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Rapport d'activité 2024 | l'Orchestre de Chambre de Genève

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Sommaire

Mot du président et du secrétaire général

L’OCG en quelques chiffres

La musique pour toutes et tous

1. Action culturelle

2. Concerts de soirée

3. Compositrice en résidence

4. Concert de Noël

5. Concerts pour les familles

6. Projets exceptionnels

7. Music Pass

8. L’Orchestre de tout le canton

9. Prix de l’OCG

10. Collaborations

11. Concerts Ville de Genève

Une institution pour toutes et tous

12. Communication

13. Le Personnel

14. La Fondation

15. Situation financière

Remerciements

Jetez-vous à l’eau !

Telle était, pour la saison 24/25, l’invitation faite au public. Une proposition à prendre si l’on voulait littéralement : le BFM, où l’orchestre se produit régulièrement, est au milieu d’un fleuve qui est aussi, en aval, lieu de baignade. Mais c’était surtout une invitation joyeuse à se lancer dans l’inconnu, à partir à la découverte de quelque chose qu’on ne connaîtrait pas encore.

La thématique aquatique, source d’inspiration pour tant de compositrices et compositeurs, se faisait aussi l’écho d’une préoccupation contemporaine : les enjeux écologiques ont parmi leurs thématiques centrales l’eau, son usage, sa présence, son accès.

Proposition donc à la fois ludique, à la fois sérieuse, autant injonction jubilatoire qu’écho à des questionnements de notre monde, de notre temps. Dans cette pluralité, dans cette diversité l’Orchestre de Chambre de Genève s’incarne, et se reconnaît.

Mot du président et du secrétaire général

250’000.

Ce sera sans doute le chiffre que l’on retiendra, en 2024, pour l’Orchestre de Chambre de Genève. Un chiffre ne dit bien sûr pas tout. La carte n’est pas le territoire.

Un chiffre ne peut s’incarner, ne peut dire tout ce qu’il y a d’humain qui le sous-tend, le nourrit. Mais il peut en être le symbole.

250’000, c’est le nombre de personnes qui auront, en 2024, assisté à une prestation de l’Orchestre de Chambre de Genève.

Dans les salles de concerts et de spectacles, dans la rue, dans les parcs, dans les écoles, dans les supermarchés, sur l’eau. À Genève, que ce soit au centre-ville ou dans les communes du canton. En Suisse, à l’international.

250’000, c’est donc le symbole de l’envie qu’à l’orchestre de se déployer pour le public, pour les publics, d’aller à sa rencontre, de leur proposer une expérience musicale.

Celle-ci peut prendre une myriade de formes : concerts en plein effectif, jouant les compositrices et compositeurs de notre temps ou des siècles passés. Mais aussi en format de musique de chambre ou à géométrie variable, à l’opéra, en ciné-concerts, en collaboration avec d’autres expressions artistiques ou d’autres styles musicaux.

Et bien sûr dans le foisonnement des propositions de participation culturelle que l’orchestre met en place.

250’000, c’est donc le symbole d’une volonté d’incarnation, d’une envie d’utilité, de pertinence. D’un projet citoyen. Non pour imposer une vision, mais bien plutôt pour offrir un champ des possibles : celui de l’émotion musicale, intrinsèquement ouverte à toutes et tous.

Bonne lecture !

Romain Jordan

Président du Conseil de fondation

Frédéric Steinbrüchel

Secrétaire général

L’OCG en quelques chiffres

Activités

85 représentations

9 concerts de soirée

7 concerts famille, 3 scolaires

11 productions propres

8 co-productions

12 concerts hors GE (Paris, Annecy, Lyon, Fribourg, Yverdon, etc.)

12 concerts dans les communes genevoises

3 concerts pour les chorales

3 concerts dans les supermarchés

17 ventes de concerts

249’531 spectateur-rice-s

45 collaborations

ABA

Aéroport de Genève

Ambassade de Suisse à Paris asH!

les Athénéennes

Bonlieu Scène nationale Annecy

Auguri Productions

Cappella Mediterranea

Cantus Laetus de Genève

Cercle Bach de Genève

Choeur de Pontverre

Cinq7

Comédie de Genève

Comité international de la Croix-Rouge

Concours de Genève

Conservatoire de musique de Genève

Conservatoire populaire

Diabolo Festival

Ecole des musiques actuelles

Eklekto

Espace 2

Faites Genève

Festival les Arcs la Fodac

Golden Flute Classic

Grand Théâtre de Genève

HEM

Institut Florimont

Institut Jaques-Dalcroze

La Cité Bleue Genève

Le Lyrique

Le Motet de Genève

Léman Bouquet Festival

Migros Pour-cent culturel

Le Motet

Planète Rouge

Post Tenebras Rock

Présence Suisse

Société des Concerts de Fribourg

le Spoutnik

Théâtre des Champs-Elysées

Théâtre de l’Echandole

Théâtre Forum Meyrin

Théâtre du Jorat

le Zoo

264 employés/RH

1 directeur artistique

36 musiciens (fixes)

202 musicien·ne·s temporaires

12 personnes administratif (fixes)

13 personnes admin./techniques temporaires

Finances

Autofinancement — 39%

Billeterie 5%

Recettes de collaboration 11%

Partenaires, dons et autres recettes 23%

Subventions

Etat & Ville de Genève 61%

Frais de fonctionnement

Frais de fonctionnement (y.c. salaires admin.) 21%

Charges de concerts (y.c. salaires musicien·ne·s) 79%

La musique pour toutes et tous

1. Action culturelle

2. Concerts de soirée

3. Compositrice en résidence

4. Concert de Noël

5. Concerts pour les familles

6. Projets exceptionnels

7. Music Pass

8. L’Orchestre de tout le canton

9. Prix de l’OCG

10. Collaborations

11. Concerts Ville de Genève

1. Action culturelle

L’action culturelle ne constitue pas un des pans d’activité de l’orchestre : c’est, simplement, sa raison d’être. Agir, et agir de manière culturelle. Chercher à le faire, avec ambition et humilité, pour toutes et tous. Pour tous les publics. Dans cette prétention échouer, mais, comme disait Beckett : échouer mieux. Repenser les modèles, les dispositifs. Interroger nos habitudes, nos a priori, nos biais, nos réflexes. Accepter aussi que parfois, il n’est pas utile de tout changer. La simplicité réside également dans ce qui déjà fonctionne.

En 2024, l’orchestre se sera déployé au travers de 12 dispositifs réguliers, mis en place à travers l’année. Il a pour ce faire renforcé son équipe de participation culturelle (cf. chapitre 13). En sus de ces dispositifs, 8 mesures d’accès ont été proposées par l’orchestre. L’ensemble de ces dispositifs et mesures vise un seul but : la mise en œuvre — riche, diversifiée, cohérente  de l’engagement de l’orchestre pour une ouverture de la musique à tous les publics.

