qu’il n’y paraît. «Ce qu’on a voulu faire avec la compagnie de création Nuages en pantalon, c’est partir des dynamiques économiques et les intégrer dans l’intrigue. Le public est amené à comprendre la théorie et peut s’inquiéter pour les personnages. L’économie, ce n’est pas que des chiffres: c’est l’émotion, le stress, la panique. On est très émotifs par rapport à l’argent!» La faillite de Lehman Brothers le 15 septembre 2008, qui coïncide avec une vente aux enchères historique de Hirst, devient le

reproduisent et ça nous a fait réfléchir sur nos propres dynamiques artistiques et économiques.» Comme en bourse, les spéculateurs font grimper la valeur d’un artiste et les collectionneurs espèrent qu’elle ne s’effondre pas, rendant ainsi leur investissement caduc. «Dans la spéculation, on parle de produits financiers, pas d’œuvres! C’est absolument abstrait», souligne JeanPhilippe. L’art de la chute fait voyager le spectateur un peu partout sur la planète pendant 2h30, entre Londres et New York, une galerie d’art et un Starbucks.

LES REQUINS DE L’ART D’UN CÔTÉ, L’EFFONDREMENT DE LA BANQUE LEHMAN BROTHERS, EFFET DOMINO D’UNE CRISE FINANCIÈRE MONDIALE. DE L’AUTRE, UN ENCAN RECORD DE L’ARTISTE DAMIEN HIRST. ENTRE LES DEUX, L’ART DE LA CHUTE, EXPLORATION THÉÂTRALE DU CAPITALISME DANS L’ART. MOTS | CAROLINE DÉCOSTE

tableau de fond de L’art de la chute, un prétexte réel pour explorer la relation conflictuelle entre l’art et l’argent. «Au début, il y avait le souhait de parler d’économie d’un point de vue un peu général», raconte le metteur en scène. «Je résistais beaucoup à ce qu’on parle précisément de la crise de 2008, mais à un moment donné, ça c’est imposé comme un mythe fondateur de la finance contemporaine. On voulait toucher à un milieu qui est loin de nous et on a choisi la haute finance. Autant dans la bourse que dans l’art contemporain, il y a des dynamiques économiques qui se

ILLUSTRATION | PHILIPPE JOBIN

On y suit le personnage d’Alice, artiste québécoise établie à Londres qui se retrouve à l’encan de Damien Hirst. Elle y rencontre un trader newyorkais et une ex-employée de Lehman Brothers nouvellement chômeuse. La relation ne sera pas «sans conséquence» pour les protagonistes, expose JeanPhilippe. «On ne va pas donner tous les punchs tout de suite, ça serait trop plate! Mais oui, y a comme un p’tit thriller, je ne sais pas trop comment dire ça…»

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17 SCÈNE VOIR QC

«S’IL Y A MOYEN DE FAIRE DE L’ARGENT AVEC L’ART, POURQUOI PAS? J’AI ENCORE DE LA DIFFICULTÉ À COMPRENDRE POURQUOI C’EST UN SUJET SI TABOU.»

VO2 #O4

de la difficulté à comprendre pourquoi c’est un sujet si tabou», s’interroge le galeriste et collectionneur de longue date, en toute franchise. «La vision romantique de l’art, c’est ben noble, mais l’artiste doit manger comme tout le monde!» Nul doute qu’un artiste comme Damien Hirst, dont le fameux encan direct dont il est question dans la pièce a rapporté pas moins de 200,7 millions de dollars américains, ne se fait pas que des beurrées de mélasse, spéculation ou pas. y L’art de la chute Du 4 au 22 avril au Théâtre Périscope

L’action de la pièce se prolonge même dans le foyer du Théâtre Périscope, alors que la Galerie 3 a été invitée à exposer des œuvres d’artistes québécois reconnus à l’échelle canadienne. «On avait envie de travailler avec une galerie privée, parce que c’est quand même de ça qu’on parle dans la pièce. À mon avis, c’est la galerie la plus dynamique actuellement. Norbert [Langlois] a dit oui tout de suite!» se réjouit le metteur en scène. Ainsi, des œuvres de Mathieu Valade, BGL et Annie Baillargeon seront à admirer (et peut-être même à vendre) dans le hall tout au long des représentations. Ce sera là la crème de la crème du portfolio de la Galerie 3. «On n’a pas lésiné, on a mis ce qu’on avait de mieux! C’était important pour moi de faire écho à la pièce. Remarque, je ne l’ai même pas vue encore!» rigole Norbert Langlois, copropriétaire de la galerie et aussi cofondateur du Cercle des collectionneurs d’art actuel de Québec. «Peutêtre que ça critique le milieu de l’art, je ne sais pas, mais je suis prêt à ça. Je fais confiance à JeanPhilippe! J’espère que le spectacle va amener un débat, une réflexion.» La pièce promet de brasser un peu la cage de la vision romantique de l’art, qui a elle aussi succombé au capitalisme, pour le meilleur comme pour le pire. «Oui, la spéculation, ce n’est pas forcément positif. Moi, je suis plus nuancé: s’il y a moyen de faire de l’argent avec l’art, pourquoi pas? J’ai encore

JEAN-PHILIPPE JOUBERT, PHOTO | HÉLÈNE BOUFFARD

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MICKAËL BERGERON ROULETTE RUSSE

PAS FACILE LA VIE Le matin, lorsque je marche vers le bureau, je me réveille les neurones en écoutant des bulletins d’information. Ça me met à jour. Dans le lot, il y a toujours la météo, chose qui, en partant, me fait pas mal rouler les yeux, parce que je ne trouve pas ça pertinent. Et la manière dont ce bulletin est fait m’irrite souvent. En voici une reconstitution. L’animateur lance, sur un ton surempathique: «Oh la la! Ce ne sera pas facile aujourd’hui, Julie!» La chroniqueuse météo enchaîne, avec le même ton que si elle annonçait l’exécution d’une vierge en offrande à un Dieu quelconque: « Oh, non! Il fera gris et froid! Il faudra s’habiller chaudement et se munir d’un parapluie!» Réplique de l’animateur où l’on entend presque une chanson mélancolique démarrer en arrière: «On vit vraiment une période grise!» Avec un fatalisme implacable, la chroniqueuse poursuit: «En effet, on est sous la normale depuis quelques jours avec cette dépression qui est bien installée.» Et cette conversation se poursuit avec les chiffres inutiles qu’on dit habituellement dans la météo. Je veux dire, avec beaucoup trop de détails pour ce qu’on a réellement besoin de savoir. Quelle vie ouatée faut-il avoir pour qu’un moins cinq degrés Celsius soit aussi marquant et aussi difficile à vivre? Chaque fois, j’essaie d’imaginer qui peut avoir une vie aussi anodine que ça pour que son bonheur ou son malheur repose sur la météo à ce point-là. Le pire, c’est que ceux pour qui ç’a un réel impact, ceux qui vivent dans la rue, ils apprennent à faire avec (et n’ont pas accès aux bulletins météo, anyway). Curieusement, ce sont ceux qui, souvent, ont une vie confortable qui se laissent le plus toucher par cette météo. Même s’ils ne la subissent pas tant, parce qu’ils

dorment dans une maison, travaillent dans un bureau et se déplacent à l’abri dans une voiture. Tous des endroits aux environnements contrôlés au degré près. Ta vie est vide à ce point-là? C’est profondément triste. Bien que la vie ne soit pas que noirceur et obscurité, il y a plein de sujets qui devraient nous révolter, qui pourraient donner raison à Gabriel Nadeau-Dubois sur la trahison de la classe politique des 30 dernières années, même s’il y a eu des bons coups et des avancées, il y a des décisions qui devraient susciter des hontes nationales. Comment peut-on espérer une révolte quand, pour une partie de la population, ce qui trouble le plus sa journée, c’est un des trucs sur lesquels on a le moins de pouvoir: la présence ou non de nuages dans le ciel. Je pourrais en dire autant, d’ailleurs, sur les bulletins de circulation à la radio. Je comprends qu’on mentionne un accident soudain ou un embouteillage hors de l’ordinaire. A-t-on besoin, toutefois, d’annoncer à tous les 20 minutes que l’autoroute Henri-IV est au ralenti, comme tous les matins pendant l’heure de pointe? Peut-on vraiment parler d’information? Répéter aussi souvent des évidences est-il réellement pertinent? Est-ce que le seul espoir de l’auditeur est d’entendre soudainement le chroniqueur déclarer que tout d’un coup, l’autoroute Félix-Leclerc est dégagée? Est-ce que le bonheur de l’auditrice repose sur cet absurde espoir que l’autoroute Laurentienne est, par un étrange miracle, vide de toute circulation? Admettons que tout d’un coup, la radio mentionne que les autoroutes sont bloquées, mais que sur le boulevard Hamel, c’est d’une fluidité sans nom. Est-ce que le petit 10 minutes que tu vas gagner avec ce détour rendra ta journée réellement meilleure? Tu vas te sentir plus intelligent? Plus fort? Comme le roi de la montagne?

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J’ai cette image d’une société qui s’insurge contre un insignifiant crucifix dans un hôpital, mais qui ne lève pas le petit doigt pour aider son prochain ou pour protéger le vrai patrimoine, qui préfère payer le moins cher possible pour sa culture et qui pense vraiment que le BS lui vole plus d’argent que les minières.

«J’AI CETTE IMAGE D’UNE SOCIÉTÉ QUI S’INSURGE CONTRE UN INSIGNIFIANT CRUCIFIX DANS UN HÔPITAL, MAIS QUI NE LÈVE PAS LE PETIT DOIGT POUR AIDER SON PROCHAIN.»

J’ai cette image d’une population qui préfère avoir 100$ de plus quand elle retire ses impôts à la fin de l’année que de permettre à tous les enfants du Québec d’avoir accès à un CPE. J’ai cette image d’une population qui va dépasser dans une file si elle en a l’occasion. D’une population qui envoie les pires insultes et méchancetés sous l’anonymat, mais qui n’accepte aucune critique sur ses propres comportements. D’une population qui croit sincèrement qu’un équilibre budgétaire est un projet de société.

l’autre. Pis on martèle que son bonheur repose plus sur la météo que sur son environnement social. À quoi peut-on s’attendre d’autre? C’est pas facile la vie quand ton bonheur repose sur la présence du soleil. Parce que t’es soudainement crissement impuissant. Le danger, ensuite, c’est de croire que cette impuissance se transpose partout.

Pis c’est normal, on passe beaucoup de temps à dire au monde que son bonheur, il doit presque l’arracher à

T’sais, à quoi bon vouloir changer le monde si tu ne contrôles pas le soleil? y

Ce que j’entends pendant ces bulletins météo, ou de circulation, ce n’est pas de l’information, ce n’est pas une description de l’évidence, c’est l’apitoiement d’une société qui a décidé de laisser tomber, de se laisser faire, qui ne croit plus en rien.


ABBA (BJÖRN ULVAEUS, AGNETHA FÄLTSKOG, ANNI-FRID LYNGSTAD (FRIDA) ET BENNY ANDERSSON) À EDMONTON. LE PREMIER ARRÊT DE LEUR TOURNÉE NORD-AMÉRICAINE DE 1979.


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INDÉMODABLE POP POLAIRE LES CHANSONS DE BENNY, FRIDA, BJÖRN ET AGNETHA AURAIENT PU ÊTRE COMPOSÉES HIER QUE ÇA NE CHANGERAIT STRICTEMENT RIEN. CE PRINTEMPS, L’OSQ SE PENCHE SUR L’AVANT-GARDISTE RÉPERTOIRE DU QUATUOR SUÉDOIS. MOTS | CATHERINE GENEST

PHOTO | ANDERS HANSER

C’était en 1972. ABBA se forme autour de deux couples, quatre musiciens d’expérience: le leader des Hep Stars, une chanteuse de big band à la voix d’or, un tendre folkeur à succès et une auteurecompositrice-interprète qui cartonne depuis ses 17 ans. En seulement 10 ans et 8 albums studio, ils laisseront une empreinte indélébile sur la pop en plus de conquérir l’Australie, l’Europe de l’Est comme le reste, les Amériques du Nord et du Sud avec des titres en français (Voulez-vous), en espagnol (Chiquitita), en italien (Andante, Andante, Mamma Mia), en anglais, mais aussi en suédois sur leur premier effort. Fernando, single issu d’Arrival, sera même l’objet de trois versions, trois mixages finaux pour autant de marchés visés. Les mélodies de Benny, pianiste et auteur principal, la joie de vivre de Frida, le savoir-faire technique de Björn, bibitte de studio, et la mélancolie contenue d’Agnetha créent un alliage parfait, bien balancé. Le contraste entre leurs paroles souvent sombres et le tempo rapide de leurs meilleures pièces, entre les drames sentimentaux internes et le plaisir qu’ils éprouvent ou simulent ensemble sur scène, contribue au mythe. Leur style fait école. Metronomy, Susanne Sundfør, Sébastien Tellier et, plus près de chez nous, Le Couleur… aucun de ces projets n’aurait été le même sans l’apport d’ABBA. Le musicologue Serge Lacasse, un spécialiste de la pop et de l’enregistrement sonore qui enseigne également à la Faculté de musique de l’Université

Laval, estime qu’ils ont aussi pavé la voie pour moult producteurs. «À cette époque-là, la Suède avait déjà commencé à produire les meilleurs réalisateurs dont celui d’ABBA, Michael B. Tretow, qui a donné lieu à Max Martin [collaborateur de Britney Spears et The Weeknd notamment] et à d’autres qui font maintenant la pluie et le beau temps. […] Oui, ceux qui ont écrit les chansons [ont du talent], mais après ça, il faut les mettre en forme. Je dirais que c’est au moins 50% du travail.» Les voix des filles, «extrêmement compatibles» et «vraiment complémentaires», pour reprendre les mots de Tretow dans une entrevue téléversée sur YouTube en 2009, constituent l’un des ingrédients les plus importants de la recette d’ABBA. Des harmonies vocales presque irréelles unissant le timbre clair d’Agnetha, la blonde, et les douces basses de Frida, la brunette, auquel l’overdubbing, une technique utilisée par leur brillant ingénieur de son, vient ajouter une bonne dose de magie. Au-delà de Dancing Queen ABBA s’est inscrit dans la mouvance du disco comme par défaut, parce que c’était dans l’air du temps. Serge Lacasse croit qu’ils ont été étiquetés à tort à cette tendance musicale. Ultimement, en ce qui les concerne, il faudrait plutôt parler de pop. «Ça cadrait avec le son du nouveau disco, disons, standardisé par les Blancs plutôt qu’avec le disco plus funk des Afro-Américains. […] Ce n’est pas si

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PATRICK NORMAN 30 JUIN • 20H

LES SOEURS BOULAY 1 ER JUILLET • 20H

PATRICE MICHAUD ET VINCENT VALLIÈRES 2 JUILLET • 20H

Ainsi que : Dumas Richard Séguin Klô Pelgag Karim Ouellet Catherine Major Dick Annegarn Les Hay Babies et plusieurs autres. LOUIS-JEAN CORMIER ET MATT HOLUBOWSKI 6 JUILLET • 20H

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Les cowboys fringants Vincent Vallières - Patrice Michaud Cayouche - Matt Holubowski Daniel Bélanger - Louis-Jean Cormier

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Crédit photo / Michel Pinault

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L’Osstidtour - Karim Ouellet Urbain Desbois - Dick Annegarn Saratoga - Les Hôtesses d’Hilaire Et plusieurs autres.

