MONTRÉAL VO2 #O4 | AVRIL 2O17 HAMLET_DIRECTOR’S CUT ANTIGONE AU PRINTEMPS JULIEN LACROIX SAMUELE DAMIEN ROBITAILLE GABRIEL DHARMOO KRISTIAN BOLANOS MAGNUS NILSSON C’EST LE CŒUR QUI MEURT EN DERNIER FRANTZ DALIDA
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C H AU S S U R E S J O H N F LU E VO G R U E ST- D E N I S ¡ ¡ | R U E S T- PAU L O U E ST ¡ ¡ FLU E VO G CO M
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O2 O4 MONTRÉAL | AVRIL 2017
RÉDACTION
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Rédacteur en chef national: Simon Jodoin Rédactrice en chef adjointe et chef de section musique: Valérie Thérien Chef des sections restos, mode de vie et gastronomie: Marie Pâris Journaliste actualité culturelle: Olivier Boisvert-Magnen Producteur de contenus numériques: Antoine Bordeleau Coordonnatrice des contenus: Alicia Beauchemin Correctrice: Marie-Claude Masse
Directeur des ventes: Jean Paquette Adjointe aux ventes: Karyne Dutremble Ventes régionales: Céline Lebrun Représentants: Catherine Charbonneau, Antonio Genua, Daniel Boudreau
PHOTO COUVERTURE Maxyme G. Delisle | leconsulat.ca
COLLABORATEURS
DISTRIBUTION
Céline Gobert, Réjean Beaucage, Christine Fortier, Nicolas Gendron, Ralph Boncy, Jérémy Laniel, Monique Giroux, Patrick Baillargeon, Franco Nuovo, Émilie Dubreuil, Normand Baillargeon, Catherine Genest, Héloïse Leclerc, Jeanne Séguin, Alexandre Taillefer, Eric Godin
Transmet / Diffumag 514 447-4100
COMMUNICATIONS VOIR Président: Michel Fortin Vice-président: Hugues Mailhot
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Coordonnatrice promotion et mise en ligne: Anaïs Radé Coordonnateur marketing et projets spéciaux: Nicolas Perrette Directeur du développement web: Simon Jodoin Chef de projets web: Jean-François Ranger Infographes-intégrateurs: Sébastien Groleau, Danilo Rivas Développeurs et intégrateurs web: Emmanuel Laverdière, Martin Michaud Développeur web: Maxime Larrivée-Roy Contrôleur: Patrice Sorrant / Administration générale: Céline Montminy Commis de bureau: Frédéric Sauvé Coordonnateur service à la clientèle: Maxime Comeau Service à la clientèle: Sophie Privé Chef de service, production: Julie Lafrenière Directeur artistique: Luc Deschambeault Infographie: René Despars
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ÉTAT DES LIEUX D'UNE SCÈNE QUI SE DÉCLOISONNE, D'UNE FORME D'ART À PART ENTIÈRE DÉPOUSSIÉRÉE PAR UNE NOUVELLE GÉNÉRATION AMBITIEUSE. Photo | Maxyme G. Delisle (Consulat) Maquillage | Barbada & Tracy Trash Assistante | Mélanie Guertin Production | Éliane Sauvé (Consulat)
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SCÈNE
Julien Lacroix Hamlet_Director’s Cut Antigone au printemps
20
MUSIQUE
32
CINÉMA
44
ART DE VIVRE
58
LIVRES
62
ARTS VISUELS
68
QUOI FAIRE
Samuele Damien Robitaille Gabriel Dharmoo
Frantz Dalida C’est le cœur qui meurt en dernier
Poke Magnus Nilsson
Replay Le poids de la lumière Montréal-Mirabel: Lignes de séparation
Kristian Bolanos
CHRONIQUES
Simon Jodoin (p6) Émilie Dubreuil (p18) Monique Giroux (p30) Normand Baillargeon (p42) Alexandre Taillefer (p66)
6 CHRONIQUE VOIR MTL
VO2 #O4
O4 / 2O17
SIMON JODOIN THÉOLOGIE MÉDIATIQUE
MON AMI BONIN Mon ami Bonin, c’est peut-être votre ami à vous aussi. Je veux dire... Peut-être qu’il est votre ami Facebook. Tout le monde ou presque le connaît. Il y a sept ans, en 2010, il a commencé à faire des vidéos sur Facebook et YouTube dans lesquels il «pétait sa coche». Il criait, vociférait sur tous les sujets, avec une énergie peu commune. Du charme aussi. Il a fait la pluie et le beau temps. L’air de rien, avec son téléphone, il s’est taillé un auditoire de plus de 150 000 personnes. Un public fidèle avec qui il interagissait quotidiennement, tout seul, comme un con. En 2013, je le rencontrais pour la première fois. Je lui avais offert un blogue au Voir. Ça n’a pas duré. Il a ensuite continué sa route, en solo sur Facebook et, un peu plus tard, comme protagoniste d’une émission à MusiquePlus. Vous ne connaissez pas Bonin? C’est possible. Mais je vous jure, il suffit de marcher quelques minutes avec lui pour prendre la mesure du phénomène qu’il est devenu. C’est la totale. Pas moyen de faire trois pas sans se faire arrêter par un jeune branché qui veut obtenir un selfie en sa compagnie. Des gens en voiture crient «BONIN!» par les fenêtres en nous croisant. C’est comme ça tout le temps. Mon ami Bonin, c’est une vedette du web. Un type qui, à 20 ans, s’est ramassé sur une scène grande comme son téléphone portable. De n’importe où, à n’importe quel moment, il pouvait rejoindre son auditoire en quelques secondes. Un auditoire plus grand que la vaste majorité des shows télé. Comme je vous disais, avec le temps, c’est devenu mon ami. C’est un chic type que j’aime pour vrai. Un peu intense, mais jamais faux. Je préfère l’intensité de la vérité à la tiédeur de l’imposture. Mon ami Bonin, c’est un vrai. C’est sans doute ce qui lui a valu ce succès sur le web. Un succès qui l’a rongé à petit feu. Il y a un an, vidé, épuisé, en burn-out, il est rentré d’urgence à l’hôpital. Il était en train de devenir fou, complètement paniqué. On lui a donné un diagnostic – bipolaire machin puissance cosmos – et 12 boîtes de pilules. Il a tout raconté ça dans un livre qu’il vient tout juste de publier: Péter sa
coche: journal d’une vie sauvée. Je ne l’ai pas lu. Bonin, c’est mon ami, je n’ai pas besoin de lire son livre. J’aime mieux jaser avec lui. Il nous est arrivé avec cette idée, à moi et d’autres amis, un matin, après être passé par tous les labyrinthes du système de santé: «Je vais écrire un livre!» Vous dire comment nous avons rigolé. Bonin? Un livre? Dude... C’est souvent comme ça entre nous. On le connaît bien quand il est sur un high. Quelque part, en se moquant de lui pour limiter un peu ses ardeurs, c’est un peu comme si nous voulions le protéger du down qui se pointera inévitablement le lendemain. Sauf que voilà, le Bonin d’Amérique est un animal étonnant... Deux mois plus tard, il l’avait son livre, de la première à la dernière page... Il cherchait un titre et un éditeur. Bien fait pour nos gueules. Depuis la parution de son récit, il ne pète plus sa coche sur le web. Il se fait discret. Il passe le temps comme il peut, chez ses parents, en convalescence. Il boit du thé le matin, il marche l’après-midi et il joue avec son petit frère en soirée. En cessant de crier publiquement, Bonin continue pourtant de nous parler. Son silence thérapeutique raconte un peu une facette de notre époque: en ne disant rien, il signifie qu’il est là, quelque part, bien vivant, en chair et en os, indépendamment du réseau auquel nous sommes tous branchés en temps réel, comme des fous furieux. «L’autre jour, qu’il me raconte, il m’est arrivé quelque chose de drôle dans un bar. Spontanément, j’ai sorti mon téléphone. Ça aurait fait un bon post sur Facebook! Et je l’ai rangé. Je me suis dit que je n’avais pas besoin de documenter ce moment, qu’il suffisait de le vivre.» «Documenter»... C’est le mot qu’il utilise pour parler d’une sorte de dépendance qui l’habite. Comme si sa vie consistait à appuyer constamment son existence sur des documents: quelques mots, une photo, une vidéo, autant de pièces qu’il fournissait à la foule d’abonnés qui le suit sur sa page Facebook.
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— Dis-moi, Bonin, je vais te poser une question facile: t’es qui? Il cesse de parler quelques secondes. Silence. Je ne dis pas un mot. Lui non plus. Il reprend. «J’en sais rien. C’est triste, hein? J’ai le moton, là... C’est fou, hein? En fait, j’ai l’impression d’être une grosse page Facebook. Je suis juste un dude suivi par 150 000 personnes. C’est ça, mon identité. Elle se définit par le nombre de personnes qui me suivent. Mon seul cadre pour m’identifier comme personne repose sur des trucs qui sont sur un serveur quelque part en Californie, je ne sais pas où. En dehors de ça, je ne sais pas qui je suis.» Il me raconte, pour son émission de télévision, qu’il avait eu la même impression. Qu’on ne l’avait pas engagé parce qu’il était bon ou talentueux, mais bien parce qu’il était suivi par 150 000 personnes. C’est ça, «Bonin»... C’est 150 000 personnes qu’il ne connaît pas. «Ces personnes-là, elles ne sont pas dans ma tête. J’ai plutôt l’impression d’avoir un stade olympique dans ma poche. Je sors mon téléphone, et j’ai un stade rempli devant moi. Je peux faire une niaiserie et j’obtiens une attention immédiate. C’est devenu une drogue. Un moment donné, tu le fais carrément pour les chiffres,
parce que justement, c’est le chiffre qui te définit. C’est ça que tu es. Tu as une montée d’adrénaline, tu veux 5000 likes en 20 minutes. Et si ça ne marche pas, ben tu n’es plus personne.» Il y a quelques semaines, après la parution de son livre, mon ami Bonin nous est arrivé un bon matin avec une autre trouvaille de son cru. Il allait monter l’Everest. Il était sérieux. Crinqué comme une mitraillette. Vous dire, encore, comment nous avons rigolé. Bonin, mon ami, tu ne pourrais pas commencer par monter le mont Royal, une fois? Ou le mont Saint-Bruno? Il nous a trouvé très cons, mais il s’est quand même acheté un sac à dos et tout le kit, sans tenir compte de nos moqueries. Il a abandonné l’idée d’escalader le sommet du monde, mais il s’en va marcher sur les sentiers de Compostelle, complètement débranché. Soixante jours. «Ce n’est pas un défi physique, qu’il m’explique. Je sais que je peux marcher. C’est plus dans ma tête qu’il y a un défi... Jusqu’où je peux me rendre, en moi-même.» Je n’ai pas osé lui demander de nous envoyer des photos sur Facebook. J’espère qu’il n’en enverra pas. Anyway. Bon voyage, mon ami. Je t’envie un peu. y sjodoin@voir.ca
9 SCÈNE VOIR MTL
VO2 #O4
JEUNE PREMIER REFUSÉ À L’ÉCOLE NATIONALE DE L’HUMOUR, JULIEN LACROIX A APPRIS À TIRER LE MEILLEUR DE SES FAIBLESSES. UN BRIN BORDÉLIQUE DANS SON ÉCRITURE, L’HUMORISTE MONTRÉALAIS S’EST SERVI DE SON PARCOURS D’IMPROVISATEUR POUR SE CONSTRUIRE UN PERSONNAGE DÉCALÉ, CAPABLE DE RELEVER LE DÉFI PEU BANAL D’ENCHAÎNER LES VULGARITÉS SANS ÊTRE NÉCESSAIREMENT CHOQUANT. MOTS | OLIVIER BOISVERT-MAGNEN
PHOTOS | ANTOINE BORDELEAU
«Là, je viens juste d’apprendre que ma sœur est enceinte», annonce Julien Lacroix en introduction de son plus récent spectacle. «Je vais être papa!» Aussi déplacée qu’elle puisse paraître, la réplique donne le ton à l’univers de l’humoriste, là où les blagues déphasées d’inceste ou de violence conjugale côtoient les mises en scène impromptues qui mettent en valeur son personnage irascible, les anecdotes rustres sur la pauvreté hochelagaise et les observations stéréotypées sur le public de Peter Macleod. Sur papier, on pourrait croire à un émule du gros cave, personnage emblématique de Jean-François Mercier, mais l’enrobage est tout le contraire. Avec ses allures de jeune premier, flanqué d’une chemise propre et coiffé d’un toupet châtain soigneusement placé, Julien Lacroix peut s’aventurer dans presque tous les terrains glissants, sans risquer un scandale. Invité à participer à En mode Salvail en février dernier, dans le cadre d’un pastiche de La Voix pour humoristes de la relève, le Longueillois d’origine a réussi à tirer son épingle du jeu face à ses concurrents. «En une heure, il y a 5000 personnes de plus qui ont aimé ma page. Ç’a vraiment bien été, même si j’ai échappé quelques vulgarités en improvisant… Parler de sida à la télévision, c’est jamais l’idéal», dit-il, sourire en coin. «Je crois que j’ai réussi à l’emporter en jouant une carte plus trash que les autres. J’m’en sors bien parce que j’ai l’air gentil et que, souvent, c’est moi l’imbécile dans la situation.»
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UNE CRÉATION DU CENTRE DU THÉÂTRE D’AUJOURD’HUI ET DES SONGES TURBULENTS
TOCCATE ET FUGUE
TEXTE ÉTIENNE LEPAGE MISE EN SCÈNE FLORENT SIAUD INTERPRÉTATION SOPHIE CADIEUX, LARISSA CORRIVEAU, MAXIME DENOMMÉE, FRANCIS DUCHARME, KARINE GONTHIER-HYNDMAN, MICKAËL GOUIN
COLLABORATEURS ALEXANDRA SUTTO, ROMAIN FABRE, NICOLAS DESCOTEAUX, JULIEN ÉCLANCHER, DAVID B. RICARD
SALLE PRINCIPALE DU 11 AVRIL AU 6 MAI 2017 THEATREDAUJOURDHUI.QC.CA/TOCCATE
UNE CRÉATION DE
PARTENAIRES DE SAISON
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L’impact direct des vidéos Ce style d’humour particulier, chaotique mais maîtrisé, Lacroix le doit en grande partie à sa présence scénique innée et à son charisme verbomoteur. À cet effet, sa tentative ratée d’entrer à l’ENH en 2013 lui a été bénéfique. «Après l’audition, j’ai fait “fuck off”. Ça me faisait vraiment chier de ne pas avoir été choisi» admet-il. «J’ai pris une pause de près de deux ans du milieu de l’humour, durant laquelle j’ai fait beaucoup d’impro et travaillé dans un atelier de costume. J’ai flâné un peu, sans trop savoir ce que j’allais faire. C’est quand j’ai eu l’occasion de lancer ma soirée hebdo (Les mardis du rire) que j’ai repris goût à tout ça. J’ai commencé à tourner des vidéos promos sur le web, et ça m’a fait redécouvrir mon personnage. C’est vraiment ça qui m’a redonné confiance.» Depuis mars 2015, l’artiste de 24 ans a multiplié les capsules sur sa page Facebook. Si ses premières le montraient seul devant sa webcam à débiter différentes anecdotes sans queue ni tête, ses plus récentes font preuve d’une réalisation amplement plus poussée, fruit d’une étroite collaboration avec Alec Pronovost (la corp, Luxembourg Mobile). Semaine après semaine, on peut y voir Julien Lacroix s’empêtrer dans différentes situations du quotidien, en compagnie d’humoristes reconnus du milieu comme Katherine Levac, Pierre-Luc Funk et Adib Alkhalidey. Et les résultats sont au rendez-vous: «Les vidéos, c’est ce qui marche le plus. J’ai beau faire plein de shows, mais c’est de ça qu’on me parle tout le temps. Je constate même une influence directe: chaque fois que je sors deux vidéos, je remplis le Lion d’or avec mon spectacle.»
11 Structurer l’improvisé Présenté au dernier Zoofest, son premier 60 minutes au titre volontairement flou Voisiquement-moi a grandement évolué dans les derniers mois, et l’apport de l’humoriste Gabriel D’Almeida Freitas à la mise en scène n’y est pas pour rien. «J’improvise vraiment beaucoup dans ce show-là, et Gabriel, lui, s’assure de noter tout ce que je dis de nouveau», explique-t-il. «Heureusement qu’il est là, car moi, quand je suis sur scène, j’entre dans une bulle et j’me souviens pus de rien après. Le numéro sur les fans de Peter MacLeod en est le meilleur exemple: j’ai improvisé ça un soir, et après, on l’a réécrit, structuré et inclus officiellement dans le show.»
Le NTE présente
OYEN EXTRAM R ET MISÈRE SPLENDEU YENNE DE LA CLASSE MO
La première partie de ce spectacle est d’ailleurs entièrement axée sur la spontanéité de Lacroix. La facilité qu’il semble avoir à échanger avec le public durant cette intro de près de 20 minutes est essentiellement tributaire de l’expérience qu’il a acquise au sein des ligues d’impro C.I.A., La Sprite et La Limonade.
«JE RESTE QUELQU’UN DE TRÈS ANGOISSÉ, MÊME SI J’AI APPRIS À ME CONTRÔLER UN PEU.» «C’est grâce à ça que j’ai réalisé que j’écrivais mieux en improvisant. Autrement, j’ai pas la structure pour m’écrire des gags», avoue-t-il. «Souvent, c’est la vulgarité qui arrive en premier, mais selon moi, y a rien qui sort de plus drôle que quand t’es dans’ marde. C’est sur cette adrénaline-là que mes comparaisons fucked up pis mes idées les plus folles arrivent. Des fois, c’est pas bon du tout, mais je finis par m’en sortir avec des patterns. Ce qui me sauve, c’est que mon personnage réussit quand même à se penser bon lorsqu’il foire.» Derrière cette attitude surexcitée qu’il dégage en spectacle se cache toutefois une certaine anxiété. Sans entrer dans le vif du sujet, Julien Lacroix reconnaît qu’il est une autre personne sur scène que dans la vie de tous les jours. «Je reste quelqu’un de très angoissé, même si j’ai appris à me contrôler un peu», confie-t-il. «Des fois, je peux être très down, mais quand je monte sur scène, je suis en pleine forme. Dans ces cas-là, j’aimerais pouvoir faire des shows de quatre heures pour pas revenir tout de suite dans la vraie vie.» y Voisiquement-moi 12 avril au Lion d’or
Les mardis du rire Tous les mardis à 19h30 et 21h30 au Bungalow (Longueuil)
Texte PIERRE LEFEBVRE et ALEXIS MARTIN Mise en scène DANIEL BRIÈRE Avec MARIE-THÉRÈSE FORTIN JACQUES L’HEUREUX ALEXIS MARTIN CHRISTOPHE PAYEUR MOUNIA ZAHZAM Une production du
NOUVEAU THÉÂTRE EXPÉRIMENTAL
Du 4 au 29 avril 2017 Billetterie 1945, RUE FULLUM 514 521-4191 * NTE.QC.CA
13 SCÈNE VOIR MTL
VO2 #O4
ENQUÊTE SUR LE DOUTE APRÈS S’ÊTRE ATTAQUÉS À CAMUS AVEC CALIGULA_REMIX EN 2010, AINSI QU’À MOLIÈRE AVEC DOM JUAN_UNCENSORED EN 2012, MARC BEAUPRÉ ET SA COMPAGNIE TERRE DES HOMMES SEMBLENT SE PROMENER À REBOURS EN PLEIN CŒUR DES CLASSIQUES THÉÂTRAUX, ALORS QU’ILS NOUS PRÉSENTERONT À LA CHAPELLE LEUR RELECTURE D’UN SHAKESPEARE AVEC HAMLET_DIRECTOR’S CUT. MOTS | JÉRÉMY LANIEL
PHOTO | ANTOINE BORDELEAU
Si le Caligula interprété par Emmanuel Schwartz dirigeait une tablée de personnages tel un chef d’orchestre se jouant de la partition théâtrale qu’était le texte de Camus, alors que le Dom Juan de David Giguère était, lui, un DJ qui interpellait ses comparses sur Twitter, à quoi pouvons-nous nous attendre du duo formé par Marc Beaupré et François Blouin lorsqu’il abordera l’un des personnages les plus syncopés du théâtre classique? Cet alliage numérique qui tend vers la déconstruction de textes du répertoire semble devenir peu à peu la marque de commerce du metteur en scène et de son acolyte. «L’idée avec Terre des hommes, c’est de faire ce que j’appelle du postmodernisme. Je déteste le mot, mais c’est la meilleure façon de dire fond classique/forme moderne et de trouver un dialogue entre les deux.» Cette pièce devait voir le jour en 2015 alors qu’elle était programmée au printemps à l’Usine C, mais faute de subvention, le duo a dû annuler les représentions, n’étant pas en mesure de livrer ce qu’il avait clairement en tête. Il va sans dire qu’Hamlet_Director’s Cut était, et est toujours, un projet ambitieux. En quelques années, le projet a évolué, la technologie aussi, et c’est une tout autre pièce qui sera présentée à La Chapelle ce printemps.
