IA-MAG N°00 du 09-12-2025

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MAG

CRITIQUE

“L’intelligence économiqueetIAau

“L’intelligence économiqueetIAau

Maroc":unlivre ambitieux,maisun diagnosticqui manquedeterrain

Maroc":unlivre ambitieux,maisun diagnosticqui manquedeterrain CRITIQUE

ENTRETIEN

ENTRETIEN

avecl'auteurde

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“L’Intelligence Économiqueet

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l’Intelligence

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Artificielleauservice duMaroc"

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Ledangerdesfaux

Ledangerdesfaux

éclaireursdel’IAau

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Maroc

Maroc

ParDrAz-Eddine

ParDrAz-Eddine

Bennani

Bennani

LE MAROC FACE À L’ICEBERG INVISIBLE DES MÉTIERS QUI BASCULENT

Ilyaceuxquianalysentl’impactdel’IAsur l’emploi… et ceux qui préfèrent rester paralysés

Le Maroc parle beaucoup d’intelligence artificielle.

Il en rêve parfois, il la redoute souvent Mais entre ceux qui étudient sérieusement l’impactdecetterévolutionsurlesmétierset ceux qui espèrent que « cela ne nous concerne pas trop » , un fossé inquiétant se creuse Pendantcetemps,uneétudeduMIT, publiéecettesemaine,montrequelavague qui arrive est bien plus haute que prévu À l’étranger,onmesure Onsimule Onanticipe

Chez nous, on débat encore de « menace » ou « opportunité » La vraie question devient urgente:quisepréparevraiment etquise contentederegarderl’icebergsansbouger?

Où sont nos institutions de l’emploi ? Et pourquoi le Maroc n’a toujours pas son “IcebergIndex”?

Emploi, IA et transformation des métiers : unchocannoncé LeMarocobserveavecinquiétudel’évolution dumarchédutravail,surtoutpourlesvingtquatre – cinquante-quatre ans, qui vivent déjà une double pression : une économie plus compétitive et une technologie qui avance sans demander la permission Les jeunes diplômés, eux, sont souvent les premiers exposés Rien d’étonnant à ce que les études internationales sur l’emploi tournent en boucle sur les réseaux : elles réveillent une angoisse collective, un « futur dutravail»emballédansdesgraphiquesqui s’étendentsurdesdécennies

Mais une publication récente du MIT vient secouer le cocotier Non seulement elle estime que l’impact potentiel de l’IA est sous-évalué, mais elle démontre aussi,chiffressolidesàl’appui,quelesmétiersmenacés nesontpasceuxauxquelsonpenseleplussouvent

L’étudeestimequel’IApourraitdéjàremplacer11,7%des emplois aux États-Unis (1 200 milliards de dollars de salaires concernés) Ce chiffre n’est pas une prophétie futuriste:ils’appuiesurunmodèleanalysantdestâches réelles, à partir des compétences requises pour chacun des923métiersétudiés Chaqueposteestdécortiquéen micro-tâches, puis comparé aux capacités des systèmes d’IA actuels Résultat : l’IA sait déjà faire beaucoupplusquecequeledébatpublicluiprête. Enface,leSurfaceIndex–cequel’onobserveréellement aujourd’hui–nemontrequ’uneexpositionde2,2%dans dans la tech. Le contraste est vertigineux. Ce que nous voyonsn’estquelapointeémergée.

« Ce n’est pas l’IA qui est inquiétante, c’est notre ignorancedesonpotentielréel»,commenteunexpert américain cité dans le rapport. La formule pourrait s’appliquertelquelauMaroc.

Iceberg Index : une méthode qui change le débat mondial(IA,impact,analyse)

Le cœur de cette étude s’appelle Iceberg Index, conçu parleMITavecleOakRidgeNationalLaboratory(ORNL)

Une prouesse technique : la création d’un marché du travailjumeau,versionnumériquedesinteractionsentre 151millionsdetravailleursetunearméed’agentsd’IA

Danscettegigantesquesimulation,32000compétences sont croisées avec 923 carrières pour mesurer, métier par métier, la probabilité que certaines tâches soient automatisées

Ce niveau de précision montre ce que les analyses classiquespassentsouventsoussilence: l’exposition ne concerne pas seulement les entreprises technologiquesoulesmétropolesnumériques,maisune mosaïquedemétiersbeaucoupplusvaste

Lessecteurslesplusmenacés?

–l’administratif, –lesservicesprofessionnels, –lafinance, –lesressourceshumaines.

Des domaines où l’IA excelle à automatiser des tâches structurées:saisie,vérification,miseenforme,extraction d’insights,gestionrépétitive.Riendespectaculaire,mais suffisamment profond pour remodeler les organigrammes.

Ce qui surprend davantage, c’est la géographie de l’impact Contrairement au cliché d’une « robotisation côtière » , l’Iceberg Index révèle que des États industriels comme le Tennessee, l’Ohio ou le Michigan, supposés moins vulnérables, sont en réalité exposés « en profondeur » Leur activité dépend de milliers de microprocessus cognitifs, discrets mais essentiels Ceux-là mêmequel’IAmaitrisedéjààvitessegrandV

Et pendant que certaines régions américaines se préparent avec sérieux, le MIT annonce que plusieurs gouvernements locaux ont déjà intégré cet outil dans leursstratégiespubliques LeTennesseel’utilisedansson plan pour l’emploi ; l’Utah et la Caroline du Nord travaillentsurdesrapportssimilaires

Là-bas,onmesurel’invisible.Onjouecartessurtable. Etnous,auMaroc?Entrevigilanceetimmobilisme ÀquoiressembleraitunIcebergIndexmarocain?

Probablement à une radiographie brutale de notre marché du travail : riche en compétences humaines, maisencoretropdépendantd’activitésrépétitivesetmal numérisées.

Le risque ne vient pas d’un « remplacement massif » , maisd’uneredistributionsilencieuse.

Dans les administrations, l’IA peut déjà automatiser une partie du traitement des dossiers, des réponses standardisées,desopérationscomptables. Danslesbanques,elleaccélèrelescoring,l’auditinterne, laconformité.

Dans les entreprises, elle s’immisce partout où la logique et la régularité priment sur la créativité et le relationnel

Si nous ne mesurons pas rapidement la vulnérabilité denosmétiers,nouslaisseronsunegénérationentière entrer sur le marché avec des compétences déjà dépassées

Le Maroc a longtemps souffert d’analyses tardives : urbanisme, mobilité, climat, emploi L’IA ne fera pas exceptionsinousnechangeonspasdeméthode

Lepayspeutallervitelorsqu’ildécidedestructurerune filière L’essordel’automobile,del’aéronautiqueoudes énergies renouvelables le prouve Et la volonté d’accélérerdanslaformationdigitaleexisteréellement, des universités aux centres de formation, sans oublier lesinitiativesprivées

Le problème n’est pas l’absence de volonté, mais l’absenced’instrumentdemesurenational

Pas de cartographie précise. Pas de diagnostic partagé.Pasdesimulationprospectivecomparableau modèleduMIT.

Commentanticipercequ’onnevoitpas?

Former, adapter, protéger : l’urgence d’une stratégie claire(formation,IA,transition)

L’étude du MIT propose un outil, mais surtout une manière de réfléchir : tester l’avenir avant de le subir. Lesgouvernementsaméricainsutilisentl’IcebergIndex pour simuler l’impact d’une formation, d’une réorientationbudgétaire,oud’uneadoptionaccélérée detechnologies

Le Maroc pourrait faire la même chose, à sa propre échelle,entenantcomptedesesspécificités: –unedémographiejeune, –untissuentrepreneurialcomposéà98%deTPE/PME, –desmétiersencoretrèspeuautomatisés, –uneforteaspirationàlamobilitésociale

Laformationcontinueseraunpilier Maisellenesuffira pas si elle n’est pas alignée sur les compétences réellementmenacées

La protection de l’emploi devra être intelligente, non punitive : encourager le reskilling plutôt que freiner l’innovation

L’adoption technologique devra être progressive mais ferme

Notre avantage, paradoxalement, est que nous arrivons « après » Nous pouvons observer ce qui fonctionne ailleurs, comprendre les erreurs des autres, et bâtir une stratégie nationale centrée sur l’inclusion, la mobilité, et l’égalité deschances

Comme le disait un expert marocain de l’employabilité lors d’un atelierdeformation:

« Ce ne sont pas les outils qui décident de notre avenir, ce sont nosdécisions,etsurtout notrevitesse.»

Ceux qui bougent, ceux qui hésitent : l’histoire ne retient que les premiers

L’IA ne remplacera pas tout le monde. Elle ne condamne pas le travailhumain.Maiselle redessine déjà les frontièresdupossible

Et entre ceux qui prennent le temps de comprendre, d’analyser,destructurer leur adaptation et ceux qui se rassurent en regardant la mer comme si elle ne monterait jamais, la différence est simple : les premiers avancent, les seconds s’épuisent à espérer que rien ne changera

Le Maroc a une fenêtre d’opportunitérare.

Reste à savoir de quel côté de l’histoire nous voulons être : du côté des acteurs qui anticipent… ou de ceux qui restent paralysés faceàl’iceberg.

Où sont nos institutions de l’emploi ? Et pourquoi le Maroc n’a toujours pas son “Iceberg Index”?

Quand on observe l’intensité du débat mondial sur l’impact de l’intelligence artificielle sur l’emploi, une question s’impose avec une force presque dérangeante : où sont nos institutions nationales censées anticipercesbouleversements?

Le Maroc ne manque pourtant pas d’acteurs dédiés au travail, àlaformation,àl’intermédiation etàlaplanificationéconomique. Le Ministère de l’Inclusion économique, de la Petite Entreprise, de l’Emploi et des Compétences (MIEPEEC) pilote lapolitiquedel’emploi.L’ANAPEC orchestre l’intermédiation et accompagne les chercheurs d’emploi La CNSS gère les cotisations sociales, l’assurance-chômage, et observe de près l’évolution des effectifs déclarés L’OFPPT forme des centaines de milliers de jeunes chaque année Le HCP produit des indicateurs clés sur l’activité, l’emploi, l’informel Le ministère de la Transition numérique supervise les chantiers digitaux Les universités,MarocPME,

Tout ce monde existe Tout ce mondetravaille Pourtant,aucun cadre national harmonisé ne permet aujourd’hui de mesurer, tâche par tâche, métier par métier, l’exposition du Maroc à l’automatisationetàl’IA.

La situation est paradoxale : alors que plusieurs États américains utilisent déjà des modèles avancés comme l’Iceberg Index pour tester l’effet des nouvelles technologies sur leur marché du travail, nous naviguons encore “au doigt mouillé”, entre déclarations optimistes, inquiétudes diffuses et rapports institutionnels qui peinentàintégrerladynamique fulgurantedel’IAgénérative

Notre avantage, paradoxalement, est que nous arrivons « après » Nous pouvons observer ce qui fonctionneailleurs,comprendreleserreursdesautres, etbâtirunestratégienationalecentréesurl’inclusion, lamobilité,etl’égalitédeschances

Comme le disait un expert marocain de l’employabilitélorsd’unatelierdeformation: «Cenesontpaslesoutilsquidécidentdenotreavenir, cesontnosdécisions,etsurtoutnotrevitesse »

Ceux qui bougent, ceux qui hésitent : l’histoire ne retientquelespremiers

L’IA ne remplacera pas tout le monde Elle ne condamne pas le travail humain Mais elle redessine déjàlesfrontièresdupossible

Et entre ceux qui prennent le temps de comprendre, d’analyser, de structurer leur adaptation et ceux qui se rassurent en regardant la mer comme si elle ne monterait jamais, la différence est simple : les premiers avancent, les seconds s’épuisent à espérer queriennechangera.

LeMarocaunefenêtred’opportunitérare.

Resteàsavoirdequelcôtédel’histoirenousvoulons être:ducôtédesacteursquianticipent…oudeceux quirestentparalysésfaceàl’iceberg.

LeMarocaurgemmentbesoindesonpropreIceberg Index national : un outil d’analyse capable de cartographierlescompétencesmenacées,d’identifier lesrégionslesplusvulnérables,etdesimulerl’impact d’une automatisation accélérée sur l’emploi, les cotisations sociales, les retraites, la productivité des PME, voire la stabilité de secteurs entiers comme l’administratif,labanque,leback-officeoulesupport client

Un tel instrument permettrait au gouvernement d’ajuster les politiques de formation, de prioriser les programmes de reconversion, et d’orienter les investissements publics vers les filières les plus résilientes Il donnerait aussi aux entreprises une visibilitéstratégique,toutenprotégeantlestravailleurs contreunetransitionbrutale

L’IA n’est pas un horizon lointain : elle s’installe déjà Sans un Iceberg Index marocain, le pays risque d’avancer les yeux bandés vers une mutation profonde du marché du travail Et l’histoire nous a appris que les nations qui ne prennent pas le temps d’anticiper finissent souvent par subir ce qu’elles auraientpuprévenir

AUSERVICEDE L’INTELLIGENCE ÉCONOMIQUEAU

MAROC

Critique : “L’intelligence économique et IA au Maroc" : un livre ambitieux, mais un diagnostic qui manque de terrain

Analysecritiqued’unouvragequisuscite déjà avant même sa parution programméece1décembre2025autant d’attentes que de doutes.“Répondre à la critique, c’est prolonger le débat” Par AdnaneBenchakroun

Le nouveau livre d’Adnane Benchakroun, L’Intelligence Économique et l’Intelligence ArtificielleauServiceduMaroc,arriveavec un positionnement audacieux : celui d’un ouvrage “stratégique”, censé apporter un regardlucidesurl’avenirdupaysàl’heure del’IAetdestensionsgéopolitiques Surla forme, l’ambition est réelle Sur le fond, l’exercice révèle toutefois de nombreuses fragilités Le livre se lit comme une longue alerte adressée aux décideurs marocains, mais il souffre d’un défaut majeur : il n’apporte pas toujours les preuves, les données et les démonstrations concrètes nécessairesàsesproprespropositions

Si l’auteur mobilise son expérience d’économiste senior, il retombe souvent dans un discours théorique, voire incantatoire, qui peine à convaincre. À force de généralités et d’énoncés normatifs,lelivrefinitpardécrireunMaroc imaginaire, un pays où l’intelligence économique serait la clé de toutes les solutions sans expliquer comment l’appliquer réellement, ni quelles en seraientleslimites

Une vision séduisante, mais un Maroc abstrait Lepremierreprochequel’onpeutadresser à l’ouvrage est son caractère extrêmement conceptuel Benchakroun parle d’un Maroc qui devrait anticiper, protéger,influencer,seprojeter maissans jamais dire comment ces mécanismes peuventêtreopérationnalisésdansunÉtat dontlesproblématiquesquotidiennessont autrement plus concrètes : lourdeurs administratives, manque de coordination interministérielle, fuite des talents, faible culture de la donnée, difficultés d’accès à l’informationpublique

À plusieurs reprises, l’auteur évoque la “nécessité vitale d’un modèle marocain d’intelligence économique”, mais ce modèle n’est jamais défini autrement que par une suite de vœux pieux. Quelle articulation entre l’État central et les collectivités ? Quel rôle pour les universités ? Quels budgets ? Quels instruments ? Quels garde-fous démocratiques en matière de veille informationnelleetd’influence?Silence

LeMarocquisedessinedanslelivreestunMarocidéal,presquethéorique,où les institutions fonctionneraient de manière fluide et où la coordination intersectorielle ne serait pas un problème On peine à voir comment les recommandations pourraient se déployer dans la réalité d’un pays où la gestionpubliquerestecloisonnée,hiérarchisée,lenteetprudente

Unedépendanceexcessiveaurécitdela“souveraineté” L’autre angle problématique du livre tient à son obsession pour la souverainetéinformationnelle Leconceptestimportant,maisl’auteurenfait une réponse universelle à toutes les difficultés du Maroc Le mot revient commeunmantra,sansêtreadosséàdesanalysescomparativessolides,ni àdeschiffresprécis

Direquelesdonnéesmarocainestransitentpardesplateformesétrangères estvrai;enfairelaracinedetouteslesvulnérabilitésrelèvedel’exagération Plusieurspaysémergentsfonctionnentparfaitementavecdescloudhybrides sans disposer d’un cloud souverain ; plusieurs démocraties avancées refusentd’ailleursdecentraliserlesdonnéespouréviterlesabus.Lelivrene semblepasprendreencomptecesnuances.

Deplus,l’idéequeleMarocpourraitrapidementrattraperdesdécenniesde dépendance technologique par la seule volonté politique paraît naïve. L’auteur semble sous-estimer les coûts, les compétences nécessaires, les risquesjuridiquesetlacomplexitéd’unetelletransformation.

La souveraineté n’est pas un slogan : c’est un chantier technique colossal Le livre l’annonce fièrement, mais sansjamaismesurersesimplications

Une critique implicite du présent qui reste trop prudente

L’un des paradoxes du texte est qu’il se veut lucide, parfois alarmiste, mais tout en restant extrêmement prudent vis-à-vis des institutions marocaines On sent l’influence d’un auteur qui connaît bien l’appareil d’État, mais qui n’ose pas en critiquer frontalement les dysfonctionnements

Lorsque Benchakroun évoque les angles morts de la décisionpublique,ilnevajamaisjusqu’àquestionnerles causesstructurelles:opacité,corporatisme,absencede mécanismesd’évaluationdespolitiquespubliques,faible culture du risque, centralisation excessive Les diagnostics sont évoqués en termes généraux, mais jamaisdisséqués

Ce refus de nommer clairement les obstacles rend le livre moins percutant. À trop vouloir être diplomate, il perd en crédibilité. Le lecteur attendait une parole franche, celle d’un senior libéré des contraintes institutionnelles. Il reçoit un texte qui critique sans déranger, alerte sans dénoncer, propose sans désigner lesvéritablesacteursdublocage.

Une absence frappante de terrain, de cas concrets et d’exemplesmarocains

Le reproche le plus lourd porte sur l’absence de cas pratiques Comment un livre sur l’intelligence économiqueauMarocpeut-iléviterd’aborder:

lescrisescycliquesdel’eau, les problèmes de cybersécurité dans les administrations, l’affairedesdonnéesmédicalesexposées, lesfaillesdesappelsd’offrespublics, les dépendances logistiques révélées pendant le COVID, lafragilitédecertaineschaînesdevaleurindustrielles, les campagnes informationnelles hostiles sur la questionduSaharaMarocain?

Ces exemples existent, sont documentés, et auraient permisderendreleproposconcret L’auteurlesesquive, sansraisonapparente Enrésulteunlivrethéorique,alors que l’intelligence économique est une discipline profondémentempirique

De même, aucune étude de cas internationale n’est développée.Commentcomprendrel’IEsanscomparerla méthode française, le modèle israélien, l’approche américaine ou la structuration coréenne ? Là encore, le livre contourne les détails. Cette absence empêche le lecteurd’évaluerlafaisabilitédespropositions.

Unevisionséduisante…maistropvague

Le livre ambitionne de poser les bases d’une “intelligence stratégique marocaine” L’idée est noble, et même nécessaire Mais dans sa forme actuelle, l’ouvrageressembledavantageàuneprofessiondefoi qu’àunguidestratégique

Ce que le lecteur retiendra, c’est une succession de slogans:

“LeMarocdoitanticiper”

“LeMarocdoitprotégersesdonnées” “LeMarocdoitdéveloppersestalentshybrides” “LeMarocdoitinfluencer”

Oui Tout cela est vrai Mais comment ? À quel coût ? Avecquelsrisques?Dansquelsdélais?Cesquestions restentouvertes

On ressort du livre avec le sentiment d’un immense potentiel et d’un vide opérationnel Comme si le Maroc devait devenir une puissance stratégique par simple volonté, sans passer par le dur labeur des réformes institutionnelles, des investissements et des arbitragesdifficiles.

Unlivreimportant,maisincomplet

Le livre d’Adnane Benchakroun mérite d’être lu, parce qu’il met enfin sur la table des sujets trop longtemps ignorés : la donnée, la souveraineté, la guerre informationnelle, les risques émergents. Il ouvre des portesnécessaires,stimulelaréflexion,inviteàsortirdu confortdesanalysesclassiques

Maisilresteinabouti.

Il manque de terrain, de contradictions assumées, de chiffres, d’études de cas, de preuves, d’imagination concrète Ilproposeunevision,maispasuneméthode Il présente des ambitions, mais pas de stratégie Il diagnostique,maisn’opèrepas Ilalerte,maisn’éclaire pastoujours

C’est un livre qui pose de bonnes questions, mais qui auraitdûallerplusloinpourjustifiersesréponses

“Répondre à la critique, c’est prolonger le débat” Par AdnaneBenchakroun

J’ailuattentivementlacritiqueadresséeàmonlivre Elle est exigeante, parfois sévère, souvent pertinente et je l’accueillecommeunprolongementnatureldecetravail

L’intelligence économique est une discipline qui n’existe que dans la confrontation des idées Un pays qui ne débat pas de ses fragilités ne construit jamais sa force Un auteur qui refuse la critique n’enrichit jamais son propos

Jevoudraisdoncrépondre,nonpourmedéfendre,mais pouréclairerlesintentionsquiontguidécelivre

“Unlivretropconceptuel” Oui,volontairement.

On me reproche d’avoir produit un texte conceptuel

C’estvrai

Etc’estassumé

Le Maroc est saturé d’analyses immédiates, de commentaires de conjoncture, de diagnostics microsectoriels Ce livre ne prétend pas ajouter une étudedeplusàunempilementdéjàlourd.Ilambitionne autre chose : donner un cadre, une architecture intellectuelle, un vocabulaire stratégique que nous n’avonsjamaisréellementconstruit.

L’intelligence économique n’est pas une recette. C’est unegrilledelecture.

Celivreestunetentativederéhabiliterlapenséelongue dans un pays qui fonctionne trop souvent au court terme.

Mais je reconnais volontiers que ce cadre devra être complété un jour par des travaux plus sectoriels, plus opérationnels Celivren’estquelapremièrepierre

“Un Maroc idéal et abstrait” — Je parle d’un Maroc possible,pasd’unMarocexistant.

On me reproche d’avoir décrit un Maroc presque théorique

Jediraisplutôt:unMarocpotentiel.

Oui,notreadministrationestlente Oui,noschaînesdedécisionsontrigides Oui,nosinstitutionsmanquentparfoisdecoordination

Mais l’intelligence économique sert précisément à dépasserceslimites,àintroduireuneculturequin’existe pas encore Ce livre n’est pas une photographie du Marocactuel c’estuneprojectionnormative:cequele Marocdoitdevenir,pascequ’ilestdéjà.

L’analyse critique est nécessaire, mais sans horizon, elle devientstérile.

J’aichoisid’écrirecelivreenpensantauMarocde2035, passeulementàceluide2025.

