L’ÉDITO Briser les règles, innover. S’inspirer du passé pour mieux expérimenter. C’est le point de départ de ce numéro de L’Officiel dédié aux collections printemps-été 2021. Et c’est le rôle de toutes les stars dans ces pages. Une icône symbolique du made in UK. Une jeune réalisatrice de talent. Une comédienne à l’esprit typiquement français. Un top modèle qui a transformé son style de vie en un manifeste social. Deux légendes qui ont écrit des pages importantes de l’histoire de la mode. Et un talent en devenir, choisi pour illustrer l’idée d’upcycling. En un mot : des figures pionnières. -Giampietro Baudo COVER STARS
: Sienna Miller en HERMÈS. Suzanne Lindon en CELINE PAR HEDI SLIMANE. Camille Razat en CHRISTIAN LACROIX X DESIGUAL. Crystal Renn en CHANEL (foulard SWATCHON). Brooke Shields et Helena Christensen en GEORGES HOBEIKA. Ivanka Smilenko en PRADA.
PhotosTom Munro, Stella Berkofsky, Paul Empson, Greg Lotus, Raul Ruz
TRAILBLAZER
L’NEWS
NOUVELLE vague Après les sacs Suzanne, Kaia, Kate, Loulou, Niki, Solferino, Monogram, voici le modèle 5 à 7 signé Saint Laurent par Anthony Vaccarello. Dans chaque création Saint Laurent, on retrouve des références cinématographiques ou musicales chères à son directeur artistique, Anthony Vaccarello. Pour ce modèle, il semble que ce soit le film culte Cléo de 5 à 7, de la réalisatrice de la nouvelle vague Agnès Varda, qui l’ait inspiré. UNE COLLECTION
Dévoilé à l’occasion du défilé printemps-été 2021 qui s’est déroulé en décembre dernier dans le désert marocain, on l’a vu porté avec le look cycliste, signature de la collection. Un mé-
lange des genres comme l’avait déjà été la sublime collection de l’hiver dernier, dans laquelle le designer avait marié le legging en vinyle avec des vestes épaulées et des blouses à col lavallière. UN STYLE
Empreint d’un style 70s/80s, le 5 à 7 joue la sobriété d’un cuir noir réhaussé d’un fermoir siglé doré. On aime aussi ses variations en cuir de veau brillant, crocodile mat, python et alligator brillant. Il se porte très court, sous l’épaule. C’est définitivement le sac de la femme Saint Laurent par Anthony Vaccarello. -Par Laure Ambroise
Photo Saint Laurent par Anthony Vaccarello
UNE HISTOIRE
MARQUE De conviction
À l’occasion des 40 ans de Marina Rinaldi, reconnue pour sa mode inclusive inclusive,, L’Officiel a rencontré Lynne Webber, directrice générale de la maison.
Pourriez-vous nous redéfinir les grandes valeurs de la marque en quelques mots ? Rien n ne résume mieux nos valeurs que nos prises de parole et nos hashtags. Que ce soit en 1999, avec “Le style n’est pas une taille… c’est une attitude”, qui nous a permis de contribuer à démanteler l’un des plus forts préjugés autour de la beauté des femmes. Et, plus récemment, #rockyourconfidence qui a servi d’outil précieux pour motiver toutes les femmes, et en particulier les plus jeunes générations, à être à l’aise dans leur peau et à se libérer de toutes les obligations imposées par la société. En quoi Precious Lee, votre nouvelle égérie, incarne-t-elle les valeurs de la marque ? Precious est jeune, forte et motivée pour aider d’autres femmes à défendre leurs droits. Tout cela fait d’elle une personne parfaite pour incarner la marque, ou simplement lorsqu’il s’agit de promouvoir les nombreuses valeurs que nous avons en commun.
Connue pour ses collaborations, la marque Marina Rinaldi continue sur cette lancée avec Antonio Berardi. Parlez-nous de la nouvelle collection, et pourquoi ces collaborations vous tiennent tant à coeur ? Nous avons commencé ce projet en 2016 avec le designer Tsumori Chisato, et il continue de s’affirmer au fil des saisons. Cela nous a permis de réévaluer le positionnement de Marina Rinaldi en tant que marque de luxe, et nous avons atteint de nouvelles femmes tout aussi passionnées par la qualité et les tendances de la mode. La collaboration la plus récente avec Antonio Berardi est un projet très spécial qui célèbre les 40 ans d’héritage de la marque. Antonio a extrait de nos archives des pièces emblématiques des collections passées qui représentent les musts de la garde-robe de toute femme, et en a offert une interprétation contemporaine. Qui est la femme Marina Rinaldi en 2021 ? C’est une femme forte, confiante, qui se soucie d’elle-même et de l’environnement. Elle défend ses propres droits, mais aussi ceux de toutes les femmes. Marina Rinaldi a toujours été une marque engagée, surtout en termes d’inclusivité. De quelle façon le sera-t-elle cette année qui n’est vraiment pas une année comme les autres ? Nous avons débuté en tant que marque inclusive à une époque où l’inclusion n’était ni un mot du vocabulaire courant ni un outil de marketing à la mode comme c’est le cas aujourd’hui. Nous ne pouvons que continuer à être inclusifs dans tout ce que nous faisons, en restant fidèles à notre identité et à la vision du fondateur, Achille Maramotti, et en créant des collections qui s’adressent à toutes sortes de femmes, quels que soient leur âge, leurs goûts personnels ou leur style de vie.
