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L'Officiel de la Mode et de la Couture N°1044

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ÉDITO PAR DELPHINE VALLOIRE

Si le poète Gil Scott-Heron chantait en 1971 “The revolution will not be televised”, le printemps 2020 nous a prouvé que la révolution passera bel et bien par l’image. Dès fin mars, ce sont les images sur les réseaux sociaux ou sur petit écran qui ont servi de liens, de relais, de boussoles pour une population fraternellement confinée à travers le monde, devant l’urgence et l’angoisse générées par le Covid-19. Au moment où Netflix a failli prendre le pouvoir sur notre “temps de cerveau disponible” (page 38), les images atroces de George Floyd agonisant sous le genou d’un policier, filmées par une adolescente courageuse, ont réveillé les consciences en un électrochoc. Huit minutes insoutenables enregistrées sur téléphone qui changeront peut-être le monde. Les images sont souvent ce qui émeut, ce qui reste. Dans ce numéro d’été, ce sont celles de Willi Smith, prophète de mode ressuscité par un livre et l’exposition du Cooper Hewitt Museum à New York (page 160), celles de la chanteuse Keyah Blu (page 152), celles de Dominic Fike, future star du rap/hip-hop (page 118), celles de Paris Jackson, fille du mythique Michael Jackson et incarnation d’une Gen Z militante et écolo (page 140), ou encore celles de l’extraordinaire actrice Shira Haas (photo ci-contre et page 90). Celle-ci nous raconte sa nouvelle célébrité après le succès de la série “Unorthodox”, une ode à la liberté retrouvée où on la voit dans une scène intense renaître à la vie en se baignant au soleil dans un lac à Berlin. Une seule image suffit aussi parfois à faire surgir l’espoir.


57 RUE PIERRE CHARRON 75008 PARIS


ANATOMIE D’UN SAC

Le Pont 9 de Louis Vuitton C’est l’un des plus beaux accessoires de la saison. Format idéal, fermoir bijou, tout ce qui le constitue nous fait l’adorer avant même de le porter.

Le Paris éternel Dans la famille des sacs Louis Vuitton, qui comprend les Capucines, Dauphine, Tuileries, Alma, Grenelle, pour ne citer qu’eux, nous demandons le dernier-né : le LV Pont 9. Il doit son nom au plus ancien et célèbre pont de la capitale qui s’étire sous les fenêtres du QG de la marque. Avec son style si parisien, il est le sac idéal à porter au quotidien. De jour comme de nuit, son élégance moderne l’impose comme le it-bag de la saison et plus encore. Héritage et modernité Confectionné à la main, le LV Pont 9 aux lignes arrondies et structurées à la fois est fabriqué en cuir de veau lisse subtilement capitonné. Il se porte aussi bien à l’épaule qu’en crossbody. À lui seul, il nécessite l’intervention de six artisans. Il est d’une grande sophistication avec sa construction à soufflets. Son rabat est orné d’un nouveau logo, nommé LV Circle, tout droit sorti des archives des années 30 et réinterprété par Nicolas Ghesquière. Ce logo dissimule le nouveau fermoir magnétique en forme de fleur Monogram de la maison.

Photo Louis Vuitton

Celui qui donne le ton L’intérieur coloré s’articule autour de deux compartiments. Décliné dans une gamme de coloris variée, du classique noir à l’élégance du crème en passant par le Summer Gold (coucher de soleil), le rose Dahlia ou le bleu Orage, l’un de nos préférés, ce sac est définitivement l’accessoire indispensable de l’été. Par Laure Ambroise

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LA LUNETTE FRANÇAISE


STYLE

Jolie décennie Pour fêter les 10 ans de son sac signature Ai, la maison Akris imagine une version revisitée baptisée Aicon.