C’est quand François Blouin a embarqué clairement dans le projet comme co-metteur en scène que la décision fut prise qu’Hamlet serait un solo – interprété par Marc Beaupré –, malgré ses quatre actes et sa vingtaine de personnages. «En prenant la scène, il y a d’abord le plaisir et l’envie de jouer un personnage comme Hamlet. Mais d’un coup, les doutes du metteur en scène d’Hamlet deviennent peut-être ceux du créateur, qui lui-même s’est mis en scène.» Le doute, voilà un peu la clé de voûte du spectacle qui va bien au-delà du «To be or not to be, that is the question». Hamlet est une pièce d’incertitudes, où le personnage, visité par le fantôme de son père, apprend l’assassinat de ce dernier par son oncle ayant justement ravi le trône et la reine qui venait avec. Tout au long de la pièce de Shakespeare, on peut se demander si Hamlet est fou ou s’il est le seul porteur de la vérité. «Pour moi, Hamlet est la première figure dans la modernité du doute, le personnage qui tout d’un coup est caractérisé dans son action par le doute. C’est quelque chose de difficile à mettre en scène et c’est un défi que François et moi on avait envie de relever.» Et là se trouve l’une des pistes de lecture fascinantes d’Hamlet, car c’est une pièce qui a recours au théâtre
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14 SCÈNE VOIR MTL
VO2 #O4
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> comme mécanisme de dévoilement, Hamlet mettant lui-même en scène une pièce pour confronter son oncle et sa mère. Travaillant avec comme matière première la récente traduction de Jean-Marc Dalpé du texte de Shakespeare, ils se sont plongés dans les différentes versions de ce texte et ont alors réalisé à quel point le doute n’est pas qu’inhérent à la pièce, mais englobe aussi nos propres interprétations de cette dernière. Car à travers les siècles, les certitudes face à ce qui s’y déroule se sont effritées, tellement les traductions et les versions tergiversaient quant à
«HAMLET EST UN PERSONNAGE DANS LE DOUTE, DANS LA RÉFLEXION, C’EST UN PERSONNAGE TRÈS NÉVROSÉ, MAIS EN FAIT, ON L’INCARNE BEAUCOUP DANS LE CORPS ET C’EST SON MOUVEMENT QUI DEVIENT RÉFLEXION.» l’action même qui y prend place. Ce questionnement les a amenés à la rencontre de l’œuvre du psychanalyste Pierre Bayard, bien connu pour ses essais littéraires, qui a signé en 2002 Enquête sur Hamlet, dans lequel il tentait de cerner la vérité autour de cette intrigue on ne peut plus nébuleuse. C’est très précisément pour camper ces incertitudes que le recours au numérique semblait inévitable pour Blouin. «L’idée de prendre des images qui sont virtuelles, qui n’existent pas, qui ne sont qu’illusions, et de les mélanger avec un comédien réel sur scène, nous permet de mettre en place dans
un même moment ce qui a de plus faux et de plus vrai. […] Un spectacle devient un peu l’interprétation qu’un spectateur en fait, dans le cas d’Hamlet, c’est intéressant parce qu’Hamlet lui-même, on le place dans une situation de spectateur par rapport aux propres images qu’il crée à l’écran. On le voit regarder ses propres images, ses pensées, il dialogue lui-même avec ses pensées qui sont projetées devant lui.» François Blouin s’est toujours intéressé à l’art de la scène, mais surtout à la présence sur scène. Et s’il doit son arrivée dans le milieu à son vieil ami du secondaire qu’est Marc Beaupré, il se retrouve maintenant sur un terrain de jeu où il peut pousser ses réflexions sur scène. «On a beaucoup travaillé le mouvement, l’aspect de la gestuelle et la présence d’Hamlet sur scène. C’est avec son corps qu’il tente de rejouer le meurtre de son père, qu’il essaie de comprendre comment son père est mort. Hamlet est un personnage dans le doute, dans la réflexion, c’est un personnage très névrosé, mais en fait, on l’incarne beaucoup dans le corps et c’est son mouvement qui devient réflexion.» Les pièges de l’intégration multimédia sont nombreux, et Marc Beaupré et son comparse en sont conscients. «J’ai vraiment l’impression que les gens vont se retrouver devant ce spectacle-là et qu’ils vont avoir l’impression que le procédé est très simple et facile, alors qu’on travaille en amont comme des fous. On aspire à un spectacle qui, dans sa finalité, n’aura pas cette lourdeur qui incombe au numérique.» Avec Hamlet-_Director’s Cut, ils poursuivent cette idée de départ qu’était l’intégration d’un langage cinématographique au cœur d’un texte classique dans l’optique d’en sortir l’essence même du doute. Si cette quête les a amenés de Jean-Marc Dalpé à Pierre Bayard pour tenter de cerner l’incertitude englobant cette pièce, c’est dans le mariage habile et nécessaire d’un fond et d’une forme que des siècles séparent qu’ils semblent puiser le plaisir réel de faire vivre le théâtre, encore et toujours. y Hamlet_Director’s Cut
Traduction: Jean-Marc Dalpé Adaptation et mise en scène: Marc Beaupré et François Blouin Interprétation: Marc Beaupré Jusqu’au 14 avril à La Chapelle
AS-TU DES PLANS POUR LA FIN DE SEMAINE ?
J’ai la traction intégrale, les phares directionnels et je suis très écoénergétique. Avec ça, on peut aller où tu veux. On pourrait aller voir ton groupe préféré, un film au ciné-parc ou essayer ce nouveau resto thaï. Tu as le choix. Tout ce qui pourrait gâcher ton plaisir, c’est l’état des routes. Et ça, je m’en occupe. Pour en savoir plus, visitez subaru.ca/impreza.
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16 SCÈNE VOIR MTL
VO2 #O4
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LE THÉÂTRE DENISE-PELLETIER PRÉSENTE EN AVRIL LA PREMIÈRE PRODUCTION DE LA COMPAGNIE LE DÔME, QUI PARLE DE RÉVOLUTION ET REVISITE LE MYTHE D’ANTIGONE AVEC QUELQUES LIBERTÉS…
LÉANE LABRÈCHE-DOR
MOTS | MARIE PÂRIS
PHOTO | JULIE ARTACHO
«J’ai toujours aimé ce personnage-là, il me fascine. Ce qui m’impressionne, c’est la solitude de cette jeune fille: elle se lève pour défendre la liberté toute seule.» L’auteure Nathalie Boisvert avait Antigone en tête depuis quelque temps déjà. Elle travaille sur son texte alors qu’éclate le printemps érable, et elle mêle donc naturellement ce contexte social et politique à sa pièce. Mais si la pièce s’inspire de l’Antigone de Sophocle et Anouilh, certains personnages sont éliminés, comme la sœur Ismène, par exemple, que Nathalie Boisvert a remplacée par deux frères pour former un trio. «Ce n’est pas tout à fait le mythe d’Antigone, ajoute Léane LabrècheDor, choisie pour interpréter le rôle principal. Là, on voit les relations dans la famille, les déchirements; la genèse du mythe en fait.» L’autre liberté prise par l’auteure, c’est de placer son Antigone dans un Québec contemporain et imaginaire. Un drame écologique place le contexte de la pièce. «Ce drame est inspiré d’un fait divers, indique Nathalie Boisvert. Je m’inspire beaucoup de l’actualité pour écrire…» En 2012, au même moment et à plusieurs endroits dans le monde (entre autres dans le Midwest et en Italie…), des morts massives d’oiseaux ont été enregistrées. Et les oiseaux sont présages de malheur en tragédie – on en retrouve d’ailleurs un sur l’affiche de la pièce, perché sur la main de Léane Labrèche-Dor. Habituée à rédiger de la poésie, Nathalie Boisvert (notamment lauréate du prix Gratien-Gélinas en 2007 pour Buffet chinois) livre une pièce dans une prose lyrique et assez rythmée, rappelant l’écriture très poétique de l’Antigone originelle. L’histoire, c’est donc celle d’une révolution populaire. Antigone et ses deux frères Étéocle et Polynice (Xavier Huard et Frédéric Millaire-Zouvi) se retrouvent au milieu: Polynice et Antigone soutiennent le peuple, tandis qu’Étéocle prend le parti de leur oncle Créon qui bannit les manifestations pour préserver un semblant de paix sociale. Et l’un des frères meurt lors d’une émeute… Dans cette révolution, Antigone doit tenter d’échapper au pouvoir qui veut la punir, tout en restant droite et juste. Théâtralisation de la poésie Il a fallu de nombreuses versions pour arriver à la pièce finale. «Le texte a beaucoup bougé, mais ça nous aidait à mieux comprendre l’univers de Nathalie, raconte Léane Labrèche-Dor. On a fait une première mise en lecture d’Antigone à l’École nationale de théâtre, avec Frédéric Sasseville-Painchaud à la mise en scène. Le choix des acteurs s’est défini à ce moment-là.» En effet, si la période de production a été très longue – un laboratoire autour de la pièce a notamment
eu lieu –, l’équipe autour du projet est la même depuis le début. Le travail avec les acteurs a ainsi pu commencer très tôt. En tout cas, le genre de la tragédie n’a pas effrayé Léane Labrèche-Dor: «J’ai toujours eu la forte impression d’être une grande tragédienne – sur scène comme dans la vie. C’est un style d’histoire et de jeu qui me touche beaucoup. J’ai l’impression que cette pièce va notamment beaucoup parler aux ados. Et quelque part, la tragédie se rapproche de la comédie dans l’ampleur demandée sur scène…» Derrière cette Antigone au printemps, il y a la jeune compagnie Le Dôme, créée en 2015, qui signe ici sa première production. Nathalie Boisvert a rencontré les deux autres membres fondateurs, Frédéric Sasseville-Painchaud et Olivier Sylvestre, à l’École nationale de théâtre, où elle a enseigné au département d’écriture – elle travaille entre autres sur le processus de création en écriture. «On est de trois
«J’AI TOUJOURS EU LA FORTE IMPRESSION D’ÊTRE UNE GRANDE TRAGÉDIENNE – SUR SCÈNE COMME DANS LA VIE.» générations différentes, c’est intéressant pour travailler. Et on est tous polyvalents aussi, entre l’écriture, la mise en scène, le jeu, souligne l’auteure. Avec Le Dôme, on s’intéresse surtout à la théâtralisation de la poésie; notre désir, c’est de réenchanter le monde.» Et surtout, de faire des œuvres qui parlent au public d’aujourd’hui, comme cette Antigone qui se demande comment rester intègre dans le monde qui l’entoure. «C’est un personnage très actuel», conclut Nathalie Boisvert, qui décrit ainsi le mythe: «Antigone est intemporelle. Elle est celle qui a levé le poing lors de la crise d’Octobre et du printemps érable, celle qui a dirigé des protestations sur les campus lors du printemps arabe, celle qui manifeste à Washington D.C. contre Donald Trump. Antigone n’a pas d’âge. Elle est la voix de toutes les générations.» Et la révolution est un sujet éternel. y Antigone au printemps Jusqu’au 22 avril Salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier
18 CHRONIQUE VOIR MTL
VO2 #O4
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ÉMILIE DUBREUIL SALE TEMPS POUR SORTIR
L’ÉTRANGER J’ai traîné mon ordinateur sur une petite terrasse près du jardin du Luxembourg en me faisant, comme souvent, des accroires, en me disant que j’allais peut-être y travailler. Je suis sans cesse tiraillée entre une envie irrépressible de ne rien faire, rien, rien faire, sinon que de rêver, et ce sourd sentiment qu’il me faut, en même temps, accomplir quelque chose, donner un sens au temps. Or, je n’ai rien trouvé de mieux, à ce jour, pour donner un sens au temps, que de travailler. Bien sûr, il y a la famille, les amis, l’amour, les enfants peut-être que j’aurai un jour, les enfants de mes proches, mais ce n’est pas tout à fait la même chose, ça ne confère pas le même sens. Quand j’étais adolescente, déjà, je traînais mes devoirs partout. Quand nous partions au chalet, ma mère me disait souvent: «T’es certaine que tu as besoin de tous ces livres, que tu vas tout étudier cela? Pourquoi tu ne prends pas une vraie pause? Tu feras tes devoirs dimanche soir!» Immanquablement, je posais mes bouquins sur une table en arrivant à la campagne. Je les regardais du coin de l’œil toute la fin de semaine où ils me regardaient, c’est selon, l’air de me dire: «Tout ce savoir est là, à ton entière disposition, pendant que tu perds ton temps à regarder la télévision, à rêver, à dormir». Je n’y touchais pas évidemment et je remballais le tout, le dimanche soir venu. Perdre son temps. Perdre le temps et le regarder couler sans essayer de le sculpter; c’est mon grand fantasme. Depuis des années que je rêve de prendre un mois, voire deux ou trois ou six, et regarder la pluie tomber, fixer le plafond, écouter les oiseaux chanter. Décrocher complètement, carrément. Ne plus répondre au courrier électronique, ne plus répondre au téléphone, ne plus payer de comptes, ne plus réfléchir, ne plus avoir d’idées, ne pas rénover ma maison, ne pas faire de ménage, ne plus planifier de repas. Rien faire, sinon que de dormir
beaucoup. Une hibernation en quelque sorte, mais que je souhaiterais par ailleurs au soleil. Un exil de la vie active. Comme tout le monde, j’achète parfois un billet de loterie en me disant que si je gagnais, je pourrais réaliser ce fantasme, me permettre cette oisiveté totale loin des contrariétés du quotidien, des gens parfois pénibles avec lesquels il faut composer au boulot, des petites mesquineries qui polluent la couleur de moments au bureau, des horaires rigides qui grugent nos jours, nos mois, nos années. Étonnamment, je ne gagne jamais. Et, donc, je continue d’être obsédée par le travail, par l’idée du travail qui donne un sens au quotidien, mais qui mine aussi tant de monde. Il suffit de tendre l’oreille. Le sujet, le plus souvent, est lié à des récriminations, à de l’insatisfaction. Fatigue, ennui, frustrations, conflits, harcèlement, sentiment d’impuissance ou d’incompétence, sentiment d’injustice, de manque de reconnaissance, de stress, d’aliénation. Rares sont les gens que je connais qui me disent autour d’un apéro: «Wow! Au travail, ça va super bien. Je me réalise! Mes patrons sont formidables, mes collègues sont fantastiques, je suis reconnu à ma juste valeur». Pourtant, je connais peu de monde qui n’aime pas travailler ou qui ne cherche pas, dans le travail, à donner un certain sens à son quotidien. Il y a 75 ans cette année, un certain Albert Camus commençait à rédiger, dans un hôtel de Montmartre et dans une chambre sans fenêtre, un livre qui a été lu depuis par des millions de jeunes adultes à l’âge tendre où l’on est justement préoccupé par le sens à donner à son séjour parmi les vivants.
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19 Vous avez lu L’étranger? C’est un roman assez terne. C’est l’histoire d’un homme, il s’appelle Meursault. Dans la vie, il pratique l’indifférence de façon caricaturale. Ses amours, son travail, la mort de sa maman. Il traverse la vie comme un automate. Un jour, il assassine un Arabe sur une plage d’Alger. Il est alors aveuglé par le soleil, il se réveille d’une sieste. Il est un peu gourd donc et il tire et il tue dans l’indifférence. Et on le condamne à mort, un peu pour cela, mais surtout parce qu’il est indifférent, parce qu’il est étanche aux codes. Ce n’est qu’une fois condamné à mort que le personnage se réveille de sa torpeur en éclatant de colère contre le prêtre qui essaie de le confesser et qui représente les codes moraux de l’époque, la bien-pensance de l’époque. Bien-pensance qui existe autrement, mais si fortement, de nos jours. Camus se sert de ce personnage et de son histoire pour introduire les deux grands concepts de sa philosophie étayée dans Le mythe de Sisyphe: l’absurde et la révolte. «Il arrive que les décors s’écroulent. Lever, tramway, quatre heures de bureau, repas… Un jour, le “pourquoi” s’élève…» Camus y explique que, toute sa vie, l’homme mène un combat contre l’idée de l’inéluctabilité de la mort parce qu’elle confère à la vie
un caractère absurde et que si l’on accepte l’idée qu’il n’y a pas de paradis, la seule réponse à cette absurdité de la vie est la conscience et la révolte. Cette philosophie simple me taraude depuis mes 20 ans. Soixante-quinze ans après la création du personnage, nous sommes tous, je crois, un peu Meursault: indifférents, endormis dans nos vies, cherchant à ne pas penser à l’absurdité, à la contrecarrer par le travail, d’où l’éternelle insatisfaction sans doute. Mais, devant l’absurde inhumanité du monde, on like, on ne like pas. On ne se révolte pas, on s’indigne, on signale nos vertus. On est dans la bien-pensance. On regarde les gens qui se noient dans la Méditerranée, les gens qui dorment dehors, la guerre en Syrie, la corruption, le chômage, nos vies, l’analphabétisme, et l’on se demande: qu’est-ce que je pourrais bien y faire de toute façon? Et je me demande si je dormais assez longtemps pour sortir de cette sorte de lassitude de nos destins si insignifiants, si je décrochais tout à fait, si j’acceptais l’absurde, est-ce que j’arriverais à cette conscience et à cette révolte? Et qu’est-ce que ça donnerait? y
par
CIRCA
25 AU 29 AVRIL
UNE FUSION PARFAITE ENTRE ART ACROBATIQUE ET OPÉRA BAROQUE
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ÉGALITÉ DE GENRE SUR SON PREMIER ALBUM, SAMUELE S’AFFICHE SANS DÉTOUR AVEC UN PROPOS SOCIAL INTÈGRE ET BIEN ARTICULÉ, RÉSULTAT D’UN FOISONNANT PARCOURS MUSICAL DANS LES CERCLES MILITANTS MONTRÉALAIS. MOTS | OLIVIER BOISVERT-MAGNEN
PHOTO | ANTOINE BORDELEAU
«Sans cesse bombardée par le même refrain/Si t’es pas bonne à marier fille, t’es bonne à rien/Surveille ton poids, surveille ton langage/Réponds oui papa et reste bien sage», récite avec une fausse naïveté Samuele Mandeville sur le manifeste féministe Égalité de papier. Avec cette saisissante entrée en matière, l’auteure-compositrice-interprète hochelagaise met la table pour cet album judicieusement intitulé Les filles sages vont au paradis, les autres vont où elles veulent. «On voulait annoncer d’emblée nos couleurs», explique celle dont le prénom est aussi le nom du groupe. «C’est la pièce qui marque le plus les gens, celle sur laquelle j’ai le plus de feedback. J’avais pas tant envie de l’inclure, mais l’impact est tellement massif en show que j’avais pas le choix.» Outre le manque évident de cohésion entre cette intro spoken word et le reste de la proposition folk aux accents rock et blues, la Montréalaise a hésité à intégrer cette chanson sur ce premier effort en raison de la vision étroite qu’elle sous-tend: «C’est pas un texte que je réécrirais de même… Si j’avais à parler de féminisme aujourd’hui, j’inclurais des notions de race, des notions de genre. En ce moment, c’est très binaire comme réflexion.» Refusant les étiquettes, Samuele Mandeville préfère la fluidité des idées et des genres à la conformité. En constante ébullition dans ses réflexions et ses propos, elle dégage une certaine assurance qu’on devine radicale, mais aussi fragile. La façon dont elle parle du printemps érable, période d’agitation sociale au centre de sa chanson La révolte, en témoigne assurément. «J’ai tellement été déçue de comment ç’a fini.
