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L'Officiel Hommes Paris P/E 2021

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L’ARTISTE

Belle ÉTOILE

Avec son caractère bien trempé et sa féline élégance, Germain Louvet est un danseur étoile obéissant à la singularité induite par son rang. Rencontre avec un jeune homme à suivre. Dans sa loge, des livrets de ballets, des livres d’art, des photographies d’amis, une magnifique affiche de la Scala de Milan, où il a dansé il y a quelques années. Une liseuse rehaussée d’un imposant coussin jaune, des pointes et tenues d’entraînement. Des peluches et autres objets mignons offerts par l’une des partenaires scéniques avec laquelle il a le plus joué,

Léonore Baulac. Des mini-Polaroid accrochés à un fil lumineux encadrant un miroir. Une petite figurine du prince Désiré, don d’une amie avant un concours, et qui lui portera chance. Voilà où nous avons mené notre conversation, après avoir traversé un dédale de couloirs habités par l’aura des étoiles passées par là, jeté un œil dans le sublime Foyer de la danse d’où nous guettent

Par SOPHIE ROSEMONT Réalisation LAURE AMBROISE Photographie JULES FAURE


Le monde de KAILAND

Entre sa récente collaboration arty avec Iceberg et ses divers projets mode, Kailand Morris, fils du grand Stevie Wonder, n’a pas fini de nous surprendre. Propos recueillis par SIMONE VERTUA Photographie DENNIS LEUPOLD Stylisme ORETTA CORBELLI


L’TALENT


FLOWER house Cet ancien marchand d’art passionné d’archéologie et d’histoire de l’art est aujourd’hui le fleuriste le plus artiste de la capitale. Rencontre avec Louis-Géraud Castor. Par LAURE AMBROISE Photographie JULES FAURE L’OFFICIEL HOMMES : Vous avez grandi, étudié et évolué dans le monde de l’art, et êtes devenu artiste. C’était votre destinée… LOUIS-GÉRAUD CASTOR : Je ne sais pas si c’est une question de destinée. Le monde de l’art est quelque chose de très important pour moi. J’ai du mal à me définir en tant qu’artiste, j’ai plus la sensation d’être artisan. Je ne sais pas dessiner, ce n’est pas un regret mais un manque pour concevoir des décors. Les fleurs sont donc mon moyen d’expression, et je reste très humble derrière leur beauté. Je construis à partir des fleurs, elles sont le sujet. Mais derrière chaque bouquet, il y a toujours un déroulé inconscient.

Quel est-il ? LGC : D’abord, il y a un travail qui se fait dans la couleur. J’aime cet impact visuel. En ce moment, à la mi-février, c’est la saison des renoncules, ce n’est pas ma fleur préférée, mais quand on regarde ces pastels, du rose au jaune en passant par le vert d’eau, il en émane une douceur qui nous allège en cette L’OH :

période compliquée. C’est pour cette raison que j’accorde autant d’importance à la saisonnalité. La situation m’a conforté dans ce que j’avais écrit au départ, mon désir d’amener du vivant, de la nature chez les gens, et non pas de leur proposer un bouquet de roses blanches industrielles qui ne vont pas se faner, mais mourir. De la même façon, lorsque je cherchais un objet, j’étais à la recherche d’une patine, d’une authenticité, du temps… L’OH :

Quels genres d’objets cherchiez-vous ?

LGC : Principalement des objets des arts décoratifs du début du xxe

siècle, période Jacques Doucet de 1917 à 1937. C’est un moment d’émulation incroyable qui a permis à de grands artistes d’inventer notre façon d’habiter. Ce fut l’explosion de Jean-Michel Frank et de son mobilier qui n’était pas voué à être du mobilier d’apparat. Et il y a eu tous ces artistes qui ont incorporé dans les usages, non pas ce qui était fait pour paraître, mais ce qui était fait pour être confortable. Ainsi est née cette idée du luxe pauvre.