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ABBA À ROTTERDAM EN 1979. PHOTO | PEREIRA, FERNANDO / ANEFO (NATIONAAL ARCHIEF)

disco que ça. Quand on l’écoute aujourd’hui, on n’a pas envie de faire rouler une boule miroir. Ça ne sonne pas comme ce qui se faisait à Philadelphie ou avec les autres groupes de l’époque comme Kool & The Gang. ABBA, c’est plus des chansons, mais avec un beat four-to-the-floor.» Si le rythme en 4/4 de certains tubes comme Voulezvous et Summer Night City ont permis aux Suédois de conquérir les pistes de danse, c’est davantage la finesse des arrangements qui intéressent maestro David Martin. C’est lui qui dirigera l’OSQ à l’occasion d’un programme tout ABBA avec la formation ontarienne Jeans ’n Classics. «Dans les années 1970, ces hits-là étaient enregistrés avec des instruments d’orchestre qui jouaient avec les musiciens. C’est quelque chose qu’on tenait pour acquis, c’est ce qu’on faisait dans le temps. On avait une section de cordes, des bois et des cuivres surtout.» L’œuvre de ABBA a, pour ainsi dire, un potentiel symphonique intrinsèque. Leur musique était dense, oui, mais réglée au quart de tour. C’est dans cette optique que Peter Brennan, directeur artistique et guitariste de Jeans ’n Classics, a adapté le mythique répertoire et préparé les partitions. Tout est écrit ou presque: son groupe de rock et la soixantaine de protagonistes de l’OSQ n’auront presque pas d’espace pour improviser. Pourquoi dénaturer quelque chose d’aussi bien fait? «Tout est

très, très bien pensé. Ces chansons-là sont écrites de façon géniale!», confie M. Martin. «Les compositeurs sont des génies de la musique pop, selon moi!» Cette collaboration autour d’ABBA entre l’Orchestre symphonique de Québec, David Martin et une formation avec un large catalogue de spectacles nostalgiques n’étonne pas Serge Lacasse. «Notre première réaction est de penser qu’ils font ça pour attirer plus de monde, mais ce n’est pas nécessairement ça. Il y a aussi une raison sociologique extrêmement précise qui est celle de la culture du goût. Avant, dans les années 1970 ou 1980 et même au tournant des années 1990, les classes sociales s’identifiaient à un style de musique. Ceux de la haute, par exemple, aimaient la musique classique et ils ne pouvaient pas écouter de heavy métal ou de country. Maintenant, ç’a changé.» En 2017, la musique n’est plus sujette à une hiérarchisation et David Martin l’a bien compris en saisissant toutes sortes d’opportunités étonnantes, toutes sortes de crossovers. Après ce concert, il reviendra en ville pour jouer à Place d’Youville et dans le cadre du FEQ avec nul autre que Michel Louvain. Ouverture, partage et rencontres improbables: tel semble être son mantra. y Les 21 et 22 avril au Grand Théâtre de Québec


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ÉGALITÉ DE GENRE SUR SON PREMIER ALBUM, SAMUELE S’AFFICHE SANS DÉTOUR AVEC UN PROPOS SOCIAL INTÈGRE ET BIEN ARTICULÉ, RÉSULTAT D’UN FOISONNANT PARCOURS MUSICAL DANS LES CERCLES MILITANTS MONTRÉALAIS. MOTS | OLIVIER BOISVERT-MAGNEN

PHOTO | ANTOINE BORDELEAU

«Sans cesse bombardée par le même refrain/Si t’es pas bonne à marier fille, t’es bonne à rien/Surveille ton poids, surveille ton langage/Réponds oui papa et reste bien sage», récite avec une fausse naïveté Samuele Mandeville sur le manifeste féministe Égalité de papier. Avec cette saisissante entrée en matière, l’auteure-compositrice-interprète hochelagaise met la table pour cet album judicieusement intitulé Les filles sages vont au paradis, les autres vont où elles veulent. «On voulait annoncer d’emblée nos couleurs», explique celle dont le prénom est aussi le nom du groupe. «C’est la pièce qui marque le plus les gens, celle sur laquelle j’ai le plus de feedback. J’avais pas tant envie de l’inclure, mais l’impact est tellement massif en show que j’avais pas le choix.» Outre le manque évident de cohésion entre cette intro spoken word et le reste de la proposition folk aux accents rock et blues, la Montréalaise a hésité à intégrer cette chanson sur ce premier effort en raison de la vision étroite qu’elle sous-tend: «C’est pas un texte que je réécrirais de même… Si j’avais à parler de féminisme aujourd’hui, j’inclurais des notions de race, des notions de genre. En ce moment, c’est très binaire comme réflexion.»

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DE LA MER À VOTRE ASSIETTE sans intermédiaire ! Nous pêchons nous-mêmes: • le crabe • les crevettes • le homard • les poissons de fond

Refusant les étiquettes, Samuele Mandeville préfère la fluidité des idées et des genres à la conformité. En constante ébullition dans ses réflexions et ses propos, elle dégage une certaine assurance qu’on devine radicale, mais aussi fragile. La façon dont elle parle du printemps érable, période d’agitation sociale au centre de sa chanson La révolte, en témoigne assurément. «J’ai tellement été déçue de comment ç’a fini. Ça m’a tellement fait de la peine», confie-t-elle. «L’affaire, c’est qu’en voyant tous ces gens descendre dans la rue, j’ai cru que quelque chose changerait pour vrai. J’y ai cru, à cette solidaritélà… Mais mon cœur s’est brisé, et j’en suis restée traumatisée. J’ai jamais eu autant peur pour ma vie qu’en voyant les policiers nous courir après durant les manifs de soir. Même que maintenant, quand j’entends un hélicoptère qui passe, j’ai une petite angoisse.» Écrite il y a cinq ans, la pièce est donc alimentée par un sentiment de nostalgie, maintenant altéré par la froideur du retour à la réalité. Avec le recul, l’événement a toutefois eu des retombées positives dans la vie de la musicienne et intervenante au sein de GRIS-Montréal, un organisme communautaire qui tend à démystifier l’homosexualité et la bisexualité par la méthode du témoignage: «Je me suis rendu compte qu’aller dans des manifs, c’était moins pertinent qu’avant, et que j’avais un impact plus direct en allant parler de mon expérience directement aux jeunes. Au lieu d’aller contre des affaires, je construis quelque chose. De toute façon, me battre contre la grosse machine, ça m’épuise. Et quand je suis épuisée, je sers à rien.» Cœur de tôle met bien en lumière ce sentiment d’abattement. En abordant l’affligeant manque d’énergie et de motivation qu’elle a subie durant une récente dépression, la multi-instrumentiste montre qu’elle peut aisément alterner entre la prise de parole collective et le récit intimiste. L’importance du clan Pour mettre en musique ses textes, Samuele Mandeville a pu compter sur le soutien indéfectible de son groupe, constitué du bassiste Alex Pépin, de la guitariste Julie Miron et du batteur Jean-Sébastien Brault-Labbé, également réalisateur de l’opus. Même si la chanteuse écrit tous ses textes et incarne à elle seule la formation, elle dit avoir besoin d’un clan pour évoluer: «On forme une équipe très forte. Surtout, on se donne le droit à l’échec, ce qui est essentiel, car la sécurité émotive est très importante pour moi. Si j’avais pas cette solidité-là, j’arriverais pas à faire cette job.»

MAINTENANT DEUX ADRESSES À QUÉBEC Au marché du Vieux-Port, 160 Quai Saint-André et au 1628 chemin Saint-Louis

Dernièrement, la musicienne a toutefois dû faire bande à part dans le cadre d’une tournée estivale en solo. Si l’exercice avait de quoi l’apeurer au départ, il s’est avéré particulièrement bénéfique. «Ç’a été très formateur comme expérience», raconte-t-elle. «Il y a bien des moments où je me suis ennuyée de mon band sur la


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route, mais une fois sur scène, j’étais capable de tout oublier et de créer un contact avec la foule. C’est comme si je devenais une version améliorée de moi-même.» Tout de suite après cette mini-tournée, Samuele a su tirer son épingle du jeu au Festival international de la chanson de Granby. Au terme de trois semaines de formations, d’ateliers et de prestations, la chanteuse a remporté la finale. «C’que j’ai appris là-bas, c’est surtout à gérer le stress, mais c’est pas quelque chose que j’ai particulièrement trouvé agréable. Je crois pas que, dans la vie, on ait besoin de se mettre autant de pression sur les épaules pour se réaliser», juge celle qui, un an auparavant, avait atteint les demi-finales des Francouvertes. «Là, les concours, c’est fini! Même qu’à Granby, j’avais pas vraiment envie d’y aller. J’y suis allée parce que je me disais que c’était un bon move de carrière.»

Située au coeur du quar er Saint-Roch, la Maison des mé ers d’art de Québec est une écoleatelier unique en son genre : elle regroupe trois disciplines, soit la céramique, la sculpture et le tex le.

«C’QUE J’AI APPRIS LÀ-BAS, C’EST SURTOUT À GÉRER LE STRESS, MAIS C’EST PAS QUELQUE CHOSE QUE J’AI PARTICULIÈREMENT TROUVÉ AGRÉABLE.» Active sur les scènes de son quartier depuis plus d’une décennie, autant dans les petits bars qu’à travers les circuits autogérés et les initiatives militantes, la chanteuse a maintenant pris la décision de faire grandir son projet, au lieu d’uniquement prêcher aux convertis. Un choix qui, encore maintenant, vient avec son lot de doutes: «Quand je suis revenue de Granby, je suis retournée jouer sur le même stage plein de bière, devant la gang d’anarchistes assis par terre. Sur le coup, je sentais que je les avais trahis... J’avais peur qu’on me dise que je suis une vendue, comme si demander d’être payée pour jouer de la musique, c’était pas bien. Maintenant, je sais que ce travail-là mérite des sous. Je sais aussi que faire de l’art un métier, c’est une drôle de combinaison. Je comprends qu’il y a peu de personnes qui le font, car c’est pas vraiment un match paisible.» y Les filles sages vont au paradis, les autres vont où elles veulent Sortie le 7 avril 2017

Les arbres | Ophélie Cuillerier, nissante 2013

DEC Techniques de mé ers d'art - op on Construc on tex le (photo : É enne Dionne)

Classes de maîtres Résidences d’ar stes Sou en à la relève Conférences Forma on collégiale (avec le Cégep Limoilou) Ateliers grand public Camps d’été (jeunes et adultes) DEC Techniques de mé ers d'art | Cégep Limoilou Date limite d'admission (2e tour) : 1er mai

367, boulevard Charest Est,Québec 418 524-7337

mmaq.com


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DAMIEN TROUVE L’HARMONIE L’ÉNERGIQUE DAMIEN ROBITAILLE REVIENT AVEC UN ALBUM QUI RASSEMBLE SES INFLUENCES DES DERNIÈRES ANNÉES. MOTS | VALÉRIE THÉRIEN

PHOTO | LEPETITRUSSE

Entre les tournées ces dernières années, l’arrivée d’un bébé et ce nouvel album tout chaud, son quatrième, Damien Robitaille a-t-il eu le temps de se reposer? «Oui, trop! lance-t-il en riant. Je commençais à être rouillé un peu! Ça fait plus qu’un an que je n’ai pas joué de concert, donc ça me manque énormément.» L’entertainer en chef débarque avec un nouvel album où l’expérience musicale rentre au poste. Moins enclin à proposer un album teinté d’une forte couleur latine ou soul comme ce fut le cas dans le passé avec Homme autonome (2009) et Omniprésent (2012), Damien Robitaille dit avoir approché Univers parallèles de façon plus naturelle, instinctive. «C’est moins dans la découverte et plus dans ce que je connais, commente-t-il. Les rythmes et les harmonies qui se sont imprégnés à travers les années.» Il y regroupe donc sous un même disque 11 pistes teintées de toute la palette de couleurs que compose son bagage musical. Il y a des échos latins dans les percussions, il s’entoure de choristes – lui qui adore les chœurs – pour une touche soul et l’humour est toujours bien présent dans ses textes rimés. Son excellent premier extrait Tout feu tout flamme fait partie de ses chansons accrocheuses, celles où, dit-il, il se laisse aller en n’ayant pas peur d’être quétaine. Le désir pour l’autre y est chanté sans détour. «Je ne me cache pas derrière l’humour pour celle-là, alors je pensais que les gens allaient moins triper et je savais pas si ça allait marcher, mais je l’assume plus maintenant et je suis heureux que la chanson tourne beaucoup sur les radios.»

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Le titre a été trouvé après la composition, avec une vue d’ensemble de ce que les chansons racontaient. «On dirait que chaque pièce se déroule dans un univers différent – sur une île déserte, dans une maison qui est en train de brûler, dans un désert ou sur un fleuve. Je m’imaginais plein de petits univers. Il est beaucoup question d’évasion aussi: je parle de sortir du fleuve en courant, ou de vouloir devenir la lune, par exemple. Avec la paternité, j’étais plus à la maison. J’imagine qu’il y a ce désir de sortir, de vouloir aller ailleurs.» Si l’on connaît la musique de Damien Robitaille comme étant surtout énergique et colorée, le chanteur a aussi couché sur disque de saprées bonnes chansons intimistes, très touchantes comme L’astronaute, qui date de plus d’une décennie et qui est encore jouée en concert. Univers parallèles permet à l’artiste originaire de l’Ontario de montrer ses deux côtés de la médaille. «J’ai toujours eu des chansons plus intimes et on

dirait que sur ce disque-ci, ça se mélange mieux, croit le chanteur. Il y a une pièce instrumentale avec chœur – Signe de vie – et d’autres tounes plus rythmées, comme Tout feu tout flamme, mais moins humoristiques, alors l’album est plus en harmonie!» Le défi de Damien Robitaille à présent est de traduire cette harmonie sur scène. «Ç’a toujours été ça mon débat: j’adore faire rire, mais j’aime avoir un côté touchant. C’est pas toujours facile. Par le passé, je jouais Mot de passe puis L’astronaute, et les gens continuaient à rire et ne savaient plus trop quoi penser. J’ai assumé mon côté entertainer et maintenant je dois apprendre à assumer mes ballades.» y Univers parallèles (Audiogram) Disponible le 7 avril Le 19 octobre au Grand Théâtre de Québec


À ÉCOUTER

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★★★★★ CLASSIQUE ★★★★ EXCELLENT ★★★ BON ★★ MOYEN ★ NUL

-M-, TOUMANI ET SIDIKI DIABATÉ LAMOMALI (Wagram) ★★★★ Le Mali fascine depuis longtemps les musiciens occidentaux. Avec raison. Les Français ne sont pas exempts: demandez à Manu Chao ou à Philippe Cohen Solal du Gotan Project. Et on aime tous -M-! Rien d’étonnant alors que 10 ans après sa première visite à Bamako, cet habitué des instrumentistes mandingues de Paris se décide à se faire «un album malien». Pas un disque de lui Made in Mali, mais une espèce de collectif disparate dans son studio, chez lui, avec les 42 cordes des koras de Toumani et Sidiki, la sublime Fatoumata Diawara, Oxmo Puccino, Amadou et Mariam. Devant ce casting trop parfait auquel se rajoutent le Brésilien Seu Jorge ainsi que le trompettiste libanais Ibrahim Maalouf et à l’écoute du premier simple funky Bal de Bamako, on se dit que trop c’est comme pas assez. Pourtant, tout fonctionne ici; tout est nouveau. Ça parle d’âme, de fraternité vraie, de créativité. C’est avec des œuvres comme celles-ci qu’on pourra changer le monde. Béni soit qui au Mali danse. (R. Boncy)

JACQUES GREENE FEEL INFINITE

JEAN-MICHEL BLAIS & CFCF CASCADES

(LuckyMe)

(Arts & Crafts)

★★★ 1/2

★★★★

On l’a attendu longtemps, mais ce premier opus complet de Jacques Greene a le mérite d’avoir pris le temps de mûrir avant d’être digéré par son public. Effectivement, les années que l’artiste a passées à peaufiner son son tout en influençant celui de nombre de producteurs de musique électronique se ressentent fortement sur Feel Infinite. Les synthés sont programmés au quart de tour, les découpages rythmiques sont d’une précision d’horloger et les jeux d’échantillons vocaux sont du pur plaisir. Jacques Greene démontre avec cet album qu’il n’a pas besoin de constamment innover pour être au top de sa forme; il a déjà pavé la voie qu’il emprunte désormais avec brio. (A. Bordeleau)