Samedis magiques

L’orchestre a proposé une véritable saison de concerts familles, que ce soit en 23/24 ou 24/25, avec 4 programmes donnés chacun deux 2 fois durant la saison, soit 8 rendezvous musicaux pour petit·e·s et grand·e·s durant l’année.

Mercredis à croquer

Nouvellement proposés depuis 2024, ces ateliers-concerts combinent ateliers culinaires participatifs et concerts en petit format pour les enfants dès 7 ans.

Chantons dans les supermarchés

En partenariat avec Migros Genève, ce dispositif démarré en 2024 invite les utilisateur·rice·s et les employé·e·s des supermarchés à chanter au sein d’un chœur, accompagné·e·s par des musicien·ne·s de l’orchestre, qui se produit dans les Migros du canton.

Partenariat ABA

l’Association pour le Bien des Aveugles et des malvoyants et l’OCG se sont associés pour donner un concert dans le noir et sensibiliser le public aux enjeux de la malvoyance et de la cécité.

L’IJD ouvre le bal

Durant la saison 24/25, les élèves de l’Institut Jaques-Dalcroze ont été invité e s à se produire en avant-concert dans le foyer du BFM lors des concerts d’abonnement.

160’000 oreilles

L’orchestre continue sa mesure d’accès à tou·te·s les élèves du DIP, et leur famille, gratuitement aux concerts. Ces invitations comprennent une mesure de médiation avant le début du concert.

↑ Atelier de cuivres au Caré, novembre 2024

← Chantons dans les supermarchés à la Migros de Versoix, 12 octobre 2024

↓ Concert du projet Sésame au Théâtre Forum Meyrin, 28 novembre 2024

Générales ouvertes

Depuis septembre 2024, toutes les répétitions générales accueillent des classes du DIP qui sont accompagnées dans leur découverte de l’orchestre.

Partageons la musique

Depuis 2024, l’orchestre a ouvert une nouvelle mesure d’accès pour les publics en situation de précarité ou de handicap aux concerts d’abonnements et concerts famille.

L’orchestre de tout le canton

Des actions de médiation dans les écoles et des concerts dans les communes permettent à l’orchestre d’apporter la musique sur l’ensemble du territoire genevois.

Ateliers Le Caré

En 2024, l’orchestre a formé un ensemble de cuivres avec les bénéficiaires de ce lieu de vie pour personnes précarisées.

Projet Sésame

Cette mesure pour le dialogue et l’intégration interculturelle au travers de la musique s’est déployée en partenariat avec la Ville de Meyrin en 2024. Elle est reconduite en 2025.

Ateliers en famille

L’orchestre a créé des ateliers de découvertes musicales et artistiques qui suivent les représentations de l’après-midi lors des Samedis magiques.

Mesures d’accès

Les 8 mesures d’accès proposées par l’orchestre en 2024 sont :

• Gratuité pour les élèves de la CEGM

• Participation au dispositif Relax

• Carte 20ans20francs

• Partenariat avec les activités culturelles de l’Université

• Partenariat avec l’AVIVO

• Partenariat avec l’Université Populaire

• Chéquier culture

• music pass (cf. chapitre 7)

2. Concerts de soirée

Les concerts de soirée constituent l’un des temps forts de l’activité de l’orchestre. Ils offrent au public la possibilité de découvrir un large répertoire et des artistes d’envergure dans un format qui a été remanié depuis 2022 et continue d’évoluer depuis.

L’année 2024 a vu huit concerts de soirée produits : cinq pour la saison 2023/24 et trois en automne, pour la saison 2024/25. C’est-à-dire à cheval entre la première et la deuxième saison de Raphaël Merlin à la tête de l’orchestre. À la fougue de la première aura répondu la densité, la matière prégnante de la seconde. Il y a là une pensée musicale qui fait corps, fait sens, s’incarne.

Ainsi, le premier concert dirigé par Raphaël en 2024, le 30 janvier, accueillait une pianiste à la personnalité forte, affirmée, rayonnante : Gabriela Monter o. Le programme, bâti autour de Mozart et de Ginastera, s’est bien sûr enrichi des improvisations dont elle a le secret. Sa fougue, son exubérance, sa générosité ont ravi le public.Le deuxième concert de soirée de l’année, le 7 mars, également au BFM, proposait lui un voyage plus intérieur. Sous la baguette de la cheffe Débora Waldman, la violoniste Sayaka Shoji traçait de son son profond et riche les contours sinueux du Concerto de Schumann. C’était aussi l’occasion de découvrir la Symphonie n°1 de Louise Farrenc, grande compositrice du 19e siècle injustement oubliée, comme bon nombre de ses contemporaines.

La Soirée 5 de la saison 23/24 — correspondant au 3 ème concert de soirée sur l’année 2024 — constituait un événement à double titre : d’une part, elle voyait la présence formidable du violoncelliste Nicolas Altstaedt dans le monument de Prokofiev pour son instrument, la Symphonie concertante À cette oeuvre d’envergure répondait la lumineuse Symphonie pastorale de Beethoven. Mais cette soirée était aussi l’occasion du lancement de saison 24/25 de l’orchestre, dans le foyer du BFM. La soirée s’est enrichie d’un après-concert haut en couleur, lui aussi dans le foyer du bâtiment : les musicien ne s de l’orchestre ont offert au public ravi un after festif et musical, auquel Nicolas Altstaedt, avec la simplicité et la générosité qui caractérisent cet immense artiste, s’est joint tout naturellement.

Le mardi 14 mai, c’est la cheffe Holly Choe, artiste en résidence de l’orchestre, qui offrait un programme autour d’une autre compositrice oubliée — et de son frère qui, lui, est resté dans la lumière : Fanny et Felix Mendelssohn. Tissant des liens musicaux fructueux entre les oeuvres de ces deux artistes presque jumeaux et de leurs inspirations (Bach, Beethoven), Holly Choe remettait sur un pied d’égalité justifié la figure de Fanny avec celle de Felix.

Enfin, le dernier concert de la saison 24/25, le 18 juin 2024, a dû composer avec un des aléas du spectacle vivant : l’indisposition d’un e artiste. Matthias Goerne, souffrant, a ainsi été remplacé au pied levé par le baryton Stephan Genz, dont la sensibilité et l’expertise du Lied ont ravi le public. Matthias Goerne a été reprogrammé pour l’ouverture de saison 25/26 — plus qu’un remplacement, c’est donc un embellissement inattendu de sa programmation que l’orchestre, et le public, ont eu la chance de se voir offrir.