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PATRICK NORMAN 30 JUIN • 20H
LES SOEURS BOULAY 1 ER JUILLET • 20H
PATRICE MICHAUD ET VINCENT VALLIÈRES 2 JUILLET • 20H
Ainsi que : Dumas Richard Séguin Klô Pelgag Karim Ouellet Catherine Major Dick Annegarn Les Hay Babies et plusieurs autres. LOUIS-JEAN CORMIER ET MATT HOLUBOWSKI 6 JUILLET • 20H
BILLE EN VE TS NTE
418-39 3 1-844- -2222 393-22 2 ADMIS S I O N.C 6 FORFA O M ITS ET P DISPO ASSEPORTS NIBLES
Du 29 juin au 8 juillet 2017
FESTIVALENCHANSON.COM
Les cowboys fringants Vincent Vallières - Patrice Michaud Cayouche - Matt Holubowski Daniel Bélanger - Louis-Jean Cormier
Artistes / Sarah Olivier, Stephen Harrison
Crédit photo / Michel Pinault
FCT Juin 2015
L’Osstidtour - Karim Ouellet Urbain Desbois - Dick Annegarn Saratoga - Les Hôtesses d’Hilaire Et plusieurs autres.
34 e FESTIVAL DE LA CHANSON
29 JUIN AU 2 JUILLET 2017 1 86 6 86 1–4 108 chansontadoussac.com
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> Ça m’a tellement fait de la peine», confie-t-elle. «L’affaire, c’est qu’en voyant tous ces gens descendre dans la rue, j’ai cru que quelque chose changerait pour vrai. J’y ai cru, à cette solidarité-là… Mais mon cœur s’est brisé, et j’en suis restée traumatisée. J’ai jamais eu autant peur pour ma vie qu’en voyant les policiers nous courir après durant les manifs de soir. Même que maintenant, quand j’entends un hélicoptère qui passe, j’ai une petite angoisse.» Écrite il y a cinq ans, la pièce est donc alimentée par un sentiment de nostalgie, maintenant altéré par la froideur du retour à la réalité. Avec le recul, l’événement a toutefois eu des retombées positives dans la vie de la musicienne et intervenante au sein de GRIS-Montréal, un organisme communautaire qui tend à démystifier l’homosexualité et la bisexualité par la méthode du témoignage: «Je me suis rendu compte qu’aller dans des manifs, c’était moins pertinent qu’avant, et que j’avais un impact plus direct en allant parler de mon expérience directement aux jeunes. Au lieu d’aller contre des affaires, je construis quelque chose. De toute façon, me battre contre la grosse machine, ça m’épuise. Et quand je suis épuisée, je sers à rien.» Cœur de tôle met bien en lumière ce sentiment d’abattement. En abordant l’affligeant manque d’énergie et de motivation qu’elle a subie durant une récente dépression, la multi-instrumentiste montre qu’elle peut aisément alterner entre la prise de parole collective et le récit intimiste. L’importance du clan Pour mettre en musique ses textes, Samuele Mandeville a pu compter sur le soutien indéfectible de son groupe, constitué du bassiste Alex Pépin, de la guitariste Julie Miron et du batteur JeanSébastien Brault-Labbé, également réalisateur de l’opus. Même si la chanteuse écrit tous ses textes et incarne à elle seule la formation, elle dit avoir besoin d’un clan pour évoluer: «On forme une équipe très forte. Surtout, on se donne le droit à l’échec, ce qui est essentiel, car la sécurité émotive est très importante pour moi. Si j’avais pas cette solidité-là, j’arriverais pas à faire cette job.» Dernièrement, la musicienne a toutefois dû faire bande à part dans le cadre d’une tournée estivale en solo. Si l’exercice avait de quoi l’apeurer au départ, il s’est avéré particulièrement bénéfique. «Ç’a été très formateur comme expérience», raconte-telle. «Il y a bien des moments où je me suis ennuyée de mon band sur la route, mais une fois sur scène, j’étais capable de tout oublier et de créer un contact avec la foule. C’est comme si je devenais une version améliorée de moi-même.»
Tout de suite après cette mini-tournée, Samuele a su tirer son épingle du jeu au Festival international de la chanson de Granby. Au terme de trois semaines de formations, d’ateliers et de prestations, la chanteuse a remporté la finale. «C’que j’ai appris làbas, c’est surtout à gérer le stress, mais c’est pas quelque chose que j’ai particulièrement trouvé agréable. Je crois pas que, dans la vie, on ait besoin de se mettre autant de pression sur les épaules pour se réaliser», juge celle qui, un an auparavant, avait atteint les demi-finales des Francouvertes. «Là, les concours, c’est fini! Même qu’à Granby, j’avais pas vraiment envie d’y aller. J’y suis allée parce que je me disais que c’était un bon move de carrière.»
«C’QUE J’AI APPRIS LÀ-BAS, C’EST SURTOUT À GÉRER LE STRESS, MAIS C’EST PAS QUELQUE CHOSE QUE J’AI PARTICULIÈREMENT TROUVÉ AGRÉABLE.» Active sur les scènes de son quartier depuis plus d’une décennie, autant dans les petits bars qu’à travers les circuits autogérés et les initiatives militantes, la chanteuse a maintenant pris la décision de faire grandir son projet, au lieu d’uniquement prêcher aux convertis. Un choix qui, encore maintenant, vient avec son lot de doutes: «Quand je suis revenue de Granby, je suis retournée jouer sur le même stage plein de bière, devant la gang d’anarchistes assis par terre. Sur le coup, je sentais que je les avais trahis... J’avais peur qu’on me dise que je suis une vendue, comme si demander d’être payée pour jouer de la musique, c’était pas bien. Maintenant, je sais que ce travaillà mérite des sous. Je sais aussi que faire de l’art un métier, c’est une drôle de combinaison. Je comprends qu’il y a peu de personnes qui le font, car c’est pas vraiment un match paisible.» y Les filles sages vont au paradis, les autres vont où elles veulent Sortie le 7 avril 2017
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DAMIEN TROUVE L’HARMONIE L’ÉNERGIQUE DAMIEN ROBITAILLE REVIENT AVEC UN ALBUM QUI RASSEMBLE SES INFLUENCES DES DERNIÈRES ANNÉES. MOTS | VALÉRIE THÉRIEN
PHOTO | LEPETITRUSSE
Entre les tournées ces dernières années, l’arrivée d’un bébé et ce nouvel album tout chaud, son quatrième, Damien Robitaille a-t-il eu le temps de se reposer? «Oui, trop! lance-t-il en riant. Je commençais à être rouillé un peu! Ça fait plus qu’un an que je n’ai pas joué de concert, donc ça me manque énormément.» L’entertainer en chef débarque avec un nouvel album où l’expérience musicale rentre au poste. Moins enclin à proposer un album teinté d’une forte couleur latine ou soul comme ce fut le cas dans le passé avec Homme autonome (2009) et Omniprésent (2012), Damien Robitaille dit avoir approché Univers parallèles de façon plus naturelle, instinctive. «C’est moins dans la découverte et plus dans ce que je connais, commente-t-il. Les rythmes et les harmonies qui se sont imprégnés à travers les années.» Il y regroupe donc sous un même disque 11 pistes teintées de toute la palette de couleurs que compose son bagage musical. Il y a des échos latins dans les percussions, il s’entoure de choristes – lui qui adore les chœurs – pour une touche soul et l’humour est toujours bien présent dans ses textes rimés. Son excellent premier extrait Tout feu tout flamme fait partie de ses chansons accrocheuses, celles où, dit-il, il se laisse aller en n’ayant pas peur d’être quétaine. Le désir pour l’autre y est chanté sans détour. «Je ne me cache pas derrière l’humour pour celle-là, alors je pensais que les gens allaient moins triper et je savais pas si ça allait marcher, mais je l’assume plus maintenant et je suis heureux que la chanson tourne beaucoup sur les radios.»
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Le titre a été trouvé après la composition, avec une vue d’ensemble de ce que les chansons racontaient. «On dirait que chaque pièce se déroule dans un univers différent – sur une île déserte, dans une maison qui est en train de brûler, dans un désert ou sur un fleuve. Je m’imaginais plein de petits univers. Il est beaucoup question d’évasion aussi: je parle de sortir du fleuve en courant, ou de vouloir devenir la lune, par exemple. Avec la paternité, j’étais plus à la maison. J’imagine qu’il y a ce désir de sortir, de vouloir aller ailleurs.» Si l’on connaît la musique de Damien Robitaille comme étant surtout énergique et colorée, le chanteur a aussi couché sur disque de saprées bonnes chansons intimistes, très touchantes comme L’astronaute, qui date de plus d’une décennie et qui est encore jouée en concert. Univers parallèles permet à l’artiste originaire de l’Ontario de montrer ses deux côtés de la médaille.
«J’ai toujours eu des chansons plus intimes et on dirait que sur ce disque-ci, ça se mélange mieux, croit le chanteur. Il y a une pièce instrumentale avec chœur – Signe de vie – et d’autres tounes plus rythmées, comme Tout feu tout flamme, mais moins humoristiques, alors l’album est plus en harmonie!» Le défi de Damien Robitaille à présent est de traduire cette harmonie sur scène. «Ç’a toujours été ça mon débat: j’adore faire rire, mais j’aime avoir un côté touchant. C’est pas toujours facile. Par le passé, je jouais Mot de passe puis L’astronaute, et les gens continuaient à rire et ne savaient plus trop quoi penser. J’ai assumé mon côté entertainer et maintenant je dois apprendre à assumer mes ballades.» y Univers parallèles (Audiogram) Disponible le 7 avril
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BROUILLER LES PISTES VOCALISTE EXTRAORDINAIRE ET COMPOSITEUR POST-EXOTIQUE, LE CHANTEUR GABRIEL DHARMOO FERA ENTENDRE SA VOIX AVEC UN ENSEMBLE INTERCULTUREL EN AVRIL PUIS AVEC LA SOCIÉTÉ DE MUSIQUE CONTEMPORAINE DU QUÉBEC EN MAI, TANDIS QUE SA MUSIQUE SERA JOUÉE PAR L’ORCHESTRE MÉTROPOLITAIN. PAS MAL! MOTS | RÉJEAN BEAUCAGE
Gabriel Dharmoo s’intéressait davantage à la composition qu’à l’interprétation, alors qu’il perfectionnait le maniement du violoncelle à l’Université Laval au début du siècle. C’était avant de devenir luimême son propre instrument, et l’interprète de sa musique. Né d’une mère québécoise et d’un père caribéen d’origine indienne, le compositeur a trouvé sa voie en retournant à ses racines lors de deux voyages en Inde en 2008 (6 mois) et 2011 (3 mois). Autour d’un café, rue Saint-Laurent, il explique: «Je m’intéresse à plusieurs traditions musicales, mais celle du sud de l’Inde m’interpelle particulièrement. Je ne suis pas un expert de la musique carnatique, parce qu’il s’agit d’une tradition très riche, mais j’ai quand même pu en apprendre pas mal à ce sujet durant mes séjours. Je m’en suis inspiré ouvertement, mais les gens de là-bas trouveraient certainement que ma musique n’a rien à voir avec la leur!» Cette connaissance partielle de la tradition l’a poussé à développer l’idée d’un folklore imaginaire: «Ça m’est venu d’un certain inconfort à être vu comme un ambassadeur de la musique indienne... Je pense qu’en tant que personne métissée, on ne se sent jamais appartenir totalement à une tradition en particulier, et puis, j’aime cultiver l’ambiguïté entre ce qui est expérimental et ce qui pourrait être traditionnel.» C’est à travers l’improvisation que le compositeur s’est senti devenir performeur et que le violoncelliste est devenu chanteur. «À Québec, j’avais un groupe avec la chanteuse Elizabeth Lima et on faisait de la musique actuelle de manière instinctive, sans savoir que c’était relié à un courant; ce n’est qu’au Conservatoire, après mon arrivée à Montréal en 2003 que j’ai découvert cette musique dans les cours de René Lussier. J’ai suivi sa classe d’improvisation en tant que chanteur, et c’est lui qui m’a fait décou-
PHOTO | ANTOINE BORDELEAU
vrir Phil Minton, par exemple.» Dharmoo a eu l’occasion en 2013 de perfectionner sa technique vocale auprès du vocaliste britannique bien connu des habitués du FIMAV. C’est à la suite de cette découverte de son véritable instrument, la voix, que le travail de Gabriel Dharmoo s’est inscrit dans le courant des compositeursperformeurs. «C’est une remise en cause du modèle standard, qui remet en doute la nécessité d’avoir un intermédiaire: l’interprète. C’est aussi dans l’air du temps, c’est-à-dire que les jeunes compositeurs ont avec le milieu un rapport qui est différent de celui que pouvaient avoir leurs aînés, à une époque, par exemple, où la musique contemporaine jouait à Radio-Canada...» Si elle ne joue pas à la radio, la musique de Dharmoo se fait tout de même entendre, et après lui avoir déjà mérité de nombreuses récompenses, elle a été retenue pour une troisième fois parmi les finalistes du Prix collégien de musique contemporaine qui sera remis en mai; il a déjà remporté les 2e et 3e prix. Sa pièce en lice cette année, Futile Spells, pour chœur, s’inscrit dans ce folklore imaginaire dont il développe le concept depuis qu’il a décidé de se mettre lui-même en scène avec sa pièce Anthropologies imaginaires: «C’est une pièce solo, quelque chose d’hybride, un documenteur qui est programmé dans des festivals de théâtre. J’y présente de faux exemples de musiques traditionnelles, commentés par de faux spécialistes...» La pièce connaît cependant un vrai succès et il l’a présentée jusqu’en Australie! Dharmoo revient fin avril dans un programme de l’Orchestre Métropolitain après y avoir été invité une première fois en 2015. Sa nouvelle pièce s’inscrit dans un concert jeune public, et il aura à sa disposition, en plus des musiciens de l’Orchestre sous la
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direction du jeune chef Nicolas Ellis, les élèves de 5e et 6e années du programme musique-études au primaire de l’école Vincent-d’Indy, qui chanteront et joueront de la percussion corporelle! «J’adore le fait que ma musique est jouée par un ensemble d’une telle qualité, mais j’aime aussi faire de l’improvisation dans un loft du Mile-End... C’est ce mélange qui me garde créatif!» Dharmoo chante aussi en tant qu’interprète, mais en demeurant un interprète créatif, qui vient avec sa propre couleur: «C’est encore cette idée, qui est dans l’air du temps, de brouiller la hiérarchie entre compositeur et interprète. C’est aussi ce que je fais avec Sound Of Montréal, l’ensemble interculturel que codirigent Kiya Tabassian et Sandeep Bhagwati.»