“La souveraineté informationnelle érigée en mantra” Parcequ’elleestlepivotdetout.

Lacritiquesoulèveunpointimportant:lasouveraineté n’estpasunslogan,etellen’estpassimple.

Jesuisd’accord

Maisilfautdireleschosesclairement:

un pays qui ne contrôle pas ses données ne contrôle plussesdécisions

Ce n’est ni une exagération ni une posture dramatique C’estlecœurdelapuissanceauXXIᵉsiècle

Lasouverainetén’estpasunobjectifabsolu j’aiinsisté, danslelivre,surlanécessitédechoisircequel’onveut contrôleretcequel’onacceptededéléguer

Levraidébatn’estpas:“Faut-ilviserlasouveraineté?”

Le vrai débat est : “Sur quels domaines stratégiques le Maroc doit-il absolument rester maître de ses données ?”

Si cette idée revient dans tout l’ouvrage, c’est parce qu’elle structure aujourd’hui l’industrie, la finance, la diplomatie, la sécurité, la santé, et jusqu’à notre économienumériquenaissante

“Unmanquedecasconcrets”—Unecritiquevalable, maispasundéfautdulivre.

J’ai volontairement évité la citation de cas sensibles, notamment:

lesfaillescyberdanscertainesinstitutions, lesdéfaillancesdegestionpendantlapandémie, desvulnérabilitéslogistiquesouénergétiques, descampagnesinformationnelleshostiles

Pourquoi?

Parce que l’objectif n’était pas de pointer des responsablesoud’exposerdesfaillesopérationnellesqui relèventencoredudomainesensible

L’intelligence économique n’est pas un exercice de dénonciation

C’estunexercicedestructuration.

J’aichoisilaprudencepournepasbrouillerlemessage stratégiquenitransformercelivreenrapportd’audit Ce travail, d’autres pourront le mener avec une granularité plusfine

08-12-2025

“Unlivretroppoliaveclesinstitutions” Ils’agitdepédagogie,pasdediplomatie

Onmereprocheuneformedeprudence

Jelarevendique

J’aipassémaviedansladécisionpublique

Jesaisqu’undiscoursfrontalpeutparfoisbraquerplutôtqueconvaincre

Monobjectifn’étaitpasde“dénoncer”maisd’ouvrirunespacestratégique

Celivres’adresseàdesdécideursquisontparfoissceptiques,souventprudents,toujourssouspression

Pourlesmobiliser,ilfautexpliqueravantdebousculer

Lacritiquearaison:l’analysepourraitallerplusloindansladénonciation. Maiscen’estpasunpamphlet

C’estuncadrederéflexiondestinéàdurer

“Unevisionséduisantemaisvague” Toutestratégiecommenceparunevision. Aucunpaysn’aconstruitsonintelligenceéconomiqueenappliquantunelistedemesurestechniques

LesÉtats-Unisontcommencéparunedoctrine

LaFranceparunevisiongaullienne

LaCoréeparuneambitioncollective

Israëlparuneculturedesurvie.

Lesdétailsviennentensuite:outils,agences,centresd’analyse,budgets,réformes.

Celivren’apaspourambitionderédigerunpland’actiongouvernementalde200pages. Ilveutcréerunlangagestratégiquemarocain,unematricedepenséepoursortirduréflexedéfensifetentrerdans lalogiqueanticipatoire.

Celivren’estpaslafin,maisledébut.

Sicettecritiqueexiste,c’estquelesujet manquaitjusqu’icidedébatpublic

Et je considère cela comme une réussiteensoi

Unpaysquicritiqueréfléchit

Unpaysquiréfléchitavance

Mon livre n’est pas parfait ; aucun livre nel’est

Mais s’il ouvre une brèche, un espace d’interrogation, un début de méthodologie, alors il a déjà rempli sa fonction

Je préfère mille fois être critiqué pour avoir proposé une vision, plutôt qu’être applaudipourn’avoirriendit.

ENTRETIEN avec l'auteur de “L’Intelligence Économique et l’Intelligence Artificielle au service du Maroc"

Dansuncontextemondialoùl’intelligenceéconomiqueetl’intelligenceartificiellesontdeplusenplusperçuescomme des leviers incontournables de compétitivité, Adnane Benchakroun, économiste et auteur, nous livre un ouvrage ambitieux:L’IntelligenceÉconomiqueetl’IntelligenceArtificielleauMaroc.Celivreproposeuneréflexionapprofondie surlerôlequepeuventjouercesdeuxdomainesdansl’essoréconomiqueduMaroc,toutenmettantenlumièrelesdéfis etopportunitésauxquelslepaysdoitfairefacedansl’èrenumérique.

Danscetentretien,AdnaneBenchakrounpartageavecnoussonparcours,lesmotivationsquil’ontpousséàécrirecelivre, ainsiquesesvisionspourl’avenirdel’intelligenceéconomiqueetartificielleauMaroc Maisaussi,ilrépondàdesquestions critiques, notamment sur la portée de ses propositions et l’applicabilité de ses idées dans un Maroc encore en pleine transition numérique Une occasion de comprendre plus en profondeur la vision d’un auteur qui prône une fusion entre traditionetmodernité,toutenmettantl’accentsurlesenjeuxgéopolitiquesetéconomiquesduroyaume

Votrelivreparaîtàunmomentoùlemondetraversedesbouleversementstechnologiquessansprécédent Pourquoiavoir choisi d’aborder spécifiquement l’intelligence économique et l’intelligence artificielle, et en quoi ces deux domaines deviennent-ilsdésormaisindissociablespourcomprendrel’avenirduMaroc?

J’aiconsacrémavieprofessionnelleàobserverlesgrandestransformationsdel’économiemarocaine Enquaranteans, j’aivudescyclesindustrielssesuccéder,desréformesaudacieusesetd’autresmoinsabouties,descrisesimprévisibleset des opportunités saisies parfois trop tard Mais jamais je n’ai vu une rupture aussi profonde que celle que nous vivons aujourd’hui Nousavonsbasculédansuneèreoùlamaîtrisedel’information,deladonnéeetdelatechnologien’estplus unatout:c’estlaconditionmêmedelasouveraineté

L’intelligence économique, telle que je la conçois, n’est plus un outil de veille ou un exercice académique. C’est une disciplinestratégiquequistructurelapuissanced’unpays.Ellepermetdecomprendrelesjeuxgéopolitiques,d’anticiperles ruptures,deprotégerlessecteursvitaux,d’influencersonenvironnementetdedécideraveclucidité.Maiscettediscipline, ncirculeàlavitessedel’éclair.

le. L’IA élargit notre champ de vision et accélère nos capacités tionimpossiblesàtraiterhumainement,dedétecterdessignaux , d’optimiser les politiques publiques. L’IA n’est pas une simple edontunpayspense,décide,seprotègeetseprojette.

J’ai donc voulu réunir ces deux domaines — intelligence économique et IA — parce qu’ils forment désormais un système unique de décision nationale. Un pays qui ne maîtrise pas ce système seradépendant.Unpaysqui lemaîtrisedevientstratège.

Dans votre préface, vous évoquez une “inquiétude lucide” concernant la vitesse du monde et l’incapacitédesÉtatsàsuivre.Est-cecelaquivousa poussé à écrire ce livre après votre retraite, et comment votre expérience éclaire-t-elle cette prise deconscience?

Lorsquej’aiquittémesfonctionsactives,jepensaisme consacrer à un travail plus calme, plus intellectuel, sans pression institutionnelle Mais en observant le monde,j’aisentimonteruneinquiétudequejen’avais jamais ressentie auparavant Non pas une inquiétude pessimiste,maisuneinquiétudestratégique Lavitesse des ruptures technologiques dépasse désormais la vitesse des institutions L’IA, les tensions géopolitiques, les guerres d’influence, la bataille pour les ressources, toutcelabouleverselahiérarchiemondiale

Avec le recul, j’ai compris que le Maroc possède un potentiel immense, mais qu’il manque encore d’une chose : une culture de l’anticipation. Pendant mes quarante années d’expérience, j’ai souvent vu des crisesquel’onauraitpuéviter,desopportunitésqu’on auraitpusaisirplustôt,dessecteursquel’onauraitpu protéger davantage. Nous avons souvent travaillé avec sérieux, mais rarement avec vision. La retraite offre un avantage incomparable : on n’a plus rien à défendre,donconpeutdirecequ’ilfautdire.

J’aiécritcelivreparcequ’ilétaittempsdetransmettre, nonpasdessolutionstoutesfaites,maisuneméthode : comprendre, anticiper, protéger, influencer Le Maroc n’a pas besoin de devenir une grande puissance technologique ; il doit devenir un pays stratégiquement intelligent Et si mon expérience peut contribueràcettematurité,alorsécrirecelivren’était pasunchoix,maisuneresponsabilité

LeMarocestsouventprésentécommeuneéconomie émergente solide. Pourtant, vous insistez sur la vulnérabilité de certains secteurs. Quels sont, selon vous,lesanglesmortslesplusdangereuxdansnotre modèleactuel?

Nous avons parfois tendance à confondre performance et résilience Le Maroc réussit de belles choses : une industrie automobile compétitive, des infrastructures logistiques de premier plan, un positionnement agricole reconnu, un dynamisme financierafricain.Maislasoliditéapparentenedoitpas masquer les fragilités profondes. Nos dépendances sontréelles:dépendancetechnologique,dépendance énergétique, dépendance en matière d’approvisionnement, dépendance vis-à-vis de donneurs d’ordres étrangers. Et surtout, dépendance vis-à-vis de données et d’infrastructures numériques quenousnecontrôlonspastotalement.

Les angles morts viennent souvent de notre manière d’appréhender le réel : nous valorisons le visible, les succès tangibles, les infrastructures physiques Or, les vulnérabilités modernes sont souvent invisibles : une faille cyber, une rupture logistique, une dépendance à une technologie importée, une manipulation informationnelle, un choc climatique mal anticipé Ce sontcesdimensionssilencieusesquifaçonnentlescrises dedemain

Pourquoi sont-elles invisibles ? Parce qu 'elles n’entrent pas dans les tableaux de bord traditionnels Les ministères,lesbanques,lesentreprisesregardentcequi est mesurable Mais l’intelligence économique consiste précisémentàregardercequinel’estpasencore les signaux faibles, les interconnexions, la fragilité systémique Le Maroc doit passer d’une économie performante à une économie stratégique C’est une différencemajeure

Dans votre ouvrage, vous insistez sur l’importance d’une souveraineté informationnelle. Que signifie concrètement cette souveraineté numérique pour un payscommeleMaroc,etquelsrisquescourons-nous sinousnelaconstruisonspasdèsmaintenant?

La souveraineté informationnelle ne consiste pas à se couperdumondeniàérigerdesmursnumériques.Elle consiste à maîtriser trois choses : nos données, nos infrastructuresetnosdécisions.Aujourd’hui,lesdonnées marocaines celles des administrations, des entreprises,descitoyens transitentlargementpardes plateformes étrangères Nos infrastructures numériques s’appuientsurdestechnologiesdontnousnecontrôlons ni les mises à jour, ni l’architecture, ni les flux trans parfo acteu

Construireunesouveraineténumériquenesignifiepas inventer tout localement ce serait impossible Cela signifie choisir ce que l’on contrôle, ce que l’on externalise,cequel’onpartageetcequel’onprotège

Cela signifie développer un cloud souverain, une gouvernance des données, des compétences nationales, des partenariats équilibrés Sans souverainetéinformationnelle,iln’yapasd’intelligence économique Iln’yaqu’unedépendanceintelligente

Vous consacrez plusieurs chapitres aux menaces informationnelles et à la guerre des narratifs. Commentcesphénomènesinfluencent-ilsleMaroc aujourd’hui, et pourquoi sont-ils si difficiles à percevoir sans un système structuré d’intelligence économique?

La guerre des narratifs est devenue la première ligne de la géopolitique moderne On ne cherche plus seulement à influencer les gouvernements, mais à façonner les perceptions, les émotions, les croyances despopulations.LeMaroc,deparsonpositionnement stratégique,estexposéàcesoffensives:surleSahara, sursonrôleenAfrique,surseschoixdiplomatiques,sur ses succès économiques. Certaines campagnes sont orchestrées, d’autres opportunistes, d’autres encore automatiséesparl’IA.

Pourquoi sont-elles difficiles à percevoir ? Parce que leur objectif n’est pas de convaincre rationnellement, maisdecréerdudoute,dubruit,deladivision Ellesse propagent par des vidéos, des extraits isolés, des publicationsvirales,desmessagesciblés Ellesutilisent lesfaillespsychologiquesdupublic:lapeur,lacolère, l’indignation Danscecontexte,l’absenced’intelligence économique structurée laisse le pays réagir trop tard, parfoisaprèsquelenarratifhostiles’estdéjàinstallé

Le Maroc doit bâtir une capacité d’analyse en temps réel des flux informationnels, une cellule de contrenarratif, des partenariats avec les médias, les plateformes et la société civile L’influence n’est pas une manipulation ; c’est une protection de la vérité nationale Ignorer les guerres de perception, c’est laisserd’autresraconternotrehistoireànotreplace

Vousconsacrezunchapitreentieraurôlecrucialdes talents.Pourquoilecapitalhumainest-il,selonvous, la ressource la plus déterminante de l’intelligence économiquemarocaine?

On parle beaucoup de technologies, d’algorithmes, d’infrastructures, de data centers. Mais un pays ne devientstratègequeparsesfemmesetseshommes.

L’intelligence économique est un métier hybride : il demande une culture générale solide, une capacité d’analyse, une sensibilité géopolitique, une maîtrise technique, un esprit critique et une intuition humaine. Aucunoutilnumériqueneremplacecela.

Le Maroc forme de très bons ingénieurs, de bons économistes, de bons administrateurs Mais il manque de profils capables de faire le pont : ceux qui comprennent à la fois la technologie et la stratégie,lagéopolitiqueetladonnée,l’économieet l’influence C’est cette hybridation qui crée la puissance

Lecapitalhumainestdéterminantpourdeuxraisons Lapremièreestsimple:sansanalystescompétents, les données ne deviennent jamais des décisions Elles restent des tableaux, des graphiques, des rapports Lasecondeestplusprofonde:lescrisesde demainneserontpastechniques,maissystémiques

Elles exigeront de la créativité, du sang-froid, une pensée latérale, une capacité à comprendre ce qui n’apparaîtpasencoredansleschiffres

Un pays peut importer des technologies, mais pas l’intelligencestratégique LeMarocdoitdoncinvestir massivement dans la formation, la recherche, l’analyseetlamontéeencompétencedesesélites. Une nation se construit avec des talents ; une puissanceseconstruitavecdesstratèges.

Vous évoquez la nécessité d’un modèle marocain d’intelligence économique. Qu’est-ce qui empêcherait le Maroc de simplement adopter les modèlesétrangersquiontfaitleurspreuves?

Les modèles étrangers sont inspirants américain, chinois, français, israélien, nordique, coréen Mais aucun n’est transposable au Maroc Un modèle national repose sur trois choses : la culture, l’histoire et les intérêts stratégiques Copier un modèle étranger reviendrait à ignorer ce que nous sommes etcequenousvoulonsdevenir

Les États-Unis s’appuient sur la puissance des Big Tech La Chine sur la planification autoritaire La France sur l’administration centrale Israël sur l’écosystèmemilitaire LaCoréesurleschaebols Ces modèles fonctionnent parce qu’ils sont cohérents avec leurs sociétés Ils ne fonctionneraient pas chez noustelsquels

Le Maroc doit construire son propre modèle méditerranéen, africain, ouvert, mais souverain Un modèle qui combine notre agilité, notre diplomatie, notre jeunesse, notre potentiel énergétique, notre rôle continental Un modèle où l’État coordonne, le privé innove,lesrégionsanalysent,lesuniversitésforment,la diaspora contribue Nous devons inventer une intelligenceéconomiquequiressembleànotrehistoire etquiservenotreavenir

L’Afrique occupe une place centrale dans votre réflexion. Pourquoi pensez-vous que l’intelligence économique marocaine doit s’étendre au continent africain?

L’Afrique est notre profondeur stratégique Non pas pour des raisons idéologiques, mais économiques, géopolitiques et historiques Le Maroc y est déjà un acteur majeur : banques, énergie, engrais, logistique, diplomatie Mais pour sécuriser cette présence, il faut comprendrelecontinentavecfinesse,etnonavecdes clichés.

L’Afrique est un espace de compétition intense. Les grandes puissances y sont présentes : Chine, Turquie, France, Golfe, États-Unis. Les narratifs circulent. Les influences s’affrontent. Les marchés se transforment. Les risques politiques changent vite. Sans intelligence économique continentale, le Maroc avance à l’aveugle.

Il faut cartographier les risques pays, anticiper les élections,comprendrelesréseauxd’influence,protéger les entreprises marocaines, analyser les dynamiques sociales et informationnelles Le Maroc ne doit pas seulementêtreprésentenAfrique;ildoitcomprendre l’Afrique C’est là que se jouent une grande partie de nos opportunités futures et de nos vulnérabilités potentielles

Beaucoupvoientl’intelligenceartificiellecommeune menace pour les emplois. Dans votre livre, vous la présentez comme un levier de souveraineté. Commentconciliercesdeuxvisions?

L’IAestunetechnologieambivalente:ellecréeautant qu’elle détruit Mais ce qui détermine son impact, ce n’est pas la technologie en elle-même, mais la manièredontunpaysl’intègredanssastratégie Sil’on subit l’IA, elle détruit des emplois et crée de la dépendance. Si on la maîtrise, elle augmente nos compétences, nos entreprises, nos décisions et notre productivité.

Il faut être clair : l’IA supprimera des métiers répétitifs. Mais elle en créera d’autres plus qualifiés, mieux rémunérés,plusstratégiques.Leproblèmen’estpasla disparition des emplois, mais l’absence de formation pouroccuperceuxquiapparaissent.

LeMarocdoitdoncformermassivementsestalents, restructurer ses filières universitaires, créer des programmes de reconversion, investir dans la recherche et l’innovation L’IA doit être utilisée pour protéger nos secteurs stratégiques, améliorer notre agriculture, optimiser nos ressources, renforcer nos infrastructures,modernisernosservicespublics

Laquestionn’estpas“L’IAest-elleunemenace?”, mais “Sommes-nous prêts à en faire une opportunité?”.Ceuxquimaîtrisentl’IAnecraignent pas la technologie ; ils craignent de la laisser aux autres.

Certains reprochent à l’intelligence économique d’être trop technocratique ou trop théorique Comment rendre cette discipline utile, accessible et opérationnellepourlesdécideursmarocains?

L’intelligence économique ne doit jamais être un exercice académique Si elle n’alimente pas la décision, elle ne sert à rien. Le premier moyen de la rendre utile est de la simplifier en la rendant opérationnelle:desoutilsclairs,desalertesprécises, des analyses synthétiques, des tableaux de bord stratégiques,desscénariosplausibles.Lesdécideurs n’ont pas besoin de 200 pages ; ils ont besoin de 2 pagesbienécrites.

Ensuite, il faut intégrer l’intelligence économique dans la gouvernance. Pas comme un département de plus, mais comme une fonction centrale : anticiper les risques, surveiller les tendances, sécuriser les secteurs vitaux, identifier les opportunités L’intelligence économique doit être présente dans les régions, les secteurs, les entreprises,lesadministrations,lesministères

Enfin, il faut diffuser une culture nationale de l’anticipation Nous devons apprendre à regarder le monde autrement : moins dans la réaction, plus dans la projection Le Maroc dispose de talents formidables, mais ils doivent être mobilisés

L’intelligence économique doit devenir une compétence partagée, pas un cercle fermé d’experts C’est ainsi qu’elle deviendra une force nationale

Vous parlez beaucoup d’anticipation Que signifie “anticiper” pour un pays comme le Maroc, et quelles erreursdevons-nousabsolumentéviterdanslesannéesàvenir?

Anticipernesignifiepasprédire C’estapprendreàlirecequin’apasencoredenom C’estcomprendreles tendances avant qu’elles ne deviennent des crises Pour le Maroc, anticiper signifie surveiller les marchés mondiaux, les tensions géopolitiques, les risques climatiques, les dépendances technologiques, les mouvementsinformationnels,lesvulnérabilitésurbaines

Les erreurs à éviter sont doubles La première : croire que la stabilité actuelle est garantie Elle est le fruit d’effortsconstants;elledoitêtreprotégée Ladeuxième:croirequelescrisesserontlesmêmesquecelles dupassé Lescrisesmodernessontnumériques,informationnelles,logistiques,systémiques

Le Maroc doit éviter trois pièges : la réaction tardive, la dépendance technologique non maîtrisée et l’illusionquelamodernisationsuffitàremplacerlastratégie.L’anticipationestunedisciplineexigeante, mais elle est à la portée du Maroc. Il suffit de mettre en place les outils, les talents et la culture nécessaires.

Sivousdeviezrésumerenuneseulephrasecequevoussouhaiteztransmettreaveccelivre,quelleseraitelle?Etquelmessageadressez-vousauxjeunesgénérationsquiconstruirontleMarocde2035etau-delà?

Sijedevaisrésumercelivreenuneseulephrase,ceseraitcelle-ci

“Un pays qui ne pense pas stratégiquement construit son avenir au hasard ; un pays qui maîtrise l’intelligenceéconomiqueconstruitsonavenirparchoix.”

Aux jeunes générations, je veux dire ceci : vous vivez dans un monde plus complexe, plus rapide, plus exigeant,maisaussiplusouvertqueceluiquenousavonsconnu Vousêteslagénérationdesdonnées,des réseaux, de la technologie, de l’Afrique, de l’IA Vous avez des outils que nous n’aurions jamais imaginés Utilisez-lespourservirvotrepays,passeulementpoursuivrelemonde LeMarocnedeviendrastratégique quesisajeunessel’est

Vous devez apprendre à analyser, à anticiper, à douter, à vérifier, à comparer, à innover Ne soyez pas prisonniers de l’urgence ; soyez architectes de la vision Le Maroc a besoin de femmes et d’hommes qui comprennent leur époque et qui osent la façonner Vous n’héritez pas seulement d’un pays : vous héritez d’unpotentiel Àvousdeletransformerenpuissance

Les IA et un trafic web qui s'écroule : le séisme silencieux qui menace éditeurs et agences

Le coup de massue pour les éditeurs des portails Web:lafindumodèlepublicitairefacile

Le web n’est plus seulement un espace pour les humains

C’est un territoire partagé avec des intelligences artificiellesqui,qu’onleveuilleounon,lisent,résument, sélectionnentetredistribuentlemonde

Les signaux faibles ont cessé d’être faibles. Depuis plusieursmois,leséquipeséditoriales,lesagences de communication et les régies publicitaires observent la même courbe, impitoyable: une descenterégulièredutraficweb.