Holly Choe en répétition générale avec l’orchestre au BFM, le 14 mai 2024 →

Les trois concerts de la saison suivante sur 2024 ont fait montre de l’étendue des talents de chef et de programmateur de Raphaël Merlin. Ainsi le premier, le 8 octobre 2025, voyait la présence de son ami et pianiste jazz de génie Brad Mehldau. Dans un concert à guichets fermés, celui-ci a présenté, en première suisse, ses Variations mélancoliques pour piano et orchestre, que Raphaël a serties de — quoi d’autre? — La Malincolia de Beethoven et les Variations sur un thème de Haydn de Brahms. Le deuxième concert, le 4 novembre, était intitulé In the Dark, mais il mettait en exergue un musicien atteint de surdité : Gabriel Fauré. En compagnie de l’Ensemble Vocal de Lausanne, l’orchestre livrait une version épurée comme un joyau de son Requiem, auquel faisait écho des pièces de Ives et de Saint-Saëns. Le concert était donné dans la pénombre pour magnifier l’écoute mais aussi pour sensibiliser le public aux notions de malvoyance et de handicap, en partenariat avec l’Association pour le Bien des Aveugles et des malvoyants, à laquelle la soirée était dédiée. Une manière éloquente de rappeler que le handicap ne devrait jamais être un frein à quelque activité ou aspiration, mais aussi que les personnes qui vivent avec celui-ci ont une expérience du monde certes différente mais toute aussi riche, puissante — et dont les « bien-portants » pourraient, avec humilité, curiosité et bienveillance, s’inspirer.

Enfin, le dernier concert de soirée en 2024 proposait un retour au répertoire pur de l’orchestre de chambre, dans l’une des oeuvres centrale de celui qui est la figure fondatrice de la première école de Vienne : Joseph Haydn. Ses Sept dernières paroles du Christ en croix proposent une liturgie sans paroles à l’ascèse boulversante : rien de superflu, rien d’ostentatoire, une musique naissant du silence pour, sans hâte, y retourner. En première partie, la compositrice en résidence de l’orchestre, Charlotte Bray, était mise en exergue dans sa pièce Forsaken, dont les sonorités éthérées, tour à tour âpres ou lumineuses, préludaient avec à-propos la prosodie de Haydn.

Comme énoncé au Chapitre 1, l’orchestre ne conçoit pas ses concerts de soirée comme détachés de l’action culturelle qu’il met en place. Bien plutôt, ceux-ci en font intégralement partie. Aussi, si un soin tout particulier est bien évidemment apporté à la programmation et aux artistes invité·e·s, une attention toute aussi forte est accordée à l’expérience proposée au public, en termes d’accès, de pertinence, d’ouverture, de convivialité. Pour que le concert soit un moment vivant, accueillant, chaleureux. Ainsi, les prises de paroles se font naturellement durant le concert, pour éclairer un aspect d’une oeuvre ou dialoguer avec le public. Après celui-ci, les musicien·ne·s de l’orchestre, les chef·fe·s et solistes retrouvent le public dans le foyer, pour échanger autour d’un verre. Depuis la saison 24/25, l’orchestre a aussi remanié ses avant-concerts, pour proposer au public la possibilité de se restaurer autour d’une table unique, dont les menus sont assurés par un R de famille, le restaurant d’insertion de la Fondation 022 Familles, acteur social et solidaire de Genève.

← Raphaël Merlin lors de Musiques en été 2024, le 15 juillet.

3. Compositrice en résidence

Nul besoin d’être statisticien·ne pour constater que la musique classique n’a pas, à travers les siècles, accordé une considération aux femmes qui soit meilleure que celles que d’autres formes d’art leur ont réservé. Non pas que les compositrices n’aient pas existé, n’aient pas créé : mais leurs oeuvres ont été ignorées, leur parcours barré, leur statut d’artiste minimisé, décrié ou interdit.

Durant l’année 2024, fidèle à ses valeurs, l’orchestre a eu à coeur de participer à corriger ce regard borgne sur la création artistique des siècles passés. En témoigne la programmation d’oeuvres de Louise Farrenc mais aussi le concert consacré à Fanny Mendelssohn. Pour autant, il est important que le biais qui violente l’héritage culturel des siècles passés ne soit pas reproduit. Le domaine actuel de la composition bénéficie — on s’en doute bien — d’un nombre impressionnant de compositrices de grand talent. Il semble plus que justifié de mettre en exergue cette réalité.

Cette volonté a été l’une des premières mesures proposées par Raphaël Merlin à son arrivée, et c’est ainsi que Charlotte Bray, lauréate du Royal Philharmonic Society Composition Prize en 2010 déjà, a accepté d’être compositrice en résidence à l’orchestre pour trois saisons, dès 23/24.

L’orchestre a eu la joie en 2024 de donner, le 10 décembre en première suisse, sa pièce Forsaken, une oeuvre en six mouvements qui explore la physicalité des glaciers, leur nature à la fois stable et fragile. Cette oeuvre s’inspire des oeuvres en pastel de Zaria Forman et des visites que la compositrice a faites au Groenland en 2016.

C’est aussi, bien sûr, une ode inquiète et sensible à la nature, aux bouleversements qu’elle subit, et un cri d’alarme — particulièrement dans le dernier des six mouvements, intitulé Hear my voice — face au boulversement climatique et son impact destructeur sur le monde naturel.

Charlotte Bray, compositrice en résidence 2023-2026 →

4. Concert de Noël

Le concert de Noël est, selon une tradition bien ancrée à l’OCG, un moment qui se veut festif, humoristique, poétique ou jubilatoire — mais dans tous les cas un moment suspendu hors du temps, et éloigné des chemins usuels du répertoire classique. Après l’humour déjanté de Igudesman & Joo en 2023, l’orchestre a accueilli, en 2025, une des voix les plus singulières du paysage musical français : Jeanne Added. Forte de ses influences éclectiques — du jazz à l’électro en passant par le classique et la soul — qu’elle a su réunir dans un monde musical qui est entièrement le sien, cette artiste doublement récompensée aux Victoires de la musique en 2019 a posé ses valises à Genève le temps d’un concert au Victoria Hall le 26 novembre 2024.

Sensational symphony, le titre de ce concert, était bien sûr une référence à son album Be Sensational, succès immense, ici donné en mode orchestral. Mais aussi une invitation à entrer par un autre biais dans son monde sensible et poétique, tour à tour onirique, puissant, fragile, acide, envoûtant.

Un concert unique — seule date en Suisse de ce projet — avec une artiste elle aussi unique. Le temps s’en est trouvé comme suspendu. Une standing ovation a couronné ce concert, par un public ému d’avoir pu prendre part à ce voyage musical singulier.

← L’orchestre sur scène au Victoria Hall avec Jeanne Added pour le concert de Noël, 26 novembre 2024

5. Concerts pour les familles

La programmation à destination des enfants et des familles n’est pas seulement l’occasion de s’adresser à une génération en devenir : elle constitue l’un des axes principaux de l’orchestre, incarnant une des manières de mettre en oeuvre sa volonté d’ouvrir au maximum — aux grand·e·s comme aux petit·e·s  les portes de la musique.