Gabriel Dharmoo participera aussi en tant que chanteur à la grande création Niemandslandhymnen de Sandeep Bhagwati, qui occupera tout un programme de la Société de musique contemporaine du Québec en mai. Reste plus qu’à espérer que le public le suivra au-delà des frontières entre les genres! y Orchestre Métropolitain: La Symphonie des jouets 30 avril et 1er mai, 14h, Théâtre Outremont SMCQ: Niemandslandhymnen 18 mai, 19h, Usine C gabrieldharmoo.org
À ÉCOUTER
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★★★★★ CLASSIQUE ★★★★ EXCELLENT ★★★ BON ★★ MOYEN ★ NUL
-M-, TOUMANI ET SIDIKI DIABATÉ LAMOMALI (Wagram) ★★★★ Le Mali fascine depuis longtemps les musiciens occidentaux. Avec raison. Les Français ne sont pas exempts: demandez à Manu Chao ou à Philippe Cohen Solal du Gotan Project. Et on aime tous -M-! Rien d’étonnant alors que 10 ans après sa première visite à Bamako, cet habitué des instrumentistes mandingues de Paris se décide à se faire «un album malien». Pas un disque de lui Made in Mali, mais une espèce de collectif disparate dans son studio, chez lui, avec les 42 cordes des koras de Toumani et Sidiki, la sublime Fatoumata Diawara, Oxmo Puccino, Amadou et Mariam. Devant ce casting trop parfait auquel se rajoutent le Brésilien Seu Jorge ainsi que le trompettiste libanais Ibrahim Maalouf et à l’écoute du premier simple funky Bal de Bamako, on se dit que trop c’est comme pas assez. Pourtant, tout fonctionne ici; tout est nouveau. Ça parle d’âme, de fraternité vraie, de créativité. C’est avec des œuvres comme celles-ci qu’on pourra changer le monde. Béni soit qui au Mali danse. (R. Boncy)
JACQUES GREENE FEEL INFINITE
JEAN-MICHEL BLAIS & CFCF CASCADES
(LuckyMe)
(Arts & Crafts)
★★★ 1/2
★★★★
On l’a attendu longtemps, mais ce premier opus complet de Jacques Greene a le mérite d’avoir pris le temps de mûrir avant d’être digéré par son public. Effectivement, les années que l’artiste a passées à peaufiner son son tout en influençant celui de nombre de producteurs de musique électronique se ressentent fortement sur Feel Infinite. Les synthés sont programmés au quart de tour, les découpages rythmiques sont d’une précision d’horloger et les jeux d’échantillons vocaux sont du pur plaisir. Jacques Greene démontre avec cet album qu’il n’a pas besoin de constamment innover pour être au top de sa forme; il a déjà pavé la voie qu’il emprunte désormais avec brio. (A. Bordeleau)
WIRE SILVER/LEAD
Trop souvent, quand on entend parler de fusion entre musique classique et musique électronique, on se met en tête un de ces horribles mashups où l’on combine du Vivaldi avec un beat de dubstep usé à la corde. Heureusement, Blais et CFCF sont tous deux d’une sensibilité musicale aiguë qui les prévient contre ce genre de piège. La rencontre des deux artistes se fait dans l’harmonie: le timbre du piano se mêle aux ambiances synthétiques sans accroche. Cette symbiose amène un jeu intéressant entre les deux sphères musicales, qui se laissent tour à tour la place et se répondent dans un dialogue tout en subtilités. Le point faible de cette offre excellente est assurément sa durée. On en veut beaucoup plus. (A. Bordeleau)
(Pinkflag)
TIMBER TIMBRE SINCERELY, FUTURE POLLUTION
★★★
(Arts & Crafts)
Pour célébrer le 40e anniversaire de son premier concert, Wire fait paraître à la même date son 15e album. Colin Newman, Graham Lewis, Robert (Gotobed) Grey et Matthew Simms reviennent à la charge avec un album qui se veut tout sauf nostalgique. Depuis sa remise en piste en 1985, la prolifique formation art-punk/post-punk britannique a toujours refusé de se replonger dans l’atmosphère des déterminants trois premiers albums qu’elle a fait paraître entre 1977 et 1979. Pourtant, ce sont ces disques qui ont marqué toute une génération de musiciens, de Minor Threat à Franz Ferdinand en passant par Blur et REM, bien plus que tous les autres qui suivirent. Et ce n’est pas cette nouvelle offrande qui passera à l’histoire. Si tous les morceaux étaient comme le punkifié Short Elevated Period, il n’y aurait rien à redire. Hélas, la majorité des chansons, ennuyeuses et maniérées, manquent de personnalité et, encore une fois, on se met à regretter l’audace, le mordant et l’avant-gardisme des premières années de Wire. (P. Baillargeon)
★★★ 1/2
Ce sixième effort de Timber Timbre reprend un peu là où s’était arrêté le magnifique Hot Dreams de 2014 pour amener ensuite l’auditeur vers d’autres sphères. Si les couleurs sont toujours aussi sombres, Sincerly, Future Pollution nous enveloppe d’un linceul de velours pour nous transporter dans une ballade vaguement sinistre d’où on revient étrangement calme et non le couteau collé sur les veines. Enregistré au studio La Frette en banlieue de Paris, Sincerly, Future Pollution est plus que jamais un travail de groupe. Préconisant une approche musicale encore plus raffinée, flirtant avec différentes influences, la bande vogue toujours dans le sillage des Tindersticks et Angelo Badalamenti. Cela dit, l’album nous ramène aussi à la période plus expérimentale de Talk Talk, à un Bowie funky et torturé, à Dirty Beaches pour le côté spectral de l’œuvre, mais aussi à un certain rock FM 70’s teinté de noir tant sur le plan des compositions que de la réalisation au ton légèrement feutré. (P. Baillargeon)
29 DISQUES VOIR MTL
GUY BÉLANGER TRACES & SCARS (Disques Bros)
LONDON SYMPHONY ORCHESTRA/THOMAS ADÈS ASYLA, TEVOT, POLARIS
★★★
(LSO Live/Naxos)
Revoici l’homme à l’harmonica! Dans ce western nordique, misant toujours sur la simplicité et sur son fidèle trio, le grand Guy nous livre cette fois un opus plus instrumental et surtout plus mélancolique que les précédents. D’entrée de jeu, il salue le départ tout récent de son chum bluesman Bob Walsh dans My Dearest Friend. Chemin faisant, il croise les gratteux de cordes Claude Fradette, Kaven Girouard, Preston Reed, le virtuose écossais du tapping, le violoncelliste Eric Longsworth (long time no see), et un compositeur néo-zélandais – Delaney Davidson – de qui il emprunte une chanson émouvante: Little Heart. Navigant entre folk, rock, blues et musique de film à grands coups de pedal steel, entre traces et cicatrices, le menu de cet album ne casse pas les briques, mais ne nous sert rien de réchauffé. À noter le son lumineux fait avec application, dans l’Est, chez Piccolo. (R. Boncy)
ENSEMBLE INTERCONTEMPORAIN/ MATTHIAS PINTSCHER NEW YORK (Alpha/Naxos) ★★★★ Troisième disque en trois ans chez Alpha pour l’EIC et son nouveau directeur musical Matthias Pintscher. Un programme qui célèbre les 40 ans de l’ensemble parisien en saluant des compositeurs new-yorkais. Il y a les grands ancêtres (Edgar Varèse, John Cage, Morton Feldman et Elliott Carter, dont le style général correspond peut-être davantage à une époque qu’à un lieu), le grand maître toujours vivant (Steve Reich, avec WTC 9/11, l’hommage aux victimes du World Trade Center qu’a commandé et enregistré le Kronos Quartet), et les «petits nouveaux» (Sean Shepherd [37 ans] et David Fulmer [35 ans]), dont les styles ne dépareillent pas l’ensemble. L’EIC joue tout ça avec sa maestria légendaire, et le programme offre un beau voyage dans le temps et dans l’espace. (R. Beaucage)
VO2 #O4
O4 / 2O17
★★★★ Un enregistrement en concert qui regroupe pour une première fois les trois grandes œuvres orchestrales que le compositeur britannique Thomas Adès a composé entre 1997 et 2010, et qu’il présente comme une trilogie. Dès la première, Asyla, le compositeur (26 ans à l’époque) se montre habile à utiliser les codes musicaux de son temps, en intégrant par exemple des rythmes technos (l’orchestre compte six percussionnistes!) ou en élargissant la palette de l’orchestre (piano préparé, techniques de jeu alternatives, etc.). Tevot, qui évoque notre planète comme un immense vaisseau intersidéral, est une œuvre en un seul mouvement, d’une puissance quasi tellurique par moments. Polaris (Voyage for Orchestra), plus courte et plus aérienne, achève d’illustrer la grande maîtrise du compositeur. Disponible en Blu-ray 5.1. (R. Beaucage)
BEAST MODULUS BEING (Indépendant) ★★★ C’est plutôt bon signe lorsqu’un album se termine et qu’on se dit qu’on aurait aimé en entendre plus. Le premier disque du quatuor de Brooklyn ne dure pas 25 minutes et ses six morceaux ne vous jetteront pas par terre du fait de leur originalité. L’amalgame math-metalprogressif-sludge-groovy qui constitue le style de Beast Modulus a été entendu mille fois et l’influence de groupes tels que Mastodon, Dillinger Escape Plan et Coalesce saute aux oreilles dès la première chanson intitulée Twrk. Au-delà de ces références qui suscitent une impression de familiarité immédiate avec les chansons, Beast Modulus réussit malgré tout à se démarquer avec des compositions électrisantes et des changements de rythmiques qui nous tiennent en haleine. C’est prometteur. (C. Fortier)
CRi SOMEONE ELSE (Young Art) ★★★★ Sur son quatrième EP, CRi confirme qu’il est prêt à passer à la prochaine étape: celle de l’album complet. Autant la richesse mélodique que le raffinement des arrangements dont ce mini-album fait preuve le distancient de ses prédécesseurs, également excellents mais moins concis dans leur ensemble. S’amorçant sur une belle progression immersive et épique, Someone Else fait place à des élans house (la bombe Keep It Real avec le polyvalent Jesse Mac Cormack), future garage (la prenante For You) et drum and bass (la tumultueuse finale Rush), mais garde une certaine cohésion dans la place significative qu’il laisse aux synthés magnétiques et aux rythmes vigoureux. Même si ses influences sont souvent évidentes (Burial, Jacques Greene), cet EP marque un tournant dans la carrière du producteur de 26 ans qui, on l’espère, deviendra un secret montréalais de moins en moins bien gardé. (O. Boisvert-Magnen)
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VO2 #O4
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MONIQUE GIROUX SUR MESURE
DANSER DANS LES FLAQUES Je rentre de Thaïlande. Trente-six heures porte à porte, trente-six chandelles, je suis sonnée. Derrière la vitre, la tempête des corneilles venue des États ensevelir Montréal. «Montreal? In witch country?», nous a demandé dans un anglais approximatif un douanier chinois. Pas un fabricant d’éventails d’un village reculé à flanc de rizière, non, non: un douanier de l’aéroport de Shanghai. Ça te replace un ego, ça, mon Denis! Au cœur de cet étonnant voyage, mon cellulaire a rendu l’âme et j’ai perdu mon iPad à la frontière du Laos et du Cambodge, là où d’autres, plus exotiques que moi, ont jadis perdu la tête, enfumés d’opium. J’y ai vu un signe du destin. J’allais être confrontée au vide sidéral. C’est vraiment très con, le vide sidéral, surtout que j’avais mis un temps fou à monter quantité de listes de musique aux titres évocateurs, pour toutes circonstances et postures: 14 heures de vol en classe éco, sieste à l’ombre du rocher, insomnie de décalée et apéro en bungalow. Tant pis, j’allais à la fois être plus libre et me soumettre aux airs du temps et aux mélodies du lieu. On ne trouve pas d’onglet «musique ambiante» sur TripAdvisor. En sevrage d’appareils électroniques, je suis entrée pieds nus dans les temples, ai admiré Bouddha dans toutes ses positions et observé des moines en quantité, des singes m’ont grimpé dessus et j’ai fait de même sur une éléphante de mon âge. J’ai vu beaucoup d’évocations du roi mort, mais pas les Oscars. J’ai eu la frousse de ma vie à cause d’un chauffeur de tuk-tuk fou, mais je n’ai pas assisté au spectacle de Benjamin Biolay à Montréal en lumière ni eu conscience de la sortie du nouvel album de Vincent Vallières. Khao San Road, située à proximité de notre gîte, la mecque des bourlingueurs poilus de tous poils et venus de partout, sorte de rue Saint-Denis en bas
de Sherbrooke mais sur l’acide, regroupe des boutiques de paréos, pantalons de yogi, sandales en babiche et chemises de chanvre, restaurants, bars à cocktails et autres salons-de-massage-en-toutbien-tout-honneur qui vous remettent d’aplomb sur le trottoir au vu et au su des passants. S’y entremêlent des parfums de pad thaï, d’huile à friction, de tarentules grillées et de boules à mites. Ajoutez à l’atmosphère la musique, le bruit, les sons. Chaque adresse a le sien. Le claquement des mains des masseurs est le son le plus doux. Un joueur de blues enterre un quatuor émule des Beatles qui s’égosille sur A Hard Day’s Night. En face, un Bob Marley local fait comme il peut pour détendre l’atmosphère, mais en vain. Des femmes de la tribu Hmong descendues du nord de la Thaïlande et vêtues de leurs costumes traditionnels grattent avec un petit bâton le dos de grenouilles en bois… C’est fou, on dirait le croassement de vrais batraciens. J’en ai acheté une pour m’en souvenir. On fait de ces choses en voyage… Au détour d’une échoppe de mangues et de riz collant résonne Hotel California. Hotel California est, 40 ans pile après sa sortie, chantée sur tous les tons jusque dans ces plus lointaines contrées. Après avoir monté les 306 marches qui mènent au temple de Doi Suthep, près de Chiang Mai à 12 heures au nord de Bangkok, dans lequel sous un Chedi d’or, on a enterré un bout d’os d’épaule de Bouddha, apporté jusque-là depuis les Indes par un éléphant blanc qui est tombé raide mort une fois arrivé à destination… ce qui a bien failli m’arriver aussi. J’ai entendu Hotel California: «You can check-out any time you like, but you can never leave»!
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De retour dans la capitale, sur Trok Silp, ruelle de Bowon Niwet, près de mon gîte, un vieux voisin fait retentir tous les soirs autour de dix heures des chansons d’un autre temps, encore plus vieilles qu’Hotel California. Sa cabane n’a ni portes ni fenêtres. À quoi bon, il fait si chaud, autant laisser ouvert. Et qui voudrait lui voler la table tournante Technics modèle année 1980 qui égaye la vie du quartier? Bouddha veille. Éclairée d’un pauvre néon, l’unique pièce de son logis déborde de sacs de plastique pleins de je ne saurai jamais quoi. Les murs sont recouverts de photos de je ne saurai jamais qui. Il semble avoir 80 ans. Il a sans doute beaucoup moins. Couché à même le sol du matin au soir et du soir au matin, il ne se lève que pour tourner le 33 tours et passer de la face A à la face B. Imaginez le tableau. Il fait nuit. La ruelle bordée d’abris de fortune en vieux teck brun et en tôle n’est pas éclairée. Pas de sirènes, pas de klaxons, juste une lointaine rumeur de ville. Une brise de chaleur et de pollution. On parle par ici, on écoute la télé par là. Les chattes appellent les chats, une vieille fait frire des rouleaux impériaux. C’est bien tout ce qu’il y a d’impérial dans le quadrilatère. Et là… de chez le vieux, retentit une reprise en thaï d’Itsy Bitsy Teenie Weenie Yellow Polkadot Bikini de Brian Hyland. Ç’a été plus fort que moi, je me suis mise à danser dans les flaques. En manque de moi, la veille de mon retour, j’ai flanché. J’ai pris la direction du 35, Samsen Road. «Bangkok Poutine, ouvert de 11h à 23h», arbore la façade, avec un drapeau du Québec et un autre du CH. Sur une feuille blanche collée sur la porte, Bruno Blanchet a écrit au feutre: «Nouveau! Véritable fromage en grains pour vos poutines. Real cheese curds for your poutine.» À l’intérieur, une collection de messages rédigés par des compatriotes de passage. Tous contiennent au moins un tabarnak, quelques câlisse et beaucoup de contentement. Deux Thaïlandaises achèvent, sans sourciller, leur assiette au son de Passe-moi la puck des Colocs: «Aujourd’hui, la télévision est venue nous voir pour constater l’état du désespoir… Bobette, branlette, canette, Ginette.» Les Cowboys fringants enchaînent avec Les étoiles filantes. Je suis à Bangkok, mais plus près que jamais de chez moi, en gougounes, je mange de la poutine et, enthousiaste, je chante, avec Marjo: «On n’apprivoise pas les chats sauvages, pas plus qu’on met en cage les oiseaux de la terre». En partant, j’ai laissé une note:
Salut Bruno, il me fallait passer par chez toi. Un saut qui fait du bien. Si tu veux ajouter du neuf à ta playlist de chansons québécoises, fais-moi signe. Bises
– Monique Giroux
Zut, j’ai oublié d’écrire:
Merci pour la poutine. Tu as eu une tabarnak de bonne idée.
Va vraiment falloir que j’y retourne. y
33 CINÉMA VOIR MTL
VO2 #O4
FRANTZ: LES VIVANTS ET LES MORTS APRÈS JEUNE ET JOLIE ET UNE NOUVELLE AMIE, FRANÇOIS OZON EST DE RETOUR AVEC FRANTZ, UNE ŒUVRE SURPRENANTE SUR L’APRÈS-GUERRE 14-18, LE DEUIL, LE PARDON ET LA CULPABILITÉ. PRÉSENTÉ À LA DERNIÈRE MOSTRA DE VENISE, OÙ L’ACTRICE PRINCIPALE A ÉTÉ RÉCOMPENSÉE, LE FILM CONTIENT L’ESSENCE DE SON CINÉMA: UN CŒUR SOMBRE ET UNE PASSION POUR LES NON-DITS. ENTREVUE AVEC LE CINÉASTE. MOTS | CÉLINE GOBERT
PHOTOS | JEAN-CLAUDE MOIREAU
Il est difficile d’évoquer Frantz, le dernier film de François Ozon, sans en révéler les mystères. «Ça! Il ne faudra pas le dire!», plaisante à plusieurs reprises le réalisateur, rencontré lors de son récent passage à Montréal. Cela dit, le cinéphile qui connaît un tant soit peu la filmographie du Français ne sera aucunement surpris: le secret est un thème cher à Ozon. Que ce soit dans Huit femmes, Jeune et jolie ou encore Une nouvelle amie, pour ne citer qu’eux, ses personnages ont toujours quelque chose à dissimuler. Dans Frantz, c’est Adrien (Pierre Niney), survivant français de la guerre 14-18, qui tait un passé difficile. Depuis la fin du conflit, il vient déposer des fleurs sur la tombe de Frantz, jeune soldat allemand décédé. Parfois, il pleure. Étonnée par la présence de cet homme à Quedlinburg, Anna (Paula Beer), la veuve de Frantz, va tenter d’en savoir plus sur la relation qui liait les deux hommes. «Je voulais faire un mélodrame, confie le cinéaste. Je les trouvais beaux et émouvants, ces personnages qui se débattent dans une période difficile, qui mentent, gardent des secrets.» La capacité de ces derniers à faire face à l’improbable, voire à complètement le transcender en l’intégrant à leur réalité, rappelle les héros typiques d’Ozon. Le film s’emplit ainsi de fausses pistes propres à son cinéma, qu’il s’agisse de dimension homoérotique, d’ambiguïtés, d’amours impos-
sibles ou fantasmées. «C’est souvent le cas: les mensonges révèlent des désirs profonds.» Pousser les choses à l’extrême, c’est aussi ce qui permet à Ozon de confronter les spectateurs à des dilemmes moraux, et les pousse à se demander ce qu’ils auraient fait à la place des personnages. «Mon histoire est très vraisemblable. À l’époque, beaucoup de témoignages ont été recueillis sur des soldats ayant sympathisé pendant la guerre, par exemple.» C’est une pièce de 1930 signée par Maurice Rostand qui a servi de point de départ à Ozon. «J’ai vite découvert qu’un cinéaste l’avait adaptée avant moi, et qui c’était? Ernst Lubitsch! Je voulais laisser tomber. Comment passer après lui?» Le film de 1932, Broken Lullaby, est d’ailleurs l’un des seuls drames de Lubitsch, plus connu pour ses comédies. «Il ne savait pas qu’il y aurait une Seconde Guerre mondiale. Quand on voit le film aujourd’hui, c’est un peu ironique, car c’est un film de réconciliation, pacifiste, avec une fin heureuse. Il fallait raconter l’histoire d’une autre manière.» Ozon choisit alors d’abandonner le point de vue du jeune Français pour celui des vaincus et de cette femme allemande. «Je voulais que le spectateur soit dans la position d’Anna, qu’il se demande pourquoi Adrien vient en Allemagne, quelle était sa relation avec Frantz. Tout à coup, ça changeait complètement la perspective du film.»
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35 CINÉMA VOIR MTL
«J’AI SENTI QUE LE FILM TOUCHAIT QUELQUE CHOSE AVEC TOUT CE QUI SE PASSE DANS LE MONDE: LA MONTÉE DU NATIONALISME, TRUMP ÉLU, LE BREXIT. MÊME S’IL SE PASSE EN 1919, IL FAIT ÉCHO À NOTRE ÉPOQUE»
Plus encore qu’un film sur la coexistence entre la vie et la mort, Frantz est un film sur leur entre-choc. Que se passe-t-il quand les deux se rencontrent? Comment se nourrissent-ils? D’ailleurs, la pulsion de vie qui irradie le film n’est peut-être pas étrangère à l’enthousiasme général. Pour Ozon, il était évident que le personnage féminin devait s’en sortir. «Il y a une force de vivre en elle, une volonté de tourner la page. Elle a traversé les épreuves, a suivi un chemin de désillusion, et a appris ce qu’était la réalité. Les choses commencent pour elle.» y En salle le 7 avril
Le réalisateur commence à écrire le scénario après les attaques de Charlie Hebdo, à l’aube de l’année 2015. «On sentait une crispation identitaire en France. Tout le monde chantait La Marseillaise, se la réappropriait dans un esprit de rassemblement. En fait, en écoutant ce chant, on s’aperçoit que les paroles sont d’une violence incroyable!» Le film connaît un grand succès dans une France postBataclan abîmée et pessimiste: 11 nominations aux César (il a d’ailleurs remporté le trophée pour la meilleure photographie), plus de 600 000 spectateurs en salle, les critiques globalement bonnes. «J’ai senti que le film touchait quelque chose avec tout ce qui se passe dans le monde: la montée du nationalisme, Trump élu, le Brexit. Même s’il se passe en 1919, il fait écho à notre époque», confie le réalisateur. Élégiaque, le film porte tout du long une grande douleur, qu’il exprime dans des instants de langueur, mélancoliques, où l’on y récite Verlaine, joue du violon, observe les feuilles mortes. À plusieurs reprises, le film passe du noir et blanc à la couleur. «Les passages en couleur dans le film sont émotionnels. J’avais la volonté d’aller vers quelque chose de l’ordre de la sensation et du ressenti», précise Ozon. Quant au noir et blanc, s’il semble d’emblée traduire le deuil des personnages, il s’agissait surtout d’une façon pour lui de rendre la reconstitution de l’époque plus authentique. «Toute notre mémoire de cette époque est en noir et blanc.»