Cen’estplusunsimpletroud’air,nil’undeceshivers SEO que Google inflige périodiquement au marché

C’estunelamedefond

Ce phénomène, que beaucoup peinent encore à nommer, s’enracine dans une mutation profonde: l’émergence d’un web où les intelligences artificielles et leurs agents deviennent des utilisateurs à part entière parfois même les utilisateurs principaux Et pendant que les IA consomment, résument et redistribuent l’information, les humains cliquent moins,beaucoupmoins.

Leconstatestbrutal:silacourbecontinueainsi,une partie du modèle économique qui soutient les éditeurs indépendants, les blogs spécialisés, les plateformes de niche et même certaines grandes agences pourrait s’effondrer dans les prochaines années.

Voiciquatrehypothèsesérieuses:

: les agents IA absorbent la demande d’information

L’hypothèse la plus simple est aussi la plus vertigineuse Les humains ne vont plus chercher l’information sur le web comme avant Ils ne consultentplus5,10ou20pagespourrépondreàune question Ils demandent directement à une IA, ChatGPT,Gemini,Claude, quisechargedetout

Danscescénario,l’IAdevientleguichetunique Lessiteswebdeviennentdesfournisseursinvisibles Etletrafichumains’évapore

Celacréeunparadoxecruelpourleséditeurs:

Les IA scrutent, ingèrent et exploitent leurs contenus, mais les lecteurs ne viennent plus consulter ces mêmescontenus

Lemodèlehistoriqueceluideproduireducontenupourattirer des visiteurs, puis monétiser via publicité, affiliation ou servicessefissure.

Les chiffres internes de plusieurs régies confirment la tendance: baissedutraficorganique, baissedunombredepagesvuesparsession, disparitiondecertainsmots-clésquigénéraientauparavant plusieursmilliersdeclicsparmois

Lesinternautesnesontpasmoinscurieux:ilsontdéplacé leurcuriosité.

: un effondrement non uniforme, mais asymétrique

Letraficnechutepaspartoutdelamêmemanière Etc’estlà quel’hypothèseH2apporteunéclairageutile

Certainssitesenregistrenteffectivementuneffondrement D’autresvoientunebaissepluslégère Uneminorité,rarissime,constateuneprogression

Pourquoi?ParcequetouteslesIAnelisentpaslewebdela mêmemanière.Etsurtout,ellesnecitentninerenvoientvers lesmêmessources.

Voici ce qui ressort des premières analyses sectorielles:

Les sites de vulgarisation, FAQ, guides pratiques et tutoriels sont les plus touchés Ils produisent exactement le type de contenu que les IA adorent transformerenréponsesdirectes

Les médias d’actualité souffrent, mais un peu moins

Leur valeur repose encore sur la fraîcheur et la vérificationentempsréel

Les sites experts, techniques ou spécialisés résistent davantage Les IA ont besoin d’eux comme sources structurées,etrenvoientparfoisverscescontenus Lessitese-commercenevoientpasencoreleurtrafic s’effondrer, mais les recherches produits basculent progressivement vers des assistants IA capables de filtrer,comparer,recommander

Lewebdevientunespacefracturé:certainscontenus restent visibles, d’autres deviennent invisibles Et la visibilité n’est plus dictée par Google, mais par les modèlesutiliséspourentraîneretalimenterlesagents IA.

: la causalité est plus complexe qu’elle n’yparaît

Il serait tentant d’accuser uniquement l’intelligence artificielle. Mais ce serait intellectuellement paresseux. Lereculdutrafichumainrésulted’uneconjonctionde facteurstechnologiquesetcomportementaux.

Pour comprendre l’ampleur du phénomène, il faut accepter que plusieurs plaques tectoniques bougent enmêmetemps:

1Google transforme son moteur en moteur conversatif, réduisant mécaniquement la part des clicsorganiques

2Lesinterfacesmobilesévoluent,avecdesréponses directestoujoursplusproéminentes

3Les réseaux sociaux ont enterré la découverte de liens externes, privilégiant les vidéos courtes et les contenusgardésdansleursécosystèmesfermés

4Les habitudes de consommation ont changé, les internautes cherchant l’immédiateté plutôt que la navigation

5Lesnavigateursmultiplientlesblocspublicitaireset les restrictions, amputant encore les revenus publicitaires

Dans ce brouillard technologique, l’arrivée des agents IAnefaitqu’accélérerunetendancepréexistante.Mais elle l’accélère brutalement. Et la rupture se voit désormaisàl’œilnu.

:lessitesdoiventdésormaiss’optimiser pour…lesIA

C’est probablement le point le plus dérangeant, mais aussileplusstratégique.

Nous entrons dans un web où les principaux “lecteurs”devoscontenusnesontplushumains Ce sontdesagents,esmodèlesetdesrobotsintelligents chargésdesatisfairedesrequêteshumaines

Optimiser un site web exclusivement pour les humains devientunestratégieincomplète.

Lanouvellerègleimplicite:sivotrecontenun’estpaslisible, structuré,compréhensibleetexploitableparuneIA,ilcessera tôtoutardd’êtrevisiblepourleshumains.

Celasignifie: renforcerlastructuresémantique, multiplierlesdonnéesstructurées, produiredescontenusdenses,vérifiables,citables, éviterlesformats“verbeux”ousuperficielsquelesIAignorent, intégrerdesAPIoudesfluxquipermettentauxagentsd'utiliser vosdonnéesdirectement

Nous entrons dans un web où les sites doivent séduire deux publicsdifférents: leshumainsetlesintelligencesquiparlentauxhumains

Le coup de massue pour les éditeurs : la fin du modèle publicitairefacile

La chute du trafic entraîne mécaniquement une chute des revenuspublicitaires

C’estmathématique Etc’estdéjàobservable

Les CPM baissent Les taux de clics s’érodent Les inventaires hautdepageperdentdelavaleur

Lecontenu“SEOfriendly”quirapportaithier500€parmoisn’en rapporteplus80

Certainséditeursontperdu30%derevenusenuntrimestre. Lespluspetitsannoncentdéjàleurfermeture.

Lemodèleduwebouvert,financéparlapublicité,vacille.

Si les IA captent la valeur attentionnelle, les éditeurs perdent l’audiencenécessairepourfinancerleurtravail.

C’est un problème non seulement économique,maisaussidémocratique.

Le casse-tête pour les agences : la donnée devientfloueetlereportingincertain

Les agences de communication, de marketing digitaletdegestiondetraficpaientellesaussile prixdecettemutation

Elles naviguent désormais dans un univers brouilléoù:

les analytics comptabilisent des visites d’agentscommedesvisiteshumaines, les comportements de navigation deviennentdifficilesàinterpréter, les campagnes reposent sur des KPI qui ne mesurentplusleréelusageduweb Unecampagnepeutsemblerperformantealors qu’elleestenréalitéconsultéepar unagent À l’inverse, une chute apparente peut masquer une hausse de visibilité dans les résumés produitsparlesIA.

Le marché du reporting est devenu un miroir déformant.

Les agences le savent, mais n’ont pas encore trouvécommentreconstruireunemesurefiable.

Vers une réinvention : ce qui reste, ce qui disparaît,cequidoitnaître Même dans ce paysage pessimiste, il existe un espacepourl’innovation Unespacenécessaire Unespacevital

Lessitesquisurvivrontseront:

ceux capables de créer des contenus non remplaçablespardesIA, ceux capables de devenir des sources autoriséesquelesIAcitentetreprennent, ceux capables de développer des communautés humaines, pas seulement desaudiencesanonymes, ceux capables d’intégrer leurs propres IA, leurs propres agents, leurs propres interfaces Lewebnedisparaîtpas Ilchanged’habitants

Etildemandeauxancienshabitants éditeurs, agences, créateurs de se transformer à leur tour

Unwebquibascule,unmodèleàréinventer Letraficwebs’écroule.C’estunfait.Lescourbes lemontrent,leséditeurslevivent,lesagencesen souffrent.

Maislavéritablequestionn’estpasdesavoirsi lewebestentraindemourir. Ilnemeurtpas.Ilmute.Ilaccueilleunnouveau typed’utilisateur:l’intelligenceartificielle.

Cebasculementestaussimassifquelepassagedudesktopau mobile Aussi structurant que l’arrivée de Google Aussi bouleversantquel’explosiondusocialmedia

Il demande une réponse à la hauteur Un changement de mentalité Et une réinvention du métier d’éditeur et de communicant

Lewebn’estplusseulementunespacepourleshumains C’est un territoire partagé avec des intelligences qui, qu’on le veuille ou non, lisent, résument, sélectionnent et redistribuent le monde.

Le défi des prochaines années sera clair : trouver comment continuer d’exister dans un web où les humains ne sont plus les seulsànaviguer.

Maroc:éditeursetagencesfaceàunbrouillardnumériquetotal Au Maroc, la situation n’est guère plus lisible que sur les autres marchés. Les éditeurs de sites, qu’ils soient médias, plateformes spécialisées ou créateurs indépendants, multiplient les alertes : les courbes d’audience plongent sans explication et les outils d’analyse habituels n’offrent plus aucune visibilité fiable Les sessions chutent, les sources de trafic se déforment, et les pics attribués à des “visiteurs” s’avèrent parfois être des agents IA Résultat:impossibledesavoirsiuncontenuperformeréellement ousileshumainsontdésertésansprévenir

Lesagencesdecommunicationetdemarketingdigitalsont,elles aussi, désorientées Entre Google Analytics qui mélange visiteurs humains et robots intelligents, Facebook qui limite le reach externe, et les moteurs IA qui captent l’information sans générer de clics, les KPI se fissurent Les campagnes semblent fonctionner jusqu’àcequelesconversionsprouventl’inverse Les clientsexigentdesreportingprécis,maislesoutilseux-mêmesne saventplusquoimesurer

Dans cet écosystème où les IA consomment le web sans le transformer en trafic, la chaîne de valeur vacille Éditeurs et agencesseretrouventdanslamêmezonegrise:unmarchéqui changeplusvitequeleursinstrumentsdenavigation Lebrouillard épais durera encore, mais il impose déjà une réinvention stratégiqueurgente.

Pressplusestlekiosque100%digital&augmenté deL’ODJMédia,groupedepresseArrissalaSA magazines,hebdomadaires&quotidiens…

L’IA Agentique avance partout sauf au Maroc

L’émergence d’une nouvelle catégorie d’IA, l'IA « agentique»,quiseprofilecommelevéritableterrain dejeudelacompétitionmondiale

Avec le lancement de Gemini 3, Google met sur le marché une avancée significative dans l’univers de l’intelligenceartificielle:unmodèled’IA«universelle» capable de fonctionner à la fois dans des environnementsgrandpublicetprofessionnels Cette annonce marque un tournant dans la manière dont les IA sont déployées et utilisées Mais au-delà de la technologie elle-même, c’est l’émergence d’une nouvellecatégoried’IA,l'IA«agentique»,quiseprofile comme le véritable terrain de jeu de la compétition mondiale

Le modèle Gemini 3, conçu pour opérer dans divers contextes, est enrichi de capacités agentiques, permettant aux IA de non seulement réagir aux demandes des utilisateurs, mais de prendre des décisions, d'agir de manière autonome et de gérer des processus complexes. Dans cet article, nous allons faire le tour du sujet en explorant les acteurs clés, leurs rôles respectifs, les avantages et les défis associés au déploiement de l'IA agentique, ainsi que la dynamique concurrentielle, notamment avec les acteurschinois.

L’IAAgentique:Qu'est-cequec'est?

L'IAagentique,ou«agenticAI»,désignedessystèmes d’intelligence artificielle capables de planifier, exécuter et ajuster des actions sur la base de leur propre raisonnement Contrairement aux IA traditionnelles qui se contentent de réagir à des requêtes spécifiques (comme la réponse à une question), l'IA agentique est dotée d’une certaine autonomie Elle peut organiser des tâches, prendre des décisions, interagir avec des outils et appliquer des stratégies sur la base d’objectifs prédéfinis ou évolutifs

Cela va bien au-delà des simples capacités de réponse à des commandes Les IA agentiques peuvent planifier, itérer des processus et, dans certainscas,réagiràdesimprévussansintervention humaine immédiate Un bon exemple serait un assistantpersonnelcapablenonseulementdegérer un calendrier, mais aussi de proposer des ajustements dynamiques en fonction de changementsimprévus.

Dans ce contexte, le lancement de Gemini 3 par Google représente une avancée importante dans ce domaine. Ce modèle multimodal permet à l’IA de traiter des informations de manière flexible et de s 'adapter à des environnements variés, qu'ilssoientgrandpublicouprofessionnels.

Google:L’IAUniverselleavecGemini3

Google a annoncé Gemini 3 comme une IA « universelle » , capable de s’intégrer dans une gamme étendue d’environnements L’objectif est de rendre l’IA accessible non seulement via des interfaces grand public comme la recherche Google ou l’application Gemini, mais aussi dans des outils professionnels pour automatiser des tâches complexes Cette IA offre aux utilisateurs la possibilité de déléguer des tâches plus complexesquedesimplesdemandes

L’une des fonctionnalités clés de Gemini 3 est son intégration dans des environnements de travail professionnels, notamment viaunsystèmeappelé«Antigravity»,quipermetauxutilisateurs decoder,d'exécuterdesprogrammesetdetesterdesprojetsvia des agents autonomes Ce type de flux de travail agentique promet de simplifier l’automatisation dans les entreprises, en prenant en charge des processus plus complexes sans intervention humaine De plus, l’application grand public bénéficiera d'une mise à jour permettant aux utilisateurs de déléguerdesmissionsentières,commeorganiserdesvoyagesou gérerdesprojets

Cela démontre l’ambition de Google de fusionner son IA grand public avec des outils professionnels tout en y ajoutant des capacités d’action autonome. Cependant, Google se trouve égalementfaceàuneconcurrenceférocedanscedomaine.

LaCompétition:Quiestenavanceetquiestenretard?

SiGooglesembledominerl’espacegrandpublicgrâceàsalarge based’utilisateursetàsonécosystèmeintégré,lacompétitionest loin d’être réglée. Plusieurs acteurs majeurs dans le domaine de l’intelligenceartificiellesebattentpourprendrel’avantagedansle domaine de l’IA agentique, avec des approches variées et des stratégiesdifférentes

OpenAI, par exemple, avec ses modèles GPT5 et GPT51, a déjà intégré certaines capacités agentiques dans son API Ces modèles sont capablesd’effectuerdestâchescomplexes,d’initier des processus multi-étapes et de s’intégrer dans des workflows professionnels Cependant, OpenAI n ' a pas encore atteint le niveau d’intégration universellequeGooglesembleviseravecGemini3 Sastratégieestplusfocaliséesurledéveloppement etlacommercialisationdel’API,laissantl’intégration dansdesoutilsspécifiquesauchoixdespartenaires

En revanche, les acteurs chinois prennent une direction différente Des entreprises comme Manus, Zhipu AI et DeepSeek investissent massivement dans l’agentic AI, avec des projets visant à automatiser non seulement des tâches simples maisaussidesprocessusdeplusgrandeenvergure dans des environnements de travail complexes Manus,parexemple,sedistingueparsonIAquiest capable de prendre des décisions autonomes, un aspect crucial de l'agentic AI. Cependant, ces entreprises doivent faire face à des obstacles concernant la transparence, la régulation et la gestiondesdonnées,dessujetssensiblesenChine.

Ainsi, alors que Google et OpenAI semblent en tête dans le développement d’IA multimodales et d’API accessibles, la Chine pourrait détenir un avantage technologique dans certains aspects de l’autonomie et de l’intégration de l'IA dans des systèmes complexes Toutefois, les défis géopolitiques,larégulationstricteetlaréputationde laChinepeuventfreinersondéploiementglobal

DéfisetObstaclesàl’Émergencedel'IAAgentique L’IA agentique, bien qu’innovante, n’est pas sans défis Premièrement, la fiabilité et la robustesse des systèmes d’IA restent une préoccupation majeure Lesagentsautonomes,enprenantdesdécisionset enexécutantdesactionsdemanièreindépendante, risquentdecommettredeserreurscoûteusessileur conceptionn’estpassuffisammentfine Laquestion de la responsabilité, si un agent agit de manière préjudiciableouprendunemauvaisedécision,reste floue La régulation de ces technologies, particulièrementsurlemarchéglobal,devientdonc unenjeuincontournable

Deuxièmement, l’agentic AI nécessite des infrastructures solides pour fonctionner efficacement. Google, par exemple, peut s’appuyer sursonréseaumondialetsonpouvoiréconomique pour déployer rapidement des solutions à l’échelle. Cependant, pour d'autres acteurs, particulièrement ceux en Chine, l’accès à un marché mondial reste limité par des régulations strictes et des tensions géopolitiques.

Enfin, l’intégration de l’IA dans des applications grand publicnécessiteuneapprochecentréesurl'utilisateur Si l’IAagentiquedoitêtreacceptéeetutiliséeauquotidien, elledoitêtreintuitive,facileàinteragiretrépondreàdes besoinsréelsdesutilisateurssansprovoquerdesfrictions Cela implique un travail minutieux sur l'UX, l’interface et l’intégrationdansdessystèmesdéjàexistants

UneCourseàL'IAAgentique

En conclusion, le lancement de Gemini 3 par Google représenteunjalonimportantdanslatransformationdes intelligencesartificielles Avecsonapprochemultimodale et agentique, Google s 'efforce de proposer un modèle universel capable de s’intégrer à tous les aspects de notrevienumérique

Cependant, la compétition est rude OpenAI, avec ses capacités avancées d’agentic AI, et la Chine, avec des initiatives ambitieuses comme Manus, montrent qu'il ne s 'agit pas d'une course à sens unique Les prochaines années détermineront non seulement quel acteur remportera cette course, mais aussi comment l’IA agentiquepourraêtredéployéeetgouvernéeàl’échelle mondiale.

Pour les entreprises et les utilisateurs, cela signifie une adoption progressive mais inéluctable de cette nouvelle catégorie d’IA qui changera fondamentalement la manière dont nous interagissons avec nos appareils et automatisons nos tâches quotidiennes. Les enjeux liés à lasécurité,larégulationetl’éthiquedecettetechnologie doiventêtreconsidérésdèsmaintenantpourgarantirun déploiementharmonieuxetbénéfique

Non-Maîtrise Technologique, Peur de l'Automatisation et ManquedeRégulation:LesFreinsàl'Intégrationdel'IAAgentique Au Maroc, bien que l'IA générative prenne une place de plus en plus importante dans divers secteurs, du marketing à la création de contenu, l'IA agentique semble avoir du mal à s'imposer de manièresignificative Plusieursraisonsexpliquentcettesituation

D'abord, la non-maîtrise technologique demeure un frein majeur Les capacités complexes de l'IA agentique, qui vont au-delà de simples réponses aux requêtes, nécessitent des compétences avancées en programmation et en gestion de systèmes intelligents Or, la formation locale en intelligence artificielle reste relativementlimitée,etlesinfrastructuresnécessairespourintégrer ces technologies dans des workflows complexes sont souvent absentesouinsuffisammentdéveloppées

Ensuite, il y a une peur de l’automatisation L’idée que des machines puissent prendre des décisions et agir de manière autonomesuscitedespréoccupationslégitimes,notammentdans un environnement économique en pleine transformation Les acteurséconomiquesmarocains,enparticulierdanslespetiteset moyennesentreprises(PME),hésitentàadoptercestechnologies par crainte d’une perte de contrôle sur les processus métier ou d’unmanquederéactivitéfaceàdeserreurspotentielles.

Enfin, la réglementation et la gouvernance de l’IA restent floues Bien que des efforts aient été déployés pour intégrer l'IA dans les stratégies nationales de développement, la mise en place d'un cadre juridique clair et d'un systèmederégulationadaptépour lestechnologiesavancées,comme l'IA agentique, n 'est pas encore un axeprioritaire Sanscesgarde-fous, les entreprises et institutions marocaines sont réticentes à déployer une IA capable d’agir de manière autonome dans des processusdécisionnelscritiques

Ainsi, même si l’IA générative connaît une adoption rapide au Maroc, l’IA agentique devra encore surmonter plusieurs obstacles avant de pouvoir s’imposer pleinement dans les pratiques locales.

Arrêter d’opposer l’humain et l’IA : il est temps d’organiser une cohabitation lucide

Le débat autour de l’intelligence artificielle ressembledeplusenplusàunevieillequerellequi tourneenboucle:d’uncôté,ceuxquiredoutentune machinefroideetprédatrice;del’autre,ceuxquiy voientunebaguettemagiqueprêteàrésoudrenos problèmes structurels. Entre ces deux visions simplistes, une évidence s’impose pourtant : la sociétémarocaine,commetouteslesautres,devra apprendre à organiser sa cohabitation avec l’IA, sans panique inutile ni confiance aveugle. La question n’est plus “faut-il l’accepter ?” mais “comment en faire un allié sans perdre notre boussolehumaine?”

IAetlapeurduremplacement:unréflexenaturel, maispasunefatalité

La semaine dernière, le DRH de notre Groupe de presse Arrissala me disait : Dans presque toutes les réunions RH auxquelles j’ai assisté ces derniers mois, la même inquiétude revient : “Est-ce que l’IA va supprimer les emplois ?” Et chaque fois, je notice le même silence lourd, cette manière de retenir son souffle comme si l’on parlait d’un cataclysme annoncé.Pourtant,lesdonnéesdisponiblesracontent unehistoireplusnuancée.

L’IA n’est pas un bulldozer venu écraser l’emploi Elle bouleverse,oui;elledéplace,c’estcertain;maiselle ne vide pas soudain les usines, pas plus qu 'elle ne remplaceunbureauentierdecomptablesdujourau lendemain Les transformations économiques ont toujours eu deux faces : destruction d’un côté, création de l’autre Les métiers du digital, de la cybersécurité,deladatan’existaientmêmepasdans levocabulairemarocainilyavingtans Aujourd’hui,ilsformentunsecteurstructurant.

Une anecdote récente me revient Un data scientist, rencontréautourd’uncaféàCasablanca,m’aditune phrasesimplemaishonnête:

«Franchement,personnenesaitoùonseradanscinq ans La seule certitude, c’est que ceux qui refusent d’apprendreserontlesplusvulnérables »

Cette lucidité m’a marqué. Elle résume bien l’état actuel des choses : nous naviguons dans un océan inconnu, mais nous ne sommes pas condamnés à couler.

AvecL'IAilfaurCohabiter,pasCombattre

L’idée centrale n’a rien d’un slogan : humains et IA finiront par cohabiter Pas dans une compétition absurde, mais dans un partage des rôles où chacun apporte son meilleur Le Maroc n’a rienàgagneràinstallerunelignedefrontentresescompétences humainesetsesoutilsnumériques Ilya,aucontraire,beaucoup à perdre : innovation freinée, productivité bridée, jeunes découragés,entreprisesdépassées

Alorsilfautpenserenarchitectes,pasenpompiers Etposer,dès maintenant, des règles modernes et adaptées à notre réalité nationale

1.Desquotasd’automatisationpouréviterlacassesociale

Comme il existe des quotas pour équilibrer local et international dans certains secteurs, pourquoi ne pas imaginer des quotas d’automatisation?