Ces programmes sont choisis avec un soin particulier, où la notion d’émerveillement prend tout son sens : la musique a cette capacité à réveiller, faire renaître, l’enfant en chacun·e de nous. Trois programmes ont été proposés durant l’année 2024 sur les samedis : un sur la saison 23/24 et deux sur la saison 24/25.

Chaque production est donnée deux fois dans la journée, la plupart proposant également des concerts scolaires en amont, à destination des élèves du DIP. La saison 24/25 a par ailleurs vu le nombre des productions pour enfants données le samedi doubler (quatre productions plutôt que deux) et être réunies sous le titre - apte - de « Samedis magiques ».

En parallèle, la saison 24/25 a inauguré une nouvelle série, les « Mercredis à croquer » (trois par saison), une occasion de combiner un atelier gustatif avec un concert, le mercredi après-midi, aux 6 toits.

Les productions du samedi ont eu lieu, en 2024, le 10 février, le 14 septembre et le 16 novembre. Extrêmement populaires —  les quatre concerts des deux productions d’automne se sont donnés à guichets fermés —  ces productions ont proposé tour à tour le Chat du rabbin et le Grand méchant renard en cinéconcert, et vu le retour à l’OCG de Gaëtan pour un Pierre et le loup combiné au plus belles chansons de l’artiste, arrangées de main de maître par le deuxième basson de l’orchestre Ludovic Thirvaudey. L’orchestre a voulu, par ailleurs, également enrichir et prolonger ces moments privilégiés en proposant aux enfants des ateliers ludiques et créatifs après le concert de 16h. Ce nouveau dispositif, mis en place depuis la saison 24/25, propose trois ateliers : la méthode O Passo, la cabane à rêve et le collage surréaliste.

Le premier invite à bouger, le second à rêver (c’est logique) et le troisième à la création visuelle décalée. Tous sont un moyen de prolonger le moment du concert, en offrant aux enfants la possibilité de devenir eux-mêmes acteurs et actrices du processus d’expression créative.

Le « Mercredi à croquer » de 2024 a pris place, quant à lui, le 11 décembre, soit de facto le mercredi de l’escalade. Le thème culinaire était donc tout trouvé... non, ce n’était pas le chocolat! Mais bien plutôt les légumes. Intitulé « À la soupe », les enfants ont pu apprendre à construire des instruments à base de légumes (si, si) avant d’entendre les maîtres en la matière, le Vegetable Orchestra de Vienne, donner un concert avec des instruments faits exclusivement de la même manière. Une soupe conviviale a réuni artistes, enfants et parents conquis à la fin du spectacle.

Le Chat du rabbin de Joann Sfar mis en musique par Marc-Olivier Dupin, donné le 10 février 2024 à la salle Frank-Martin →

6. Projets exceptionnels

Les concerts et projets exceptionnels expriment une qualité essentielle de l’orchestre : celle de sortir des sentiers battus, pour emprunter des chemins de traverses féconds ou partir à l’aventure. Ces chemins, l’orchestre s’y engouffre volontiers au travers de modalités singulières, qu’il s’agisse de lieux inhabituels ou mêlant différentes formes artistiques : affirmer sa volonté de pertinence, c’est aussi imaginer d’autres formes de concert, d’autres manières fructueuses de se présenter et d’interagir avec le public. En 2024, l’orchestre a connu un foisonnement de projets exceptionnels sans précédent, que ce soit par leur diversité ou leur envergure.

Tous les citer semble vain tant ce foisonnement a été fécond. On retiendra, en premier lieu, sa participation aux festivités de Genève Genève dans le cadre de l’opéra lacustre « Eléments », production hors normes qui a vu la création d’un son et lumière ambitieux et jubilatoire, sur le lac et devant la plage des Eaux-Vives, combinant musique classique et électronique, pyrotechnie, vols de drones, jets d’eau et lasers. Cette production époustouflante aura marqué durablement les esprits et jouit d’une retentissement certain, que ce soit au travers des 200’000 personnes qui y auront assisté tout comme de la presse qui s’est fait l’écho de ce pari et de cette réussite.L’orchestre a participé non seulement aux représentations mais, de manière active, à la création musicale qui a été la pierre angulaire de tout le spectacle.

D’autres productions ont mis en avant le rôle d’ambassadeur culturel de Genève de l’orchestre. Ainsi, l’OCG a donné à guichets fermés le concert de clôture du programme culturel de Présence Suisse le 8 septembre à l’Ambassade de Suisse à Paris. Un moment musicalement fort, symboliquement marquant. C’est également à Paris que l’orchestre s’est produit, en tout début d’année (10 janvier), au Théâtre des Champs-Elysées, dans une production de théâtre musical réunissant Marina Viotti et l’actrice Judith Chemla autour de la musique de Kurt Weil et des textes de l’activiste turque des droits humains et de la femme Asli Erdogan.

Enthousiaste à faire se rencontrer les formes musicales, l’orchestre a aus si mis sur pied une collaboration inédite avec la hip-hopeuse valaisanne et championne du monde de freestyle KT Gorique. Ce concert donné au BFM le 27 septembre sous la direction de la cheffe Nandigua Bayarbaatar a également fait l’objet d’une représentation scolaire pour le secondaire I dans une atmosphère électrique et jouissive : preuve que la musique touche tous les âges, et tous les publics.

Un autre projet d’envergure a occupé l’orchestre tout au long de l’année 2024 : la création d’un spectacle avec le chanteur Dominique A, en collaboration avec la Comédie de Genève. Lors de trois représentations (26, 27 et 28 mars) affichant complet dans ce lieu, le chanteur et l’orchestre ont enchanté le public.