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PAULA BEER ET PIERRE NINEY
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LES LARMES DE PAILLETTES DE DALIDA LA VIE PEUPLÉE DE SUCCÈS ET DE TRAGÉDIES DE LA GRANDE CHANTEUSE ITALO-ÉGYPTIENNE DALIDA EST PORTÉE AU GRAND ÉCRAN. MOTS | VALÉRIE THÉRIEN
Dalida, de son vrai nom Iolanda Gigliotti, a grandi au Caire et s’est fait arracher son père violoniste du nid familial pendant la Deuxième Guerre mondiale. Petite, elle devait porter des lunettes et a reçu les moqueries de ses camarades de classe. «Basta! Basta!» (Arrêtez!), crie en pleurant de chaudes larmes la jeune actrice qui l’incarne dans le long métrage biopic de Lisa Azuelos. Plus tard dans le film, alors que Dalida est au sommet de sa carrière, elle a cette même réaction, répète ces mêmes mots. Nous y voyons là un écho à son enfance et à ce sentiment d’impuissance, de rejet, d’oppression, qui l’habite depuis toujours. «C’est de l’épuisement, nous explique la réalisatrice au bout du fil. Dalida doit toujours lutter contre quelque chose et parfois elle n’en peut plus.» Lisa Azuelos avoue qu’elle n’était pas vraiment une admiratrice de la chanteuse avant d’entreprendre l’écriture du scénario de Dalida. Mais l’histoire devant elle était si puissante: celle d’une chanteuse populaire, oui, mais aussi celle d’une femme qui s’accroche à l’amour jusqu’à la mort. «J’ai appris à la connaître en faisant la recherche et j’ai eu envie de raconter sa vie, ses amours, son espèce d’idéalisme de l’amour qui viendrait la sauver comme une princesse attend le prince charmant. Quel que soit son âge, elle s’embarquait toujours dans des histoires d’amour avec beaucoup d’espoir.»
PHOTO | PATHÉ FILMS
En début de film, Dalida – bouleversante Sveva Alviti dans un premier grand rôle – est heureuse et détendue, au lit avec son amant Luigi Tenco. Ils discutent du philosophe allemand Martin Heidegger et de son concept de l’«Être-vers-la-mort», mais Dalida, dans son grand romantisme, indique qu’elle préfère penser que nous allons vers l’amour plutôt que vers la mort. «J’aime bien cette notion de Heidegger: dès qu’on est aimé, on est suffisamment vieux pour mourir. Et aussi: ce qui est mortel, c’est d’être vivant. Je sais que Dalida parlait beaucoup de philosophie avec Luigi Tenco, précise Lisa Azuelos. J’avais envie de lui faire dire “pour moi, on est un être qui va vers l’amour”, et que l’amour est éternel. C’était ça, sa croyance, j’en suis sûre.» Les amours de Dalida, devenue grande star de la chanson populaire en France après avoir été repérée par Bruno Coquatrix de l’Olympia de Paris et par son futur gérant et mari Lucien Morisse, se sont succédé et ont été fort publicisées. Dès le début de son mariage avec son mentor – qui, lui, sera amoureux fou d’elle jusqu’à son dernier souffle –, elle prend pour amant Jean Sobieski. Les journaux s’en mêlent et le public réagit négativement.
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Mais au-delà des potins, sa vie sera réellement chamboulée avec le suicide de Luigi Tenco, événement qui la mènera ellemême à faire une tentative de suicide. Et ce sera le premier des trois amours de Dalida qui s’enlèveront la vie. Comment aborder adéquatement ce sujet sensible sur grand écran? «Le film commence avec un suicide et se termine avec un deuxième suicide, indique Lisa Azuelos. La question que je me posais pour le film était: comment essaie-t-on de rattraper l’envie de vivre quand on l’a perdue? Comment lutte-t-on contre les démons lorsqu’ils nous ont envahis? J’aimais cette histoire de femme qui est consciente qu’elle a des démons en elle et qui essaie de toutes ses forces de lutter contre – notamment avec l’amour des hommes.» La carrière de Dalida est présentée en parallèle à ses relations interpersonnelles dans le long métrage. La personne qui lie ces deux mondes, c’est le frère cadet de Dalida, Orlando. À ses côtés tout au long de sa vie, celui-ci a géré la carrière de sa sœur avec rigueur et a réussi à la garder sur les palmarès en réinventant sa carrière. C’est lui qui l’a poussée vers de nouveaux sommets en plongeant dans le disco dans les années 1970, mais c’est aussi lui qui l’a poussée alors qu’elle n’en avait plus la force. «C’est une situation ambiguë où on veut protéger les gens qu’on aime et, en même temps, on ne veut pas les laisser sombrer dans la dépression», indique la réalisatrice. Finalement, les démons de Dalida auront eu raison d’elle. Une star aimée, mais assombrie. y En salle le 28 avril
LA GLOIRE DE MA MÈRE ADAPTATION SENSIBLE DU ROMAN ÉPONYME DE ROBERT LALONDE, C’EST LE CŒUR QUI MEURT EN DERNIER MARQUE LE RETOUR AU CINÉMA D’UNE CERTAINE DENISE FILIATRAULT. FILS À L’ÉCRAN ET SCÉNARISTE À LA VILLE, GABRIEL SABOURIN RELATE CETTE AVENTURE UNIQUE. MOTS | NICOLAS GENDRON
PHOTOS | LES FILMS SÉ V ILLE
Qu’il écrive du théâtre (Le prince des jouisseurs, inspiré de l’univers de Feydeau) ou qu’il s’attaque à des scénarios (Amsterdam, écrit à six mains, et surtout Miraculum, «film choral plus ambitieux», signé Podz), le comédien Gabriel Sabourin a toujours eu envie de raconter des histoires. «Le jeu et l’écriture sont étroitement liés pour moi, sans doute à cause de mon père [Marcel Sabourin], un vrai touche-à-tout qui m’a transmis sa fascination. Plus je joue, plus j’ai envie d’écrire. Et vice-versa. C’est curieux parce que, l’an dernier, j’ai participé à l’Atelier Grand Nord, de la SODEC, et j’y ai revu l’auteur François Archambault, qui avait étudié en même temps que moi à l’École nationale, mais en dramaturgie. Il n’était pas surpris et m’a rappelé que j’étais le seul acteur qui s’invitait dans leur local d’écriture, à l’époque! Je ne m’en souvenais pas», rigole-t-il. Le souvenir est justement la matière première de son troisième scénario, qui convoque la figure haute en couleur de la mère du romancier Robert Lalonde. C’est le réalisateur Alexis Durand-Brault (La petite reine), avec qui les deux hommes collaborent sur Au
secours de Béatrice, qui a mis le livre de l’un entre les mains de l’autre, en vue d’une éventuelle adaptation. «À la première lecture, je me demandais comment j’allais y arriver, tellement c’est sensoriel, impressionniste. Ça saute d’une époque à l’autre, sur toute une vie. Et l’alter ego de Robert, dans le récit, nous partage surtout son point de vue sur sa mère.» Comme il a beaucoup de respect pour Lalonde, Sabourin s’est assuré d’obtenir son assentiment, pour ajouter du sien à cette matière autobiographique. «Il m’a rappelé à juste titre que toute écriture est déjà un geste d’interprétation, et que même sa mère, une fois couchée sur papier, n’est plus tout à fait sa mère.»
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un effet miroir!), le film traduit avec soin l’essence même du livre, universelle: une mère, au plus fort de l’enfance et de la vie, c’est souvent le centre du monde, de son monde. La musique est aussi bien présente, Harry Belafonte en tête, non seulement pour insuffler une part de lumière à l’univers plus glauque des CHSLD, mais aussi pour déclencher en douceur les mécanismes de la mémoire et faire rejaillir les souvenirs, ici condensés dans le cocon familial et sa cuisine. «C’est l’endroit où sa mère lui faisait des spectacles pour lui seul, un peu comme dans Encore une fois, si vous permettez, de Michel Tremblay.»
«À LA PREMIÈRE LECTURE, JE ME DEMANDAIS COMMENT J’ALLAIS Y ARRIVER, TELLEMENT C’EST SENSORIEL, IMPRESSIONNISTE.»
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C’est là qu’entre en scène Julien, un écrivain débutant imaginé et personnifié par Sabourin. «Les secrets de famille, ça vous gruge de l’intérieur, et le geste de l’écriture, pour mon personnage, en est un de réconciliation, qui l’aide à cicatriser les blessures du passé.» Le premier roman de Julien s’appelle aussi C’est le cœur qui meurt en dernier et lui vaut une belle reconnaissance publique. «J’aimais l’idée que la mère (Denise Filiatrault) ignore tout du talent d’auteur de son fils, même s’il raconte leur vie, d’autant plus qu’elle ne sait pas vraiment lire.» Leur relation est d’ailleurs plus évolutive au grand écran, pour les besoins de l’intrigue. «La notion d’oubli, avec la mère qui perd tranquillement la carte, m’interpellait particulièrement, avec en toile de fond la question de mourir dans la dignité.» Entre les visites à la villa pour personnes âgées et les souvenirs magnifiés d’une enfance évanouie (où la mère prend alors les traits de Sophie Lorain, tel
«Mon désir secret, c’est que tout le monde pense à sa mère en voyant le film», d’avouer Sabourin. Et qui de mieux que Filiatrault pour incarner la fibre maternelle, elle qui lui a donné sa première chance dans le métier. «Ce fut ma première metteure en scène. C’était formidable de me retrouver avec elle sur le plateau. Denise est comme ma maman de théâtre. J’ai toujours aimé jouer avec des acteurs d’expérience, parce qu’il n’y a aucun rapport hiérarchique; ils s’amusent comme des enfants et partagent les mêmes objectifs.» Outre un caméo dans Laurence Anyways, de Xavier Dolan, Filiatrault n’avait pas tenu le haut de l’affiche depuis Blue, la magnifique, de Pierre Mignot, en 1990! «C’était l’idée d’Alexis. C’est la première fois que j’écrivais avec quelqu’un en tête. Heureusement, elle a embarqué. À un point tel qu’Alexis devait lui dire d’être moins énergique, comme elle est plus vieille que son personnage!» On n’a pas de mal à y croire en découvrant cette mère attachante qui les contient presque toutes, en un cœur qui bat et de grands émois. y En salle le 14 avril
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NORMAND BAILLARGEON PRISE DE TÊTE
MULTICULTURALISME: LE POUR ET LE CONTRE Depuis quelques années déjà, on parle beaucoup, en bien comme en mal, de multiculturalisme. Mais trop souvent, on ne se donne pas la peine de définir le mot. De quoi s’agit-il exactement? Voici un début d’explication. Le concept provient de la philosophie politique, et notre bien connu Charles Taylor en est un des théoriciens majeurs. Le concept et sa justification Au point de départ, le constat indéniable du pluralisme de nos actuelles démocraties libérales, où coexistent diverses communautés, cultures, religions, langues, etc. Longtemps, ces sociétés ont été relativement homogènes et un groupe plutôt unifié sur tous ces plans y dominait. Une certaine conception dite libérale de l’individu y était aussi répandue, le décrivant comme autonome et faisant en toute liberté des choix de vie. Arrivent là-dessus, il y a trois décennies environ, les multiculturalistes (il y en a diverses écoles), dont Taylor. La première chose qu’ils nous rappellent est que nous forgeons nécessairement notre identité à partir de pratiques et de croyances (et à travers d’elles) de notre groupe d’appartenance et leur réception par autrui, et que nous ne sommes donc en rien ces sujets désincarnés des libéraux ci-devant. La deuxième est que faute de voir ces pratiques et ces croyances reconnues – par des institutions et par des politiques, notamment –, des personnes et des groupes risquent d’être discriminés et d’entretenir une image négative d’euxmêmes. Le cas des Noirs américains est cité par Taylor: «Durant des générations, la société blanche a entretenu d’eux une image dégradante que certains Noirs ont fini par endosser. Selon cette analyse, leur auto-dépréciation devient un des plus efficaces instruments de leur oppression.»
De plus, en raison de leurs croyances et de leurs pratiques, des personnes et des groupes rencontrent, pour exercer leurs droits et prendre pleinement part à la vie sociale, politique et économique, des obstacles particuliers que les membres du groupe majoritaire, eux, ne rencontrent pas. Pensez à la langue, au calendrier, à la nourriture, et à mille autres choses encore… La troisième est une conséquence de ce qui précède: la justice demande de mettre en place des politiques qu’on dira de la reconnaissance ou de la différence, qui lèveront ces obstacles, un peu sur le modèle de ce qui se fait déjà, et sans que cela pose problème, pour certains groupes – on installe par exemple dans les édifices publics ou même privés des rampes d’accès pour les personnes handicapées. Nous avons eu dans le passé, dira-t-on, au nom de la justice et de la dignité, des politiques universalistes interdisant de discriminer pour des motifs arbitraires et non pertinents comme le sexe, la culture, la religion, etc. Voici venu, toujours au nom de la justice et de la dignité, le temps des «politiques de la différence». Taylor écrit: «Par la politique de la différence, ce dont on demande la reconnaissance c’est l’identité unique de ce groupe ou de cet individu qui les distingue de tous les autres. L’idée est que c’est précisément cette distinction qui a été ignorée, gommée ou assimilée à l’identité dominante ou majoritaire. Et cette assimilation constitue le péché le plus grave contre l’idéal d’authenticité.» Rappelons, c’est important, que ce péché menace le droit des individus et des groupes à pleinement participer à la vie sociale, politique mais aussi économique. Cela justifie, dit-on, que ces individus et ces groupes pourront jouir des droits différenciés. Nos accommodements raisonnables? Il y a plusieurs sources, mais en voici une importante.
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Ces idées se conjuguent volontiers avec une conception différente et dite ouverte de la laïcité – l’autre, parfois appelée républicaine, étant jugée sévèrement pour des raisons que je vous laisse déduire. C’est là un argumentaire puissant et riche et qui a beaucoup influencé nos politiques publiques. Il a aussi beaucoup fait jaser et écrire et a été vivement contesté. Voici quelques-unes de ces critiques, parmi les plus discutées. Quelques critiques marquantes Une première concerne ce qui est perçu comme du relativisme chez les multiculturalistes, dont on déplore une tendance à refuser de juger négativement telle ou telle pratique ou croyance. Or, dira-t-on, il existe des croyances et des pratiques intolérables et la posture multiculturaliste risque de nous conduire (ou nous a conduits parfois…) à une inexcusable tolérance devant l’intolérable. Une deuxième critique concerne le statut accordé à la communauté et à la culture dans cette vision des choses, dont on dira qu’elle les pose comme un tout homogène, alors qu’ils sont différenciés. On rappellera ainsi que les cultures ne sont pas monolithiques, qu’elles ont toujours interagi et se sont mutuellement influencées. On rappellera aussi que dans toute communauté, il y a des dissidences, des divergences, des désaccords. Ne risque-t-on pas de faciliter l’oppression des groupes minoritaires (ici, les homosexuels, là, les athées, par exemple) par une vision trop multiculturaliste? Notez qu’à travers cette critique, c’est le sujet libéral de tout à l’heure, peut-être trop vite congédié, qui fait son retour… Un troisième groupe de critiques procède à partir d’ici: celle des féministes, percutante et importante. Certaines ont en effet fait valoir que la reconnaissance de droits à des groupes peut, à l’interne, contribuer à l’oppression des femmes et accentuer leur marginalisation ou leur oppression dans ce groupe, et qu’il y a donc, potentiellement au moins, contradiction ou incompatibilité entre féminisme et multiculturalisme. Une quatrième critique émane des courants nationalistes. Elle soutient notamment que la défense des cultures minoritaires peut finir par s’accompagner d’un mépris d’existence, voire d’un déni, de la culture majoritaire, dont toute défense serait assimilée, à tort, à du racisme ou à de la xénophobie. Je m’en tiendrai là, même si je n’ai pu qu’effleurer le sujet. Car ce qui est en jeu derrière tout cela, et c’est ce qui rend ce dossier si complexe, c’est entre autres les conceptions qu’on se fait du sujet, de la vie collective, des droits des individus et des groupes, ainsi que du rôle de l’État. Mais j’espère au moins vous avoir convaincu qu’il y a là matière (féconde) à débat et à discussion, et, qui sait, vous avoir donné le goût de lire Taylor – et aussi ses critiques, bien entendu. y
LES DRAG QUEENS NOUS FASCINENT, MARQUENT DE PLUS EN PLUS DE CINÉASTES ET D'AUTEURS EN PLUS D’ATTIRER UN PUBLIC GRANDISSANT ET VARIÉ. ÉTAT DES LIEUX D'UNE SCÈNE QUI SE DÉCLOISONNE, D'UNE FORME D'ART À PART ENTIÈRE DÉPOUSSIÉRÉE PAR UNE NOUVELLE GÉNÉRATION AMBITIEUSE ET LIBÉRÉE DE TOUS TABOUS. MOTS | CATHERINE GENEST ET MARIE PÂRIS
PHOTO | MAXYME G. DELISLE (CONSULAT)
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«C’est un univers qui frappe l’imaginaire, un monde fantasmagorique où l’humour est toujours présent. Mais les drags, tout le monde les connaît sans vraiment les connaître…» En se lançant dans une série documentaire sur les drag queens, le réalisateur Frédéric Gieling voulait démonter les préjugés sur ces performeurs et montrer les coulisses d’une discipline encore peu connue. ILS de jour, ELLES de nuit, qui sera diffusé sur ARTV à partir du 7 avril, suit six drag queens sur scène et dans leur vie de tous les jours: on y découvre ce milieu à travers les yeux d’artistes qui se produisent depuis une dizaine d’années, mais aussi de jeunes de 18 à 23 ans qui font leurs débuts sur scène. Bien sûr, impossible de parler de drag queens sans citer Mado Lamotte, qui assure la fonction de présentatrice et de voix off des épisodes. «On la connaît, Mado… C’est pour ça qu’on a voulu la mettre en présentatrice plutôt qu’en personnage de la série», explique Frédéric. Et puis Mado refuse
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qu’on la suive dans sa vie de tous les jours, celle de Luc (son vrai prénom), car elle n’a jamais montré son visage réel. «Les stars disent souvent s’ennuyer du temps où elles étaient incognito; moi, j’ai cette chance alors j’en profite, justifie Luc. Ma vie de jour, c’est ce qui me reste de vie privée.» Mettre en contraste vie de jour et vie de nuit, c’est l’objectif du réalisateur de la série, qui a suivi ses personnages pendant près d’un an. Les drag queens se sont ouvertes rapidement et sans censure, assure Frédéric, et elles n’ont eu aucun problème à témoigner à visage découvert. Il est arrivé une seule fois qu’une drag d’un cabaret refuse d’être filmée en gars; il travaillait dans l’armée et ne voulait pas être reconnu par ses collègues. «Cette série n’est pas une parodie, c’est beau et très léché, commente Luc. Ce n’est pas toujours le cas. Si Priscilla, folle du désert est un hommage aux drag queens, j’ai regardé Cover Girl de loin, comme une comédie. C’est une grosse parodie: le gars qui va magasiner sur Saint-Hubert habillé en drag…» Esprit de famille Le documentaire d’ARTV démonte quelques clichés au passage, à commencer par l’idée que les drag queens sont toujours vulgaires ou méchantes. «Avoir un personnage leur permet d’aller plus loin, notamment dans leur humour décapant, et les gens pensent que ça se répercute dans les loges», rapporte le réalisateur. Des bitchs? Au contraire, assure Frédéric, qui a découvert en coulisses une grande entraide, un partage de conseils, de costumes ou de maquillage… Bref, un aspect familial très fort – Mado parle d’ailleurs souvent de ses «filles». «Il y a un esprit d’ouverture que j’ai rarement vu, confie le réalisateur. Ce sens de la communauté est très beau, et le côté famille donne des histoires très touchantes.» Autre idée préconçue: non, les drag queens ne sont pas toutes des hommes. Dans la série, on peut ainsi suivre Léa, 17 ans, qui se transforme la nuit en Lady Poonana, et avoir son regard de fille sur ce milieu qui reste malgré tout un univers masculin. Les filles drags, c’est nouveau, explique Luc: «On a vu arriver
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les premières il y a cinq ans. Avant, c’était plutôt des drag kings, des femmes déguisées en hommes. J’étais pas trop chaud à l’idée d’accueillir des filles au Mado… Et puis, on a essayé. L’important pour elles, c’est de faire oublier la fille et de mettre en avant leur personnage. Le sexe, on s’en fout, c’est le talent qui compte!» Si c’est un phénomène récent, c’est aussi parce que «les jeunes sont beaucoup plus ouverts que nous, les vieilles…» Un milieu masculin, et aussi à majorité homosexuelle (à 99%, selon Luc, qui n’a rencontré qu’une seule drag queen hétéro, «un Australien père de famille»). Une bonne chose, pense Frédéric: «Ça reste un univers très gai, et tant mieux. Souvent, la culture hétéro s’approprie la culture gaie, mais le drag reste une des zones où ils restent maîtres de
et souvent, ils étaient tellement mauvais! C’est beaucoup plus difficile qu’on croit, on ne se rend pas compte de tout le travail qu’il y a derrière… Pour moi, c’est vraiment une forme d’art. Et c’est fou de voir à quel point les drags s’y dédient, même si souvent c’est financièrement à perte.» En effet, se construire des looks peut coûter extrêmement cher, sachant que pour participer à une soirée, il faut environ trois costumes et autant de perruques (comptez environ 100$ pour une qualité correcte). Et il faut se réinventer tout le temps pour varier ses numéros… À part Luc – qui fait aussi des one-man-shows, du corpo, et est actionnaire du cabaret Mado –, très peu de drag queens vivent de leurs performances. Souvent, elles exercent d’autres jobs, souvent reliées au look (coiffeur, maquilleur…).