Photo DR

Il suffit de se glisser dans une robe Akris pour comprendre le talent de son directeur artistique Albert Kriemler (petit-fils de la fondatrice Alice KriemlerSchoch) qui, depuis presque quarante ans de carrière au sein de l’une des plus belles marques suisses, nous habille de ses créations. Avec sa maîtrise impeccable des proportions, des coupes et surtout des matières provenant de sa ville natale de SaintGall, son travail est autant adulé par Amal Clooney qu’Angelina Jolie. Réputée pour sa mode, Akris l’est également pour son sac signature, Ai, qui fête ses 10 ans cette saison. Petit rappel : il y a dix ans, alors que la marque cherchait un vocabulaire visuel pour ses accessoires, l’attention d’Albert Kriemler se porta sur le pavillon trapézoïdal de l’architecte mexicaine Tatiana Bilbao exposé au parc Jinhua en Chine. Sa forme en A, similaire au A d’Albert, décida le designer à choisir le trapèze comme visuel clé, que ce soit pour les vêtements mais aussi et surtout pour le design du sac, de ses fermoirs et de ses boucles. Il lui donne le nom Ai, qui signifie “amour” en japonais. L’Ai introduit l’inattendu crin de cheval, ce qui correspond parfaitement à la passion d’Albert Kriemler pour les matières uniques. Vite hissé au rang de it-bag, l’Ai peut se porter selon trois silhouettes distinctes, avec la version shopper et deux versions fourre-tout trapézoïdales. Aujourd’hui, pour fêter ses 10 ans, Akris a imaginé l’Aicon, un modèle convertible (rectangulaire ou trapèze), pourvu à la fois d’une poignée supérieure et d’une bandoulière allongée. En cuir texturé, il est disponible dans plusieurs coloris (blanc, argent, rouge, denim). Par Laure Ambroise

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Pa l a z z o Pa r i g i H o te l & G ra n d S p a | C o rs o d i P o r t a N u o va 1 | 2 0 1 2 1 M i l a n o | +39 0 2 6 25 6 2 2 2 2


STYLE

Designer de mode mais également artiste peintre, Elmira Medins est une créatrice à part entière.

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que je revisite dans un esprit années 50. À quoi reconnaît-on un vêtement Elmira Medins ? À ses couleurs – noir, blanc, ivoire, gris et vert –, ses matières naturelles telles que la soie, le coton et la laine, ainsi que le souci du détail. Mes chaussures, par exemple, sont réalisées dans les plus beaux cuirs et, grâce au brevet Eterry que j’ai déposé, le poids de la personne se répartit sur l’ensemble de la chaussure, ce qui les rend très confortables. Comment définissez-vous la femme Elmira Medins ? C’est une femme qui a confiance en elle, qui est passionnée d’art et de mode. Quelles sont vos pièces iconiques ? La jupe crayon perlée, le haut carré, la veste jacquard, le pantalon pyramide, le sac EM et les chaussures Eterry. Les réseaux sociaux influencent-ils votre travail ? Dans la mesure où ils reflètent les envies de chacun, ils sont très inspirants pour un créateur. Propos recueillis par Laure Ambroise

Photos DR

Quand art et mode ne font qu’un

D’où venez-vous Elmira Medins ? Je suis née à Kiev de parents architectes. Quel est votre parcours ? À 15 ans, je suis partie étudier le dessin, et cinq ans plus tard j’ai ouvert mon atelier couture et exposé mes premiers tableaux. Quelles sont vos icônes mode ? John Galliano, Thierry Mugler et Karl Lagerfeld. Pourquoi avoir quitté votre pays pour Paris ? Parce qu’on m’avait offert une place de designer au sein d’une jolie maison, c’était un rêve qui devenait réalité. Mais une fois sur place, j’ai préféré créer mon propre showroom. J’aime les femmes françaises, particulièrement les Parisiennes. J’écoute avec attention leurs commentaires, si précieux dans l’élaboration de mes collections. D’où vient ce côté “couture” dans vos collections ? Tout mon travail repose sur des combinaisons de couleurs et des jeux de proportions d’inspiration Art nouveau,


PH. DOMINIQUE RICHON

35 RUE DE RICHELIEU PARIS I YASMINE-ESLAMI.COM


Ruée vers l’or L’Âge d’or de Hollywood n’en finit pas de fasciner. Pour preuve, ces trois séries – Penny Dreadful: City of Angels, Perry Mason et Hollywood – qui revisitent, chacune à sa manière, la mythologie très “film noir” du Los Angeles des années 30-40.