Dominique A et l’orchestre à la Comédie de Genève, le 26 mars 2024 →

L’artise XXXX qui se présente sur la scène du BFM pour le XXXXXX

Le spectacle a été repris le 13 juin au Théâtre du Jorat, puis à l’automne, à l’Auditorium de Lyon et enfin, en apothéose, à la Philharmonie de Paris. Affichant complet de nombreuses semaines avant la date du concert, celui-ci aura marqué les esprits. Le projet a également fait l’objet d’un enregistrement dans le cadre d’un double album de Dominique A, sorti en automne 2024 et salué par la critique. D’autres chemins de traverse, encore plus originaux, auront ponctué la vie de l’orchestre. Sur un mandat confié à l’euphoniumiste Hélène Escriva, c’est à un événment spatio-musical de 12 heures que le public a été convié à L’Usine, en collaboration avec deux structures résidentes du lieu, le Zoo et le cinéma le Spoutnik. Incorporant un acousmonium — soit un dispositif constitué d’une forêt d’haut-parleurs, un light show, des costumes photosensibles et une musique-fiction en six épisodes du compositeur Nicolas Worms dirigée par la cheffe Glass Marcano, ce projet complètement déjanté a fait exploser le cadre déjà largement élargi par l’orchestre de la prestation musicale usuelle. D’autres prestations ont également mis en avant les valeurs de partage, d’ouverture et de transmission de l’orchestre. Ainsi le projet Sésame, dont l’orchestre s’est fait le porteur depuis 2020, a trouvé une nouvelle incarnation à Meyrin, en collaboration avec les autorités de la Commune. Ce dispositif vise à valoriser la richesse des cultures musicales non-occidentales, et surtout, celles et ceux qui les pratiquent. Au travers d’ateliers sont initiées des rencontres tant musicales qu’humaines entre musicien·ne·s de l’OCG et personnes issues de la migration. Forte d’une multitude de cultures, la Ville de Meyrin a demandé à l’orchestre d’imaginer un projet qui puisse mettre en valeur la diversité et la richesse musicale de ses habitant·e·s. Au travers d’une dizaine d’ateliers répartis durant l’année, un projet collaboratif a émergé, qui a pu donner lieu à deux concerts, un lors de Meyrin les Bains en juillet puis un concert au Théâtre Forum le 28 novembre.

L’orchestre a été aussi particulièrement ému, et honoré, d’être sollicité pour donner un concert du projet Sésame lors de la 34ème conférence internationale du Mouvement Croix-Rouge et Croissant-Rouge le 28 octobre, devant plus de 2’000 délégué·e·s venu·e·s du monde entier. Jamais la capacité puissante de la musique à rassembler n’aura trouvé de contexte plus pertinent, ou plus juste.

Fidèle à ses valeurs de transmission, l’orchestre s’est aussi produit dans le cadre de la saison culturelle de l’Institut Florimont, le 15 octobre. Bien plus qu’une simple prestation musicale, c’est un dispositif participatif qui a été imaginé pour et avec les élèves de l’école, au travers de la percussion et du chant. Faire de la musique, et la faire ensemble : la vision inclusive de la culture que défend l’orchestre était à nouveau, de manière éloquente, incarnée.

Enfin, continuant sa tradition de dresser des « portraits d’artistes » sous forme de diptyques, l’OCG a retrouvé avec bonheur son artiste en résidence Gábor Takács-Nagy pour explorer la personnalité musicale du pianiste Lucas Debargue, d’une part dans le Concerto en Sol de Ravel le 23 mai au Victoria Hall, précédé deux jours avant d’un récital solo du pianiste à la Salle Franz Liszt autour de Fauré, Beethoven et Chopin.

← KT Gorique en action au BFM, 27 septembre 2024

7. Music Pass

Le music pass est un dispositif d’accès unifié aux concerts d’une dizaine d’institutions musicales genevoises, tout style confondu — soit, très littéralement, du baroque au rock. Pour la somme modique de CHF 99, chaque détentrice·eur peut accéder, durant 12 mois, à 20 concerts de son choix tels que proposés par les structures musicales participatrices. Le but est aussi évident qu’avoué : faire tomber les barrières entre styles de musique, favoriser la curiosité et, de là, la participation culturelle.

Ce dispositif a été lancé conjointement par l’orchestre et sept autres structures (AMR, cave12, Contrechamps, Eklekto, Gli Angeli Genève, PTR et l’OCG) en 2021. Bénéficiant initialement d’un soutien du Canton de Genève, il est depuis 2023 entièrement autofinancé.

Le succès de la mesure et ses valeurs d’ouverture ont convaincu d’autres structures à rejoindre le dispositif. Ainsi, au 31 décembre 2024, c’est 12 structures qui sont parties prenantes : les sept fondatrices ainsi que le Point Favre, l’Ensemble Variante, Lied & Mélodie, la Cité Bleue et le Lemanic Modern Ensemble. Celles-ci ont proposé, dans leur ensemble, 215 concerts pour les usager ère s du music pass durant l’année 2024 : un véritable écosystème musical, accessible grâce à un seul sésame.

L’organisation du dispositif est confiée à une association, où chaque structure participe à pied d’égalité. La gestion de l’association et du dispositif est la responsabilité d’une administratrice, qui assume l’entièreté des fonctions et des responsabilités y relatives. Elle a été nommée dans le cadre du partenariat que l’orchestre mène avec l’association Yojoa, qui oeuvre pour l’inclusion professionnelle de personnes issues de la migration.

Le music pass, le sésame pour découvrir toutes les musiques à Genève →

8. L’Orchestre de tout le canton

Sortir de la salle de concert, mais pas seulement : sortir de son périmètre d’action usuel pour aller à la rencontre de celles et ceux plus éloigné·e·s du centre-ville, dans une démarche proactive de proximité. C’est le principe du dispositif « l’Orchestre de tout le Canton », inauguré en 2023 grâce au soutien de cinq communes et de l’Association des Communes Genevoises.

Depuis 2024, ce dispositif et ses incarnations sont intégralement financées par l’orchestre et les communes qui coconstruisent avec lui chacune des itérations du projet. Il ne s’agit en effet pas de dupliquer sans réfléchir une formule. Plutôt, de concevoir, dans chaque cas, un projet spécifique qui soit pertinent.

Le projet Sésame, incarné durant toute l’année à Meyrin (cf. chapitre 6), a ainsi fait partie de ce dispositif. Celui-ci a trouvé, en 2024, d’autres implantations : à Chêne-Bougeries tout d’abord (14 janvier et 17 mars), pour deux concerts tout public en format de musique de chambre. À Onex ensuite (21 avril), pour un spectacle intitulé Mozart de rire ! et qui a fait l’objet d’un concert public et d’une représentation scolaire. À Bernex le 2 juin, pour un concert en plein air, tout comme à Plan-les-Ouates le 10 juillet, pour un concert au parc. À ChêneBougeries à nouveau le 15 septembre, puis à Troinex le 17 octobre, où le concert a été enrichi, dans un souci de transmission, par des interventions directement dans les salles de classes pour présenter les instruments, la musique, l’orchestre : c’est dans ce contact privilégié avec les enfants que peut naître l’étincelle, la sensibilité à la musique. Un concert à la bougie le 6 décembre à Collex-Bossy a conclu, pour 2024, la mise en œuvre de ce dispositif.

Ce déploiement à travers le territoire cantonal, l’orchestre entend le poursuivre, et l’étendre, dans les années à venir : la démarche proactive consistant à aller à la rencontre du public correspond à une volonté forte de l’OCG de pouvoir permettre l’accès à la culture dans tous les contextes, et dans tous les lieux.

