Printemps 2020 – no 225 – 5 euros
ISSN 1281-0282
Anya Taylor-Joy
Lili Reinhart, Lennon Buchet-Sorrenti, Camille Rowe, Camille Jansen, Magda Archer, Graham Little, Jeffrey Cheung, Justin Yoon, Tristan Pigott, Vaughn Spann, Orville Peck, Honey Harper, The Black Lips, Waxahatchee, Mapache Anya Taylor-Joy en Burberry.
Printemps 2020 – no 225 – 5 euros
ISSN 1281-0282
Lili Reinhart
Anya Taylor-Joy, Lennon Buchet-Sorrenti, Camille Rowe, Camille Jansen, Magda Archer, Graham Little, Jeffrey Cheung, Justin Yoon, Tristan Pigott, Vaughn Spann, Orville Peck, Honey Harper, The Black Lips, Waxahatchee, Mapache Lili Reinhart en The Marc Jacobs et Cartier.
Printemps 2020 – no 225 – 5 euros
ISSN 1281-0282
Young Fresh and Green
Anya Taylor-Joy, Lili Reinhart, Lennon Buchet-Sorrenti, Camille Rowe, Camille Jansen, Magda Archer, Graham Little, Jeffrey Cheung, Justin Yoon, Tristan Pigott, Vaughn Spann, Orville Peck, Honey Harper, The Black Lips, Waxahatchee, Mapache Lily Taïeb en Chanel.
Veste en laine mélangée, The Marc Jacobs. Foulard en coton, Bonton. Boucles d’oreilles Panthère de Cartier en or gris, émeraudes, onyx et diamants et broche Panthère de Cartier en or gris, émeraudes, onyx et diamants, Cartier.
Lili Photographie Joy Lee Cordy Stylisme Laura Marciano Texte Peter Davis Traduction Vinnies Meghan
Forte de ses 22 millions d’abonnés sur Instagram et d’un rôle déjà iconique dans la série “Riverdale”, l’actrice publie son premier recueil de poésie, “Swimming Lessons”, et vient de produire “Chemical Hearts” un nouveau film pour Amazon où elle joue aussi le rôle principal.
Reinhart
Robe en dentelle, Burberry.
Avec un visage singulier, un talent incontestable et une confiance en elle extraordinaire, l’actrice, égérie de Flowerbomb de Viktor & Rolf, sera une personnalité phare de 2020 grâce au remake d’Emma, au spin-off X Men, New Mutants et au film Radioactive.
Photographie Alan Gelati Stylisme Chloe Breeney Texte Vanessa Scott Traduction Hélène Guillon
Photo Eli Russel Linnetz
ON JALOUSE...
La chanteuse Grimes, Claire Boucher de son vrai nom.
134 Jalouse - xxx 203 - Aoรปt - 2017
POP POWER
La revanche des poupées sucrées Pour mieux jouer à la poupée de son aussi jolie qu’innocente, les chanteuses sont de plus en plus nombreuses à arborer la panoplie “millennial pink”. Et si leurs atours ultra-cute cachaient un sens plus subversif qu’il n’y paraît ?
“La poupée pop, elle te la coupe, y’a plus personne dans ton magnétoscope, c’est plus l’époque mon pote, plus l’époque plus l’époque des poupées pop.” En 2014, avec une chanson intitulée Poupée pop, l’icône 80s Lio réglait ses comptes sur sa période Banana Split. Une époque où la Lolita dansait en micro-jupe sous les stroboscopes. Mais pas facile de signer l’arrêt de mort de la poupée de son… Elle fait preuve d’une incroyable ténacité. Sa force de séduction traverse les générations. D’abord façonnée en 1965 par Serge Gainsbourg et chantée par France Gall à l’Eurovision (“Je suis une poupée de cire, une poupée de son”) puis fantasmée par Polnareff deux ans plus tard (“C’est une poupée qui fait non, non,non”), elle a aujourd’hui élu domicile aux États-Unis dans le pavillon de la pop, indé comme mainstream. C’est en effet au pays de Barbie que les nouvelles dolls des charts font rêver la Gen Z en fleurs. Il y a la poupée en porcelaine WASP Taylor Swift – ses yeux de chat, sa panoplie de country girl et sa coupe blonde tirée à quatre épingles. Autre vision du rêve américain : la poupée latina Selena Gomez, irrésistible avec ses longs cheveux soyeux bruns, sa moue et son visage poupin qui rappelle l’enfance. Dans les deux cas, la blonde comme la brune chantent leurs peines de cœur dans un romantisme premier degré comme des poupées au cœur brisé dont l’eyeliner reste parfait. Il y a aussi les versions moins sages de la poupée. Les jeunes filles rebelles apprécieront la Barbie goth cyberpunk Grimes, une Mercredi Adams 2.0, et seront fascinées par celles qui tiennent presque du robot comme l’Américaine Poppy devenu un phénomène YouTube avec ses vidéos pastel, ou Lil Miquela, à la fois chanteuse et influenceuse virtuelle née de l’IA. Bref, il y en a pour tous les goûts. Dans les rayons jouets des supermarchés, chacune semble convenir à la personnalité de ses fans. Mais celle qui ressemble le plus à une poupée Mattel reste Ariana Grande : de l’extérieur, c’est l’anti-Billie Eilish. Yeux de biche effarouchée, queue de cheval toujours impeccable digne d’un postiche et microjupe, l’auteure-compositrice-productrice affiche pourtant une personnalité indépendante et forte (elle a survécu à un attentat en plein concert ainsi qu’à la mort de son Ken punk, Mac Miller) sous une apparence des plus cute.
