#6 Enchantement, 17.02.2026, La Gazette du concert | l'Orchestre de Chambre de Genève
LA GAZETTE DU CONCERT
17.02.26 – 20h
BFM
Découvrez en page centrale la nouvelle photo des musicien·ne·s de l’OCG réalisée par le photographe genevois Fred Merz de l’Agence Lundi13
Raphaël Merlin direction
Pierre Fouchenneret violon
Anne-Laure Hulin soprano
István Horváth ténor
Attila Mokus baryton
Ensemble Aedes
Marion Ralincourt illustrations
Le pitch du maestro
Majestueux, farouche, emblème de la vie sauvage et forestière, le cerf a inspiré Mendelssohn et Bartók : chez l’un, porte-parole liturgique, chez l’autre, symbole de l’homme affranchi de sa condition.
Dialogue entre romantisme allemand et modernisme hongrois, entre sacré et profane, mais aussi entre art vocal et instrumental et entre l’auditif et le visuel, cette soirée (qui réunit autour de l’OCG un chœur, des voix solistes, un violoniste et des dessins inédits) est un dialogue entre Mendelssohn, mélodiste universel et limpide, et Bartók, maître d’un contrepoint
aux ramifications fantastiques. La forêt n’est pas le seul théâtre de la métamorphose, elle est le berceau de l’humain, être de spiritualité à l’essence animale. À l’entame du Psaume 42, le cerf « réclame de l’eau fraîche », besoin viscéral et vital ; peut-être Bartók exalte-t-il, dans sa Cantata Profana – sa propre adaptation d’un conte traditionnel magyar – notre besoin à toutes et tous de liberté et de musique.
— Raphaël Merlin Directeur musical
MERCREDI 18 JEUDI 19
VENDREDI 20
AUJOURD’HUI, NOUS FÊTONS LES ALEXIS ET SES VARIANTES
SIGNE DU ZODIAQUE : VERSEAU
LE 17 FÉV EST LA JOURNÉE INTERNATIONALE DU PANGOLIN
DICTON DU JOUR
«
À LA SAINT-SYLVAIN,
FROID OU CHAUD, METS LES DERNIERS ARBRES DANS LE TRAU. »
Dans les coulisses de Matthieu Siegrist
1ER COR SOLO DE L’OCG
La Cantata Profana raconte une métamorphose irréversible. Est-ce qu’il y a une œuvre, ou un moment musical qui t’a transformé de façon définitive ?
Oui : Pour mon 19e Noël, mes parents m’ont offert la 6e Symphonie de Mahler avec Pierre Boulez et le Wiener Philharmoniker, et je me souviens de la première fois que j’ai entendu ces premières notes martelées et ces sonorités incroyables, cela m’a vraiment marqué et cette symphonie m’a toujours suivi depuis dans mes moments de joie mais aussi et surtout dans les moments plus difficiles. Si tu devais décrire ton rapport à la nature en une image sonore… laquelle choisirais-tu ?
Le début de la 6e Symphonie de Beethoven, bien sûr ! La Cantata Profana nous dit que la vie sauvage est « trop belle, trop pure » pour revenir au monde des hommes. Tu y crois vraiment… ou c’est une idée très romantique pour éviter les réunions ?
Pour moi, les deux sont liés et sont interdépendants : notre seule solution est de trouver un équilibre respectueux des deux parties, il y a encore du travail ! Tu as l’air très sérieux sur scène. Est-ce un choix esthétique… ou une stratégie pour que les gens n’entendent pas tes pensées pendant les silences ?
J’avoue que je ne me suis jamais posé la question, ce n’est vraiment pas un choix mais simplement une conséquence d’une grande concentration et d’une mise en condition d’écoute et d’interprétation. Selon toi, est-ce que l’enchantement naît de la musique elle-même… ou de l’état dans lequel on accepte de l’écouter ?
Je pense que ce sont les chef d’œuvre qui permettent de nous transporter, car parfois, il arrive que l’on entende quelques notes sans y être préparé, comme à la radio, et cela peut nous faire voyager, rêver ou pleurer... Dans la Cantata Profana, le cor tient parfois le rôle de soliste et parfois celui de masse; comment trouves-tu l’équilibre pour rester présent sans surplomber le chœur ou l’orchestre ?
En ouvrant ses oreilles en grand : c’est un peu le travail de chaque musicien d’orchestre, ne pas écouter uniquement sa propre partie mais également le mélange des sons, le subtil alliage des différents timbres et nuances des différents instruments. Le chef d’orchestre a également son rôle en tempérant les moments trop affirmés ou en encourageant les lignes trop timides.
Considéré comme « l’un des meilleurs chœurs de France » ( Le Figaro), capable de « tout faire, chanter et jouer à la perfection » (Le Monde), Aedes figure parmi les grands ensembles européens, acclamé pour la justesse et l’intensité de ses interprétations.