WIRE SILVER/LEAD

Trop souvent, quand on entend parler de fusion entre musique classique et musique électronique, on se met en tête un de ces horribles mashups où l’on combine du Vivaldi avec un beat de dubstep usé à la corde. Heureusement, Blais et CFCF sont tous deux d’une sensibilité musicale aiguë qui les prévient contre ce genre de piège. La rencontre des deux artistes se fait dans l’harmonie: le timbre du piano se mêle aux ambiances synthétiques sans accroche. Cette symbiose amène un jeu intéressant entre les deux sphères musicales, qui se laissent tour à tour la place et se répondent dans un dialogue tout en subtilités. Le point faible de cette offre excellente est assurément sa durée. On en veut beaucoup plus. (A. Bordeleau)

(Pinkflag)

TIMBER TIMBRE SINCERELY, FUTURE POLLUTION

★★★

(Arts & Crafts)

Pour célébrer le 40e anniversaire de son premier concert, Wire fait paraître à la même date son 15e album. Colin Newman, Graham Lewis, Robert (Gotobed) Grey et Matthew Simms reviennent à la charge avec un album qui se veut tout sauf nostalgique. Depuis sa remise en piste en 1985, la prolifique formation art-punk/post-punk britannique a toujours refusé de se replonger dans l’atmosphère des déterminants trois premiers albums qu’elle a fait paraître entre 1977 et 1979. Pourtant, ce sont ces disques qui ont marqué toute une génération de musiciens, de Minor Threat à Franz Ferdinand en passant par Blur et REM, bien plus que tous les autres qui suivirent. Et ce n’est pas cette nouvelle offrande qui passera à l’histoire. Si tous les morceaux étaient comme le punkifié Short Elevated Period, il n’y aurait rien à redire. Hélas, la majorité des chansons, ennuyeuses et maniérées, manquent de personnalité et, encore une fois, on se met à regretter l’audace, le mordant et l’avant-gardisme des premières années de Wire. (P. Baillargeon)

★★★ 1/2

Ce sixième effort de Timber Timbre reprend un peu là où s’était arrêté le magnifique Hot Dreams de 2014 pour amener ensuite l’auditeur vers d’autres sphères. Si les couleurs sont toujours aussi sombres, Sincerly, Future Pollution nous enveloppe d’un linceul de velours pour nous transporter dans une ballade vaguement sinistre d’où on revient étrangement calme et non le couteau collé sur les veines. Enregistré au studio La Frette en banlieue de Paris, Sincerly, Future Pollution est plus que jamais un travail de groupe. Préconisant une approche musicale encore plus raffinée, flirtant avec différentes influences, la bande vogue toujours dans le sillage des Tindersticks et Angelo Badalamenti. Cela dit, l’album nous ramène aussi à la période plus expérimentale de Talk Talk, à un Bowie funky et torturé, à Dirty Beaches pour le côté spectral de l’œuvre, mais aussi à un certain rock FM 70’s teinté de noir tant sur le plan des compositions que de la réalisation au ton légèrement feutré. (P. Baillargeon)


31 DISQUES VOIR QC

GUY BÉLANGER TRACES & SCARS (Disques Bros)

LONDON SYMPHONY ORCHESTRA/THOMAS ADÈS ASYLA, TEVOT, POLARIS

★★★

(LSO Live/Naxos)

Revoici l’homme à l’harmonica! Dans ce western nordique, misant toujours sur la simplicité et sur son fidèle trio, le grand Guy nous livre cette fois un opus plus instrumental et surtout plus mélancolique que les précédents. D’entrée de jeu, il salue le départ tout récent de son chum bluesman Bob Walsh dans My Dearest Friend. Chemin faisant, il croise les gratteux de cordes Claude Fradette, Kaven Girouard, Preston Reed, le virtuose écossais du tapping, le violoncelliste Eric Longsworth (long time no see), et un compositeur néo-zélandais – Delaney Davidson – de qui il emprunte une chanson émouvante: Little Heart. Navigant entre folk, rock, blues et musique de film à grands coups de pedal steel, entre traces et cicatrices, le menu de cet album ne casse pas les briques, mais ne nous sert rien de réchauffé. À noter le son lumineux fait avec application, dans l’Est, chez Piccolo. (R. Boncy)

ENSEMBLE INTERCONTEMPORAIN/ MATTHIAS PINTSCHER NEW YORK (Alpha/Naxos) ★★★★ Troisième disque en trois ans chez Alpha pour l’EIC et son nouveau directeur musical Matthias Pintscher. Un programme qui célèbre les 40 ans de l’ensemble parisien en saluant des compositeurs new-yorkais. Il y a les grands ancêtres (Edgar Varèse, John Cage, Morton Feldman et Elliott Carter, dont le style général correspond peut-être davantage à une époque qu’à un lieu), le grand maître toujours vivant (Steve Reich, avec WTC 9/11, l’hommage aux victimes du World Trade Center qu’a commandé et enregistré le Kronos Quartet), et les «petits nouveaux» (Sean Shepherd [37 ans] et David Fulmer [35 ans]), dont les styles ne dépareillent pas l’ensemble. L’EIC joue tout ça avec sa maestria légendaire, et le programme offre un beau voyage dans le temps et dans l’espace. (R. Beaucage)

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★★★★ Un enregistrement en concert qui regroupe pour une première fois les trois grandes œuvres orchestrales que le compositeur britannique Thomas Adès a composé entre 1997 et 2010, et qu’il présente comme une trilogie. Dès la première, Asyla, le compositeur (26 ans à l’époque) se montre habile à utiliser les codes musicaux de son temps, en intégrant par exemple des rythmes technos (l’orchestre compte six percussionnistes!) ou en élargissant la palette de l’orchestre (piano préparé, techniques de jeu alternatives, etc.). Tevot, qui évoque notre planète comme un immense vaisseau intersidéral, est une œuvre en un seul mouvement, d’une puissance quasi tellurique par moments. Polaris (Voyage for Orchestra), plus courte et plus aérienne, achève d’illustrer la grande maîtrise du compositeur. Disponible en Blu-ray 5.1. (R. Beaucage)

BEAST MODULUS BEING (Indépendant) ★★★ C’est plutôt bon signe lorsqu’un album se termine et qu’on se dit qu’on aurait aimé en entendre plus. Le premier disque du quatuor de Brooklyn ne dure pas 25 minutes et ses six morceaux ne vous jetteront pas par terre du fait de leur originalité. L’amalgame math-metalprogressif-sludge-groovy qui constitue le style de Beast Modulus a été entendu mille fois et l’influence de groupes tels que Mastodon, Dillinger Escape Plan et Coalesce saute aux oreilles dès la première chanson intitulée Twrk. Au-delà de ces références qui suscitent une impression de familiarité immédiate avec les chansons, Beast Modulus réussit malgré tout à se démarquer avec des compositions électrisantes et des changements de rythmiques qui nous tiennent en haleine. C’est prometteur. (C. Fortier)

CRi SOMEONE ELSE (Young Art) ★★★★ Sur son quatrième EP, CRi confirme qu’il est prêt à passer à la prochaine étape: celle de l’album complet. Autant la richesse mélodique que le raffinement des arrangements dont ce mini-album fait preuve le distancient de ses prédécesseurs, également excellents mais moins concis dans leur ensemble. S’amorçant sur une belle progression immersive et épique, Someone Else fait place à des élans house (la bombe Keep It Real avec le polyvalent Jesse Mac Cormack), future garage (la prenante For You) et drum and bass (la tumultueuse finale Rush), mais garde une certaine cohésion dans la place significative qu’il laisse aux synthés magnétiques et aux rythmes vigoureux. Même si ses influences sont souvent évidentes (Burial, Jacques Greene), cet EP marque un tournant dans la carrière du producteur de 26 ans qui, on l’espère, deviendra un secret montréalais de moins en moins bien gardé. (O. Boisvert-Magnen)


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MONIQUE GIROUX SUR MESURE

DANSER DANS LES FLAQUES Je rentre de Thaïlande. Trente-six heures porte à porte, trente-six chandelles, je suis sonnée. Derrière la vitre, la tempête des corneilles venue des États ensevelir Montréal. «Montreal? In witch country?», nous a demandé dans un anglais approximatif un douanier chinois. Pas un fabricant d’éventails d’un village reculé à flanc de rizière, non, non: un douanier de l’aéroport de Shanghai. Ça te replace un ego, ça, mon Denis! Au cœur de cet étonnant voyage, mon cellulaire a rendu l’âme et j’ai perdu mon iPad à la frontière du Laos et du Cambodge, là où d’autres, plus exotiques que moi, ont jadis perdu la tête, enfumés d’opium. J’y ai vu un signe du destin. J’allais être confrontée au vide sidéral. C’est vraiment très con, le vide sidéral, surtout que j’avais mis un temps fou à monter quantité de listes de musique aux titres évocateurs, pour toutes circonstances et postures: 14 heures de vol en classe éco, sieste à l’ombre du rocher, insomnie de décalée et apéro en bungalow. Tant pis, j’allais à la fois être plus libre et me soumettre aux airs du temps et aux mélodies du lieu. On ne trouve pas d’onglet «musique ambiante» sur TripAdvisor. En sevrage d’appareils électroniques, je suis entrée pieds nus dans les temples, ai admiré Bouddha dans toutes ses positions et observé des moines en quantité, des singes m’ont grimpé dessus et j’ai fait de même sur une éléphante de mon âge. J’ai vu beaucoup d’évocations du roi mort, mais pas les Oscars. J’ai eu la frousse de ma vie à cause d’un chauffeur de tuk-tuk fou, mais je n’ai pas assisté au spectacle de Benjamin Biolay à Montréal en lumière ni eu conscience de la sortie du nouvel album de Vincent Vallières. Khao San Road, située à proximité de notre gîte, la mecque des bourlingueurs poilus de tous poils et venus de partout, sorte de rue Saint-Denis en bas

de Sherbrooke mais sur l’acide, regroupe des boutiques de paréos, pantalons de yogi, sandales en babiche et chemises de chanvre, restaurants, bars à cocktails et autres salons-de-massage-en-toutbien-tout-honneur qui vous remettent d’aplomb sur le trottoir au vu et au su des passants. S’y entremêlent des parfums de pad thaï, d’huile à friction, de tarentules grillées et de boules à mites. Ajoutez à l’atmosphère la musique, le bruit, les sons. Chaque adresse a le sien. Le claquement des mains des masseurs est le son le plus doux. Un joueur de blues enterre un quatuor émule des Beatles qui s’égosille sur A Hard Day’s Night. En face, un Bob Marley local fait comme il peut pour détendre l’atmosphère, mais en vain. Des femmes de la tribu Hmong descendues du nord de la Thaïlande et vêtues de leurs costumes traditionnels grattent avec un petit bâton le dos de grenouilles en bois… C’est fou, on dirait le croassement de vrais batraciens. J’en ai acheté une pour m’en souvenir. On fait de ces choses en voyage… Au détour d’une échoppe de mangues et de riz collant résonne Hotel California. Hotel California est, 40 ans pile après sa sortie, chantée sur tous les tons jusque dans ces plus lointaines contrées. Après avoir monté les 306 marches qui mènent au temple de Doi Suthep, près de Chiang Mai à 12 heures au nord de Bangkok, dans lequel sous un Chedi d’or, on a enterré un bout d’os d’épaule de Bouddha, apporté jusque-là depuis les Indes par un éléphant blanc qui est tombé raide mort une fois arrivé à destination… ce qui a bien failli m’arriver aussi. J’ai entendu Hotel California: «You can check-out any time you like, but you can never leave»!

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De retour dans la capitale, sur Trok Silp, ruelle de Bowon Niwet, près de mon gîte, un vieux voisin fait retentir tous les soirs autour de dix heures des chansons d’un autre temps, encore plus vieilles qu’Hotel California. Sa cabane n’a ni portes ni fenêtres. À quoi bon, il fait si chaud, autant laisser ouvert. Et qui voudrait lui voler la table tournante Technics modèle année 1980 qui égaye la vie du quartier? Bouddha veille. Éclairée d’un pauvre néon, l’unique pièce de son logis déborde de sacs de plastique pleins de je ne saurai jamais quoi. Les murs sont recouverts de photos de je ne saurai jamais qui. Il semble avoir 80 ans. Il a sans doute beaucoup moins. Couché à même le sol du matin au soir et du soir au matin, il ne se lève que pour tourner le 33 tours et passer de la face A à la face B. Imaginez le tableau. Il fait nuit. La ruelle bordée d’abris de fortune en vieux teck brun et en tôle n’est pas éclairée. Pas de sirènes, pas de klaxons, juste une lointaine rumeur de ville. Une brise de chaleur et de pollution. On parle par ici, on écoute la télé par là. Les chattes appellent les chats, une vieille fait frire des rouleaux impériaux. C’est bien tout ce qu’il y a d’impérial dans le quadrilatère. Et là… de chez le vieux, retentit une reprise en thaï d’Itsy Bitsy Teenie Weenie Yellow Polkadot Bikini de Brian Hyland. Ç’a été plus fort que moi, je me suis mise à danser dans les flaques. En manque de moi, la veille de mon retour, j’ai flanché. J’ai pris la direction du 35, Samsen Road. «Bangkok Poutine, ouvert de 11h à 23h», arbore la façade, avec un drapeau du Québec et un autre du CH. Sur une feuille blanche collée sur la porte, Bruno Blanchet a écrit au feutre: «Nouveau! Véritable fromage en grains pour vos poutines. Real cheese curds for your poutine.» À l’intérieur, une collection de messages rédigés par des compatriotes de passage. Tous contiennent au moins un tabarnak, quelques câlisse et beaucoup de contentement. Deux Thaïlandaises achèvent, sans sourciller, leur assiette au son de Passe-moi la puck des Colocs: «Aujourd’hui, la télévision est venue nous voir pour constater l’état du désespoir… Bobette, branlette, canette, Ginette.» Les Cowboys fringants enchaînent avec Les étoiles filantes. Je suis à Bangkok, mais plus près que jamais de chez moi, en gougounes, je mange de la poutine et, enthousiaste, je chante, avec Marjo: «On n’apprivoise pas les chats sauvages, pas plus qu’on met en cage les oiseaux de la terre».

9 AU 13

AOÛT 2017 PRÉFESTIVAL DU 4 AU 8 AOÛT

Jeudi 10 août / 20 h

ALEX CUBA GREGORY CHARLES Vendredi 11 août / 20 h

YANN PERREAU VALAIRE Samedi 12 août / 20 h

LA CHIVA GANTIVA TIKEN JAH FAKOLY

En partant, j’ai laissé une note:

Concert au lever du soleil à 5 h du matin dimanche 13 août

– Monique Giroux

CHLOÉ STE-MARIE

Salut Bruno, il me fallait passer par chez toi. Un saut qui fait du bien. Si tu veux ajouter du neuf à ta playlist de chansons québécoises, fais-moi signe. Bises

Zut, j’ai oublié d’écrire:

Merci pour la poutine. Tu as eu une tabarnak de bonne idée.