L’ADRESSE


Les nouveaux SHOWMAKERS

S’ils ne sont pas bizuts dans leur domaine, loin de là, c’est aujourd’hui tout comme. Il y a un an, en catastrophe, petits et grands acteurs du luxe ont dû repenser de A à Z la façon d’appréhender les sacro-saintes fashion-weeks, théâtre de leur activité. Et quand on sait combien les défilés ont toujours été un concentré de socialisation, aujourd’hui à haut-risque, l’impératif de leur refonte totale a fait l’effet d’une bombe. Trois acteurs incontournables du secteur reviennent en exclusivité pour L’Officiel Hommes sur ce séisme sans précédent, et sur la stratégie mise en place pour s’y adapter. Et déjà préparer l’avenir. Par ANNE GAFFIÉ Le constat est sans appel, et les comptes vite fait : en un an, trois saisons, sept sessions et vingt-deux destinations (haute couture incluse), ces grand-messes ont vu leurs défilés en physique quasiment disparaitre, tombant les uns après les autres comme un château de cartes, souvent à la dernière minute, face aux contraintes sanitaires imposées par la pandémie mondiale de Covid-19. Pour les dernières sessions courant de mi-février à mi-mars, de New York à Londres et de Milan à Paris, on ne parlait déjà plus que de “digital only”, et c’est tout le secteur de l’industrie du luxe qui a dû une nouvelle fois composer avec de drastiques impératifs. Mais dire que ces semaines de la mode ont perdu tout leur sens serait bien mal en connaître les différents acteurs, œuvrant en coulisses à la renommée d’un secteur qui

repose en grande partie sur leur créativité sans limites ! Juste retour des choses, face à l’adversité, la nature humaine est pleine de surprises et la résistance s’organise. Sortie de zone de confort, remise en question, contournement du problème, système D… Imagination et innovation se sont révélées de formidables palliatifs à une catastrophe annoncée. Un paysage inédit s’installe, fait de nouveaux moyens d’expression, de nouveaux vecteurs de communication et surtout de nouveaux outils de production, car tous s’accordent à dire que s’il y a bien une chose dont on soit sûr face à l’inconnu c’est que la digitalisation des fashion weeks est bien en marche et que l’on ne reviendra plus jamais en arrière. À un paradoxe près, et il a son importance : le défilé “d’antan” n’est pas mort pour autant.


Photo DR

L’OVERVIEW


new

GENER Oscar Coop-Phane, Simon Johannin, Matthieu Peck. Trois écrivains et autant de regards sur le monde, tel qu’il file, droit ou pas, trois styles singuliers et détonants (comme dans détonation), trois voix murmurant ou hurlant : pas besoin de rentrée littéraire pour les mettre à l’honneur. Par BAPTISTE PIÉGAY Photographie JULIEN VALLON ET NOËL MANALILI


Oscar Coop-Phane et Matthieu Peck se sont rencontrés à Berlin en 2008, ou était-ce en 2009 ? En tout cas, c’était bien au Golden Gate, sous les voies du S-Bahn. Qui s’y est aventuré sait que les souvenirs que l’on s’y fait sont appelés à être flous, voire très flous, mais il semble avéré qu’ils parlèrent rapidement de livres, et qu’autour du livre d’Oscar, Zénith-Hôtel, une amitié s’est nouée. Ensuite, l’amitié se fait généreuse, et l’on partage avec ses amis d’anciennes amitiés : à un défilé Saint Laurent, Oscar et Simon se rencontrent. Ils boivent quelques bières, là encore, on le sait, les souvenirs peuvent se brouiller, mais ils sont rejoints par Capucine Johannin… Avançons à la semaine suivante : Oscar présente Simon à Matthieu, et l’on pense à la formule un peu morose d’Emmanuel Bove, “Mon imagination crée des amis parfaits pour l’avenir, mais, en attendant, je me contente de n’importe qui”, à laquelle on préférera celle de Capucine Johannin, “Les amis sont ceux qui sont là, dans les meilleurs comme dans les pires moments.”