← Concert de musique de chambre à la Salle Jean-Jacques Gautier, Chêne-Bougeries, 15 septembre 2024

9. Prix de l’OCG

Favoriser la diversité du public, c’est forcément favoriser celle sur la scène : impossible d’avoir un public diversifié si, en miroir, le plateau ne l’est pas non plus. Diversité artistique bien sûr ; mais aussi d’âge, de genre, d’origine. Parce que la beauté d’un art patrimonial – la musique classique en est un – est justement qu’il appartient à toutes et tous. Les concerts de l’orchestre tels que décrits dans le présent rapport font état de sa volonté d’œuvrer dans ce sens : effort perfectible, à développer, à amplifier encore, à raffiner également.

Mais un constat était trop flagrant pour être ignoré : le nombre de cheffes d’orchestre dans le monde reste une portion infime de leurs collègues masculins. 6 % n’est pas une proportion acceptable. Agir semblait donc nécessaire. L’OCG s’engage bien sûr pour favoriser la présence de cheffes sur son podium. Il s’agit cependant aussi d’accélérer l’accès d’étudiantes en direction d’orchestre à la profession, et créer un éclairage soutenu et pérenne sur cette thématique.

Pour ce faire, l’orchestre a mis sur pied depuis 2023, dans le cadre de son partenariat fécond avec la Haute école de musique de Genève – Neuchâtel, un « Prix de l’Orchestre de Chambre de Genève », décernable à une étudiante en Master de direction d’orchestre de la HEM lors des examens pratiques de fin de cursus.

Outre son attribution formelle qui met en exergue le talent d’une cheffe en devenir, ce Prix consiste en un engagement pour diriger l’OCG en plein effectif dans un des concerts de l’orchestre.

C’est ainsi qu’en 2024, l’orchestre a pu avec joie remettre son Prix à Célia Cano. Célia Cano participera à la saison 25/26 de l’orchestre où elle dirigera une œuvre de la compositrice anglaise Ethel Smyth. Judith Baubérot, lauréate du Prix 2023, s’est produite avec l’OCG lors du concert d’ouverture de la saison 24/25, et continue à collaborer régulièrement avec l’orchestre.

Célia Cano, lauréate 2024 du Prix de l’OCG →

10. Collaborations

Collaborer, c’est s’enrichir à la mesure de ce qu’on donne ; c’est mettre en commun pour mieux faire fructifier. Autant dire que l’orchestre voit dans la collaboration non pas un appauvrissement de son identité, mais bien plutôt une opportunité de rendre plus beau, plus pertinent, plus riche. Nombre des projets exceptionnels de l’orchestre (cf. Chapitre 6) possèdent d’ailleurs une dimension collaborative marquée ; de même, l’OCG goûte à l’idée de s’intégrer dans un dispositif plus large, à jouer le rôle de partie prenante ou de soutien.

La dynamique des 6 toits, lieu actuel de répétition de l’orchestre, relève évidemment de cette nature, puisqu’il est conjointement porté et géré par Contrechamps, le Conservatoire populaire, Eklekto et l’OCG. Sis au sein de la Zone industrielle des Charmilles (ZIC), ce laboratoire des arts vivants existe d’ailleurs au sein d’un écosystème lui aussi collaboratif, fait d’artisan·e·s, d’associations, de différents corps de métier.

Un autre aspect du travail collaboratif ancré dans l’ADN de l’orchestre est celui mené avec les différents chœurs de Genève. La tradition chorale genevoise, particulièrement dans sa dimension amateure, est un élément important du dispositif de participation culturelle : chanter peut, et d’ailleurs devrait, être ouvert à toutes et tous. C’est une pratique particulièrement inclusive, rassembleuse, généreuse – autant qu’intergénérationnelle. L’orchestre a ainsi eu le bonheur de participer à des concerts avec les chœurs genevois à trois reprises en 2024 : avec le chœur de Pontverre le 31 mai, avec les chœurs du Cantus Laetus et du Cercle Bach le 10 novembre, et enfin avec le Motet le 4 décembre.

2024 a aussi été l’occasion de retrouver sur scène (ou plutôt dans la fosse) des ami·e·s cher·ère·s et proches de l’orchestre : la Cappella Mediterranea et son chef Leonardo García Alarcón. La mise en commun des deux forces orchestrales a permis la création d’un Idoménée de Mozart au Grand Théâtre de Genève (février–mars) d’anthologie. Mis en scène par Sidi Larbi Cherkaoui et avec une scénographie de Chiharu Shiota sublimée par les costumes de Yuima Nakazato, la production a été encensée par la critique, qui n’a pas tari d’éloges sur la réalisation musicale, que ce soit de l’orchestre ou des solistes d’exception qu’étaient Lea Desandre et Stanislas de Barbeyrac.

← Judith Chemla dans les 7 Péchés capitaux, Théâtre des Champs-Elysées, Paris, 10 janvier 2024

L’OCG a également, en 2024, retrouvé le Grand Théâtre de Genève sous une autre incarnation, celle de son ballet. Pour la deuxième édition d’Electrofaunes (15 et 16 mars), l’orchestre a ainsi collaboré avec les danseuses et danseurs de l’ensemble et le chef Marc Leroy-Calatayud, mais aussi le groupe genevois Tout Bleu mené par Simone Aubert (Prix suisse de musique 2024) et le collectif de création visuelle Z1 Studio. Une rencontre improbable dont l’orchestre a le secret.

Une autre collaboration qui tient à cœur à l’OCG est celle qui l’unit au festival Les Athénéennes. En 2024, l’orchestre s’est produit à deux reprises lors du festival : pour un ciné-concert mettant en valeur les extraordinaires Silly Symphonies de Walt Disney (2 juin), puis pour un concert purement orchestral autour de Mendelssohn, Fauré et Mahler (7 juin).

Enfin, l’orchestre a retrouvé une institution amie et partenaire de longue date à l’automne 2024 : le Concours de Genève. Dans le cadre de sa 78 ème édition, l’OCG, sous la direction de Pierre Bleuse, a participé au concours de composition, qui donnait pour sujet le concerto pour alto. Trois œuvres ont pu être ainsi créées avec l’orchestre, chacune porteuse de son identité et de son univers artistique propre.

Leonardo García-Alarcón dirige l’orchestre et la Cappella Mediterranea dans la fosse du Grand Théâtre, 16 février 2024 →

11. Concerts Ville de Genève

La Ville de Genève n’est pas seulement un des subventionneur principaux de l’orchestre : c’est aussi un acteur culturel à part entière, avec sa propre programmation, ses propres manifestations d’envergure. L’OCG participe à trois de ses dispositifs : la Fête de la Musique, Musiques en été et les Concerts du Dimanche. Il s’agit, dans chacun des cas, de s’intégrer dans un dispositif où les notions d’ouverture et d’accès sont particulièrement marquées : autant dire des vecteurs de démocratisation culturelle auxquels l’orchestre s’associe avec bonheur.