Va vraiment falloir que j’y retourne. y

PASSEPORTS EN VENTE SUR

musiqueduboutdumonde.com


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FRANTZ: LES VIVANTS ET LES MORTS APRÈS JEUNE ET JOLIE ET UNE NOUVELLE AMIE, FRANÇOIS OZON EST DE RETOUR AVEC FRANTZ, UNE ŒUVRE SURPRENANTE SUR L’APRÈS-GUERRE 14-18, LE DEUIL, LE PARDON ET LA CULPABILITÉ. PRÉSENTÉ À LA DERNIÈRE MOSTRA DE VENISE, OÙ L’ACTRICE PRINCIPALE A ÉTÉ RÉCOMPENSÉE, LE FILM CONTIENT L’ESSENCE DE SON CINÉMA: UN CŒUR SOMBRE ET UNE PASSION POUR LES NON-DITS. ENTREVUE AVEC LE CINÉASTE. MOTS | CÉLINE GOBERT

PHOTOS | JEAN-CLAUDE MOIREAU

Il est difficile d’évoquer Frantz, le dernier film de François Ozon, sans en révéler les mystères. «Ça! Il ne faudra pas le dire!», plaisante à plusieurs reprises le réalisateur, rencontré lors de son récent passage à Montréal. Cela dit, le cinéphile qui connaît un tant soit peu la filmographie du Français ne sera aucunement surpris: le secret est un thème cher à Ozon. Que ce soit dans Huit femmes, Jeune et jolie ou encore Une nouvelle amie, pour ne citer qu’eux, ses personnages ont toujours quelque chose à dissimuler. Dans Frantz, c’est Adrien (Pierre Niney), survivant français de la guerre 14-18, qui tait un passé difficile. Depuis la fin du conflit, il vient déposer des fleurs sur la tombe de Frantz, jeune soldat allemand décédé. Parfois, il pleure. Étonnée par la présence de cet homme à Quedlinburg, Anna (Paula Beer), la veuve de Frantz, va tenter d’en savoir plus sur la relation qui liait les deux hommes. «Je voulais faire un mélodrame, confie le cinéaste. Je les trouvais beaux et émouvants, ces personnages qui se débattent dans une période difficile, qui mentent, gardent des secrets.» La capacité de ces derniers à faire face à l’improbable, voire à complètement le transcen-

der en l’intégrant à leur réalité, rappelle les héros typiques d’Ozon. Le film s’emplit ainsi de fausses pistes propres à son cinéma, qu’il s’agisse de dimension homoérotique, d’ambiguïtés, d’amours impossibles ou fantasmées. «C’est souvent le cas: les mensonges révèlent des désirs profonds.» Pousser les choses à l’extrême, c’est aussi ce qui permet à Ozon de confronter les spectateurs à des dilemmes moraux, et les pousse à se demander ce qu’ils auraient fait à la place des personnages. «Mon histoire est très vraisemblable. À l’époque, beaucoup de témoignages ont été recueillis sur des soldats ayant sympathisé pendant la guerre, par exemple.» C’est une pièce de 1930 signée par Maurice Rostand qui a servi de point de départ à Ozon. «J’ai vite découvert qu’un cinéaste l’avait adaptée avant moi, et qui c’était? Ernst Lubitsch! Je voulais laisser tomber. Comment passer après lui?» Le film de 1932, Broken Lullaby, est d’ailleurs l’un des seuls drames de Lubitsch, plus connu pour ses comédies. «Il ne savait pas qu’il y aurait une Seconde Guerre mondiale. Quand on voit le film aujourd’hui, c’est un peu ironique, car c’est un film de réconciliation, pacifiste,

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avec une fin heureuse. Il fallait raconter l’histoire d’une autre manière.» Ozon choisit alors d’abandonner le point de vue du jeune Français pour celui des vaincus et de cette femme allemande. «Je voulais que le spectateur soit dans la position d’Anna, qu’il se demande pourquoi Adrien vient en Allemagne, quelle était sa relation avec Frantz. Tout à coup, ça changeait complètement la perspective du film.» Le réalisateur commence à écrire le scénario après les attaques de Charlie Hebdo, à l’aube de l’année 2015. «On sentait une crispation identitaire en France. Tout le monde chantait La Marseillaise, se la réappropriait dans

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«J’AI SENTI QUE LE FILM TOUCHAIT QUELQUE CHOSE AVEC TOUT CE QUI SE PASSE DANS LE MONDE: LA MONTÉE DU NATIONALISME, TRUMP ÉLU, LE BREXIT. MÊME S’IL SE PASSE EN 1919, IL FAIT ÉCHO À NOTRE ÉPOQUE» un esprit de rassemblement. En fait, en écoutant ce chant, on s’aperçoit que les paroles sont d’une violence incroyable!» Le film connaît un grand succès dans une France post-Bataclan abîmée et pessimiste: 11 nominations aux César (il a d’ailleurs remporté le trophée pour la meilleure photographie), plus de 600 000 spectateurs en salle, les critiques globalement bonnes. «J’ai senti que le film touchait quelque chose avec tout ce qui se passe dans le monde: la montée du nationalisme, Trump élu, le Brexit. Même s’il se passe en 1919, il fait écho à notre époque», confie le réalisateur.

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37 Élégiaque, le film porte tout du long une grande douleur, qu’il exprime dans des instants de langueur, mélancoliques, où l’on y récite Verlaine, joue du violon, observe les feuilles mortes. À plusieurs reprises, le film passe du noir et blanc à la couleur. «Les passages en couleur dans le film sont émotionnels. J’avais la volonté d’aller vers quelque chose de l’ordre de la sensation et du ressenti», précise Ozon. Quant au noir et blanc, s’il semble d’emblée traduire le deuil des personnages, il s’agissait surtout d’une façon pour lui de rendre la reconstitution de l’époque plus authentique. «Toute notre mémoire de cette époque est en noir et blanc.» Plus encore qu’un film sur la coexistence entre la vie et la mort, Frantz est un film sur leur entre-choc. Que se passe-t-il quand les deux se rencontrent? Comment se nourrissent-ils? D’ailleurs, la pulsion de vie qui irradie le film n’est peut-être pas étrangère à l’enthousiasme général. Pour Ozon, il était évident que le personnage féminin devait s’en sortir. «Il y a une force de vivre en elle, une volonté de tourner la page. Elle a traversé les épreuves, a suivi un chemin de désillusion, et a appris ce qu’était la réalité. Les choses commencent pour elle.» y En salle le 7 avril PAULA BEER ET PIERRE NINEY


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Dalida, de son vrai nom Iolanda Gigliotti, a grandi au Caire et s’est fait arracher son père violoniste du nid familial pendant la Deuxième Guerre mondiale. Petite, elle devait porter des lunettes et a reçu les moqueries de ses camarades de classe. «Basta! Basta!» (Arrêtez!), crie en pleurant de chaudes larmes la jeune actrice qui l’incarne dans le long métrage biopic de Lisa Azuelos. Plus tard dans le film, alors que Dalida est au sommet de sa carrière, elle a cette même réaction, répète ces mêmes mots. Nous y voyons là un écho à son enfance et à ce sentiment d’impuissance, de rejet, d’oppression, qui l’habite depuis toujours. «C’est de l’épuisement, nous explique la réalisatrice au bout du fil. Dalida doit toujours lutter contre quelque chose et parfois elle n’en peut plus.» Lisa Azuelos avoue qu’elle n’était pas vraiment une admiratrice de la chanteuse avant d’entreprendre l’écriture du scénario de Dalida. Mais l’histoire devant elle était si puissante: celle d’une chanteuse populaire, oui, mais aussi celle

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Les amours de Dalida, devenue grande star de la chanson populaire en France après avoir été repérée par Bruno Coquatrix de l’Olympia de Paris et par son futur gérant et mari Lucien Morisse, se sont succédé et ont été fort publicisées. Dès le début de son mariage avec son mentor – qui, lui, sera amoureux fou d’elle jusqu’à son dernier souffle – , elle prend pour amant Jean Sobieski. Les journaux s’en mêlent et le public réagit négativement. Mais au-delà des potins, sa vie sera réellement chamboulée avec le suicide de Luigi Tenco, événement qui la mènera elle-même à faire une tentative de suicide. Et ce sera le premier des trois amours de Dalida qui s’enlèveront la vie. Comment aborder adéquatement ce sujet sensible sur grand écran? «Le film commence avec un suicide et se termine avec un deuxième suicide, indique Lisa Azuelos. La question que je me posais pour le film était: comment essaiet-on de rattraper l’envie de vivre quand on l’a perdue? Comment lutte-t-on contre les démons lorsqu’ils nous

LES LARMES DE PAILLETTES DE DALIDA LA VIE PEUPLÉE DE SUCCÈS ET DE TRAGÉDIES DE LA GRANDE CHANTEUSE ITALO-ÉGYPTIENNE DALIDA EST PORTÉE AU GRAND ÉCRAN. MOTS | VALÉRIE THÉRIEN

d’une femme qui s’accroche à l’amour jusqu’à la mort. «J’ai appris à la connaître en faisant la recherche et j’ai eu envie de raconter sa vie, ses amours, son espèce d’idéalisme de l’amour qui viendrait la sauver comme une princesse attend le prince charmant. Quel que soit son âge, elle s’embarquait toujours dans des histoires d’amour avec beaucoup d’espoir.» En début de film, Dalida – bouleversante Sveva Alviti dans un premier grand rôle – est heureuse et détendue, au lit avec son amant Luigi Tenco. Ils discutent du philosophe allemand Martin Heidegger et de son concept de l’«Êtrevers-la-mort», mais Dalida, dans son grand romantisme, indique qu’elle préfère penser que nous allons vers l’amour plutôt que vers la mort. «J’aime bien cette notion de Heidegger: dès qu’on est aimé, on est suffisamment vieux pour mourir. Et aussi: ce qui est mortel, c’est d’être vivant. Je sais que Dalida parlait beaucoup de philosophie avec Luigi Tenco, précise Lisa Azuelos. J’avais envie de lui faire dire “pour moi, on est un être qui va vers l’amour”, et que l’amour est éternel. C’était ça, sa croyance, j’en suis sûre.»

PHOTO | PATHÉ FILMS

ont envahis? J’aimais cette histoire de femme qui est consciente qu’elle a des démons en elle et qui essaie de toutes ses forces de lutter contre – notamment avec l’amour des hommes.» La carrière de Dalida est présentée en parallèle à ses relations interpersonnelles dans le long métrage. La personne qui lie ces deux mondes, c’est le frère cadet de Dalida, Orlando. À ses côtés tout au long de sa vie, celui-ci a géré la carrière de sa sœur avec rigueur et a réussi à la garder sur les palmarès en réinventant sa carrière. C’est lui qui l’a poussée vers de nouveaux sommets en plongeant dans le disco dans les années 1970, mais c’est aussi lui qui l’a poussée alors qu’elle n’en avait plus la force. «C’est une situation ambiguë où on veut protéger les gens qu’on aime et, en même temps, on ne veut pas les laisser sombrer dans la dépression», indique la réalisatrice. Finalement, les démons de Dalida auront eu raison d’elle. Une star aimée, mais assombrie. y En salle le 28 avril


LA GLOIRE DE MA MÈRE ADAPTATION SENSIBLE DU ROMAN ÉPONYME DE ROBERT LALONDE, C’EST LE CŒUR QUI MEURT EN DERNIER MARQUE LE RETOUR AU CINÉMA D’UNE CERTAINE DENISE FILIATRAULT. FILS À L’ÉCRAN ET SCÉNARISTE À LA VILLE, GABRIEL SABOURIN RELATE CETTE AVENTURE UNIQUE. MOTS | NICOLAS GENDRON

PHOTOS | LES FILMS SÉ V ILLE

Qu’il écrive du théâtre (Le prince des jouisseurs, inspiré de l’univers de Feydeau) ou qu’il s’attaque à des scénarios (Amsterdam, écrit à six mains, et surtout Miraculum, «film choral plus ambitieux», signé Podz), le comédien Gabriel Sabourin a toujours eu envie de raconter des histoires. «Le jeu et l’écriture sont étroitement liés pour moi, sans doute à cause de mon père [Marcel Sabourin], un vrai touche-à-tout qui m’a transmis sa fascination. Plus je joue, plus j’ai envie d’écrire. Et vice-versa. C’est curieux parce que, l’an dernier, j’ai participé à l’Atelier Grand Nord, de la SODEC, et j’y ai revu l’auteur François Archambault, qui avait étudié en même temps que moi à l’École nationale, mais en dramaturgie. Il n’était pas surpris et m’a rappelé que j’étais le seul acteur qui s’invitait dans leur local d’écriture, à l’époque! Je ne m’en souvenais pas», rigole-t-il. Le souvenir est justement la matière première de son troisième scénario, qui convoque la figure haute en couleur de la mère du romancier Robert Lalonde. C’est le réalisateur Alexis Durand-Brault (La petite reine), avec qui les deux hommes collaborent sur Au

secours de Béatrice, qui a mis le livre de l’un entre les mains de l’autre, en vue d’une éventuelle adaptation. «À la première lecture, je me demandais comment j’allais y arriver, tellement c’est sensoriel, impressionniste. Ça saute d’une époque à l’autre, sur toute une vie. Et l’alter ego de Robert, dans le récit, nous partage surtout son point de vue sur sa mère.» Comme il a beaucoup de respect pour Lalonde, Sabourin s’est assuré d’obtenir son assentiment, pour ajouter du sien à cette matière autobiographique. «Il m’a rappelé à juste titre que toute écriture est déjà un geste d’interprétation, et que même sa mère, une fois couchée sur papier, n’est plus tout à fait sa mère.»


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un effet miroir!), le film traduit avec soin l’essence même du livre, universelle: une mère, au plus fort de l’enfance et de la vie, c’est souvent le centre du monde, de son monde. La musique est aussi bien présente, Harry Belafonte en tête, non seulement pour insuffler une part de lumière à l’univers plus glauque des CHSLD, mais aussi pour déclencher en douceur les mécanismes de la mémoire et faire rejaillir les souvenirs, ici condensés dans le cocon familial et sa cuisine. «C’est l’endroit où sa mère lui faisait des spectacles pour lui seul, un peu comme dans Encore une fois, si vous permettez, de Michel Tremblay.»

«À LA PREMIÈRE LECTURE, JE ME DEMANDAIS COMMENT J’ALLAIS Y ARRIVER, TELLEMENT C’EST SENSORIEL, IMPRESSIONNISTE.»

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C’est là qu’entre en scène Julien, un écrivain débutant imaginé et personnifié par Sabourin. «Les secrets de famille, ça vous gruge de l’intérieur, et le geste de l’écriture, pour mon personnage, en est un de réconciliation, qui l’aide à cicatriser les blessures du passé.» Le premier roman de Julien s’appelle aussi C’est le cœur qui meurt en dernier et lui vaut une belle reconnaissance publique. «J’aimais l’idée que la mère (Denise Filiatrault) ignore tout du talent d’auteur de son fils, même s’il raconte leur vie, d’autant plus qu’elle ne sait pas vraiment lire.» Leur relation est d’ailleurs plus évolutive au grand écran, pour les besoins de l’intrigue. «La notion d’oubli, avec la mère qui perd tranquillement la carte, m’interpellait particulièrement, avec en toile de fond la question de mourir dans la dignité.» Entre les visites à la villa pour personnes âgées et les souvenirs magnifiés d’une enfance évanouie (où la mère prend alors les traits de Sophie Lorain, tel

«Mon désir secret, c’est que tout le monde pense à sa mère en voyant le film», d’avouer Sabourin. Et qui de mieux que Filiatrault pour incarner la fibre maternelle, elle qui lui a donné sa première chance dans le métier. «Ce fut ma première metteure en scène. C’était formidable de me retrouver avec elle sur le plateau. Denise est comme ma maman de théâtre. J’ai toujours aimé jouer avec des acteurs d’expérience, parce qu’il n’y a aucun rapport hiérarchique; ils s’amusent comme des enfants et partagent les mêmes objectifs.» Outre un caméo dans Laurence Anyways, de Xavier Dolan, Filiatrault n’avait pas tenu le haut de l’affiche depuis Blue, la magnifique, de Pierre Mignot, en 1990! «C’était l’idée d’Alexis. C’est la première fois que j’écrivais avec quelqu’un en tête. Heureusement, elle a embarqué. À un point tel qu’Alexis devait lui dire d’être moins énergique, comme elle est plus vieille que son personnage!» On n’a pas de mal à y croire en découvrant cette mère attachante qui les contient presque toutes, en un cœur qui bat et de grands émois. y En salle le 14 avril


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NORMAND BAILLARGEON PRISE DE TÊTE

MULTICULTURALISME: LE POUR ET LE CONTRE Depuis quelques années déjà, on parle beaucoup, en bien comme en mal, de multiculturalisme. Mais trop souvent, on ne se donne pas la peine de définir le mot. De quoi s’agit-il exactement? Voici un début d’explication. Le concept provient de la philosophie politique, et notre bien connu Charles Taylor en est un des théoriciens majeurs. Le concept et sa justification Au point de départ, le constat indéniable du pluralisme de nos actuelles démocraties libérales, où coexistent diverses communautés, cultures, religions, langues, etc. Longtemps, ces sociétés ont été relativement homogènes et un groupe plutôt unifié sur tous ces plans y dominait. Une certaine conception dite libérale de l’individu y était aussi répandue, le décrivant comme autonome et faisant en toute liberté des choix de vie. Arrivent là-dessus, il y a trois décennies environ, les multiculturalistes (il y en a diverses écoles), dont Taylor. La première chose qu’ils nous rappellent est que nous forgeons nécessairement notre identité à partir de pratiques et de croyances (et à travers d’elles) de notre groupe d’appartenance et leur réception par autrui, et que nous ne sommes donc en rien ces sujets désincarnés des libéraux ci-devant. La deuxième est que faute de voir ces pratiques et ces croyances reconnues – par des institutions et par des politiques, notamment –, des personnes et des groupes risquent d’être discriminés et d’entretenir une image négative d’euxmêmes. Le cas des Noirs américains est cité par Taylor: «Durant des générations, la société blanche a entretenu d’eux une image dégradante que certains Noirs ont fini par endosser. Selon cette analyse, leur auto-dépréciation devient un des plus efficaces instruments de leur oppression.»