PasplusdeX%detâchestotalementdéléguéesàdesIAdansun secteurdonné,surtoutdanslesphasesdetransition

C’est une manière d’éviter l’effet “tsunami” sur les emplois vulnérables, tout en permettant aux entreprises d’avancer. Une économie intelligente n’est ni technophobe ni technopropulsée : elleajuste.

2. Les métiers qui doivent rester entièrement humains

Certaines responsabilités portent en elles une dimension morale qui dépasse toute équation algorithmique : présider un pays, rendre justice, arbitrer des décisions politiques ou diplomatiques

Ce sont des fonctions qui nécessitent une expérience vécue, un sens de l’empathie, et une intuitionquelesmachinesn’aurontjamais

En revanche, imaginer des assistants IA capables d’aiderunjugeàanalyserdesmilliersdepages,ou un ministre à décortiquer un rapport technique en quelques secondes, est non seulement plausible, mais souhaitable L’IA peut éclairer, mais jamais décideràlaplacedelaconsciencehumaine

3. Une carte d’identité pour les IA : traçabilité obligatoire

Le Maroc gagnerait à instaurer un statut légal clair, semblable à une “carte d’identité numérique”, permettantdesavoir: –quiadéveloppél’IA; –dansquelcadreelleagit; –quellesresponsabilitéselleengage; –quelleslimiteselledoitrespecter.

Cette transparence éviterait bien des dérives. Elle permettrait surtout aux citoyens de conserver leur confiance dans le numérique, un élément stratégique dans une société où la désinformation circuleàlavitessedelafibre

4.Le“Humanintheloop”:unelignerougeéthique

Dans les domaines sensibles santé, recrutement, justice, finance, sécurité la décision finale doit rester humaine L’IA peut recommander, calculer, prédire mais la responsabilité morale, juridique et socialenepeutêtreexternaliséeversunemachine

Cette règle est à la fois un garde-fou et une boussole:ellerappellequeleprogrèstechnologique ne doit pas affaiblir la place centrale de l’humain danslaconstructiondesonpropredestin

5. Taxer la productivité générée par l’IA pour financerlaformation

Une entreprise qui gagne 100 millions grâce à l’automatisation devrait contribuer, d’une manière ou d’une autre, à la montée en compétence des travailleurs.Appelonscelaun“dividendehumain”. Ilnes’agitpasdepunirceuxquiinnovent.Ils’agitde s’assurerquelarichessegénéréeparlesmachines irrigue la société marocaine dans son ensemble, notamment par la reconversion, l’éducation, l’apprentissagecontinu.

Le Maroc a déjà réussi de grandes transitions du textile à l’automobile, puis à l’aéronautique en investissant dans la formation. Pourquoi serait-ce différentavecl’IA?

Enfin,l’intégrationdel’IAdansdesapplicationsgrandpublic nécessite une approche centrée sur l'utilisateur Si l’IA agentique doit être acceptée et utilisée au quotidien, elle doit être intuitive, facile à interagir et répondre à des besoins réels des utilisateurs sans provoquer des frictions Cela implique un travail minutieux sur l'UX, l’interface et l’intégrationdansdessystèmesdéjàexistants

UneCourseàL'IAAgentique

En conclusion, le lancement de Gemini 3 par Google représente un jalon important dans la transformation des intelligences artificielles Avec son approche multimodale et agentique, Google s 'efforce de proposer un modèle universelcapabledes’intégreràtouslesaspectsdenotre vienumérique

Cependant, la compétition est rude OpenAI, avec ses capacités avancées d’agentic AI, et la Chine, avec des initiatives ambitieuses comme Manus, montrent qu'il ne s 'agit pas d'une course à sens unique Les prochaines années détermineront non seulement quel acteur remportera cette course, mais aussi comment l’IA agentique pourra être déployée et gouvernée à l’échelle mondiale.

Pour les entreprises et les utilisateurs, cela signifie une adoption progressive mais inéluctable de cette nouvelle catégoried’IAquichangerafondamentalementlamanière dont nous interagissons avec nos appareils et automatisonsnostâchesquotidiennes.Lesenjeuxliésàla sécurité, la régulation et l’éthique de cette technologie doivent être considérés dès maintenant pour garantir un déploiementharmonieuxetbénéfique

6.Formerlesenfantsàlacohabitationavecl’IA,dèsl’école

L’IAn’estpasundanger.L’ignorance,si.

Lesélèvesmarocainsdoiventapprendreàutiliserl’IAcommeonapprendàlireouàécrire:parcouches successives, sans fascination ni peur. Car demain, les plus vulnérables ne seront pas ceux qui travaillent avecl’IA,maisceuxquil’ignorent.

Jelerépètesouventauxjeunescandidatsquejerencontreenentretien: « L’IA ne remplacera pas les humains. Mais les humains qui savent manier l’IA remplaceront ceux qui ne l’utilisentpas.»

C’estbrutal,maisc’estvrai.Etrefuserdelevoirseraitirresponsable.

L’IA,entremenacefantasméeetopportunitémalcomprise

Onpeutdirequel’IAestrapide,imprévisible,parfoisbiaisée Ellepeutamplifierdesinégalitésetfragiliserdes secteursentierssielleestmalencadrée Savitessedéfienosinstitutions

Mais,elleestunlevierformidable:gaindetemps,efficacité,capacitéanalytiquedémultipliée,soutienaux secteursentension(santé,justice,enseignement),attractivitééconomiqueaccrue

LeMarocn’apasleluxedechoisirentrepeuretenthousiasme Ildoitconjuguerlesdeuxetgarderlecap: innovationencadrée,progrèspartagé,sociétéprotégée

Cen’estpaslafindutravail.

C’est le début d’une nouvelle organisation sociale

Etnousavonsencorelapossibilité rare dechoisirlamanièredontellecommencera

La vraie question n’est plus “que va faire l’IA?”Lavraiequestionest:“quevoulonsnousenfaire?”

L’avenir ne sera ni humain contre IA, ni IA contre humain L’avenir sera hybride Et le Maroc, s’il trace des règles claires, peut devenir l’un des premiers pays à organiser cette cohabitation avec intelligence, prudenceetambition

Laweb

Radio des marocains dumonde

L’IA, les données personnelles et les élections : un triple défi pour le Maroc

Auxportesde2026,l’intelligenceartificiellescrute…et lesélecteursaussi

À quelques mois des législatives prévues en 2026 au Maroc, l’essor fulgurant de l’intelligence artificielle (IA) jetteuneombreinéditesurlaprotectiondesdonnées personnelles Entre campagnes électorales, microciblage publicitaire et usages administratifs, la question de « qui sait quoi » devient majeure Le Royaume, ambitieux dans sa transformation numérique, se trouve confronté à un enjeu d’une nature double : préserver les droits individuels tout en tirant parti des opportunités que l’IA offre à l’action publiqueetprivée.

Lecadrelégalmarocainàl’épreuvedel’IA

La loi n° 09-08 relative à la protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel constitue le socle juridique marocain.Ellevise«àassureruneprotectionefficace des particuliers contre les abus d’utilisation des données » et a institué la Commission Nationale de Contrôle de la Protection des Données à Caractère Personnel(CNDP)commeautoritéderégulation

Pourtant,l’IAposedenouveauxdéfisquidépassentce cadre initial : la masse de données à traiter, l’automatisation des décisions, la compréhension limitée des algorithmes On lit ainsi que « face à l’émergencedel’IA,cetteloimontreseslimites»

Donnéesélectorales,micro-ciblageettransparence

Dans une campagne électorale, l’IA peut servir à segmenter finement les citoyens : habitudes, centres d’intérêt,réseausocial Autantd’élémentsquidonnent unpouvoird’influenceinédit Quicontrôlealorsl’usage de ces données ? Sous quel consentement ? La loi marocaineimposequetoutecollecteettraitementde données personnelles soient justifiés, limités à une finalitéexpliciteetsoumisesàinformation Mais dans la pratique, les ficelles du ciblage restent opaques. L’absence de cadre spécifique à l’IA rend difficilelecontrôledel’usageautomatisédesdonnées danslecontexteélectoral.

Responsabilité et biais algorithmique : risques pour lescitoyens

Quand un modèle d’IA décide, segmente ou suggère, la transparence devient essentielle. Au Maroc, les décideurs soulignent que « le traitement IA sur les données à caractère personnel est un traitement commelesautres

Lecadrelégalmarocainestbienoutillé mêmesilestravauxde refonteencoursdelaloi09-08proposerontdesprécisionsetdes exigencescomplémentaires »

Autrementdit:laresponsabilitéencasdedériveoudedécision injuste reste floue. Qui répondra si un électeur est exclu d’un ciblageous’ilsubitunediscriminationalgorithmique?Levide législatif relatif aux algorithmes d’IA pose une vraie menace pourl’équitéduprocessuselectoral.

L’innovationmarocainefaceàlasobriétédesdonnées

Le Maroc affiche de fortes ambitions numériques : plateforme « MoroccoDigital2030»,incitationsàlatransformationdigitale,etc. Mais dans ce contexte, l’IA exige des quantités massives de données cequiaccroîtlesrisquespourlavieprivée.Comment concilier ? Des experts appellent à adopter une approche « sobriété des données » , c’est-à-dire ne collecter que le strict nécessaire,anonymiserquandc’estpossible,ets’appuyersurdes traitementsinternesplutôtquesurdestransfertsmassifs.

Cela pourrait devenir un atout compétitif : un Maroc rigoureux en matière de données inspire confiance, ce qui peut attirer les partenaires internationaux.

Le rôle de la CNDP à l’heure de l’IA politique

La CNDP a rappelé que « lorsqu’ils utilisent les données à caractère personnel,lestraitementsd’intelligence artificielle (IA) sont encadrés par la loi 09-08 »

Mais pour être crédible dans un contexte électoral, son rôle doit s’affirmer : audits des algorithmes utilisés en campagne, contrôle des contratsentrepartis/pays/plateformes, sanction effective des abus Le citoyen doit pouvoir exercer ses droits (accès, rectification, opposition) même quand l’algorithmeestderrièreladécision

Versuneréformeadaptéeàl’IA?

Plusieurs penseurs appellent à une miseàjourdelaloi09-08pourintégrer : l’explicabilité des algorithmes, le droit à la contestation des décisions automatiques, la limitation stricte des données utilisées pour l’IA, la certificationdesmodèles.

À la veille d’une élection législative, ce chantier devient aussi politique : les partis, l’administration, les fournisseurs technologiques devront s’engager sur une éthique de l’IA ou être tenus responsables.

L’IA, un tournant décisif pour la démocratie numérique marocaine et pour les électeurs, un droit à l’informationrenforcé

Le grand oublié de cette course technologiquerestesouventlecitoyenélecteur, qui ne sait pas toujours comment ses données sont utilisées, parqui,pourquoi Illuirevientd’exiger: l’information claire quand une campagneutiliseunalgorithme, le droit de refuser le ciblage ou de demander l’effacement de ses données, une voie de recours accessible en cas dedécisionautomatiséeintempestive

Cette responsabilisation est indispensable pour que l’élection de 2026resteunecompétitionloyale.

L’IAneserapasl’armeultimedelaprochainecampagneélectorale si le Maroc ne met pas à jour son équilibre entre innovation et protection des droits. Les législatives de 2026 offrent une fenêtre d’opportunité : soit le pays fait de la protection des données un critère de confiance démocratique, soit il s’expose à des usages opaquesetàunaffaiblissementdelalégitimité.

Lepariestdemontrerqueprogrèstechnologiqueetrespectdelavie privéepeuventcoexister etainsifaireduRoyaumeunmodèlepour l’Afriquenumérique

L'engouement autour de l'intelligence artificielle ne faiblit pas, mais un vent de scepticisme souffle désormaissurlaSiliconValley.Entrelesventesmassivesd'actionschezplusieursgéantsdelatech,les performancesfinancièresspectaculaires,etlesinquiétudesgrandissantesdesinvestisseurs,lesecteurde l'IAdonneàvoirunpaysagetraversépardessignauxcontraires.

D'uncôté,PeterThiel,cofondateurdePayPaletdePalantir,achoisidesedésengagertotalementdeNvidia,pourtant devenuelapremièreentrepriseaumondeàfranchirles5000milliardsdedollarsdecapitalisation.Lemilliardaire avait déjà comparé la frénésie actuelle autour de l'IA à la bulle internet de 1999 et restructure désormais son portefeuilleautourdevaleursqu'ilestimeplusdiversifiées

À l'inverse, le conglomérat japonais SoftBank de Masayoshi Son profite pleinement de la vague Le groupe vient d'annoncerunbénéficetrimestrielde14milliardsd'euros,portéparsesparisgagnantsdansl'IA SoftBankamême rachetéAmpereComputingetnouéunpartenariatambitieuxavecOpenAI

Au-delàdesgrandsinvestisseurs,c'estl'écosystèmelui-mêmequiexprimesesdoutes Lorsd'uneconférencesurl'IA, plus de 300 fondateurs et investisseurs ont été interrogés sur les start-ups qu'ils vendraient à découvert En tête : PerplexityetOpenAI,deuxentreprisesemblématiquesdelarévolutionactuelle

MêmeOpenAI,pourtantleaderincontesté,suscitedesréserves,notammentenraisondedépensesd'infrastructure annoncéesquidépasseraientlesmillemilliardsdedollars

Les acteurs du secteur reconnaissent qu ' un cycle technologique repose souvent sur une forme de bulle, à l'image des avertissements de Bill Gates et Jeff Bezos Pour certains investisseurs, la question n 'est pas de savoir si un rééquilibragesurviendra,maisquellesentreprisesémergerontréellementunefoislafrénésieretombée

Pournerienmanquer,branchez-voussurYouTube,KicketTwitch. L’informationsevitendirect.Etvousyavezvotreplace. w w w . l o d j . m a

L’IA sous haute tension

: Comment les géants de la tech se préparent à l’inévitable crise ?

L’intelligence artificielle (IA) est au cœur des préoccupations économiques mondiales. Depuis son explosion, marquée par le succès fulgurant d'outils comme ChatGPT, le secteur a attiré des investissements massifs. Cependant, cette montée en flèche des investissements pourrait-elle cacher une bulle spéculative prête à éclateretprovoquerunecriseéconomiquemondiale?Ledébatestouvert.

L’IA à la croisée des chemins : entre révolution technologique et crise économique:

L’IA n’est plus un concept futuriste, mais une réalité tangible. Des entreprises de technologie comme OpenAI ont vu leurs valorisations grimper en flèche, notamment après le lancement de ChatGPTàlafinde2022.Lesdonnéessont impressionnantes : la plateforme a attiré des millions d’utilisateurs en un temps record, et l’enthousiasme autour de l'IA a propulsé certaines entreprises à des niveaux de valorisation inédits Nvidia, par exemple, a vu sa capitalisation boursière atteindre des sommets historiques Ces performances ont suscité des attentes élevées, poussant les investisseurs à investirmassivementdanslesecteur

Mais derrière cet engouement se cache une inquiétude croissante : les entreprises qui ont investi dans l’IA sont-elles réellement rentables ? La réponse semble mitigée Malgré des valorisations astronomiques, plusieurs acteurs majeurs, dont OpenAI, accusent de lourdes pertes financières Larentabilitédecesgéantsde l'IA demeure une question sans réponse, alimentant les spéculations sur la durabilitédecemodèleéconomique.

L’histoire nous a appris à redouter les bulles spéculatives : ces périodes où les prixdesactifss’emballentbienau-delàde leur valeur réelle, souvent alimentées par une spéculation irrationnelle. L'exemple le plus frappant reste la bulle technologique des années 2000, où des entreprises dont les modèles d'affaires étaient fragiles ont vu leurs actions flamber avant de s’effondrer Aujourd'hui, les investisseurs s’interrogentsurlaviabilitéàlongtermede l’IA

L'énorme boom des investissements dans ce secteur pourrait bien ne refléterqu’unebulleprêteàéclater,surtoutsilesentreprisesneparviennent pas à générer des revenus suffisamment solides pour soutenir ces valorisations.

Les promesses de l’IA et les risques d’une bulle spéculative:

Une autre question qui alimente l’inquiétude est l’évaluation excessive des entreprises technologiques dans l'IA, dont les modèles économiques restent en développementetparfoisnonrentables.Silesattentes des investisseurs ne se concrétisent pas, un krach sur lesmarchésboursierspourraitêtreinévitable.

LesrivalitésgéopolitiquesentrelesÉtats-UnisetlaChine jouent également un rôle clé dans l’avenir de l’IA. Ces deux géants de l’économie mondiale s’affrontent pour dominer l'industrie de l'IA, chaque nation cherchant à garantirsasouveraineténumérique Lesecteurdevient donc un terrain de jeu stratégique où les décisions politiquesinfluencentdirectementlesinvestissements

Le financement de l'IA est devenu un enjeu de pouvoir international SilaChineetlesÉtats-Uniscontinuentde se livrer une guerre technologique, cela pourrait perturber les équilibres du marché et influer sur les investissements dans l’IA Les entreprises de chaque pays pourraient être contraintes de travailler dans un cadre de plus en plus fragmenté, ce qui risquerait de ralentirlesavancéesdanscesecteur

Géopolitique, spéculation et rentabilité : la nouvelledynamiquedel’IA: Lesecteurdel’IAestenpleineexpansion,maisle marchésembleincertain.Lemodèleéconomique de nombreuses entreprises d’IA doit encore faire ses preuves. Si l’enthousiasme des investisseurs continuedecroîtresansmesuresconcrètespour assurerlarentabilitéàlongterme,unecorrection brutale pourrait bien survenir. Le marché devra s’ajuster aux réalités économiques, et les entreprises devront prouver que leurs technologies peuvent non seulement innover, mais aussi répondre aux besoins réels des consommateursetdesindustries

Les prochaines années seront cruciales pour déterminer si l’IA continuera de jouer un rôle clé dans la transformation de l’économie mondiale, ou si elle deviendra un modèle économique à la rentabilité incertaine En attendant, il reste essentiel pour les investisseurs et les entreprises de maintenir un équilibre entre ambition et prudence, pour éviter de tomber dans les pièges desbullesspéculatives

Vers une gouvernance alternative de l’IA : marché, culture et bien commun

L’échangeapprofondimenéavec un collègue, professeur d’économie à Sorbonne Universités/UTC,amisenlumière unequestionfondamentalepour l’avenir de l’intelligence artificielle : peut-on imaginer un modèle de gouvernance de l’IA qui échappe aux logiques privatives, prédatrices et centralisées qui dominent aujourd’hui?

Le cas d’OpenAI, passé en quelques années d’un projet orientéverslebiencommunàune structure pilotée par de puissants acteurs financiers, symbolise ce basculement

Mais au-delà de cet exemple, notre discussion a révélé une problématique plus profonde : le cadre techno-politique qui encadre le développement de l’IA reproduit des schémas économiques, organisationnels et cognitifs qui déterminent sa finalité

Nous avons également observé que les dérives de gouvernance ne concernent pas uniquement les grandes entreprises technologiques

Elles apparaissent aussi dans des structures associatives ou collectives lorsque la transparence, la délibération, la rotation et l’ouverture ne sont pas garanties Decettedoubleanalyse économique et organisationnelle émergeuneinterrogationcentrale : l’IA peut-elle être gouvernée selon un modèle réellement ouvert, démocratique, territorial et culturellementsitué?

Cette contribution tente de répondre à cette question, au cœurdenotredialogue.

Lemodèledominant:unegouvernanceprivativeetprédatrice

Cequiaétédiscutéconvergesurunpointessentiel:lagouvernancedominante dunumériquesuitunetrajectoirerécurrente D’abordunlancementsousl’étiquette dubiencommun;puisunemontéeenpuissancedecapitauxprivés;ensuiteune transformation des statuts ; enfin une capture du pouvoir décisionnel et une orientationverslamaximisationdumarché,delavaleuretducontrôle

Ce modèle repose sur les piliers du capitalisme numérique : centralisation des infrastructuresdecalcul,intégrationverticale,captationdesdonnées,dépendance auxplateformesglobales

Lesdérivesau-delàdumarché:unequestiongénéraledegouvernance Notreréflexionmontrequecesdérivesnesontpaspropresauxentreprisesprivées Elles apparaissent également dans les associations et collectifs lorsque certains mécanismes manquent : personnalisation de la gouvernance, noyau décisionnel fermé, absence de rotation, manque de transparence, gestion informelle ou opaque,marginalisationdescompétencesexternes

Levéritableenjeuestlafermeturedelagouvernance,quellequesoitlastructure. L’alternative:unegouvernancesystémique,ouverteetculturellementsituée C’est le cœur conceptuel de ce qui a été discuté : une IA différente exige une gouvernancedifférente.

UneIAculturellementsituée.

Notre dialogue a insisté sur le rôle déterminant de la langue, de la culture et de l’imaginaire dans la formation des IA. Une IA entraînée principalement en anglais adopte un cadre cognitif façonné par cette langue,mêmetraduite.

Une IA africaine, méditerranéenne, amazighe ou francophone n’est pas une simple adaptation : elle constitueuneautremanièredereprésenterlemonde.

Nous partageons l’idée qu’il n’existe pas une IA universelle, mais un plurivers d’IA enracinées dans leurshistoires,leurslanguesetleurscultures.

Unegouvernancedistribuéeettransparente

Pour éviter les dérives observées partout, une gouvernance alternative doit s’appuyer sur la rotation des responsabilités, une transparence intégrale, des comités éthiques indépendants, une réelle collégialité décisionnelle, une co-gouvernance entre régions, universités, associations, entreprises et citoyens, ainsi quedesinfrastructuressouverainesouterritoriales

C’est l’essence d’une gouvernance systémique, plus justeetplusrobuste.

Une IA à finalités multiples et non exclusivement marchandes

Une IA non marchande n’est pas une IA antiéconomique : c’est une IA affranchie de la finalité uniqueduprofit.Ellepeutservirl’éducation,leslangues, la culture, l’inclusion, la souveraineté, la mémoire collective, l’innovation frugale, le développement régionaloulacoopérationinternationale.

C’est ce que nous appelons une IA civilisationnelle, orientéeverslemondeplutôtqueverslemarché.

AccultureruneIA:mécanismesclés

Deux questions sous-jacentes, discutées ensemble,méritentd’êtreposées

-Lapremière:commentaccultureruneIA?

-Laseconde:quesignifieréellement“inscrireune culture”dansunmodèlemathématique?