C’est d’ailleurs dans le cadre du concert de la Fête de la Musique, le 22 juin, que l’orchestre a retrouvé celui qui aura marqué son histoire et rythmé son quotidien durant neuf ans : le chef néerlandais Arie van Beek. L’orchestre a repris pour l’occasion une production mythique du compositeur genevois Frank Martin, créée en 1943 et rarement donnée depuis : Totentanz zu Basel. Incorporant un trio jazz, 4 clarinettes, 6 saxophones, des cuivres, un orchestre à cordes, un choeur d’enfants et des tambours... de Bâle (évidemment), cette partition hors-normes a inauguré un nouveau lieu de la Fête de la Musique, la cour du Palais de Justice.

Pour Musiques en été (15 juillet), l’orchestre a eu la joie de retrouver la soprano Pretty Yende, qui a conquis le public dans un véritable festival d’airs d’opéras, de Rossini à Haendel en passant par... Gershwin et Duke Ellington. Ce concert a par ailleurs été l’occasion, pour l’orchestre, de se produire le jour d’avant au Festival les Arcs.

Enfin, les hasards du calendrier ont fait que le concert 24/25 de la saison des Concerts du Dimanche a eu lieu le 16 février 2025, et celui de la saison précédente en 2023 : aussi l’OCG ne s’est pas produit, dans ce contexte, au Victoria Hall cette année. Il a par contre eu la joie de redonner la production de 2023, mêlant musique et danse hip-hop, le 27 janvier 2024 à Bonlieu Scène nationale Annecy.

Pretty Yende en concert avec l’orchestre à la Scène Ella Fitzgerald, 15 juillet 2024 →

Une institution pour toutes et tous

12. Communication

13. Le personnel

14. La fondation

15. Situation financière

12. Communication

La force de travail de l’OCG dédiée à la communication et à la billetterie est d’1.65 équivalents temps plein, correspondant de manière pérenne à un poste à 90% (Responsable communication et presse) et un poste à 75% (Responsable de la communication numérique).

Afin d’optimiser les tâches, le premier poste a été remanié pour incorporer la presse tout en ouvrant un poste de billetterie séparé (cf. chapitre 13). Le poste relatif à la communication numérique a pu être augmenté en février 2024, afin de renforcer, respectivement développer, la présence sur Facebook, Instagram, LinkedIn et TikTok. Cet aspect de la communication paraît essentiel, dans un contexte où les nouvelles générations, en particulier celles plus éloignées de la musique classique, sont peu sensibles aux supports traditionnels (affiches, flyers, etc.) : favoriser la participation culturelle, c’est aussi réfléchir à comment toucher des publics d’une manière qui soit pertinente pour ceux-ci.

Les prestations de l’OCG continuent d’autre part à être diffusées sur Léman Bleu, partenaire de longue date de l’orchestre, et, de manière ponctuelle, par Espace 2 de la RTS.

La ligne graphique et l’iconographie contemporaines de l’orchestre, fortes et affirmées, se retrouvent tant de la communication digitale que sur les supports print. Elles font volontiers appel, de manière décalée, à l’imaginaire et l’humour. À nouveau, la stratégie vise à non seulement informer mais surtout à transmettre une image de la musique classique déchargée de ses stéréotypes habituels : une autre manière de faire tomber des barrières, changer les idées préconçues, et interpeller celles et ceux qui ne se sentiraient pas légitimes — non pas relativement à la musique classique mais, bien plutôt, à cause de ses codes — et leur proposer un autre message.

13. Le personnel

L’OCG se positionne comme l’une des structures culturelles genevoises les plus importantes en termes d’emplois fixes. Ainsi, ce sont quarante-neuf collaborateur·rice·s permanent·e·s qui en forment le noyau, au bénéfice de contrats à durée indéterminée

Les conditions d’emploi des musicien·ne·s (trente-sept employé·e·s) sont réglées par une CCT (convention collective de travail) spécifique à l’OCG, signée en 2015 entre l’USDAM (Union Suisse des Artistes Musiciens), la Fondation de l’Orchestre de Chambre de Genève et les représentant·e·s des musicien·ne·s, et renouvelée en 2019.

Les conditions d’emploi du personnel administratif et technique (treize collaborateur·rice·s totalisant un équivalent de 8.5 équivalents temps pleins) sont fixées par un règlement spécifique, dont l’actualisation a été finalisée au 1er janvier 2024.

Les musicien·ne·s

Fin 2024, l’orchestre dénombre 36 musicien·ne·s permanent·e·s, soit un poste à repourvoir pour l’effectif complet et statutaire de 37 musicien·ne·s. Un concours d’orchestre est prévu à ce titre en 2025. L’année 2024 a vu le renouvellement de 4 postes de musicien·ne·s titulaires. En surcroît d’activité (renforcement de l’effectif ou emplois non fournis par l’effectif statutaire), comblement de postes vacants ou remplacements pour accident ou maladie, l’orchestre a employé 202 musicien·ne·s temporaires sur l’année.

L’orchestre dénombre 58% d’hommes et 42% de femmes dans son effectif permanent. On rappellera de manière liminaire que les modalités de recrutement sur concours (1er et 2ème tour derrière paravent) anonymisent le/la candidat·e au moment du recrutement. De plus, le turnover est particulièrement faible, caractéristique propre à l’ensemble des orchestres permanents.

La rémunération orchestrale, un des problèmes historiques de l’orchestre, a vu une amélioration pour la première fois en 2024 grâce à l’augmentation du subventionnement (cf. Chapitre 15) : les annuités prévues dans la CCT depuis 2015 ont pu — pour la première fois — être versées, augmentant enfin le salaire base de CHF 2’800/mois, qui constitue une rémunération largement en-dessous d’un seuil permettant de vivre de son activité.

L’administration

L’administration regroupe au 31 décembre 2024 8.5 équivalents temps-pleins pour 12 postes. La diversité des tâches et la complexité des productions requiert une polyvalence très poussée de la part des collaborateur·rice·s, dans une équipe où chacun·e, à lui ou elle tout·e seul·e, regroupe plusieurs domaines de compétences. Le travail en orchestre requiert une capacité d’anticipation, de réactivité et de disponibilité particulièrement élevée, à plus forte raison dans une équipe de taille réduite par rapport à l’activité déployée.

L’obtention d’un soutien plus conséquent de la part des collectivités publiques (cf. ci-dessous) a permis de renforcer certains postes, notamment dans le domaine de la participation culturelle. Etant donné l’orientation majeure de l’institution sur cette thématique, il était nécessaire de pouvoir renforcer ce pôle d’activité central aux missions de l’orchestre.

Afin d’optimiser l’efficience organisationnelle, l’organisation des tâches a également été, à l’interne, remaniée. Ainsi les fonctions de communication et presse ont été regroupée, afin de dégager un ETP plus conséquent pour le rôle de recherche de fonds et mécénat.