C’est là que réside tout le charme ambigu de la poupée. Elle n’est pas aussi inoffensive qu’on pourrait le croire, cette Poppy qui ressemble à un joli robot blond à la voix douce mais qui questionne sur le vrai et le faux dans un monde dominé par Instagram. Grimes inquiète autant qu’elle séduit avec son esthétique évoquant l’apocalypse. Elle attend même “l’enfant du diable” ou, au choix, “le messie des temps modernes” avec le businessman Elon Musk qui veut nous faire aller sur Mars avec son entreprise SpaceX. Et Selena Gomez n’a pas besoin d’un Ken (Justin Bieber, marié à la parfaite Hailey Baldwin) pour exister. En promo, elle arbore des petites robes roses Miu Miu mais sur son nouvel album Rare, elle sort ses griffes et se venge de son ex en chansons à travers des paroles sans fard. Se déguiser en mannequin à la plastique de rêve ne ferait donc que renforcer, par contraste, le propos d’une nouvelle génération bien plus subversive et féministe qu’il n’y paraît. On adopte une apparence trompeuse pour mieux surprendre l’auditeur. C’est aussi le cas des amazones hypersexuées Beyoncé, Nicki Minaj, les Pussycat Dolls, Katy Perry, Cardi B et J-Lo qui ont toutes à un moment donné de leur carrière joué sur l’image de la poupée. Nicki Minaj a intitulé un de ces morceaux Barbie Dreams sur son album Queen (2018) mais dans les paroles, elle explique qu’elle veut coucher avec le plus de rappeurs possibles. La poupée qui twerke en profite aussi pour tacler ouvertement Drake et Eminem. Beyoncé (qui a eu droit à une Barbie tout de rose vêtue à son effigie période Destiny’s Child) a, quant à elle, poussé le vice jusqu’à se déguiser pour Halloween (en 2016) en poupée Mattel avec emballage en carton fourni. Le message ? Même quand elles s’habillent en rose fuchsia façon Paris Hilton époque The Simple Life, jamais les filles de l’ère post #metoo ne laisseront quiconque jouer avec elles comme avec des marionnettes. Ce que résume le tube d’Ava Max (qui affiche tous les attributs de la poupée platine) sorti en 2018 : Not Your Barbie Girl. Une réponse cinglante au tube d’Aqua culte des 90s, Barbie Girl : “Not your Barbie girl, I’m livin’ in my own world/I ain’t plastic, call me classic / You can’t touch me there, you can’t touch my body / Unless I say so, ain’t your Barbie.” Et tous les Ken macho d’aller se rhabiller. Par Violaine Schutz
135 Jalouse – Hiver 2020
Photo Toei Sailor Noon Eternal, de Chiaki Kon, 2020.
POP POWER
Supercouettes et minijupette d’acier Pionnière des héroïnes manga à se battre tant que le fer est chaud, Sailor Moon a ouvert la voie à plein de petites pépées animées décidées à sauver le cosmos. Elle est l’exemple qui nous vient du pays des geishas, peu réputées pour leur caractère rebelle. Dingue, non ?