De plus, en raison de leurs croyances et de leurs pratiques, des personnes et des groupes rencontrent, pour exercer leurs droits et prendre pleinement part à la vie sociale, politique et économique, des obstacles particuliers que les membres du groupe majoritaire, eux, ne rencontrent pas. Pensez à la langue, au calendrier, à la nourriture, et à mille autres choses encore… La troisième est une conséquence de ce qui précède: la justice demande de mettre en place des politiques qu’on dira de la reconnaissance ou de la différence, qui lèveront ces obstacles, un peu sur le modèle de ce qui se fait déjà, et sans que cela pose problème, pour certains groupes – on installe par exemple dans les édifices publics ou même privés des rampes d’accès pour les personnes handicapées. Nous avons eu dans le passé, dira-t-on, au nom de la justice et de la dignité, des politiques universalistes interdisant de discriminer pour des motifs arbitraires et non pertinents comme le sexe, la culture, la religion, etc. Voici venu, toujours au nom de la justice et de la dignité, le temps des «politiques de la différence». Taylor écrit: «Par la politique de la différence, ce dont on demande la reconnaissance c’est l’identité unique de ce groupe ou de cet individu qui les distingue de tous les autres. L’idée est que c’est précisément cette distinction qui a été ignorée, gommée ou assimilée à l’identité dominante ou majoritaire. Et cette assimilation constitue le péché le plus grave contre l’idéal d’authenticité.» Rappelons, c’est important, que ce péché menace le droit des individus et des groupes à pleinement participer à la vie sociale, politique mais aussi économique. Cela justifie, dit-on, que ces individus et ces groupes pourront jouir des droits différenciés. Nos accommodements raisonnables? Il y a plusieurs sources, mais en voici une importante.

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Ces idĂŠes se conjuguent volontiers avec une conception diffĂŠrente et dite ouverte de la laĂŻcitĂŠ – l’autre, parfois appelĂŠe rĂŠpublicaine, ĂŠtant jugĂŠe sĂŠvèrement pour des raisons que je vous laisse dĂŠduire. C’est lĂ un argumentaire puissant et riche et qui a beaucoup influencĂŠ nos politiques publiques. Il a aussi beaucoup fait jaser et ĂŠcrire et a ĂŠtĂŠ vivement contestĂŠ. Voici quelques-unes de ces critiques, parmi les plus discutĂŠes. Quelques critiques marquantesÂ

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Une première concerne ce qui est perçu comme du relativisme chez les multiculturalistes, dont on dÊplore une tendance à refuser de juger nÊgativement telle ou telle pratique ou croyance. Or, dira-t-on, il existe des croyances et des pratiques intolÊrables et la posture multiculturaliste risque de nous conduire (ou nous a conduits parfois‌) à une inexcusable tolÊrance devant l’intolÊrable. Une deuxième critique concerne le statut accordÊ à la communautÊ et à la culture dans cette vision des choses, dont on dira qu’elle les pose comme un tout homogène, alors qu’ils sont diffÊrenciÊs. On rappellera ainsi que les cultures ne sont pas monolithiques, qu’elles ont toujours interagi et se sont mutuellement influencÊes. On rappellera aussi que dans toute communautÊ, il y a des dissidences, des divergences, des dÊsaccords. Ne risque-t-on pas de faciliter l’oppression des groupes minoritaires (ici, les homosexuels, là , les athÊes, par exemple) par une vision trop multiculturaliste? Notez qu’à travers cette critique, c’est le sujet libÊral de tout à l’heure, peut-être trop vite congÊdiÊ, qui fait son retour‌ Un troisième groupe de critiques procède à partir d’ici: celle des fÊministes, percutante et importante. Certaines ont en effet fait valoir que la reconnaissance de droits à des groupes peut, à l’interne, contribuer à l’oppression des femmes et accentuer leur marginalisation ou leur oppression dans ce groupe, et qu’il y a donc, potentiellement au moins, contradiction ou incompatibilitÊ entre fÊminisme et multiculturalisme. Une quatrième critique Êmane des courants nationalistes. Elle soutient notamment que la dÊfense des cultures minoritaires peut finir par s’accompagner d’un mÊpris d’existence, voire d’un dÊni, de la culture majoritaire, dont toute dÊfense serait assimilÊe, à tort, à du racisme ou à de la xÊnophobie. Je m’en tiendrai là , même si je n’ai pu qu’effleurer le sujet. Car ce qui est en jeu derrière tout cela, et c’est ce qui rend ce dossier si complexe, c’est entre autres les conceptions qu’on se fait du sujet, de la vie collective, des droits des individus et des groupes, ainsi que du rôle de l’État. Mais j’espère au moins vous avoir convaincu qu’il y a là matière (fÊconde) à dÊbat et à discussion, et, qui sait, vous avoir donnÊ le goÝt de lire Taylor – et aussi ses critiques, bien entendu. y

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LES DRAG QUEENS NOUS FASCINENT, MARQUENT DE PLUS EN PLUS DE CINÉASTES ET D'AUTEURS EN PLUS D’ATTIRER UN PUBLIC GRANDISSANT ET VARIÉ. ÉTAT DES LIEUX D'UNE SCÈNE QUI SE DÉCLOISONNE, D'UNE FORME D'ART À PART ENTIÈRE DÉPOUSSIÉRÉE PAR UNE NOUVELLE GÉNÉRATION AMBITIEUSE ET LIBÉRÉE DE TOUS TABOUS. MOTS | CATHERINE GENEST ET MARIE PÂRIS

PHOTO | MAXYME G. DELISLE (CONSULAT)


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«C’est un univers qui frappe l’imaginaire, un monde fantasmagorique où l’humour est toujours présent. Mais les drags, tout le monde les connaît sans vraiment les connaître…» En se lançant dans une série documentaire sur les drag queens, le réalisateur Frédéric Gieling voulait démonter les préjugés sur ces performeurs et montrer les coulisses d’une discipline encore peu connue. ILS de jour, ELLES de nuit, qui sera diffusé sur ARTV à partir du 7 avril, suit six drag queens sur scène et dans leur vie de tous les jours: on y découvre ce milieu à travers les yeux d’artistes qui se produisent depuis une dizaine d’années, mais aussi de jeunes de 18 à 23 ans qui font leurs débuts sur scène. Bien sûr, impossible de parler de drag queens sans citer Mado Lamotte, qui assure la fonction de présentatrice et de voix off des épisodes. «On la connaît, Mado… C’est pour ça qu’on a voulu la mettre en présentatrice plutôt qu’en personnage de la série», explique Frédéric. Et puis Mado refuse

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qu’on la suive dans sa vie de tous les jours, celle de Luc (son vrai prénom), car elle n’a jamais montré son visage réel. «Les stars disent souvent s’ennuyer du temps où elles étaient incognito; moi, j’ai cette chance alors j’en profite, justifie Luc. Ma vie de jour, c’est ce qui me reste de vie privée.» Mettre en contraste vie de jour et vie de nuit, c’est l’objectif du réalisateur de la série, qui a suivi ses personnages pendant près d’un an. Les drag queens se sont ouvertes rapidement et sans censure, assure Frédéric, et elles n’ont eu aucun problème à témoigner à visage découvert. Il est arrivé une seule fois qu’une drag d’un cabaret refuse d’être filmée en gars; il travaillait dans l’armée et ne voulait pas être reconnu par ses collègues. «Cette série n’est pas une parodie, c’est beau et très léché, commente Luc. Ce n’est pas toujours le cas. Si Priscilla, folle du désert est un hommage aux drag queens, j’ai regardé Cover Girl de loin, comme une comédie. C’est une grosse parodie: le gars qui va magasiner sur Saint-Hubert habillé en drag…» Esprit de famille Le documentaire d’ARTV démonte quelques clichés au passage, à commencer par l’idée que les drag queens sont toujours vulgaires ou méchantes. «Avoir un personnage leur permet d’aller plus loin, notamment dans leur humour décapant, et les gens pensent que ça se répercute dans les loges», rapporte le réalisateur. Des bitchs? Au contraire, assure Frédéric, qui a découvert en coulisses une grande entraide, un partage de conseils, de costumes ou de maquillage… Bref, un aspect familial très fort – Mado parle d’ailleurs souvent de ses «filles». «Il y a un esprit d’ouverture que j’ai rarement vu, confie le réalisateur. Ce sens de la communauté est très beau, et le côté famille donne des histoires très touchantes.» Autre idée préconçue: non, les drag queens ne sont pas toutes des hommes. Dans la série, on peut ainsi suivre Léa, 17 ans, qui se transforme la nuit en Lady Poonana, et avoir son regard de fille sur ce milieu qui reste malgré tout un univers masculin. Les filles drags, c’est nouveau, explique Luc: «On a vu arriver

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les premières il y a cinq ans. Avant, c’était plutôt des drag kings, des femmes déguisées en hommes. J’étais pas trop chaud à l’idée d’accueillir des filles au Mado… Et puis, on a essayé. L’important pour elles, c’est de faire oublier la fille et de mettre en avant leur personnage. Le sexe, on s’en fout, c’est le talent qui compte!» Si c’est un phénomène récent, c’est aussi parce que «les jeunes sont beaucoup plus ouverts que nous, les vieilles…» Un milieu masculin, et aussi à majorité homosexuelle (à 99%, selon Luc, qui n’a rencontré qu’une seule drag queen hétéro, «un Australien père de famille»). Une bonne chose, pense Frédéric: «Ça reste un univers très gai, et tant mieux. Souvent, la culture hétéro s’approprie la culture gaie, mais le drag reste une des zones où ils restent maîtres de

et souvent, ils étaient tellement mauvais! C’est beaucoup plus difficile qu’on croit, on ne se rend pas compte de tout le travail qu’il y a derrière… Pour moi, c’est vraiment une forme d’art. Et c’est fou de voir à quel point les drags s’y dédient, même si souvent c’est financièrement à perte.» En effet, se construire des looks peut coûter extrêmement cher, sachant que pour participer à une soirée, il faut environ trois costumes et autant de perruques (comptez environ 100$ pour une qualité correcte). Et il faut se réinventer tout le temps pour varier ses numéros… À part Luc – qui fait aussi des one-man-shows, du corpo, et est actionnaire du cabaret Mado –, très peu de drag queens vivent de leurs performances. Souvent, elles exercent d’autres jobs, souvent reliées au look (coiffeur, maquilleur…).

«LES STARS DISENT SOUVENT S’ENNU YER DU TEMPS OÙ ELLES ÉTAIENT INCOGNITO; MOI, J’AI CETTE CHANCE ALORS J’EN PROFITE. MA VIE DE JOUR, C’EST CE QUI ME RESTE DE VIE PRIVÉE.» — MADO LAMOTTE leur art…» Ce documentaire remet aussi les définitions à plat, car dans la tête de la plupart des gens, une drag queen est «un gars qui se déguise en fille». Luc se souvient qu’aux débuts de Mado, il préférait avoir un maquillage digne d’un clown pour qu’on le différencie d’un travesti – ou d’un transsexuel. Mais il ne s’agit pas juste de look; en plus de savoir s’habiller et se maquiller, il faut aussi pouvoir chanter, danser, interagir avec le public, le faire rire sans le braquer… «Un coming-out à deux niveaux» Mado, qui incarne la bitch comique – «la femme fatale, très peu pour moi; j’arriverais dernière à Miss Univers…» –, assure qu’il y a plus de compétition aujourd’hui dans le milieu: «Avant, même si t’étais mauvaise, t’allais travailler. De nos jours, plus que jamais, il faut essayer d’être variée et originale.» Un vrai métier de performance, dont la difficulté a surpris le réalisateur. «On a assisté à des spectacles d’amateurs pour des collectes de fonds,

Si l’un des personnages de la série est prof de musique pendant la journée, il constitue plutôt une exception. Autre défi, et non le moindre: gérer le regard des gens sur cette passion. «C’est un coming-out à deux niveaux», rapporte Frédéric, d’après les témoignages qu’il a reçus pour le documentaire. «Souvent, ils ont dû faire leur coming-out de gai puis leur coming-out de drag. Et le deuxième était beaucoup plus difficile…» Mais d’après Luc, le contexte est de plus en plus facile: «Alors qu’avant les jeunes étaient plutôt mal à l’aise avec les drags, aujourd’hui, ça les fascine. C’est plus compris par le grand public, et le Village n’est plus considéré comme un ghetto…» Aller aux drags comme on va au théâtre? Au cabaret Mado, le public est à 80% composé de monsieur et madame Tout-le-monde, qui y font même des sorties en famille – on y voit d’ailleurs de plus en plus d’enfants. Ça se démocratise, assure Luc. «Un jour, on aura peut-être même un premier ministre drag!» (M. Pâris)

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CHANGING ROOM, PHOTO | GUILLAUME D. CYR


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Les drag queens dans l’art Costumes flamboyants, émotions exacerbées, lexique grivois et vacheries décadentes. Les personnificateurs féminins inspirent les créateurs de toutes les disciplines. Remontons le temps jusqu’en 1973. Jean Archambault monte sur les planches du Quat’Sous dans le costume de Cléopâtre (façon Elizabeth Taylor) et marque, presque au fer rouge d’ailleurs,

une scène théâtrale à peine remise des Belles-sœurs. L’impact est fort. Hosanna, personnage-titre de la pièce de Michel Tremblay, sera à jamais associée au nom du comédien qui a campé son rôle. Comble du hasard: Gilles Renaud, qui lui donne la réplique, replonge dans cet univers haut en couleur 32 ans plus tard pour incarner Cherry Sundae dans Cover Girl, une télésérie radio-canadienne coécrite par Pierre Samson et Richard Blaimert, une comédie de 22 minutes diffusée à heure de grande écoute. Dès lors, les reines des nuits de Montréal entrent dans les téléviseurs de partout au pays, révélant au passage un monde éclaté à un très large public – enfants compris. René Richard Cyr, Vincent Bolduc et Frédéric Pierre sont aussi de la distribution, ils brillent dans leurs rôles savamment décalés. «Les drag queens ne vivent pas en perruque et en robe toute la journée, mais c’était une convention qu’on avait acceptée, se défend M. Samson. C’était des cas particuliers qui vivaient aussi leur vie déguisés en filles. […] Le plus important, pour moi, c’était de montrer que les gens excentriques et complètement à côté de la plaque ont en réalité une vision beaucoup plus nette de notre société.» Cover Girl est une fiction plutôt clownesque par moments, certes, mais c’est avec cette émission qu’une tonne de gens de la banlieue douillette et des régions ont eu une première chance de se familiariser avec la différence, avec une forme d’art souvent cantonnée aux grandes villes. La sitcom illustre aussi à merveille le paradoxe ou la complexité de ces personnages exubérants qui masquent – et ça, c’était dans le sous-texte – leur tristesse et leurs blessures avec la mesquinerie. Silver Catalano a l’âge de ceux qui ont vu grandir Veronica Sinclair et Lana Brown au petit écran, bien qu’il s’avoue mal à l’aise avec leur propension pour le bitchage. Artiste multidisciplinaire, il intègre le drag à tous les aspects de sa pratique et privilégie une approche nouvelle, dramatique, presque dénuée d’humour. Une petite révolution dans le milieu. «Moi, j’ai une esthétique genderfucked, rock star, punk rock. Plus tard, je me vois faire un show dans un aréna sold out et sauter dans une foule avec des talons très hauts et le chest full poilu. C’est comme un fantasme. Je suis un rock’n’roll child qui essaie de conquérir le monde de la pop.»