«LES STARS DISENT SOUVENT S’ENNU YER DU TEMPS OÙ ELLES ÉTAIENT INCOGNITO; MOI, J’AI CETTE CHANCE ALORS J’EN PROFITE. MA VIE DE JOUR, C’EST CE QUI ME RESTE DE VIE PRIVÉE.» — MADO LAMOTTE leur art…» Ce documentaire remet aussi les définitions à plat, car dans la tête de la plupart des gens, une drag queen est «un gars qui se déguise en fille». Luc se souvient qu’aux débuts de Mado, il préférait avoir un maquillage digne d’un clown pour qu’on le différencie d’un travesti – ou d’un transsexuel. Mais il ne s’agit pas juste de look; en plus de savoir s’habiller et se maquiller, il faut aussi pouvoir chanter, danser, interagir avec le public, le faire rire sans le braquer… «Un coming-out à deux niveaux» Mado, qui incarne la bitch comique – «la femme fatale, très peu pour moi; j’arriverais dernière à Miss Univers…» –, assure qu’il y a plus de compétition aujourd’hui dans le milieu: «Avant, même si t’étais mauvaise, t’allais travailler. De nos jours, plus que jamais, il faut essayer d’être variée et originale.» Un vrai métier de performance, dont la difficulté a surpris le réalisateur. «On a assisté à des spectacles d’amateurs pour des collectes de fonds,
Si l’un des personnages de la série est prof de musique pendant la journée, il constitue plutôt une exception. Autre défi, et non le moindre: gérer le regard des gens sur cette passion. «C’est un coming-out à deux niveaux», rapporte Frédéric, d’après les témoignages qu’il a reçus pour le documentaire. «Souvent, ils ont dû faire leur coming-out de gai puis leur coming-out de drag. Et le deuxième était beaucoup plus difficile…» Mais d’après Luc, le contexte est de plus en plus facile: «Alors qu’avant les jeunes étaient plutôt mal à l’aise avec les drags, aujourd’hui, ça les fascine. C’est plus compris par le grand public, et le Village n’est plus considéré comme un ghetto…» Aller aux drags comme on va au théâtre? Au cabaret Mado, le public est à 80% composé de monsieur et madame Tout-le-monde, qui y font même des sorties en famille – on y voit d’ailleurs de plus en plus d’enfants. Ça se démocratise, assure Luc. «Un jour, on aura peut-être même un premier ministre drag!» (M. Pâris)
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CHANGING ROOM, PHOTO | GUILLAUME D. CYR
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Les drag queens dans l’art Costumes flamboyants, émotions exacerbées, lexique grivois et vacheries décadentes. Les personnificateurs féminins inspirent les créateurs de toutes les disciplines. Remontons le temps jusqu’en 1973. Jean Archambault monte sur les planches du Quat’Sous dans le costume de Cléopâtre (façon Elizabeth Taylor) et marque, presque au fer rouge d’ailleurs,
une scène théâtrale à peine remise des Belles-sœurs. L’impact est fort. Hosanna, personnage-titre de la pièce de Michel Tremblay, sera à jamais associée au nom du comédien qui a campé son rôle. Comble du hasard: Gilles Renaud, qui lui donne la réplique, replonge dans cet univers haut en couleur 32 ans plus tard pour incarner Cherry Sundae dans Cover Girl, une télésérie radio-canadienne coécrite par Pierre Samson et Richard Blaimert, une comédie de 22 minutes diffusée à heure de grande écoute. Dès lors, les reines des nuits de Montréal entrent dans les téléviseurs de partout au pays, révélant au passage un monde éclaté à un très large public – enfants compris. René Richard Cyr, Vincent Bolduc et Frédéric Pierre sont aussi de la distribution, ils brillent dans leurs rôles savamment décalés. «Les drag queens ne vivent pas en perruque et en robe toute la journée, mais c’était une convention qu’on avait acceptée, se défend M. Samson. C’était des cas particuliers qui vivaient aussi leur vie déguisés en filles. […] Le plus important, pour moi, c’était de montrer que les gens excentriques et complètement à côté de la plaque ont en réalité une vision beaucoup plus nette de notre société.» Cover Girl est une fiction plutôt clownesque par moments, certes, mais c’est avec cette émission qu’une tonne de gens de la banlieue douillette et des régions ont eu une première chance de se familiariser avec la différence, avec une forme d’art souvent cantonnée aux grandes villes. La sitcom illustre aussi à merveille le paradoxe ou la complexité de ces personnages exubérants qui masquent – et ça, c’était dans le sous-texte – leur tristesse et leurs blessures avec la mesquinerie. Silver Catalano a l’âge de ceux qui ont vu grandir Veronica Sinclair et Lana Brown au petit écran, bien qu’il s’avoue mal à l’aise avec leur propension pour le bitchage. Artiste multidisciplinaire, il intègre le drag à tous les aspects de sa pratique et privilégie une approche nouvelle, dramatique, presque dénuée d’humour. Une petite révolution dans le milieu. «Moi, j’ai une esthétique genderfucked, rock star, punk rock. Plus tard, je me vois faire un show dans un aréna sold out et sauter dans une foule avec des talons très hauts et le chest full poilu. C’est comme un fantasme. Je suis un rock’n’roll child qui essaie de conquérir le monde de la pop.»
MADO LAMOTTE, PHOTO | MARIE LI DI CESARE
Habile en coiffure et en maquillage, Silver «a arrêté l’école à 15 ans pour faire de la photo», des autoportraits influencés par les éditoriaux mode de Vogue et Vanity Fair, avant de vendre sa caméra pour financer sa musique. En novembre dernier, il dévoile Wave, une chanson accompagnée d’un vidéo-
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SILVER CATALANO, PHOTO | ARIANE AUBERT BONN
clip intense qu’il a coréalisé avec Didier Charrette. Le premier chapitre d’une trilogie prometteuse, intrigante et surtout à mille lieues du style burlesque de ses collègues du Drague, le fameux bar LGBT de Québec qui teinte le Changing Room d’Alexandre Fecteau.
cinéma, les drag queens. Ils sont souvent entraînés dans des projets d’artistes ou de journalistes plus ou moins sérieux qui cherchent le punch là-dedans, une marginalité qui va ajouter de la couleur à ce qu’ils préparent.»
Étrennée in situ en 2009, la pièce interactive du dramaturge remplit ensuite les théâtres de Québec, Montréal et Ottawa jusqu’en 2013. Un succès populaire qui n’est pas étranger à la recherche documentaire réalisée en amont, par souci de réalisme, et aux liens tissés au sein de la communauté. Il le précise, s’en souvient: ce n’était pas facile de gagner la confiance de ces gens habitués de voir leur travail décontextualisé, dénué de sens par des créateurs peu scrupuleux. «Il y avait une certaine méfiance parce que c’est un sujet très populaire dans les journaux étudiants ou dans les cours de
Ici comme ailleurs, les personnificateurs féminins parviennent à se tremper le gros orteil dans la culture populaire. En 1994, l’Australien Stephan Elliot se fraye un chemin jusqu’aux Oscars (en remportant le prix des meilleurs costumes) pour un film devenu culte: The Adventures of Priscilla, Queen of the Desert (Priscilla, folle du désert). Les drag queens inspirent sporadiquement, comme hors des modes. Reste à voir si Silver Catalano et ses contemporains seront capables de défoncer la frontière imaginaire, de se raconter eux-mêmes dans leurs propres œuvres d’art. (C. Genest) y
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LE GRAND VOYAGE D’UN PETIT BOL EN QUELQUES ANNÉES, LE POKE A CONNU UNE ASCENSION FULGURANTE DEPUIS LES EAUX TROPICALES D’HAWAÏ. ZOOM SUR CETTE TENDANCE RAZ-DE-MARÉE. MOTS | HÉLOÏSE LECLERC
Méconnu il y a à peine trois ans, le poke (prononcer poké) s’est aujourd’hui fait une place sur le marché panaméricain du fast-food santé. Eater.com rapporte que le nombre de restaurants offrant ce plat d’inspiration hawaïenne aux États-Unis aurait presque doublé sur Foursquare entre 2014 et 2016. Modeste plat de poisson cru, le poke est consommé depuis des siècles à Hawaï, même si sa première apparition dans les livres de recettes locaux ne date que des années 1970.
de transformations culinaires, autant pour séduire les consommateurs que pour assurer la viabilité économique en contexte américain. Le poisson, tranché plus finement, s’accompagne désormais de bases diversifiées (quinoa et laitues mélangées), les sauces se sont multipliées (mayo épicée), et des garnitures variées, de l’avocat à l’edamame, sont arrivées en renfort.
Tantôt servi en cubes (d’où le nom de poke, qui signifie «coupé en morceaux»), tantôt écrasé entre les doigts par les pêcheurs au quai, le poisson était assaisonné de sel d’Hawaï, d’algues hachées et de noix de kukui rôties et écrasées. Plus récemment, l’influence nippone présente à Hawaï aurait encouragé l’utilisation du riz à sushi comme base, l’ajout de nouveaux aromates – sauce soya, oignon vert, huile de sésame – et surtout l’adoption du thon rouge ahi comme protéine, à la place des poissons de récifs utilisés jusqu’alors.
«Le consommateur américain qui achète un bol poke cherche souvent un repas complet, pas juste du poisson. Il veut que ce soit sain, exotique, frais, safe», explique Yann Levy, cofondateur de Koa Lua, qui possède deux enseignes à Montréal depuis 2016. «Mais il y a aussi la question du coût: comme le thon est très cher au Québec, on compense la quantité de poisson retirée par autre chose.» Dans le cas de son restaurant, qu’il a voulu ancrer dans l’imaginaire hawaïen avec son décor ensoleillé comme une journée à la plage, il propose quand même trois bols plus fidèles aux origines du plat. «Personnellement, ce sont ceux-là que je préfère…»
Le rayonnement international de chefs hawaïens comme Mark Noguchi a contribué à la notoriété grandissante des traditions culinaires insulaires, incluant le poke. Tout comme pour le sushi japonais, qui a conquis la côte ouest avant d’envahir le continent, cette délocalisation a entraîné une série
Inspirations hawaïenne et californienne
2016 aura été l’année de la consécration du poke dans la métropole, avec l’arrivée de plusieurs nouvelles adresses. À l’ouverture du Poké Bar à Montréal en juin dernier, le concept était encore si inédit que
> CI-CONTRE / BOLS ET POKÉ (QUÉBEC)
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D’autre part, Noguchi dénonce la transformation du thon ahi, une ressource limitée et fragile. À peine revenu d’un bref séjour en sol hawaïen, Yann Levy souligne que les restaurateurs insulaires sont déjà passés en mode solution, avec un effort marqué en vue de diversifier les poissons cuisinés et de s’en tenir aux espèces durables. Le réflexe, partagé par un certain nombre de restaurateurs d’ici, est cependant mitigé par divers problèmes, comme l’accès à des pêcheries alternatives certifiées à coût raisonnable. Autre enjeu: la viabilité du modèle d’affaires. Alors que la restauration rapide conventionnelle table sur un faible coût des produits et un grand volume de ventes pour générer des profits, l’attrait du poke constitue aussi son talon d’Achille: les clients ne désirant pas payer beaucoup plus cher pour des ingrédients frais, les restaurateurs tendent à diminuer leur marge de profit (donc leur rentabilité de nombreuses personnes ont cru qu’un bar dédié aux joueurs de Pokemon Go venait de voir le jour. Cette confusion n’a pas tardé à se dissiper et les Montréalais ont, eux aussi, sauté dans la vague. Si quelques restaurants de Québec se sont déjà lancés dans la commercialisation de bols poke – Buddha Station, TARTAR Station, Le Shaker –, la première adresse véritablement dédiée à la tendance, Bols et Poké, verra le jour en avril dans Saint-Jean-Baptiste. Le coactionnaire de l’établissement, le restaurateur en série Mathieu Villeneuve, est allé à trois reprises à Hawaï au cours des 10 dernières années et s’est laissé séduire par le concept, tout en l’adaptant. Chez lui, les clients auront la liberté de composer leurs propres bols – une pratique désormais connue sous le nom «build-your-own». Mathieu a aussi confié à Alexanne Grenier, la chef de son restaurant Nakamura Sushi, la mission de développer quelques pokes d’inspiration californienne, avec des accents asiatiques et nordiques. «Nous avons un beau local, avec une petite cour intérieure. Le tout sera aménagé dans un style Bali, avec des plantes, des tableaux blancs suspendus… Ça va être un très bel ajout au quartier. On veut contribuer à le redynamiser.» Là pour rester? Un nombre toujours plus grand de restaurateurs attirés par l’écho suscité par le poke se lancent avec l’intention de capitaliser sur son succès. Pour cette raison, Mark Noguchi a cru bon de tirer la sonnette d’alarme. D’une part, il espère sensibiliser les consommateurs à l’exploitation sous-jacente de la culture hawaïenne à des fins commerciales. Votre poke consiste en un mélange de quinoa, de champignons et de porc teriyaki? Vous ne mangez plus un poke, mais un bol de marketing.
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potentielle) pour demeurer attrayants. En revanche, tout porte à croire que l’intérêt pour le fastfood santé continuera de se développer au cours des prochaines années sous l’impulsion des consommateurs, de plus en plus préoccupés par leur alimentation. «Le poke est là pour rester, conclut Yann Levy. Tout comme le sushi, je ne crois pas qu’il y aura un retour en arrière.» y
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SAVEURS NORDIQUES AMBASSADEUR DE LA CUISINE SCANDINAVE, LE CHEF SUÉDOIS DOUBLEMENT ÉTOILÉ MAGNUS NILSSON NOUS INITIE DANS SON RESTO ET SES LIVRES À UNE GASTRONOMIE ENCORE PEU CONNUE, MAIS QUI FASCINE DE PLUS EN PLUS... MOTS | MARIE PÂRIS
PHOTO | ERIK OLSSON
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Magnus le Viking. C’est ainsi que le journaliste du New Yorker Bill Buford surnomme Magnus Nilsson, ce chef de 32 ans qui figure déjà parmi les étoiles internationales de la gastronomie. De Viking, il en a un peu l’allure: grand blond baraqué aux cheveux longs, un peu taiseux… Et si la culture nordique est à la mode, Magnus a su mettre l’accent sur sa cuisine, dont il est devenu l’ambassadeur. À l’occasion de la deuxième édition du Festival Immersif de Kultur et d’Art Scandinave FIKA(S), il était d’ailleurs invité à Montréal pour une discussion autour de la gastronomie nordique. Malgré des billets à 45$, la conférence a très vite affiché complet. Complet, comme la plupart des soirées au Fäviken Magasinet, son restaurant doublement étoilé de Jarpen, dans le nord de la Suède, où les réservations sont très courues. Tout a été vite pour le jeune chef: après une formation en cuisine et sommellerie en Suède, Magnus travaille quelques années à Paris, puis rejoint le Fäviken comme sommelier. Moins d’un an plus tard, il reprend l’établissement. «Je ne trouvais pas de chef, alors je me suis mis à la cuisine; on était juste deux à l’époque, raconte Magnus. Aujourd’hui, on est 32 au resto.» Depuis, rien n’arrête cette force tranquille: alors que le Fäviken occupe maintenant le 25e rang au classement des 50 meilleurs restaurants au monde du magazine Restaurant et San Pellegrino, la série de Netlfix Chef’s Table a consacré un épisode à Magnus et à son restaurant, et on a pu aussi le voir dans la série documentaire The Mind of a Chef. En 2015, il remporte le White Guide Global Gastronomy Award. Il a également publié deux ouvrages: Fäviken, un livre de cuisine, et Nordic: A Photographic Essay of Landscapes, Food and People, qui rassemble des photos et recherches. Enfin, le chef a sorti en octobre La cuisine des pays nordiques (éditions Phaidon), bible de la cuisine quotidienne et familiale des pays nordiques. Cuisine incomprise Ce qui passionne Magnus, c’est de préserver la tradition culinaire des pays scandinaves. «On réduit cette cuisine au gravlax et au hareng; il y a de ça, mais aussi plein d’autres choses», explique le chef. Il a parcouru le Danemark, les îles Féroé, la Finlande, le Groenland, l’Islande, la Norvège et la Suède pour recueillir des recettes typiques et authentiques de chaque pays et photographier leurs habitants et paysages. «Ces pays ont beaucoup de choses en commun, notamment leur climat, mais ils ont aussi de nombreuses particularités et une cuisine distincte.» Magnus, qui s’est appuyé sur trois ans
de recherches, traite aussi des ingrédients locaux, des techniques de cuisine et de l’histoire culinaire des pays nordiques. «C’est important de ne pas accepter les choses comme elles sont, mais d’enquêter et de creuser, d’essayer de comprendre les produits, les façons de faire. C’est aussi ça, le job du chef.» Si on connaît certains des plats qui figurent dans le livre, comme le saumon fumé, les boulettes de viande (pas celles d’Ikea…) et la confiture d’airelles, on en découvre d’autres, tels que la soupe de cynorhodon, les travers de porc rôtis farcis aux pruneaux et la bière de genièvre au miel. La cuisine nordique en un mot? «Incomprise, rit Magnus. Il y a très peu d’information, et elle est dure à trouver. Ce qu’on sait, c’est ce qui se fait dans les restaurants. L’essentiel de la cuisine typique et traditionnelle est faite à la maison, et elle est donc difficile d’accès pour les touristes et les étrangers.»