La billetterie, dont l’organisation temporelle est inverse à celle de bibliothécariat, ont pu être regroupés au sein du même poste, dans une logique de maximisation d’efficience au sein d’un cadre budgétaire contraint. Cette volonté caractérise bien l’état d’esprit de l’équipe en place, et sa capacité à déployer pour le public une activité culturelle impressionnante avec des moyens financiers définis. Dans ce contexte, l’enjeu de la surcharge de travail reste un point d’attention.

← Maxime Tomba, corniste à l’orchestre, en action avec ses collègues lors de «Mozart de rire !», un spectacle qu’il a imaginé pour les Spectacles onésiens, 21 avril 2024

14. La fondation

Le Conseil de fondation

Au 31 décembre 2024, le Conseil de fondation de l’OCG compte 14 membres et un président d’honneur.

Ces membres sont :

Romain Jordan — président

Nancy Rieben — vice-présidente

Micheline Calmy-Rey — trésorière

Katia Baltera-Clerc

Myriam Fehr-Alaoui

Bénédict Foëx

Antoine Khairallah

Christine Maitre

Blaise Matthey

Sidonie Morvan

Isabelle Müller

Frédéric Naville

Bertrand Reich

Ina Stumpe-Douffiagues

Georges Schürch — président d’honneur

Fondation de l’orchestre de chambre (FOCG)

15. Situation financière

Comptes financiers 2024

Le compte d’exploitation fait apparaître un résultat 2024 à l’équilibre. Le total des charges s’établit à CHF 5’836’073. La ligne budgétaire liée aux musicien·ne·s a augmenté de 43%, conséquence logique — et bienvenue — de la revalorisation de leur salaire (cf. chapitre 13). Du côté des produits, les revenus des concerts se montent à CHF 998’822 (+27%). Ceux dégagés par le mécénat, le sponsoring et les partenariats que l’orchestre met en place se chiffrent à CHF 1’237’345 (+0,6%). Les fonds propres de l’orchestre se situent à CHF 2’068, soit 0,04% de son chiffre d’affaires. Il s’agit là d’une source identifiée de risque systémique.

Apports des collectivités publiques

Les subventions des collectivités publiques ont augmenté en 2024 : d’une part, la subvention annuelle de la Ville de Genève est passée à CHF 2’351’720. D’autre part, la Ville a également accordé à l’orchestre une subvention ponctuelle de CHF 310’000. Enfin, le Canton de Genève a accordé une subvention annuelle à l’orchestre, de CHF 800’000. Prises dans leur ensemble, ces augmentations ont permis pour la première fois la revalorisation de la rémunération des musiciennes et musiciens, qui se situait historiquement à CHF 2’800/mois base, ainsi que le renforcement des activités de participation culturelle.

Apports des activités propres et des soutiens privés

Les produits propres regroupent la vente de concerts, la billetterie, la participation financière de nos partenaires, les annonceurs et les enregistrements. Le total s’élève à CHF 998’822 + CHF 1’237’345 = CHF 2’236’167 (2023 : CHF 1’958’712, soit +14%). Le tableau ci-contre en donne le détail.

Fondation de L’Orchestre de Chambre de Genève (FOCG), Genève

Compte d’exploitation de l’exercice 2024 2024 (CHF)

CHARGES

Charges des concerts

Charges directes des concerts (1’590’575)

Salaires des musicien·ne·s (3’043’982) (4’634’557)

Charges de fonctionnement

Charges de personnel administratif (893’331)

Charges administratives d’exploitation (277’748)

Amortissements (30’437) (1’201’516)

TOTAL DES CHARGES (5’836’073)

PRODUITS

Revenus propres et produits divers Billetterie 303’446

Ventes de concerts 641’786

Enregistrement radio 5’420

Autres produits 48’170 998’822

Mécénats et partenaires

Dons – partenaires 1’059’430

Dons affectés aux concerts/évènements spécifiques 177’915

Total des mécénats et partenaires 1’237’345

Subventions et aides financières

Subvention Ville de Genève pour :

• Réalisation activités 2’351’720

• Soutien développement activités 310’000

• Salles répétition 36’000

• Soutien évènements/concerts spécifiques 42’000

Subvention Etat de Genève pour :

• Réalisation activités 800’000

• Soutien concerts/évènements spécifiques 30’000 3’569’720

TOTAL DES PRODUITS 5’805’887

Produits financiers 1’000

Charges financières (2’904) (1’904)

Produits exceptionnels et hors période 11’127

Charges exceptionnelles et hors période (7’917) 3’210

Attribution (produits des fonds) 0

Utilisation (charges des fonds) 28’800 28’800

RÉSULTAT DE L’EXERCICE 0

Remerciements

C’est chaleureusement que nous souhaitons de remercier toutes les institutions qui ont soutenu l’OCG pendant l’année 2024, soit :

Les institutions publiques

La Ville de Genève, et en particulier le Département de la culture et de la transition numérique et le Service de la culture, la République et Canton de Genève, et en particulier le Département de la cohésion sociale et l’Office Cantonal de la Culture et des Sports, le Département de l’instruction publique, de la formation et de la jeunesse et le Service Écoles, Sport, Art et Citoyenneté (SESAC), la Ville de Meyrin, la Commune de Chêne-Bougeries, la Commune de Plan-les-Ouates, la Ville d’Onex, la Commune de Bernex, la Commune de Troinex et la Commune de Collex-Bossy.

Nos donateurs et sponsors

La Loterie Romande, la Fondation genevoise de bienfaisance Valeria Rossi di Montelera, la Banque Gonet, Lenz & Staehelin, LITASCO SA, la Dr. Silvain Brunschwig-Stiftung, Mme et M. Caroline et François Reyl, Mme et M. Françoise et Guy Demole, la Société Gustav Mahler de Genève, le Club du Lundi, la Fondation Ersnt Göhner, Genève Aéroport, l’Association des Amis de l’OCG, ainsi que d’autres fondations souhaitant garder l’anonymat dont l’apport a été particulièrement déterminant.

Nos partenaires

Nos partenaires de saison et billetterie : un R de famille, Manotel, Unireso, Victoria Hall, Bâtiment des Forces Motrices, Le Lyrique, Les 6 toits, Salle Frank-Martin, Alumni UNIGE, AVIVO, Université Populaire et le music pass, ainsi que l’ensemble de nos cinquante-cinq partenaires artistiques durant l’année 2024.

Nos partenaires médias

La Tribune de Genève, la RTS, Léman Bleu, Le Temps.

Nos remerciements s’adressent également aux musicien·ne·s de l’OCG, au personnel administratif et technique, aux membres du Conseil de fondation, entièrement bénévoles, et, bien sûr, au public.

Crédit photo :

Glenn Michel Raphaëlle Müller

Alexandre Favez Carole Parodi

Magali Dougados David Wagnière

Grégory Maillot Christian Lutz

Cyprien Tollet Sébastien Moritz

Victoria May

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