Fondé en 2005 par Mathieu Romano, l’ensemble à dix-sept voix a forgé sous sa direction une sonorité unique, à la fois précise, charnelle et puissante, d’une vibrante énergie qui va droit au cœur.
De la renaissance à la création contemporaine, en passant par des incursions dans d’autres univers, Aedes aime surprendre, inventer, brouiller les frontières : la danse, le théâtre, les arts visuels se mêlent au chant, ouvrant sans cesse de nouveaux horizons.
Invité des plus grandes scènes françaises et européennes, Aedes est également le partenaire d’orchestres prestigieux dans l’interprétation des chefs-d’œuvre
du répertoire choral. Sa riche discographie, essentiellement consacrée à la musique des XXe et XXIe siècles, est récompensée de nombreux prix.
Au cours de la saison 25-26, Aedes célèbre ses 20 ans d’existence autour de deux projets phares : la sortie de l’intégrale des œuvres a cappella de Francis Poulenc (Aparté) et une vaste tournée de son programme « Résonances » qui retrace vingt années d’une aventure chorale hors du commun.
Marion Ralincourt
FLÛTISTE ET ILLUSTRATRICE
Lorsque Raphaël Merlin m’a proposé d’illustrer la Cantate Profane, j’ai très vite entrevu une nature prodigieuse, profuse et prolifique, à laquelle l’histoire elle-même ordonnait d’adjoindre un brin de magie. Cette addition de la magie à la nature m’a ouvert les portes d’un monde i-magie-naire dans lequel les arbres roses côtoient les lianes multicolores et les fleurs flamboyantes. Comme les neuf garçons chassant dans cette inextricable forêt infinie, j’ai cherché mon chemin et navigué entre l’extrême concision du récit et les enjeux émotionnels intenses qu’il contient, cependant : on se perd, on perd forme humaine, on perd espoir, on perd le père ou bien ses enfants… mais les perd-on vraiment ?
On jongle entre le triste monde terre à terre d’un tendre tandem, et le monde mirifique d’une nature merveilleuse qui phagocyte ses enfants pour mieux les assimiler. Pour dessiner ce conte initiatique j’ai choisi des personnages intemporels, presque surnaturels, quasiment elfiques, dont les cheveux sont déjà bois qui seront branches de cette forêt qui enserre (les chaumières, les humains) et métamorphose (en cerfs).
Les trophées sont nature morte qui reprend vie, la forêt une entité vivante qui enliane, éloigne, mais révèle aussi.
Marion Ralincourt partage son temps entre la musique (elle est flûtiste solo de l’orchestre les Siècles depuis 2013) et les arts plastiques (illustrations, création de tapis contemporains touffetés à la main).
Recette –
LA RECETTE DE PIERRE FOUCHENNERET
« Pas une recette, mais un menu ! Celui de ma grand-mère paternelle, en Bourgogne. »
Composition du menu
Apéro
Des gougères légères et aériennes à l’apéritif.
Soupe
Une soupe de légumes du jardin, simple, mais pleine de goût.
Viande
Un filet de bœuf, sauce madère, grand classique du dimanche.
Fromage
Un Époisses bien fait (ce hasard délicieux : c’est aussi le fromage préféré de ma femme et de mes filles).
En dessert
Un « nègre en chemise » ce nom d’un autre temps, pour un gâteau au chocolat fondant, recouvert de crème anglaise.
Boisson
Évidemment on n’oublie pas de respirer les fonds de verres de Pommard ou de Monthelie qui accompagnait ces festins.
La brève
l’OCG a son nouvel alto ! Jean-Philippe Morel rejoint les bancs de l’OCG après s’être démarqué lors du concours d’alto le 2 décembre 2025. Altiste confirmé et passionné de musique de chambre, Jean-Phillipe joue notamment aux côtés de l’Orchestre des Pays de Savoie, de la Camerata du Léman et de l’Orchestre Symphonique de Bienne Soleure.
Le hors-scène de Pierre Fouchenneret
Quelle est la première œuvre musicale que vous avez vraiment écoutée ?
Je me souviens d’un disque Naxos avec La Vallée d’Obermann et La Sonate de Liszt par Jeno Jando. Grand pianiste hongrois. J’écoutais ce disque encore et encore, sans pouvoir en sortir, comme absorbé par un paysage intérieur que je découvrais pour la première fois.
Il y avait aussi cette cassette dans mon walkman : le quatuor Via Nova jouant Ravel et Debussy, en dévalant les pistes enneigées du Seignus d’Allos, la station de mon enfance… fermée aujourd’hui, avalée par le réchauffement. Quel serait le conseil que vous vous donneriez ?