Plusieurs leviers permettent de comprendre ce processus:

-Parlescorpusd’apprentissage,lessavoirs,récits, languesetimaginaireslocauxfaçonnentlavision dumodèle;

- par les langues d’entraînement, changer de langue change la manière dont l’IA structure le monde;

- par les objectifs de conception, une IA pédagogique ou culturelle n’a pas les mêmes paramètresqu’uneIAoptimiséepourlarentabilité oulacaptationattentionnelle;

- par la gouvernance, ce sont les valeurs et prioritésfixéesparlagouvernancequioriententla formeculturellequeprendl’IA

Ce qui a été discuté montre clairement que la gouvernance est le cœur politique, culturel et civilisationneldel’IA.

UnegouvernanceprivativefabriqueuneIA-marchandise

UnegouvernanceouvertefabriqueuneIAbiencommun

L’avenir de l’IA dépend de notre capacité collective à imaginer des modèles de gouvernance systémiques, démocratiques, territoriaux, pluriversels, souverains et enracinésdanslescultures

Changer la gouvernance, c’est changer l’IA. Changer l’IA,c’estchangernotrerapportaumonde.

Sortir du complexe d’infériorité dans le numérique et l’IA

Dans l’un de mes domaines d’expertise, de formation et d’expérience depuis environ un demi-siècle — le numérique, les systèmes d’information et l’intelligence artificielle — j’ai observé un phénomène persistant : les compétences marocaines, qu’elles soient locales ou issues de la diaspora, sont souvent moins valorisées que des compétences étrangères, souvent moins qualifiées, voire sans aucune qualificationdanscedomaine.

Ce constat, que je rencontre depuis des décennies, relève d’uneréalitécognitive,historique etsystémique.

Notre rapport collectif au savoir a été façonné par une histoire qui associe spontanément la légitimité à ce qui vient de l’extérieur, même lorsqu’une expertise marocaine locale ou venant de l’étranger est objectivementplussolideetmieux adaptée

Les exemples contemporains en disent long : on m’a récemment rapporté le cas d’un Américain payé2000dollarsdel’heurepour enseignerPythonalorsmêmeque des enseignants-chercheurs marocains ou ingénieurs marocains maîtrisent ce langage à un niveau incomparablement supérieur

On voit aussi des webinaires organisés avec des intervenants étrangersuniquementpourattirer du public, alors qu’ils sont parfois nettementmoinscompétentsque lesexpertsmarocains.

Les comités scientifiques affichent parfois des noms étrangers non habilités, non publiantsouextérieursaudomaine,simplementparcequeleurprésence“rassure” et“faitsérieux”

Lesystèmeéducatifalongtempsprivilégiélarépétitionplutôtquel’analyse,la critiqueoulacréation.

Cela a laissé une empreinte profonde dans le numérique et l’IA : des ingénieurs marocains brillants mais trop souvent placés derrière des profils étrangers ; une tendance à importer des méthodes au lieu de produire nos propres cadres ; des intervenants étrangers, parfois très peu qualifiés, invités pour donner du poids symboliqueàdesformationsquedesexpertsmarocainslocauxoudeladiaspora pourraientassureravecunequalitébiensupérieure

Laconfiancenenaîtjamaisdel’imitation,maisdelacréation.

Un mécanisme tenace persiste : une expertise marocaine, locale ou issue de l’étranger,n’estpleinementacceptéequ’unefoisconfirméeparunevalidation extérieuremêmelorsquecettevalidationprovientd’acteursmoinsqualifiés. Onretrouvecebiaisdansdesprojetsderecherchequin’obtiennentdelégitimité qu’après ajout d’un partenaire étranger symbolique ; dans des événements scientifiques jugés crédibles seulement lorsqu’ils affichent un “visage étranger” ; dansdesconsultantsvenusdel’extérieurrémunérésdemanièredisproportionnée alorsquelacompétencemarocaineéquivalenteousupérieureexistedéjà.

Le pays regorge pourtant de chercheurs, ingénieurs, développeurs, innovateurs frugaux, spécialistes aguerris, talents de la diaspora et experts marocains de stature internationale.

Cette expertise marocaine locale ou venant de l’étranger existe, elle est puissante, mais elle reste trop souvent invisibiliséedansnosrendez-vous,nosprogrammesetnos décisions. Quand la compétence est invisible, la confiance disparaît. Et quand la confiance disparaît, le complexe d’inférioritéprospère.

Sortirdececomplexenécessited’abordderetrouverune souverainetécognitivedanslenumériqueetl’IA:penser nos modèles, maîtriser nos données, construire nos architectures, contextualiser nos usages, remplacer la logique du prestige par celle de la compétence réelle, et fairepleinementconfianceàl’expertisemarocainequ’elle soitlocaleouissuedeladiaspora.

Cela implique aussi d’enseigner la création plutôt que l’exécution : encourager l’expérimentation, la créativité, l’essai-erreur,l’innovationfrugaleetlapenséecritique

La confiance se construit dans la production, pas dans la reproduction

Il est urgent de bâtir un récit national des réussites numériquesmarocaines:

Rendre visibles nos chercheurs, nos ingénieurs, nos développeurs, nos entrepreneurs technologiques, nos innovateurs frugaux, nos talents de la diaspora, nos enseignants capables d’enseigner Python à un niveau que d’autres facturent 2 000 dollars pour n’en donner qu’une introduction.

Ce récit n’est pas un luxe : c’est une nécessitéstratégique.

Enfin, restaurer la méritocratie réelle implique de tourner le dos à la pseudoexpertise importée, aux validations superficielles, aux intervenants étrangers nonqualifiés,etderemettreaucentrela compétence marocaine, la rigueur scientifique, l’intégrité et la souveraineté parlesavoir.

Cequej’aiobservéaufildesannéesest clair : la sous-valorisation de l’expertise marocaine locale ou provenant de l’étranger n’a jamais été liée à un manque de talent Le talent est là, réel, massif,structurant

Le problème réside dans un regard qui continue d’accorder trop de crédit à l’étranger, même lorsqu’il est moins qualifié

Sortir du complexe d’infériorité dans le numérique et l’IA n’est pas un acte individuel C’est une transformation cognitive, éducative, culturelle, technologiqueetsystémique

Le jour où nous accepterons pleinement la valeur de l’expertise marocaine où qu’ellesoitnousn’auronsplusàimporter des illusions à 2 000 dollars de l’heure pour enseigner ce que nos propres talentsmaîtrisentmieuxquequiconque.

Le danger des faux éclaireurs de l’IA au Maroc

Depuis l’explosion médiatique de l’intelligence artificielle générative, une foule d’orateurs, formateurs, « consultants»et«experts» surgissent dans l’espace public marocain. Ils prennentlaparolepartout : webinaires, conférences, écoles, administrations, médias.

Beaucoup d’entre eux ne sont ni issus de la science informatique,niformésàla modélisation, aux algorithmes, à la gouvernance du numérique ou aux technologies de l’information et de la communication. Ils découvrent l’IA par le biais médiatique, par quelques tutoriels ou en recopiant des«prompts»trouvésen ligne Pourtant, ils se mettent à conseiller, former,influenceretparfois même orienter des décisions publiques, alors qu’ilsn’ontaucunemaîtrise des fondements scientifiques derrière ces outils

Le Maroc traverse un moment crucial : soit il construit une véritable stratégie souveraine et systémique en IA, soit il se laisse distraire par les illusions, les slogans et les faux éclaireurs Et dans ce cas,ilperdrauneoccasion historique de faire aussi des technologies un moteur de son développement économiqueetsocial.

Les“moutonsnoirs”dunumérique:unphénomènemarocaininquiétant

Dans mes écrits sur les moutons noirs, je décris ces profils qui, sans formation solide ni compréhension scientifique, s’auto-proclament experts Ils avancent masqués, souvent avec de bonnes intentions, mais toujours avec une méconnaissance profonde des systèmescomplexesquesontl’IA,lenumériqueoulacybersécurité

Aujourd’hui,cesmoutonsnoirsprolifèrentdansledomainedel’IAgénérative.

Ils utilisent des slogans marketing (« l’IA va tout remplacer » , « maîtrisez ChatGPT en 2 heures »), des commentaires spectaculaires, souvent faux ou déformés, des formations superficiellesbaséessurquelquesmanipulationsdeplateformes,desdiscoursconfussur lascience,lasociétéoul’économie,etunerhétoriquecatastrophisteouprométhéenne

Mais ils ne connaissent ni la logique algorithmique, ni l’architecture des systèmes, ni les questionsdedonnées,nilesenjeuxdesouveraineté,nileslimitesréellesdesmodèles Ils« éclairent»lepublicsansêtreeux-mêmeséclairés.

Ledanger:unpaysquiécoutelesmauvaisesvoix

Il existe une différence fondamentale entre expliquer des usages simples de l’IA, ce que chacunpeutfaire,concevoirunsystèmed’IA;cequinécessitedesannéesdeformation, etsurtoutorienterlespolitiquespubliques,cequiexigeuneexpertiseréelle.

Leproblèmen’estpasquecespersonness’expriment.

Leproblèmeestqu’elless’exprimentcommesiellessavaient,alorsqu’ellesnedisposent quedeconnaissancessuperficielles.LedangerpourleMarocesttriple.

Nous risquons d’adopter de mauvaises pratiques Les décisions peuvent être influencées par des discours simplistes et déconnectés de la réalité technique. Nous risquonsdeperdreuntempsprécieux.

Pendant que le reste du monde structure ses plateformes nationales,sescloudssouverains,sesmodèleslinguistiques et ses clusters d’IA appliquée, nous débattons encore de slogans.

Nousrisquonsdemettrel’IAentredesmainsincompétentes.

Unetechnologieaussipuissantepeutfaireavancerunpays oul’endommagerdurablement

Pourquoi le Maroc peut encore réussir si nous comprenons lanatureréelledel’IA

L’intelligenceartificiellen’estpasunmiracle

C’est le résultat de 60 années de science informatique, de mathématiques, de génie logiciel, d’architecture des systèmes, de gestion de données et de recherche opérationnelle Sans cette base, il n’y a ni souveraineté, ni innovation,nicompétitivité

Le Maroc a un avantage unique : une nouvelle génération brillante, ambitieuse et motivée Mais elle doit être bien forméeetbienentourée

Le message essentiel : attention aux faux guides

L’IA générative a rendu tout le monde bavard. Mais parler n’est pas comprendre. Et comprendre n’est pas savoir construire. Dansunepériodeaussidéterminante,ilfaut écouter celles et ceux qui maîtrisent la discipline,pasceuxquisurfentsurlavague.

Le public marocain doit être vigilant. Les institutions aussi. Et la presse également. Nous avons besoin d’ingénieurs formés, de chercheurs, de professionnels du numérique, d’experts de la gouvernance, d’universitaires, de praticiens des entreprises, de femmes et d’hommes qui travaillentsurleterraindepuisdesannées Pasdeprofilsimprovisés

Nepasraterl’occasionhistorique

Le Maroc peut faire de l’IA un levier de développement économique, un outil d’inclusion sociale, un vecteur de souveraineté numérique, un moyen d’améliorer l’éducation, la santé et l’administration Mais il peut aussi passer à côté, si nous laissons les mauvaises personnes prendre la parole, influencer ou orienterlespolitiquespubliques

L’IA n’est pas une mode. C’est un changementdecivilisation.

Et il serait tragique qu’un pays aussi ambitieuxqueleMarocselaisseguiderpar desmoutonsnoirsaulieudes’appuyersur uneexpertiseréelle.

dr azzedine bennani

L’IA frugale au cœur de l’approche systémique

L’intelligence artificielle n’est pas une course à la puissance. Ce n’est pas une compétition mondiale entre modèles gigantesques, ni une fascination pour lesGPUcolossauxoules slogans marketing affirmant “le meilleur modèledumonde”.

Depuis mes premiers travaux : du paradoxe de Solow à la gouvernance des systèmes d’information, du Phénomène Numérique à L’intelligence artificielle au Maroc –Souveraineté, inclusion et transformation systémique — une convictiontraversetout mon parcours : l’IA doit être frugale pour être souveraine,systémique etinclusive.

La frugalité n’est pas la réduction.Ellen’estpas la faiblesse. Elle n’est pas la contrainte. Elle est méthode, stratégie, valeur,vision. Dans mon approche systémique, la frugalité estl’axequirelielesens, la structure et l’usage. Ellereposesuruneidée simple : une IA n’est utile que si elle est contextualisée, sobre, maîtrisée, intégrée et alignéeaveclesréalités humaines, économiques et territoriales.

Redonnerdusens:l’IAcommeprolongementdel’humain Uneintelligenceartificiellehypertrophiée,détachéedesoncontexte,produitdesillusions: illusionsdepuissance,illusionsderupture,illusionsd’efficacité Dansmesécrits,jerappelle quelatechnologien’adevaleurqu’àtraversl’intentionquil’oriente

L’IA frugale incarne cette vision : elle prolonge les savoirs humains, elle renforce les capacités cognitives, elle libère du temps pour les tâches nobles, elle soutient l’apprentissageetl’innovation,sansjamaissesubstitueràl’intelligencehumaine

Elle évite la dépendance technologique, renforce la souveraineté cognitive et protège l’autonomie des institutions Structurer pour durer : des architectures rationnelles et souveraines

Dansmapenséesystémique,unsystèmedurableestunsystèmealigné L’IAfrugalesuit ceprincipe:elleprivilégielesarchitecturesmodulaires,lesmodèleslégersetlesdonnées souveraines

Elle réduit la consommation énergétique, diminue les coûts, évite la dépendance aux géantsducloudetrenforcelecontrôlenationalsurlesfluxd’information.C’estl’espritde mes travaux sur : le modèle systémique IA, l’entreprise intelligente, MrabaData et la souverainetéinformationnelle,leschaînesdevaleurrégionales,lesterritoiresintelligents.

Lafrugalitéestainsiunprinciped’ingénierie:concevoirmoinsvolumineuxpourconcevoir plusintelligent.

Orienterl’usage:uneIAintégréeauxsystèmessociaux Lafrugalitén’estpasseulementméthodologique Elleestprofondémentsociale Elle

oriente l’IA vers les usages qui améliorentréellementlavie:dansles écoles, les hôpitaux, les régions, les entreprises, les administrations, les bibliothèques, les médinas, les espaces ruraux. L’IA frugale rend la technologieaccessible.

Elle réduit la fracture numérique. Elle encourage l’appropriation citoyenne. Elle soutient la transformation culturelle, économique et organisationnelle Application de l’IA frugale au Maroc : une voie souveraine,ancréeetréalisteLeMaroc n’a pas besoin de suivre la course mondialeauxmodèlesgéants

Ilpeutinventerunevoiepropre:une IA frugale, souveraine, adaptée, territorialisée,alignée.

Éducation : une IA accessible, souveraineetinclusive

Une IA frugale dans l’éducation peut : accompagner les enseignants sans les remplacer ; proposer du soutien scolaire adapté au niveau réel des élèves ; fonctionner sur de petites infrastructuresdanstouteslesrégions ; réduire les inégalités entre écoles rurales et urbaines ; soutenir la formation continue des enseignants ; valoriser les langues locales : arabe, darija,amazigh.

Santéetterritoires:renforcerl’efficacitépardesIAlégères LeMarocpeutgénéraliseruneIAfrugaledesantéqui:soutient les médecins dans les zones rurales ; optimise les rendez-vous etfluxhospitaliers;aideàladétectionprécocedessymptômes; accompagne les personnes âgées à domicile ; analyse les donnéeslocalessanstransfertmassifversl’étranger.

Administrationpublique:modernisersansdépendre L’administration marocaine peut bénéficier d’une IA sobre qui : automatise les tâches répétitives ; fluidifie les démarches citoyennes ; améliore la gestion des dossiers ; renforce la transparence et la régulation ; permet aux agents de se concentrersurlarelationhumaine

Artisanat,culturesetmédinas:l’IAauservicedupatrimoine UneIAfrugalepeut:préserverlesmotifs,techniquesetarchives du patrimoine ; soutenir les artisans dans le design et la commande ; créer des cartes numériques du patrimoine immatériel ; valoriser la médina comme espace de créativité numérique;renforcerlesfilièrescaftan,zellige,bois,tissage

PME, économie et transformation digitale : une IA adaptée au tissunational Lafrugalitéestlavoienaturellepour:proposerdesassistantsIA pour la gestion quotidienne ; automatiser la comptabilité, la facturation, la relation client ; créer des modèles linguistiques marocains fonctionnant localement ; aider les petites entreprises à digitaliser leurs processus ; réduire les coûts d’adoptiondel’IA.

LafrugaleIAcommechoixstratégiqueduMaroc La frugalité n’est pas un compromis. C’est une stratégie nationale, une philosophie technologique, un modèle de développementsouverain.

Elle permet de renforcer la souveraineté numérique et cognitive, d’assurer l’inclusion sociale, d’adapter l’IA aux réalités du pays, d’éviter la dépendance aux géants technologiques, de développer un écosystème marocain de compétencesetdeconstruireunmodèlemarocaind’IAutile, accessibleetdurable.

L’IAfrugaleestaucœurdemonapprochesystémiqueparce qu’ellereplacel’humain,lesensetlasouverainetéaucentre delatransformationnumérique.

L’intelligence artificielle n’existe pas : ce qui existe, c’est l’informatique

L’époque actuelle entretient une confusion profonde entre science, technologie et imaginaire collectif. Le terme « intelligence artificielle » désigne rarement une réalité scientifique : il masque en fait une continuité logique de l’histoire de l’informatique. Ce que l’onnommeIAestavant tout un assemblage de modèles

mathématiques, d’algorithmes et de systèmes d'information rendus possibles grâce aux progrès des technologies de l’information et de la communication. Rien n’indique l’existence d’une intelligence au sens humain. Il s’agit d’informatique, de calcul et de traitement de données à grande échelle.

Unemachinepuissante, mais fondamentalement stupide

L’ordinateur demeure ce qu’il a toujours été : une machine exécutant des instructions. Qu’il s’agisse d’un centre de calcul alimentant des modèles géants ou d’un petit dispositif dans une poche, la logique reste identique La machine n’a ni conscience, ni compréhension, ni intention

Ellenefaitquereproduiredespatternsstatistiquesissusd’unapprentissagemassif.Parler d’« intelligence » est une erreur conceptuelle. La machine simule des comportements observésdanslesdonnées,maisellenecomprendrienàcequ’elleproduit

L’illusionlinguistique:quandlemotcréelemythe

La confusion vient en grande partie du vocabulaire En qualifiant ces technologies d’« intelligence » , nous leur attribuons ce qu’elles n’ont pas Einstein a montré que le temps n’étaitpasunesubstancemaisuneconstructionrelative

De la même manière, appeler « intelligence » un dispositif numérique crée une fiction linguistique L’IA ne pense pas, n’interprète pas, ne ressent pas L’intelligence reste une propriétéhumaine:incarnée,située,émotionnelle,relationnelleetprofondémentculturelle

L’IA:uneconséquencedirectedel’évolutiondesTIC

Lessystèmesquel’onappelleIAsontlerésultatdetroisévolutionsinformatiquesmajeures: l’augmentationmassivedelapuissancedecalcul,ladisponibilitédedonnéesenquantités inédites, et le développement de nouvelles architectures logicielles (réseaux neuronaux profonds,transformers,modèlesgénératifs)

Sanscesfondations,aucunmodèledit«intelligent»nepourraitfonctionner L’IAn’estdonc pasuneruptureontologiquemaisunecontinuitétechnique C’estleprolongementnaturel decinqdécenniesd’avancéesinformatiques

L’enjeun’estpasl’IA,maislacompréhensiondessystèmes

L’erreurlaplusrépandueconsisteàattribuerauxmodèlesuneautonomiequ’ilsn’ontpas Cenesontpas eux qui décident : ce sont les architectures, les données, les paramètres, les contextes d’usage et les objectifshumains Levéritableenjeuscientifiquesesituedanslamaîtrisedessystèmes:leurconception, leurintégration,leurgouvernance

Unevisionrigoureusedel’IAimposed’abandonnerlemytheetdereveniràl’essentiel:l’algorithmique, l’architecture,lesdonnées,lamodélisationetlasouveraineténumérique. Sortirdelamystificationpourmieuxagir

Comprendrequel’IAn’estquedel’informatiqueavancéepermetdeclarifierlespriorités Lamachinene remplace pas l’humain : elle l’augmente Le discours anxiogène entretient la peur et détourne des véritables défis: souveraineté des données, infrastructures nationales, compétences techniques, responsabilité,culturenumériqueetgouvernance

C’estdanscesdomainesquesejouentledéveloppementetl’indépendancetechnologique.

L’IAestunoutil,l’intelligenceesthumaine

L’intelligenceartificiellenedoitplusêtreperçuecommeuneentitéautonomemaiscommeunensemble d’outilsinformatiquesconstruitspardeshumains,avecleursforcesetleurslimites.L’intelligenceestdu côtédel’humain:nourrieparl’histoire,laculture,l’émotionetlaconscience.

L’IAestducôtédelatechnique:puissante,rapide,maisdépourvuedesens.Laconfusionentrelesdeux nourritdesillusions.Larigueurscientifiqueexigedeladissiper.

Penser l’intelligence artificielle comme

un paradigme systémique : une voie marocaine pour l’avenir

L’intelligence artificielle n’est plus un simple domaine technologique. Elle recompose les équilibres sociaux, transforme la manière dont les institutions fonctionnent, redéfinit les structures économiquesetmodifie profondément la logiquedesterritoires.

L’IA impose une nouvelle manière de comprendre le réel : le paradigmesystémique. Dans ce paradigme, les flux, les interactions et les interdépendances importent davantage que les objets technologiques. Les territoires deviennent des systèmes vivants, capables d’apprendre, d’anticiper et d’agir sur eux-mêmes.

Le Maroc se trouve aujourd’hui à un tournant historique. Pour que l’IA soit un levier de souveraineté etnondedépendance,il doitlapenseràpartirde ses régions, de ses villes, de sa culture, de ses institutions et de son intelligence collective.

L’IA comme paradigme systémique Réduire l’intelligence artificielle à des applications technologiques serait uneerreurmajeure

L’IAmodifielesinteractionsentreinstitutions,entreprises,citoyensetterritoires;transforme les processus d’apprentissage et de décision ; reconfigure les chaînes de valeur économiques, industrielles, logistiques et sociales ; intensifie les interdépendances entre secteursetrégions;accélèrelacirculationdesdonnées,devenueslecapitalstratégique duXXIesiècle;restructureprofondémentlessociétés

Laquestionfondamentalen’estpas:Quelletechnologieutilisons-nous?Mais:Comment l’IAtransforme-t-ellenossystèmessociaux,économiques,territoriauxetculturels?