“Je vis à Los Angeles en 1942” se plaît souvent à dire James Ellroy, auteur furieux du Dahlia noir et du Grand Nulle Part, et grand prêtre littéraire d’une cité où il n’y a plus d’anges mais les quatre nouveaux chevaliers de l’apocalypse : corruption, violence, sexe et ambition. Cette année, ce sont trois séries qui retracent cette époque. Tout d’abord Penny Dreadful: City of Angels, un “dérivé” (spin-off) lointain de l’excellente série de 2014 avec Eva Green, qui déplace le décor de l’époque victorienne et des brouillards de Londres sous les palmiers de Californie. Des détectives tentent d’enquêter sur des meurtres sadiques au rituel inspiré du folklore mexicain, sur un fond de tensions communautaires et de montée du nazisme, avec en accessoire totalement anecdotique la lutte d’une déesse des morts Santa Muerte et de sa sœur démoniaque Magda. Beaucoup plus convaincant dans

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le registre “film noir” mâtiné de Pulp Fiction, le nouveau Perry Mason de HBO, produit par Robert Downey Jr et joué par le fantastique Matthew Rhys (multirécompensé pour The Americans). Ce préquel de la fameuse série des sixties n’a pas grand-chose à voir avec celle qui a rendu Raymond Burr célèbre : ce Perry Mason-là est encore détective privé, abîmé et traumatisé par la guerre de 14-18, un enquêteur qui lorgne plutôt du côté de celui du Chinatown de Polanski. Enfin, la minisérie de luxe Hollywood sur Netflix (photos ci-dessus), créée par Ryan Murphy (Glee, Pose et Feud) revisite les coulisses de Hollywood à la grande époque des studios en retraçant la difficile ascension d’un groupe de jeunes artistes doués aspirant à la gloire et à leurs futurs oscars. Ryan Murphy a réuni un casting de jeunes talents prometteurs (Darren Criss, Jeremy Pope, Samara Weaving) et de poids lourds

Photos Netflix

SÉRIES


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qui savent mettre l’ambiance (Dylan McDermott, Jim Parsons et Patti LuPone). Dans un premier temps, il décrit la sexualité cachée de Hollywood. C’est le règne de l’image parfaite, une hypocrisie conçue par les producteurs et publicistes de l’époque et strictement encadrée par le code Hays. Cette partie s’inspire énormément du livre autobiographique de Scotty Bowers, le scandaleux Full Service, sur sa longue carrière d’escort-boy pour le ToutHollywood. Il est campé à l’écran sous les traits de Dylan McDermott qui joue Ernie West, un maquereau jovial et philosophe tenant une station servicelupanar. Quant au personnage de Camille (Laura Harrier), il est inspiré par les actrices Lena Horne et Dorothy Dandridge, et on retrouve un jeune Rock Hudson de fiction sous les traits de Jack Picking. Sont abordés avec un entrain très (trop ?) Technicolor les thèmes des droits des femmes, des luttes de

pouvoir, du système patriarcal des studios, du racisme sur et hors l’écran, du droit de cuissage des producteurs, etc. Et tous ces vilains mécanismes des studios en 1947 sont toujours construits en miroir avec ce qu’est devenu Hollywood aujourd’hui : du #metoo de Weinstein aux problèmes de représentation des minorités qu’elles soient afro-américaine, asiatique ou LGBT. Dans les derniers épisodes, Ryan Murphy opère un virage à 180 degrés, droit vers le plaisir insensé d’une happy end rose bonbon, une happy end qui n’a jamais existé, où ceux qui sont exclus sont enfin – tous – récompensés. Cet univers alternatif rêvé laisse pourtant un goût un peu amer. À Hollywood, ces années-là, de vrais combats ont eu lieu. Ces combats contre le racisme (par exemple, Home of the Brave, grand succès de 1949) ou contre l’antisémitisme (Le Mur invisible, trois oscars en 1948) ou contre le