RATION


L’OFFICIEL HOMMES : Quel

est votre incipit préféré ? Celui du premier roman d’Emmanuel Bove, Mes amis : “Quand je m’éveille, ma bouche est ouverte. Mes dents sont grasses : les brosser le soir serait mieux, mais je n’en ai jamais le courage.” OSCAR COOP-PHANE :

L’OH :

Quel est votre premier souvenir de lecture ?

OCP : Je me souviens d’avoir réussi à déchiffrer le prénom Nicolas

sur la devanture d’un caviste.

Écriviez-vous, enfant, adolescent, à des auteurs ? Et, si oui, receviez-vous des réponses ? OCP : Oui, j’ai correspondu avec Martin Page, de mes 12 à mes 16 ans, je dirais. Au milieu de quelques lettres, on s’envoyait des petits objets timbrés (sans enveloppe), sachets de thé ou stylosbilles. C’était assez drôle. L’OH :

Écrivez-vous en silence, en musique, à l’aube, la nuit ? le matin très tôt, quand les autres dorment encore. Mauvaise techno au casque. Café et cigarettes. C’est quelque chose comme un moment arraché à la vie  ; j’aime avoir l’impression d’écrire en douce. L’OH :

OCP : J’écris

L’OH :

À l’instar de Tom Wolfe, mettez-vous un costume pour écrire ? un costume, précisément.

L’OH :

Pouvez-vous me décrire votre espace de travail ?

OCP : Oui,

OCP : J’ai longtemps écrit sur des tables de cuisine. Aujourd’hui, j’ai

un bureau dans mon salon, c’est une sorte d’embourgeoisement. Sinon, je vais au bistrot.

Avez-vous un destinataire à l’esprit quand vous commencez l’écriture d’un livre ? OCP : Non. Même si, maintenant, je me demande souvent ce que ma fille pensera de mes bouquins quand elle pourra les lire. L’OH :

La littérature et la morale, l’ambition formelle et la politique, font-elles toujours bon ménage ? OCP : Je ne crois pas vraiment à la littérature engagée. Enfin, peut-être que je me trompe et que l’écriture, justement, est un engagement. J’aime les rythmes et le style. Après, quand je découvre un auteur, j’aime surtout l’idée que je peux trouver en lui une personne avec qui j’aurais bien voulu boire un coup. L’OH :

Que cherchez-vous dans un livre ? Mais faut-il toujours “chercher” quelque chose ou se laisser happer par la matière du livre ? OCP : Je dois l’avouer, je cherche encore trop la formule. Je ne peux pas lire sans crayon à papier – je souligne les phrases bien fichues, et parfois aussi les techniques narratives. L’OH :

Quel est votre archaïsme favori  ? Et quel néologisme souhaiteriez-vous laisser à la postérité ? OCP : Ado, je rêvais que mon nom devienne une sorte d’adjectif, comme on dit d’une situation qu’elle est kafkaïenne. Aujourd’hui, j’aspire plus au fait que le nom d’un de mes personnages devienne quelque chose comme une référence partagée. L’OH :

C’est quoi, “ bien écrire” à vos yeux ? Se débarrasser de l’idée d’écrire peut-être. La sincérité, bien sûr, même si malheureusement il ne suffit pas d’être sincère pour pondre un texte qui tienne. L’OH :

OCP :

À la question “pourquoi écrivez-vous ?”, Beckett a répondu “Bon qu’à ça.” Et vous ? OCP : Quand on me demande pourquoi j’écris, je me sers précisément de cette réponse de Beckett. Sans blague. Du coup, là, je suis un peu emmerdé. L’OH :

À lire : Mâcher la poussière (Grasset, 2017), Le Procès du cochon (Grasset, 2019) et Morceaux cassés d’une chose (Grasset, 2020), d’Oscar Coop-Phane.

Photo Julien Vallon, casting Jennifer Eymère, stylisme Kenzia Bengel de Vaulx, coiffure Yusuke Taniguchi, maquillage Lloyd Simmonds, assistant photo Florent Vindimian

Oscar Coop-Phane


CI-CONTRE : Chemise et cravate, PRADA. PAGE D’OUVERTURE : Teddy, LE VIF. Chemise et cravate, PRADA.

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