Il y a parfois quelque chose de magique derrière un dessin animé… qui finit par marquer toute une génération. Voyez les têtes blondes biberonnées au Club Dorothée, aux animés japonais et à la trilogie du samedi soir. Il semblerait que certaines histoires qui, sur le papier, n’ont l’air de rien, aient laissé des traces indélébiles. Certains personnages sont même devenus des symboles. Exemple parfait : Sailor Moon, une fille pas comme les autres (on ne remerciera jamais assez Bernard Minet pour les génériques made in France du Club Do), qui s’est installée, pour toujours, dans les esprits et dans les cœurs. Décryptage d’une Magical Girl. Bishojo Senshi Sera Mun, ou Sailor Moon pour les intimes, est un animé apparu sur les écrans français en 1993, en plein climat anti-animation japonaise. Mais, on le sait, ce que les vieux détestent, les enfants adorent… et c’est ce qui a sûrement poussé le jeune public à s’accrocher aux animés nippons si fermement fustigés. Sailor Moon s’inscrit dans la lignée des mangas dits ‘’de filles’’ – en opposition aux shonen, réservés aux garçons. Si l’on veut être précis, Miss Moon est une Magical Girl, un genre d’animé formaté dans un univers kawaï, où de mignonnes petites filles ne font pas grand-chose à part chanter et tomber amoureuses – Creamy merveilleuse Creamy (1983) illustre parfaitement le genre. Mais, le public l’ignore encore, l’histoire du mangaka Naoko Takeuchi va complètement bousculer les codes. Son dessin animé va marquer une véritable étape dans le genre avec son personnage qui ouvre de nouvelles perspectives : des combats avec des supervilains et des quêtes en tous genres viennent remplacer les non-intrigues classiques. C’est en s’inspirant du genre shonen que Takeuchi va poser les bases de ce qui sera le premier girl power animé – She-Ra avait bien essayé de s’imposer à la fin des 80s, mais l’histoire et le public retiendront Sailor Moon. Une fois les bases posées, Takeuchi va créer tout un univers autour de Bunny Rivière, le véritable nom du personnage principal du dessin animé (Usagi Tsukino en version originale). Au menu : une mythologie, une confrérie de guerrières, des ennemis, un prince à sauver et une quête. Des éléments
qui rappellent étrangement la légende arthurienne, mais vue sous un prisme japonais et féminin. Est-ce ce qui a séduit toute une génération ? Il y a des chances. Pour la première fois, la télévision proposait un programme pour petites filles qui ne tourne pas autour d’une intrigue simpliste et sans rebondissements. À ce jour, Sailor Moon reste le Magical Girl le plus long de l’histoire, avec près de 200 épisodes sur la première vague de production auxquels s’ajoutent de multiples adaptations et développements : comédies musicales, reboots télévisés, jeux vidéo, produits dérivés… Pas étonnant que le public ait du mal à oublier cette fille pleine de courage qui sauve le cosmos. Ce ne sont pas des barrières, mais des pans de murs entiers que l’animé a enfoncé. Parmi eux, l’évocation plus ou moins subtile de l’homosexualité – qui ne survivra que partiellement à la censure française –, l’inversion des rôles entre la princesse et le prince charmant – c’est bien Bunny qui sauve l’homme masqué et non l’inverse –, et l’idée qu’une jeune fille n’a pas besoin d’avoir des notes exemplaires à l’école pour sauver l’univers. Et la liste n’est pas exhaustive. Certains évoquent souvent, et à juste titre, Buffy contre les vampires (1997) comme la toute première adaptation pro girl-power / LGBTQ friendly. Mais avant Buffy, il y a eu Bunny, qui a sûrement ouvert la voie à des idées nouvelles, brisant une idée préconçue de la féminité et préparant cette génération à de grands chamboulements. La suite de l’histoire, nous sommes en train de la vivre. En 2014, à l’occasion des 20 ans de la franchise, une nouvelle version voit le jour : Sailor Moon Crystal, dont l’histoire se situe dans la continuité de l’intrigue originale. Le dessin animé sera adapté en long-métrage, et sa sortie est prévue pour septembre 2020. Mais avant ça, Bunny Rivière devra tenir son rôle d’ambassadrice aux J.O. de Tokyo aux côtés des personnages masculins Son Goku et Naruto. Et c’est peut-être ce rôle-là, la vraie preuve du power de Sailor Moon. Par Juliette Gour
137 Jalouse – Hiver 2020
PORTRAIT
Rowe Power Par Simon Liberati Photographie Danyiel Lowden Stylisme Jennifer Eymère
Pour annoncer la nouvelle vie de comédienne de Camille Rowe, l’écrivain Simon Liberati nous offre sa plume vive et franche. Et nous livre un portrait sans fard d’une jeune fille pleine de promesse. 158 Jalouse – Hiver 2020
Manteau en fausse fourrure, Marc Jacobs. Bague Panthère de Cartier en or jaune, laque, péridots et onyx et montre La Panthère en or jaune, diamants, émeraudes et laque noire, Cartier.
Body en maille viscose, Alaïa. Collier Panthère de Cartier en or gris rhodié, grenats tsavorites et onyx, Cartier.