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maccarthysme qui commence cette année-là, ont été perdus ou gagnés par des artistes faisant face aux mêmes obstacles. Les gays et lesbiennes ont été parmi les plus grands perdants de l’histoire : il faudra attendre les années 1990 pour que Hollywood tolère le coming-out, puis les films avec des héros gays (voir le documentaire Celluloid Closet en 1995). Murphy expliquait en mai dernier au Hollywood Reporter : “Mon show est un magnifique fantasme qui, en ces temps, pourrait être une sorte de baume.” Mais plus que de la pommade pour guérir les blessures, il faut continuer à changer les choses.

Penny Dreadful: City of Angels (Canal+). Hollywood (Netflix). Perry Mason (HBO OCS à partir du 22 juin).

Par Virginie Beaulieu


Ci-contre

MISSONI_ Lunettes de soleil à monture métallique, chemise en maille de lurex sur un body rayé et jupes superposées. M MISSONI_ Lunettes masque, top en maille rayé, chemise imprimée et pantalon en maille. Chaussettes, Sarah Borghi. Sandales, N°21. Page de droite

M MISSONI_ Lunettes de vue à monture métallique, chemisier imprimé et pantalon en maille. MISSONI_ Lunettes de vue à monture en acétate imprimé tissu, brassière à volants et jupe taille haute. Coiffure : Beppe D’Elia. Maquillage : Elena Pivetta. Assistant photo : Simone Paccini. Assistant stylisme : Fabrizio Finizza.

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d’une manière plus consciente et plus responsable de consommer, mais aussi de produire.” Une réflexion sur la mode et sur le produit qu’Angela a également menée pendant le confinement. “Je pense que nous allons acheter avec davantage de discernement, rechercher des vêtements qui ont une valeur, qui durent dans le temps.” Margherita évoque alors un épisode avec sa grand-mère Rosita : “Nous étions à Paris, j’avais 20 ans. Elle avait l’habitude de sortir à 7 heures du matin pour aller au marché des Antiquaires. Habituellement, j’aimais bien l’accompagner, mais la veille, je savais que j’allais rentrer tard d’une soirée et je lui ai dit que je ne viendrais pas. Le matin, elle m’a quand même appelée pour me demander de la rejoindre – je n’ai jamais su dire non à grand-mère, je n’ai jamais voulu la décevoir –, donc je me suis levée et j’y suis allée. Elle m’a fait essayer un manteau noir, très simple. C’était un original de Jeanne Lanvin. Elle m’a dit : ‘Comme ça, tu sais comment sont faites les belles choses’, et elle me l’a offert.”

De qui elle tient ? “Je suis un mélange. Ma grand-mère est très disciplinée, elle a un grand sens du devoir, ma mère est plus rebelle – par réaction – et a toujours vécu de manière libre. Moi, je tiens des deux.” Angela confirme : “Moi, j’ai une nature assez hippie. Margherita est comme sa grand-mère, précise. ‘Comment vas-tu t’habiller demain ?’ C’est le coup de téléphone classique de ma mère la veille du défilé, mais je ne sais jamais quoi lui répondre. Margherita est comme elle, elles préparent leur look. Mais elles cachent aussi un côté rebelle et libre d’esprit. Ma mère, ajoute Angela, l’a été en épousant mon père. Et, plus tard, elle nous a fait avancer dans le sens de l’émancipation féminine. Mais déjà ma grand-mère travaillait aux côtés de mon grand-père, et mon arrièregrand-mère travaillait avec mon arrière-grand-père, même s’ils ne le montraient pas en public. Je ne l’ai pas compris tout de suite, mais quand j’étais petite, les amies de ma mère, les gens qu’elle fréquentait et qui venaient