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> La culture du restaurant est rÊcente en Scandinavie: La plupart des gens ont une bonne cuisine chez eux, et du fait du froid et des grands espaces, ils ont plus l’habitude de manger à la maison, explique le chef. Quant aux restos, on y trouve en gÊnÊral de la cuisine inspirÊe de traditions culinaires d’ailleurs – en Scandinavie, la plupart des restaurants gastronomiques sont encore français. Ça fait une cuisine dÊconnectÊe du pays, regrette Magnus. Pour effectuer ses recherches en vue du livre, il est allÊ chercher des tÊmoignages jusque dans les cuisines des habitants. C’est très important de rencontrer les gens, de leur parler, de manger avec eux‌ Vieilles pratiques et menu 30 services Des habitudes culinaires et des recettes qu’il a testÊes, s’appuyant aussi sur des conseils d’experts et d’informations tirÊes de sa collection d’anciens livres de cuisine. Il a ainsi dÊcouvert des traditions qui per-
durent ou des façons de faire d’antan – au Fäviken, il sert par exemple un œuf dans la cendre, inspirÊ d’une ancienne technique pratiquÊe en Islande. Alors, la cuisine nordique en un mot? Le sel. Beaucoup de sel. C’est que dans un pays oÚ rien ne pousse six mois par an, l’essentiel tourne autour de la prÊservation des aliments – comme au QuÊbec, province au climat hivernal similaire et qui revendique aussi sa nordicitÊ. Il s’agit de fumer, fermenter, faire des bocaux, garder les tubercules en cave‌ Ces techniques traditionnelles sont notamment à l’origine du succès de son resto, selon le journaliste du New Yorker: Magnus a dÊcouvert des tas de choses que les gens font depuis 150 000 ans, comme si c’Êtait nouveau, moderne. Mais personne d’autre ne fait ça aujourd’hui. Au Fäviken, un resto aux allures d’ancienne retraite nordique avec sa dÊco de bois et de peaux de bêtes, on dÊguste un repas de 30 services
de cuisine contemporaine et nordique pendant près de trois heures. Quand on demande à Magnus de parler de son menu, il reste très secret. Mon style de cuisine, c’est le mien, tout simplement. On ne parle jamais de la cuisine du resto, car on veut laisser la surprise aux gens qui viennent. C’est le privilège de l’invitÊ. Le contexte actuel est en tout cas parfait pour tenir un restaurant en Suède et Êcrire sur la cuisine locale, alors que la culture nordique est plus tendance que jamais et que la Scandinavie attire un nombre croissant de touristes. C’est une mode. Et les modes, c’est cyclique, tempère Magnus. Revenir en Suède, c’Êtait juste normal pour moi. C’est là d’oÚ je viens. Naturellement. y
LA CUISINE DES PAYS NORDIQUES MAGNUS NILSSON Phaidon, 2016, 767 pages
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REPLAY… ET REBELOTE! Mots | Franco nuovo
Bizarrement, on s’est mis à parler du temps, de voyage dans le passé, de retour vers le futur. C’était un matin, après l’enregistrement de Dessine-moi un dimanche. On traînait en studio comme on le fait chaque semaine, quelques minutes, pour reprendre notre souffle. Et je ne sais trop pourquoi après voir évoqué 22/11/63 de Stephen King dont fut tirée une série télé, une histoire de voyage dans le temps, un retour dans les années 1960, où un type tente d’empêcher l’assassinat de Kennedy, Jean Dion m’a parlé de Replay de Ken Grimwood. Jamais je n’avais entendu parler ni de l’auteur ni du roman qui a gagné en 1988 le World Fantasy Award, un prix littéraire dont j’ignorais aussi l’existence et la portée. Bref, cela n’a que peu d’importance. Et Jean, avec un enthousiasme suffisant pour m’intriguer, s’est mis à me raconter les grandes lignes de ce Replay. L’histoire de ce Jeff qui, le 18 octobre 1988, meurt subitement d’une crise cardiaque. Alors dans la quarantaine, ce gars à la vie morne et au mariage déprimant se retrouve du coup dans les années 1960. Il a 18 ans et voilà que sans comprendre ni pourquoi ni comment, il «se réveille» dans sa chambre d’étudiant; et sa vie recommence. La même vie, le même Jeff, mais avec l’expérience accumulée d’une existence précédente. Et Jeff revit, revit et revit encore, deux, trois, quatre fois. Et à chaque mort, en octobre 1988, ça repart pour un tour. Doit-on toujours mettre de l’avant les nouveautés, les nouvelles parutions? À quel point pouvais-je parler dans cette chronique d’un bouquin sorti il y a une trentaine d’années? Si la lecture de Replay procure encore du plaisir trois décennies après son apparition sur les rayons des librairies, il vaut sûrement la peine qu’on y revienne. J’y suis revenu.
J’ai eu du plaisir à lire ces tranches de vie revue et corrigée à chaque retour en arrière. Franchement, au départ, j’ai cru à un roman jeunesse saupoudré de science-fiction un peu facile. Et puis je me suis laissé surprendre par les vies de ce personnage attachant qui joue à la roulette en sachant fort bien que son numéro sortira gagnant – mais combien de fois, pendant combien de temps? Il sait, même s’il mise presque toujours sur le même cheval, ce qui adviendra, mais ses boucles temporelles le trompent et finissent par l’entraîner vers de nouvelles destinées souvent insoupçonnées. Sa mémoire lui permet de corriger les erreurs, mais pas de modifier le cours des événements. Que le nom de l’assassin change importe peu, Kennedy sera toujours assassiné. De retour en retour, Jeff explore. Il survole l’Amérique, les Antilles, l’Europe, le vice, le plaisir et même la politique. Il expérimente le sexe, les drogues, s’enfonce dans les années 1960 et 1970. Il plane. Littéralement. Il plane, mais pas seul. Ses vols l’emmènent à croiser l’amour. Lui, le «répéteur», sans jamais comprendre ce qui lui arrive, mais en cherchant à expliquer l’inexplicable, trouve sur son chemin une femme morte elle aussi le 18 octobre 1988 et qui, tout comme lui, vit, revit et revit sans cesse. Il émane de cette rencontre, douceur et tendresse. Au fil des pages, sans sombrer dans la facilité, même s’il n’est pas né d’une plume exceptionnelle, par sa structure, Replay emmène le lecteur à se questionner sur sa propre existence et son propre rapport au temps. Étonnant. Mais comment terminer ce qui ne finit jamais?
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C’est probablement pourquoi, malgré une pirouette à la fin, la dernière page tournée et le livre fermé, on reste sur notre faim. J’aurais voulu continuer à planer avec Jeff, aller ailleurs, pénétrer d’autres zones inconnues, m’abandonner davantage à son délire. Parce que même si je ne suis pas un adepte des romans fantastiques, même s’il ne s’agit pas de grande littérature, même si le style est discutable, on se laisse avaler par cette histoire bien construite, produit d’une imagination fertile. Grimwood, me semble-t-il avoir lu, avait planifié une suite, mais sa propre mort en 2003 a mis fin à son voyage… et du coup au nôtre. J’ai aussi de la difficulté à comprendre, peut-être à cause des clins
d’œil envoyés à Hollywood et à Spielberg, pourquoi Replay n’est pas devenu un film. Il en a été question en 2010, Ben Affleck devait réaliser et incarner ce voyageur à la recherche du temps perdu, et puis rien. Rien. Le projet a avorté. Dommage, car c’eût été plus qu’agréable de «voir un monde dans un grain de sable, un paradis dans une fleur sauvage et de tenir, encore un moment, l’infini dans la paume de sa main». y
REPLAY Ken GriMwood (trad. G. caseril et F. caseril) Seuil, coll. «Points», 1997, 432 pages
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0OUR UN SOUPER PARFAIT EN ToTE g ToTE OU ENTRE AMIS
Sur les rayons
LE POIDS DE LA LUMIĂˆRE alexander Macleod Marchand de feuilles, 2017, 336 pages De plus en plus d’Êditeurs du QuĂŠbec se tournent vers nos compatriotes canadiens-anglais pour y dĂŠnicher quelques perles qu’ils dĂŠsirent nous donner Ă lire. C’est le cas des ĂŠditions Marchand de feuilles qui ouvrent leur annĂŠe 2017 avec trois publications d’auteurs des Maritimes, dont le recueil de nouvelles Le poids de la lumière d’Alexander MacLeod. Ce dernier est le fils d’Alistair MacLeod, que certains qualifieraient d’un des plus grands auteurs canadiens. Son roman La perte et le fracas lui a valu le prestigieux prix IMPAC Dublin en 2001. Il va sans dire que bien malgrĂŠ lui, Alexander MacLeod ĂŠtait attendu dans le milieu littĂŠraire et allait devoir prouver qu’il ĂŠtait beaucoup plus que le fils d’un auteur connu. Avec Le poids de la lumière, MacLeod prouve rapidement qu’il s’inscrit dans un genre littĂŠraire dont il connaĂŽt les rouages et les pièges. Ses nouvelles sont longues et prennent le temps de s’installer, mĂŞme si rapidement l’auteur place son ton et ses personnages avec habiletĂŠ. TantĂ´t avec des athlètes qui fouleront dans quelques heures la piste de course, tantĂ´t avec un groupe de travailleurs dans le domaine de l’entretien paysager, ou encore avec un père et sa petite fille en attente d’un vaccin; toutes ces nouvelles sont Ă la fois banales et grandioses. Il fait preuve d’un talent indĂŠniable quant Ă sa façon subtile, mais si efficace, de dĂŠfinir les inquiĂŠtudes et les questionnements intrinsèques de ses personnages. Et mĂŞme si ces derniers nous quittent après une quarantaine de pages, leurs rĂŠflexions, elles, nous imprĂŠgneront.Â
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Le tour de force de ce recueil – habilement rendu par la traduction de Sophie Coupal –, c’est la façon qu’il incombe à chacun de ses protagonistes le poids de la lumière, ce poids des inquiÊtudes, de la performance, des craintes et des dÊfaites. Il s’agit d’une Êcriture extrêmement corporelle oÚ le ressenti fait foi de tout. À l’instar des coureurs dans sa nouvelle qui ouvre le recueil oÚ, plus jeunes et naïfs, ils affrontaient un train dans un tunnel, courant devant lui, le tremblement des rails et le halo lumineux dÊfinissant le danger inhÊrent à la chose, Alexander MacLeod parvient à courir plus vite que l’ombre paternelle qui aurait pu si aisÊment l’avaler et se dÊvoile au grand jour comme un Êcrivain marquant de sa gÊnÊration. (JÊrÊmy Laniel) y
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Sur les rayons
MONTRÉAL-MIRABEL: LIGNES DE SÉPARATION Marie-Pascale HuGlo Leméac, 2017, 160 pages À une époque où le réel nous envahit par différents canaux d’où le bruit paraît incessant, il percole aussi jusqu’au cœur de la littérature, amenant plusieurs à crier la mort du roman en raison de ce surplus de réel. C’est une thèse défendue entre autres par David Shields dans son plus récent essai Besoin de réel, dans lequel il s’interroge sur la représentation du réel sous toutes ses formes et se demande jusqu’à quel point ce dernier peut se prétendre littérature. Avec le récit Montréal-Mirabel, Marie-Pascale Huglo tente de se jouer de ce réel, le sien, pour y insuffler réflexion et poésie et en faire un réel acte littéraire. En septembre 2014, on annonçait le démantèlement de l’aérogare de Mirabel. Cette nouvelle sonnait le glas d’un rêve qui n’a jamais pris et nous forçait à regarder une dernière fois cet éléphant blanc. La fin du fiasco de Mirabel, un échec à tous points de vue, a forcé Huglo à revenir sur son passé, elle qui est arrivée en terre d’Amérique par cet aéroport encore peuplé de rêves. À travers ces réminiscences d’un échec, ce sont tous les obstacles et les victoires qui ont peuplé le parcours d’Huglo, ici, au Québec, de l’intime au professionnel, de l’Européenne à la Québécoise d’adoption qu’elle est devenue, qui nous sont racontés. Si on y retrouve la fin d’une vie à deux tout comme la fin d’un grand projet jamais vraiment amorcé, c’est surtout le parcours d’une réflexion littéraire qui fascine ici, tellement même dans l’intime l’auteure demeure pudique. Sous-titré Lignes de séparation, Montréal-Mirabel est une œuvre de territorialité. Ce sont les frontières qu’Huglo (re)définit: celles du souvenir comme celles de la famille, celles de la patrie comme celles du couple. Et dans l’éclatement, elles ne se brisent pas nécessairement, mais elles se redéfinissent. Il semble qu’Huglo tente de les cerner par une œuvre d’une concision habile ainsi que par une langue fine et précise. «Pour moi, Mirabel a été le lieu des migrations. Sur le tard, j’en ai fait le théâtre de ma vie rompue.» Sans ce talent évident, Huglo nous aurait servi un sempiternel récit d’immigration et une énième histoire de rupture, mais quand un style réfléchi s’empare du réel, soudain jaillit la littérature et c’est exactement ce que Marie-Pascale Huglo nous donne à lire. (Jérémy Laniel) y
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DE LA TABLETTE À LA TOILE NÉ AU VENEZUELA ET ARRIVÉ À MONTRÉAL À 8 ANS, L’ILLUSTRATEUR KRISTIAN BOLANOS CRÉE DES ŒUVRES PUISANT LEURS INFLUENCES DANS SON ENFANCE, SA PASSION DU HIP-HOP ET LA CULTURE POPULAIRE EN GÉNÉRAL. IL PRÉSENTERA UNE EXPOSITION TRANSPOSANT SES CRÉATIONS NUMÉRIQUES À LA TOILE À LA FIN AVRIL: THUG LOVE. MOTS | ANTOINE BORDELEAU
L’art de Kristian Bolanos Sandoval se démarque tout autant par ses couleurs vives et frappantes que par les sujets qu’il dépeint. Mélangeant des icônes instantanément reconnaissables telles que les Simpson ou Skeletor avec des thèmes résolument modernes, l’artiste joue avec nos souvenirs et amène ces personnages de notre jeunesse dans la modernité. La passion de Bolanos pour le dessin s’est révélée très tôt dans sa vie, alors qu’il vivait encore au Venezuela: «Mon oncle avait une shop de sérigraphie, il faisait des t-shirts, des collants, tout ça. Ça me fascinait, alors je me suis mis à dessiner des affaires avec mon cousin et on les imprimait sur place… Toute ma jeunesse, je dessinais sans arrêt.» Pour l’amour du rap Une fois arrivé à Montréal, le jeune Bolanos s’est mis rapidement à découvrir le hip-hop, et cette sousculture l’a marqué profondément. Les influences de ce milieu se sentent dans son art, qui est intimement lié à la musique. Il explique que même la création est pour lui nourrie par le hip-hop: «Quand je travaille, c’est essentiel qu’il y ait de la musique. Souvent, je me mets du hip-hop des 90’s, des classiques. La musique m’influence beaucoup. À une certaine époque, j’écoutais beaucoup de trucs plus
IMAGES | KRISTIAN BOLANOS
west coast, et ça s’est directement ressenti dans mon art. Dans le silence, je suis pas vraiment capable. Si je suis dans un café, tu peux être sûr que je me mets des écouteurs.» Non seulement s’alimente-t-il de hip-hop lorsqu’il travaille, mais il y puise par moments carrément son inspiration: «Des fois, je suis en train d’écouter une toune, pis tout d’un coup, y a une phrase, ça peut être super court… mais cette phrase-là, elle me reste en tête et puis ça fait germer une idée. Je me dépêche de l’écrire quelque part – merci, Google Docs! –, et après je peux y revenir quand je suis devant ma tablette graphique. J’en ai des tonnes, comme ça, des débuts d’idées, des courtes phrases avec ce qu’elles m’inspirent. Quand j’ai un genre de bloc créatif, c’est pas compliqué: j’ouvre mon Docs et je tombe sur quelque chose qui me donne envie de dessiner.» Cet amour du hip-hop, que l’on retrouve dans une grande partie de son travail, n’a pas manqué d’attirer l’attention du milieu du rap montréalais. Effectivement, l’illustrateur reçoit de nombreuses demandes de musiciens de la métropole pour réaliser du visuel, que ce soit pour des affiches ou des pochettes d’album. On peut notamment apprécier
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ses créations sur à peu près tout ce que le producteur Toast Dawg publie comme musique. «Ce côtélà se développe bien… J’ai toujours été dans le milieu, toujours voulu aider les artistes émergents en leur faisant des designs pas trop chers pour des pochettes et tout. Maintenant, je pense que le monde me reconnaît pas mal, je te dirais que j’ai minimum une demande par semaine pour une pochette ou un poster de show. C’est souvent un peu dernière minute, et j’aimerais pouvoir prendre plus mon temps, mais en même temps, je pense que c’est une de mes forces de pouvoir réaliser une illustration sur un 10 cennes.» De nouvelles avenues Bien que la majorité de son travail soit réalisée numériquement, l’exposition que Bolanos prépare actuellement en sera une d’huile sur toile, un médium qu’il utilise moins régulièrement mais qu’il apprécie également. Celui-ci pose toutefois un défi de taille à l’artiste habitué aux médiums numériques: «Ça arrive moins souvent qu’on me commande des peintures sur toile, vu que la plupart des gens me reconnaissent surtout pour ce que je publie en ligne, mes illustrations 100% numériques. KRISTIAN BOLANOS, PHOTO | ANTOINE BORDELEAU
Mais tu vois, en ce moment, je suis en train de faire ma série des Simpsons sur toile pour un client; ça arrive. Mais c’est complètement autre chose pour moi que ce que je fais habituellement. Il y a un défi important sur le plan des couleurs, parce que je ne fais pas de dégradés dans mes œuvres. Ça prend des couleurs solides, pleines, et c’est moins évident à faire à l’huile que sur une tablette.» Pour peindre, il commence donc avec des sketches qu’il réalise sur sa tablette graphique pour ensuite les travailler sur toile: «Je suis devenu très habile et rapide sur la tablette, donc ça fait plus de sens pour moi de partir de là avant de me mettre à peindre. Ça me permet de tester les couleurs, de voir si l’idée est bonne avant de commencer à la développer sur la toile.» L’artiste mentionne au passage que les toiles que l’on pourra voir lors de l’exposition Thug Love sont presque toutes originales. Seulement deux designs préexistants se verront recevoir le traitement à l’huile. «Ça va être une suite logique à ce que je fais normalement, donc on peut s’attendre à voir des personnages de vieux comics revus et corrigés à ma façon.» y Surveillez le site web de l’artiste pour les détails de l’exposition Thug Love: kristianbolanosillustration.tumblr.com
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ALEXANDRE TAILLEFER DE LA MAIN GAUCHE
ÊTRE SOLIDAIREMENT LUCIDE Il y a maintenant plus de 12 ans, l’ancien premier ministre Lucien Bouchard publiait, conjointement avec 11 autres signataires, «Pour un Québec lucide», un manifeste sous forme de cri d’alarme qui identifiait plusieurs enjeux importants pour l’avenir du Québec et qui proposait certaines solutions pour y remédier. Tout ce qui se trouvait à gauche alors n’était pas du tout content. On connaît la suite. Un groupe, mené par Françoise David et Amir Khadir, allait répliquer quelques jours plus tard avec le «Manifeste pour un Québec solidaire». Le nom d’un nouveau parti qui allait naître en février 2006 était tout trouvé. On se souvient du premier slogan électoral de ce parti: «Soyons lucides, votons Québec solidaire». Être solidairement lucide, ou lucidement solidaire... D’accord. N’en doutons pas, les Québécois sont très attachés à la solidarité. Mais savezvous quoi? Si nous voulons déployer cette solidarité, ce ne sera pas en balayant sous le tapis les suggestions faites alors par le groupe des «lucides», tant décrié par la gauche. La grande majorité de ces suggestions demeurent fort pertinentes aujourd’hui, et bien que loin d’être toutes populaires, elles se doivent d’être revisitées, challengées et bonifiées. Au premier rang, réinvestir en éducation bien entendu, sans toutefois en contraindre l’accès par une trop importante augmentation des frais de scolarité (l’une des propositions qui a été la plus décriée et qui a presque mené le Québec au bord du clivage social il y a cinq ans). Celle-là est facile. Une autre proposition suggérait de revoir la tarification de l’électricité. Il s’agit certes d’un suicide politique. Mais cette décision est essentielle. J’y reviendrai. Ce sera la sujet d’une prochaine chronique… Une de leur principale préoccupation – et c’est sur quoi je veux m’attarder aujourd’hui – était liée à la productivité des entreprises québécoises. Une solution proposée
était de recourir davantage à l’entreprise privée. De laisser plus de place aux entrepreneurs qui insufflent dynamisme, vision et détermination. Il semble que nous y arrivions, doucement. Le projet du REM proposé par la Caisse est un exemple parmi d’autres. Fort heureusement, de nombreuses personnes qui ont fortement critiqué le manifeste des lucides y ont vu une façon d’accélérer la mise sur pied d’une alternative solide au cancer que représente la voiture individuelle pour notre société. De nombreuses voix dites de gauche reconnaissent aujourd’hui que le privé peut faire partie de la solution parce qu’il sait être plus agile et surtout imputable. De l’entreprise privée à l’entreprise à but non lucratif, l’entrepreneur est sans aucun doute l’une des clés nous permettant d’inventer une société plus équitable. Le danger est que le gain de productivité lié à l’utilisation de l’entreprise privée se fasse en grande majorité sur le dos des travailleurs de la classe moyenne. Vous voulez des exemples? En voici un avec lequel je suis particulièrement familier en raison de mes investissements dans le secteur du transport. Quand les sociétés de transport comptent sur l’entreprise privée pour la complémenter, elles donnent souvent des contrats à des entreprises qui embauchent une main-d’œuvre beaucoup moins rémunérée. Les conditions d’un chauffeur d’autobus à la STM sont probablement trois fois meilleures que celles offertes chez un sous-traitant. Pire, plusieurs entreprises du secteur du transport comptent sur des travailleurs autonomes. Des ressources qui sont payées en dessous des normes minimales que nous avons choisi d’imposer par loi aux employeurs. Des ressources payées moins de 10$ de l’heure, sans aucun filet social, c’est-à-dire sans régime de retraite, sans assurance en cas de blessure au travail et sans vacances, est-ce vraiment ça que l’on appelle de la productivité? Il semble que nous ayons accepté de créer une seconde
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> classe de citoyens pour qui les lois du travail ne s’appliquent pas. C’est inacceptable. Dans le même ordre d’idées, on cite souvent le salaire des employés de la SAQ pour invoquer la pertinence de la privatisation de notre monopole d’État. Serons-nous vraiment plus avancés comme société si on élimine ces emplois de qualité? Réimaginer la société pour la rendre dans son ensemble plus productive est une priorité. Il est possible d’y arriver tout en améliorant globalement les conditions de travail des Québécois. Ça va nécessiter des investissements importants, mais surtout une capacité d’innover. Par exemple, le Québec se trouve au centre de ce qui constituera vraisemblablement la base de la proche révolution industrielle: l’intelligence artificielle. Il fait figure de pionnier mondial en ce domaine, et il est essentiel que la recherche fondamentale soit rapidement appliquée à tous les secteurs industriels actuels de notre province. Ne commettons pas l’erreur d’exporter notre matière première, dans ce cas-ci nos cerveaux, au service d’une transformation à haute valeur ajoutée ailleurs. Il ne s’agit là que de l’une des façons que l’on doit saisir pour rattraper notre retard indéniable en matière de productivité.