Propos recueillis par LAURE AMBROISE 26
Photo Max Mara
Marina Rinaldi fête ses 40 ans cette année, comment allez-vous les célébrer ? LYNNE WEBBER : Depuis quatre décennies la marque se distingue par ses collections, la qualité des matériaux utilisés, l’excellence de la fabrication, la force de ses propositions et par la mise en avant de ses valeurs comme la positivité corporelle, la conscience du corps et l’inclusivité. Nous avons donc décidé de nous concentrer sur la collection et de créer, en son sein, une série de capsules qui réinterprètent certaines pièces emblématiques tirées de nos archives, soulignant ainsi comment la maison Marina Rinaldi a proposé, depuis sa création en 1980, des collections qui offrent à chaque femme la possibilité de jouer avec la mode et de se sentir parfaitement bien dans sa peau. L’OFFICIEL :
L’NEWS
ROBES MANTEAUX NOIRE ET BEIGE, “CAPSULE ANNIVERSAIRE MARINA RINALDI PAR ANTONIO BERARDI”, ET MANTEAU ROUGE, MARINA RINALDI.
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La musique au CŒUR Au cinéma, on la connaît sous son propre nom, Sasha Spielberg, fille du réalisateur monumental. Sous le pseudo de Buzzy Lee, cette Californienne sort un premier album intimiste, intimiste, Spoiled Love, avec la complicité de Nicolas Jaar. Rencontre à distance avec une brillante (en)chanteuse. Par NOÉMIE LECOQ Par une nuit de décembre glaciale, on se connecte sur Zoom pour un rendez-vous entre Paris et Los Angeles. Buzzy Lee, apparaît à l’écran. Un sourire rayonnant illumine son visage, au naturel, encadré par une chevelure brune ondoyante. Derrière elle, des fenêtres laissent deviner le soleil californien. Son accueil chaleureux réduit immédiatement en miettes la distance qui nous sépare. “En 2020, j’ai traversé des périodes difficiles, à cause d’une rupture et du décès de mon grand-père, commence-t-elle. Mais j’ai aussi j’ai pu prendre le temps, de cuisiner, de lire, de regarder plein de films que je n’avais jamais vus, de marcher, de méditer, de faire de l’aquarelle… J’ai compris que la solitude ne me dérangeait pas, et ça a été une leçon très importante pour moi.” Autre événement majeur : Sasha a fêté son 30e anniversaire, une journée qu’elle a passée “principalement à répondre à tous les messages”, regrette-t-elle, mais qui a inauguré une nouvelle décennie réjouissante. Déjà croisée au cinéma dans certains films de son père, la Californienne s’est aussi illustrée en musique avec son frère Theo (au sein du duo indie-folk Wardell) et avec son ami Nicolas Jaar (pour leur projet Just Friends). Elle s’apprête à dévoiler fin janvier son premier album solo sous le pseudo de Buzzy Lee. “Le nom Spielberg était déjà pris, lâche-t-elle dans un éclat de rire. À l’origine, j’envisageais de sortir un EP en restant anonyme, mais c’était impossible si je voulais faire des concerts à visage découvert. J’ai juste envie que les gens découvrent ma musique sans idée préconçue, avant de lire ce nom de famille devant lequel je préfère parfois me dérober.” On comprend facilement cette envie de creuser son propre sillon et de se faire un prénom dans sa prestigieuse famille. De ses parents, le réalisateur Steven Spielberg et l’actrice Kate Capshaw, Sasha a hérité d’une passion pour la musique dès l’enfance. Elle nous confie que son père n’arrêtait pas d’écouter les Beatles et des musiques de films, tandis que sa mère passait en boucle des artistes comme Lucinda Williams, Ani DiFranco et toute la clique Lilith Fair des 90s. “Pour ma part, après une phase
pop, j’ai commencé à jouer de la guitare à l’âge de 12 ans. C’est à ce moment-là que je me suis mise à adorer Led Zeppelin et le rock.” Loin de ses obsessions d’ado, l’album Spoiled Love arbore des tonalités d’une beauté vertigineuse, apaisantes, minimalistes et intimistes. On pense aux arrangements verglacés du premier Lykke Li, à la voix de Zooey Deschanel chez She & Him, ou à la limpidité de Joni Mitchell. Derrière son synthé, la chanteuse compose ses chansons sur un ton direct. “J’aime les premiers jets. Mes paroles sont des phrases simples qui ressemblent beaucoup aux textes que j’écris dans mon journal intime. J’ai l’impression que plus les mots sont bruts et clairs, plus ils résonnent et expriment le fond de ma pensée.” Ces morceaux ont été façonnés avec l’artiste électro Nicolas Jaar, ami intime avec qui elle travaille depuis des années. Leur rencontre a eu lieu durant leur première année d’études à la prestigieuse université Brown. Ils avaient 18 ans et leur complicité est d’abord née d’un amour mutuel pour le groupe anglais Portishead. Sur Spoiled Love, ils élaborent ensemble des sonorités délicates, où le premier rôle est tenu par la voix de Sasha, ou plutôt deux pistes de voix superposées, façon John Lennon. “Nico m’apporte énormément. Il sait comment faire respirer une chanson, à petits coups de pinceaux. Il est capable de se changer en guide, voire en pom-pom girl quand j’en ai besoin, en coach aussi. Bref, il est incroyable !” Si la musique est son mode d’expression favori, Sasha utilise également la mode pour affirmer sa personnalité. “Ce que je porte en dit long sur moi, en particulier en live. Beaucoup de styles m’inspirent, comme celui des années 1940, ou le style western. J’ai eu des périodes où je ne m’habillais qu’avec les vêtements de mes petits amis, et j’adorais cette sensation de confort. D’ailleurs, il y a beaucoup d’artistes masculins dont j’admire les looks sur scène, David Bowie, Prince… Leur mélange de masculin et de fémin me fascine.” On pourrait en dire autant de son album d’une splendeur jamais ostentatoire, qui captive du début à la fin.