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à la maison étaient tous très avancés pour cette période.” “Au fond, résume Margherita, pour moi, la normalité, c’est le matriarcat. Aujourd’hui encore, dans les conversations, j’ai un point de vue différent.” Angela et Margherita ont deux personnalités différentes et complémentaires, tout comme les lignes Missoni et M Missoni. Leurs fonctions se complètent dans un jeu continu de matières, de couleurs et de motifs. Dans cette famille, chacun a son propre point de vue et un environnement de travail différent, mais, sur trois générations, elle poursuit un même projet made in Italy. La transmission est basée sur l’exemple, la liberté et l’estime réciproque. C’est une très forte empreinte, bien synthétisée dans ces mots : “Continuer à chercher, croire en ses propres idées, ne jamais être un suiveur”. Propos recueillis par Silvia Frau Photos Adriano Russo Stylisme Giulio Martinelli


ANATOMIE D’UNE MONTRE

La Tambour Spin Time Air Opale de Louis Vuitton Le calibre Spin Time créé par la Manufacture Louis Vuitton en 2009 convoque cette année les feux changeants de l’opale d’Australie pour faire briller ses heures sautantes et livrer une interprétation pétillante de sa lecture du temps.

Le mythe Il y a dix-huit ans, la maison de luxe faisait ses premiers pas remarqués dans le monde de l’horlogerie avec la montre Tambour inspirée, comme son nom l’indique, par cet instrument de musique si apte à marteler le rythme du temps. Depuis, elle s’est signalée par sa vaste proposition de montres précieuses mais aussi par sa déclinaison de montres connectées. Le déclic Louis Vuitton propose une horlogerie différente, en phase avec l’art du voyage et du mouvement cher au malletier. Une identité fondée sur l’originalité mais aussi sur l’équilibre entre l’exploit technique et l’agrément esthétique. L’une des plus parfaites illustrations de cette philosophie est le calibre Spin Time Air, à la fois ludique et sophistiqué, qui donne véritablement l’impression, avec ses douze cubes horaires rotatifs, scintillants et colorés, que l’heure flotte en suspension. Le savoir-faire Le calibre Spin Time Air anime des heures sautantes matérialisées par douze cubes rotatifs : toutes les 60 minutes, de façon instantanée, deux cubes tournent sur eux-mêmes. Ce mouvement a évolué pour donner place au calibre LV 88 qui offre une réserve de marche de 35 heures. Il est mis en lumière dans une série de nouveaux modèles dont les boîtiers en or rose serti de diamants exaltent les feux mouvants d’un cadran en opale d’Australie. Montre Tambour Spin Time Air Opale de Louis Vuitton, boîte en or rose serti de diamants, 42 mm, cadran en opale d’Australie, calibre LV 88, mouvement mécanique à remontage automatique,

Photo DR

réserve de marche 35 heures, bracelet en alligator blanc.

Par Hervé Dewintre

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ANATOMIE D’UN BIJOU

La manchette Bone d’Elsa Peretti

Photo DR

L’une des pièces les plus emblématiques créées par Elsa Peretti pour le joaillier new-yorkais Tiffany & Co. révèle ses nouveaux atours dans une édition spéciale qui célèbre son 50e anniversaire.

Le mythe Elsa Peretti n’est pas une inconnue lorsqu’elle rejoint Tiffany & Co. dans les années soixante-dix. Elle a la trentaine et jouit d’une renommée forgée dans son Italie natale où elle a étudié l’architecture d’intérieur, puis à Barcelone où elle est devenue le centre d’une coterie d’artistes exceptionnels, parmi lesquels, Salvador Dali. Lorsqu’elle s’installe à New York, Halston en fait sa muse et la présente au président de la grande maison joaillière américaine qui lui signe un contrat d’exclusivité. Il n’eut pas à le regretter.