Il y a moyen d’innover socialement en imposant des balises au capitalisme pour s’assurer que les entreprises prennent en considération non seulement leurs actionnaires, mais aussi leurs employés, leurs clients et l’environnement; bref, la société dans son ensemble. Un peu moins de liberté corporative pour un peu plus de solidarité. Accepter de nous remettre en question dans notre ensemble afin de trouver des solutions, avec comme trame de fond la volonté de remplacer notre modèle actuel par quelque chose de globalement plus efficace. À ceux qui useront du raccourci habituel en me traitant de socialiste ou pire, comme je l’ai entendu lors d’une rencontre avec un haut dirigeant d’une grande entreprise française, de cryptocommuniste, je réponds que vous n’avez rien compris. Il est incontournable de réinventer le capitalisme sous peine de faire faillite au mieux, être étêté au pire. Ce capitalisme existe, il est possible, il met les entrepreneurs au défi d’innover pour trouver de nouvelles façons de faire en respectant par contre certaines contraintes sociétales, le tout en symbiose avec leurs employés, les syndicats et les gouvernements. Ça s’appelle simplement du capitalisme humain. Le Québec peut être un pionnier mondial en la matière, quelque chose comme un grand peuple. y
LE BONHEUR ÉMANE DE NOTRE NATURE
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QUOI FAIRE
MODLEE
MUSIQUE
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KNLO / MODLEE
LOUIS-JEAN CORMIER
DESPISED ICON
A R T G A N G M O N T R É A L – 15 AV R I L
T H É ÂT R E FA I R M O U N T – 7 E T 8 AV R I L
T H É ÂT R E C O R O N A – 9 AV R I L
Le plus que talentueux KNLO viendra interpréter les chansons de son premier album, l’excellent Long jeu paru l’automne dernier. Avant lui, on pourra voir à l’œuvre la chanteuse Modlee en duo avec le producteur Vlooper, ainsi qu’une bande de jeunes producteurs de la relève dans le cadre d’une soirée révélation d’Artbeat Montréal.
Louis-Jean Cormier se met à nu dans son spectacle solo Les passages secrets, où tous les artifices sont retirés pour laisser place au talent brut de l’auteur-compositeurinterprète. Dans un contexte plus intime que son spectacle précédent, l’artiste ne sera accompagné que de sa guitare électrique: pour lui, il s’agit d’une manière de mieux communiquer avec son public.
Le groupe montréalais Deathcore a contribué à définir le genre en adoptant la signature du death metal en y fondant des sons autrement associés au hardcore. Après une séparation qui a permis aux membres d’expérimenter avec d’autres groupes et de se concentrer sur d’autres projets, le groupe s’est réuni en 2014 pour le plus grand bonheur de ses fans.
WORDUP! 14e ÉDITION C L U B S O D A – 1 5 AV R I L
La fameuse ligue de battle rap WordUP! reprend du service avec une 14e édition officielle prometteuse. On pourra notamment y voir l’événement principal, qui opposera les deux irrévérencieux Suspek-T et Loe Pesci, ainsi que le match très attendu mettant en vedette Jeune Chilly Chill et Franko Bucci. Reptile Rampant, J7, D-Track et Confus participeront aussi à la soirée.
MENTANA C E N T R E P H I – 1 3 AV R I L
Devenu grand spécialiste du folk americana, le groupe québécois explore dans son premier album Inland Desire les thématiques du déracinement et du voyage. Inspiré de la ruée vers l’or noir et des rêves de ceux qui ont entamé ce voyage, cet album est rempli d’harmonies contrastées et il en résulte un tissu de récits aux allusions cinématographiques.
PHILÉMON CIMON C E N T R E P H I – 21 AV R I L
S’inspirant de ses origines multiples et de ses différents voyages, dont un à Cuba où il aura fini par enregistrer Les sessions cubaines en 2010 et Les femmes comme des montagnes en 2015, l’auteur-compositeurinterprète montréalais aux accents mélancoliques des années 1960 montera sur scène pour une prestation qui promet. >
PHOTO | C. DÉSILETS
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70 QUOI FAIRE VOIR MTL
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DEF LEPPARD C E N T R E B E L L – 10 AV R I L
Ici vous trouverez de superbes pièces de viande prêtes à servir ou marinées mais aussi une grande épicerie regorgeant de toutes sortes de délices!
Les fans de hair metal revivront leur époque phare le temps d’une soirée unique au Centre Bell. Pour l’occasion, le légendaire groupe britannique Def Leppard revisitera ses grands succès, notamment ceux de son classique Hysteria qui fête son 30e anniversaire cette année. En première partie, Tesla et Poison alimenteront le sentiment d’euphorie des irréductibles nostalgiques.
BONOBO M É T R O P O L I S – 2 5 AV R I L
Après nous avoir impressionnés avec la maîtrise impeccable de ce style qui lui est propre avec son plus récent album Migration, le producteur, DJ et musicien britannique Simon Green, alias Bonobo, fera vibrer le Métropolis avec sa sonorité enveloppante et instantanément reconnaissable.
CHARLOTTE DAY WILSON C E N T R E P H I – 2 2 AV R I L
La chanteuse torontoise aux tendances R&B, à la voix grave et suave et aux mélodies hypnotisantes réussit à créer un univers captivant en combinant ses influences à sa formation classique au piano, et en jazz au saxophone. Son premier album CDW, réalisé entièrement par elle, n’aura pas pris de temps à attirer toute l’attention qu’il mérite. >
MARCHÉ JEAN-TALON
158, place du Marché-du-Nord Montréal — Petite-Patrie, QC 514 276-1345
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Voir le marché du travail
autrement
Une approche non traditionnelle du Centre des femmes de Montréal
Explorer des métiers à prédominance masculine
PHOTO | LM CHABOT
SCÈNE
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HAROLD ET MAUDE
Visiter des écoles et faire ton choix parmi de nombreux DEP ou AEC qui représentent des métiers d’avenir
T H É ÂT R E J E A N-D U C E P P E – 5 AV R I L A U 13 M A I
Harold et Maude, c’est l’histoire d’un amour improbable, d’un amour entre Maude, 90 ans et Harold, 19 ans. Ça parle de vie, ça parle de mort, ça parle de frontières et de tabous, ça parle de bourgeoisie, mais ça parle surtout d’amour. Adaptation théâtrale par Hugo Bélanger du merveilleux film du même nom, cette pièce donne espoir.
AVANT-GARDE E S PA C E G O – J U S Q U ’ A U 1 5 AV R I L
Dans cette pièce, Marieluise Fleisser, auteure interdite par le régime nazi et qui cessera d’écrire pendant près de 30 ans, explore le besoin d’écrire par l’entremise de son personnage Cilly Ostermeier. Celle-ci se rendra dans la grande ville où elle partagera sa vie avec un homme qui exercera un pouvoir destructeur sur elle, entraînant son retour dans sa ville natale.
PARFOIS, LA NUIT, JE RIS TOUT SEUL T H É ÂT R E D E Q U AT ’ S O U S – 29 AV R I L
Cette pièce raconte l’histoire de deux hommes dont on ne connaît pratiquement rien et qui se présentent aux portes du théâtre. Leur appropriation délirante de l’espace par le chant et par une danse hésitante nous parle d’une Amérique en dérive, de rêves tordus et de désirs qui habitent nos corps.
6 semaines pour faire un
VIRAGE :
514 842-6652
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VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU T H É ÂT R E D U R I D E A U V E R T – J U S Q U ’ A U 24 AV R I L
Michel Monty est de retour avec une pièce tirée du roman du même nom de Ken Kesey, dont l’adaptation au grand écran mettant en vedette Jack Nicholson a rapidement été qualifiée de culte. Vol au-dessus d’un nid de coucou, c’est d’abord Randle McMurphy qui instigue une révolte dans un hôpital psychiatrique, mais c’est aussi un regard profond sur la maladie mentale et sur la stigmatisation. <
LE JEU DE L’AMOUR ET DU HASARD
EXTRAMOYEN
T H É ÂT R E D U N O U V E A U M O N D E – 25 AV R I L A U 20 M A I
E S PA C E L I B R E – 4 A U 2 9 AV R I L
Dans sa mise en scène de cette pièce de Marivaux, Alain Zouvi explore les thèmes cultes de l’auteur: l’amour, le sentiment amoureux et les angoisses qui lui sont rattachées. Dans cette histoire où se mixent classes sociales, amours incertaines et mariage arrangé, le personnage de Sylvia cachera son identité pour s’assurer qu’elle désire réellement l’homme à qui elle a été promise.
Qu’est-ce que la classe moyenne? Existe-t-elle? Entre l’endettement et le cercle vicieux que représente travailler pour consommer et consommer parce qu’on travaille, est-il possible de faire émerger une réelle réflexion sur la société qu’on souhaite voir se mettre en place? Dans cette pièce de théâtre, les artisans du NTE explorent ces thèmes via une famille «ordinaire» de la classe moyenne.
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73 QUOI FAIRE
ARTS VISUELS
VOIR MTL
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DEVENIR LE MONDE QUE NOUS HABITONS (EXPO 67/17) C E N T R E M A I – 28 AV R I L A U 6 M A I
Plongez-vous dans l’univers de la mythique Expo 67 qui célèbre ses 50 ans cette année. Pour souligner cet anniversaire, les murs de la galerie du Centre MAI seront couverts d’œuvres, du plancher au plafond. Explorez le thème original de l’Exposition universelle «l’individu en tant que personne créatrice, exploratrice, productrice et pourvoyeuse de sa collectivité», qui sera repris pour l’occasion.
LA FOIRE PAPIER 2017 L’ A R S E N A L – 21 A U 23 AV R I L
Plus importante foire d’art contemporain au Québec, Papier, comme son nom l’indique, se consacre entièrement au papier et à son potentiel artistique. Pour son dixième anniversaire, la foire invitera 39 galeries canadiennes afin de mettre en valeur le dynamisme de la métropole. Une occasion pour les visiteurs d’échanger avec les professionnels du milieu des arts visuels.
DE L’AVANT COMME AVANT: LA SUITE A R T M Û R – J U S Q U ’ A U 29 AV R I L
Pour cette exposition, Simon Bilodeau redéfinit littéralement son travail précédent en s’adonnant à un processus de reconstruction, voire de destruction de son répertoire le plus récent. Travail exploratoire d’une facette méconnue de la vie d’artiste, soit le dilemme entre conserver ou détruire le travail précédemment exposé, cette exposition jette un regard nouveau sur l’œuvre de l’artiste.
PASSAGE À DÉCOUVERT G A L E R I E D E L’ U Q A M – 21 A U 29 AV R I L
Faites la découverte de la prochaine vague d’artistes qui feront leur entrée dans le milieu québécois avec cette exposition qui révélera le travail des finissants des programmes de l’École des arts visuels et médiatiques de l’UQAM. Observez leur travail et soyez témoin de leur passion, de leur engouement, de leur vivacité et de leur professionnalisme.
LOUIS BOUVIER C E N T R E D ’ A R T E T D E D I F F U S I O N C L A R K – J U S Q U ’ A U 15 AV R I L
Les œuvres de l’artiste montréalais Louis Bouvier, sortes de cadavre exquis visuel, sont composées par juxtaposition et proviennent à la fois de l’histoire et de la culture populaire, en plus d’être fortement imprégnées de la culture web. Le langage développé par l’artiste s’exprime dans cette exposition qui se tiendra dans la plus petite salle du centre Clark.
74 QUOI FAIRE VOIR MTL
VO2 #O4
O4 / 2O17
THE FATE OF THE FURIOUS E N S A L L E L E 14 AV R I L
Dans ce huitième opus de la saga Fast and Furious, la bande de criminels carburant à l’oxyde nitrique est au repos. Une femme mystérieuse convainc Dom de retourner vers une vie de truand et il devra trahir ceux qui sont devenus comme sa propre famille. Ces derniers tenteront de le ramener vers le droit chemin en empêchant une catastrophe mondiale.
BORN IN CHINA E N S A L L E L E 2 1 AV R I L
Ce film documentaire plonge dans les recoins inexplorés de la nature sauvage de Chine. Transportant le public dans des environnements extrêmes, Born in China suit trois familles animales et capture certains des moments les plus intimes jamais vus dans un documentaire animalier. Une mère panda et son nouveau-né, un rhinopithèque de deux ans et une mère once veillant sur ses deux petits sont au centre du documentaire.
CINÉMA
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GIFTED
GOING IN STYLE
E N S A L L E L E 1 2 AV R I L
E N S A L L E L E 7 AV R I L
Frank Adler est un homme seul qui élève une véritable enfant prodige, sa nièce, dans un village côtier de Floride. Alors qu’il souhaite une vie normale pour la jeune Mary, la grand-mère de l’enfant découvre ses dons stupéfiants pour les mathématiques et décide qu’elle devrait être intégrée à un programme pour jeunes génies, ce qui la séparera de Frank. S’ensuit un combat entre mère et fils pour décider de l’avenir de l’enfant.
Ce remake du film de 1979 met en scène trois hommes âgés vivant de chèque en chèque sur l’assistance sociale, devant même à l’occasion manger de la nourriture à chien pour survivre. Décidant qu’ils en ont assez, ils organisent un vol de banque pour se renflouer les poches. Seul problème, aucun d’eux n’a jamais même touché à un fusil. Un commentaire social sur la vieillesse en Amérique, et jusqu’où l’on peut être poussé lorsqu’on est acculé au mur.
VOIR DU PAYS E N S A L L E L E 1 4 AV R I L
Aurore et Marine sont deux jeunes militaires françaises ayant eu à combattre en Afghanistan. Peu après leur retour au pays, l’armée les envoie dans un luxueux hôtel de Chypre, au beau milieu des vacanciers, pour ce qu’elle appelle un sas de décompression. Les femmes réaliseront rapidement que l’on ne se sauve pas de la violence aussi facilement.
THE CIRCLE E N S A L L E L E 2 8 AV R I L
Une jeune employée d’une compagnie de technologies escalade rapidement les rangs de l’entreprise et se retrouve dans une position délicate lorsqu’elle atteint les hautes sphères du management. Les décisions qu’elle prendra alors influeront sur la vie privée, la sécurité et la liberté de l’humanité entière.
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DÈS LE 20 AVRIL
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