Frauenliebe und Leben
ADELBERT VON CHAMISSO – TRADUCTION DE MAX PIQUEPÉ
Depuis que je l’ai vu
Depuis que je l’ai vu, J’ai l’impression d’être aveugle.
Où que je regarde, Je ne vois que lui.
Comme dans un rêve éveillé, Son image se dresse devant moi, Et, dans la plus profonde nuit, Elle surgit encore plus brillante.
Tout est sans éclat et sans couleur
Autour de moi.
Les jeux de mes sœurs Ne m’intéressent plus. Je préfère pleurer
En silence, dans ma petite chambre.
Depuis que je l’ai vu, J’ai l’impression d’être aveugle.
Lui, le plus noble de tous
Lui, le plus noble de tous, Si tendre, si bon !
Lèvres pures, yeux limpides, Esprit clair et courage !
Comme dans les immensités bleues
Brille radieusement chaque étoile, Il brille dans mon ciel, Clair et noble, sublime et lointain ! Va, va ton chemin !
Je ne veux que contempler ton éclat, Que le contempler en toute humilité, Qu’être heureuse et triste !
Dédaigne mes prières silencieuses Qui ne veulent que ton bonheur.
Dédaigne-moi, qui ne suit rien, Ô étoile de splendeur !
Seule la plus méritante de toutes Doit être l’objet de ton choix, Et je bénirai l’élue Mille et mille fois.
Alors, je me réjouirai et pleurerai, Et je serai heureuse, heureuse ; Et si mon cœur doit se briser, Brise-toi, ô cœur, qu’importe !
Je ne puis le comprendre ni le croire
Je ne puis le comprendre ni le croire, Un rêve a dû me tromper ; Comment, parmi toutes, a-t-il pu me choisir, Moi, pauvre fille, et m’élever jusqu’à lui ?
Il me semble qu’il a dit :
« Je suis pour toujours à toi. » Il me semble – mais je rêve encore, Cela ne pourra jamais être.
Que je meure dans ce rêve, Bercée sur ta poitrine… Que je boive la mort heureuse
Dans les larmes d’une joie infinie !
Toi, bague que j’ai au doigt
Toi, bague que j’ai au doigt, Ma petite bague en or,
Je te presse dévotement sur mes lèvres
Et sur mon cœur.
J’étais arrivée au bout
Du beau rêve paisible de l’enfance, Je me trouvais seule, perdue, Dans un vide désolé, sans fin.
Alors, bague que j’ai au doigt, Tu m’as, la première,
Ouvert les yeux
Sur l’inépuisable valeur de la vie !
Je le servirai, vivrai pour lui,
Serai à lui tout entière,
Et, me donnant à lui, serai
Transfigurée par son rayonnement.
Toi, bague que j’ai au doigt,
Ma petite bague en or,
Je te presse dévotement sur mes lèvres
Et sur mon cœur.
Aidez-moi, ô sœurs amies
Aidez-moi, ô sœurs amies
À me bien parer
Servez-moi, aujourd’hui, dans mon bonheur.
Soigneusement, Ceignez mon front
De myrthe en fleurs.
Contente
Et le cœur joyeux, Je me blottissais dans les bras du bien-aimé, Mais lui,
Le cœur anxieux, Attendait impatiemment ce jour.
Aidez-moi mes sœurs, Aidez-moi à bannir
Cette angoisse absurde, Que je puisse l’accueillir
L’œil clair, Lui, source de toute joie ! Es-tu, mon bien-aimé, Venu à moi ?
Me donnes-tu, soleil, ton éclat ?
Avec dévotion
Avec humilité, Je m’incline devant mon maître. Répandez des fleurs, Ô sœurs, devant lui,
Apportez-lui des roses en bouton.
Mais vous, sœurs,
Je vous salue avec peine, Même si je quitte joyeusement votre compagnie.
Doux ami, tu me regardes
Doux ami, tu me regardes,
Surpris.
Tu ne peux comprendre
Pourquoi je pleure.
Laisse les inhabituelles
Perles de larmes
Trembler joyeusement
Dans mes yeux.
Mon cœur est si anxieux
Et pourtant si joyeux !
Que ne puis-je m’exprimer
Avec des mots !
Viens, pose ta tête
Sur mon sein,
Je vais te murmurer
À l’oreille toute ma joie.
Comprends-tu à présent
Les larmes que je verse ?
Ne devrais-tu pas les voir,
Mon bien-aimé ?
Reste sur mon cœur,
Sens-le battre,
Que je te serre fort,
Plus fort, contre moi !
À côté de mon lit,
Il y a place pour le berceau
Qui cachera mon tendre rêve.
Et quand, au matin,
Le rêve s’éveillera,
C’est ton image, du berceau, Qui me sourira.
Sur mon cœur, sur mon sein
Sur mon cœur, sur mon sein,
Toi, ma joie ! toi, ma félicité !
Le bonheur est l’amour, l’amour est le bonheur,
Je l’ai dit et je ne m’en dédis pas.
Je me croyais comblée,
Mais ne connais qu’aujourd’hui la vraie joie.
Seule celle qui soigne aime
L’enfant qu’elle nourrit,
Seule une mère sait
Ce qui s’appelle amour et bonheur. Oh, comme je plains l’homme Qui ne peut connaître les joies de la maternité !
Toi, mon cher, très cher ange, Tu me regardes et tu souris !
Sur mon cœur, sur mon sein, Toi, ma joie ! toi, ma félicité !
Pour la première fois tu m’as fait mal
Pour la première fois tu m’as fait mal, Très mal.
Tu dors, homme cruel et sans pitié, Du sommeil de la mort.
La délaissée regarde autour d’elle, Le monde est vide.
J’ai aimé et vécu,
Je ne suis plus vivante.
Je me retire en moi-même,
Le voile tombe.
Là, je t’ai encore, avec mon bonheur perdu,
Toi, mon univers !