Le déclic La manchette Bone cumule plusieurs sources d’inspirations qui correspondent à des moments clés de la vie d’Elsa Peretti. Les os (bones, en anglais) fascinèrent très tôt la créatrice, non pour leur aspect macabre mais pour leurs formes insolites. La visite durant son enfance d’une église du XVIIe siècle à Rome fut décisive : une partie de la crypte était décorée d’os humains. Son admiration pour le modernisme catalan, dont Antoni Gaudi était le chef de file, fit le reste.

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Le savoir-faire Conçue il y a un demi-siècle, la manchette est réinterprétée aujourd’hui dans des teintes vives, rouge, verte ou bleue, avec l’inscription “Special Edition”. Le savoir-faire joaillier se révèle dans la souplesse du bijou, avec un design spécifique selon le poignet. Réalisée en argent massif, jade noir ou turquoise, ou encore en or et jade vert, elle sera présentée dans une version sertie en septembre prochain. Par Hervé Dewintre


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JOAILLERIE

Celles qui ont tout changé Longtemps chasse gardée des hommes, le monde de la joaillerie a vu, tout au long du XXe siècle et jusqu’à aujourd’hui, quelques femmes d’exception s’imposer et révolutionner les codes des plus prestigieuses maisons. De Gabrielle Chanel à Victoire de Castellane en passant par Jeanne Toussaint, Elsa Peretti, Renée Puissant et Suzanne Belperron, retour sur six destins hors du commun.

PAR HERVÉ DEWINTRE ILLUSTRATIONS GIULIA GILEBBI

L’affaire avait secoué la place Vendôme. La plupart des maisons étaient vent debout. Gabrielle Chanel venait de présenter, dans le cadre d’une exposition au profit d’œuvres caritatives, présidée par la princesse de Poix, une flamboyante collection de joyaux constellés de diamants, pour lesquels le dessinateur Paul Uribe et le fabriquant joaillier Lemeunier avaient prêté main forte. Une exposition à Londres devait suivre, une autre était prévue à Rome. Ce qui consternait plus précisément la place Vendôme, c’était le ton louangeur des critiques, notamment celles du journal L’Intransigeant. Ce dithyrambe, les gardiens du Temple ne pouvaient

l’accepter. C’est “l’affaire Chanel”. Nous sommes en novembre 1932. Et pourtant, Gabrielle Chanel l’affirme : elle n’a aucune intention de faire concurrence aux joailliers. Il s’agit simplement, suite à une demande du groupe De Beers, de recréer un engouement autour du diamant, dont l’éclat a été malmené par la crise de 29. L’affaire va loin. Plusieurs joailliers de renom se réunissent à la Chambre syndicale. Ils demandent que les bijoux soient démontés. Chanel leur tient tête. Quelques bijoux ont survécu. Loin d’être anecdotique, cette affaire éclaire les us et coutumes d’une profession qui puisent ses racines dans un passé immémorial.

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La joaillerie, contrairement à la mode, a été pendant des siècles régie par des guildes, confréries, corporations, qui encadraient scrupuleusement l’accès aux divers métiers de la profession. Ces corporations vénérables (la corporation des orfèvres a été fondée en France sous saint Louis) n’étaient pas ouvertes aux femmes. Les femmes pouvaient devenir marchandes de quatre saisons, couturières, drapières, mercières, lavandières, mais elles ne pouvaient pas devenir joaillières. Apprentis, compagnons et maîtres ne sont envisagés qu’au genre masculin. En quelques années, cette mise à l’écart va s’évanouir, grâce à des femmes de légendes. Portraits choisis.


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