Les13régionsduMaroc

Le Maroc est composé de treize territoires différents dans leurs ressources, leurs dynamiquesetleurspotentiels Cenesontpasdesdécoupagesadministratifs,maistreize systèmesd’intelligence:

-Rabat–Salé–Kénitra:gouvernancenationale,institutions,servicespublics; -Casablanca–Settat:puissancefinancière,industrie,logistique; -Marrakech–Safi:patrimoine,tourisme,culture; -Fès–Meknès:artisanat,tradition,académique;

-Tanger–Tétouan–AlHoceïma:logistiquemondiale,automobile,portuaire; -Oriental:énergiesrenouvelables,géostratégie; -BéniMellal–Khénifra:agriculture,eau,hydraulique; -Drâa–Tafilalet:mines,astronomie,désert; -Souss–Massa:pêche,agro-industrie,export; -Guelmim–OuedNoun:interfaceAfrique–Maroc; -Laâyoune–SakiaElHamra:énergies,ports; -Dakhla–OuedEd-Dahab:économiebleue,aquaculture,datacentersverts; -RégiondesMarocainsduMonde:intelligencediasporiqueglobale.

Régions intelligentes et villes intelligentes : des systèmes vivants qui apprennent

Une région ou une ville devient intelligente non pas grâce à la technologie qu’elle possède, mais grâce à sa capacité à se comprendre elle-même

Une région intelligente intègre ses données territoriales en construisant une infrastructure de données régionales : mobilité, eau, énergie, environnement, agriculture, santé, sécurité, économie locale Elle voit ce qui se passeentempsréel

Elle anticipe ses besoins grâce à des modèles prédictifs pour prévoir les épisodes de sécheresse, les besoins hospitaliers, la consommation énergétique, les flux touristiques, les risquesclimatiques.

Elleseconnecteeninstallant une gouvernance collaborative entre administrations, entreprises, universités, startups, associations et citoyens, ce quiaccélèrelesdécisionset réduitlessilos

Elle optimise ses infrastructures en appliquant l’IA à la gestion de l’eau, aux smart grids, au transport, au ramassage des déchets, à l’éclairage public, à la surveillance Elleamélioreses services publics en créant une administration augmentée, accessible, rapideetpersonnalisée

Elle renforce sa résilience en développant des capacités de détection précoce et de réaction rapide face aux crises climatiques, sanitaires, hydriques ou cyber Une ville intelligentecomprendsesflux urbains (trafic, chaleur, pollution, énergie) et ajuste encontinusesdécisions.

L’alignementsystémique

Laperformanced’unterritoire dépend de la cohérence entre sa stratégie, ses compétences, ses données, ses technologies, ses institutions, son organisation et sa culture L’alignement systémiqueestl’unedesclés du développement de l’IA dans les régions Avec alignement, les territoires deviennent des écosystèmes cohérents capables d’innovationdurable

MrabaData:unmodèlemarocainde souverainetéterritoriale

MrabaData structure l’intelligence territoriale autour de quatre pôles : Territoire,Données,Acteurs,Processus Il permet au Maroc de maîtriser ses données,d’élaborerunegouvernance intelligente, d’anticiper les crises, de comprendresesdynamiquesinternes, destructurersesstratégiesrégionales, derenforcersasouveraineté

Gouvernancesystémique:piloterl’IA pouretparlesterritoires

Gouverner l’IA signifie choisir les usages prioritaires, structurer les données,garantirl’éthique,protégerla souveraineté cognitive, développer l’expertise locale, renforcer la résilienceetcontextualiserlesoutils La gouvernance systémique est la condition de la maîtrise nationale de l’IA.

Le Maroc peut devenir une référence enmatièred’intelligenceartificielleen adoptant une pensée systémique, en ancrant l’IA dans les territoires, en développant des régions intelligentes, en maîtrisant ses données, en structurant sa gouvernance, en assurant l’alignement des acteurs et en renforçant sa souveraineté cognitive L’IA souveraine marocaine émergera des territoires marocains eux-mêmes

Comparer l’IA au vivant : une erreur de méthode, un danger pour le débat public

J’ai pris connaissance du livre de Didier van Cauwelaert, L’intelligence naturelle – Quand le génie du vivant surpasse l’IA. Je veux d’abord préciser que je n’ai jamais écrit sur le vivant. Ce n’est pasmonchamp.Jerespectecelles etceuxquiontlacompétencepour parler de biologie, d’évolution ou d’écosystèmes. Je peux donc accueillirsansréservecequ’ildécrit comme la merveille du vivant, son intelligence subtile, son génie adaptatif.

Làoùjesuisenprofonddésaccord, c’est lorsque l’auteur compare ce qu’il appelle “l’intelligence naturelle”àl’intelligenceartificielle, et en tire des conclusions sur la prétenduesupérioritéduvivantsur la machine. Ce type de comparaisonn’aaucunfondement scientifique, ni technique, ni logique.Cen’estpasundébat.C’est un glissement sémantique, une confusionentrelesdomaines.

Ce que j’écris depuis plusieurs années, dans mes articles, mes conférences, mes livres et mes interventions publiques, c’est que l’IA n’est qu’un outil. Une création humaine. Un système algorithmique conçu pour traiter l’information, automatiser des tâches,aideràlaprisededécision. Ellenevitpas.Ellenepensepas.Elle n’évoluepasdemanièreautonome. Elleneressentrien.Ellecalcule.Elle simule.Ellemodélise.

Tout comme un crayon, l’IA est un prolongement de notre capacité à agir et penser. J’ai écrit un jour : « L’IAestunQalam.»Elletraceceque nous lui indiquons. Elle restitue ce que nous avons codé. Elle amplifie ce que nous sommes capables d’imaginer, mais elle n’existe pas endehorsdenous.

Comparerl’IAauvivantestuneerreurdeméthode. Celarevientàcomparerunecellulevivanteàunelignedecode.Celarevientà direquedesneuronessontsupérieursàdestransistors Levivantestbiologique, relationnel,évolutif L’IAestmathématique,computationnelle,architecturée Elles neseconcurrencentpas Ellesnesemesurentpasaveclesmêmeséchelles Elles nerelèventpasdumêmeordrederéalité

Le danger de ce type de discours, c’est qu’il déforme le débat Il entretient une peur artificielle de l’IA, fondée sur des projections, des intuitions, des analogies sans fondement Et pendant ce temps, les vraies questions sont oubliées : la souveraineté numérique, l’éducation à la culture informatique, la maîtrise des infrastructures, la transparence des algorithmes, le rôle des États face aux Big Tech,l’éthiqueetlasécurité

Ce n’est pas en comparant l’IA au vivant que l’on protège la société C’est en donnant aux citoyens les outils pour comprendre l’IA C’est en formant les décideurs C’estenécrivantdeslois C’estenfaisantdel’informatiqueuneculture aussilégitimequecelledulangageoudesarts

Commejel’aidéjàécrit,ilesturgentquedespayscommeleMarocoulaFrance adoptent une législation définissant qui peut légitimement parler d’IA, surtout quand il s’agit de recommander des stratégies publiques, d’alerter sur des risques,deproposerdescadresjuridiques.

La Chine l’a fait en limitant les prises de position sur l’IA à celles et ceux qui en maîtrisent les fondements scientifiques. Ce n’est pas censurer. C’est protéger le débatpublic.

Jen’aiaucunproblèmeavecceuxquis’émerveillentdevantlabeautéduvivant. Maisjerefusequel’oncaricaturel’IApourglorifierlevivant.Cen’estnihonnêteni utile. Je demande qu ' on traite l'IA avec sérieux. Qu’on la regarde pour ce qu’elle est : un outil puissant entre les mains de l’humanité, qui mérite d’être compris, encadré,gouverné Nonpascomparé,maismaîtrisé

Régions intelligentes et villes intelligentes : des systèmes vivants qui apprennent

Une région ou une ville devient intelligente non pas grâce à la technologie qu’elle possède, mais grâce à sa capacité à se comprendre elle-même

Une région intelligente intègre ses données territoriales en construisant une infrastructure de données régionales : mobilité, eau, énergie, environnement, agriculture, santé, sécurité, économie locale Elle voit ce qui se passeentempsréel

Elle anticipe ses besoins grâce à des modèles prédictifs pour prévoir les épisodes de sécheresse, les besoins hospitaliers, la consommation énergétique, les flux touristiques, les risquesclimatiques.

Elleseconnecteeninstallant une gouvernance collaborative entre administrations, entreprises, universités, startups, associations et citoyens, ce quiaccélèrelesdécisionset réduitlessilos

Elle optimise ses infrastructures en appliquant l’IA à la gestion de l’eau, aux smart grids, au transport, au ramassage des déchets, à l’éclairage public, à la surveillance Elleamélioreses services publics en créant une administration augmentée, accessible, rapideetpersonnalisée

Elle renforce sa résilience en développant des capacités de détection précoce et de réaction rapide face aux crises climatiques, sanitaires, hydriques ou cyber Une ville intelligentecomprendsesflux urbains (trafic, chaleur, pollution, énergie) et ajuste encontinusesdécisions.

L’alignementsystémique

Laperformanced’unterritoire dépend de la cohérence entre sa stratégie, ses compétences, ses données, ses technologies, ses institutions, son organisation et sa culture L’alignement systémiqueestl’unedesclés du développement de l’IA dans les régions Avec alignement, les territoires deviennent des écosystèmes cohérents capables d’innovationdurable

MrabaData:unmodèlemarocainde souverainetéterritoriale

MrabaData structure l’intelligence territoriale autour de quatre pôles : Territoire,Données,Acteurs,Processus Il permet au Maroc de maîtriser ses données,d’élaborerunegouvernance intelligente, d’anticiper les crises, de comprendresesdynamiquesinternes, destructurersesstratégiesrégionales, derenforcersasouveraineté

Gouvernancesystémique:piloterl’IA pouretparlesterritoires

Gouverner l’IA signifie choisir les usages prioritaires, structurer les données,garantirl’éthique,protégerla souveraineté cognitive, développer l’expertise locale, renforcer la résilienceetcontextualiserlesoutils La gouvernance systémique est la condition de la maîtrise nationale de l’IA.

Le Maroc peut devenir une référence enmatièred’intelligenceartificielleen adoptant une pensée systémique, en ancrant l’IA dans les territoires, en développant des régions intelligentes, en maîtrisant ses données, en structurant sa gouvernance, en assurant l’alignement des acteurs et en renforçant sa souveraineté cognitive L’IA souveraine marocaine émergera des territoires marocains eux-mêmes

Pourquoilastratégierestehumaine?

À l’heure où les systèmes d’IA peuvent produire des analyses complexes en quelques secondes, une question persiste:silamachinerépond,quidécidevraiment?

Entre cognition humaine, instinct émotionnel et stratégie globale,2025confirmeuneévidence:laréponsen’estpas lavision.

L’IA excelle dans la logique, mais elle ne sait pas “pourquoi”ellerépond

Les modèles actuels peuvent croiser des milliards de données, détecter des patterns invisibles et proposer des solutions instantanées Mais ces réponses restent corrélatives,jamaisintentionales

L’IAsaitexpliquer,maisellenesaitpaspourquoiçacompte

Elle sait déduire, mais elle ne sait pas anticiper un frisson collectif Ellesaitoptimiser,maispasrenoncer

Ce qu’elle n’a pas : l’intuition, le doute, la projection émotionnelle,laperceptiondurisquehumain Etlastratégie, lavraie,seconstruitdansceszones-là

Dansunmondesaturéderéponses,cequimanque,c’est lesens

En 2025, les entreprises sont noyées sous la data Tout est analysable,mesurable,modélisable Paradoxalement,cette surabondancecréeunvide:

-Quidonneladirection?

-Quitransformelaréponseencap?

Les meilleurs dirigeants ne demandent plus à l’IA “quedois-jefaire?”. Ilsdemandent: “Quelscénariojen’aipasencoreimaginé?”

-“Oùsontlessignauxfaiblesquemonintuitionn’apas encorecaptés?”.Lamachineillumine,l’humainoriente.

Stratégie2025:l’IAaccélère,l’humainarbitre Une bonne décision stratégique repose toujours sur troiscouchescognitives:

1. La donnée (IA) Ce qui est mesurable. Ce qui est calculable.Cequiestréplicable.

2 L’intuition (humain) Ce “micro-signal” sensoriel qui précède souvent les preuves C’est l’instinct du designer,l’anticipationdumarketeur,lavisionduCEO 3 L’émotion(humain) Cequioriente,nuance,freine,ou déclenche Ce qui explique pourquoi deux décisions identiquespeuventproduiredeuxréalitésopposées

L’IAfonctionnesurlalogique Lastratégiefonctionnesur la logique + la perception + le ressenti Et ces deux derniersrestentexclusivementhumains

L’erreur que beaucoup font : confondre vitesse et vision

L’IA est rapide Parfois trop Elle donne des réponses immédiates, alors que certaines décisions réclament untempslong,uninconfort,unehésitation Enstratégie, tropvitepeutêtreaussidangereuxquetroptard

L’IA accélère les routes L’humain choisit la destination Et parfois, c’est la mauvaise réponse qui mène à la meilleure trajectoire; chose qu’aucun modèle ne peut comprendre.

Laprochaineétape:l’hybrideémotionnel

En 2025, la vraie compétence premium n’est plus “savoirutiliserl’IA”.C’estsavoirressentirplusvitequela machinecalcule.

L’avenirneserapashumaincontreIA,maishumain+ IA, chacun dans sa zone d’excellence : la machine : clarté, vitesse, optimisation l’humain : intuition, ambiguïté,sens,vision

L’avantage compétitif appartient à ceux qui savent fairedialoguercesdeuxmondes

L’IA donne des réponses; l’humain donne une direction.

La stratégie ne se résume pas à la pertinence d’une solution, mais à l’intelligence d’un choix Et ça, aucune machineneleressent

clonées

WhatsAppMaroctouchéparunevagued’arnaques “voixdesproches”.

Ce qui autrefois relevait de la science-fiction est devenuuneréalitéterrifianteen2025:lesescrocsn’ont plus besoin de voler un mot de passe pour tromper quelqu’un.Illeursuffitdésormaisdevoler…votrevoix.

Partout dans le monde et désormais au Maroc; une nouvelle génération d’arnaques explose : le “vocal cloning scam”, une fraude basée sur des outils capables de reproduire la voix d’une personne en quelques secondes, avec son intonation, son rythme, sesexpressions,etmêmeseshésitationsnaturelles Le tout, accessible gratuitement ou pour quelques dollarsseulement

Ce phénomène, observé depuis fin 2024, vient de connaître un pic alarmant au Maroc en novembre 2025, notamment sur WhatsApp, où les tentatives d’arnaques “Voix d’un proche en détresse” se sont multipliées:desparentspiégés,destransfertsd’argent urgents, des personnes vulnérables manipulées émotionnellement avec une facilité qui frise l’inquiétant

Quesepasse-t-ilexactement?

Pourquoimaintenant?

Etsurtout:comments’enprotéger?

Voici une plongée dans l’une des menaces technologiqueslesplusdangereusesde2025

Levocalcloning:quelquessecondessuffisent

LesIAdeclonagevocalontfaitunbondspectaculaire en 2024-2025. Alors qu’il fallait auparavant plusieurs minutes d’enregistrement pour imiter une voix, les modèlesactuelsn’ontbesoinquede: -5à10secondesd’audio, -parfois même un simple message vocal WhatsApp, ouunevidéoInstagramouTikTok.

Ces outils reproduisent : le timbre, l’accent, les microintonations, les respirations, les pauses naturelles, et mêmelesémotionssimulées

En clair : ce n’est plus une imitation : c’est une copie parfaite Et lorsqu’un escroc s’en sert, la victime n’a pratiquementaucunechancededouter

WhatsApp:laplateformelapluscibléeauMaroc AuMaroc,WhatsAppdominelepaysagenumérique: - communication familiale, travail, envois de documents, contacts professionnels, tout passe par l’application

C’estprécisémentcequienfaitunecibleprivilégiéepourles fraudeurs Le mode opératoire de l’escroquerie : simple et diabolique.

1. L’escroc récupère la voix d’une personne via : un vocal WhatsApp public ou transféré, une vidéo Instagram, un TikTok,unlive,unmessageaudioprofessionnel.

2.Illacloneenquelquessecondesavecunlogicielenligne.

3. Il contacte un proche (parent, ami, conjoint) en utilisant : Un numéro inconnu, mais la voix parfaite de la personne imitée

4 Iljouelacarteémotionnelle:

•“Maman, j’ai eu un accident, j’ai besoin d’argent maintenant”

•“Papa, mon téléphone est cassé, je t’appelle d’un autre numéro”

•“S’ilteplaît,transfère-moi2000DH,c’esturgent”

5 Terrifiés,lesprochesréagissentinstinctivement etl’argent disparaîtsansaucunepossibilitéderecours

Ce type d’arnaque est redoutable parce qu’il repose sur la confiance familiale; la chose la plus difficile à remettre en question

PourquoiuneexplosionauMarocennovembre2025?

1 Lesoutilsdeclonagevocalsontdevenusopen-source Fin octobre 2025, plusieurs modèles de clonage vocal ont été renduspublicssurdesplateformesd’IAgénérative Résultat: n’importe qui, même sans compétences techniques, peut générerunefaussevoixenquelquessecondes.

2

Une fuite massive de vocaux sur Telegram Selon plusieurs rapports, des centaines de messages vocaux récupérés sur différents forums marocains sont désormais en circulation clandestine Les escrocs piochent dedans, testent des numéros, et lancentleursattaques

3 Une période propice : fin d’année = émotions + urgences Novembredécembre est une période où les familles : voyagent, organisent des événements, dépensent plus, sont souventstressées

C’est le terrain parfait pour exploiterlapeur,ledouteou l’urgence.

Les victimes marocaines : un profil malheureusement trèslarge

Contrairement aux arnaques classiques ciblant surtoutlespersonnesâgées, le vocal cloning touche toutes les générations, car toutlemondeutiliselavoix

Les victimes recensées incluent: -des parents recevant un fauxappeld’unenfant, -descouplesmariés, -desentrepreneurs, -despersonnesayantpublié beaucoupdecontenuvocal enligne, -des personnalités publiques, -des étudiants loin de leurs familles

Le choc psychologique est immense : on ne se remet pas facilement d’une arnaqueutilisantlavoixd’un proche.

Pourquoi cette arnaque est plus dangereuse que les deepfakesvidéo?

Beaucoup pensent encore que les deepfakes vidéo sont la principale menace

Maisenréalité,lesvoixclonéessontencoreplusredoutables:

•unappel,c’estintime,rapide,émotionnel; •lavoixestl’undesmarqueurslespluspersonnels; •lessignauxd’authenticitésonttrèsdifficilesàvérifier; •iln’yapasd’imagepourdétecteruneanomalie; •l’appelpeutsefairedansuncontextedestress(pleurs,urgence)

C’estprécisémentcettesimplicitéémotionnellequienfaitunebombesociale

Commentreconnaîtreunearnaquevocale(mêmesilavoixestparfaite) Aucuneoreillehumainenepeutdétecterunclonageaudioavancé Parcontre,il existedessignauxcomportementauxquidoiventimmédiatementalerter:

1 L’appelprovientd’unnuméroinconnu Mêmesilavoixestparfaite méfiance

2 Lediscoursestpressé,urgent,paniqué Lesfraudeursmisentsurl’émotion,pas surlesdétails

3 Lapersonneempêchetoutevérification:

•“Jenepeuxpasparlerlongtemps”

•“Nemerappellepas.”

•“Faisvite.”

•“N’enparleàpersonne.”

4.Unedemanded’argentimmédiate.C’estLAsignature.Jamaisunprocheréel nedemandeuntransferturgentviaunnuméroinconnusansexplication.

5. Refus d’envoyer une photo ou une localisation. Les escrocs coupent la communicationdèsqu’ondemandecela.

Comment se protéger au Maroc (les règlesd’or)

Voici les méthodes de protection les plusefficaces,simplesetapplicables partous:

1 Établirun“motdesécuritéfamilial”

Une technique simple mais redoutable : un mot connu uniquement entre membres de la famille (ex : “grenade”, “piano bleu”, “13h40”) Si quelqu’un appelle d’un nouveau numéro, demandez le mot Silapersonnenepeutpasledonner: c’estunearnaque

2 Ne jamais envoyer d’argent après unappelvocald’unnuméroinconnu Même si la voix ressemble parfaitement Jamais Pas une seconde

4 Limiterl’expositiondevotrevoixenligne: -capsulesaudio,storiesvocales,notesvocalespublics,interviewsnonsécurisées Moinsvotrevoixcircule, moinsvousêtesvulnérable

5 Sensibiliser les parents Les escrocs ciblent particulièrement les personnes de plus de 40 ans, car elles réagissentplusparinstinctquepardoute

2025:l’annéeoùlaconfiancevocaledisparaît.

Levocalcloningouvreunenouvelleère:celleoùlavoixn’estplusunepreuved’identité Cebouleversement estsociologiquementmajeur En2025,ilfaudra:

-apprendredenouveauxréflexes, -créerdenouvellessécurités, -doutermêmedecequenousavonstoujoursconsidérécommefiable

Celapeutsemblereffrayant,maisc’estessentiel

L’important n’est pas de paniquer, mais de comprendre. Car une fois qu’on sait comment fonctionne l’arnaque,ondevientbeaucoupplusdifficileàpiéger.

Unemenaceréelle,maiscontrôlable

Oui,lesarnaquesàlavoixclonéeexplosent.Oui,leMarocesttouché.Oui,WhatsAppestexposé.Maisavec: lesbonsréflexes,labonneéducationnumériqueetquelquesprotocolessimples,onpeutbloquerplusde95 %destentatives.

2025 marque le début d’un nouveau chapitre digital : Celui où la technologie devient si puissante qu’elle exigeunevigilancequotidienne

L’Objet fantôme d’OpenAI : le gadget qui pourrait tuer le smartphone

Un mystérieux objet connecté d’OpenAI pourrait arriver dansmoinsdedeuxans

« Un appareil IA révolutionnaire, design Jony Ive, hardware nouvelle génération : OpenAI préparerait une interface intelligente capable de transformer notre quotidienconnecté»

Ils'agitd’unchantierencoretrèsbrumeuxducôtéd’OpenAI : leur futur appareil physique, un objet connecté qui serait pensécommel’extensionnaturelledeleursmodèlesd’IA. Pour l’instant, rien d’officiel, mais plusieurs signaux concordent. OpenAI travaille depuis un moment avec l’ancien designer star de chez Apple, Jony Ive, et avec SoftBank, autour d’une idée simple et pourtant explosive : créerunhardwaredédiéàl’IA,quelquechosequinesoitni un smartphone ni une enceinte connectée, mais une nouvellecatégoried’objet

Tupeuximaginerunappareilconçupourêtrel’interfacela plus fluide possible entre un humain et une IA, quelque chose de plus intime que ChatGPT sur téléphone Un compagnon, un assistant de poche, ou peut-être un objet de bureau capable d’écouter, comprendre, anticiper et exécuterdestâchesdanslavraievie

Lesrumeurslesplussérieusesévoquent: un dispositif pensé pour fonctionner en permanenceavecGPT-5etsessuccesseurs; uneinterfacevocaleetsensorielletrèspoussée; une logique d’“IA ambiante”, capable d’agir, pas seulementderépondre

Direqueçaarrivedans“moinsdedeuxans”,c’estdire queleprojetestdéjàbienavancé:design,matériaux, prototypesinternes Onestloinduconceptsurtableau blanc

Ce qui est fascinant dans cette histoire, c’est que si OpenAI sort un appareil grand public, ça rebat les cartes comme Apple l’a fait en deux mille sept. Le smartphone, dans cette hypothèse, devient un outil vieillissant face à une IA omniprésente qui te suit, te connaît,etapprendencontinu.