MADO LAMOTTE, PHOTO | MARIE LI DI CESARE

Habile en coiffure et en maquillage, Silver «a arrêté l’école à 15 ans pour faire de la photo», des autoportraits influencés par les éditoriaux mode de Vogue et Vanity Fair, avant de vendre sa caméra pour financer sa musique. En novembre dernier, il dévoile Wave, une chanson accompagnée d’un vidéo-

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SILVER CATALANO, PHOTO | ARIANE AUBERT BONN

clip intense qu’il a coréalisé avec Didier Charrette. Le premier chapitre d’une trilogie prometteuse, intrigante et surtout à mille lieues du style burlesque de ses collègues du Drague, le fameux bar LGBT de Québec qui teinte le Changing Room d’Alexandre Fecteau.

cinéma, les drag queens. Ils sont souvent entraînés dans des projets d’artistes ou de journalistes plus ou moins sérieux qui cherchent le punch là-dedans, une marginalité qui va ajouter de la couleur à ce qu’ils préparent.»

Étrennée in situ en 2009, la pièce interactive du dramaturge remplit ensuite les théâtres de Québec, Montréal et Ottawa jusqu’en 2013. Un succès populaire qui n’est pas étranger à la recherche documentaire réalisée en amont, par souci de réalisme, et aux liens tissés au sein de la communauté. Il le précise, s’en souvient: ce n’était pas facile de gagner la confiance de ces gens habitués de voir leur travail décontextualisé, dénué de sens par des créateurs peu scrupuleux. «Il y avait une certaine méfiance parce que c’est un sujet très populaire dans les journaux étudiants ou dans les cours de

Ici comme ailleurs, les personnificateurs féminins parviennent à se tremper le gros orteil dans la culture populaire. En 1994, l’Australien Stephan Elliot se fraye un chemin jusqu’aux Oscars (en remportant le prix des meilleurs costumes) pour un film devenu culte: The Adventures of Priscilla, Queen of the Desert (Priscilla, folle du désert). Les drag queens inspirent sporadiquement, comme hors des modes. Reste à voir si Silver Catalano et ses contemporains seront capables de défoncer la frontière imaginaire, de se raconter eux-mêmes dans leurs propres œuvres d’art. (C. Genest) y


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LE GRAND VOYAGE D’UN PETIT BOL EN QUELQUES ANNÉES, LE POKE A CONNU UNE ASCENSION FULGURANTE DEPUIS LES EAUX TROPICALES D’HAWAÏ. ZOOM SUR CETTE TENDANCE RAZ-DE-MARÉE. MOTS | HÉLOÏSE LECLERC

Méconnu il y a à peine trois ans, le poke (prononcer poké) s’est aujourd’hui fait une place sur le marché panaméricain du fast-food santé. Eater.com rapporte que le nombre de restaurants offrant ce plat d’inspiration hawaïenne aux États-Unis aurait presque doublé sur Foursquare entre 2014 et 2016. Modeste plat de poisson cru, le poke est consommé depuis des siècles à Hawaï, même si sa première apparition dans les livres de recettes locaux ne date que des années 1970.

de transformations culinaires, autant pour séduire les consommateurs que pour assurer la viabilité économique en contexte américain. Le poisson, tranché plus finement, s’accompagne désormais de bases diversifiées (quinoa et laitues mélangées), les sauces se sont multipliées (mayo épicée), et des garnitures variées, de l’avocat à l’edamame, sont arrivées en renfort.

Tantôt servi en cubes (d’où le nom de poke, qui signifie «coupé en morceaux»), tantôt écrasé entre les doigts par les pêcheurs au quai, le poisson était assaisonné de sel d’Hawaï, d’algues hachées et de noix de kukui rôties et écrasées. Plus récemment, l’influence nippone présente à Hawaï aurait encouragé l’utilisation du riz à sushi comme base, l’ajout de nouveaux aromates – sauce soya, oignon vert, huile de sésame – et surtout l’adoption du thon rouge ahi comme protéine, à la place des poissons de récifs utilisés jusqu’alors.

«Le consommateur américain qui achète un bol poke cherche souvent un repas complet, pas juste du poisson. Il veut que ce soit sain, exotique, frais, safe», explique Yann Levy, cofondateur de Koa Lua, qui possède deux enseignes à Montréal depuis 2016. «Mais il y a aussi la question du coût: comme le thon est très cher au Québec, on compense la quantité de poisson retirée par autre chose.» Dans le cas de son restaurant, qu’il a voulu ancrer dans l’imaginaire hawaïen avec son décor ensoleillé comme une journée à la plage, il propose quand même trois bols plus fidèles aux origines du plat. «Personnellement, ce sont ceux-là que je préfère…»

Le rayonnement international de chefs hawaïens comme Mark Noguchi a contribué à la notoriété grandissante des traditions culinaires insulaires, incluant le poke. Tout comme pour le sushi japonais, qui a conquis la côte ouest avant d’envahir le continent, cette délocalisation a entraîné une série

Inspirations hawaïenne et californienne

2016 aura été l’année de la consécration du poke dans la métropole, avec l’arrivée de plusieurs nouvelles adresses. À l’ouverture du Poké Bar à Montréal en juin dernier, le concept était encore si inédit que

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D’autre part, Noguchi dénonce la transformation du thon ahi, une ressource limitée et fragile. À peine revenu d’un bref séjour en sol hawaïen, Yann Levy souligne que les restaurateurs insulaires sont déjà passés en mode solution, avec un effort marqué en vue de diversifier les poissons cuisinés et de s’en tenir aux espèces durables. Le réflexe, partagé par un certain nombre de restaurateurs d’ici, est cependant mitigé par divers problèmes, comme l’accès à des pêcheries alternatives certifiées à coût raisonnable. Autre enjeu: la viabilité du modèle d’affaires. Alors que la restauration rapide conventionnelle table sur un faible coût des produits et un grand volume de ventes pour générer des profits, l’attrait du poke constitue aussi son talon d’Achille: les clients ne désirant pas payer beaucoup plus cher pour des ingrédients frais, les restaurateurs tendent à diminuer leur marge de profit (donc leur rentabilité de nombreuses personnes ont cru qu’un bar dédié aux joueurs de Pokemon Go venait de voir le jour. Cette confusion n’a pas tardé à se dissiper et les Montréalais ont, eux aussi, sauté dans la vague. Si quelques restaurants de Québec se sont déjà lancés dans la commercialisation de bols poke – Buddha Station, TARTAR Station, Le Shaker –, la première adresse véritablement dédiée à la tendance, Bols et Poké, verra le jour en avril dans Saint-Jean-Baptiste. Le coactionnaire de l’établissement, le restaurateur en série Mathieu Villeneuve, est allé à trois reprises à Hawaï au cours des 10 dernières années et s’est laissé séduire par le concept, tout en l’adaptant. Chez lui, les clients auront la liberté de composer leurs propres bols – une pratique désormais connue sous le nom «build-your-own». Mathieu a aussi confié à Alexanne Grenier, la chef de son restaurant Nakamura Sushi, la mission de développer quelques pokes d’inspiration californienne, avec des accents asiatiques et nordiques. «Nous avons un beau local, avec une petite cour intérieure. Le tout sera aménagé dans un style Bali, avec des plantes, des tableaux blancs suspendus… Ça va être un très bel ajout au quartier. On veut contribuer à le redynamiser.» Là pour rester? Un nombre toujours plus grand de restaurateurs attirés par l’écho suscité par le poke se lancent avec l’intention de capitaliser sur son succès. Pour cette raison, Mark Noguchi a cru bon de tirer la sonnette d’alarme. D’une part, il espère sensibiliser les consommateurs à l’exploitation sous-jacente de la culture hawaïenne à des fins commerciales. Votre poke consiste en un mélange de quinoa, de champignons et de porc teriyaki? Vous ne mangez plus un poke, mais un bol de marketing.

KOA LUA

potentielle) pour demeurer attrayants. En revanche, tout porte à croire que l’intérêt pour le fastfood santé continuera de se développer au cours des prochaines années sous l’impulsion des consommateurs, de plus en plus préoccupés par leur alimentation. «Le poke est là pour rester, conclut Yann Levy. Tout comme le sushi, je ne crois pas qu’il y aura un retour en arrière.» y

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SAVEURS NORDIQUES AMBASSADEUR DE LA CUISINE SCANDINAVE, LE CHEF SUÉDOIS DOUBLEMENT ÉTOILÉ MAGNUS NILSSON NOUS INITIE DANS SON RESTO ET SES LIVRES À UNE GASTRONOMIE ENCORE PEU CONNUE, MAIS QUI FASCINE DE PLUS EN PLUS... MOTS | MARIE PÂRIS

PHOTO | ERIK OLSSON


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Magnus le Viking. C’est ainsi que le journaliste du New Yorker Bill Buford surnomme Magnus Nilsson, ce chef de 32 ans qui figure déjà parmi les étoiles internationales de la gastronomie. De Viking, il en a un peu l’allure: grand blond baraqué aux cheveux longs, un peu taiseux… Et si la culture nordique est à la mode, Magnus a su mettre l’accent sur sa cuisine, dont il est devenu l’ambassadeur. À l’occasion de la deuxième édition du Festival Immersif de Kultur et d’Art Scandinave FIKA(S), il était d’ailleurs invité à Montréal pour une discussion autour de la gastronomie nordique. Malgré des billets à 45$, la conférence a très vite affiché complet. Complet, comme la plupart des soirées au Fäviken Magasinet, son restaurant doublement étoilé de Jarpen, dans le nord de la Suède, où les réservations sont très courues. Tout a été vite pour le jeune chef: après une formation en cuisine et sommellerie en Suède, Magnus travaille quelques années à Paris, puis rejoint le Fäviken comme sommelier. Moins d’un an plus tard, il reprend l’établissement. «Je ne trouvais pas de chef, alors je me suis mis à la cuisine; on était juste deux à l’époque, raconte Magnus. Aujourd’hui, on est 32 au resto.» Depuis, rien n’arrête cette force tranquille: alors que le Fäviken occupe maintenant le 25e rang au classement des 50 meilleurs restaurants au monde du magazine Restaurant et San Pellegrino, la série de Netlfix Chef’s Table a consacré un épisode à Magnus et à son restaurant, et on a pu aussi le voir dans la série documentaire The Mind of a Chef. En 2015, il remporte le White Guide Global Gastronomy Award. Il a également publié deux ouvrages: Fäviken, un livre de cuisine, et Nordic: A Photographic Essay of Landscapes, Food and People, qui rassemble des photos et recherches. Enfin, le chef a sorti en octobre La cuisine des pays nordiques (éditions Phaidon), bible de la cuisine quotidienne et familiale des pays nordiques. Cuisine incomprise Ce qui passionne Magnus, c’est de préserver la tradition culinaire des pays scandinaves. «On réduit cette cuisine au gravlax et au hareng; il y a de ça, mais aussi plein d’autres choses», explique le chef. Il a parcouru le Danemark, les îles Féroé, la Finlande, le Groenland, l’Islande, la Norvège et la Suède pour recueillir des recettes typiques et authentiques de chaque pays et photographier leurs habitants et paysages. «Ces pays ont beaucoup de choses en commun, notamment leur climat, mais ils ont aussi de nombreuses particularités et une cuisine distincte.» Magnus, qui s’est appuyé sur trois ans

de recherches, traite aussi des ingrédients locaux, des techniques de cuisine et de l’histoire culinaire des pays nordiques. «C’est important de ne pas accepter les choses comme elles sont, mais d’enquêter et de creuser, d’essayer de comprendre les produits, les façons de faire. C’est aussi ça, le job du chef.» Si on connaît certains des plats qui figurent dans le livre, comme le saumon fumé, les boulettes de viande (pas celles d’Ikea…) et la confiture d’airelles, on en découvre d’autres, tels que la soupe de cynorhodon, les travers de porc rôtis farcis aux pruneaux et la bière de genièvre au miel. La cuisine nordique en un mot? «Incomprise, rit Magnus. Il y a très peu d’information, et elle est dure à trouver. Ce qu’on sait, c’est ce qui se fait dans les restaurants. L’essentiel de la cuisine typique et traditionnelle est faite à la maison, et elle est donc difficile d’accès pour les touristes et les étrangers.»

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La culture du restaurant est récente en Scandinavie: «La plupart des gens ont une bonne cuisine chez eux, et du fait du froid et des grands espaces, ils ont plus l’habitude de manger à la maison», explique le chef. Quant aux restos, on y trouve en général de la cuisine inspirée de traditions culinaires d’ailleurs – en Scandinavie, la plupart des restaurants gastronomiques sont encore français. «Ça fait une cuisine déconnectée du pays», regrette Magnus. Pour effectuer ses recherches en vue du livre, il est allé chercher des témoignages jusque dans les cuisines des habitants. «C’est très important de rencontrer les gens, de leur parler, de manger avec eux…» Vieilles pratiques et menu 30 services Des habitudes culinaires et des recettes qu’il a testées, s’appuyant aussi sur des conseils d’experts et d’informations tirées de sa collection d’anciens livres de cuisine. Il a ainsi découvert des traditions qui perdurent ou des façons de faire d’antan – au Fäviken, il sert par exemple un œuf dans la cendre, inspiré d’une ancienne technique pratiquée en Islande. Alors, la cuisine nordique en un mot? «Le sel. Beaucoup de sel.» C’est que dans un pays où rien ne pousse six mois par an, l’essentiel tourne autour de la préservation des aliments – comme au Québec, province au climat hivernal similaire et qui revendique aussi sa nordicité. Il s’agit de fumer, fermenter, faire des bocaux, garder les tubercules en cave…

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Ces techniques traditionnelles sont notamment à l’origine du succès de son resto, selon le journaliste du New Yorker: «Magnus a découvert des tas de choses que les gens font depuis 150 000 ans, comme si c’était nouveau, moderne. Mais personne d’autre ne fait ça aujourd’hui.» Au Fäviken, un resto aux allures d’ancienne retraite nordique avec sa déco de bois et de peaux de bêtes, on déguste un repas de 30 services de cuisine contemporaine et nordique pendant près de trois heures. Quand on demande à Magnus de parler de son menu, il reste très secret. «Mon style de cuisine, c’est le mien, tout simplement. On ne parle jamais de la cuisine du resto, car on veut laisser la surprise aux gens qui viennent. C’est le privilège de l’invité.» Le contexte actuel est en tout cas parfait pour tenir un restaurant en Suède et écrire sur la cuisine locale, alors que la culture nordique est plus tendance que jamais et que la Scandinavie attire un nombre croissant de touristes. «C’est une mode. Et les modes, c’est cyclique, tempère Magnus. Revenir en Suède, c’était juste normal pour moi. C’est là d’où je viens.» Naturellement. y

LA CUISINE DES PAYS NORDIQUES MAGNUS NILSSON Phaidon, 2016, 767 pages


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REPLAY… ET REBELOTE! Mots | Franco nuovo

Bizarrement, on s’est mis à parler du temps, de voyage dans le passé, de retour vers le futur. C’était un matin, après l’enregistrement de Dessine-moi un dimanche. On traînait en studio comme on le fait chaque semaine, quelques minutes, pour reprendre notre souffle. Et je ne sais trop pourquoi après voir évoqué 22/11/63 de Stephen King dont fut tirée une série télé, une histoire de voyage dans le temps, un retour dans les années 1960, où un type tente d’empêcher l’assassinat de Kennedy, Jean Dion m’a parlé de Replay de Ken Grimwood. Jamais je n’avais entendu parler ni de l’auteur ni du roman qui a gagné en 1988 le World Fantasy Award, un prix littéraire dont j’ignorais aussi l’existence et la portée. Bref, cela n’a que peu d’importance. Et Jean, avec un enthousiasme suffisant pour m’intriguer, s’est mis à me raconter les grandes lignes de ce Replay. L’histoire de ce Jeff qui, le 18 octobre 1988, meurt subitement d’une crise cardiaque. Alors dans la quarantaine, ce gars à la vie morne et au mariage déprimant se retrouve du coup dans les années 1960. Il a 18 ans et voilà que sans comprendre ni pourquoi ni comment, il «se réveille» dans sa chambre d’étudiant; et sa vie recommence. La même vie, le même Jeff, mais avec l’expérience accumulée d’une existence précédente. Et Jeff revit, revit et revit encore, deux, trois, quatre fois. Et à chaque mort, en octobre 1988, ça repart pour un tour. Doit-on toujours mettre de l’avant les nouveautés, les nouvelles parutions? À quel point pouvais-je parler dans cette chronique d’un bouquin sorti il y a une trentaine d’années? Si la lecture de Replay procure encore du plaisir trois décennies après son apparition sur les rayons des librairies, il vaut sûrement la peine qu’on y revienne. J’y suis revenu.