Continue à faire les choses avec intégrité, entouré d’amis, de rêves, de projets qui rassemblent, ça finit par marcher. Pas besoin de se tordre, ni artistiquement, ni humainement. Mais n’oublie jamais que tu n’es pas arrivé. Si tu commences à le croire, retourne jouer du Bach. Tu comprendras vite que le chemin est encore très long, et que tu es à peine sorti de la maison.
Et puis, si tu te perds un peu, pense à ce que dit Raphaël Merlin : « joue du violon ! ». Ça nous fait rire à chaque fois, mais c’est peut-être le meilleur conseil du monde. Karim Benzema racontait que Zidane lui disait simplement : « Joue au foot ». Voilà. Tout est là. Un livre que vous aimeriez lire à haute voix ?
J’aimerais offrir un clin d’œil à mon amie Audrey Vigoureux, directrice du festival des Athénéennes à Genève et ma collègue au sein de la HEM de Genève-Neuchâtel. En
2022, elle a publié un premier recueil de poèmes intitulé Apnée surveillée. Ces trente poèmes sont drôles, décalés, parfois loufoques, mais toujours profonds et admirablement bien tournés. Avec elle, la musique des mots se fait jeu, exploration, ritournelle, et toujours émotion. Son écriture pousse l’absurde à flirter avec la beauté, la dérision à se fondre dans la poésie : un recueil bien vivant, qui fait sourire, surprend, émeut. Lire Apnée surveillée à voix haute, ce serait inviter ce subtil déséquilibre entre sérieux et fantaisie, cette respiration suspendue entre deux mondes, musical et verbal, que cultive Audrey.
Quelle est la promenade que vous pourriez faire tous les jours ?
Entre Beaulieu et Saint-Jean-Cap-Ferrat.
Un chemin qui longe la mer Méditerranée, entre les pins et les rochers, avec toujours cette lumière du Sud, d’un bleu unique. Je suis de la région, alors c’est un peu comme rentrer à la maison, chaque détour a le goût de l’enfance. Je pourrais la faire tous les jours sans jamais m’en lasser. Quel lieu est-il le plus propice à éveiller votre imaginaire ?
La montagne, sans hésiter. La neige surtout, cette matière suspendue, presque irréelle.
Si vous deviez vivre avec trois œuvres uniquement, quelles seraient-elles ?
Le Quatuor Opus 131 de Beethoven. Les quatuors étaient le cœur de sa vie, son dernier mot, son obsession. Celui-là en particulier est un monde en soi : forme, parcours tonal, architecture, tout y est poussé à l’extrême. Et puis cette humanité… une variété de sentiments hallucinante, presque trop grande pour nous. Je viens d’ailleurs jouer l’intégrale des quatuors à Genève, aux Salons, en avril 2026. Une aventure de six jours. Le Quatuor de Fauré, pour son calme, sa lumière intérieure. C’est un compositeur que je porte en moi. J’ai eu la chance d’enregistrer toute sa musique de chambre, en partie avec Raphaël Merlin. C’est mon compositeur de cœur. Et Bach. Les Sonates et Partitas pour violon seul. J’enregistre ce cycle à l’été 2026, au festival de La Chaise-Dieu. C’est un sommet, un Everest. Une route sans fin, comme celle que j’évoquais plus tôt. Et puis Bartók… comment ne pas l’intégrer ? Une musique cosmique, primitive et futuriste à la fois. Mais bon… il faut bien s’arrêter quelque part. Alors je garde le silence.
Où le silence vous est-il le plus cher ?
Le vrai silence n’existe pas. Même dans une pièce entièrement insonorisée, le corps continue de produire du son. Mais ce qui m’intéresse, c’est la manière dont le silence est utilisé dans l’art. Ce moment sans son devient alors un outil, une matière vivante. Il peut créer l’émotion, provoquer une attente, une rupture, un calme, une suspension infinie. La musique naît du silence, y retourne, et entre les deux, le silence est là aussi. C’est dans cette tension, entre le rien et le presque rien, que le silence me touche le plus Mais au fait, c’est quoi le silence ?
Le silence, c’est en haut de la montagne.
Découvrez notre podcast
Monde sonore – Saison 2
ÉPISODE #2 DEVENIR FORÊT
Dans cet épisode, on plonge dans la magie discrète du papier : silencieux comme l’arbre qu’il a été, il semble partager un pouvoir végétal mystérieux, celui de communiquer à distance.
On remonte alors au moment où la musique ne s’écrivait pas, où elle ne se transmettait que d’un corps à un autre, où toutes les traditions musicales étaient inscrites dans des corps vivants, et on chemine à travers le temps jusqu’au moment où, avec le développement de la notation musicale, les compositeurs trouvent dans le papier un partenaire nouveau : un support qui non seulement conserve leurs idées, mais semble aussi en suggérer de nouvelles.