Photo Julia Brokaw
L’NEWS
Crystal’s
MANIFESTO
Figure du body positivity made in Usa, le mannequin Crystal Renn incarne la liberté autant que l’engagement, et a l’art de se réinventer sans cesse. Une inspiration Une inspiration à elle tout seule. Photographie PAUL EMPSON Stylisme VICTORIA BARTLETT
L’ICÔNE
DANCING in the dark Ildjima, plus connue sous le nom de Queentoide Queentoide,, est une des new faces du moment moment.. Elle porte ici la collection Alexander McQueen printemps-été 2021 signée Sarah Burton. Photographie JULIEN VALLON Stylisme JENNIFER EYMÈRE
L’STYLE
La force DE L’ÂGE Elle possède la grâce des filles qui font confiance à leur instinct. À 20 ans, Suzanne Lindon sort son premier film intitulé “Seize Printemps” et pose pour Hedi Slimane. Par VIRGINIE APIOU Photographie STELLA BERKOFSKY Stylisme JENNIFER EYMÈRE Quand elle vous parle, Suzanne Lindon manipule les deux minuscules pendentifs suspendus à son cou, dessinés à la main par la délicate marque italienne Merù Gioielli. L’un représente une fleur, une pensée bleue, l’autre une stripteaseuse avec la mention “Good Luck”. À peine visibles, ces petits bijoux ont l’exactitude discrète et fantasque des paroles d’une jeune femme scénariste, réalisatrice et actrice, qui ne voulait pas attendre. “J’ai écrit Seize Printemps à 15 ans. Pour moi, 16 ans est le cœur de l’adolescence. Dans la littérature que j’aime, les poèmes de Ronsard, j’ai l’impression que les filles ont 16 ans. 15 ans, il y a un côté majorité sexuelle que je voulais éviter. 18, c’est la majorité tout court, et 17 on s’en fout ! Donc 16 ans !” Seize Printemps, c’est l’histoire de Suzanne, une jeune fille qui tombe doucement amoureuse. “Elle a mon prénom pour plusieurs raisons. C’est un prénom que j’ai détesté enfant, et que j’ai aimé ado. Quand on est petit, être différent c’est dangereux. Pour s’intégrer, il vaut mieux ne pas avoir un prénom dissonant. Suzanne, c’est aussi le prénom d’un personnage
que j’aime : Sandrine Bonnaire dans À nos amours de Pialat. Et, dans un autre film qui m’avait beaucoup plu, petite, L’Effrontée de Claude Miller, Charlotte Gainsbourg jouait un personnage qui porte son propre prénom, Charlotte.” Avec Seize Printemps, Suzanne Lindon privilégie une adolescence plus sensuelle que sexuelle. “Je n’aime pas beaucoup les scènes d’amour au cinéma. Le seul baiser qui m’emporte est entre Ingrid Bergman et Cary Grant dans Les Enchaînés de Hitchcock, il dure cent ans ! Seize Printemps traite d’un rapport pudique entre un homme de 30 ans et une jeune fille. Aucun n’a plus de pouvoir que l’autre. Aucun n’a d’emprise sur l’autre. Leur histoire est instinctive et intellectuelle. Il fallait quand même qu’il se passe une chose physique entre eux, qu’ils aient leur moyen d’être sensuels l’un avec l’autre. C’est pour ça qu’ils dansent ensemble. C’est leur langage amoureux. C’est là qu’ils se retrouvent. La gestuelle ne trahit pas. On peut se cacher derrière ce qu’on dit, mais pas dans la manière dont on se place,
L’L’CINÉMA HEROINE