J’ai eu du plaisir à lire ces tranches de vie revue et corrigée à chaque retour en arrière. Franchement, au départ, j’ai cru à un roman jeunesse saupoudré de science-fiction un peu facile. Et puis je me suis laissé surprendre par les vies de ce personnage attachant qui joue à la roulette en sachant fort bien que son numéro sortira gagnant – mais combien de fois, pendant combien de temps? Il sait, même s’il mise presque toujours sur le même cheval, ce qui adviendra, mais ses boucles temporelles le trompent et finissent par l’entraîner vers de nouvelles destinées souvent insoupçonnées. Sa mémoire lui permet de corriger les erreurs, mais pas de modifier le cours des événements. Que le nom de l’assassin change importe peu, Kennedy sera toujours assassiné. De retour en retour, Jeff explore. Il survole l’Amérique, les Antilles, l’Europe, le vice, le plaisir et même la politique. Il expérimente le sexe, les drogues, s’enfonce dans les années 1960 et 1970. Il plane. Littéralement. Il plane, mais pas seul. Ses vols l’emmènent à croiser l’amour. Lui, le «répéteur», sans jamais comprendre ce qui lui arrive, mais en cherchant à expliquer l’inexplicable, trouve sur son chemin une femme morte elle aussi le 18 octobre 1988 et qui, tout comme lui, vit, revit et revit sans cesse. Il émane de cette rencontre, douceur et tendresse. Au fil des pages, sans sombrer dans la facilité, même s’il n’est pas né d’une plume exceptionnelle, par sa structure, Replay emmène le lecteur à se questionner sur sa propre existence et son propre rapport au temps. Étonnant. Mais comment terminer ce qui ne finit jamais?

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C’est probablement pourquoi, malgré une pirouette à la fin, la dernière page tournée et le livre fermé, on reste sur notre faim. J’aurais voulu continuer à planer avec Jeff, aller ailleurs, pénétrer d’autres zones inconnues, m’abandonner davantage à son délire. Parce que même si je ne suis pas un adepte des romans fantastiques, même s’il ne s’agit pas de grande littérature, même si le style est discutable, on se laisse avaler par cette histoire bien construite, produit d’une imagination fertile. Grimwood, me semble-t-il avoir lu, avait planifié une suite, mais sa propre mort en 2003 a mis fin à son voyage… et du coup au nôtre. J’ai aussi de la difficulté à comprendre, peut-être à cause des clins

d’œil envoyés à Hollywood et à Spielberg, pourquoi Replay n’est pas devenu un film. Il en a été question en 2010, Ben Affleck devait réaliser et incarner ce voyageur à la recherche du temps perdu, et puis rien. Rien. Le projet a avorté. Dommage, car c’eût été plus qu’agréable de «voir un monde dans un grain de sable, un paradis dans une fleur sauvage et de tenir, encore un moment, l’infini dans la paume de sa main». y

REPLAY Ken GriMwood (trad. G. caseril et F. caseril) Seuil, coll. «Points», 1997, 432 pages


60

Sur les rayons

LE POIDS DE LA LUMIÈRE alexander Macleod Marchand de feuilles, 2017, 336 pages De plus en plus d’éditeurs du Québec se tournent vers nos compatriotes canadiens-anglais pour y dénicher quelques perles qu’ils désirent nous donner à lire. C’est le cas des éditions Marchand de feuilles qui ouvrent leur année 2017 avec trois publications d’auteurs des Maritimes, dont le recueil de nouvelles Le poids de la lumière d’Alexander MacLeod. Ce dernier est le fils d’Alistair MacLeod, que certains qualifieraient d’un des plus grands auteurs canadiens. Son roman La perte et le fracas lui a valu le prestigieux prix IMPAC Dublin en 2001. Il va sans dire que bien malgré lui, Alexander MacLeod était attendu dans le milieu littéraire et allait devoir prouver qu’il était beaucoup plus que le fils d’un auteur connu. Avec Le poids de la lumière, MacLeod prouve rapidement qu’il s’inscrit dans un genre littéraire dont il connaît les rouages et les pièges. Ses nouvelles sont longues et prennent le temps de s’installer, même si rapidement l’auteur place son ton et ses personnages avec habileté. Tantôt avec des athlètes qui fouleront dans quelques heures la piste de course, tantôt avec un groupe de travailleurs dans le domaine de l’entretien paysager, ou encore avec un père et sa petite fille en attente d’un vaccin; toutes ces nouvelles sont à la fois banales et grandioses. Il fait preuve d’un talent indéniable quant à sa façon subtile, mais si efficace, de définir les inquiétudes et les questionnements intrinsèques de ses personnages. Et même si ces derniers nous quittent après une quarantaine de pages, leurs réflexions, elles, nous imprégneront. Le tour de force de ce recueil – habilement rendu par la traduction de Sophie Coupal –, c’est la façon qu’il incombe à chacun de ses protagonistes le poids de la lumière, ce poids des inquiétudes, de la performance, des craintes et des défaites. Il s’agit d’une écriture extrêmement corporelle où le ressenti fait foi de tout. À l’instar des coureurs dans sa nouvelle qui ouvre le recueil où, plus jeunes et naïfs, ils affrontaient un train dans un tunnel, courant devant lui, le tremblement des rails et le halo lumineux définissant le danger inhérent à la chose, Alexander MacLeod parvient à courir plus vite que l’ombre paternelle qui aurait pu si aisément l’avaler et se dévoile au grand jour comme un écrivain marquant de sa génération. (Jérémy Laniel) y


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Les Frères de la Côte

Sur les rayons

MONTRÉAL-MIRABEL: LIGNES DE SÉPARATION Marie-Pascale HuGlo LemÊac, 2017, 160 pages À une Êpoque oÚ le rÊel nous envahit par diffÊrents canaux d’oÚ le bruit paraÎt incessant, il percole aussi jusqu’au cœur de la littÊrature, amenant plusieurs à crier la mort du roman en raison de ce surplus de rÊel. C’est une thèse dÊfendue entre autres par David Shields dans son plus rÊcent essai Besoin de rÊel, dans lequel il s’interroge sur la reprÊsentation du rÊel sous toutes ses formes et se demande jusqu’à quel point ce dernier peut se prÊtendre littÊrature. Avec le rÊcit MontrÊal-Mirabel, Marie-Pascale Huglo tente de se jouer de ce rÊel, le sien, pour y insuffler rÊflexion et poÊsie et en faire un rÊel acte littÊraire. En septembre 2014, on annonçait le dÊmantèlement de l’aÊrogare de Mirabel. Cette nouvelle sonnait le glas d’un rêve qui n’a jamais pris et nous forçait à regarder une dernière fois cet ÊlÊphant blanc. La fin du fiasco de Mirabel, un Êchec à tous points de vue, a forcÊ Huglo à revenir sur son passÊ, elle qui est arrivÊe en terre d’AmÊrique par cet aÊroport encore peuplÊ de rêves. À travers ces rÊminiscences d’un Êchec, ce sont tous les obstacles et les victoires qui ont peuplÊ le parcours d’Huglo, ici, au QuÊbec, de l’intime au professionnel, de l’EuropÊenne à la QuÊbÊcoise d’adoption qu’elle est devenue, qui nous sont racontÊs. Si on y retrouve la fin d’une vie à deux tout comme la fin d’un grand projet jamais vraiment amorcÊ, c’est surtout le parcours d’une rÊflexion littÊraire qui fascine ici, tellement même dans l’intime l’auteure demeure pudique. Sous-titrÊ Lignes de sÊparation, MontrÊal-Mirabel est une œuvre de territorialitÊ. Ce sont les frontières qu’Huglo (re)dÊfinit: celles du souvenir comme celles de la famille, celles de la patrie comme celles du couple. Et dans l’Êclatement, elles ne se brisent pas nÊcessairement, mais elles se redÊfinissent. Il semble qu’Huglo tente de les cerner par une œuvre d’une concision habile ainsi que par une langue fine et prÊcise. Pour moi, Mirabel a ÊtÊ le lieu des migrations. Sur le tard, j’en ai fait le thÊâtre de ma vie rompue. Sans ce talent Êvident, Huglo nous aurait servi un sempiternel rÊcit d’immigration et une Ênième histoire de rupture, mais quand un style rÊflÊchi s’empare du rÊel, soudain jaillit la littÊrature et c’est exactement ce que Marie-Pascale Huglo nous donne à lire. (JÊrÊmy Laniel) y

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63 ARTS VISUELS VOIR QC

VO2 #O4

LE DJ DU DESSIN AVEC SON INSTALLATION VIDÉO COMME UN GROGNEMENT GRRR (GEORGES RÉMI, RELU ET REMIXÉ), L’ARTISTE PATRICK DOYON S’AMUSE AVEC UN MONSTRE SACRÉ DE LA BANDE DESSINÉE. ON N’AURA JAMAIS VU TINTIN D’AUSSI PROCHE. MOTS | CAROLINE DÉCOSTE

Pour les non-tintinologues (oui, c’est le mot), Georges Rémi, c’est Hergé. Il est triplement père: du héros Tintin, mais aussi de la bande dessinée européenne et de la «ligne claire», une conception moderne du dessin qui isole les couleurs par des traits noirs d’épaisseur constante. Et c’est justement cette ligne claire qui fascine l’illustrateur Patrick Doyon. «Il y a une certaine filiation graphique entre mon travail en animation et illustration et le style d’Hergé. Les zones de couleurs bien fermées, délimitées… il y a une attirance graphique, mais ça me touche aussi.» Plus 17 que «7 à 77 ans» Patrick s’est intéressé à Tintin sur le tard. «On a toujours eu les albums de Tintin à la maison, sauf qu’enfant, je sautais les pages quand il y avait trop de texte!» s’amuse-t-il à raconter. «Je les ai lus pour vrai vers 18 ou 19 ans.» Ce n’est pas une passion dévorante pour l’œuvre d’Hergé qui anime l’artiste et l’a nourri dans l’idéation, plutôt un aspect pratique côté animation. «Le nombre d’albums est limité et il y a une certaine cohésion graphique entre

IMAGES | PATRICK DOYON

les albums. C’est un corpus avec du matériel assez semblable, le premier album et le dernier comportent assez peu de différences côté dessin.» En effet, les neuf premiers albums, d’abord publiés en noir et blanc, ont été redessinés en couleurs par Hergé, harmonisant leur style avec les albums subséquents. Avec les 23 albums de Tintin (sans compter Tintin et l’Alph-art, inachevé), un ordinateur et un scanneur géant, l’artiste s’applique à repérer des éléments graphiques bien précis. «Mon projet, c’est de cibler des éléments, de façon macroscopique, puis d’en tirer une animation», expose-t-il. «Les étoiles, par exemple, représentent la douleur, la souffrance. Les traits de vitesse qui émanent de la tête signifient la surprise, la douleur; en spirale, c’est la folie. Ce sont des codes de la BD qui passent parfois inaperçus. Le but n’est pas forcément que l’on reconnaisse que c’est Tintin.»

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O4 / 2O17


> Mille sabords, quelle violence!

Le bonheur d’un voleur de sandwichs

GRRR, fruit d’une résidence de création à La Bande Vidéo, c’est un Hergé remixé, mais c’est aussi le grognement, «celui de Milou!», une onomatopée qui exprime l’agressivité et dont le choix d’en coiffer l’expo n’est pas anodin. «Je souligne une violence sous-jacente dans les albums de Tintin. Enfant, on ne s’en rend pas compte. Une fois adulte, quand on s’y attarde, ça surprend!» L’installation de Patrick, avec ses trois animations de détails en noir et blanc (étoiles, traits de vitesse ou de folie, main tenant un revolver), prend même un certain visage politique. «J’avais déjà choisi mes éléments graphiques et c’est après-coup que je me suis rendu compte qu’ils soulignaient tous la souffrance, la violence, la folie. Il y a peut-être un écho actuel à ça, aux attentats en Belgique, en France et à Québec, un côté un peu politique aussi.» D’ailleurs, l’album préféré de Patrick, L’étoile mystérieuse, a été publié alors que la Belgique était sous occupation allemande et présente un aspect apocalyptique traduisant la peur d’Hergé face au contexte politique de l’époque. Coïncidence?

Si, en 1942, Hergé s’inquiétait de l’avenir, en 2017, son «remixeur» aurait tort de faire de même. C’est que Patrick Doyon, depuis quelques années, cumule les honneurs dans des disciplines variées. Son court métrage Dimanche/Sunday (2011) s’est promené à travers les festivals de cinéma les plus prestigieux de la planète, raflant au passage un Jutra et une nomination aux Oscars pour le meilleur court métrage d’animation (rien de moins). Son premier livre jeunesse, Le voleur de sandwichs, dont le texte est signé André Marois, a remporté un Prix du Gouverneur général en 2015. Diplômé en design graphique de l’Université de Montréal, Patrick alterne entre l’animation et l’illustration. Il illustre autant des pupitres à vocation humanitaire pensés par La Pastèque qu’un calendrier scout; il anime une boucle publicitaire à Vrak et, le lendemain, un court métrage sur un jam entre Peaches et Chilly Gonzales. Même la bière n’échappe pas à son talent, puisqu’il est derrière les étiquettes de celles de la Microbrasserie du Lac Saint-Jean. y GRRR Patrick Doyon Jusqu’au 30 avril à la Bande Vidéo


66 CHRONIQUE VOIR QC

VO2 #O4

O4 / 2O17

ALEXANDRE TAILLEFER DE LA MAIN GAUCHE

ÊTRE SOLIDAIREMENT LUCIDE Il y a maintenant plus de 12 ans, l’ancien premier ministre Lucien Bouchard publiait, conjointement avec 11 autres signataires, «Pour un Québec lucide», un manifeste sous forme de cri d’alarme qui identifiait plusieurs enjeux importants pour l’avenir du Québec et qui proposait certaines solutions pour y remédier. Tout ce qui se trouvait à gauche alors n’était pas du tout content. On connaît la suite. Un groupe, mené par Françoise David et Amir Khadir, allait répliquer quelques jours plus tard avec le «Manifeste pour un Québec solidaire». Le nom d’un nouveau parti qui allait naître en février 2006 était tout trouvé. On se souvient du premier slogan électoral de ce parti: «Soyons lucides, votons Québec solidaire». Être solidairement lucide, ou lucidement solidaire... D’accord. N’en doutons pas, les Québécois sont très attachés à la solidarité. Mais savezvous quoi? Si nous voulons déployer cette solidarité, ce ne sera pas en balayant sous le tapis les suggestions faites alors par le groupe des «lucides», tant décrié par la gauche. La grande majorité de ces suggestions demeurent fort pertinentes aujourd’hui, et bien que loin d’être toutes populaires, elles se doivent d’être revisitées, challengées et bonifiées. Au premier rang, réinvestir en éducation bien entendu, sans toutefois en contraindre l’accès par une trop importante augmentation des frais de scolarité (l’une des propositions qui a été la plus décriée et qui a presque mené le Québec au bord du clivage social il y a cinq ans). Celle-là est facile. Une autre proposition suggérait de revoir la tarification de l’électricité. Il s’agit certes d’un suicide politique. Mais cette décision est essentielle. J’y reviendrai. Ce sera la sujet d’une prochaine chronique…

Une de leur principale préoccupation – et c’est sur quoi je veux m’attarder aujourd’hui – était liée à la productivité des entreprises québécoises. Une solution proposée était de recourir davantage à l’entreprise privée. De laisser plus de place aux entrepreneurs qui insufflent dynamisme, vision et détermination. Il semble que nous y arrivions, doucement. Le projet du REM proposé par la Caisse est un exemple parmi d’autres. Fort heureusement, de nombreuses personnes qui ont fortement critiqué le manifeste des lucides y ont vu une façon d’accélérer la mise sur pied d’une alternative solide au cancer que représente la voiture individuelle pour notre société. De nombreuses voix dites de gauche reconnaissent aujourd’hui que le privé peut faire partie de la solution parce qu’il sait être plus agile et surtout imputable. De l’entreprise privée à l’entreprise à but non lucratif, l’entrepreneur est sans aucun doute l’une des clés nous permettant d’inventer une société plus équitable. Le danger est que le gain de productivité lié à l’utilisation de l’entreprise privée se fasse en grande majorité sur le dos des travailleurs de la classe moyenne. Vous voulez des exemples? En voici un avec lequel je suis particulièrement familier en raison de mes investissements dans le secteur du transport. Quand les sociétés de transport comptent sur l’entreprise privée pour la complémenter, elles donnent souvent des contrats à des entreprises qui embauchent une main-d’œuvre beaucoup moins rémunérée. Les conditions d’un chauffeur d’autobus à la STM sont probablement trois fois meilleures que celles offertes chez un sous-traitant. Pire, plusieurs entreprises du secteur du transport comptent sur des travailleurs autonomes. Des ressources qui sont


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> payées en dessous des normes minimales que nous avons choisi d’imposer par loi aux employeurs. Des ressources payées moins de 10$ de l’heure, sans aucun filet social, c’est-à-dire sans régime de retraite, sans assurance en cas de blessure au travail et sans vacances, est-ce vraiment ça que l’on appelle de la productivité? Il semble que nous ayons accepté de créer une seconde classe de citoyens pour qui les lois du travail ne s’appliquent pas. C’est inacceptable. Dans le même ordre d’idées, on cite souvent le salaire des employés de la SAQ pour invoquer la pertinence de la privatisation de notre monopole d’État. Serons-nous vraiment plus avancés comme société si on élimine ces emplois de qualité?