Ce sujet ouvre beaucoup de portes : souveraineté numérique, dépendance à l’IA, design d’interface invisible… Le monde qui arrive est plus étrange et plus tactilequ’iln’yparaît.

“L’IA

émotionnelle débarque au Maroc : quand les apps commencent à lire votre humeur mieux que vos proches”

En2025,unenouvellephrasefaittremblerautantqu’elle fascine:“Tontéléphoneteconnaîtmieuxquetoi-même.”

Ce n’est plus une hyperbole technophile. C’est la réalité. Au Maroc, comme ailleurs, la nouvelle génération d’intelligences artificielles émotionnelles; les modèles capablesdedétectervotreétatd’espritàpartirdevotre voix,devosmots,devotrefaçondetaperoudevosmicroexpressionsarrivesurnosécransavecuneprécisionqui dépasselasimpleanalysealgorithmique.

On parle désormais d'IA qui devinent votre fatigue avant que vous ne la ressentiez, repèrent vos irritations les plus infimes, anticipent un burn-out, ajustent une playlist selon votre niveau de stress, ou modifient une publicité en fonctiondevotrehumeurréelle

Cen’estpasdelascience-fiction C’estentraindes’installer silencieusementdanslaviedigitalemarocaine

LeMaroc,nouveauterraindetestdel’IAsensible

Depuis deux ans, plusieurs startups marocaines explorent l’IA émotionnelle comme un nouvel eldorado À Casablanca, Rabat, Tanger ou Marrakech, des développeurs travaillent avec des modèles capables d’analyserunvocalWhatsAppde7secondesetdedéduire: “niveau d’énergie bas”, “irritation contenue”, “stress latent”, “rythmecardiaqueaccéléréprobable”

Lavoixestdevenueunbiomarqueuraussipuissantque le sommeil, aussi révélateur qu’une prise de sang émotionnelle. Les grandes applications internationales alimententaussicemouvement.

Certainesappsdegestiondusommeil,trèsutiliséesau Maroc, détectent la fragmentation des nuits et prédisent un affaiblissement de la régulation émotionnelle. D’autres, plus poussées, analysent les messages écrits : ponctuation, pauses, nombre de corrections,vitessedefrappe

On peut deviner votre impatience uniquement en observantcommentvousécrivez“Salam”

La fin du “ça va, hamdoullah ?” comme réponse automatique

Pendant longtemps, l’humeur était un territoire intime, presque sacré Au Maroc, c’est encore plus vrai : le réflexe culturel est de répondre “hamdoullah, ça va”, mêmequandonestépuisé,anxieux,vidé

Mais les apps, elles, ne se contentent pas de cette façade Elles analysent la respiration entre deux phrases,labaissedemodulationdansunenotevocale, la manière dont la voix tremble légèrement lorsqu’on parle d’un sujet sensible Elles savent Elles savent parfoisavantquelapersonnenes’enrendecompte Le quotidien réinventé : quand les apps nous “coachent” sans le dire L’IA émotionnelle ne se limite plusàanalyser;elleintervient.

C’estlàquetoutdevientvertigineux.Unexemplesimple : Une app de musique ajustera automatiquement vos chansonsmatinalessielledétectequevousavezparlé plus vite la veille au soir, un signe de stress. Elle peut privilégier des rythmes plus doux, réduire les fréquences nerveuses, apaiser votre système nerveux avant même que vous ne réalisiez que vous étiez tendu

Dans le monde du travail, certains managers marocains utilisent déjà des outils qui évaluent le climat émotionnel d’une équipe à partir des interactionsSlackouemails Untonquisedurcit

Desréponsespluscourtes Desmessagesenvoyéstard dans la nuit L’IA génère alors des alertes : “risque d’épuisementcollectif”

Danslesrelationspersonnelles,l’impactestencoreplussubtil:

Un algorithme peut prédire que vous êtes sur le point d’envoyer un message impulsif, et vous proposer une reformulationpluscalme.Ouvousrappelerderespireravantd’appelerquelqu’unavecquivousêtesenconflit.

Onentredansunmondeoùl’IAdevientmédiatriceémotionnelle Ledangerinvisible:quandvosémotionsdeviennent des données exploitables Pourtant, derrière ces avancées se cache un risque majeur : Plus vos émotions sont analysées, plus elles deviennent monétisables Imagine une app qui détecte, via votre respiration, que vous êtes fatigué

L’algorithme ajuste automatiquement la publicité pour vous proposer un café énergétique Ou pire : Vous êtes anxieux L’IA le repère, modifie ses recommandations, et vous expose à des contenus plus sensationnalistes car l’anxiétéaugmenteletempspassésurlesréseaux

C’estl’unedesdériveslesplusdangereuses:leprofilageémotionnel Unciblageultra-intime,impossibleàmasquer Dansunpaysoùlarégulationnumériqueresteenconstruction,cetteexploitationémotionnellepourraitévoluerplus vitequelalégislation

Lesadolescentsmarocains,premiersconcernésLesjeunes,déjàhypersensiblesàlavalidationnumérique,viventun paradoxe:

L’IAles“comprend”mieuxqueleursparentsmaispeutaussimanipulerleursfragilités Lesappsscolairesbaséessur l’IAémotionnellearriventdanscertainsétablissementsprivés:

–détectiondestresslorsd’exposés, –analysedelaconcentration, –suividelaconfianceensoi.

Sicelaaidecertainsélèvesàmieuxgérerleuranxiété,d’autresrisquentd’êtrecataloguésfigésdansuneétiquette émotionnellequipeutlespoursuivrelongtemps.

Lagrandequestion:veut-onvraimentêtrecomprisàcepoint?Lasociétémarocaineentredansunephasedélicate: Nous voulons des outils intelligents, capables de nous comprendre. Mais voulons-nous vraiment qu’une machine reconnaissenotretristesseavantnosamis?Qu’elledétectelabaissed’énergiedenotrevoixavantmêmequel’on sachepourquoionestmal?

Cette nouvelle ère demande un réapprentissage : Comprendre ce que nous partageons, ce que nous voulons cacher,cequenousdevonsprotéger L’IAémotionnelleouvredesportesfascinantespourlasantémentale,lebienêtre,laproductivitémaismenaceaussil’intimité,laspontanéitéetledroitauflouémotionnel

Ce que le Maroc doit faire maintenant. Trois priorités se dessinent:

1 Éduqueràladonnéeémotionnelle,dèslelycée

2 Imposer une régulation sur la détection émotionnelle automatique,particulièrementdanslapublicité

3 Créer des standards éthiques marocains, adaptés à notre culture et nos sensibilités Le Maroc a l’opportunité de devenir l’un des pays pionniers dans une IA émotionnelle éthique, respectueuse, réellement utile sans glisser dans une surveillanceintérieurepermanente

L'avenirseraémotionnel…maisàquelprix?

Nousentronsdansunmondeoùletéléphonevoitvotrehumeur avant votre miroir Où l’application de santé comprend votre fatiguemieuxquevotrefamille

OùuneIAvousaccompagnedansvosjournées,discrètement, presquetendrement maispassansintention

L’émotion est la nouvelle donnée stratégique de 2025 Son potentielestimmense Sondangeraussi

réalités et défis

Lors de l’événement AI Journey 2025 à Moscou, le VladimirPoutineaétéaccueilliparunrobothumanoïde dansant, signe autant symbolique que concret de la montée en force — ou du moins des ambitions — de la Russiedansledomainedel’intelligenceartificielle(IA).

Onseproposederevenirsurcemomentétonnantavant d’explorer l’état de l’IA en Russie : réalisations, ambitions, obstacles,enjeuxgéopolitiquesetimplications

Lerobotdansant:spectacleousignal?

À l’entrée de la conférence, Poutine est apparu face à « Green » , un robot humanoïde développé par la banquetechnologie Sberbank, présenté comme « le premierrobothumainrusseavecIAembarquée»

Cerobots’estprésentépuisaexécutéunedanse,sousles yeuxdescamérasetdesgardesducorpsduprésident

Cetypededémonstrationremplitplusieursfonctions: unsignalinterneaupays:montrerquelaRussies’investit danslestechnologies«depointe»

un message externe : face aux sanctions et à la concurrence internationale, afficher une souveraineté technologique

un effet de mise en scène : l’IA ne reste pas un concept abstrait, elle devient objet visible, danseur, interface entre hommeetmachine

Cependant, derrière l’effet de surface, il convient de poserdesquestions:cerobotestilavanttoutgadget ou véritable vecteur d’IA opérationnelle ? Le symbole suffitilàunetransformationprofondedusecteur?

Avancées concrètes en Russie : Infrastructures et capacitésdecalcul

La Russie met en œuvre un renforcement de ses capacités de calcul et d’hébergement : selon Poutine, la consommation d’énergie des centres de données russes « doit plus que tripler » au cours de cette décennie,etl’implantationdecescentresseraalignée avecdenouvellescentralesnucléairesoudessources d’énergiedédiées

La banque Sberbank a par ailleurs mis en œuvre des superordinateurstelsqueChristofari/Neo,utiliséspour l’apprentissage d’algorithmes d’IA (neural networks) dansdesapplicationsinternes

Ces éléments montrent que la Russie ne fait pas que parler:ellebâtitphysiquementdesinfrastructurespour l’IA

Modèleslinguistiquesetusagesdomestiques

Lorsdelaconférence,Poutineainsistésurlanécessité que toute la chaîne conception, entraînement, déploiement soitrusse.

Des entités comme Sberbank ou Yandex ont annoncé des modèles de type « ChatGPT à la russe » (par exemple«Gigachat»)etdesproduitsintégrantIA.

Les usages domestiques se multiplient : guichets automatiques «intelligents» capables de vérifier la santé d’un client via caméra, robots physiques pour démonstration,etc.

Le déplacement de l’IA vers des applications visibles (robotique,servicesbancaires,reconnaissance)estun signepositifentermesd’ambition

Ambitionsetcadresstratégiques

La Russie a lancé divers programmes pour rattraper son retard technologique : parmi eux, le programme NationalTechnologicalInitiative(NTI)viseàfairedela Russieune«technologicalleader»dansdesdomaines comme l’IA, l’informatique quantique, les interfaces hommemachine

Lors de la conférence, Poutine a annoncé la création d’une taskforce nationale pour coordonner les modèlesd’IAgénérativeetlescentresdedonnées

L’ambitionestdouble:économique(«contributionattenduedel’IA au PIB » d’ici 2030) et stratégique (souveraineté technologique, éviter«dépendanceauxmodèlesétrangers»)

Obstacles et défis : Sanctions, matériel et accès aux technologies

Malgré les ambitions, la Russie est freinée par des sanctions internationales : l’accès aux puces haut de gamme, aux architecturescomputingdepointeestlimité Poutineluimêmea admisque«l’Occidentnousprivedematériel»

Cepointestcritique:l’IAdepointedépendfortementdehardware (GPU, interconnexions, mémoire) et de données difficiles à acquérirenrégimefermé.

Écosystème,données&innovation

Pourrivaliser,ilnesuffitpasd’uneinfrastructure:ilfautdestalents, des startups, des financements, un environnement ouvert à l’expérimentation ce qui est plus difficile en contexte russe, notamment avec les barrières de l’information, la fuite des cerveaux, la pression politique. De plus, les modèles linguistiques etusagesglobauxsontdéjàdominésparlesÉtatsUnisetlaChine :rattraperletrainestpossiblemaisexigeuneffortprolongé

Transparence,usagesmilitaires&éthique

Lemélangeentreambitioncivile(services,robotique,banques)et usages militaires (IA dans drones, robots de combat) pose des questionsd’éthique,decontrôleetdelégitimité Parexemple,des rapports évoquent l’usage accru de technologies d’IA dans la guerreenUkraine

L’absence de débat public rigoureux sur l’éthique de l’IA peut limiter la confiance, y compris à l’international, et freiner les partenariats

Pourquoicetaccueilrobotique?Analysepolitique

Ce robot dansant devant Poutine est plus qu’un gadget : un symbole PourleKremlin,ilvisualisel’idéequelaRussien’estplus en périphérie technologique ; elle peut produire des robots physiquementprésents,interagiraveceux,lesexhiber

Politique intérieure : message aux jeunes ingénieurs, aux universitaires:l’IAestprioritaire.

Politiqueextérieure:faceauxmarchéseuropéens,occidentaux,la Russieaffirmesonautonomietechnologique.

Maiscetypedespectaclecomportedesrisques:s’iln’estpassuivi par des avancées massives et tangibles, la symbolique peut devenirridicule(unrobotquitombe,unmodèlequinesuitpas).Il faudravoirsiderrièrelamiseenscèneilyadesrésultatsdurables. ImplicationspourleMarocetaudelà

Pour un observateur extérieur cette dynamique russe mérite attentionpourplusieursraisons:

Le basculement de l’IA d’un vecteur principalement occidental/asiatiqueversdeszones«horsOccident»modifieles équilibresgéopolitiquesdelatech

Les pays du Sud (dont le Maroc) peuvent prendre note que l’IA n’est plus que l’apanage des grandes puissances, mais que la souverainetétechnologiquedevientunenjeustratégique

Cependant, l’écosystème, les talents, l’éthique, le financement restent des conditions nécessaires : la Russie progresse, maislesdéfisrestent

Le spectacle technologique (robot dansant) doit être regardé avec distance : ce qui compte vraiment, c’est l’industrialisation, la démocratisationdesusages,etlacréationde valeur passeulementl’image

LesalutrobotiqueadresséàVladimirPoutine à son arrivée à la conférence AI Journey est un geste chargé de signification : la Russie veut apparaître, à travers l’IA, comme acteur à compter. Ses infrastructures, ses modèles, ses ambitions stratégiques confirment cette volonté.

Cependant, les obstacles, matériel, innovation,éthique,écologie,restentlourds. Au final, la Russie ne joue plus seulement les spectateursdanslacourseàl’IA;elletendla main pour participer Mais la main seratelle ferme et productive ou resteratelle essentiellement symbolique ? Le temps, les donnéesetlesrésultatslediront

MAMOUNE ACHARKI

L’IA et les avatars numériques : recréer les défunts dans le monde virtuel

L’IA au service du deuil : recréer les défunts en avatars numériquesparlants

Dans un monde où l'intelligence artificielle (IA) occupe une place de plus en plus centrale, un phénomène en particulierestentrainderedéfinirnosrapportsavecla mort et le deuil. Des start-up innovantes viennent de lancer des outils permettant de recréer des proches décédéssousformed'avatarsnumériquesparlants.Une avancée technologique fascinante qui soulève de nombreuses questions éthiques, psychologiques et sociales. Ces avatars permettent à ceux qui restent de continueràinteragiraveclesdéfunts,maisàquelprix?

Unetechnologiedeplusenplusaccessible Depuisquelquesmois,unestart-upappelée2Waialancé un service permettant de créer des "HoloAvatars" à partir desimplesvidéos,defichiersaudioetdetextes Ilsuffitde quelques minutes d'enregistrement d'une personne encoreenvieourécemmentdécédéepourquel'IApuisse créer un double numérique capable de parler et de répondre à des questions En gros, cette technologie permet à des proches en deuil de converser avec un avatarquiimitelapersonnedisparue

Leprocessusestrelativementsimple:àpartirdevidéoset d’enregistrements vocaux, l'IA apprend les traits de personnalité,leton,etlesticsdelangagedudéfuntpour ensuite générer des réponses simulant sa manière de parler Les utilisateurs peuvent alors dialoguer avec cette version numérique de leur bien-aimé comme s’il était encorevivant Unrêvedevenuréalité?Passisimple

Unequestiondeconsentementetderespect L'undesenjeuxmajeursdecettetechnologieconcernele consentement Dans le cas des avatars numériques de personnes décédées, la question de savoir si cette personneauraitvouluêtre"réanimée"sousformevirtuelle seposeinévitablement.Silesprochespeuventdonnerleur accord pour utiliser les images ou vidéos de la personne, qu’en est-il des informations laissées en ligne ? Les enregistrements vocaux, les vidéos familiales, les échangesdemessagespeuventêtreutiliséssansaucune régulationstrictedansdenombreuxpays.Cetteabsence decadrejuridiqueclairsurleconsentementpost-mortem estunpointsensible.

Deplus,l'exploitationcommercialedecesavatarssoulève un autre problème Offrir à des personnes en deuil la possibilité de continuer à "parler" à leurs défunts, moyennant des frais, peut sembler éthiquement douteux Celainterrogesurlalignefineentreréconfortémotionnel etmarchandisationdelamort

Unoutilpourledeuilouuneillusiondevie?

L’impactpsychologiquedecesavatarsnumériquesest complexe D’un côté, ils peuvent offrir un certain réconfort à ceux qui ont perdu un être cher, leur permettant de surmonter la douleur du deuil en prolongeant une forme de connexion avec le disparu Pourdespersonnesisoléesouayantdumalàaccepter la perte, ces avatars peuvent fournir une forme de soutienémotionnel L’avatarpeutrappelerlavoixetla présence de l’être aimé, même si ce n’est qu’une simulation

Mais d'un autre côté, ce type de technologie soulève unequestionprofonde:est-cequel'onpeutréellement "parler" aux morts ? Si les avatars sont capables de répondreàdesquestions,leursréponsesn’ontaucune profondeur réelle Ils se contentent d’imiter ce qu’un défuntauraitdit,selonlesdonnéesfournies Riendans cetavatarn’al’essencedelapersonnevivante Ils’agit d’une illusion numérique : une reproduction, certes sophistiquée, mais qui ne peut jamais remplacer la réalitédelapersonnedisparue.

L’illusiond’unretouràlaviepeutenfaitêtreuneforme de détournement du processus de deuil, un mécanisme qui empêche certains individus de lâcher priseetdefairefaceàlaréalitédelaperte.Cetypede technologie peut créer des attachements malsains à une version numérique de la personne, plutôt qu’au souvenirauthentiquedel'êtreaimé Despsychologues mettentengardecontreledangerd'unedépendance émotionnelle excessive à ces avatars, qui peuvent devenirunobstacleàlaguérisonpsychologique

Lesenjeuxjuridiquesetéthiques

Les avatars numériques des défunts soulèvent également de nombreuses questions juridiques Parexemple,quipossèdelesdroitssurl’imageet la voix d'une personne après sa mort ? Dans certains pays comme la France ou les États-Unis, des lois sur l'utilisation posthume de l'image existent,maisellessontsouventinsuffisantespour encadrer la recréation numérique de personnes décédées Il n 'existe actuellement pas de loi internationale uniforme concernant les droits numériquesdesdéfunts,cequicompliqueencore leschoses.

Enoutre,lesentreprisesquiproposentcesservices n 'ont aucune obligation légale de garantir la protectiondesdonnéespersonnelles.Lesproches du défunt doivent-ils s’inquiéter du fait que leurs conversations avec un avatar numérique soient stockées, analysées, ou même utilisées à des fins commercialessansleurconsentementexplicite?

Il existe donc un manque de régulation dans ce secteurnaissant,etcelacréeunfloujuridiquequi pourrait engendrer des abus La nécessité de légiférersurcesquestionsdevientdonccruciale

Unetendanceinquiétanteouunenouvelleforme deréconfort?

La recréation des défunts en avatars numériques est un phénomène à surveiller de près D'un côté, ces outils peuvent offrir un réconfort émotionnel dansunmomentdeperteetdeveniruneformede mémoire vivante des proches disparus Mais de l’autre, ils risquent de transformer la mort en un simple produit de consommation, créant des dépendances émotionnelles et ouvrant la voie à desabuscommerciaux

Laquestionquiseposeestdonccelledel’équilibre entre la protection des émotions humaines, l’intimité des défunts, et le marché technologique qui semble prêt à tout pour répondre à la demandedecegenredeservices.

L'IA offre des perspectives incroyables, mais dans cedomaineprécis,ellepourraitaussibienjouerun rôle bénéfique que nuisible. Il appartient à la société, aux régulateurs et aux créateurs de ces technologies de mettre en place des garde-fous afin de s’assurer que ces innovations restent respectueusesdespersonnesetdeleursproches

Dansunavenirproche,ledeuilnumériquepourrait être un sujet clé de discussion, aussi important que la transformation des mémoires et la régulationdesnouvellestechnologies

EtauMaroc/danslemondearabe?

Mêmes’iln’yapasencore(ànotreconnaissance)unservice largement médiatisé dans le monde arabe spécifiquement pour ce type d’avatar de personne décédée, les enjeux seraientd’autantplussensibles:

Dimensionreligieuse(mort,au‐delà,mémoiredesmorts)très forte

Données personnelles/vidéos moins disponibles ou moins systématisées

Régulationnumériquemoinsmature

Cela laisse une ouverture pour des entreprises régionales, maisaussidesquestionsdecultureetd’éthiquelocale.

Ce type d’outil incarne une convergence fascinante de technologie, mémoire, émotion, commerce. Il ouvre des possibilités(souvenirprolongé,lienmaintenu)maisaussiun terrain glissant. Avant d’embrasser l’avatar numérique d’un prochedécédé,ilfautjauger:consentement,réalité,impact psychologique,coûts,durabilité.

Influenceurs virtuels : quand l’intelligence artificielle crée les nouvelles stars du web

Lanouvellegénérationd’influenceursn’aplusde corps,maisducode

Sur Instagram, TikTok ou YouTube, leurs visages sont parfaits, leurs voix calibrées, leurs styles impeccables Ils sourient, voyagent, partagent des conseils beauté ou des playlists Mais derrière ces sourires et ces looks millimétrés, il n’y a pas d’humain.

Les influenceurs virtuels, créés à partir de technologies d’intelligence artificielle et de modélisation 3D, bouleversent le paysage numériquemondial.

Cephénomène,néauJaponetauxÉtats-Unisilya quelquesannées,s’installedésormaisauMarocet dans le monde arabe Ces personnages numériques à mi-chemin entre avatar et personnalité publique attirent des milliers d’abonnés, signent des partenariats avec des marquesréellesetinfluencentlescomportements commeleurshomologueshumains

Mais qu’est-ce que cela dit de notre rapport à l’image,àlacélébritéetàlaconfianceenligne?