PORTRAIT
“Les voix, j’en ai entendu beaucoup en soixante ans, peu d’aussi ouvertes… Rien à voir avec l’idée que je m’en faisais, issue d’un mélange de Wikipedia, d’articles de Elle.fr et de photographies de Terry Richardson où elle tirait la langue toute nue dans un vieux Purple d’il y a dix ans.” Simon Liberati
qui en échange m’a envoyé un sort, mais je me dis toujours que les choses viennent des rencontres, mêmes furtives, commandées cadrées… Une interview de dix minutes au téléphone peut me sortir du marasme. Je l’appelle à 13 h. La voix est vraiment charmante. Pas trop charmeuse, pas maniérée, pas traînante, genre molasse, pas grunge molosse, mais ouverte… Elle me dit qu’elle marche dans la rue pour aller au shooting et je regrette déjà d’avoir eu la flemme de faire cent kilomètres de bouchon pour la rencontrer. Les voix, j’en ai entendu beaucoup en soixante ans, peu d’aussi ouvertes… Rien à voir avec l’idée que je m’en faisais, issue d’un mélange de Wikipedia, d’articles de Elle.fr et de photographies de Terry Richardson où elle tirait la langue toute nue dans un vieux Purple d’il y a dix ans. J’ai aussi un coffret des César 2018 avec Rock’n’roll de Guillaume Canet mais je dois avouer que j’ai oublié le contenu de ce film sinon que Marion Cotillard essaye d’apprendre l’accent canadien. D’où justement ma seconde question… J’ai lu (dans Glamour ? dans Elle.fr ? dans le dossier de presse d’UGC ?) que Camille Rowe a eu beaucoup de mal à perdre son accent franco-américain pour jouer un film choral au bord de la Saône. C’est vrai qu’on n’imagine pas la sœur de Jean-Paul Rouve parlant avec l’accent de Laurel Canyon et Linda Hardy. – Ce n’est pas une question d’accent mais d’intonation. Ça ressort quand je parle en groupe, quand
j’exprime des émotions… Au début ça ne collait pas vraiment avec Dijon. – Je vous assure qu’on n’entend rien… – Merci (rire joyeux), ça veut dire que j’ai bien travaillé donc. – Dijon vous a plu ? – Oui, j’ai adoré. Il y a plein d’exploitations de vin. Avec mon mec on a été faire un tour et goûté des bons crus. C’est vrai qu’à bien y regarder elle n’a pas l’air de sucer de la glace. Pas ivrogne, non… mais bonne vivante comme on dit dans la presse. Le flou dans les yeux, la truffe humide le rire communicatif peuvent laisser penser que… Un peu comme Romy Schneider. La comparaison n’est pas infâme. Clara Bow non plus ne crachait pas sur un drink… La question stupide maintenant que j’ai volée à un vieux numéro de Mademoiselle Âge tendre… – Camille, dans l’idéal, quel rôle auriez-vous voulu jouer au cinéma ? – Le film dans lequel j’aurais vraiment aimé jouer c’est Kill Bill. J’avais raison de penser à Tarantino, il y a chez Camille Rowe un côté Margot Robbie dans le rôle de Sharon Tate… Un truc joyeux, californien, pas compliqué et un peu attiré par le mal en même temps… – Dans le film vous photographiez des gens difformes. Dans la vie êtes-vous fan de Diane Arbus ? 163 Jalouse – Hiver 2020
– Question art je préfère la peinture. Je ne suis pas fan de photographie. Par contre j’aime bien les films d’horreur… Sinon je suis assez intéressée par les serial killers… Une ouverture ? J’y crois pas. J’ai lu (sur Wikipedia ?) qu’elle aime bien les vieux David Cronenberg… Alors nous citons quelques films… Si j’avais fait le déplacement au lieu de lui téléphoner, j’aurais pu lui raconter que j’ai passé plusieurs soirées avec Cronenberg à Genève en novembre (il y avait sa fille aussi qui est photographe) et qu’il a un super sonotone branché sur son iPhone qui lui permet d’écouter ou de zapper les gens selon qu’ils sont assis en face de lui, à gauche ou à droite… – Vous ne devinerez jamais ce qu’ils me font au maquillage pendant que je vous parle… Ils sont en train de gratter des croûtes sur mon nez. Cette fille est vraiment charmante… Rowe power… Il y a que des gens beaux pour parler de ce genre de choses. – Vous avez des projets ? – Oui, un film canadien de science-fiction… Et un film anglais… – Votre premier rôle ? – À 12 ans à l’école dans Chantecler d’Edmond Rostand, je jouais une poule… Une poule méchante j’aimais bien ça (rire sinistre). Rowe power got a magic touch !