15 $

* par soir *

TAXES ET FRAIS DE SERVICE INCLUS. ADMISSION GÉNÉRALE.

Réimaginer la société pour la rendre dans son ensemble plus productive est une priorité. Il est possible d’y arriver tout en améliorant globalement les conditions de travail des Québécois. Ça va nécessiter des investissements importants, mais surtout une capacité d’innover. Par exemple, le Québec se trouve au centre de ce qui constituera vraisemblablement la base de la proche révolution industrielle: l’intelligence artificielle. Il fait figure de pionnier mondial en ce domaine, et il est essentiel que la recherche fondamentale soit rapidement appliquée à tous les secteurs industriels actuels de notre province. Ne commettons pas l’erreur d’exporter notre matière première, dans ce cas-ci nos cerveaux, au service d’une transformation à haute valeur ajoutée ailleurs. Il ne s’agit là que de l’une des façons que l’on doit saisir pour rattraper notre retard indéniable en matière de productivité.

FINAL STATE

VENDREDI 28 AVRIL

+ LAURENCE CASTERA + KING MELROSE

Il y a moyen d’innover socialement en imposant des balises au capitalisme pour s’assurer que les entreprises prennent en considération non seulement leurs actionnaires, mais aussi leurs employés, leurs clients et l’environnement; bref, la société dans son ensemble. Un peu moins de liberté corporative pour un peu plus de solidarité. Accepter de nous remettre en question dans notre ensemble afin de trouver des solutions, avec comme trame de fond la volonté de remplacer notre modèle actuel par quelque chose de globalement plus efficace. À ceux qui useront du raccourci habituel en me traitant de socialiste ou pire, comme je l’ai entendu lors d’une rencontre avec un haut dirigeant d’une grande entreprise française, de cryptocommuniste, je réponds que vous n’avez rien compris. Il est incontournable de réinventer le capitalisme sous peine de faire faillite au mieux, être étêté au pire. Ce capitalisme existe, il est possible, il met les entrepreneurs au défi d’innover pour trouver de nouvelles façons de faire en respectant par contre certaines contraintes sociétales, le tout en symbiose avec leurs employés, les syndicats et les gouvernements. Ça s’appelle simplement du capitalisme humain. Le Québec peut être un pionnier mondial en la matière, quelque chose comme un grand peuple. y

SAFIA NOLIN

VENDREDI 26 MAI

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QUOI FAIRE

PHOTO | FANY DUCHARME

MUSIQUE

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BEYRIES T H É ÂT R E P E T I T C H A M P L A I N – 2 7 AV R I L

Le folk de Beyries n’a rien de banal. C’est le piano qui pave la voie pour son chant écorché, ses textes qui exorcisent la douleur de son passé. Une musique sans âge qui émeut.


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PREOCCUPATIONS L E C E R C L E â&#x20AC;&#x201C; 30 AV R I L

Anciennement Viet Cong, la formation Albertaine a pris sept mois pour dĂŠcider dâ&#x20AC;&#x2122;un nouveau nom, après que lâ&#x20AC;&#x2122;ancien eut fait controverse pour racisme. Après avoir sorti un premier album sous son nouveau nom en septembre dernier, le groupe sera de passage Ă QuĂŠbec pour prĂŠsenter sa nouvelle identitĂŠ, avec une sonoritĂŠ fidèle Ă lâ&#x20AC;&#x2122;ancienne.

ANATOLE L E C E R C L E â&#x20AC;&#x201C; 29 AV R I L

Alexandre Martel (aussi de Mauves) enfile son justaucorps de squelette et tresse sa crinière pour devenir Anatole, le chanteur dÊvergondÊ. Des performances thÊâtrales et une musique, pop de surcroÎt, trempÊe dans les annÊes 1980.

KROY Lâ&#x20AC;&#x2122; A N T I â&#x20AC;&#x201C; 29 AV R I L

Pendant que Laurence Lafond Beaulne tourne avec Alex Nevsky, lâ&#x20AC;&#x2122;autre moitiĂŠ de Milk & Bone en profite pour prĂŠsenter son projet solo: KROY. De tristes berceuses ĂŠlectroniques, et quelques pièces plus rythmĂŠes, toutes très stylĂŠes.

6>Ă&#x192;Ă&#x152;iĂ&#x160;}>Â&#x201C;Â&#x201C;i `iĂ&#x160;Ă&#x192;Â&#x153;Â&#x2C6;Â&#x2DC;Ă&#x192;Ă&#x160;iĂ&#x192;Ă&#x152;Â&#x2026;jĂ&#x152;Â&#x2C6;ÂľĂ&#x2022;iĂ&#x192; iĂ&#x152;Ă&#x160;Â&#x201C;j`Â&#x2C6;VÂ&#x153;Â&#x2021;iĂ&#x192;Ă&#x152;Â&#x2026;jĂ&#x152;Â&#x2C6;ÂľĂ&#x2022;iĂ&#x192; ÂŤĂ&#x20AC;Â&#x153;viĂ&#x192;Ă&#x192;Â&#x2C6;Â&#x153;Â&#x2DC;Â&#x2DC;iÂ?Ă&#x192;Ă&#x160;`ÂżĂ&#x2022;Â&#x2DC;i ÂľĂ&#x2022;>Â?Â&#x2C6;Ă&#x152;jĂ&#x160;iĂ?ViÂŤĂ&#x152;Â&#x2C6;Â&#x153;Â&#x2DC;Â&#x2DC;iÂ?Â?i ÂŤÂ&#x153;Ă&#x2022;Ă&#x20AC;Ă&#x160;Â?iĂ&#x192;Ă&#x160;Â&#x2026;Â&#x153;Â&#x201C;Â&#x201C;iĂ&#x192; iĂ&#x152;Ă&#x160;Â?iĂ&#x192;Ă&#x160;viÂ&#x201C;Â&#x201C;iĂ&#x192;

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PHOTO | COURTOISIE GRAND THÉÂTRE DE QUÉBEC

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BETTY BONIFASSI G R A N D T H É ÂT R E D E Q U É B E C – 7 AV R I L

La vocaliste d’exception nous présente le fruit d’une longue recherche historique, son projet musical autour des chants d’esclaves américains du début du siècle dernier. Une proposition étonnante et une livraison chargée d’émotions brutes.

CANAILLES L E C E R C L E – 2 8 AV R I L

Leur musique rassemble, nous échevelle. Architectes du folk sale, les musiciens de Canailles traînent les lendemains de brosse dans leurs valises et font swinger toutes les foules à coup sûr.

DANIEL BÉLANGER G R A N D T H É ÂT R E D E Q U É B E C – 2 E T 3 M A I

Daniel Bélanger, l’homme de lettres de la chanson québécoise, reprend la route armé de Paloma et accompagné (notamment) du très en demande Alex McMahon.


71 QUOI FAIRE VOIR QC

VO2 #O4

O4 / 2O17

GUY BÉLANGER T H É ÂT R E P E T I T C H A M P L A I N – 20 AV R I L

Quand on recherche «harmoniciste» sur Google, la page Wikipédia de Guy Bélanger sort en deuxième. C’est dire la notoriété de ce grand complice du regretté Bob Walsh, un maître de l’harmonica dont le style a fait école.

LUC DE LAROCHELIÈRE T H É ÂT R E P E T I T C H A M P L A I N – 1 3 AV R I L

Auteur de classiques de la chanson québécoise, de standards pop comme Amère America et Si fragile, il continue de pousser son crayon. De passage à Québec, il nous présente son 11e album: Autre monde.

VINCENT VALLIÈRES I M P É R I A L B E L L – 21 AV R I L

Fort d’un nouvel opus sorti le 17 mars dernier, Vincent Vallières étrennera ses chansons encore toutes fraîches dans le cadre des Nuits FEQ.

JESSE MAC CORMACK L’ A N T I – 22 AV R I L

Folkeur dans le vent, Jesse Mac Cormack met de l’avant sa belle voix éraillée, très blues en fait, sur son EP After the Glow paru chez Secret City Records l’an dernier. >

PHOTO | FRÉDÉRIQUE BÉRUBÉ


SCÈNE

CE PRINTEMPS L’AVARE T H É ÂT R E D E L A B O R D É E – 11 AV R I L A U 6 M A I

Bertrand Alain met en scène ce classique de Molière, où Harpagon, un vieil homme avare, tente désespérément de marier ses enfants contre leur gré. Véritable tyran de la famille, il se battra contre la volonté de son fils Cléante, qui souhaite épouser la même jeune fille que lui.

CLÉMENCE DESROCHERS S A L L E A L B E R T-R O U S S E A U – 11 AV R I L

Immergez-vous dans l’univers éclaté et émouvant de Clémence Desrochers via son humour, ses chansons et sa poésie qui seront assurés de toucher son public. Elle partagera la scène avec la chanteuse Marie Michèle Desrosiers, accompagnée de Nadine Turbide au piano, de l’altiste Jean René et de la contrebassiste Blanche Baillargeon.

8 AVRIL

photo: LePetitRusse

TRAMP OF THE CENTURY

14 et 15 AVRIL | COMPLET

SHAY KUEBLER G R A N D T H É ÂT R E D E Q U É B E C – 10 E T 11 AV R I L

Avec des performances où se mixent les langages des arts martiaux, de la danse et du théâtre, la compagnie Radical System Art cherche à pousser l’art de la performance à dépasser ses frontières. Abordant le thème de la banalisation de la violence dans les médias, cette chorégraphie imaginée par Shay Kuebler regroupe six danseurs. >

19 OCTOBRE | SUPPLÉMENTAIRE

MATT HOLUBOWSKI

21 AVRIL

VINCENT VALLIÈRES imperialbell.com 418.523.3131

PHOTO | DAVID COOPER WORKSHOPS


73 QUOI FAIRE VOIR QC

VO2 #O4

O4 / 2O17

CINÉMA

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VOIR DU PAYS

THE FATE OF THE FURIOUS

THE CIRCLE

E N S A L L E L E 14 AV R I L

E N S A L L E L E 14 AV R I L

E N S A L L E L E 2 8 AV R I L

Aurore et Marine sont deux jeunes militaires françaises ayant eu à combattre en Afghanistan. Peu après leur retour au pays, l’armée les envoie dans un luxueux hôtel de Chypre, au beau milieu des vacanciers, pour ce qu’elle appelle un sas de décompression. Les femmes réaliseront rapidement que l’on ne se sauve pas de la violence aussi facilement.

Dans ce huitième opus de la saga Fast and Furious, la bande de criminels carburant à l’oxyde nitrique est au repos. Une femme mystérieuse convainc Dom de retourner vers une vie de truand et il devra trahir ceux qui sont devenus comme sa propre famille. Ces derniers tenteront de le ramener vers le droit chemin en empêchant une catastrophe mondiale.

Une jeune employée d’une compagnie de technologies escalade rapidement les rangs de l’entreprise et se retrouve dans une position délicate lorsqu’elle atteint les hautes sphères du management. Les décisions qu’elle prendra alors influeront sur la vie privée, la sécurité et la liberté de l’humanité entière.


74 QUOI FAIRE VO2 #O4

O4 / 2O17

FAUX SITES V U – J U S Q U ’ A U 30 AV R I L

Trois ans après avoir présenté At the end of the visible spectrum, une œuvre inspirée par le printemps érable, voilà que l’artiste multidisciplinaire Gisele Amantea revient à Québec.

ANNIE DESCÔTEAUX G A L E R I E 3 – 7 AV R I L A U 7 M A I

Colorées, amusantes, plutôt minimalistes, les œuvres d’Annie Descôteaux évoquent les années 1980 et le début des années 1990 en raison de leurs formes géométriques somme toute assez simples.

LE TEMPS FILE M N B A Q – 6 AV R I L A U 24 S E P T E M B R E

Cette exposition regroupe une myriade d’œuvres de tous médiums confondus sous le même vaste thème de la vanité. Une occasion pour découvrir le travail de Sylvie Cotton, Omer Parent, Vittorio Fiorucci, et tant d’autres.

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GIFTED E N S A L L E L E 12 AV R I L

C’EST LE CŒUR QUI MEURT EN DERNIER

Frank Adler est un homme seul qui élève une véritable enfant prodige, sa nièce, dans un village côtier de Floride. Alors qu’il souhaite une vie normale pour la jeune Mary, la grand-mère de l’enfant découvre ses dons stupéfiants pour les mathématiques et décide qu’elle devrait être intégrée à un programme pour jeunes génies, ce qui la séparera de Frank. S’ensuit un combat entre mère et fils pour décider de l’avenir de l’enfant.

Un homme de 47 ans, éternel indécis voguant d’emploi en emploi, publie un récit autobiographique relatant ses souvenirs et sa relation particulière avec sa mère. Le bouquin, rempli de lourds secrets familiaux, se retrouve couronné de succès. Au même moment, sans savoir que son passé est exposé au grand jour, la mère cherchera à renouer avec son fils qui a rompu tout contact il y a de nombreuses années.

GOING IN STYLE

BORN IN CHINA

E N S A L L E L E 7 AV R I L

E N S A L L E L E 21 AV R I L

Ce remake du film de 1979 met en scène trois hommes âgés vivant de chèque en chèque sur l’assistance sociale, devant même à l’occasion manger de la nourriture à chien pour survivre. Décidant qu’ils en ont assez, ils organisent un vol de banque pour se renflouer les poches. Seul problème, aucun d’eux n’a jamais même touché à un fusil. Un commentaire social sur la vieillesse en Amérique, et jusqu’où l’on peut être poussé lorsqu’on est acculé au mur.

Ce film documentaire plonge dans les recoins inexplorés de la nature sauvage de Chine. Transportant le public dans des environnements extrêmes, Born in China suit trois familles animales et capture certains des moments les plus intimes jamais vus dans un documentaire animalier. Une mère panda et son nouveau-né, un rhinopithèque de deux ans et une mère once veillant sur ses deux petits sont au centre du documentaire.

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E N S A L L E L E 14 AV R I L

COLLECTION DU MNBAQ, IVROGNERIE PHOTO | MNBAQ

ARTS VISUELS

VOIR QC


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Magazine Voir Québec V02 #04 | Avril 2017 by Mishmash Média - Issuu