Unmarchéenpleineexpansionmondiale Lepremierinfluenceurvirtuelàavoirvéritablement marquél’industrieestLilMiquela,unejeunefemme numérique de Los Angeles, née en 2016 d’un algorithme Depuis, elle a collaboré avec Prada, Calvin Klein, ou encore Samsung Son succès a ouvert la voie à une nouvelle économie : celle du “digital human marketing”, un marché estimé à plusd’unmilliarddedollarsen2025

Lesmarquesytrouventunavantageévident:Pas derisqued’écartdeconduite,Uneimagetoujours contrôlée, Et un storytelling taillé sur mesure. Un influenceur virtuel ne dort pas, ne vieillit pas, ne demandepasdesalaireàsixchiffresetpeutparler plusieurs langues. Il est parfaitement programmable.

Degrandsgroupesinvestissentdésormaisdansla création de leurs propres ambassadeurs numériques Au Maroc, certaines agences de communication et de design explorent déjà cette voie Des prototypes d’avatars marocains commencent à émerger sur Instagram hybrides entreculturelocaleetesthétiquemondiale

L’humainderrièrelamachine

Maiscesfiguresdigitalesnesontpaslefruitduhasard Derrière chaque influenceur virtuel se cache une équipe bien réelle : développeurs, designers 3D, spécialistes de l’IA générative, expertsencommunicationetenpsychologiesociale

Ensemble, ils conçoivent non seulement un visage, mais aussi unepersonnalitécomplète:goûts,valeurs,modedevie,tonde voix,émotionssimulées Cettehumanisationdel’IAsoulèveune questionessentielle:peut-ons’attacheràquelqu’unquin’existe pas?Laréponse,àenjugerparlesmillionsd’abonnésdeces avatars,sembleêtreoui

Les internautes interagissent, commentent, défendent ou critiquent ces personnages comme s’ils étaient réels Certains vont même jusqu’à leur écrire des messages personnels Ce phénomènerévèleunemutationprofondedenotrerapportau virtuel : ce n’est plus seulement un espace de consommation, c’estunespaced’émotion

Entrefascinationetéthique:leslimitesduvirtuel Cettetendance,aussifascinantesoit-elle,suscitedesdébats.Si les influenceurs virtuels peuvent incarner la perfection, ils posentlaquestiondel’authenticité.Dansunmondedéjàsaturé d’imagesretouchées,cesavatarsviennentbrouillerdavantage lafrontièreentrelevraietlefaux.

Certainesvoixs’élèventégalement surlesenjeuxdetransparence:les utilisateurs devraient-ils savoir qu’ils interagissent avec une intelligence artificielle ? Des réglementations émergent en Europe et aux États-Unis pour encadrer l’usage de ces entités numériques, notamment lorsqu’elles s’adressent à un jeune public.

Au Maroc, la question est encore nouvelle, mais elle mérite déjà d’être posée Dans une société où les réseaux sociaux ont une influence croissante sur les comportements, la fabrication de personnalitésartificiellespourraità la fois ouvrir des opportunités créatives et soulever des risques demanipulation

L’avenir du marketing et du divertissement Malgré ces réserves, les influenceurs virtuels s’imposent comme une tendance durable Dans le monde du luxe, ils deviennent les visages d’une génération connectée et avantgardiste Danslamusique,certains avatars lancent déjà des singles produitspardesIAgénératives.

Et dans la mode, ils défilent virtuellementlorsdefashionweeks digitales, créant des passerelles entre art, technologie et narration visuelle.LeMaroc,fortdesascène créative en pleine expansion, pourrait bien y trouver un terrain fertile Des studios comme ceux spécialisés dans l’animation 3D, le design interactif ou la réalité augmentée ont déjà les compétences nécessaires pour concevoir leurs propres icônes virtuelles

Une façon pour le pays de se positionner dans cette nouvelle économie de l’imaginaire, où le talent et la technologie se mêlent pour inventer des identités sans frontières

Versuneèred’influenceaugmentée

Les influenceurs virtuels ne sont pas seulement une curiosité technologique : ils incarnent l’évolution naturelle d’un monde qui cherche à repousser les limites du réel Peut-être que dans quelques années,ilscoexisterontnaturellementaveclescréateurshumainsnon paspourlesremplacer,maispourélargirlesformesd’expressionetde connexionpossibles.

Danscefuturhybride,lacréativitéseralavraiefrontière,etnonplusla biologie. Et c’est peut-être là la leçon la plus fascinante de cette nouvelleère:dansunmondepilotéparl’intelligenceartificielle,cequi comptera encore et toujours… c’est l’émotion, même quand elle est codée.

Klaydéfielestreaming:IA,remixetavenirdelamusique auMaroc

Un vent de panique ou une révolution silencieuse ? Une jeune startup, Klay, promet une plateforme où chacun pourrait réinventer ses morceaux favoris grâce à l’intelligence artificielle. Derrière cette idée se cache un tumultueux débat : créativité démocratisée ou déstabilisationtotaled’uneindustriedéjàfragile?

Musique IA : innovation ou prise de risque industrielle ? (musique,IA,remix)

Depuisquelquesmois,unnomcirculedanslescouloirsdes labels et des majors : Klay, une startup qui ambitionne ni plusnimoinsquederéinventerlerapportentrel’auditeur et la musique enregistrée L’idée est simple sur le papier, presque trop simple : une plateforme de streaming façon Spotify, Deezer ou Apple Music mais avec une fonctionnalité vertigineuse L’utilisateur pourra modifier le style d’un morceau, le réinterpréter, le ralentir, le transformer,lemétamorphoseràl’aidedel’IAgénérative

Cependant, derrière l’effet de surface, il convient de poserdesquestions:cerobotestilavanttoutgadget ou véritable vecteur d’IA opérationnelle ? Le symbole suffitilàunetransformationprofondedusecteur?

Avancées concrètes en Russie : Infrastructures et capacitésdecalcul

La Russie met en œuvre un renforcement de ses capacités de calcul et d’hébergement : selon Poutine, la consommation d’énergie des centres de données russes « doit plus que tripler » au cours de cette décennie,etl’implantationdecescentresseraalignée avecdenouvellescentralesnucléairesoudessources d’énergiedédiées.

La banque Sberbank a par ailleurs mis en œuvre des superordinateurstelsqueChristofari/Neo,utiliséspour l’apprentissage d’algorithmes d’IA (neural networks) dansdesapplicationsinternes

Ces éléments montrent que la Russie ne fait pas que parler:ellebâtitphysiquementdesinfrastructurespour l’IA

Modèleslinguistiquesetusagesdomestiques

Lorsdelaconférence,Poutineainsistésurlanécessité que toute la chaîne conception, entraînement, déploiement soitrusse

Des entités comme Sberbank ou Yandex ont annoncé des modèles de type « ChatGPT à la russe » (par exemple«Gigachat»)etdesproduitsintégrantIA

Les usages domestiques se multiplient : guichets automatiques «intelligents» capables de vérifier la santé d’un client via caméra, robots physiques pour démonstration,etc

Le déplacement de l’IA vers des applications visibles (robotique,servicesbancaires,reconnaissance)estun signepositifentermesd’ambition.

Ambitionsetcadresstratégiques

La Russie a lancé divers programmes pour rattraper son retard technologique : parmi eux, le programme NationalTechnologicalInitiative(NTI)viseàfairedela Russieune«technologicalleader»dansdesdomaines comme l’IA, l’informatique quantique, les interfaces hommemachine

Lors de la conférence, Poutine a annoncé la création d’une taskforce nationale pour coordonner les modèlesd’IAgénérativeetlescentresdedonnées

Dans les studios marocains, ce débat traverse les producteurs Certains y voient une opportunité inédite pour les jeunes talents : plus besoin de maîtriser dix instruments ou de payer des sessions d’enregistrement hors de prix pour explorer de nouveaux univers sonores L’IA pourrait offrir une seconde chance à ceux qui, faute de moyens, restentsouventenmargedelascènemusicale

Mais d’autres tirent la sonnette d’alarme “Quand tout le monde peut remixer n’importe quoi, où se situe la valeur d’une création originale ?”, confiait récemmentunbeatmakercasablancais.

La question n’a rien d’anodin. La créativité est un espace fragile, où l’émotion compte autant que la technique. Un algorithme peut-il réellement respecterceliensubtilentreunartisteetsonpublic ?

L’enjeu est d’autant plus sensible que la musique n’est pas qu’un produit Au Maroc, elle reste un vecteur identitaire puissant, une mémoire vivante

Transformer un morceau avec trois clics peut être ludique, mais cela pourrait aussi banaliser des répertoiresquiincarnentdesdécenniesdelutte,de poésie,despiritualité

Le risque d’une industrie dénaturée au Maroc et ailleurs

L’arrivéedeplateformescommeKlayposeplusieurs problèmes que personne ne peut balayer d’un reversdemain

D’abord, la propriété intellectuelle Si un fan réinterprète une chanson de son artiste préféré en changeant toute l’ambiance sonore, qui signe la version finale ? Qui touche les droits ? Et que se passe-t-il si ces versions remixées se répandent plusvitequel’originale?

Ensuite,lastandardisation.Lesmodèlesd’IAutilisent les tendances dominantes pour générer ou transformer la musique. Cela peut conduire à un monde sonore uniforme, où les différences culturelles,régionales,émotionnellessediluentdans unesoupealgorithmiqueparfaitementcalibrée.

Enfin, la question du travail des artistes. Comment un jeune musicien marocain peut-il défendre sa singularitéfaceàuneIAcapabled’imiterdesstyles entiersenquelquessecondes?

Ces préoccupations ne relèvent pas d’un pessimisme gratuit Elles reflètent un malaise réel dansuneindustriedéjàfragiliséeparlepassageau streaming,lesrevenuslimitésdesplateformesetla concurrencemondiale

Unechancepourlesartistesmarocains?

Il serait pourtant simpliste de voir l’IA comme une menace totale L’histoiredelamusiqueatoujoursavancégrâceaux outils : la guitare électrique, les synthétiseurs, les boîtes à rythmes Tousontétéaccusésunjourde“tuer”lamusique avantdedevenirdespiliersdecréation

Pourunlabelmarocain,cettenouvellevaguepeutoffrir:

1-un renouvellement créatif : imaginer des fusions inédites entrechaâbi,trap,reggada,raïetélectro

2-une accessibilité accrue : offrir aux artistes aux moyens modestesdesoutilspuissantspourproduireàcoûtréduit.

3-une ouverture internationale : permettre à des talents locaux de collaborer virtuellement avec n’importe quel universmusicaldumonde.

4-une démocratisation de la réinterprétation : faire redécouvrir les classiques marocains grâce à des remix respectueuxmaismodernes.

La clé, comme toujours, sera la régulation intelligente, la pédagogie,l’accompagnement,latransparence

Car la technologie n’a jamais détruit la création humaine : ellelabouscule,parfoisviolemment,maisellepeutaussila transformerenprofondeur

Lamusiquemarocaineaubordd’unvirageinédit L’arrivéedeKlayetdesesaccordsaveclesmajorsn’estpas un épisode isolé C’est un signal Le monde musical entre dans une ère où l’auditeur devient co-créateur Une ère excitante, déroutante, parfois dangereuse, mais riche en possibilités

Resteuneinterrogationessentielle,presquephilosophique: Sitoutlemondepeutremixertout,qu’est-cequiferaencore ladifférenceentrelamusiqueetlebruit?

Cedébatnefaitquecommencer,etleMaroc,jeune,créatif, numérique, a tout intérêt à y prendre part avec lucidité, curiositéetresponsabilité.

PARMAMADOU BILALYCOULIBALY

UneChanteusegénéréeparIA:L’émergenced’unNouveauVisage

Musical

ImaginezunmondeoùunechanteusedeR'n'Betdesoul,autimbre envoûtant,seraitentièrementgénéréeparintelligenceartificielle. C’est désormais une réalité. Xania Monet, la nouvelle star de la musique virtuelle, signe un contrat de 3 millions de dollars et bouleversel'industriemusicale.Maisest-ceunpasversl’avenirou unemenacepourlesartisteshumains?

XaniaMonet,lachanteuseartificielleàl’ambitiondémesurée,Suno :l’IAderrièrelarévolutionmusicale

Le 23 novembre 2025, un événement marque un tournant symboliquedanslemondedelamusique.Unechanteusecrééepar IA, Xania Monet, a signé un contrat colossal de 3 millions de dollars avec le label Hallwood Medias Un signe que l’intelligence artificielle commence à prendre une place de plus en plus importante dans l’industriemusicale Maisderrièrecettevoixdevelours,secacheen réalité une entrepreneuse humaine, Telisha Jones, une Américaine de31ans

À l’origine de Xania Monet, Telisha a imaginé l'univers, les paroles et les intonations de sa création La chanteuse virtuelle, aux influences évidentes de Beyoncé et Alicia Keys, ne pourrait pas exister sans l’outil révolutionnaire qu’est Suno, une plateforme capable de générer des voix, des mélodies et des arrangements en quelques secondes à peine. Le résultat est stupéfiant : un morceau complet composé par IA en quelques minutes,quiséduitunpublictoujours plusnombreux.

XaniaMonet,l'ascensiond’unestar virtuelle,L’IAquiconquiertlepublic musical] Depuislasortiedesonpremiersingle enaoûtdernier,HowIWasSupposed toKnow,XaniaMonetacumuléplus de 3 millions d’écoutes sur les plateformes de streaming D’autres titrescommeLetGo,LetGodouThe Strong Don’t Get a Break ne tardent pas à franchir le cap du million de streams Une telle performance en un temps aussi court montre que le public commence à s'intéresser de plusenplusàcesvoixartificielles

En 2025, Xania Monet a déjà sorti deux albums et cumule plus de 127 000 abonnés sur Instagram Son imagevirtuellefaitletourdumonde. Mais ce succès n’a pas échappé à ceux qui savent reconnaître une opportunité dans l’air du temps. Neil Jacobson,anciencadred’Interscope et actuel dirigeant de Hallwood Medias,aprisladécisiondesignerla chanteuse virtuelle pour plusieurs millions de dollars. Une démarche quin’estpasisolée,puisquecelabel a également misé sur d’autres artistes virtuels Pour eux, l’avenir est clair:unmondeoùlafrontièreentre l’artiste humain et l’artiste virtuel est deplusenplusfloue

Musique et IA : une innovation en marche, L'avenir de l’industriemusicale:réalitévirtuelleouutopie?

UneRévolutionouUneMenace?

Le succès de Xania Monet soulève des questions fondamentalessurl’avenirdel’industriemusicale.D’uncôté, certains y voient une véritable révolution. L'IA, capable de créerdelamusiquesanslescontrainteshumaines,ouvredes possibilitésinfiniespourl’industrie.Unmondeoùlacréativité se marie avec la technologie, où les voix synthétiques s 'ajoutentàl'universsonoredéjàrichedesartisteshumains.

Mais de l’autre côté, des voix s’élèvent pour dénoncer la menace que représente l’émergence des chanteurs virtuels Pour les puristes, il ne s’agit plus seulement d’une évolution, mais d’une menace directe pour les artistes humains, leurs métiersetleursrevenus Est-celafindelacréativitéhumaine dans la musique ? Un monde où les machines pourraient remplacerceuxquiontconsacréleurvieàlacompositionet àl'interprétation?

Unpublicprêtàtendrel’oreille Malgrélesdébatsetlesinquiétudes,un fait demeure indiscutable : le public sembledéjàséduitparlavoixdeXania Monet. Le contrat de 3 millions de dollars signé avec Hallwood Medias témoigne d’un véritable engouement pourlesvoixartificielles.Lemarchéest prêtàévoluer,etlepublicsembleprêt à accepter cette nouvelle forme d’artiste,mêmesiellen’estpasnéedu géniehumain

La question reste cependant ouverte : jusqu’oùl’intelligenceartificiellepourrat-elle s’imposer dans la musique ? Et quel sera le rôle des artistes humains dans ce monde où les frontières entre créateurs réels et virtuels deviennent deplusenplusfloues?

Uneétuderévèlelessecteursoùlamachineégaleoudépassel'humainsurlamajoritédestaches

Unscorede50%signifiequel'intelligenceartificielleproduituntravailaussibonoumeilleurqu'unhumainsurlamajorité destâches

Concrètement,celasignifiequel'IApeutdésormaisaccomplirenvironlamoitiédestâchesdecesprofessionnelsavec unniveaud'expertisecomparable

Troismétiersontdé

lesgestionnairesde lesproducteursetr

Cetteétudesonne

Derrière les pourcentages et les courbes, transformation brutale du monde du travail qui s’amorce

Lorsquel’intelligenceartificielleatteint–voiredépasse–les performances humaines sur la moitié des tâches, ce ne sont plus seulement des métiers menacés, mais tout un modèleéconomiqueetsocialquivacille

Les gestionnaires, les journalistes, les avocats ou les producteursnesontpasdescasisolés:ilsannoncentune mutation globale où la créativité, la décision et l’analyse deviennent des territoires disputés par la machine En tant que lanceur d’alerte, je ne plaide pas pour la peur, mais pour la lucidité : il faut repenser la valeur du travail, la formation, et l’éthique de l’IA Car si nous ne redéfinissons pas dès maintenant notre place face à la machine, elle finiraparlefaireànotreplace.

IA en santé au Maroc : éthique et personne humaine avant la machine

L’intelligence artificielle en santé ne sera acceptable au Maroc que si elle commence par une promesse simple : ne jamais sacrifier la personne humaine et ses données sur l’autel de l’innovation.

L’IA peut accélérer le diagnostic, améliorer l’organisation des soins, transformer la recherche, mais elle ne doit ni déposséder l’individu de son intimité, ni déclasser le jugement clinique derrière desalgorithmesopaques Chaquecitoyendoitêtre informéexplicitementsisesdonnéesvontalimenter unoutild’IA:pourquelsobjectifsprécis(diagnostic, recherche, optimisation ?), jusqu’où elles seront utilisées(stockage,partage,réutilisation?),etavec quellesgarantiesderetourencasdeproblème

Unpaysenpleineeffervescencenumérique

Aveclaréformedusystèmedesantépilotéeparle ministre Amine Tahraoui, la généralisation de la couverturemédicaleetl’essordelasantédigitale,le Maroc veut clairement se positionner comme un hubdel’e-healthenAfrique.LePlanSanté2025met l’accent sur la digitalisation : généralisation du système d’information des soins primaires, activation du dossier médical partagé (DMP), interconnectivité des 83 hôpitaux réhabilités et 5 nouveauxCHU.

Les grands rendez-vous récents, comme le Forum International E-Health à Casablanca (25-27 novembre 2025), montrent un pays mobilisé On y parle souveraineté numérique et « de la vision à l’impact»,maisderrièrecesmotssejouelesortdes données de millions de Marocains – un budget recordde42,4milliardsDHallouéàlasantédansle PLF2026 Laloi09-08l’exigedéjà:toutecollectedoit êtreprécédéed’uneinformationclairesurl’identité du responsable, les finalités, les destinataires et les droitsd’accèsouderectification

Les données de santé ne sont pas un carburant neutre

Pourfonctionner,l’IAexigedesmassesdedonnées: comptes rendus, images médicales, données génétiques, historiques thérapeutiques, parfois mêmeélémentssociauxoucomportementaux Ces informationsnesontpasdesimples«inputs»pour algorithmesambitieux;ellesracontentdesvies,des vulnérabilités, des stigmates possibles, pour toute personne humaine concernée, malade ou en prévention.

Chaque fois qu’un dossier est numérisé, partagé, exporté ou réutilisé dans le cadre du DMP national, une question doit être posée clairement : le citoyen a-t-il été informé des objectifs exactsdutraitementIA,deslimitesdecetusage,etdesondroit àrefuserouàretirersonconsentement?Laloisurlaprotection des données personnelles impose un consentement libre, spécifiqueetéclairé,surtoutpourlesdonnéessensiblescomme lasanté;sanscela,pasdelégitimité

Patientsrares,donnéessensibles,devoirrenforcé

Dans le champ des maladies rares, l’IA est souvent présentée comme la solution miracle pour raccourcir l’errance diagnostique, repérer des signaux faibles, orienter vers des centresexperts–unenjeucléduPlanSanté2025pourl’équité territoriale C’est une promesse réelle, porteuse d’espoir pour desfamillesqui,parfoisdepuisdesannées,attendentunnom surlamaladieetundébutdeprojetthérapeutique

Maisplusleprofilestrare,plusladonnéedevientfacilementréidentifiable,mêmeanonymiséeenapparence(problématique duplangénomique).

L’éthique impose donc une information préalable renforcée : expliquer au patient ou à la personne concernée les objectifs(recherchegénétique?matchinginternational?),lesrisquesdetraçabilité,etlesgarde-fousmisenplace danslecadredes6500recrutementsdesoignantsformésaunumérique

UneIAbrillante…etfaillible

Sur le plan technique, l’IA séduit par sa vitesse, sa puissance de calcul, sa capacité à relier des signaux que l’œil humainnevoitpas–commedanslesmasterclassesduForumE-Health Pourtant,lesmodèlesprédictifscommeles outilsd’IAgénérativepeuventsetromperlourdement,toutendonnantl’illusiond’uneréponsesûre

Le risque est double : décisions influencées par des erreurs, et renoncement intellectuel où le médecin se réfugie derrièrelamachine,surtoutdansunsystèmesoustensionmalgrélesréformes Tantquelaresponsabilitéreposesur deshumains,informerlapersonnesurceslimitesd’IAestundevoirmoralautantquelégal.

TroisexigenceséthiquespourleMaroc

Pour que l’IA serve réellement la personne marocaine dans le cadre du Plan Santé 2025, trois exigences non négociables.

Information préalable : Droit de savoir quand l’IA est utilisée, quelles données sont collectées pour le DMP ou l’interopérabilité,pourquelsobjectifsprécisetjusqu’àquandellesserontconservéesoupartagées.

Maîtrise humaine : Les soignants restent aux commandes, formés à contextualiser les résultats IA et à les expliquer clairement,commeprônéauForum.

Protection souveraine : Données proportionnées, sécurisées localement, jamais spéculatives ; consentement révocableàtoutmoment,alignésurlacybersécuriténationale

Duforumauxpratiquesdeterrain

Les rencontres comme le Forum E-Health 2025 (thème : « Transformation digitale et innovation en santé : vers un systèmeplussouverain,intelligentetconnecté»)montrentunpaysquiveutpasser«delavisionàl’impact» Maiscet impactdoitinclurel’informationconcrèteauxcitoyens:pasdeIAsansexplicationdesfluxdedonnéesetdeschoix faits,surtoutavecl’activationmassiveduDMP

Il est temps que tous les projets, des réhabilitations hospitalières aux hackathons ICESCO, placent d’abord cette question:lapersonnehumaineest-ellevraimentinforméeetconsentante?

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