Invitation à tendre l’oreille, à prendre le temps d’écrire, à reconnaitre toutes les facettes du don immense du papier.
À retrouver sur locg.ch/explorer
Réalisé par Sassoun Arapian
Produit par l'Orchestre de Chambre de Genève
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Prochains rendez-vous
L’Orchestre cherche et trouve autour du monde
Concert illustré en live
SA 7 MAR 2026 – À 11H ET À 14H30
Salle Frank-Martin
PROCHAIN CONCERT À L’ABO
#7 Le Prophète
Marc Leroy-Calatayud direction
Marina Viotti mezzo-soprano
John Osborn baryton
ME 25 MAR 2026 – 19h
Bâtiment des Forces Motrices
Présentation de saison 26-27
Suivi du concert #9 Jardins féériques
LU 27 AVR 2026 – À 18H30
Bâtiment des Forces Motrices
IMPRESSUM
Jane Carton, conception
TWKS et Andréa Uldry, mise en page
Imprimerie Chapuis, impression
Partenaires
L'Orchestre de Chambre de Genève remercie chaleureusement l'ensemble de ses partenaires pour leur confiance, leur soutien et leur précieuse collaboration.
Interprète de premier ordre, Anne-Laure s’impose sur les scènes internationales par une présence soliste remarquée. Sa maîtrise de la création contemporaine l’a menée à incarner la partie de soprano solo dans les exigeantes Aventures et Nouvelles Aventures de Ligeti, une production de prestige portée sur les scènes du Théâtre de l’Athénée, du Festival Présences ou encore du Palau de les Arts Reina Sofía de Valence. Cette expertise est nourrie par des collaborations d’exception, notamment lors d’une master-class de haute volée avec Barbara Hannigan à l’Opéra Comique.
Cette exigence se décline avec la même intensité dans le répertoire baroque, où elle s’illustre comme soliste auprès des ensembles les plus prestigieux au monde, tels que Pygmalion, Balthasar Neumann ou Correspondances.
Soliste accomplie, Anne-Laure collabore très tôt grâce à sa formation de maîtrisienne avec des phalanges d’élite telles que l’Orchestre Philharmonique de Radio France, l’Orchestre National de France et l’Orchestre de Paris, sous la direction de maestros comme D. Gatti, F-X. Roth, D. Harding ou P. Järvi.
La saison 2026 confirme son affinité pour le répertoire symphonique : elle sera notamment la soprano solo du Psaume 42 de Mendelssohn au Bâtiment des Forces Motrices de Genève, du Requiem de Brahms à la Salle Gaveau, de la Petite Messe Solennelle à Nancy et du Messie de Haendel au prestigieux Festival de Halle.
Sur la scène lyrique, elle a déjà incarné des rôles clés comme Pamina (La Flûte Enchantée), Adina (L’Elisir d’Amore), Eurydice (Orphée et Eurydice) ou encore Micaëla (Carmen).
Mathieu Romano travaille tout autant avec les voix qu’avec l’orchestre ; cette versatilité, cette connaissance intime de la voix, ainsi que la clarté de son geste et son écoute lui permettent d’être aussi familier sur une scène qu’en fosse d’opéra.
Personnalité en quête perpétuelle d’expériences nouvelles, son répertoire s’étend ainsi de la musique baroque jusqu’aux créations d’aujourd’hui. Il s’empare également régulièrement de projets transdisciplinaires : électronique en temps réel, ciné-concerts, théâtre musical, performances in-situ...
Ces dernières saisons, il a collaboré avec des orchestres et ensembles comme Les Siècles, l’Orchestre de Chambre de Paris, L’itinéraire, l’Orchestre National de Lille, le Yellow Socks orchestra, L’Orchestre National de Pays de la Loire, l’Orchestre de l’Opéra de Genova, l’orchestre symphonique de la Garde Républicaine, Les Frivolités Parisiennes, le Chœur de Radio France, le RIAS Kammerchor, le Netherlands Chamber choir.
Dans le domaine de l’opéra, il a entre autres dirigé Breaking the waves (Mazzoli) à l’Opéra-Comique, Don Giovanni (Mozart) au Théâtre des Champs-Élysées, et dirige cette saison Orphée aux enfers (Offenbach) au CNSMD de Paris et L’Arche de Noé (Britten), à l’Atelier Lyrique de Tourcoing avec Les Siècles.
Avec Aedes, dont il est fondateur et directeur artistique, il se produit dans les plus grandes saisons musicales. Cet ensemble et sa riche discographie sont saluées par le public et la critique.
Pour ses réalisations en tant qu’artiste, il est nommé Chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres en 2020.